8 février 2005

La bourse se contredit

 Les analystes devraient se relire. Pour qui s'intéresse aux études produites depuis 5 ans par les agences financières, il y a de quoi rester perplexe. Commentant l'évolution du titre Carrefour, l'opinion des analystes est aujourd'hui unanime : "Ce groupe a tardé à baisser ses prix". Oubliant les campagnes de publicité très spectaculaires des trois années précédentes, ils accusent Daniel Bernard d'avoir délaissé la France pour l'international et créé un boulevard à Leclerc et aux hard-discounters. Sur ce dernier diagnostic, ils ont mille fois raison ! Mais ne sont-ce pas les mêmes analystes qui, de 1998 à 2003, ont sur-valorisé la capacité des enseignes à profiter de la rente que leur offrait la loi Galland. Qu'est-ce qu'on ne lisait pas : si on la réformait, il y aurait guerre des prix, chute des marges, etc... Je me souviens même de ce commentaire d'un analyste, au sortir d'une conférence donnée à l'initiative du Crédit Lyonnais Securities où je plaidais la réforme : "Le monde financier ne vous laissera pas faire !". Tant mieux si tout ce petit monde découvre aujourd'hui les vertus de la baisse des prix. Mais pourquoi reprocher au management d'hier ses hésitations quand toutes les agences poussaient les actionnaires à réclamer du cash ! Ah, que je suis heureux que les Centres E. Leclerc ne soient pas cotés en bourse.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 février 2005 dans Actualités / Débats (Distrib.)
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Les commentaires : 5

poste_parLe 13 mai 2005 - 21:28 Michel-Edouard Leclerc a dit :

Financement politique - Re : Stourn / Erosoft


Hé, mes amis ! Je ne vois qu'une explication à votre ignorance : vous étiez encore au berceau quand j'ai mené campagne contre le financement des partis politiques. Les affaires dites "Destrade", "Henri Emmanuelli" renvoient, au-delà du cas d'espèce de chaque affaire, à l'intermédiation des hommes politiques dans l'attribution de permis de grande surface. A l'origine, c'est la loi Royer (1973) qui a raréfié les permis et donné aux hommes politiques un pouvoir d'intervention considérable. Les partis politiques étaient représentés localement dans des commissions départementales. Ils l'étaient aussi au niveau national, et même, avant la réforme Raffarin, le Ministre du Commerce avait voix au chapitre. C'est à l'occasion d'une affaire de corruption dans l'Est de la France que je suis intervenu publiquement pour dénoncer ce système de racolage. C'est mon groupe qui a été à l'origine de la refonte des procédures d'autorisation. Interventions médiatiques, campagnes de publicité choc (avec ce fameux ticket de caisse où on lit les montants des versements de pots de vin), auditions parlementaires. Pierre Bérégovoy, en son temps, a confié à des magistrats une mission réformatrice. La loi Sapin a modifié les appels d'offres de marchés publics et la composition des commissions. La loi Raffarin a suivi le processus. Toutes les affaires encore pendantes datent de cette époque.

poste_parLe 13 mai 2005 - 21:28 Michel-Edouard Leclerc a dit :

Financement politique - Re 2 : Stourn / Erosoft

J'insiste sur deux points. 1) Les Centres E. Leclerc ne sont pas une entreprise intégrée. Il a pu arriver que des commerçants de notre enseigne aient mis le doigt dans la confiture ou aient été obligés de passer à la caisse. Les faits répertoriés sont vraiment mineurs. (S'il faut rester objectif, il faut les évoquer aussi). Mais toutes les grandes affaires de financement des partis politiques ont essentiellement concerné des grandes enseignes intégrées, familiales ou cotées. 2) Pratiquement aucune de ces affaires n'a abouti juridiquement. 3) Ce n'est pas la vertu qui a fait changer les pratiques, c'est l'interdiction du financement des partis politiques, limité désormais à des contributions transparentes et déclarées. Ainsi sont les hommes !

poste_parLe 13 mai 2005 - 21:27 Michel-Edouard Leclerc a dit :

Financement politique - Re 3 : Stourn / Erosoft


Erosoft a tort quand il cite les opérations de sponsoring sportif, culturel ou humanitaire. Elles servent l'image de l'entreprise, mais les hommes politiques n'ont souvent rien à y voir. En revanche, l'une des pratiques à l'occasion desquelles se manifestait la corruption, c'était la surfacturation de ronds-points, de feux rouges autour d'un hypermarché ; ou encore, la prise en charge d'un équipement collectif (piscine, bibliothèque, salle de sport, etc...). Elles avaient le mérite de permettre aux élus de présenter une fiscalité réduite. Mais on sait ce qu'il en est. Au final, c'est toujours le consommateur qui paye ces dépenses, ne serait-ce qu'à travers les prix plus élevés de l'hypermarché.

poste_parLe 13 mai 2005 - 21:27 Erosoft a dit :

Etes-vous certains de ne pas avoir d'actionnaires?


Est ce que dans la mesure où vos clients plébicitent le ticket Leclerc, ne peut-on pas considérérer que les porteurs de cartes de fidélité sont des actionnaires à qui vos adhérents reversent une partie de leurs profits? En réponse à monsieur Stoun, il me semble que les centre Leclerc se sont battus contre la loi Royer, qui avait pour effet de voir fleurrir du vin dans les pots. Mais je dirais que d'une manière ou d'une autre toutes les entreprises sont obligés de verser quelquechose à la collectivité pour obtenir des avantages ça existera toujours sans que cela ne se fasse sous la table. Je pense au sponsoring de manifestation tel la Scarmor (centrale d'achat de basse-bretagne) qui parrainaît l'an dernier les fêtes maritimes de Douarnenez et Brest. Maintenant est-ce que c'est un mal pas necessairement dans la mesure ou cela ne profite pas que aux adhérents des centres Leclerc mais aussi aux commerces locaux.

poste_parLe 13 mai 2005 - 21:26 Henri Stourn a dit :

"Etes-vous tous des Gérard Mulliez ?"


Désolé, ma question n'est pas relative à la loi Galland mais comme il n'existait pas de sujet "justice" répertorié sur ce blog, je vous la pose là. Je serai assez curieux de savoir ce que vous inspire la comparution de plusieurs patrons de la distribution dans le cadre de l'affaire Destrade, actuellement jugée à Pau ? Pendant longtemps, les distributeurs ont dû, pour pouvoir s'agrandir, "coopérer" avec les élus en place dans les commissions d'urbanisme. Les enseignes n'avaient d'autres choix. Certains se sont faits prendre, les autres pas. Gérard Mulliez, que votre père avait, en son temps, aidé à se lancer dans les affaires, peut-il espérer, en ces temps difficiles, un peu de solidarité de la part de ses confrères distributeurs ? Et en particulier du plus médiatique d'entre eux ? A quand une déclaration commune "Nous sommes tous des Gérard Mulliez, pendant des années, nous avons tous dû payer pour obtenir nos agrandissements". Cordialement, Henry Stourn


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