31 mai 2005
Loi Galland : Nouvel état des positions
Pendant que la République panse ses plaies et se cherche de nouveaux hérauts, la nécessité de réformer le Code du Commerce demeure. Le dossier est toujours pendant au Sénat. Quels que soient les aléas de la vie politique, tous les professionnels continuent d’y réfléchir, ne serait-ce que pour pouvoir élaborer les scénarios de leur politique tarifaire 2005/2006.
1) Christian Jacob : Théoriquement, jeudi 2 juin, je débats avec lui. Cette rencontre improbable a été astucieusement organisée par le directeur de la rédaction de LSA, Henri Loizeau. Je ne sais si le ministre maintiendra sa participation, remaniement oblige. Mais ça promet d’être assez tonique. Dans ses dernières positions, il adoptait un ton vraiment débonnaire : une combinaison de remarques sarcastiques et un flegme permettant d’anticiper tous les aléas. S’il est une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est la langue de bois. Devant le parterre des représentants du commerce associé (mon blog du 19 mai), il a rappelé que tout ministre qu’il était, il n’avait pas oublié cette bonne période où syndicaliste du CDJA, « il déménageait les magasins de Mel à coups de fourche ». On est évidemment très loin dans tout cela des préoccupations du secteur : pouvoir d’achat, panne de la conso, repositionnement des marques. Ce n’est apparemment pas son problème.
Avec l’entêtement qu’on lui connaît, il ne semble pas se préparer à une quelconque négociation (ouverture !). Tout son discours tient dans ce précepte : « les prix bas tuent l’emploi ». En oubliant que l’inverse est encore plus vrai : les prix trop élevés des marques nationales favorisent l’achat de produits importés. Au rendez-vous de la macroéconomie (consommation en panne, commerce extérieur déficitaire), ses propos clientélistes finiront par coûter très cher. Cette politique-là qui oppose consumérisme et défense des corporations, achève de planter le pays !
2) J’ai finalement rencontré le sénateur Cornu, jeudi dernier. Au vu de la technicité du dossier, il a compris qu’il fallait recevoir les « opérationnels » et pas simplement les « institutionnels » des fédérations. Décision intelligente. On me l’avait décrit comme un personnage peu enclin à se mobiliser sur ce dossier. Et surtout pas capable de remettre en cause les inepties du projet de loi. Erreur. L’homme est simple, quelque peu effacé, traduction d’une réelle humilité. Mais il écoute, il est très facile de discuter avec lui. J’ai trouvé son approche plutôt pragmatique (il rappelle qu’il fut opticien et qu’il connaît la fonction commerciale). Après quelques auditions (en rentrant dans la salle de commission, je croisais Arnaud Mulliez…), il s’est rallié à cette idée : « Ce n’est pas au législateur de fixer les prix, ni de s’immiscer dans la négociation ». Du coup, je le sens capable de quelques évolutions positives. Il n’en aura pas beaucoup le temps, ni les coudées franches. En revanche, il n’envisage pas de remettre en cause toute la batterie de sanctions pénales prévues dans le projet de loi : « Je peux faire avancer les choses, mais je n’ai pas tout à assumer ».
3) Thierry Breton, lui, semble vouloir aller plus loin. Je l’ai rencontré vendredi, avec son directeur de cabinet, Gilles Grapinet, et sa conseillère, Marion Zalay. Premier contact très positif. Jusqu’ici, il n’est pas intervenu sur cette partie du projet de loi « entreprises ». « A ma nomination, les partages de compétences étaient déjà faits : j’ai hérité du volet financier, fiscal (transmission et création d’entreprises), et Christian Jacob de la partie concurrence ». Néanmoins, il sent bien que la reprise de la consommation nécessite que l’on revisite le projet dans un sens plus mobilisateur (pour les entreprises) et profitable au gouvernement (à quoi bon tout ça s’il n’y a pas quelques baisses de prix à engranger). Ses services ont d’ailleurs mis au point un « panier type » pour mieux suivre l’évolution des dépenses en hyper.
Jamais, dans la discussion, il ne s’est laissé aller à une quelconque critique à l’égard de C. Jacob, de Raffarin ou de Chirac. Pas intéressé pour un sou par la critique politique du projet. On le sent, lui aussi, très pragmatique : pas d’encadrement administratif de la négo, normalisation du droit français par rapport au droit européen, pas de diatribe anti-distribution, recherche d’un consensus sur les conditions d’une réforme progressive. « L’idéal serait de faire émerger une plate-forme commune industrie-commerce pour lever toute suspicion sur une méthode qui ne profiterait qu’à une des parties ».
4) Justement, on s’y emploie. C’était déjà une suggestion de Patrick Ollier et de Luc Chatel à l’AN. Puisque Christian Jacob revendique le soutien des fédérations (dont la moitié n’est pas directement concernée par le sujet ! ! !), il faut que les grands opérationnels parlent ensemble. C’est déjà ce qu’avait tenté de faire Claude Guéant, le directeur de cabinet de Sarkozy quand il était à Bercy.
Donc, depuis deux semaines, au siège de la FCD et à l’Ilec, des groupes de travail ont rassemblé les dirigeants de Procter, Coca, Nestlé, Danone, etc…, d’un côté, et Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U, etc…, de l’autre. Avec pour objectif une proposition concrète concernant deux volets majeurs de la réforme. L’un, substituant aux sanctions pénales un dispositif de répression plus conforme aux enjeux (sanctions civiles ou administratives ?) ; l’autre, qui devrait permettre de fixer, d’un commun accord, la définition du prix d’achat net, à partir duquel on appliquerait, sur deux, trois ou quatre ans, un coefficient dégressif de marge pour tendre vers un régime normalisé.
A suivre, pour de nouvelles aventures…
Posté par M.E.L. le 31 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Eco)
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Loi Galland
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30 mai 2005
Référendum : La France s’est tirée une balle dans le pied !

Déjà lors du référendum de Maastricht, le génial Pétillon ironisait...
1) Notre pays vient de donner aux européens une bien curieuse image de lui-même. Vue des capitales européennes, la position française n’a jamais été aussi peu compréhensible. Nous avions voulu ce Traité. Nous le rejetons au motif qu’il est trop libéral. Mais nous voici revenus aux traités précédents, ceux justement que nous estimions être insuffisants.
Le 16 juin prochain, en Conseil des Ministres, nos partenaires auront certainement pour Jacques Chirac beaucoup de compassion. Mais n’en doutons pas, la voix de la France est marginalisée pour longtemps.
2) La responsabilité de cet échec incombe incontestablement au Président de la République. C’était une erreur d’organiser ce référendum dans une France déchirée, mal dans sa peau, cherchant fenêtre pour crier sa rancœur et ses désillusions. De toute façon, Jacques Chirac n’était pas le meilleur chef d’orchestre. Depuis le début de son mandat, il a usurpé l’aura de sa fonction pour revêtir les habits du chef de la majorité. Il ne pouvait de ce fait emporter l’adhésion du camp adverse, et encore moins celle de l’ensemble des Français.
3) La responsabilité de l’échec doit être partagée par la génération des quinquas, héritière des fondateurs, mais incapable de valoriser l’œuvre commune. Incroyable ! Comme le rappelle Françoise Fressoz dans Les Echos (27/05/05), il a fallu recourir aux arguments d’un Raymond Barre, 81 ans, d’une Simone Veil, 77 ans, d’un Jacques Delors, 79 ans, et d’un Giscard du même millésime, pour défendre les acquis de l’Europe. Ou encore, solliciter la pugnacité d’un Badinter ! La génération au pouvoir s’est tellement servie de l’Europe comme bouc émissaire de tous nos problèmes nationaux qu’elle s’est trouvée discréditée par avance dans son appel à approuver les traités dont elle n’a jamais fait la pédagogie et dont elle n’a jamais vanté les mérites.
4) Les Français, désabusés par les discours de leurs dirigeants, repliés sur la gestion de leurs problèmes quotidiens, adressent aujourd’hui un message extrêmement négatif. Selon IPSOS, la critique de la Constitution n’intervient qu’en troisième position sur l’échelle du mécontentement. Le « non » s’explique d’abord par le rejet d’une politique économique et de ses conséquences sociales.
5) C’est ainsi que notre peuple manque un rendez-vous primordial avec l’histoire de l’Europe. Peut-être ce vote sanction était-il nécessaire et salutaire, si l’on considère l’accroissement des tensions dans l’hexagone et un risque réel d’explosion violente des mécontentements. Mais le calendrier électoral, sauf dissolution de l’AN décidée par le Chef de l’Etat, n’obligera pas les partisans du « non » à assumer leurs responsabilités et à concrétiser leurs promesses. C’est toute la difficulté que devra affronter le nouveau gouvernement pris en sandwich entre des aspirations populaires démagogiquement attisées et des moyens d’intervention désormais limités.
6) Hier soir, sur tous les plateaux de télévision, les partisans du « non » ont adressé un message aux autres peuples d’Europe : « le non français n’est pas un non à l’Europe, mais à un traité d’inspiration trop libérale ». Je ne suis pas sûr que le panel des leaders du « non », dans sa diversité la plus extrême, rassure nos partenaires. Curieux attelage pour le moins exotique, que ces défenseurs d’un modèle alternatif européen sur lequel on voudrait faire plancher les autres peuples. L’Europe de l’Est, celle de Solidarność, celle qui a subi le modèle communiste, tombe des nues devant tant d’élucubrations. L’Europe du Sud ne voit pas sans déplaisir s’effriter le tout puissant tandem franco-allemand. Et l’Angleterre de Tony Blair, comme sa petite rivale l’Irlande, récupère un leadership idéologique (le modèle à l’anglo-saxonne), utilisé comme « repoussoir » dans la campagne française.
Oui, la France s’est tirée une balle dans le pied. Elle apparaît comme une nation frileuse, rouillée, tombée du podium. Les chimères d’une Europe de « gauche autrement » ont des airs d’opéra triste et pompeux. Qui donc, en dehors de l’hexagone, veut de ce pseudo-modèle social qui affiche le plus fort taux de chômage et les plus importants déficits de l’Union. Qui donc nous tend la main, de Berlin ou même d’Amsterdam où l’on s’apprête à voter non, mais pour des motifs opposés. Qui… des noms… personne…
7) L’avenir, maintenant… Ce serait bien méprisant que de tourner le dos à l’évènement et de ne pas en tirer les leçons. Défricher les nouveaux espaces, cela a toujours été l’affaire des pionniers. Mais ça ne dispense ni de pédagogie, ni de rechercher l’adhésion. Vu le fossé dans lequel nous sommes tombés, il y a du boulot !
Les hommes d’action, comme les navigateurs, doivent savoir tenir la route au gré des aléas météo. Le projet européen reste l’enjeu majeur de ce début de siècle. Il ne sert à rien de se regarder le nombril, ni de s’auto-flageller. Comme le dit Claude Imbert, dans son éditorial du Point (26/05/05), « l’histoire n’est pas finie. » Il est déjà venu le temps de se retrousser les manches et de reconstruire l’édifice lézardé.
Posté par M.E.L. le 30 mai 2005 dans
Europe
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29 mai 2005
Jacques Glénat, éditeur

Jacques Glénat
Petit déj, mardi dernier, dans les locaux d’Arte à Issy-les-Moulineaux. Jacques Glénat, des éditions éponymes, et Jérôme Clément, de la chaîne TV franco-allemande, lancent la deuxième édition du Concours Européen de la Bande Dessinée. L’année dernière, 600 projets venus de 21 pays d’Europe avaient été recueillis. J’étais du jury, aux côtés de la volubile Florence Cestac, du romantique Bernard Hilaire, de l’élégant Giardino, d’Ana Miralles l’espiègle, sous les regards très pro de François Boucq et de Didier Convard. Deux Polonais avaient crevé les bulles : Gawronkiewicz et Janusz. Avec un premier album « Essence », une extravagante enquête d’Otto et Watson.
Tout frais descendu du TGV (il habite Grenoble et maintient le principal de ses activités en province), JG a lancé l’édition 2005. Celui qui fut le premier à introduire le manga en France, croit, dur comme fer, à la créativité européenne et à la relève générationnelle au Sud et à l’Est de l’UE.
Il faut dire que le président de Glénat vit sur un petit nuage. Sa maison d’édition se porte comme un charme. Des grandes collections : Vécu, Graphica, Caractère ! Des succès remarquables, avec des séries phares : Titeuf, Les 7 vies de l’épervier, la Balade au bout du monde, Sambre, Peter Pan, Joe Bar Team, le Décalogue, le Troisième Testament, etc… Comme le temps passe vite. A 17 ans, il créait son fanzine (journal BD) et les Cahiers de la Bande Dessinée. A 22 ans, il investit ses premiers sous (20 000 francs) pour créer sa propre maison d’édition. Le groupe, aujourd’hui, pèse 25 % du marché de la BD. Avec 900 auteurs dans son catalogue et dix millions d’albums vendus en 2004, il est devenu le premier éditeur indépendant de bandes dessinées en France et se spécialise aussi autour du thème de l’alpinisme, de la nature, et des cultures régionales (5 maisons d’édition, 10 titres de presse, 1 chaîne télé « TV8 Mont-Blanc », des librairies en France, Suisse et Belgique, etc…).
Ne croyez surtout pas que Jacques Glénat ne soit l’homme que d’une seule passion. Son flegme apparent cache la patience du montagnard, amoureux des grands espaces, et l’organisation méticuleuse de ceux qui pratiquent couramment la plongée sous-marine.
Pas plus que Claude de Saint-Vincent (Dargaud) ou Louis Delas (Casterman), Jacques Glénat n’a cherché à singer les codes « total décontractés » de ses auteurs. Il est chef d’entreprise, prend des risques et ne cède ni à l’obligation des apparences, ni à celle de la séduction. Un certain détachement ne l’empêche pas de cultiver l’amitié sincère, la fidélité, le bon goût et l’innovation. Peut-être sait-il plus que tout autre qu’il faut savoir domestiquer ses passions quand elles sont les enjeux de la vie professionnelle.
Pour l’heure, c’est un Jacques Glénat enthousiaste qui lance encore, ce week-end, la Fête de la Bande Dessinée. C’est lui qui en a pris l’initiative, qui a boosté le monde de l’édition pour que « cette fête devienne une fête populaire à l’instar de la fête de la musique… ». Animations, rencontres à travers toute la France, et autour du Train de la BD qui circulera dans l’hexagone, du 28 mai au 4 juin, en passant par Lille, Dijon, Lyon, Grenoble, Clermont-Ferrand, Tours, Nantes, etc…
Rendez-vous avec Jacques, le 4 juin, en gare Montparnasse. Un village sera entièrement créé et peuplé d’auteurs : une parade des héros de la BD défilera dans la gare. Venez avec vos pseudo ou avec vos vraies tronches. Apéro assuré !
Posté par M.E.L. le 29 mai 2005 dans
Portraits / Rencontres (BD)
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27 mai 2005
Respect des clauses sociales : Comment s’organiser ?

Relisant les commentaires déposés le 18/05 par Bruno, Erosoft et Marie, ainsi que les courriers reçus sur ce sujet, je mesure le scepticisme suscité quant à la crédibilité des chartes sociales. Il n’est évidemment pas question que je cautionne une quelconque vision idyllique des choses. Rien ne remplacera les clauses sociales engageant les Etats et les Administrations. Rien ne saurait se substituer à l’application rigoureuse de législations nationales revues à la hausse. Je suis sur ce point en complet accord avec les altermondialistes pour dire que c’est dans le cadre de l’OMC, des institutions financières internationales et de la Banque Mondiale qu’on devrait s’employer à les négocier.
Mais puisqu’on interpelle aussi les entreprises, et qu’on nous attribue un rôle effectif, c’est dans ce cadre qu’il nous faut agir. Voici donc comment nous nous organisons.
L’ensemble des actions de nos acheteurs en matière de développement durable est coordonné par une équipe d’adhérents et de cadres directement rattachés au comité stratégique de l’enseigne (dont j’assure la présidence). Charles Ly Wa Hoï, ancien responsable des contrôles de qualité du groupe, a la responsabilité opérationnelle de toutes ces interventions. Son bureau est à vingt mètres du mien. Il sait que le travail de ses équipes nourrit « les promesses de l’enseigne ».
Deux sociétés du groupe, Siplec (pour le non-alimentaire) et Scamark (principalement pour l’alimentaire), sont chargées de tout ce qui concerne la conception, la fabrication, le conditionnement et l’importation de nos produits à l’étranger. Dans chaque société (fonctionnement coopératif), des binômes, adhérent (propriétaire de magasin) et cadre, sont responsables des gammes et des collections, des contrats avec les fournisseurs. Chacun est engagé dans une démarche prix, qualité, et éthique. Cette dernière fonction n’est pas conçue comme un supplément d’âme, mais comme un élément du cahier des charges.
Pour atteindre ces objectifs, ils vont sur place, envoient dans les usines des cadres de nos bureaux asiatiques (Hong-Kong, Shanghai, Chennai/Madras), et surtout font appel à des cabinets d’audit extérieurs (type Veritas, SGS) pour éplucher, dans les usines, les documents témoins du respect des chartes signées au préalable par les fournisseurs.
Les audits sont enclenchés dès qu’il y a confirmation de l’intérêt à nouer une relation commerciale. Les acheteurs informent le responsable qualité (par exemple de Siplec) de la localisation et la dénomination du fournisseur, des audits antérieurs, y compris réalisés par nos concurrents (banque de données de la FCD), ainsi que de tous les éléments pouvant être obtenus auprès des ambassades, des consulats, des analystes locaux. Un cahier des charges est alors établi permettant de missionner l’auditeur, et d’en informer le fournisseur (qui doit l’accepter).
La société d’audit se rend sur les lieux, établit son rapport après avoir questionné le personnel, investigué les lieux et accédé aux documents comptables et sociaux de l’entreprise. Une fois ces documents épluchés, une première analyse peut conduire à évincer le fournisseur. Dans la plupart des cas, la politique suivie consiste à exiger des actions correctives. Le fournisseur s’engage et des fiches de progression sont établies par les auditeurs dans un délai qui, en général, n’excède pas six mois. C’est dans ce délai que l’on peut juger de la sincérité des intentions du fournisseur. En l’absence d’actions correctives, le fournisseur n’est pas sélectionné.
Pour que vous ayez une idée concrète des critères de sélection, je vous propose de découvrir ci-dessous une fiche de synthèse concernant l’audit d’un fournisseur chinois de batteries (électriques). Derrière une fiche de synthèse comme celle-là (j’espère que vous arriverez à la lire), il y a un rapport de 30 ou 40 pages qui détaille l’ensemble des observations. En général, il y a peu à redire concernant le travail des enfants, le travail forcé ou, ce que nous appelons en Occident, les pratiques esclavagistes. En revanche, beaucoup à faire en matière de salaires, d’horaires, d’hygiène et de sécurité.
D’ici, une dizaine de jours, j’organiserai à Paris la première réunion « bilan » de l’année avec nos acheteurs et les auditeurs, pour dresser un état exhaustif des contrôles effectués. Je n’hésiterai pas à vous en communiquer les principales remarques. A bientôt donc.

Posté par M.E.L. le 27 mai 2005 dans
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26 mai 2005
Restauration : Luxe, prix et volupté (La preuve par Senderens)

Alain Senderens
A chaque fois que l’on parle d’évolution des modes de consommation, on se réfère au secteur du voyage, de l’automobile, ou des hypermarchés. Moi-même, dans mes différents argumentaires sur la nécessité de revoir à la baisse le prix des grandes marques, je n’hésite pas à me référer à la dynamique créée par le low cost aérien, les soldes dans le textile, les prix cassés sur les écrans plats, les bons d’achat dans les hypers, les packs (payant/gratuit) dans la téléphonie mobile, etc…
En lisant, hier, l’interview d’Alain Senderens dans Libé (mercredi 25/05), j’ai été séduit par l’élargissement de l’argumentaire proposé par ce pionnier de la nouvelle cuisine. Alain Senderens va renoncer à trois étoiles et quitter le guide Michelin. Apparemment, rien à voir avec un mouvement d’humeur, ni une quelconque préoccupation financière. A 65 ans, et après 28 ans de carrière, de l’Archestrate à Lucas-Carton, il remet en cause le lien entre le Beau et le Cher. Comme Joël Robuchon qui avait demandé que son Atelier quitte le classement Michelin, Senderens veut faire de la bonne cuisine, mais sans les codes du luxe : l’argenterie, la pléiade de serveurs, et la mise en scène désuète et coûteuse des palaces. « Les jeunes ne vont pas dans des endroits où l’addition peut monter à 400 euros. On n’a plus envie d’avoir une demi-douzaine de serveurs qui s’empressent autour d’une tablée pour servir un plat ».
Bon, c’est évident. Même à 100 euros, ce ne sont pas les chômeurs qui défileront sous le dais du pape Senderens. Il ne va pas transformer Fauchon en HD. A l’image de ces nouveaux viticulteurs qui font des miracles (abordables) dans des terroirs que l’on croyait sans talent, des créateurs de bijoux ou de vêtements qui veulent mettre un peu de style dans toutes les bourses, ou de ce mouvement de designers qui veulent mettre partout du Beau dans l’Utile, Senderens conteste les codes établis, remet en cause leur pertinence et leur efficacité, capte les nouvelles attentes et veut coller au marché, quitte à repositionner « sa marque ». « Nous avons été prisonniers de notre ego, qui nous a conduits à surinvestir dans le luxe, au prix, aujourd’hui, d’une crise profonde…Impossible dans un trois-étoiles de cuisiner une sardine ou un maquereau ». C’est l’inverse qu’il veut faire : « Si vous préparez des produits moins nobles, vous êtes conduit à redoubler de créativité pour les remettre en valeur…Faire une cuisine dans un beau décor…mais à des prix raisonnables ».
Je n’ai été que deux fois dans ma vie chez Lucas-Carton (ce qui est déjà un privilège). J’adore la bonne bouffe, découvrir de nouveaux plats, quel que soit le type de restaurant. J’aime ces « chefs » qui savent se donner des défis. « Il va falloir nous surpasser pour faire une cuisine de marché ». On oublie qu’il s’agit là aussi d’entreprises et de risques. Ici aussi, il faut s’adapter. Voilà encore un exemple, peut-être même un modèle, pour nous stimuler.
Nul doute qu’il faudra aller voir ça de près et humer les casseroles, place de la Madeleine. « J’ai envie de m’amuser », dit-il à Vincent Noce de Libé. Super ! Nous aussi.

Posté par M.E.L. le 26 mai 2005 dans
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25 mai 2005
Google Print : Bibliothèque universelle ou asservissement du savoir ?
Dépassé, le projet fabuleux et quelque peu mégalomane de François Mitterrand !. Au classement du Grand Livre des Records, la dimension de notre Bibliothèque Nationale n’a plus rien de pharaonique, si ce n’est probablement celle de ses coûts d’entretien. L’initiative récente de Google risque même de reléguer Alexandre le Conquérant au rang d’un génial mécène égaré dans son siècle… Car ce dont il s’agit aujourd’hui n’est rien moins que la constitution d’une bibliothèque universelle, une tour de Babel des savoirs, des langues et des littératures.
Passionnant en lui-même, le projet Google de numérisation de milliers de livres est tout à fait emblématique des problèmes (éco, culturels, politiques) suscités par la nouvelle économie internet.
J’ai, depuis trois mois, épluché tous les articles qui décrivent ce projet. Et ce week-end, je me suis replongé dans une lecture étonnante, riche de toutes les utopies, mais parsemée de trompe-l’œil et de chausse-trappes.
Rappel : Il y a dans le monde, actuellement, des milliers de projets de numérisation (archives de musées, d’entreprises, fonds de bibliothèques, mémoires de recherches, doc administratifs, etc…). Dans le domaine culturel, deux propositions ont fait l’objet d’un débat public. La première émane de « Amazon.com ». En octobre 2003, le libraire en ligne a lancé le programme « Search inside the book ». Près de 200 éditeurs sollicités, l’ambition de rendre consultables jusqu’à 120 000 livres !
Et puis, il y a eu « Google Print ». La firme de Mountain View (Californie) a confirmé l’accord de 5 des plus grandes bibliothèques anglo-saxonnes de lui confier la numérisation de leur fond (Harvard, Stanford, bibliothèque du Michigan, New-York Public Library, Oxford). Avec un objectif encore plus incroyable : 15 millions d’ouvrages scannés, 4,5 milliards de pages, le tout disponible dans 6 ans ! ! !
Ces projets ont suscité aux USA un immense enthousiasme et, finalement, assez peu de critiques. Parmi celles-ci, listons les principales parce qu’on n’a pas fini d’en parler :
1) Problèmes techniques : manipulation des ouvrages lors des opérations de scanning.
2) Problèmes liés au financement par la publicité.
3) Problèmes des droits d’auteur et du copyright (idem que pour la musique en ligne…).
En Europe, le débat s’est focalisé autour de la réaction de Jean-Noël Jeanneney, Président de la BN. Aux propositions de Google, il a opposé des arguments supplémentaires qui dépassent largement les aspects techniques du dossier.
4) Problème de la destination des données. Pour JNJ, « accumuler, ce n’est pas organiser ». Il faut (et qui doit ?) s’occuper de la codification, des répertoires, des indexations. C’est un travail que le bibliothécaire ne peut abandonner à l’intégrateur. Même dans ce cas, il faut déterminer des standard communs à toutes les bibliothèques. Sinon, on fait un Quid ou on prend le risque de disperser les données dans les millions de pages de Google.
5) Problème de l’hégémonie de Google : Est-il raisonnable qu’à terme, l’accès aux données soit subordonné aux préoccupations financières d’une seule société privée.
6) Problème de l’hégémonie linguistique : Puisqu’il s’agit d’une multinationale, quelle place va-t-on garantir aux productions de langue française, aux autres langues que l’anglais, dans les répertoires, les classements, et la promotion.
7) L’avenir des bibliothèques : Peut-on lancer un programme de numérisation et en confier l’exploitation à une entreprise dont l’objet n’est pas lié à l’avenir physique du livre. S’agit-il, dès lors, de mettre un contenu à disposition des internautes, au détriment des bibliothèques ou, au contraire, de faire venir les lecteurs dans les bibliothèques ?
8) La question déontologique : à supposer qu’on résolve toutes les questions précédentes, jusqu’où peut-on disséquer un livre, le présenter en « page d’informations », sans respecter l’ouvrage dans sa cohérence et menacer ainsi son intégrité. « Un livre de littérature n’est pas qu’un ensemble de pages écrites ».
Sur la base de ces questions, 19 bibliothèques européennes (Allemagne, Finlande, Grèce, Espagne, Belgique et toutes celles qui sont implantées dans l’ancien bloc de l’Est) ont signé leur adhésion à un contre-projet européen. Pour le moment, au stade de l’idée, avec demande de financement auprès de l’UE…
Oui, cette affaire est passionnante parce qu’elle remet en cause l’inertie de notre secteur culturel public (l’offre de Google a réveillé nos gestionnaires publics). Elle oblige les acteurs culturels à « penser la démarche technologique » non pas simplement comme média, comme support, mais comme façonneur de contenu (30 ans après Marshall Mac Luhan, c’est pas trop tôt).
Le chantier est immense. Une chose est certaine : en focalisant le débat sur les techniques de numérisation, on se trompe. D’abord parce qu’on peut résoudre la moitié de ces problèmes en élaborant des cahiers des charges adaptés. Mais surtout, cet aspect de la question restera mineur si l’on ne traite pas de l’essentiel : l’exploitation des contenus et les critères de sélection par les moteurs de recherche.
Google n’a jamais fait mystère de ses objectifs : accroître la masse de données accessibles pour multiplier les occasions de ramasser de la publicité (je ne polémique pas, je ne fais que citer le leitmotiv d’Adam Smith, le responsable du projet). Du quantitatif donc.
Ce que réclame Jean-Noël Jeanneney, c’est du qualitatif. Nous retrouvons ici la problématique sur laquelle nous avons échangé, celle des critères de référencement et de classement des moteurs de recherche (blog du 4 mai). A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 25 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Arts)
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Nouvelles technologies
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24 mai 2005
Journal du 19 au 24 mai 2005
1) Lundi de Pentecôte : Le feuilleton continue, tout aussi dérisoire. Le groupe Total a appliqué la loi, les syndicats se sont crispés : grève de 5 jours. Raffarin a cru devoir s’en mêler, ce jeudi (les raffineries sont bloquées, menace de pénurie à quelques jours du référendum ! ! !). Il stigmatise l’absence de dialogue social (laissant entendre qu’avec de si gros profits, Total a les moyens de payer). Résultat : la direction se sent lâchée, elle cède. Les salariés seront indemnisés et bénéficieront d’un jour de RTT supplémentaire. Après ce qui s’est passé à la SNCF, c’est encore un camouflet pour le Premier Ministre qui, décidément, dans cette affaire, a perdu tout le crédit qui lui restait.
2) Défense du livre : Le Syndicat National de l’Edition s’irrite : le journal Le Monde a lancé, ce week-end, une opération commerciale en vendant, pas cher, des livres d’art en kiosque. Voilà, dit le SNE, qui va « altérer l’image du livre, détourner les lecteurs des librairies, et fragiliser leur réseau ». Il est vrai qu’avec un essai sur Matisse à 4,45 €, Le Monde tape fort. Pourtant, on devrait se réjouir. Les ventes de livres ont chuté de 2 % depuis le début de l’année. Idem pour la fréquentation des librairies. Une jolie promo, ça n’a jamais tué le marché !
3) Europe/Référendum : Ce week-end, les partisans du « non » se sont exprimés partout, dans les journaux et les meetings. J’ai pris le temps de peser chaque argument. On ne peut qu’être confondu devant certaines affirmations. Fabius, bien sûr, pour moi, a perdu sa superbe. (Au moment du passage à l’euro, il voulait être premier sur la photo chez Carrefour ou Leclerc, pour dire son soutien à Maastricht !). Que penser aussi du vice-président d’Attac France (François Dufour) : « Cette constitution nous passe les menottes et éteint la démocratie. Au lieu de cela, l’Europe devrait…lier la libre circulation…au respect des critères sociaux... C’est ainsi que l’on a tiré l’Espagne et le Portugal vers le haut… ». Et bien alors ! Pourquoi voter « non » à des textes qui instaurent ces critères. Ce qui a été valable pour l’Espagne et le Portugal ne le serait plus pour la Pologne ou la Roumanie ?
4) Europe/Référendum : Je vous invite à lire, dans l’hebdo Marianne (21/05), les 5 pages « événement » intitulées : « La position de Marianne, c’est oui ou c’est non ? ». 5 pages pour ne pas prendre position. Le oui ? « Un oui réservé ou contraint, minimaliste et réaliste, était possible…Le oui emphatique et illusionniste des Jack Lang et autre Cohn-Bendit, totalement fallacieux, a largement contribué à paralyser le débat…Il nous est impossible de recommander un vote oui ».
Suit une série d’arguments contre le oui, parmi lesquels celui-ci : « Comme dans la constitution soviétique (sic), le régime économique capitaliste libéral est institutionnalisé, ce qui déroge au principe de libre choix des électeurs… ».
Il reste alors à Marianne à prendre position pour le non : « Le non est effectivement censeur. C’est sa « positivité » qui pose problème…Nous ne saurions nous prononcer ni en faveur d’un non hors sujet, ni en faveur d’un « non de mouvement » à la dynamique tout à fait aléatoire ». Quel jargon ! Que de contorsions pour ne pas prendre position.
Personnellement, j’ai toujours respecté les choix partisans et passionnés. Mais tout ça sent le clientélisme. De la part d’une rédaction qui ne cesse de donner des leçons à toute la classe politique et aux décideurs économiques, on pouvait attendre mieux que cette danse du ventre impudique.
5) Europe/Référendum : Mon ami Michel Le Bris, écrivain et directeur du Festival Etonnants Voyageurs, n’a pas d’état d’âme pour dire oui (Ouest France 20/05). S’il mesure son enthousiasme, cet ancien co-fondateur de « La cause du peuple », rappelle, en contrepoint à l’édito de Marianne, que « l’expérience de l’Europe « de l’Est » est pour nous capitale,…elle vient de s’arracher à la barbarie communiste et ne comprend pas qu’en France, on dise « espoir » ce qui fut son cauchemar à elle ».
Contre une gauche du non jamais sortie de sa culture anti-capitaliste, il rappelle qu’il n’y a pas d’autre modèle d’organisation que le libéralisme ou l’économie sociale de marché (la concurrence plus la régulation par le pouvoir politique), ce qu’amorce la Constitution. « En votant « oui » le 29 mai, je vote aussi pour l’espoir d’une gauche encore possible. Contre les chimères meurtrières ».
Posté par M.E.L. le 24 mai 2005 dans
Pêle-M.E.L
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23 mai 2005
Essoufflement du hard-discount : Contre-attaque des hypers ?
L’hebdo LSA (numéro du 12/05) a commenté, sous la plume de Jérôme Parigi, l’évolution récente des parts de marché des HD. Selon TNS-SECODIP, « leur croissance s’émousse, le panier moyen est en baisse, la fidélité recule… ». Lidl, seule enseigne à couvrir l’ensemble du territoire français, aurait même stagné en 2004.
Explication : avec la prolifération des ouvertures, et la couverture de l’ensemble des zones urbaines, les enseignes de HD sont devenues concurrentes entre elles. Et les hypers contre-attaquent avec l’extension des gammes premiers prix. La part de marché du HD continue à croître, mais la progression est plus faible. Et Jérôme Parigi de conclure : « les maxi-discounters vont avoir à balayer devant leur porte, s’ils veulent conserver l’avantage dans les années à venir. »
1) J’approuve le diagnostic, s’agissant de l’offre et de la politique de prix du HD. Le HD a conquis, dans tous les sondages d’opinion, une image prix exceptionnelle. Le HD a bénéficié, contrairement à l’hyper, d’une lecture directe et simple de sa politique commerciale : HD = premiers prix = moins cher.
Pourtant, tous nos relevés confirment que les gammes premiers prix de plusieurs enseignes d’hypers sont devenues encore moins chères. Eco+, par exemple chez E. Leclerc, creuse un écart de 5 à 15%, quelquefois plus, à cahier des charges qualité identique.
En développant des gammes nouvelles (fruits et légumes, non-alimentaire, et grandes marques qui ne seront pas moins chères qu’en hyper), le HD va prendre le risque de se couper de l’image unique « premier prix », et peut-être même a-t-il commencé à « s’embourgeoiser ».
De fait, comme pour confirmer l’analyse de LSA, depuis deux ans, à surface constante, le HD ne progresse plus.
2) Mais s’agissant de son avenir, le HD dispose de deux autres atouts.
Le HD a complètement renouvelé l’offre de proximité, celle des anciens Codec, Félix Potin et autres petits Casino, autrefois trop chers. Les nouvelles enseignes Lidl, Aldi, ED l’Epicier, Leader Price ont modernisé le concept, joué à fond sur la rapidité du temps consacré aux courses. Et sur la propreté, ce qui n’était pas la caractéristique des magasins de quartier. Sur ces critères, le HD ne montre pas de signes de faiblesse.
La croissance du HD s’explique aussi largement par l’accroissement considérable des surfaces de vente. Cette formule a profité du fait qu’elle n’est pas soumise aux mêmes contraintes d’urbanisme commercial que les supermarchés.
Par rapport à 2003, les HD ont ouvert 156 800 m² de surfaces de vente supplémentaires. C’est un tiers de plus que l’ensemble des hypermarchés. Pour le seul deuxième semestre 2004, les HD ont ouvert 126 000 m², soit la moitié, à eux seuls, des surfaces créées par l’ensemble des enseignes GMS. Les surfaces engrangées assureront à ce concept, quel que soit son positionnement commercial, une évolution positive de part de marché.
Contrairement donc au diagnostic de LSA, je ne crois pas à l’essoufflement rapide du HD. Les hypers ont encore du souci à se faire. Et ce n’est pas Christian Jacob, en maintenant les marges arrière à 20%, qui mettra un terme à cette performance. A défaut d’obtenir le droit de baisser librement leurs prix (on verra bien fin juin), les Centres E. Leclerc n’auront d’autre choix que de rajouter leur nouvelle enseigne HD à la croissance de ce secteur. A suivre…
Posté par M.E.L. le 23 mai 2005 dans
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21 mai 2005
Etonnants Voyageurs : Retour à Saint-Malo 2005
Ils étaient plus de 200, les écrivains voyageurs accourus des quatre coins de la terre. Ils voulaient marcher sur les plages, à marée basse, jusqu’au tombeau de Chateaubriand. Ils rêvaient de respirer les fumets de notre culture (toutes les effluves, culinaires aussi…). Ils furent happés par une foule enthousiaste et bon enfant.
Philippe Matsas est photographe indépendant. Il a travaillé pour "Elle" et pour l'agence "Opale" qui s'est spécialisée dans les portraits d'écrivains. J'ai aimé son press-book : portraits, regards, solitudes et joie de vivre… Il a profité de ce déplacement à Saint-Malo pour parcourir les stands.

Michel Le Bris inaugure

Paul Auster, Françoise Nissen (Actes Sud), Mel

Richard Bohringer mène la danse

Laurent Gaudé

Luis Sepulveda

Paul Auster, ému, reçoit des mains d'une lectrice passionnée un livre de contes (épuisé) qui l'a tant marqué dans sa formation d'écrivain...

Jean-François Deniau

Jacques Lanzmann

Karla Kuban

Sepulveda et le photographe Mordzinsky

Jeunes Lauréats du Concours de Nouvelles
Pour les internautes que cela intéresse, j’aurai plaisir à leur faire parvenir gracieusement le livre que nous avons édité à l’occasion du Concours de Nouvelles (50 contributions de «graines d’écrivain»).
Posté par M.E.L. le 21 mai 2005 dans
Livres
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20 mai 2005
Cinéma français : L’exception culturelle au service des monopoles ?
Festival de Cannes ! Chaque année me vaut son lot d’invitations : cocktails, projections, rencontres et petits fours. Je n’y suis allé qu’une fois. Le piège : pour tout un monde qui gravite dans cet univers fascinant du cinéma, un « épicier en gros » reste d’abord un annonceur, le parrain potentiel d’une émission TV, le sponsor d’un éventuel festival, un diffuseur sur le marché de la vidéo et des CD… Moi, ce que j’aime, c’est me blottir discrètement dans le velours des salles, m’imprégner des drames sur l’écran. Et après les projections, observer la comédie des héros, capter les rires, les excès, les humeurs, et applaudir, comme un gosse, aux mises en scène délirantes (bravo Star Wars !).
Tant pis. Encore une fois, il me faudra me contenter de feuilleter les magazines.
Mais hier, j’étais comme en coulisse. Deux des adhérents de notre enseigne veulent construire des petits complexes de cinéma sur leur parking. (Demande de leur municipalité pour doper l’attractivité d’une banlieue devenue désert culturel depuis que toutes les aides vont à l’animation des centres-villes). Cette idée ne fait pas que des « joyeux ». Les trois quarts des salles appartiennent à des réseaux constitués qui défendent leur bifteck comme savent le faire…les marchands. Ce sont eux qui ont exigé du législateur qu’on soumette désormais la création de salles à des critères délivrés par des Commissions d’Urbanisme. Parmi ceux-ci, l’engagement d’une programmation qui favorise les films français ! Pas de problème, évidemment, pour tenir cet engagement, mais l’occasion, pour mes adhérents à Cannes, de découvrir aussi les intérêts cachés derrière ce noble concept « d’exception culturelle » à la française. (Je vous raconterai la suite de leurs aventures, ça m’a l’air assez picaresque…).
Dans tout ceci, la question-clé reste : qu’est-ce qu’un film français ? On se rappelle les désagréments de « Un long dimanche de fiançailles » privé du système d’aide national au cinéma. Les principaux producteurs et diffuseurs hexagonaux avaient, par leur action juridique, contesté au film de Jean-Pierre Jeunet le droit d’être éligible pour obtenir un soutien financier de l’Etat (subvention, avance sur recettes, obligation de diffusion par les chaînes de télévision, apport des Sofica, crédit d’impôt, etc…). Pour Pathé, UGC et MK2, l’œuvre était américaine, bien que produite par une filiale française de l’Américain Warner.
Les plaignants n’avaient pas prévu l’effet boomerang : le gouvernement n’a pu qu’être convaincu de la nécessité d’une réforme. Du coup, UGC et Pathé montent sur leurs grands chevaux et Marin Karmitz, « l’indépendant », donne de la voix pour exiger le statu quo.
Sur le fond, leurs arguments ne manquent pas de pertinence. « Je préfère que la France participe à la création d’un « Airbus du cinéma » en ayant une action volontariste au niveau européen plutôt que de se vendre à Boeing ». En finançant des œuvres à caractère français, mais produites à l’étranger, « le risque est de permettre aux Américains de détruire de l’intérieur un système qu’ils ne cessent de combattre de l’extérieur ». (Guy Verrecchia, Président d’UGC – Le Figaro du 26/04/05). Sur cet objectif, on ne peut que suivre.
Mais la plaidoirie cache une bonne dose d’hypocrisie :
1) Les fonds de soutien sont accessibles selon deux critères. La nationalité du producteur et celle de l’exploitant et du distributeur. A ce titre, « Un long dimanche de fiançailles » dont personne ne conteste qu’il est emblématique de la « culture française », n’a pas été éligible : le producteur est extra-européen. Mais le film d’Oliver Stone, « Alexandre », dont on ne voit pas en quoi il fait référence à nos « valeurs » artistiques, a été soutenu financièrement parce que co-produit et diffusé par Pathé ! ! ! Les critères culturels ont vraiment bon dos dans cette affaire !
2) Question suivante : qu’est-ce qui a empêché le film de Jean-Pierre Jeunet d’obtenir une aide au titre du deuxième critère : la nationalité des exploitants et des diffuseurs. Eh bien, tout simplement, parce que les exploitants font la loi. Pathé, Gaumont, UGC ou MK2 gèrent tranquillement le monopole de leur sélection. L’un d’eux promotionnait « Alexandre ». Pas Jeunet… donc voilà.
Décidément, ici comme ailleurs, on retrouve les mêmes débats sous-jacents, les mêmes querelles, les mêmes défenses d’intérêts…fût-ce sous le noble habillage de la défense de la culture. Tiens, c’est promis, juré, l’année prochaine, j’irai à Cannes parler de concurrence, de liberté d’accès aux salles de cinéma et de la défense des films français.
Posté par M.E.L. le 20 mai 2005 dans
Arts / Culture
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19 mai 2005
Coopératives et associations de commerçants : Alternative à la concentration des hypers ?
Les adhérents de mon enseigne et d’Intermarché viennent de décider de rejoindre la Fédération du Commerce Associé. Nous l’annoncerons ce matin, lors d’une conférence de presse. Nous y rejoindrons Système U et une pléiade d’autres enseignes.
Pour la première fois, tous ensemble, nous allons affirmer notre volonté de faire cause commune avec ce secteur coopératif qui « pèse », en France, 30 000 points de vente (25 000 entreprises) et emploie 385 000 salariés. Vous connaissez certainement l’une de leurs 88 enseignes. Dans le jouet et la puériculture : Jouetland, Bébéland, Bébé 9 ; dans l’optique : Krys, Optic 2000 ou Atol ; dans la photo : Camara et Phox ; dans le sport : Intersport, Sport 2000 ou la Halle au Sport ; le tourisme : Selectour ; dans les supermarchés : Système U…, Intermarché et E. Leclerc désormais.
Beaucoup d’entreprises de distribution subissent la standardisation des comportements façonnés par la pression boursière et les critères des seuls analystes financiers (priorité au court terme, au rendement trimestriel des actions, « à la création de valeur »).
Nous, distributeurs indépendants mais organisés en associations, avions senti depuis longtemps la difficulté de tenir position commune avec nos collègues intégrés sur des sujets comme la loi Royer ou la loi Galland, par exemple. Nous avions envisagé d’intégrer leur Fédération pour construire une véritable interprofession. Ca reste un projet et probablement une nécessité (nous participons d’ailleurs à plusieurs commissions –sociale et environnement- de la FCD). Mais nous ressentons le besoin d’exprimer nos valeurs propres et nos différences.
Il faut arrêter les amalgames et les concepts réducteurs : « la grande distribution » n’existe pas en tant que telle, pas plus que « la grande presse » ou « les politiques ». Par leur origine, leur stratégie, leur organisation, les enseignes de la distribution signent des histoires différentes et concurrentes. Rien à voir entre les objectifs de Casino et de Leclerc. Le Stéphanois ouvre et relève les compteurs pour augmenter ses profits cumulés, et il le fait bien. Le Landernéen construit un réseau pour permettre à 500 chefs d’entreprise autonomes d’exploiter, dans le respect d’une charte de prix, leurs propres magasins.
A travers les différentes polémiques qui ont agité le secteur de la distribution, Intermarché, Système U, Leclerc, mais aussi les enseignes spécialisées du commerce, se sont reconnues des valeurs communes, des préoccupations partagées. Ils veulent pouvoir exprimer collectivement (face aux pouvoirs publics et aux organisations de consommateurs), leur utilité sociale. Ils veulent s’affirmer comme une alternative performante, mieux ancrée dans les terroirs, plus sensible à la question consumériste face à la distribution intégrée. Une promesse, un défi.
Dans le cadre des « Rencontres du Commerce Associé » qui se dérouleront dans la foulée, ce matin aussi, des présidents d’enseigne, des économistes vont débattre des spécificités des groupements de commerçants. Seront abordés les grands enjeux : à quelles conditions d’organisation et de management peut-on prétendre rester indépendant. Quelles sont les précautions juridiques et financières pour qu’un groupement coopératif puisse se développer avec des capitaux extérieurs sans s’y inféoder. Comment la valeur produite dans l’ensemble d’un groupement peut-elle être partagée au sein du réseau par les propriétaires et par les salariés. Quels sont les formats de magasin les plus adaptés au commerce indépendant ; comment organiser les échanges d’expériences et le partage des savoir-faire, au sein de groupements dont les adhérents sont de plus en plus concurrents ?
Tels sont les thèmes des ateliers auxquels évidemment je participerai. A cette occasion, Jean Leroyer (Système U) qui est président de la Fédération, recevra Christian Jacob pour une allocution de clôture. Ce sera pour lui, je l’espère, l’occasion de nous éclairer et de répondre à cette question : comment protéger chacun de nos milliers d’adhérents des innombrables sanctions pénales prévues dans sa loi… sans avoir à mettre en place un dispositif de contrôle et de décision national qui risque de transformer tout groupement en une organisation quasi intégrée ? Avouez que c’est un beau sujet de dissertation.
Posté par M.E.L. le 19 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
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18 mai 2005
Commerce éthique : La distribution s’engage sur «Initiative Clause Sociale»
Durant la Quinzaine du Commerce Equitable, sur ce blog comme dans le chat que j’avais organisé le 11 mai, une question revient souvent : si le CE doit être principalement réservé aux producteurs les plus démunis, confortant ainsi malgré tout une certaine marginalisation de ce concept, qu’en est-il des comportements commerciaux en général. Et notamment, à l’égard de la majorité des producteurs d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique Latine, dont les salariés sont l’objet d’exploitation, sont souvent payés au lance-pierre, vivent dans des conditions sanitaires et d’hygiène inacceptables.

A l’initiative et sous la pression des ONG, industriels et distributeurs se sont d’abord engagés dans des démarches individuelles. L’affaire Nike et les menaces de boycott ont servi d’outils pédagogiques. Les entreprises françaises ne sont pas en reste, au premier rang desquelles les distributeurs très actifs pour avoir élaboré des codes de déontologie désormais affichés à l’entrée de nombreuses usines de Chine, du Bangladesh, de l’Inde, du Vietnam, etc… Elles ont largement été pionniers dans le lancement d’audits sociaux, d’ailleurs de mieux en mieux acceptés par les industriels locaux.
La Commission Sociale de la Fédération du Commerce et de la Distribution a cherché à élaborer une grille d’analyse, utilisable comme référentiel commun par les enseignes, pour améliorer les audits sociaux, les rendre complémentaires plutôt que redondants et diminuer ainsi le coût de chaque contrôle. Rendre disponibles tous ceux qui ont déjà été effectués par d’autres enseignes permettra de constituer une banque d’informations commune.
Ce jeudi, j’engagerai mon groupe pour signer une charte commune. Y souscriront aussi Auchan, Camif, Casino, Carrefour, Cora, Galeries Lafayette, Monoprix, Okaïdi, groupe PPR (Redcats, Fnac, Printemps, Conforama, La Redoute), Système U. Chaque enseigne a établi un code de conduite qui lui est propre (selon son marché, son organisation, la place conférée aux importations ou aux fabrications à l’étranger, etc…). Mais ces pratiques respecteront les clauses d’un code commun « Initiative Clause Sociale » basé sur les principales conventions et recommandations de l’OIT, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les réglementations sociales de chaque pays quand elles existent.
- Pays concernés : Bangladesh, Chine, Maroc, Pakistan, Inde, Thaïlande, Vietnam.
- Secteurs audités : textile, jouet, bazar, bagage, meuble, alimentaire.
Chaque entreprise devra s’engager sur un nombre effectif d’audits, communiquer les résultats aux autres sociétés adhérentes à l’Initiative, et enrichir continuellement les bases de données pour que soit multiplié le nombre de sites de production audités et référencés dans la base commune.
Les audits porteront sur :
1) Travail des enfants : âge minimum de travail fixé à 15 ans. Les jeunes adultes de moins de 18 ans ne doivent pas accomplir un travail de nuit ou un travail pouvant compromettre leur santé et leur sécurité.
2) Travail forcé interdit. Et toutes les contraintes souvent observées dans ce cas (obligation du paiement d’un dépôt de garantie à l’embauche !).
3) Prohibition des pratiques discriminatoires pour des motifs de race, sexe, couleur de peau, religion, convictions politiques, rang social, orientation sexuelle, etc…
4) Eradication des pratiques disciplinaires, harcèlement ou mauvais traitement physique ou psychologique.
5) Liberté d’association et de représentation. La plupart du temps, la législation existe mais n’est ni appliquée, ni contrôlée.
6) Durée du travail : elle doit être conforme aux réglementations locales en vigueur. Les heures supplémentaires ne doivent pas excéder les limites légales et doivent être rémunérées selon les barèmes légaux. Respect du jour de repos obligatoire.
7) Salaire et avantages : les employés doivent être déclarés, recevoir des fiches de paie et avoir souscrit un contrat. Perception au moins du salaire minimum légal dans leur pays.
8) Santé, sécurité : validation de l’existence de règles de sécurité, d’informations concernant les risques sur les sites, outils de protection personnelle, etc…
Vues de l’extérieur, ces chartes peuvent ressembler à des vœux pieux, des promesses non engageantes. En fait, elles servent surtout de canevas à l’élaboration de grilles plus précises et de critères de sélection objectifs élaborés par des sociétés spécialisées (Veritas, SGS) qui effectuent sur le terrain les audits sociaux.
La signature de cette clause par un nombre aussi important d’enseignes de grande distribution va donner beaucoup plus de légitimité aux sociétés auditrices et crédibiliser la pression que mettent les ONG sur les sites de production en confirmant le caractère apolitique de ces exigences et en les érigeant comme critères professionnels.
Posté par M.E.L. le 18 mai 2005 dans
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17 mai 2005
Actions en nom collectif : Pourquoi seulement viser les consommateurs ?
Au début de l’année, Jacques Chirac a souhaité que les consommateurs puissent attenter des actions collectives (class action) contre les pratiques abusives. Il empruntait cette idée au député Luc-Marie Chatel (UMP), auteur d’un rapport (2004) sur le droit de la consommation.
J’essaie actuellement de me documenter sur ce sujet. Peut-être vous rappelez-vous ma note du 23 janvier (Réponse à Fifi du 13 mai). Depuis, les lobbies se sont exprimés. Dominique Perben a calmé le jeu et demandé à Christian Jacob et Thierry Breton d’instruire le dossier, dans l’intérêt des consommateurs, mais aussi « dans la garantie de protection des entreprises ». On respire au MEDEF !
Pour Luc-Marie Chatel, que j’ai rencontré récemment, il ne s’agit certainement pas d’enterrer le dossier. Au contraire, il estime qu’il y a une vraie attente (ONG, associations) et que le système actuel de protection des usagers est insuffisant. On le voit, par exemple, dans la désastreuse et lamentable affaire de l’amiante ! Et plutôt que de refermer le dossier, comme le demandent les entreprises, il préfère qu’on essaye de rationaliser le débat. C’est ce à quoi s’attèlent les 17 membres d’un groupe de travail (magistrats, juristes, fonctionnaires, représentants d’associations et d’entreprises). Remise des travaux : fin 2005.
Le sujet est terriblement impactant sur la vie économique. Le Président, « bien intentionné », s’est focalisé sur le secteur de la conso. Les mauvaises langues rapportent : pourquoi négliger une petite pression supplémentaire sur la grande distribution ! Wal-Mart, aux US, fait l’objet d’une plainte pour discrimination sexuelle déposée en 2001. Selon le concept américain de « class action », une condamnation pourrait valoir au distributeur obligation de réparation pour 1,5 million de femmes employées dans l’enseigne. (Vous imaginez la pression qu’on pourrait mettre sur Carrefour et les autres).
Ce que j’ai compris du concept me fait penser que le dispositif concernera, au contraire, tous les secteurs d’activité, privés et publics. L’action de groupe exige que l’on revoie une grosse partie de nos procédures civiles (instruction, régime des preuves, calcul du préjudice, mode de recours, etc…). Pas crédible de segmenter les domaines d’application.
Rappelons le principe : il s’agit de permettre à tout individu de se reconnaître victime d’une exaction pour revendiquer réparation d’un préjudice. Même si cet usager n’a pas été à l’origine de la plainte. Exemple : une association anti-tabac a attaqué des producteurs de cigarettes en Floride. Des milliers de fumeurs ont revendiqué de pouvoir bénéficier de l’indemnisation.
Sous des versions plus ou moins édulcorées, il existe de tels dispositifs en Angleterre, en Allemagne, au Canada, en Suède, et bientôt au Portugal. Même en France, nous disposons d’une « action en représentation conjointe », mais très lourde à mettre en œuvre (système de mandat, obligation procédurale, risque de retour sur plaignant, etc…). C’est la lourdeur de ce dispositif qui amène les consommateurs français à rêver d’un système plus ouvert. « En l’absence d’action de groupe, c’est à chaque consommateur d’aller en justice pour obtenir réparation. D’où, multitude de procès, multiplication des expertises, engorgement de la justice, coût pour collectivité ». (Gaëlle Pateta, juriste UFC dans Libé 7/01/2005).
Si je synthétise tout ce que j’ai appris sur ce dossier, je vois trois problèmes :
1) Accélération garantie du processus de judiciarisation des conflits dans tous les secteurs (prolifération des procès, émergence d’une catégorie d’avocats rabatteurs, eux-mêmes rémunérés en pourcentage des indemnités, recherche de transactions avec les entreprises qui, pour éviter un procès long et coûteux, préfèrent payer). On cite le chiffre de 250 milliards de dollars pour estimer le coût des procès en dommages et intérêts aux Etats-Unis. Intox ?
2) Pour se prémunir des aléas, les entreprises provisionnent dans leur bilan des sommes considérables. Les primes d’assurance explosent. Pas seulement dans le secteur économique. Dans le secteur médical aussi (les obstétriciens, les chirurgiens esthétiques, les anesthésistes, etc…). Au final, c’est le consommateur qui paie ces surcoûts répercutés dans le prix des prestations.
3) Les approches juridiques sont-elles compatibles ? L’ensemble de notre système juridique repose sur la responsabilité individuelle (devoir) des décideurs. La class action transforme les décideurs en délinquants potentiels, dès lors que tout consommateur peut s’auto-désigner comme victime. C’est contraire aux fondements de notre droit actuel qui exige d’un plaignant la preuve de son droit à agir.
4) Le Président vient de faire modifier la Constitution en introduisant « le principe de précaution ». Non seulement les avocats pourront se retourner contre les entreprises, mais au nom du même principe, ils pourront se retourner contre l’Etat qui, au mépris du principe de précaution, n’a pas contrôlé à temps les entreprises, ni pris (ex. de l’amiante) dans les universités et les bâtiments publics, les dispositions nécessaires et suffisantes. L’arroseur arrosé, en quelque sorte… mais pourquoi pas !
Dossier extrêmement intéressant mais complexe…, qui plus fondamentalement remet en cause la notion de « limite de responsabilité ». Ca mérite mieux qu’une polémique. Votre opinion ?
Posté par M.E.L. le 17 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Conso.)
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Actualités / Débats (Eco)
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16 mai 2005
Grandes marques : La France plus chère que l’Europe
C’est encore une fois confirmé. La France figure dans le peloton de tête des pays de l’U.E. où les prix des produits de grande consommation (PGC) ont le plus augmenté au cours des 10 dernières années. Après diverses études publiées par des cabinets de consultants internationaux, Nielsen-Panel de Gestion ou Morgan Stanley, c’est au tour de Sophie Haincourt, directrice d’études au BIPE, de proposer une analyse des prix et des réglementations comparés en Europe.

NB : les prix des PGC en France sont publiés par l’INSEE ; les prix hors France ont été calculés par le BIPE en s’appuyant sur la méthodologie INSEE et les coefficients budgétaires publiés par EUROSTAT (année 1999)
Voici un résumé de ses conclusions :
1) C’est à partir de l’an 2000 que l’inflation sur les PGC (grandes marques) s’est fortement accentuée en France. « Entre 2000 et 2004, la hausse des prix sur ces produits a atteint 2,8 % par an, en moyenne, pour une inflation sur l’ensemble des biens et services de 1,9 % par an ». Plus vite qu’en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni ! « Cette évolution s’est produite en dépit du développement des marques de distributeur et des premiers prix dont les prix ont moins augmenté que la moyenne ».
2) L’introduction de l’euro n’a eu, dans ce phénomène, qu’un impact marginal. La Commission Européenne a chiffré à 0,2 point le surplus d’inflation au premier trimestre 2002 dû à l’introduction de la monnaie en janvier de cette année-là. Mais le passage à l’euro a servi de révélateur. Tout le monde s’est mis à regarder les étiquettes. « La perception par les ménages d’une accélération des prix à cette époque…reflète plus une prise de conscience tardive des hausses des PGC » qu’elle n’en explique le déclenchement.
3) « Les mesures Sarkozy de mai 2004 ont permis de renverser quelque peu la tendance des prix », ces derniers mois. Mais globalement, sur 4 ans, par rapport aux consommateurs britanniques ou italiens, les consommateurs français ont perdu du pouvoir d’achat sur ce segment de marché (PGC).
4) L’explication « tient aux différences de contexte réglementaire des différents pays… La loi Galland n’a pas d’équivalent dans d’autres pays de l’Union Européenne… En particulier, la définition des conditions générales de vente est une particularité de l’hexagone. Ailleurs en Europe,…les contrats particuliers font l’objet d’une négociation entre les parties et ne sont pas assujettis à des conditions générales de vente ou barèmes de prix fixés ex ante sous peine de sanction pénale ».
Sophie Haincourt tire deux conclusions de cette analyse :
a) L’Espagne exceptée, les environnements réglementaires plus souples des autres pays européens ont permis d'éviter la hausse relative des prix des PGC.
b) Et alors qu’elle pose la question de la réforme du cadre réglementaire français, elle énonce cette vérité : dans les autres pays européens où les prix ont été plus sages, la liberté des prix n’a pas induit « tous les maux que l’on annonce suite à une réforme de la loi Galland, à savoir guerre de prix conduisant éventuellement à des phénomènes de déflation, disparition du petit commerce, fragilisation de l’amont de la filière, etc… ».
Je me précipite pour faire envoyer, à tous les députés et sénateurs, cette analyse très documentée et chiffrée pour qu’elle enrichisse le débat parlementaire.
Posté par M.E.L. le 16 mai 2005 dans
Prix / Concurrence
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14 mai 2005
« La malédiction d’Edgar » de Marc Dugain
J’avais beaucoup aimé « La chambre des officiers » (Lattès 1998), un peu moins « Heureux comme Dieu en France » (Gallimard 2002). Passionné par l’Amérique des années 60, la contre-culture (Marcuse), le mouvement hippy, la conquête de l’espace…, c’est avec une réelle curiosité que je me suis plongé dans la lecture de « La malédiction d’Edgar », le dernier livre de Marc Dugain (Gallimard).

Je vous le dis tout de suite : malgré le battage médiatique autour de ce livre, ce n’est pas le grand roman qu’on attendait sur le sujet. Trop d’impasses, de raccourcis, un détachement volontairement clinique… Mais, malgré tout, un roman-témoignage passionnant pour décrypter l’une des personnalités les plus mystérieuses de cette époque, Edgar Hoover, directeur du FBI de 1924 à 1972, et réfléchir sur la généalogie d’une histoire américaine reconstruite sur le mythe et le mensonge.
Hoover, d’abord. Pour cerner sa personnalité, MD a trié sa matière première. Il a occulté dans l’histoire politique tout ce que l’Amérique a compté de tensions sociales (révolte dans les ghettos, les mouvements anti-racistes de Martin Luther King, de Malcolm X et d’Angela Davis). Il a choisi délibérément de restreindre les chroniques de l’époque à quelques épisodes remarquables : le règne de la pègre (son omniprésence auprès de la classe politique) et l’anti-communisme (Mac Carthy, l’exécution des époux Rosenberg et la guerre froide, Berlin, Cuba). Dugain ne nous donne à voir qu’un Hoover focalisé sur ces deux objectifs. Un prisme forcément réducteur, mais très efficace pour nous entraîner dans la relation entre le premier flic US et la machine du pouvoir.
Hoover est puissant. Mais il a une faille : son homosexualité cachée, dont il a plus ou moins conscience. Révélée par un compagnon dont le journal constitue la matière de ce livre, sa situation l’oblige à rester un homme de l’ombre. On n’élira jamais président un homme sans sa « première dame ». Alors, il s’affaire : écoutes téléphoniques, multiplication des dossiers sur les syndicalistes et les dirigeants, chantages, manipulations. Il tire les fils de la comédie du pouvoir, et tient là sa revanche sur une Amérique pécheresse, si prompte à tenir des discours puritains pour cacher ses propres obsessions.
Et c’est vrai qu’au regard des turpitudes du clan Kennedy, Hoover finirait par être un personnage attachant. Le mythe, construit autour des personnalités de John et de Bob, prend un sacré coup. Déglinguée la photo catholico-irlandaise d’un père immigrant, sorti de la glèbe à la sueur de son front. La saga Kennedy prend sa source dans le cloaque de la prohibition, du trafic d’alcool et de la spéculation immobilière. Les votes sont achetés, la pègre est sollicitée. Idem des fistons. John est dépeint au maximum de ses faiblesses : un ambitieux, un feignant, qui révèle sa lâcheté dans l’affaire de Cuba, et son impatience face à Kroutchev ; un Dom Juan, un séducteur qui séduit les foules en travaillant sa communication et son image. Mais un queutard priapique, insatiable, sans cœur ni passion, laissant derrière lui une maîtresse en couches, une femme cent fois trompée et de multiples proies désenchantées (Marilyn !). Bob, le cadet, ministre sans avoir jamais été élu, reste l’ombre de son frère, exécuteur de quelques œuvres, frénétique mais souvent aboyeur.
Difficile de savoir où s’arrête l’histoire et commence le roman. Et pourtant, tout paraît vrai dans ce bal des cyniques à qui il manque néanmoins la verve d’un Norman Mailer. En refermant ce livre, le lecteur acquiert une certitude : l’Amérique se complait dans sa légende pour ne pas regarder en face le mensonge. Il reste cette question : à vouloir déconstruire le mythe, celui-ci n’en sort-il pas finalement plus foisonnant, plus onirique, et donc renforcé ?
Posté par M.E.L. le 14 mai 2005 dans
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