30 juin 2005
Subventions, crédits d’impôts, baisses de charges : pour quelle contrepartie ?
Vu l’état des finances publiques, la question cruciale pourrait être celle-ci : jusqu’à quel point l’Etat doit-il accorder des aides financières sans pouvoir exiger, en retour, le respect d’engagements (maintien d’un investissement sur le sol national) ou des contreparties (augmentation du nombre d’emplois). Par deux fois, ces quinze derniers jours, la question a été posée. Il s’agissait bien sûr de répondre à des problèmes spécifiques. Mais je me disais qu’au fond, ce sont les illustrations d’un problème plus général qui mériteraient d’être plus amplement débattues.
1) Ce fut d’abord la « sortie » de Gérard Larcher, Ministre du Travail, à l’égard des restaurateurs.
G. Larcher n’est pas un homme à tenir sa langue dans sa poche. Recevant les analyses de la Commission Nationale de la Négociation Collective, il a poussé sa gueulante. Dans 74 branches (employant plus de 8 millions de salariés), les négociations salariales auraient évolué correctement : « De premiers résultats significatifs ont été obtenus, même s’ils ne sont pas suffisants ». Diagnostic qui n’est pas corroboré pour la branche des hôtels, cafés, restaurants.
Tous ces professionnels « ont bénéficié, d’une manière ou d’une autre, d’un soutien exceptionnel de l’Etat pour conforter leur politique d’emploi ces derniers mois. Il n’est pas acceptable que ces efforts soient préemptés sans contrepartie pour les salariés ». Malgré la charge, les restaurateurs sont restés de marbre. Ils maintiennent. Ils augmenteront salaires et emplois quand ils auront obtenu la réduction de la TVA.
Voilà donc l’Etat piégé. En attendant les décisions de Bruxelles, il a accordé des facilités financières (ravages du clientélisme avant le référendum !). Voilà –un comble- les restaurateurs exonérés de toute obligation et en position de force. Les syndicats sont légitimement choqués.
2) Autre illustration de ce débat, lancée cette fois-ci par Nicolas Sarkozy. On connaît son analyse sur la crise du modèle social français. Il souhaite « faire le tri entre ce qui est un acquis social et ce qui n’est que le produit d’une habitude, d’une lâcheté, d’un oubli ». Et propose, dans la foulée, que les minima sociaux ne soient accordés qu’en « contrepartie d’une activité ». Il fait référence évidemment au modèle danois ou au système anglais de dégressivité des aides après qu’un chômeur ait refusé les premières propositions d’emploi.
Ces deux exemples abordent la question de l’utilisation des fonds publics sous des aspects différents. Personnellement, je ferais une distinction entre le traitement social du chômage et la subvention à une catégorie professionnelle (restaurants, commerçants, agriculteurs, etc…).
- Dans le premier cas, l’aide publique est l’aboutissement d’un système de répartition ou de transfert social, pour lequel nous avons cotisé ou payé l’impôt. Elle est la conséquence d’un contrat avec la nation. Les exigences réclamées par l’Etat aux bénéficiaires découlent avant tout d’une obligation de probité (contre les profiteurs du système) et d’efficacité.
- Dans le deuxième cas, il y a affectation particulière du budget de l’Etat. Certes, via le débat parlementaire, la nation est supposée avoir approuvé les dépenses. Mais de même que l’Etat se soumet à l’obligation de contrôle, ne conviendrait-il pas que les professionnels justifient, eux aussi, du bon usage de la subvention.
Alors que plus personne ne conteste la nécessité de réorganiser les finances publiques, il est étonnant que cette question n’ait pas suscité plus d’intérêt. Partagez-vous cet avis ?
Posté par M.E.L. le 30 juin 2005 dans
Actualités / Débats (Pol.)
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29 juin 2005
Serge Lepeltier : La TVA pour polluer moins !
Serge Lepeltier n’aura pas été ministre pendant très longtemps. Gaulliste discret, cet homme réservé, mais chaleureux, s’en est retourné à Bourges, ville dont il a été réélu maire.
Les cénacles parisiens ne lui manquent pas. Il a toujours milité, mais il n’a rien d’un godillot. S’il a accepté le poste, c’est parce que l’écologie l’intéresse. Sportif, plongeur sous-marin, il a toujours aimé la nature. Son amitié avec Nicolas Hulot n’a fait que renforcer son intérêt pour la question du développement durable.
Loin des ors de la République, l’ancien ministre n’a emporté avec lui aucune animosité : « personne n’est propriétaire de son fauteuil ». L’écologie restera son dada.
Le voici donc plus pédagogue que jamais et infatigable débatteur.
Libé lui a consacré une intéressante interview, lundi 20 juin. Un quotidien, hélas, c’est du « vite consommé ». Il passe à la trappe de l’édition du lendemain. Par chance, je l’avais découpée dans l’avion pour vous soumettre deux de ses idées.
1) La première concerne le Ministère de l’Environnement. Il faut arrêter d’en faire une « vitrine », une « caution » sans moyen d’intervention. Il préconise trois mesures :
a) « Ce ministère doit être placé à un niveau plus élevé dans la hiérarchie gouvernementale, au même niveau que la Défense,… Il faut qu’un rapport de force s’établisse en faveur de l’écologie ».
b) Un objectif budgétaire : la dotation du ministère devrait représenter 1 % du budget de l’Etat au minimum.
c) Adjoindre « l’Energie » à ce ministère. « La question centrale en matière d’écologie, c’est le changement climatique et donc la question énergétique ». C’est le Ministère de l’Industrie qui suit ce secteur. Celui de l’Environnement « n’est pas responsable du développement des énergies renouvelables, des éoliennes, du solaire, c’est absurde ! ».
De prime abord, on a envie de lui donner raison. J’ai quand même un avis nuancé. Plutôt que de renforcer l’audience d’un seul ministère, ne conviendrait-il pas, au contraire, de revoir le cahier des charges de tous les ministères (agriculture, industrie, transports), en y incluant l’impératif écologique…
Voilà déjà de quoi débattre.
2) Mais l’idée qui m’a séduit, c’est celle d’une fiscalité différenciée selon l’intérêt écologique des produits.
Son raisonnement ? « Il faut réconcilier économie et écologie ». Il propose « d’intégrer dans les coûts de production l’empreinte écologique ». J’aurais bien volontiers objecté que les charges sont déjà très lourdes pour les entreprises en concurrence sur les marchés internationaux. Mais il évacue le reproche, en focalisant sa réflexion sur la TVA. L’impôt indirect, en effet, a ce mérite d’être supporté par les productions nationales comme par les produits importés. « On pourrait faire passer la TVA à 33 % pour les produits les plus polluants et à 0 % pour les produits propres, la moyenne restant à 20 % ».
En raisonnant ainsi, Serge Lepeltier propose une mesure euro-compatible (la moyenne des taux reste inchangée). Elle a l’avantage d’introduire une discrimination pénalisant les produits les plus polluants. Elle prolonge la chaîne de responsabilité : après les sanctions pollueurs-payeurs, celles du marché… Qu’en pensez-vous ?
Posté par M.E.L. le 29 juin 2005 dans
Environnement
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28 juin 2005
Tsunami : Après les dons, les projets E. Leclerc / La Voix de l’Enfant
Tous vos journaux font les comptes. Dans les notes d’actu sur mon site (14 et 31/01/05), je m’étais aussi engagé à le faire.
Rappel :
Suite au drame du 26 décembre 2004, les Centres E.Leclerc ont mis en place un dispositif d’envergure afin de récolter un maximum de fonds. Le samedi 15 janvier, pour chaque passage en caisse, l’enseigne a reversé 1 € à la Voix de l’Enfant, soit un total de 2 084 394 euros. De leur côté, les clients avaient la possibilité, s’ils le souhaitaient, d’abonder l’opération en décidant de verser également 1 € au moment du paiement de leurs achats. 376 539 personnes ont participé à l’opération.
Au total, c’est donc 2 460 933 euros qui ont été remis par E.Leclerc à la Voix de l’Enfant.
Les comptes et les projets concrets :
Cette somme destinée à la reconstruction d’écoles, de dispensaires et de toutes les infrastructures indispensables aux victimes et à leur protection a été répartie entre 3 pays fortement touchés : l’Inde, le Sri Lanka et la Thaïlande. Pour le moment, la moitié de la somme a été engagée sur le terrain dans des projets de grande envergure de 2 à 3 ans et versée à des associations locales qui sont maîtres d’œuvre : ICCW (Indian Council for Child Welfare), Terre de Vie, ou encore la Chaîne de l’Espoir.
En Inde : habitat, soins primaires, soutien économique et éducation
En partenariat avec l’association « Maison de Sagesse » : 44 405 euros en 2005.
1) Aide aux villages de pêcheurs touchés directement par le tsunami dans la région de Cuddalore, le long du fleuve, près de Nellikuppam, lieu d’action de « Maison de sagesse ».
- Reconstruction d’habitations dans les villages les plus pauvres.
- Reconstruction de la flotte de pêche : bateaux, moteurs, filets de pêche.
- Amélioration de l’accès à l’eau dans la région de Cuddalore : pompage et système d’analyse des eaux de puits.
2) En partenariat avec le Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE) : soutien au développement de 8 villages côtiers du Sud Est de l’Inde et amélioration des conditions de vie des populations : 406 133 euros répartis sur 3 ans
- Relance de l’économie locale par le biais d’un programme de reconstruction de la flotte de pêche et par la mise en place de groupes d’entraide, pour favoriser la solidarité communautaire.
- Développement de l’accès aux soins : un médecin et 2 infirmières assureront des visites médicales à domicile afin de pallier aux problèmes médicaux urgents et assurer les campagnes de vaccination.
- Aide à la scolarisation et activités pour les enfants : achat d’uniformes, de matériel scolaire, centre de soutien scolaire dans chaque village (chaque centre pouvant accueillir jusqu’à 50 enfants), création d’espaces de jeux et d’écoute.
3) En partenariat avec Guild of Service : 60 180 euros répartis sur 2 ans.
- Construction de 2 écoles primaires (75 à 100 enfants concernés par école) et de 6 crèches dans la région sud du Chennai.
Au Sri Lanka : habitat et conditions de vie
En partenariat avec Terre de Vie : 44 800 euros en 2005.
- Reconstruction de maisons provisoires à Dutch Bar, le quartier Est de Batticaloa, sur le cordon lagunaire, complètement rasé.
- Amélioration de la vie dans le camp de Kallar où 800 familles ont choisi de rester : mobiliers, bourses scolaires…
- Construction d’un lotissement de 12 maisons à Palangathure (40 km au nord de Colombo).
- Remise en état du centre artisanal de Batticaloa (Est de l’île) et aménagement de chambres pour éducatrices.
En Thaïlande : faire face à l’urgence
En association avec la Chaîne de l’espoir : 32 844 euros sur 3 ans.
- Soutien aux familles victimes : aide à la scolarisation des enfants, aide au retour à la vie professionnelle des familles dans la Province du Buriram.
- Financement des frais de scolarité des enfants orphelins de l’un ou de leurs deux parents (achat de l’uniforme, des fournitures scolaires, du repas du midi et suivi médical)
Dossiers en cours d’étude et de finalisation en Inde
1) En partenariat avec Arunodhaya : 200 000 euros répartis sur 2 ans.
- Construction d’un centre pour les enfants (aide psychosociale, activités de récréation, aide aux devoirs).
- Suivi des élèves dans les 10 écoles du territoire d’intervention de l’association.
- Formation de groupes d’entraide de femmes (micro-crédits) afin de mettre en valeur leur statut social et économique par l’initiative.
- Allocations supplémentaires à celles de l’Etat pour l’achat de bateaux de pêche et de filets.
2) En partenariat avec l’Indian Council of Child Welfare : programme d’aide et de réhabilitation dans la région de Cuddalore (Sud de Pondichéry) : 340 330 euros répartis sur 3 ans.
- Construction de 100 maisons permanentes.
- Rénovation et provision des infrastructures : construction de routes, approvisionnement en eau potable, assainissement, réverbères.
- Réouverture et fournitures pour 12 écoles qui se trouvent sur la côte (achat d’uniformes, de fournitures scolaires, bourses scolaires pour 300 enfants ayant perdu leur soutien de famille).
- Flotte de pêche pour 50 familles de pêcheurs : subventions partielles ou complètes pour le remplacement des bateaux et filets.
- Parrainage des enfants orphelins et de parents célibataires, centre d’alimentation pour les enfants orphelins et indigents.
Suivi financier et contrôle :
Les Centres E. Leclerc et la Voix de l’Enfant sont liés par une convention qui prévoit le suivi des opérations. VdE est une fédération de 66 associations de protection de l’enfance en France et dans le monde. Elle est présente depuis des années dans cette région touchée par le séisme. Elle s’est mobilisée dès les premiers jours et a créé une plate-forme « Séisme Asie Enfants » pour apporter un soutien efficace et pérenne à ses associations membres et partenaires locaux présents sur place.
Aux côtés de Carole Bouquet, marraine de la Fédération, et de Martine Brousse, la directrice, j’aurai l’occasion de présenter un premier bilan détaillé à la presse, mardi 5 juillet.
Posté par M.E.L. le 28 juin 2005 dans
Actualités / Débats (DD)
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27 juin 2005
Loi Galland : le politique patauge, les entreprises s’impatientent
Un scoop. C’était dans Les Echos du vendredi 24 juin 2005. Antoine Boudet annonçait un plan média Industrie/Commerce pour faire avancer la réforme de la Loi Galland. Une initiative, parmi d’autres, débattue par les chefs d’entreprises français dans les couloirs du congrès mondial de la distribution à Budapest. Irritation, impatience : « les politiques se foutent de nous. Sur quelle base, allons-nous éditer nos tarifs en septembre ? Nous devons boucler l’impression de nos catalogues de rentrée des classes : comment devons-nous calculer nos prix ? Quelle loi sera applicable, etc… » Tout cela sous le regard compassionnel de nos homologues européens, tantôt inquiets, tantôt amusés, par la ringardise des débats français sur la politique de prix. Il faut dire qu’en quinze jours, le projet Jacob a été mis à toutes les sauces.
1- Les voies d’une réforme possible :
Le dimanche 12 juin 2005, Renaud Dutreil avait invité une trentaine d’acteurs majeurs de ce dossier (dirigeants de Procter, Ferrero, Coca-Cola, Nestlé, Auchan, Carrefour, Système U, Intermarché, etc ; les présidents d’association : ANIA, ILEC, FCD, des élus : Chatel, Cornu, et le rapporteur de la commission Canivet). Principaux points de convergence :
• Volonté de motiver tous les acteurs, en dépénalisant les relations industrie-commerce. Rejet des sanctions administratives. Répression des abus par le jeu de sanctions civiles peu dissuasives.
• Répercussions progressives aux consommateurs des marges arrières (sur trois ou quatre ans).
• Irréversibilité de la réforme.
Trois scénarios concerts de « retour à la normale » avaient été discutés.
1- Prolonger la Réforme Jacob en autorisant une répercussion plus grande des marges arrières dans les prix (20% la première année, 15 puis 10 …etc. les années suivantes - solution proposée par la DGCCRF).
2- Abaissement progressif du seuil de revente à perte (SRP) (coefficient minoratif à partir de la facture du fournisseur - proposition ANIA-ILEC).
3- Application d’un coefficient multiplicateur sur le prix d’achat net pour les produits faisant l’objet d’un contrat de coopération commerciale, et diminution progressive de ce coefficient (proposition Procter, L’Oréal, E. Leclerc, Auchan, Intermarché).
Sur ces trois scénarios, il y avait unanimité pour dire qu’ils créaient tous des effets pervers et qu’ils n’offraient pas de garanties juridiques absolues. Mais comme le disait lui-même R. Buisson (ANIA), « l’important, c’est que dans les trois scénarios, on va vers le triple net. »
Certes, R. Dutreil n’avait rien promis. Mais, on pouvait espérer avancer…
2- Le politique patauge dans son marais :
Le Premier Ministre avait donné le la, dans son discours de politique générale. Il avait laissé entendre que le seuil de revente à perte pouvait être modifié, afin que « le consommateur puisse bénéficier de baisses de prix significatives »…
T. Breton avait multiplié les contacts depuis sa nomination : « on a récupéré la DGCCRF ; on va être punchy sur la Loi Galland ; on ne peut pas en rester avec 20% de marges arrières ; le gouvernement doit pouvoir bénéficier de l’impact d’une réforme aboutie. Mes chariots-types doivent enregistrer les premières baisses. »
Dans la foulée, R. Dutreil rappelait qu’il était partisan de la « logique concurrentielle »… et promettait de « l’inattendu ».
En fait d’inattendu, ce fut une reculade. On savait le Sénat protectionniste. Mais face à G. Cornu qui proposait courageusement d’amender le texte, le Ministre a défendu le statu quo. La volte-face a surpris les professionnels. On a pensé à un repli tactique. L’explication est moins glorieuse : R. Dutreil a entendu des voix… L’Elysées ne veut rien lâcher.
3- Où cela nous mène-t-il ?
Nulle part !!!
Sur le terrain, on s’adapte. La consommation est morose. Il faut réagir, lancer des promos. Les distributeurs se sont tous (je dis bien tous) exonérés du respect des textes existants. Cela fait plusieurs mois que plus personne ne respecte le seuil de revente à perte. La DGCCRF verbalise, contrôle, multiplie la confection de dossiers « pour le cas où ». En même temps, les fonctionnaires en ont marre de jouer les gendarmes contre les prix bas. Ils déplorent ces atermoiements politiques.
A l’Assemblée, les députés s’apprêtent à débattre (à leur tour) de la Loi Jacob. Plus personne n’est sûr de rien. Devant l’ambiguïté de la position gouvernementale (à moins qu’il ne s’agisse que d’un double jeu), les réformateurs croient mordicus qu’ils restent encore une marge de manœuvre. (« C’est pas possible qu’on nous demande de cautionner des marges minimum de 20% !) Ils pensent qu’à l’UMP, N. Sarkozy, si impliqué l’année dernière, ne jouera pas les Ponce Pilate. Naïveté de leur part, ou dernière tentative de convaincre le château ?
La suite… la semaine prochaine. Le feuilleton continue…
Posté par M.E.L. le 27 juin 2005 dans
Loi Galland
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25 juin 2005
Joël Egloff : L’étourdissement
C’est un texte très court, un récit émouvant. C’est l’œuvre d’un jeune écrivain. C’est le livre d’un grand écrivain. Je vous recommande, ce week-end, la lecture de « L’étourdissement » de Joël Egloff (Buchet-Chastel).
Ne vous laissez pas déstabiliser par le décor. Ou plutôt, si. Quittez l’univers du bureau, oubliez un instant la douceur de votre foyer. Imaginez Tchernobyl, les anciens abattoirs de La Villette, les personnages du film «Affreux, sales et méchants » (Ettore Scola). Imaginez une campagne dont les arbres sont gris, les nuages oppressants et les pluies acides : « Les enfants sont pâlots, les vieillards sont pas bien vieux. On fait d’ailleurs pas toujours la différence entre eux ». Dans cette contrée en noir et blanc, le narrateur parcourt en vélo le trajet qui va de sa maison délabrée à son lieu de travail : un abattoir. Il y « épluche les vaches comme des bananes ». Le soir, à la maison, il vit avec une grand-mère qui se nourrit « des restes du chat qui n’a pas voulu finir les leurs ».
Oui, c’est glauque. Comme dans le scénario d’un roman noir ou comme après une catastrophe planétaire. Nous sommes chez des survivants, des rescapés d’un monde industriel qui emploierait des zombies pour faire fonctionner des usines rouillées et bruyantes. L’esthétique, ici, ce sont des friches envahies par les détritus, la pollution, et le bruit des passages d’avions.
Mais, bon Dieu, que ce livre est beau ! C’est cru mais jamais gore. C’est pathétique, mais jamais compassionnel. Ni révolte, ni résignation. Un détachement finalement insoutenable tant l’écriture banalise le rapport des individus à cet environnement hyperréaliste. « Le jour où je m’en irai, ça me fera quand même quelque chose, je le sais bien. J’aurai les yeux mouillés, c’est sûr. Après tout, c’est ici que j’ai mes racines. J’ai pompé tous les métaux lourds, j’ai du mercure plein les veines, du plomb dans la cervelle…et pourtant, je le sais bien que le jour où je m’en irai, je verserai une larme, c’est certain ».
Dans ce décor surréaliste, mais pas tant que ça, l’espoir naît de l’amitié, de la tendresse, de l’humour. Tout cela est dit pudiquement, mais tel semble être notre destin.
Joël Egloff a 39 ans. C’est son quatrième roman. Un jury, présidé par Françoise Xénakis, et composé des 85 libraires de nos espaces culturels lui a décerné « le Prix du Roman des Libraires E. Leclerc ». Ils ont eu un vrai coup de cœur.
Brigitte Kernel, écrivain et critique littéraire à France Inter, participait amicalement aux délibérations. Pas étonnant que Joël Egloff ait reçu cette nouvelle distinction : le Prix du Livre Inter. C’est vraiment mérité !
Posté par M.E.L. le 25 juin 2005 dans
Arts / Culture
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Livres
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24 juin 2005
Journal du 15 au 25 juin 2005 (fragments)
Mon métier, le monde qui nous entoure… Tous les jours, je prends quelques notes. Pour moi, pour nourrir mes réflexions, mes discussions avec les collaborateurs, et mes interventions dans la vie associative…
1) Otages : Liesse, concert de joie et conférence de presse : à la Une des magazines, le beau regard de Florence Aubenas. Inconnue du public avant la prise d’otages, elle en devient l’icône. Qui ne s’est pas senti concerné, touché, ému. « Notre société, qu’on stigmatise pour son égoïsme…est capable d’élans de compassion et d’identification au malheur des autres. L’individualisation des mœurs rend possible cette identification. C’est la face positive de l’individualisme… ». G. Lipovetsky, sociologue (Elle, 20/06).
Assurément, notre peuple a du ressort et entretient une forme d’espérance. Les Français sont désenchantés à l’égard de la politique. Mais pour peu qu’une cause passionnante ou un projet collectif leur soit proposé (qui permettrait d’exprimer leur solidarité et leur sensibilité), ils savent se manifester et réagir.
2) Bretagne : Réunion de travail dans les Côtes d’Armor. Premier bassin de production porcine en France. Nous y avons implanté quatre unités de production agroalimentaires. En roulant de Rennes vers Collinée, je découvre, sous le soleil (mais oui !) des routes bien entretenues, des villages attrayants, des jardins ou des maisons où il fait bon vivre. Il y a vingt ans, quand le département s’appelait « Côtes du Nord », une forme de précarité agricole et salariale constituait le ferment d’une gauche régionaliste et révolutionnaire. Les élus d’aujourd’hui (PC ou PS façon Fabius) sont leurs héritiers. Ils ont appelé à voter « non » au référendum. De tous les départements bretons, seul, celui-ci a levé l’étendard de la contestation. Pourtant, dans les villages que je traverse (Saint-Onen-la-Chapelle (35), Vildé-Guingalan , Saint-Jacut-du-Mené, Collinée (22) et Saint-Léry (56)), le taux de chômage est tombé en dessous de 8 %. Et, tous les professionnels de la région (agroalimentaire !) savent ce qu’ils auraient à perdre d’une remise en cause de la PAC. Comment expliquer ?
3) Libéralisme : A quelques kilomètres de là, le convoi de Sarkozy s’arrête à Vitré. Bain de foule et discussions avec les salariés de la SVA (abattoir travaillant avec Intermarché). Ca fuse dans tous les sens. On parle délocalisations, écarts de salaires, modèle social : « Je suis pour le libre échange et la concurrence, mais une concurrence loyale : j’ouvre, tu ouvres. Tu fermes, je ferme… ». Même les plus acerbes à l’égard du maire de Neuilly en convenaient : Sarko à l’OMC ou à la Commission Européenne, ça déménagerait !
4) Jean-Marc Ayrault : L’activisme des chefs de l’UMP ne l’impressionne pas. Mais le député PS de Loire-Atlantique devrait faire attention dans son langage à ne pas désespérer Landerneau. Pour lui, la politique de Chirac « relève plus du calcul d’épicier que d’une vision de chef d’état ». Attends un peu, mon bonhomme, qu’on débatte devant témoins et tu verras ce que vaut le regard de « l’épicier » sur l’organisation de l’état…
5) Délocalisations : La campagne référendaire a été propice aux surenchères démagogiques. Jamais, on n’avait autant parlé de risques de délocalisations. Avec comme boucs émissaires, les pays de l’Est, principalement. Or, l’INSEE vient de publier les chiffres des transferts d’investissements et d’emplois. Sur 13 500 postes délocalisés chaque année, de 1995 à 2004, ce sont l’Espagne (16 %), l’Italie (15 %) et l’Allemagne (14 %) qui ont capté les emplois partis de France. Ce sont nos vieux voisins, nos partenaires fondateurs, et non pas nos amis polonais… C’eût été une bonne idée de publier ces statistiques pendant le débat.
6) Italie, justement : J’étais dans les Abruzzes, la semaine dernière, pour inaugurer trois magasins. Dans la Botte, nous sommes alliés avec la coopérative Conad, numéro deux en Italie. Leurs magasins prennent l’enseigne E. Leclerc en devenant hypers… Superbe décor que ces montagnes avec vue directe sur la mer. Villages accrochés en haut des pics, vallée instable du fait de l’activité tellurique, vieilles églises et forteresses, vestiges de la route des croisades… Je discute avec mon hôte, le responsable de la coopérative. Nous parlons des rigidités françaises, mais aussi de l’individualisme de nos concitoyens. Quoi, un Italien qui me dit ça ! A un moment, sa voiture franchit la ligne jaune (qui est blanche, là-bas). Je lui fais la leçon. Il s’amuse : « Une ligne blanche, ici, c’est franchissement interdit. Mais deux lignes parallèles, alors ça, oui, ça veut dire que c’est vraiment interdit ! ». Comment voulez-vous lutter à armes inégales !
Posté par M.E.L. le 24 juin 2005 dans
Pêle-M.E.L
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23 juin 2005
Le marketing du vin à l’épreuve des nouveaux consommateurs
Mes fonctions me valent parfois de pouvoir profiter de quelques bons moments. C’était le cas mardi dernier. Je participais au jury de dégustation des vins sélectionnés par nos acheteurs pour figurer dans les futurs catalogues des Foires aux vins (septembre 2005).
1) Me voilà donc au cœur de Vinexpo, à Bordeaux, embarqué dans un joyeux et picaresque attelage. Onze compères, acheteurs de mon groupe, œnologues, négociants, restaurateurs et viticulteurs, surexcités à l’idée de trouver « la perle ». Il y a là René Renou, le patron de l’INAO (Institut des Appellations d’Origine), Jean-Luc Poutau, meilleur sommelier du monde 1983, Jean-Marie Chadronnier, président de Vinexpo, Philippe Etchebeste, superbe toqué à Saint-Emilion, et Michel Rolland, le conseiller des grands vignobles à qui le réalisateur de « Mondovino » a fait récemment et injustement la peau…
La cérémonie est toujours la même : un carnet de notes, chacun ses commentaires (couleur, nez, bouche). Dégustation à l’aveugle (32 échantillons parmi 350 déjà testés). Et le fameux crachoir. Je suis placé juste en face de Karine Valentin (Cuisine et Vins de France). Je peux vous dire qu’elle crache proprement et avec une certaine élégance ! La chemise de Jean-Luc Poutau, elle, méritera de passer dans ses « frais généraux » ! ! !
2) L’idée, derrière tout ça, c’est de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs : les femmes, les jeunes couples, qui achètent le vin au coup par coup et pour se faire plaisir. La génération précédente prétendait acheter en expert, la nouvelle se veut simplement « jouisseuse ». Passer du « complexe » au « simple », ce n’est pas si simple.
75 % des Français considèrent que « le vin est plus difficile à choisir que les autres produits alimentaires » (Sondage Ipsos pour Leclerc).
Deux explications : La « largeur de l’offre, pourtant nécessaire à la valorisation de la diversité ; mais surtout les difficultés à identifier les signes de qualité (pour 69 % des acheteurs occasionnels et pour 57 % des Français au total).
Comment s’y prennent-ils pour se repérer ? Le bouche à oreille, principalement (72 %, dont 42 % les conseils d'amis et 30 % les recommandations des cavistes). Et seulement 13 % les revues spécialisées, 8 % les prospectus, etc… (internet 3 % !).
Quant aux étiquettes, elles séduisent plus qu’elles n’informent. Une fois devant le rayon, c’est le prix qui dicte le choix (49 %), mais seulement un tiers des consommateurs considèrent qu’il reflète la qualité.
3) Dans ces conditions, c’est tout le marketing du vin qui est à revoir. Dans le système français, l’AOC se réfère au terroir, mais pas aux qualités gustatives. La communication des négociants américains et australiens privilégie la typicité supposée du cépage… mais au risque de standardiser les produits. On peut discuter des heures de cette confrontation (on y reviendra !). C’est passionnant. Surtout qu’avec une faune pareille, les arguments montent facilement à la tête. J’ai assisté à de superbes passe d’armes !
4) Acteurs majeurs de la filière depuis une quinzaine d’années, les distributeurs multiplient les efforts pour clarifier les choix et guider les amateurs. Chacun a ses points forts. Avec nos cavistes, nous avons élaboré une gamme « coups de cœur », facile à repérer sous son appellation « Les Incroyables » : des vins de qualité exceptionnelle qui n’ont pas le droit à l’appellation « grand cru ». Et qui de surcroît sont abordables.
J’en étais, hier, un des artisans, tout autant que l’heureux cobaye.
Tandis que je dégustais mon trentième candidat à la sélection, je mesurais le poids de ma responsabilité ! (Tant pour les producteurs lauréats que pour les clients). Du coup, j’ai tout re-goûté, mais cette fois sans trop de modération… Ne m’en veuillez donc pas si cette note en garde quelques effluves brouillonnes…

Credit photo : Philippe Labeguerie
Posté par M.E.L. le 23 juin 2005 dans
Actualités / Débats (Conso.)
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22 juin 2005
Thierry Breton et les prix : A chacun son indice !
Amusant de lire la presse, ce matin. Thierry Breton a présenté de nouveaux indicateurs d’évolution des prix. Quatre chariots types composés de 135 produits, établis en fonction des profils des catégories de ménages (célibataire, couple retraité, couple 2 enfants, 2 enfants et plus, et un indice de panier moyen).
On sent les commentateurs gênés aux entournures. Politiques, journalistes ou économistes pensent tout haut : « Encore un gadget, un outil de com pour TB, un nouveau thermomètre, à défaut d’une politique de pouvoir d’achat, etc… ». Ca fait évidemment sourire le ministre qui, pour l’occasion, joue sur du velours : c’est avec la participation de 7 organisations de consommateurs que son initiative a vu le jour. C’était une demande des consommateurs !
L’occasion pour moi de revenir encore une fois sur ce décalage entre l’opinion des professionnels de la politique ou de l’économie et les comportements observés sur les marchés.
1) Décalage dans les préoccupations : Les indices de l’INSEE (prix ou pouvoir d’achat) ne sont pas en cause. Ils sont techniquement bien faits. Mais ils ne sont pas pertinents pour toute analyse. Parce qu’ils mesurent des situations globales, ils ne reflètent évidemment pas les écarts observés sur les micro-marchés.
De fait, depuis plusieurs années, l’INSEE confirme une tendance générale à la baisse de l’inflation (on peut même parler de désinflation). Mais c’est à tort que depuis trois ou quatre ans, nos gouvernants opposent ces indices de l’INSEE aux récriminations des consommateurs inquiets de l’envolée des prix, notamment depuis le passage à l’euro. L’INSEE n’a jamais dit qu’il n’existait pas de « bulle inflationniste » sur les grandes marques industrielles. Et tous les indices des professionnels (SECODIP, NIELSEN) confirment bien le dérapage.
Lorsque les Centres E. Leclerc ont mené campagne, en 2004, pour critiquer l’aveuglement des pouvoirs publics sur les prix et le pouvoir d’achat, nous ne disions rien d’autre ! Nicolas Sarkozy l’avait compris. Il a tenté d’organiser, dans la douleur et la difficulté, une première baisse des prix. Thierry Breton complète le dispositif en créant des indicateurs plus tangibles pour les consommateurs.
2) Alibi politique ? De la part de TB, je ne le crois pas. Pour l’avoir récemment rencontré, je crois pouvoir dire que s’il ne tenait qu’à lui, comme à Sarkozy ou à Borloo, le discours du gouvernement serait nettement plus consumériste et nous ramènerait dans le chemin de la liberté des prix.
Mais la question peut être posée au gouvernement dans son ensemble.
a) Les nouveaux indicateurs publiés par TB témoignent de la poursuite de la baisse des prix. Récemment, l’INSEE confirmait que dans le secteur de la grande distribution, les prix avaient en moyenne baissé de 1,1 %. Les indices professionnels confirment tous que les engagements Sarkozy (17 juin 2004) ont été tenus. Plus de 7 000 articles ont baissé de 2 %. Et même Libé, si sarcastique dans son papier général ce matin, révèle que son panier de référence (lui aussi !) a baissé de 1, 5 %.
b) Paradoxalement, les consommateurs n’en ont pas conscience. Des enquêtes réalisées par TNS-SOFRES pour la revue LSA révèlent que les Français pensent encore que les prix augmentent.
Du coup, toute la presse économique disserte à coups d’arguments savants sur l’inévitable « décalage entre l’inflation réelle et l’inflation perçue ». Le consommateur serait « victime d’un effet psychologique qui lui fait surestimer la hausse des prix ».
Mais comment pourrait-il en être autrement. A l’unisson pour dénoncer les effets « néfastes du prix bas », la classe politique aujourd’hui tient un discours complètement pénalisant à l’égard des discounters. A rebours de l’opinion. Englué dans son clientélisme, le gouvernement est même incapable de récupérer à son profit les baisses de prix réalisées depuis un an. Jean-Pierre Raffarin prétendait avoir compris « la France d’en bas » et annonçait en décembre, sur TF 1, un « programme de lutte contre la vie chère ». Puis, silence total et ralliement au seul slogan « les prix bas tuent l’emploi ».
S’il n’y a que les professionnels pour dire que les prix baissent dans leur entreprise, pas étonnant que l’affirmation soit perçue comme un simple argument publicitaire. Rien d’étonnant non plus à ce que la méfiance s’installe.
c) La réforme de la loi Galland, sur laquelle plancheront les députés les 6 et 7 juillet, sera donc le vrai thermomètre de l’intention de nos politiques. C’est d’eux désormais que dépend l’évolution des prix mesurée dans les chariots de TB. Sur ce point, son initiative aura déjà eu un mérite : intéresser à la réforme de la loi Galland les organisations de consommateurs qu’il a consultées. La CLCV a déclaré hier qu’en l’état, le projet gouvernemental n’allait pas assez loin. Il « consiste à permettre aux distributeurs de conserver au moins 20 % de marge, au détriment du consommateur ». Voilà qui est bien compris. Si l’on entendait un peu plus les organisations de consommateurs, pour réclamer une baisse de prix durable, ce serait autant d’alliés pour les réformateurs.
Posté par M.E.L. le 22 juin 2005 dans
Economie
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Prix / Concurrence
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21 juin 2005
« Le cauchemar de Darwin » : L’enquête inachevée
Je suis allé voir, ce week-end, le film du cinéaste autrichien, Hubert Sauper. Ce documentaire soulève, depuis sa sortie en salle, de nombreux débats, notamment dans les cercles altermondialistes.
Le sujet : HS a enquêté sur l’impact écologique, social et politique de l’exploitation d’un poisson, « la perche du Nil », dans cette région de la Tanzanie. Ce poisson est un prédateur, originaire d’Éthiopie, qui a été introduit dans le lac Victoria dans les années 60.
- Désastre écologique : la perche a décimé les autres espèces.
- Impact économique : la pêche, devenue industrielle, est désormais la principale ressource d’exportation de la Tanzanie.
- Conséquence sociale : Toute une population anciennement agricole est venue se fixer sur les rives du lac. Misère, prostitution, sida, et malnutrition sont le lot quotidien de milliers de Tanzaniens réduits à manger les carcasses d’un poisson devenu trop cher pour le marché intérieur.
Le débat : Si je suis allé voir ce film, c’est moins pour ses qualités esthétiques et cinématographiques (pas évidentes du tout) que parce qu’il sert d’argument à des appels au boycott. La perche du Nil est en effet commercialisée sur tous les étals européens. Forte est la tentation d’espérer améliorer le sort des Tanzaniens en procédant par la pression. L’ONU, la Banque Mondiale et la Commission Européenne ont co-financé l’installation des pêcheries. Difficile pour ces institutions de rester indifférentes à la pression des ONG et des consommateurs…d’autant qu’on parle aussi, dans cette affaire, de trafic d’armes.
Mon opinion : J’ai été, comme tous les spectateurs dans la salle, évidemment bouleversé par la détresse de toute une population marginalisée, réduite à quémander, dans des conditions sanitaires et alimentaires scandaleuses. Mais comme les autres spectateurs anonymes dont je cherchais à connaître l’avis en sortant de la salle, j’ai trouvé ce film très frustrant. Aussi suis-je allé sur internet rechercher les interviews que j'ai pu trouver de l’auteur. HS dit qu’il a voulu montrer comment un processus de développement, même bien intentionné, produit des effets économiques, sociaux et environnementaux étroitement corrélés les uns avec les autres. Il insiste d’ailleurs pour dire qu’il aurait pu tourner le même sujet dans les mines de Centre Afrique ou dans les exploitations de café ou de cacao des pays tropicaux. Véritable métaphore de la mondialisation actuelle, ce film voudrait démontrer les effets pervers de l’insertion d’un pays (la Tanzanie) dans le commerce international. HS ne milite pas pour une alternative quelconque. Son travail de cinéaste s’arrête là : « Une petite pièce du puzzle, de ce manque de conscience de notre époque ».
Boycott ou pas boycott : Par delà ce qu’a voulu HS, c’est la question à laquelle il nous faut répondre. Le débat a fait rage en Suisse. La chaîne de distribution MIGRO a répondu qu’elle continuerait de vendre la perche du Nil, considérant qu’un boycott n’aurait aucun effet positif sur les populations locales. Mais d’autres enseignes, comme COOP, ont annoncé qu’elles étudiaient le retrait de ce poisson de leurs étals.
J’ai été tenté de faire de même. Débat à l’interne. Question : avons-nous tous les arguments pour procéder de la sorte. Sommes-nous sûrs de l’impact ?
De fait, le film est partial. Questionné par un internaute, il y a déjà un mois, j’avais fait faire quelques recherches.
1) Le désastre écologique est évident. En détruisant les autres espèces, la perche du Nil a privé les pêcheurs d’une activité lucrative. L’industrialisation des pêcheries a causé des dommages dans l’environnement. Mais a contrario, arrêter la commercialisation n’aura d’autre effet que de renforcer la prédominance du prédateur. Et peut-on techniquement faire marche arrière ?
2) Le documentaire est très démonstratif de la précarisation et du désespoir des populations périphériques aux activités de pêcherie. Mais, somme toute, ce même constat peut être fait dans toutes les villes de Tanzanie. Pour avoir stationné à Dar es Salam ou à Arusha, je peux témoigner que, partout, ce sont les mêmes scènes d’alcoolisme, de drogue, de prostitution, etc… Boycotter les pêcheries n’y changera rien, ni sur les bords du lac Victoria, ni ailleurs en Tanzanie.
3) Le film a ceci d’irritant : HS n’interroge aucun salarié, aucun cadre, aucun pêcheur. On ne connaît pas les salaires, la répartition des profits et les revenus globaux de cette activité. Difficile d’imaginer que toutes nos institutions aient financé cette industrialisation sans qu’au moins, sur le plan économique, il n’y ait quelque avantage pour la population.
Quand même ! Je lis dans « Libé » du 2 mars 2005 que les deux mille et quelques tonnes commercialisées sur le marché français en 2004, ont fourni neuf millions d’euros de revenus à la Tanzanie. Dans « Le Progrès » du 19 avril, on chiffre à deux cent mille tonnes par an la production de ce poisson dont les devises récoltées sont utilisées en priorité pour rembourser la dette extérieure du pays (80 millions de dollars d’intérêts annuels).
Conclusion provisoire : J’exclus le boycott. HS est le premier a reconnaître que ce serait contre-productif. Pour les pêcheurs : baisse de revenus ; pour les employés des usines : chômage. Pour le pays, absence de recettes, etc…
Puisque nous sommes nous-mêmes interpellés, en tant que distributeur et citoyens, essayons de réagir efficacement.
a) Je vais demander aux institutions qui ont accompagné ce projet de nous présenter l’ensemble de leur argumentaire et un état des lieux indiscutable.
b) N’étant jamais aussi bien servi que par soi-même, je vais proposer à quelques-uns de mes cadres de se rendre sur place et de réaliser un audit social et économique.
c) Enfin, sur la base de ce travail, je vais prendre contact avec Max Havelaar et des ONG impliquées en Tanzanie pour voir si, concrètement, on ne pourrait pas mettre en place une filière « commerce équitable ». Et si l’on ne peut pas revenir sur le désastre écologique, au moins devrait-on, en contrepartie des achats, faire respecter une charte éthique.
Aux actes…
Posté par M.E.L. le 21 juin 2005 dans
Actualités / Débats (DD)
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20 juin 2005
Europe : Où est passé le plan B ?
Après le bal, la gueule de bois !
Comme d’autres, j’étais contre le principe de ce référendum. J’ai voté « oui » sans arrogance, et j’ai évidemment été déçu du résultat. Mais, démocrate, j’ai refusé l’esprit revanchard. En espérant tout simplement qu’après le « non » hollandais et les hésitations luxembourgeoises, le consensus l’emporterait pour retravailler sur un nouveau mode d’organisation.
C’est ce qui va vraisemblablement se passer après le constat d’échec ce week-end. Mais contrairement aux prophéties des leaders du « non », c’est le modèle anglais qui va l’emporter. La démonétisation des positions françaises va enterrer, pour un temps, les projets d’une Europe sociale. Dans les crises, c’est toujours sur des projets plus pragmatiques que s’élaborent les consensus. Parce qu’ils sont tangibles et lisibles pour l’opinion. Parce qu’ils sont, de toute façon, nécessaires pour faire tourner les rouages d’une machine qui reste, pour les Européens, la seule voie possible.
1) La position française est démonétisée : Le « non » hollandais a élargi le cercle des boucs émissaires. Mais, ça ne changera rien. Dans la presse de toute l’Union Européenne que je parcours depuis le référendum, nous sommes sans cesse accusés d’avoir tiré dans le dos de l’Europe. Il y a bien sûr, dans ce discours, une part d’hypocrisie (le projet de Constitution était aussi une sorte d’examen de rattrapage, vu les critiques formulées après Maastricht et Nice, sur le caractère anti-démocratique des processus de décision européens). Mais voilà, c’est ça la politique : notre pays est politiquement mis à l’écart.
Chirac porte sur lui toute la responsabilité. Il est rattrapé par les effluves de tous ses discours antérieurs, insuffisamment européens et incapables de préparer son électorat aux mutations de l’élargissement. Il est amoindri, « vieilli », campé « en Don Quichotte » (Coudurier dans Le Télégramme – 16/06), « carbonisé » (Pascal Aubert dans La Tribune – 20/06). L’activisme diplomatique autour de lui, ce week-end, faisait peine à voir sur les écrans. Tous mes interlocuteurs professionnels en Europe sont compréhensifs jusqu’à la condescendance : « Vous en avez encore pour deux ans avec lui, après, on vous retrouve… ».
Les obsessions anti-libérales des Français ne font plus sourire. Dans les anciens pays de l’Est (comme en Pologne, dans toutes les interviews données par les leaders de Solidarnosc), il n’y a que déception et incompréhension à l’égard de la gauche française du non « incapable de comprendre que les libertés économiques font partie des conquêtes de la Liberté »…
2) Nouveau leadership européen : Tony Blair, du coup, joue sur du velours. En exigeant la ré-affectation du budget vers la recherche, l’innovation, la relance de la politique industrielle, il fait mouche. Et il fait terriblement mal quand il fait découvrir, même aux Français, les chiffres de la PAC et leur disproportion par rapport au nombre de paysans. Nos parlementaires, surtout ceux de la majorité, découvrent qu’il leur faudra bientôt plaider pour une re-nationalisation des aides à l’agriculture. Avec cette difficulté nouvelle d’avoir à le justifier auprès de l’ensemble des Français. Tensions sociales et fiscalité douloureuse en perspective…
3) Constitution et élargissement envasés : Schröder, menacé dans une vieille Allemagne en plein désarroi, ne viendra probablement pas au secours de son ami français. Il y a fort à parier que la droite germanique, bientôt au pouvoir, se ralliera au ticket anglais. Pour plus de réalisme, d’efficacité et de flexibilité. Le « modèle anglais » devient la « perspective anglo-saxonne », que semblent déjà défendre Italiens et Polonais, peu fédéralistes par tradition.
La Constitution au rancard, le Président européen reste un colosse aux pieds d’argile. En l’absence d’un ministre des affaires étrangères et d’une vraie représentation présidentielle, on verra se multiplier les coopérations bilatérales, comme dans le domaine militaire : franco-allemande pour les brigades d’intervention, franco-anglaise pour les porte-avions, etc… Mais le processus d’élargissement est stoppé (est-ce un mal ?), l’UE revient à sa dimension économique.
4) Bilan d’étape : Du gâchis, assurément. Une catastrophe ? Je ne crois pas. L’Europe, telle qu’elle est, reste attractive et fédératrice (Cf. les concessions proposées ce week-end par les nouveaux états-membres).
Mais, à 25, il faudra bien inventer de nouvelles règles de fonctionnement. Et puis, il n’y a aucune raison qu’on ne continue pas d’enrichir les politiques sectorielles (éducation, recherche, culture, etc…), comme dans le processus historique précédent. Il y a entre les pays beaucoup d’intérêts convergents. L’UE, contrairement à la caricature qu’on en fait, n’est pas qu’une zone de libre-échange !
Simplement, il faudra bien le reconnaître et le dire : il n’existait pas de plan B. C’était un mensonge. Ce n’est peut-être pas qu’une chimère. Mais si du vide politique renaît le débat, ce ne sera pas, au moins à court terme, sous leadership français. Dommage !
Posté par M.E.L. le 20 juin 2005 dans
Europe
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18 juin 2005
Katsuhiro OTOMO, de l’ère post-nucléaire
A l’occasion de la fête de la BD, Jacques Glénat a fait venir en France Katsuhiro Otomo.

C’est, en 1989, que d’un voyage effectué au Japon, JG rapporte une bande dessinée, un manga intitulé Akira. Cette saga se déroule en 2030, à NeoTokyo. En 120 épisodes et 2 200 planches, Otomo signe une BD fantastique inspirée des univers du dessinateur français Moebius, de l’écrivain américain Philippe K. Dick et du cinéaste Ridley Scott (Blade Runner). Une œuvre de science-fiction qui met en scène un petit garçon doté de pouvoirs mystérieux, évoluant dans une métropole gigantesque, high-tech autant qu’anarchique. Malgré les hésitations du public, Glénat s’obstine. Les Français finissent par s’enticher du monde d’Otomo et, avec lui, découvrir la diversité des mangas japonais.
J’ai longtemps été rebuté par l’écriture nerveuse, les images violentes et la stylisation très typée des mangas. C’est Akira qui m’a réconcilié avec le genre. J’attendais avec bonheur l’occasion de pouvoir rencontrer et parler avec ce grand maître de l’art graphique japonais. L’expérience ne fut pas banale.
Hôtel de Sers, avenue Pierre 1er de Serbie, Paris 8ème. A l’heure de l’apéritif, Otomo se repose d’une soirée-dégustation fort arrosée dans les caves de Valence. (Il n’avait pas compris : il a tout bu, refusant de recracher la moindre goutte de nectar). Etat comateux assuré !
Un par un, arrivent les membres de son équipage : son éditeur, le gestionnaire de ses droits et des licences, la responsable des mangas chez Glénat, ainsi que l’attachée de presse. Otomo sort de l’ascenseur, en short et tee-shirt. Il a l’air d’un adolescent attardé, perdu dans ce hall d’hôtel fréquenté par des touristes américains et des clients de l’avenue Montaigne.
Cérémonial de convenances : on vérifie l’exactitude des informations glanées par les agents sur Internet, le poids économique des interlocuteurs, leur biographie… On passe à table. Le formalisme de la rencontre va se lézarder quand le serveur, sur ma recommandation, apporte un Lynch Bages 2001 (somptueux !). Le flacon idéal pour délivrer de toute inhibition. La traductrice hésite, s’investit, et comprend que nous avons brisé la glace quand, parlant des femmes et des frasques de certains auteurs de bandes dessinées, Otomo se fend d’un grand sourire. Il s’échauffe même quand on lui demande sa réaction si sa femme ne s’occupait pas exclusivement de lui. Evidemment, il ne le supporterait pas !
La rencontre prend une tout autre tournure quand, apprivoisé, il me propose de laisser les convives finir le repas et de gagner le bar. Sous l’œil amusé de son épouse, il rafle à l’occasion la bouteille et son verre, signant ainsi le passage à l’eau pour les autres invités.
La suite, c’est un savoureux moment d’équivoques à la Truffaut. Il est attentionné et délicat. Aux premières questions (moi aussi, je plane un peu), il ne comprend manifestement rien, ce qui ne l’empêche pas de faire de longues réponses. La traductrice ne panique pas. On recentre, questions moins complexes, plus terre à terre.
Et nous voilà dans le Japon d’aujourd’hui, avec ses mégalopoles, ses bandes, la corruption, la surconsommation de gadgets technologiques. La violence urbaine ? « C’est vous qui la voyez comme cela. Vue de Tokyo, la rue est belle, pleine de bruits, de formes, de mouvements. Elle est la vie. J’ai quitté volontairement la campagne pour venir vivre en ville et je m’y sens bien. »
Il a 51 ans. Premières histoires publiées à 19 ans. On lui soupçonne des influences européennes. Sa première histoire publiée, Juusei (Gun report), s’inspirait d’une œuvre de Prosper Mérimée. Hensel to Gretel, publié en 1978, offrait un parfum d’Europe. Mais dit-il tout simplement, c’était des œuvres de commande. Lui, la grande culture, la politique, les grands sujets philosophiques, ce n’est pas son truc. Il est passionné et influencé par le cinéma. Otomo a d’ailleurs créé son propre studio d’animés : Perfect Blue, Steamboy, et des dizaines de créations vidéos ont fait de son entreprise l’un des leaders de l’animation japonaise.
L’homme est difficilement cernable. Il néglige les nuances quand il parle de son œuvre. Finalement, il semble assez peu concerné par ce qui l’entoure (l’actualité). Il ne fait plus partie de cette génération culpabilisée par la guerre et balaye du revers de la main les commentaires sur l’ultranationalisme de quelques scénarios mangas récents.
Il écrit d’abord pour lui et, bien sûr, « pour tous ceux qui sont contents de lire mes œuvres ». Boulimique de travail, il se plaît dans les univers post-nucléaires, les menaces en cinémascope, les catastrophes naturelles. Une de ses obsessions, c’est l’envahissement par la montée des eaux (Akira, Mother Sarah).
En une heure et demie, il aura sifflé à lui tout seul les trois quarts du prestigieux Bordeaux. « Je ne sais plus trop ce que je dis, j’ai un peu bu ». Il est heureux, serein. Avec ses airs d’humble touriste japonais, Otomo va nous quitter pour faire les antiquaires. Il a entendu dire que je pouvais être un bon négociateur, et me demande si je peux lui apprendre à marchander. Son problème : il n’ose pas. (son vendeur de licence, lui, n’a pas ses états d’âme et m’a prévenu que pour l’utilisation des images, il faudra prévoir un petit budget !)
Otomo, stakhanoviste de l’ordinateur (30 planches par mois), urbain et high-tech, me glisse, en guise de fin d’entretien, qu’il rêve aussi de peinture, de calme et de cerisiers en fleurs. Un concentré du Japon en somme !

Posté par M.E.L. le 18 juin 2005 dans
Portraits / Rencontres (BD)
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17 juin 2005
Loi Galland au Sénat : Renaud Dutreil, modéré, subit le siège !
Oui, je l’avoue, j’ai plaint Renaud Dutreil, le Ministre du Commerce, ainsi que Gérard Cornu, Président de la Commission des Affaires Economiques du Sénat. Vous connaissez mon combat contre la loi Galland. J’appréhendais les propos du ministre. Sur lui, rien à redire, mais les sénateurs, quel délire !
Il faut relire le compte rendu analytique officiel des séances des 13, 14 et 15 juin derniers.
1) Au départ, ça s’annonce bien ! R. Dutreil qui a hérité du « bébé Jacob », présente le texte de son prédécesseur comme « un dispositif transitoire de six mois, afin de procéder de façon progressive ». Plutôt que de prendre le risque d’affoler les jusqu’aux-boutistes, il prône « un retour à une négociation commerciale normale », une négociation qui se fixerait « avant tout sur le prix des produits et non sur les rémunérations annexes ». Il parle de rechercher « une modération des prix, qui n’est pas un facteur de déstabilisation, puisque nous écartons la réintégration brutale… ». Tout ça frappé au logo du bon sens et du pragmatisme.
Donc, on était plutôt bien parti, sur des bases rationnelles et factuelles, pour amender en douceur le texte de C. Jacob.
2) La suite des débats a donné lieu à des échanges complètement surréalistes, n’abordant jamais les sujets dans leur technicité, et se retranchant derrière des affirmations contradictoires et toute une logorrhée anti-prix bas et anti-distribution. Jugez-en.
a) Intervention de B. Dussaut (PS) : Son parti a dénoncé l’augmentation des prix en France depuis le passage à l’euro. Ca ne le gêne pas de dire « ce qui est en cause, ce n’est pas le prix à la consommation dans la grande distribution, mais le pouvoir d’achat global ». Comme si c’était incompatible.
b) M. Demessine (PC) ne s’embarrasse pas de nuances. Réclamant « la régulation des puissances d’argent, de la spéculation stérile… » et dénonçant dans le projet PME qu’on fasse des « travailleurs les esclaves des temps modernes », elle affirme (sans aucun doute, sans avoir consulté sa base) « la baisse des prix ne bénéficie jamais à long terme aux milieux les plus modestes » ! ! ! On apprend d’ailleurs de sa bouche que « les PME emploient près de 60 % de la population active ». (Si c’était vrai, fonction publique et PME seraient les seuls employeurs de France).
c) D. Raoul (PS) reconnaît qu’on sous-estime, en France, le taux d’inflation. Mais elle « n’est pas en soi néfaste tant que son taux reste raisonnable. En dévalorisant les dettes, elle favorise l’endettement, donc l’investissement, partant, les dépenses, la distribution des revenus, l’épargne ». Ce n’est pas la contradiction qui l’étouffe. Il affirme : « Baisser de 20 % le seuil de revente à perte risque fort de ne pas bénéficier au consommateur, non plus qu’au producteur ». (A qui alors, puisque c’est le distributeur qui baisse ses marges ?). Et s’il n’y a pas baisse de prix, pourquoi craindre « des déséquilibres néfastes au commerce de détail et à nos centres de bourg ».
d) J. Arthuis (UDF), est le plus virulent. Ancien ministre et ancien commissaire aux comptes des Centres E. Leclerc (mais oui !), il veut que les marges des commerçants baissent, mais pas les prix ! ! ! (facteurs de délocalisations, chômage, etc…).
3) Dans toutes ces interventions, l’intérêt des consommateurs n’a été défendu que par J. Blanc. Perplexe, mais flegmatique, R. Dutreil n’a pu que prendre acte des contradictions des sénateurs : « Peut-on dénoncer la dérive des marges arrière et refuser de les réincorporer dans les prix ».
G. Cornu, pourtant bien intentionné lui aussi, a dû manger son chapeau. En début de séance, il avait déclaré « Il m’est apparu, au gré de mes auditions que le mécanisme de définition du seuil de revente à perte…était inutilement complexe…(il) sera très difficile à mettre en œuvre et ne garantit pas la protection des intérêts des fournisseurs ou des consommateurs ». En fin de séance , le même : « J’ai décidé…de me rallier au texte du gouvernement même s’il n’est pas idéal ».
J’en tire deux leçons :
1) Deux années passées en concertation, discussions, commissions…pour arriver à un texte qu’on sait impraticable en l’état, et susceptible d’énormes effets pervers ! Des sénateurs qui se sont défoulés sur les marges des distributeurs et qui les légalisent à 20 %, un niveau qui servira de taux directeur dans tous les secteurs… Ca promet pour les débats à l’AN. A ce rythme, le droit français de la concurrence n’est pas prêt d’être aligné sur le droit européen.
2) Plus généralement, ces interventions sont très révélatrices de l’idéologie ambiante. Le discours des élus, tous partis confondus, diabolise la concurrence, la liberté des prix, entretient une phobie anti-libérale et se focalise sur des mesures protectionnistes nationales en contradiction avec les pratiques européennes. Avec le relais de tels représentants dans leur circonscription, le discours du « oui » aux européennes n’avait décidément aucune chance.
Je reviendrai prochainement sur l’évolution technique du projet de réforme ainsi que sur l’évolution des thèses et des stratégies depuis le dîner organisé par R. Dutreil, dimanche 19 juin.
Posté par M.E.L. le 17 juin 2005 dans
Loi Galland
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16 juin 2005
Respect des clauses sociales : Efficacité et limites des audits éthiques
Ce matin, j’ai réuni une vingtaine de collaborateurs et de consultants de retour d’Asie et d’Amérique Latine. Objectifs : établir un rapport d’étape sur les audits sociaux ; mesurer leur efficacité et les limites de l’exercice.
D’abord, un premier bilan chiffré : entre 2000 et 2005, notre enseigne a fait auditer 300 fournisseurs. En gros, toutes les fabriques qui participent à la fourniture des produits commercialisés sous nos marques d’enseigne auront été couvertes par ces investigations. A ce travail propre à l’enseigne, il faut adjoindre les résultats d’un autre millier d’audits réalisés par les autres enseignes d’hypermarchés. Nous avons en effet décidé tous ensemble de mutualiser tous nos audits respectifs dans une banque de données, mise en place par la Fédération du Commerce et de la Distribution, de manière à optimiser le coût de ces opérations, et ne pas les rendre redondantes. (Blog du 18/05/05)
Sur le fond maintenant : qu’en est-il du constat sur le terrain. Je livre cette synthèse.
1. L’interdiction de faire travailler des enfants de moins de 14 ans est rédhibitoire. Son défaut d’application vaut boycott du fournisseur. A travers nos audits, aucune infraction à cette règle n’a été constatée. Idem chez nos concurrents.
2. Par contre, 80% des usines visitées ont des problèmes (d’inégale importance) avec les règles de sécurité (protection personnelle, stockage ou exposition aux produits chimiques).
3. Dans la grande majorité des fabriques, le temps de travail réglementaire est largement dépassé (quelquefois jusqu’à 100-120 heures).
4. 50% n’appliquent pas de salaire minimum ou des primes d’heures supplémentaires (il est vrai que, comme en Chine, il n’y a pas toujours de législation de référence).
5. Un grand nombre de fabriques ne sont pas en règle avec les recommandations de l’OIT concernant les assurances des salariés au travail et les assurances sociales en général.
Bien qu’impressionnante, cette liste, de l’avis de mes interlocuteurs, ne permet pas de mesurer la réalité des progrès accomplis. Il faut rentrer dans le détail de chaque relation avec les fournisseurs.
Depuis 4-5 ans, me disent-ils, une véritable prise de conscience s’est imposée. La pression concomitante des ONG, des institutions internationales, des médias, et des acheteurs (à travers les chartes comme les nôtres) a créé un réflexe positif. Charles Ly Wa Hoï, notre coordinateur « développement durable » insiste : « Beaucoup d’entreprises intègrent nos exigences éthiques dans leur démarche qualité. Elles en font même désormais un élément de leur marketing. Les progrès sont plus significatifs dans le domaine de la sécurité ou de l’hygiène, dont les adaptations sont du domaine technique et finalement assez peu coûteuses. Mais le gros du chantier, ça reste les salaires, les horaires et les contrats de travail ».
La généralisation des audits a fini par faire taire les susceptibilités et les résistances psychologiques. Les administrations locales profitent de nos recommandations pour faire appliquer un peu plus les lois nationales.
J’interroge chacun, responsable de son secteur : textile, jouets, papeterie, etc… La conviction est générale. Les audits ne sont pas mal faits. Les enquêteurs sont rodés.
Michelle Wong qui dirige notre bureau à Hong-Kong, rappelle qu’au début, les tensions sont fortes dans les mois qui suivent les plans d’actions correctives que nous demandons. Mais, le sens du « business » de nos fournisseurs, l’envie de garder les marchés, ou de se valoriser…tout ça fait que ça finit par marcher.
Les limites maintenant ! 90% de nos collaborateurs dans nos bureaux d’Asie sont des « locaux ». C’est plus par fierté nationale et par conviction personnelle qu’ils se sont engagés dans cette démarche sociale. Ils sont aux avant-postes, ils sont au contact des ONG et croient dans la progressivité et au bien-fondé de la démarche. Mais ils sont tout, sauf naïfs. Ils relèvent trois écueils :
a) S’il faut se référer aux conventions ou aux législations des pays, il faut encore qu’elles existent. En Chine, par exemple, il n’y a pas de texte fondant la liberté d’association (syndicale) ou garantissant un salaire minimum ! Le maintien d’une relation commerciale dépend donc en grande partie de critères subjectifs, y compris, chez nos auditeurs.
b) On ne peut auditer que ce que l’on voit. En amont des usines de transformation ou d’assemblage, il y a une économie villageoise qui peut être le siège de nombreuses discriminations : sexe, culture, religion, âge.
c) Nos audits et notre démarche ne sont efficaces que pour autant que les administrations locales s’appuient sur nos démarches et les relayent en permanence.
d) Enfin, une part encore importante des achats passe par des intermédiaires, importateurs ou industriels transformateurs. La traçabilité n’est pas parfaite. Ces contrôles nous échappent.
Voilà un petit topo récapitulatif que je voulais vous livrer. Pour être encore plus précis, je me propose, dans une prochaine note, de prendre un cas d’entreprise pour que vous puissiez apprécier encore mieux les difficultés, mais aussi l’intérêt de ces initiatives.
Posté par M.E.L. le 16 juin 2005 dans
Actualités / Débats (DD)
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15 juin 2005
Le « contrat nouvelle embauche »
Parmi les mesures phares du plan de lutte contre le chômage, c’est le « contrat nouvelle embauche » (CNE) qui fait débat.

Beaucoup d’imprécisions encore : il s’agirait d’un CDI avec période d’essai de deux ans. Intérêt pour l’employeur : la procédure simplifiée de licenciement. Intérêt supposé pour le salarié : un complément d’allocation chômage, un accompagnement personnalisé ( ?), des « moyens nouveaux » ( ?) de reclassement et durée du préavis en fonction de l’ancienneté.
Le projet n’étant pas finalisé, prudence dans l’analyse. Mais sur le principe, je suis perplexe :
1) Deux ans, c’est long, trop long pour une période d’essai. Qui ose prétendre qu’il faut deux ans pour jauger la compétence d’un salarié, surtout dans l’univers d’une TPE. Six mois, un an, oui, mais deux ans, on se moque ! Si c’est la vraie motivation du CNE, alors disons-le tout net, il installe la précarité au cœur du CDI. Il a l’apparence du CDI, mais sera perçu comme un CDD. Et un CDD sans prime de précarité, ni prime de licenciement, donc moins bien que les contrats actuels.
2) Le CNE est destiné uniquement aux entreprises de moins de 10 salariés (TPE). On nous dit au gouvernement qu’il s’agit, avant tout, de répondre aux besoins des artisans ou des PME (plombiers, maçons, peintres, entretien de matériels…) dont les marchés sont aléatoires. Ils hésitent à embaucher alors qu’ils ont une visibilité réduite pour leur carnet de commandes et craignent de ne pouvoir licencier une fois les chantiers aboutis.
D’accord. Le problème est réel. Mais pourquoi n’avoir pas retenu le projet similaire de la Commission Virville (le contrat de mission) ! Certes, il était destiné aux cadres, mais le principe était généralisable.
Et puis, personne n’est dupe. Puisque cette initiative a valeur de test, pourquoi avoir maquillé le projet en le qualifiant d’embauche à l’essai ?
Dans les TPE, comme les PME, la qualité du travail et le taux d’absentéisme dépendent du degré de confiance instauré dans la relation employeur/salarié. Entre la précarité (le CDD) et le licenciement impossible (le CDI actuel), il faut trouver une forme de contrat unique (éviter les discriminations statutaires) avec plus de souplesse pour l’employeur. Mais aussi de la transparence, de la perspective (priorité à la réembauche, allocations dégressives) pour les salariés. On restera toujours dans « l’entre-deux » tant qu’on ne se sera pas attaqué aux rigidités du Code du Travail. On ne pourra s’y atteler qu’en évitant tout prétexte à suspicion et en offrant des garanties réciproques.
Posté par M.E.L. le 15 juin 2005 dans
Actualités / Débats (Eco)
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14 juin 2005
Antisémitisme : Les saints doivent être exemplaires !
Le peuple juif « a la soif de l’or, il a le Christ pour ennemi. Laissé libre et doué d’un grand talent pour la spéculation, il a conquis notre or et il nous tient asservis. Il tient la presse et fait l’opinion. Il remplit nos grandes écoles publiques et vise à s’emparer de l’administration et de la magistrature. C’est une conquête…déjà bien avancée…Nous sommes esclaves…L’alarme est donnée…Il faudra bien qu’une solution vienne… ».
Exprimés par un leader du FN, un Faurisson ou un de ces fêlés qui barbouillent les cimetières, ces propos vaudraient à leur auteur procès immédiat, mobilisation du MRAP, brocards sous la plume d’un BHL en colère.
Or, c’est un abbé, le père Dehon, qui a parlé ainsi. Ou plutôt, qui affirmait ses convictions, en 1898, dans son « Catéchisme social ». Un prêtre que sa congrégation et ses admirateurs proposent aujourd’hui de béatifier, avec comme soutien d’honorables historiens et théologiens. Ses propos sont choquants, la procédure déplacée et les arguments en défense le sont encore plus.
1) D’abord, je vous explique pourquoi ce sujet m’interpelle personnellement. J’ai passé toute mon adolescence dans une école où, dans chaque classe, dans chaque couloir, était suspendue une photo du père Dehon. Comme mon père, je suis un pur produit de cette fabrique : « Les Prêtres du Sacré-Cœur ». A 12 ans, je rêvais d’être missionnaire, de planter la Sainte-Croix à l’orée des villages des peuples barbares, de prêcher aux foules incultes un évangile de fraternité et d’espoir. Et j’avais, pour tout bagage spirituel, la référence à ces vies mythiques des saints (Saint Vincent de Paul, Don Bosco, Dominique Savio) dont j’étais admiratif de l’action et de la générosité.
J’ai mûri, changé d’avis en cours de route, mais je reste extrêmement reconnaissant aux bons pères pour leur dévouement et la force de leur engagement. Le père Dehon, c’était dans l’enseignement de nos maîtres, un grand réformateur qui avait œuvré pour faire évoluer toute la do









