31 août 2005

Journal du 21 au 31 août 2005 (fragments)

En parcourant la presse, et en écoutant les médias… quelques remarques à la pelle.

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Photo : J. Cohen / NZP

1) Politique : Le PS a clôturé ses Universités d’été. Quelle mauvaise comédie. C’est fou, ce que les éléphants peuvent être tristes, confinés dans leur zoo.

Qu’on ait reçu ce pitoyable spectacle depuis la plage ensoleillée ou en parcourant le journal dans le métro, on reste interloqué par tant d’irresponsabilité. Aucune volonté programmatique, pas l’ombre des prémisses d’un projet pour le pays, aucune référence concrète aux problèmes de fond que rencontre la société française (mutation du travail, mondialisation et délocalisations, déclassement de nos universités, politique d’immigration, stagnation de l’Europe, crise du modèle énergétique, etc, etc…). Jack Lang (aux Grandes Gueules sur RMC) n’aura trompé personne en affirmant que le débat de fond a eu lieu dans les ateliers (vachement discrets, les ateliers) et en soulignant que la presse s’est « focalisée sur les querelles de chefs » (n’empêche…c’est à cette occasion que lui-même a annoncé sa participation « irréversible » à la course aux présidentielles…).

En tout cas, Villepin a du bol. La droite échange, à guichet fermé, avec son unique poil à gratter : François Bayrou. Et la contestation populaire ne peut compter sur aucun relais susceptible de fournir les bataillons d’un gouvernement alternatif.

Au final, deux voies s’offrent au PS. Par deux voix exprimées. Celle de Michel Rocard, décidément inusable, qui du Nouvel Observateur au Figaro, stigmatise les nostalgiques du trotskisme et du léninisme, pour qu’ils aillent rejoindre le musée Grévin ; il préconise la création d’un vrai parti social-démocrate qui, enfin, aurait accepté les règles de l’économie de marché et de la mondialisation. Celle de Julien Dray aussi, qui à l’inverse, propose le rassemblement du PS en assénant ces trois vérités :

1) La présidentielle rend fous les hommes politiques. 2) Depuis vingt ans, à chaque étape, chacun a cru que les autres étaient devenus insupportables (ce qui n’a pas empêché que…tout le monde a été avec tout le monde). 3) La force va toujours à la force. Pour gagner, la gauche doit être unie.

Le problème pour le PS, c’est que s’il faut être uni pour gagner les élections, il faut encore le rester pour pouvoir gouverner. Et vu les divergences…c’est pas gagné !


2) Société : Une femme à la tête du MEDEF. On va écouter avec intérêt son intervention aux Universités d’été patronales. Mais pour gâcher le plaisir, le « British Journal of Psychology » vient de publier une étude menée sur 24 000 étudiants. Elle révèle que les hommes ont en moyenne 5 points de QI supplémentaires par rapport aux femmes.

Je n’ai lu qu’un résumé de cette étude. C’est à mourir de rire. On y apprend que les différences sont génétiques. Le cerveau de l’homme est 10 % plus gros que celui d’une femme, ce qui lui donnerait une plus grande puissance cérébrale. Voilà qui expliquerait la supériorité magistrale des hommes sur la liste des « Nobel » ou des grands maîtres aux échecs. Sans rire, nos scientifiques estiment que les hommes sont « plus efficaces pour les tâches très complexes ».

Moi, je ne donne pas cher du QI de nos scientifiques. A nier le poids des contraintes culturelles, à focaliser la recherche sur les seuls critères biologiques (à supposer qu’ils soient pertinents), on reconduit la gente féminine vers les fourneaux et la vaisselle. On se demande s’il fallait vraiment mobiliser 24 000 étudiants pour obtenir un tel constat.

3) Culture : Passionnante interview du grand cinéaste italien Dino Risi, dans Le Monde du 23/08.

On y lit des choses très drôles sur ses querelles (je t’aime, moi non plus) avec Vittorio Gassman. Des aphorismes du genre : « L’humanité est stupide, il faut l’être soi-même un peu pour la comprendre ». Et cette révélation : « Jusqu’à 30 ans, je n’avais pas de chance avec les filles. Mais dès que j’ai fait des films, celles-ci sont venues vers moi. »

Moi aussi, un jour, je veux faire du cinéma…

4) Société : Chaque jour, courageusement, des ONG et des associations humanitaires témoignent des ravages de la drogue dans le monde. Chaque année, dans les instances internationales, politiques et fonctionnaires stigmatisent les pays producteurs. Et comme tout au long de cet été, la guerre contre les « narcos » nous vaut de beaux commentaires sur les prises spectaculaires, en mer ou dans les aéroports, arrestations à la clé.

Ce qui m’épate, c’est le décalage entre l’activisme médiatique et policier et la croissance constante du marché de la drogue. C’est aussi l’hypocrisie de cette « real politic » qui se retranche derrière les conséquences sociales ou géopolitiques, quand on dispose pourtant de tous les moyens d’éradiquer le mal. (Je réagis à deux infos parues dans Ouest France, cette semaine…)
Ainsi de ce qui se passe en Afghanistan. Les soldats US, anglais et français y ont pris pied. Certes, la situation est confuse dans certaines régions. Mais militaires et ONG sillonnent le pays. Alors, quand l’ONU publie les stats des surfaces d’opium cultivées (103 000 ha ! ! !), on ne comprend pas pourquoi personne n’ait songé à les napalmiser.

Idem pour la Colombie. Alors qu’au Congrès, courageusement, des élus US proposent de lancer sur les cultures un papillon mangeur de feuilles ou un champignon dévastateur, le débat s’enlise et se focalise sur les seules questions écologiques (d’ailleurs discutables). Tant pis pour les priorités et les conséquences sur la vie des drogués ! ! !

Tant que la lutte contre la drogue ne sera pas associée à un plan de développement économique permettant la reconversion des fermiers de la drogue et tant qu’on ne quittera pas le terrain de l’imprécation, la drogue continuera de tuer.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 31 août 2005 dans Pêle-M.E.L
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30 août 2005

Grippe aviaire : vraie menace ou surmédiatisation ?

La grippe aviaire menace. Difficile de faire la part entre la surmédiatisation et les risques réels. Scientifiques, médecins, écologistes et politiques échangent, depuis trois semaines, leurs diagnostics prévisionnels sur les risques de diffusion de la maladie en Europe et sur la transmission aux hommes.

Etat des lieux

En Asie, 150 millions de volailles ont été détruites (Vietnam, Malaisie, Cambodge, Thaïlande, Chine, Corée du Sud et Laos). En Russie, la contamination a atteint la Sibérie (6 provinces à l’ouest de l’Oural). Elle poursuit sa progression au Kazakhstan.

A Bruxelles, on ne veut pas céder aux pressions alarmistes !

Seuls, en Europe, les Pays-Bas ont décidé le confinement de l’ensemble des élevages (ils ont payé « pour voir » il y a 3 ans). L’Espagne avance l’argument que c’est déjà le cas pour les siens (peu d’élevages en plein air ?).

En France, les autorités multiplient les initiatives. Le Ministère de l’Agriculture a adressé, le 22 août, à l’ensemble de la profession avicole un courrier lui rappelant ses obligations réglementaires en termes de surveillance et de conduite d’élevages (limitation de l’accès à des personnes étrangères à l’exploitation et d’échanges de matériels). Elles ont mis en place un système d’alerte. Mais elles n’envisagent pas une mesure d’enfermement des volailles.

Risques actuels pour les consommateurs ?

J’ai réuni les vétérinaires et les cadres chargés du contrôle de qualité dans notre enseigne.

Le virus se transmet par contact aérien (sécrétions respiratoires et déjections d’animaux infectés vivants ou morts). Mais il peut aussi se propager de façon indirecte par contact avec des surfaces ou matières contaminées (nourriture, eau, matériels, mains ou vêtements souillés). En aucun cas par ingestion. La consommation des volailles achetées dans les magasins n’est donc pas un facteur de contamination.

Les importations ?

Malgré cette certitude, j’ai lancé un audit approfondi de la provenance des marchandises commercialisées dans nos magasins. Il n’est évidemment vendu aucun poulet vivant. Les volailles fraîches sont d’origine française. Ce sont dans les préparations culinaires (conserves, plats cuisinés et poulets surgelés) qu’on peut trouver des produits importés, « origine Brésil » notamment. De toute façon, aucun de nos fournisseurs ne peut légalement acheter des poulets provenant des zones interdites. La douane et la DGCCRF sont sur les charbons ardents.

Evolution en cas d’extension de l’épizootie

L’épidémie peut-elle vraiment se propager en Europe ou en France ? Les administrations nous disent que le risque est faible. L’AFSSA indique que les cartes de migrations aviaires ne laissent pas présager de flux en provenance de Russie. Les zones actuellement concernées par la grippe aviaire en Sibérie occidentale hébergeraient des oiseaux qui vont essentiellement passer l’hiver au Proche et au Moyen-Orient.

Mais d’autres écologistes font état de migrations par le Nord de l’Europe… Et là, « on se rassure » : l’épidémie touchera d’abord la Pologne, l’Allemagne et les Pays-Bas, avant que les oiseaux migrateurs n’atteignent la France. Et on fait valoir que, dans ce cas, on dispose d’un délai jusque vers octobre-novembre…

Quel sera alors l’impact sur l’approvisionnement ? Eh bien, les services vétérinaires procéderont, comme pour la vache folle, à l’isolement et, éventuellement, à l’abattage des élevages. L’administration en informera les distributeurs qui changeront évidemment de fournisseurs.

Beaucoup de bruit pour rien ? Il faut l’espérer, mais le mieux, c’est de se préparer. De toute façon, c’est un bon test de mobilisation. (Est-ce que vous savez que dans certaines écoles américaines, on vaccine déjà préventivement les élèves ?).

Impact pour les éleveurs ?

S’il y a épidémie, c’est pour les éleveurs, aujourd’hui, que je suis le plus inquiet. Comme le rappelle Jean-Michel Bader (Le Figaro du 23/08) « Les éleveurs français n’ont absolument pas été préparés logistiquement, psychologiquement et financièrement à cette solution (le confinement) ». La preuve ? Il suffit d’écouter les principaux acteurs de la filière se disputer sur l’ampleur du chantier. Pour le Syndicat National des Labels Agricoles, seuls 9 % des volailles sont élevées en plein air. « Faux » dit l’AFSSA, le chiffre est plus proche de… 50% ( !!!). Cette approximation est d’autant plus confondante qu’elle ne porte pas sur les 6 millions de poulets hollandais, mais sur … 790 millions de volatiles français.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 août 2005 dans Consommation
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29 août 2005

Rentrée des classes : Scepticisme malgré la baisse des prix !

Prix du cartable : la Confédération Syndicale des Familles (CSF) a publié ses chiffres la semaine dernière. Il en coûtera aux parents environ 180 € pour un élève de primaire, 330 € pour un collégien et jusqu’à 800 € pour un lycéen. Mais, il n’y a pas de hausse de prix significative cette année. Alors que depuis dix ans, les consommateurs se plaignaient d’une ponction budgétaire croissante, le communiqué de la CSF précise : « l’évolution est insignifiante, est totalement transparente pour le porte-monnaie… ».

Moi, en tant que distributeur, tout autant que parent d’élèves (j’en ai 4), j’aurais imaginé lire dans la presse des titres dans ce genre : « Pas de hausse cette année, enfin la pause ! » « L’inflation stabilisée… » etc.

Et bien, pas du tout : Le Parisien (22/08), comme la plupart de ses confrères, a ouvert deux pages sur le sujet de la manière suivante : « La rentrée scolaire toujours aussi chère pour les familles »… Ce qui, sans être faux, ne reflète tout de même pas la réalité de l’exploit…

Avant d’écrire ce billet, et de chercher à comprendre cette manière de traiter l’information, j’ai voulu me faire confirmer le diagnostic. J’ai demandé à nos cadres commerciaux d’effectuer quelques comparatifs, d’une année sur l’autre, dans nos magasins.

Pour faire court et en synthèse :

1- Si on exclut les calculatrices du relevé de prix (marché difficilement comparable, vu le nombre de nouveautés et les surenchères promotionnelles), les marques nationales ont augmenté cette année de 1,33%.

2- Les produits « maison » (Marque Repère et Eco+, soit 35% de cette liste) ont baissé de 11%.

3- Si l’on fait la moyenne de 55 articles (plus fort potentiels de chiffre d’affaires dans les linéaires), les prix baissent de 3,36% en un an (les prix relevés sont nets de toute promotion). Donc, pas de contestation possible.

Mais les médias, comme les associations, semblent sceptiques. Le constat va-t-il à l’encontre d’un diagnostic général sur la persistance de l’inflation ? C’est un peu ce que l’on a constaté, quand il s’agissait d’appréhender la réalité des baisses sur les prix des grandes marques, après l’accord Sarkozy.

Peut-être faut-il voir, dans ce traitement de l’information, un effet de morosité, de frustration et de contestation : personne ne veut se risquer à créditer le gouvernement ou les entreprises d’un bon point, au risque de nier les évidences !

Et puis, ne négligeons pas un possible « effet retard ». Un même scepticisme avait accompagné la publication de notre chiffrage de l’inflation (à la hausse) quelque temps après le vote de la Loi Galland. La prise de conscience fut tardive et attribuée presque exclusivement au passage à l’euro. Même pour les consommateurs, le nez sur les étiquettes, il existe un décalage entre perception et réalité des prix.

En tout cas, voilà un chantier dont il ne nous faut pas sous-estimer l’ampleur : la communication sur la réalité des prix. Toutes les enseignes ont amorcé une sérieuse politique de baisses, et celle-ci va se prolonger avec la réforme de la Loi Galland au 1er janvier. Passer d’une politique de bons d’achat (avec des rabais de 10 à 30% pratiqués sur un nombre plus ou moins limité d’articles selon les enseignes) à une baisse de prix sur tout le fond de rayon (forcément moins tapageuse et moins visible), voilà qui est une sacrée gageure. C’est un des aspects du défi auquel la distribution se trouve actuellement confrontée.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 29 août 2005 dans Consommation , Economie , Prix / Concurrence
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27 août 2005

Le blog, vos nouveaux commentaires

Plus de 80 commentaires, depuis 10 jours. Denses, critiques, et qui apellent quelquefois des développements (sur le Hard Discount, les marges des fruits et légumes, le pourquoi de mon engagement …etc.).

Je vais m’y attaquer ce week-end (mince, il va faire beau !).

Vous trouverez en ligne lundi ou mardi, les réponses individuelles à certaines demandes. Et je répondrai aussi, en synthèse, par une ou deux notes dédiées aux sujets qui vous ont mobilisés.

Merci à tous pour votre patience.

PS : Jérôme Parigi, de LSA, a rebondi sur nos échanges du 24 août « Favilla et la vie à bon marché ». Il me propose un entretien à paraître dans 10 jours.
N’hésitez pas à nourrir le blog de vos réflexions… J’achète (… mais pas cher !)

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 août 2005 dans Blogs et sites
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26 août 2005

Dylan, Bono : de la rébellion à l’engagement

Ils ont en commun de paraître sous des pseudos. Robert Zimmerman a adopté le nom d’un grand écrivain gallois, auteur du « poète en jeune chien » : Dylan Thomas. Paul Hewson est Bono.

Ils partagent un même amour de la musique. Ils sont, à trente ans d’intervalle, deux rock stars, deux icônes de la chanson, mais aussi, d’un mouvement de contestation parmi les plus influents de la planète.

Tous les deux viennent de commettre un ouvrage. Dylan publie le premier volume de ses mémoires (« Chroniques », Fayard). Bono répond aux questions de Michka Assayas, (chez Grasset).

J’ai feuilleté ces deux livres, cet été, avec gourmandise, et un brin de nostalgie. La lecture croisée des deux ouvrages permet de découvrir, malgré les apparences, deux sensibilités, deux caractères plutôt opposés, et de comprendre la différence de leur engagement.

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Dylan, d’abord. A la lecture des critiques qui ont accompagné la sortie de ses mémoires, on est saisi par l’incompréhension, ou plus encore, la frustration, de toute une génération qui se réclame du chanteur. Comme pendant les années 65 à 75, déjà, ses fans, déçus, considéraient comme une forme de reniement (de traîtrise !) cette pudeur, qui empêchait Dylan de prendre nommément partie pour les causes qu’on lui supposait combattre. Lui, affolé par les pesanteurs du star système, a toujours fui la responsabilité induite par son statut emblématique, revendiquant, comme Alan Ginsberg ou Jack Kerouac, écrivains mythiques de la Beat Génération, le simple droit à la poésie.

Dylan fut d’abord un poète, un poète rebelle. Je me souviens l’avoir écouté au hasard d’une escale à Provincetown (Connecticut), la ville des hyppies. C’était en 1968, juste avant le coup de Prague et l’immolation de Yann Palach. J’avais la chance d’être chez des amis, dans une famille de marins et de musiciens. Les fortes paroles de la contre-culture avaient à cette époque la voix de Joan Baez, de Pete Seeger, de Peter, Paul and Mary. Du folk, du rock, des provocations, des coups de colère, de la générosité…

Et puis, donc, il y eu ce moment unique sur la plage. Une voix nasillarde revendiquait l’amour, le plaisir, les droits de la personne. Des campus de Harvard aux sit-in L.A. elle rythmait la contestation contre la guerre du Viet-Nam, le racisme, l’exploitation sociale… C’est la période de « Blow’in the wind », de « With God on our sides » et de « The times they are a-changin’».

Mais très vite, Dylan a senti la récupération ; il a voulu se démarquer, revenir à des chansons plus intimes. On ne voulait pas voir, on ne voulait pas croire à ses explications. Lui, pourtant ne cessait de se revendiquer poète, troubadour, musicien. Son seul engagement, c’était la musique : « hors la musique, je n’ai pas de légitimité ».

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Bono affirme sa filiation avec Dylan « …Mais après les années 90, j’ai cessé de jeter des pierres contre les symboles les plus évidents du pouvoir et de ses abus. J’ai commencé à jeter des pierres contre ma propre hypocrisie ».

Comme Dylan, Bono revendique son statut de musicien. Comme lui, il est lucide sur l’inanité du statut de rock star. Mais il veut « sauver la planète », et il instrumentalise sa notoriété, il la plie, au service de son engagement.

Non sans lucidité… « Une rock star, c’est quelqu’un qui, dans son cœur, ressent un vide presque aussi vaste que la masse de son Ego. » Voilà qui est évacué !

Entre les années 65 et la fin des années 70, Dylan s’est fourvoyé, entre cynisme, intimité, et défonce. Sa créativité, d’ailleurs, en a pris un sacré coup.

Bono, lui, choisit l’introspection. Oh, rien de monastique ni d’ascétique. Mais impressionnant tout de même : « la jungle affleure sous la peau de chacun de nous… Je vois le bien chez les hommes, … je vois aussi le mal… je le vois chez moi. Ce n’est pas parce que je trouve une façon de contourner l’obscurité que je ne la vois pas… ». Alors, il se démène. Pour l’Afrique, contre le sida.

Quelques réponses aux questions de Michka Assayas décapent et dérangent : « avec le sida, on assiste à la plus grande pandémie de l’histoire de la civilisation… Tous les jours 6 500 africains meurent d’une maladie qu’on peut prévenir et guérir, et l’Occident ne considère pas ça comme une priorité ! C’est l’équivalant de deux 11 septembre par jour : 18 avions grands porteurs avec des pères, des mères e des familles qui s’écrasent du ciel… Pour eux, pas de larmes, pas de lettres de condoléances, pas de salves… »

Je crois que j’aimais mieux la musique de Dylan. Plus que les chansons de U2, le rock Folk de l’américain portait mes rêves, forgeait mes projets. Mais la personnalité de Bono, (le refus de la fuite, l’affirmation de ses doutes, fussent-ils colorés d’un peu de marketing) me séduit. Et rassure. Voilà qui confirme qu’il ne faut pas désespérer des plus grandes icônes du star système.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 26 août 2005 dans Arts / Culture , Livres , Musique
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25 août 2005

Pouvoir d’achat : le combat continue !

… Et une nouvelle campagne. « De l’audace » me dit-on ici. Eh bien oui, il en faut, au risque de faire ruminer les grincheux. Le gouvernement me fera encore savoir que je mets de l’huile sur le feu, dans la perspective d’une rentrée agitée (c’est ce qu’on nous promet chaque année). Et la gauche (extrême) criera à la récupération…m’en fous…

Les derniers indicateurs officiels sur le pouvoir d’achat viennent ce mois-ci encore, conforter notre analyse sur le niveau de vie des français.

• Le salaire de base de l’ensemble des salariés a, certes, progressé de 2,6 % sur un an. Mais si l’on tient compte de l’inflation (1,6%), le gain n’est que de 1%...(avec un sérieux ralentissement au 2e trimestre (0,1%).
• Gérard LARCHER, Ministre délégué à l’emploi, martèle que « l’année n’a pas été négative en terme de pouvoir d’achat ». Piètre satisfaction, surtout si on regarde l’évolution sur 3 ans des statistiques du « salaire moyen par tête ». C’est sans appel : +0,2 % en 2002 ; -0 ,3 %en 2003 ; +0,4 % en 2004. Soit au final, un mini gain de 0,3%. Pas de quoi rêver !

Ces chiffres vont bien sur alimenter le débat politique. Mais vu l’état des finances publiques, et la décomposition du système politique (de l’affligeant spectacle des divisions du PS aux querelles des personnalités à droite...), la contestation a peu de chance d’être relayée par une action sociale correctrice d’envergure.
Et puis, il y a les incidences économiques. Les entreprises sont prix en étaux. Elles font valoir, à juste titre, leurs faibles perspectives de croissance, et la lourdeur de leur plan de charges (l’harmonisation du SMIC en 2004 a entraîné des hausses de salaires jusqu’à 5% dans beaucoup de firmes). D’un autre côté, elles seraient les premières à profiter d’une relance de la consommation. Difficile prise de risque.

Dans ces conditions, n’en déplaise à nos détracteurs, la lutte contre les prix excessifs, et le rétablissement d’une saine concurrence entre grandes entreprises, ne peut qu’alléger le portefeuille des consommateurs.
Les opposants à la réforme de la loi Galland ont repris leur lobbying (il est prévu un autre rendez-vous législatif en 2007, après un bilan d’étapes). Comme je le disais hier, on nous ressort le chantage à l’emploi. Certains distributeurs commencent à dire que dans la perspective d’une baisse de marge, il leur faudra couper dans les coûts salariaux. Même si c’est du bluff, il nous faut contrer cette pression. Et rappeler justement que sans pouvoir d’achat, il n’y aura pas de consommation suffisante. Et que c’est cette situation là qui est la plus menaçante pour l’emploi.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 août 2005 dans Communication , Pouvoir d'achat
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24 août 2005

Coup de Gueule : Favilla et la vie à bon marché

Dans les Echos de lundi (22.08), Favilla, le célèbre pseudo derrière lequel se cachent 3 ou 4 rédacteurs du journal, a produit un éditorial dont la lecture m’a fait bondir.

Les faits : Favilla écrit sur les serial-accidents, cet été, dans le transport aérien. Comme nous, sur ce blog (26.07), il rappelle la liste des négligences, apparemment à l’origine des crashs. Mais de ces constats, il tire une conclusion générale sur l’incompatibilité des exigences de sécurité avec une politique de discount.

Pas d’accord ! Il y a confusion des genres.

Son raisonnement : sans vouloir caricaturer, résumons Favilla.
1) « le transport doit produire d’abord de la sécurité »
2) « la sécurité a un coût »
3) « le fait qu’on ne la vérifie sûrement qu’après incite amateurs et aventuriers avides de profit à en faire subrepticement l’économie »
Jusque là, on ne peut qu’être d’accord…mais, il enchaîne
4) « le voyagiste, cet ensemblier de services, exerce sur ses fournisseurs une pression comparable à celle des grandes surfaces sur les leurs »
5) au final, alléché par les offres internet des low-cost, le consommateur « croit qu’il peut tout obtenir à bon marché sans savoir qu’il négocie sa vie à même prix ».

Là, Favilla dérape. Ne croyez pas que je réagisse par susceptibilité, à cause du parallèle avec la distribution. Non, en fait, je lui reproche de partir d’un constat spécifique (le comportement de compagnies hors contrôle européen), de généraliser un diagnostic anti-discount, en se trompant sur les causes, et en occultant les responsabilités.

Le couple Prix-Sécurité :

J’affirme : il n’y a pas de lien obligatoire entre discount et insécurité.
a) Dans le domaine de l’alimentaire et plus généralement du bien de consommation, la réglementation fixe des règles de sécurité, des normes d’hygiène, et postule des interdictions. Entre un produit « haut de gamme » et un premier prix, il existe des différences de qualité (saveur, choix des ingrédients, apport protéinique, durée de conservation, esthétique etc…) mais les deux types de denrées sont soumis à un même impératif de sécurité. Et les produits LIDL, ECOPLUS ou CASINO, sont soumis à autant de contrôles que ceux qui sortent de chaînes Nestlé ou d’Unilever.
b) Le raisonnement vaut pour le secteur des transports : personne n’imagine que la sécurité d’un passager en classe éco (en avion), ou d’une seconde classe (dans le train), soit plus aléatoire ou plus menacée qu’en première.

Contre-analyse :
La première faille du raisonnement de Favilla, c’est sa vision réductrice du discount. Puisque, dans les compagnies légales et sérieuses, les coûts de sécurité sont justement incompressibles, les réductions de prix ont d’autres explications : d’abord, comme dans les hypers, il y a les choix de « positionnement ». Le discounter va chercher à compenser sa baisse de marge, par un accroissement des volumes. Il y a aussi, l’achat groupé, qui permet un meilleur remplissage de l’avion. L’achat ferme, enfin, (souvent aux frontières des périodes les plus fréquentées), permet de diminuer considérablement les coûts d’immobilisation de l’avion et les frais fixes. Et puis, il y a les économies de prestation (collations, revues), de suppression d’un réseau d’agences…etc.

Ce sont ces facteurs d’optimisation de coûts qui sont à l’origine des chaînes de low-cost et qui garantissent le succès des sociétés de charters européennes, souvent elles-mêmes filiales des grandes compagnies. Malgré cette politique tarifaire fortement différenciée et souvent agressive, « seulement 1 accident sur 10 provient » d’une compagnie européenne (dixit J. Barrot, notre commissaire bruxellois aux Transports).

La 2ème faille, chez Favilla, vise à faire reporter la responsabilité sur le modèle économique plutôt que sur l’absence de système de contrôle efficace.
Des fraudeurs, il y en a toujours eu, dans tous les secteurs, et quels que soient les niveaux de prix. Pour reprendre l’exemple de l’alimentation, on en a trouvé dans le trafic des huiles végétales (huile frelatée en Espagne), dans les élevages de volaille (alimentation avariée des animaux en Belgique), mais aussi …dans le caviar ou le foie gras.

Ce qui nous protège des délinquants économiques, ce sont les contrôles administratifs (application de la loi). Voilà ce qui fait défaut dans le transport aérien, comme d’ailleurs aussi, dans le transport maritime (dégazage des tankers et porte-containers le long de nos côtes).

Si j’insiste sur ce problème, c’est qu’à terme, bien au-delà de ce contexte, les arguments tels que ceux développés par Favilla finissent par servir de caution à tous les rentiers et les profiteurs de la terre. Après le refrain « le prix bas qui tue l’emploi » (comme si le prix élevé en créait), voici qu’on chante « le prix bas qui menace la sécurité ».
Non, le discounter ne saurait être présumé coupable du seul fait de ses choix commerciaux. Le coupable c’est celui qui ne respecte pas la loi (quels que soient ses tarifs). A bon entendeur.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 août 2005 dans Economie , Prix / Concurrence
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23 août 2005

La rentrée et la querelle des prix !

Ça chauffe sur le front des prix !
A peine arrivé sur le sol français, on me prête de provocantes intentions. Tout a démarré avec une interview. L’AFP, vendredi dernier, m’a interrogé sur la baisse de la consommation (-0,3% au deuxième trimestre!). J’ai repris mon antienne : « Pourquoi s’étonner de si piètres résultats vu l’absence de bonnes perspectives en matière de pouvoir d’achat. Les Français hésitent entre épargne et consommation, et quand ils consomment, ils ne sacrifient pas les vacances et les loisirs, mais l’alimentaire et le textile. Ou alors ils achètent des produits 1ers prix. » A la question, « qu’allez- vous faire à la rentrée ? », j’ai répondu :« multiplier les offres promotionnelles, en attendant de pouvoir baisser plus substantiellement les prix, le 1er janvier prochain, date d’application de la réforme de la Loi Galland ».

De là à dire que j’allais transgresser la loi en crevant outrageusement le plancher de la revente à perte (SRP), voilà que je n’aurais jamais osé revendiquer. Et bien, malgré mes dénégations, F.Pons ce matin dans Libération (23.08) m’en attribue l’intention.

Et du coup, mes concurrents s’inquiètent et rouspètent…mais …que d’hypocrisie, mes amis !

1) D’abord, calmons le jeu. Il suffit de comparer les prix de notre catalogue de rentrée avec les leurs pour constater que mon enseigne s’est mise au « taquet » le plus bas autorisé sans outrepasser les consignes ministérielles.
2) Ensuite, je n’ai pas l’intention de « porter le chapeau » d’une transgression générale, pratiquée par la plupart des groupes et autorisée par le gouvernement (ma note du 22.07). Tous les distributeurs un peu dynamiques ont (ou vont) petit à petit baisser leur prix dans la limite tolérée (entre -2 et -5 % du SRP).
3) Et puis, puisqu’on me cherche des noises, je cafte… et je renvoie la balle. Certaines enseignes, dont l’image-prix avait récemment régressé, n’ont pas eu les mêmes scrupules que nous. Que dire de ces hypers Carrefour, dans lesquels la Danette (à titre d’exemple) semble être vendue 25% en dessous du seuil de revente à perte (sans vergogne…et sauf erreur).
Mes collaborateurs confirment qu’au total, en ce mois d’août, près de 500 articles dans la grande distribution sont sporadiquement vendus en dessous de 15% du SRP sans que les légalistes (concurrent ou administration) n’y trouvent à redire. Alors les leçons de morale et les récriminations à mon égard, je balaye.
Et sur ma politique générale de prix bas, je persiste et signe donc.

Les consommateurs ne devraient pas trop se plaindre de cette querelle. Reste que pour nous distributeurs, cette période transitoire, ne va pas être facile à gérer : nouveaux calculs de prix, incidence sur les marges, insécurité juridique.... Ah décidément, ça devient sioux de rester épicier.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 août 2005 dans Economie , Prix / Concurrence
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22 août 2005

Retour sur Paris

Salut à tous,

Des dizaines de notes sur mon bureau, un courrier d’enfer (ah, décidément, certains ne savent pas prendre de vacances…).
Et puis, organiser le planning : beaucoup de déplacements à prévoir, ces prochaines semaines, en Italie, en Pologne et au Portugal où l’enseigne va ouvrir de nouveaux magasins.
Je me contenterais aujourd’hui de prendre connaissance de tous vos commentaires, très riches. Demain, je reprends la plume.

A tous…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 août 2005 dans Blogs et sites
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16 août 2005

Vous, le blog, sans moi…. Entre vous !

A l’horizon de ce week-end encore ensoleillé, c’est pour moi, la fin des vacances. Avec dès mardi, une série de déplacements tous azimuts, en Europe, mais aussi Outre-Atlantique, chez nos « cousins » du fleuve Saint-Laurent.

Vu la fréquence des transports, les correspondances frénétiques, les arrivées tardives, le décalage horaire… Je préfère ne pas m’engager sur la production de note jusqu’au 22 août, date à partir de laquelle je promets de mettre le turbo, avec plein d’initiatives dont vous serez les premiers destinataires.

Peut-être pourriez-vous en profiter pour me déposer sous ce billet, vos commentaires sur l’évolution souhaitée du blog.
Des remarques, des critiques, des suggestions ? Sur la forme, sur le fond ? Quels sont les sujets dont vous aimeriez que nous discutions, des causes qui mériteraient que nous les soutenions ensemble etc…

Vous pouvez ménager ma susceptibilité, et ne pas trop tirer sur le pianiste. Mais surtout, pas de problème pour qu’on accorde le piano pour pouvoir mieux jouer de concert.

A bientôt.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 août 2005 dans Blogs et sites
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12 août 2005

Les Anglais revitalisent les villages périgourdins

img_blog_120805_dordogne.jpg

Dans ce gros bourg (1 500 hab.) près duquel je farniente et randonne, les commerces semblent abandonnés : juste quelques mouvements de chalands autour de la pharmacie, sur le parking de l’Ecomarché, devant la poste et au bistrot (qui s’appelle bien sûr, « Café des Sports »).
Mais le jour du marché, c’est la grande foule. Des dizaines de marchands forains posent leurs tréteaux dans la grande rue, interdite à la circulation. Les badauds accourent par centaines. Sur les étals, gallinacés en tous genres (canards, poulets, oies), pigeons et lapins, vivants, rôtis ou confits…Et puis des fringues, des gâteaux, du miel bio, du pain « à l’ancienne ».

Particularité : on y parle volontiers anglais, hollandais, allemand, belge (version wallonne ou flamande). Les rescapés du patois local, qui d’habitude illustrent la résistance culturelle « aux modes parisiennes », sont débordés, noyés et perdus dans cet univers cosmopolite.
C’est que, depuis 10 ans, la Dordogne a vu sa population grandir et se régénérer, avec l’apport migratoire de 6 000 Anglais, 1 600 Hollandais et un bon millier d’amoureux des « moules-frites ». Même les Allemands lorgnent par ici.

Au début, ils étaient cadres, retraités de la fonction publique ou anciens expatriés, à la recherche d’un Sud abordable, accueillant et ensoleillé. Désormais, avec la liaison Londres-Bergerac (Ryanair) et celle de Southampton (Flybe Air) beaucoup font le transport pour y vivre vraiment, une vie de « rurbain », d’agriculteur ou d’artisan. Ils achètent des maisons abandonnées, retapent le toit des granges, remontent le mur des fermes.
Les gens du coin ont des avis mitigés : « ils font monter le prix du foncier, ils restent entre eux, sont culturellement fermés… ne dépensent pas. Ils n’achètent rien dans nos magasins».
Ouais ! Quelle mauvaise foi ! Les commerçants, qui ne veulent pas se remettre en cause, repeindre leur devanture, et baisser leur prix ont une explication qu’ils servent sans sourciller : « Les Hollandais viennent en voiture, le coffre bourré de victuailles… ». Va pour les touristes saisonniers ! Mais quid des autres … ?
Les Leclerc et autres Intermarché de la région confirment, eux, le formidable apport de clientèle. Et les centaines de chalands polyglottes, le jour du marché, confirment qu’ils se déplacent volontiers pour faire « des affaires ».

La vérité, c’est que l’Anglais, par sa présence, nous renvoie, en miroir, l’image de notre inertie. Depuis 30 ans, dans ces régions, les élites (plutôt de gauche ici) ont entretenu une culture d’assistanat, voire de mendicité à l’égard de l’Etat, de la Région ou de l’Europe. Par un discours toujours vindicatif, elles ont fait fuir les investisseurs, tandis que les industriels d’après-guerre (textile, chaussure, porcelaine, coutellerie) n’ont pas modernisé leurs entreprises. La bourgeoisie a acheté pour ses enfants, des maisons à Royan, à Bordeaux, à Saint-Jean-de-Luz. Et les agriculteurs n’ont pas, comme en Bretagne, profité des taux super bonifiés des années 70-80, pour maintenir leur outil de travail…
Bref, du gâchis, … qui explique au moins pour partie cette désertification…

Les Anglais, aujourd’hui, font revivre les villages. Ils plantent des fleurs, des arbres, sauvent le patrimoine. Le prix de l’immobilier augmente, mais n’est-ce pas tout bonus pour les « locaux ». Ils animent une sympathique vie associative, dynamisent le territoire, et recréent un marché de l’emploi (artisanat, marché de la construction…).

Au fond, ce qui gène les habitants d’ici, c’est la leçon que nous administrent ces immigrants. Ils nous bottent les fesses. Ils montrent que la désertification n’est pas inéluctable, et que la vie économique et culturelle ne dépend pas que des subsides de l’Etat.

P.S. : Je réponds par cette note, (du moins en partie) à la question de Georges d’Abjat (ma note du 8/08) qui habite justement, à 10 km de ce bourg dont je viens de parler. A Abjat, on a su tirer profit de cet apport démographique et on fait tout pour l’accueillir en investissant dans le centre bourg pour le rendre encore plus chaleureux et plus accueillant.

Amitiés à tous. Bonne fin de vacances.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 août 2005 dans Europe , Société
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10 août 2005

Gestion de l'eau : les pratiques individuelles contre l'intérêt collectif

...Toujours en Dordogne, en limite nord-ouest du département. Deux journaux locaux : Sud-Ouest et la Charente Libre. Les problèmes consécutifs à la sécheresse alimentent la chronique quotidienne.

L’Aquitaine et la Charente sont particulièrement touchées. Les autorités tempèrent : « La préparation très en amont de la gestion des ressources en eau devrait éviter une situation telle qu’on a connu en 1976 ».
Tout en langue de bois !
Il suffit de lire les échanges aigres-doux entre agriculteurs des 2 départements pour comprendre qu’on va à la catastrophe : environnementale d’abord, économique ensuite.
En année pleine, l’agriculture pompe en moyenne 49% des ressources en eau. Mais ce chiffre grimpe à 80% pendant l’été.
C’est l’extension des surfaces irriguées qui, a asséchée les nappes phréatiques et les cours d’eau. Dans le seul département des Deux-Sèvres, 20 000 hectares sont arrosés quotidiennement. Vu le déficit pluviométrique (-50%), les stocks ne se renouvellent plus.
Paradoxe : Ce sont leurs confrères du secteur de l’élevage qui en font les frais. Pas assez d’eau pour les troupeaux (Dordogne). Pas assez d’herbage pour les nourrir, pas de deuxième coupe en prairie. « Cela fait 10 ans que ça dure, depuis le développement de l’agriculture intensive, déclare un Poitevin, condamné à fournir de l’eau potable (payante et chère) à ses vaches. « Et je passe mes journées à édifier des clôtures puisque les bêtes ne sont plus gardées par des barrières naturelles de conches» (Charente Libre-6/08).

Du côté des producteurs de maïs, on se défend. Les surfaces irrigables auraient diminué de 30% (en un an ? mon œil !). Mais on voit toute la limite du discours quand on lit les projets du président des producteurs de maïs de Dordogne : « Il faut faire des réserves, soit collinaires, soit en tête de bassins, soit par des pompages en hiver ». Avec cette précision : « Le coût total de ce chantier, à classer parmi les grands travaux nécessaires à notre pays (sic), correspond à l’équivalent de 5km d’autoroutes ».
Au frais de qui ? N’est-ce pas le signe qu’on va continuer le gaspillage ?
Il faut revoir les choix de culture. Et arrêter cette course à la productivité, dans des régions insuffisamment dotées en capacité d’irrigation. La profession agricole ne peut se soustraire à cette responsabilité.
Cependant, il ne sert à rien de rester dans le procès. Il faut accompagner les mutations, et discuter des conditions de reconversion.

Et puis, l’agriculture n’est pas seule coupable.
L’évolution du climat exige que chacun, à son niveau, modifie ses comportements. Pour preuve, ces informations sur les terrains de golf. Les chiffres sont probablement gonflés par la polémique. Mais, il semblerait que l’arrosage d’un green prélève l’équivalent de la consommation d’une ville de 3 000 habitants selon les uns (jusqu’à 12 000 selon une autre source).
Il y en a 600 dans l’hexagone…
Cet exemple (pas exclusif) pour dire qu’il ne suffit pas de désigner les paysans à la vindicte populaire. La gestion durable des ressources en eau est désormais une question politique qui exige une coordination nationale et l’implication de tous.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 août 2005 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable
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8 août 2005

Tabac : le droit des non-fumeurs

Environs de Brantôme… L’anticyclone reste stationnaire, la chaleur est supportable, la lumière est belle sur la Dordogne. Les neurones ne sont pas trop sollicités. L’actualité vient de temps en temps réveiller la torpeur estivale. Par opportunité, par rapprochement, par ricochet…

Ainsi, ces vieux séchoirs à tabac dont l’architecture locale est friande. Il n’est pas une vieille ferme, une belle masure de calcaire blond, qui ne possède un auvent où l’on faisait, depuis le XVième siècle, sécher les feuilles chichement comptées (une à une) et contrôlées par une administration très tatillonne. Le Bergeracois a depuis une dizaine d’années subit la baisse des ventes de cigarettes. Et, ça s’accélère. Fin mai, les ventes nationales 2005 étaient en régression de 32% par rapport à mai 2002.

Dans les cafés de la région, les débats sur la politique anti-tabac ont une résonance toute particulière. On passe très vite sur l’aspect sanitaire du problème. On focalise sur les aspects financiers et l’emploi, quitte à s’abriter derrière la sacro-sainte défense des libertés individuelles.

C’est Yves Bur, député UMP alsacien, qui a allumé le pétard. Toute la presse, ici, en parle. Il a confirmé vouloir déposer un projet de loi visant « à interdire le tabagisme dans les lieux publics confinés ». C'est-à-dire, café-bars, restaurants, dancing…
C’est le même député qui a pourfendu les distributeurs de confiseries et de sodas dans les écoles. Avec succès !
Les opposants ont beau jeu de dénoncer l’hypocrisie de l’Etat. J’entends le bistrotier asséner derrière moi, en martelant le zinc du comptoir avec fureur « le gouvernement (sic) a le monopole du tabac. S’il veut l’interdire, qu’il l’assume. Et qu’il vienne le dire aux producteurs de la région. En plus, il prélève quatre euros sur chaque paquet. Quel double langage. »

Voilà qui est vrai ! Il faudra bien un jour, mettre les pieds dans le plat. Et pourquoi pas à l’occasion du débat parlementaire annoncé par Yves Bur. Je me sens prêt à m’engager pour cette cause là.

J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec le Professeur Pujol, Président de la Ligue Contre le Cancer dont mon groupe est partenaire. Les méfaits du tabac sont catastrophiques. Pour ceux qui fument. Pour ceux qui respirent malgré eux la fumée des autres. Le « tabagisme passif environnemental » (puisque ainsi on le nomme) suscite bronchite, asthme, otite et sinusite chez les enfants. Il aggrave les insuffisances respiratoires, les risques de maladies coronariennes, sans parler des effets cancérigènes… chez l’adulte.
Faut-il lancer la chasse aux fumeurs ! Comme dans certains établissements américains ou canadiens ? Non, pas, la pédagogie fait son œuvre, comme le prouve les chiffres cités plus haut. Et la conviction est meilleure conseillère que la prohibition.
Mais en écoutant les arguments des uns et des autres, il faut se rendre à cette évidence. Fumer est un droit, ne pas fumer aussi !

Dans la plupart des bistrots (comme celui où je suis actuellement), il est illusoire de prétendre séparer fumeurs et non-fumeurs. C’est de la mauvaise foi ! L’espace est trop ténu. On y respire un même air.
D’ailleurs, le problème se pose dans les immeubles d’habitation, les hôtels ou les bureaux.

Au siège de mon groupe, nous avions eu ce problème. Des espaces non-fumeurs ?
Avec la climatisation et les systèmes de ventilation, l’air circule, et la nicotine avec (il suffit de regarder l’état des filtres !). C’est pourquoi, j’avais décidé : tous nos locaux sont non-fumeurs. Le Comité d’entreprise n’y a rien trouvé à redire, pas plus que les fumeurs pourtant contraints à s’exiler dehors.
Tout ceci pour dire qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des décisions tranchées.

Je soutiens la proposition d’Yves Bur. Sans polémique, sans diabolisation ! Invitons les fumeurs à ne pas partager leurs effluves, et protégeons la volonté des non-fumeurs d’en être dispensés.
Et pour l’économie locale, préférons la culture de la fraise et des truffes. On y excelle ici dans le Bergeracois. Et je suis sûr, c’est plus rentable à long terme.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 août 2005 dans Libertés
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5 août 2005

Le monde de Frank Miller : Délivrez nous du mal ?

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Peut-on regarder la violence sans s’y complaire ? Et quand la violence est belle, doit-on se sentir coupable d’y prendre du plaisir ?
Ouah ! Du Périgord où je légumise, me voilà pris en flagrant délire philosophique.
Je suis allé voir Sin City. C’est le pourquoi du questionnement !
Le film, annoncé comme un évident blockbuster par les officianados de Marvel Comics, ne passe déjà plus que dans les petites salles marginales. La critique fut plutôt généreuse sur la forme. Mais beaucoup, pourtant élogieux à la sortie de Kill Bill de Tarentino (qui collabore ici occasionnellement) n’y ont vu qu’un exercice stylistique : réussi pour l’adaptation fidèle de la BD, inconsistant et complaisant sur le fond (« dingo et puant » dit-on sur « resonance-online » ; « maniériste », « fasciste » a-t-on lu sur libération.fr. Injuste méprise ! C’est là, mon avis !

Je me suis replongé dans l’univers de Frank Miller, dont l’éditeur français, Rackham publie cette année un beau « collector » de dossiers tirés de Sin City (cf. visuel).
Pour Marvel Comics, (et aussi DC Comics/USA), Miller a d’abord dessiné un Batman complètement « remastérisé », à la mode psy « The Dark Knight Returns » avait déjà tous les traits de sa géniale-future-œuvre-la plus aboutie : Cynisme, humour noir, violence, expressionnisme… et cette brutalité gratuite magnifiée, qu’on retrouvera dans sa première adaptation cinématographique (un quasi-bide) : Robocop 2.
Mais Sin City est un véritable opéra de papier. Nietzsche, (et Fritz Lang) auraient salué ! Le graphisme s’éternise somptueusement sur les formes arrondies (femmes, voitures … excusez la juxtaposition !) et énerve le crayon dans le mouvement (bagarre, chutes, poursuites…).
Les gueules des héros (anti-héros) sont patibulaires à souhait. Elles sont passées sous les roues d’un semi-remorque, marquées des rainures d’un pneu, recousues main, mais d’une main qui tiendrait un scalpel !!!
Les femmes, victimes malmenées ou putes (mais jamais soumises) restent éclatantes, souvent vengeresses, toujours victorieuses.

C’est cet univers que revisite le film de R.Rodriguez, avec l’élégance du vice, la précision du bistouri, une qualité d’image à la Beineix (« La lune dans le caniveau »), sauf que la pellicule est en noir et blanc, rehaussée d’aquarelle aux couleurs chaudes, fluo (jaune, orange, rouge).
Esthétisant, le film est superbe, baigné d’une atmosphère polarde des années 30, visuellement parfait, jusqu’au moindre cadrage comme sur du papier glacé. Quelques longueurs dans ces trois histoires de détectives au grand cœur, délabrés mais tenaces ! On se laisse prendre par la magie. Moi j’ai franchement aimé.
C’est ici qu’est le tour de force, le génie de F. Miller.

Je peux comprendre que pour certains spectateurs, le sujet rebute. Moi-même, je n’ai jamais été client (encore moins friand) des films d’horreur : les massacres à la tronçonneuse, les moignons offerts à la gourmandise de molosses agressifs, les éviscérations… et toute la quincaillerie des films gores me font plutôt gerber.
Mais Miller pastiche. Il filme des stéréotypes. L’esthétisme crée la distanciation. L’invraisemblance, l’outrance des scènes les plus glauques n’enlèvent rien au sadisme ambiant, mais objective suffisamment le délire pour qu’on ne suffoque pas.

Cette brutalité sublimée (qui frôle toutefois le grotesque mais sans jamais y succomber) laisse sa place au spleen, à la solitude, et finalement, à la tendresse des personnages.
Oh, certes, ils ne sont pas d’une épaisseur psychologique ahurissante. Mais dans leurs rôles, Bruce Willis, et surtout Mickey Rourke, complètement déjantés, sont fantastiques. Et Jessica Alba est la plus émouvante des femmes fatales. On tuerait pour elle !

Ah, qu’elle est fascinante, la ville du péché. Tarentino jouait du sabre à outrance et son humour épongeait l’hémoglobine (« Kill Bill »). Miller va beaucoup plus loin. Il ne parle ni de morale, ni de justice. Les êtres se battent pour leur survie dans ce Gotham qui ressemble fort à la ville corrompue où sévit le vieux Batman. Même la police a des airs de Rapetout. L’humanité est réduite à son bestiaire de spéculateurs, de sénateurs corrompus, de curés vicieux, de violeurs, de tueurs, de cannibales…

Au milieu d’eux, la pureté se cherche une raison d’être.
La tâche est quasi impossible. Voilà pourquoi les héros sont forcément des paumés. Il faut ne plus y croire et n’avoir plus envie de vivre pour défendre l’Amour…


« Sin City est un film noir qui parle de ce qui est sombre, et il ne s’agit pas que de l’histoire, mais de ce que les personnages ont de sombre en eux-mêmes » dit Robert Rodriguez. Frank Miller rappelle aussi que dans toute dramaturgie (chez les auteurs grecs comme dans le théâtre shakespearien), la violence est extrême. Elle produit la tension nécessaire à l’expression des caractères, et des fantasmes, qui en sont les exutoires.

Loin de sacraliser la violence, Sin City, qui en est repu, est un film qui dérange… parce que cette fascination pour « La beauté du diable » est l’aveu de notre propre culpabilité.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 août 2005 dans Actualités / Débats (Arts)
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4 août 2005

Bois exotique : Le scandale du bois illégal

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Long coup de téléphone, hier, d’un de nos collaborateurs chargé de sélectionner les articles pour le catalogue de « plein air » (printemps 2006). Il m’entretenait des difficultés d’obtenir des certificats loyaux et précis sur l’origine des bois exotiques rentrant dans la fabrication des meubles de jardin. Et pestait contre l'inertie des administrations des pays exportateurs et importateurs alors qu’elles sont plus à même de contrôler la légalité des filières que les acheteurs de Castorama ou de Monsieur Meuble basés à Bordeaux ou à Clermont.

1) La problématique :
Avec la Grande-Bretagne, la France est le plus gros importateur de bois tropicaux d’Europe (dont un quart destiné aux marchés publics). Or, selon Greenpeace, la moitié du bois négocié dans le monde provient de sources illégales ou de forêts surexploitées. Des forêts primitives qui ne se renouvellent pas : désastre écologique, contrebande, privation de ressources pour la population autochtone.

2) Les alternatives :
Greenpeace, Robin des Bois, et WWF proposent qu’on favorise le label FSC (Forest Stewardship Council) qui certifie les bonnes pratiques forestières. Mais seulement 4 % de la forêt mondiale en est digne.

Boycotter les 96 % restants ? …J’ai accompagné, l’année dernière, au Vietnam, en Chine et en Malaisie, une mission d’exploration pour étudier l’idée de boycott sélectif. Vu les dizaines de milliers de personnes qui vivent de cette filière, c’est, pour moi, complètement exclu.

Nos acheteurs ont proposé la politique suivante :

a) Refus d’achat de bois illégaux. Exigence d’un certificat d’origine.
b) Diminution d’articles en bois « menacés » (teck). Recherche de bois de substitution : nouvelles sources d’approvisionnement provenant de forêts contrôlées (pays de l’Est et du Nord). Remplacement du bois par d’autres matériaux (fonte, grès, etc…).

3) Les contrôles :
Pour garantir la qualité écologique de cette offre, notre enseigne a adhéré au « Tropical Forest Trust », une ONG regroupant plusieurs acteurs mondiaux de la filière bois, engagée dans le développement durable.

TFT assiste nos acheteurs (contrôle des sources légales) et oriente nos fournisseurs vers les forêts bien gérées ; l’objectif étant de développer les aires labellisées FSC.

Notre enseigne est la première chaîne française d’hypers à avoir adhéré au TFT, mais déjà y travaillent des spécialistes parmi lesquels Castorama et GP DECORS. TFT nous a beaucoup aidés pour la confection du catalogue 2005.

4) Les Administrations, l’Etat, l’UE…
La difficulté majeure, quand on est bien intentionné et motivé, c’est l’absence de traçabilité dans la filière. Chaque année, les Douanes publient un bilan des saisies pour contrefaçon (textile, montres, luxe…). Mais pour le bois, rien n’est encore fait. L’importation illégale n’est pas reconnue comme un délit. Le thème fait toujours débat au sein de l’UE alors qu’au sommet de Johannesburg (2002), nos représentants s’étaient engagés à sanctionner les mauvaises pratiques. Promesse non tenue…

Pas facile alors pour nos cadres et les ONG, de trier le bon grain de l’ivraie !

C’est aussi la raison pour laquelle Sébastien Risso de Greenpeace affirme : « Tant qu’ils ne prendront pas des mesures correctives, la Commission et les Etats membres resteront complices de la destruction des dernières forêts anciennes de la planète ». (Libé 8/07)

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 4 août 2005 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable
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1 août 2005

La culture est partout à sa place

Je ne sais pas si vous aurez l’occasion de le regarder, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre la réalisation d’un film publicitaire pour nos espaces culturels. Il sera projeté dans les salles de cinéma durant ce mois d’août.

1) Depuis une dizaine d’années, mon groupe s’est lancé sur le marché des produits culturels (disques, livres, vidéo, multimédia). En zones très fortement urbanisées, ce sont surtout la Fnac et Virgin qui développent les plus gros chiffres d’affaires. Mais les Centres E. Leclerc sont principalement implantés en province ou en banlieue, sur des zones de chalandise où les leaders hésitent à investir du fait d’une prévision de rentabilité plus faible.

J’ai toujours été convaincu qu’en matière culturelle, c’est l’offre qui fait la demande. Si un livre n’est pas exposé ou promotionné, son auteur a peu de chance d’attirer l’attention du public. Puisqu’à peine 28 % des Français poussent la porte d’une librairie, que la pub sur les livres est toujours interdite à la télé, et que les émissions littéraires sont trop tardives pour obtenir une grande écoute, j’ai choisi l’offensive : mettre des livres et des disques partout, sans tabou, dans les hypermarchés et même dans les petits supermarchés. Et bien sûr, dans des magasins spécialisés (nos Espaces Culturels et multimédias), où l’on peut offrir jusqu’à 90 000 références de livres, recevoir des écrivains, réaliser des expositions, écouter des concerts…

C’est comme ça que les « épiciers de Landerneau » sont devenus le deuxième libraire de France, juste derrière la Fnac. La part des produits culturels et multimédia dépasse désormais 3,5 % du chiffre d’affaires du groupe et progresse avec un taux à deux chiffres.

Mais plus que la performance globale du CA, c’est la pénétration d’une offre culturelle élargie en zones sub-urbaines et rurales qui m’intéresse. Je n’ai jamais cru à l’existence « d’un désert culturel français ». S’il est vrai qu’il est plus facile d’aller au théâtre ou au concert quand on habite Lille, Paris ou Lyon, il ne faut pas négliger l’intensité d’une attente forte de la population provinciale.

2) C’est pour contrer le snobisme culturel ambiant que j’ai confié à l’agence Australie le lancement d’une campagne de publicité dans les magazines avec des images un peu « décalées » : Andy Warhol jouant au baby-foot dans un café, Baudelaire attendant le bus aux côtés d’une famille dans un abri, la Callas posant sur le capot d’une jolie voiture à côté d’un jeune de banlieue.

Mais j’ai voulu aussi profiter de la nouvelle législation qui autorise les distributeurs à faire de la publicité sur une trentaine de chaînes câblées (Paris Première, TPS Cinestar, France 4, TF6, LCI, RTL9, TCM, Discovery Channel). Nous lui avons donné une dimension compatible avec le passage en salle de cinéma.

C’est Rob Sanders que nous avons choisi comme réalisateur. A son actif : des films publicitaires pour Volkswagen, Nike…

Et ça donne un spot très sympa, en forme de clin d’œil : un couple de bobos rentre dans un bar tabac provençal. Il y trouve ce qu’il pensait y chercher : un univers de b.o.f. à la Deschiens, a-culturés en apparence, et plongés dans le coma d’une indifférence totale. Sauf que, une fois les amoureux partis, les indigènes ressortent leur Gallimard de dessous la table et zappent le motocross à la télé pour se rebrancher fiévreusement sur un opéra.

Un film contre les poncifs donc, pour rappeler que la culture est partout à sa place et qu’elle n’est pas l’apanage d’une élite.

A la lecture du synopsis qu’on m’avait proposé, j’avais peur que l’opposition des deux mondes tourne à la caricature. En fait, je trouve ce clin d’œil plutôt bien réussi. N’hésitez pas, si l’occasion s’en trouve, à me faire part de vos critiques.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 août 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts / Culture
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