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annuaire commerce,et,economie gratuit

31 octobre 2005

Intoxication alimentaire au steak haché : mobilisation générale

L’affaire est très sérieuse. La santé d’une quinzaine d’enfants a été menacée. D’autres infections sont possibles. Un mauvais germe a passé le barrage des contrôles industriels. Et pour avoir mangé du steak haché d’un lot distribué par nos soins dans le Sud-Ouest, certains malades sont encore ce matin à l’hôpital en service réanimation pédiatrique.
Rien à voir donc, avec une quelconque psychose. Cette vague d’intoxication nécessite qu’on laisse tomber susceptibilité et souci d’image et qu’on mobilise fournisseurs et salariés concernés de l’enseigne.

1. De quoi s’agit-il ?
D’une bactérie, l’Escherichia coli, ingérée par consommation de steak haché surgelé. Elle provoque un syndrome hémolytique et urémique. Quand mes collaborateurs m’en ont parlé, dès jeudi soir, à la première alerte, j’étais justement avec un ami docteur. Il ne comprenait pas mon angoisse. « Ce germe est fréquent, me disait-il. Il y en a une centaine de cas par an ».
Oui, mais voilà. D’abord, rarement on a observé une telle concentration de cas dans une zone aussi restreinte. Et surtout, la souche semble être très violente. Surtout sur les enfants. Elle atteint le système sanguin et les reins. Les symptômes correspondent à des diarrhées sanglantes, avec très grande fatigue, fièvre… Non seulement la maladie nécessite l’hospitalisation, mais aussi dans les cas sévères, dialyse ou transfusion sanguine.
Inutile de vous dire que l’annonce de l’hospitalisation de 13 enfants (4 nouveaux cas ce matin) m’a complètement angoissé. Comme j’imagine l’étaient plus encore les malheureux parents dont l’inquiétude était renforcée par le manque d’information.

2. Quel degré de certitude sur l’origine de l’intoxication ?
Ce matin, on peut certifier que les produits déclencheurs faisaient partie d’un lot de steak haché, de la marque Chantegril, fabriquée pour notre compte par la société Soviba (près d’Angers). L’un des grands industriels du secteur carné en France (2 500 salariés).
Les administrations ont fait un travail de fourmi. Elles ont tout épluché. Et c’est en accord avec elles que, dans l’incertitude, vendredi soir, nous avions décidé déjà de retirer ce produit de la vente.
Les investigations n’ont pas été très faciles :
a. Les huit premiers cas d’intoxication ont d’abord été notifiés par les pédiatres hospitaliers des Landes, et deux cas, l’un dans les Pyrénées Atlantiques, l’autre dans le Lot et Garonne.
b. Les services sanitaires ont interrogé les parents (lieu de baignade, loisirs, événements collectifs, école ?). C’est vers des consommations alimentaires communes que s’est orientée l’enquête.
c. Les écoles étant fermées, difficile d’établir une relation de causalité.
d. Finalement, une certitude a émergé le 27 octobre : tous les enfants avaient consommé au moins une fois des produits achetés dans un magasin de notre enseigne (très implantée dans la région Sud-Ouest).
Mais, jeudi 27 vers 18 heures, plusieurs produits restaient suspects sans qu’on puisse en désigner un particulièrement (jambon blanc, steak haché surgelé, pâté, saucisse de Francfort, porc !!!).

Dimanche après-midi, les résultats des contrôles effectués chez le fournisseur sur des échantillons témoins ne laissaient plus aucun doute sur le rôle du steak haché surgelé comme agent propagateur.

3. Administration et distributeur, comment avons-nous procédé (chronologie) ?
Jeudi 27, 18 heures : Appel de la DGAL. Elle nous informe de la série d’intoxications (décelées du 5 au 26 octobre). Elle confirme par fax, sollicite nos recherches conjointes.
A ce stade, nous constituons une cellule de crise : responsable qualité, acheteur produits, chef de marché (relation avec les fournisseurs), docteur vétérinaire conseil, spécialiste logistique industrielle, communication interne et externe, tous en relation directe avec les administrations (santé et agriculture) et moi-même par téléphone (alors en déplacement en Italie).

Vendredi 28 : Matinée et après-midi consacrées à questionner les fournisseurs de produits charcutiers et carnés : vérification des livraisons (traçabilité, allotement, etc.). La recherche est encore trop large.
Les produits peuvent avoir été achetés du 1/09 au 15/10. La liste est encore imprécise.
Vers 18 heures, l’institut de veille sanitaire confirme la présomption sur le steak. (On a trouvé un paquet non encore consommé chez un client malade porté à l’analyse).
A 19 heures, notre décision est prise. Nous décidons de retirer tous les lots de ce produit à la vente dans le Sud-Ouest.

4. Quels dispositifs avons-nous mis en place ?

Vendredi 28 : la priorité, c’est donc le retrait.
Nous disposons d’une messagerie intranet : tous les ordres de retrait sont immédiatement lancés. Une info succincte (mention « urgent/crise ») est postée sur les boîtes aux lettres des responsables qualité des magasins.En parallèle, communication au fournisseur des lots concernés. Analyse des échantillons témoins que nos fournisseurs ont l’obligation de conserver.

Samedi 29 : Les produits sont donc retirés de la vente.
Je rappelle qu’à ce moment on n’agit encore qu’en vertu du principe de précaution. Aucune analyse n’est encore susceptible de valider définitivement le diagnostic.
A 17 heures, l’INVS confirme 14 cas et 3 numéros de lot.
A 18 heures, la DGAL propose une réunion téléphonique avec notre cellule de crise. Projet de communiqué élaboré. Avalisé par l’administration à 0h10.

Dimanche 30 : Envoi du communiqué aux médias sur zones et à l’AFP.
Affichage en magasins (rappel des produits et numéros de lots). Mise en place d’une cellule de rappel des clients (7 500 personnes appelées ce dimanche).

Lundi 31 : présence dans tous les médias. Et 750 salariés épluchent tous les tickets de caisse pour repérer les acheteurs de steak et les appeler au téléphone.

5. Quel est l’état des lieux ce lundi ?
A aucun moment, ni mes collaborateurs ni moi-même n’avons été en liaison avec les malades dans les hôpitaux. C’est une règle déontologique (pas de pression !) donc, les infos ne nous reviennent que par les administrations (ce qui surprend la presse qui a du mal à croire qu’il nous est difficile de répondre sur l’état des malades !).
Il semblerait que les enfants malades aillent mieux. Mais trois nouveaux cas viennent d’être décelés. Pas question, donc, de désarmer.
Sur le terrain : rappel des clients (85% possèdent une carte de fidélité. Nous avons les numéros de téléphone) les autres nécessitent des recherches auprès des banques (CB, chèques !). Trois à cinq personnes par magasin sont mobilisées.
Poursuite de l’enquête chez le fournisseur.

Mise en place d'une équipe renforcée de téléconseillers sur notre service client Allo E.Leclerc : 0810 870 870

6. Que s’est-il passé chez le fournisseur ? A ce stade de l’enquête, quelques certitudes, mais des questions !
a. Soviba est une grosse entreprise, fournisseur de la plupart des enseignes de distribution et de restauration.
b. Référencé par nos acheteurs, elle a subi des audits industriels dont les résultats sont satisfaisants.
c. Par contrat, le fournisseur s’oblige à ne livrer les produits qu’après des tests de contrôle. A priori, ces tests ne révélaient pas de germe. Il conserve des échantillons témoins de chaque lot. L’analyse, dimanche, de ces échantillons infirme les premiers tests, et révèle la contamination dans l’entreprise.
e. Reste que rien ne permet d’expliquer encore précisément l’origine de cette contamination. L’agent infectieux est souvent présent dans l’appareil digestif des bœufs. Mais dans un abattoir, les abats ne devraient jamais rentrer en contact avec les muscles dont sont issus les steaks hachés. Y a t il eu contamination par défaut de processus, par apport extérieur ? Enquête en cours.
En tout cas, pas de rupture de la chaîne du froid à priori en cause.

7. La qualité de la viande est-elle en cause ?
Nullement. Contrairement à ce qui a été dit dans certains médias, il ne s’agit pas de viande avariée. Ni même de viande « bas de gamme ». Le stock est issu de viande française abattue et conditionnée dans les usines Soviba. Et il s’agit « d’avants de bœufs ».

8. Quelle attitude allons nous avoir envers le fournisseur ?
Dans une conférence de presse ce matin, le DG a reconnu, même s’il ne se l’explique pas, que les lots avaient été contaminés dans l’entreprise. Il reste à déterminer comment, s’il s’agit d’une faute, d’une erreur de manipulation, d’un défaut dans le process de découpe ou de transformation. Enquête en cours.
A priori, les administrations n’ont pas trouvé d’autre lot contaminé. Enquête aussi.
Pour notre part, nous avons suspendu nos approvisionnements en attendant les résultats des investigations.

9. Quelle perspective à court terme ?
Pour les médias, l’affaire sera peut-être terminée ce soir. On passera à autre chose.
Pour nous, la mobilisation ne fait que commencer ?
a. Il s’agit d’une viande surgelée. Avec durée de vie très longue (juillet et août 2006 !). Le risque est donc réel que des consommateurs oublient cette information, et se resservent du stock dans plusieurs semaines. Il nous faut rappeler tout le monde.
b. Ce week-end est un « pont ». Pas mal de consommateurs ont pu partir en vacances. Nous laissons des messages sur les répondeurs. Mais nous ne serons tranquilles que lorsque nous aurons eu tout le monde et récupéré tous les lots !

10. Comment communiquer ?
Les lots ont été isolés. La contamination concerne les départements du Sud-Ouest et de Midi Pyrénées.
Nous faisons face à deux écueils potentiels. Une trop forte communication, dans le contexte de la grippe aviaire, peut contribuer à « noyer » l’information, la dédramatiser, et nourrir des sentiments tels que : « ils en font trop, tout le monde cherche à se dédouaner en sur réagissant etc… ».
A l’inverse, elle peut aussi entretenir une psychose, tout aussi démobilisatrice.
Nous avons choisi dans un premier temps de privilégier l’information sur la zone touchée par la crise. Les grands médias nationaux s’en sont emparés dimanche soir. Passé le temps des interpellations au niveau national, c’est sur le plan régional qu’il nous faut revenir, et la gérer à partir des magasins.

Je ferai ici, d’ici la fin de la semaine, un bilan d’étape.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 31 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Objectif qualité
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28 octobre 2005

Corentin Douguet remporte la transat 6.50 !

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Corentin Douguet

J’en étais sûr. Evidemment, il y avait la part d’aléas : la météo, un problème technique. Mais il y avait chez lui tant d’énergie, tant d’enthousiasme, tant de volonté… concentration sur ce projet.

Et surtout, il y avait cette préparation. Physique et intellectuelle (pour le bonhomme) ; tests, réglages (pour le bateau). Rien n’a été laissé au hasard. Mêmes les compétitions précédentes (cf ma note du 22/09/05) ont servi de préliminaires.

J’envie le grand marin qui se révèle dans l’exploit. Je salue la performance et l’expertise. Et je me dis qu’avec, en plus, de l’humour, de la gentillesse et de la générosité, la victoire de C. Douguet est la métaphore de l’esprit entrepreneurial.

Ce n’est pas moi qui l’ai repéré en premier. C’est notre adhérent de Nantes, Pierre Chartier, lui-même excellent régatier… et chef d’entreprise (il dirige deux hypers dans une zone extrêmement bagarrée, et truste lui-même, les premières places sur le podium français des magasins les moins chers…). Mais, je ne suis pas peu fier que Corentin Douguet m’ait choisi pour parrainer son bateau (il avait déjà bouclé ses budgets, je précise).

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© DR - 2005
Aussi, quand tôt hier matin, Loïc Bauduin a sonné sur mon portable endormi, le passage de la ligne, j’ai éprouvé une immense joie (au passage, signalons que Loïc Bauduin, DG de Défimer, l’écurie qui héberge Corentin, avait déjà placé en tête de l’édition 2003, un autre poulain remarquable, Armel Tripon - un Nantais… comme il se doit…).

Corentin a bouclé la transat en abaissant le record de plus de quatre jours ! Alors que dans notre pays, on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure, saluons ici l’exploit.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 octobre 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Société
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27 octobre 2005

Le député Yves Bur : contre le tabac dans les lieux publics ! Pourquoi pas ?

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Yves Bur remet le couvert. Le député UMP du Bas-Rhin tiendra colloque sur « Les méfaits du tabac », ce 2 novembre, à l’Assemblée Nationale (il en est l’un des Vice-Présidents). Il veut obtenir l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics.

Intéressante figure de la vie politique que cet Alsacien, docteur en chirurgie dentaire, qui (tout comme son homologue parisien du PS, Jean-Marie Le Guen) a fait de la politique de santé l’objectif de son combat social.

Dans son fief, il œuvre pour la communauté urbaine de Strasbourg (élu président depuis 2001). A l’AN, il préside le groupe d’étude sur le médicament et les produits de santé. C’est lui qui « rapporte », pour la commission des finances, sur le financement de la sécu ! Et c’est encore lui qui dirigeait les récents débats sur le financement de l’assurance maladie.

Après avoir lu ma note du 8/08, YB m’a adressé un courrier expliquant sa démarche. Les ventes de cigarettes reprennent depuis le mois de mai. « Si ces données confirment l’importance de l’effet prix sur les achats de tabac, elles montrent néanmoins qu’il ne faut pas limiter la lutte contre le tabagisme à une seule politique fiscale… Il me paraît nécessaire de franchir une nouvelle étape…(pour) décourager l’entrée dans le tabagisme, favoriser les politiques de sevrage et lutter contre la présence de la cigarette dans la société ».

Je ne pourrai participer au colloque auquel il m’invite. Mais j’aimerais confirmer ici mon soutien à ce combat. Moins d’ailleurs sous la forme d’une lutte (qui oppose fumeurs et non-fumeurs), mais d’une pédagogie dont je peux témoigner, en tant que chef d’entreprise, qu’elle peut être efficace.

Je rappelais, dans ma note du 8/08, que notre comité d’entreprise ne s’est pas opposé à l’interdiction de fumer dans les locaux du siège des Centres E. Leclerc. Plus généralement, les fumeurs ont toujours respecté, sans rechigner, l’interdiction de fumer dans les magasins, qu’il s’agisse d’épiceries ou d’hypermarchés.

Ce que ne supportent pas les fumeurs, c’est la mise au ban, la lutte ouverte, et tout traitement ostensiblement discriminatoire.

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Evidemment, YB voit large. Pour lui, s’il faut mettre des formes, l’enjeu nécessite de faire feu de tout bois.

1) Diagnostic :

Dans son courrier, YB insiste : entre 1950 et 2000, 60 millions de morts dus aux méfaits du tabac dans le monde. « Une personne meurt du tabac toutes les huit secondes ». En France, c’est 66 000 victimes par an (1 décès sur 9).

Le droit individuel des fumeurs ? YB parle de celui des non-fumeurs ! « L’agence de protection environnementale US a classé le tabagisme passif comme produit cancérigène pour l’homme au même titre que les fibres d’amiante ».

Le Bureau International du Travail (BIT), idem. « Le tabagisme passif expose les salariés non-fumeurs aux mêmes risques cancérigènes que les fumeurs ».

2) Les moyens :

Face à ce qu’il qualifie de fléau, YB rappelle que le dispositif de lutte (loi Evin de 1991, plan cancer de 2003) a porté des fruits (- 1,8 million de fumeurs en France de 1999 à 2004).

Mais comme le souligne aussi Laurent Calixte (Challenges n° 8 du 20/10/05) : « Depuis que le gouvernement s’est engagé à ne plus augmenter le prix du tabac jusqu’en 2008, les ventes repartent à la hausse ». Et attention ! La baisse des ventes « ne signifie pas forcément baisse de la consommation… Les ventes frontalières et de contrebande peuvent relativiser l’efficacité de cette mesure… Le nombre de fumeurs baisse beaucoup moins vite que celui des achats officiels de tabac »…

3) La proposition :

YB va probablement faire grincer quelques dents. En demandant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics, il confine les fumeurs dans leur espace privé, mais il les prive aussi d’espace ! ! !

Par contre, la mesure étant générale, elle prive les propriétaires de bars et de restaurants d’y voir une mesure ségrégationniste (ils ne sont pas seuls visés).

YB ne méconnaît pas le caractère convivial des bars et des restaurants. Mais il ne croit pas à une vraie cohabitation. Ou plutôt, il constate l’impossibilité matérielle de cloisonner réellement les espaces fumeurs et non fumeurs. Et encore plus d’isoler et de protéger les salariés dans les lieux commerciaux.

Il s’appuie enfin sur les exemples étrangers. L’Irlande où, comme écrit Le Parisien (24/10) « pour s’en griller une, il faut sortir dehors », sinon c’est 3 000 euros d’amende, par cigarette, pour le gérant. La Norvège où « la seule chose qu’on fume c’est le saumon » ; la Suède et l’Italie, elles, autorisent le cloisonnement (mais seules 4 % des salles sont équipées).

YB va s’appuyer sur ces expériences pour faire avancer la législation. Reste un problème. Un vrai. Qu’il ne convient pas de traiter par l’hypocrisie. Ce sont les buralistes qui mettent le doigt sur la tartufferie. « Comment voulez-vous qu’un buraliste interdise au client de fumer des cigarettes quand il prend son café au comptoir, alors même qu’il peut lui en vendre » (Le Parisien, 24/10).

Ce buraliste aurait dû dire : « …qu’il peut lui vendre un produit cancérigène fabriqué sous monopole et responsabilité d’Etat ! ! ! ». Ce n’est pas le moindre paradoxe de la politique française de santé.

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Libertés , Société
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26 octobre 2005

Daniel Maghen : De l’aventure d’un galeriste à celle d’un éditeur

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©Laurent Mélikian, Bandes Dessinées Magazine
De gauche a droite: Didier Savard, Laurent Vicomte, Daniel Maghen, Frédéric Peynet (en rouge)
Alain Sparh (derrière Vicomte) Béatrice Tillier, Olivier Brazao (derrière Maghen) et Charles Villoutreix (derrière Peynet)

Au royaume des bédéphiles, Daniel Maghen ne laisse pas indifférent. Quelques-uns, rares, font la moue ! « Il ne respecte pas l’artiste, ni les œuvres dont il fait des marchandises ! Il brade le marché ! ». On reconnaît ici la marque d’un concurrent, ou encore celle d’un artiste dont « la cote » est hésitante.

Mais des amis, des zélateurs, des propagandistes, Daniel Maghen en compte à la pelle. Des plus prestigieux et des plus crédibles. Chaque exposition, au 47 quai des Grands Augustins, les rassemble, le verre à la main.

Les Thorgal (oups ! lapsus), les Rosinski père et fils, les Vance (en famille aussi), les Juillard, et toute la nouvelle génération (Gibrat, Ledroit, Pellerin, Lepage…) reconnaissent son professionnalisme et revendiquent…son amitié.

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©Laurent Mélikian
Daniel Maghen reçoit William Vance

J’ai fait sa connaissance à Angoulême, au FIBD. Il tenait son stand, bulle New York. Il ne fait pas de retape, laisse venir le chaland, passe derrière, observe les hésitations. Quand on lui pose enfin une question (qu’il laisse venir…), il répond, mais en grand timide, allure gênée, sans vraiment regarder dans les yeux. Sauf s’il s’agit de convaincre. Ou qu’Olivier, son fidèle collaborateur, lui aura fait remarquer, d’un signe discret, qu’il pourrait y mettre un peu « du sien ».

Ouais, sacrément timide, ce galeriste, avec ses airs d’étudiant pas fini. Il a ses marottes aussi, ses humeurs. Dites-lui, juste pour voir, que telle planche n’a pas de qualité graphique…et pour peu qu’il s’agisse d’un de ses auteurs fétiches, il deviendra fébrile, s’emportera jusqu’à vous rendre coupable : « Quoi ! Mais c’est une page majeure de l’histoire, le moment-clé où XIII rencontre Jones, celui du premier baiser, celui où machin chose meurt, et… ». Ignare que vous étiez ! Et il s’en ira, lonesome galeriste, incompris et résigné… « Enfin, moi, ce que j’en dis…chacun son goût ». Tout un poème, notre DM.

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Daniel Maghen veut promouvoir la jeune génération : Régis Penet ("Marie des Loups", ed. Soleil) et Robin Recht ("Totendom", ed. Les Humanoïdes Associés)

Il a commencé comme collectionneur, à une époque où les auteurs vendaient peu leurs planches. Ou que celles-ci s’échangeaient dans les arrière-cours des libraires, entre les 40 ou 50 amateurs parisiens, suisses ou bruxellois. A force de « troquer » (avec Arno, avec Stalner), il est devenu vendeur. Des artistes lui ont confié leurs originaux, lui ont fait confiance. Swolf, Juillard, Blanc-Dumont, Le Gall, Manara… Alors que les Belges surenchérissaient sur Franquin, Hergé, Tillieux ou Macherot (« la ligne claire »), DM participait à faire de Paris une vitrine pour les auteurs modernes, y compris pour l’illustration en couleur.

Depuis dix ans, il les a presque tous rencontrés. Il s’est forgé quelques fortes convictions. A Frédéric Vidal de l’excellent BoDoï (n° 89, octobre 2005), il en illustrait quelques-unes.

Les dédicaces : « Je me refuse à vendre des dédicaces d’auteurs vivants, question de principe. La dédicace, c’est souvent triste pour les auteurs qui se sont déplacés, malsain et malhonnête de la part de ceux qui la mettront en vente ».

L’art figuratif : « Aujourd’hui, en art contemporain, c’est surtout l’abstrait qui est mis en valeur. Les meilleurs figuratifs, ceux qui savent tout des proportions, des cadrages, sont les dessinateurs de BD ».

Les spéculateurs : « S’ils gagnent de l’argent, tant mieux pour eux, s’ils en perdent, c’est comme ça ! ».

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Il n’y a qu’un seul écueil chez DM. C’est cette difficulté à passer du franc à l’euro. Lui qui voudrait rendre les originaux accessibles aux jeunes acheteurs, suscite quelquefois, sans s’en rendre compte, des sueurs froides quand vient le moment de conclure la vente. Evidemment, diviser ou multiplier par 6,5, c’est pas pareil. Faut être préparé !

Bon, ceci dit, je les entends déjà les espiègles comme les jaloux : « Tu parles de DM comme d’un marchand ; c’est bien ce qu’on lui reproche. Le monde des collectionneurs (et donc de son serviteur) est celui du fric et non celui de l’Art ».

Ah, ah ! Pas sûr que les artistes si attachés à la galerie DM apprécient le distinguo. Pour les plus jeunes, les ventes de planches « sont des bouffées d’oxygène qui leur permettent de travailler dans la BD. Pour les plus grands, il s’agit d’un bonus » (BoDoï, toujours).

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Non, ses détracteurs ne déstabilisent pas DM, d’autant que ce dernier s’aventure depuis quelques mois dans le domaine si risqué de l’édition.

Etrange d’ailleurs que cette passion, commune aux trois galeristes parisiens du 9ème Art ! Bernard Mahé (dont on reparlera ici) a fui la finance internationale pour éditer ses auteurs préférés ; Frédéric Bosser a investi dans « Bulldozer » ; et maintenant, les éditions DM relancent une forme de Art book à la française avec la publication de trois livres consacrés à Laurent Vicomte, Olivier Ledroit et Emmanuel Lepage. Original, superbe !

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Le virage est pris. L’homme est infatigable, fait vivre son équipe à un rythme d’enfer (expo quasiment tous les mois ; « autobiographie en images » d’André Juillard et de Cosey, début 2006…et aussi, premier « vrai » album de BD avec la collaboration d’Andréi Arinouchkine (dessin) et Tiburce Oger (scénario). Tillier, Pellerin, Gibrat, Hippolyte sont dans les starting-blocks.

L’univers de la bande dessinée est d’abord un monde d’authentiques artistes et de lecteurs passionnés. Les festivals ont permis aux éditeurs de multiplier les points de rencontre avec le public et de le renouveler. C’est une chance pour le 9ème Art, dont disposent aussi les musiciens, mais dont ne bénéficient pas (pas suffisamment) les peintres ou les photographes. L’existence d’un réseau d’éditeurs-galeristes, attachés à faire découvrir le travail de jeunes auteurs est une aubaine. Bonne chance, Daniel, à toi et à ton équipe.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 26 octobre 2005 dans Arts / Culture , Arts graphiques , BD , Portraits / Rencontres (BD)
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25 octobre 2005

Ecoforum, réseau associatif contre les sacs fragmentables : je suis d’accord

Sacs plastiques : Le réseau associatif se mobilise pour faire disparaître les sacs plastiques et dénoncer les demi ou les fausses solutions. Une plate-forme Ecoforum, soutenue par le WWF, Les Amis du Vent, Greenpeace et le CNIID…, vient de faire parvenir une note d’information (et une mise en garde !) aux distributeurs : ED, Franprix, E. Leclerc, Picard, Groupe Giphar, Naturalia, Vive le Jardin. (Surprenant, le caractère délibérément restrictif de cette sélection ! Toutes les enseignes de distribution devraient être destinataires).

Le collectif émet ses réserves à l’égard des sacs biofragmentables, trop souvent présentés comme véritablement biodégradables.

Je vous livre des extraits de ce courrier. Il reprend les arguments que j’avais évoqués dans une billet précédent pour commenter une initiative du député UMP Jacques Wauquiez (7/06/05).

Pour ma part, je n’ai rien à objecter. J’ai fait parvenir une note d’information à l’ensemble de nos directeurs de magasin. Certains d’entre eux ont pu être séduits par les arguments des industriels de leur région, producteurs de ces sacs. Je ne vais pas leur en faire grief. J’espère qu’à la lecture de cet argumentaire, ils comprendront que le biofragmentable n’est pas une réponse aux problèmes de pollution ou de gabegie.

En tout cas, j’ai répondu aux signataires de ce courrier que notre enseigne ne préconiserait pas cette solution au niveau national.

Sur l’entête, les logos « Les Amis du Vent », « Greenpeace », « WWF », « CNIID », « CoLLecT-iF », « AVIE », « AGIR ! »
« Objet : dangerosité des sacs en sortie de caisse dans certains de vos magasins

Lors de la conférence de presse organisée par Ecoforum le jeudi 22 septembre dernier à Paris avec WWF, Les Amis du vent, l’association AVIE et la société B2S, nous avons signalé publiquement la menace que constituaient les sacs fragmentables, qu’il s’agisse des « Néosacs » ou des sacs « EPI » ; menace pour le milieu naturel, pour la qualité des chaînes alimentaires et par extension pour la santé des citoyens... Nos propos ont été relayés par plus d’une dizaine de médias dont des radios nationales…

…Les sacs prétendument « bio » que certains de vos magasins utilisent ne sont, en fait, que des sacs fragmentables qui se désintègrent en minuscules confettis dont les particules plastiques, au lieu de disparaître, s’accumulent et envahissent les milieux naturels. Ils sont ainsi potentiellement très nocifs pour l’être humain et la nature.

Les additifs permettant la dégradation de ces sacs plastiques fragmentables sont, entre autres, à base de pesticides et d’herbicides puissants ; de plus ils contiennent des traces de métaux lourds et divers autres composés chimiques comme du cobalt. Ils créent une pollution invisible mais persistante, encore plus pernicieuse que les plastiques traditionnels.

Ces polluants, hautement toxiques, s’accumulent et se concentrent à travers les chaînes alimentaires et peuvent donc s’infiltrer dans les organismes et nous contaminer.

Pourtant, sous couvert du respect de la propriété industrielle et des secrets de fabrication, et contrairement au principe de précaution le plus élémentaire, la démonstration de la non toxicité de ces produits n’est pas faite.

Ces sacs ne répondent à aucune norme ou certification et leurs fabricants n’ont entamé aucune démarche en ce sens. Ils utilisent un pseudo label et des mentions qui les font passer, à tort, pour inoffensifs vis-à-vis de la nature ; alors que les fabricants de ces sacs fragmentables n’ont réalisé aucune étude d’impact environnemental.

Le remède est pire que le mal. La preuve en est faite par les analyses…On ne peut donc que déplorer cette initiative dangereuse, cela pourtant au lendemain de la déclaration de la Ministre Nelly OLIN qui s’engage à faire diminuer de moitié la distribution de sacs de caisses en France, et de l’amendement voté le 11 octobre 2005 en faveur de l’obligation d’utiliser des sacs plastiques et emballages biodégradables.

Ces sacs fragmentables ne peuvent être présentés comme une solution, alors qu’ils aggravent le problème. Ils ne servent qu’à continuer à accroître la production de sacs. En outre, au delà de la dangerosité de ces sacs, se pose le problème de pédagogie du consommateur. On court le risque que les gens se donnent bonne conscience en pensant faire une bonne action en achetant ces sacs. Au contraire ils ne font qu’aggraver la situation.

Afin d’impulser des rapports aussi loyaux que transparents avec vous, par avance, nous vous informons que le jeudi 10 novembre, nous allons donner de nouvelles conférences de presse, dans plusieurs grandes villes, pour informer la population une nouvelle fois sur les méfaits de ces sacs. Nous communiquerons aussi une première liste « noire » des endroits où ces sacs sont distribués. Bien entendu, nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les « pollueurs » ; l’objet de cette lettre est donc de vous prévenir de nos intentions, de vous donner le temps de vérifier les textures des sacs de sortie de caisse dans vos magasins puis de nous informer avant le 4 novembre de vos décisions à ce sujet. »

SIGNATAIRES :
Ecoforum, Victor Hugo ESPINOSA, vhe13@free.fr
Les Amis du Vent, Serge ORRU, orru@lefestivalduvent.com
WWF, Bernard CRESSENS, bcressens@wwf.fr
Greenpeace France, Yannick VICAIRE,
yannick-viccaire@diala.greenpeace.org
Agir pour l’Environnement, Laure GUILLOT,
lguillot@agirpourlenvironnement.org
CNIID, Florence COURAUD, florence@cniid.org
• CoLLecT-IF, Alain MATESI, association.collect-if@laposte.net
AVIE, Michel MOURLOT », michelmourlot@aol.com

P.S. : Je me permets une suggestion. Ne pourrait-on faire l’économie de ce jargon à la limite du chantage, style : « Nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les pollueurs ». C’est d’autant plus déplacé que les magasins ou les enseignes qui ont choisi les sacs « Néosac » l’ont fait dans une évidente bonne intention, y compris sur la recommandation de leurs élus.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 octobre 2005 dans Développement durable , Environnement
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24 octobre 2005

Grippe aviaire et pandémie médiatique : l’impossible communication des éleveurs !

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Photo Pascal Pavani (AFP/Archives)

Des consommateurs qui s’appliquent à eux-mêmes le principe de précaution, et voilà le marché du poulet en berne. Les professionnels tentent de répliquer avec une grande collective “ volaille française ”… J’ai des doutes sur son efficacité; j’ai comme dans l’idée que ça ne marchera pas. Arguments :

Jusqu’à la fin de la deuxième semaine d’octobre, tout allait relativement bien. La grippe aviaire sévissait loin de nos frontières.

Le climat a changé vers le 10 octobre. Sur France Info, je me souviens avoir entendu un journaliste questionner des grossistes de Rungis. Non, il n’y avait « pas encore vraiment de baisse des ventes ». Mais, on sentait « que ça allait venir »… Rediffusé « en boucle », parallèlement à d’autres reportages (TV, radio), cette recherche d’information allait lancer un vaste mouvement de méfiance. Dès le lendemain, AFP et presse nationale cherchaient à interpeller tous les distributeurs. Mes collaborateurs m’invitaient à me taire (« Quel que soit ce que tu diras, c’est parti, c’est enclenché, la machine va devenir incontrôlable »). De fait, quelques professionnels se sont fait piéger : ne serait-ce qu’en répondant, ils ont alimenté le sujet…

Ce matin, les résultats sont là : baisse généralisée des achats dans les magasins. Aucun pays de l’UE n’est encore touché par l’épizootie. Les élevages français sont l’objet d’une observation des plus draconienne, mais voilà nos poulets touchés par une autre forme de virus : la psychose.

Comment en est-on arrivé là ? Le processus est facile à décrypter.

1) « Scientifiquement, il est depuis longtemps établi que les différentes familles de virus de l’influenza circulent depuis des siècles. Toutes sont susceptibles de muter en échangeant du matériel génétique et de provoquer une pandémie à l’échelle mondiale. Le risque potentiel est donc permanent et l’a toujours été » (Bernard Vallat, DG de l’Office International des Epizooties). Mais, la télé et internet ont changé la perception du phénomène. Tous les soirs, les téléspectateurs peuvent suivre sur une carte la progression des foyers épidémiques. Avec son avancée apparemment inéluctable vers notre territoire.

Qu’importe alors que les experts s’obstinent à rassurer : « Le virus est encore loin » ; « Il n’est transmissible que par contact et non par ingestion » ; « Il n’est pas transmissible d’homme à homme », etc… Vue de nos pénates, l’épidémie fond sur nous à l’heure du JT, tel un tsunami ou un cyclone.

2) Face aux représentations fantasmatiques, que valent les propos rassurants, qu’ils émanent des professionnels ou des hommes politiques. Ces derniers d’ailleurs ont changé de ton. La Commission (UE), jusqu’ici prudente, a, le 13 octobre, interpellé les états membres qui « doivent se préparer à une éventuelle pandémie…qui ferait un grand nombre de morts ». Il y a eu la vache folle, et pis encore, le procès fait aux politiques dans l’affaire du sida. La tentation est grande, pour eux, de sur-réagir. Pas question d’être accusés d’aveuglement ou de laxisme, ou de se retrouver boucs émissaires. A l’Assemblée, ils interpellent le gouvernement. Et finalement, Villepin (il y était contraint) « solennise » le dispositif de veille, et forcément, dans le souci de convaincre et de marteler, contribue indirectement à la dramatisation.

3) Du coup, la communauté scientifique elle-même n’est plus entendue. Tout se mélange. Ainsi, dans la presse, ce week-end, l’interprétation des nouvelles investigations confiées à l’AFSSA. A la demande du gouvernement, l’agence va peaufiner un avis sur le risque de transmission du H5N1 à des produits de volaille peu ou pas cuits (foie gras, volailles fumées, etc…). Alors que cette même agence n’avait pas encore recommandé le confinement des volailles sur le territoire et qu’on restait (politiques et scientifiques) dans une démarche de précaution, voilà une initiative décrite sur un mode complètement alarmiste.

Dans ce contexte, que peuvent faire les éleveurs français ? Pas grand-chose, hélas.

1) La chute des ventes est confirmée. J’en atteste, au vu des statistiques remontées des centres E. Leclerc. Entre 15 et 30% des ventes habituelles.

2) Les professionnels sont évidemment paniqués. La FIA (Fédération Industrielle Avicole) a décidé de lancer une étude (sic) sur la perception des consommateurs face à la grippe aviaire. Inutile et trop tard. Il suffit de lire les statistiques turques et roumaines, ces dernières semaines : 50 % de baisse des achats.

3) Les fédérations d’éleveurs veulent lancer une campagne de communication : mise en place d’un label « volaille française ». Elles demandent aux distributeurs d’être des relais sécurisants auprès des consommateurs.

Je ne crois pas à l’efficacité de toutes ces communications collectives. Elles ont montré leur insuffisance dans le contexte de la vache folle. Je me rappelle d’ailleurs, en « une » d’Ouest France, la photo terrible de carcasses de bovins abattus en Normandie alors qu’en page « consommation », les éleveurs s’évertuaient à communiquer sur la qualité « origine française ».

Les éleveurs comme les politiques doivent comprendre que les consommateurs ont retenu la leçon. Ils s’appliquent à eux-mêmes le principe de précaution. Peu importe au fond qu’il y ait beaucoup ou peu de risques, ils s’abstiennent… Face à cette attitude, aucune campagne de publicité n’y fera rien.

J’ai évidemment demandé à tous les directeurs de magasin qu’ils mobilisent leur personnel (des rayons boucherie et traiteur notamment) pour que dans la relation de confiance et de proximité entretenue avec leurs clients, ils fassent tout ce qui est nécessaire pour rassurer et expliquer la situation.

Mais c’est la lucidité, et non la résignation, qui m’amène à dire que parallèlement à la politique de prévention et de contrôle (qui doit être évidemment prioritaire par rapport à la préservation des intérêts économiques), il est désormais urgent de plancher sur un plan d’aide au secteur avicole. Cette filière vient tout juste et péniblement de se remettre d’une chute des cours (émergence de nouveaux centres de production : Brésil, Moyen-Orient, Chine). Puisqu’on discute « budget » au Parlement, c’est dès maintenant qu’il faut inscrire une ligne destinée à venir en aide aux éleveurs.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Agriculture , Consommation , Economie
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21 octobre 2005

Ana Miralles : Une dessinatrice qui n’a pas froid aux yeux !

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Ana Miralles

On dit souvent des auteurs de bandes dessinées qu’ils sont quasi « autistes ». Il suffit d’ailleurs de les observer sur un plateau de TV (rare) ou dans les débats, lors des festivals. Pas facile d’exprimer sa joie de vivre, de trouver les mots pour dire sa passion… quand on est huit à dix heures par jour enfermé dans un atelier, penché sur la table à dessin.

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Alors, passer quelques heures avec Ana Miralles vous fait économiser un capital de patience, les habituelles techniques d’approche et d’apprivoisement, préalablement nécessaires, bien souvent, pour interviewer un auteur et obtenir sa confiance. Ana est d’une toute autre nature. Follement gaie, elle est extravertie. Elle aime faire la fête, raffole des défis, veut aller toujours plus loin, connaître, voir, découvrir…

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J’ai cherché dans le dictionnaire. Pour elle, j’utiliserais ce qualificatif ! Espiègle : « Vive et malicieuse ; coquine ». Dans la vie, Ana Miralles est un petit bout de femme terriblement espiègle. On l’imagine volontiers concocter quelques farces. Elle sourit tout le temps, s’apprête à vous moquer tout en vous décochant un regard des plus charmeurs. Et avec l’accent de ces intarissables Hispaniques, on est tout de suite enrôlé, enroulé dans le tourbillon de son exubérance.

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Cette légèreté, revendiquée, est aussi la meilleure caution de toutes ces images, follement sensuelles, que trop facilement on imaginerait dessinées par un homme. A cent lieues de toute revendication féministe, et sous l’impulsion affectueuse (mais un tantinet sadique) du génial scénariste, Jean Dufaux, elle illustre des histoires de femme, des héroïnes aux corps somptueux, revêches mais lascives, pour qui l’abandon sert l’ambition d’un amour passionné.

« Djinn » (Dargaud) l’a portée au top ten du classement ATP des meilleurs dessinateurs. « Djinn », c’est cette série dont les couvertures somptueuses d’albums, au centre de toutes les bonnes librairies, éveillent nos fantasmes, et pas simplement ceux de quelques boutonneux. Dans « Bulldozer » (octobre 2005), une lectrice écrivait à Ana : « Nous, les filles, nous ne te disons pas merci. Quand nos copains auront scotché, au-dessus de leur lit en désordre, l’affiche avec la sublime créature nue aux mains liées que tu as dessinée pour la couverture de Djinn, on fera quoi de nos capitons coincés dans nos jeans, hein ? On éteindra la lumière, voilà tout ». Il faut dire que cette histoire est un régal.

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Ana travaille beaucoup. Enervée par les marteaux piqueurs qui continuent de bétonner le Sud de la côte espagnole, elle se concentrait, il y a encore quelques mois, sur les dernières pages du tome 5 intitulé « Africa ». Elle passe beaucoup de temps sur ses planches. Elle peaufine sa technique. Travaille sur calque. Puis, la couleur directe.

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Elle s’est fait connaître dans la péninsule en illustrant les versions espagnoles de Vogue ou de Marie Claire. Les Français l’ont découverte avec « Eva Medusa », une trilogie éditée chez Glénat (collection Graphica, scénario par Segura). Une autre trilogie, « A la recherche de la licorne » (scénarisée par Ruiz) a conforté ce succès. Mais « Djinn » marque un premier aboutissement.

De prime abord, le sujet ne la passionnait pas. « Un monde fermé, sans liberté, complètement opposé à mes propres convictions. Je n’étais pas d’accord avec l’histoire des trente clochettes. Je n’étais ni en phase avec mon héroïne, ni avec l’histoire, et encore moins avec Jean Dufaux, mon scénariste. Cette histoire était très machiste, très masochiste… Comment imaginer qu’une femme amoureuse veuille passer de telles épreuves de son plein gré ». Mais Jean Dufaux est malin. Intelligent, attentionné, il savait Ana tentée par les possibilités graphiques du sujet.

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Mais ne vous leurrez pas. Derrière l’esprit libre d’une femme joueuse et quelque peu manipulatrice, la véritable obsession est celle d’un amour somme toute très pur. Ana déteste rien moins que tout ce qui peut dévaloriser la femme. Il n’y a pas de sensualité, même dans le dessin, sans le désir lié à l’amour.

Et même quand elle parle des hommes, c’est pareil. D’un trait, complètement fantasque, elle vous parle ou dessine un idéal masculin, jeune, viril, protecteur, et qu’on imagine immense avec de grandes épaules sécurisantes… « Quand je commence à lui donner des formes, c’est ma créature…Il me regarde comme je veux, comme un amoureux…alors je suis séduite, je le regarde à mon tour et je luis dis tendrement « enchantée de te connaître »… Mais à la fin de ses explications, c’est toujours vers Emilio qu’elle se retourne. Son compagnon…qui, modestement, avoue ne pas trop se reconnaître dans la description précédente.

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Généreuse, Ana est d’abord un concentré de bonnes ondes. Elle libère autant d’énergie que ses héroïnes dont elle défend les intérêts et la bonne morale.

Timide, mais surtout pour ne pas impressionner les hommes, Ana masque son immense talent derrière une jovialité désarmante. Mais elle trace sa route et je vous prie de croire qu’elle va aller très loin.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 octobre 2005 dans Arts / Culture , Arts graphiques , BD , Portraits / Rencontres (BD)
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19 octobre 2005

Négociations 2006 : aucune visibilité à ce jour !

Le contenu de cette note apparaîtra évidemment trop technique pour qui n’est pas intéressé par la réforme de la loi Galland. Mais dans un contexte difficile pour les entreprises, la publication, en toute clarté, des informations (même polémiques) susceptibles d’aider les professionnels ne peut que contribuer à rationaliser des débats par ailleurs bien touffus.

I - Pouvoirs publics : une circulaire, attendue, en retard, et…imminente ?
Devant les difficultés éprouvées par les industriels et les distributeurs pour aborder, dans des termes concrets, la réforme Jacob/Dutreil, l’administration a promis la publication d’une circulaire.

(Vous avez bien lu. On a voté une loi en juin, après deux ans de polémiques et de débats. Elle est théoriquement applicable au 1er janvier. Mais le texte, issu de trop de compromis, contient des contradictions et suscite tellement d’interrogations qu’il faut, pour en décrypter les arcanes, édicter une circulaire supplémentaire ! ! !)
Celle-ci est actuellement chez le ministre. Sera-t-elle publiée cette semaine ? Pas sûr ! En tout cas, pas en l’état. Cela fait maintenant quinze jours qu’elle aurait dû être « en ligne ». Selon mes informations, les ministres (Thierry Breton et Renaud Dutreil) envisagent une énième consultation des professionnels… C’est dire !

II - Fournisseurs : expectative et…prudence de Sioux

La publication de cette circulaire ministérielle est très attendue. C’est ce qui explique qu’à ce jour, peu de fournisseurs ont encore fait parvenir aux distributeurs leurs « conditions générales de vente », base de toute négociation commerciale.

Lors d’un point presse, la semaine dernière, plusieurs journalistes étaient restés sceptiques lorsque j’avais indiqué que le Président de l’ANIA (qui regroupe les principales industries agroalimentaires) préconisait « d’attendre » avant de commencer à négocier avec la distribution.

Je publie donc, ici, quelques extraits d’une « circulaire » interne à l’ANIA destinée à tous les membres de sa commission industrie-commerce. Les recommandations sont les suivantes :

- CGV (Conditions Générales de Vente)
« Dans l’attente de la circulaire (ministérielle), il est certainement difficile de rédiger des CGV en raison des différences d’interprétation de la loi. Nous conseillons donc d’être très prudent dans cette démarche ».


- CPV (Conditions Particulières de Vente)
Théoriquement, la loi prévoit que les partenaires commerciaux puissent négocier des conditions différenciées.

« Il faut rester très prudent sur le fait d’accorder des CPV et garder en mémoire que si un autre client propose la même contrepartie, le fournisseur est obligé de consentir le même avantage au risque d’être poursuivi pour discrimination ». (Ce qui est un point de droit complètement contesté par les juristes des Centres E. Leclerc !).

- SRP (Seuil de Revente à Perte)
L’ANIA recommande presque de « se défiler » : « A partir du 1er janvier 2006, c’est aux clients qu’il revient de déterminer le seuil de revente à perte. Le fait de transmettre aux clients les éléments de calcul du seuil de revente à perte à compter de cette date, aurait pour conséquence d’engager la responsabilité du fournisseur au même titre que celle du distributeur. Si des éléments ont déjà été communiqués, rien n’empêche d’invoquer la difficulté de déterminer le calcul du SRP en attendant le texte d’interprétation, pour revenir sur ces éléments ».

Comme on le voit ici, recommandations ANIA et attitude des pouvoirs publics ne poussent vraiment pas les industriels à clarifier, auprès de leurs clients, leurs conditions de vente pour 2006.

III - E. Leclerc : nos axes de négociation

J’ai été interpellé, la semaine dernière, sur le contenu d’une lettre envoyée à tous les fournisseurs du groupe. Plutôt que de nourrir les fantasmes, j’en publie, ici, les principaux passages.

« Monsieur le Président,

Comme chaque année, industriels et distributeurs vont se retrouver pour négocier les conditions commerciales 2006… L’exercice s’annonce périlleux.…Voici néanmoins, rapidement résumé, le dispositif que nous mettons en place :

1) Pour peu que le concept retrouve (renforce !) son attractivité par les prix, l’hypermarché reste, pour nos adhérents, l’outil de distribution le plus performant.

Puisque la législation va nous donner quelque « marge » de manœuvre supplémentaire, nos hypermarchés continueront à faire la part belle aux marques industrielles. Nous en contestions le renchérissement. Mais nous pouvons confirmer l’existence d’un forte élasticité de la demande dès lors que ces marques bénéficient d’un niveau de prix plus réaliste, au regard du pouvoir d’achat de nos clients.

De ce fait, la place conférée à nos marques de distributeur (Eco + et Marque Repère) dépendra fortement de notre capacité à nous différencier et à convaincre les consommateurs de la pertinence du niveau de prix des grandes marques.

2) Le Galec (Groupement d’Achat E. Leclerc) va donc concentrer ses efforts sur la mission principale que lui confère l’enseigne : assurer à tous les coopérateurs les moyens de pratiquer les prix les plus bas du marché (baisse du SRP). Les accords 2006 devront être négociés et rédigés dans des termes qui leur permettent d’atteindre ces objectifs en respectant totalement le nouveau cadre légal.

La sécurité juridique sera notre priorité. Nous avons mandaté tous les négociateurs du groupe pour qu’ils limitent l’obtention d’avantages financiers qui contraindraient nos adhérents à souscrire à des engagements dont la réalisation pourrait être difficile à vérifier (par exemple, contrôle a posteriori de prestations de services type tête de gondole) et pour lesquels la charge de la preuve leur incomberait, à eux, et à eux seuls.

(Malgré les « ouvertures » prévues par la loi, l’administration veut nous contraindre (à tout prix) à signer des accords de coopération commerciale pour maintenir son pouvoir de contrôle sur le seul distributeur ! ! ! Contestations et recours en perspective si la circulaire nous y contraints !)

3) D’ores et déjà, nos collaborateurs signalent… des hausses tarifaires importantes !

En aucun cas, nous ne pourrons accepter que les effets positifs de notre stratégie agressive de prix soient contrecarrés par les hausses tarifaires qui viendraient les annuler. Il ne serait pas acceptable que nos fournisseurs compensent, à leur seul profit, les baisses de marges consenties par nos adhérents. »

Cette lettre est signée par Jean-Paul Marty, adhérent à Cahors et président du directoire, ainsi que par moi-même.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland
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18 octobre 2005

Evian, Volvic, Cristalline, Laqueuille… Nouvelle histoire d’eau

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© Catherine Arnault

Ambiance surréaliste, hier soir, pour l’inauguration de notre source d’eau de montagne à Laqueuille (63). Tout ce que le monde politique local compte de têtes médiatisées se pressait sur l’estrade : un président de conseil régional, un sénateur, un député (Louis Giscard d’Estaing), le maire (Jean-Marc Boyer, à l’origine du projet)…et même un ministre (Brice Hortefeux, aménagement du territoire), « descendu » spécialement de la capitale. Et au milieu du millier de personnes invitées, une bonne trentaine d’élus des communes et cantons de ce superbe « Parc national des volcans d’Auvergne ».

Ambiance sympathique, simplicité auvergnate. Les discours se sont succédés (aux accents UMP plus que de Giono). Si par moment on se serait cru au temps de Bourvil (« Ah, quelle est bonne, mon eau ferrugineuse »), les surenchères auxquelles se sont livrés nos amis politiques valaient bien le spectacle des habituelles querelles nationales.

L’objet de cette dévotion ? Une source et son usine d’embouteillage. 28 millions d’euros investis par notre enseigne pour distribuer, à travers toute la France, 300 millions de bouteilles d’eau pure. Les bâtiments sont « dernier cri ». Architecture superbe mais discrète. Tellement bien intégrée au paysage que c’est le hangar agricole d’en face qui fait tâche !

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Les habitants sont fiers. De leur commune, de leur source, de cet investissement. Ils bénéficieront d'une rémunération sur chaque bouteille (concession sur 35 ans renouvelable). Le public jubile, mais on sent une certaine tension dans la gent politique. C’est « à qui reviendra le mérite du projet » : taxe professionnelle, taxe sur l’eau, emplois directs, retombées économiques. (A l’horizon de 4 ou 5 ans, il n’y a pas d’autre investissement de cette importance dans la région).

Le ministre (sarkoziste et truculent) brigue la mairie de Clermont-Ferrand, Louis Giscard veut s’assurer d’un siège (de son propre aveu, conquis par miracle), et le maire convoite le siège du député à qui il décoche des flèches empoisonnées.

Lors de ces agapes hydriques, trois UMP (oui, oui) jouaient, hier soir, « au maillon faible » sous l’œil amusé du président de région (communiste) qui n’en demandait pas tant pour assurer sa réélection…

Pour nous, évidemment, l’enjeu est tout autre. La bataille de l’eau ne fait que commencer. Les Français achètent 12 milliards de bouteilles par an et 60 % sont vendues en GMS. Méfiants à l’égard de l’eau du robinet (goût et qualité), irrités du prix (elle ne coûte pourtant que 2,8 € par m3), ils l’utilisent de moins en moins à des fins alimentaires (7 % d’utilisation ! ! !)… (Comme pour donner raison aux accusateurs d’un système économique qui, dans ses excès, « dénature » un produit gratuit pour le revendre avec une « valeur ajoutée » ! ! ! )

Sur un marché qui double tous les dix ans, les grands fournisseurs font la course pour la maîtrise de leur approvisionnement. Nestlé (Perrier, Vittel…) se taille la part du lion (34,5 %), talonné par Danone (Evian, Volvic…) : 30 %, suivi par le groupe Castel (Cristalline) avec 11 %.

Persuadés que la concentration va se renforcer (ambitions confirmées de Coca, malgré son échec en France, et de Pepsi dans les Pays de l’Est…), nos acheteurs nous ont convaincus d’investir. Malgré nos capacités de négociation (19 % de part de marché), le marketing des marques garantit le libre jeu des fournisseurs. Intermarché l’a compris avant nous et s’est assuré la maîtrise de sa ressource. En négociant la concession de Laqueuille (l’une des dernières disponibles et encore inexploitées), mon groupe va disposer d’un double atout : un approvisionnement de très grande qualité (les forages s’effectuent à 1 200 m d’altitude, dans un site complètement protégé), et la maîtrise de la formation du prix.

Vous vous en doutez bien. Si Danone, Nestlé et les grands groupes agroalimentaires ont tout fait pour nous dissuader d’investir à Laqueuille (« C’est pas ton métier, Michel. C’est plein de risques sanitaires et ça ne gagne pas tant que ça » dixit mon ami Franck Riboud), c’est que les marges sont conséquentes (12 à 18 % de marge nette ! Leur production la plus rentable !).

Avec notre investissement, l’eau de Laqueuille sera 18 % moins chère qu’Aquarel (Nestlé) : 1, 6 € versus 1,95 € (le pack de 6). La bataille est lancée.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 18 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Industrie , Prix / Concurrence
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17 octobre 2005

Emploi des seniors : un CDD à faire évoluer

L’âge constitue le premier facteur de discrimination sur le marché du travail. 63 % des hommes de 55 ans et plus sont au chômage. Pour la catégorie 55-59 ans, les USA en ont 14 % de moins, les Japonais 18 %. La situation est insupportable pour ces seniors (certains l’expriment fortement ici). De surcroît, leur démobilisation constitue une énorme perte de compétences pour notre économie.

Depuis dix ans, la société française tient un discours contradictoire : « Place aux jeunes » ont dit les militants des 35 heures et de la retraite obligatoire à 60 ans. Comme si le travail des uns était prédateur de celui des autres. Comme si le travail n’était pas « une richesse en soi ». Le discours patronal était paradoxalement en phase avec l’idéologie Aubry : « Les seniors coûtent trop cher ». Dans certains secteurs (informatique, technologies, marketing…), c’est dès 50 ans qu’on vous vante les mérites de la pré-retraite ! La division du travail au seul profit de la jeune génération, voilà qui aurait dû faire scandale.

Finalement, plusieurs députés s’en sont émus, à droite comme à gauche.

C’est pour remédier au licenciement des seniors qu’avait été créée la « contribution Delalande ». Elle instaurait une pénalité d’un à six mois de salaire pour l’entreprise qui licencie un salarié de 50 ans et plus. (Avec l’effet pervers qu’on imagine : le surcoût devient évidemment un frein à l’embauche des mêmes seniors !).

Le nouveau projet de CDD senior ne résoudra pas tous les problèmes. Il marque une rupture avec l’idéologie passée. Il constitue un pas intéressant puisqu’il donne un joli coup de canif dans les rigidités françaises. Même symbolique, il ouvre de réelles perspectives d’emplois (probablement plus que le « contrat de mission » proposé par le Medef).

Le CDD senior ? Un CDD (12 mois) renouvelable trois fois ou plus (durée maxi 4 ans), réservé aux plus de 55 ans (deux fois plus long qu’un CDD classique !). Outre l’embauche, le système permettra aussi d’acquérir des points supplémentaires pour accéder à une retraite à taux plein.

Bien sûr, on objectera qu’il ne s’agit que d’un CDD. C’est vrai. Dans l’absolu, c’est même assez choquant. Un CDD, passé 55 ans, ça ressemble à une signalétique d’alerte : « Au-delà de ce contrat, votre ticket n’est plus valable ! ».

Mais il faut voir dans cette mesure « un premier pas ». L’accueil des syndicats présage d’autres évolutions (comme le cumul emploi-retraite, dans une certaine proportion des revenus !).

J’étais (je reste) plus sceptique sur le CNE (Contrat Nouvelle Embauche). Non pas du point de vue des effets sur l’emploi. Mais sur la précarité créée (arbitraire des conditions d’interruption du contrat). Sur le CDD senior, je n’ai pas cette réserve. C’est une avancée sociale. Il faut continuer dans cette voie (sur le fond et sur la méthode). Vu le taux de chômage dans notre pays, je ne comprends pas qu’on puisse encore considérer comme taboue toute évolution du Code du Travail.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Société
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14 octobre 2005

Bande Dessinée : Pour comprendre le phénomène « manga »

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© "Les Mondes Manga" - Ed. EPA Hachette Livre - 2005

Absent, ce week-end, je répondrai aux commentaires dès lundi.

C’est une véritable invasion. 800 mangas parus, l’an dernier, dans l’hexagone. La France est devenue, pour la bande dessinée japonaise, le deuxième marché mondial. Avec un rythme de croissance extraordinaire.

« Manga » signifierait en japonais « image dérisoire ». Véritable phénomène culturel au Japon, ces BD, initialement publiées en noir et blanc (et aujourd’hui, de temps en temps, en couleur), sont éditées en format « poche ».

Caractéristiques : elles se lisent de droite à gauche. Chaque histoire est souvent racontée en plusieurs tomes. Certaines visent plutôt un public garçons-ados (les « schonen ») ; d’autres, les filles (les « shojo »).

Originalité : le trait du dessin est toujours très expressif et le rythme de la narration très lent. Dans la BD européenne francophone, comme dans les comics américains, les auteurs pratiquent une forme « d’ellipse » entre les cases. Et c’est le lecteur qui, s’investissant dans l’histoire, imagine les liens de causalité. Dans le manga, on a affaire à des successions d’images très détaillées, avec des mouvements souvent très décomposés.

La manga mania s’est répandue en France dans les années 80, grâce notamment à la diffusion TV de dessins animés japonais. Mais c’est la publication de « Akira » de Katsuhiro Otomo, (Editions Glénat, 1999), qui a boosté l’intérêt des bédéphiles pour cette forme d’art graphique.

Le succès tient évidemment au prix peu élevé (5 à 10 €). Mais l’engouement vient surtout de l’adéquation des thèmes abordés avec le monde des jeux vidéo, des CD-Rom et des DVD. En grandissant (on pourrait dire « en vieillissant »), les fans ont tiré la demande vers des mangas encore plus graphiques, des mangas d’auteur, sacralisant quelques monstres sacrés : Jirô Taniguchi (« Quartiers lointains », « Le journal de mon père »…), Hayao Miyazaki, Osamu Tezuka (« Ayako »), Akira Toriyama (« Dragon Ball »).

Dix éditeurs français en sont les promoteurs en France (Kana, Glénat, Pica, Delcourt, Tonkam, J’ai Lu, etc…). Kana, Glénat et Pica réalisent 80 % des ventes dans l’hexagone.

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© "Les Mondes Manga" - Ed. EPA Hachette Livre - 2005

Comme précédemment exprimé ici, je n’étais pas un fan des mangas : lecture a priori difficile, écriture trop lente à mon goût, complaisance dans des formes de violence provoquant irritation et fatigue, prétentions philosophiques conduisant à des morales plutôt fumeuses…

Et puis, j’ai eu la chance d’être guidé par quelques auteurs français. Baudoin, Baru, Boilet ont, dans leur propre œuvre, repris bien des codes du manga. Et l’appréciation de leur travail permet de faire le lien entre notre culture européenne et cet art japonais (encore que les auteurs de mangas n’hésitent pas à revendiquer l’apport formidable d’un Moebius et, plus méconnu, d’un Peellaert (« Pravda »), dans les années 70).

Les équipes qui animent le secteur « livres » dans notre groupe ont reçu, ces derniers temps, trois ouvrages dont je recommande la lecture. Pédagogiques, d’un abord facile et sans prétentions, ils permettent à tout néophyte d’appréhender ce phénomène culturel.

Les Editions du Rocher publient « Manga : Soixante ans de bande dessinée japonaise », sous la signature de Paul Gravett. Ce journaliste (qui écrit pour « The Guardian », « Neuvième Art » ou « Comics International ») a dirigé de nombreuses expositions concernant la bande dessinée (dont au Musée de la bande dessinée d’Angoulême). Richement illustré, poursuivant une démarche historique, son livre offre une superbe introduction à l’univers graphique japonais.

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Le photographe et réalisateur Hervé Martin Delpierre et le journaliste Jérôme Schmidt publient, chez EpA, « Les Mondes Manga ». Ici, la démarche est plus analytique. Elle fait la part belle à quelques grands auteurs. Intérêt : les œuvres sont présentées dans leur contexte sociologique. On passe de la photographie d’un mode de vie à sa représentation manga. Livre très important si l’on veut comprendre la raison pour laquelle cent millions de Japonais achètent plus d’un milliard de mangas par an.

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Enfin, Fabien Tillon (critique de BoDoï et de Phosphore) publie, chez Nouveau Monde, un petit opuscule fort intelligemment réalisé, « Les mangas ». Pour 3 € (voilà qui respecte l’éthique manga ! ! !) et le temps de traverser Paris en métro (ou la rade de Brest en bateau !), vous ne passerez plus pour un ignare lors du prochain festival de BD que vous ne manquerez pas de fréquenter.

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Au fait, Quai des Bulles à Saint-Malo (je n’y serai malheureusement pas), c’est du 28 au 30 octobre.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (BD) , Arts / Culture , Arts graphiques , BD , Livres
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13 octobre 2005

Les députés et les sacs plastiques : « biodégradables » ou « réutilisables » ?

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On les attendait sur une grande loi de défense de l’environnement ! Les députés se sont finalement exprimés à l’occasion du débat sur la loi de modernisation agricole. Haro sur les sacs plastiques non biodégradables ! D’ici 2010, tous les autres sacs (et emballages) devront avoir disparu.

Personne n’est dupe : comme l’exprime Marie-Pierre Ferey de l’AFP, les députés ont cherché surtout « à trouver de nouveaux débouchés aux agriculteurs ». Mais qu’importe (et pourquoi pas après tout !), on ne va pas leur reprocher de grimper dans le train qui mobilise distributeurs, associations écologistes et certaines collectivités locales pour réduire la pollution par les sacs plastiques. Enfin, le débat s’installe au plus haut niveau !

C’est sur le fond du dossier que je suis sceptique. Pour moi, la priorité, c’est la lutte contre le gaspillage et la pollution (quelle que soit la durée de vie des matériaux). C’est la diminution (à la source) de la pléthore d’emballages. C’est la responsabilisation des consommateurs (même si les industriels abusent du plastique, ce sont les usagers qui jettent…). Le « biodégradable », je suis pour, mais essentiellement quand on ne peut pas se passer de sacs jetables. J’argumente :

I - Questions préalables : la mesure suggérée par les députés me semble trop caricaturale. Elle pose d’énormes problèmes :

a) Remplacer 100 à 500 milliards (peut-être plus) de conditionnements en plastique ? Pas besoin d’approfondir l’analyse pour comprendre que la production agricole française n’y suffira pas. Utilisation des terres en jachère ? Assurément. Nouveaux débouchés pour les producteurs de grains ? Pourquoi pas. Reconversion des éleveurs et mobilisation de leurs terres pour lever des récoltes ? Ah ça, je n’y crois pas. C’est faire fi de la géographie et de la spécificité des terroirs… Un tel chamboulement n’est ni crédible, ni souhaitable. Indépendance énergétique ou indépendance alimentaire, il faudra choisir de toute façon.

b) A supposer que ce programme soit techniquement réalisable, le Ministre de l’Environnement ferait bien de réaliser d’abord une étude d’impact. Des bilans énergétiques et écologiques s’imposent, notamment s’il faut arroser toutes ces cultures.

Le Ministre des Finances devra, lui aussi, creuser cette affaire. La réforme de la PAC vise à réaligner les cours français sur les prix mondiaux. Je ne suis pas sûr que la production de ces grains et matières végétales apporte une perspective de rémunération suffisante pour nos paysans incités à se reconvertir. Produire du biodégradable ou du biocarburant peut être écologiquement utile…sans garantie de rapporter gros. Combien de subventions en perspective.

c) Enfin, cette mesure de portée générale n’a de sens que si elle est…appliquée ! …Aux produits importés ? Non, puisque c’est une mesure franco-française. Peut-on alors obliger nos seuls fabricants hexagonaux à acheter des emballages biodégradables cinq à dix fois plus cher (c’est le cas actuellement) alors que leurs concurrents étrangers n’auront pas les mêmes contraintes. Peut-être…c’est un choix politique pas facile à assumer… Au fond, peut-on éviter d’en passer par une directive européenne ?

(Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire, je dis…tout cela mérite étude).

II - Question principale : imposer le « tout biodégradable », est-ce la bonne solution ? Pour moi, cette politique comporte un risque majeur : annihiler les efforts de tous ceux qui se sont battus pour changer les comportements de consommation. Ce peut être la caution à la gabegie. « Pourquoi donner moins de sacs, pourquoi faire une fixation sur cette pollution…puisque c’est finalement biodégradable ».

C’est ça le problème : le changement de matériau n’est pas susceptible de mettre un terme à la prolifération des sacs et des résidus d’emballages dans la nature. Certes, les sacs biodégradables mettront moins de temps pour se déliter. La pollution sera moins durable… Mais des élus municipaux avec lesquels je discutais hier soir, me confirmaient qu’il faudra bien aussi ramasser ces sacs. Les équipes de nettoyage qui arpentent, de manière quasi hebdomadaire, villes et campagnes, ne vont pas s’amuser à trier, sur un seul coup d’œil les sacs bio et ceux qui ne le sont pas. Les coûts de ramassage et de tri resteront évidemment les mêmes.

Pour mes collaborateurs et moi, la priorité c’est la réduction du nombre de sacs et d’emballages. Qu’ils soient fabriqués en plastique, en polyéthylène ou avec de l’amidon, les sacs polluent…parce qu’il y en a trop, parce qu’on les gaspille, parce qu’ils sont jetés n’importe où.

III -La position de mon groupe rejoint donc celle de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) :

1) Priorité aux sacs réutilisables. Notre expérience, malgré la réticence de quelques consommateurs, montre que, dans leur grande majorité, nos clients acceptent cette formule. Ils utilisent les sacs que nous leur consignons, de 16 à 30 fois (je rappelle que nous les remplaçons dès que leur qualité est altérée). Un