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annuaire commerce,et,economie gratuit

30 novembre 2005

Proactiv, Danacol, Actimel…contre les excès de Miko et de Danette : Les risques d’un marketing contradictoire ?

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Photomontage E.Leclerc

Je ne sais pas s’il faut en rire ou s’insurger, tellement la manip est ficelle. Mais je partage à cent pour cent la position de Que Choisir quand l’association de consommateurs voit, dans l’accord Unilever/Maaf Assurances, une « instrumentalisation de la santé à des fins marketing ». (La Maaf « rembourserait » la consommation de yaourts ou de margarine anti-cholestérol commercialisés par Unilever sous la marque Proactiv).

1) D’abord, précision : Unilever est un fournisseur sérieux. Tout comme Danone à qui l’on attribue les mêmes velléités de partenariat avec les AGF. Ces firmes fabriquent de bons produits qui sont sécurisés et largement plébiscités par les clients. La qualité des articles vendus sous les marques Actimel, Danacol, Proactiv, etc…, n’est pas en cause ici. Ce n’est pas l’objet du débat.

2) Ce qui fait problème, dans l’accord Maaf, c’est l’allégation médicale du produit et c’est l'ambivalence d’une opération marketing dont les vertus supposées masquent les contradictions des mêmes firmes qui abreuvent le marché de produits trop sucrés ou trop gras.

a) Les allégations

Je ne fais pas partie de ceux qui font systématiquement la fine bouche dès qu’on parle d’améliorer « le profil nutritionnel » des produits, et de l’intérêt des compléments alimentaires.

Les nutritionnistes ont certes raison. Le sport, c’est mieux. Une alimentation équilibrée, c’est la meilleure des préventions. Mais les conditions de la vie urbaine et moderne ne permettent pas toujours de pratiquer cette forme d’hygiène idéale. On ne mange pas « bio » tous les jours à la cantine. Donc pourquoi pas un petit supplément de magnésium et quelques levures au petit déjeuner (ça ne mange pas de pain !).

En revanche, les allégations des produits appelés « alicaments » (par leurs géniteurs) me semblent trompeuses. La consommation d’une nourriture enrichie en oméga 3 peut participer d’un régime général anti-cholestérol. Elle ne saurait servir d’antidote. Surtout si le consommateur s’empiffre aussi de glaces ou de pop-corn !

La pub sur les packagings de ces articles reste, sur ce point, ambiguë. Même si Danone et Unilever se défendent de cette confusion, l’accord avec la Maaf l’entretient (sa justification médicale, le principe de remboursement, la communication sur les vertus préventives du produit, etc…).

b) Et c’est là qu’est l’incohérence de l’opération. Incohérence sur laquelle insiste avec raison Olivier Andrault de Que Choisir (Libé, 30/11).

Depuis deux ans, les firmes agroalimentaires ont été, dans le cadre de la lutte contre l’obésité, la cible de nutritionnistes et de députés (Jean-Marie Le Guen, PS). Ceux-ci dénoncent l’abus de matières grasses et de sucre dans les glaces, les gâteaux secs et tous ces nouveaux produits qui, par dizaines chaque année, viennent renforcer les gammes déjà pléthoriques de crèmes dessert et d’ultra-frais.

Pour moi, le problème est moins dans la coexistence d’une offre diversifiée (on peut considérer que le consommateur est suffisamment mature pour effectuer ses choix entre un cola normal et un cola light ! ! !) que dans l’incohérence de la stratégie marketing des industriels.

Sur les alicaments, Unilever se sert de la Maaf pour nourrir une image de pédagogue et d’entrepreneur engagé. Mais comme ses confrères, se retranche derrière la liberté du commerce pour refuser, sur les packagings des autres produits, les insertions publicitaires, proposées par les parlementaires, contre l’abus de sucre. Voilà qui fait brouillon. On se demande comment Danone, qui signe d’une même marque toutes ses gammes, va pouvoir gérer cette contradiction et recommander de manger Danacol pour gommer, par exemple, les excès de ses yaourts fruités et des Danette au caramel !

3) Moi, je dit "casse-cou". Le risque n’est pas pour la Maaf. Après tout, c’est une société privée, ses adhérents peuvent choisir librement de diminuer les primes d’assurance pour les assurés dont les habitudes alimentaires diminueraient les facteurs d’accident (et pourquoi pas même, un abonnement au Club Med gym…), c’est leur affaire.

Le risque est pour les industriels. A trop vouloir revêtir les habits de la para-pata-péri-médecine, ne se rendent-ils pas compte à quel point les arguments santé peuvent se retourner contre eux en ravivant la suspicion sur les produits cœur de gamme.

Question subsidiaire : si vraiment la Maaf et les AGF se mettent à rembourser les alicaments (alors même que les trois quarts des consommateurs n’en ont pas besoin), ne peut-on imaginer qu’un député ait l’idée de proposer tout simplement la taxation des produits trop sucrés ou trop gras ? (Question taxe, en ce moment, on les sent prêts, au Parlement ! ! !)

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie
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28 novembre 2005

Derniers sondages politiques : le Père Noël arrive en tête

Le temps d’un week-end, je me replonge dans la lecture des magazines. J’y redécouvre la semaine politique. Le spectacle est assez désopilant !

Le Père Noël : Après les émeutes et le commentaire de Jacques Chirac à la télé, deux jeunes de banlieue :
- « Tu connais la différence entre le Président de la République et le Père Noël ?
- Non.
- Eh bien, le Président, il n’existe pas. C’est une invention pour faire rêver les petits enfants des banlieues ! »

Le Président : Personnellement, j’ai trouvé très creuse son intervention. Opinion partagée ? Hubert Coudurier, dans Le Télégramme, n’a jamais eu de sympathie particulière pour la gauche. Mais il a la dent dure pour le Grand Timonier de l’Elysée : « A force de commenter l’actualité sans la faire, le Chef de l’Etat donne l’impression de ne plus maîtriser la destinée nationale »… « Je ne parle pas de son impopularité relative, mais de son incapacité à rassembler et même à comprendre ».

Les lunettes du Président : J’entends encore le rédac chef d’un quotidien national essayer de me convaincre sur la signification du binocle : la vieillesse, l’usure, le besoin de réassurance. Un signe politique, quoi ! Et je vous passe les commentaires psys, façon Minnie Grégoire. Comme celui de Pierre Cardot, député UMP : les lunettes « n’étaient pas le symbole d’un discours du cœur, parce que ça veut dire qu’il lit…(le prompteur) ! ». Tout ça nous aura valu un tiers de page dans Le Figaro du 20/11, pour conclure : « Les lunettes de J.C., une nécessité plus qu’un accessoire ! ».

Les lunettes de François Hollande : « Culbuto » lui aussi en porte…des binocles. Et ça ne lui a pas trop mal réussi. Au Mans, dans le grand pot de rillettes, c’est même lui qui a fait la viande alors que les autres ont été réduits en miettes. Ah, ah, d’aucuns imaginaient Porcinet chez le salaisonnier à faire l’andouille. Il s’est révélé excellent tacticien. Il apprend vite ! Faut dire que des coups, il n’arrêtait pas d’en attraper. Mais au Congrès, c’est lui qui a roulé DSK, Aubry et Montebourg dans la saumure. Il porte des lunettes, mais Afflelou devrait lui signer un contrat.

Demander le programme : Pour museler son opposition, il a fait ami-ami avec Fabius. Tout cela a un prix. Mais ce n’est pas le PS qui paiera, ce sont les Français.
A gauche toute, donc, le Père Noël is back, mais revanchard : retour en arrière sur la réforme des retraites (même Chérèque en est irrité), retour aux 35 heures et heures sup payées le double, renationalisation d’EDF « à cent pour cent » (avec quels sous ?), SMIC à 1 500 euros (les femmes de ménage de la rue de Solférino sont pour !).

Le poids des mots, le choc des ego : Vous me direz, tout ça, ce sont des mots. D’ici 2007, il y aura de l’élagage. J’en conviens. Il y aura du boulot. Par exemple, sur la loi de modernisation sociale : on nous promet de dissuader « les entreprises qui licencient aux seules fins de répondre à des exigences financières ou sous la pression de leurs actionnaires ». Diable, y aurait-il d’autres motivations ?
Tiens, écoutez ça aussi. Pour encourager la production, « une solution pour taxer les revenus excessifs liés aux importations de masse des produits concurrents des produits communautaires sera mise en place ». Zut, les agriculteurs vont devoir changer les marques de leurs tracteurs !
Rien de mieux qu’un bon petit programme protectionniste pour satisfaire l'ego des éléphants et les rabibocher entre eux!

Question style : J’en connais un qui singe Villepin. Plutôt bien d’ailleurs. C’est Montebourg. Il sait manier le discours, celui-là : « Nous n’avons pas voulu ajouter à la défaite de nos convictions le déshonneur d’y avoir consenti ». Comparant ses collègues trahis à des « souriceaux prisonniers des serres de l’aigle » (quoi, Hollande, un aigle ?), le voilà, impérial, désignant « notre parti immobilisé en légion romaine, figé jusqu’en 2007 ».

Décalage : Comment ne pas comprendre la flopée de sarcasmes, les envolées de bois verts, et le quasi mépris des éditorialistes étrangers, déjà échaudés par les remontrances présidentielles après la relation des émeutes d’il y a quinze jours. On en prend plein les dents !
Ceci dit, les éditorialistes français y sont allés aussi au karcher : « Le PS ? Un parti vieillissant…déserté par les ouvriers et les employés, mais colonisé par les représentants de la fonction publique et du monde intellectuel » (Jean-Yves Boulic, Ouest France, 21/11)…Un parti qui de conservateur « devient maintenant le parti de la restauration se plaçant à contre-courant…des autres partis socio-démocrates voisins…accroché à une conception jacobine de l’économie. Le PS révèle une défiance non seulement vis-à-vis du secteur privé, mais aussi de la société civile » (D. Reynié, Le Figaro, 22/11).

Marketing politique : J’ai bien aimé la métaphore du Nouvel Economiste. Henri J. Nijdam dixit : « Le marché est là (la demande politique), pas le produit ». Le PS « sait ce qu’il ne veut pas : ni social-libéralisme, ni socialisme de rupture ». Mais le socialisme reste « un logiciel à moderniser ». Coquin et malin, Marcel Botton, le PDG de Nomen (création de marques), disserte sur le rapport contenant-contenu : « Très empâté, le noir est désagréable. Il faudrait impérativement affiner le trait. Peut-être colorer le vert des feuilles… ». Il parle du sigle du PS bien sûr.

Et la droite dans tout ça : Pas possible de dire qu’elle en sort grandie. Le duel Sarko-Villepin efface les rivalités Sarko-Chirac. Du coup, Sarko ne cesse de se raidir. Je ne parle pas de son revirement tactique concernant la communication de sa vie privée. Je parle du coup de barre à droite. Voudrait-il récupérer les voies perdues de la droite en 2002 qu’il ne s’y prendrait pas autrement.
Pour le coup, c’est le peuple qui chausse ses lunettes. Il reste bouche bée devant cette polémique sur la polygamie : pas très délicat, c'est sûr. Je n’ai toujours pas compris le lien avec nos incendiaires (avoir plusieurs femmes ferait de nous des adeptes du coktail molotov?). A lire l’interview de Bocuse dans L’Expressmag, j’ai des doutes. Il dit entretenir trois épouses. Il explique benoîtement que « cela exige de la santé et une bonne organisation ». Bocuse foutant le feu aux voitures devant son restaurant? J’y crois pas.

Le danger : « tous pourris » ? Retour aux banlieues : Nos deux gamins dissertent toujours sur l’arrivée de Noël.
- « Tu sais ce qu’ont en commun le Père Noël et le Président ?
- Non.
- Eh bien, tous les deux, ils sentent le sapin ! »
Du Président à la classe politique, il y a des liens qui, s’ils étaient noués, pourraient faire dériver notre démocratie vers les pires des affrontements ! Le mieux, pour désamorcer tout ça, ne serait-ce pas de demander aux Français quels sont les cadeaux qu’ils souhaiteraient trouver dans leurs sabots. Parions qu’ils préfèreraient qu’on leur parle emploi et pouvoir d’achat.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 novembre 2005 dans Pêle-M.E.L
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27 novembre 2005

Will Eisner contre la théorie du complot

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Will Eisner sur le forum E. Leclerc, Angoulême 1993 - Crédit photo : J. Bibard

Dans la bande dessinée, il n’y a pas que des histoires de petits Mickey. Il existe aussi de géniaux artistes pour transformer les arts de la bulle en un implacable réquisitoire contre ce que la bêtise humaine a su produire de plus dangereux : la rumeur !

Les éditions Grasset viennent de publier la traduction française du dernier ouvrage de Will Eisner : « Le complot » (préfacé par Umberto Ecco). Un livre testament à mettre dans toutes les mains ! L’histoire et le décryptage d’une des plus grandes manipulations du siècle précédent, dont les Juifs furent les victimes exclusives.

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Ce n’est certainement pas un hasard dans la stratégie de l’éditeur. En 1921, Grasset avait, après et comme tant d’autres, publié un infâme brûlot « Les Protocoles des Sages de Sion ». Le temps est passé, a produit ses ravages, mais le subterfuge fut dénoncé. Grasset, non sans élégance, se rachète en publiant la démonstration du complot à laquelle s’est attelé Will Eisner, juste avant de tirer sa révérence et de rejoindre « The Spirit » dans l’immortalité.

Pour beaucoup d’adolescents américains, Will Eisner est d’abord l’un des grands maîtres du comics. Il a créé « The Spirit » qu’il a dessiné de 1940 à 1953. Son héros (Denny Colt) est un détective, un criminologue qui s’est mis en tête de faire respecter la loi. Pas de transformation en Spiderman ou autre Batman. Avec « un petit loup de velours » sur les yeux, il arpente Central City à New York, enquête aux côtés du commissaire Dolan, un pote franchement soupe au lait. Mais dont la belle Hellen, sa fille, justifie qu’on prenne patience aux côtés du grincheux. Du polar, donc, sans la violence de F. Miller, mais avec ses malfrats, la misère des quartiers de briques, et son théâtre d’ombres.

« The Spirit » a valu à Will Eisner une renommée internationale. Mobilisé pendant la guerre, Will a su déléguer, travailler en studio et confier l’écriture et le dessin à quelques autres dessinateurs amis. Et le succès aidant, c’est toute une nouvelle génération qui, jusqu’aux années 1998-1999, revendiquait l’influence du Spirit, lui-même dans la lignée des dessins de Milton Caniff, d’Alex Raymond ou de George Herriman.

Mais cet homme affable, doux, attentif (nous l’avons beaucoup apprécié lors de ses courts passages au Festival de la BD d’Angoulême) ne s’est jamais laissé enfermer dans un genre littéraire. Quand d’autres recopiaient les maîtres, lui innovait avec le théâtre, mais surtout le « roman graphique ». Voilà qui nous valut « Un pacte avec Dieu », « Fagin le Juif » (un focus sur l’un des personnages secondaires d’Oliver Twist de Dickens).

Mais comme Art Spiegelman dont l’interrogation sur les camps de concentration nous valut « Maus », ce sommet du 9ème art, Will Eisner n’a jamais oublié son enfance dans une famille d’immigrés juifs aux Etats-Unis. Les tensions raciales après la crise de 1929, le communautarisme juif à New York, la Shoah, l’exploitation de l’antisémitisme dans le monde islamique ou, plus près de lui, par les fachos du Ku Klux Klan…l’ont conduit à mener l’enquête sur cette formidable manipulation que constitue l’histoire des Protocoles.

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Pour ceux que les détails intéressent, l’éditeur Berg International a publié deux études de Pierre-André Taguieff sur le sujet. C’est sous Napoléon III que l’histoire diabolique commence. Pour expliquer la défaite et la débâcle, on ne se contente pas de dénoncer le traditionnel bouc émissaire juif. (A l’époque, les Juifs sont intégrés, ils sont français, allemands, de religion juive, ils sont banquiers, ingénieurs, artistes ou médecins). Oui, justement, « ils sont partout » (et non plus dans les ghettos ou les quartiers dont l’exclusion remontait au Moyen-Age)… De là à donner à penser qu’il s’agit d’une stratégie délibérée pour pénétrer tous les mouvements d’idées comme les différents échelons de la vie politique, voilà qui va alimenter la thèse du complot.

Dreyfus innocenté, l’antisémitisme redouble (à droite et à gauche ! ! !). C’est la révolution russe de 1917 qui réactualise la thèse. La monarchie russe déchue voit « la juiverie internationale » derrière les mouvements d’insurrection. Même référence utilisée par les idéologues du 3ème Reich qui pointent dans le Traité de Versailles et le coût des réparations « un coup de poignard dans le dos »…

Will Eisner raconte l’origine de la thèse, sa réécriture, les ambiguïtés savamment entretenues qui permettent à la rumeur de renaître de ses cendres lors de chaque crise sociale.

Superbe travail. Moins d’émotion que chez Spiegelman. L’auteur a surtout misé sur la pédagogie. Quand on sait que les Protocoles des Sages de Sion continuent de circuler sur internet, il faut une bonne dose d’optimisme et de confiance dans l’espèce humaine pour aborder « la Chose » avec humour et ironie plutôt qu’en y mettant le feu. C’est ça…Will Eisner.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts graphiques , BD , Portraits / Rencontres (BD)
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25 novembre 2005

Mondialisation, réforme fiscale : Oui à une TVA sociale

Pour faire face au défi de la mondialisation (concurrence des pays à bas salaires), il faut savoir « lever » les tabous et remettre à plat le système de financement de nos budgets sociaux tellement ils plombent les coûts de nos entreprises exportatrices.

Dans notre pays, les entreprises créatrices d’emplois sont devenus les vaches à lait du modèle social français. Elles embauchent déjà difficilement, elles financent par l’impôt l’emploi public et, par les charges, une part croissante des allocations chômage.

Avec comme conséquence, une perte de compétitivité évidente. Le coût du travail en France rejoint le podium des pays les plus chers (heureusement compensé par une grande productivité des salariés). Les résultats du commerce extérieur deviennent mauvais.

Depuis plus de dix ans, nous sommes quelques-uns, politiques et chefs d’entreprise, à vouloir enfoncer le clou. Mais il se trouve toujours quelque institution, avec force raisonnements macroéconomiques, pour nier cette évidence : les écarts de coûts ne cessent de se creuser, non seulement au profit des pays émergents, mais même en Europe, avec les pays du Sud et de l’Est.

Irrités par tant de surdité, nombre de chefs d’entreprise ont fini par nourrir le discours protectionniste ambiant. Avec l’impact que l’on connaît sur le recul de l’idée européenne, dont les institutions sont accusées d’être passives, voire complices des délocalisations, etc…

Pourtant, des solutions existent. Parmi celles-ci, la TVA sociale. Introduite dans le débat par des gaullistes de gauche dans les années 70 (dont mon père qui en a défendu le projet dans des placards publicitaires après les deux chocs pétroliers), l’idée consiste à transférer une part importante des cotisations sociales vers l’impôt de consommation, la TVA.
Le schéma pourrait être le suivant :

- Sans toucher aux rémunérations nettes perçues par les salariés, la plupart des cotisations sociales seraient supprimées (progressivement ou partiellement), le financement de ces prestations serait assuré par des points de TVA supplémentaires.

- L’assiette des cotisations s’en trouverait considérablement élargie. Tout article produit en France paierait sa part de « charges sociales », ainsi que les produits importés (ce qui n’est pas actuellement le cas).

- Mesure douanière, protectionniste ? Non, pas de discrimination entre produits français et produits étrangers. Ils acquitteraient le même taux de TVA.

- Inflationniste ? Non, il ne s’agit pas de la création d’une nouvelle ponction fiscale, mais d’un transfert de masses financières existantes. La hausse de la TVA qui en résulterait serait compensée par la baisse du prix des produits (cotisations sociales déduites). Elle serait forcément moins que proportionnelle à la baisse des charges (puisque la base est élargie).

- Intérêt et faisabilité :
a) Appliquée en France, la fiscalisation des charges sociales permettrait l’allègement de nos coûts de production, la relance de nos exportations, et symboliserait aux yeux de nos producteurs une réelle volonté nationale de les accompagner dans leurs efforts pour conquérir de nouveaux marchés.
b) Proposée par la France à nos partenaires européens, la TVA sociale pourrait offrir cette protection minimale de l’espace communautaire contre les distorsions de concurrence internationale.

Une lubie ? Une utopie ? Allons donc ! Le débat est lancé au Japon. Le processus de fiscalisation des charges est en cours au Danemark. Il nourrit les discussions budgétaires en Allemagne.

En France, Jean Arthuis, Président de la Commission des Finances du Sénat, a fait sienne cette proposition. A gauche, Dominique Strauss-Kahn a demandé qu’on inscrive cette proposition dans le projet du PS.

Je ne fais pas partie de ceux qui parlent du déclin ou de la faillite du pays. Mais quand on est dans une impasse (budgétaire tout autant qu’intellectuelle), il faut savoir innover et sortir des schémas classiques. Ce qui m’a toujours étonné, dans les réponses objectées à la proposition de TVA sociale, c’est l’absence d’arguments chiffrés. Comme si à Bercy, on ne disposait pas d’ordinateurs suffisants pour élaborer les scénarios de cette alternative fiscale. Chiche !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Engagements
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23 novembre 2005

Transports collectifs, SNCF, RATP : Faut-il une loi de service minimum ?

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A l’arrivée dans les bureaux, ce matin, comme la plupart des jours de grève, on ne parle que de cela : embouteillages, pollution, temps perdu… Chacun des salariés va organiser son travail pour essayer de repartir, en voiture pour la plupart, avant le rush des retours.

L’idée d’instaurer un service minimum fait recette. Auprès des usagers, bien sûr. Auprès des élus, de plus en plus. (Plusieurs municipalités ont mis en place des services d’autocars). Et au sein du mouvement syndical, des voix s’inquiètent tant les perturbations créées par la grève deviennent impopulaires.

Pour que le service public reste au service du public et ne s’enfonce plus encore dans des revendications qui apparaîtraient purement corporatistes, deux thèses s’affrontent :

1) A l’Assemblée, une majorité de députés UMP préconisent le vote d’une loi « garantissant un service minimum ». Jusqu’où altèrerait-elle la liberté du droit de grève ? Personne ne s’exprime ouvertement sur ce sujet, et certainement pas en ces termes. Mais l’idée, c’est bien de requérir le législateur pour arbitrer entre le droit du travail (auquel on prétend ne pas toucher) pour défendre (ou opposer) le droit de l’usager. Et de contraindre l’entreprise (direction et salariés) à assurer x % du trafic.

2) Le Premier Ministre (peut-être aussi une fraction discrète du PS) préfère la voie contractuelle. Il souhaite la généralisation, dans le secteur des transports collectifs, de négociations entre partenaires sociaux pour contractualiser des « garanties de service » comme celles qui ont été approuvées à la RATP.

On peut comprendre les raisons politiques qui poussent le Premier Ministre dans cette voie, même si, aujourd’hui, l’exemple de la RATP n’a pas encore fait école. DdV marche sur des œufs ! Mais la voie recherchée supposerait qu’elle soit franchement partagée. Les grèves dures qui se sont déroulées à la SNCM ou encore chez les traminots de Marseille, ne laissent pas prévoir qu’un consensus puisse être trouvé rapidement.

Ensuite, cette voie contractuelle suppose l’existence, au sein des entreprises de service public, d’un dialogue social permanent. Comme le dit la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT), « direction et syndicats devraient pouvoir régler leurs différends en interne, sans avoir recours au droit de grève ». Pas évident, si l’on considère qu’on en est à la sixième grève SNCF depuis le début de l’année.

Mais plus fondamentalement encore, il me semble que ce dossier ne saurait être cantonné et analysé à partir des seuls critères économiques (fussent-ils légitimes).

a) Il y a les aspects urbanistiques et sociaux : les récentes émeutes dans les banlieues ont finalement montré à quel point il n’y avait pas de continuité urbaine entre Paris et sa périphérie. Comme le dit un de nos salariés, « ce sont les habitants des villes de banlieue les moins bien desservies qui sont les plus pénalisés par les perturbations dans le trafic ».

b) Il y a, enfin, les impératifs écologiques. A l’instar des municipalités de Paris, Rennes, Toulouse, Strasbourg, etc…, les collectivités locales se sont engagées pour promouvoir les transports collectifs et lutter contre la prolifération des voitures.

Servir la clientèle traditionnelle du RER, de la RATP, et de la SNCF justifie déjà qu’on respecte mieux les usagers en limitant toutes ces perturbations. Mais inciter les automobilistes à délaisser leur véhicule et attirer cette clientèle nouvelle vers les transports en commun supposent qu’on leur offre quelques garanties : l’extension et le confort du réseau, mais plus encore la continuité et la fiabilité du service public. (On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre).

Je pose la question : pour atteindre ces objectifs, doit-on attendre le bon vouloir des partenaires sociaux ? N’est-ce pas au contraire le rôle du législateur que d’organiser les missions du service public et les contraintes attachées à ses prérogatives. Quitte à lui rappeler sa mission première : le service du public.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco)
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21 novembre 2005

Baisse des prix : l’hiver sera chaud !

1) En visitant la foisonnante exposition « Dada » à Beaubourg, j’ai retrouvé, ce week-end, un ami, directeur commercial France d’une multinationale agroalimentaire. Entre Max Ernst et Picabia, il me glisse à l’oreille : « Mon groupe va donner une réponse favorable à tes acheteurs. Quelles que soient les positions de principe de nos fédérations industrielles, et même celles de l’Administration, on veut faire du business avec nos clients. Donc O.K. pour rechercher des formes de contrat plus sécurisantes pour tes adhérents… Mais on garde quand même un minimum de coop commerciale. On espère que vous serez assez sages pour ne pas tout remettre dans les prix, sinon on est mal. Il nous faut le temps d’atténuer les écarts de conditions d’achat entre enseignes ». (Toute vente au SRP les ferait apparaître !)

2) Il a raison de s’inquiéter. Les hostilités sont lancées.
C’est Carrefour qui a ouvert le bal. Depuis février, le groupe de Jose Luis Duran essaye de stopper l’hémorragie de clientèle et de reconquérir quelques parts de marché. Mais à quel prix ! Il se dit que le service « pricing » de Carrefour admettait, au moins jusqu’à octobre, une tolérance de dépassement du seuil de revente à perte (SRP) de - 1 € en valeur absolue par article. Tous les magasins ne sont pas engagés. Il s’agit d’une tactique très coûteuse et très spectaculaire, une guérilla limitée à quelques foyers auxquels Carrefour mettrait délibérément le feu en sacrifiant 1 000 à 2 000 articles.

A Laval, nos adhérents relevaient, il y a 15 jours, 1 500 articles vendus à SRP - 5, certains jusqu’à SRP - 20 %. A Nantes, Carrefour dispose de 3 magasins. Aucun n’est au même indice. Même constat pour les deux magasins de Limoges et ceux de Rouen.

Ces opérations ont suscité des réactions très agressives. Localement, de la part de nos adhérents qui, après constat d’huissier, ont repris la tête de l’échappée. D’Intermarché et d’Auchan qui n’entendent pas rester en touche. Dans le Sud-Est, Auchan a « sorti » un catalogue avec des produits à SRP - 25 % (prix au taquet et déduction directe en caisse des bons d’achat).

3) Je ne sais pas si l’Administration a fait sienne l’analyse d’Olivier Dauvers (Tribune Grande Conso, nov. 2005) selon laquelle ces « faits d’armes » sont des « respirations » prouvant que « le commerce revit ». Mais on ne peut pas dire que la DGCCRF soit très pressée (ou très efficace) pour faire appliquer la loi. A un adhérent E. Leclerc de la région PACA qui l’interrogeait sur son inaction, un directeur départemental répondait laconiquement : « Votre courrier sera effectivement pris en compte dans la programmation des enquêtes effectuées par mon administration dans l’exercice de ses missions ». Autant dire à la Saint Glinglin !

4) Tous les observateurs auront retenu que le Ministre (malgré les informations qui lui ont été remontées) n’est pas intervenu dans la mêlée. Docteur Renaud s’est offert une condamnation de Leclerc et de Système U en guise d’étendard pour satisfaire son électorat PME ; Mister Renard, lui, se pourlèche les babines en observant la castagne des grands fauves de la distribution. (Il a mûri, Docteur Renaud, il ne dit plus « Les prix bas tuent l’emploi », il dit « Saint Indice, descendez parmi nous…que ma réforme soit ! »).

5) Oui, dans ce contexte, on peut le dire, l’hiver sera chaud.
Bon ! Pour Monoprix, c’est pas sûr. Bernardo Sanchez Incera, Directeur Général Exécutif, a prévenu (La Tribune, 3/10) : « Si de nouvelles baisses devaient arriver,…nous poursuivrons notre ajustement lorsque ce sera nécessaire. Mais nous ne serons pas l’initiateur du mouvement ».
Jérôme Bédier (FCD) a beau rappeler, dans chaque interview, que « la baisse des prix est derrière nous », ça stresse un maximum dans les enseignes de sa fédération.
Chez Auchan et Carrefour, on ne fait pas mystère qu’on « sculpte les gammes autant que les prix ». Y a du resserrement de gamme « grandes marques » et de la baisse de prix MDD dans l’air.
Intermarché ne masque plus ses intentions : « On veut revenir dans la course » m’a dit Michel Pattou. Et les adhérents d’ITM ne cachent pas leur rancœur : « L’administration nous a fait remonter nos prix en début d’année, mais Carrefour a, semble-t-il, bénéficié d’un passe-droit. On ne va pas se faire avoir deux fois de suite ». Alors, mon petit doigt me dit qu’il faudra surveiller le prochain Argus !

6) Et chez Leclerc ? Pareil. La priorité, c’est de faire obstacle aux hausses tarifaires : 4 % en moyenne sur les rayons « produits d’entretien, lessives », etc… Et jusqu’à 8 et 10 % dans certaines gammes « parfumerie et cosmétiques ». Ca négocie dur. Et ne venez pas nous chanter l’antienne du pot de crème contre le pot de fer. Que des bonnes grosses multinationales qui affichent des résultats nets de 8 à 12 %, en progression de 30 à 40 % !

7) Reste que la bataille s’engage alors que le nouveau cadre législatif est toujours aussi incertain. La circulaire tant attendue n’est toujours pas officiellement publiée. Et il nous faudra, à partir du 1er janvier, calculer des prix sans pouvoir connaître véritablement le seuil de revente à perte (on ne le connaîtra qu’à la fin des négos de coop commerciale, fin février).

De la joie, de la bonne humeur…et quelques bonnes bourrades : « Le commerce revit », dixit Olivier Dauvers (www.olivier-dauvers.a3w.fr).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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18 novembre 2005

Tsunami : Où en sont les programmes de reconstruction ?

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On n’en parle pratiquement plus dans les médias. Si ce n’est pour faire référence aux interminables polémiques sur le montant global des aides et leur affectation : « Tant de sommes collectées et apparemment des besoins bien moindres ». Sur place, on ne partage pas ce point de vue.

Grâce à la collecte menée le 15 janvier 2005 dans les magasins de notre enseigne, plus de 2 millions d’euros ont été recueillis au profit des enfants d’Asie du Sud, réinvestis en partenariat et sous le contrôle de l’association « La Voix de l’Enfant ». Ces sommes ont été réparties pour financer des projets de grande envergure, qui vont être développés sur trois ans en Inde, au Sri Lanka et en Thaïlande.

- Au Sri Lanka, 801 211 euros ont été affectés à la reconstruction de maisons, à la rénovation d’écoles et à la mise en place d’un programme d’éducation.
- En Thaïlande, 320 000 euros ont permis de financer des frais de scolarité d’enfants orphelins, et un programme de soutien aux familles victimes, en association avec « La Chaîne de l’Espoir ».
- En Inde, les projets sont déjà très engagés, en partenariat avec deux ONG, « Indian Council for Child Welfare » et « Guild of Services ».

Le problème quand on s’engage à une transparence totale sur le financement de telles dépenses, c’est de pouvoir compter sur des interlocuteurs de terrain qui soient fiables, honnêtes et eux-mêmes largement motivés, engagés dans l’action sociale. Abbas Mehta est de ceux-là. Issu d’une famille implantée depuis longtemps dans la région du Tamil Nadu, Abbas est devenu responsable de notre bureau à Chennaï (ex Madras). D’un commun accord avec les ONG locales, il a été chargé de coordonner les programmes d’aide soutenus par l’association « La Voix de l’Enfant » et notre enseigne. Il se fait un point d’honneur de nous tenir une comptabilité des dépenses « au petit poil ». Sa litanie (il parle d’une voix très douce, monocorde et sans jamais élever le ton) est rassurante.

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Sur le plan social et éducatif d’abord :
- Plus de 20 écoles touchées par le tsunami ont été rééquipées.
- 3 crèches ont déjà été construites.
- Plus de 4 000 élèves ont reçu des fournitures scolaires et des bourses ont été attribuées à 200 étudiants.
- 7 groupes d’entraide ont été formés pour aider des veuves, des femmes illettrées en milieu rural, des vendeurs saisonniers, etc…

Sur le plan économique, l’une des priorités consistait à reconstruire les flottes de pêche villageoises. Avec l’argent des clients et des adhérents E. Leclerc, 85 bateaux ont été offerts ou reconstruits et 1 200 kilos de filet de pêche ont été offerts.

Abbas justifie la progressivité des dépenses. « Il ne faut pas se précipiter. Pas évident d’identifier les besoins les plus importants, de les hiérarchiser ! Les demandes s’accumulent, mais quelquefois sont redondantes car déjà effectuées auprès d’autres ONG ».

D’autre part, « il ne faut pas vouloir reconstruire à l’identique. Les populations locales sont souvent attachées à leur foncier, à des paysages qui les ont vu naître. Il faut savoir prendre le temps de les convaincre de déménager, faire œuvre de pédagogie et de patience pour, par exemple, construire plus en hauteur dans les terres… ».

D’ici la fin de l’année, il nous faudra refaire un bilan d’ensemble. Mais attention : s’il y a une disproportion apparente entre les montants collectés et les sommes dépensées, ce n’est finalement pas choquant quand, du terrain, on justifie la prudence et la progressivité nécessaires dans la mise en œuvre des programmes.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 18 novembre 2005 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable
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17 novembre 2005

Tribunaux et loi Galland : la confusion est générale

A deux mois de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi Jacob/Dutreil, et alors que s’engagent, dans un flou le plus total, les négociations commerciales 2006, une décision du Tribunal de Commerce de Nanterre, à l’encontre des Centres E. Leclerc, vient encore rajouter à la confusion générale.

1 - Le contentieux

Le litige a pour origine la découverte d’un traitement discriminatoire dont l’enseigne a été l’objet de la part de grandes sociétés industrielles par rapport à notre concurrent Carrefour. Ne pouvant en contester la réalité, les fournisseurs concernés ont reconnu leur responsabilité et ont signé un protocole de transaction formalisant le dédommagement. En contrepartie, et suite à ces discussions, le Galec a renoncé à poursuivre l’action judiciaire qu’il avait initialement envisagée.
Ce sont ces transactions qui formellement étaient contestées par l’Administration.

2 - La décision du Tribunal

Le Tribunal, dans son jugement, s’est contenté de reprendre les arguments de la DGCCRF. L’Administration défend qu’il s’agit de « contrats de coopération commerciale à effet rétroactif ».

En vertu de quoi, le Tribunal exige du distributeur la restitution aux fournisseurs des dédommagements ainsi obtenus (23,3 millions d’euros), et condamne notre groupement à payer une amende civile de 500 000 euros.

3 - L’appel des Centres E. Leclerc

Pour le Groupement d’Achat, ce jugement est complètement surréaliste.

a) Si l’on suivait le raisonnement du Tribunal (et de l’Administration), aucun litige commercial ne pourrait trouver sa résolution dans un accord entre parties privées.
Les transactions sont des actes tout à fait usuels auxquels s’attache une valeur juridique particulière : ces actes ont l’autorité de la chose jugée entre les parties (article 2052 du Code Civil). Ni l’Administration, ni le juge n’ont, en droit, la capacité de remettre en cause un contentieux réglé par une transaction.

b) En l’espèce, le litige était définitivement clos entre le Galec et les fournisseurs concernés. Le Ministre de l’Economie est donc intervenu, a posteriori, dans cette affaire. A aucun moment, il n’a pu faire état d’une réclamation d’un seul de ces fournisseurs (qui se sont tous précipités pour nous dire qu’ils étaient désolés, qu’il n’était évidemment pas question de remettre en cause nos accords, ni les transactions, ni les montants, qu’il fallait « régler ça avec l’administration », etc…).
Le caractère rocambolesque du jugement apparaît d’ailleurs dans l’énoncé des motifs puisque le Tribunal « donne acte au MINISTERE DE L’ECONOMIE ET DES FINANCES de son engagement de restitution à GALEC des sommes qui ne pourraient être remises aux fournisseurs » ! ! !
Car c’est bien là toute l’ambiguité de la position de l’Administration : les fournisseurs sont d’autant moins fondés à accepter la restitution de ces sommes qu’il s’agit d’un dédommagement. La restitution de ces sommes annulerait les effets de l’accord qui avait mis fin au litige.


c) Il n’échappera enfin à personne que, dans cette affaire, seul le distributeur (qui n’est pourtant qu’une partie au contrat) est poursuivi par l’Administration et non pas les fournisseurs !

Le Tribunal n’a pas rendu exécutoire le jugement. Le Galec n’a donc pas à reverser ces sommes dans l’immédiat. Il compte faire valoir sa position en interjetant appel.

4 - Effets sur la négociation commerciale 2005/2006

Cette décision, après une série de jugements intervenus à l’encontre de plusieurs enseignes de distribution dans toute la France, témoigne, s’il en est nécessaire, du carcan administratif et de l’incertitude qu’il génère dans la négociation industrie-commerce sur le marché français.

Quelles que soient les querelles d’interprétation sur la nature des transactions (coopération commerciale, ristournes, tarifs, etc…), les débats sur la réforme de la loi Galland ont clairement fait apparaître que les montants financiers dont il s’agit…constituent des éléments essentiels de la détermination des prix. On comprend donc les difficultés immenses auxquelles industriels et distributeurs vont devoir faire face, le 1er janvier, quand il s’agira de déterminer leurs prix à partir de contrats qui pourront, tous, être requalifiés par une Administration régalienne.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 novembre 2005 dans Distribution
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16 novembre 2005

Intoxication e. coli : état des lieux

Réunion ce matin de notre cellule nationale de crise pour faire le point sur l’épidémie.

1) Les malades :
Comme plusieurs collaborateurs qui avaient écouté la radio hier soir, je craignais une reprise de l’épidémie. En fait, il n’en est rien. Les cinq personnes dont le CHU de Bordeaux avait communiqué l’évolution de l’état de santé…ne sont pas de nouveaux cas. La plupart des malades vont mieux ou sont sortis des hôpitaux. Mais un enfant de 2 ans et demi est toujours sous surveillance. Et si celui dont je vous parlais la semaine dernière, est sorti de son coma artificiel, il est toujours en « prise en charge intensive ».

Officiellement, une trentaine d’intoxications graves ont été recensées. Mais le nombre de personnes touchées à des degrés divers a été sensiblement supérieur.

79 familles (représentant 142 malades) ont pris contact avec notre cellule d’accueil installée à Toulouse. Des experts répondent aux questions que peuvent se poser les familles, les renvoient éventuellement vers les institutions de santé pour conforter leur dossier, et proposent, en cas de besoin, des prises en charge financières et des avances de trésorerie (ce dont ont déjà bénéficié quelques familles).

Je suis soulagé par la qualité de cette relation. Les familles ont été dirigées vers cette cellule d’accueil après avoir, elles-mêmes, contacté notre service consommateurs allo E. Leclerc ou les directeurs de magasin de leur région. Je répète nos engagements : ces solutions ne préjugent, ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.

2) Les contacts clients : Le repérage des derniers clients qui restaient à contacter se poursuit.

- Ceux qui avaient une carte de fidélité ont presque tous pu être directement informés. Il reste encore quelques personnes, absentes de leur logis, auxquelles messages et courrier ont été adressés. Elles seront de toute façon rappelées jusqu’à pouvoir leur parler de vive voix.

- Concernant les 6 530 clients ayant payé par carte bancaire : nos magasins se sont chargés d’en rappeler 5 345 (même plan d’action qu’avec ceux qui avaient une carte de fidélité, d’autant que les fichiers peuvent se recouper : une personne ayant une CF et son compagnon ayant payé avec la CB). Les autres sont rappelés directement par les succursales bancaires.

- Quant aux 3 382 clients qui ont payé par chèque, 1 885 sont recontactés par les magasins, les autres par les banques.

- Je tiens à dire qu’après un petit temps d’hésitation (sur la question de la déontologie), les banques, dont la BNP, le Crédit Agricole, le CCF, le CIC, La Poste et la Société Générale, se sont sacrément décarcassées. (Je précise pour les mauvaises langues que les procédures légales, même dans cette urgence, sont respectées : accord du GIE Carte Bancaire, restitution ou destruction des fichiers après contacts, non communication à des tiers, etc…). Sauf pour les banques précédemment citées, nous ne disposons pas encore d’un retour d’infos précis sur la liste des clients contactés par ce canal. Le Crédit Mutuel, les Caisses d’Epargne ou la Banque Populaire font remonter ces statistiques par leur direction régionale, mais c’est en cours.

De toute façon, le dispositif de rappel des clients restera en place jusqu’au dernier contact.

3) Maintien du dispositif d’information : Compte tenu de la couverture médiatique sur cette intoxication et de tous les systèmes mis en place pour informer les clients, je n’ai pas trop de doute pour affirmer que la plupart des consommateurs ait été suffisamment informée. Pourtant, nul ne peut prétendre que ce soit vrai à cent pour cent (ne serait-ce que par impossibilité de contacter les quelques dizaines de clients qui auraient pu payer en liquide).

A date, les résultats d’un sondage (OMD) que nous avons commandité auprès des consommateurs, sont plutôt rassurants :
- 97 % sont au courant de cette intoxication par consommation de steaks hachés,
- 93 % des personnes interrogées (96 % des 25/49 ans avec enfants) savent qu’elle concerne des clients de nos magasins.

Sondage plutôt concluant, mais néanmoins toujours une marge d’incertitude ! C’est la raison pour laquelle, nos adhérents ont décidé de publier des placards publicitaires dans Sud-Ouest et La Dépêche du Midi.

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Tous les moyens d’information en magasin (affichage aux caisses, notamment) restent maintenus en place.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Objectif qualité
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14 novembre 2005

L’apprentissage, oui ! Dès 14 ans ? Pas sous cette forme !

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La proposition de Dominique de Villepin d’abaisser à 14 ans l’âge d’intégration dans la filière d’apprentissage fait couler beaucoup d’encre.

Les cris effarouchés du corps enseignant, par leur outrance et ce qu’ils révèlent d’idéologie, étaient vraiment navrants…et sacrément hypocrites. En classant d’office l’apprentissage dans les systèmes d’éducation au rabais, les syndicats d’enseignants se révèlent être l’un des principaux obstacles culturels au développement d’une filière dont les performances éducatives ont permis à bien des jeunes d’accéder à des diplômes et des emplois.

Qu’on arrête de nous bassiner les oreilles avec ce satané « collège unique » ! Sa contre-performance a ouvert un boulevard aux écoles privées (la voie royale pour les élites) et aux meilleurs lycées publics (qui ne se cachent plus de pratiquer la sélection !).

1) L’apprentissage, comme le dit Henri Lachman, « est un moyen de donner aux jeunes une qualification, un savoir-être, un savoir-vivre, un sentiment d’utilité et une appartenance… ».
L’accroissement du nombre d’apprentis vers les formations les plus qualifiantes (et supérieures) illustre l’adaptation de ce type d’enseignement aux besoins économiques. Cette année, ils sont 73 000 à préparer un bac professionnel (sur 342 000 apprentis âgés de 16 à 25 ans), 27 500 préparent un BTS et 7 800 un DUT (diplôme universitaire de technologie).
Oui, de l’apprentissage, on peut sortir « par le haut », comme en témoignent aussi les 6 200 jeunes en formation apprenti-ingénieur (qui pourront bénéficier de passerelles avec un deuxième et troisième cycles universitaires).

2) Personnellement, je suis un pur produit de l’université, des cycles longs et généralistes. Mais je travaille au quotidien avec des hommes de terrain, souvent formés dans l’entreprise même ou en alternance. C’est en les côtoyant, en suivant l’évolution de leur carrière que je me suis fait une conviction très positive sur les filières d’apprentissage.
Près d’un tiers des directeurs de nos magasins a bénéficié de cette formation. Deux tiers des magasins de l’enseigne ont recours à des apprentis, principalement dans le secteur des « métiers de bouche » (poissonnerie, boulangerie, boucherie-charcuterie, restauration-traiteur), mais aussi dans l’esthétique et la parfumerie (pour notre concept « Une heure pour soi ») et dans les métiers techniques (brun-blanc, informatique, électronique grand public, centres auto…).
Dans plusieurs régions, nos adhérents financent des cycles de formation (à Reims, par exemple, où nous avons créé une école des « métiers de la vente » en partenariat avec l’ESC).

3) J’ai fait un rapide sondage auprès de nos adhérents pour savoir ce qu’ils pensaient de l’abaissement du seuil d’embauche à 14 ans.
(L’expression « embauche » peut vous paraître choquante à première vue. Pourtant, il en est bien ainsi. Les contrats d’apprentissage confèrent aux jeunes qui intègrent cette filière un statut de salarié…et non pas d’élève ! Ce qui, on le voit bien, pose déjà un premier problème : celui des droits, des protections juridiques, etc…).

Pour nos directeurs de magasin, accueillir des apprentis dès 14 ans n’est pas idéal. La plupart de nos apprentis sont d’ailleurs recrutés au-dessus de 18 ans. Les métiers sont quelquefois durs, avec des tâches de plus en plus complexes, nécessitant un niveau CAP et BEP (pour les produits techniques) et jusqu’au BTS (pour la vente, par exemple).

Si tous comprennent qu’il faut trouver une solution pour des jeunes en échec scolaire, nos adhérents partagent l’avis de leurs collègues de l’industrie ou de l’artisanat qui craignent une dévalorisation de l’apprentissage (déjà mal aimé des élites) en l’assimilant à un moyen de réinsertion pour cas difficiles.

4) Mais surtout, ils font valoir bon nombre d’objections pratiques qu’on ne saurait passer sous silence dans ce débat.
- A 14 ans, disent-ils, les jeunes sont encore en pleine croissance, pas toujours aptes à suivre les horaires d’entreprise (surtout dans les métiers de bouche).
- Les problèmes liés à la sécurité ne sont pas moindres (outils tranchants, manutention d’engins mécaniques ou électroniques).
- La cohabitation avec des adultes n’est pas évidente pour les uns comme pour les autres.
- Leur formation nécessitera des capacités de tutorat renforcées et des systèmes de contrôle très lourds qui font défaut à nombre d’entreprises, grandes ou petites.

Bref, s’il s’agit de créer une pré-préparation scolaire à l’apprentissage, pourquoi pas (mais on ne voit pas en quoi cette solution réglerait l’inadaptation au système scolaire !). Pour travailler dans l’entreprise, non…

5) A ces considérations, s’ajoutent des problèmes d’environnement dont, pudiquement, on ne parle jamais, tels que, par exemple, les distances à effectuer par les jeunes adolescents entre leur domicile, le lieu de travail et celui de leur scolarisation.
Quels parents peuvent, sans frémir, imaginer leurs enfants de 14 ans, en vélo, dans les matinées froides et noires de l’hiver…(car en province, messieurs-dames, il n’y a pas forcément de métro ou de bus pour relier le village ou la banlieue à l’entreprise qui aura souscrit un contrat d’apprentissage).

6) Au fond, ne se trompe-t-on pas de débat. On ne peut pas évacuer la critique du système scolaire en se contentant d’ouvrir un aiguillage vers l’apprentissage.

a) D’abord, parce que l’apprentissage devient lui-même de plus en plus exigeant. Pour préserver leurs chances, les jeunes doivent non seulement savoir lire, écrire et compter, mais aussi s’exprimer et penser à l’égal des jeunes des lycées. (C’est justement ce challenge, avec rémunération et statut à la clé, qui motive les jeunes apprentis).

b) Ce sont donc les conditions du passage du primaire au secondaire qu’il faut revoir. Je lisais dans Le Parisien (9/11/05) cette déclaration d’un prof : « Beaucoup (de mes élèves) ne savent pas vraiment lire en 5ème. C’est dur à dire, mais c’est la vérité… On les traîne jusqu’en 3ème parce que la loi nous y oblige. En fait, nous faisons plutôt redoubler ceux qui ont une petite chance de s’en sortir. Les autres passent, puis finissent par quitter l’école sans rien, à 16 ou 17 ans ».
La vérité est là, comme dans la réplique de cet autre prof : « En entreprise aussi, ils (les mêmes) se feront jeter ». L’honnêteté intellectuelle, comme la préservation de l’idéal républicain, mériterait qu’au lieu de lancer l’apprentissage à 14 ans, on se préoccupe d’abord de ne pas les laisser sortir du primaire sans le moindre bagage d’écriture et de langage qui leur fera défaut, quelle que soit la filière choisie.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Management
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11 novembre 2005

Sida en Chine : Pierre Haski analyse « Le sang du silence » (Grasset)

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C’est un livre-réquisitoire : Pierre Haski (correspondant de Libération à Pékin) y décrit l’exploitation commerciale du sang des pauvres, les effets de l’ignorance et du cynisme administratif, le déni de responsabilité (de la part des scientifiques comme des politiques), le refus d’assistance à des milliers de personnes atteintes du sida. C’est la vision terrifiante d’un monde plongé dans l’obscurantisme le plus total (l’idéologie communiste, son puritanisme, ses pratiques quasi-moyenâgeuses… Alors que la Chine revendique son entrée dans le camp des « Modernes ».)

Mais ce livre est aussi un pavé lancé dans la vitrine du Grand Bazar diplomatique où complaisance et intérêts économiques limitent la pression efficace des ONG et de quelques belles figures de la résistance civile.

Au début des années 1990, la Province du Hénan (90 millions d’habitants) confie à quatre sociétés commerciales un vaste programme de collecte de sang. Entre 1993 et 1996, dit P. Haski, quelques six cents stations médicalisées font des prélèvements à répétition (4 euros pour 400 cm3 de sang). Hygiène rudimentaire, mélange des produits et réinjections aux paysans de résidus du plasma collecté.

Le sida fait son apparition dès 1994. Des médecins s’inquiètent, tirent les sonnettes d’alarme. Les autorités tergiversent. Ignorantes au départ, elles se mettent vite des œillères (pas de sida en Chine. C’est une maladie de la dépravation occidentale !). La pandémie se développe…100 000, 300 000 victimes ? Personne ne sait encore.

P. Haski décrypte le silence des autorités et leurs négligences. Edifiant ! Interpellées par des médecins, les autorités nationales finissent par réclamer l’arrêt des prélèvements… Mais ceux de la Province de Hénan continuent.. !!!

Le reporter de Libé ne se contente pas d’accuser le système chinois. C’est le mérite de ce livre que de prolonger l’investigation jusqu’au comportement des Institutions internationales, et des grandes Puissances.

Alors que celles-ci avaient obtenu des Chinois un début de transparence pour lancer la lutte contre l’épidémie du SRAS, elles furent bien plus complaisantes (en tout cas, moins pressantes) dans cette affaire de sida.

C’est, nous dit P. Haski, parce que cette épidémie restait nationale. « Le SRAS, parti de Chine, avait gagné plusieurs pays étrangers dont le Canada, Singapour, le Vietnam… La tentative de mensonge sur les foyers découverts à Pékin a eu un impact important à l’étranger, et risquait d’entamer la crédibilité du gouvernement chinois, de nuire à sa capacité à attirer les investissements étrangers… Dans le cas du sida dans le Hénan, il n’y a pas d’enjeu international, et encore moins d’enjeu économique s’agissant de certains des paysans les plus pauvres du pays !! (www.arcat-santé.org).

Réquisitoire donc, mais aussi plaidoyer pour l’action.

• Hommage d’abord à ces Chinois qui, pour dénoncer le massacre, ont affronté censure, révocation et régression.
• Reconnaissance du rôle très positif des ONG, comme relais et démultiplicateur de ces forces de résistance.

Alors qu’émerge « un embryon de société civile, non seulement dans l’action contre le sida, mais (aussi) l’environnement, la justice, les expropriations immobilières, le droit des consommateurs … On n’a pas le droit de sacrifier (les victimes) » sous prétexte que le gouvernement adopte désormais une meilleure attitude ailleurs (SRAS).

…J’ai lu ce livre, hier, lors d’un aller et retour au Portugal. J’avais tout entier l’esprit encore envahi par les préoccupations de la semaine dernière (intoxication alimentaire), et alors que j’embarquais avec moi toute une doc sur la grippe aviaire. Certains pourraient dire qu’en me plongeant dans la lecture du livre d’Haski, j’étais franchement maso.
Erreur ! J’ai trouvé ce reportage édifiant, mais terriblement salutaire. Il pose clairement le problème de la sécurité sanitaire en terme politique. Il interpelle la responsabilité morale de chacun, mais montre clairement les limites d’un système qui ne dispose d’aucun contrepouvoir.

Personne ne conteste (enfin presque) l’insuffisance des seules « forces du marché » pour construire une politique de santé. Tout le monde convient de l’importance d’une législation (et de l’Etat) dans ce domaine.

Mais, il ne sert à rien de se référer à des valeurs ou à des lois si les institutions ne veulent pas ou sont incapables de les appliquer. Dans cet exemple, le devoir d’ingérence (ONG ou institutions internationales) devient capital tant pour sauver les vies chinoises (sida) que les nôtres (SRAS).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 novembre 2005 dans Libertés , Livres , Société
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10 novembre 2005

Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

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Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.

Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.

Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.

Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.

1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :

a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).

La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .

b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.

2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).

L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.

Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.

3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.

Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.

4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).

Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.

Lancement prévu : février 2006.

5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).

Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».

Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).

Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.

Le dossier vient de progresser sérieusement.

Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Agriculture , Distribution , Développement durable , Economie , Energies
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9 novembre 2005

Intoxication e. coli (suite)

Sur le front de l’épidémie, c’est plutôt l’accalmie. Je crois savoir que l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) publiera, ce soir, sur son site un recensement des malades dans les départements concernés. Selon nos infos, deux ou trois personnes nécessitent des soins intensifs. L’état du petit garçon très atteint ne semble pas s’améliorer.

Nos collaborateurs affinent maintenant leur dispositif pour finir de contacter les derniers clients qui ne se sont pas manifestés, malgré nos appels.

De leur côté, les banques continuent leur travail. Certaines (Crédit Agricole, BNP, La Poste, Société Générale) ont pratiquement clos leur dossier. Plus longs sont les délais de contact pour accéder aux clients ayant payé par chèque. Ca suit son cours.

A l’interne, à tous les échelons du groupe, les collaborateurs évaluent toutes les conséquences de cette crise. Il y a une foultitude d’aspects : traitement des dossiers des malades, des clients, relations avec les administrations pendant les enquêtes, appréciation de tous les aspects juridiques, etc… J’ai évidemment été très pris, ces derniers jours, par la mise en place de tous ces chantiers. Je reste particulièrement mobilisé pour « accompagner » le travail des équipes.

Je ne pourrai reprendre nos échanges quotidiens sur ce blog qu’à partir de demain. Il s’est passé beaucoup d’évènements dans notre société depuis quelques jours. Ils nous concernent aussi, entrepreneurs, salariés, consommateurs…

A demain donc.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Objectif qualité
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7 novembre 2005

Intoxication e. coli : L’épidémie ne progresse plus, mais les risques demeurent

Réunion de notre cellule de crise ce matin. Beaucoup de rapports, remontée des informations du terrain, opinion des experts, analyses…

1) Etat des lieux

a) Les patients :

Toujours, officiellement, 26 cas recensés. Un cas supplémentaire était signalé vendredi, mais apparemment pas en liaison avec cette épidémie. Un malade particulier justifie toute mon angoisse et l’impossibilité de baisser les bras : celui d’un petit enfant, toujours hospitalisé, dont l’état serait critique.

b) L’enquête :

Elle se poursuit tous azimuts.

- Chez le fournisseur :

La DSV du Maine-et-Loire poursuit ses investigations. Nous ne connaissons pas encore ses premières conclusions (normal !).
Plus personne ne semble contester que la contamination ait eu lieu le 22 août, lors de l’élaboration du lot de steaks hachés n° 234 (en fait, les n° 231 et 234 forment un même et seul lot. C’est une insuffisance d’encrage qui a fait confondre les chiffres 1 et 4). Olivier Kriegk, directeur scientifique du groupe industriel TERRENA, la coopérative propriétaire de l’usine SOVIBA, confirme : « Cette contamination accidentelle est ponctuelle et liée à l’utilisation d’un ou de quelques muscles souillés par des germes intestinaux au moment de l’éviscération de la carcasse ». Accident, erreur de contact, introduction du germe par une personne, mauvais process et manipulation ? Ces points ne sont pas encore établis.
Sur les trois lots retirés par précaution, celui qui porte le n° 206 est désormais mis hors de cause. Le client qui avait consommé un produit de ce lot avait aussi mangé un steak du lot 231-234. Finalement, c’est donc dans ce dernier lot que se sont logés les produits contaminés.
D’ailleurs, toutes les analyses à date confirment que les quantités mises sur le marché avant et après le lot 231-234 sont sains.
Les steaks hachés étant élaborés à partir des quartiers avant, la DSV cherche à contrôler aussi les utilisations du reste de la bête éventuellement contaminé.

- Dans les magasins :

La Direction des Fraudes, la gendarmerie, les Services Vétérinaires poursuivent leurs contrôles (constat du retrait effectif des produits, respect de la chaîne du froid, etc…). Bien trop tôt pour avoir des conclusions et des cetitudes. Mais, pour l'heure, je n’ai pas connaissance que des anomalies (en liaison avec l’épidémie) aient été constatées. Je touche du bois.

- Pouvoirs publics :

Les Parquets de Marmande et d'Angers (ville près de laquelle est implantée l'usine Soviba) ont ouvert une « enquête préliminaire ». Au vu du résultat, ils décideront ou non d'ouvrir une information judiciaire (engagement d'une procédure pénale).

2) Suivi du plan d’action

a) Les malades :

L’administration nous confirme qu’il ne serait pas judicieux que nos directeurs de magasin cherchent eux-mêmes à contacter leurs clients malades. Comme je l’ai déjà dit, cela engendre une part de frustration, mais cela me semble plus sain (même si ça a un côté inhumain) du point de vue de la déontologie (pas de risque de pression des partenaires économiques !).
En même temps, il nous faut éviter de nous disperser en ayant à répondre à une surenchère de demandes fantaisistes. Dans ce type de crise, on trouve toujours des gens pour qui tout est prétexte à réclamation ou à chantage…alors qu’il n’y a pas de lien avec l’épidémie (déjà vu ce week-end ! ! !).

Un bureau de traitement des demandes a été installé aujourd’hui à Toulouse. Il s’agit d’une cellule d’accueil vers laquelle les magasins guident les familles concernées et qui le souhaitent. Des experts sont chargés notamment de trouver des solutions rapides pour les clients dont l’hospitalisation a entraîné des frais immédiats. Quelques dossiers ont déjà été traités aujourd’hui. Ces solutions ne préjugent ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.

b) Les clients :

Selon les estimations de nos équipes du Sud-Ouest, presque tous les clients ont désormais été repérés. 98 % ont été informés. Resten