23 décembre 2005
Bonnes fêtes à toutes et à tous...
Chers amis,
Je m’octroie un petit « break » de 8 à 10 jours. Je reste dans les environs, toujours accessible et en alerte, si nécessaire (le métier le veut). Mais, je vais en profiter pour respirer un peu. J’ai conscience d’être en retard dans les réponses que je me dois de faire à certains internautes. Je vous propose de reprendre nos échanges la première semaine de janvier.
D’ici là, je vous souhaite à toutes et à tous de joyeuses fêtes.
Posté par M.E.L. le 23 décembre 2005 dans
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22 décembre 2005
Réforme Jacob/Dutreil : Quelles baisses de prix en 2006 ?
Pas une interview qui ne commence par cette question ! La réponse n’est pas simple tant sont grands les facteurs d’incertitude. Entre les promesses faites par Renaud Dutreil (baisse de 5 % calculée sur une période qui prend effet avec les accords Sarkozy –juillet 2004) et les hausses tarifaires annoncées par les grands industriels, il y a, sans jeu de mots, une « marge ». Essayons d’y voir clair.
1) D’abord, c’est certain, il y aura bien des baisses de prix. Et cela, grâce à la réforme législative pour laquelle mon groupe a bataillé depuis deux ans. La réforme est complexe, la négociation difficile, les conditions d’application quelquefois périlleuses… Mais les textes autorisent bien la répercussion au consommateur d’une partie des fameuses marges arrière. La coopération commerciale supérieure à 20 % pourra être déduite du prix de vente public. Potentiellement, ça peut représenter des baisses de 10 à 15 % sur plusieurs centaines de produits de marque.
2) Dès début janvier, quasiment toutes les enseignes proposeront des baisses de cette ampleur sur les produits en catalogue ou en publicité. C’est inévitable. J’en mets ma main au feu.
Aucune enseigne d’hypers n’a envie de se faire damer le pion par une autre. Certaines ne sont pas convaincues des effets boosters d’une telle promotion. Mais toutes savent que si elles loupent « le passage de la ligne », elles perdront des plumes.
Chaque enseigne a donc peaufiné son catalogue de rentrée. Vu les nécessaires délais d’impression, les prix de ces centaines (voire de milliers) d’articles ont été « fabriqués » en septembre/octobre, alors que les négociations tarifaires 2006 n’avaient même pas commencé (on ne connaîtra définitivement les SRP de chaque article qu’en février…au mieux).
Difficile d’échapper à un numéro d’équilibriste. Elles ont procédé par anticipation. Les responsables commerciaux se sont basés sur les avantages déjà obtenus en 2005 (on n’imagine pas qu’ils pourraient baisser) et ont déduit des tarifs 2006 la portion supérieure à 20 %. Et pour être sûr de passer la rampe, on aura fait les arrondis par le bas. (J’en connais même qui ont rajouté « quelques oranges » des fois que la DGCCRF voudrait les mettre en prison, mais…chut, secret de fabrication. Pas la peine d’informer les concurrents).
Oui, je l’affirme, sans risque d’être démenti, tout ce qui fera l’objet de promotions ou de publications nationales, début janvier, sera proposé aux prix les plus bas du marché et avec des baisses au maximum du potentiel offert par la nouvelle loi.
3) Sur l’offre de fond, la situation sera très disparate selon les régions, et le montant des baisses (et quelquefois des hausses !) va dépendre des résultats de la négociation 2006.
a) Selon les régions :
Les enseignes d’hypers ont commencé à baisser leurs prix bien avant que d’en avoir été autorisées par la loi. Dans les villes de l’Ouest notamment : Le Mans, Laval, Nantes, Rouen, Niort, Poitiers, Orléans, etc… Cette situation résulte d’une passivité volontaire des pouvoirs publics à l’égard du franchissement des seuils de revente à perte.
Lors d’une réunion organisée par Renaud Dutreil (21/07/05), il avait été convenu que l’administration tolèrerait des franchissements de SRP - 2 % sur les catalogues de septembre/octobre. Mais, en aucun cas, pas au-delà de SRP - 5 sur le fond de rayon. Avec la complicité passive de l’administration (qui conteste…et qui invoque des délais de procédure trop longs pour être efficace, sic), Carrefour a lancé des opérations spectaculaires (dans un nombre limité de ses magasins) pour remédier à ses pertes de parts de marché.
Il s’en est suivi un alignement, voire même une surenchère des autres enseignes. A tel point qu’on trouve dans le grand Ouest (relevé effectué début décembre), 6 400 prix en dessous du SRP dont 3 500 entre SRP - 5 et SRP - 15 (et 400 articles entre
SRP - 15 et SRP - 25 ! ! !).
Dans ces villes de l’Ouest, et sur ces mêmes articles, il est exclu qu’il puisse y avoir de nouvelles baisses. Le risque même, c’est qu’il y ait des hausses si l’arbitre (la DGCCRF) décide qu’il lui faut revenir sur le stade et brandir les cartons rouges.
b) Selon les segments de marché :
Comme indiqué dans ma note du 8/12, pas mal d’industriels essayent de profiter de l’opportunité pour pousser quelques milliers d’articles à la hausse (et des hausses substantielles : de 4 à 12 %, notamment sur la parfumerie et les produits d’entretien). Le PVC 2006 sur ces articles dépendra donc du résultat de la négociation.
Pourrons-nous faire obstacle à ces hausses tarifaires, les différer ou les compenser (par des ristournes ou autres avantages commerciaux déductibles ! ! !). Difficile aujourd’hui de s’engager sur des chiffres. D’autant que l’administration ne fait rien pour crédibiliser les promesses de son ministre : dans l’unique souci d’asseoir sa tutelle, elle cherche à orienter la négociation vers des types de contrats qui rendent beaucoup plus risquée la négociation des distributeurs (j’en reparlerai ici).
En conclusion : des baisses, il y en aura dès janvier. Importantes ! Mais impossible encore de s’engager sur une moyenne chiffrée !
C’est d’ailleurs fort dommage. Les tergiversations, les critiques et les hésitations des professionnels, comme des politiques, avaient fait perdre leur force d’impact aux accords Sarkozy.
On se retrouve un peu aujourd’hui dans la même situation. Les pouvoirs publics ont voulu ménager la chèvre (les industriels) et les choux (les consommateurs).
Les journalistes iront dans les magasins chercher la matérialisation de baisses spectaculaires qui auront déjà eu lieu depuis plusieurs mois et qui ne seront donc plus visibles. Et les consommateurs risquent, dans ces conditions, d’être déçus… (alors que l’effort représente tout de même l’équivalent d’une demi-année d’augmentation de pouvoir d’achat ! ! !).
Docteur Renaud s’est emmêlé les pattes dans les filets tordus de Mister Renard. Pas sûr qu’il puisse apporter au crédit du gouvernement le bénéfice consumériste d’une réforme qui mériterait d’être mieux assumée.
Posté par M.E.L. le 22 décembre 2005 dans
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19 décembre 2005
Rugby en berne : Jacques Fouroux rejoint les Dieux du stade

Lors de l’inauguration de notre usine à Laqueuille, le 17 octobre 2005 » (Photo J. Bibard)
Deux opérations chirurgicales, quelques excès culinaires, une petite dose d’inimitiés qu’il avait su d’ailleurs attiser, et surtout une passion effrénée pour le ballon ovale…ont eu raison de la santé de Jacques Fouroux.
« Le petit caporal » était un habitué du siège parisien des Centres E. Leclerc. De Toulouse, il arrivait tôt le matin. Il prenait plaisir à « papoter » avec les hôtesses d’accueil. Je l’ai vu signer en riant un autographe pour lequel un chauffeur de taxi l’avait poursuivi jusque dans le hall. Fréquemment, nous partagions un petit café juste avant qu’il rentre dans la mêlée de la négociation commerciale. Et oui, Jacques Fouroux avait, dans sa vie, revêtu plusieurs casquettes. Dont celle de représentant de commerce « multicartes ».
Mais avant d’être un professionnel de la relation publique, c’est évidemment le rugby qui l’a fait entrer dans le cœur des Français. Mercredi prochain, dans la cathédrale d’Auch, ils seront des milliers, je n’en doute pas, à venir lui rendre hommage.
Demi de mêlée, il a connu sa première sélection en 1972 et cet engagement a été réitéré 27 fois. En 1977, ce petit bonhomme au profil napoléonien a mené l’équipe de France au deuxième Grand Chelem de son histoire. Mais c’est en tant qu’entraîneur qu’il remportera 6 tournois dans les années 80 et conduira les Bleus jusqu’en finale de la coupe du monde.
Très lié d’amitié avec des adhérents E. Leclerc du Sud-Ouest (de Montauban, Toulouse, Tarbes, Lourdes, notamment), mais aussi d’Orléans et de Franconville, il a tout fait pour nous convaincre de sponsoriser ce sport. Et quand ce n’était pas avec Laurent Spanghero (devenu, lui, fournisseur de cassoulet), c’est à ses côtés, depuis les gradins, que j’ai eu le bonheur de suivre quelques matchs notoires.
Tous les journaux (dont L’Equipe qui, ce matin, lui consacre 3 pages) ne tariront pas d’éloges sur la personnalité fantasque, mais généreuse, de ce mousquetaire. Mais la réalité ne fut pas toujours rose pour lui, notamment ces dix dernières années.
Du temps de son action sportive et de sa gloire, le rugby ne nourrissait pas ses hommes. Pas de patrimoine accumulé, comme ont pu en constituer nombre de footballeurs, repus de somptueux contrats publicitaires. Comme d’autres confrères rugbymen, il a dû trouver un métier tout en gardant le pied (et le cœur) sur les stades.
Alors, Jacques Fouroux a revêtu les habits d’un agent multicartes. Avec des fortunes diverses, au gré de la solidité de ses employeurs, mais aussi de ses emportements et d’une disponibilité toute relative. Nos adhérents l’ont connu vendeur de foie gras, de champagne et de Clairette de Die. Plus récemment, il représentait les intérêts d’un grand groupe allemand, Freiburger, l’un des leaders mondiaux de la pizza.
Homme pressé, jugé quelquefois autoritaire, il a bousculé quelques mandarins et piétiné des plates-bandes. Du coup, il s’est fermé des portes à la Fédération. De club en club, son itinéraire récent (Grenoble, Toulon, Italie) devenait son chemin de Damas. Pourtant, personne ne doute aujourd’hui qu’il voulait servir la collectivité du sport.
Entre matchs et casse-croûtes, il avait su nouer avec nous des rapports amicaux. Il venait aux inaugurations de magasin (et dernièrement à celle de notre usine d’eau de source à Laqueuille). Il savait ne rien demander, alors que, peut-être, il aurait dû. On le savait toujours disponible pour tel ou tel président de club ou pour servir d’intermédiaire à un joueur dont il glissait le CV : « Des fois que tu pourrais faire quelque chose pour lui ».
Passionné (avec les excès de ses passions), il aura passé trop de temps à donner des coups de main aux autres plutôt que de s’assurer une solide carrière. C’est probablement cet éparpillement qui aura eu raison de son grand cœur.
Au nom de tous les collègues qui, dans mon groupe, ont apprécié son amitié, et de la part d’une enseigne devenue, grâce à lui, l’un des premiers sponsors des clubs de rugby, je voudrais, ici, dire tout le bien qu’on pensait du bonhomme et souhaiter à sa famille de surmonter cette épreuve avec courage.
Posté par M.E.L. le 19 décembre 2005 dans
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16 décembre 2005
Olivier Ledroit : la bande dessinée devient opéra

Il est des œuvres terrifiantes et noires dont les artistes portent sur les épaules le poids de leurs tourments. Mais rares sont ceux qui, dans la bande dessinée, savent tromper leur monde et dissocier le contenu dramatique de leur œuvre d’un comportement social des plus classiques. Par leur charisme et leur magnétisme, un Druillet, un Bilal laissent finalement deviner, derrière des regards et des comportements, la présence latente d’un tréfonds obsessionnel dont les effluves sporadiques et violentes rejaillissent dans l’œuvre même. Mais on peut passer deux heures avec Jean Giraud, alias Moebius, sans vraiment pouvoir attribuer à des traits spécifiques de sa personnalité l’explication d’un aspect particulier de son dessin.
Olivier Ledroit est de ceux-là.
En début d’année, il présentait à Paris un collector (édité par Daniel Maghen). Avec légèreté et amusement, il introduisait ses lecteurs dans le monde enchanteur des elfes et autres personnages aériens de l’heroic fantasy. Son dessin est alors tout en élégance, stylisé, telles des illustrations anglaises ou nordiques de contes pour enfants. De la poésie, jusque dans la caricature des monstres les plus hideux pour les rendre finalement communs, attachants et acceptables.

Et puis, surprise : le néophyte découvre, dans les bacs, un album du même auteur, « Xoco », un polar noir, co-scénarisé avec Thomas Mosdi. L’action se déroule à New York, « la ville des extrêmes et des délires ». Il y fait noir, marron, bleu profond ou vert sombre. O.L. revendique alors l’héritage expressionniste, cite les cinéastes Murnau et Mankiewicz pour expliquer pourquoi il s’appesantit sur les ombres. J’aime d’ailleurs assez sa formule : « Je recherche les atmosphères claires-obscures ; ça me permet de travailler la lumière ! ! ! ».

Il est difficile de cerner la personnalité de ce garçon de 34 ans, hypersensible, timide aux ongles rongés, amoureux de ses bonsaïs…quand on se plonge dans l’exubérance des « Chroniques de la Lune Noire ». Et plus encore, dans « Requiem », son œuvre la plus aboutie.
Les « Chroniques de la Lune Noire » sont dessinées dans le filon de l’heroic fantasy. Avec Froideval, O.L. a surfé sur les influences graphiques de Frank Frazetta et Berni Wrightson, deux illustrateurs US dont il revendique l’influence. La violence est omniprésente, mais ponctuée de clins d’œil et « d’humour au second degré ».

Les difficultés de collaboration ont amené O.L. à se jeter avec Pat Mills dans « Requiem » qui prolonge, avec maestria et un foisonnement délirant, cette aventure personnelle dans un univers plus franchement gothique encore.
Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à « lire » « Requiem », même si, au gré des livraisons (on en est au 6ème tome), la mise en page s’est aérée et clarifiée. Là n’est peut-être pas son point fort. Comme l’explique O.L. lui-même, c’est de toute façon une « histoire à tiroirs »…

Le scénario me fait penser à un livret d’opéra. L’histoire est quasi impossible à résumer (je tente) : un soldat allemand, Heinrich, meurt sur le front russe. Il est projeté sur Résurrection, un monde chaotique et violent. Il y suit les enseignements du vampire Cryptus et devient « Requiem » à la recherche du seul être aimé de lui, Rébecca… Pour cette superproduction en technicolor et dessins double-page, O.L. propose un casting d’enfer avec, en guest-star, Dracula, Robespierre, Attila, et puis des dragons, des centaures et même des avions triplans…

Ne vous laissez pas impressionner. Ou plutôt, si… Mais par la puissance du dessin, la capacité narrative de chaque case et la force émotionnelle de certaines séquences. Vous êtes à Garnier ou à la Bastille, vous ai-je dit, c’est le chant qui vous emporte, le cri déchire votre confort, la raison n’a plus cours…
A l’instar de son confrère écossais, Adrian Smith (chef de file de l’équipe de Warhammer), O.L. a trouvé sur ce territoire la maîtrise d’une palette plus large où le « rouge pétant », sur fond noir ou bleu très dense, fait brûler d’un feu agressif les inscriptions les plus ésotériques ! Les scènes de bataille deviennent grandioses, comme une séquence des films d’Eisenstein quand il paraphrase l’affrontement des chevaliers teutoniques avec les forces du mal absolu. Un délire total, mais génial (que, malheureusement, on ne peut reproduire ici. Et même, il faudrait pouvoir les regarder sur les planches originales, grand format, plus que dans les albums, si réducteurs). A côté, les tableaux de Carpaccio ou de Mantegna restent des figures stylistiques (bon…j’exagère un peu).
Oui vraiment, la question se pose avec E. Beiramar (www.fantasy.fr) : dans quel recoin de son cerveau, O.L. va-t-il puiser toute cette dramaturgie.

Près de Lorient, à une portée de voix d’un Sorel dont l’univers, fantastique lui aussi, me semble plus serein (et plus marin), O.L. et son épouse sont des terriens ordinaires. Dans le village, on regarde d’un œil torve l’auteur de ces exubérances graphiques. Ce n’est pas l’atmosphère des Sorcières de Salem, mais ça jacasse et ça tracasse…
Lui, pourtant, en gentilhomme, ne cesse d’offrir des clés de lecture : « Le quotidien ne m’influence pas trop…pas plus…je ne cherche à puiser dans le côté sombre de la vie ». Non, son œuvre est pure jubilation. Sur le modèle de l’auteur de La Ligue des Gentlemen, il cherche avec Pat Mills « des trucs qui le font marrer ». Celui qui se dit « anar positiviste », revendique tout simplement de faire « ce qu’il veut ».

« J’ai une tribune, je suis libre de m’exprimer ». Si, comme d’autres auteurs, il reconnaît le besoin d’une sorte de thérapie (« le dessin permet de libérer toutes les images de violence que j’ai en moi »), il y a chez lui un côté manipulateur qui le force, tel un grand gosse, à miner, puis désamorcer « le côté noir » de ses histoires. Comment pourrait-il faire autrement, lui qui s’assume père de famille et franchement « popote » dans sa jolie maison morbihannaise. Il affirme dessiner « Requiem » en jouant les baby-sitters et en gardant un œil rivé sur le dernier épisode de « Oui-Oui » ou des « Barbe à Papa »…
Ni ange, ni démon. Mi-ange, mi-démon (mais pour le fun)…Olivier Ledroit n’a rien d’un poète maudit.
Posté par M.E.L. le 16 décembre 2005 dans
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14 décembre 2005
Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes
Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).
Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.
L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.
Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :
- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.
C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.
J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :
1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.
2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.
3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).
4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.
Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.
C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.
Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).
L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.
Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans
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13 décembre 2005
Terrorisme, grippe aviaire : Quelle responsabilité (état/entreprises) dans les plans anti-crise ?
La sécurité (biens et personnes) constitue une mission essentielle de l’Etat (défense militaire et police intérieure). Avec l’extension du « principe de précaution » et l’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité, les entreprises ont été amenées à créer des dispositifs internes de contrôle et d’intervention. Elles ont ainsi contribué à l’essor d’un véritable marché privé de la sécurité (vigilance, vidéo-surveillance, etc…).
L’Etat, serré aux entournures budgétaires, a pu y trouver son compte. Mais cette « délégation de sécurité » s’apparente, à mon goût, à une démission. Outre les questions concernant la garantie des droits civiques, elle pose d’évidents problèmes de discrimination : face aux émeutes, le gérant d’un café ou d’un magasin de motos n’a pas les moyens d’acheter les services d’une société de protection à laquelle fait appel l’industriel ou la chaîne d’hypermarchés !
Cette démission de l’Etat en matière de responsabilité et de gestion des moyens sécuritaires m’est apparue de manière encore plus flagrante lors de réunions récentes sur la gestion de la pandémie aviaire et le risque d’attentats terroristes.
1) La gestion des moyens et le principe « utilisateurs-payeurs »
Le plan de « pandémie aviaire » prévoit, dans un de ses scénarios les plus noirs, un confinement de la population à domicile. Les grandes enseignes (dont la nôtre) seraient, dans ce cas, requises pour approvisionner les personnes prioritaires (hôpitaux…) et la population en denrées de première nécessité.
Concrètement, cela suppose de la part de nos entreprises :
- La constitution d’un stock préalable de produits et une logistique dédiée.
- La mobilisation de plusieurs milliers de salariés.
- Leur équipement en masques FFP2 (durée d’utilisation 3 heures).
Evidemment, aucune des entreprises sollicitées ne rechignerait à jouer ce rôle. Lors des réunions de planification (qui rassemblent nos propres cadres et des fonctionnaires de différents ministères (défense, finances, santé…)), personne ne remet en cause la nécessité (l’obligation) d’agir de la sorte.
Mais curieusement, et alors qu’ils prennent en charge le stockage des vaccins, des antiviraux et de nombreux matériels, les pouvoirs publics exigent des professionnels jugés « stratégiques » d’équiper leur personnel (déjà réquisitionné) à leurs frais. Ainsi que d’assurer le maintien d’un stock prévisionnel permanent de masques et de provisions…
Le problème n’est pas essentiellement d’ordre financier, même s’il est important (pour notre enseigne, le plan requiert 12 millions de masques). De toute façon, si on est un jour dans ce scénario, les questions financières ne seront certainement pas nos préoccupations premières ! ! !
Mais il y a là une question de principe. En exigeant des sociétés privées une obligation de moyens, l’Etat ne se soustrait-il pas à sa responsabilité. Est-il normal qu’en temps de crise, il transfère ainsi la responsabilité de la sécurité du personnel réquisitionné sur les seuls employeurs ?
2) La privatisation de l’anti-terrorisme ?
C’est plus discrètement, et sans que l’affaire n’ait provoqué le moindre remous dans les médias, que le gouvernement a réformé plusieurs dispositions du « Code de la Défense ». Le nouveau texte, adopté fin novembre par l’A.N., précise les conditions de protection des « sites à risques » (centrales nucléaires, installations classées Seveso…) ou encore des sites très fréquentés par le public.
Que lit-on dans ce dispositif ? Oh, surprise ! « Les entreprises concernées seront tenues de coopérer, à leurs frais, à la protection desdits établissements,…contre toute menace à caractère terroriste ! ». Précédemment, les entreprises, comme EDF ou AREVA, avaient l’obligation de tenir compte des risques de sabotage dans leurs projets de construction. Normal ! Mais « la prévention du risque terroriste » est un concept beaucoup plus large, et nécessite bien d’autres moyens de contrôle des personnes.
Discuté dans le cadre d’un récent colloque (organisé par le Haut Comité Français de la Défense Civile), le nouveau texte a tout de suite été interprété, par les entreprises, comme une nouvelle démission de l’Etat.
J’ai moyennement apprécié la boutade du Préfet Boubé (secrétariat général de la Défense nationale) s’adressant à mon homonyme, Jacques Leclerc de Carrefour : « Si vous refusez d’ouvrir les sacs de vos clients, ce n’est pas l’Etat qui va vous embêter, mais la justice pour défaut de vigilance… ». A chaque plan Vigipirate, nous procédons de la sorte. Mais on en connaît les risques et les polémiques (discrimination, « délit de gueule », absence de protection juridique, etc…).
Mais plus sérieusement, jusqu’où peut-on (et faut-il) exiger de sociétés comme Suez par exemple, qu’elles fassent surveiller, par des agents de sécurité privés, tout son réseau d’adduction, de pompage et de stockage d’eau potable en France ?
Oui, je sais, certaines firmes pratiquent déjà cette forme de contrôle (Aéroports de Paris, compagnies de transport), mais a-t-on réfléchi au nombre de personnes qu’il faudrait recruter pour atteindre un objectif « zéro risque » (et quid des assermentations, des formations, des critères de sélection, etc…). A quand les officines paramilitaires ? Et, s’il y avait défaillance de ce personnel, en cas d’attentat par exemple, qui serait tenu pour responsable ? L’employeur privé, la société de vigiles ou l’Etat qui aura économisé l’emploi de la force publique.
J’ai bien aimé la remarque ironique de la Directrice de la Sécurité d’EDF : « Que l’entreprise participe au financement des moyens, pourquoi pas, mais elle ne pourra contenir un commando kamikaze en attendant que l’Etat arrive en mobylette… » (AFP, 30/11/05).
Conclusion :
Je ne voudrais pas être rabat-joie. Je trouve très positif le dialogue actuel entre l’Etat et les entreprises sur les questions de sécurité. Mais au risque de voir nos impôts adaptés à des besoins accrus par l’augmentation des menaces, l’Etat, me semble-t-il, doit rester le gestionnaire exclusif de ce domaine.
Posté par M.E.L. le 13 décembre 2005 dans
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12 décembre 2005
J. Chirac et la taxe sur les billets d’avion : Un essai à transformer !

© Patrick-David Alves
Même si, comme beaucoup de Français, je reste sceptique sur l’avenir de l'actuelle aérotaxe (sur les billets d’avion) votée par nos parlementaires, je ne comprends pas les sarcasmes dont fait l’objet l’initiative présidentielle.
Certes, il y a beaucoup à dire (et à critiquer) sur la méthode de prélèvement. Mais l’essai ne demande qu’à être transformé et il a le mérite de renforcer la position française dans son appel international à doter la recherche médicale d’une assise financière durable.
1) Les critiques des socioprofessionnels :
Dans la forme, les professionnels de l’aviation sont tout à fait en droit de s’indigner. Avec 7,5 milliards de dollars de pertes cumulées, les transporteurs aériens n’avaient pas besoin d’une taxe supplémentaire. Et sur le principe, il n’y avait aucune raison de les viser particulièrement, pas plus d’ailleurs qu’aucune autre catégorie socioprofessionnelle.
Mais je ne crois pas trop aux chiffres avancés par leur syndicat pour justifier de la crise annoncée (Lionel Guérin, de la Fédération nationale de l’aviation marchande, a parlé d’une perte potentielle d’un million de clients, entraînant la suppression de 3 à 4 000 emplois ! ! !).
La clientèle des compagnies low cost n’est probablement pas insensible à un léger renchérissement des tarifs (1 € supplémentaire pour un vol dans l’espace aérien, et 4 € pour un vol international)…mais tout de même, ça reste supportable. Quant aux voyages en classe affaires ou en première classe (10 € dans l’espace aérien et 40 € en dehors), ce n’est certes pas négligeable, mais tout le monde sait bien que les trois quarts de ces vols sont de nature professionnelle et financés par les entreprises. Ne soyons donc pas hypocrites !
J’admets que la question pourra se poser si le système ne fait pas tâche d’huile. Mais le Parlement a prévu d’en rediscuter les modalités (si c’est le cas) dans les deux ou trois ans qui viennent.
2) La discussion sur les moyens :
Plus fondamentale est la critique sur le statut même de cette taxe. Nous savons tous que trop de taxes tuent le « crédit » de la taxe. A refaire le coup de la vignette-auto, et alors qu’on parle encore d’imposer d’autres taxes parafiscales (spécifiques aux banlieues, à Emmaüs, à l’écologie…), on finit par brouiller les pistes et à susciter des interrogations sur les bonnes fins de tous ces prélèvements. Et l’humanitaire devient un coût comme un autre, laissant sur le tarmac toute expression volontaire de solidarité nationale.
D’ailleurs, s’il y avait une taxe à prélever sur l’aérien, ne faudrait-il pas, plutôt, le faire au titre de la préservation de l’environnement et du financement des énergies alternatives ! ! !
Oui, l’idéal eût été d’intervenir via le budget et de laisser à la parafiscalité son rôle spécifique. Mais tout le monde sait aussi ce qu’il en est des capacités budgétaires allemandes et françaises, en ces temps de vaches maigres…
3) La justification du projet :
Pour autant, on ne peut décemment accepter la critique selon laquelle l’initiative est inutile parce qu'inadéquate aux besoins.
Gilles Sengès, dans son éditorial (Les Echos, 23/11/05), fait la fine bouche en évoquant les 200 millions d’euros qui seront récoltés au titre de l’aérotaxe, « au lieu des 10 milliards initialement promis ». Mais l’argument n’a de sens que si nous restons isolés. Et personne ne prétend qu’il faille laisser les choses en l’état…
Les besoins ont été chiffrés par les participants du Sommet du Millénaire à New York. Tous (en l’occurrence les 78 membres de l’ONU signataires de la déclaration commune) estimaient que « de réels progrès étaient possibles avec de très faibles efforts pourvu qu’ils soient coordonnés et bénéficient d’un financement automatique » (JP Landau, Président du Groupe de travail sur les nouvelles contributions financières internationales).
Impossible de lutter durablement contre le SRAS, la grippe aviaire, le paludisme ou encore plus le sida, sans outil collectif, sans politique commune, et surtout…sans des moyens financiers stables, indépendants des bonnes volontés contributives dans les instances internationales.
En fait, deux facteurs conditionnent la réussite du projet :
1) La généralisation de cette contribution payée par tous les membres de l’ONU. Comme la France, ils ont signé, ils ont promis, la balle est dans leur camp. Angleterre, Chili…ils sont une dizaine à avoir annoncé la préparation de telles mesures.
Les Etats-Unis sont contre. C’est sûr, voilà une sérieuse complication. Ils n’ont pas non plus signé le protocole de Kyoto ! Faut-il abandonner aussi ce projet ? Ou au contraire persévérer. Si c’était facile, il n’y aurait pas de mérite. Il n’y aurait d’ailleurs pas de problème…
L’initiative chiraquienne permet à la France de parler plus haut, plus fort. Il est évident que si on baisse les bras dès le départ, le projet est mort-né !
2) L’argent ne suffit pas. Il faut encore déterminer le mode opératoire qui le rendra utile, bien dépensé et contrôlé ! Tout cela reste à définir. Mais personne ne peut plus contester la capacité française d’être aujourd’hui plus exigeante.
Oui, décidément, après avoir passé au tamis de l’analyse critique les différents arguments, je considère que la France n’a pas eu tort d’être pionnière dans cette affaire. Et si, incontestablement, il nous faudra par la suite revoir les modalités de la taxe, au moins n’aura-t-on pas l’excuse pitoyable de n’avoir rien fait (de n’avoir rien voulu faire !).
Posté par M.E.L. le 12 décembre 2005 dans
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11 décembre 2005
Festival d’Angoulême : Un scénariste pour Président ?

De gauche à droite : Christin, Benoît Peeters, Van Hamme et Yann
L’édition 2006 du FIBD est sur les rails. Lundi dernier, à Beaubourg, devant un amphi peuplé d’auteurs, d’éditeurs et de journalistes, Georges Wolinski, élu roi pour l’année, et son vizir, Jean-Marc Thévenet (directeur permanent du Festival), tenaient conférence de presse. Programme, invités, expositions… Sous les bulles de la cité charentaise, on va se bousculer (115 000 entrées attendues !).
1) J’ai particulièrement retenu (et je vous ressors l’info, pour le moment stockée chez les professionnels et dans les médias partenaires) :
- Les expos :
. « De Pilote à Poisson Pilote », l’histoire de deux publications phares de la BD,
. Jules Verne, « Images d’un imaginaire »,
. Wolinski.
- Les rencontres :
. Régis Loisel tombe les planches de « Magasin Général ». Avec Jean-Louis Tripp, il produit à 4 mains, en direct du Québec.
. René Pétillon : Après l’Enquête corse, il s’accapare de la polémique sur le voile.
. Grzegorz Rosinski retrouve le goût de peindre. Méga star de la BD réaliste, GR se remet en cause. Le prochain Thorgal, comme « Le Comte Skarbek » seront réalisés à l’huile.
Au programme aussi, débat sur « les séries », avec les piliers des « cycles longs » (ex. : Le Triangle Secret de Didier Convard et Denis Falque, Christian Gine, Pierre Wachs, Gilles Chaillet, Eric Stalner, Jean-Charles Kraehn, Patrick Jusseaume).
2) Puisqu’il m’était donné de placer quelques mots (en tant que sponsor depuis 1991), j’en ai profité pour suggérer qu’on s’intéresse un peu plus aux scénarios, dans l’univers du 9ème Art. Et puisque chaque année, l’Académie des « anciens » élit un nouveau Président, pourquoi ne pas honorer, enfin, ceux par qui les planches ne sont pas que des objets graphiques.
La BD, c’est d’abord le dessin. La qualité de la narration dépend de la mise en page, de la nervosité du trait, de la fluidité de la lecture, case après case… Pas illogique donc de fêter, à Angoulême, un auteur emblématique dont les images donnent à aimer la BD.
Mais la BD gagne à s’appuyer sur un texte de qualité. La génération Métal a surfé sur les revendications de 68. Les grands auteurs ont toujours eu l’humilité de servir les grands textes (Bilal, Tardi, Druillet…) ou de s’appuyer sur des scénaristes de talent (Yan, Christin...). Et a contrario, si la création aujourd’hui est portée par une belle génération de graphistes, elle manque très souvent de contenu.
A Angoulême, ces dix dernières années, le Festival a su bâtir des ponts avec l’industrie du cinéma, de la vidéo, des jeux électroniques ou de la publicité. Il a ouvert des voies pour des carrières mixtes. Il a su profiter de cet environnement pour attirer des vocations bédéphiles. Mais il n’existe aucune passerelle (ou si peu) depuis le monde des lettres et de l’écriture. C’est dommage.
Alors, oui, un Président ou un Co-Président scénariste, ce serait bien.
Je vais de ce pas écrire à tous les membres de l’Académie d’Angoulême pour qu’ils osent enfin offrir aux scénaristes cette reconnaissance.
Posté par M.E.L. le 11 décembre 2005 dans
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9 décembre 2005
Licenciements dans les GMS : La crise n’est pas générale !

Depuis trois semaines, les médias nous interrogent : « Vu les annonces de licenciements dans plusieurs enseignes et l’absence de création d’emplois dans le secteur, cette année, va-t-on vers une période de vaches maigres ? ».
Réponse : non, la distribution n’est pas en crise. Les perspectives de licenciements ne concernent que quelques enseignes.
1) Les plans de restructuration n’affectent que les enseignes qui, depuis deux ou trois ans, ont perdu des parts de marché.
Carrefour a annoncé vouloir supprimer 1 700 postes, principalement au siège social et dans les structures centralisées du groupe. J.L. Duran a expliqué, mercredi 16/11, qu’il s’agit de « sauvegarder la compétitivité du groupe…et alors que la compétition entre les enseignes va être renforcée en 2006 ». Si initialement, J.L. Duran parlait bien de « sacrifices » et de « recherche de réduction des coûts », il nuance aujourd’hui et parle de « redéploiement » de salariés du siège (20 %) vers les hypers de province ( ! ! !).
Intermarché : Les Mousquetaires prévoient une charrette de 1 000 à 1 500 postes au siège et dans leurs bases logistiques (mais sur 3 ans ?). Tout le monde sait qu’ITM sort d’une période difficile, notamment en Allemagne. Le groupe cherche à redynamiser ses magasins français. Mais la machine est lente à repartir.
2) Dans les autres enseignes, l’emploi ne semble pas menacé, même si, au vu des faibles perspectives de croissance, les managers restent prudents.
Auchan continue à embaucher après les 12 500 CDI recrutés ces deux dernières années. 4 500 nouveaux emplois sont prévus en 2006.
Système U, l’enseigne de supermarchés qui se porte le mieux, continue sa croissance et sa conquête de parts de marché. Serge Papin a confirmé que son groupe était toujours créateur net d’emplois.
3) Chez E. Leclerc, je confirme que nous continuerons à recruter en 2006.
Contrairement aux deux premières enseignes qui ont annoncé des plans de licenciements, nos structures sont déjà légères. On ne peut pas licencier 1 700 personnes au siège vu qu’on est 450 ! ! ! Le groupe a les structures nationales les moins coûteuses de la distribution (le Groupement d’Achats coûte à chaque adhérent 0,17 % de son chiffre d’affaires. Le coût de chaque coopérative régionale, où transite 80 % des achats, est de 3 % des enlèvements marchandises).
Dans la perspective de la baisse des prix rendue possible par la réforme de la loi Galland, nous sommes évidemment attentifs à la maîtrise des coûts. Mais le mot d’ordre est moins de conserver la marge que « d’aller chercher » de nouveaux clients. La priorité, c’est donc le commercial (une agressivité promotionnelle accrue).
Ce sont principalement les magasins qui recrutent. 7 500 emplois ont été créés en 4 ans ! L’année dernière encore, 1 300. Ici ou là, certains de nos hypers devront peut-être adapter leurs effectifs à l’évolution négative de leur marché. Mais globalement, toute l’enseigne est focalisée sur la modernisation des magasins et l’extension des concepts spécialisés (espaces culturels, parapharmacie, sport, etc…), ce qui garantit un bon rythme d’embauches.
Pas de panique donc. Je suis convaincu que le commerce restera un des principaux viviers d’emplois pour ces prochaines années, quels que soient les aléas de gestion rencontrés dans telle ou telle enseigne. Sauf évidemment, retournement de conjoncture. Mais on n’en est pas là.
Posté par M.E.L. le 9 décembre 2005 dans
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8 décembre 2005
Réforme Jacob/Dutreil : Hausses des tarifs fournisseurs…contre baisses de prix ?
Cette note est forcément un peu technique. Mais les professionnels du secteur, et même des étudiants, m’ont demandé de continuer à faire le point sur l’application de la réforme Jacob/Dutreil. Je m’y plie volontiers. Désolé, donc, pour ceux que l’aridité du sujet rebute.
Intéressant papier de Stéphane Lauer dans Le Monde (06/12/05). José-Luis Duran, le successeur de Daniel Bernard à la tête de Carrefour, y insiste sur ce paradoxe : la réforme de la loi Galland devrait permettre de baisser les prix au 1er janvier. Mais ce mouvement pourrait être contrecarré par les hausses de tarifs que les fournisseurs envoient actuellement dans les centrales d’achat.
1) Les hausses de tarifs
D’abord, je confirme les chiffres de JLD.
a) JLD parle de hausses de 4 à 6 % en moyenne. Les adhérents en charge de notre groupement d’achats me communiquent, quant à eux, leurs estimations. Avant négos et si l’on s’en tient aux documents reçus, 33 % de nos achats seraient en hausse de 4 à 8 %, 40 % verraient leur prix augmenter entre 2 et 4 %.
b) Il faut cependant nuancer. Les perspectives de hausses dans l’alimentaire sont moins fortes. Idem pour le petit électroménager ou le textile évidemment. Mais il y a, ici ou là, des hausses sporadiques (dans les rayons fromage (pâte molle), des boissons gazeuses, des viandes surgelées ou de l’ultra-frais) qui sont étonnantes (jusqu’à 7 %), sans que ne nous soient proposées d’explications.
c) C’est principalement le secteur de l’hygiène, de la beauté et des cosmétiques qui tire les hausses (Procter, Unilever, Gillette, L’Oréal, etc…). Chez ces industriels, quelques marques afficheraient des prétentions de hausse jusqu’à 12 %.
d) Nous parlons ici des grandes marques nationales et internationales. Il y a bien quelques bonnes questions à poser à certaines grosses PME (dans la charcuterie, par exemple), mais c’est marginal.
2) Quelle négociation ?
Pour notre groupement, comme pour Carrefour ou, j’imagine, tout autre distributeur, il n’est pas question d’endosser ces hausses. On sent bien que certains industriels se sont dits : « Puisque la loi Jacob/Dutreil va permettre aux distributeurs de baisser leurs marges (en réincorporant de la marge arrière), autant en profiter pour faire passer quelques hausses. (6 % d’augmentation tarifaire ne se remarqueront pas si, par le jeu rétabli de la concurrence, les enseignes baissent leurs PVC de 10 %) ».
Mais ce n’est pas si simple !
a) D’abord, les distributeurs vont tenter de négocier certaines hausses. La marge de manœuvre est faible. D’autant que les industriels plaideront l’incapacité juridique de pratiquer des tarifs discriminatoires. Si la distribution ne fait pas unanimement front, la négo risque de se perdre dans les sables de 2006.
b) Les distributeurs peuvent essayer de remplacer les articles qui ont le plus augmenté par des produits MDD. Auchan et Casino ont annoncé le resserrement de leur offre grandes marques. Notre groupement a clairement fait savoir aux industriels que, pour nous, cette option resterait une alternative (faute d’obtenir des hausses de prix limitées). J’avais compris, compte tenu de propos antérieurs de JLD, que Carrefour avait décidé de jouer à fond le redéploiement de ses marques propres. Mais, dans les citations rapportées par Le Monde, il y aurait comme une marche arrière. A vérifier.
3) L’impact de la réforme et les difficultés nouvellement créées
Dans le contexte de la réforme Jacob/Dutreil, c’est moins la base tarifaire qui déterminera le niveau de prix public que le nouveau seuil de revente à perte (tarif moins avantages déductibles). Aussi, c’est l’établissement du nouveau SRP qui est l’enjeu de la négociation en cette fin 2005.
Mais cette négociation va être très difficile.
La loi offre expressément aux distributeurs la possibilité de négocier des conditions particulières de vente (CPV). (Répercutés dans les prix, ces avantages commerciaux pourraient permettre de contrecarrer les hausses).
Mais l’administration défend une conception très restrictive des CPV (que nous contestons). Paradoxalement, alors qu’elle souhaitait la diminution des marges arrière, son interprétation de la loi conduirait à refaire de la seule coopération commerciale l’enjeu de la négociation et le moyen de contrecarrer les hausses de tarifs.
L’exercice est très risqué…puisqu’il appartient aux seuls distributeurs d’en justifier le montant et la contrepartie.
Comment accepter l’augmentation de la coopération commerciale, et justifier de nouveaux services, alors qu’il ne s’agit pour le distributeur que de négocier un prix (de limiter l’augmentation tarifaire) ?
JLD a donc mille fois raison : la loi Jacob/Dutreil, malgré les nouvelles marges de manoeuvre, a laissé aux industriels le pouvoir de fixer unilatéralement leurs tarifs. La capacité pour les distributeurs d’en contrecarrer les hausses dépend, si l’on suit l’administration, de leur capacité à acquérir, mais à justifier plus de coopération commerciale ! ! !
Renaud Dutreil a publié, aujourd’hui, la circulaire d’interprétation attendue par tous les professionnels. Si j’ai un conseil à lui prodiguer, c’est de ne plus réitérer sa promesse d’une baisse de prix de 5 %. Quels que soient nos efforts (et nous ne serons pas manchots), il nous en conteste les moyens.
Posté par M.E.L. le 8 décembre 2005 dans
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6 décembre 2005
Les super profits de la crise : selon que vous soyez pétroliers ou pharmaciens…

Photomontage E.Leclerc
A la lecture des gazettes économiques, ce week-end, je me suis posé cette question : pourquoi ce traitement discriminatoire de la part des politiques et des médias à l’égard des profits pétroliers, alors que les entreprises du secteur pharmaceutique annoncent des perspectives de résultats pharaoniques…sans rencontrer trop de critiques ?
1) Le pétrole
La salve la plus agressive nous est venue d’outre-Atlantique : « Honte à ceux qui abusent du système de la libre entreprise dans leur propre intérêt… Ils (les profiteurs) vont devoir mettre la main au portefeuille pour aider les familles qui se débattent pour chauffer leur maison ».
C’est Dennis Hastert, le Chef républicain de la Chambre des Représentants américaine, qui, le mois dernier, portait l’estocade aux compagnies pétrolières US. Rien ne dit qu’il sera entendu. Mais la polémique a pris suffisamment d’ampleur aux Etats-Unis pour que le débat s’installe durablement au Congrès et amène tous les acteurs économiques et politiques, qu’ils soient libéraux ou interventionnistes, à poser la question de la justification des super profits.
Rappelons les enjeux : Royal Dutch Shell, BP, Chevron, Total et Exon ont réalisé 32,7 milliards de dollars de profits au troisième trimestre 2005. Augmentation de 52 %, à période comparable. Exon enregistre même le plus gros bénéfice de toute l’histoire américaine du pétrole.
Vu de France, l’or noir rapporte aussi : Total va se constituer un magot de 12 milliards d’euros cette année, dont 8 générés par son activité d’exploration.
Première réaction : l’indignation morale. On oppose aux super profits les besoins des populations les plus pauvres, ou même des consommateurs qui, de la part des pétroliers, par exemple, auraient pu s’attendre à un geste commercial.
Deuxième réaction : surfant sur cette première indignation, la problématique devient celle de la re-répartition des profits par la taxation. C’est l’angle sous lequel les démocrates américains ont, il y a deux mois, construit leur proposition de loi pour demander la taxation de la moitié des bénéfices, dès lors que le prix du brut dépasserait 40 dollars le baril. C’était aussi l’idée contenue dans la menace (sans suite) proférée par Thierry Breton à l’égard des majors en France.
Très clairement, on propose de résoudre le problème moral par une « proposition » de répartition…de manière à en atténuer les effets provocateurs. L’action publique se fait tantôt gendarme, tantôt « agence de participation » quand elle prétend affecter le résultat de la taxe à des programmes d’énergies alternatives par exemple.
2) La pharmacie
Pour être moins spectaculaires, les profits annoncés dans l’industrie pharmaceutique sont proportionnellement tout aussi colossaux. La grippe aviaire a garanti aux laboratoires Roche, producteur du tamiflu, GlaxoSmithKline, et Sanofi-Aventis, un marché juteux pour au moins cinq ou six ans. Tous les pays occidentaux veulent des stocks. Pour peu qu’on leur en donne les moyens, les pays les plus pauvres (qui sont les plus touchés par ces épidémies) voudraient faire de même. Résultat : un marché énorme et toutes les gazettes financières n’ont d’yeux que pour le cours de bourse de ces laborantins.
L’actionnariat ne s’y est pas trompé. Tout le monde salive : sur six mois, le cours de Roche est passé de 95 à 126 euros, celui de Novartis de 38,6 à 46, 2…
Les critiques : eh bien, justement, pas grand chose ! ! ! On parle bien en France de la taxe sur les médicaments. Mais c’est une problématique hexagonale, générée par les difficultés de notre sécu, bien en peine d’effectuer tous ces remboursements… Il y a bien sûr le fameux débat sur les génériques, notamment pour les médicaments utiles dans le traitement du sida. Mais passé l’opprobre, rien sur la confiscation des super profits, sur une hypothétique taxation.
Mieux encore, c’est la taxe Tobin sur les produits financiers, ou le projet chiraquien de l’aérotaxe (sur les billets d’avion)…qu’on invoque pour alimenter un fonds international d’accès aux médicaments ! ! !
3) Pourquoi cette différence de traitement ?
Interrogés, les spécialistes du secteur répondent spontanément : « C’est compréhensible, les profits pharmaceutiques récompensent des années de recherche… ».
De fait, la plupart des innovations, ces cinq dernières années, ont été le fait de sociétés privées. Les laboratoires Roche ont mis dix ans pour développer les molécules qui font aujourd’hui le succès du tamiflu. Sur un marché hyper concurrencé, ses dirigeants sont en droit de considérer que les profits d’aujourd’hui doivent être appréciés à l’aune des sacrifices d’hier. De quel droit parlerait-on de taxation.
D’autant que les négociations avec les laboratoires semblent avoir abouti à des engagements de commercialisation de médicaments génériques à plus bas prix dont bénéficieraient les populations des pays les plus vulnérables.
De toute façon, l’argument est-il vraiment recevable puisque, comptablement, les profits annoncés sont nets des dépenses de recherche (déduites des bénéfices puisque faisant partie des frais généraux).
S’agissant des investissements, les pétroliers aussi peuvent présenter le même argument. C’est d’ailleurs celui que m’a servi, sur le plateau de France Europe Express, Thierry Desmarest, PDG de Total. Et si l’on effectue la comparaison, les besoins financiers pour l’exploration pétrolière sont bien plus grands que dans le secteur de la pharmacie.
Doit-on alors considérer que ce traitement discriminatoire à l’égard des profits pétroliers n’a d’autre explication que la mauvaise communication de ce secteur, l’un des plus mal-aimés, mais nécessaire à notre économie…
Posté par M.E.L. le 6 décembre 2005 dans
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3 décembre 2005
Juanjo Guarnido : Le talent n’attend pas les années !

Les fans de bandes dessinées sont unanimes. Dans l’histoire du 9ème Art, rarement jeune auteur aura atteint les sommets (le succès plus le talent) en si peu de livraisons. Avec deux albums, « Blacksad », la série scénarisée par Diaz Canales et dessinée par Juanjo Guarnido…est déjà une légende. L’éditeur (Dargaud) aurait prévu un tirage de 150 000 exemplaires pour le 3ème tome.
Si j’avais un album à recommander pour faire découvrir ce que la bande dessinée d’aujourd’hui peut inventer de mieux, je dirais : offez-vous « Blacksad ».

C’est d’abord une histoire. On plonge dans l’univers urbain des années 50 aux Etats-Unis. Blacksad est un chat. Un détective psychologiquement bâti sur le modèle de Bogart, mais un chat…large d’épaules, puissant, tendre devant la veuve et l’orphelin, violent et colérique, s’il faut mater le truand.
A l’instar d’un Sokal, et dans la tradition encore plus établie d’un Walt Disney, Guarnido met en scène un bestiaire étonnant. Des animaux qui paraphrasent les hommes. Guarnido insiste : « Ce n’est pas de l’anthropomorphisme, mais du zoomorphisme ». Un casting génial. Bourré de stéréotypes, certes, mais avec plein de clins d’œil, des réminiscences : le hibou est le scientifique, le vieux milliardaire est tortue, le tigre joue du tennis, l’acolyte fouineur de Blacksad est…renard.

Ne dites pas : mais ce renard, c’est le Peter Pan de Walt Disney ! Vous feriez sourire, Juanjo. Bien sûr que c’est lui. Il le revendique. Juanjo a beaucoup appris de Disney pour qui il est venu travailler à Paris (à Montreuil précisément) jusqu’à la fermeture des studios. C’est à l’occasion de cette collaboration que sans doute, il s’initia aux techniques de « plongée » ou « contre-plongée », portant le regard sur une scène telle que la verrait le caméraman (Juanjo mime avec aisance le réalisateur quand il décrit son procédé graphique). Il en résulte une profondeur de champ, magnifiée par des dégradés de couleurs comme rarement obtenus en bande dessinée.
Le tandem Canales-Guarnido construit l’histoire de Blacksad avec un découpage digne des meilleurs réalisateurs hollywoodiens.
Mais ce n’est pas du Disney, c’est du Guarnido.

A Eric Libiot (L’Express), il confiait : « A la différence du cinéma, le vocabulaire utilisé pour la bédé pour faire passer l’émotion et l’information est assez limité. Il n’y a pas de son, pas de musique, pas d’acteurs… ». Pas question de réalisme, donc. « La spécificité du dessin de bédé se trouve dans la réinterprétation du réel. Au final, je dessine ce que je veux que les gens voient ».
Eh, mon Dieu, que c’est beau. La lecture de Blacksad est fluide. On s’arrête, on s’appesantit sur les scènes intimistes. Mais dès l’accélération de l’action, le lecteur lui-même est obligé de courir, de tourner la page, de glisser sur les cases. Il faut beaucoup de travail pour en arriver là.

Les éditions Desbois viennent de publier un superbe collector des travaux préparatoires de Blacksad. Croquis, aquarelles, gouaches… Chaque case fait l’objet d’une attention hyper pointue. Il y a des tâtonnements, des rebus, des éclairages différents, des essais de colorisation… Pas étonnant que nos auteurs prennent leur temps.
Vu la beauté de chaque planche, on devine que l’on a affaire à un esthète. A un ciseleur, un orfèvre. Mais aussi à un bourreau de travail. Attention, ne lui dites pas combien chacun de ses dessins mérite d’être encadré. Pour lui, ce qui compte, c’est l’unicité du récit, l’appropriation de la succession des scènes par le lecteur. « De toute façon, une fois l’album terminé, le lecteur a toujours le loisir de revenir sur une case pour se rendre compte que le gars s’est vraiment emmerdé à dessiner tel ou tel truc », disait-il modestement à Eric Libiot.
Le succès ne lui a pas fait tourner la tête. S’il habite deux étages d’un confortable pavillon, non loin des bords de Marne, notre artiste ne dédaigne pas jouer les classiques : il est d’abord un bon père de famille. Il s’est, sous les toits, octroyé la pièce la plus éclairée pour en faire son atelier. Ici ou là, des figurines, des photos, des dessins de quelques amis qui lui sont chers (parmi lesquels Régis Loisel, préfacier du premier Blacksad). Mais alors qu’on est en pleine interview, il sait s’arrêter pour écouter les pas des bambins de retour de l’école, et s’esclaffer quand son épouse, portant masque d’Halloween, pointe le bout de son nez en travers de la porte. Elle est drôle et attachante, elle aussi. Née à Saint-Domingue, baignée de culture américaine (elle a passé la plus grande partie de sa vie à Brooklyn), elle fait carrière dans le dessin animé. Ils sont manifestement de connivence, nos deux tourtereaux, dès qu’on parle dessin. Et ils aiment faire la fête.

C’est cette jovialité qui est le trait dominant du caractère de Guarnido. Une joie de vivre qui sait le préserver de « la grosse tête ». « Il faut arrêter de me cirer les pompes. De toute façon, il y a toujours des vertus et des défauts sur tous les dessins ».
Ce type-là respire la gentillesse et la générosité. Une chose ne trompe pas : il ne sait dire que du bien de ses collègues de la bande dessinée. Et si on le dit irrité par la cover du dernier Sokal, si copie collée de celle du premier Blacksad, il n’en laisse rien paraître. De sa modestie, je garderai toujours cette image : Guarnido faisant la visite de l’exposition Toppi à la Conciergerie, à deux pas derrière le grand Rosinski à qui il vient timidement de serrer la paluche. Lui, félin et discret, s’est contenté de suivre l’ours polonais (très paternel) à bonne distance, juste admiratif et reconnaissant… Mais Juanjo avait les yeux de l’élève qui est en train de quitter l’atelier du maître…
Un grand, je vous le dis.
Posté par M.E.L. le 3 décembre 2005 dans
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