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13 décembre 2005

Terrorisme, grippe aviaire : Quelle responsabilité (état/entreprises) dans les plans anti-crise ?

La sécurité (biens et personnes) constitue une mission essentielle de l’Etat (défense militaire et police intérieure). Avec l’extension du « principe de précaution » et l’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité, les entreprises ont été amenées à créer des dispositifs internes de contrôle et d’intervention. Elles ont ainsi contribué à l’essor d’un véritable marché privé de la sécurité (vigilance, vidéo-surveillance, etc…).

L’Etat, serré aux entournures budgétaires, a pu y trouver son compte. Mais cette « délégation de sécurité » s’apparente, à mon goût, à une démission. Outre les questions concernant la garantie des droits civiques, elle pose d’évidents problèmes de discrimination : face aux émeutes, le gérant d’un café ou d’un magasin de motos n’a pas les moyens d’acheter les services d’une société de protection à laquelle fait appel l’industriel ou la chaîne d’hypermarchés !

Cette démission de l’Etat en matière de responsabilité et de gestion des moyens sécuritaires m’est apparue de manière encore plus flagrante lors de réunions récentes sur la gestion de la pandémie aviaire et le risque d’attentats terroristes.

1) La gestion des moyens et le principe « utilisateurs-payeurs »

Le plan de « pandémie aviaire » prévoit, dans un de ses scénarios les plus noirs, un confinement de la population à domicile. Les grandes enseignes (dont la nôtre) seraient, dans ce cas, requises pour approvisionner les personnes prioritaires (hôpitaux…) et la population en denrées de première nécessité.

Concrètement, cela suppose de la part de nos entreprises :
- La constitution d’un stock préalable de produits et une logistique dédiée.
- La mobilisation de plusieurs milliers de salariés.
- Leur équipement en masques FFP2 (durée d’utilisation 3 heures).

Evidemment, aucune des entreprises sollicitées ne rechignerait à jouer ce rôle. Lors des réunions de planification (qui rassemblent nos propres cadres et des fonctionnaires de différents ministères (défense, finances, santé…)), personne ne remet en cause la nécessité (l’obligation) d’agir de la sorte.

Mais curieusement, et alors qu’ils prennent en charge le stockage des vaccins, des antiviraux et de nombreux matériels, les pouvoirs publics exigent des professionnels jugés « stratégiques » d’équiper leur personnel (déjà réquisitionné) à leurs frais. Ainsi que d’assurer le maintien d’un stock prévisionnel permanent de masques et de provisions…

Le problème n’est pas essentiellement d’ordre financier, même s’il est important (pour notre enseigne, le plan requiert 12 millions de masques). De toute façon, si on est un jour dans ce scénario, les questions financières ne seront certainement pas nos préoccupations premières ! ! !

Mais il y a là une question de principe. En exigeant des sociétés privées une obligation de moyens, l’Etat ne se soustrait-il pas à sa responsabilité. Est-il normal qu’en temps de crise, il transfère ainsi la responsabilité de la sécurité du personnel réquisitionné sur les seuls employeurs ?

2) La privatisation de l’anti-terrorisme ?

C’est plus discrètement, et sans que l’affaire n’ait provoqué le moindre remous dans les médias, que le gouvernement a réformé plusieurs dispositions du « Code de la Défense ». Le nouveau texte, adopté fin novembre par l’A.N., précise les conditions de protection des « sites à risques » (centrales nucléaires, installations classées Seveso…) ou encore des sites très fréquentés par le public.

Que lit-on dans ce dispositif ? Oh, surprise ! « Les entreprises concernées seront tenues de coopérer, à leurs frais, à la protection desdits établissements,…contre toute menace à caractère terroriste ! ». Précédemment, les entreprises, comme EDF ou AREVA, avaient l’obligation de tenir compte des risques de sabotage dans leurs projets de construction. Normal ! Mais « la prévention du risque terroriste » est un concept beaucoup plus large, et nécessite bien d’autres moyens de contrôle des personnes.

Discuté dans le cadre d’un récent colloque (organisé par le Haut Comité Français de la Défense Civile), le nouveau texte a tout de suite été interprété, par les entreprises, comme une nouvelle démission de l’Etat.

J’ai moyennement apprécié la boutade du Préfet Boubé (secrétariat général de la Défense nationale) s’adressant à mon homonyme, Jacques Leclerc de Carrefour : « Si vous refusez d’ouvrir les sacs de vos clients, ce n’est pas l’Etat qui va vous embêter, mais la justice pour défaut de vigilance… ». A chaque plan Vigipirate, nous procédons de la sorte. Mais on en connaît les risques et les polémiques (discrimination, « délit de gueule », absence de protection juridique, etc…).

Mais plus sérieusement, jusqu’où peut-on (et faut-il) exiger de sociétés comme Suez par exemple, qu’elles fassent surveiller, par des agents de sécurité privés, tout son réseau d’adduction, de pompage et de stockage d’eau potable en France ?

Oui, je sais, certaines firmes pratiquent déjà cette forme de contrôle (Aéroports de Paris, compagnies de transport), mais a-t-on réfléchi au nombre de personnes qu’il faudrait recruter pour atteindre un objectif « zéro risque » (et quid des assermentations, des formations, des critères de sélection, etc…). A quand les officines paramilitaires ? Et, s’il y avait défaillance de ce personnel, en cas d’attentat par exemple, qui serait tenu pour responsable ? L’employeur privé, la société de vigiles ou l’Etat qui aura économisé l’emploi de la force publique.

J’ai bien aimé la remarque ironique de la Directrice de la Sécurité d’EDF : « Que l’entreprise participe au financement des moyens, pourquoi pas, mais elle ne pourra contenir un commando kamikaze en attendant que l’Etat arrive en mobylette… » (AFP, 30/11/05).

Conclusion :

Je ne voudrais pas être rabat-joie. Je trouve très positif le dialogue actuel entre l’Etat et les entreprises sur les questions de sécurité. Mais au risque de voir nos impôts adaptés à des besoins accrus par l’augmentation des menaces, l’Etat, me semble-t-il, doit rester le gestionnaire exclusif de ce domaine.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 décembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Economie , Libertés , Politique , Société
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Les commentaires : 6

poste_parLe 18 février 2006 - 18:38 michel a dit :

Il ne faut pas tout attendre des pouvoirs publics surtout dans le cas d'une pandémie de grippe aviaire.
Il faudra plusieurs jours pour mettre en place le plan gouvrnemental.
En revanche on peut dans chaque entreprise, travailler sur la gestion du risque infectieux et la prévention en prévision d'une pandémie de grippe aviaire humanisée.
La prévention et l'information sur le risque pourrait être déterminant dans l'évolution économique des Hyper.
Je suis à votre disposition pour en discuter avec vous
A bientot MEL
Michel

poste_parLe 13 janvier 2006 - 15:45 a dit :

A la télévision, dans tous les journaux,... et sur le web, par milliers de pages quotidiennes, on entend et on lit les commentaires les plus divergents sur la grippe aviaire.

Répétées à l'infini, les médias nous projettent les terribles images de ces volatiles détruits comme des déchets hautement contaminés; des poules ramassées comme de vieux torchons, jetées dans des fosses et brûlées vivantes, des oies et des canards fourrés dans des sacs ou des tonneaux, qui, eux aussi, seront étouffés ou incinérés (vivants) par centaines de milliers. Mais jamais, absolument jamais, ni à la télévision ni dans les journaux, nulle part, un seul mot, une seule allusion même, témoignant de la moindre compassion pour ces animaux! Le silence le plus total.

En outre, et voilà bien l'ampleur du problème, aucun média ne mentionne le végétarisme comme alternative possible à cette terrible crise. Il suffit par exemple, dans Google-Actualités (500 sources d'information mises à jour en continu), de saisir les 3 mots clés "grippe aviaire végétarisme" et vous constaterez par vous même qu'aucun document ne correspond à ces termes de recherche. En clair, pas un seul média n'a jamais rassemblé ces trois termes dans un même article.

Et pourtant, n'est-ce-pas une évidemment que le végétarisme est une solution efficace et durable à toutes ces horreurs et souffrances inutiles.

Pas d'élevage, pas de grippe aviaire. C'est tellement facile d'opter pour une alimentation végétarienne

Maintenant, c'est pas tout, il faut encore que la masse imposante des humains optent pour une nouvelle culture culinaire. Alors, plutôt que de m'étendre encore sur ce sujet qui me fâche, je viens de réaliser une petit recherche simple sur le web et il ne m'a pas fallu plus de 2 minutes pour trouver quelques adresses utiles qui pourraient nous aider à entamer cette si facile révolution. En voici une par exemple ( http://avea.net/cvg ), un recueil de plus de 500 recettes parfaitement exemptes de cruauté, illustrées de surcroît.

Dans l'espoir de voir le monde changer,

Etienne

poste_parLe 23 décembre 2005 - 15:49 M.E.L a dit :

Réponse à Marie Dufoure (13/12/05)

Non, je ne connais pas ce produit. Difficile d’émettre un point de vue sur quelque chose qu’on ne connaît pas. Si vous voulez préciser votre question ou si vous arrivez à trouver le produit en question, n'hésitez pas à m'écrire (ACDLec, 52 rue Camille Desmoulins, 92451 Issy-les-Moulineaux), je vous répondrai.

poste_parLe 14 décembre 2005 - 15:22 poesie a dit :

Mon père disait: Il vaut mieux tourner sa langue cent fois dans sa bouche, plutôt que de dire une bêtise.
Donc je dirai simplement BON NOËL ET
UN TRES BON RESTE D'ANNEE A TOUTES ET A TOUS.

poste_parLe 14 décembre 2005 - 14:19 Marianne a dit :

Bonjour,

1/ Il s’agit d’une situation « spéciale ». Les professionnels jugés « stratégiques » devront fournir une prestation en faveur des services publics donc sortant de leur contexte habituel.
De ce fait, concernant le personnel sollicité à vos frais afin de bien mener votre action, il serait envisageable, à mon humble avis, d’augmenter au minimum le coût des produits livrés; puisque, d’une, les produits livrés sont soumis au coût supplémentaire de la livraison et ceci qu’il y ait crise ou pas, et de deux, dans ce cas précis il se rajoute le fait que vous alliez devoir engager quelques dépenses afférentes et non négligeables en la matière…

Pour les masques FFP2, il s’agit de la responsabilité des Services de Santé. Il est envisageable qu’ils vous fournissent ces masques, cela coule du bon sens, au même titre que leur personnel médical en est équipé...

Quand on va au restaurant, on n’emmène pas avec soi son assiette et son couvert:) mais il s’agit là de personnes malades, victimes d’une pandémie et qui n’ont rien demandé donc ma « remarque » sous-entend une incompréhension de ce raisonnement fantaisiste des services publics d’autant plus qu’à ma connaissance vous ne commercialisez pas pour le moment des masques FFP2…

Tout ceci est à négocier à mon avis avec les services concernés ainsi que la mise au point d'une étude de la position des autres enseignes sollicitées afin de ne pas perdre une compétitivité…
Mais là, un souci peut se poser : le fameux combat contre la hausse des prix. Ne s’agissant pas d’une situation dite « normale » mais plutôt d’une crise grave (remake apocalypse), ce souci ne s’appliquera pas en la matière…

Conclusion : responsabilité partagée à l’amiable…

2/ Un hyper ou supermarché ne connaît pas la même affluence que les aéroports d’Orly ou de Roissy. Ils sont néanmoins équipés en personnel de sécurité qui se doit d’être expérimenté et compétent sans pour autant être des experts de la brigade anti-terrorisme…
La procédure veut que l’on demande au client d’un magasin ou au voyageur dans un aéroport d’ouvrir lui-même son sac, ensuite c’est le personnel de la sécurité qui procède à la fouille. Le client doit obtempérer sans rechigner, de préférence : le personnel étant débordé, il n’apprécie pas les remarques et gare aux vêtements et autres effets dépliés et éparpillés qu’il faudrait ranger soi-même pendant que l’avion s’envole:)

En cas de défaillance ou inattentions et pendant un « débarquement de kamikazes » : un seul suffit:) voire d’un terroriste, c’est de l’évidence même:

Ce terroriste, quoiqu’on en dise est un individu qui a commis un crime:c'est un criminel…(définition juridique sans consonance raciste et autres finesses)…
Il est donc coupable : de ce fait c’est une affaire d’Etat (s’agissant de terrorisme).

Cordialement


poste_parLe 13 décembre 2005 - 18:21 Marie Dufoure a dit :

Monsieur Leclerc,

(Questions un peu tardives par rapport à votre réponse sur les produits de type Proactiv etc...)

J'ai entendu parler d'un produit alimentaire et qui ne rentre pas dans la catégorie des alicaments mais qui apporte 6 fois plus de vitamines D, d'oméga 3 etc, cela de manière naturelle... Il s'agit d'un oeuf Bénéfic. Il s'agit d'un oeuf "plein" de nutriments comme un oeuf devrait l'être- et l'était quand la poule était élevée à la ferme.
En vendez-vous? Où pourrais-je en trouver? Sinon, pourquoi? Etant que consommatrice, je préfère acheter une boîte d'oeufs qui m'apportent ce dont j'ai besoin à titre préventif plutôt que de manger des oeufs qui ne m'apportent rien. Quel est votre point de vue? Vous sentez-vous concerné par la santé des consommateurs?

Cordialement,

Madame Dufoure


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