30 janvier 2006
Thierry Breton réforme Bercy : pitoyable réplique syndicale !
Sur ce blog, comme dans les médias, je ne me suis jamais privé de dénoncer le manque de courage des politiques français, si prompts à parler de réforme, mais incapables de franchir les obstacles corporatistes. Aussi, il me faut savoir « tirer mon chapeau » quand, avec courage et obstination, ils acceptent la confrontation et tentent sérieusement de faire avancer le « schmilblick » ! Un grand bravo donc à Thierry Breton qui vient de faire sacrément bouger la citadelle de Bercy.
Avant lui, plusieurs ministres des finances avaient promis la révolution. Sous la gauche, Christian Sauter en avait rêvé. L’homme était volontaire, mais piètre tacticien et trop naïf à l’égard du pouvoir syndical comme du pouvoir politique, il fut lâché par Lionel Jospin… Francis Mer était sûr de son coup. Son assurance frisait la provocation. Il s’y est à son tour cassé les dents !
J’ai, comme beaucoup, douté du savoir-faire et de la détermination de Thierry Breton. Il parlait, beaucoup, donnait des leçons… Mais en sous-main, après un temps d’adaptation, il s’est lancé, en cohérence avec son discours.
Le chantier est immense. T.B. l’a morcelé ! Les résistances sont très fortes. T.B. s’appuie sur l’opinion, l’ampleur des déficits publics, la mauvaise image d’une administration boulimique. Refusant d’agir au nom d’une idéologie (le libéralisme étant aujourd’hui le plus « capital » des péchés), et dans une approche purement pragmatique, il a lancé sa réforme.
1) De quoi s’agit-il ?
De dégraisser le coûteux « mammouth » : « Faire mieux avec moins ». Pour faire faire des économies à l’Etat, donc aux contribuables ! Pour améliorer le service du public aussi : les recettes du consumérisme, ça ne concerne pas que le privé !
D’ici 2008, les Centres des Impôts devront travailler en « team » avec les fonctionnaires du Trésor. Ah, vous ne saviez pas qu’il y avait des différences ? Vous pensiez avoir affaire à une même administration ? Que nenni, urbains que vous êtes ! A moins que, finalement, vous ne payiez point d’impôt, ce qui expliquerait évidemment votre ignorance !
Oui, encore aujourd’hui, les contribuables de nos provinces ont affaire à deux catégories d’agents. Au Centre des Impôts du département, les fonctionnaires ont en charge nos déclarations de revenus, la collecte des réclamations ou la négociation éventuelle des conditions de paiement de l’impôt (report, délai de paiement…). A la Trésorerie, on paie… Avec cette situation kafkaïenne, très proche de la segmentation des tâches pratiquée « autrefois » dans les anciens pays de l’Est : pas de communication entre les administrations (ou peu), pas de fichiers communs, ni d’accumulation de compétences : le contribuable, simple citoyen ou artisan, est ballotté d’une administration à l’autre, sans jamais se voir désigner un interlocuteur principal. Une galère dont pourrait vous parler tout patron de PME, tant l’exercice est pénible et fréquent.
2) La réforme vise à moderniser toutes ces prestations
Nicolas Sarkozy a profité de son court passage à Bercy pour lancer la télé-déclaration des impôts par internet. (Ca semble marcher puisque près de 10 millions de Français s’y sont essayés !). Le ministre avait aussi lancé l’idée de la « déclaration pré-remplie ». Apparemment, ce sera opérationnel en mai.
Thierry Breton s’attaque désormais aux structures et lance le « guichet fiscal unique » dont les prestations intéresseront 10 à 12 millions de contribuables français. Avec comme avantages :
- Un numéro d’accueil commun aux services du Trésor et des Impôts.
- Un traitement indifférencié par l’une ou l’autre des administrations.
- Une banque de données commune et des informations accessibles à partir d’un des deux services.
- Des compétences partagées par les deux catégories d’agents.
On se dit : génial ! Enfin, on prend en compte l’intérêt et le confort des usagers (après tout, c’est quand même normal que les Français qui payent l’impôt soient un peu mieux respectés !). Que n’y avait-on pensé plus tôt !
3) Oui, mais voilà, les syndicats font grise mine et annoncent déjà des manifestations en ce début février
J’ai eu beau éplucher toute la presse, je n’ai pas trouvé d’arguments vraiment très étayés qui justifient cette mobilisation. D’autant que cette réforme va se faire sans suppression de postes et qu’elle pourrait être motivante pour des carrières ainsi enrichies en contenu. Que peut-on lire ou entendre qui justifie donc cette frustration pour une réforme qui constitue un formidable projet d’entreprise pour les 35 000 agents concernés ?
- « Cette polyvalence est impossible » (Bruno Monziols, CGT, Le Parisien 28/01/06).
- « Aucun agent ne peut répondre à toutes les questions des contribuables…Jusqu’à présent, il y avait l’agent des Impôts compétent sur les problèmes de calcul de l’assiette et l’agent du Trésor pour les problèmes de recouvrement. Une séparation qui était une garantie (sic) pour les contribuables » (Vincent Drezet, SNUI).
Quelle mauvaise foi ! A l’heure de l’internet, et alors que toutes les sociétés de services, privées ou publiques, réorganisent et clarifient leur offre pour gagner en cohérence, en lisibilité, et optimiser la relation avec les clients, nos fonctionnaires gardent des réflexes de boutiquiers.
S’il s’agissait de révéler les carences de l’actuelle administration et son incapacité à répondre aux attentes des usagers, on ne pouvait mieux résumer la situation.
Décidément, cette réforme, il faut vite la faire.
Posté par M.E.L. le 30 janvier 2006 dans
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25 janvier 2006
Produits culturels et multimédias : c’est l’offre qui fait la demande !

© Jacques Langevin / Deadline Photo Press
« Leclerc à l’assaut de la Fnac » : tel était l’esprit des articles de presse, cette semaine, suite à l’annonce de l’ouverture de 26 espaces culturels en 2006.
Le challenge Fnac/Leclerc n’est pas mauvais pour stimuler nos équipes respectives. Mais l’image de ce supposé affrontement est, à tous égards, excessive. Et trompeuse, tant le déficit d’offres de produits culturels reste criant, notamment en province, malgré la rénovation des plus belles librairies et les investissements récents des GSS.
1) L’évolution des parts de marché
La Fnac reste, et de loin, leader incontesté du marché (par exemple, elle dépasserait 21 à 22 % des ventes de livres quand notre enseigne ambitionne encore 12 à 13 %).
a) Mais si son offre reste très forte dans le disque et le livre, la Fnac se développe beaucoup plus dans le domaine des produits techniques (brun, gris, TV, etc…). Ce secteur représente 55 % de son offre. Ce qui me fait dire (un brin provoc) que les concurrents de la Fnac sont désormais Darty, Surcouf, Boulanger ou Connexion…
b) D’autre part, la Fnac est implantée dans les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille…), dans des quartiers à fort pouvoir d’achat (catégories CFP plus, cadres et cadres supérieurs, universitaires, etc…). A l’opposé, nos espaces culturels sont implantés (pour 90 % des cas) dans des villes de moins de 80 000 habitants.
Nous sommes donc seulement concurrents dans quelques métropoles régionales (comme Nantes).
c) Et il faut encore relativiser l’appréciation de cette concurrence : la Fnac est essentiellement implantée en centre ville, en concurrence, elle, avec d’autres libraires. Alors que notre localisation périurbaine couvre souvent une zone de chalandise déficitaire en offre culturelle, sans autre proposition commerciale. (Je doute d’ailleurs que l’enseigne du groupe Pinault vienne un jour rivaliser avec nous à Clichy-sous-Bois ou dans la zone de Moisselles-Sarcelles !).
d) Les espaces culturels E. Leclerc sont surtout implantés dans des villes moyennes (40 % dans des villes de moins de 15 000 habitants). Sur ce territoire, pas vraiment de concurrence, hormis quelques derniers bons libraires (de plus en plus rares) et quelques grosses « Maison de la Presse ».
2) Les effets positifs de la multiplication de l’offre
Je défends l’idée que l’émergence de nouveaux acteurs culturels, comme nos Espaces Culturels, Place Média (groupe Bertelsmann), Alice Médiastore, Cultura (groupe Auchan) ou des libraires indépendants (Le Grand Cercle à Eragny)…n’obèrera aucunement la survie de l’offre existante.
En matière culturelle, c’est l’offre qui fait la demande. C’est vrai pour le « spectacle vivant » comme pour la diffusion des produits culturels. La multiplication de l’offre (pour autant qu’elle soit diversifiée et différenciée par le prix ou par les gammes) contribue à développer ce marché plus qu’elle ne menace les positions établies.
3) Etude d’impact
Une étude Ipsos réalisée, à notre demande, quelques mois après l’ouverture de nouveaux espaces culturels E. Leclerc dans 5 villes moyennes (Cogolin (83), Ploërmel (56), Saint-Dié (88), Concarneau (29), Pornic (44)…) confirme la thèse. Je vous en livre une synthèse :
a) Précédemment à notre implantation, les habitants devaient se déplacer (une demi-heure à trois quarts d’heure de transport) dans la métropole régionale la plus proche, pour effectuer les achats, principalement dans une GSS ou une grosse librairie (comme Dialogue à Brest ou à Quimper). Ils y achetaient 38 % des BD, 54 % des livres, 69 % des disques !!! Exode commercial, achats erratiques, peu fréquents, rarement spontanés !
b) L’ouverture d’un espace culturel, dans ces localités, limite l’évasion commerciale au-delà de 12 km. Les achats deviennent hebdomadaires. 28 % des clients déclarent qu’ils achètent plus de livres, 26 % plus de DVD et de CD, 11 % plus de BD et jeux vidéo.
c) Du coup, le budget d’achat de produits culturels augmente : 54 % en moyenne ! Il passe de 24,50 € à 37,80 € mensuels.
d) Enfin, ces implantations accroissent l’accessibilité à la culture des catégories à moindre pouvoir d’achat. Ce sont, par exemple, les employés et ouvriers qui profitent le plus de cette implantation. Ils constituent 41 % de la clientèle contre 32 % en moyenne nationale.
Voilà donc qui contredit toute la batterie d’arguments polémiques souvent opposés à l’implantation des GSS ou à la multiplication de l’offre.
Oui, décidément, il y a de la place pour tous. Nous ne sommes finalement pas si nombreux que cela, les distributeurs qui s’intéressent à ce secteur. Beaucoup de villes n’ont toujours pas (ou n’ont plus) de bons libraires ou de GSS. J’en veux pour preuve l’exemple de cette ville emblématique, Blois, dont le flamboyant Jack Lang fut le maire. Des musées, des festivals, des expositions, mais pour acheter des disques ou des livres un peu « pointus », il faut aller jusqu’à Tours. Voilà qui justifie que, prochainement, notre adhérent local postule, sans risque de polémique, la création d’un prochain espace culturel.
Posté par M.E.L. le 25 janvier 2006 dans
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24 janvier 2006
Thierry Breton et les soldes : réformer, dans l’intérêt de qui ?

Cent pour cent d’accord avec Henri Loiseau (LSA 19/01/06). Le directeur de la rédaction de LSA pose la vraie bonne question : « Plutôt que d’inciter les Français à sans cesse différer leurs achats pour mieux profiter des périodes de soldes ou de promotions, ne serait-il pas préférable de s’interroger sur la pertinence d’un plus « juste prix » ? »… Ce n’est pourtant pas dans cette voie que se sont engouffrés professionnels et politiques, suite au débat lancé par Thierry Breton sur Europe 1 (08/01/06).
1) Les soldes, du déstockage occasionnel…à la super promo institutionnalisée
Les soldes sont devenus incontournables. Un moment de quasi frénésie, une mise en scène généralisée, tous commerces confondus ; un évènement hyper relayé par tous les médias, alors qu’habituellement, les rédactions rechignent à la publicité commerciale.
Initialement, les soldes constituaient une exception dans le code et la pratique du commerce. Une dérogation (l’autorisation de la revente à perte) pour permettre aux commerçants d’écouler les invendus en fin de collection.
Pour la plupart des commerçants, l’objet initial reste celui-là. Mais les soldes sont devenus braderies festives, bruyantes, alléchantes…et excessives. Ils sont devenus un vecteur indispensable, quasi incontournable du marketing de la distribution. Et de nos jours, il faudrait être sacrément hypocrite pour nier la dérive du concept vers l’orchestration d’une super, méga, hyper promo.
Croit-on vraiment que les grands magasins ou les chaînes spécialisées investiraient autant en publicité s’il ne s’agissait que d’écouler à perte quelques nanars ?
30 à 40 % des ventes de textiles en France seraient effectuées lors des soldes ! Si c’est vrai, les professionnels devraient admettre leur pitoyable performance. Car produire « cent » pour n’en commercialiser que « soixante » à « prix normal »… vaut mieux changer de métier…
En réalité, les acheteurs des grands magasins ou des grandes chaînes mettent à la vente, en plus des invendus, des produits spécifiquement conçus pour les soldes (ou mis en avant à cette occasion !). Les consommateurs ont fini par s’y habituer, se sont pris au jeu. Au point qu’une représentante de l’UFC estimait récemment « qu’il faudrait de « vrais soldes » et en quantités suffisamment disponibles (sic) pour satisfaire tout le monde, et pas seulement quelques happy few ».
Faut-il cautionner cette dérive ? Et étendre plus encore ces pratiques. A mon sens, non ! Multiplier les soldes, comme le suggère T. Breton, cela reviendrait surtout à multiplier l’offre promotionnelle. Le risque, c’est d’accentuer les à-coups du système et d’entretenir le caractère de plus en plus erratique de la consommation. Avec des consommateurs qui ne s’y retrouveront plus.
2) Et si le problème n’était pas les soldes, mais la cherté de nos achats quotidiens ?
Les soldes, ça marche en ce moment comme marchent aussi le hard-discount, le low-cost, les marques de distribution, tout ce qui n’est pas cher…
La crise du pouvoir d’achat touche toutes les catégories sociales.
C’est devenu un réflexe général. On n’achète plus à prix normal, on attend les prix cassés. Exemple ? Les jouets que les distributeurs s’évertuent à mettre de plus en plus tôt en rayon alors que les clients attendent les braderies des quinze derniers jours avant Noël pour effectuer leurs achats !
Le « prix des choses » au quotidien est devenu trop cher. La multiplication des soldes, des promotions ne fait qu’accentuer l’écart avec les prix du fond de rayon.
L’observation vaut pour tous les produits. Plus encore pour le secteur des jouets, de la fringue, du blanc, où les soldes abondent. Pendant toute l’année, les marques imposent un prix de marché. Elles exigent un coefficient de marge minimal (à défaut, elles ne livrent pas). Elles cherchent à limiter la concurrence (et la surenchère entre distributeurs). Mais elles ont finalement cautionné ces braderies dont le caractère occasionnel ne risque pas de remettre en cause le positionnement marketing initial de leurs produits.
Du coup, les soldes deviennent l’exercice concurrentiel autorisé, avec son contexte culturel spécifique, qu’on oppose aux pratiques commerciales du reste de l’année.
3) La vraie révolution, ce serait non pas de multiplier les promotions, mais d’installer une vraie concurrence de prix dans ces secteurs
D’ici un ou deux ans, la loi Galland ayant été réformée, la DGCCRF aura tout le temps nécessaire pour remettre un peu d’ordre dans ses pratiques, surtout en cours dans les grands magasins et les GSS. Le Conseil de la Concurrence a eu beau sanctionner ces ententes verticales, la pratique des prix uniformes (chers) reste immuable. Il est temps de rétablir une vraie concurrence, avec des prix nets ou des promotions lisibles…et des soldes, des vrais soldes, seulement en fin de saison.
Isolée dans les organisations de consommateurs, la CLCV soutient cette position, qui me paraît la plus raisonnable.
C’est ce que pratiquent les commerçants des pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Allemagne).
C’est ce que préconise la Commission Européenne qui, depuis plusieurs années, tente d’élaborer une directive « promotions »… une directive libérale, comme vous pouvez l’imaginer.
Qui s’y oppose ? Mais la France, bien sûr. La France de la loi Galland, la France des soldes, la France de l’économie administrée.
Thierry Breton réunira professionnels et consommateurs mi-février. Il a posé une question, pas forcément suggéré la bonne solution, mais pourquoi ne pas saisir cette occasion pour aborder le problème sous cet angle…
Posté par M.E.L. le 24 janvier 2006 dans
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23 janvier 2006
Festival d’Angoulême : Un scénariste « BD » président en 2006 ?

Credit photo : Lesage
Vuillemin (déjà Président en 1995) essaie de corrompre MEL pour être "élu" une deuxième fois...
Ca y est, ça marche. Lors de la conférence de presse de lancement du FIBD (ma note du 11/12/2005), j’avais interpellé les organisateurs et les membres du jury pour que soient primés les scénaristes, toujours éternels exclus du Grand Prix d’Angoulême.
Le Grand Prix de la ville d’Angoulême récompense, chaque année, un dessinateur ou un scénariste (quelle que soit sa nationalité) pour l’ensemble de son œuvre et sa contribution au rayonnement de la bande dessinée. C’est une Académie des anciens Grands Prix qui désigne, après débat et vote, le nouvel élu. Sans que son rôle ne soit véritablement défini (ni contraignant), les organisateurs attendent de lui une implication dans la définition des axes thématiques de la manifestation et une contribution à la communication (affiches, conférence de presse, etc…).
Depuis la création du festival (1974), 37 auteurs ont été récompensés (dont Franquin, Eisner, Moebius, Mézières, Tardi, Gotlieb, Juillard, Kraehn, Loisel, etc…).
En coulisse, ces nominations ont toujours donné lieu à suspicion, voire contestation ! Beaucoup d’oubliés dans cette affaire : Cuvelier, Hergé, Jacobs, Tillieux, Martin, Marcherot, Tibet, Roba, pour ne citer que les pionniers incontestés du 9ème art.
A date, un seul scénariste (Lob) primé en 1986. Depuis, pas trace d’un Christin (scénariste pour Bilal, Mézières, Gotzinger), d’un Corbeyran (Le Chant des Stryges), Dufaux (avec Grenson, Mirallès, Delaby, Marini), Jodorowsky, Le Tendre, Van Hamme, Yann, Arleston, Frank, Giroud…
Têtu comme un Breton, j’ai pris ma plus belle plume, écrit aux membres du jury et plaidé la nomination d’un scénariste en 2006:
« A Angoulême, ces dix dernières années, le festival a su bâtir des ponts avec l’industrie du cinéma, de la vidéo, des jeux électroniques ou de la publicité. Il a ouvert des voies pour des carrières mixtes dans lesquelles les dessinateurs ont pu s’engouffrer.
Mais, si la création aujourd’hui est portée par une belle génération de graphistes, ne pensez-vous pas qu’elle manque parfois de contenu. On ne peut parler décemment de crise du scénario. Mais quand je lis les centaines de titres envoyés par les services de presse dans nos Espaces Culturels, je reste souvent confondu par la faiblesse, si ce n’est la médiocrité des scénarios.
Explication ou conséquence, il n’existe aucune passerelle (ou si peu) entre le monde de la bande dessinée et celui des lettres (ou de l’écriture). C’est dommage. C’est cette lacune que je vous imagine pouvoir combler en lançant ce signal ».
Je ne sais pas quelle suite donnera à cette pétition notre Académie angoumoisine, mais l’idée fait son chemin. Depuis mon intervention, ça cause dans les couloirs du festival. Au point que les deux plus grands magazines consacrés à la BD se la sont appropriée. Angoulême fait la Une des gazettes.
1) Bulldozer, dont le pétulant Frédéric Bosser dirige la publication (et la rédaction !!!), fait appel au témoignage des « oubliés » du Grand Prix. Florilèges :
Un peu de frustration :
- Jacques Martin : « Je ne pense pas que je ramasserai des lauriers parfois tombés très bas ».
- Lambil : « J’ai abandonné le rêve de l’obtenir ».
Quelques vérités bien senties sur la réputation « avant-gardiste » d’Angoulême :
- Tibet : « …je m’aperçois que cette académie a tendance à cracher sur tout ce qui est commercial ».
- Van Hamme : « …logique qu’Angoulême mette en avant l’audace et l’innovation actuelles des auteurs français. Même s’ils sont bien faits, peu d’ouvrages réalisés par les Belges sont explosifs ! Nous restons dans une forme de classicisme ».
Et un solide bras d’honneur :
- Hermann : « L’académie est un ramassis d’auteurs parisiens, de faux-culs… Je m’en fous, je m’en torche… Si aujourd’hui, on finissait par me le donner (le Grand Prix), je le refuserais. Après tout ce que j’ai dit contre ce système, je serais une pute si je l’acceptais ».
2) Bodoï, avec qui mon enseigne a créé un prix pour promouvoir de jeunes auteurs, insiste sur la discrimination à l’égard des scénaristes. Et regrette l’absence des Morvan, Desberg, Convard, et autres artistes précédemment cités.
Interrogés par la rédaction, les membres du jury expriment finalement leurs contradictions.
- J.C. Mézières : « A mon avis, nous n’inclurons jamais un scénariste parmi nous ».
- A. Juillard : « C’est vrai, la tendance consiste plutôt à privilégier les auteurs complets ».
- R. Loisel : « Je connais certains Grands Prix qui n’ont pas révolutionné le graphisme de la bande dessinée, alors que sans certains grands scénaristes, quelques grandes séries n’auraient jamais vu le jour… Qu’on les apprécie ou non, ils lui ont donné des lettres de noblesse ».
- J.C. Mézières : « Je me console en me disant que d’une certaine manière, avec l’élection de Bilal et de la mienne, Pierre Christin a déjà eu deux moitiés de Grand Prix ! ».
- R. Pétillon : « Le Grand Prix récompense une personne. Il n’est donc pas partageable ».
- F. Schuitten : « Il faut y réfléchir. Dupuis et Berbérian sont indissociables ».
- A. Juillard : « Quand Schuitten a gagné, je ne me souviens pas qu’on ait mentionné le nom de Peeters ! ».
- R. Loisel : « Oui, je suis partisan qu’un scénariste soit élu à nos côtés ».
Je ne sais pas qui sera élu, samedi soir prochain, Président d’Angoulême 2006. Mais je suis sûr d’une chose. On va beaucoup débattre de tout cela sous les bulles où s’agglutineront 120 000 accros de la BD. Et dans la presse, comme sur les forums, ils seront nombreux à dire : « Vive les scénaristes, merci à eux ! ».
Posté par M.E.L. le 23 janvier 2006 dans
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21 janvier 2006
Le blog et les commentaires
Je réponds à lol, Pat, G.Data, Jean-Marie Le Ray (commentaires postés sous ma note « Quartier libre » du 13/01/06). Ils font allusion à une interview dont je n’ai pas eu connaissance, où j’aurais exprimé une certaine déception sur la qualité des échanges sur le blog.
Je n’éprouve pas vraiment de déception. Plutôt des interrogations.
Il y a un an, j’étais complètement néophyte sur le sujet. Tous les articles que j’ai lus concernant la blogosphère vantaient la qualité des échanges (forme et contenu) entre internautes.
Ayant acquis un peu d’expérience, je nuancerais le diagnostic en tenant compte de l’existence de deux catégories d’internautes :
a) Il y a d’abord des intervenants intéressés par une note ou un sujet et qui s’investissent, critiquent, polémiquent…mais dans l’idée d’affirmer une opinion, d’étayer leurs arguments ou d’enrichir le débat.
b) Il y a aussi toute une population que j’appellerais « les graffiteurs » pour qui cet espace d’échanges n’est qu’un mur, comme un autre, sur lequel il faut taguer. Peu leur importe le contenu. L’important étant de se faire connaître (d’exister) à travers une posture purement interpellative, comme le fait de pouvoir dire : « Je lui en ai mis une, j’ai interpellé Mel, Juppé ou Strauss-Kahn, etc… » ou d’imprimer tout simplement quelques états d’âme (ce qui pour certains est un euphémisme).
Jusqu’à un certain point, la co-existence de ces types d’intervenants ne posait pas problème. Mais il arrive un moment où « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Au point, certains jours, d’aboutir à une sorte de bouillie de laquelle il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Ou même, de rechercher un commentaire particulier.
Or, j’écris toutes ces notes d’abord pour moi-même. Et pour des internautes, professionnels, étudiants, journalistes, ou tout simplement consommateurs qui y trouveraient intérêt.
Depuis deux mois, ils me disent avoir du mal à frayer leur chemin dans la multiplicité des commentaires, et s’en fatiguent. Pour preuve, une petite moitié d’internautes fidèles à ce blog, préfèrent maintenant m’envoyer leurs commentaires sous forme de mails ou par lettre !!!
Voilà qui me laisse perplexe. J’en ai discuté avec d’autres blogueurs, auteurs de BD, journalistes, ou hommes politiques. Ils éprouvent la même difficulté. Au point que, maintenant, ils avouent ne plus répondre systématiquement aux commentaires, ou très peu…ce qui est dommage, vous en conviendrez.
D’autres, comme Loïc Le Meur, me disent carrément : « Fais le tri, intéresse-toi prioritairement à ceux qui font l’effort de rechercher le dialogue et d’exprimer les idées qu’ils défendent. C’est d’abord ton blog, ton carnet de notes. Tu n’as aucune obligation de répondre à tout vent. La réponse, c’est « un plus », une marque d’intérêt. Ca se mérite aussi. Tant pis pour ceux qui viennent gâcher cette opportunité… ».
Finalement, comme vous avez pu vous en apercevoir, je continue de répondre, à mon rythme (et trouvez donc un chef d’entreprise qui s’y consacre avec autant de persévérance !!!). Je fais aussi un peu de nettoyage en effaçant les éructations gratuites et les invectives et en ne gardant, sous les notes, que les commentaires qui s’y réfèrent (les autres sont reclassés dans « Quartier libre & d’hiver »).
J’ai aussi commandé un logiciel anti-spams pour convaincre les cyber-potards américains que nous n’avons pas besoin de leur pharmacopée (un millier de spams depuis le début de l’année).
C’est, ragaillardi et avec enthousiasme que je vais donc poursuivre notre relation sur ce blog. Bon courage à tous ceux qui me suivent dans cette aventure.
Posté par M.E.L. le 21 janvier 2006 dans
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19 janvier 2006
Actimel, Bifidus, Yakult : Que Choisir trie les vraies et fausses promesses des alicaments !

Pas facile d’élaborer une opinion bien étayée sur les promesses alléchantes des probiotiques et autres alicaments dont nombre de marques se revendiquent dans les campagnes de publicité, comme sur les packagings. Ces marques venues d’ailleurs (Actimel, Bio, Yakult, LK, L.CASEI) ont suscité une abondante littérature critique. Des opinions qui expriment un scepticisme devant la surenchère des allégations. Des analyses qui décryptent des stratégies marketing plutôt que des préoccupations nutritionnelles… Mais des avis scientifiques aussi, avec quelquefois la caution d’un grand laboratoire ou même de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)…
L’UFC-Que Choisir (n° 433, janvier 2006) a consacré un très intéressant dossier à ces « bonnes bactéries » dont les vertus sont supposées améliorer notre transit intestinal ou accroître les défenses de l’organisme.
J’en recommande la lecture : outre qu’on y collecte beaucoup d’informations (précises), les rédacteurs (Fabienne Maleysson et Claire Pergrale) ont refusé par avance tout parti pris anti-industriel. L’approche est pragmatique (analyse comparée des valeurs nutritionnelles) et s’intéresse aux grandes marques tout autant qu’aux MDD.
J’ai particulièrement retenu de cette étude :
a) Un effort général, toutes marques confondues, sur la réduction des lipides : « Les teneurs en graisses sont limitées, allant de 0 % à 1,6 % ».
b) Respect quasi général des recommandations de l’OMS (indication des conditions de conservation, contact fabricant, relative clarté des informations consommateurs).
c) Toujours beaucoup de sucre (trop de sucre !).
Sur le fond même de la polémique, Que Choisir conclut surtout à l’écart « entre les résultats d’études, positifs mais relativement limités, et les publicités (couples de seniors prêts à affronter les rigueurs de l’hiver ou les aléas d’un voyage en Inde, blouse blanche vous expliquant qu’Actimel peut contribuer à contrer les effets du froid, du stress et du manque de sommeil, bonnes bactéries agissant comme des boucliers apparemment capables de vous prémunir contre toute attaque de l’extérieur…) ».
Pas lieu de lancer une chasse aux sorcières, donc. De la vigilance, surtout (« Le consommateur n’a pas fini de devoir faire le tri entre les faits scientifiquement avérés et les délires publicitaires »).
Et c’est sous forme de clin d’œil que Fabienne Maleysson rappelle que tout autant que ces produits nouveaux, le yaourt, le bon yaourt classique, avec ses ferments traditionnels Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, reste encore indétrônable pour ses effets bénéfiques.
Posté par M.E.L. le 19 janvier 2006 dans
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18 janvier 2006
Carburants : les stations sur autoroute s’ouvrent à la concurrence

Sur l’aire de Garonne (A 62), près de Castelsarrasin, à une demi-heure de Toulouse…
Aux côtés de Jacques Tavernier, Président des ASF (bientôt Vinci), j’inaugure notre quatrième station autoroutière. D’ici la fin de l’année, six autres porteront notre enseigne. Hasard sans doute, Carrefour annonce, aujourd’hui aussi, l’acquisition de dix nouvelles concessions.
Il aura donc fallu plus de vingt ans pour que ce juteux bastion réservé aux majors (ou à quelques-uns de leurs revendeurs) s’ouvre à la concurrence.
1) C’est le 25 janvier 1985 que la Cour de Justice européenne a fait droit aux arguments de notre enseigne et déclaré illégal (en droit communautaire) l’ancien système français de prix unique des carburants (c’est le Ministère de l’Industrie qui faisait la cote ! Un rabais maximum de 5 centimes était permis). Pierre Bérégovoy a profité de cette jurisprudence pour libérer définitivement les prix.
2) En 1989, et alors que les autres hypermarchés s’engouffraient dans la brèche, le gouvernement a autorisé le premier appel d’offres sur autoroute. C’est au printemps 1990 qu’aux côtés du Ministre PS de la consommation,Véronique Neiertz, j’ai inauguré la première station à l’enseigne d’une GMS sur la A31 (aire de Dijon-Brognon).

Michel-Edouard Leclerc et Véronique Neiertz, Ministre PS de la Consommation (Inauguration de Dijon-Brognon, 1990)
Que de polémiques, de coups bas, de tractations… Contestés par Total, confiés à la SAPRR qui voulait diviser le lot attribué (un côté de l’autoroute pour Total, un côté pour Leclerc)…nous avions néanmoins tenu bon. Avec raison ! Les majors affirmaient perdre de l’argent sur autoroute. Nous en avons gagné, tout en vendant moins cher (10 à 30 centimes d’écart) et en obligeant les autres stations du tronçon à aligner leurs prix.
3) Puis, pendant dix ans, plus rien. Silence radio des pouvoirs publics.
4) La fusion Elf/Total a changé la donne. En avril 2001, Bruxelles enjoint le groupe français nouvellement formé de céder plusieurs stations afin d’éviter de trop fortes positions dominantes. Une consultation est alors lancée. Mon groupe postule à la reprise de 26 stations. Daniel Bernard, PDG de Carrefour, dit publiquement ne pas être intéressé. L’offre est transmise à Total.
Mais la Commission Européenne n’en voit pas la couleur. Faute de candidats sélectionnés par Total, Bruxelles autorise un nouvel appel d’offres. Curieusement, nous n’en sommes pas informés. Et surprise, Carrefour change d’avis. Laurent Fabius pousse le challenger à concourir. Résultat : Leclerc : 0, Carrefour : 17 !!!
Un jour, je raconterai de croustillantes anecdotes (j’ai tout consigné). Comme l’histoire de ce haut fonctionnaire m’expliquant que le gouvernement ne permettrait certainement pas à Leclerc d’invoquer un vice de procédure…qui pourrait remettre en cause tout le processus d’agrément du nouvel ensemble pétrolier. Entre les autorisations d’ouvrir des hypermarchés et la maîtrise d’un tel réseau de stations, il nous faudrait choisir… Qu’élégamment, ces choses là peuvent être dites !
5) Depuis, les choses se sont apaisées, normalisées. En été 2004, une procédure de mise en concurrence a été lancée par l’Etat pour le renouvellement de 60 stations autoroutières dont les contrats arrivaient à échéance le 31/12/05. Nous en sollicitions 10 et obtenu 6. Carrefour a vu 7 dossiers agréés. Normal. Rien à dire.

D’ici la fin de l’année, notre enseigne ouvrira six nouveaux sites :
- deux situés sur l’A6 au Sud de Paris (Achères la Forêt et Achères)
- deux situés sur l’A8 entre Aix et Nice (Estérel et Vidauban)
- une autre sur l’A61 à l’Ouest de Toulouse (Toulouse Sud)
- enfin, une importante station est en voie d’achèvement, sur l’aire du Haut Koenigsbourg, sur l’A35 Strasbourg-Mulhouse.
D’ici 2010, j’espère que notre enseigne pourra piloter une trentaine de stations de ce type. Outre l’intérêt publicitaire, ces implantations permettent de renforcer notre action sur les prix. Sur les carburants bien sûr, mais aussi sur l’épicerie, la librairie et tous les articles vendus en boutique. Du fait d’une forte présence de nos marques de distributeur, les écarts atteignent 30 à 100 % sur certains produits.
…Alors que j’achevais un petit discours inaugural pour présenter notamment l’équipe d’exploitation, l’un de mes collaborateurs m’a glissé, pour conclusion, cet exemple : la cannette de coca cola 33 cl est vendue ici 0,50 € et…1,30 € dans la station Total un peu plus loin… Ca a manifestement donné soif à mes invités.
Posté par M.E.L. le 18 janvier 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
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16 janvier 2006
Musique, cinéma sur internet : les limites et le prix du téléchargement

Vendredi soir, Guillaume Durand inaugurait la nouvelle formule de « Campus » (France 2). Il y recevait notamment Alain Bazot (directeur des publications Que Choisir), Jean-Jacques Annaud, cinéaste, et la chanteuse Zazie. Thème du débat : téléchargement, qui doit payer ?
- Alain Bazot défend la licence globale (et non pas la « gratuité », comme on lui en prêtait l’intention). Il plaide pour la libre copie à des fins privées, la répression des seuls pirates professionnels, pour un abonnement forfaitaire (licence globale) et un système de redistribution au prorata des titres (par auteur).
- Jean-Jacques Annaud conteste : « Au tarif proposé, la licence globale, c’est quasi de la gratuité. La production cinématographique est devenue une industrie lourde. Elle se rémunère sur toute une déclinaison de produits commerciaux (recettes en salles, passage sur TV partenaires (TF 1 ou Canal +, co-investisseurs), diffusion des DVD et droits dérivés, etc…). Une industrie qui ne fait pas seulement vivre des auteurs, mais des milliers de salariés. Avec des écarts de coûts considérables selon les films. Pas question donc de forfaitiser. Chaque œuvre a droit à rémunération pour ce qu’elle est ».
- Zazie (qui n’a pas beaucoup pu s’exprimer) dit la même chose.
J’ai trouvé que les arguments d’Alain Bazot contre les plates-formes de téléchargement légal n’étaient vraiment pas crédibles. De toute façon, on n’échappera pas, quel que soit le mode de paiement, à un système de répartition, donc à une forme de contrôle.
1) Les arguments de circonstance…contre le téléchargement légal
Pour beaucoup de Français, les productions culturelles sont chères (versus pouvoir d’achat) : « les majors se sucrent, les auteurs touchent peu par rapport à la marge des producteurs et des diffuseurs, les maisons de disques deviennent des sociétés financières, ne prennent plus de risques (jeunes auteurs), multiplient les compils, profitent du système, etc… ». Bien qu’excessives, toutes ces accusations contiennent une part de vérité et expliquent en partie le marasme du marché des CD.
Pour autant, peut-on (en réaction) plaider la gratuité, ou encore ramener le débat aux seules nécessités de rémunérer l’auteur en faisant fi de l’économie générale du disque ou du cinéma. Et surtout, peut-on tirer argument de l’immaturité d’un marché en pleine gestation pour refuser le téléchargement payant ?
A mon sens, non. Et c’est ce que je reproche à Que Choisir.
A. Bazot dit en quelque sorte : l’offre actuelle est trop pauvre. Elle n’est pas assez diversifiée. Pas question de rémunérer des sociétés de téléchargement (disques et cinéma) dont le catalogue est si médiocre ! ! !
Pour moi, c’est vraiment un mauvais procès.
a) D’abord, parce que cette offre est encore naissante, fragile et qu’évidemment elle va s’étoffer.
b) Malgré ce que dit Que Choisir, le modèle économique sur lequel s’appuient les plates-formes de téléchargement est encore non rentable. A 0,99 € le titre (plus copie privée autorisée), il n’y a pas de perspective d’équilibre. Même la Fnac n’imagine pas retrouver ses petits avant 5 ou 6 ans.
c) Sans être pléthorique, l’offre commence sacrément à s’étoffer… Si l’on se réfère aux dix sites les plus prisés (itunes.fr, fnacmusic.com, virginmega.fr, etc…), plus de 600 000 titres sont déjà en ligne.
d) Enfin, si l’on considère le catalogue mondial potentiellement disponible, on est certes loin du compte. Mais après tout, soyons objectifs. Pour qui habite en province dans une ville de moins de 50 000 habitants, l’offre téléchargeable est déjà cinquante fois supérieure à l’offre des meilleurs disquaires des années 90. L’offre de films y est mille fois supérieure à ce qu’on trouve (avec une durée très limitée) dans les meilleures salles, et dix à quinze fois supérieure aux titres présents dans les vidéoclubs.
Arrêtons donc de faire la fine bouche. Les libertaires du net seraient-ils devenus les premiers aliénés de la société de conso. Ca me fait penser à ces gosses qui, dans nos magasins, poussent les parents à acheter les iPods les plus chers au motif qu’il leur faut « à tout prix » 4 000 titres téléchargeables, sinon rien.
Le marché en ligne va évidemment dupliquer encore tout ça. D’autres sociétés de téléchargement vont voir le jour. Les catalogues vont s’étoffer. Encore faut-il que les opérateurs trouvent un intérêt à investir. Ce ne sera certainement pas le cas si le marché n’est pas rentable.
2) La rémunération au prorata des ventes ou des audiences
a) Une fois acquis le principe du téléchargement payant (c’est pas gagné), la question du mode de paiement importe finalement assez peu. Facturation à chaque téléchargement ou paiement forfaitaire…l’important, c’est que la rémunération couvre les frais. Qu’on se le dise, sur le long terme, personne ne vendra à perte !
Les internautes doivent cependant être cohérents. Si l’on veut des catalogues diversifiés, il faudra bien que le prix du téléchargement (forfaitaire ou pas) intègre la possibilité de mettre en ligne des productions artistiques à coût marginal élevé ou (autre manière de le dire) avec des potentiels d’audience moins grands (œuvres d’avant-garde, plus élitistes, moins grand public, de recherche, etc…). Comment atteindre cet objectif sur la base d’un forfait moyen identique. Quel intérêt à enrichir un catalogue, à prendre des risques sur des titres à faible rotation, si tout le monde reçoit la même base forfaitaire ?
Comme Denis Olivennes, PDG de la Fnac, je ne crois pas à la compatibilité du système de la licence globale (du forfait) avec la défense de la diversité culturelle… A débattre !
b) Jean-Jacques Annaud, Zazie et tous les artistes espèrent bien vivre de leurs créations. C’est normal et souhaitable. Quel que soit le mode de paiement, il faudra bien réallouer ces sommes en tenant compte des écoutes accordées à chaque auteur.
Dès lors, on n’échappera pas au problème de « relevé de compteurs ». Techniquement, comme je le disais dans ma note du 6 janvier, ça ne pose pas de problème technique majeur. Les plates-formes de téléchargement légales s’y sont engagées. Les sociétés éditant les logiciels et régissant les échanges peer to peer…n’ont aucun argument juridique, ni technique, pour se soustraire à cette obligation.
Encore faut-il que les internautes, rebelles à cette idée qu’ils assimilent à un contrôle, acceptent ce qu’ils croient être une atteinte à la liberté. La préservation de toute liberté de création…vaut bien cette exigence comptable (que, paradoxalement, on a bien fini par accepter pour tous les paiements CB, y compris sur internet ! ! !).
Posté par M.E.L. le 16 janvier 2006 dans
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13 janvier 2006
Quartier libre
Toujours difficile de s’y retrouver dans l’hétérogénéité des commentaires. Pour rendre plus lisible vos contributions, je m’en tiens à ce principe : on ne garde sous la note que les commentaires y afférents. Tous les autres rejoignent la rubrique « Quartier libre & d’hiver ».
J’en profite pour inciter les internautes qui souhaitent aborder d’autres sujets à y déposer leurs contributions.
Posté par M.E.L. le 13 janvier 2006 dans
Quartier libre & d'hiver
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12 janvier 2006
Labels bio, équitable, environnement : La leçon des Coop Suisse !
Les consommateurs suisses sont parmi les plus gros acheteurs de produits issus du commerce équitable (pour l’anecdote, 50 % des roses vendues au pays de Guillaume Tell sont labellisées Max Havelaar ! ! ! ».

Idem pour le bio : 30 % des produits agricoles helvètes, compte tenu de cet engouement, se revendiquent de cette certification.
Le rôle de la distribution coopérative a été exemplaire dans ce développement. Migros, puis les Coop de consommateurs ont largement relayé l’aspiration quasi naturelle des Helvètes pour la défense de leur environnement. Au point qu’aujourd’hui, Coop Suisse (2ème distributeur) y commercialise 50 % des produits bio. Avec des taux records qui interpelleront tous les professionnels hexagonaux : 50 % du marché du lait, 51 % des œufs, 35 % des carottes, etc…
J’avais, hier, organisé le déplacement à Bâle de toute une task force : cadres et adhérents de mon enseigne engagés dans le développement durable (secteur achats, logistique, contrôle qualité). Visite passionnante, depuis l’arpentage des rayons d’hyper où s’affichaient bien visibles les différents labels écologiques, jusqu’au siège de la coopérative avec les chefs de projet et les « category managers ».

La stratégie des Coop s’appuie sur le développement de « labels de compétence » :
- Coop Naturaplan distingue les aliments biologiques certifiés par un « bourgeon » ainsi que viandes et œufs issus d’élevages respectueux des animaux.
- Coop Naturaline labellise les textiles et les cosmétiques produits selon un cahier des charges écologique et éthique. Exemple : vente de coton bio et équitable, origine Inde.
- Coop Oecoplan souligne les produits et emballages dont les engagements environnementaux sont certifiés. Et aussi les services tels le réseau des « pressings-maison » qui ont remplacé le perchloréthylène par un solvant moins polluant.
- Max Havelaar est partenaire des Coop et labellise les produits du commerce équitable.
- A ces certifications viendront bientôt s’ajouter un label « végétarien » et un autre « antiallergénique ».

Pour ceux que le détail de ces initiatives intéresse, Coop Suisse édite une brochure très complète, en français ou en allemand, qu’on peut acquérir au siège des Coop (Info Service, Case postale 2550, 4002 Bâle).
De cette visite, mes collaborateurs et moi-même avons retiré beaucoup d’enseignements. Je livre, pêle-mêle, quelques observations particulières.
1) Les Coop se sont engagées à fond, dès le début des années 90, dans le développement durable. Inutile de dire que même à l’époque, ce n’était ni une mode, ni un véritable investissement marketing. Le groupe a tout de suite rencontré un problème d’offre limitée. (Les producteurs bio peinaient à exister au milieu d’une agriculture hyperproductive avec sa surproduction de lait et ses montagnes de beurre).
Le distributeur s’est donc investi dans des accords de filières, avec des partenariats individualisés.

2) Coop a donc dû appuyer le développement de ces gammes grâce à ses propres marques.
a) Aujourd’hui encore, peu ou pas de marques de producteurs (pas d’AOC, d’indications spécifiques de terroir comme en France…). Même les produits locaux sont aux marques et aux labels « Coop Suisse ». On ne peut certes pas parler de « filières intégrées », mais, à coup sûr, les producteurs sont dépendants du marketing de l’enseigne.
b) Conséquence : la production bio en Suisse s’est terriblement concentrée. En France, elle est atomisée dans des centaines d’exploitations. En Suisse, 4 à 5 « grosses firmes agricoles », par segment de marché, y compris dans l’élevage, proposent l’offre labellisée vendue chez Coop.
c) S’il existe en Suisse des organismes « nationaux » labellisateurs, on n’en voit pas beaucoup les sigles sur les produits (contrairement au Label Rouge ou au logo AB (Ecocert) en France). Du coup, les labels Coop représentent 30 % des ventes de l’enseigne ! ! ! Coop fait cependant appel à Max Havelaar pour les produits équitables, mais pas sur tous les produits (notamment d’origine Asie).

3) En France, les ONG y verraient malice (Cf. débat sur la multiplication des certifications privées et l’auto-saisine des pouvoirs publics dans cette affaire). Pas de problème de ce type en Suisse (si j’en crois nos interlocuteurs). Deux explications sont avancées :
a) Les ONG sont très positives (idéologie protestante, Cf. Max Weber ! ! !). Un peu plus vindicatives en Suisse romande qu’en Suisse allemande. Mais elles sont très pragmatiques. Et les 2 millions de consommateurs de Coop sont co-propriétaires (pléonasme) de leur coopérative, d’où maxi confiance.
b) La demande elle-même n’est pas politisée, ni « idéologisée ». Nos interlocuteurs considèrent que l’approche environnement/bio des clients ressort d’une attitude plutôt « égoïste ». Priorité d’abord à la préservation de leur propre santé ou de leur patrimoine (paysage, qualité de vie, tourisme, etc…).
4) Ce contexte particulier a permis aux productions bio et aux produits du commerce équitable de sortir de leur marché de niche. Sans compter qu’indirectement, le prix du bio a bénéficié « d’un écart de prix » relativement faible par rapport à une agriculture conventionnelle déjà très chère (une réglementation très protectionniste met les agriculteurs locaux à l’abri de la concurrence européenne).
5) Mais ce contexte particulier conduit aussi à quelques exubérances et contradictions. Quelques exemples en parcourant un magasin :
a) Les produits bio sont très festifs (ce qui les rend très attractifs). Rien à voir avec le marketing paupérisant de certains produits hexagonaux ou nordiques. Les packagings, comme les arguments publicitaires, revendiquent plutôt le goût, l’achat plaisir…que l’achat militant !
b) Les produits frais bio sont tous recouverts de polyéthylène (pas de PVC bien sûr). Explication étonnante : « Ne pas contaminer le bio dans sa cohabitation avec les produits conventionnels ». Quel gaspillage d’emballage !

c) Les gammes bio sont richement déclinées. Avec excès, parfois ! Ainsi, ces œufs durs sortis d’une gamme « Pique-nique », bio de chez bio, colorés en bleu ou en rouge(pour ne pas les confondre avec des œufs frais) ! Rien ne justifie évidemment qu’ils soient vendus 1 F suisse de plus que le bio classique (ou alors, ça fait cher la cuisson écolo ! ! !).

Ou encore, ces œufs brouillés (bio) commercialisés en brique pour 2 ou 4 personnes ! Je ne vous dis pas le prix…

Enfin, que penser de ces gammes bio spécifiques enfants (exemple : une référence de pomme, au goût sucré !).

d) Moins anecdotique, mais en complète contradiction avec les objectifs affichés d’économie d’énergie et de lutte contre le gaspillage, toutes les gammes bio sont déclinées en portions individuelles. Avec des dizaines de petits packagings pour abriter « sauces, yaourts, purées de fruits, confitures et condiments », etc…
e) Et pour finir, ces suremballages en carton, détachables, qui entourent le plastique des « ultra-frais », théoriquement justifiés pour que les consommateurs puissent les séparer lors du tri sélectif…alors qu’il suffirait d’imprimer le pot et d’en faire l’économie !
6) Nouveautés : Coop a récemment noué des partenariats de co-branding avec des grandes marques industrielles (Skip, Knorr) ou sélectives (Weight Watchers…) dans le bio et la diététique. Voilà qui ferait bien hurler les associations françaises… Mais apparemment, ici, ça passe…

Bon, j’arrête là ces remarques. Au-delà de ces commentaires, je retiens la détermination et la performance de Coop Suisse. Exemplaire !
Au Sommet sur le Développement Durable de Johannesburg, l’ONU lui a décerné le Prix International des Partenariats en faveur du Développement Durable. Bravo, c’est mérité. A nous de relever le défi…

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2006 dans
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11 janvier 2006
Distribution : les marques d’enseigne vont-elles continuer de grignoter les grandes marques industrielles ?

Une campagne publicitaire parmi d'autres (août 2004)
L’une des conséquences de la réforme, c’est le repositionnement des MDD (en prix) et, plus généralement, la révision (à la hausse) du rôle qu’elles peuvent jouer dans les stratégies d’enseigne. Même si tous les analystes conviennent que des groupes français comme Carrefour, Casino ou Monoprix ont joué un rôle de leader dans le développement des MDD, jamais celles-ci n’avaient encore menacé le leadership des grandes marques, ni pris l’importance qu’on leur attribue dans les stratégies des groupes anglo-saxons (Tesco servant de référence !).
Les hésitations (et les excès) dans les politiques tarifaires des grands fournisseurs risquent de perturber cet équilibre.
1) D’abord, parce que la réforme a refusé d’accorder aux distributeurs un réel pouvoir de négociation sur les CGV. Pas de liberté, peu de possibilités de différenciation…
2) En confirmant le rôle de la coopération commerciale (même répercutable), le législateur a placé le distributeur dans une insécurité juridique maximale (il lui faudra justifier en permanence, et rétroactivement, le montant et les contreparties de services supplémentaires rendus au fournisseur, sans lesquelles aucune déduction tarifaire ne pourra être obtenue ! ! !).
Pour le moment, les discours d’enseigne sont formatés par les enjeux de la négociation 2006. De la bouche d’un même acheteur, tel fournisseur s’entendra dire « Je mise sur vos marques, ça justifie une ristourne »…quand tel autre se verra vertement tancé : « Vous êtes trop cher, je préfère investir sur ma MDD… ». Intox ou ambiguïté savamment entretenue, ce genre de sport est normal en cette saison.
Mais les analystes ne s’y sont pas trompés.
Dans Le Figaro (pages saumon) qui a consacré pas moins de 3 pages, la semaine dernière, sur ces mutations, Georges Chetochine n’hésitait pas à brandir l’étendard de l’apocalypse : « Il existe aujourd’hui 3 000 marques. Dans 5 ans, il n’en restera que 20 %, soit 600 ! » (Fig Eco, 6/01/06).
Pour ma part, je ne serai pas aussi catégorique. Et oserais-je dire, je ne le souhaite pas. D’un point de vue macroéconomique, je considère que la multiplication de marques de renom, repères et signes de qualité, constitue un formidable enrichissement du patrimoine économique.
Il ne faut pas se tromper de combat. Ce qui est en cause, c’est leur positionnement marketing et leur tarif plus que leur qualité, leur prolifération ou leur omniprésence. Pendant longtemps, j’ai reproché à Jean-Noël Kapferer (HEC) la discrimination volontairement entretenue entre les marques de distributeur et les marques industrielles (seules, ces dernières trouvant grâce à ses yeux). Mais il a évidemment raison de rappeler que les marques « les plus critiquées restent encore les plus consommées » (Journal du Management, mars 2005).
Même si, à court terme, la part de marché des MDD va encore croître (y compris chez nous, je confirme), l’avenir des grandes marques dépend largement de la révision des stratégies marketing par les industriels eux-mêmes.
Cédric Ducrocq, PDG de Dia-Mart (cabinet de consultants spécialisé dans la distribution), propose une synthèse vraiment intéressante dans une interview publiée par Stratégies (n° 1395 du 5/01/06). Extrait : « Depuis 15 ans, les marques vivaient sur une croyance fondée sur la nécessité de la course à l’occupation de l’espace mental (dans l’esprit du client) et physique (dans le linéaire), au détriment d’un discours démonstratif sur la valeur ajoutée. Cet état de faits…a nourri un marketing de glorification de la marque, qui justifiait l’augmentation des prix et non celle de la part de marché ».
Faisant référence à des arbitrages budgétaires de plus en plus douloureux pour les consommateurs, C.D. annonce « des chocs culturels ». Sur un ton volontiers sarcastique, il rappelle à qui veut l’entendre (industriels ou distributeurs) qu’il faut peut-être arrêter de « vendre de plus en plus cher à des clients de plus en plus pauvres des produits qui les intéressent de moins en moins. La loi Dutreil arrive à point nommé pour provoquer un électrochoc… ».
Qu’on se le dise, à l’Ilec !
Posté par M.E.L. le 11 janvier 2006 dans
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10 janvier 2006
La réforme Jacob/Dutreil et la baisse des prix : premières salves…et expectative

C’est l’an I de la réforme Jacob/Dutreil. Agitation maximale dans les états-majors commerciaux. La négo est difficile, les tensions bien réelles et les services juridiques ont bien du mal à mettre au pas les forces commerciales. Dans les états-majors, les financiers, eux, se grattent les tempes : ils annoncent un impact négatif sur les marges (pas tort), mais personne ne veut perdre trop de plumes. Dans son for intérieur, chaque dirigeant entend bien ne pas se laisser distancer. Les discours guerriers, de toute façon, sont mobilisateurs et font du bien à la culture maison. Mais tant que les contrats de référencement ne sont pas signés, pas facile de mettre toutes ses billes sur le carreau…
Pour l’heure, le politique se fait discret, l’industriel et l’acheteur sont à la peine. C’est le distributeur qui (pour le moment) régale. Et le consommateur qui profite.
1) « Le retour en grâce de la fonction commerciale »
Dans l’édito de sa « Tribune Grande Conso » (n° 20 – 01/06), Olivier Dauvers jubile. Il prend plaisir à compiler les prospectus publiés par les différentes enseignes. Ca castagne entre les pages et les écarts de prix sont légion.
Il faut dire (et c’est tout à l’honneur des dizaines d’hommes et de femmes qui dans toutes les enseignes y ont travaillé) que la construction de ces catalogues s’apparentait à une sorte de « mission impossible ». Compte tenu des délais d’impression, les prix ont été « calculés » par les uns et les autres, sans pouvoir connaître véritablement les capacités maximales de baisses négociées par chaque enseigne.
« Chapeau », donc, à tous nos collègues. Il n’y aura pas de ministre pour les féliciter. Faisons-nous mutuellement plaisir et saluons la performance de nos cadres respectifs.
2) Dutreil absent, Dutreil content…
Il n’aura échappé à personne que le Ministre du Commerce (alias celui de la conso ! ! !) ne s’est fendu d’aucun commentaire sur l’entrée en vigueur de sa réforme. Se sent-il mal à l’aise, après avoir annoncé une baisse de 5 % ? N’y croit-il plus ? Garde-t-il un goût amer de son dernier point presse (un tantinet bâclé, de l’avis des journalistes présents) ou faut-il voir, dans cette pudique retenue, l’illustration d’une posture plus finaude qui évite à Docteur Renaud de se fâcher avec d’autres ministres concurrents et permettra à Mister Renard d’engranger le bénéfice de la réforme quand viendra le temps de sauter un échelon politique (à Reims ou au gouvernement ?).
Toujours est-il qu’Emmanuelle Evina (Points de vente, 9/01/2006) a raison de rappeler que R.D. « a de quoi être satisfait ». Tout en continuant de menacer les distributeurs du bâton, il a lâché la meute, après avoir malicieusement joué du challenge Carrefour-Leclerc.
3) La politique des enseignes
C’est la première leçon de ce début d’année : il n’y a pas à proprement parler de grandes bagarres d’enseignes au niveau national. Pas encore.
Les rumeurs étaient pourtant fortes. Dans mon groupe, on s’attendait à ce que Carrefour ou Intermarché cogne plus fort. Sensibles à l’intox, refusant de jouer petit bras, nos acheteurs ont produit un joli effet de surprise en rajoutant des bons d’achat à des prix qui, finalement, creusent pas mal l’écart (on ne s’est fait aligner que sur 4 articles).
Comme nous, Intermarché a investi en publicité pour lancer son engagement national de blocage des prix. Mais il s’agit principalement de MDD. Difficile encore d’apprécier sa stratégie sur les grandes marques.
Idem pour Carrefour. Carrefour fait surtout bénéficier de son engagement les porteurs de carte de fidélité : Guy Yraeta (DG France) parle « des prix de 300 articles » qui auraient été revus à la baisse. Mais il précise que c’était déjà le cas fin…2005 (Le Parisien, 2/01/06). La nouveauté, c’est cette annonce « d’une remise de 5 % sur plus de 8 000 produits de la marque Carrefour ».
Géant a sacrément revu à la baisse les prix de ses MDD. Par rapport aux nôtres (Marque Repère), Auchan est en moyenne 8,5 % plus cher, Carrefour 9, 1 %, mais Géant n’est plus qu’à…3,5 %. L’enseigne de J.C. Naouri ne nous avait pas habitué à l’exploit.
Je ne crois pas à l’attentisme. Même si la prudence nous amène tous à attendre les résultats de la négociation commerciale pour travailler l’offre de marques nationales, les grandes manœuvres ont commencé.
4) Retour au local
En attendant, et mises à part les opérations promotionnelles nationales (catalogues et radio), le regain de concurrence se fait surtout sentir aux niveaux local et régional.
La rivalité oppose surtout des magasins du groupe Carrefour à nos adhérents. Alors que Carrefour était venu nous « chatouiller » dans un nombre limité de sites (principalement dans les villes de l’Ouest) en faisant exploser les SRP par anticipation, nos adhérents ont profité de la nouvelle législation pour tenter l’échappée. Ca chauffe fort en Normandie (Caen, Rouen, Le Havre). Le Leclerc de Plérin (Saint-Brieuc) taclait le Carrefour d’en face en le soumettant au supplice de la publicité comparative. C’est au tour de Carrefour Portet (l’un des plus grands de France) de défier nos adhérents toulousains.
Dans l’Est de la France, les Leclerc ont attaqué sur un millier d’articles, entraînant quelques jolies réactions de Cora ou d’Intermarché.
Certains Auchan (région parisienne) ne sont pas manchots non plus. Et Géant, sans doute inquiet du manque d’oxygène, balance quelques boulets brûlants.
Difficile, devant cette mosaïque d’initiatives dispersées d’évaluer l’impact des baisses réelles. Pierre Chartier, adhérent à Nantes (et, par ailleurs, responsable national de nos équipes d’achat), me fait parvenir toutes les semaines une « monographie » des baisses de prix en Loire-Atlantique. En cette première semaine de janvier, c’est près de 10 000 articles qui sont en baisse (toutes enseignes confondues) de 2 à 15 % versus juin 2005 ! (Mais, selon lui, quelques centaines de prix vont devoir être réévalués pour respecter le nouveau SRP).
Toutes ces manoeuvres ne semblent pas très spectaculaires. Mais ne sont-elles pas finalement la conséquence la plus logique de la réforme. Elle tend à rendre au commerce ses prérogatives. Le directeur de magasin retrouve sa liberté d’action locale. Le retour à la concurrence sera d’autant plus durable et crédible qu’il sera animé par les acteurs de terrain (responsables de leurs prix et de leurs marges) plutôt que par les directions financières d’enseignes.
Comme dit Olivier Dauvers, le commerce est de retour.











