27 février 2006
Grippe aviaire : Quelle communication pour aider les éleveurs ?

Nous aurons l’occasion de reparler prochainement des différents problèmes causés par ce fléau : aspects sanitaires, risque de pandémie humaine, gestion des scénarios de crise, conséquences sociales et même…politiques. Les fédérations d’éleveurs nous ont sollicités, ces dix derniers jours, pour éviter la chute des ventes, et lancer des campagnes publicitaires. La contamination de l’élevage de Versailleux a pris de court toute la profession et limite sérieusement l’exercice de publicité collective.
Les images associées à l’abattage d’une dizaine de milliers de dindes portent un sérieux coup au projet de publicité collective télévisée réclamée par les syndicats d’éleveurs. Le projet n’est pas définitivement irréalisable. Mais élaborer un message crédible, incitatif, et définir la programmation idéale de la diffusion…voilà qui devient périlleux et mérite réflexion (si l’on cherche réellement l’efficacité auprès des consommateurs, et pas seulement une opération de relations publiques auprès des éleveurs !!!).
1) Rappel du contexte : En France, le risque reste principalement d’ordre vétérinaire
a) Aucun scientifique ne soutient sérieusement l’existence, à l’heure actuelle, d’un risque de contamination d’homme à homme. Cela supposerait une mutation du virus, ce qui n’a pas été observé.
b) Les cas de contamination humaine résultent de pratiques sanitaires déficientes : cohabitation quotidienne avec les oiseaux, manque d’hygiène, ...etc. Dans tous les cas observés, ce sont les animaux qui ont transmis le virus à l’homme.
c) Dans l’hexagone, de l’avis de l’Afssa comme de la plupart des scientifiques, de tels risques sont minimes, y compris dans les élevages industriels, compte tenu des mesures préventives (port de masque et de gants, pédiluve, ...etc.) dans l’exercice professionnel.
2) L’affaire se double d’un risque commercial important :
- Plus de 30 000 élevages professionnels produisent 700 millions de volailles en France.
- Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros.
- Nombre de personnes employées : 65 000.
- Exportations : 715 000 tonnes (plus d’un tiers de la production). La France est le premier exportateur de l’UE.
Je confirme les chiffres cités dans la presse ces derniers jours :
- Baisse moyenne des ventes de 10 à 12 % jusqu’au 15 février.
- 30 % sur les 3 derniers jours ouvrables.
3) Deux types de campagne de communication sont envisagés :
L’une est d’initiative européenne : elle porte sur les aspects sanitaires. L’autre est française et se veut plus commerciale.
a) Les pays européens, réunis à Vienne vendredi, ont décidé de lancer une campagne d’information pour rappeler que « la consommation de volaille ne présente pas de risque ». Certains pays (Turquie, Bulgarie et Roumanie) voudraient y associer des messages de prévention invitant les citoyens à refuser tout contact physique avec les oiseaux, morts ou même vivants !
Les deux messages ont leur raison d’être. Je ne crois pourtant pas à leur cohabitation dans un même spot publicitaire. Ni même dans des spots séparés qui seraient diffusés sur une même période.
b) Les fédérations d’éleveurs en France veulent faire de la promo pour soutenir le marché. Le gouvernement a débloqué 2 millions d’euros qui pourraient être investis dans une campagne collective TV.
Il y a une semaine encore, on aurait pu imaginer un message du type : « La France a pris toutes les précautions en confinant les élevages. Achetez de la volaille française, c’est une garantie sanitaire. Les éleveurs ont fait pour vous les investissements et les efforts permettant de certifier la bonne qualité des marques et labels français ! ».
Oui, mais voilà : l’épidémie a frappé sur un territoire qu’on avait présenté comme sécurisé ! L’élevage de Versailleux (Ain) était confiné (théoriquement). Le H5N1 a frappé là où on ne l’attendait pas.
S’il s’agit d’une erreur humaine, l’affaire sera classée, oubliée dans quelques jours ou semaines. L’opération de communication pourrait alors être lancée.
Si cette affaire révèle finalement l’impossibilité d’un confinement étanche, c’est tout l’argument publicitaire qui tombe.
De fait, les images télé et les articles de presse diffusés ce week-end, ont jeté le trouble dans l’esprit des consommateurs. Ils ont découvert, malgré le confinement, le passage de tracteurs hors pédiluve ; et des pailles préalablement stockées dans une grange ouverte, sans protection contre les passereaux, hirondelles, étourneaux, pigeons, etc… Avec ces commentaires sincères, mais dramatiques : « Comment voulez-vous qu’on fasse autrement ! ».
Ils ont vu aussi une horde de journalistes et de photographes, sans protection, trimbaler leurs chaussures des étangs de la Dombe à la ferme de Versailleux. Et un ministre, seul utilisateur d’un seau qui faisait office d’unique pédiluve. A trop vouloir en faire, on frise le ridicule.
Que reste-t-il donc à raconter après de tels reportages !
4) L’argument de la vaccination
Convaincus du désastre médiatique, les professionnels envisagent maintenant une campagne de vaccination. L’initiative est probablement nécessaire, vu que l’épizootie, personne n’en doute, est là pour longtemps.
Mais si la parade est efficace, et le discours sécuritaire ainsi renforcé, que vaut cette information…par rapport à l’objectif de relance de la consommation. Vacciner…ne fait pas saliver. Qui peut imaginer sérieusement qu’une telle campagne incitera les Français à mettre la poule au pot ?
5) Priorité à la communication de terrain
Je viens de le confirmer à plusieurs fournisseurs qui m’appelaient ce week-end : mon groupe répondra présent à l’appel des professionnels. Nous saurons être solidaires. Et nous mettrons en place, région par région, les opérations promotionnelles les plus adaptées aux contextes locaux.
Pour autant, à partir des réflexions précédentes, je proposerai :
a) De retarder la campagne collective nationale au moins jusqu’à ce que les effluves de Versailleux se soient dispersés dans l’opinion.
b) Si elle doit avoir lieu, il faut trancher. Sécuritaire ? Qui prendra la responsabilité du message : les pouvoirs publics, l’interprofession ? Attention, toute affirmation, toute promesse engage son auteur !
Commerciale ? Quitte à ce qu’on vienne financièrement en aide à nos amis de la Bresse, je préconiserai qu’on ne tienne pas un discours général. Il sera pollué dès la prochaine contamination. Il vaut mieux segmenter les risques (et les chances de réussite). Je recommanderai de faire la publicité de différents bassins de production (Landes, Gers, Loire, Bretagne ouest, etc…) dont les élevages ne sont pas affectés. C’est ce qui avait été fait dans le contexte de la « vache folle ». Nos bouchers s’étaient appuyés sur la fiabilité de certaines races à viande (limousine, aquitaine, ...etc.), le temps que soit mis en place un système général de traçabilité.
c) En tant que distributeur, nous nous offrons à être les relais des campagnes commerciales. Je crois plus au travail effectué par les bouchers-charcutiers et les responsables de nos rayons traiteurs qu’aux vertus des grands discours collectifs. Ce sont eux qui sont les plus fiables pour vanter la qualité de leur approvisionnement auprès de consommateurs.
d) Dans Le Parisien, ce matin (27/02/2006), les adhérents d’une section avicole de la FDSEA s’inquiétaient de la quasi fermeture des rayons volaille de certains hypers. Je ne sais pas si c’est vrai.
Sans qu’il soit nécessaire de se référer au « civisme de la grande distribution », il est primordial que nous ne participions pas à la psychose. Le meilleur moyen de démontrer notre confiance dans le produit, c’est de le mettre à la vente.
e) Reste pour moi une inconnue, l’attitude des organisations de consommateurs. Sauront-elles manifester leur solidarité avec les éleveurs ? Estimeront-elles ne pas pouvoir s’engager sur la qualité des mesures sécuritaires ou l’innocuité de l’ingestion des volailles…
Les efforts des professionnels ne serviront à rien s’ils ne sont pas relayés dans l’opinion, et surtout s’ils sont contrecarrés par une culture du doute.
Posté par M.E.L. le 27 février 2006 dans
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24 février 2006
Surpêche, menace sur les ressources en poisson : Greenpeace interpelle la distribution

© Nathalie Luthold
Greenpeace démarre une campagne de sensibilisation du grand public sur la surpêche de certaines espèces et la préservation des ressources halieutiques. Sur l’exemple d’un rapport réalisé par Greenpeace Angleterre
> Lire le rapport Greenpeace (pdf)
Greenpeace France rédige une étude sur la consommation des produits de la mer dans l’hexagone, ainsi que sur la politique d’approvisionnement des acteurs du marché. 70% des ventes de poisson se font au travers de la grande distribution. Par des achats directs ou par l’intermédiation de mareyeurs ou de grossistes ! L’ONG souhaite mettre en place un système de notation pour chaque enseigne.
La démarche de Greenpeace se veut constructive. Tant mieux. Le sujet mérite qu’on s’y investisse. Et les solutions ne sont pas simples.
On se rappellera cette polémique sur la perche du Nil. J’avais diligenté un audit social et environnemental pour que mes collaborateurs puissent se faire une opinion. C’est en partie chose faite : les dégâts écologiques sont confirmés, la prolifération de l’espèce prédatrice nuit à la diversité du peuplement des cours d’eau mais le boycott n’arrangera rien. En tout cas socialement ! L’exploitation de ce poisson a été créatrice de nombreux emplois. Loin d’être toujours valorisants, c’est sûr. Mais la reconversion des sites de conditionnement devenus très nombreux, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mes équipes recherchent des formules de substitution, vers d’autres espèces, et même des modes de production bio ou équitables. Il faut du temps…
L’étude française de Greenpeace porte sur une dizaine d’espèces sur lesquelles l’ONG propose des actions correctives, soit pour éviter le gaspillage des ressources, soit pour pallier aux effets négatifs des modes de pêche, destructeurs de l’environnement. Il s’agit du cabillaud, du thon rouge (de Méditerranée dans 80% des cas), de l’empereur, du grenadier, du lieu noir, du bar, du flétan, de la lotte, du carrelet, et des crevettes (sauvages ou d’élevage. Il s’agit principalement ici de crevettes importées d’Asie ou d’Amérique du Sud).
Sur la base de cette liste, nous allons donc rassembler les données concernant les différents fournisseurs. Répertorier les modes de pêche, tels que par exemple, ceux qui s’effectuent avec des chaluts pélagiques, pas forcément interdits par la réglementation, mais sujets à forte polémique, notamment en Bretagne.
Partant de ce travail de documentation, mes équipes discuteront avec Greenpeace ou tout autre ONG intéressée par le sujet… pour mener un certain nombre d’actions parmi lesquelles
1. Réécriture (à la hausse) des exigences concernant le respect des critères environnementaux et sociaux sur les sites d’élevage.
2. Suppression de la pêche pélagique (et étude avec les professionnels de technique de substitution)
3. Référencement et promotion d’espèces alternatives (comme le tilapia).
La tentation des ONG, dans le processus de notation, c’est évidemment de mettre la pression sur les acteurs économiques.
Moi, je crois qu’il faut faire les choses rationnellement, en mesurant toutes les conséquences des actions correctives. Il faut en effet éviter de tomber dans des actions trop radicales, dont les effets pervers peuvent être pire que les pollutions présentes.
J’ai relu cette semaine des articles publiés ces 4 ou 5 dernières années sur la surexploitation de quelques unes de ces espèces. Nombre d’ONG faisaient la promotion des techniques d’élevage, par opposition à la surpêche, en haute mer. Mais, 4 ans plus tard, les mêmes ONG dénoncent les concentrations d’élevage, dont tout le monde convient désormais qu’ils ont aussi un effet très polluant, et qu’ils constituent des lieux où prolifèrent nombre de virus et bactéries (cf. crevettes asiatiques).
Sans compter le problème de l’alimentation des poissons d’élevage…
Je n’ai pas d’autres compétences pour aller plus loin dans l’analyse du sujet. S’il vous passionne, n’hésitez pas à me fournir des informations.
De toute façon, il nous faut réagir, et profiter de cette alerte de Greeenpeace, pour balayer tous les problèmes de ces filières.
Posté par M.E.L. le 24 février 2006 dans
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20 février 2006
Procter, Danone, L’Oréal… Les industriels confirment et assument les hausses de tarif
Au moins les choses sont-elles claires désormais. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette négociation 2006 que d’avoir produit cet « effet vérité » : les industriels confirment leur volonté de hausse tarifaire… et cherchent maladroitement à l’assumer.
1. Flash back : c’est José Luis Duran (Carrefour) qui avait tiré le signal d’alarme (Le Monde du 6/12/2005). J’avais confirmé et cité nominativement, des grands noms de l’industrie (parfumerie, cosmétique, hygiène ou même agroalimentaire) cf. ma note du 8/12/2005.
Levée de bouclier ! Debout sur son perchoir, Jean-René Buisson de l’ANIA bottait en touche et se retournait vers les hypers : «On verra s’ils sont capables de baisser leurs marges pour faire baisser les prix ».
2. Les marges sont à la baisse, dans tous les groupes de distribution. Les enseignes ont largement anticipé la réforme de la loi Galland. Pour le public, ces baisses de prix, exprimées en euros, n’ont pas été spectaculaires, sauf dans les catalogues. Mais pour les distributeurs, il ne fait pas de doute qu’un seuil a été atteint, et le problème pour certaines enseignes sera de justifier un retour à la normal dans les prochains jours.
La DGCCRF a annoncé qu’il faudra remettre tout ça au carré du SRP (le 15 mars ?).
3. Dans ce contexte, les distributeurs n’allaient pas laisser leurs fournisseurs s’accaparer le bénéfice de la baisse, en tolérant des hausses tarifaires qui viendraient en gommer les effets. A défaut de pouvoir négocier les CGV, il était impératif d’engranger plus de coopération commerciale déductible ou de CPV (conditions particulières de vente) pour compenser les dérives tarifaires (c’est le seul mécanisme de baisse prévu par la loi).
Les industriels qui ont cru pouvoir « jouer les délais », en espérant que l’arbitre sifflerait la fin du match le 15 février, en sont pour leurs frais. La négo continue…(chez Leclerc, il reste à signer une quarantaine d’accords commerciaux sur environ 3000).
4. La fermeté a payé. Doublement !
D’abord, la plupart des industriels ont revu leurs prétentions à la baisse, business oblige. La moyenne des hausses (sur 95% des contrats) est de l’ordre de 2.5%. Avec, pour certaines gammes, il est vrai quelques pointes à 5% !
Mais surtout, Procter, Danone, L’Oréal ou Lever ont été obligés de se justifier publiquement. Et d’assumer les hausses qu’on allait nous imputer.
5. Déjà, dans le Figaro du 4/01/2006 Unilever annonçait une hausse moyenne de 4.5%. Interrogé dans le Fig Eco du 18/02/2006, d’autres grands industriels confirment. En forme de plaidoirie, ils revendiquent le droit d’augmenter leurs tarifs. Leurs arguments ne manquent pas de fondement. Ils ne manquent pas d’air non plus.
a) Pourquoi faudrait-il baisser les prix, dit Philippe Charrier, Procter, quand des produits chers se vendent aussi bien : « Notre antipelliculaire H&S est le numéro 2 des shampoings, pourtant c’est l’un des plus chers de sa catégorie ». Il a raison. Idem pour L’Oréal. Pour ces firmes, reines du marketing, il n’y a pas d’obligations techniques à repositionner leurs prix. Et dans l’absolu, ce n’est que la récompense d’un travail marketing exceptionnel, qu’il faut savoir saluer.
b) En droit commercial pur, ils ont aussi raison de revendiquer cette liberté. Je ne la leur conteste pas. (Ce que je contestais, c’est qu’ils ont cherché à limiter la liberté des distributeurs, en cautionnant une loi Galland qui donnait aux seuls fournisseurs la main mise sur les prix publics. Des prix qui grimpent depuis 5 ans).
c) Mais, ce qui était contestable, c’était leur refus d’assumer les hausses qu’ils imposaient aux distributeurs.
Depuis que les organisations de consommateurs se sont réveillées (après le passage à l’euro) et alors qu’elles stigmatisaient l’inflation des grandes marques, nous n’avons jamais entendu un seul fournisseur reconnaître sa responsabilité.
6. C’est maintenant chose faite. Contraints à se justifier, interpellés par R. Dutreil (qui rechausse pour l’occasion les bottes de N. Sarkozy), les industriels sortent les arguments du bois. Certains sont légitimes (répercussion de la hausse des matières premières, des coûts de transport etc…). D’autres laissent franchement perplexes, tels que
a) « Cette question brûlante concerne 6% de notre chiffre d’affaires » (Lindsay Owen-Jones, L’Oréal). Il est vrai que pour ces grands groupes, la France devient un débouché marginal. Il n’empêche : pourquoi les consommateurs français devraient-ils être plus ponctionnés que leurs homologues européens…
b) « Mon métier n’est pas de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs » (Franck Riboud, Danone). Les consommateurs français qui ont subi depuis 4 ans des hausses successives, pourraient à bon droit exiger de ne pas être considérés comme des vaches à lait. Ils apprécieront.
7. Ces déclarations imprudentes (Le Figaro du 18/02/06) viennent porter un éclairage nouveau sur les rapports industrie/commerce. Dénoncées par les seuls distributeurs, les hausses pouvaient apparaître comme un simple prétexte au durcissement de la négociation. Revendiquées par les industriels, elles justifient, le rôle essentiel de la distribution dans la politique française de concurrence. On ne pouvait pas donner plus de légitimité au métier d’acheteur.
Le législateur sera toujours fondé à intervenir pour réprimer des comportements déviants, excessifs, abusifs… Je n’ai jamais contesté cette nécessité. Mais 80% de ce qui est vendu en hyper est fourni, sur chaque segment de marché (PGC), par 3 ou 4 firmes en situation oligopolistique. Et capables d’imposer leurs marques et leurs tarifs.
Nos acheteurs n’ont plus de complexes à avoir. Les raffarinades, c’est fini. C’est notre rôle que de nous opposer à ces hausses de prix si crânement revendiquées.
Dans le respect des hommes et des projets d’entreprise, mais avec toute la pugnacité qu’exige la lutte pour préserver pouvoir d’achat et croissance.
Posté par M.E.L. le 20 février 2006 dans
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16 février 2006
COOPERNIC, la première alliance de distributeurs européens indépendants

Chiffre d'affaires et part de marché des différents groupements
Bruxelles, ce jeudi, conférence de presse aux côtés des dirigeants de cinq grands groupes européens de distribution. C’est une réunion fondatrice. Nous lançons COOPERNIC, une alliance européenne...qui va forcément faire parler d’elle.
L’initiative s’appuie sur une vision commune du grand marché.
Le mouvement de concentration des industries de biens de consommation s’accélère. Sur chaque grand segment de marché, 3 ou 4 firmes internationales fournissent, à elles seules, 80 % de l’offre vendue en hypermarché.
Parallèlement, cette concentration touche le secteur de la distribution. Achats, fusions, OPA se sont multipliés ces dix dernières années. Bientôt peut-être, on reparlera du rachat par Wal-Mart d’un grand groupe français, d’une alliance renforcée Auchan-Casino, d’un rachat supplémentaire par des Tesco ou des Metro boulimiques.
Les commerçants indépendants se devaient de réagir. Pour garantir à leurs adhérents les moyens de relever ce défi concurrentiel, cinq groupements, Colruyt (Belgique), CONAD (Italie), COOP (Suisse), E.LECLERC (France) et REWE Group (Allemagne), ont décidé de s’allier et de créer COOPERNIC : COOPérative Européenne de Référencement et de Négoce des Indépendants Commerçants.
L’objectif : Doter leurs adhérents d’une organisation transnationale capable de rivaliser avec les enseignes les plus puissantes du commerce intégré. Les cinq distributeurs co-fondateurs de COOPERNIC représentent 96 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 10 % des ventes en Europe. (Pourcentage à mettre en parallèle avec les 20 % réalisés par les 3 premières enseignes européennes intégrées : Tesco, Carrefour, Metro).
1) Les ambitions de COOPERNIC
Les cinq groupes veulent organiser leur coopération dans les secteurs alimentaires et non-alimentaires, en négociant ensemble la fourniture des grandes marques internationales, en travaillant sur l’élargissement de leur offre nationale et la diminution des coûts d’approvisionnement (sourcing, logistique...).
a) COOPERNIC aura pour mission de traquer tous les écarts de prix européens et d’optimiser les achats des grandes marques. La coopérative négociera aussi des prestations transnationales : expérimentation de marchés tests, lancement coordonné de produits nouveaux, construction d’un référentiel produits commun… Les synergies sont d’autant plus évidentes que les enseignes sont très peu concurrentes entre elles, l’implantation actuelle des groupements est très complémentaire ainsi que leurs projets de développement en Europe.
b) Contrairement aux centrales d’achat des groupes intégrés, COOPERNIC n’a pas vocation à se substituer aux stratégies marketing propres à chacun des groupements. Chaque membre de l’Alliance conserve son autonomie d’approvisionnement. Le partenariat permettra d’accroître chaque offre nationale en faisant profiter ses consommateurs des meilleures sélections des autres membres y compris dans des secteurs à fort développement, comme les produits bio et équitables dont COOP SUISSE est leader mondial.
c) COOPERNIC permettra à de nombreux producteurs régionaux et PME d’accéder aux rayons des autres membres et d’accroître leurs ventes européennes. Comme en bénéficient déjà des fournisseurs communs de COOP et REWE Group, ou plus récemment de E. LECLERC et CONAD.
d) La coopération entre les membres permettra aussi une réduction substantielle des coûts logistiques.
La politique européenne des transports et la recherche d’économies d’échelle ont conduit les grands industriels à optimiser l’implantation de leurs usines pour pouvoir couvrir tous les besoins d’un grand marché élargi. Chacun des membres avait jusqu’ici investi dans ses propres outils logistiques, en fonction de ses besoins nationaux. Via COOPERNIC, chaque groupement pourra déléguer ces opérations à l’un des membres jugé le plus performant selon les marchés. (C’est ainsi que E. LECLERC approvisionne en carburants, depuis la France, les premières stations-service de CONAD dans le Nord de l’Italie).
e) Dans la construction des gammes aussi, COOPERNIC permettra un meilleur partage des coûts et des réductions substantielles.
- Élaboration de cahiers des charges communs pour les MDD et Premiers Prix.
- Mutualisation des contrôles qualité pour ces produits.
- Multiplication des audits sociaux et libre accès à un référentiel commun d’audits des fournisseurs, pour contrôler les aspects sociaux et éthiques des conditions de fabrication à l’étranger.
2) COOPERNIC : une structure légère, régie selon le principe des coopératives
Pour insister sur sa vocation européenne, le siège de COOPERNIC est implanté à Bruxelles. Ses statuts prévoient sa transformation, dès que possible, en société coopérative de droit européen (SCE).
COOPERNIC restera une structure légère. Pour développer et faire fonctionner ce nouvel outil, les professionnels des enseignes concernées joueront un rôle clé, s’investissant à la fois dans cette alliance et dans les activités de leurs pays respectifs, limitant ainsi les risques de créer une superstructure pléthorique, coûteuse, et génératrice d’inertie.
COOPERNIC n’est pas une structure financière. Elle n’a pas vocation à accumuler, ni même à réaliser des profits. Les ressources de COOPERNIC seront constituées de cotisations versées par les coopérateurs. Toutes les économies, ristournes, remises ou avantages négociés seront perçus ou transférés à chacun des groupements dans une transparence financière et fiscale totale, selon le principe coopératif.
COOPERNIC sera dirigée par un conseil d’administration de dix membres, soit deux représentants par enseigne partenaire. La répartition des parts et des voix entre les enseignes sera égalitaire : chaque enseigne possèdera 20% des parts et représentera une voix au sein du conseil d’administration.
J’aurai l’honneur de guider les premiers pas de Coopernic sur les marchés européens aux côtés du Dr Achim Egner (REWE) qui occupera les fonctions de vice-président.
Posté par M.E.L. le 16 février 2006 dans
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10 février 2006
BD : Génération 1er album

© FEP / Jean Bibard
Pas facile, parmi les 2 000 titres publiés en 2005, de pouvoir repérer dans les rayons…un jeune auteur, un premier album ! C’est la raison pour laquelle avec le magazine Bodoï, j’ai lancé le concours « Décoincer la bulle ». Il est destiné à promouvoir, chaque année, quelques jeunes talents qui ont osé s’aventurer dans les coulisses du 9ème Art. Outre les prix décernés par un jury prestigieux, ils pourront compter sur une campagne de promotion à travers la centaine d’Espaces Culturels E. Leclerc, dans les pages du magazine Bodoï et différents médias mis à contribution. (J’en profite pour féliciter la Fnac Montparnasse qui a élégamment joué le jeu en leur consacrant un bel emplacement).
1) Le jury et les nominés
Le 28 novembre dernier, Frédéric Vidal, rédac chef, et moi-même avons réuni une petite académie de scénaristes : Serge Le Tendre, Jean Van Hamme, Jean-David Morvan, Christophe Arleston, Adeline Blondieau. Ca se passait au Procope, vieil emblème de la restauration française. Les journalistes de Bodoï ont effectué un premier tri. Notre jury était appelé à choisir 3 albums parmi la vingtaine de publications rescapées de cette sélection nationale. Bien avant le dessert et le café, 3 nominés sortaient du lot :

© Hubert Raguet
- « Mémoires d’une vermine » de Juan Sàenz Valiente, scénario de Carlos Trillo, éditions Albin Michel.

L’histoire :
Il n’y a pas plus pourri que Luchito Lassabia, un flic corrompu et dévoyé, une véritable vermine. C’est pour ça qu’on l’appelle la gale. Il porte beau, s’habille chez les meilleurs tailleurs, mais il trempe dans toutes les sales besognes et contrôle un réseau de prostituées. Un scandale que l’avocat Sébastien Ferrer va essayer de faire éclater au grand jour…
- « La guerre des boutons » de Valérie Vernay, scénario de Mathieu Gabella, éditions Petit à Petit.

L’histoire :
C’est l’adaptation pétillante de l’œuvre de Louis Pergaud : des planches à se tordre de rire…pour retrouver une âme d’enfant.
C’est l’histoire de Longeverne et Velran…Deux villages dans lesquels, depuis des générations, on est élevé dans le mépris du camp adverse.
- « Le dernier envol » de Romain Hugault, éditions Paquet

L’histoire :
1942-1945, les heures les plus sombres du XXème siècle. Le ciel est le théâtre de combats acharnés. Des avions se frôlent, des hommes s’affrontent, des destins se croisent. Quatre pilotes, parmi les meilleurs de leurs nations respectives, prennent leur envol. Combien savent que ce vol sera le dernier ?
2) Le Prix « Décoincer la Bulle 2006 »
Le public était invité à élire sa BD préférée parmi ces 3 auteurs nominés. 15 000 internautes ont voté en ligne. Et finalement, à Angoulême, sous les applaudissements d’auteurs dont ils sont devenus les confrères (une vraie première reconnaissance professionnelle !), c’est Romain Hugault, pour « Le dernier envol » qui a remporté le prix.
3) Des personnalités attachantes :
Il fallait les voir, tous les trois, heureux comme d’Artagnan, parcourant le Festival.
Romain Hugault est âgé de 25 ans. Diplômé des écoles parisiennes Olivier de Serres et Estienne. Une maîtrise totale des dessins d’avion. C’est en proposant 10 premières planches de cette histoire aux éditions Paquet qu’il a pu être publié.

© FEP / Jean Bibard
Personnellement, je trouve que Romain maîtrise très très bien le dessin des objets, des décors, y compris dans le rendu des « effets de vitesse ». Il pratique la couleur sur ordinateur. Mais ses choix sont élégants, on dirait de la couleur directe. En revanche, il lui reste à travailler ses personnages. Pas encore assez de finesse dans l’expression, mais on n’est pas loin de la réussite totale.
Au milieu du forum, le public s’est agglutiné autour de Valérie Vernay. Timide, réservée !. Ne pas se laisser piéger par les apparences : elle est sortie de la prestigieuse école d’arts graphiques Emile Cohl de Lyon. Beaucoup d’illustrations jeunesse à son actif chez différents éditeurs. Elle a participé à plusieurs collectifs.

© FEP / Jean Bibard
C’est elle qui a obtenu le meilleur soutien du public, le temps des dédicaces qu’elle bichonne et qu’elle peaufine dans les moindres détails.
Enfin, il y a cet Argentin de 24 ans, Juan Sàenz Valiente. Autodidacte, passionné de dessin et de cinéma. D’apparence, lui aussi est doux, jovial, juvénile. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Sauf qu’après lecture de « Mémoires d’une vermine », on voit poindre le démon derrière l’ange…

© FEP / Jean Bibard
Oui, sans nul doute, ce garçon manie le crayon trash : gueules de femmes et hommes blessés dans leur corps comme dans leur âme, scènes d’amour lubriques et sans retenue. Le héros est lâche et détestable à souhait. Il faut du talent pour illustrer tout cela. Couleur directe, scénarisation superbement ficelée, joli travail d’atmosphère. Personnellement, c’est l’album que j’ai préféré.

© FEP / Jean Bibard
Posté par M.E.L. le 10 février 2006 dans
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9 février 2006
Le blog, cette semaine
Je suis actuellement en déplacement. Pas d’accès facile à mon ordinateur. J’envoie une note, d’ici lundi, à mon bureau pour qu’elle soit mise en ligne.
Je reprendrai les réponses aux commentaires lundi 13 ou mardi 14, c’est promis.
Salut à tous.
Posté par M.E.L. le 9 février 2006 dans
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8 février 2006
Négos 2006 : L’Etat siffle la fin du match mais permet les prolongations
Dans tous les pays européens, la liberté du commerce est un principe constitutionnel. On peut tout négocier, sauf ce qui est interdit par la loi.
En France, le Code du commerce ne dit rien d’autre. Mais au fil du temps, les députés ont surenchéri pour imposer tellement de contraintes que, pour tous les professionnels, seul finalement « peut être négocié ce qui est expressément prévu par la loi ».
J’exagère ? A peine ! J’en veux pour preuve la petite passe d’armes médiatique entre Renaud Dutreil, la Direction de la Concurrence, Jean-René Buisson (Association Nationale des Industries Alimentaires), l’AFP et quelques distributeurs. Elle illustre à quel point les pouvoirs publics (politiques et administration) continuent, malgré la liberté rétablie par les Ordonnances de 1986, de s’immiscer dans les affaires commerciales…sans autre justification que de maintenir leur contrôle.
1) Rappel :
La réforme de la loi Galland, appliquée depuis le 1er janvier, stipule que « les contrats de coopération commerciale doivent être établis avant le 15 février ». Ne me demandez pas pourquoi ! C’est évidemment du délire. J’imagine que les députés pensaient que « le temps » jouait contre les industriels. De fait, ils en ont profité pour prendre leur temps, les distributeurs étant obligés de signer à la date butoir !
2) Lors de plusieurs réunions tenues dans les locaux de la DGCCRF (Direction de la Concurrence), tous les distributeurs ont plaidé pour que le gouvernement accepte, au moins pour cette année, d’être tolérant sur les délais. Les conditions générales de vente n’ont été envoyées qu’en janvier, ce qui laissait un temps très court pour la négo.
3) Officiellement, nos collègues de la FCD avaient demandé au Ministre du Commerce une prolongation d’un mois (jusqu’au 15 mars). Compréhensive, la DGCCRF avait transmis le message au ministère.
4) Interpellé hier matin par l’AFP, le Ministre a d’abord tenu des propos ambigus. Propos que l’AFP a interprétés comme une réponse négative à la demande de la FCD.
5) Du coup, « aux anges », Jean-René Buisson, toujours en tenue de combat, a acquiescé : « Il est mieux de ne pas déroger à une loi ».
Réaction outrée, énervée des distributeurs, toujours en attente d’une réponse officielle…alors que les carnets de rendez-vous, eux, restent programmés jusqu’à la mi-mars…
Et tous de s’interroger sur les intentions réelles du ministre, par ailleurs fort peu prolixe sur sa réforme.
6) Finalement, Renaud Dutreil a rectifié le tir…en deux temps :
a) Il a d’abord revêtu la toge de la légalité. « Seul, le Parlement peut modifier la loi… Il n’appartient pas aux ministres de la modifier et nous n’en avons pas le pouvoir ».
b) Mais nul n’est tenu à l’impossible. Magnanime, il ajoute : « Pouvons-nous appliquer avec pragmatisme et compréhension la loi ? La réponse est oui. Je le souhaite et j’ai donné ces instructions à la DGCCRF ».
Voilà désormais qui est plus clair. Nous allons donc pouvoir continuer à négocier. Pas de couperet le 15 février. Tant pis pour les quelques camarades industriels qui comptaient sur cette pression pour passer en force et imposer leurs hausses de prix.
7) De toute façon, on arrive au bout de la négociation. Le climat s’est amélioré. Tout le monde a compris qu’il faut sortir de cette affaire. La consommation est atone. Il faut se focaliser maintenant sur la vente.
Nos négociateurs ont réussi à juguler le plus gros des hausses. Il reste encore 10 à 15 % des accords (mais quelques gros) à conclure. Ne cédons pas aux impératifs de l’urgence. De toute façon, il vaut mieux ne pas signer d’accord que d’en conclure un mauvais.
D’autant que ces contrats déterminent un autre enjeu : ils permettent de calculer le nouveau seuil de revente à perte. A vouloir boucler trop vite la négo, le risque, ce serait d’obliger les distributeurs à remonter leurs prix…au nom de la loi !
Posté par M.E.L. le 8 février 2006 dans
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6 février 2006
Caricatures et droit d’expression : L’humour plus fort que le mépris

Ce week-end, dans la presse, une photo d’un supermarché égyptien : « Dear clients, we express solidarity with islamic and egyptian community. Carrefour don’t carry Danish products ». L’occasion pour quelques journalistes d’obtenir la réaction d’un autre distributeur, face aux appels au boycott.
Dans un premier temps, j’ai réagi comme tous ces hommes politiques, ces écrivains, ces dessinateurs : pas question de se laisser impressionner. Ne cédons pas à la censure, défendons la liberté d’expression ! Et puis, j’ai pris un peu de recul, j’ai regardé les caricatures litigieuses, observé les dégâts, essayé de faire la part des choses.
1) Tout d’abord, le franchisé Carrefour du Caire a probablement pris la bonne initiative. Facile de faire le beau dans une Europe sécurisée. Mais en regardant les images de violence retransmises par les télés, la défense de ces caricatures mérite-t-elle qu’on mette en péril des vies ? Non, je ne le crois pas. En tout cas, si ce commerçant avait été sous mon enseigne, je reconnais que je n’aurais pas su lui objecter quoi que ce soit.
2) L’enjeu, d’ailleurs, peut-il être cantonné à une défense de principe : celle de la liberté d’expression ? Elle n’est pas menacée (pas vraiment) en Occident. S’il s’agit de faire école du côté de chez les mollahs, l’initiative ne me semble pas efficace. Devant l’outrance, la gratuité de l’attaque, et ce qui immanquablement est vécu comme une provocation, le plaidoyer pour le droit d’expression n’aboutira qu’à un résultat : renforcer la conviction des peuples blessés que l’Occident est définitivement pourri, sans hiérarchie de valeurs, méprisant à l’égard du sacré.
Car enfin, que cherchent nos caricaturistes ? Veulent-ils s’en prendre au terrorisme, aux intégristes, aux liens qui les unissent ? Soit ! Mais qui veut-on convaincre. Nous, les Européens ? C’est fait ! Les peuples sous domination fondamentaliste ? Mais leurs dictateurs n’attendent que cette provocation pour retourner le boulet. Sûr que dans leurs mosquées, des fanatiques auront su souffler sur les braises : « Ils ne respectent rien, ni les femmes, ni Dieu, ni la religion… ».
Justement : le JDD, ce dimanche, publiait un intéressant témoignage de Guy Coq, philosophe chrétien. « Assimiler le prophète à un poseur de bombe, par-delà l’insulte, est une faute énorme quand, précisément, l’enjeu du débat avec les extrémistes consiste à montrer qu’ils sont finalement infidèles au prophète ! ». Coq, à juste titre, pourfend l’amalgame : « Le message politique envoyé aux croyants de l’islam, par certains dessins, est politiquement et moralement néfaste ». J’adhère à ce diagnostic.
Certes, Cabu, l’excellent et horripilant Cabu, avait raison vendredi, dans Libé : « On doit pouvoir critiquer toutes les religions, il n’y a pas de délit de blasphème… ». Mais l’erreur, c’est de ne pas comprendre à quel point la question religieuse est aujourd’hui politique. Le philosophe Marcel Gauchet (Le Figaro, 3/02/06) pose naïvement la question : « Qui, parmi les catholiques, aurait l’idée de mettre en scène un tel esclandre planétaire ? ». Personne, évidemment, encore que…rappelez-vous le scandale suscité par la publication de l’affiche (honteuse, elle aussi, à cause de l’amalgame avec la croix gammée) du film « Amen » de Costa-Gavras. Mais si une telle affaire ne susciterait jamais un tel tollé chez les chrétiens, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas autant de théocratie se réclamant du Saint-Siège.
En terre d’islam, justement, beaucoup de régimes réactionnaires, voire des dictatures, assoient leur pouvoir sur la crédulité des fidèles dont il est facile de manipuler l’indignation.
Toute la presse a raison de douter de la sincérité des indignations dans les chancelleries, dans les mosquées, et même dans les rues de ces pays. Mais c’est être sourd aussi de ne pas entendre la détresse sincère de nos musulmans européens qui disent, dans les courriers des lecteurs de Libé, sur les sites internet ou dans les radios, combien ils se sentent eux-mêmes blessés par l’inconscience de ces artistes, planqués derrière les protections juridiques occidentales, loin des théâtres sanglants de la confrontation.
Franchement, ce qui a manqué à nos caricaturistes, c’est de la perspicacité, mais c’est surtout de l’humour. Pétillon, lui, en a. J’ai lu, ce week-end, « L’affaire du voile » publiée par Albin Michel. Dans cette histoire, les fondamentalistes en prennent plein les dents. Mais c’est raconté avec beaucoup de chaleur, d’affection même, et la dérision est si imparable qu’elle ne laisse place à aucun contre argumentaire.
A ce jour, Pétillon n’a pas subi de fatwa. Le Recteur de la mosquée de Paris lui a décerné un brevet d’humour, sans autre mise en garde. (Il est vrai aussi que la BD de Pétillon, contrairement aux caricatures danoises, n’a pas fait l’objet d’une diffusion mal intentionnée, aux sorties des écoles coraniques, à Damas ou à Djakarta !).
A ce jour, personne n’a osé demander le boycott du dessinateur breton. Preuve que son attitude est bien plus efficace. « Dieu est humour » dit Libé, ce matin, qui signe un joli portrait dudit Sieur. Assurément. Et quand on écoute toute la nouvelle génération d’acteurs comiques issus du Maghreb, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils savent cogner sur les barbus et autres fanatiques, Dieu est sacrément tolérant…quand on lui permet de se marrer aussi.
Posté par M.E.L. le 6 février 2006 dans
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3 février 2006
Angoulême 2006 : le Festival dans l’objectif de Jean Bibard

C’était le week-end dernier. Wolinski vivait ses derniers jours de Président. Trondheim l’a bruyamment détrôné. C’était aussi l’occasion de déplacer toute mon équipe (Espaces Culturels) pour pouvoir rencontrer éditeurs, auteurs, libraires. Le photographe, Jean Bibard, portraitiste des stars du foot et du 9ème Art, nous accompagnait…
Jeudi 26, 7h40 : Beaucoup moins de monde, cette année, dans le train qui vient de Paris. Temps maussade annoncé pour les 3 jours suivants. Immuable arrivée sur le quai de la gare d’Angoulême, décorée modestement pour cet évènement phare du début d’année.
Dans les rues, on reconnaît à peine les frères Dalton, emmitouflés et congelés. Les fanfares n’arrivent pas à dégeler l’atmosphère de cette première journée dédiée aux « scolaires ».

Jeudi, au forum E. Leclerc : C’est en ce lieu, animé par des journalistes de l’excellent Bodoï, que nous recevons dessinateurs et scénaristes pour débattre avec le public. Réunion de mise au point avec les collaborateurs et Frédéric Vidal, le rédacteur en chef, pour caler le programme.
Jeudi, 11h30 : Au CNBDI, le fief, là où se situe l’action. Là où il faut être pour les petits-fours. Mais aussi pour l’expo truculente de Wolinski qui a succédé à Zep (expo superbe au Jardin d’acclimatation, Paris). Ce petit monde s’agglutine autour des Huiles Municipales pour l’inauguration. Personne ne s’intéresse aux discours. Mais, élus et bédéphiles sont à la queue leu leu pour pouvoir mater la collection perso du roi Georges qui a mêlé à ses petits dessins quelques coquetteries érotiques de Pichard, fameux auteur de « Paulette » et « d’Ulysse ». Humour, sensibilité, coups de crayon et réparties : Wolinski régale. Il y a aussi ce petit enclos de bonheur, classé « X », dissimulé derrière un épais rideau : quelques délires aimablement pornographiques, mais surtout coquins, oui, coquins, car rien ne peut être trivial chez Wolinski. Il aime trop les femmes. Et il officie sous le regard de la sienne, la jolie Maryse…

Jeudi, 17h00 : Brasserie Paul, Arleston, Le Tendre, Aline Blondiau révèlent le nom des 3 nominés retenus par le jury de scénaristes que Frédéric Vidal (Bodoï) et moi-même avions réunis pour promouvoir le premier album d’un jeune auteur. Comme toujours, le scénariste Arleston a le mot juste, gentil, tout en étayant le propos d’arguments très professionnels. Nos jeunes dessinateurs sont comblés. (Je vous reparlerai d’eux la semaine prochaine).

Jeudi, 18h00 : Au Grand Théâtre d’Angoulême pour la remise des prix. Comme d’habitude, une cérémonie menée de main de maître par Jean-Marc Thévenet, Directeur du Festival. Caustique, n’aimant pas être dérangé par des projets dont il ne maîtriserait pas l’annonce (j’ai réussi à lui fourguer un petit panégyrique sur les scénaristes, perpétuels oubliés du Grand Prix d’Angoulême), il manage son petit monde avec humour. Les prix, pour une fois, correspondent assez bien aux attentes d’un large public.
Un Gipi, formidable, jovial, même enthousiasme que son acolyte Roberto Benigni, celui de « La vie est belle ».

Il y a un prix pour Gibrat (le meilleur dessin) et pour Canales et Guarnido, co-auteurs de « Blacksad » (prix de la meilleure série), le public applaudit.

On pourra toujours reprocher la longueur de ces cérémonies, les discours de délégations étrangères qu’on ne comprend pas ! Les auteurs souvent peu prolixes… Mais c’est quand même un superbe rendez-vous. La centaine de personnes (parmi lesquelles des membres du jury) interdites de salle, faute de place suffisante à l’intérieur, avaient bien des raisons de manifester leur frustration, tant l’évènement reste un must.
Samedi, 10h00 : Au forum, les débats vont bon train. Ici, c’est Loisel, de passage en France, alors qu’il s’est installé au Québec. Toujours généreux, toujours jovial.

Hôtel Mercure, 12h00 : J’avais réuni quelques journalistes pour un déjeuner, histoire de pouvoir causer tranquille avec quelques auteurs. Ici, c’est Tiburce Oger, dessinateur et scénariste (Le sang du ciel, La chute de l’Ogre, Le chant des Elfes, Les Yeux de Brume,…). Moment très apprécié où l’auteur commente lui-même ses planches grand format. Visite aussi de Loustal, élégant, toujours affable avec les donzelles, et Frédéric Morel, PDG de Flammarion, passionné de peinture et de dessin, qui préside aussi aux destinées de Casterman et de la revue Beaux Arts.

Samedi, 15h00 et plus : Cette année, à cause des travaux au centre-ville, les stands des éditeurs sont éparpillés, et avec eux les auteurs qui dédicacent : Edmond Baudoin, toujours de bonne humeur, parle des femmes africaines.

Il y a Baru aussi, séduisant professeur de dessin. Il dédicace à côté de Nicolas de Crécy, sérieux et concentré sur sa plume.

Studio RTL, 16h30 : Débat animé par Laurent Boyer, avec Jean-Jacques Beineix. L’occasion de rappeler cette anecdote : alors que j’achevais la publication « d’Itinéraires dans l’univers de la bande dessinée » (Flammarion), l’auteur de « 37°2 » m’appelle au bureau, demande un rendez-vous, recherche un conseil. Il me présente un story-board, dit son projet de le transformer en bande dessinée. On discute, on papote, l’homme sait ce qu’il veut, son caractère est légendaire, mais il n’y a pas d’enjeu entre nous. On s’apprivoise. Je le conduis chez Glénat où officie le dessinateur Didier Convard. Voilà comment fut publiée cette BD. Une histoire courte puisque, apparemment, ils se sont disputés depuis et que JJB a changé d’éditeur.

Samedi soir : Point presse. On commente tous les prix décernés à Angoulême. Les libraires du groupe disent leur satisfaction. Ils font leur choix avant la mise en rayon. Angoulême, c’est une fête, mais c’est aussi une formidable vitrine de la production éditoriale de l’année. L’après-Angoulême, c’est le retour au business, à la promotion des albums primés. Je ne connais aucun auteur qui cracherait sur une telle publicité.

Posté par M.E.L. le 3 février 2006 dans
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2 février 2006
Réforme Jacob/Dutreil : la question du référencement
Désolé pour les néophytes : la question que j’aborde aujourd’hui intéressera surtout les professionnels de la relation industrie-commerce, les étudiants en droit ou ceux qui font des études commerciales… Mais il se trouve qu’à l’occasion des négociations 2006, un échange croisé de courriers entre l’Association Nationale des Industriels de l’Agroalimentaire (ANIA), la DGCCRF, et notre groupement coopératif…a relancé une vieille polémique concernant les vertus et surtout la légalité des pratiques dites « de référencement ».
Derrière cette problématique, il y a évidemment toute la question de la tarification, du coût d’accès aux linéaires et de la qualification juridique de ces prestations qui sont actuellement en discussion.
Mais il s’agit aussi d’une question de fond : ce sont particulièrement les groupements associatifs, franchisés ou coopératifs, qui pratiquent le référencement. Dans ces réseaux, la fonction « référencement » est souvent dissociée de la fonction « achat » dont elle constitue un préalable.
Il n’aura échappé à aucun professionnel qu’en fin d’année, entre la publication de la loi Jacob et la sortie de la circulaire Dutreil, quelques « groupes de pression » ont tenté de remettre en cause la légalité de ces pratiques. Ce faisant, ils cherchaient à nous fragiliser en jetant le trouble sur la qualité de nos contrats.
J’ai donc dû réagir auprès des intéressés. Afin qu’aucun doute ne subsiste sur la qualité de nos positions juridiques, je publie ici un extrait des arguments développés auprès de nos interlocuteurs (industriels ou administration) concernant le principe du référencement.
1) Aucun industriel français, fournisseur des Centres E. Leclerc, ne conteste le rôle essentiel de notre groupement d’achat dans sa fonction de référencement. Tous ces fournisseurs, y compris les membres de l’ANIA, sont, depuis des années, co-signataires de nos accords. Ils n’en ont critiqué ni le principe, ni les prestations. A contrario, ils savent ce que leur coûterait une approche directe, mais dispersée, de tous les commerçants indépendants en France.
2) Aucune disposition législative n’a, dans notre pays, jamais cherché à contester le rôle des nombreuses centrales de référencement, quels que soient les secteurs d’activités.
a) Le Conseil de la Concurrence, dans une décision devenue célèbre (n° 94-D-60 du 13/12/94, « Pratiques relevées dans le secteur des lessives »), en a défini et validé les fonctions : « …Considérant qu’il est d’usage que les centrales d’achat de distributeurs indépendants procèdent au référencement de produits, ce qui consiste principalement à rechercher, puis à négocier, des offres de vente à des conditions avantageuses pour leurs adhérents,…que cette pratique…n’interdit pas en général aux distributeurs indépendants regroupés dans cette centrale d’offrir à la vente les produits référencés, mais leur permet de bénéficier des conditions négociées par la centrale pour la commercialisation des produits référencés, conditions auxquelles peuvent d’ailleurs se rajouter des avantages obtenus par les distributeurs eux-mêmes… ».
b) La loi NRE (15 mai 2001) ne remet pas en cause la jurisprudence précédente. Les contrats de référencement proposés aux fournisseurs, puis négociés par ceux-ci, et finalement conclus…sont conformes à la loi et le demeurent.
c) J’en veux pour preuve la lecture d’une décision du Conseil de la Concurrence postérieure à la loi, notifiée à notre groupement et à Système U (Affaire LUCIE n° 05-D-62 du 10 novembre 2005) : « Le libre choix de l’acheteur est un des ressorts majeurs de la concurrence et le principal moyen par lequel le commerce stimule, chez les producteurs, la productivité, l’amélioration de la qualité des produits et des services ainsi que l’abaissement du prix. En vertu de ce principe, la négociation des accords de référencement et des conditions commerciales dont ils sont assortis ou au contraire le refus de référencer, comme le déréférencement, ne constituent pas, en eux-mêmes, des pratiques anticoncurrentielles. La renégociation de ces accords n’est donc pas en soi illicite... ».
d) L’article L.442-6 du Code du commerce fixe des limites à ces pratiques en prohibant le versement d’avantages préalablement à toute commande. Notre groupement ne perçoit aucun avantage et ne fait signer aucun contrat de référencement offrant rémunération « préalablement à la passation de toute commande », ni « sans engagement de contrepartie pour le fournisseur ». Il ne perçoit de rémunération qu’une fois la vente effectuée dans les magasins et sur la base d’un chiffre d’affaires reconnu par l’industriel.
Voilà qui est, je le pense, clairement dit !
Je voudrais insister sur deux autres points :
- C’est à tort qu’on imaginerait que ce débat ne concerne que les GMS. Partout en Europe, et dans de nombreuses professions (hôtellerie, restauration, réseau de prestataires de services tels que pressing, pompes funèbres, etc…) et même dans de nombreuses administrations, il existe des groupements qui référencent fournisseurs et produits ! Idem pour les industriels qui organisent la sélection commune de leurs fournisseurs. Ceux qui croient pouvoir régler des comptes avec nous, sans autre effet que de cibler la grande distribution, doivent comprendre qu’ils se trompent de combat. Ou alors, il faudra qu’ils s’en expliquent avec les autres professionnels !
- De toute façon, nos adversaires doivent choisir leur camp. Si l’on « supprime » la fonction de référencement, alors il leur faudra admettre l’obligation pour les indépendants d’intégrer la fonction achat, ce qui ne fera qu’accroître le degré de concentration de la distribution.
On peut imaginer aussi que les industriels réembauchent un réseau de représentants pour aller négocier les prises de commandes, magasin par magasin, sans passer par une centrale de référencement. Cela coûterait moins cher que de passer par nos groupements ? Chiche ! Mais alors pourquoi les adversaires du « référencement » ne se proposent-ils pas d’en être les cobayes…
Posté par M.E.L. le 2 février 2006 dans
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1 février 2006
« Icare »de Moebius-Taniguchi : un superbe manga franco-japonais

© Icare - Moebius / Jirô Taniguchi - Ed. Kana
Pour qui cherche la voie d’accès au manga, je recommande la lecture d’Icare (éditions Kana). C’est l’aboutissement (paradoxalement inachevé !) d’un long projet éditorial, imaginé par le Français Moebius (L’Incal !)…et repris par le mangaka japonais Jiro Taniguchi. Une œuvre merveilleusement poétique. Le scénario a certes souffert de multiples altérations et recompositions. Mais la qualité de la mise en page, la beauté de certaines scènes et le rythme progressif de l’action…en font un livre d’exception.

L’histoire se déroule dans un Japon futuriste. Alors que des hommes-éprouvettes nourrissent des vagues d’attentats suicides, une clinique accueille un nouveau-né. Capable de voler, Icare est vite repéré par des scientifiques, et enfermé tel un oiseau dans une immense serre. Il y grandit jusqu’à ce qu’une administration d’état imagine pouvoir utiliser ses capacités à des fins militaires. Il découvre alors l’agressivité des hommes. Mais plus que toute velléité de résistance au totalitarisme, c’est l’amour qui réveille en lui l’aspiration à la liberté.

Bon ! Vous me direz : ça a un petit air de déjà lu, en littérature comme en bande dessinée. Tout cela a effectivement un peu vieilli. Lorsqu’il écrivit son scénario vers 1980, Moebius surfait alors sur la vague de la science-fiction politique. Le temps a vite rattrapé l’histoire. Et de l’imagination débordante du Français, il faut surtout retenir la métaphore de l’envol, si présente dans toute son œuvre (rite chamanique de l’élévation de l’âme ; archétype de la conscience libérée des pesanteurs terrestres, référence aux pratiques de lévitation tibétaine…)… Et, bien sûr, une conception quasi cathare de l’idéal amoureux, désincarné, garant d’un état de pureté dont on sait qu’il obsède Moebius, malgré les nombreuses représentations érotiques, charnelles, quelquefois eschatologiques, dont il nous gratifie par ailleurs !
Les éditeurs nippons ont reculé devant la complexité toute occidentale du projet. Les premières publications n’ont pas suscité d’enthousiasme. Taniguchi s’est attelé au chantier, l’a redécoupé et beaucoup pasteurisé. Avec Moebius, Icare s’amourachait d’une pute sublime, mangeuse d’excréments !!! (du Jodorowsky, en somme !). Version Taniguchi, on nage dans un univers complètement adolescent prépubère, avec un final un peu « à l’eau de rose ». Mais qu’importe, c’est beau.

Je préviens d’avance : Icare décevra les « purs players » du manga. L’album représente, malgré le sens inversé de la lecture, une voie intermédiaire entre la culture graphique nippone et une bande dessinée plus classique. Mais les co-auteurs nous offrent ici une œuvre de toute beauté, un condensé de leur immense talent.
Le décor, d’abord : il est somptueux, riche de multiples détails : l’architecture XIXème des verrières qui retiennent Icare ; l’univers urbain, agressif, d’une métropole sans « cœur », ni âme.

Le découpage ne souffre d’aucune erreur. Personnellement, je trouve que le prélude colorisé n’apporte pas grand-chose et retarde la plongée du lecteur dans l’univers d’Icare. Mais l’orchestration des scènes permet l’accélération du rythme pour passer d’un univers aseptisé, protégé (la clinique, la serre, les bâtiments qui abritent les scientifiques) à des scènes de poursuite (superbes), à des contrechamps impressionnants pour suivre Icare « en piqué », jusqu’à l’épisode de la capture. Impossible alors de ne pas ressentir le désarroi et la colère d’Icare, se débattant avec un entrelacs de lianes, sortes de végétaux cannibales propulsés par des lassos liberticides mais finalement incapables de faire obstacle à l’amour des héros. Belle allégorie. (Dommage que la sortie du drame passe toujours, chez les auteurs masculins, par le sacrifice de la femme ! Un jour, peut-être, mon cher Jean (Moebius), il faudra que tu t’en expliques).
Les personnages secondaires, comme souvent dans la Manga, sont toujours très stéréotypés, même dans les expressions fortes (comme les visages aux bouches exagérément braillardes quand il s’agit d’interpeller, et bien sûr de crier). Mais les héros sont très bien dessinés et nous valent quelques belles palettes d’émotion.

Icare est un album très élégant, dont certaines pages sont des chefs-d’œuvre. Dommage que nous ne puissions connaître la suite de cette histoire (faute de suite !). Pour Moebius, comme pour Taniguchi, la messe semble avoir été dite. L’aventure ne sera probablement pas prolongée.

La galerie Arludik expose quelques planches et dessins de Taniguchi. Heureux ceux qui passeront par l’Ile Saint-Louis. Il se dit que le maître mangaka sera à Paris en mai. Il ne faudra pas le manquer.
Posté par M.E.L. le 1 février 2006 dans
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