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27 avril 2006

Publicité : Quand le BVP rejoue Tartuffe…

Je ne conteste pas l’intérêt d’un organisme interprofessionnel émetteur de recommandations déontologiques en matière de publicité. En tant qu’entrepreneur, je préfère l’autodiscipline au risque d’une sur-réglementation administrative. En tant que citoyen, j’aime bien savoir que les hommes de la pub sont capables de rechercher une éthique. Ce secteur, souvent très créatif, doit aussi savoir rassurer le public sur sa capacité à éviter les dérives et les surenchères du marché.

Mais le BVP (Bureau de Vérification de la Publicité) en fait parfois trop ou pas assez. Il y a deux ans, sollicité par la RATP, il émettait une alerte à l’égard d’une de nos campagnes paraphrasant les codes graphiques de Mai 68 : « Message trop politique ». Voilà qui servit de caution à un refus d’affichage.

Cette fois-ci, le BVP cible une autre campagne de la même veine, lancée au printemps 2005. Pas de plainte d’un quelconque média. Non, une initiative du Président du BVP, himself, Jean-Pierre Teyssier, qui m’a gratifié d’une bafouille datée du 11 avril.

Photo à l’appui, il me demande de « confirmer par retour de courrier de ne plus reconduire cette campagne ».

Je tombe des nues. Non que je veuille jouer les hypocrites : cette campagne a donné bien des boutons au gouvernement Raffarin, à Christian Jacob, puis à Renaud Dutreil. (J’ai eu le droit, un soir, alors que je préparais un plateau TV, à un coup de fil du Dir. Cab. de Matignon : « Décrochez donc tout ça, Jean-Pierre est vraiment furax, il pense que les étudiants dans la rue (déjà !) vont faire le lien avec Mai 68 ». Evidemment, je n’avais pas obtempéré). Mais tout de même, le temps a coulé, la réforme Jacob/Dutreil est passée. Ces campagnes ont fait leur œuvre, et je ne comprenais donc pas, à l’ouverture du courrier, quelle pouvait être l’origine de l’ire du BVP.

Alors, que nous veulent donc nos confrères, arbitres et censeurs ? Eh bien, listen my friends :
« L’utilisation d’une image (d’archives ?) montrant une manifestante emportée par trois policiers dans une position qui dévoile sa petite culotte, sur laquelle est pointée une flèche avec un prix, est de nature à porter atteinte à la dignité de la femme ».

Quoi, je me pince ! On vient nous chercher pour une culotte ? Faut-il qu’ils n’aient d’autres chats à fouetter nos gardiens du temple. A moins que nos matous mateurs du BVP, alourdis d’une énorme culpabilité sur quelques dérives récentes, n’aient décidé de rejouer Tartuffe.

a) Tartuffe, dis-je, car il n'aura échappé à personne que les images incriminées sont des photos de presse, des photos d'agence qui ont fait la une de nombreuses publications. Nous n'avons fait que "récupérer" ces illustrations dont la force réside dans l'expression d'une contestation populaire sans que personne n'y ait jamais vu une exploitation de l'image de la femme.

b) La récrimination du BVP émane de professionnels qui par ailleurs cautionnent la dissémination, sur tous les panneaux publicitaires, des plus jolies filles du monde, très légèrement vêtues, souvent d’un voile, que dis-je d’un « transparent », pour assurer la promotion (et notre bonheur visuel aussi !) des Lejaby, Princesse Tam-Tam, La Perla, Aubade, Passionata… Sans parler des affiches de films qui fréquemment, sur les panneaux Decaux, les kiosques Hachette et les vitrines d'autres Lagardère, étalent, attendrissantes ou provocantes, une multitude de gambettes, de fesses, de culottes, de strings…sans qu’aucun de nos censeurs n’ait manifesté, la moindre réprobation. Alors est-ce une manière indirecte de s’en prendre au caractère politique de nos affiches ?

c) Cette affaire est évidemment anecdotique. L’intervention du BVP frise le ridicule et, je le reconnais, je m’amuse de cette intervention déplacée qui témoigne tout de même d’une certaine gadgétisation de la notion de déontologie. Mais pour que le gag soit complet, il faut jouer la farce jusqu’à son épilogue. C’est trop cocasse.

M’invitant donc à « ne plus recourir à l’utilisation de ce visuel pour vos campagnes présentes ou à venir », Jean-Pierre Teyssier se fait menaçant : « Sans retour de votre part sous dix jours, nous nous réservons le droit de rendre publique notre position ». Non, pitié, ne faites pas ça, je vous en prie ! J’en souffre d’avance…mais pour vous, Monsieur Teyssier, et vos collègues du BVP.

Car il me faut bien vous renvoyer la pelote et, comme à Tartuffe, vous retourner ce délit de lingerie ! « Cachez cette culotte que je ne saurais voir », dites-vous. Vous auriez dû consulter vos confrères. Ils vous auraient rappelé que c’est toute la profession qui a décerné à cette campagne de l’agence Australie un superbe trophée au Grand Prix de l’Affichage 2005 et, plus récemment encore, le Grand Cristal au Festival de Méribel.

Allez, cher Président, laissons donc cette mauvaise querelle. Désolé de vous avoir privé d’une dénonciation publique. Mais franchement, je crois, même si ce billet vous irrite, vous avoir évité un cruel pavé dans Le Canard enchaîné. Sachons garder notre humour. Sans rancune.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 avril 2006 dans Communication
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25 avril 2006

J.P. Le Roch (Intermarché) et J.P. Agon (L’Oréal) : Deux icônes au firmament

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Jean-Pierre Le Roch (Intermarché) - Jean-Paul Agon (L'Oréal)

Deux personnalités, deux figures emblématiques de l’économie française… L’un rentre en scène, l’autre tire discrètement sa révérence… Mais Dieu que la presse est cruelle !

1) Jean-Paul Agon faisait la Une du Monde, ce week-end (23-24/04/06). Trois jours avant de prendre officiellement ses fonctions, le nouveau DG de L’Oréal recevait donc l’onction du prestigieux quotidien du soir. Consécration méritée pour ce jeune homme qui n’est pas pressé d’atteindre la cinquantaine, et mène, depuis son entrée chez L’Oréal en 1978, un parcours sans faute.

Pour les médias économiques, sa carrière est le résultat d’un modèle formaté de présélection et de formation issu du système L’Oréal.

C’est trop facile. L’Oréal est une belle boîte ; les cadres lui sont très souvent fidèles et le siège sait rémunérer. Mais si Lindsay Owen-Jones l’a depuis longtemps adoubé, JPA doit d’abord son ascension à lui-même. Ambitieux mais bosseur, il a mérité ses galons.

Quand je l’ai connu (ouah, c’est déjà vieux !), il hésitait : lancer un labo de parapharmacie pour fournir le nouveau marché de la grande distribution ou intégrer une grande entreprise (tout en visant haut). Il a longtemps pesé le pour et le contre. Dans le garage de son père, quelque part dans un hameau de l’Ile-de-France, nous avions entreposé moult échantillons de produits cosmétiques, de crèmes en tout genre, de gélules et de compresses. Pas très professionnels tous ces packagings, me disait-il. « C’est vraiment pas top ».

Le marché des cosmétiques l’a toujours intéressé. Mais alors que je décidais de tenter l’aventure en organisant l’ouverture du premier rayon parapharmacie dans un centre E. Leclerc, lui, sautait le pas et décidait de tracer définitivement sa route au sein de L’Oréal.

En Grèce où je le retrouvais en famille le temps de quelques vacances, il installait les produits de la filiale locale dans les salons de coiffure et les instituts de beauté. En Allemagne ensuite, il développait la distribution sélective au pays du hard-discount. Défi réussi qui l’a amené à revenir au pays pour reprendre les rênes de Biotherm France…son tremplin pour la Chine, la nouvelle frontière de L’Oréal.

Ses réussites multiples le désignaient pour prendre la présidence de la prestigieuse filiale américaine de L’Oréal, celle par qui passent les rois. Pas encore vizir, mais déjà dauphin du calife !

L’homme a une trempe d’entrepreneur. Il a l’amitié solide. Mais délicat ou tacticien, il sait, en privé, ne jamais aborder les sujets professionnels qui pourraient altérer cette fidélité. Il arbore volontiers l’étonnement, voire l’émerveillement d’un adolescent, devant les choses de l’art, par exemple, et reste curieux de ce qui se passe hors de son propre champ d’expertise. Mais c’est un être fondamentalement pragmatique. Et son sourire peut se transformer aussi en un rire plus carnassier. Rien de l’héritier docile, vous dis-je.

En tout cas, bravo L’Oréal et bonne chance, Jean-Paul.

2) Jean-Pierre Le Roch sera enterré en Bretagne, le jour où Jean-Paul Agon est adoubé. Cela fait fort longtemps que je ne l’avais pas revu. Dix ans peut-être ? Nous participions à une de ces interminables réunions dans un ministère. Il m’avait raccompagné en voiture jusqu’au siège des Centres E. Leclerc et m’avait discrètement déposé au coin de la rue. Amusé, mais un peu nostalgique, je crois. Notre siège est à Issy-les-Moulineaux, et c’est dans cette ville qu’il avait ouvert, avec mon père, le premier centre E. Leclerc de la région parisienne. A l’époque, tous deux formaient tandem. JPLR était devenu le bras droit de EL. Sur les photos, dans les médias de l’époque, ils étaient côte à côte. Lui, sobre et un peu inquiet derrière le comptoir ; mon père en tribun, perché sur les palettes. Et tous deux, sous la harangue d’un Pierre Poujade qui les accusait d’être les « larbins des trusts juifs ploutocratiques ». (Le Pen déjà !).

Après l’ouverture du premier Carrefour de Sainte-Geneviève-des-Bois, au milieu des années 60, les hypers se sont développés. Il a alors fallu trancher. JPLR ne croyait pas en la capacité des indépendants de subir ce choc dimensionnel. Il préconisait le système qui allait être celui d’ITM ENTREPRISES : une structure nationale immobilière et commerciale, une centralisation des décisions et de l’offre, des participations croisées… Mon père et d’autres fondateurs virent dans ce projet une menace pour leur indépendance. Et la crainte de la main mise d’une banque (la BRED) sur cette holding instrumentalisée. Débats, polémiques, engueulades, incompréhension…scission ! Difficile objectivement de dire la part du conflit d’idées et des heurts de caractère dans cette rupture.

Mais depuis, les deux groupes ont prospéré. Des milliers de commerçants y ont fait leurs armes, leur réussite sociale, leur patrimoine. Et si Jean-Pierre Le Roch a décroché voici quelques années, les Mousquetaires lui doivent beaucoup.

3) Jean-Paul Agon est déjà l’icône de toute une nouvelle génération d’entrepreneurs. Jean-Pierre Le Roch était, lui aussi, une figure emblématique pour les milliers de commerçants à la recherche d’un destin. Mais la presse est cruelle, disais-je. Du passé, qu’elle a pourtant adulé, elle fait vite table rase pour se chercher de nouvelles idoles.

Jean-Paul ne m’en voudra pas si je compare le traitement que la presse a réservé aux deux évènements. Toutes les covers des magazines économiques pour l’avènement de JPA, et à part deux ou trois articles dans Les Echos, le Télégramme et Ouest France, à peine quelques entrefilets dans la presse généraliste pour JPLR. Même pas la rubrique nécrologique du Monde.

C’est tant mieux pour JPA. C’est injustement payé pour JPLR.

J’ai cherché les raisons de ce déséquilibre comptable. Certes, Le Roch n’était plus en activité. Certes, il n’a jamais été très médiatique. Mais de sa vie si riche, de ses succès comme de ses échecs, n’y avait-il pas matière et opportunité à tirer quelques leçons dont pourrait profiter justement la génération des nouveaux Agon ?

4) Ne voyez, ici, de ma part, aucune amertume. Faites-moi l’honneur de penser que je ne plaide pas pour mes saints ! S’il en est qui n’ont pas à se plaindre, ce sont bien les épiciers de Landerneau qui, dans les médias, ont toujours trouvé la place pour véhiculer quelques idées. Non, ce n’est pas du tout de l’animosité. Mais on serait tenté de paraphraser La Fontaine : « Selon que vous êtes épicier ou industriel, jeune ou vieux, parisien ou provincial, médiatique ou pas… ». J’exagère ? Tiens, deux anecdotes :

- Il y a deux ans, Jean-Claude Jaunait quittait la présidence de Système U pour laisser la place à Serge Papin. Formidable travail qu’avait effectué ce fils d’épicier qui, comme tous les autres, était voué à quémander sa survie dans les coulisses des Chambres de Métier ou dans les rangs du CIDUNATI. JCJ a su redresser un groupe vieillot (UNICO), donner la niaque à ses troupes, organiser les liens de solidarité et rajeunir ses pratiques commerciales. Système U, grâce à lui, a toujours la plus grosse progression du secteur. Eh bien, cherchez donc sur Google les leçons de cette biographie exemplaire. Epluchez les argus de la presse. Quelques belles pages, certes, dans la presse économique et professionnelle. Mais, finalement, bien peu au regard des millions de clients qui fréquentent l’enseigne.

- Et puis, je lisais, hier, la Une des Echos. Toujours en titre la succession chez L’Oréal et aussi ce sujet sur les salaires des patrons du CAC 40. Lindsay Owen-Jones va donc quitter la direction exécutive de L’Oréal. Mais pour autant qu’il s’éloigne, il restera l’un des présidents les mieux payés du CAC 40. Croyez-vous vraiment qu’à l’occasion de ces changements, on entendra se déchaîner tous les rédacteurs qui, il y a un an, fustigeaient Daniel Bernard, autre champion mondial, pour ses émoluments ? Pourtant, qui des deux, croyez-vous, gagne le plus ?

Je ne parle pas du fond, ni n’émets de jugement de valeur, y compris dans la comparaison, je parle de « traitement de texte ». Mais il me semble que, oui, « selon qu’on soit épicier ou… ».

P.S. : Au moment où j’écris ces lignes, Philippe, l’un de mes collaborateurs, y jette un œil. Il a, lui, un autre diagnostic. Ce qui a changé, dit-il, c’est le lectorat. La presse souffre du non-renouvellement de son lectorat populaire attiré par le multimédia. Elle surfe sur les nouvelles attentes des milliers de petits actionnaires qui, accros de la moindre information sur la bourse, veulent tout connaître des dirigeants du CAC 40. Nouveau public, autres idoles. Remarque intéressante. Disons donc aussi : « selon que vous soyez cotés ou non… ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 avril 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Portraits / Rencontres (Eco)
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24 avril 2006

Pétrole : Pour préparer l’alternative, avons-nous besoin de scénarios catastrophes ?

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A prophétiser la catastrophe, à souffler sur les trompettes de l’apocalypse, Yves Cochet (l’un des représentants des Verts) et Eric Laurent, sulfureux journaliste, un brin mystificateur, jouaient les « Savonarol », hier soir, sur La Cinq.

Je participais à un débat organisé par l’excellent Serge Moatti (« Ripostes »). Avec son air patelin, notre candide interpellait ses invités : Roselyne Bachelot (UMP), Jean-Marie Chevalier (économiste), Jean-Louis Schilansky (Union Française des Industries Pétrolières -UFIP), les deux intervenants précédemment cités et moi-même. Thème de l’émission : « Pétrole : la flambée jusqu’où ? ».

Eric Laurent et Yves Cochet viennent chacun d’écrire un livre. Dans « La face cachée du pétrole » (Ed. Plon), Eric Laurent conteste l’importance des réserves pétrolières telles que comptabilisées par les pays producteurs et les majors. S’appuyant sur les filouteries de l’ancien PDG de la Shell, il est on ne peut plus affirmatif : « Il n’y a plus de pétrole à découvrir, il n’y en a plus que pour une dizaine d’années, et encore ! ». Perspective alarmante sur laquelle surfe aussi Yves Cochet (« Pétrole apocalypse », Ed. Fayard), pour qui l’enfer se déchaînera d’ici « une trentaine de mois ».

Convaincus, inspirés, quasi « habités » par leurs imprécations, tous deux n’émettent, ni n’acceptent aucune nuance, aucune critique. Et pour le représentant des Verts, l’imminence de la catastrophe fonde carrément un propos messianique qui tient lieu de légitimité pour préconiser un changement de comportement quasi calviniste : abaissement obligatoire des vitesses de circulation à 30 km/heure en ville, interdiction de produire des voitures au-delà d’une certaine puissance (exit la 607 Peugeot ou la Safrane)… On se demande d’ailleurs, tant on sent poindre « la thèse de la décroissance », qui du peuple ou du « visionnaire », cette nouvelle politique servira les intérêts.

L’embêtant avec de telles outrances, c’est qu’il n’y a plus de débat possible. D’accord avec YC ou EL pour ne pas prendre pour argent comptant les chiffres annoncés par les pays de l’OPEP. Les propriétaires de la rente pétrolière, privés ou publics, ont intérêt à survaloriser leurs actifs. Quelle que soit son ampleur, la marge d’incertitude autorise-t-elle nos auteurs à se passer d’une analyse plus rationnelle des données économiques existantes ? Allons ! La dénonciation ne peut, à elle seule, tenir lieu d’argument.

D’ailleurs, ces gens-là se contredisent. Eric Laurent a passé une bonne partie du temps de l’émission à défendre sa thèse : « Nous sommes rentrés dans une guerre pour les ressources énergétiques ». (Comme si c’était un scoop, alors que tous nos manuels d’histoire décrivent la géopolitique, depuis la guerre 14-18, comme une course au contrôle des matières premières !!!). Sa thèse : les deux Bush, présidents US, ont fait la guerre à l’Irak pour s’assurer du contrôle des réserves moyen-orientales. Les USA se frottent aujourd’hui à l’Iran pour servir le même objectif… Soit ! Mais pourquoi alors, cher Eric Laurent, se donnent-ils tant de mal, risquent-ils tant de morts et y consacrent-ils autant d’argent si vraiment il n’y a plus rien à forer !!! Contradiction, vous dis-je.

L’obscurantisme a ses zélateurs. La peur fait vendre et il y a un public qui aime ça. Mais, pour moi, ce catastrophisme n’est en rien créateur, ni même stimulant. (Rappelons l’inertie qui suivit la publication, dans les années 70, des rapports de même type (Club de Rome, Rand Corporation).

La réalité et les perspectives rationnellement établies nous proposent des scénarios suffisamment noirs pour que nous soyons obligés d’agir et de sortir de notre torpeur. Les termes d’un diagnostic raisonnable sont les suivants : quels que soient les modes d’évaluation, le stock d’énergies fossiles va progressivement s’épuiser.

a) Les réserves

Selon le BP Statiscal Review of World Energy 2005, les réserves prouvées de pétrole, de gaz et de charbon restent encore suffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins mondiaux croissants dans un avenir immédiatement prévisible.

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b) Facteurs minorants

Ces chiffres sont établis à partir d’une projection de l’offre et de la demande, telles que constatées ces quatre ou cinq dernières années. L’accélération de la demande doit nous inciter à moins d’optimisme.

- La multiplication des incidents politiques limite l’accessibilité à certaines réserves : la flambée actuelle des cours est largement due à l’incertitude en Iran, aux crises internes (Venezuela, Koweït), à la rébellion au Nigeria… Les perturbations créées par ces conflits géopolitiques rendent, tour à tour, indisponibles 10 % (en moyenne) de la production mondiale.

- L’augmentation de la demande de brut (1,8 % par an) s’accélère. Elle est due à une croissance très soutenue en Inde (7,3 %), en Chine (9,5 %), en Russie (6 %) et même aux USA (3,4 %).

- L’offre est moins flexible. La disponibilité et l’accès aux réserves dépendent non seulement de la bonne volonté des états propriétaires de la rente, mais aussi des investissements à réaliser. Or, le secteur souffre d’un sous-investissement cumulé depuis quatre ou cinq ans. La mise en exploitation de nouveaux gisements exige des délais. C’est ce qui explique, en partie, la crise actuelle. Depuis le début de l’année, l’offre ne suit pas la demande.

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c) Facteurs majorants

Avec l’augmentation des prix, de nombreux investissements deviennent rentables. En 2006, toutes majors confondues, c’est 120 milliards de dollars qui vont être investis, 20 milliards de plus qu’en 2005, 50 milliards de plus qu’en 2001. Le nombre de forages va augmenter de 17 %, de nouvelles technologies deviennent rentables pour exploiter des bruts extra lourds (Venezuela, Canada), ou pour gazéifier le charbon, etc.

De ce fait, n’en déplaise à Eric Laurent, ces investissements vont permettre de majorer les réserves exploitables.

En conclusion, il n’est pas déraisonnable de dire que nous avons bien 15 à 20 années devant nous. C’est peu, au regard de ce que l’histoire révèle de nos capacités d’adaptation. Mais c’est gérable, pour mettre en place des politiques énergétiques alternatives…à condition, bien sûr, de sortir de notre inertie actuelle et de vouloir faire feu de tout bois.

Et sur cette question, il faudra bien lever aussi quelques contradictions. J’écoutais avec intérêt les arguments d’Yves Cochet qui faisait la fine bouche sur les carburants d’origine agricole : « qui supposent une agriculture productiviste ». Oui, mais peut-on plaider pour un après-pétrole, militer contre le nucléaire (75 % de l’électricité en France !) et refuser l’exploitation industrielle de la biomasse, des biocarburants…

Quand l’idéologie discrédite par avance toute alternative, je me méfie. Malgré la qualité des personnes, la sympathie que j’éprouve pour les Verts, je sens poindre une forme d’intégrisme. Nous savons tous que l’écologie politique a permis à nos anciens Trotskistes ou Maoïstes de se recycler dans l’altermondialisme. Mais il ne faudrait tout de même pas qu’une forme de messianisme écologique serve de légitimation à un pouvoir coercitif instaurant finalement cette forme d’ascétisme collectif qu’autrefois le modèle communiste entendait imposer. Attention au nouvel ordre moral !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 avril 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable , Energies , Environnement
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14 avril 2006

MEL, les adhérents E. Leclerc, comment ça fonctionne ? Réponse à un article du journal « L’Expansion »

Je réponds ici à CLEMENT qui, par deux fois (le 10 mars et le 12 avril), a sollicité mon avis sur une publication du mensuel L’Expansion (numéro de février). Et j’en profite pour rétablir quelques vérités…sans langue de bois.

L’article de L’Expansion


Ne prenons pas de gants : cet article est débile. Et comme je n’ose pas penser que la rédaction était mal intentionnée, j’attribue ce délire journalistique à la « jeunesse » d’un journaliste qui, voulant sans doute ne pas être « politiquement correct », a cédé à la mode du sarcasme et de la dérision. Mais en cherchant à démystifier mon rôle, il a complètement caricaturé le fonctionnement de mon groupe. Il en a fait, comme vous dites, « un village gaulois ». Du coup, le lecteur ne comprend pas à quoi est due sa performance commerciale. Si MEL n’est qu’un « communicant », si les adhérents ne sont que des notables, comment se fait-il que Leclerc ait pris la tête des hypermarchés français ? Les professionnels du secteur ont d’ailleurs été « sciés » de voir la légèreté avec laquelle cette revue, pourtant appréciée pour son sérieux, a traité de notre organisation. Jugez-en : aucun des adhérents qui, à mes côtés, dirigent le groupement, n’est cité, alors que d’autres se voient promus « barons » du système, ce dont ils se seraient bien passés. Pire, pas une référence à Edouard Leclerc lui-même, dans cet article, alors qu’au moment où le journaliste faisait son investigation, mon père assurait les fonctions de Président.

Rectifions donc.

Le Groupement, sa spécificité


Les Centres E. Leclerc n’appartiennent pas à ma famille. Ni Edouard Leclerc, ni Michel-Edouard Leclerc n’ont d’actions, ni même de stock-options. Mon père a créé l’enseigne, il a longtemps présidé le mouvement qui est organisé sous la forme d’une coopérative de commerçants indépendants.

Chacun des 500 adhérents est propriétaire de son magasin (certains en ont deux). Ils reçoivent le droit d’exploiter l’enseigne à condition de respecter un contrat. Le cahier des charges stipule des engagements de solidarité (cautionnement des nouveaux adhérents, mutualisation de certains coûts, participation à la vie collective, etc.). Il exige le respect d’une politique de prix.

La vie du groupement s’organise donc autour de deux pôles :

- Une association loi 1901 que je préside. C’est dans ce cadre qu’il m’appartient de « garder le temple », de défendre les valeurs et la crédibilité de l’enseigne, d’impulser ses actions et d’assurer sa communication.

- Des outils commerciaux, régionaux ou nationaux, organiquement rattachés au Groupement d’Achat, où viennent travailler, de toute la France, nos adhérents réunis en groupes de travail spécialisés. Un directoire constitué des adhérents de Cahors, Saintes, Olonne-sur-Mer et Bonneuil, y planifie les tâches collectives et coordonne toutes les fonctions opérationnelles.

Dans toutes ces structures, les décisions sont prises sur la base du principe : un homme/une voix. Pas de discrimination selon le chiffre d’affaires ou la taille du magasin.

Mon rôle


En même temps que les autres administrateurs de l’Association, je suis élu par l’Assemblée Générale des adhérents. Ils m’ont déjà renouvelé leur confiance quatre fois. Pour donner plus de cohérence aux décisions collectives, je préside un comité stratégique qui est un conseil d’administration élargi aux seize élus des coopératives régionales.

a)    C’est dans cette instance que sont prises toutes les décisions importantes de l’enseigne (commerciales, financières, développement). Ces décisions sont préparées par des groupes d’adhérents qui se spécialisent sur tel ou tel sujet. Mes collaborateurs, des juristes, des cabinets conseils éventuellement, les assistent.

Je réunis, tous les quinze jours, le comité stratégique. Comme dans une coopérative, une non décision équivaut à la paralysie, je recherche autant que possible un consensus (ce qui suppose de faire œuvre de beaucoup de pédagogie). A défaut d’obtenir un accord général, il m’appartient d’arbitrer.

b)    Ma force, c’est de ne jamais m’éloigner du terrain, d’être en relation directe avec l’opérationnel. Pour ne pas risquer d’être « un président sur orbite », j’ai gardé des fonctions commerciales dans le Groupement d’Achat (Galec), dans la société qui gère nos MDD (Scamark), dans la société pétrolière (dont la création fut d’ailleurs ma première contribution au Mouvement). Cette implication personnelle me permet de représenter ces sociétés auprès des Fédérations industrielles, de l’Administration, ou dans les négociations internationales (ce qui me vaut de présider Coopernic, Cf. ma note du 16/02/06).

Mes rapports avec les adhérents

L’article de L’Expansion titrait : « Chez Leclerc, MEL ne fait pas la loi, il doit rendre compte aux patrons des magasins ». Tu parles d’un scoop ! Eh oui, ami journaliste, quand José-Luis Duran (Carrefour) ou Jean-Charles Naouri (Casino) rendent compte à leurs actionnaires, MEL œuvre pour ses adhérents. Ca n’a quand même rien d’extraordinaire ! C’est le contraire qui eût été étonnant.

a)    Je connais tous les adhérents E. Leclerc, leur magasin, quelquefois leur famille et leurs cadres. Au fil du temps, j’ai noué dans ce groupe de solides amitiés. Aussi, l’une de mes forces, c’est de pouvoir m’appuyer sur un groupe très important d’adhérents leaders qui n’hésitent pas, avant qu’on en fasse une directive nationale, à tester des options commerciales, à prendre les premiers risques, à faire œuvre de pionniers, souvent sans espérance de profits immédiats. C’est grâce à eux qu’avant d’autres distributeurs, j’ai pu lancer mon enseigne dans la parapharmacie, le voyage, la bijouterie, etc.

b)    Mais la force d’une coopérative, c’est « quand tout le monde va au charbon ». Je défends ce mode d’organisation. Pour moi, le coopérateur n’est pas qu’un cotisant, encore moins un notable à entretenir. C’est pourquoi une grosse partie de ma tâche, c’est de fédérer tous ces hommes, les inciter à venir travailler dans des groupes spécialisés, en région, à Paris, à Bruxelles. Cette contribution permet de diminuer les coûts. C’est un condensé d’énergie et d’expertise. Et comme 95 % de nos adhérents mouillent leur chemise « pour les collègues », j’ai à cœur de faire en sorte que chacun d’entre eux devienne « propriétaire » des décisions prises dans son domaine de compétences.

c)    Quelle est ma part d’autonomie ? L’Expansion se risque à une réponse contradictoire. « MEL agit sur commande de ses adhérents », affirme le journal. Mais il n’hésite pourtant pas à parler de la grogne (« une contestation ») des adhérents mécontents de mes positions anti-loi Galland. Faudrait savoir !

C’est méconnaître notre mode de fonctionnement que d’imaginer un tel antagonisme. Qui peut croire que je peux tancer des ministres, fustiger publiquement une loi, et lancer plusieurs vagues de publicité corrosive…sans l’accord des adhérents qui les financent !

La répartition des rôles est pourtant claire :

-    Dans les magasins, sous condition de respecter le contrat d’enseigne, les adhérents sont les seuls décideurs (ce qui n’exclut pas la concertation entre collègues, ou même avec moi).
-    Concernant la politique d’enseigne, quels que soient les domaines d’initiative (commercial, communication, etc.) et leur origine (adhérent, cadre, moi-même), les décisions sont validées en conseil d’administration et en assemblée générale (une tous les mois et demi). C’est mon rôle exclusif que de tout mettre en musique (organisation interne, effets externes).

d)    Les adhérents n’attendent pas que je sois leur clone, ni même le meilleur d’entre eux en gestion ou en merchandising. Pas plus que Gérard Mulliez (Auchan) ou Philippe Houzé (Monoprix), je ne participe à toutes les négociations commerciales. Mais quand il le faut (et ça arrive souvent), j’interviens.

De leur président, les coopérateurs attendent qu’il soit visionnaire, fédérateur, qu’il donne les bonnes impulsions, qu’il produise « de bonnes ondes ». Tant mieux s’il est emblématique (médiatique). Génial, s’il est en plus accessible.

Je ne crois pas m’être trompé quand j’ai su éviter à mon groupe le coûteux investissement de la vente à domicile, des cybercentrales, etc. Pas plus, quand j’ai lancé mes amis dans l’expansion européenne, l’alliance avec Système U, puis Conad, et aujourd’hui dans Coopernic. Le groupe doit une bonne part de son développement à mon insistance à diversifier le non alimentaire, avec tous ces concepts spécialisés qui font notre différence.

Il ne m’a pas été facile de convaincre les adhérents de supprimer les sacs plastiques aux caisses. Mais ils n’ont pas mis trois ans, sur mon impulsion, à devenir les leaders français du commerce équitable.

En conclusion, je suis content qu’on ait évité à mon père cette mauvaise querelle. Il présidait le groupe jusqu’à l’année dernière. Je n’ai fait que chausser ses habits, après l’avoir assisté pendant quinze ans. Normal qu’à l’occasion de cette passation, quelques lobbies essaient de « mettre un coin » entre les adhérents et moi. Dommage que L’Expansion s’en soit fait l’instrument !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 avril 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Distribution , Economie , Management
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13 avril 2006

Giscard, Bayrou, Badinter, Montebourg (etc.) et les institutions : peut-on vraiment parler d’une crise de régime ?

L’expression est forte. J’y adhère si l’on parle du comportement des hommes à l’égard des institutions. F. Bayrou a mille fois raison quand il stigmatise un pouvoir cherchant délibérément à instrumentaliser le droit. Mais pour autant, je trouve qu’on ne peut pas parler véritablement de crise des institutions, ni de leur inadéquation à la situation présente. Au contraire, même ! Ce sont ces institutions qui nous ont probablement préservés des ultimes dérapages.

Sur ce sujet, je n’ai évidemment aucune compétence, aucune expertise particulière. Comme tout citoyen passionné par le débat public, je m’intéresse à la vie politique en ce qu’elle conditionne notre vie quotidienne. Mais vu l’urgence à réformer notre pays, la question de la stabilité et de la crédibilité des institutions me paraît vitale (ne serait-ce que pour « faire avec » ou « se protéger de l’arbitraire » !).


1) Cette semaine donc, politiques, politologues, profs de droit, éditorialistes ont nourri l’idée qu’on avait vécu une grave crise des institutions.

a) A droite, J.M. Le Pen a été le plus virulent. Il a accusé le Président de commettre « un attentat permanent contre l’état de droit ». Giscard, lui, parle de « désorganisation des institutions…à un niveau inconnu depuis le début de la Vème République » ! F. Bayrou en rajoute : « On est arrivé à un moment où l’effondrement des institutions devient accablant ».

b) A gauche, A. Montebourg prône la 6ème République. R. Badinter considère que « si nous étions dans une démocratie où le parlement joue son rôle, le gouvernement serait tombé ». R.G. Schwartzenberg accuse carrément Chirac de dévoiement des institutions quand « dépositaire de l’autorité publique….(il prend) des mesures destinées à faire échec à l’exécution de la loi ». G. Carcassonne dit de même.


2) Le feuilleton des annonces (intentions et dédits) est effectivement accablant.

-    Le recours au 49-3, alors que le gouvernement dispose d’une vaste majorité (tout ça pour aller plus vite), puis la confiscation du vote parlementaire par le Président.
-    La promulgation par J. Chirac, mais aussi l’engagement de ne pas appliquer la loi.
-    La dessaisie du gouvernement au profit du parti majoritaire au parlement.
-    L’appropriation par le Président des bénéfices d’une éventuelle proposition de loi (confusion des pouvoirs).
-    L’annonce du remplacement du CPE, voté et promulgué, par une autre mesure législative.

Décidément, tout cela fait désordre. La leçon de P. Mazeau à nos gouvernants n’a pas eu  beaucoup d’écho. Le fidèle gaulliste et défenseur de la constitution a dû avoir quelques haut-le-cœur ces dernières semaines (cf. ma note du 4/01/06).


3) Cependant, dans nos Sorbonne, aucun « publiciste » n’a vraiment parlé d’entrave à la Constitution, ce qui, pour le moins, rend excessif le titre de l’éditorial de Marianne (8/04/06), « Le putsch institutionnel », signé du non moins excessif J.F. Kahn.

Oui, il déconne un brin notre JFK quand il parle de « soviétisation institutionnelle de la France ». Il eût été plus juste (et tout aussi sévère) de parler de politique de Gribouille.

Ce à quoi nous avons assisté n’est rien d’autre qu’une crise politique, jouée de la plus médiocre façon, par des protagonistes auxquels l’initiative n’a cessé d’échapper. D’ailleurs, personne ne conteste qu’à défaut de « la sortie » présentée lundi, c’est la démission de Villepin qui aurait été envisagée. La logique constitutionnelle (comme pour A. Juppé ou, autrefois, E. Cresson) aurait fini par s’imposer.


4) La droite au pouvoir n’a d’ailleurs pas l’exclusivité de ces dérives.

Certes, c’est sa barque qui est la plus chargée. Mais laissez-moi rappeler deux faits :

a) Ségolène Royal, Président de la région Poitou-Charentes, respecte-t-elle la démocratie quand, pour l’obtention des subventions, elle discrimine par avance les entreprises qui auront adopté le CPE (pourtant voté au parlement) ?
b) J’écoutais B. Thibault interrogé par J.P. Elkabbach (Europe 1, 04/04/06). A quelle légalité se réfère le syndicaliste quand il conteste la légitimité d’un vote parlementaire au motif que, dans certains cas, « la démocratie doit tenir compte avant tout de l’expression du mouvement social dans la rue, les universités… ». Trois millions de manifestants, des syndicats qui représentent 7 % des salariés, peuvent-ils remettre en cause les choix parlementaires et par là même nier sa représentativité ? Si J.F. Kahn dénonce la soviétisation des institutions, au moins pourrait-il alors y inclure syndicats et partis politiques, y compris ceux de gauche.


5) Ce qui est en cause, ce ne sont donc pas nos institutions (qu’il faut, bien sûr, moderniser), c’est la pratique « de ceux qui nous gouvernent » (E.A. Seillière). J’adhère au diagnostic de F. Chérèque : « Nous vivons une crise de la représentation politique ». Ce que ressent aussi Patrick Sabatier (Libé, 10/04/06) qui parle du « discrédit » et « du rejet massif qui frappe tous les partis politiques de gauche comme de droite ».

Nous l’avons dit ici, l’erreur de Villepin a été une formidable aubaine pour des syndicats, des partis, des hommes politiques, et même des présidents d’université…dont on ne peut décemment pas dire qu’ils étaient en phase avec les attentes sociales. La crise leur a permis d’être « acteurs » plutôt que « sujets » de la contestation. On n’a toujours pas compris comment tous ceux-là envisageaient sérieusement de finir la pièce.

Dans le JDD, ce week-end, VGE écrivait : Une fois « le fonctionnement des institutions (…) rétabli, la cause de l’agitation lycéenne et étudiante disparaît du même coup ».

Eh bien, non, justement. Les lycéens réintègreront probablement leurs lycées, faute de pouvoir clouer Villepin au pilori. Mais la plaie reste ouverte et la polémique sur les institutions ne fera que l’occulter.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 avril 2006 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
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12 avril 2006

Steaks contaminés à E. Coli : où en est l’affaire ?

Tout le monde, dans mon enseigne, s'était interdit de communiquer sur le fond de cette affaire, par respect pour les malades, par décence, et tant que l'enquête ouverte par le Parquet n'est pas conclue. Pour ne pas influencer les victimes, nous n'avons pas cherché à rentrer directement en relation avec elles. Et les administrations ne nous tiennent pas particulièrement informés des données les plus récentes. Aussi, celles que je livre sur mon blog proviennent uniquement de mes services internes.

Etat des lieux :

(voir la note précédente sur le sujet : "Intoxication e. coli : état des lieux")

1)  Des vies sont-elles encore en danger ?

Non. Mais deux ou trois enfants (dont le petit Diego) avaient été sérieusement atteints. Malheureusement, les médecins confirment qu'ils pourraient garder des séquelles.

2)  Tous les clients ont-ils été avertis ?

On a tout fait pour cela. Tous les porteurs de carte de fidélité ont pu être contactés. Idem pour ceux qui ont payé par CB. Ils l'ont été par l'intermédiaire de nos cellules de crise, par les magasins directement, ou par les banques qui nous ont aidés (pour les porteurs de CB, il s'agit de clients communs !). Les autres, ceux qui ont payé en liquide (7 à 8 %), n'ont pu échapper aux informations longtemps et clairement diffusées en magasin, dans la presse régionale et par les médias qui ont tous largement couvert cet évènement.

3)  Combien de personnes ont été réellement contaminées ? La TV a parlé d'une trentaine de personnes, le journal Sud-Ouest de 69 victimes… ?

Nos estimations font état d'un nombre plus élevé. L'explication tient au fait que l'Institut de Veille Sanitaire ne retient que les malades déclarés à l'hôpital ou qui sont passés par un service médical.

a)  Pour notre part, nous avons invité les victimes à contacter, via les magasins qu'ils fréquentent, un cabinet spécialisé dans le traitement des situations de crise, " Equad ", basé à Toulouse. Il dispose d'experts locaux (implantés dans le Sud-Ouest) capables de régler les aspects financiers, techniques, mais surtout humains de ce type de sinistre (ils ont travaillé sur le drame d'AZF).

b)  380 dossiers ont été ouverts pour des familles qui d'elles-mêmes ont établi un lien entre des symptômes ressentis et la consommation de steaks.

c)  Après analyse, il s'avère déjà que 118 de ces dossiers ne concernent pas cette contamination. Il s'agit de personnes qui sont venues de bonne foi chercher une explication à des troubles dont ils ne connaissaient pas l'origine. Quelques dossiers un peu tordus aussi ! D'autant que des victimes vont jusqu'à réclamer des dédommagements pour un chat, deux chiens, et même un poisson exotique !!! (je ne plaisante pas !) qui aurait consommé du steak.

Vu qu'il est prioritaire de rechercher tous les malades, nous devons recueillir toutes les informations. Mais vous comprenez aussi qu'il nous faut tout passer au crible et tenir compte de la mauvaise foi, de l'erreur, et même des pièges qui peuvent nous être tendus. Certains ne s'en sont pas privés !

d)  Le cabinet " Equad " classe l'importance des dossiers selon une règle de pretium doloris en vigueur dans les sociétés d'assurance. Sur une " échelle de gravité " qui va de 1 à 7, Equad retient tous les dossiers dès le niveau 1 (déclaration d'un symptôme).

e)  40 dossiers sont unanimement jugés " graves " : une dizaine ont fait l'objet d'avances de trésorerie pour couvrir les frais d'hospitalisation engagés par les parents.

f)  Un tiers des cas fait l'objet d'expertises médiales complémentaires.

4)  Y-a-t-il des plaintes ?

Oui. Deux magasins ont été assignés au civil.

Au pénal, il y aurait un dépôt de plainte (contre X) et un autre directement contre SOVIBA, le fournisseur à l'origine de la contamination.

En fait, il est trop tôt pour avoir une idée du nombre exact de plaignants.

a)  Les victimes sont tentées d'attendre le résultat de l'enquête de gendarmerie pour savoir s'ils déposeront plainte au pénal.
b)  La plupart préfèrent d'abord essayer de régler leur problème de dédommagement civil, ce qui serait retardé s'il y avait plainte au pénal.

5)  L'enquête, comme semble le dire le Nouvel Observateur, a-t-elle fait apparaître l'existence d'une précédente contamination ?

Les enquêteurs ne communiquent pas. Et c'est normal. En fait, c'est un journaliste de " Linéaires " (mensuel spécialisé de la distribution) qui a évoqué cette possibilité. Un premier cas de contamination aurait été détecté par l'entreprise McKey, conditionneur travaillant pour McDo. Sa matière première provient de SOVIBA (qui, rappelons-le, n'est pas une petite PME, mais l'un des plus gros fournisseurs de la distribution et des chaînes de restauration). Les steaks auraient été détruits et l'entreprise McKey dédommagée.

6)  Les magasins E. Leclerc en avaient-ils été avertis ?

Evidemment, non ! Sinon nous n'en serions pas là ! C'est d'ailleurs ce que j'ai expliqué à J.J. Chiquelin (Le Nouvel Observateur) qui enquêtait récemment sur cette affaire.

L'information de " Linéaires " a été publiée trois mois après la livraison de steaks, plus d'un mois et demi après le démarrage de l'intoxication, et alors que nous avions rompu les relations commerciales avec SOVIBA. Nous n'avons jamais pu obtenir ni de SOVIBA, ni de McKey, ni de l'administration, confirmation de cette contamination précédente.

7)  " Le choix de la transparence, dès la première affaire, aurait-il pu éviter la seconde ", comme le suggère La Dépêche du Midi (24/03/06)

Assurément. Ces premiers faits, s'ils sont avérés, font porter à SOVIBA (et à McKey) une sacrée responsabilité. Pourquoi n'ont-ils pas communiqué ? Pourquoi les laboratoires où se sont déroulées les précédentes analyses n'ont-ils pas communiqué ? L'administration vétérinaire était-elle informée ? Et pourquoi, alors que l'Institut de Veille Sanitaire décelait E. Coli dans le Sud-Ouest, personne n'a été capable d'évoquer ce précédent, ce qui aurait évidemment permis de resserrer plus rapidement les investigations ?

Pour ma part, j'insiste : si l'enquête fait apparaître qu'une information préalable était possible et qu'on aurait pu éviter ce drame, je n'hésiterai pas à demander aux sociétés de mon groupe concernées par cette affaire de poursuivre les fauteurs en justice.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 avril 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Objectif qualité
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10 avril 2006

CPE : Qui osera se dire vainqueur...après une telle pagaille !

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Photo pleine d'humour et de sens... Azurs point net

Ouf ! L’affaire du CPE est finalement « pliée » et c’est un soulagement. Quelle énergie perdue. Quel lamentable gâchis.

Le pays s’est marginalisé ; jamais il n’est apparu aussi scotché dans son conservatisme, sa frilosité et sa dépendance à toutes les formes de corporatisme. Quand on pense que de l’affaire irakienne au référendum européen, et jusque dans le soutien à la candidature olympique de Paris, « la France universelle » s’autoproclamait porteuse du meilleur modèle social de développement : « Pschitt ! ».

Ce matin, sur toutes les ondes, s’expriment les « vainqueurs », le flamboyant Jack Lang en tête. Mais qui peut décemment prétendre avoir gagné ! Et qu’apportent au pays ces partisans de l’autocongratulation…

Le Président, le gouvernement : Ceux-là, c’est sûr, ont perdu leur autorité. Dans leur chute, ils entraînent celle de l’Etat tout entier. On peut, à la suite de F. Bayrou ou de certains constitutionnalistes (G. Carcassonne, R. Badinter), parler d’une crise des Institutions. (Je reviendrai, demain, sur ce sujet). Mais si nous venons de vivre une crise de régime, c’est moins celle de la Vème République que de la pratique chiraquienne du pouvoir. Ce « pataquès », cette poussée de « chienlit », on les doit moins à notre déficit de démocratie qu’aux dérives de nos décideurs politiques. Ils ont été franchement mauvais. Comme jamais, depuis longtemps (depuis la dernière dissolution ?).

En tout cas, Villepin y a perdu sa « superbe ». Le gouvernement va avoir du mal à reprendre la main. Les querelles d’hommes sont à leur paroxysme. Les parlementaires de l’UMP, douchés et en colère (un 49-3, une loi aux forceps…pour finir de la sorte !!!), auront, n’en doutons pas, la tentation du coup de pied de l’âne. Même les plus fidèles de la Chiraquie (à part JL Debré bien sûr) n’ont plus d’illusion sur « l’éclairage » du monarque.

Le « mouvement social » : Assurément, l’affaire a été une sorte d’aubaine pour les syndicats. A Villepin, ils peuvent dire merci. Ils ont retrouvé une unité, exprimée dans les manifestations et face au gouvernement. Même Chérèque a pu sortir de son rôle de Saint Sébastien. Mais :

1) Le quasi aval des syndicats pour les mesures qui vont remplacer le CPE…brise l’alliance salariés-étudiants. Ces derniers, encore enivrés par l’outrance de leur « ultimatum », se retrouvent seuls, étourdis et sans autre forme de projet.

2) Recentré sur ses revendications antérieures, le mouvement syndical a certes obtenu le retrait du CPE, mais n’apparaît crédité d’aucune proposition alternative et concrète.

L’opposition : Justement, il lui appartenait de relayer le mouvement social. Le PS (plus que le PC) s’est remis en selle. Le CPE a permis de « botoxer » les crevasses post-référendaires. Mais nulle part on n’a vu briller (même pas émerger) les contre-propositions, pour l’emploi, qu’on était en droit d’attendre d’elle.

Sur cette question des rigidités sociales, l’attitude du PS n’a pas permis de faire sauter les tabous. Au contraire, nous voilà revenus à l’intangibilité des critères de licenciement. On ne touche pas au Code du Travail. Tant pis si c’est un obstacle à l’emploi dans la PME. Les jeunes chômeurs attendront 2007.

Il reste à espérer que nos acteurs politiques et sociaux (professionnels inclus) aient suffisamment conscience de ce drame.

Nous sommes quelques-uns, sur ce blog, à nous revendiquer du « camp de l’action ». L’important, en effet, c’est de chercher à rebondir (« ne pas subir »). Ils sont plus nombreux qu’on le croit ces Français qui veulent qu’on réforme, qu’on innove, qu’on modernise. L’économiste, J. Marseille, dit : « Quand la France est au fond du trou, elle rebondit » (Libé, 8 et 9/04/06). Pour ma part, j’aime bien la métaphore que me rappelle souvent Edouard, mon père : « On est dans la merde ! Mais n’oublions pas qu’il faut aussi du fumier pour faire pousser les fleurs ».

Alors, ne prenons pas de pincettes, essayons de semer là-dessus…


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 avril 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Economie , Politique
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Emploi : qui veut encore du CPE ?

Il faut dire les choses comme elles sont ! Les chefs d’entreprises sont pour une plus grande flexibilité dans la conclusion comme dans le dénouement des contrats de travail. Mais la majorité ne veut pas, (ou ne veut plus) du CPE. Et personnellement, je rejoins ceux qui estiment que même remanié, amendé, ripoliné, le CPE ne mérite pas qu’on le défende mordicus, ni qu’à cause de lui, on mette le feu à la démocratie.
Contrairement au CNE, dont le concept répond à une vraie exigence (levée de certains freins à l’embauche des TPE et artisans), le CPE est un produit vérolé, en tout cas trop hybride, pour être compris par les salariés, et utilisé sans risque juridique par les entreprises.

1. Il revient à Laurence Parisot d’avoir, dès les prémices de cette affaire, tiré la sonnette d’alarme. Elle a refusé l’instrumentalisation du Medef, ce qui eut été encore bien plus nuisible que les « forcing » de Villepin. Elle a obligé le politique à assumer « la méthode », préservant ainsi la capacité de renouer le dialogue social. Elle a (en quelque sorte) évité qu’on ternisse encore un peu plus l’image de l’entreprise et des patrons, si mise à mal dans l’utilisation à tout crin du mot « précarité ». (Je dis ceci d’autant plus sincèrement que je n’adhère pas au Medef !).

2. Est-ce à dire que les patrons étaient tous contre l’idée du CPE ? Certainement pas. Contrairement à ce qu’on a dit ici ou là, la mesure n’a pas été concoctée dans la seule tête des énarques. A de multiple reprises, ces dix dernières années, j’ai vu nombre de patrons, à l’image d’un Dassault, d’un Bellon, pester contre les excès du CDI, et « l’impossibilité de licencier » « sans casse » pour l’entreprise.
La demande, que dis-je, la pression sur le politique était forte. Elle était d’ailleurs légitime. Et les syndicats faisaient l’autruche : « on ne touche pas aux acquis… ».

3. Mais pour autant qu’existait cette demande de caractère général, celle-ci n’était exclusive d’aucune autres mesures, d’ailleurs jugées prioritaires (abaissement des charges, amélioration des qualifications etc.…). L’idée d’en faire une mesure spécifiquement destinée aux jeunes était d’autant plus absurde qu’en terme de coût (qualification) ou d’ancienneté, ce n’est pas cette population qui rend les licenciements les plus délicats.

4. Aussi, ce qui nous gêne tous, dans cette affaire, ce sont les vices de fabrication, les erreurs de marketing et les mauvais arguments de vente qui font du CPE un mauvais produit.
Vice de fabrication ?
Tout a été dit. Période d’essai trop longue, automaticité froide du licenciement…
Erreur de marketing ? A qui est destiné le CPE. Aux « jeunes des banlieues sous-qualifiés », « aux jeunes tout court » ? Autant la cible du CNE est claire, autant celle du CPE ne l’est pas. Pas étonnant que les diplômés se soient sentis visés.

Les arguments de vente ? Surfant en catastrophe sur les réactions populaires, les membres du gouvernement ont joué une partition tellement cacophonique qu’on s’est cru dans une partie de poker menteur :
Ex :
a) « Vous les gosses de riches, n’êtes pas concernés, pensez aux
jeunes défavorisés »
b) « Mais vous les diplômés, concevez quand même que le CPE c’est
mieux pour vous qu’un CDD ou qu’un de ces stages dont vous
dénoncez les abus. Etc…

5. Dans ce contexte, je ne m’étonne pas des résultats de l’enquête CEGOS, (La Lettre de l’Expansion du 3/04/06). Une majorité de patrons hésiterait à recourir au CPE, et 44% y renonceraient à coup sûr.

6. Le politique a fait semblant de ne pas entendre cette résistance patronale. Thierry Breton a cru devoir tancer les indélicats. L’Union des Patrons Artisans (UPA), a peur qu’on revienne sur le CNE… Mais finalement, à la suite de Laurence Parisot, le représentant le plus musclé du patronat, Denis
Gautier-Sauvagnac (UIMM) convient que le bâton est désormais merdeux.

7. Je l’ai dit ici. Les 500 chefs d’entreprise qui composent le mouvement Leclerc n’étaient pas demandeurs du CPE. (Les magasins du groupe emploient 85 000 salariés dont 91% en CDI). Nous sommes d’accord avec Laurence Parisot pour qu’on réfléchisse, dans la refonte du droit du travail, « aux motifs de rupture, à la période d’essai et plus généralement à la séparabilité de l’entreprise et de l’employé ».

Mais surtout, nous souhaitons qu’on s’attaque à tous les obstacles structurels qui freinent l’embauche, (revalorisation du travail manuel, filière courte de qualification, rapprochement école entreprise ...etc.).

Encore faut-il qu’on sorte du bourbier actuel. S’obstiner dans l’erreur du CPE, c’est se priver de toute possibilité de réforme avant longtemps dans ce pays.


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 avril 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Société
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9 avril 2006

Carnet de route : arrêt sur quelques images du photographe Jean Bibard

Il a pris quelques centaines de photos. Dans les usines et les exploitations agricoles mais aussi sur la route, dans les rues, dans les échoppes. Mon ami photographe a pointé ses objectifs sur la vie, celle que l’on a trop rapidement rencontrée, lors de ce cours déplacement en Inde.
Extraits de son porte folio…

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Regards soutenus, aucun signe de commisération : une population fière, indépendante mais accueillante.

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Centre commercial au Kerala

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Transport collectif

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Grande surface

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Consommateur modèle (il rend le sac plastique)

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Tri sélectif "biologique". Que de résidus de sacs plastique partout...

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Noblesse

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Les cornes des vaches sont peintes aux couleurs du parti politique que l'on soutient

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Des produits d'une exceptionnelle qualité malgré la pauvreté de moyens

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Economie d'énergie dans la chaîne logistique

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"Faut pas avoir l'air de poser !" MEL et ses collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï (développement durable), Philippe Séligmann et Abbas Mehta (notre chef de bureau à Chennay)

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Kerala : la population vit de la pêche et du tourisme

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"The End"

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 avril 2006 dans Développement durable
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5 avril 2006

Commerce équitable : Six questions à Tristan Lecomte (PDG d’Alter Eco)

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Je lui dois l’intérêt que je porte au commerce équitable. Tout a commencé dans un amphi, il y a 4 ou 5 ans. Un jeune homme m’a interpellé, il venait de créer Alter Eco et ne voyait pas pourquoi les produits équitables ne seraient pas vendus en grande distribution. Depuis, nos chemins n’arrêtent pas de se croiser. Mon enseigne commercialise ses produits aux côtés des gammes Ethiquable, Lobodis, Malongo, etc. Il était avec nous, la semaine dernière, dans le Kerala, chez des petits producteurs de thé et d’ananas.

1) Comment êtes-vous tombé dans le Commerce Equitable ?

Quand j’étais étudiant à HEC, j’avais monté une association (Solidarité France-Népal) avec deux amis pour faire de la formation sur la construction de fours et de latrines en milieu rural au Népal. Cette expérience, à la fois utile et entrepreneuriale, m’avait passionné. Je continue à suivre l’évolution de l’association qui existe toujours.

Après mes études, j’ai d’abord travaillé pour L’Oréal. Le travail était techniquement très intéressant, mais il manquait une dimension humaine et spirituelle à mon activité. Je voulais trouver un sens plus profond à mon action, plus largement, un sens à ma vie. J’ai découvert le Commerce Equitable à travers un article du journal « Le Réverbère » (journal des sans-abri) A première vue, j’étais très sceptique, pouvait-on réellement concilier éthique et business ?

Je suis allé voir un magasin Artisans du Monde. J’ai été surpris de découvrir une offre assez large et qualitative. J’ai pensé qu’il manquait juste une pointe de marketing pour que cela se développe à grande échelle, et c’est pour cela que je me suis engagé. J’ai quitté mon poste confortable dans ce grand groupe et, deux mois après, j’ouvrais ma première boutique de 35 m2 à Paris… Depuis, le Commerce Equitable est à la fois mon métier, ma passion et presque ma principale raison de vivre, en dehors de ma vie personnelle et affective bien sûr.

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2) Que retirer de vos premières expériences en magasins ?

De 1998 à 2001, j’ai ouvert deux boutiques de Commerce Equitable à Paris. Cette expérience a été très enrichissante. J’étais au contact des clients tous les jours. J’ai pu mieux comprendre ce qui nous motive à acheter des produits de Commerce Equitable et j’ai aussi pu apprendre à développer des filières Equitables.

Nous vendions principalement de l’artisanat du monde entier. J’aime beaucoup ces objets chargés de sens et d’histoire. C’était aussi une excellente expérience humaine avec les équipes de vente.

Malheureusement, pour des raisons d’emplacement et de taille, ces magasins n’étaient pas rentables et n’offraient pas les débouchés suffisants pour les petits producteurs et artisans partenaires. Ce qu’ils demandent, c’est avant tout plus de débouchés à un meilleur prix ! Quand on se retrouve face à une coopérative de 100, 1000 ou 10 000 petits producteurs et artisans, on ne peut pas répondre à leur attente avec, pour seul réseau de distribution, deux petites boutiques à Paris…
De plus, quand vous vendez peu, vous êtes obligés de faire de grosses marges et vu la faiblesse des volumes importés, vous êtes obligés de passer par des intermédiaires. Je trouvais donc ce modèle pas très en phase avec les objectifs du Commerce Equitable qui sont précisément de maximiser les débouchés et la valeur ajoutée pour les petits producteurs en achetant le plus directement possible…

C’est ce qui m’a amené à changer de modèle de distribution à partir de 2001. Les boutiques, c’était charmant mais pas suffisamment utile et pérenne.

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3) Qui a eu l’idée d’Alter Eco ? Quels ont été vos partenaires ?

J’ai monté Alter Eco, seul, sur le papier. Mais en fait, Alter Eco est une histoire collective. Alter Eco est un catalyseur d’énergies positives, pour des hommes et des femmes voulant entreprendre autrement, réintroduire du sens dans l’acte économique et replacer l’Homme au centre. J’ai voulu qu’Alter Eco soit créatrice de lien social à travers une fonction banale et quotidienne : l’achat. Pour tous ceux qui veulent changer le Monde avec leur caddie, sans pour autant faire la Révolution !

Dès le départ, j’ai reçu le soutien d’un grand nombre de personnes, consommateurs, distributeurs, investisseurs, journalistes, politiques, syndicalistes, religieux... Je suis très attaché à cette diversité que l’on retrouve dans le profil culturel de nos collaborateurs et de nos investisseurs. (Parmi ces derniers, on compte le Crédit Coopératif (à travers le fonds ESFIN Participations), l’Union Française des Céréaliers à travers Unigrains, tout comme l’Abbaye de Saint-Wandrille).

Il s’agit d’entrepreneurs qui ont déjà réussi, mais aussi de petits investisseurs rencontrés grâce à un article de presse. Ils m’ont fait confiance dès le départ. Alter Eco est toujours contrôlée par ces investisseurs privés (un dentiste, un inspecteur des impôts à la retraite, un pasteur, une femme médecin militaire, un banquier, un étudiant…). C’est en quelque sorte toute la société civile qui est représentée dans ce projet que je souhaite rentable et socialement utile.

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4) Quelle dimension doit trouver le Commerce Equitable ? « Small is really Beautiful ? »

C’est amusant que vous fassiez référence à Frits Schumacher et à son livre « Small is Beautiful » car c’est un de mes ouvrages préférés. Ecrit en 1973, ce livre est étonnant car il prédit avec précision les dommages collatéraux engendrés par le néo-libéralisme et la mondialisation débridée. C’est aussi intéressant de voir que l’on n’a rien inventé avec le concept de Développement Durable et que Schumacher en avait déjà défini les principaux contours. Pour moi, c’est un économiste et un philosophe clé pour mieux comprendre notre monde et envisager un modèle de développement plus respectueux de l’Homme et de son Environnement.

Par contre, il est évident que les économies d’échelle que l’on peut réaliser en développant les volumes sont un facteur clé de succès du Commerce Equitable. Comme je l’expliquais précédemment, le modèle de distribution en petites boutiques n’est pas adapté pour garantir de bons débouchés et un achat direct à un bon prix aux petits producteurs.
Il faut passer par les grands circuits de distribution, ce n’est pas un choix mais un impératif. Grâce aux volumes de vente conséquents en grande distribution, nous aidons plus de 10 000 petits producteurs de 30 pays pauvres à mieux vivre. En accédant à de gros volumes de vente nous pouvons maximiser la valeur ajoutée aux producteurs tout en proposant leurs produits à un prix compétitif aux consommateurs. Notre activité est rentable, plus pérenne, nous pouvons mieux préfinancer les groupes de petits producteurs, nos circuits d’importation sont ainsi plus directs et moins onéreux.

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Le Commerce Equitable doit passer par les circuits classiques de vente pour sortir de sa marginalité. Les petits producteurs font d’excellents produits et leur référencement dans les circuits de la grande distribution est un signe de reconnaissance de leur qualité. Ces producteurs sont plus fiers d’être référencés chez E. Leclerc que dans mes petites boutiques… Ils nous disent que c’est un signe par ailleurs très encourageant pour eux, une issue possible à leur situation d’exclusion.

En synthèse, je dirais que les circuits de la Grande et Moyenne Distribution sont particulièrement adaptés à la vente des produits du Commerce Equitable pour garantir des volumes et de bons niveaux de marge aux groupes de petits producteurs. Cela peut paraître paradoxal vu l’image que l’on a de la distribution mais c’est le constat que je fais chaque jour quand je compare les filières d’importation. Il faut donc arrêter de systématiquement vouloir opposer les petits producteurs à la grande distribution, il peut y avoir une forte complémentarité à condition que la relation commerciale soit régulée, par le label Max Havelaar (le label du Commerce Equitable) par exemple.

C’est justement ça l’objectif du Développement Durable : mettre en place des politiques de progrès et réconcilier des organisations économiques et sociales que la taille oppose trop souvent. Je ne suis pas utopiste quand je dis cela, c’est précisément mon travail au jour le jour, Alter Eco fait le pont entre des petits producteurs parmi les plus défavorisés et les géants de la grande distribution…, et ça marche !

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5) Au cours de vos voyages à la rencontre des producteurs du Sud, quelles sont les personnes qui vous ont le plus marqué ?

Le cœur de notre activité et de notre motivation, ce sont les petits producteurs. Ils sont parfois réunis en assemblée et c’est très émouvant de parler à 50, 100, parfois 1000 petits producteurs réunis et de sentir qu’ils sont satisfaits de notre relation commerciale malgré ses limites. La visite des projets financés par la prime de Commerce Equitable (machines, usines, ponts, routes, puits, écoles, fonds de retraite, de prévoyance,…) est aussi une expérience très forte. Chaque rencontre me motive car je vois les avancées concrètes de notre activité pour ces petits exploitants.

Monsieur et Madame Punchibanda, producteurs de thé (0,3 hectare) au Sri Lanka, m’ont particulièrement ému. Je les ai rencontrés en 2001. Grâce au Commerce Equitable, leurs revenus ont doublé (de 100 à 200 dollars par an, ce qui reste extrêmement faible) et ils ont reçu une vache et des engrais verts grâce au Commerce Equitable (ils adhèrent à la coopérative SOFA, 450 membres). Chaque fois que je vais au Sri Lanka, je les rencontre et je suis l’évolution de leur activité, j’ai l’impression que nous sommes devenus amis.

J’apprécie aussi beaucoup Reginaldo Vincentim de la coopérative Coagrosol (80 membres) au Brésil, rencontré en 2002, c’est un producteur et il est aussi chargé du développement de l’organisation. Il est très dynamique et nous partageons la même passion pour le Commerce Equitable. C’est intéressant de voir que, dans tous les pays, il existe des entrepreneurs sociaux qui veulent changer l’ordre des choses et rechercher l’utilité sociale de leur travail.

Je me rappelle un producteur de café, en 2004, en Ethiopie, qui avait trois femmes et 21 enfants. Avec 1,5 hectare de caféiers, il gagnait 120 dollars par an… On a fait une photo de famille et c’était une grande leçon de voir leurs sourires sur leurs visages, par rapport à nos sociétés où on se plaint beaucoup alors qu’on est tellement aidé.

C’est assez choquant de savoir que ce petit producteur n’est pas une exception dans le système, c’est même plutôt la norme dans le milieu agricole dans les pays en développement. Les petits producteurs avec lesquels nous travaillons gagnent en moyenne de 50 à 1000 dollars par an…

Je pourrais encore vous citer des centaines d’exemples comme ceux-ci car je les vis partout où je vais, que ce soit en Bolivie, au Ghana, aux Philippines ou dans les 30 pays où sont situées nos organisations de petits producteurs partenaires depuis que j’ai démarré en 1998. Dans chaque organisation, j’essaie de suivre l’évolution d’un ménage en particulier afin d’évaluer l’impact du Commerce Equitable. J’espère que d’ici 10 ans, leur vie aura réellement changé…

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6) Projetez-vous dans 10 ans, que ferez-vous, que serez-vous ?

J’espère que le Commerce Equitable aura pris un essor significatif, au moins autant que les produits biologiques et que, malgré ses limites, il sera reconnu par tous comme une vraie alternative et un moyen efficace de développement pour les petits producteurs.

J’espère qu’Alter Eco sera devenue une marque reconnue du secteur, à la fois pour l’ampleur de son impact et pour la qualité de son approche, transparente et efficace.

J’espère enfin que nous repartirons tous les deux en Inde dans 10 ans (ou avant !) et que vous verrez que la vie des petits producteurs d’ananas que nous avons rencontrés a changé grâce, en partie, au jus d’ananas Equitable vendu dans vos magasins et ceux de vos concurrents…
Vous êtes partant ?

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 avril 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Commerce équitable , Développement durable , Portraits / Rencontres (DD)
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