10 mars 2006

BD : Angoulême, un festival dans la tourmente après le licenciement de son DG

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Jean-Marc Thévenet, directeur licencié, Benoît Mouchard, directeur artistique et Georges Wolinski, Président du Festival d’Angoulême 2005

Rififi sur les bords de la Charente. Jean-Marc Thévenet, le DG, mis à pied début mars, s’est vu confirmer son licenciement mardi dernier.

Exit donc, JMT, à qui le FIBD doit (personne ne le conteste) sept belles années de stabilité, de succès et de rayonnement.

1) On lui reproche la signature d’un contrat avec le Festival d’Art Contemporain du Havre dont il deviendrait aussi DG…

Je ne veux pas intervenir sur le fond de ce dossier. De toute façon, JMT a joué trop perso. Même s’il minimise ses autres prestations, il s’est mis à dos l’équipe du FIBD. Sa propre équipe, celle qu’il avait lui-même embauchée !!! La rupture avec l’association fondatrice semble irréversible.

JMT a fait appel à Maître Pelletier (ancien ministre) qui conteste la décision… Les tribunaux trancheront.

2) Mon groupe a toujours su rester à sa place. Même si je suis membre du bureau, je me suis toujours refusé à m’immiscer dans la vie de l’association qui anime le FIBD. Pas davantage, je n’ai influé sur les choix artistiques. Tout au plus, un léger lobbying pour qu’on valorise mieux les scénaristes. Et en accord avec les autres partenaires (Caisse d’Epargne, ville d’Angoulême…), le parrainage d’un prix ou d’une exposition exclusive.

De cette manière, nous confirmons la qualité du travail effectué par l’association de bénévoles et de passionnés, hier présidée par Yves Poinot, aujourd’hui par Dominique Bréchoteau, tous deux fondateurs de la manifestation. Leur engagement personnel mérite reconnaissance et soutien. Ils ont toute mon amitié.

3) Après 15 ans de partenariat et des millions d’euros investis, c’est l’avenir du festival qui m’importe, ainsi qu’aux adhérents E. Leclerc qui relayent, sur leur site, cette manifestation consacrée à la promotion du 9ème Art.

Or, ce qui vient de se passer à Angoulême illustre le décalage entre les ambitions présentes du festival et les moyens de gestion dont il est doté.

L’affaire reprochée à JMT ne se serait jamais passée de la sorte dans une association bien organisée (contrat préalable, délégation de pouvoir, limite de mandat, validation des décisions).

4) Plutôt que de polémiquer sur le passé ou le présent, il faut savoir tourner une page et travailler sur une forme d’organisation plus professionnelle et plus responsable, sans que ne soient altérés l’esprit du festival, son originalité, sa convivialité.

J’ai écrit à D. Bréchoteau pour qu’une telle réflexion soit menée. Le maire d’Angoulême, Ph. Mottet, lui a aussi écrit dans ce sens. Je retiens de sa proposition deux objectifs partagés :

- « Une modification des statuts prenant en compte la représentation de tous les partenaires, ceux qui sont aujourd’hui au bureau, mais aussi l’Etat, la région et les éditeurs ». (Je confirme d’ailleurs le souhait de ces derniers d’y participer).

- « La création d’un Conseil de gestion…assistant le bureau dans ses choix ».

Il va falloir assurer l’intérim. La prochaine manifestation aura lieu en janvier 2007. Pas facile, tant le moral de l’équipe a pris un coup. Il faut surtout assurer la pérennité du FIBD. Avec mon groupe, je répondrai présent à toute sollicitation. Mais la réorganisation des processus de décision est un préalable, pour nous, pour tous les partenaires et pour la crédibilité de l’équipe qui va reprendre en main cette manifestation nécessaire à la promotion de la bande dessinée.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 mars 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (BD) , Arts / Culture , Arts graphiques , BD
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10 février 2006

BD : Génération 1er album

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© FEP / Jean Bibard

Pas facile, parmi les 2 000 titres publiés en 2005, de pouvoir repérer dans les rayons…un jeune auteur, un premier album ! C’est la raison pour laquelle avec le magazine Bodoï, j’ai lancé le concours « Décoincer la bulle ». Il est destiné à promouvoir, chaque année, quelques jeunes talents qui ont osé s’aventurer dans les coulisses du 9ème Art. Outre les prix décernés par un jury prestigieux, ils pourront compter sur une campagne de promotion à travers la centaine d’Espaces Culturels E. Leclerc, dans les pages du magazine Bodoï et différents médias mis à contribution. (J’en profite pour féliciter la Fnac Montparnasse qui a élégamment joué le jeu en leur consacrant un bel emplacement).

1) Le jury et les nominés

Le 28 novembre dernier, Frédéric Vidal, rédac chef, et moi-même avons réuni une petite académie de scénaristes : Serge Le Tendre, Jean Van Hamme, Jean-David Morvan, Christophe Arleston, Adeline Blondieau. Ca se passait au Procope, vieil emblème de la restauration française. Les journalistes de Bodoï ont effectué un premier tri. Notre jury était appelé à choisir 3 albums parmi la vingtaine de publications rescapées de cette sélection nationale. Bien avant le dessert et le café, 3 nominés sortaient du lot :

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© Hubert Raguet

- « Mémoires d’une vermine » de Juan Sàenz Valiente, scénario de Carlos Trillo, éditions Albin Michel.

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L’histoire :
Il n’y a pas plus pourri que Luchito Lassabia, un flic corrompu et dévoyé, une véritable vermine. C’est pour ça qu’on l’appelle la gale. Il porte beau, s’habille chez les meilleurs tailleurs, mais il trempe dans toutes les sales besognes et contrôle un réseau de prostituées. Un scandale que l’avocat Sébastien Ferrer va essayer de faire éclater au grand jour…

- « La guerre des boutons » de Valérie Vernay, scénario de Mathieu Gabella, éditions Petit à Petit.

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L’histoire :
C’est l’adaptation pétillante de l’œuvre de Louis Pergaud : des planches à se tordre de rire…pour retrouver une âme d’enfant.
C’est l’histoire de Longeverne et Velran…Deux villages dans lesquels, depuis des générations, on est élevé dans le mépris du camp adverse.

- « Le dernier envol » de Romain Hugault, éditions Paquet

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L’histoire :
1942-1945, les heures les plus sombres du XXème siècle. Le ciel est le théâtre de combats acharnés. Des avions se frôlent, des hommes s’affrontent, des destins se croisent. Quatre pilotes, parmi les meilleurs de leurs nations respectives, prennent leur envol. Combien savent que ce vol sera le dernier ?

2) Le Prix « Décoincer la Bulle 2006 »

Le public était invité à élire sa BD préférée parmi ces 3 auteurs nominés. 15 000 internautes ont voté en ligne. Et finalement, à Angoulême, sous les applaudissements d’auteurs dont ils sont devenus les confrères (une vraie première reconnaissance professionnelle !), c’est Romain Hugault, pour « Le dernier envol » qui a remporté le prix.

3) Des personnalités attachantes :

Il fallait les voir, tous les trois, heureux comme d’Artagnan, parcourant le Festival.

Romain Hugault est âgé de 25 ans. Diplômé des écoles parisiennes Olivier de Serres et Estienne. Une maîtrise totale des dessins d’avion. C’est en proposant 10 premières planches de cette histoire aux éditions Paquet qu’il a pu être publié.

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© FEP / Jean Bibard

Personnellement, je trouve que Romain maîtrise très très bien le dessin des objets, des décors, y compris dans le rendu des « effets de vitesse ». Il pratique la couleur sur ordinateur. Mais ses choix sont élégants, on dirait de la couleur directe. En revanche, il lui reste à travailler ses personnages. Pas encore assez de finesse dans l’expression, mais on n’est pas loin de la réussite totale.

Au milieu du forum, le public s’est agglutiné autour de Valérie Vernay. Timide, réservée !. Ne pas se laisser piéger par les apparences : elle est sortie de la prestigieuse école d’arts graphiques Emile Cohl de Lyon. Beaucoup d’illustrations jeunesse à son actif chez différents éditeurs. Elle a participé à plusieurs collectifs.

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© FEP / Jean Bibard

C’est elle qui a obtenu le meilleur soutien du public, le temps des dédicaces qu’elle bichonne et qu’elle peaufine dans les moindres détails.

Enfin, il y a cet Argentin de 24 ans, Juan Sàenz Valiente. Autodidacte, passionné de dessin et de cinéma. D’apparence, lui aussi est doux, jovial, juvénile. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Sauf qu’après lecture de « Mémoires d’une vermine », on voit poindre le démon derrière l’ange…

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© FEP / Jean Bibard

Oui, sans nul doute, ce garçon manie le crayon trash : gueules de femmes et hommes blessés dans leur corps comme dans leur âme, scènes d’amour lubriques et sans retenue. Le héros est lâche et détestable à souhait. Il faut du talent pour illustrer tout cela. Couleur directe, scénarisation superbement ficelée, joli travail d’atmosphère. Personnellement, c’est l’album que j’ai préféré.

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© FEP / Jean Bibard

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 février 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (BD) , Arts / Culture , BD
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3 février 2006

Angoulême 2006 : le Festival dans l’objectif de Jean Bibard

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C’était le week-end dernier. Wolinski vivait ses derniers jours de Président. Trondheim l’a bruyamment détrôné. C’était aussi l’occasion de déplacer toute mon équipe (Espaces Culturels) pour pouvoir rencontrer éditeurs, auteurs, libraires. Le photographe, Jean Bibard, portraitiste des stars du foot et du 9ème Art, nous accompagnait…

Jeudi 26, 7h40 : Beaucoup moins de monde, cette année, dans le train qui vient de Paris. Temps maussade annoncé pour les 3 jours suivants. Immuable arrivée sur le quai de la gare d’Angoulême, décorée modestement pour cet évènement phare du début d’année.

Dans les rues, on reconnaît à peine les frères Dalton, emmitouflés et congelés. Les fanfares n’arrivent pas à dégeler l’atmosphère de cette première journée dédiée aux « scolaires ».

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Jeudi, au forum E. Leclerc : C’est en ce lieu, animé par des journalistes de l’excellent Bodoï, que nous recevons dessinateurs et scénaristes pour débattre avec le public. Réunion de mise au point avec les collaborateurs et Frédéric Vidal, le rédacteur en chef, pour caler le programme.

Jeudi, 11h30 : Au CNBDI, le fief, là où se situe l’action. Là où il faut être pour les petits-fours. Mais aussi pour l’expo truculente de Wolinski qui a succédé à Zep (expo superbe au Jardin d’acclimatation, Paris). Ce petit monde s’agglutine autour des Huiles Municipales pour l’inauguration. Personne ne s’intéresse aux discours. Mais, élus et bédéphiles sont à la queue leu leu pour pouvoir mater la collection perso du roi Georges qui a mêlé à ses petits dessins quelques coquetteries érotiques de Pichard, fameux auteur de « Paulette » et « d’Ulysse ». Humour, sensibilité, coups de crayon et réparties : Wolinski régale. Il y a aussi ce petit enclos de bonheur, classé « X », dissimulé derrière un épais rideau : quelques délires aimablement pornographiques, mais surtout coquins, oui, coquins, car rien ne peut être trivial chez Wolinski. Il aime trop les femmes. Et il officie sous le regard de la sienne, la jolie Maryse…

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Jeudi, 17h00 : Brasserie Paul, Arleston, Le Tendre, Aline Blondiau révèlent le nom des 3 nominés retenus par le jury de scénaristes que Frédéric Vidal (Bodoï) et moi-même avions réunis pour promouvoir le premier album d’un jeune auteur. Comme toujours, le scénariste Arleston a le mot juste, gentil, tout en étayant le propos d’arguments très professionnels. Nos jeunes dessinateurs sont comblés. (Je vous reparlerai d’eux la semaine prochaine).

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Jeudi, 18h00 : Au Grand Théâtre d’Angoulême pour la remise des prix. Comme d’habitude, une cérémonie menée de main de maître par Jean-Marc Thévenet, Directeur du Festival. Caustique, n’aimant pas être dérangé par des projets dont il ne maîtriserait pas l’annonce (j’ai réussi à lui fourguer un petit panégyrique sur les scénaristes, perpétuels oubliés du Grand Prix d’Angoulême), il manage son petit monde avec humour. Les prix, pour une fois, correspondent assez bien aux attentes d’un large public.
Un Gipi, formidable, jovial, même enthousiasme que son acolyte Roberto Benigni, celui de « La vie est belle ».

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Il y a un prix pour Gibrat (le meilleur dessin) et pour Canales et Guarnido, co-auteurs de « Blacksad » (prix de la meilleure série), le public applaudit.

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On pourra toujours reprocher la longueur de ces cérémonies, les discours de délégations étrangères qu’on ne comprend pas ! Les auteurs souvent peu prolixes… Mais c’est quand même un superbe rendez-vous. La centaine de personnes (parmi lesquelles des membres du jury) interdites de salle, faute de place suffisante à l’intérieur, avaient bien des raisons de manifester leur frustration, tant l’évènement reste un must.

Samedi, 10h00 : Au forum, les débats vont bon train. Ici, c’est Loisel, de passage en France, alors qu’il s’est installé au Québec. Toujours généreux, toujours jovial.

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Hôtel Mercure, 12h00 : J’avais réuni quelques journalistes pour un déjeuner, histoire de pouvoir causer tranquille avec quelques auteurs. Ici, c’est Tiburce Oger, dessinateur et scénariste (Le sang du ciel, La chute de l’Ogre, Le chant des Elfes, Les Yeux de Brume,…). Moment très apprécié où l’auteur commente lui-même ses planches grand format. Visite aussi de Loustal, élégant, toujours affable avec les donzelles, et Frédéric Morel, PDG de Flammarion, passionné de peinture et de dessin, qui préside aussi aux destinées de Casterman et de la revue Beaux Arts.

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Samedi, 15h00 et plus : Cette année, à cause des travaux au centre-ville, les stands des éditeurs sont éparpillés, et avec eux les auteurs qui dédicacent : Edmond Baudoin, toujours de bonne humeur, parle des femmes africaines.

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Il y a Baru aussi, séduisant professeur de dessin. Il dédicace à côté de Nicolas de Crécy, sérieux et concentré sur sa plume.

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Studio RTL, 16h30 : Débat animé par Laurent Boyer, avec Jean-Jacques Beineix. L’occasion de rappeler cette anecdote : alors que j’achevais la publication « d’Itinéraires dans l’univers de la bande dessinée » (Flammarion), l’auteur de « 37°2 » m’appelle au bureau, demande un rendez-vous, recherche un conseil. Il me présente un story-board, dit son projet de le transformer en bande dessinée. On discute, on papote, l’homme sait ce qu’il veut, son caractère est légendaire, mais il n’y a pas d’enjeu entre nous. On s’apprivoise. Je le conduis chez Glénat où officie le dessinateur Didier Convard. Voilà comment fut publiée cette BD. Une histoire courte puisque, apparemment, ils se sont disputés depuis et que JJB a changé d’éditeur.

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Samedi soir : Point presse. On commente tous les prix décernés à Angoulême. Les libraires du groupe disent leur satisfaction. Ils font leur choix avant la mise en rayon. Angoulême, c’est une fête, mais c’est aussi une formidable vitrine de la production éditoriale de l’année. L’après-Angoulême, c’est le retour au business, à la promotion des albums primés. Je ne connais aucun auteur qui cracherait sur une telle publicité.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 février 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (BD) , Arts / Culture , Arts graphiques , BD
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25 janvier 2006

Produits culturels et multimédias : c’est l’offre qui fait la demande !

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© Jacques Langevin / Deadline Photo Press

« Leclerc à l’assaut de la Fnac » : tel était l’esprit des articles de presse, cette semaine, suite à l’annonce de l’ouverture de 26 espaces culturels en 2006.

Le challenge Fnac/Leclerc n’est pas mauvais pour stimuler nos équipes respectives. Mais l’image de ce supposé affrontement est, à tous égards, excessive. Et trompeuse, tant le déficit d’offres de produits culturels reste criant, notamment en province, malgré la rénovation des plus belles librairies et les investissements récents des GSS.

1) L’évolution des parts de marché

La Fnac reste, et de loin, leader incontesté du marché (par exemple, elle dépasserait 21 à 22 % des ventes de livres quand notre enseigne ambitionne encore 12 à 13 %).

a) Mais si son offre reste très forte dans le disque et le livre, la Fnac se développe beaucoup plus dans le domaine des produits techniques (brun, gris, TV, etc…). Ce secteur représente 55 % de son offre. Ce qui me fait dire (un brin provoc) que les concurrents de la Fnac sont désormais Darty, Surcouf, Boulanger ou Connexion…

b) D’autre part, la Fnac est implantée dans les grandes villes (Paris, Lyon, Marseille…), dans des quartiers à fort pouvoir d’achat (catégories CFP plus, cadres et cadres supérieurs, universitaires, etc…). A l’opposé, nos espaces culturels sont implantés (pour 90 % des cas) dans des villes de moins de 80 000 habitants.

Nous sommes donc seulement concurrents dans quelques métropoles régionales (comme Nantes).

c) Et il faut encore relativiser l’appréciation de cette concurrence : la Fnac est essentiellement implantée en centre ville, en concurrence, elle, avec d’autres libraires. Alors que notre localisation périurbaine couvre souvent une zone de chalandise déficitaire en offre culturelle, sans autre proposition commerciale. (Je doute d’ailleurs que l’enseigne du groupe Pinault vienne un jour rivaliser avec nous à Clichy-sous-Bois ou dans la zone de Moisselles-Sarcelles !).

d) Les espaces culturels E. Leclerc sont surtout implantés dans des villes moyennes (40 % dans des villes de moins de 15 000 habitants). Sur ce territoire, pas vraiment de concurrence, hormis quelques derniers bons libraires (de plus en plus rares) et quelques grosses « Maison de la Presse ».

2) Les effets positifs de la multiplication de l’offre

Je défends l’idée que l’émergence de nouveaux acteurs culturels, comme nos Espaces Culturels, Place Média (groupe Bertelsmann), Alice Médiastore, Cultura (groupe Auchan) ou des libraires indépendants (Le Grand Cercle à Eragny)…n’obèrera aucunement la survie de l’offre existante.

En matière culturelle, c’est l’offre qui fait la demande. C’est vrai pour le « spectacle vivant » comme pour la diffusion des produits culturels. La multiplication de l’offre (pour autant qu’elle soit diversifiée et différenciée par le prix ou par les gammes) contribue à développer ce marché plus qu’elle ne menace les positions établies.

3) Etude d’impact

Une étude Ipsos réalisée, à notre demande, quelques mois après l’ouverture de nouveaux espaces culturels E. Leclerc dans 5 villes moyennes (Cogolin (83), Ploërmel (56), Saint-Dié (88), Concarneau (29), Pornic (44)…) confirme la thèse. Je vous en livre une synthèse :

a) Précédemment à notre implantation, les habitants devaient se déplacer (une demi-heure à trois quarts d’heure de transport) dans la métropole régionale la plus proche, pour effectuer les achats, principalement dans une GSS ou une grosse librairie (comme Dialogue à Brest ou à Quimper). Ils y achetaient 38 % des BD, 54 % des livres, 69 % des disques !!! Exode commercial, achats erratiques, peu fréquents, rarement spontanés !

b) L’ouverture d’un espace culturel, dans ces localités, limite l’évasion commerciale au-delà de 12 km. Les achats deviennent hebdomadaires. 28 % des clients déclarent qu’ils achètent plus de livres, 26 % plus de DVD et de CD, 11 % plus de BD et jeux vidéo.

c) Du coup, le budget d’achat de produits culturels augmente : 54 % en moyenne ! Il passe de 24,50 € à 37,80 € mensuels.

d) Enfin, ces implantations accroissent l’accessibilité à la culture des catégories à moindre pouvoir d’achat. Ce sont, par exemple, les employés et ouvriers qui profitent le plus de cette implantation. Ils constituent 41 % de la clientèle contre 32 % en moyenne nationale.

Voilà donc qui contredit toute la batterie d’arguments polémiques souvent opposés à l’implantation des GSS ou à la multiplication de l’offre.

Oui, décidément, il y a de la place pour tous. Nous ne sommes finalement pas si nombreux que cela, les distributeurs qui s’intéressent à ce secteur. Beaucoup de villes n’ont toujours pas (ou n’ont plus) de bons libraires ou de GSS. J’en veux pour preuve l’exemple de cette ville emblématique, Blois, dont le flamboyant Jack Lang fut le maire. Des musées, des festivals, des expositions, mais pour acheter des disques ou des livres un peu « pointus », il faut aller jusqu’à Tours. Voilà qui justifie que, prochainement, notre adhérent local postule, sans risque de polémique, la création d’un prochain espace culturel.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts / Culture , Livres
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23 janvier 2006

Festival d’Angoulême : Un scénariste « BD » président en 2006 ?

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Credit photo : Lesage
Vuillemin (déjà Président en 1995) essaie de corrompre MEL pour être "élu" une deuxième fois...

Ca y est, ça marche. Lors de la conférence de presse de lancement du FIBD (ma note du 11/12/2005), j’avais interpellé les organisateurs et les membres du jury pour que soient primés les scénaristes, toujours éternels exclus du Grand Prix d’Angoulême.

Le Grand Prix de la ville d’Angoulême récompense, chaque année, un dessinateur ou un scénariste (quelle que soit sa nationalité) pour l’ensemble de son œuvre et sa contribution au rayonnement de la bande dessinée. C’est une Académie des anciens Grands Prix qui désigne, après débat et vote, le nouvel élu. Sans que son rôle ne soit véritablement défini (ni contraignant), les organisateurs attendent de lui une implication dans la définition des axes thématiques de la manifestation et une contribution à la communication (affiches, conférence de presse, etc…).

Depuis la création du festival (1974), 37 auteurs ont été récompensés (dont Franquin, Eisner, Moebius, Mézières, Tardi, Gotlieb, Juillard, Kraehn, Loisel, etc…).

En coulisse, ces nominations ont toujours donné lieu à suspicion, voire contestation ! Beaucoup d’oubliés dans cette affaire : Cuvelier, Hergé, Jacobs, Tillieux, Martin, Marcherot, Tibet, Roba, pour ne citer que les pionniers incontestés du 9ème art.

A date, un seul scénariste (Lob) primé en 1986. Depuis, pas trace d’un Christin (scénariste pour Bilal, Mézières, Gotzinger), d’un Corbeyran (Le Chant des Stryges), Dufaux (avec Grenson, Mirallès, Delaby, Marini), Jodorowsky, Le Tendre, Van Hamme, Yann, Arleston, Frank, Giroud…

Têtu comme un Breton, j’ai pris ma plus belle plume, écrit aux membres du jury et plaidé la nomination d’un scénariste en 2006:
« A Angoulême, ces dix dernières années, le festival a su bâtir des ponts avec l’industrie du cinéma, de la vidéo, des jeux électroniques ou de la publicité. Il a ouvert des voies pour des carrières mixtes dans lesquelles les dessinateurs ont pu s’engouffrer.
Mais, si la création aujourd’hui est portée par une belle génération de graphistes, ne pensez-vous pas qu’elle manque parfois de contenu. On ne peut parler décemment de crise du scénario. Mais quand je lis les centaines de titres envoyés par les services de presse dans nos Espaces Culturels, je reste souvent confondu par la faiblesse, si ce n’est la médiocrité des scénarios.
Explication ou conséquence, il n’existe aucune passerelle (ou si peu) entre le monde de la bande dessinée et celui des lettres (ou de l’écriture). C’est dommage. C’est cette lacune que je vous imagine pouvoir combler en lançant ce signal ».

Je ne sais pas quelle suite donnera à cette pétition notre Académie angoumoisine, mais l’idée fait son chemin. Depuis mon intervention, ça cause dans les couloirs du festival. Au point que les deux plus grands magazines consacrés à la BD se la sont appropriée. Angoulême fait la Une des gazettes.

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1) Bulldozer, dont le pétulant Frédéric Bosser dirige la publication (et la rédaction !!!), fait appel au témoignage des « oubliés » du Grand Prix. Florilèges :

Un peu de frustration :

- Jacques Martin : « Je ne pense pas que je ramasserai des lauriers parfois tombés très bas ».
- Lambil : « J’ai abandonné le rêve de l’obtenir ».

Quelques vérités bien senties sur la réputation « avant-gardiste » d’Angoulême :

- Tibet : « …je m’aperçois que cette académie a tendance à cracher sur tout ce qui est commercial ».
- Van Hamme : « …logique qu’Angoulême mette en avant l’audace et l’innovation actuelles des auteurs français. Même s’ils sont bien faits, peu d’ouvrages réalisés par les Belges sont explosifs ! Nous restons dans une forme de classicisme ».

Et un solide bras d’honneur :

- Hermann : « L’académie est un ramassis d’auteurs parisiens, de faux-culs… Je m’en fous, je m’en torche… Si aujourd’hui, on finissait par me le donner (le Grand Prix), je le refuserais. Après tout ce que j’ai dit contre ce système, je serais une pute si je l’acceptais ».

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2) Bodoï, avec qui mon enseigne a créé un prix pour promouvoir de jeunes auteurs, insiste sur la discrimination à l’égard des scénaristes. Et regrette l’absence des Morvan, Desberg, Convard, et autres artistes précédemment cités.

Interrogés par la rédaction, les membres du jury expriment finalement leurs contradictions.

- J.C. Mézières : « A mon avis, nous n’inclurons jamais un scénariste parmi nous ».
- A. Juillard : « C’est vrai, la tendance consiste plutôt à privilégier les auteurs complets ».
- R. Loisel : « Je connais certains Grands Prix qui n’ont pas révolutionné le graphisme de la bande dessinée, alors que sans certains grands scénaristes, quelques grandes séries n’auraient jamais vu le jour… Qu’on les apprécie ou non, ils lui ont donné des lettres de noblesse ».
- J.C. Mézières : « Je me console en me disant que d’une certaine manière, avec l’élection de Bilal et de la mienne, Pierre Christin a déjà eu deux moitiés de Grand Prix ! ».
- R. Pétillon : « Le Grand Prix récompense une personne. Il n’est donc pas partageable ».
- F. Schuitten : « Il faut y réfléchir. Dupuis et Berbérian sont indissociables ».
- A. Juillard : « Quand Schuitten a gagné, je ne me souviens pas qu’on ait mentionné le nom de Peeters ! ».
- R. Loisel : « Oui, je suis partisan qu’un scénariste soit élu à nos côtés ».

Je ne sais pas qui sera élu, samedi soir prochain, Président d’Angoulême 2006. Mais je suis sûr d’une chose. On va beaucoup débattre de tout cela sous les bulles où s’agglutineront 120 000 accros de la BD. Et dans la presse, comme sur les forums, ils seront nombreux à dire : « Vive les scénaristes, merci à eux ! ».


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (BD) , Arts / Culture , BD
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16 janvier 2006

Musique, cinéma sur internet : les limites et le prix du téléchargement

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Vendredi soir, Guillaume Durand inaugurait la nouvelle formule de « Campus » (France 2). Il y recevait notamment Alain Bazot (directeur des publications Que Choisir), Jean-Jacques Annaud, cinéaste, et la chanteuse Zazie. Thème du débat : téléchargement, qui doit payer ?

- Alain Bazot défend la licence globale (et non pas la « gratuité », comme on lui en prêtait l’intention). Il plaide pour la libre copie à des fins privées, la répression des seuls pirates professionnels, pour un abonnement forfaitaire (licence globale) et un système de redistribution au prorata des titres (par auteur).

- Jean-Jacques Annaud conteste : « Au tarif proposé, la licence globale, c’est quasi de la gratuité. La production cinématographique est devenue une industrie lourde. Elle se rémunère sur toute une déclinaison de produits commerciaux (recettes en salles, passage sur TV partenaires (TF 1 ou Canal +, co-investisseurs), diffusion des DVD et droits dérivés, etc…). Une industrie qui ne fait pas seulement vivre des auteurs, mais des milliers de salariés. Avec des écarts de coûts considérables selon les films. Pas question donc de forfaitiser. Chaque œuvre a droit à rémunération pour ce qu’elle est ».

- Zazie (qui n’a pas beaucoup pu s’exprimer) dit la même chose.

J’ai trouvé que les arguments d’Alain Bazot contre les plates-formes de téléchargement légal n’étaient vraiment pas crédibles. De toute façon, on n’échappera pas, quel que soit le mode de paiement, à un système de répartition, donc à une forme de contrôle.

1) Les arguments de circonstance…contre le téléchargement légal

Pour beaucoup de Français, les productions culturelles sont chères (versus pouvoir d’achat) : « les majors se sucrent, les auteurs touchent peu par rapport à la marge des producteurs et des diffuseurs, les maisons de disques deviennent des sociétés financières, ne prennent plus de risques (jeunes auteurs), multiplient les compils, profitent du système, etc… ». Bien qu’excessives, toutes ces accusations contiennent une part de vérité et expliquent en partie le marasme du marché des CD.

Pour autant, peut-on (en réaction) plaider la gratuité, ou encore ramener le débat aux seules nécessités de rémunérer l’auteur en faisant fi de l’économie générale du disque ou du cinéma. Et surtout, peut-on tirer argument de l’immaturité d’un marché en pleine gestation pour refuser le téléchargement payant ?

A mon sens, non. Et c’est ce que je reproche à Que Choisir.

A. Bazot dit en quelque sorte : l’offre actuelle est trop pauvre. Elle n’est pas assez diversifiée. Pas question de rémunérer des sociétés de téléchargement (disques et cinéma) dont le catalogue est si médiocre ! ! !

Pour moi, c’est vraiment un mauvais procès.

a) D’abord, parce que cette offre est encore naissante, fragile et qu’évidemment elle va s’étoffer.

b) Malgré ce que dit Que Choisir, le modèle économique sur lequel s’appuient les plates-formes de téléchargement est encore non rentable. A 0,99 € le titre (plus copie privée autorisée), il n’y a pas de perspective d’équilibre. Même la Fnac n’imagine pas retrouver ses petits avant 5 ou 6 ans.

c) Sans être pléthorique, l’offre commence sacrément à s’étoffer… Si l’on se réfère aux dix sites les plus prisés (itunes.fr, fnacmusic.com, virginmega.fr, etc…), plus de 600 000 titres sont déjà en ligne.

d) Enfin, si l’on considère le catalogue mondial potentiellement disponible, on est certes loin du compte. Mais après tout, soyons objectifs. Pour qui habite en province dans une ville de moins de 50 000 habitants, l’offre téléchargeable est déjà cinquante fois supérieure à l’offre des meilleurs disquaires des années 90. L’offre de films y est mille fois supérieure à ce qu’on trouve (avec une durée très limitée) dans les meilleures salles, et dix à quinze fois supérieure aux titres présents dans les vidéoclubs.

Arrêtons donc de faire la fine bouche. Les libertaires du net seraient-ils devenus les premiers aliénés de la société de conso. Ca me fait penser à ces gosses qui, dans nos magasins, poussent les parents à acheter les iPods les plus chers au motif qu’il leur faut « à tout prix » 4 000 titres téléchargeables, sinon rien.

Le marché en ligne va évidemment dupliquer encore tout ça. D’autres sociétés de téléchargement vont voir le jour. Les catalogues vont s’étoffer. Encore faut-il que les opérateurs trouvent un intérêt à investir. Ce ne sera certainement pas le cas si le marché n’est pas rentable.

2) La rémunération au prorata des ventes ou des audiences

a) Une fois acquis le principe du téléchargement payant (c’est pas gagné), la question du mode de paiement importe finalement assez peu. Facturation à chaque téléchargement ou paiement forfaitaire…l’important, c’est que la rémunération couvre les frais. Qu’on se le dise, sur le long terme, personne ne vendra à perte !

Les internautes doivent cependant être cohérents. Si l’on veut des catalogues diversifiés, il faudra bien que le prix du téléchargement (forfaitaire ou pas) intègre la possibilité de mettre en ligne des productions artistiques à coût marginal élevé ou (autre manière de le dire) avec des potentiels d’audience moins grands (œuvres d’avant-garde, plus élitistes, moins grand public, de recherche, etc…). Comment atteindre cet objectif sur la base d’un forfait moyen identique. Quel intérêt à enrichir un catalogue, à prendre des risques sur des titres à faible rotation, si tout le monde reçoit la même base forfaitaire ?

Comme Denis Olivennes, PDG de la Fnac, je ne crois pas à la compatibilité du système de la licence globale (du forfait) avec la défense de la diversité culturelle… A débattre !

b) Jean-Jacques Annaud, Zazie et tous les artistes espèrent bien vivre de leurs créations. C’est normal et souhaitable. Quel que soit le mode de paiement, il faudra bien réallouer ces sommes en tenant compte des écoutes accordées à chaque auteur.

Dès lors, on n’échappera pas au problème de « relevé de compteurs ». Techniquement, comme je le disais dans ma note du 6 janvier, ça ne pose pas de problème technique majeur. Les plates-formes de téléchargement légales s’y sont engagées. Les sociétés éditant les logiciels et régissant les échanges peer to peer…n’ont aucun argument juridique, ni technique, pour se soustraire à cette obligation.
Encore faut-il que les internautes, rebelles à cette idée qu’ils assimilent à un contrôle, acceptent ce qu’ils croient être une atteinte à la liberté. La préservation de toute liberté de création…vaut bien cette exigence comptable (que, paradoxalement, on a bien fini par accepter pour tous les paiements CB, y compris sur internet ! ! !).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts / Culture , Musique , Nouvelles technologies
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6 janvier 2006

Musique en ligne : les artistes redécouvrent les vertus du commerce

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Hier, Jacques Chirac est revenu sur le projet de loi gouvernemental concernant le téléchargement de la musique en ligne. On se rappelle le tollé : alors que le Ministre de la Culture soutenait un texte réprimant le piratage, des députés socialistes (et de la majorité !) faisaient passer un amendement qui défendait l’instauration d’une redevance forfaitaire (la licence globale) pour rémunérer les auteurs de titres librement échangés sur le web.

J’aurai l’occasion de reparler ici des solutions techniques et des conséquences économiques du développement commercial d’internet. C’est un sujet passionnant. Il pose des problèmes très complexes concernant le respect des droits de la propriété industrielle, mais aussi la responsabilité des hébergeurs et des serveurs. Vu que tous ces problèmes doivent être traités en même temps à l’échelle mondiale, le chantier est énorme…

Pour l’heure, je voudrais juste insister sur deux erreurs qu’ont commises les milieux culturels en cédant à la revendication libertaire (et utopique) de la gratuité. Et surtout en opposant systématiquement le monde de la culture et le monde du commerce (non sans mépris pour ce dernier).

1) Le mythe de la gratuité

En février 2005 (ma note du 11/02/05), des journalistes du Nouvel Observateur avaient demandé d’accoler mon nom à celui d’artistes et de personnalités qui refusaient la répression des internautes abonnés au « peer to peer ». Je n’avais pas donné suite car cette pétition me semblait complètement contradictoire avec le respect des droits d’auteur et la garantie d’un système de rémunération pour les artistes.

a) Non, personne ne peut « raser gratis ». Toute production génère des coûts ! Tout producteur, réalisateur ou créateur doit pouvoir vivre de ses œuvres ! Quel mécanisme garantira leur pitance si personne ne paie ? Qui, si ce n’est l’Etat (par un régime de subventions et de répartition) ou les opérateurs commerciaux privés (qui se refinanceront par exemple par la publicité !). Allez ! Soviétisation ou hypermercantilisme, c’est Charybde et Scylla !

b) Le problème d’ailleurs ne se pose pas que pour la musique en ligne. Exemple : si chacun se met à copier librement et échanger les articles du Nouvel Observateur, il n’y aura plus de vente dans les kiosques, plus d’argent qui rentrera chez Perdriel, plus de journaliste pour soutenir les pétitions sur la gratuité…CQFD ?

La solution, c’est le téléchargement payant (mais pas cher, bien sûr !).

Normal qu’on puisse réaliser des copies destinées à un usage personnel. Mais dès que l’on sort de ce cadre et qu’on participe à un système d’échange portant sur des milliers de titres (livres, CD, DVD, etc…), l’internaute fait, d’une manière ou d’une autre, « œuvre de commerce ». Il est normal qu’il verse son obole.

2) La diffusion de la culture passe (aussi) par le commerce

C’est une originalité très française. Le débat instaurant le prix unique du livre dans les années 80 avait révélé cette coquetterie idéologique. Le monde artistique a toujours été indifférent, voire méprisant, à l’égard de la fonction commerciale. « Moi, je fais de l’art, je ne vends pas des petits pois… ».

Le produit culturel n’est certes pas un produit comme les autres (pas plus qu’un médicament d’ailleurs), mais il s’échange sur un marché. Avec un prix. Et il fait vivre toute une multitude d’agents commerciaux (éditeurs, diffuseurs, galeristes, imprimeurs, etc…). C’est d’ailleurs le dynamisme de ces commerçants (au sens large) qui entretient la permanence du contact entre l’artiste et son public.

La césure était apparue lors de l’explosion des radios musicales, dans les années 80. Les possibilités d’enregistrements privés et les risques liés au piratage avaient justifié le rôle de la SACEM, organisme auprès duquel tous les diffuseurs musicaux reversent une taxe correspondant au taux d’écoute. C’est ce que nous faisons, par exemple, dans les magasins qui diffusent de la musique (la SACEM reçoit les déclarations ou relève les compteurs).

La dématérialisation des supports de vente ne fait qu’amplifier le problème, mais sans en changer la nature. Le commerce de la culture sur le web nécessite que les diffuseurs soient astreints aux mêmes règles que les médias traditionnels (radios, TV), ou autres commerçants (disquaires, libraires, …) et soient tenus pour responsables du piratage, des contrefaçons et des téléchargements illégaux qui passent par leur entremise.

Il n’existe aucun obstacle pour que chacun de ces opérateurs tienne une comptabilité des titres diffusés et reverse directement à son « fournisseur » les rémunérations contractuellement définies. Difficultés techniques ? Certainement pas plus que pour la mise en place des échanges interbancaires lorsqu’un touriste paie par CB au bout du monde ! ! !

D’aucuns objectent et affirment : le téléchargement « peer to peer » n’est pas concerné puisqu’il s’agit d’un échange dans la sphère privée. Erreur et confusion : quand les internautes téléchargent, ils utilisent des logiciels, propriété de sociétés privées qui n’ont aucune raison d’échapper à leur responsabilité (eMule, BitTorrent, KaZaa, Bearshare, etc…).

Quant à l’échange lui-même, il est de nature marchande (mais oui !). Même s’il ne met pas en jeu une monnaie sonnante et trébuchante, l’internaute s’oblige, en retour (c’est là qu’est l’acte commercial), à pouvoir lui-même être téléchargé. Comme le dit Karl Marx dans les dix premières pages du Capital, le troc, c’est du business, même si c’est la forme la plus primitive du commerce.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (Eco) , Arts / Culture , Musique , Nouvelles technologies
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16 décembre 2005

Olivier Ledroit : la bande dessinée devient opéra

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Il est des œuvres terrifiantes et noires dont les artistes portent sur les épaules le poids de leurs tourments. Mais rares sont ceux qui, dans la bande dessinée, savent tromper leur monde et dissocier le contenu dramatique de leur œuvre d’un comportement social des plus classiques. Par leur charisme et leur magnétisme, un Druillet, un Bilal laissent finalement deviner, derrière des regards et des comportements, la présence latente d’un tréfonds obsessionnel dont les effluves sporadiques et violentes rejaillissent dans l’œuvre même. Mais on peut passer deux heures avec Jean Giraud, alias Moebius, sans vraiment pouvoir attribuer à des traits spécifiques de sa personnalité l’explication d’un aspect particulier de son dessin.

Olivier Ledroit est de ceux-là.

En début d’année, il présentait à Paris un collector (édité par Daniel Maghen). Avec légèreté et amusement, il introduisait ses lecteurs dans le monde enchanteur des elfes et autres personnages aériens de l’heroic fantasy. Son dessin est alors tout en élégance, stylisé, telles des illustrations anglaises ou nordiques de contes pour enfants. De la poésie, jusque dans la caricature des monstres les plus hideux pour les rendre finalement communs, attachants et acceptables.

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Et puis, surprise : le néophyte découvre, dans les bacs, un album du même auteur, « Xoco », un polar noir, co-scénarisé avec Thomas Mosdi. L’action se déroule à New York, « la ville des extrêmes et des délires ». Il y fait noir, marron, bleu profond ou vert sombre. O.L. revendique alors l’héritage expressionniste, cite les cinéastes Murnau et Mankiewicz pour expliquer pourquoi il s’appesantit sur les ombres. J’aime d’ailleurs assez sa formule : « Je recherche les atmosphères claires-obscures ; ça me permet de travailler la lumière ! ! ! ».

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Il est difficile de cerner la personnalité de ce garçon de 34 ans, hypersensible, timide aux ongles rongés, amoureux de ses bonsaïs…quand on se plonge dans l’exubérance des « Chroniques de la Lune Noire ». Et plus encore, dans « Requiem », son œuvre la plus aboutie.

Les « Chroniques de la Lune Noire » sont dessinées dans le filon de l’heroic fantasy. Avec Froideval, O.L. a surfé sur les influences graphiques de Frank Frazetta et Berni Wrightson, deux illustrateurs US dont il revendique l’influence. La violence est omniprésente, mais ponctuée de clins d’œil et « d’humour au second degré ».

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Les difficultés de collaboration ont amené O.L. à se jeter avec Pat Mills dans « Requiem » qui prolonge, avec maestria et un foisonnement délirant, cette aventure personnelle dans un univers plus franchement gothique encore.

Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à « lire » « Requiem », même si, au gré des livraisons (on en est au 6ème tome), la mise en page s’est aérée et clarifiée. Là n’est peut-être pas son point fort. Comme l’explique O.L. lui-même, c’est de toute façon une « histoire à tiroirs »…

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Le scénario me fait penser à un livret d’opéra. L’histoire est quasi impossible à résumer (je tente) : un soldat allemand, Heinrich, meurt sur le front russe. Il est projeté sur Résurrection, un monde chaotique et violent. Il y suit les enseignements du vampire Cryptus et devient « Requiem » à la recherche du seul être aimé de lui, Rébecca… Pour cette superproduction en technicolor et dessins double-page, O.L. propose un casting d’enfer avec, en guest-star, Dracula, Robespierre, Attila, et puis des dragons, des centaures et même des avions triplans…

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Ne vous laissez pas impressionner. Ou plutôt, si… Mais par la puissance du dessin, la capacité narrative de chaque case et la force émotionnelle de certaines séquences. Vous êtes à Garnier ou à la Bastille, vous ai-je dit, c’est le chant qui vous emporte, le cri déchire votre confort, la raison n’a plus cours…

A l’instar de son confrère écossais, Adrian Smith (chef de file de l’équipe de Warhammer), O.L. a trouvé sur ce territoire la maîtrise d’une palette plus large où le « rouge pétant », sur fond noir ou bleu très dense, fait brûler d’un feu agressif les inscriptions les plus ésotériques ! Les scènes de bataille deviennent grandioses, comme une séquence des films d’Eisenstein quand il paraphrase l’affrontement des chevaliers teutoniques avec les forces du mal absolu. Un délire total, mais génial (que, malheureusement, on ne peut reproduire ici. Et même, il faudrait pouvoir les regarder sur les planches originales, grand format, plus que dans les albums, si réducteurs). A côté, les tableaux de Carpaccio ou de Mantegna restent des figures stylistiques (bon…j’exagère un peu).

Oui vraiment, la question se pose avec E. Beiramar (www.fantasy.fr) : dans quel recoin de son cerveau, O.L. va-t-il puiser toute cette dramaturgie.

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Près de Lorient, à une portée de voix d’un Sorel dont l’univers, fantastique lui aussi, me semble plus serein (et plus marin), O.L. et son épouse sont des terriens ordinaires. Dans le village, on regarde d’un œil torve l’auteur de ces exubérances graphiques. Ce n’est pas l’atmosphère des Sorcières de Salem, mais ça jacasse et ça tracasse…

Lui, pourtant, en gentilhomme, ne cesse d’offrir des clés de lecture : « Le quotidien ne m’influence pas trop…pas plus…je ne cherche à puiser dans le côté sombre de la vie ». Non, son œuvre est pure jubilation. Sur le modèle de l’auteur de La Ligue des Gentlemen, il cherche avec Pat Mills « des trucs qui le font marrer ». Celui qui se dit « anar positiviste », revendique tout simplement de faire « ce qu’il veut ».

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« J’ai une tribune, je suis libre de m’exprimer ». Si, comme d’autres auteurs, il reconnaît le besoin d’une sorte de thérapie (« le dessin permet de libérer toutes les images de violence que j’ai en moi »), il y a chez lui un côté manipulateur qui le force, tel un grand gosse, à miner, puis désamorcer « le côté noir » de ses histoires. Comment pourrait-il faire autrement, lui qui s’assume père de famille et franchement « popote » dans sa jolie maison morbihannaise. Il affirme dessiner « Requiem » en jouant les baby-sitters et en gardant un œil rivé sur le dernier épisode de « Oui-Oui » ou des « Barbe à Papa »…

Ni ange, ni démon. Mi-ange, mi-démon (mais pour le fun)…Olivier Ledroit n’a rien d’un poète maudit.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 décembre 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (BD) , Arts / Culture , Arts graphiques , Portraits / Rencontres (BD)
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27 novembre 2005

Will Eisner contre la théorie du complot

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Will Eisner sur le forum E. Leclerc, Angoulême 1993 - Crédit photo : J. Bibard

Dans la bande dessinée, il n’y a pas que des histoires de petits Mickey. Il existe aussi de géniaux artistes pour transformer les arts de la bulle en un implacable réquisitoire contre ce que la bêtise humaine a su produire de plus dangereux : la rumeur !

Les éditions Grasset viennent de publier la traduction française du dernier ouvrage de Will Eisner : « Le complot » (préfacé par Umberto Ecco). Un livre testament à mettre dans toutes les mains ! L’histoire et le décryptage d’une des plus grandes manipulations du siècle précédent, dont les Juifs furent les victimes exclusives.

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Ce n’est certainement pas un hasard dans la stratégie de l’éditeur. En 1921, Grasset avait, après et comme tant d’autres, publié un infâme brûlot « Les Protocoles des Sages de Sion ». Le temps est passé, a produit ses ravages, mais le subterfuge fut dénoncé. Grasset, non sans élégance, se rachète en publiant la démonstration du complot à laquelle s’est attelé Will Eisner, juste avant de tirer sa révérence et de rejoindre « The Spirit » dans l’immortalité.

Pour beaucoup d’adolescents américains, Will Eisner est d’abord l’un des grands maîtres du comics. Il a créé « The Spirit » qu’il a dessiné de 1940 à 1953. Son héros (Denny Colt) est un détective, un criminologue qui s’est mis en tête de faire respecter la loi. Pas de transformation en Spiderman ou autre Batman. Avec « un petit loup de velours » sur les yeux, il arpente Central City à New York, enquête aux côtés du commissaire Dolan, un pote franchement soupe au lait. Mais dont la belle Hellen, sa fille, justifie qu’on prenne patience aux côtés du grincheux. Du polar, donc, sans la violence de F. Miller, mais avec ses malfrats, la misère des quartiers de briques, et son théâtre d’ombres.

« The Spirit » a valu à Will Eisner une renommée internationale. Mobilisé pendant la guerre, Will a su déléguer, travailler en studio et confier l’écriture et le dessin à quelques autres dessinateurs amis. Et le succès aidant, c’est toute une nouvelle génération qui, jusqu’aux années 1998-1999, revendiquait l’influence du Spirit, lui-même dans la lignée des dessins de Milton Caniff, d’Alex Raymond ou de George Herriman.

Mais cet homme affable, doux, attentif (nous l’avons beaucoup apprécié lors de ses courts passages au Festival de la BD d’Angoulême) ne s’est jamais laissé enfermer dans un genre littéraire. Quand d’autres recopiaient les maîtres, lui innovait avec le théâtre, mais surtout le « roman graphique ». Voilà qui nous valut « Un pacte avec Dieu », « Fagin le Juif » (un focus sur l’un des personnages secondaires d’Oliver Twist de Dickens).

Mais comme Art Spiegelman dont l’interrogation sur les camps de concentration nous valut « Maus », ce sommet du 9ème art, Will Eisner n’a jamais oublié son enfance dans une famille d’immigrés juifs aux Etats-Unis. Les tensions raciales après la crise de 1929, le communautarisme juif à New York, la Shoah, l’exploitation de l’antisémitisme dans le monde islamique ou, plus près de lui, par les fachos du Ku Klux Klan…l’ont conduit à mener l’enquête sur cette formidable manipulation que constitue l’histoire des Protocoles.

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Pour ceux que les détails intéressent, l’éditeur Berg International a publié deux études de Pierre-André Taguieff sur le sujet. C’est sous Napoléon III que l’histoire diabolique commence. Pour expliquer la défaite et la débâcle, on ne se contente pas de dénoncer le traditionnel bouc émissaire juif. (A l’époque, les Juifs sont intégrés, ils sont français, allemands, de religion juive, ils sont banquiers, ingénieurs, artistes ou médecins). Oui, justement, « ils sont partout » (et non plus dans les ghettos ou les quartiers dont l’exclusion remontait au Moyen-Age)… De là à donner à penser qu’il s’agit d’une stratégie délibérée pour pénétrer tous les mouvements d’idées comme les différents échelons de la vie politique, voilà qui va alimenter la thèse du complot.

Dreyfus innocenté, l’antisémitisme redouble (à droite et à gauche ! ! !). C’est la révolution russe de 1917 qui réactualise la thèse. La monarchie russe déchue voit « la juiverie internationale » derrière les mouvements d’insurrection. Même référence utilisée par les idéologues du 3ème Reich qui pointent dans le Traité de Versailles et le coût des réparations « un coup de poignard dans le dos »…

Will Eisner raconte l’origine de la thèse, sa réécriture, les ambiguïtés savamment entretenues qui permettent à la rumeur de renaître de ses cendres lors de chaque crise sociale.

Superbe travail. Moins d’émotion que chez Spiegelman. L’auteur a surtout misé sur la pédagogie. Quand on sait que les Protocoles des Sages de Sion continuent de circuler sur internet, il faut une bonne dose d’optimisme et de confiance dans l’espèce humaine pour aborder « la Chose » avec humour et ironie plutôt qu’en y mettant le feu. C’est ça…Will Eisner.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts graphiques , BD , Portraits / Rencontres (BD)
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