11 juillet 2007

L’offre culturelle en France profonde : réponse à Olivier Séguret (Libération)

> Voir le film publicitaire Espaces Culturels E.Leclerc

Je réponds à Page et à quelques autres blogueurs qui m’ont interpellé par email. Je poste ci-dessous la lettre publiée ce matin dans Libération et qui fait suite aux diatribes d’Olivier Séguret (Libération, cahier Cinéma, 4/07/07).

Dans l’édition du 4 juillet dernier, les lecteurs de « Libé » dont je suis, ont pu découvrir comment on peut apaiser sa névrose en abusant du privilège d’appartenir à la rédaction d’un quotidien emblématique de la liberté d’expression.

Voilà deux ans, nous avons réalisé un film publicitaire pour promouvoir nos 120 Espaces Culturels. Le film, largement diffusé au cinéma est, depuis le début de cette année, présent à la télévision.

Deux ans après sa sortie, nous découvrons, dans les pages cinéma de Libé , une « critique » bien confuse qui affirme que ce film véhicule « l’idéologie ignoble » de E. Leclerc qui « fait de la culture l’ultime et la pire plateforme d’un affrontement social désespérant ». Du pur délire !

Je conçois que Mr Séguret n’ait pas aimé notre spot. Mais son prurit, franchement excessif, témoigne du fossé qui sépare encore une vision parisienne de la culture de la réalité que nous vivons en province.

Quand j’ai engagé mon enseigne dans la distribution des produits culturels, je suis parti d’un constat : la demande culturelle est toute aussi forte dans les petites villes que dans les grandes zones urbaines. Mais l’offre y est poussive. Les galeries et les libraires ont du mal à fidéliser. Le Spectacle Vivant (théâtre, concerts) y est le parent pauvre d’une politique culturelle souvent limitée aux festivals d’été.

Alors, tant du point de vue du mécénat que de l’ouverture d’espaces culturels, j’ai choisi de faire investir mon enseigne là où Pinault (la Fnac) n’investira pas, là où Lagardère (Virgin) ne trouvera pas de rentabilité suffisante. J’ai choisi de distribuer Rimbaud, Duras, Bilal et autre Onfray à Pontchateau, Villemur-sur-Tarn, L’Aigle, Cogolin ou Sélestat.

C’est un choix commercial, en adéquation avec l’implantation de nos hypermarchés. Une stratégie efficace puisque nous y sommes devenus un acteur culturel majeur (deuxième libraire de France). Mais c’est aussi un choix politique. Plutôt que de sponsoriser les grandes manifestations nationales déjà établies, je soutiens le Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême, Etonnants Voyageurs à Saint-Malo, Les Folles Journées de Nantes, Alors Chante à Montauban, etc., soit plus d’une soixantaine d’initiatives locales dont l’investissement, malgré tout, fait de notre enseigne le cinquième ou sixième mécène culturel français.

Assez de faux procès. Loin de mépriser ce public provincial auquel je destine notre offre culturelle, c’est le quartier Saint-Germain que j’interpelle dans ce film publicitaire, et encore plus le monde des médias qui, de Boulogne à Neuilly, traite cette France-là comme une réserve d’Indiens, nourris d’images du « Loft », de Koh-Lanta et des talk-shows du samedi soir.

Tant pis pour ceux que dérange l’investissement d’un ancien épicier dans le secteur des produits culturels. La culture est partout à sa place. Je persiste et signe.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 juillet 2007 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts / Culture , Livres , Musique
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7 novembre 2006

FNAC : Danse du scalp autour de « l’agitateur culturel » !

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Je réponds à la question de Luc du 5/10/06 qui m'interpellait à la suite d'un article paru dans le Nouvel Observateur "La Fnac, un Darty comme les autres...".

« Modèle essoufflé », « FNAC en crise », « rentabilité insuffisante »… : fichtre, il aura fallu que Les Echos parlent de rumeur de cession pour que toute la presse bruisse de diagnostics aussi inquiétants… L’affaire mérite qu’on décrypte un peu.

La FNAC à vendre ?

a) Je ne sais pas si la FNAC est réellement « à vendre ». Denis Olivennes dément. Sur ce point, je me contenterais de rappeler que quelles que soient les dénégations des uns et les intuitions des autres, ce genre de décision reste l’apanage de l’actionnaire… Ses raisons de vendre peuvent n’avoir rien à faire avec une quelconque rationalité commerciale.

b) Mais si l’on s’en tient à ce seul point de vue, laissez-moi dire qu’il n’y a aucune sorte d’urgence. L’enseigne, contrairement à ce qui s’écrit ici ou là, n’est pas véritablement menacée. Pas plus par nous, les GMS, que par les nouveaux « joueurs » sur le Net.

Foi de concurrent, il s’est dit vraiment n’importe quoi ces derniers temps sur la FNAC.

Une rumeur récurrente !

Je ne vais pas plaider pour mon concurrent. Ce serait un trop joli cadeau. Mais Denis Olivennes n’a pas tort. Depuis le départ d’André Essel, son co-fondateur, la rengaine est tenace : elle se nourrit de plusieurs facteurs : nostalgie du militantisme perdu, postures syndicales d’autant moins compréhensibles que sur le plan social, la FNAC est une des entreprises les mieux gérées du secteur !

Le doute sur l’avenir de l’Agitateur Culturel est largement entretenu aussi par quelques idéologues de la Librairie Indépendante (« la seule, la vraie »). Ce sont eux qui, depuis 3 ou 4 ans, véhiculent l’insulte suprême : « La FNAC est devenue une grande surface comme les autres ».

Pourquoi ne pas le dire enfin. Les éditeurs tiennent des discours bien ambigus : reconnaissants pour les débouchés et l’effet vitrine, mais toujours acerbes sur le « service achat » de la FNAC.

Bon, ne soyons pas dupes. Cette fébrilité pour décrire « la maladie des bien portants » traduit une posture bien française et témoigne tout simplement d’une forte empathie à l’égard des enseignes :

Faillite ou nécessaire adaptation du modèle FNAC ?

Nouvel Obs, Challenges, L’Expansion, Les Echos… tous les chroniqueurs y sont allés de leur diagnostic. On trouve tout au comptoir des médias. Du vrai et du faux, du possible et du certain. Quel joli bêtisier. Essayons d’y voir clair.

1. La FNAC est-elle menacée par l’expansion rapide des Espaces Culturels E. Leclerc et autres Cultura ?

Non, franchement non, même si elle commence à sentir la chaleur de notre haleine dans son sillage. Nos Espaces Culturels lui courent après, nous la rattraperons, mais pour le moment, il n’y a pas de contestation possible. Elle reste leader sur tous les produits éditoriaux (livres, disques, DVD).

La raison ? Un savoir-faire indéniable (là-dessus, Cultura ou nous, avons aussi quelques prétentions !). Mais surtout des emplacements inégalés ! La FNAC est implantée au cœur des zones urbaines les plus denses et au pouvoir d’achat le plus élevé. (A force de se référer au trotskisme des fondateurs, André Essel et Max Théret, on oublie que FNAC signifiait à l’origine « Fédération Nationale d’Achat des Cadres »… et donc pas des « péquenauds » ! Comme quoi, on peut être gauchiste et avoir la bosse du commerce !).

L’implantation en banlieue des Cultura et en province des « Espaces Culturels » limite de plus en plus l’expansion de la FNAC hors de ses bastions. Mais son fonds de commerce principal, qu’on a dit plus d’une fois menacé par Virgin (?), reste une valeur sûre.

2. La FNAC serait concurrencée par les nouvelles enseignes du Net ?

Oui, assurément. Et Denis Olivennes lui-même reconnaît que sa boîte a patiné au début des années 2000.

Mais quels que soient les succès de pixmania.com, rueducommerce.fr, cdiscount.com…fnac.com fait la course en tête. Et question rentabilité, capacité d’adaptation, je ferais plutôt confiance aux équipes de PPR plus qu’à aucune autre. Par rapport aux « challengers venus d’ailleurs », la FNAC peut, elle, et elle seule, prétendre jouer sur les deux claviers, son réseau de magasins et le Net. Comme nous d’ailleurs, GMS…


3. La FNAC serait en retard sur l’offre des produits techniques ?

Eh bien, peut-être. Mais voilà justement un potentiel encore inexploité ! (Entre nous, le raisonnement vaut encore plus pour nous, les GMS !!!). Alors que sur les livres, la FNAC (selon les panélistes) pèse 16 à 17 % de part de marché, elle ne vend que 7 % des téléviseurs, n’occupe que 1.5 % de PDM dans le secteur des mobiles ! Voilà qui justifie la réimplantation des rayons et le coup de booster sur ces nouveaux médias !

4. Les salariés et les actionnaires doivent-ils se plaindre d’une révision stratégique ?

A mon sens, non. D’accord avec Denis Olivennes : « les produits numériques ont (…) des croissances impressionnantes (…) et leur rentabilité est beaucoup plus forte que celle des produits culturels » (Le Figaro du 27/10/06).

5. La culture ne serait plus l’objectif premier de la FNAC ?

Si l’on parle de produits éditoriaux, à coup sûr, voilà un infléchissement des objectifs. Avec 28 % de PDM sur un marché du disque en régression, 17 % de celui du livre (soit plus qu’aucun autre établissement en Europe au regard des mètres carrés consacrés !!!), la FNAC cherche à étendre son offre vers le multimédia. Mais les critiques doivent être cohérentes. Elles ne peuvent à la fois mentionner le retard de l’Agitateur sur l’offre numérique et s’inquiéter de sa volonté d’y investir.

D’un point de vue global, cette stratégie ne crée pas de vide. Nous avons, quant à nous, « repris les missions culturelles » dont la FNAC avait de fait une certaine exclusivité, en les développant dans les villes petites et moyennes. Dans les grandes agglomérations (hors Paris), nous sommes désormais concurrents, mais, partout ailleurs, nous sommes surtout complémentaires. Nos Espaces Culturels profitent de l’attractivité de nos hypers pour investir à des taux de rentabilité qui n’intéressent probablement plus PPR. (L’ouverture de la FNAC Le Lac, en périphérie de Bordeaux, ne me paraît pas devoir être interprétée comme un nouveau concept susceptible d’être décliné partout en province.

La FNAC va vers un affrontement croissant avec les enseignes de produits techniques, de Darty aux spécialistes sur le Net. Avait-elle d’autres choix ?

La FNAC resserrerait les boulons ?

Dans les polémiques récentes (cf. Capital nov.06), il y a beaucoup de mauvaise foi.

 Peut-on faire procès à Denis Olivennes de chercher à réduire les coûts, en transférant un siège onéreux vers un site plus adapté ? Le contraire, à l’heure du numérique, eût été une erreur stratégique.

 Peut-on faire procès à cette équipe d’annoncer la suppression de postes (disquaires, développeurs et vendeurs de rayon photo) alors que ces métiers vont disparaître ? Mais c’est stupide ! Il faut au contraire vite anticiper !

Décidément : la manière dont sont relatés les problèmes de la FNAC témoigne du gap culturel qui sépare encore les analystes des formidables mutations du marché.

Il y a 6 ou 7 ans, toute la presse éco bruissait de cette interrogation : le hard-discount menace-t-il le modèle hypermarché ? Ce dernier s’est adapté. Face à l’impact de la révolution numérique, la FNAC, comme d’ailleurs aussi les hypers, doivent aujourd’hui resculpter leur offre et se former à de nouveaux métiers. Peut-on reprocher à un bien portant de vouloir conserver la santé !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 novembre 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Arts / Culture , Distribution , Economie , Livres , Musique
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16 janvier 2006

Musique, cinéma sur internet : les limites et le prix du téléchargement

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Vendredi soir, Guillaume Durand inaugurait la nouvelle formule de « Campus » (France 2). Il y recevait notamment Alain Bazot (directeur des publications Que Choisir), Jean-Jacques Annaud, cinéaste, et la chanteuse Zazie. Thème du débat : téléchargement, qui doit payer ?

- Alain Bazot défend la licence globale (et non pas la « gratuité », comme on lui en prêtait l’intention). Il plaide pour la libre copie à des fins privées, la répression des seuls pirates professionnels, pour un abonnement forfaitaire (licence globale) et un système de redistribution au prorata des titres (par auteur).

- Jean-Jacques Annaud conteste : « Au tarif proposé, la licence globale, c’est quasi de la gratuité. La production cinématographique est devenue une industrie lourde. Elle se rémunère sur toute une déclinaison de produits commerciaux (recettes en salles, passage sur TV partenaires (TF 1 ou Canal +, co-investisseurs), diffusion des DVD et droits dérivés, etc…). Une industrie qui ne fait pas seulement vivre des auteurs, mais des milliers de salariés. Avec des écarts de coûts considérables selon les films. Pas question donc de forfaitiser. Chaque œuvre a droit à rémunération pour ce qu’elle est ».

- Zazie (qui n’a pas beaucoup pu s’exprimer) dit la même chose.

J’ai trouvé que les arguments d’Alain Bazot contre les plates-formes de téléchargement légal n’étaient vraiment pas crédibles. De toute façon, on n’échappera pas, quel que soit le mode de paiement, à un système de répartition, donc à une forme de contrôle.

1) Les arguments de circonstance…contre le téléchargement légal

Pour beaucoup de Français, les productions culturelles sont chères (versus pouvoir d’achat) : « les majors se sucrent, les auteurs touchent peu par rapport à la marge des producteurs et des diffuseurs, les maisons de disques deviennent des sociétés financières, ne prennent plus de risques (jeunes auteurs), multiplient les compils, profitent du système, etc… ». Bien qu’excessives, toutes ces accusations contiennent une part de vérité et expliquent en partie le marasme du marché des CD.

Pour autant, peut-on (en réaction) plaider la gratuité, ou encore ramener le débat aux seules nécessités de rémunérer l’auteur en faisant fi de l’économie générale du disque ou du cinéma. Et surtout, peut-on tirer argument de l’immaturité d’un marché en pleine gestation pour refuser le téléchargement payant ?

A mon sens, non. Et c’est ce que je reproche à Que Choisir.

A. Bazot dit en quelque sorte : l’offre actuelle est trop pauvre. Elle n’est pas assez diversifiée. Pas question de rémunérer des sociétés de téléchargement (disques et cinéma) dont le catalogue est si médiocre ! ! !

Pour moi, c’est vraiment un mauvais procès.

a) D’abord, parce que cette offre est encore naissante, fragile et qu’évidemment elle va s’étoffer.

b) Malgré ce que dit Que Choisir, le modèle économique sur lequel s’appuient les plates-formes de téléchargement est encore non rentable. A 0,99 € le titre (plus copie privée autorisée), il n’y a pas de perspective d’équilibre. Même la Fnac n’imagine pas retrouver ses petits avant 5 ou 6 ans.

c) Sans être pléthorique, l’offre commence sacrément à s’étoffer… Si l’on se réfère aux dix sites les plus prisés (itunes.fr, fnacmusic.com, virginmega.fr, etc…), plus de 600 000 titres sont déjà en ligne.

d) Enfin, si l’on considère le catalogue mondial potentiellement disponible, on est certes loin du compte. Mais après tout, soyons objectifs. Pour qui habite en province dans une ville de moins de 50 000 habitants, l’offre téléchargeable est déjà cinquante fois supérieure à l’offre des meilleurs disquaires des années 90. L’offre de films y est mille fois supérieure à ce qu’on trouve (avec une durée très limitée) dans les meilleures salles, et dix à quinze fois supérieure aux titres présents dans les vidéoclubs.

Arrêtons donc de faire la fine bouche. Les libertaires du net seraient-ils devenus les premiers aliénés de la société de conso. Ca me fait penser à ces gosses qui, dans nos magasins, poussent les parents à acheter les iPods les plus chers au motif qu’il leur faut « à tout prix » 4 000 titres téléchargeables, sinon rien.

Le marché en ligne va évidemment dupliquer encore tout ça. D’autres sociétés de téléchargement vont voir le jour. Les catalogues vont s’étoffer. Encore faut-il que les opérateurs trouvent un intérêt à investir. Ce ne sera certainement pas le cas si le marché n’est pas rentable.

2) La rémunération au prorata des ventes ou des audiences

a) Une fois acquis le principe du téléchargement payant (c’est pas gagné), la question du mode de paiement importe finalement assez peu. Facturation à chaque téléchargement ou paiement forfaitaire…l’important, c’est que la rémunération couvre les frais. Qu’on se le dise, sur le long terme, personne ne vendra à perte !

Les internautes doivent cependant être cohérents. Si l’on veut des catalogues diversifiés, il faudra bien que le prix du téléchargement (forfaitaire ou pas) intègre la possibilité de mettre en ligne des productions artistiques à coût marginal élevé ou (autre manière de le dire) avec des potentiels d’audience moins grands (œuvres d’avant-garde, plus élitistes, moins grand public, de recherche, etc…). Comment atteindre cet objectif sur la base d’un forfait moyen identique. Quel intérêt à enrichir un catalogue, à prendre des risques sur des titres à faible rotation, si tout le monde reçoit la même base forfaitaire ?

Comme Denis Olivennes, PDG de la Fnac, je ne crois pas à la compatibilité du système de la licence globale (du forfait) avec la défense de la diversité culturelle… A débattre !

b) Jean-Jacques Annaud, Zazie et tous les artistes espèrent bien vivre de leurs créations. C’est normal et souhaitable. Quel que soit le mode de paiement, il faudra bien réallouer ces sommes en tenant compte des écoutes accordées à chaque auteur.

Dès lors, on n’échappera pas au problème de « relevé de compteurs ». Techniquement, comme je le disais dans ma note du 6 janvier, ça ne pose pas de problème technique majeur. Les plates-formes de téléchargement légales s’y sont engagées. Les sociétés éditant les logiciels et régissant les échanges peer to peer…n’ont aucun argument juridique, ni technique, pour se soustraire à cette obligation.
Encore faut-il que les internautes, rebelles à cette idée qu’ils assimilent à un contrôle, acceptent ce qu’ils croient être une atteinte à la liberté. La préservation de toute liberté de création…vaut bien cette exigence comptable (que, paradoxalement, on a bien fini par accepter pour tous les paiements CB, y compris sur internet ! ! !).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Arts / Culture , Musique , Nouvelles technologies
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6 janvier 2006

Musique en ligne : les artistes redécouvrent les vertus du commerce

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Hier, Jacques Chirac est revenu sur le projet de loi gouvernemental concernant le téléchargement de la musique en ligne. On se rappelle le tollé : alors que le Ministre de la Culture soutenait un texte réprimant le piratage, des députés socialistes (et de la majorité !) faisaient passer un amendement qui défendait l’instauration d’une redevance forfaitaire (la licence globale) pour rémunérer les auteurs de titres librement échangés sur le web.

J’aurai l’occasion de reparler ici des solutions techniques et des conséquences économiques du développement commercial d’internet. C’est un sujet passionnant. Il pose des problèmes très complexes concernant le respect des droits de la propriété industrielle, mais aussi la responsabilité des hébergeurs et des serveurs. Vu que tous ces problèmes doivent être traités en même temps à l’échelle mondiale, le chantier est énorme…

Pour l’heure, je voudrais juste insister sur deux erreurs qu’ont commises les milieux culturels en cédant à la revendication libertaire (et utopique) de la gratuité. Et surtout en opposant systématiquement le monde de la culture et le monde du commerce (non sans mépris pour ce dernier).

1) Le mythe de la gratuité

En février 2005 (ma note du 11/02/05), des journalistes du Nouvel Observateur avaient demandé d’accoler mon nom à celui d’artistes et de personnalités qui refusaient la répression des internautes abonnés au « peer to peer ». Je n’avais pas donné suite car cette pétition me semblait complètement contradictoire avec le respect des droits d’auteur et la garantie d’un système de rémunération pour les artistes.

a) Non, personne ne peut « raser gratis ». Toute production génère des coûts ! Tout producteur, réalisateur ou créateur doit pouvoir vivre de ses œuvres ! Quel mécanisme garantira leur pitance si personne ne paie ? Qui, si ce n’est l’Etat (par un régime de subventions et de répartition) ou les opérateurs commerciaux privés (qui se refinanceront par exemple par la publicité !). Allez ! Soviétisation ou hypermercantilisme, c’est Charybde et Scylla !

b) Le problème d’ailleurs ne se pose pas que pour la musique en ligne. Exemple : si chacun se met à copier librement et échanger les articles du Nouvel Observateur, il n’y aura plus de vente dans les kiosques, plus d’argent qui rentrera chez Perdriel, plus de journaliste pour soutenir les pétitions sur la gratuité…CQFD ?

La solution, c’est le téléchargement payant (mais pas cher, bien sûr !).

Normal qu’on puisse réaliser des copies destinées à un usage personnel. Mais dès que l’on sort de ce cadre et qu’on participe à un système d’échange portant sur des milliers de titres (livres, CD, DVD, etc…), l’internaute fait, d’une manière ou d’une autre, « œuvre de commerce ». Il est normal qu’il verse son obole.

2) La diffusion de la culture passe (aussi) par le commerce

C’est une originalité très française. Le débat instaurant le prix unique du livre dans les années 80 avait révélé cette coquetterie idéologique. Le monde artistique a toujours été indifférent, voire méprisant, à l’égard de la fonction commerciale. « Moi, je fais de l’art, je ne vends pas des petits pois… ».

Le produit culturel n’est certes pas un produit comme les autres (pas plus qu’un médicament d’ailleurs), mais il s’échange sur un marché. Avec un prix. Et il fait vivre toute une multitude d’agents commerciaux (éditeurs, diffuseurs, galeristes, imprimeurs, etc…). C’est d’ailleurs le dynamisme de ces commerçants (au sens large) qui entretient la permanence du contact entre l’artiste et son public.

La césure était apparue lors de l’explosion des radios musicales, dans les années 80. Les possibilités d’enregistrements privés et les risques liés au piratage avaient justifié le rôle de la SACEM, organisme auprès duquel tous les diffuseurs musicaux reversent une taxe correspondant au taux d’écoute. C’est ce que nous faisons, par exemple, dans les magasins qui diffusent de la musique (la SACEM reçoit les déclarations ou relève les compteurs).

La dématérialisation des supports de vente ne fait qu’amplifier le problème, mais sans en changer la nature. Le commerce de la culture sur le web nécessite que les diffuseurs soient astreints aux mêmes règles que les médias traditionnels (radios, TV), ou autres commerçants (disquaires, libraires, …) et soient tenus pour responsables du piratage, des contrefaçons et des téléchargements illégaux qui passent par leur entremise.

Il n’existe aucun obstacle pour que chacun de ces opérateurs tienne une comptabilité des titres diffusés et reverse directement à son « fournisseur » les rémunérations contractuellement définies. Difficultés techniques ? Certainement pas plus que pour la mise en place des échanges interbancaires lorsqu’un touriste paie par CB au bout du monde ! ! !

D’aucuns objectent et affirment : le téléchargement « peer to peer » n’est pas concerné puisqu’il s’agit d’un échange dans la sphère privée. Erreur et confusion : quand les internautes téléchargent, ils utilisent des logiciels, propriété de sociétés privées qui n’ont aucune raison d’échapper à leur responsabilité (eMule, BitTorrent, KaZaa, Bearshare, etc…).

Quant à l’échange lui-même, il est de nature marchande (mais oui !). Même s’il ne met pas en jeu une monnaie sonnante et trébuchante, l’internaute s’oblige, en retour (c’est là qu’est l’acte commercial), à pouvoir lui-même être téléchargé. Comme le dit Karl Marx dans les dix premières pages du Capital, le troc, c’est du business, même si c’est la forme la plus primitive du commerce.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (Eco) , Arts / Culture , Musique , Nouvelles technologies
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26 août 2005

Dylan, Bono : de la rébellion à l’engagement

Ils ont en commun de paraître sous des pseudos. Robert Zimmerman a adopté le nom d’un grand écrivain gallois, auteur du « poète en jeune chien » : Dylan Thomas. Paul Hewson est Bono.

Ils partagent un même amour de la musique. Ils sont, à trente ans d’intervalle, deux rock stars, deux icônes de la chanson, mais aussi, d’un mouvement de contestation parmi les plus influents de la planète.

Tous les deux viennent de commettre un ouvrage. Dylan publie le premier volume de ses mémoires (« Chroniques », Fayard). Bono répond aux questions de Michka Assayas, (chez Grasset).

J’ai feuilleté ces deux livres, cet été, avec gourmandise, et un brin de nostalgie. La lecture croisée des deux ouvrages permet de découvrir, malgré les apparences, deux sensibilités, deux caractères plutôt opposés, et de comprendre la différence de leur engagement.

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Dylan, d’abord. A la lecture des critiques qui ont accompagné la sortie de ses mémoires, on est saisi par l’incompréhension, ou plus encore, la frustration, de toute une génération qui se réclame du chanteur. Comme pendant les années 65 à 75, déjà, ses fans, déçus, considéraient comme une forme de reniement (de traîtrise !) cette pudeur, qui empêchait Dylan de prendre nommément partie pour les causes qu’on lui supposait combattre. Lui, affolé par les pesanteurs du star système, a toujours fui la responsabilité induite par son statut emblématique, revendiquant, comme Alan Ginsberg ou Jack Kerouac, écrivains mythiques de la Beat Génération, le simple droit à la poésie.

Dylan fut d’abord un poète, un poète rebelle. Je me souviens l’avoir écouté au hasard d’une escale à Provincetown (Connecticut), la ville des hyppies. C’était en 1968, juste avant le coup de Prague et l’immolation de Yann Palach. J’avais la chance d’être chez des amis, dans une famille de marins et de musiciens. Les fortes paroles de la contre-culture avaient à cette époque la voix de Joan Baez, de Pete Seeger, de Peter, Paul and Mary. Du folk, du rock, des provocations, des coups de colère, de la générosité…

Et puis, donc, il y eu ce moment unique sur la plage. Une voix nasillarde revendiquait l’amour, le plaisir, les droits de la personne. Des campus de Harvard aux sit-in L.A. elle rythmait la contestation contre la guerre du Viet-Nam, le racisme, l’exploitation sociale… C’est la période de « Blow’in the wind », de « With God on our sides » et de « The times they are a-changin’».

Mais très vite, Dylan a senti la récupération ; il a voulu se démarquer, revenir à des chansons plus intimes. On ne voulait pas voir, on ne voulait pas croire à ses explications. Lui, pourtant ne cessait de se revendiquer poète, troubadour, musicien. Son seul engagement, c’était la musique : « hors la musique, je n’ai pas de légitimité ».

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Bono affirme sa filiation avec Dylan « …Mais après les années 90, j’ai cessé de jeter des pierres contre les symboles les plus évidents du pouvoir et de ses abus. J’ai commencé à jeter des pierres contre ma propre hypocrisie ».

Comme Dylan, Bono revendique son statut de musicien. Comme lui, il est lucide sur l’inanité du statut de rock star. Mais il veut « sauver la planète », et il instrumentalise sa notoriété, il la plie, au service de son engagement.

Non sans lucidité… « Une rock star, c’est quelqu’un qui, dans son cœur, ressent un vide presque aussi vaste que la masse de son Ego. » Voilà qui est évacué !

Entre les années 65 et la fin des années 70, Dylan s’est fourvoyé, entre cynisme, intimité, et défonce. Sa créativité, d’ailleurs, en a pris un sacré coup.

Bono, lui, choisit l’introspection. Oh, rien de monastique ni d’ascétique. Mais impressionnant tout de même : « la jungle affleure sous la peau de chacun de nous… Je vois le bien chez les hommes, … je vois aussi le mal… je le vois chez moi. Ce n’est pas parce que je trouve une façon de contourner l’obscurité que je ne la vois pas… ». Alors, il se démène. Pour l’Afrique, contre le sida.

Quelques réponses aux questions de Michka Assayas décapent et dérangent : « avec le sida, on assiste à la plus grande pandémie de l’histoire de la civilisation… Tous les jours 6 500 africains meurent d’une maladie qu’on peut prévenir et guérir, et l’Occident ne considère pas ça comme une priorité ! C’est l’équivalant de deux 11 septembre par jour : 18 avions grands porteurs avec des pères, des mères e des familles qui s’écrasent du ciel… Pour eux, pas de larmes, pas de lettres de condoléances, pas de salves… »

Je crois que j’aimais mieux la musique de Dylan. Plus que les chansons de U2, le rock Folk de l’américain portait mes rêves, forgeait mes projets. Mais la personnalité de Bono, (le refus de la fuite, l’affirmation de ses doutes, fussent-ils colorés d’un peu de marketing) me séduit. Et rassure. Voilà qui confirme qu’il ne faut pas désespérer des plus grandes icônes du star système.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 26 août 2005 dans Arts / Culture , Livres , Musique
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7 mai 2005

Festival Alors Chante ! à Montauban

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Avec « leur histoire » du lundi de Pentecôte, les municipalités ont replié leurs festivals ce week-end de l’Ascension. Résultat : je ne peux me rendre ce samedi 7 à Montauban puisque je suis au Festival "Etonnants Voyageurs", à Saint Malo. Je devais remettre un prix aux lauréats d’un concours bien sympathique. A l’issue d’une cinquantaine de concerts, le public du Festival « Alors chante » est invité à saluer le talent de jeunes artistes francophones. Mon groupe, lui, s’engage à éditer un CD des dix meilleures chansons, « Les découvertes », à promouvoir des concerts dans les Espaces Culturels (à Pau, à Niort, à Moisselles…), et à financer des « Résidences d’artistes ».

Avec son petit air provincial, le Festival est assuré de garder toute sa fraîcheur. Rien à voir avec les Star Ac ou les usines à bimbos (j’aime aussi, j’avoue !). Les chanteurs ont pour nom : Hirip, La Grande Sophie, Monsieur Lune, Chloé Sainte Marie… Sur les rives du Tarn, à l’ombre du Musée Ingres, la poésie, l’humour, la dérision (mais l’engagement politique aussi,) tiennent de bruyantes et bucoliques assises.

Et ça marche. D’abord intra-muros. Trente mille spectateurs viennent s’ébrouer sur les bulles dressées par une association qu’anime un type génial : Jo Masure (un mélange de Yul Brunner, avec un peu d’abdomen ; un Lino Ventura, sans les cheveux qui jouerait à la pétanque en écoutant Georges Moustaki). Le Festival a propulsé une nouvelle génération d’artistes qui ont pour nom Bénabar, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm, Jamait, Amélie-Les-Crayons. Ils sont les héritiers de Juliette Gréco, de Léo Ferré, de Jacques Brel et de Bobby La Pointe. Ils se produiront dans ce réseau solidaire des Festivals de Bourges, de la Rochelle, des Vieilles Charrues… En attendant une grande salle Parisienne : La Cigale, L’Elysées Montmartre, l’Olympia.

Ils renouvellent la chanson française, étouffée de compils et de productions remasterisées des sixties ou seventies. Ils sont les avant-gardes d’une économie du disque, dont vous découvrez les nouveaux labels sur les pochettes : « L’autre distribution », « Production spéciale », « Irfan », « Mosaïque », « Katia »… Et même les Majors s’intéressent à ce mouvement : Jeanne Cherhal est éditée par Warner, Jamait et Camille sont chez EMI, Corneille chez Wagram.
J’aurais aimé être avec eux à Montauban, comme tous les ans. J’y envoie une ambassade. L’année prochaine, promis, j’y serai…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 mai 2005 dans Musique
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27 février 2005

Musique en ligne, riposte au piratage

 Mercredi dernier, j'étais invité à une réunion organisée par Nicolas Seydoux (PDG de Gaumont). Objet : "Comment répondre aux attentes des jeunes internautes, sans tomber dans le tout répressif à l'égard des music hackers".

Il y avait là un beau panel de distributeurs de disques et de DVD (Denis Olivennes, FNAC), du cinéma (Olivier Courson, Canal+), et des représentants des auteurs, des producteurs, etc...
Chacun a fait son autocritique, ses propositions, et envoyé quelques scud sur le Nouvel Observateur et son initiative pour la musique gratuite, etc... Evidemment, j'ai émis toutes les critiques à l'égard des majors du disque que nous avons eu l'occasion de développer ici sur ce blog. Les principales mesures sont d'abord à prendre dans les entreprises elles-mêmes (marketing, élargissement de l'offre, baisse des prix...). Mais tous, nous avons convenu que parmi les dizaines de mesures à prendre, il importait d'engager la responsabilité des fournisseurs d'accès à Internet qui sont finalement les seuls bénéficiaires du piratage. Ce sont eux qui, en contrepartie d'un téléchargement gratuit, reçoivent publicité et rétribution. Or, ils ont la capacité de détecter le piratage professionnel, et de déconnecter ceux qui s'y livrent. (ils le font bien, même s'il faut parfois l'imposer par des actions de justice, quand il s'agit de sites pédophiles ou nazis !!!).

Ensemble nous avons décidé que sur la base de ce constat unanime, les pouvoirs publics devaient agir sans délai pour obtenir des fournisseurs d'accès un engagement total dans cette affaire. J'envisage de signer avec Denis Olivennes de la FNAC, une demande en ce sens !
Qu'en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 février 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Musique , Nouvelles technologies , Société
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11 février 2005

Music hackers : les artistes chantent faux

 Les artistes qui ont signé le manifeste publié cette semaine dans le Nouvel Observateur, sont-ils hypocrites ou irresponsables ? S'il s'agit de s'opposer à la politique répressive des majors à l'égard des jeunes téléchargeurs de musique en ligne, pas de problème, je souscris. Mais les entendre revendiquer la gratuité du téléchargement et, en même temps, réclamer des droits d'auteur, voilà qui est bien contradictoire. Patrick Devedjian, Ministre délégué à l'Industrie, a mille fois raison quand il rappelle que le "concept du tout gratuit est une illusion et que tout a un prix". Que nos artistes, par ailleurs remarquables, arrêtent donc de faire du jeunisme, ou autre gauchisme. Qu'ils aient le courage, comme Alain Bashung, Francis Cabrel, Michel Sardou et Eddy Mitchell, de plaider pour l'abonnement pas cher. Comptez sur la mobilisation des épiciers de Landerneau, c'est pour bientôt !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 février 2005 dans Economie , Musique , Nouvelles technologies
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7 février 2005

Du baston pour les music hackers

 Ca y est, c'est parti, les majors attaquent. Pour l'exemple, pour faire peur. Tel est le mot d'ordre, l'unique discours, sur un air de répression qu'entonnent de concert toutes les maisons de disques. Avec à leur tête Pascal Nègre, le PDG d'Universal, qui a décidé d'en découdre. Leurs cibles ? Les voleurs de droit, les pirates en ligne, les siphonneurs de sons qui font bombance de musiques gratuites, sans être même passés à la caisse, sans vouloir s'acquitter de l'octroi. Sur le fond, personne ne peut sérieusement contester que le piratage, et surtout, la commercialisation de musiques préalablement téléchargées, constitue une formidable perte de chiffre d'affaires pour l'industrie musicale. Mais l'action policière serait crédible si leurs auteurs s'en prenaient vraiment aux trafiquants professionnels. Par facilité, voilà que l'on envoie la maréchaussée chez quelques jeunes contrefacteurs, qu'on médiatise leur procès à des fins pédagogiques. Cela me laisse franchement perplexe. Le téléchargement de la musique n'en est qu'à ses balbutiements. En France, près de cinq millions de français, jeunes pour la plupart, sont en train de se constituer une bibliothèque de CD en s'échangeant, sur les sites peer to peer, des fichiers pouvant atteindre des centaines de titres. Que des opérateurs ramassent à cette occasion une importante manne publicitaire, que d'autres en profitent pour réaliser des éditions pirates, voilà qui justifie le procès. La cause serait certainement plus crédible si les majors mobilisaient leurs propres auteurs. Rien de plus efficace qu'un Laurent Pagny, un Calogero, Axelle Red ou Sardou, expliquant à leurs fans combien l'avenir de leur métier est lié à ce changement de comportement. A contrario, le défaut d'engagement des chanteurs eux-mêmes (par laxisme, indifférence, ou peur de leur propre public) a quelque chose de profondément choquant pour toute une jeunesse nourrie des slogans sur la gratuité d'Internet.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 février 2005 dans Consommation , Musique , Nouvelles technologies , Société
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3 février 2005

Disques, CD : baisse des ventes

 Les ventes de disques ont baissé de 14,3 % cette année, et de 28,5 % depuis 2 ans. En France, c'est la bérézina, malgré les succès des "Choristes", de Calogero, de Sardou, qui ont dopé les ventes. Même repli sur le marché mondial. Les majors accusent le téléchargement et surtout le piratage. L'explication me paraît trop facile. Elle fait l'impasse sur la question du prix du disque. Elle fait l'économie d'une réflexion critique sur les choix éditoriaux (peu de renouvellement, trop de compils, marketing standardisé, etc...). A Nantes, pendant la Folle Journée qu'organise René Martin, l'espace culturel à notre enseigne proposait 1 100 références de CD de musique classique. En 4 jours, 20 000 vendus ! Et uniquement consacrés aux oeuvres de Beethoven. Un bel événement populaire, un marketing sobre mais convivial, un choix large, une thématique, des prix attractifs, et les ventes progressent, chaque année, lors de cette manifestation (pourtant, c'est du classique !). Cet exemple montre qu'il n'y a pas de fatalité. Les professionnels doivent lancer d'urgence une réflexion stratégique globale sur l'avenir du CD (l'utilité, le prix, la place dans l'offre musicale) face au développement concurrent/complémentaire de l'internet, de la radio, du DVD, et des concerts !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 février 2005 dans Consommation , Musique , Nouvelles technologies , Prix / Concurrence
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