10 mars 2006
BD : Angoulême, un festival dans la tourmente après le licenciement de son DG

Jean-Marc Thévenet, directeur licencié, Benoît Mouchard, directeur artistique et Georges Wolinski, Président du Festival d’Angoulême 2005
Rififi sur les bords de la Charente. Jean-Marc Thévenet, le DG, mis à pied début mars, s’est vu confirmer son licenciement mardi dernier.
Exit donc, JMT, à qui le FIBD doit (personne ne le conteste) sept belles années de stabilité, de succès et de rayonnement.
1) On lui reproche la signature d’un contrat avec le Festival d’Art Contemporain du Havre dont il deviendrait aussi DG…
Je ne veux pas intervenir sur le fond de ce dossier. De toute façon, JMT a joué trop perso. Même s’il minimise ses autres prestations, il s’est mis à dos l’équipe du FIBD. Sa propre équipe, celle qu’il avait lui-même embauchée !!! La rupture avec l’association fondatrice semble irréversible.
JMT a fait appel à Maître Pelletier (ancien ministre) qui conteste la décision… Les tribunaux trancheront.
2) Mon groupe a toujours su rester à sa place. Même si je suis membre du bureau, je me suis toujours refusé à m’immiscer dans la vie de l’association qui anime le FIBD. Pas davantage, je n’ai influé sur les choix artistiques. Tout au plus, un léger lobbying pour qu’on valorise mieux les scénaristes. Et en accord avec les autres partenaires (Caisse d’Epargne, ville d’Angoulême…), le parrainage d’un prix ou d’une exposition exclusive.
De cette manière, nous confirmons la qualité du travail effectué par l’association de bénévoles et de passionnés, hier présidée par Yves Poinot, aujourd’hui par Dominique Bréchoteau, tous deux fondateurs de la manifestation. Leur engagement personnel mérite reconnaissance et soutien. Ils ont toute mon amitié.
3) Après 15 ans de partenariat et des millions d’euros investis, c’est l’avenir du festival qui m’importe, ainsi qu’aux adhérents E. Leclerc qui relayent, sur leur site, cette manifestation consacrée à la promotion du 9ème Art.
Or, ce qui vient de se passer à Angoulême illustre le décalage entre les ambitions présentes du festival et les moyens de gestion dont il est doté.
L’affaire reprochée à JMT ne se serait jamais passée de la sorte dans une association bien organisée (contrat préalable, délégation de pouvoir, limite de mandat, validation des décisions).
4) Plutôt que de polémiquer sur le passé ou le présent, il faut savoir tourner une page et travailler sur une forme d’organisation plus professionnelle et plus responsable, sans que ne soient altérés l’esprit du festival, son originalité, sa convivialité.
J’ai écrit à D. Bréchoteau pour qu’une telle réflexion soit menée. Le maire d’Angoulême, Ph. Mottet, lui a aussi écrit dans ce sens. Je retiens de sa proposition deux objectifs partagés :
- « Une modification des statuts prenant en compte la représentation de tous les partenaires, ceux qui sont aujourd’hui au bureau, mais aussi l’Etat, la région et les éditeurs ». (Je confirme d’ailleurs le souhait de ces derniers d’y participer).
- « La création d’un Conseil de gestion…assistant le bureau dans ses choix ».
Il va falloir assurer l’intérim. La prochaine manifestation aura lieu en janvier 2007. Pas facile, tant le moral de l’équipe a pris un coup. Il faut surtout assurer la pérennité du FIBD. Avec mon groupe, je répondrai présent à toute sollicitation. Mais la réorganisation des processus de décision est un préalable, pour nous, pour tous les partenaires et pour la crédibilité de l’équipe qui va reprendre en main cette manifestation nécessaire à la promotion de la bande dessinée.
Posté par M.E.L. le 10 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
Arts graphiques
,
BD
Lien permanent |
> Commentaires : 20
> Donnez votre avis
10 février 2006
BD : Génération 1er album

© FEP / Jean Bibard
Pas facile, parmi les 2 000 titres publiés en 2005, de pouvoir repérer dans les rayons…un jeune auteur, un premier album ! C’est la raison pour laquelle avec le magazine Bodoï, j’ai lancé le concours « Décoincer la bulle ». Il est destiné à promouvoir, chaque année, quelques jeunes talents qui ont osé s’aventurer dans les coulisses du 9ème Art. Outre les prix décernés par un jury prestigieux, ils pourront compter sur une campagne de promotion à travers la centaine d’Espaces Culturels E. Leclerc, dans les pages du magazine Bodoï et différents médias mis à contribution. (J’en profite pour féliciter la Fnac Montparnasse qui a élégamment joué le jeu en leur consacrant un bel emplacement).
1) Le jury et les nominés
Le 28 novembre dernier, Frédéric Vidal, rédac chef, et moi-même avons réuni une petite académie de scénaristes : Serge Le Tendre, Jean Van Hamme, Jean-David Morvan, Christophe Arleston, Adeline Blondieau. Ca se passait au Procope, vieil emblème de la restauration française. Les journalistes de Bodoï ont effectué un premier tri. Notre jury était appelé à choisir 3 albums parmi la vingtaine de publications rescapées de cette sélection nationale. Bien avant le dessert et le café, 3 nominés sortaient du lot :

© Hubert Raguet
- « Mémoires d’une vermine » de Juan Sàenz Valiente, scénario de Carlos Trillo, éditions Albin Michel.

L’histoire :
Il n’y a pas plus pourri que Luchito Lassabia, un flic corrompu et dévoyé, une véritable vermine. C’est pour ça qu’on l’appelle la gale. Il porte beau, s’habille chez les meilleurs tailleurs, mais il trempe dans toutes les sales besognes et contrôle un réseau de prostituées. Un scandale que l’avocat Sébastien Ferrer va essayer de faire éclater au grand jour…
- « La guerre des boutons » de Valérie Vernay, scénario de Mathieu Gabella, éditions Petit à Petit.

L’histoire :
C’est l’adaptation pétillante de l’œuvre de Louis Pergaud : des planches à se tordre de rire…pour retrouver une âme d’enfant.
C’est l’histoire de Longeverne et Velran…Deux villages dans lesquels, depuis des générations, on est élevé dans le mépris du camp adverse.
- « Le dernier envol » de Romain Hugault, éditions Paquet

L’histoire :
1942-1945, les heures les plus sombres du XXème siècle. Le ciel est le théâtre de combats acharnés. Des avions se frôlent, des hommes s’affrontent, des destins se croisent. Quatre pilotes, parmi les meilleurs de leurs nations respectives, prennent leur envol. Combien savent que ce vol sera le dernier ?
2) Le Prix « Décoincer la Bulle 2006 »
Le public était invité à élire sa BD préférée parmi ces 3 auteurs nominés. 15 000 internautes ont voté en ligne. Et finalement, à Angoulême, sous les applaudissements d’auteurs dont ils sont devenus les confrères (une vraie première reconnaissance professionnelle !), c’est Romain Hugault, pour « Le dernier envol » qui a remporté le prix.
3) Des personnalités attachantes :
Il fallait les voir, tous les trois, heureux comme d’Artagnan, parcourant le Festival.
Romain Hugault est âgé de 25 ans. Diplômé des écoles parisiennes Olivier de Serres et Estienne. Une maîtrise totale des dessins d’avion. C’est en proposant 10 premières planches de cette histoire aux éditions Paquet qu’il a pu être publié.

© FEP / Jean Bibard
Personnellement, je trouve que Romain maîtrise très très bien le dessin des objets, des décors, y compris dans le rendu des « effets de vitesse ». Il pratique la couleur sur ordinateur. Mais ses choix sont élégants, on dirait de la couleur directe. En revanche, il lui reste à travailler ses personnages. Pas encore assez de finesse dans l’expression, mais on n’est pas loin de la réussite totale.
Au milieu du forum, le public s’est agglutiné autour de Valérie Vernay. Timide, réservée !. Ne pas se laisser piéger par les apparences : elle est sortie de la prestigieuse école d’arts graphiques Emile Cohl de Lyon. Beaucoup d’illustrations jeunesse à son actif chez différents éditeurs. Elle a participé à plusieurs collectifs.

© FEP / Jean Bibard
C’est elle qui a obtenu le meilleur soutien du public, le temps des dédicaces qu’elle bichonne et qu’elle peaufine dans les moindres détails.
Enfin, il y a cet Argentin de 24 ans, Juan Sàenz Valiente. Autodidacte, passionné de dessin et de cinéma. D’apparence, lui aussi est doux, jovial, juvénile. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Sauf qu’après lecture de « Mémoires d’une vermine », on voit poindre le démon derrière l’ange…

© FEP / Jean Bibard
Oui, sans nul doute, ce garçon manie le crayon trash : gueules de femmes et hommes blessés dans leur corps comme dans leur âme, scènes d’amour lubriques et sans retenue. Le héros est lâche et détestable à souhait. Il faut du talent pour illustrer tout cela. Couleur directe, scénarisation superbement ficelée, joli travail d’atmosphère. Personnellement, c’est l’album que j’ai préféré.

© FEP / Jean Bibard
Posté par M.E.L. le 10 février 2006 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
BD
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
3 février 2006
Angoulême 2006 : le Festival dans l’objectif de Jean Bibard

C’était le week-end dernier. Wolinski vivait ses derniers jours de Président. Trondheim l’a bruyamment détrôné. C’était aussi l’occasion de déplacer toute mon équipe (Espaces Culturels) pour pouvoir rencontrer éditeurs, auteurs, libraires. Le photographe, Jean Bibard, portraitiste des stars du foot et du 9ème Art, nous accompagnait…
Jeudi 26, 7h40 : Beaucoup moins de monde, cette année, dans le train qui vient de Paris. Temps maussade annoncé pour les 3 jours suivants. Immuable arrivée sur le quai de la gare d’Angoulême, décorée modestement pour cet évènement phare du début d’année.
Dans les rues, on reconnaît à peine les frères Dalton, emmitouflés et congelés. Les fanfares n’arrivent pas à dégeler l’atmosphère de cette première journée dédiée aux « scolaires ».

Jeudi, au forum E. Leclerc : C’est en ce lieu, animé par des journalistes de l’excellent Bodoï, que nous recevons dessinateurs et scénaristes pour débattre avec le public. Réunion de mise au point avec les collaborateurs et Frédéric Vidal, le rédacteur en chef, pour caler le programme.
Jeudi, 11h30 : Au CNBDI, le fief, là où se situe l’action. Là où il faut être pour les petits-fours. Mais aussi pour l’expo truculente de Wolinski qui a succédé à Zep (expo superbe au Jardin d’acclimatation, Paris). Ce petit monde s’agglutine autour des Huiles Municipales pour l’inauguration. Personne ne s’intéresse aux discours. Mais, élus et bédéphiles sont à la queue leu leu pour pouvoir mater la collection perso du roi Georges qui a mêlé à ses petits dessins quelques coquetteries érotiques de Pichard, fameux auteur de « Paulette » et « d’Ulysse ». Humour, sensibilité, coups de crayon et réparties : Wolinski régale. Il y a aussi ce petit enclos de bonheur, classé « X », dissimulé derrière un épais rideau : quelques délires aimablement pornographiques, mais surtout coquins, oui, coquins, car rien ne peut être trivial chez Wolinski. Il aime trop les femmes. Et il officie sous le regard de la sienne, la jolie Maryse…

Jeudi, 17h00 : Brasserie Paul, Arleston, Le Tendre, Aline Blondiau révèlent le nom des 3 nominés retenus par le jury de scénaristes que Frédéric Vidal (Bodoï) et moi-même avions réunis pour promouvoir le premier album d’un jeune auteur. Comme toujours, le scénariste Arleston a le mot juste, gentil, tout en étayant le propos d’arguments très professionnels. Nos jeunes dessinateurs sont comblés. (Je vous reparlerai d’eux la semaine prochaine).

Jeudi, 18h00 : Au Grand Théâtre d’Angoulême pour la remise des prix. Comme d’habitude, une cérémonie menée de main de maître par Jean-Marc Thévenet, Directeur du Festival. Caustique, n’aimant pas être dérangé par des projets dont il ne maîtriserait pas l’annonce (j’ai réussi à lui fourguer un petit panégyrique sur les scénaristes, perpétuels oubliés du Grand Prix d’Angoulême), il manage son petit monde avec humour. Les prix, pour une fois, correspondent assez bien aux attentes d’un large public.
Un Gipi, formidable, jovial, même enthousiasme que son acolyte Roberto Benigni, celui de « La vie est belle ».

Il y a un prix pour Gibrat (le meilleur dessin) et pour Canales et Guarnido, co-auteurs de « Blacksad » (prix de la meilleure série), le public applaudit.

On pourra toujours reprocher la longueur de ces cérémonies, les discours de délégations étrangères qu’on ne comprend pas ! Les auteurs souvent peu prolixes… Mais c’est quand même un superbe rendez-vous. La centaine de personnes (parmi lesquelles des membres du jury) interdites de salle, faute de place suffisante à l’intérieur, avaient bien des raisons de manifester leur frustration, tant l’évènement reste un must.
Samedi, 10h00 : Au forum, les débats vont bon train. Ici, c’est Loisel, de passage en France, alors qu’il s’est installé au Québec. Toujours généreux, toujours jovial.

Hôtel Mercure, 12h00 : J’avais réuni quelques journalistes pour un déjeuner, histoire de pouvoir causer tranquille avec quelques auteurs. Ici, c’est Tiburce Oger, dessinateur et scénariste (Le sang du ciel, La chute de l’Ogre, Le chant des Elfes, Les Yeux de Brume,…). Moment très apprécié où l’auteur commente lui-même ses planches grand format. Visite aussi de Loustal, élégant, toujours affable avec les donzelles, et Frédéric Morel, PDG de Flammarion, passionné de peinture et de dessin, qui préside aussi aux destinées de Casterman et de la revue Beaux Arts.

Samedi, 15h00 et plus : Cette année, à cause des travaux au centre-ville, les stands des éditeurs sont éparpillés, et avec eux les auteurs qui dédicacent : Edmond Baudoin, toujours de bonne humeur, parle des femmes africaines.

Il y a Baru aussi, séduisant professeur de dessin. Il dédicace à côté de Nicolas de Crécy, sérieux et concentré sur sa plume.

Studio RTL, 16h30 : Débat animé par Laurent Boyer, avec Jean-Jacques Beineix. L’occasion de rappeler cette anecdote : alors que j’achevais la publication « d’Itinéraires dans l’univers de la bande dessinée » (Flammarion), l’auteur de « 37°2 » m’appelle au bureau, demande un rendez-vous, recherche un conseil. Il me présente un story-board, dit son projet de le transformer en bande dessinée. On discute, on papote, l’homme sait ce qu’il veut, son caractère est légendaire, mais il n’y a pas d’enjeu entre nous. On s’apprivoise. Je le conduis chez Glénat où officie le dessinateur Didier Convard. Voilà comment fut publiée cette BD. Une histoire courte puisque, apparemment, ils se sont disputés depuis et que JJB a changé d’éditeur.

Samedi soir : Point presse. On commente tous les prix décernés à Angoulême. Les libraires du groupe disent leur satisfaction. Ils font leur choix avant la mise en rayon. Angoulême, c’est une fête, mais c’est aussi une formidable vitrine de la production éditoriale de l’année. L’après-Angoulême, c’est le retour au business, à la promotion des albums primés. Je ne connais aucun auteur qui cracherait sur une telle publicité.

Posté par M.E.L. le 3 février 2006 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
Arts graphiques
,
BD
Lien permanent |
> Commentaires : 17
> Donnez votre avis
23 janvier 2006
Festival d’Angoulême : Un scénariste « BD » président en 2006 ?

Credit photo : Lesage
Vuillemin (déjà Président en 1995) essaie de corrompre MEL pour être "élu" une deuxième fois...
Ca y est, ça marche. Lors de la conférence de presse de lancement du FIBD (ma note du 11/12/2005), j’avais interpellé les organisateurs et les membres du jury pour que soient primés les scénaristes, toujours éternels exclus du Grand Prix d’Angoulême.
Le Grand Prix de la ville d’Angoulême récompense, chaque année, un dessinateur ou un scénariste (quelle que soit sa nationalité) pour l’ensemble de son œuvre et sa contribution au rayonnement de la bande dessinée. C’est une Académie des anciens Grands Prix qui désigne, après débat et vote, le nouvel élu. Sans que son rôle ne soit véritablement défini (ni contraignant), les organisateurs attendent de lui une implication dans la définition des axes thématiques de la manifestation et une contribution à la communication (affiches, conférence de presse, etc…).
Depuis la création du festival (1974), 37 auteurs ont été récompensés (dont Franquin, Eisner, Moebius, Mézières, Tardi, Gotlieb, Juillard, Kraehn, Loisel, etc…).
En coulisse, ces nominations ont toujours donné lieu à suspicion, voire contestation ! Beaucoup d’oubliés dans cette affaire : Cuvelier, Hergé, Jacobs, Tillieux, Martin, Marcherot, Tibet, Roba, pour ne citer que les pionniers incontestés du 9ème art.
A date, un seul scénariste (Lob) primé en 1986. Depuis, pas trace d’un Christin (scénariste pour Bilal, Mézières, Gotzinger), d’un Corbeyran (Le Chant des Stryges), Dufaux (avec Grenson, Mirallès, Delaby, Marini), Jodorowsky, Le Tendre, Van Hamme, Yann, Arleston, Frank, Giroud…
Têtu comme un Breton, j’ai pris ma plus belle plume, écrit aux membres du jury et plaidé la nomination d’un scénariste en 2006:
« A Angoulême, ces dix dernières années, le festival a su bâtir des ponts avec l’industrie du cinéma, de la vidéo, des jeux électroniques ou de la publicité. Il a ouvert des voies pour des carrières mixtes dans lesquelles les dessinateurs ont pu s’engouffrer.
Mais, si la création aujourd’hui est portée par une belle génération de graphistes, ne pensez-vous pas qu’elle manque parfois de contenu. On ne peut parler décemment de crise du scénario. Mais quand je lis les centaines de titres envoyés par les services de presse dans nos Espaces Culturels, je reste souvent confondu par la faiblesse, si ce n’est la médiocrité des scénarios.
Explication ou conséquence, il n’existe aucune passerelle (ou si peu) entre le monde de la bande dessinée et celui des lettres (ou de l’écriture). C’est dommage. C’est cette lacune que je vous imagine pouvoir combler en lançant ce signal ».
Je ne sais pas quelle suite donnera à cette pétition notre Académie angoumoisine, mais l’idée fait son chemin. Depuis mon intervention, ça cause dans les couloirs du festival. Au point que les deux plus grands magazines consacrés à la BD se la sont appropriée. Angoulême fait la Une des gazettes.
1) Bulldozer, dont le pétulant Frédéric Bosser dirige la publication (et la rédaction !!!), fait appel au témoignage des « oubliés » du Grand Prix. Florilèges :
Un peu de frustration :
- Jacques Martin : « Je ne pense pas que je ramasserai des lauriers parfois tombés très bas ».
- Lambil : « J’ai abandonné le rêve de l’obtenir ».
Quelques vérités bien senties sur la réputation « avant-gardiste » d’Angoulême :
- Tibet : « …je m’aperçois que cette académie a tendance à cracher sur tout ce qui est commercial ».
- Van Hamme : « …logique qu’Angoulême mette en avant l’audace et l’innovation actuelles des auteurs français. Même s’ils sont bien faits, peu d’ouvrages réalisés par les Belges sont explosifs ! Nous restons dans une forme de classicisme ».
Et un solide bras d’honneur :
- Hermann : « L’académie est un ramassis d’auteurs parisiens, de faux-culs… Je m’en fous, je m’en torche… Si aujourd’hui, on finissait par me le donner (le Grand Prix), je le refuserais. Après tout ce que j’ai dit contre ce système, je serais une pute si je l’acceptais ».
2) Bodoï, avec qui mon enseigne a créé un prix pour promouvoir de jeunes auteurs, insiste sur la discrimination à l’égard des scénaristes. Et regrette l’absence des Morvan, Desberg, Convard, et autres artistes précédemment cités.
Interrogés par la rédaction, les membres du jury expriment finalement leurs contradictions.
- J.C. Mézières : « A mon avis, nous n’inclurons jamais un scénariste parmi nous ».
- A. Juillard : « C’est vrai, la tendance consiste plutôt à privilégier les auteurs complets ».
- R. Loisel : « Je connais certains Grands Prix qui n’ont pas révolutionné le graphisme de la bande dessinée, alors que sans certains grands scénaristes, quelques grandes séries n’auraient jamais vu le jour… Qu’on les apprécie ou non, ils lui ont donné des lettres de noblesse ».
- J.C. Mézières : « Je me console en me disant que d’une certaine manière, avec l’élection de Bilal et de la mienne, Pierre Christin a déjà eu deux moitiés de Grand Prix ! ».
- R. Pétillon : « Le Grand Prix récompense une personne. Il n’est donc pas partageable ».
- F. Schuitten : « Il faut y réfléchir. Dupuis et Berbérian sont indissociables ».
- A. Juillard : « Quand Schuitten a gagné, je ne me souviens pas qu’on ait mentionné le nom de Peeters ! ».
- R. Loisel : « Oui, je suis partisan qu’un scénariste soit élu à nos côtés ».
Je ne sais pas qui sera élu, samedi soir prochain, Président d’Angoulême 2006. Mais je suis sûr d’une chose. On va beaucoup débattre de tout cela sous les bulles où s’agglutineront 120 000 accros de la BD. Et dans la presse, comme sur les forums, ils seront nombreux à dire : « Vive les scénaristes, merci à eux ! ».
Posté par M.E.L. le 23 janvier 2006 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
BD
Lien permanent |
> Commentaires : 16
> Donnez votre avis
16 décembre 2005
Olivier Ledroit : la bande dessinée devient opéra

Il est des œuvres terrifiantes et noires dont les artistes portent sur les épaules le poids de leurs tourments. Mais rares sont ceux qui, dans la bande dessinée, savent tromper leur monde et dissocier le contenu dramatique de leur œuvre d’un comportement social des plus classiques. Par leur charisme et leur magnétisme, un Druillet, un Bilal laissent finalement deviner, derrière des regards et des comportements, la présence latente d’un tréfonds obsessionnel dont les effluves sporadiques et violentes rejaillissent dans l’œuvre même. Mais on peut passer deux heures avec Jean Giraud, alias Moebius, sans vraiment pouvoir attribuer à des traits spécifiques de sa personnalité l’explication d’un aspect particulier de son dessin.
Olivier Ledroit est de ceux-là.
En début d’année, il présentait à Paris un collector (édité par Daniel Maghen). Avec légèreté et amusement, il introduisait ses lecteurs dans le monde enchanteur des elfes et autres personnages aériens de l’heroic fantasy. Son dessin est alors tout en élégance, stylisé, telles des illustrations anglaises ou nordiques de contes pour enfants. De la poésie, jusque dans la caricature des monstres les plus hideux pour les rendre finalement communs, attachants et acceptables.

Et puis, surprise : le néophyte découvre, dans les bacs, un album du même auteur, « Xoco », un polar noir, co-scénarisé avec Thomas Mosdi. L’action se déroule à New York, « la ville des extrêmes et des délires ». Il y fait noir, marron, bleu profond ou vert sombre. O.L. revendique alors l’héritage expressionniste, cite les cinéastes Murnau et Mankiewicz pour expliquer pourquoi il s’appesantit sur les ombres. J’aime d’ailleurs assez sa formule : « Je recherche les atmosphères claires-obscures ; ça me permet de travailler la lumière ! ! ! ».

Il est difficile de cerner la personnalité de ce garçon de 34 ans, hypersensible, timide aux ongles rongés, amoureux de ses bonsaïs…quand on se plonge dans l’exubérance des « Chroniques de la Lune Noire ». Et plus encore, dans « Requiem », son œuvre la plus aboutie.
Les « Chroniques de la Lune Noire » sont dessinées dans le filon de l’heroic fantasy. Avec Froideval, O.L. a surfé sur les influences graphiques de Frank Frazetta et Berni Wrightson, deux illustrateurs US dont il revendique l’influence. La violence est omniprésente, mais ponctuée de clins d’œil et « d’humour au second degré ».

Les difficultés de collaboration ont amené O.L. à se jeter avec Pat Mills dans « Requiem » qui prolonge, avec maestria et un foisonnement délirant, cette aventure personnelle dans un univers plus franchement gothique encore.
Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à « lire » « Requiem », même si, au gré des livraisons (on en est au 6ème tome), la mise en page s’est aérée et clarifiée. Là n’est peut-être pas son point fort. Comme l’explique O.L. lui-même, c’est de toute façon une « histoire à tiroirs »…

Le scénario me fait penser à un livret d’opéra. L’histoire est quasi impossible à résumer (je tente) : un soldat allemand, Heinrich, meurt sur le front russe. Il est projeté sur Résurrection, un monde chaotique et violent. Il y suit les enseignements du vampire Cryptus et devient « Requiem » à la recherche du seul être aimé de lui, Rébecca… Pour cette superproduction en technicolor et dessins double-page, O.L. propose un casting d’enfer avec, en guest-star, Dracula, Robespierre, Attila, et puis des dragons, des centaures et même des avions triplans…

Ne vous laissez pas impressionner. Ou plutôt, si… Mais par la puissance du dessin, la capacité narrative de chaque case et la force émotionnelle de certaines séquences. Vous êtes à Garnier ou à la Bastille, vous ai-je dit, c’est le chant qui vous emporte, le cri déchire votre confort, la raison n’a plus cours…
A l’instar de son confrère écossais, Adrian Smith (chef de file de l’équipe de Warhammer), O.L. a trouvé sur ce territoire la maîtrise d’une palette plus large où le « rouge pétant », sur fond noir ou bleu très dense, fait brûler d’un feu agressif les inscriptions les plus ésotériques ! Les scènes de bataille deviennent grandioses, comme une séquence des films d’Eisenstein quand il paraphrase l’affrontement des chevaliers teutoniques avec les forces du mal absolu. Un délire total, mais génial (que, malheureusement, on ne peut reproduire ici. Et même, il faudrait pouvoir les regarder sur les planches originales, grand format, plus que dans les albums, si réducteurs). A côté, les tableaux de Carpaccio ou de Mantegna restent des figures stylistiques (bon…j’exagère un peu).
Oui vraiment, la question se pose avec E. Beiramar (www.fantasy.fr) : dans quel recoin de son cerveau, O.L. va-t-il puiser toute cette dramaturgie.

Près de Lorient, à une portée de voix d’un Sorel dont l’univers, fantastique lui aussi, me semble plus serein (et plus marin), O.L. et son épouse sont des terriens ordinaires. Dans le village, on regarde d’un œil torve l’auteur de ces exubérances graphiques. Ce n’est pas l’atmosphère des Sorcières de Salem, mais ça jacasse et ça tracasse…
Lui, pourtant, en gentilhomme, ne cesse d’offrir des clés de lecture : « Le quotidien ne m’influence pas trop…pas plus…je ne cherche à puiser dans le côté sombre de la vie ». Non, son œuvre est pure jubilation. Sur le modèle de l’auteur de La Ligue des Gentlemen, il cherche avec Pat Mills « des trucs qui le font marrer ». Celui qui se dit « anar positiviste », revendique tout simplement de faire « ce qu’il veut ».

« J’ai une tribune, je suis libre de m’exprimer ». Si, comme d’autres auteurs, il reconnaît le besoin d’une sorte de thérapie (« le dessin permet de libérer toutes les images de violence que j’ai en moi »), il y a chez lui un côté manipulateur qui le force, tel un grand gosse, à miner, puis désamorcer « le côté noir » de ses histoires. Comment pourrait-il faire autrement, lui qui s’assume père de famille et franchement « popote » dans sa jolie maison morbihannaise. Il affirme dessiner « Requiem » en jouant les baby-sitters et en gardant un œil rivé sur le dernier épisode de « Oui-Oui » ou des « Barbe à Papa »…
Ni ange, ni démon. Mi-ange, mi-démon (mais pour le fun)…Olivier Ledroit n’a rien d’un poète maudit.
Posté par M.E.L. le 16 décembre 2005 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
Arts graphiques
,
Portraits / Rencontres (BD)
Lien permanent |
> Commentaires : 5
> Donnez votre avis
11 décembre 2005
Festival d’Angoulême : Un scénariste pour Président ?

De gauche à droite : Christin, Benoît Peeters, Van Hamme et Yann
L’édition 2006 du FIBD est sur les rails. Lundi dernier, à Beaubourg, devant un amphi peuplé d’auteurs, d’éditeurs et de journalistes, Georges Wolinski, élu roi pour l’année, et son vizir, Jean-Marc Thévenet (directeur permanent du Festival), tenaient conférence de presse. Programme, invités, expositions… Sous les bulles de la cité charentaise, on va se bousculer (115 000 entrées attendues !).
1) J’ai particulièrement retenu (et je vous ressors l’info, pour le moment stockée chez les professionnels et dans les médias partenaires) :
- Les expos :
. « De Pilote à Poisson Pilote », l’histoire de deux publications phares de la BD,
. Jules Verne, « Images d’un imaginaire »,
. Wolinski.
- Les rencontres :
. Régis Loisel tombe les planches de « Magasin Général ». Avec Jean-Louis Tripp, il produit à 4 mains, en direct du Québec.
. René Pétillon : Après l’Enquête corse, il s’accapare de la polémique sur le voile.
. Grzegorz Rosinski retrouve le goût de peindre. Méga star de la BD réaliste, GR se remet en cause. Le prochain Thorgal, comme « Le Comte Skarbek » seront réalisés à l’huile.
Au programme aussi, débat sur « les séries », avec les piliers des « cycles longs » (ex. : Le Triangle Secret de Didier Convard et Denis Falque, Christian Gine, Pierre Wachs, Gilles Chaillet, Eric Stalner, Jean-Charles Kraehn, Patrick Jusseaume).
2) Puisqu’il m’était donné de placer quelques mots (en tant que sponsor depuis 1991), j’en ai profité pour suggérer qu’on s’intéresse un peu plus aux scénarios, dans l’univers du 9ème Art. Et puisque chaque année, l’Académie des « anciens » élit un nouveau Président, pourquoi ne pas honorer, enfin, ceux par qui les planches ne sont pas que des objets graphiques.
La BD, c’est d’abord le dessin. La qualité de la narration dépend de la mise en page, de la nervosité du trait, de la fluidité de la lecture, case après case… Pas illogique donc de fêter, à Angoulême, un auteur emblématique dont les images donnent à aimer la BD.
Mais la BD gagne à s’appuyer sur un texte de qualité. La génération Métal a surfé sur les revendications de 68. Les grands auteurs ont toujours eu l’humilité de servir les grands textes (Bilal, Tardi, Druillet…) ou de s’appuyer sur des scénaristes de talent (Yan, Christin...). Et a contrario, si la création aujourd’hui est portée par une belle génération de graphistes, elle manque très souvent de contenu.
A Angoulême, ces dix dernières années, le Festival a su bâtir des ponts avec l’industrie du cinéma, de la vidéo, des jeux électroniques ou de la publicité. Il a ouvert des voies pour des carrières mixtes. Il a su profiter de cet environnement pour attirer des vocations bédéphiles. Mais il n’existe aucune passerelle (ou si peu) depuis le monde des lettres et de l’écriture. C’est dommage.
Alors, oui, un Président ou un Co-Président scénariste, ce serait bien.
Je vais de ce pas écrire à tous les membres de l’Académie d’Angoulême pour qu’ils osent enfin offrir aux scénaristes cette reconnaissance.
Posté par M.E.L. le 11 décembre 2005 dans
Actualités / Débats (BD)
,
BD
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
14 octobre 2005
Bande Dessinée : Pour comprendre le phénomène « manga »

© "Les Mondes Manga" - Ed. EPA Hachette Livre - 2005
Absent, ce week-end, je répondrai aux commentaires dès lundi.
C’est une véritable invasion. 800 mangas parus, l’an dernier, dans l’hexagone. La France est devenue, pour la bande dessinée japonaise, le deuxième marché mondial. Avec un rythme de croissance extraordinaire.
« Manga » signifierait en japonais « image dérisoire ». Véritable phénomène culturel au Japon, ces BD, initialement publiées en noir et blanc (et aujourd’hui, de temps en temps, en couleur), sont éditées en format « poche ».
Caractéristiques : elles se lisent de droite à gauche. Chaque histoire est souvent racontée en plusieurs tomes. Certaines visent plutôt un public garçons-ados (les « schonen ») ; d’autres, les filles (les « shojo »).
Originalité : le trait du dessin est toujours très expressif et le rythme de la narration très lent. Dans la BD européenne francophone, comme dans les comics américains, les auteurs pratiquent une forme « d’ellipse » entre les cases. Et c’est le lecteur qui, s’investissant dans l’histoire, imagine les liens de causalité. Dans le manga, on a affaire à des successions d’images très détaillées, avec des mouvements souvent très décomposés.
La manga mania s’est répandue en France dans les années 80, grâce notamment à la diffusion TV de dessins animés japonais. Mais c’est la publication de « Akira » de Katsuhiro Otomo, (Editions Glénat, 1999), qui a boosté l’intérêt des bédéphiles pour cette forme d’art graphique.
Le succès tient évidemment au prix peu élevé (5 à 10 €). Mais l’engouement vient surtout de l’adéquation des thèmes abordés avec le monde des jeux vidéo, des CD-Rom et des DVD. En grandissant (on pourrait dire « en vieillissant »), les fans ont tiré la demande vers des mangas encore plus graphiques, des mangas d’auteur, sacralisant quelques monstres sacrés : Jirô Taniguchi (« Quartiers lointains », « Le journal de mon père »…), Hayao Miyazaki, Osamu Tezuka (« Ayako »), Akira Toriyama (« Dragon Ball »).
Dix éditeurs français en sont les promoteurs en France (Kana, Glénat, Pica, Delcourt, Tonkam, J’ai Lu, etc…). Kana, Glénat et Pica réalisent 80 % des ventes dans l’hexagone.

© "Les Mondes Manga" - Ed. EPA Hachette Livre - 2005
Comme précédemment exprimé ici, je n’étais pas un fan des mangas : lecture a priori difficile, écriture trop lente à mon goût, complaisance dans des formes de violence provoquant irritation et fatigue, prétentions philosophiques conduisant à des morales plutôt fumeuses…
Et puis, j’ai eu la chance d’être guidé par quelques auteurs français. Baudoin, Baru, Boilet ont, dans leur propre œuvre, repris bien des codes du manga. Et l’appréciation de leur travail permet de faire le lien entre notre culture européenne et cet art japonais (encore que les auteurs de mangas n’hésitent pas à revendiquer l’apport formidable d’un Moebius et, plus méconnu, d’un Peellaert (« Pravda »), dans les années 70).
Les équipes qui animent le secteur « livres » dans notre groupe ont reçu, ces derniers temps, trois ouvrages dont je recommande la lecture. Pédagogiques, d’un abord facile et sans prétentions, ils permettent à tout néophyte d’appréhender ce phénomène culturel.
Les Editions du Rocher publient « Manga : Soixante ans de bande dessinée japonaise », sous la signature de Paul Gravett. Ce journaliste (qui écrit pour « The Guardian », « Neuvième Art » ou « Comics International ») a dirigé de nombreuses expositions concernant la bande dessinée (dont au Musée de la bande dessinée d’Angoulême). Richement illustré, poursuivant une démarche historique, son livre offre une superbe introduction à l’univers graphique japonais.

Le photographe et réalisateur Hervé Martin Delpierre et le journaliste Jérôme Schmidt publient, chez EpA, « Les Mondes Manga ». Ici, la démarche est plus analytique. Elle fait la part belle à quelques grands auteurs. Intérêt : les œuvres sont présentées dans leur contexte sociologique. On passe de la photographie d’un mode de vie à sa représentation manga. Livre très important si l’on veut comprendre la raison pour laquelle cent millions de Japonais achètent plus d’un milliard de mangas par an.

Enfin, Fabien Tillon (critique de BoDoï et de Phosphore) publie, chez Nouveau Monde, un petit opuscule fort intelligemment réalisé, « Les mangas ». Pour 3 € (voilà qui respecte l’éthique manga ! ! !) et le temps de traverser Paris en métro (ou la rade de Brest en bateau !), vous ne passerez plus pour un ignare lors du prochain festival de BD que vous ne manquerez pas de fréquenter.

Au fait, Quai des Bulles à Saint-Malo (je n’y serai malheureusement pas), c’est du 28 au 30 octobre.
Posté par M.E.L. le 14 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
Arts graphiques
,
BD
,
Livres
Lien permanent |
> Commentaires : 19
> Donnez votre avis
1 octobre 2005
Lorenzo Mattotti expose chez Christian Desbois
AS : Déplacement oblige ce week-end, je répondrai à vos nombreux commentaires lundi.

Christian Desbois, Lorenzo Mattotti
Une expo Mattotti est un événement. A 18 heures, hier soir, des dizaines d’amateurs et de passionnés ont fait la queue pour découvrir les dernières créations du génial Italien.

© Lorenzo Mattotti
Il faut dire que tout ça se passe à la bonne franquette. Depuis plusieurs années déjà, Christian Desbois tient discrètement galerie 14 avenue de La Bourdonnais à Paris, juste sous les pieds de la Tour Eiffel. Quand je dis « discrètement », c’est pas peu dire… On peut passer devant la façade sans qu’il soit possible de deviner les trésors qu’on y installe, le temps d’une expo consacrée à l’un de ses amis. Car des amis artistes, Dieu sait s’il en a, Christian. Dans l’illustration, la gravure, et dans la bande dessinée. Bilal, Baudoin, Tardi, Loustal, Götting, Cestac ou Avril lui ont souvent confié leurs œuvres pour une présentation, une sérigraphie ou l’édition de livres, comme celui qu’il a réalisé pour André Juillard : « Trente six vues de la Tour Eiffel ».

© Lorenzo Mattotti
Christian et Pierre-Marie Jamet, son ami et collaborateur, ne se mettront jamais en avant. Galliéristes, éditeurs, et même marchands, ils le sont, mais en artisans. La lithographie ou l’aquarelle, c’est « un truc cher, fragile, qui ne peut pas se mettre en rayon ». Artisans, assurément ! Mais d’abord passionnés, oui, fous d’images et de dessins.

© Lorenzo Mattotti
Rien d’étonnant à ce que Mattotti ait choisi Christian pour faire découvrir au public parisien les somptueuses images qui donnent lieu aujourd’hui à la publication d’un livre : « Nell’Acqua » (Casterman, Christian Desbois éditeur). Bien sûr, Lorenzo Mattotti est mondialement connu. Par les « unes » du New-Yorker, ses affiches (dont celles du Festival de Cannes), ses nombreuses illustrations : Pinocchio, Le pavillon sur les dunes (texte de R.L. Stevenson), Rouge (texte de Jean-Jacques Goldman). Seul ou avec de prestigieux scénaristes (Zentner, Kramsky), il a livré de superbes bandes dessinées : Le Voyage de Caboto, Dr Jekyll et Mr Hyde, Le Bruit du givre, etc…
Mais Mattotti n’a rien d’un mondain. Elégant (et pas simplement dans son graphisme), cet Italien de Brescia s’est implanté à Paris, dans un superbe atelier au cœur du quartier romantique. Les collectionneurs se disputent déjà ses œuvres (fort rares sur le marché) en Italie, en Espagne, en Amérique du Nord. Mais pour l’heure, il manifeste toute sa reconnaissance pour l’amitié de quelques artistes parisiens et d’un public qu’il chérit. Il a décidé d’officier chez Christian Desbois. Courez-y, c’est somptueux.

© Lorenzo Mattotti
Posté par M.E.L. le 1 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (Arts)
,
Actualités / Débats (BD)
,
Arts / Culture
,
Arts graphiques
,
BD
,
Portraits / Rencontres (BD)
Lien permanent |
> Commentaires : 8
> Donnez votre avis
28 janvier 2005
BD : festival d'Angoulême
Chaque remise de prix produit son lot de frustrations. Les lauréats sont aux anges et le méritent souvent. Comme Bruno Le Floc'h, mon compatriote, primé par le jury René Goscinny pour son premier album "Trois Eclats blancs" (Delcourt) ; Abolin et Pont, salués par RTL pour " Où le regard ne porte pas " (Dargaud) ; et Marjane Satrapi avec son " Poulet aux prunes " (récompense de son talent et de la clairvoyance d'un éditeur qui a lancé toute cette nouvelle génération de l'Association). Moi, j'aurais donné le prix du scénario à l'émouvant " Le Tour de valse " de Lapière et Pellejero (Dupuis). J'aurais nommé meilleur premier album " Blankets, Manteau de neige " de Craig Thompson (Casterman). J'aurais aussi salué le talent de Baru (" L'enragé " - Dupuis) et celui de Kalesniko (" Mariée par correspondance " - Paquet). J'aurais eu honte de proposer " Le cri du peuple " de l'immense Tardi dans la liste " de la meilleure série ". Quelle bêtise ! Mais j'ai applaudi l'humour féroce d'Art Spiegelman quand il rappelle, perdu dans les volutes de sa cigarette, que " la bande dessinée, c'est l'enfant bâtard de l'Art et du commerce ". Hommage posthume au génial Will Eisner et aux pionniers des comics US, pour lesquels le fait d'être reconnus comme auteurs populaires était un signe de noblesse !
Posté par M.E.L. le 28 janvier 2005 dans
Actualités / Débats (BD)
Lien permanent |
> Commentaires : 3
> Donnez votre avis
16 janvier 2005
Actualité BD
En attendant le Festival d'Angoulême (du 27 au 30 janvier), je vous recommande deux expos à Paris. L'une a déjà fait l'objet d'une grosse couverture médiatique, c'est l'expo Miyazaki et Moebius à la Monnaie de Paris, 11 quai Conti (www.miyazaki-moebius.com). Le Japonais et le Français sont deux créateurs d'univers oniriques, colorés et généreux, deux figures de proue du dessin et de l'animation. La juxtaposition de leurs oeuvres, piochées dans leurs collections personnelles, est passionnante. A quelques minutes de marche, 47 quai des Grands Augustins, la galerie de Daniel Maghen (www.danielmaghen.com) révèle l'écriture nerveuse, mais toute aussi colorée de deux jeunes dessinateurs accomplis. Olivier Boiscommun, 33 ans, formé à l'école des Beaux-Arts d'Angoulême, a déjà travaillé avec Joann Sfar et Jean-David Morvan. Il est l'auteur d'Anges d'Halloween, du Livre de Jack, du Livre de Sam, et du célèbre Troll (Les Humanoïdes Associés). Anges et démons jouent à cache-cache avec les humains dans un univers plein d'émotion et de tendresse. Sur le mur d'en face, olivier Ledroit, 35 ans, crache le feu, mobilise les vampires et fait s'affronter les destins de créatures dont le graphisme est hérité de F.W. Murnau (Nosferatu, Faust), de Tod Browning (Dracula), mais aussi de Fritz Lang (Metropolis). Les planches et dessins exposés sont extraits des "Chroniques de la lune noire", "Xoco" ou "Requiem". Entre expressionnisme et gothique, le talent (déjà) d'un Druillet ou d'un Bilal. Dérangeant mais superbe. Au fait, n'hésitez pas à me signaler les belles expos de province ou d'ailleurs. Je me ferai un plaisir de m'y rendre, lors de déplacements professionnels et de relayer vos propres commentaires.
Posté par M.E.L. le 16 janvier 2005 dans
Actualités / Débats (BD)
Lien permanent |
> Commentaires : 6
> Donnez votre avis









