16 mars 2006
Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.
Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.
Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.
1) Les éléments de surcoût
a) Les investissements
Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.
Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.
Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.
b) Surcoûts liés à l’exploitation
Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :
- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.
- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).
- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).
c) Le coût des services supplémentaires
Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.
- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…
- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,
- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, ...etc.
Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.
d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.
Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.
2) Le positionnement prix et les écarts
a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.
b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.
Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :
Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

c) Les prix boutiques
Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).
Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.
Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?
Posté par M.E.L. le 16 mars 2006 dans
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9 mars 2006
Grippe aviaire : E. Leclerc et la distribution s’organisent

Il ne se passe pas une journée sans qu’un journaliste ne vienne m’interroger sur l’organisation des centres E. Leclerc face à la menace de grippe aviaire et aux conséquences sanitaires et commerciales. Sur ce sujet, je communique peu. La psychose créée par la surmédiatisation peut être contreproductive. Nous avons vécu cela pendant l’affaire de l’ESB. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Et à ceux qui contesteraient ce choix, je rappellerai qu’à ce jour, la vente de viande rouge est en progression constante, malgré les cinq derniers cas français d’ESB… Explication : les médias, focalisés sur la grippe aviaire, n’ont pas fait leurs gros titres sur l’abattage des troupeaux.
E. Leclerc, comme les autres enseignes, est mobilisée depuis plusieurs mois. Pour parer aux conséquences sanitaires de l’épizootie, pour prévenir et gérer un risque éventuel de pandémie, et pour aider commercialement la filière avicole.
1) Toute la distribution en veille active
a) Depuis octobre 2004, le gouvernement organise des réunions avec les professionnels. E. Leclerc y est conviée. Notre activité est considérée comme essentielle et prioritaire en cas de crise : qu’il s’agisse de procéder à des retraits, de rappeler des produits, de multiplier les prélèvements, d’organiser la traçabilité…ou qu’il s’agisse encore de répondre à des ordres de réquisition pour approvisionner les forces d’urgence (hôpitaux, police…) ou une partie de la population qui aurait été confinée en cas de pandémie.
C’est Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, qui est le délégué interministériel chargé de coordonner les actions des ministères. En première ligne : Bercy, l’Intérieur, la Santé, l’Agriculture. Les réunions sont fréquentes. Avec nos collègues de la FCD, nous sommes informés sur l’ensemble des travaux et participons à l’élaboration de plusieurs scénarios de crise.
b) D’autre part (toujours avec les groupes de travail de la FCD), nous avons établi un calendrier de réunions avec la filière avicole, et plus généralement avec toute l’industrie des PGC (ANIA, ILEC…), ne serait-ce que pour parer à tout problème d’approvisionnement.
c) L’ensemble de ces réunions sont réputées s’inscrire dans le « Plan gouvernemental de prévention et de lutte « Pandémie grippale », actualisé en janvier 2006, et disponible en ligne sur www.grippeaviaire.gouv.fr.
2) Dans l’enseigne E. Leclerc :
a) Le risque de pandémie reste extrêmement faible en France. Même si déjà pointent des polémiques sur le dispositif gouvernemental (on n’y coupera pas, surtout à l’aune des élections de 2007 !), tout laisse à penser que les mesures sanitaires se révèlent efficaces. Il faut faire comme si la pandémie était possible, s’y préparer, mais sincèrement, nous avons quand même un peu de temps pour étoffer le dispositif.
Dans tous les cas, nous savons que nous pouvons être réquisitionnés. Les scénarios existent. C’est un des chantiers sur lesquels nous planchons.
b) Un groupe de travail réunissant ou pouvant faire appel à tous types de compétences a été constitué, directement rattaché au comité stratégique de l’enseigne. J’en ai confié la responsabilité nationale à des hommes qui ont déjà été en première ligne pour traiter l’affaire des steaks hachés, cet automne (dont B. Bornancin, adhérent à Mont-de-Marsan que certains se rappelleront avoir vu en œuvre à la TV, puisqu’il gérait, dans le Sud-Ouest, une cellule de rappel des clients contactés grâce à leur carte de fidélité). Il y a aussi des adhérents qui, acheteurs, connaissent bien le secteur volaille et les éleveurs ; des adhérents déjà engagés dans la commission chargée des contrôles de qualité, Yves Boisard, notre consultant vétérinaire, et deux de mes principaux collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï, coordinateur qualité, et Philippe Séligmann, communication.
Ce groupe de travail suit les dossiers suivants :
- Précaution : Relations avec les fournisseurs ; gestion de l’information ; contrat qualité, opération de retrait éventuel, rappel…
- Protection du personnel des magasins : achat, répartition, élaboration de scénarios d’intervention (masques, équipements spéciaux, mesures d’hygiène).
- Relations avec les autorités sanitaires (Direction de la Santé, Service de Veille Vétérinaire, etc…).
- Relations avec les consommateurs : plan de communication adapté aux différentes « cibles » : médias, clients, personnel. Gestion des opérations de prévention et de gestion de crise.
c) L’action de ce groupe de travail est relayée par les directeurs des 16 coopératives régionales qui travaillent, notamment, sur la problématique spécifique du stockage et de l’approvisionnement.
d) Toutes ces personnes ne communiqueront qu’en cas de besoin. Priorité au travail de terrain.
3) Le soutien à la filière :
Si j’ai exprimé des doutes sur l’efficacité de la communication collective pour promouvoir, dès maintenant, la volaille française à la TV, mon groupe n’en est pas moins mobilisé dans des actions locales immédiates.
J’en profite pour témoigner du sérieux de nos fournisseurs et de nos interlocuteurs de la filière avicole en général. Personne ne mégotera sur un quelconque problème sanitaire. Tous les producteurs sont en observation de leurs bestioles. Ils savent qu’en cas de test positif H5N1, il faudra sacrifier le troupeau. Ceci justifie largement qu’on soutienne leur demande d’aide financière et qu’on leur donne un coup de main commercial.
Chaque région E. Leclerc met en place, avec les acteurs volontaires de la filière (éleveurs, industriels), des opérations en magasin. Ca marche bien. Au-delà de toute attente. Une anecdote racontée par B. Bornancin : « Samedi dernier, je passe devant le rayon volaille. Je m’inquiète de le voir surstocké en cette période de mévente. Une heure plus tard, je suis stupéfait de voir le nombre de clients enthousiastes devant l’animateur, un éleveur des Landes. Résultat : 650 poulets « label rouge » vendus dans la journée : trois fois plus que d’ordinaire !!! ».
Des dizaines d’animations de ce type sont projetées dans toute la France, en attendant l’opportunité d’actions publicitaires nationales, elles aussi programmées.
A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 9 mars 2006 dans
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27 février 2006
Grippe aviaire : Quelle communication pour aider les éleveurs ?

Nous aurons l’occasion de reparler prochainement des différents problèmes causés par ce fléau : aspects sanitaires, risque de pandémie humaine, gestion des scénarios de crise, conséquences sociales et même…politiques. Les fédérations d’éleveurs nous ont sollicités, ces dix derniers jours, pour éviter la chute des ventes, et lancer des campagnes publicitaires. La contamination de l’élevage de Versailleux a pris de court toute la profession et limite sérieusement l’exercice de publicité collective.
Les images associées à l’abattage d’une dizaine de milliers de dindes portent un sérieux coup au projet de publicité collective télévisée réclamée par les syndicats d’éleveurs. Le projet n’est pas définitivement irréalisable. Mais élaborer un message crédible, incitatif, et définir la programmation idéale de la diffusion…voilà qui devient périlleux et mérite réflexion (si l’on cherche réellement l’efficacité auprès des consommateurs, et pas seulement une opération de relations publiques auprès des éleveurs !!!).
1) Rappel du contexte : En France, le risque reste principalement d’ordre vétérinaire
a) Aucun scientifique ne soutient sérieusement l’existence, à l’heure actuelle, d’un risque de contamination d’homme à homme. Cela supposerait une mutation du virus, ce qui n’a pas été observé.
b) Les cas de contamination humaine résultent de pratiques sanitaires déficientes : cohabitation quotidienne avec les oiseaux, manque d’hygiène, ...etc. Dans tous les cas observés, ce sont les animaux qui ont transmis le virus à l’homme.
c) Dans l’hexagone, de l’avis de l’Afssa comme de la plupart des scientifiques, de tels risques sont minimes, y compris dans les élevages industriels, compte tenu des mesures préventives (port de masque et de gants, pédiluve, ...etc.) dans l’exercice professionnel.
2) L’affaire se double d’un risque commercial important :
- Plus de 30 000 élevages professionnels produisent 700 millions de volailles en France.
- Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros.
- Nombre de personnes employées : 65 000.
- Exportations : 715 000 tonnes (plus d’un tiers de la production). La France est le premier exportateur de l’UE.
Je confirme les chiffres cités dans la presse ces derniers jours :
- Baisse moyenne des ventes de 10 à 12 % jusqu’au 15 février.
- 30 % sur les 3 derniers jours ouvrables.
3) Deux types de campagne de communication sont envisagés :
L’une est d’initiative européenne : elle porte sur les aspects sanitaires. L’autre est française et se veut plus commerciale.
a) Les pays européens, réunis à Vienne vendredi, ont décidé de lancer une campagne d’information pour rappeler que « la consommation de volaille ne présente pas de risque ». Certains pays (Turquie, Bulgarie et Roumanie) voudraient y associer des messages de prévention invitant les citoyens à refuser tout contact physique avec les oiseaux, morts ou même vivants !
Les deux messages ont leur raison d’être. Je ne crois pourtant pas à leur cohabitation dans un même spot publicitaire. Ni même dans des spots séparés qui seraient diffusés sur une même période.
b) Les fédérations d’éleveurs en France veulent faire de la promo pour soutenir le marché. Le gouvernement a débloqué 2 millions d’euros qui pourraient être investis dans une campagne collective TV.
Il y a une semaine encore, on aurait pu imaginer un message du type : « La France a pris toutes les précautions en confinant les élevages. Achetez de la volaille française, c’est une garantie sanitaire. Les éleveurs ont fait pour vous les investissements et les efforts permettant de certifier la bonne qualité des marques et labels français ! ».
Oui, mais voilà : l’épidémie a frappé sur un territoire qu’on avait présenté comme sécurisé ! L’élevage de Versailleux (Ain) était confiné (théoriquement). Le H5N1 a frappé là où on ne l’attendait pas.
S’il s’agit d’une erreur humaine, l’affaire sera classée, oubliée dans quelques jours ou semaines. L’opération de communication pourrait alors être lancée.
Si cette affaire révèle finalement l’impossibilité d’un confinement étanche, c’est tout l’argument publicitaire qui tombe.
De fait, les images télé et les articles de presse diffusés ce week-end, ont jeté le trouble dans l’esprit des consommateurs. Ils ont découvert, malgré le confinement, le passage de tracteurs hors pédiluve ; et des pailles préalablement stockées dans une grange ouverte, sans protection contre les passereaux, hirondelles, étourneaux, pigeons, etc… Avec ces commentaires sincères, mais dramatiques : « Comment voulez-vous qu’on fasse autrement ! ».
Ils ont vu aussi une horde de journalistes et de photographes, sans protection, trimbaler leurs chaussures des étangs de la Dombe à la ferme de Versailleux. Et un ministre, seul utilisateur d’un seau qui faisait office d’unique pédiluve. A trop vouloir en faire, on frise le ridicule.
Que reste-t-il donc à raconter après de tels reportages !
4) L’argument de la vaccination
Convaincus du désastre médiatique, les professionnels envisagent maintenant une campagne de vaccination. L’initiative est probablement nécessaire, vu que l’épizootie, personne n’en doute, est là pour longtemps.
Mais si la parade est efficace, et le discours sécuritaire ainsi renforcé, que vaut cette information…par rapport à l’objectif de relance de la consommation. Vacciner…ne fait pas saliver. Qui peut imaginer sérieusement qu’une telle campagne incitera les Français à mettre la poule au pot ?
5) Priorité à la communication de terrain
Je viens de le confirmer à plusieurs fournisseurs qui m’appelaient ce week-end : mon groupe répondra présent à l’appel des professionnels. Nous saurons être solidaires. Et nous mettrons en place, région par région, les opérations promotionnelles les plus adaptées aux contextes locaux.
Pour autant, à partir des réflexions précédentes, je proposerai :
a) De retarder la campagne collective nationale au moins jusqu’à ce que les effluves de Versailleux se soient dispersés dans l’opinion.
b) Si elle doit avoir lieu, il faut trancher. Sécuritaire ? Qui prendra la responsabilité du message : les pouvoirs publics, l’interprofession ? Attention, toute affirmation, toute promesse engage son auteur !
Commerciale ? Quitte à ce qu’on vienne financièrement en aide à nos amis de la Bresse, je préconiserai qu’on ne tienne pas un discours général. Il sera pollué dès la prochaine contamination. Il vaut mieux segmenter les risques (et les chances de réussite). Je recommanderai de faire la publicité de différents bassins de production (Landes, Gers, Loire, Bretagne ouest, etc…) dont les élevages ne sont pas affectés. C’est ce qui avait été fait dans le contexte de la « vache folle ». Nos bouchers s’étaient appuyés sur la fiabilité de certaines races à viande (limousine, aquitaine, ...etc.), le temps que soit mis en place un système général de traçabilité.
c) En tant que distributeur, nous nous offrons à être les relais des campagnes commerciales. Je crois plus au travail effectué par les bouchers-charcutiers et les responsables de nos rayons traiteurs qu’aux vertus des grands discours collectifs. Ce sont eux qui sont les plus fiables pour vanter la qualité de leur approvisionnement auprès de consommateurs.
d) Dans Le Parisien, ce matin (27/02/2006), les adhérents d’une section avicole de la FDSEA s’inquiétaient de la quasi fermeture des rayons volaille de certains hypers. Je ne sais pas si c’est vrai.
Sans qu’il soit nécessaire de se référer au « civisme de la grande distribution », il est primordial que nous ne participions pas à la psychose. Le meilleur moyen de démontrer notre confiance dans le produit, c’est de le mettre à la vente.
e) Reste pour moi une inconnue, l’attitude des organisations de consommateurs. Sauront-elles manifester leur solidarité avec les éleveurs ? Estimeront-elles ne pas pouvoir s’engager sur la qualité des mesures sécuritaires ou l’innocuité de l’ingestion des volailles…
Les efforts des professionnels ne serviront à rien s’ils ne sont pas relayés dans l’opinion, et surtout s’ils sont contrecarrés par une culture du doute.
Posté par M.E.L. le 27 février 2006 dans
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24 février 2006
Surpêche, menace sur les ressources en poisson : Greenpeace interpelle la distribution

© Nathalie Luthold
Greenpeace démarre une campagne de sensibilisation du grand public sur la surpêche de certaines espèces et la préservation des ressources halieutiques. Sur l’exemple d’un rapport réalisé par Greenpeace Angleterre
> Lire le rapport Greenpeace (pdf)
Greenpeace France rédige une étude sur la consommation des produits de la mer dans l’hexagone, ainsi que sur la politique d’approvisionnement des acteurs du marché. 70% des ventes de poisson se font au travers de la grande distribution. Par des achats directs ou par l’intermédiation de mareyeurs ou de grossistes ! L’ONG souhaite mettre en place un système de notation pour chaque enseigne.
La démarche de Greenpeace se veut constructive. Tant mieux. Le sujet mérite qu’on s’y investisse. Et les solutions ne sont pas simples.
On se rappellera cette polémique sur la perche du Nil. J’avais diligenté un audit social et environnemental pour que mes collaborateurs puissent se faire une opinion. C’est en partie chose faite : les dégâts écologiques sont confirmés, la prolifération de l’espèce prédatrice nuit à la diversité du peuplement des cours d’eau mais le boycott n’arrangera rien. En tout cas socialement ! L’exploitation de ce poisson a été créatrice de nombreux emplois. Loin d’être toujours valorisants, c’est sûr. Mais la reconversion des sites de conditionnement devenus très nombreux, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mes équipes recherchent des formules de substitution, vers d’autres espèces, et même des modes de production bio ou équitables. Il faut du temps…
L’étude française de Greenpeace porte sur une dizaine d’espèces sur lesquelles l’ONG propose des actions correctives, soit pour éviter le gaspillage des ressources, soit pour pallier aux effets négatifs des modes de pêche, destructeurs de l’environnement. Il s’agit du cabillaud, du thon rouge (de Méditerranée dans 80% des cas), de l’empereur, du grenadier, du lieu noir, du bar, du flétan, de la lotte, du carrelet, et des crevettes (sauvages ou d’élevage. Il s’agit principalement ici de crevettes importées d’Asie ou d’Amérique du Sud).
Sur la base de cette liste, nous allons donc rassembler les données concernant les différents fournisseurs. Répertorier les modes de pêche, tels que par exemple, ceux qui s’effectuent avec des chaluts pélagiques, pas forcément interdits par la réglementation, mais sujets à forte polémique, notamment en Bretagne.
Partant de ce travail de documentation, mes équipes discuteront avec Greenpeace ou tout autre ONG intéressée par le sujet… pour mener un certain nombre d’actions parmi lesquelles
1. Réécriture (à la hausse) des exigences concernant le respect des critères environnementaux et sociaux sur les sites d’élevage.
2. Suppression de la pêche pélagique (et étude avec les professionnels de technique de substitution)
3. Référencement et promotion d’espèces alternatives (comme le tilapia).
La tentation des ONG, dans le processus de notation, c’est évidemment de mettre la pression sur les acteurs économiques.
Moi, je crois qu’il faut faire les choses rationnellement, en mesurant toutes les conséquences des actions correctives. Il faut en effet éviter de tomber dans des actions trop radicales, dont les effets pervers peuvent être pire que les pollutions présentes.
J’ai relu cette semaine des articles publiés ces 4 ou 5 dernières années sur la surexploitation de quelques unes de ces espèces. Nombre d’ONG faisaient la promotion des techniques d’élevage, par opposition à la surpêche, en haute mer. Mais, 4 ans plus tard, les mêmes ONG dénoncent les concentrations d’élevage, dont tout le monde convient désormais qu’ils ont aussi un effet très polluant, et qu’ils constituent des lieux où prolifèrent nombre de virus et bactéries (cf. crevettes asiatiques).
Sans compter le problème de l’alimentation des poissons d’élevage…
Je n’ai pas d’autres compétences pour aller plus loin dans l’analyse du sujet. S’il vous passionne, n’hésitez pas à me fournir des informations.
De toute façon, il nous faut réagir, et profiter de cette alerte de Greeenpeace, pour balayer tous les problèmes de ces filières.
Posté par M.E.L. le 24 février 2006 dans
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24 janvier 2006
Thierry Breton et les soldes : réformer, dans l’intérêt de qui ?

Cent pour cent d’accord avec Henri Loiseau (LSA 19/01/06). Le directeur de la rédaction de LSA pose la vraie bonne question : « Plutôt que d’inciter les Français à sans cesse différer leurs achats pour mieux profiter des périodes de soldes ou de promotions, ne serait-il pas préférable de s’interroger sur la pertinence d’un plus « juste prix » ? »… Ce n’est pourtant pas dans cette voie que se sont engouffrés professionnels et politiques, suite au débat lancé par Thierry Breton sur Europe 1 (08/01/06).
1) Les soldes, du déstockage occasionnel…à la super promo institutionnalisée
Les soldes sont devenus incontournables. Un moment de quasi frénésie, une mise en scène généralisée, tous commerces confondus ; un évènement hyper relayé par tous les médias, alors qu’habituellement, les rédactions rechignent à la publicité commerciale.
Initialement, les soldes constituaient une exception dans le code et la pratique du commerce. Une dérogation (l’autorisation de la revente à perte) pour permettre aux commerçants d’écouler les invendus en fin de collection.
Pour la plupart des commerçants, l’objet initial reste celui-là. Mais les soldes sont devenus braderies festives, bruyantes, alléchantes…et excessives. Ils sont devenus un vecteur indispensable, quasi incontournable du marketing de la distribution. Et de nos jours, il faudrait être sacrément hypocrite pour nier la dérive du concept vers l’orchestration d’une super, méga, hyper promo.
Croit-on vraiment que les grands magasins ou les chaînes spécialisées investiraient autant en publicité s’il ne s’agissait que d’écouler à perte quelques nanars ?
30 à 40 % des ventes de textiles en France seraient effectuées lors des soldes ! Si c’est vrai, les professionnels devraient admettre leur pitoyable performance. Car produire « cent » pour n’en commercialiser que « soixante » à « prix normal »… vaut mieux changer de métier…
En réalité, les acheteurs des grands magasins ou des grandes chaînes mettent à la vente, en plus des invendus, des produits spécifiquement conçus pour les soldes (ou mis en avant à cette occasion !). Les consommateurs ont fini par s’y habituer, se sont pris au jeu. Au point qu’une représentante de l’UFC estimait récemment « qu’il faudrait de « vrais soldes » et en quantités suffisamment disponibles (sic) pour satisfaire tout le monde, et pas seulement quelques happy few ».
Faut-il cautionner cette dérive ? Et étendre plus encore ces pratiques. A mon sens, non ! Multiplier les soldes, comme le suggère T. Breton, cela reviendrait surtout à multiplier l’offre promotionnelle. Le risque, c’est d’accentuer les à-coups du système et d’entretenir le caractère de plus en plus erratique de la consommation. Avec des consommateurs qui ne s’y retrouveront plus.
2) Et si le problème n’était pas les soldes, mais la cherté de nos achats quotidiens ?
Les soldes, ça marche en ce moment comme marchent aussi le hard-discount, le low-cost, les marques de distribution, tout ce qui n’est pas cher…
La crise du pouvoir d’achat touche toutes les catégories sociales.
C’est devenu un réflexe général. On n’achète plus à prix normal, on attend les prix cassés. Exemple ? Les jouets que les distributeurs s’évertuent à mettre de plus en plus tôt en rayon alors que les clients attendent les braderies des quinze derniers jours avant Noël pour effectuer leurs achats !
Le « prix des choses » au quotidien est devenu trop cher. La multiplication des soldes, des promotions ne fait qu’accentuer l’écart avec les prix du fond de rayon.
L’observation vaut pour tous les produits. Plus encore pour le secteur des jouets, de la fringue, du blanc, où les soldes abondent. Pendant toute l’année, les marques imposent un prix de marché. Elles exigent un coefficient de marge minimal (à défaut, elles ne livrent pas). Elles cherchent à limiter la concurrence (et la surenchère entre distributeurs). Mais elles ont finalement cautionné ces braderies dont le caractère occasionnel ne risque pas de remettre en cause le positionnement marketing initial de leurs produits.
Du coup, les soldes deviennent l’exercice concurrentiel autorisé, avec son contexte culturel spécifique, qu’on oppose aux pratiques commerciales du reste de l’année.
3) La vraie révolution, ce serait non pas de multiplier les promotions, mais d’installer une vraie concurrence de prix dans ces secteurs
D’ici un ou deux ans, la loi Galland ayant été réformée, la DGCCRF aura tout le temps nécessaire pour remettre un peu d’ordre dans ses pratiques, surtout en cours dans les grands magasins et les GSS. Le Conseil de la Concurrence a eu beau sanctionner ces ententes verticales, la pratique des prix uniformes (chers) reste immuable. Il est temps de rétablir une vraie concurrence, avec des prix nets ou des promotions lisibles…et des soldes, des vrais soldes, seulement en fin de saison.
Isolée dans les organisations de consommateurs, la CLCV soutient cette position, qui me paraît la plus raisonnable.
C’est ce que pratiquent les commerçants des pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Allemagne).
C’est ce que préconise la Commission Européenne qui, depuis plusieurs années, tente d’élaborer une directive « promotions »… une directive libérale, comme vous pouvez l’imaginer.
Qui s’y oppose ? Mais la France, bien sûr. La France de la loi Galland, la France des soldes, la France de l’économie administrée.
Thierry Breton réunira professionnels et consommateurs mi-février. Il a posé une question, pas forcément suggéré la bonne solution, mais pourquoi ne pas saisir cette occasion pour aborder le problème sous cet angle…
Posté par M.E.L. le 24 janvier 2006 dans
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19 janvier 2006
Actimel, Bifidus, Yakult : Que Choisir trie les vraies et fausses promesses des alicaments !

Pas facile d’élaborer une opinion bien étayée sur les promesses alléchantes des probiotiques et autres alicaments dont nombre de marques se revendiquent dans les campagnes de publicité, comme sur les packagings. Ces marques venues d’ailleurs (Actimel, Bio, Yakult, LK, L.CASEI) ont suscité une abondante littérature critique. Des opinions qui expriment un scepticisme devant la surenchère des allégations. Des analyses qui décryptent des stratégies marketing plutôt que des préoccupations nutritionnelles… Mais des avis scientifiques aussi, avec quelquefois la caution d’un grand laboratoire ou même de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)…
L’UFC-Que Choisir (n° 433, janvier 2006) a consacré un très intéressant dossier à ces « bonnes bactéries » dont les vertus sont supposées améliorer notre transit intestinal ou accroître les défenses de l’organisme.
J’en recommande la lecture : outre qu’on y collecte beaucoup d’informations (précises), les rédacteurs (Fabienne Maleysson et Claire Pergrale) ont refusé par avance tout parti pris anti-industriel. L’approche est pragmatique (analyse comparée des valeurs nutritionnelles) et s’intéresse aux grandes marques tout autant qu’aux MDD.
J’ai particulièrement retenu de cette étude :
a) Un effort général, toutes marques confondues, sur la réduction des lipides : « Les teneurs en graisses sont limitées, allant de 0 % à 1,6 % ».
b) Respect quasi général des recommandations de l’OMS (indication des conditions de conservation, contact fabricant, relative clarté des informations consommateurs).
c) Toujours beaucoup de sucre (trop de sucre !).
Sur le fond même de la polémique, Que Choisir conclut surtout à l’écart « entre les résultats d’études, positifs mais relativement limités, et les publicités (couples de seniors prêts à affronter les rigueurs de l’hiver ou les aléas d’un voyage en Inde, blouse blanche vous expliquant qu’Actimel peut contribuer à contrer les effets du froid, du stress et du manque de sommeil, bonnes bactéries agissant comme des boucliers apparemment capables de vous prémunir contre toute attaque de l’extérieur…) ».
Pas lieu de lancer une chasse aux sorcières, donc. De la vigilance, surtout (« Le consommateur n’a pas fini de devoir faire le tri entre les faits scientifiquement avérés et les délires publicitaires »).
Et c’est sous forme de clin d’œil que Fabienne Maleysson rappelle que tout autant que ces produits nouveaux, le yaourt, le bon yaourt classique, avec ses ferments traditionnels Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, reste encore indétrônable pour ses effets bénéfiques.
Posté par M.E.L. le 19 janvier 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
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12 janvier 2006
Labels bio, équitable, environnement : La leçon des Coop Suisse !
Les consommateurs suisses sont parmi les plus gros acheteurs de produits issus du commerce équitable (pour l’anecdote, 50 % des roses vendues au pays de Guillaume Tell sont labellisées Max Havelaar ! ! ! ».

Idem pour le bio : 30 % des produits agricoles helvètes, compte tenu de cet engouement, se revendiquent de cette certification.
Le rôle de la distribution coopérative a été exemplaire dans ce développement. Migros, puis les Coop de consommateurs ont largement relayé l’aspiration quasi naturelle des Helvètes pour la défense de leur environnement. Au point qu’aujourd’hui, Coop Suisse (2ème distributeur) y commercialise 50 % des produits bio. Avec des taux records qui interpelleront tous les professionnels hexagonaux : 50 % du marché du lait, 51 % des œufs, 35 % des carottes, etc…
J’avais, hier, organisé le déplacement à Bâle de toute une task force : cadres et adhérents de mon enseigne engagés dans le développement durable (secteur achats, logistique, contrôle qualité). Visite passionnante, depuis l’arpentage des rayons d’hyper où s’affichaient bien visibles les différents labels écologiques, jusqu’au siège de la coopérative avec les chefs de projet et les « category managers ».

La stratégie des Coop s’appuie sur le développement de « labels de compétence » :
- Coop Naturaplan distingue les aliments biologiques certifiés par un « bourgeon » ainsi que viandes et œufs issus d’élevages respectueux des animaux.
- Coop Naturaline labellise les textiles et les cosmétiques produits selon un cahier des charges écologique et éthique. Exemple : vente de coton bio et équitable, origine Inde.
- Coop Oecoplan souligne les produits et emballages dont les engagements environnementaux sont certifiés. Et aussi les services tels le réseau des « pressings-maison » qui ont remplacé le perchloréthylène par un solvant moins polluant.
- Max Havelaar est partenaire des Coop et labellise les produits du commerce équitable.
- A ces certifications viendront bientôt s’ajouter un label « végétarien » et un autre « antiallergénique ».

Pour ceux que le détail de ces initiatives intéresse, Coop Suisse édite une brochure très complète, en français ou en allemand, qu’on peut acquérir au siège des Coop (Info Service, Case postale 2550, 4002 Bâle).
De cette visite, mes collaborateurs et moi-même avons retiré beaucoup d’enseignements. Je livre, pêle-mêle, quelques observations particulières.
1) Les Coop se sont engagées à fond, dès le début des années 90, dans le développement durable. Inutile de dire que même à l’époque, ce n’était ni une mode, ni un véritable investissement marketing. Le groupe a tout de suite rencontré un problème d’offre limitée. (Les producteurs bio peinaient à exister au milieu d’une agriculture hyperproductive avec sa surproduction de lait et ses montagnes de beurre).
Le distributeur s’est donc investi dans des accords de filières, avec des partenariats individualisés.

2) Coop a donc dû appuyer le développement de ces gammes grâce à ses propres marques.
a) Aujourd’hui encore, peu ou pas de marques de producteurs (pas d’AOC, d’indications spécifiques de terroir comme en France…). Même les produits locaux sont aux marques et aux labels « Coop Suisse ». On ne peut certes pas parler de « filières intégrées », mais, à coup sûr, les producteurs sont dépendants du marketing de l’enseigne.
b) Conséquence : la production bio en Suisse s’est terriblement concentrée. En France, elle est atomisée dans des centaines d’exploitations. En Suisse, 4 à 5 « grosses firmes agricoles », par segment de marché, y compris dans l’élevage, proposent l’offre labellisée vendue chez Coop.
c) S’il existe en Suisse des organismes « nationaux » labellisateurs, on n’en voit pas beaucoup les sigles sur les produits (contrairement au Label Rouge ou au logo AB (Ecocert) en France). Du coup, les labels Coop représentent 30 % des ventes de l’enseigne ! ! ! Coop fait cependant appel à Max Havelaar pour les produits équitables, mais pas sur tous les produits (notamment d’origine Asie).

3) En France, les ONG y verraient malice (Cf. débat sur la multiplication des certifications privées et l’auto-saisine des pouvoirs publics dans cette affaire). Pas de problème de ce type en Suisse (si j’en crois nos interlocuteurs). Deux explications sont avancées :
a) Les ONG sont très positives (idéologie protestante, Cf. Max Weber ! ! !). Un peu plus vindicatives en Suisse romande qu’en Suisse allemande. Mais elles sont très pragmatiques. Et les 2 millions de consommateurs de Coop sont co-propriétaires (pléonasme) de leur coopérative, d’où maxi confiance.
b) La demande elle-même n’est pas politisée, ni « idéologisée ». Nos interlocuteurs considèrent que l’approche environnement/bio des clients ressort d’une attitude plutôt « égoïste ». Priorité d’abord à la préservation de leur propre santé ou de leur patrimoine (paysage, qualité de vie, tourisme, etc…).
4) Ce contexte particulier a permis aux productions bio et aux produits du commerce équitable de sortir de leur marché de niche. Sans compter qu’indirectement, le prix du bio a bénéficié « d’un écart de prix » relativement faible par rapport à une agriculture conventionnelle déjà très chère (une réglementation très protectionniste met les agriculteurs locaux à l’abri de la concurrence européenne).
5) Mais ce contexte particulier conduit aussi à quelques exubérances et contradictions. Quelques exemples en parcourant un magasin :
a) Les produits bio sont très festifs (ce qui les rend très attractifs). Rien à voir avec le marketing paupérisant de certains produits hexagonaux ou nordiques. Les packagings, comme les arguments publicitaires, revendiquent plutôt le goût, l’achat plaisir…que l’achat militant !
b) Les produits frais bio sont tous recouverts de polyéthylène (pas de PVC bien sûr). Explication étonnante : « Ne pas contaminer le bio dans sa cohabitation avec les produits conventionnels ». Quel gaspillage d’emballage !

c) Les gammes bio sont richement déclinées. Avec excès, parfois ! Ainsi, ces œufs durs sortis d’une gamme « Pique-nique », bio de chez bio, colorés en bleu ou en rouge(pour ne pas les confondre avec des œufs frais) ! Rien ne justifie évidemment qu’ils soient vendus 1 F suisse de plus que le bio classique (ou alors, ça fait cher la cuisson écolo ! ! !).

Ou encore, ces œufs brouillés (bio) commercialisés en brique pour 2 ou 4 personnes ! Je ne vous dis pas le prix…

Enfin, que penser de ces gammes bio spécifiques enfants (exemple : une référence de pomme, au goût sucré !).

d) Moins anecdotique, mais en complète contradiction avec les objectifs affichés d’économie d’énergie et de lutte contre le gaspillage, toutes les gammes bio sont déclinées en portions individuelles. Avec des dizaines de petits packagings pour abriter « sauces, yaourts, purées de fruits, confitures et condiments », etc…
e) Et pour finir, ces suremballages en carton, détachables, qui entourent le plastique des « ultra-frais », théoriquement justifiés pour que les consommateurs puissent les séparer lors du tri sélectif…alors qu’il suffirait d’imprimer le pot et d’en faire l’économie !
6) Nouveautés : Coop a récemment noué des partenariats de co-branding avec des grandes marques industrielles (Skip, Knorr) ou sélectives (Weight Watchers…) dans le bio et la diététique. Voilà qui ferait bien hurler les associations françaises… Mais apparemment, ici, ça passe…

Bon, j’arrête là ces remarques. Au-delà de ces commentaires, je retiens la détermination et la performance de Coop Suisse. Exemplaire !
Au Sommet sur le Développement Durable de Johannesburg, l’ONU lui a décerné le Prix International des Partenariats en faveur du Développement Durable. Bravo, c’est mérité. A nous de relever le défi…

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2006 dans
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2 janvier 2006
2006 : Mondialisation, chômage, racisme, déclin économique : « Refusons de subir »

C’est au bas de l’avenue Foch à Paris. De jour, on passe à côté sans rien voir. La nuit, la stèle érigée à la mémoire du Maréchal de Lattre de Tassigny est éclairée. La devise du héros est inscrite dans la pierre : « Il faut refuser de subir ».
C’est ce que je vous (je nous) souhaite en ce début d’année 2006 : agir, réagir, ne plus subir.
Toutes les Unes des journaux, ce week-end, ont laissé échapper ce soupir : « Il faut tourner la page 2005 ». Avec, dans le rétroviseur de la planète, les images du tsunami, des ouragans US, les menaces de la grippe aviaire en Asie, les attentats en Irak… Et plus près de nous, la montée du communautarisme, la révolte des banlieues, le taux de chômage, l’effacement de notre pays dans le concert européen. Année horribilis aussi pour J.Chirac, le PS, les licenciés de HP, les réhabilités d’Outreau, etc… Une pensée particulière pour les victimes d’Escherichia coli (je ne les oublie, ni ne les oublierai pas).
Reste que je ne crois pas au déclin général du pays. Dans les entreprises, dans les familles, les écoles et les banlieues, des milliers d’hommes et de femmes se dévouent et se démènent. Comment peut-on baisser les bras, évoquer la fatalité ou se réfugier dans des commentaires purement cyniques alors qu’ils déploient…tant de générosité, d’ambition, d’énergie.
Mais nous sommes dans une société complètement bloquée.
Institutionnellement, la France est une monarchie vieillissante, avec son roi éprouvé, une cour encore flagorneuse (version JL Debré), et une majorité parlementaire déjà indisciplinée, mais incapable de s’émanciper. Et l’opposition se cherche un chef parmi les chefs, sans qu’on ne connaisse toujours pas son contre-projet.
Culturellement aussi, cette fin d’année était assez minable. Surenchère de violences verbales : « karcher, racaille, Vichyste, traître ». Pas très ragoûtante du tout cette dernière dictée…sans B. Pivot. Et que dire de ces états d’âme sur les effets de la colonisation… Le pays rase les murs, a peur de son bilan comme de son ombre. C’est peu dire que l’Etat cède aux revendications communautaristes. Aux corporatismes aussi (d’ailleurs). Toute cette énergie perdue à la SNCM, dans les transports publics (les jours de grève), les pseudo-querelles sur les privatisations, les élucubrations tardives et fumeuses sur le patriotisme économique et ce regain pour le protectionnisme…
On regarde tout ça avec appréhension tant il est vrai que ce sont les signes les plus tangibles d’une grave crise de confiance que traverse notre pays.
Mais si, pour le politique, il faut attendre 2007 pour réagir, telle n’est pas l’obligation qui échoit aux entrepreneurs, ni même aux simples citoyens.
Il n’y a rien à gagner dans l’immobilisme. Faisons table rase des critiques stériles. Ce ne sont là que des postures, desquelles il ne faut rien attendre de positif. Arrêtons donc de subir les évènements, et osons l’aventure avec tous ceux qui ne veulent pas rester prisonniers de cette gangue léthargique.
Pour mon groupe, c’est l’an 1 de la réforme de la loi Galland. Il s’agit de reprendre l’offensive (et l’avantage) en recreusant l’écart sur les prix. La loi nous en donne désormais la possibilité. Cette semaine, plus de 6 500 articles baisseront de – 2 à – 15 %. Cette première vague (il devrait y en avoir une autre au 1er janvier 2007) devrait offrir quelques belles opportunités à des consommateurs dont le pouvoir d’achat en 2006 ne sera pas à la fête, ne serait-ce qu’à cause de l’augmentation prévisible des dépenses incompressibles (loyer, remboursement d’emprunts, coût des transports).
Pas question pour autant de participer à un mouvement général de « destruction de valeurs » (expression chère aux analystes boursiers !).
J’engagerai ainsi mon groupe dans une ambitieuse politique d’investissements. En trois ans, une centaine de nos hypermarchés seront rénovés, transférés ou agrandis. A cette occasion, nous renouvellerons l’offre des produits frais, créerons des caves à vin, étendrons les espaces dédiés au textile, à la micro-informatique, et d’une manière générale au non-alimentaire. C’est ce secteur d’ailleurs qui se développe le plus et qui tire la consommation. D’où un programme d’ouvertures conséquent (295 concepts spécialisés d’ici 2008, dont 60 espaces culturels, 35 magasins de sport, 50 parfumeries…et une dizaine de stations-service sur autoroute).
C’est ce qui me permet d’affirmer que l’enseigne sera créatrice nette de plusieurs centaines d’emplois, de plus en plus qualifiés.
Si j’insiste, en ce début d’année, sur notre ambition professionnelle, c’est moins pour en tirer argument publicitaire…que pour témoigner qu’il n’y a pas de fatalité de la crise, et encore moins de déclin. Une manière aussi d’inviter tous ceux qui ont soif d’action d’affirmer leurs propres projets et de parler enfin des « trains qui arrivent à l’heure ».
Certes, il eût été utile que les hommes politiques (nos élus) sollicitent et fédèrent toutes ces énergies plutôt qu’ils ne les fragilisent. J’aurais aimé entendre nos leaders valoriser et s’appuyer sur les expériences de leurs collègues dans l’une de ces 30 000 municipalités françaises (initiatives dont on ne parle pratiquement jamais dans les médias nationaux !), ou s’appuyer sur ce qui marche (dans le privé comme dans le secteur public) pour crédibiliser la possibilité d’un sursaut.
Tant pis. On fera « sans »… Je dédie cette année nouvelle à tous ceux qui vont investir et embaucher. Et tout simplement à tous ceux qui, de bonne volonté, oeuvreront pour apporter un peu plus de générosité et de solidarité dans notre société.
Je vous souhaite à tous une bonne année.
Posté par M.E.L. le 2 janvier 2006 dans
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22 décembre 2005
Réforme Jacob/Dutreil : Quelles baisses de prix en 2006 ?
Pas une interview qui ne commence par cette question ! La réponse n’est pas simple tant sont grands les facteurs d’incertitude. Entre les promesses faites par Renaud Dutreil (baisse de 5 % calculée sur une période qui prend effet avec les accords Sarkozy –juillet 2004) et les hausses tarifaires annoncées par les grands industriels, il y a, sans jeu de mots, une « marge ». Essayons d’y voir clair.
1) D’abord, c’est certain, il y aura bien des baisses de prix. Et cela, grâce à la réforme législative pour laquelle mon groupe a bataillé depuis deux ans. La réforme est complexe, la négociation difficile, les conditions d’application quelquefois périlleuses… Mais les textes autorisent bien la répercussion au consommateur d’une partie des fameuses marges arrière. La coopération commerciale supérieure à 20 % pourra être déduite du prix de vente public. Potentiellement, ça peut représenter des baisses de 10 à 15 % sur plusieurs centaines de produits de marque.
2) Dès début janvier, quasiment toutes les enseignes proposeront des baisses de cette ampleur sur les produits en catalogue ou en publicité. C’est inévitable. J’en mets ma main au feu.
Aucune enseigne d’hypers n’a envie de se faire damer le pion par une autre. Certaines ne sont pas convaincues des effets boosters d’une telle promotion. Mais toutes savent que si elles loupent « le passage de la ligne », elles perdront des plumes.
Chaque enseigne a donc peaufiné son catalogue de rentrée. Vu les nécessaires délais d’impression, les prix de ces centaines (voire de milliers) d’articles ont été « fabriqués » en septembre/octobre, alors que les négociations tarifaires 2006 n’avaient même pas commencé (on ne connaîtra définitivement les SRP de chaque article qu’en février…au mieux).
Difficile d’échapper à un numéro d’équilibriste. Elles ont procédé par anticipation. Les responsables commerciaux se sont basés sur les avantages déjà obtenus en 2005 (on n’imagine pas qu’ils pourraient baisser) et ont déduit des tarifs 2006 la portion supérieure à 20 %. Et pour être sûr de passer la rampe, on aura fait les arrondis par le bas. (J’en connais même qui ont rajouté « quelques oranges » des fois que la DGCCRF voudrait les mettre en prison, mais…chut, secret de fabrication. Pas la peine d’informer les concurrents).
Oui, je l’affirme, sans risque d’être démenti, tout ce qui fera l’objet de promotions ou de publications nationales, début janvier, sera proposé aux prix les plus bas du marché et avec des baisses au maximum du potentiel offert par la nouvelle loi.
3) Sur l’offre de fond, la situation sera très disparate selon les régions, et le montant des baisses (et quelquefois des hausses !) va dépendre des résultats de la négociation 2006.
a) Selon les régions :
Les enseignes d’hypers ont commencé à baisser leurs prix bien avant que d’en avoir été autorisées par la loi. Dans les villes de l’Ouest notamment : Le Mans, Laval, Nantes, Rouen, Niort, Poitiers, Orléans, etc… Cette situation résulte d’une passivité volontaire des pouvoirs publics à l’égard du franchissement des seuils de revente à perte.
Lors d’une réunion organisée par Renaud Dutreil (21/07/05), il avait été convenu que l’administration tolèrerait des franchissements de SRP - 2 % sur les catalogues de septembre/octobre. Mais, en aucun cas, pas au-delà de SRP - 5 sur le fond de rayon. Avec la complicité passive de l’administration (qui conteste…et qui invoque des délais de procédure trop longs pour être efficace, sic), Carrefour a lancé des opérations spectaculaires (dans un nombre limité de ses magasins) pour remédier à ses pertes de parts de marché.
Il s’en est suivi un alignement, voire même une surenchère des autres enseignes. A tel point qu’on trouve dans le grand Ouest (relevé effectué début décembre), 6 400 prix en dessous du SRP dont 3 500 entre SRP - 5 et SRP - 15 (et 400 articles entre
SRP - 15 et SRP - 25 ! ! !).
Dans ces villes de l’Ouest, et sur ces mêmes articles, il est exclu qu’il puisse y avoir de nouvelles baisses. Le risque même, c’est qu’il y ait des hausses si l’arbitre (la DGCCRF) décide qu’il lui faut revenir sur le stade et brandir les cartons rouges.
b) Selon les segments de marché :
Comme indiqué dans ma note du 8/12, pas mal d’industriels essayent de profiter de l’opportunité pour pousser quelques milliers d’articles à la hausse (et des hausses substantielles : de 4 à 12 %, notamment sur la parfumerie et les produits d’entretien). Le PVC 2006 sur ces articles dépendra donc du résultat de la négociation.
Pourrons-nous faire obstacle à ces hausses tarifaires, les différer ou les compenser (par des ristournes ou autres avantages commerciaux déductibles ! ! !). Difficile aujourd’hui de s’engager sur des chiffres. D’autant que l’administration ne fait rien pour crédibiliser les promesses de son ministre : dans l’unique souci d’asseoir sa tutelle, elle cherche à orienter la négociation vers des types de contrats qui rendent beaucoup plus risquée la négociation des distributeurs (j’en reparlerai ici).
En conclusion : des baisses, il y en aura dès janvier. Importantes ! Mais impossible encore de s’engager sur une moyenne chiffrée !
C’est d’ailleurs fort dommage. Les tergiversations, les critiques et les hésitations des professionnels, comme des politiques, avaient fait perdre leur force d’impact aux accords Sarkozy.
On se retrouve un peu aujourd’hui dans la même situation. Les pouvoirs publics ont voulu ménager la chèvre (les industriels) et les choux (les consommateurs).
Les journalistes iront dans les magasins chercher la matérialisation de baisses spectaculaires qui auront déjà eu lieu depuis plusieurs mois et qui ne seront donc plus visibles. Et les consommateurs risquent, dans ces conditions, d’être déçus… (alors que l’effort représente tout de même l’équivalent d’une demi-année d’augmentation de pouvoir d’achat ! ! !).
Docteur Renaud s’est emmêlé les pattes dans les filets tordus de Mister Renard. Pas sûr qu’il puisse apporter au crédit du gouvernement le bénéfice consumériste d’une réforme qui mériterait d’être mieux assumée.
Posté par M.E.L. le 22 décembre 2005 dans
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30 novembre 2005
Proactiv, Danacol, Actimel…contre les excès de Miko et de Danette : Les risques d’un marketing contradictoire ?

Photomontage E.Leclerc
Je ne sais pas s’il faut en rire ou s’insurger, tellement la manip est ficelle. Mais je partage à cent pour cent la position de Que Choisir quand l’association de consommateurs voit, dans l’accord Unilever/Maaf Assurances, une « instrumentalisation de la santé à des fins marketing ». (La Maaf « rembourserait » la consommation de yaourts ou de margarine anti-cholestérol commercialisés par Unilever sous la marque Proactiv).
1) D’abord, précision : Unilever est un fournisseur sérieux. Tout comme Danone à qui l’on attribue les mêmes velléités de partenariat avec les AGF. Ces firmes fabriquent de bons produits qui sont sécurisés et largement plébiscités par les clients. La qualité des articles vendus sous les marques Actimel, Danacol, Proactiv, etc…, n’est pas en cause ici. Ce n’est pas l’objet du débat.
2) Ce qui fait problème, dans l’accord Maaf, c’est l’allégation médicale du produit et c’est l'ambivalence d’une opération marketing dont les vertus supposées masquent les contradictions des mêmes firmes qui abreuvent le marché de produits trop sucrés ou trop gras.
a) Les allégations
Je ne fais pas partie de ceux qui font systématiquement la fine bouche dès qu’on parle d’améliorer « le profil nutritionnel » des produits, et de l’intérêt des compléments alimentaires.
Les nutritionnistes ont certes raison. Le sport, c’est mieux. Une alimentation équilibrée, c’est la meilleure des préventions. Mais les conditions de la vie urbaine et moderne ne permettent pas toujours de pratiquer cette forme d’hygiène idéale. On ne mange pas « bio » tous les jours à la cantine. Donc pourquoi pas un petit supplément de magnésium et quelques levures au petit déjeuner (ça ne mange pas de pain !).
En revanche, les allégations des produits appelés « alicaments » (par leurs géniteurs) me semblent trompeuses. La consommation d’une nourriture enrichie en oméga 3 peut participer d’un régime général anti-cholestérol. Elle ne saurait servir d’antidote. Surtout si le consommateur s’empiffre aussi de glaces ou de pop-corn !
La pub sur les packagings de ces articles reste, sur ce point, ambiguë. Même si Danone et Unilever se défendent de cette confusion, l’accord avec la Maaf l’entretient (sa justification médicale, le principe de remboursement, la communication sur les vertus préventives du produit, etc…).
b) Et c’est là qu’est l’incohérence de l’opération. Incohérence sur laquelle insiste avec raison Olivier Andrault de Que Choisir (Libé, 30/11).
Depuis deux ans, les firmes agroalimentaires ont été, dans le cadre de la lutte contre l’obésité, la cible de nutritionnistes et de députés (Jean-Marie Le Guen, PS). Ceux-ci dénoncent l’abus de matières grasses et de sucre dans les glaces, les gâteaux secs et tous ces nouveaux produits qui, par dizaines chaque année, viennent renforcer les gammes déjà pléthoriques de crèmes dessert et d’ultra-frais.
Pour moi, le problème est moins dans la coexistence d’une offre diversifiée (on peut considérer que le consommateur est suffisamment mature pour effectuer ses choix entre un cola normal et un cola light ! ! !) que dans l’incohérence de la stratégie marketing des industriels.
Sur les alicaments, Unilever se sert de la Maaf pour nourrir une image de pédagogue et d’entrepreneur engagé. Mais comme ses confrères, se retranche derrière la liberté du commerce pour refuser, sur les packagings des autres produits, les insertions publicitaires, proposées par les parlementaires, contre l’abus de sucre. Voilà qui fait brouillon. On se demande comment Danone, qui signe d’une même marque toutes ses gammes, va pouvoir gérer cette contradiction et recommander de manger Danacol pour gommer, par exemple, les excès de ses yaourts fruités et des Danette au caramel !
3) Moi, je dit "casse-cou". Le risque n’est pas pour la Maaf. Après tout, c’est une société privée, ses adhérents peuvent choisir librement de diminuer les primes d’assurance pour les assurés dont les habitudes alimentaires diminueraient les facteurs d’accident (et pourquoi pas même, un abonnement au Club Med gym…), c’est leur affaire.
Le risque est pour les industriels. A trop vouloir revêtir les habits de la para-pata-péri-médecine, ne se rendent-ils pas compte à quel point les arguments santé peuvent se retourner contre eux en ravivant la suspicion sur les produits cœur de gamme.
Question subsidiaire : si vraiment la Maaf et les AGF se mettent à rembourser les alicaments (alors même que les trois quarts des consommateurs n’en ont pas besoin), ne peut-on imaginer qu’un député ait l’idée de proposer tout simplement la taxation des produits trop sucrés ou trop gras ? (Question taxe, en ce moment, on les sent prêts, au Parlement ! ! !)
Posté par M.E.L. le 30 novembre 2005 dans
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16 novembre 2005
Intoxication e. coli : état des lieux
Réunion ce matin de notre cellule nationale de crise pour faire le point sur l’épidémie.
1) Les malades :
Comme plusieurs collaborateurs qui avaient écouté la radio hier soir, je craignais une reprise de l’épidémie. En fait, il n’en est rien. Les cinq personnes dont le CHU de Bordeaux avait communiqué l’évolution de l’état de santé…ne sont pas de nouveaux cas. La plupart des malades vont mieux ou sont sortis des hôpitaux. Mais un enfant de 2 ans et demi est toujours sous surveillance. Et si celui dont je vous parlais la semaine dernière, est sorti de son coma artificiel, il est toujours en « prise en charge intensive ».
Officiellement, une trentaine d’intoxications graves ont été recensées. Mais le nombre de personnes touchées à des degrés divers a été sensiblement supérieur.
79 familles (représentant 142 malades) ont pris contact avec notre cellule d’accueil installée à Toulouse. Des experts répondent aux questions que peuvent se poser les familles, les renvoient éventuellement vers les institutions de santé pour conforter leur dossier, et proposent, en cas de besoin, des prises en charge financières et des avances de trésorerie (ce dont ont déjà bénéficié quelques familles).
Je suis soulagé par la qualité de cette relation. Les familles ont été dirigées vers cette cellule d’accueil après avoir, elles-mêmes, contacté notre service consommateurs allo E. Leclerc ou les directeurs de magasin de leur région. Je répète nos engagements : ces solutions ne préjugent, ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.
2) Les contacts clients : Le repérage des derniers clients qui restaient à contacter se poursuit.
- Ceux qui avaient une carte de fidélité ont presque tous pu être directement informés. Il reste encore quelques personnes, absentes de leur logis, auxquelles messages et courrier ont été adressés. Elles seront de toute façon rappelées jusqu’à pouvoir leur parler de vive voix.
- Concernant les 6 530 clients ayant payé par carte bancaire : nos magasins se sont chargés d’en rappeler 5 345 (même plan d’action qu’avec ceux qui avaient une carte de fidélité, d’autant que les fichiers peuvent se recouper : une personne ayant une CF et son compagnon ayant payé avec la CB). Les autres sont rappelés directement par les succursales bancaires.
- Quant aux 3 382 clients qui ont payé par chèque, 1 885 sont recontactés par les magasins, les autres par les banques.
- Je tiens à dire qu’après un petit temps d’hésitation (sur la question de la déontologie), les banques, dont la BNP, le Crédit Agricole, le CCF, le CIC, La Poste et la Société Générale, se sont sacrément décarcassées. (Je précise pour les mauvaises langues que les procédures légales, même dans cette urgence, sont respectées : accord du GIE Carte Bancaire, restitution ou destruction des fichiers après contacts, non communication à des tiers, etc…). Sauf pour les banques précédemment citées, nous ne disposons pas encore d’un retour d’infos précis sur la liste des clients contactés par ce canal. Le Crédit Mutuel, les Caisses d’Epargne ou la Banque Populaire font remonter ces statistiques par leur direction régionale, mais c’est en cours.
De toute façon, le dispositif de rappel des clients restera en place jusqu’au dernier contact.
3) Maintien du dispositif d’information : Compte tenu de la couverture médiatique sur cette intoxication et de tous les systèmes mis en place pour informer les clients, je n’ai pas trop de doute pour affirmer que la plupart des consommateurs ait été suffisamment informée. Pourtant, nul ne peut prétendre que ce soit vrai à cent pour cent (ne serait-ce que par impossibilité de contacter les quelques dizaines de clients qui auraient pu payer en liquide).
A date, les résultats d’un sondage (OMD) que nous avons commandité auprès des consommateurs, sont plutôt rassurants :
- 97 % sont au courant de cette intoxication par consommation de steaks hachés,
- 93 % des personnes interrogées (96 % des 25/49 ans avec enfants) savent qu’elle concerne des clients de nos magasins.
Sondage plutôt concluant, mais néanmoins toujours une marge d’incertitude ! C’est la raison pour laquelle, nos adhérents ont décidé de publier des placards publicitaires dans Sud-Ouest et La Dépêche du Midi.

Tous les moyens d’information en magasin (affichage aux caisses, notamment) restent maintenus en place.
Posté par M.E.L. le 16 novembre 2005 dans
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9 novembre 2005
Intoxication e. coli (suite)
Sur le front de l’épidémie, c’est plutôt l’accalmie. Je crois savoir que l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) publiera, ce soir, sur son site un recensement des malades dans les départements concernés. Selon nos infos, deux ou trois personnes nécessitent des soins intensifs. L’état du petit garçon très atteint ne semble pas s’améliorer.
Nos collaborateurs affinent maintenant leur dispositif pour finir de contacter les derniers clients qui ne se sont pas manifestés, malgré nos appels.
De leur côté, les banques continuent leur travail. Certaines (Crédit Agricole, BNP, La Poste, Société Générale) ont pratiquement clos leur dossier. Plus longs sont les délais de contact pour accéder aux clients ayant payé par chèque. Ca suit son cours.
A l’interne, à tous les échelons du groupe, les collaborateurs évaluent toutes les conséquences de cette crise. Il y a une foultitude d’aspects : traitement des dossiers des malades, des clients, relations avec les administrations pendant les enquêtes, appréciation de tous les aspects juridiques, etc… J’ai évidemment été très pris, ces derniers jours, par la mise en place de tous ces chantiers. Je reste particulièrement mobilisé pour « accompagner » le travail des équipes.
Je ne pourrai reprendre nos échanges quotidiens sur ce blog qu’à partir de demain. Il s’est passé beaucoup d’évènements dans notre société depuis quelques jours. Ils nous concernent aussi, entrepreneurs, salariés, consommateurs…
A demain donc.
Posté par M.E.L. le 9 novembre 2005 dans
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7 novembre 2005
Intoxication e. coli : L’épidémie ne progresse plus, mais les risques demeurent
Réunion de notre cellule de crise ce matin. Beaucoup de rapports, remontée des informations du terrain, opinion des experts, analyses…
1) Etat des lieux
a) Les patients :
Toujours, officiellement, 26 cas recensés. Un cas supplémentaire était signalé vendredi, mais apparemment pas en liaison avec cette épidémie. Un malade particulier justifie toute mon angoisse et l’impossibilité de baisser les bras : celui d’un petit enfant, toujours hospitalisé, dont l’état serait critique.
b) L’enquête :
Elle se poursuit tous azimuts.
- Chez le fournisseur :
La DSV du Maine-et-Loire poursuit ses investigations. Nous ne connaissons pas encore ses premières conclusions (normal !).
Plus personne ne semble contester que la contamination ait eu lieu le 22 août, lors de l’élaboration du lot de steaks hachés n° 234 (en fait, les n° 231 et 234 forment un même et seul lot. C’est une insuffisance d’encrage qui a fait confondre les chiffres 1 et 4). Olivier Kriegk, directeur scientifique du groupe industriel TERRENA, la coopérative propriétaire de l’usine SOVIBA, confirme : « Cette contamination accidentelle est ponctuelle et liée à l’utilisation d’un ou de quelques muscles souillés par des germes intestinaux au moment de l’éviscération de la carcasse ». Accident, erreur de contact, introduction du germe par une personne, mauvais process et manipulation ? Ces points ne sont pas encore établis.
Sur les trois lots retirés par précaution, celui qui porte le n° 206 est désormais mis hors de cause. Le client qui avait consommé un produit de ce lot avait aussi mangé un steak du lot 231-234. Finalement, c’est donc dans ce dernier lot que se sont logés les produits contaminés.
D’ailleurs, toutes les analyses à date confirment que les quantités mises sur le marché avant et après le lot 231-234 sont sains.
Les steaks hachés étant élaborés à partir des quartiers avant, la DSV cherche à contrôler aussi les utilisations du reste de la bête éventuellement contaminé.
- Dans les magasins :
La Direction des Fraudes, la gendarmerie, les Services Vétérinaires poursuivent leurs contrôles (constat du retrait effectif des produits, respect de la chaîne du froid, etc…). Bien trop tôt pour avoir des conclusions et des cetitudes. Mais, pour l'heure, je n’ai pas connaissance que des anomalies (en liaison avec l’épidémie) aient été constatées. Je touche du bois.
- Pouvoirs publics :
Les Parquets de Marmande et d'Angers (ville près de laquelle est implantée l'usine Soviba) ont ouvert une « enquête préliminaire ». Au vu du résultat, ils décideront ou non d'ouvrir une information judiciaire (engagement d'une procédure pénale).
2) Suivi du plan d’action
a) Les malades :
L’administration nous confirme qu’il ne serait pas judicieux que nos directeurs de magasin cherchent eux-mêmes à contacter leurs clients malades. Comme je l’ai déjà dit, cela engendre une part de frustration, mais cela me semble plus sain (même si ça a un côté inhumain) du point de vue de la déontologie (pas de risque de pression des partenaires économiques !).
En même temps, il nous faut éviter de nous disperser en ayant à répondre à une surenchère de demandes fantaisistes. Dans ce type de crise, on trouve toujours des gens pour qui tout est prétexte à réclamation ou à chantage…alors qu’il n’y a pas de lien avec l’épidémie (déjà vu ce week-end ! ! !).
Un bureau de traitement des demandes a été installé aujourd’hui à Toulouse. Il s’agit d’une cellule d’accueil vers laquelle les magasins guident les familles concernées et qui le souhaitent. Des experts sont chargés notamment de trouver des solutions rapides pour les clients dont l’hospitalisation a entraîné des frais immédiats. Quelques dossiers ont déjà été traités aujourd’hui. Ces solutions ne préjugent ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.
b) Les clients :
Selon les estimations de nos équipes du Sud-Ouest, presque tous les clients ont désormais été repérés. 98 % ont été informés. Restent trois difficultés :
- Une minorité d’entre eux n’étaient toujours pas rentrés dimanche soir. Message téléphonique et lettre recommandée leur ont été envoyés. Nous estimons qu’il est néanmoins nécessaire de les avoir « de vive voix » pour être assurés de la bonne réception du message d’alerte.
- Quelques difficultés encore pour les clients dont le contact est dépendant du passage obligé par les banques (paiements CB ou chèques). Une perturbation technique ce week-end pour pouvoir exploiter des fichiers. Certaines banques locales ont aussi préféré réaliser elles-mêmes les appels (le Crédit Agricole des Landes s’est particulièrement mobilisé).
- Un autre point aussi : la difficulté d’apprécier l’effectivité des destructions annoncées par les consommateurs eux-mêmes. Les ont-ils vraiment jetés ? Ont-ils tout jeté ?
Compte tenu de ces deux facteurs d’incertitude, nous décidons :
1) Le maintien, pendant plusieurs semaines, de tous les systèmes informatifs en magasins.
2) La publication, par période, d’encarts publicitaires dans la presse (répartis entre Sud-Ouest et la Dépêche du Midi). Publication réitérée autant que de besoin…
c) Communication :
Je persiste à ne pas déroger à la règle qui veut qu’au niveau national ou dans les magasins, on s’en tienne à une politique d’information des consommateurs et de rappel des produits.
Pour moi, il n’est pas l’heure de faire l’exégèse de cette crise.
Des voix amicales et des salariés trouvent que je devrais répondre à certaines attaques outrancières. Je ne crois pas que ce soit le moment. Ne nous laissons pas perturber. Ce type de crise voit toujours surgir sa cohorte de procureurs et d’exaltés. Ces méchantes langues seront encore plus virulentes si nous ne consacrons pas notre énergie aux seules fins de circonscrire l’épidémie.
Posté par M.E.L. le 7 novembre 2005 dans
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4 novembre 2005
Intoxication e. coli : informer, prévenir, rechercher les produits
Nombreuses réunions et coups de téléphone pour encourager, dans les magasins du Sud-Ouest, les équipes chargées de contacter tous les acheteurs de steaks dont les lots ont fait l’objet d’un rappel. On arrive à l’objectif. Probablement d’ici lundi ou mardi (encore des personnes en vacances ou absentes…). A Mont-de-Marsan, par exemple, il ne reste plus que 15 clients à contacter.
Les scientifiques ont revu à la hausse la durée d’incubation de la maladie (plutôt 12 à 15 jours qu’une semaine). C’est ce qui explique l’augmentation du nombre de malades malgré les retraits et les rappels effectués. Et puis, ne l’oublions pas, il s’agit de produits surgelés. Tant que des consommateurs en garderont des stocks, de nouvelles gastrites peuvent apparaître.
J’ai donc donné toute consigne pour que, dans le groupe, on se focalise sur l’information de tous les consommateurs et de ne communiquer qu’à des fins de prévention et de rappel des produits.
Les médias voudraient que nous parlions de notre organisation, nos systèmes de traçabilité, notre manière de gérer la crise. Ce n’est pas le moment.
Bien sûr, parallèlement à ces opérations, mes collaborateurs travaillent sur les suites à donner à cette épidémie : relation avec les familles des malades, établissement et engagement des responsabilités, suivi de l’épidémie avec les administrations concernées et des enquêtes menées chez l’industriel SOVIBA sur les lieux de la contamination (localisation du contact avec le germe, analyse des causes, actions correctrices…).
Je ferai un rapport d’étape lundi prochain.
Posté par M.E.L. le 4 novembre 2005 dans
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2 novembre 2005
Steak haché : Réponse à différents commentaires
J’ai choisi la transparence. Dans les médias, vis-à-vis des administrations, à l’interne…et sur ce blog. Je remercie ceux qui ont exprimé leurs encouragements. Je réponds aux critiques exprimées dans les commentaires, sachant qu’à cette heure, je n’ai pas beaucoup de temps pour étayer les arguments. Ne m’en veuillez pas.
Ma priorité, c’est de garder toute mon énergie pour mobiliser nos équipes et qu’au plus vite, tous les produits potentiellement contaminés soient retirés du marché.
Mais je ne peux, sans réagir, laisser dire n’importe quoi. Je ne suis pas simplement un patron au charbon, j’ai aussi la charge de défendre l’éthique et les pratiques de milliers de salariés. Il est aujourd’hui établi qu’aucun d’entre eux n’a commis de faute et que notre enseigne n’est pas à l’origine de cette contamination.
Ce n’est pas faire injure aux malades ni à leur famille que de défendre le personnel des centres E. Leclerc. 750 salariés s’échinent depuis 3 jours (dont 2 jours théoriquement fériés !) à organiser une opération de rappel sans précédent (par son ampleur et sa rapidité). Je leur dois de repousser quelques allégations des plus grossières. Et par l’occasion, j’apporte quelques précisions.
Sur la contamination et son origine
1) Y-a-t-il eu problème sur la chaîne du froid ?
Non, je ne comprends pas que sur ce blog, on s’obstine à focaliser sur cet aspect des choses. A aucun moment, l’administration enquêtrice n’a trouvé à redire sur notre organisation.
D’ailleurs, les chiffres cités dans les commentaires sont fantaisistes. Rapporté à la fréquence des contrôles, la grande distribution, sans être vertueuse, arrive à des performances bien supérieures à nos voisins européens, notamment de l’Europe du Sud. (J’y reviendrai).
Quant à essayer de nous convaincre qu’avant l’avènement de l’hypermarché, la chaîne du froid était mieux garantie et les contrôles mieux assurés sur les marchés publics et dans le commerce traditionnel…faudrait pas nous prendre pour des billes.
2) Y-a-t-il eu problème sur la qualité intrinsèque de la viande ?
Non, pas de viande importée, pas de viande avariée (comme il a été préalablement dit sur TF1), mais une viande française, issue d’élevages français dont les obligations de traçabilité nous permettent d’en connaître race, origine et nom de l’exploitant. Le steak haché est issu d’avants de bovins abattus, découpés et transformés dans les usines de SOVIBA. Donc pas d’approvisionnement de négoce. La qualité intrinsèque du produit n’a jamais été remise en cause.
3) Y-a-t-il eu absence de contrôle de qualité ?
Chez le fabricant, l’enquête est en cours. Je dispose d’une fiche de contrôle qui n’indiquait aucun problème. Les produits ont été livrés alors que les tests sur les lots s’étaient avérés favorables. Je rappelle que la législation n’impose pas de tels tests (détection des germes E.Coli). C’est nous qui les avons imposés au fournisseur. Pour autant qu’il n’y ait pas eu de falsification à l’usine, le fournisseur lui-même était fondé à livrer au vu des tests.
4) La société SOVIBA est-elle une filiale du groupe E. Leclerc ?
Quelle idée ! La société SOVIBA est le troisième fournisseur français de produits carnés. C’est elle-même une société coopérative, fournisseur notoire de beaucoup d’enseignes de distribution et de restauration. Notre groupe a conclu avec ce fournisseur un accord d’approvisionnement pour nourrir une partie de la gamme « Marque Repère » en steaks hachés. D’autres fournisseurs s’y emploient, et sans problème particulier : Charal, Kermené (société qui, elle, est une filiale de notre groupement d’achat).
Sur la communication
1) A propos du fournisseur
J’ai choisi, comme me le demandent d’ailleurs certains auteurs de commentaires, de ne pas polémiquer publiquement avec le fournisseur. J’ai cité SOVIBA pour informer les consommateurs, mais aussi nos salariés, sur l’origine de la contamination. Je me suis permis de le faire parce que le DG a confirmé, dimanche, à notre cellule de crise qu’à l’analyse, un échantillon témoin s’était révélé infecté. Et je n’ai communiqué qu’après en avoir informé les administrations.
Qu’on ne vienne pas me dire que je me suis « abrité » en invoquant la responsabilité du fournisseur. Si ce dernier l’avait fait de lui-même, je n’aurais pas eu à le citer…
Pour l’heure, j’ai fait suspendre les achats à cette société. J’ai conscience que l’emploi des salariés peut être sérieusement impacté. Mais comprenez qu’il nous faut savoir s’il y a eu faute ou erreur (et action correctrice) avant toute reprise. C’est un minimum.
2) Pourquoi ne pas avoir parlé des autres enseignes ?
Tout simplement parce qu’elles n’ont pas rencontré ce problème d’intoxication. Qu’il soit clair que leurs services de qualité ont procédé à des vérifications. Si je ne les ai pas citées, c’est pour qu’il n’y ait pas confusion et extension d’une psychose injustifiée à l’ensemble de la filière carnée ou au secteur des steaks hachés. Je peux vous dire qu’ils m’en bénissent (j’ai reçu les coups de téléphone amicaux de Michel Pattou, PDG d’Intermarché et de Serge Papin de Système U qui a offert de prêter les services de son organisation si nécessaire).
Sur la relation clients et l’appel à rapporter les produits
1) Les clients possesseurs de carte de fidélité ont-ils été privilégiés ?
Quel esprit tordu faut-il avoir pour aborder le problème sous cet angle !
Selon les magasins concernés, 85 à 90 % des clients ont une carte de fidélité. En souscrivant, ce sont les clients qui nous ont communiqué leurs coordonnées (ils veulent pouvoir profiter de divers avantages promotionnels et d’une relation de proximité avec leur magasin). C’est donc une chance que de pouvoir les contacter dans l’urgence.
2) Les clients sans carte de fidélité
Pour eux, nous avons demandé aux banques l’autorisation d’intervenir auprès de leurs clients, ou qu’elles le fassent elles-mêmes. Tout cela effectué dans le respect du droit des personnes.
Vous pensez bien que, dans ce contexte, pas un seul consommateur ne nous en a fait le procès.
3) Respect des obligations légales ?
Les contrats carte de fidélité ont, bien sûr, fait l’objet de toute vérification légale. Idem quant aux relations avec les banques (accord du GIE CB, destruction a posteriori des fichiers, procédure d’urgence, etc…). Vraiment, il ne faut pas être dans le feu de l’action pour prioriser la question du droit par rapport à celle de l’urgence sanitaire ! ! !
4) Contenu du message consommateur
Nos collaborateurs posent deux types de questions :
1) Existence de syndrome…avec le renvoi éventuel vers le médecin généraliste ou l’hôpital.
2) Possession ou non des stocks de lots incriminés et appel à les rapporter.
5) Les produits retournés sont-ils remboursés ?
Bien sûr, c’est la moindre des choses.
La relation avec les malades
L’état des malades (et le désarroi des parents) est une préoccupation permanente. Nous nous tenons informés via des directeurs d’hôpitaux et le personnel des administrations (santé, DASS). Mais nous n’avons pas de contact direct avec les familles des malades. Même si c’est frustrant sur le plan émotionnel, c’est finalement déontologiquement plus sain. Les malades ont des droits à faire valoir. Il serait catastrophique qu’on puisse interpréter une demande de contact comme une pression déplacée… Pas facile donc.
Je continuerai de répondre, prochainement, aux autres commentaires, notamment sur l’opposition théorique prix bas/qualité et j’argumenterai contre cette idée insensée selon laquelle la modernisation de la distribution a contribué à accroître les risques sanitaires.
Posté par M.E.L. le 2 novembre 2005 dans
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1 novembre 2005
Steaks hachés, point sur les opérations de retrait
Une journée sans nouveaux malades. Répits ou replis ? Trop tôt pour le dire…
Je souhaite sincèrement un prompt rétablissement aux enfants alités.
750 personnes de mon groupe sont mobilisées pour téléphoner à chaque acheteur de steak haché. Elles n’arrêteront que lorsqu’il n’y en aura plus dans les foyers.
Un point rapide avec mes collaborateurs de la cellule de crise.
1/ Estimation du taux d’information des consommateurs : 99%
2/ Estimation repérage des clients concernés : 95% (via les cartes de fidélité et renseignements auprès des banques.)
3/ En 48 heures, 2500 consommateurs ont contacté notre centre d’appel national. Et sur le terrain les magasins ont parlé avec 13000 acheteurs.
Si l’on tient compte du retrait des produits en magasins, des stocks déjà consommés sans problème, et ceux qui ont été rapportés, il reste encore un tiers des boites à récupérer.
4/ Au rythme actuel nous prévoyons le retrait total d’ici la fin de la semaine (retour des vacances scolaires), ou début de semaine prochaine.
5/ Une alerte européenne a été lancée. Je ne connais pas les quantités exportées par le fournisseur SOVIBA. Mais dans notre réseau c’est marginal.
24 boites en Espagne et 576 au Portugal. Depuis hier, nous avons effectué les mêmes opérations de retrait et rappel. Il n’y a pas eu de cas d’infection déclaré.
Posté par M.E.L. le 1 novembre 2005 dans
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31 octobre 2005
Intoxication alimentaire au steak haché : mobilisation générale
L’affaire est très sérieuse. La santé d’une quinzaine d’enfants a été menacée. D’autres infections sont possibles. Un mauvais germe a passé le barrage des contrôles industriels. Et pour avoir mangé du steak haché d’un lot distribué par nos soins dans le Sud-Ouest, certains malades sont encore ce matin à l’hôpital en service réanimation pédiatrique.
Rien à voir donc, avec une quelconque psychose. Cette vague d’intoxication nécessite qu’on laisse tomber susceptibilité et souci d’image et qu’on mobilise fournisseurs et salariés concernés de l’enseigne.
1. De quoi s’agit-il ?
D’une bactérie, l’Escherichia coli, ingérée par consommation de steak haché surgelé. Elle provoque un syndrome hémolytique et urémique. Quand mes collaborateurs m’en ont parlé, dès jeudi soir, à la première alerte, j’étais justement avec un ami docteur. Il ne comprenait pas mon angoisse. « Ce germe est fréquent, me disait-il. Il y en a une centaine de cas par an ».
Oui, mais voilà. D’abord, rarement on a observé une telle concentration de cas dans une zone aussi restreinte. Et surtout, la souche semble être très violente. Surtout sur les enfants. Elle atteint le système sanguin et les reins. Les symptômes correspondent à des diarrhées sanglantes, avec très grande fatigue, fièvre… Non seulement la maladie nécessite l’hospitalisation, mais aussi dans les cas sévères, dialyse ou transfusion sanguine.
Inutile de vous dire que l’annonce de l’hospitalisation de 13 enfants (4 nouveaux cas ce matin) m’a complètement angoissé. Comme j’imagine l’étaient plus encore les malheureux parents dont l’inquiétude était renforcée par le manque d’information.
2. Quel degré de certitude sur l’origine de l’intoxication ?
Ce matin, on peut certifier que les produits déclencheurs faisaient partie d’un lot de steak haché, de la marque Chantegril, fabriquée pour notre compte par la société Soviba (près d’Angers). L’un des grands industriels du secteur carné en France (2 500 salariés).
Les administrations ont fait un travail de fourmi. Elles ont tout épluché. Et c’est en accord avec elles que, dans l’incertitude, vendredi soir, nous avions décidé déjà de retirer ce produit de la vente.
Les investigations n’ont pas été très faciles :
a. Les huit premiers cas d’intoxication ont d’abord été notifiés par les pédiatres hospitaliers des Landes, et deux cas, l’un dans les Pyrénées Atlantiques, l’autre dans le Lot et Garonne.
b. Les services sanitaires ont interrogé les parents (lieu de baignade, loisirs, événements collectifs, école ?). C’est vers des consommations alimentaires communes que s’est orientée l’enquête.
c. Les écoles étant fermées, difficile d’établir une relation de causalité.
d. Finalement, une certitude a émergé le 27 octobre : tous les enfants avaient consommé au moins une fois des produits achetés dans un magasin de notre enseigne (très implantée dans la région Sud-Ouest).
Mais, jeudi 27 vers 18 heures, plusieurs produits restaient suspects sans qu’on puisse en désigner un particulièrement (jambon blanc, steak haché surgelé, pâté, saucisse de Francfort, porc !!!).
Dimanche après-midi, les résultats des contrôles effectués chez le fournisseur sur des échantillons témoins ne laissaient plus aucun doute sur le rôle du steak haché surgelé comme agent propagateur.
3. Administration et distributeur, comment avons-nous procédé (chronologie) ?
Jeudi 27, 18 heures : Appel de la DGAL. Elle nous informe de la série d’intoxications (décelées du 5 au 26 octobre). Elle confirme par fax, sollicite nos recherches conjointes.
A ce stade, nous constituons une cellule de crise : responsable qualité, acheteur produits, chef de marché (relation avec les fournisseurs), docteur vétérinaire conseil, spécialiste logistique industrielle, communication interne et externe, tous en relation directe avec les administrations (santé et agriculture) et moi-même par téléphone (alors en déplacement en Italie).
Vendredi 28 : Matinée et après-midi consacrées à questionner les fournisseurs de produits charcutiers et carnés : vérification des livraisons (traçabilité, allotement, etc.). La recherche est encore trop large.
Les produits peuvent avoir été achetés du 1/09 au 15/10. La liste est encore imprécise.
Vers 18 heures, l’institut de veille sanitaire confirme la présomption sur le steak. (On a trouvé un paquet non encore consommé chez un client malade porté à l’analyse).
A 19 heures, notre décision est prise. Nous décidons de retirer tous les lots de ce produit à la vente dans le Sud-Ouest.
4. Quels dispositifs avons-nous mis en place ?
Vendredi 28 : la priorité, c’est donc le retrait.
Nous disposons d’une messagerie intranet : tous les ordres de retrait sont immédiatement lancés. Une info succincte (mention « urgent/crise ») est postée sur les boîtes aux lettres des responsables qualité des magasins.En parallèle, communication au fournisseur des lots concernés. Analyse des échantillons témoins que nos fournisseurs ont l’obligation de conserver.
Samedi 29 : Les produits sont donc retirés de la vente.
Je rappelle qu’à ce moment on n’agit encore qu’en vertu du principe de précaution. Aucune analyse n’est encore susceptible de valider définitivement le diagnostic.
A 17 heures, l’INVS confirme 14 cas et 3 numéros de lot.
A 18 heures, la DGAL propose une réunion téléphonique avec notre cellule de crise. Projet de communiqué élaboré. Avalisé par l’administration à 0h10.
Dimanche 30 : Envoi du communiqué aux médias sur zones et à l’AFP.
Affichage en magasins (rappel des produits et numéros de lots). Mise en place d’une cellule de rappel des clients (7 500 personnes appelées ce dimanche).
Lundi 31 : présence dans tous les médias. Et 750 salariés épluchent tous les tickets de caisse pour repérer les acheteurs de steak et les appeler au téléphone.
5. Quel est l’état des lieux ce lundi ?
A aucun moment, ni mes collaborateurs ni moi-même n’avons été en liaison avec les malades dans les hôpitaux. C’est une règle déontologique (pas de pression !) donc, les infos ne nous reviennent que par les administrations (ce qui surprend la presse qui a du mal à croire qu’il nous est difficile de répondre sur l’état des malades !).
Il semblerait que les enfants malades aillent mieux. Mais trois nouveaux cas viennent d’être décelés. Pas question, donc, de désarmer.
Sur le terrain : rappel des clients (85% possèdent une carte de fidélité. Nous avons les numéros de téléphone) les autres nécessitent des recherches auprès des banques (CB, chèques !). Trois à cinq personnes par magasin sont mobilisées.
Poursuite de l’enquête chez le fournisseur.
Mise en place d'une équipe renforcée de téléconseillers sur notre service client Allo E.Leclerc : 0810 870 870
6. Que s’est-il passé chez le fournisseur ? A ce stade de l’enquête, quelques certitudes, mais des questions !
a. Soviba est une grosse entreprise, fournisseur de la plupart des enseignes de distribution et de restauration.
b. Référencé par nos acheteurs, elle a subi des audits industriels dont les résultats sont satisfaisants.
c. Par contrat, le fournisseur s’oblige à ne livrer les produits qu’après des tests de contrôle. A priori, ces tests ne révélaient pas de germe. Il conserve des échantillons témoins de chaque lot. L’analyse, dimanche, de ces échantillons infirme les premiers tests, et révèle la contamination dans l’entreprise.
e. Reste que rien ne permet d’expliquer encore précisément l’origine de cette contamination. L’agent infectieux est souvent présent dans l’appareil digestif des bœufs. Mais dans un abattoir, les abats ne devraient jamais rentrer en contact avec les muscles dont sont issus les steaks hachés. Y a t il eu contamination par défaut de processus, par apport extérieur ? Enquête en cours.
En tout cas, pas de rupture de la chaîne du froid à priori en cause.
7. La qualité de la viande est-elle en cause ?
Nullement. Contrairement à ce qui a été dit dans certains médias, il ne s’agit pas de viande avariée. Ni même de viande « bas de gamme ». Le stock est issu de viande française abattue et conditionnée dans les usines Soviba. Et il s’agit « d’avants de bœufs ».
8. Quelle attitude allons nous avoir envers le fournisseur ?
Dans une conférence de presse ce matin, le DG a reconnu, même s’il ne se l’explique pas, que les lots avaient été contaminés dans l’entreprise. Il reste à déterminer comment, s’il s’agit d’une faute, d’une erreur de manipulation, d’un défaut dans le process de découpe ou de transformation. Enquête en cours.
A priori, les administrations n’ont pas trouvé d’autre lot contaminé. Enquête aussi.
Pour notre part, nous avons suspendu nos approvisionnements en attendant les résultats des investigations.
9. Quelle perspective à court terme ?
Pour les médias, l’affaire sera peut-être terminée ce soir. On passera à autre chose.
Pour nous, la mobilisation ne fait que commencer ?
a. Il s’agit d’une viande surgelée. Avec durée de vie très longue (juillet et août 2006 !). Le risque est donc réel que des consommateurs oublient cette information, et se resservent du stock dans plusieurs semaines. Il nous faut rappeler tout le monde.
b. Ce week-end est un « pont ». Pas mal de consommateurs ont pu partir en vacances. Nous laissons des messages sur les répondeurs. Mais nous ne serons tranquilles que lorsque nous aurons eu tout le monde et récupéré tous les lots !
10. Comment communiquer ?
Les lots ont été isolés. La contamination concerne les départements du Sud-Ouest et de Midi Pyrénées.
Nous faisons face à deux écueils potentiels. Une trop forte communication, dans le contexte de la grippe aviaire, peut contribuer à « noyer » l’information, la dédramatiser, et nourrir des sentiments tels que : « ils en font trop, tout le monde cherche à se dédouaner en sur réagissant etc… ».
A l’inverse, elle peut aussi entretenir une psychose, tout aussi démobilisatrice.
Nous avons choisi dans un premier temps de privilégier l’information sur la zone touchée par la crise. Les grands médias nationaux s’en sont emparés dimanche soir. Passé le temps des interpellations au niveau national, c’est sur le plan régional qu’il nous faut revenir, et la gérer à partir des magasins.
Je ferai ici, d’ici la fin de la semaine, un bilan d’étape.
Posté par M.E.L. le 31 octobre 2005 dans
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27 octobre 2005
Le député Yves Bur : contre le tabac dans les lieux publics ! Pourquoi pas ?

© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005
Yves Bur remet le couvert. Le député UMP du Bas-Rhin tiendra colloque sur « Les méfaits du tabac », ce 2 novembre, à l’Assemblée Nationale (il en est l’un des Vice-Présidents). Il veut obtenir l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics.
Intéressante figure de la vie politique que cet Alsacien, docteur en chirurgie dentaire, qui (tout comme son homologue parisien du PS, Jean-Marie Le Guen) a fait de la politique de santé l’objectif de son combat social.
Dans son fief, il œuvre pour la communauté urbaine de Strasbourg (élu président depuis 2001). A l’AN, il préside le groupe d’étude sur le médicament et les produits de santé. C’est lui qui « rapporte », pour la commission des finances, sur le financement de la sécu ! Et c’est encore lui qui dirigeait les récents débats sur le financement de l’assurance maladie.
Après avoir lu ma note du 8/08, YB m’a adressé un courrier expliquant sa démarche. Les ventes de cigarettes reprennent depuis le mois de mai. « Si ces données confirment l’importance de l’effet prix sur les achats de tabac, elles montrent néanmoins qu’il ne faut pas limiter la lutte contre le tabagisme à une seule politique fiscale… Il me paraît nécessaire de franchir une nouvelle étape…(pour) décourager l’entrée dans le tabagisme, favoriser les politiques de sevrage et lutter contre la présence de la cigarette dans la société ».
Je ne pourrai participer au colloque auquel il m’invite. Mais j’aimerais confirmer ici mon soutien à ce combat. Moins d’ailleurs sous la forme d’une lutte (qui oppose fumeurs et non-fumeurs), mais d’une pédagogie dont je peux témoigner, en tant que chef d’entreprise, qu’elle peut être efficace.
Je rappelais, dans ma note du 8/08, que notre comité d’entreprise ne s’est pas opposé à l’interdiction de fumer dans les locaux du siège des Centres E. Leclerc. Plus généralement, les fumeurs ont toujours respecté, sans rechigner, l’interdiction de fumer dans les magasins, qu’il s’agisse d’épiceries ou d’hypermarchés.
Ce que ne supportent pas les fumeurs, c’est la mise au ban, la lutte ouverte, et tout traitement ostensiblement discriminatoire.

© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005
Evidemment, YB voit large. Pour lui, s’il faut mettre des formes, l’enjeu nécessite de faire feu de tout bois.
1) Diagnostic :
Dans son courrier, YB insiste : entre 1950 et 2000, 60 millions de morts dus aux méfaits du tabac dans le monde. « Une personne meurt du tabac toutes les huit secondes ». En France, c’est 66 000 victimes par an (1 décès sur 9).
Le droit individuel des fumeurs ? YB parle de celui des non-fumeurs ! « L’agence de protection environnementale US a classé le tabagisme passif comme produit cancérigène pour l’homme au même titre que les fibres d’amiante ».
Le Bureau International du Travail (BIT), idem. « Le tabagisme passif expose les salariés non-fumeurs aux mêmes risques cancérigènes que les fumeurs ».
2) Les moyens :
Face à ce qu’il qualifie de fléau, YB rappelle que le dispositif de lutte (loi Evin de 1991, plan cancer de 2003) a porté des fruits (- 1,8 million de fumeurs en France de 1999 à 2004).
Mais comme le souligne aussi Laurent Calixte (Challenges n° 8 du 20/10/05) : « Depuis que le gouvernement s’est engagé à ne plus augmenter le prix du tabac jusqu’en 2008, les ventes repartent à la hausse ». Et attention ! La baisse des ventes « ne signifie pas forcément baisse de la consommation… Les ventes frontalières et de contrebande peuvent relativiser l’efficacité de cette mesure… Le nombre de fumeurs baisse beaucoup moins vite que celui des achats officiels de tabac »…
3) La proposition :
YB va probablement faire grincer quelques dents. En demandant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics, il confine les fumeurs dans leur espace privé, mais il les prive aussi d’espace ! ! !
Par contre, la mesure étant générale, elle prive les propriétaires de bars et de restaurants d’y voir une mesure ségrégationniste (ils ne sont pas seuls visés).
YB ne méconnaît pas le caractère convivial des bars et des restaurants. Mais il ne croit pas à une vraie cohabitation. Ou plutôt, il constate l’impossibilité matérielle de cloisonner réellement les espaces fumeurs et non fumeurs. Et encore plus d’isoler et de protéger les salariés dans les lieux commerciaux.
Il s’appuie enfin sur les exemples étrangers. L’Irlande où, comme écrit Le Parisien (24/10) « pour s’en griller une, il faut sortir dehors », sinon c’est 3 000 euros d’amende, par cigarette, pour le gérant. La Norvège où « la seule chose qu’on fume c’est le saumon » ; la Suède et l’Italie, elles, autorisent le cloisonnement (mais seules 4 % des salles sont équipées).
YB va s’appuyer sur ces expériences pour faire avancer la législation. Reste un problème. Un vrai. Qu’il ne convient pas de traiter par l’hypocrisie. Ce sont les buralistes qui mettent le doigt sur la tartufferie. « Comment voulez-vous qu’un buraliste interdise au client de fumer des cigarettes quand il prend son café au comptoir, alors même qu’il peut lui en vendre » (Le Parisien, 24/10).
Ce buraliste aurait dû dire : « …qu’il peut lui vendre un produit cancérigène fabriqué sous monopole et responsabilité d’Etat ! ! ! ». Ce n’est pas le moindre paradoxe de la politique française de santé.

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Posté par M.E.L. le 27 octobre 2005 dans
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24 octobre 2005
Grippe aviaire et pandémie médiatique : l’impossible communication des éleveurs !

Photo Pascal Pavani (AFP/Archives)
Des consommateurs qui s’appliquent à eux-mêmes le principe de précaution, et voilà le marché du poulet en berne. Les professionnels tentent de répliquer avec une grande collective “ volaille française ”… J’ai des doutes sur son efficacité; j’ai comme dans l’idée que ça ne marchera pas. Arguments :
Jusqu’à la fin de la deuxième semaine d’octobre, tout allait relativement bien. La grippe aviaire sévissait loin de nos frontières.
Le climat a changé vers le 10 octobre. Sur France Info, je me souviens avoir entendu un journaliste questionner des grossistes de Rungis. Non, il n’y avait « pas encore vraiment de baisse des ventes ». Mais, on sentait « que ça allait venir »… Rediffusé « en boucle », parallèlement à d’autres reportages (TV, radio), cette recherche d’information allait lancer un vaste mouvement de méfiance. Dès le lendemain, AFP et presse nationale cherchaient à interpeller tous les distributeurs. Mes collaborateurs m’invitaient à me taire (« Quel que soit ce que tu diras, c’est parti, c’est enclenché, la machine va devenir incontrôlable »). De fait, quelques professionnels se sont fait piéger : ne serait-ce qu’en répondant, ils ont alimenté le sujet…
Ce matin, les résultats sont là : baisse généralisée des achats dans les magasins. Aucun pays de l’UE n’est encore touché par l’épizootie. Les élevages français sont l’objet d’une observation des plus draconienne, mais voilà nos poulets touchés par une autre forme de virus : la psychose.
Comment en est-on arrivé là ? Le processus est facile à décrypter.
1) « Scientifiquement, il est depuis longtemps établi que les différentes familles de virus de l’influenza circulent depuis des siècles. Toutes sont susceptibles de muter en échangeant du matériel génétique et de provoquer une pandémie à l’échelle mondiale. Le risque potentiel est donc permanent et l’a toujours été » (Bernard Vallat, DG de l’Office International des Epizooties). Mais, la télé et internet ont changé la perception du phénomène. Tous les soirs, les téléspectateurs peuvent suivre sur une carte la progression des foyers épidémiques. Avec son avancée apparemment inéluctable vers notre territoire.
Qu’importe alors que les experts s’obstinent à rassurer : « Le virus est encore loin » ; « Il n’est transmissible que par contact et non par ingestion » ; « Il n’est pas transmissible d’homme à homme », etc… Vue de nos pénates, l’épidémie fond sur nous à l’heure du JT, tel un tsunami ou un cyclone.
2) Face aux représentations fantasmatiques, que valent les propos rassurants, qu’ils émanent des professionnels ou des hommes politiques. Ces derniers d’ailleurs ont changé de ton. La Commission (UE), jusqu’ici prudente, a, le 13 octobre, interpellé les états membres qui « doivent se préparer à une éventuelle pandémie…qui ferait un grand nombre de morts ». Il y a eu la vache folle, et pis encore, le procès fait aux politiques dans l’affaire du sida. La tentation est grande, pour eux, de sur-réagir. Pas question d’être accusés d’aveuglement ou de laxisme, ou de se retrouver boucs émissaires. A l’Assemblée, ils interpellent le gouvernement. Et finalement, Villepin (il y était contraint) « solennise » le dispositif de veille, et forcément, dans le souci de convaincre et de marteler, contribue indirectement à la dramatisation.
3) Du coup, la communauté scientifique elle-même n’est plus entendue. Tout se mélange. Ainsi, dans la presse, ce week-end, l’interprétation des nouvelles investigations confiées à l’AFSSA. A la demande du gouvernement, l’agence va peaufiner un avis sur le risque de transmission du H5N1 à des produits de volaille peu ou pas cuits (foie gras, volailles fumées, etc…). Alors que cette même agence n’avait pas encore recommandé le confinement des volailles sur le territoire et qu’on restait (politiques et scientifiques) dans une démarche de précaution, voilà une initiative décrite sur un mode complètement alarmiste.
Dans ce contexte, que peuvent faire les éleveurs français ? Pas grand-chose, hélas.
1) La chute des ventes est confirmée. J’en atteste, au vu des statistiques remontées des centres E. Leclerc. Entre 15 et 30% des ventes habituelles.
2) Les professionnels sont évidemment paniqués. La FIA (Fédération Industrielle Avicole) a décidé de lancer une étude (sic) sur la perception des consommateurs face à la grippe aviaire. Inutile et trop tard. Il suffit de lire les statistiques turques et roumaines, ces dernières semaines : 50 % de baisse des achats.
3) Les fédérations d’éleveurs veulent lancer une campagne de communication : mise en place d’un label « volaille française ». Elles demandent aux distributeurs d’être des relais sécurisants auprès des consommateurs.
Je ne crois pas à l’efficacité de toutes ces communications collectives. Elles ont montré leur insuffisance dans le contexte de la vache folle. Je me rappelle d’ailleurs, en « une » d’Ouest France, la photo terrible de carcasses de bovins abattus en Normandie alors qu’en page « consommation », les éleveurs s’évertuaient à communiquer sur la qualité « origine française ».
Les éleveurs comme les politiques doivent comprendre que les consommateurs ont retenu la leçon. Ils s’appliquent à eux-mêmes le principe de précaution. Peu importe au fond qu’il y ait beaucoup ou peu de risques, ils s’abstiennent… Face à cette attitude, aucune campagne de publicité n’y fera rien.
J’ai évidemment demandé à tous les directeurs de magasin qu’ils mobilisent leur personnel (des rayons boucherie et traiteur notamment) pour que dans la relation de confiance et de proximité entretenue avec leurs clients, ils fassent tout ce qui est nécessaire pour rassurer et expliquer la situation.
Mais c’est la lucidité, et non la résignation, qui m’amène à dire que parallèlement à la politique de prévention et de contrôle (qui doit être évidemment prioritaire par rapport à la préservation des intérêts économiques), il est désormais urgent de plancher sur un plan d’aide au secteur avicole. Cette filière vient tout juste et péniblement de se remettre d’une chute des cours (émergence de nouveaux centres de production : Brésil, Moyen-Orient, Chine). Puisqu’on discute « budget » au Parlement, c’est dès maintenant qu’il faut inscrire une ligne destinée à venir en aide aux éleveurs.
Posté par M.E.L. le 24 octobre 2005 dans
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13 octobre 2005
Les députés et les sacs plastiques : « biodégradables » ou « réutilisables » ?

On les attendait sur une grande loi de défense de l’environnement ! Les députés se sont finalement exprimés à l’occasion du débat sur la loi de modernisation agricole. Haro sur les sacs plastiques non biodégradables ! D’ici 2010, tous les autres sacs (et emballages) devront avoir disparu.
Personne n’est dupe : comme l’exprime Marie-Pierre Ferey de l’AFP, les députés ont cherché surtout « à trouver de nouveaux débouchés aux agriculteurs ». Mais qu’importe (et pourquoi pas après tout !), on ne va pas leur reprocher de grimper dans le train qui mobilise distributeurs, associations écologistes et certaines collectivités locales pour réduire la pollution par les sacs plastiques. Enfin, le débat s’installe au plus haut niveau !
C’est sur le fond du dossier que je suis sceptique. Pour moi, la priorité, c’est la lutte contre le gaspillage et la pollution (quelle que soit la durée de vie des matériaux). C’est la diminution (à la source) de la pléthore d’emballages. C’est la responsabilisation des consommateurs (même si les industriels abusent du plastique, ce sont les usagers qui jettent…). Le « biodégradable », je suis pour, mais essentiellement quand on ne peut pas se passer de sacs jetables. J’argumente :
I - Questions préalables : la mesure suggérée par les députés me semble trop caricaturale. Elle pose d’énormes problèmes :
a) Remplacer 100 à 500 milliards (peut-être plus) de conditionnements en plastique ? Pas besoin d’approfondir l’analyse pour comprendre que la production agricole française n’y suffira pas. Utilisation des terres en jachère ? Assurément. Nouveaux débouchés pour les producteurs de grains ? Pourquoi pas. Reconversion des éleveurs et mobilisation de leurs terres pour lever des récoltes ? Ah ça, je n’y crois pas. C’est faire fi de la géographie et de la spécificité des terroirs… Un tel chamboulement n’est ni crédible, ni souhaitable. Indépendance énergétique ou indépendance alimentaire, il faudra choisir de toute façon.
b) A supposer que ce programme soit techniquement réalisable, le Ministre de l’Environnement ferait bien de réaliser d’abord une étude d’impact. Des bilans énergétiques et écologiques s’imposent, notamment s’il faut arroser toutes ces cultures.
Le Ministre des Finances devra, lui aussi, creuser cette affaire. La réforme de la PAC vise à réaligner les cours français sur les prix mondiaux. Je ne suis pas sûr que la production de ces grains et matières végétales apporte une perspective de rémunération suffisante pour nos paysans incités à se reconvertir. Produire du biodégradable ou du biocarburant peut être écologiquement utile…sans garantie de rapporter gros. Combien de subventions en perspective.
c) Enfin, cette mesure de portée générale n’a de sens que si elle est…appliquée ! …Aux produits importés ? Non, puisque c’est une mesure franco-française. Peut-on alors obliger nos seuls fabricants hexagonaux à acheter des emballages biodégradables cinq à dix fois plus cher (c’est le cas actuellement) alors que leurs concurrents étrangers n’auront pas les mêmes contraintes. Peut-être…c’est un choix politique pas facile à assumer… Au fond, peut-on éviter d’en passer par une directive européenne ?
(Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire, je dis…tout cela mérite étude).
II - Question principale : imposer le « tout biodégradable », est-ce la bonne solution ? Pour moi, cette politique comporte un risque majeur : annihiler les efforts de tous ceux qui se sont battus pour changer les comportements de consommation. Ce peut être la caution à la gabegie. « Pourquoi donner moins de sacs, pourquoi faire une fixation sur cette pollution…puisque c’est finalement biodégradable ».
C’est ça le problème : le changement de matériau n’est pas susceptible de mettre un terme à la prolifération des sacs et des résidus d’emballages dans la nature. Certes, les sacs biodégradables mettront moins de temps pour se déliter. La pollution sera moins durable… Mais des élus municipaux avec lesquels je discutais hier soir, me confirmaient qu’il faudra bien aussi ramasser ces sacs. Les équipes de nettoyage qui arpentent, de manière quasi hebdomadaire, villes et campagnes, ne vont pas s’amuser à trier, sur un seul coup d’œil les sacs bio et ceux qui ne le sont pas. Les coûts de ramassage et de tri resteront évidemment les mêmes.
Pour mes collaborateurs et moi, la priorité c’est la réduction du nombre de sacs et d’emballages. Qu’ils soient fabriqués en plastique, en polyéthylène ou avec de l’amidon, les sacs polluent…parce qu’il y en a trop, parce qu’on les gaspille, parce qu’ils sont jetés n’importe où.
III -La position de mon groupe rejoint donc celle de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) :
1) Priorité aux sacs réutilisables. Notre expérience, malgré la réticence de quelques consommateurs, montre que, dans leur grande majorité, nos clients acceptent cette formule. Ils utilisent les sacs que nous leur consignons, de 16 à 30 fois (je rappelle que nous les remplaçons dès que leur qualité est altérée). Une étude de l’ADEME (septembre 2005) a conclu à la supériorité écrasante du cabas en termes d’économie d’énergie et d’impact environnemental.
2) En revanche, l’emploi systématique de sacs biodégradables pourrait être envisagé chaque fois qu’il est nécessaire de maintenir l’usage de sacs jetables. C’est le cas pour les emballages permettant de transporter et d’isoler les produits frais, tels que poissonnerie, fruits et légumes, viande ; les produits délicats ou à préserver (lingerie fine) ou de petit conditionnement (médicaments, bonbons, etc…).
Mais attention, dans le débat actuel, on confond facilement vraie biodégradabilité avec biofragmentabilité. Cette dernière solution, préconisée par beaucoup de fabricants (produits Neosac...etc.), garde pratiquement tous les inconvénients des sacs non-dégradables.
Posté par M.E.L. le 13 octobre 2005 dans
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11 octobre 2005
Prix du pétrole : impact sur le pouvoir d’achat des ménages en 2005, 2006 ?
Ce matin, à Paris, j’ai présenté à la presse les principaux résultats de mon groupe. Ceux-ci seront évidemment publiés sur le site institutionnel de l’enseigne. En marge, de cette présentation, j’avais fait venir à mes côtés Elisabeth Rocha, Directeur Général du BIPE, dont les économistes sont réputés pour la pertinence de leurs analyses. C’est avec cette équipe que j’étais parti au combat, il y a deux ans, pour remettre en cause l’utilisation des statistiques officielles (INSEE) dans l’appréciation du pouvoir d’achat des Français et de l’inflation.
J’ai pensé intéressant de vous présenter, ici, une synthèse (version très light) réalisée par S. Haincourt, Directeur d’études au BIPE, concernant l’impact du prix du pétrole sur les revenus disponibles des ménages.
1) Contexte et enjeux
La flambée des prix du pétrole n’est plus seulement un problème auquel doivent faire face les industriels, mais également un élément susceptible d’amputer le pouvoir d’achat des ménages français, la consommation de produits énergétiques représentant 6,4 % de leur revenu disponible brut en 2004.
Nombre de produits énergétiques consommés par les ménages sont liés au prix du pétrole :
- directement : le pétrole entrant pour une large part dans la composition du produit ;
- ou indirectement : à travers des mécanismes d’indexation de prix.

Les carburants routiers, produits raffinés du pétrole, sont étroitement liés au prix du pétrole. Près de 70 % du prix à la pompe est constitué de taxes perçues par l’Etat (56 % pour le gazole). Les variations de prix du pétrole sont directement répercutées sur les prix des carburants, surtout depuis la suppression du mécanisme de TIPP flottante.
La politique tarifaire de GDF dans le cadre du contrat de groupe conclu avec l’Etat implique que les tarifs du gaz naturel aux ménages évoluent en fonction des variations des coûts d’approvisionnement de GDF. La dépendance de la France en ressources gazières impliquant un assujettissement aux cours mondiaux du gaz, eux-mêmes liés aux prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole depuis 2003 inflatera automatiquement la facture des ménages français en 2005, voire 2006.
2) Pétrole : deux scénarios d’évolution des prix sur la période 2005-2006
Le scénario central du BIPE repose sur une décélération marginale du prix du baril en début d’année 2006 et à une stabilisation à 54 $ en fin d’exercice. Dans le contexte actuel de tensions dues à des facteurs autant politiques (Moyen-Orient, Venezuela, Nigeria) que climatiques (Etats-Unis), le BIPE a envisagé un second scénario, dit de « flambée » du prix du baril, correspondant à une hausse continue du prix du pétrole jusqu’à 80 $ à l’horizon 2006.

…A niveau de consommation de produits énergétiques inchangé, la hausse des prix du pétrole envisagée dans le scénario central pour l’année 2005 enlève mécaniquement 0,4 % de revenu disponible aux ménages, suivi d’un impact neutre en 2006 où le prix du pétrole recule. Dans le scénario de flambée des prix du pétrole, l’impact sur le RDB des ménages français est une amputation de 1 % sur 2005 et 2006 (- 0,6 % en 2005 et – 0,4 % en 2006).
3) Conséquences sur le pouvoir d’achat
…Il faut s’attendre à ce que le pouvoir d’achat effectif du consommateur stagne en 2005 et ce quel que soit le scénario d’inflation du pétrole d’ici la fin de l’année.
Dans le cas d’un « scénario flambée » qui ferait grimper le prix du baril à 80 $ en 2006, on assisterait même à un recul du pouvoir d’achat effectif du consommateur à - 0,5 %.
S. Haincourt, Directeur d’études au BIPE
Posté par M.E.L. le 11 octobre 2005 dans
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6 octobre 2005
Foires aux vins : encore quelques avis pertinents !

Je poursuis la publication de quelques recommandations d’expert pour guider les amateurs dans les foires aux vins. Aujourd’hui, ce sont les coups de cœur d’Yves Petitpas. Yves gère deux magasins Système U, l’un à Combourg et l’autre à Tinténiac (Ille-et-Vilaine). C’est un garçon chaleureux, bon vivant, ce qui ne l’empêche pas d’être un redoutable concurrent. Et oui, au niveau national, nos deux groupes sont partenaires. Lui-même a été artisan de l’alliance E. Leclerc/Système U (il est l’un des administrateurs de notre coopérative commune, Lucie). Mais sur le terrain, sous son enseigne, il essaie évidemment de tailler quelques croupières à nos adhérents locaux. (Quand je pense que certaines personnes imaginent qu’il y a entente sur les prix entre les principaux groupes d’hypermarchés ! ! !).
Bien qu’il n’exerce pas de fonction particulière dans la filière « vins », Yves Petitpas est réputé pour sa connaissance du vignoble et la finesse de ses choix. Voici donc sa liste :
Chez Système u
- Cheverny blanc, Marquis de la Plante d’Or 2004.
Vin blanc frais et fringant qui commence à connaître une certaine notoriété de par sa minéralité proche du goût « Pierre à fusil » des vins de Sancerre.
- Premières Côtes de Blaye blanc, Château Lacaussade Saint Martin, cuvée « Trois Moulins ».
Arômes de fruits exotiques très mûrs soutenus par un passage en barrique très habile qui n’assomme pas le palais par un goût de vanille. Il est conseillé de décanter ce vin blanc. A découvrir !
- Chassagne Montrachet blanc, Château de la Maltroye 2003.
Grand vin blanc du prestigieux vignoble de Bourgogne. Arômes d’amande, de pomme mûre et de fleur blanche sur une bouche corsée, puissante et grasse. Très gros potentiel de garde.
- Bonnezeaux, Château de Fesles 2002.
Château de renom du vignoble angevin, le Château de Fesles est remarquable pour son Bonnezeaux, vin blanc moelleux délicat aux arômes de miel et de confiture de coing, qui concurrence les grands vins liquoreux de notre territoire.
- Chinon, Domaine du Roncée Clos des Marronniers 2003.
Enfin, un grand vin de Loire accessible. Passé en fût, conditionné dans des caisses bois, et le tout à un prix abordable.
- Cahors, Clos de Gamot 2003.
Un vrai vin du Sud-Ouest avec sa charpente, son astringence contrôlée et ses tanins souples très présents. Un bon Cahors à l’ancienne dans son approche gustative, mais qui possède la finesse des techniques de vinification modernes.
- Coteaux du Languedoc Pic Saint Loup, Domaine de l’Hortus Grande Cuvée 2003.
Soutenu par une grande richesse de ses vieux carignan, cépage local, il offre des arômes de cerises noires, d’épices et de poivre. Belle sensation de fruits sur-mûris qui persiste agréablement. Ce vin de renom vous impressionnera par sa droiture et sa structure.
- Pommard 1er Cru, Les Petits Epenots, Jean-Luc Joillot, 2002.
Issu très précisément d’un terroir dit « les petits épenots », ce vin est magistral par son charisme et son élégance qui font les Grands de Bourgogne.
Chez Intermarché
- Haut-Médoc, Château Clément Pichon 2000.
L’avantage de son millésime, beau vin.
- Saint-Julien Grand Cru classé 2002, Château Saint-Pierre.
Très bel achat. Ce vin est très beau et rare.
- Cahors 2003, Chatons du Cèdre.
Second vin du Château du Cèdre. Très bel AOC.
Chez Auchan
- Chinon blanc 2004, Les Chanteux de Couly Dutheil.
Grande expérience de ces vins blancs.
- Rully 1er Cru blanc, La Pucelle Domaine de la Bressande.
Vin méconnu, mais grand vin de Bourgogne.
- Gaillac, blanc moelleux, Château les Meritz Prestige.
Très grand vin moelleux du Sud-Ouest, finesse.
- Lalande de Pomerol, Château Haut Chaigneau 2002.
Très beau vin de Lalande. Gamme Grand cru classique.
- Côte-Rotie de chez Guigual.
- Coteaux du Languedoc, l’Esprit de Silène.
Remarquable par sa fraîcheur.
Chez Carrefour
- Bordeaux Supérieur, Château Fleur Haut Gaussens.
Très beau produit à découvrir.
- Fronsac, Château La Vieille Cure 2002.
Un vrai Fronsac avec beaucoup de caractère.
- Meursault, Domaine Bouzereau Gruère 2001.
Vin profond et épanoui, bien fait.
- Quarts de Chaume, Château la Varière 2002, Les Guerches.
- Côte-Rotie, GAEC Vernay
Sensualité et tenue.
- Madiran, Château Montus 2001
Très beau millésime pour ce grand Château.
Chez E. Leclerc (magasins situés dans la zone qui s’étend de Rennes à Nogent-le-Rotrou et de Montargis à Alençon)
- Anjou Villages Brissac, Château La Varrière 2003.
Très beau vin qui valorise cette petite appellation.
- Côtes de Castillon, Château de Laussac 2003.
Vin haut de gamme.
- Chablis 1er Cru, Fourchaume de Jean-Marc Brocard, 2003.
Excellent viticulteur.
- Sauternes, Château Lafaurie-Peyraguey 1999.
Très belle bouteille.
- Savigny-lès-Beaune, Hospices de Beaune, Cuvée Fouquerand 2002.
Très beau vin méconnu.
- Minervois 2003, Balsamina.
A découvrir, mais cher.
- Madiran, Château Laroche Viella 2002.
Très beau Madiran, beau millésime.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’oubliez pas, quelles que soient les dates « théoriques » de clôture des foires aux vins, beaucoup de ces vins resteront en stock encore plusieurs mois après ce grand moment de fête œnologique…
Posté par M.E.L. le 6 octobre 2005 dans
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27 septembre 2005
Foires aux vins : plaisir d’amateur, avis d’expert !

Jean-Luc Pouteau, 1er Sommelier de France en 1976, Meilleur Sommelier du Monde en 1983
Il reste beaucoup de bonnes choses à dénicher dans les rayons des hypers, chez les cavistes, et même sur le net. C’était à prévoir. Quelle idiotie que de démarrer si tôt les foires aux vins. Les nôtres commencent mercredi. Nous verrons bien si nous avons eu raison d’attendre. Je viendrai le dire ici, promis.
Pour vous (et pour moi aussi !), j’ai continué à solliciter l’avis de quelques personnalités. Aujourd’hui, deux préconisations. D’abord, celle d’un autre de mes collaborateurs (Charles). Dans le groupe, il est responsable du contrôle de qualité et du développement durable. Mais il partage avec Géry (ma note du 21/09) une passion immodérée pour le vin. Voici son état des lieux :
Chez Auchan
- Château des Estanilles 2001 cuvée prestige, Faugères
- Château Saint-Pierre 2003, Saint-Julien
- Santenay 1er cru Beauregard 2002, Roger Belland
- Château Chasse Spleen 2003, Moulis en Médoc
- Château Poujeaux 2003, Moulis en Médoc
Chez Carrefour
- Rioja Marques de Murrieta 1999, YGAY
- Côte Rotie 2003, Domaine Vernay
- Les Abeilles de JL Colombo 2003, Côtes du Rhône
- Bourgogne blanc 2004, JM Brocard "Kimmeridgien"
Chez Géant
- Château du Cèdre cuvée prestige 2002, Cahors
Chez E. Leclerc
- Château les Ormes de Pez 2003 magnum, Saint-Estèphe
- Chateau Citran 2003, Haut-Médoc
- Chateau du Galoupet 2001 rouge, Côtes de Provence
- Chateau Latour Martillac 2003 blanc, Pessac Léognan
- Chateau l'Hospitalet 2003 blanc, Coteaux du Languedoc
Après l’avis de l’amateur éclairé, je vous invite à découvrir une sélection d’un expert, Jean-Luc Pouteau. 1er Sommelier de France en 1976, Meilleur Sommelier du Monde en 1983, c’est l’un des êtres les plus passionnés que j’ai jamais rencontrés. D’ailleurs, son cursus en témoigne. Bon vivant, c’est à l’école hôtelière qu’il a appris à faire la cuisine. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, il fait ses premières armes chez le meilleur pâtissier de Rennes. Rien à voir avec l’œnologie ? Vous avez raison, jusque là. Il faut attendre qu’il s’amourache d’une jeune fille dont le père était viticulteur ! A qui croyez-vous qu’il fît la cour ? Au vu de son expertise actuelle, nul doute qu’il s’intéressât au vignoble au moins autant qu’à son épouse !
Aujourd’hui, il est négociant et conseil en vins auprès de restaurateurs, de cavistes, ou de particuliers. Pour éviter tout risque d’incorrection à l’égard d’un de ses clients, il a préféré concentrer sa sélection sur plusieurs catalogues régionaux édités dans notre groupe (Ile-de-France, Normandie et région toulousaine). Pour votre plaisir et votre édification personnelle, retenez donc, quel que soit l’endroit où vous les trouverez (mais attention au prix !), quelques-uns de ses coups de cœur :
- Château Perrou 2003, Bergerac
- Château Saint-Go 2000, Côtes de Saint-Mont
- Expression de Château Saint-Go 2004, Côtes de Saint-Mont (blanc)
- Seigneurie de la Varière 2002, Anjou
- Château Haut-Theullet 2002, Monbazillac
- Château Chasse-Spleen 2002, Moulis
- Château Lynch Bages 2002, Pauillac
- Château La Dominique 2003, Saint Emilion
- Cos d'Estournel 2002, Saint-Estèphe
- Château Cambon La Pelouse 2003, Haut-Médoc
- Château Rollan de By 2003, Médoc
- Château Jean de Gué 2003, Lalande de Pomerol
- Château de Santenay 2001, Mercurey 1er cru Les Puillets
- Domaine Harmand-Geoffroy 2003, Gevray-Chambertin
- Domaine Harmand-Geoffroy 2000, Mazis-Chambertin Grand cru
- Château d'Escabes Privilège 2002, Gaillac
- Château Doisy-Daëne 2003, Sauternes
- Château Laroche Viella 2002, Madiran
- Château de Gache 2003, Buzet
- Les haut de l'enclos des Bories 2002, Minervois La Livinière
- Terroir de Trias 2003, Côtes du Rhône Village Beaumes de Venise
- Gewurztraminer Grand cru Mamburg 2004, Henri Ehrhart
- Clos de los Siete 2004, Argentine
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’hésitez pas à déposer vos commentaires critiques ou vos propres préconisations.
Posté par M.E.L. le 27 septembre 2005 dans
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12 septembre 2005
Foires aux vins : faut-il encore y courir ?

J’affirme que oui, parole de professionnel tout autant que d’amateur.
N’y voyez aucune flagornerie de ma part. Je suis évidemment très fier que mon enseigne soit à l’origine du phénomène (c’est dès 1973 que des adhérents E. Leclerc ont créé les premières foires aux vins, en Bretagne d’abord, puis en Pays de Loire). Et l’expérience acquise a placé les centres E. Leclerc en tête du marché. (Numéro 1 de la vente des vins en France, avec 17,6 % de part de marché, l’enseigne a vendu plus de 223 millions de bouteilles en 2004, et les foires aux vins représentent jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires correspondant).
Les foires aux vins constituent l’une des initiatives les plus sérieuses et les plus attractives de la grande distribution, ces dernières années.
Acheter en GD ?
Il y a encore des irréductibles. Des viticulteurs qui préfèrent, par choix commercial, travailler en exclusivité avec des cavistes. Ou encore, qui restent réticents et un peu effrayés par l’idée de rentrer sur le « mass market ».
Mais pour le consommateur, comme d’ailleurs pour les œnologues, il n’y a plus de tabou. Les deux tiers des ventes de vins en France se font désormais en grande distribution. Et les foires aux vins en constituent une très belle vitrine.
Chaque enseigne s’est attachée le conseil d’œnologues professionnels (des sommeliers de grands restaurants apportent souvent leur expertise). Chacune d’elles dispose d’un bataillon de cavistes, tous plus passionnés les uns que les autres. Les sélections passent de nombreuses barrières de dégustations et de tests. Les publicités sont souvent riches d’informations et les catalogues (que nous envie le reste de la distribution européenne) sont méticuleusement construits.
Dans quelle enseigne ?
Il y a des bonnes bouteilles un peu partout (et là, je vous épate, parce que vous vous attendiez à ce que je pousse le bouchon…vers Leclerc, pas vrai ?). Je partage l’avis de Jacques Dupont, spécialiste au journal Le Point. Il est l’un des plus fins connaisseurs des foires aux vins. Son étude comparée des catalogues est une précieuse référence (cette année, il est publié dans le numéro du 8/09). Son diagnostic est tranché : « Toutes les enseignes sont désormais au niveau ». Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faille acheter à l’aveugle. D’abord parce qu’il y a des différences de prix. Ensuite, parce que chacune a ses points forts et ses points faibles.
Vin de garde ou vin de plaisir ?
Spéculer sur le vin n’est pas mon truc. D’ailleurs, les trois quarts des gens qui m’en parlent prennent toujours des airs savants (limite « discours des médecins chez Molière »), mais peinent à justifier concrètement leurs achats à partir du seul critère financier. Pour moi, ce marché du « placement » est dépendant de trop de facteurs exogènes pour qu’on y incite ceux d’entre vous qui ne disposent pas du budget de Crésus.
A l’occasion, si l’aventure vous tente, achetez un maximum de vins en primeurs et tentez de les revendre 5 ou 6 ans plus tard (en espérant que l’évolution des devises ne casse pas le marché). Concentrez-vous sur les valeurs sûres (les grands crus). N’oubliez pas que certaines techniques de vinification (effet supposé de la « parkerisation » du goût !) limitent les capacités de garde. Et de toute façon, il faut de super bonnes caves (température et hygrométrie) pour préserver la qualité du vin (ce qui est rarement le cas dans nos habitations usuelles). Evitez aussi (pour la garde, mais pas pour la consommation immédiate) certains millésimes (1997, 1999 et 2002) dont nos œnologues confirment l’évolution rapide.
Personnellement, je trouve que l’intérêt des foires aux vins, c’est l’achat plaisir, la découverte et l’accès à des variétés nouvelles (cépages, appellations). Il y a plein de belles choses en Côtes du Rhône, en Languedoc-Roussillon, en vins de Loire… On en reparlera, ici, en détail.
A quel prix ?
Cette année, l’offre est vraiment plus raisonnable. D’abord, les grands crus bordelais ont tiré les leçons de leurs « errements » passés. (Je ne dis pas « erreurs » car le marché export leur était profitable). Ils avaient perdu des fidèles, ils veulent les retrouver avec des 2003 franchement plus sages.
La plupart des enseignes ont, de leur côté, réagi à la baisse des ventes, l’année dernière, (- 1,5 %), sauf dans notre enseigne et chez Système U dont la croissance reste forte. Elles proposent toutes, cette année, des prix attractifs. Par exemple, Auchan, avec des vins entre 5 et 10 €. Dans les centres E. Leclerc, 60 % des vins proposés ont des prix inférieurs à 8 €, et 80 % sont vendus à moins de 15 €.
En revanche, je crie casse-cou pour mes collègues qui vendent des vins à 1,80 € (Intermarché). Pourquoi pas, dans l’absolu, s’il s’agit de faire profiter les clients d’une jolie promotion. Mais dans le contexte très qualitatif des foires aux vins, ça sonne un peu « hard » !
Quand acheter ?
Vous avez pu le constater, les foires aux vins démarrent de plus en plus tôt : du week-end dernier (Carrefour, Nicolas, Monoprix, et les sites internet « chateauonline.fr », « wineandco.fr ») jusqu’à fin septembre, voire début octobre. Pour moi, c’est du délire. Et un formidable gâchis ! C’est le fruit d’une surenchère qui illustre la peur des enseignes de se laisser griller par une offre concurrente.
Ca n’a plus de sens. Les consommateurs sont à peine rentrés de vacances (de plus en plus onéreuses). Ils viennent de reconstituer les stocks alimentaires, textiles et rentrée des classes. Vu la contrainte financière, comment voulez-vous que les clients puissent vraiment se faire plaisir. Les centres E. Leclerc ont choisi de démarrer les opérations à partir du 28 septembre. Nos adhérents achètent beaucoup de vins en primeurs. La plupart des productions bordelaises ne peuvent être mises sur le marché avant cette date. Et jusqu’à preuve du contraire, démarrer plus tard que les autres n’a pas nuit à notre performance. Keep cool !
Le mieux est donc de se munir des différents catalogues en circulation, de comparer, de prendre le temps de peaufiner la sélection. Seule exigence : ne pas se focaliser sur des vins trop rares, forcément en quantité limitée, et vite épuisés. Pour ceux-là, évidemment, il faut se précipiter dès les premiers jours.
Catalogue national et compléments régionaux
Les offres nationales sur lesquelles communiquent les enseignes sont forcément plus restreintes (elles doivent être disponibles partout) que les gammes proposées dans chaque magasin. Il ne faut donc pas se fier au nombre de références. Les sites internet proposent, en apparence, l’offre la plus complète, ainsi que Carrefour et Auchan. Les indépendants (Intermarché, mais surtout Leclerc et Système U) concentrent leur publicité nationale sur un nombre plus réduit de bouteilles, mais font vraiment la différence sur le plan local.
Beaucoup de nos adhérents ont fait de leur cave une véritable « maîtresse » qu’ils choient et bichonnent avec passion. Ils sont implantés dans des terroirs dont ils veulent être les ambassadeurs. Ils ont noué des relations très fortes avec des viticulteurs dont ils sont devenus de véritables partenaires (ils sont souvent clients l’un de l’autre). Privilégiés, ils ont accès à de très beaux flacons, introuvables la plupart du temps en grande distribution. Enfin, beaucoup de nos adhérents consacrent des budgets très importants en achats primeurs. Suivant les années, cela leur permet d’offrir des grands crus à des prix imbattables (la foire aux vins du centre E. Leclerc de Quimper est devenue « un must » !).
Voilà pourquoi la fête promet d’être belle !
Posté par M.E.L. le 12 septembre 2005 dans
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26 juillet 2005
Economie et sécurité : Le cas du transport aérien
Après ce nouveau massacre, Charm el-Cheikh panse ses plaies. Le terrorisme se cherche de nouvelles cibles et les démocraties renforcent leur solidarité (à force de l’annoncer, après chaque attentat, on se demande pourquoi elle n’est pas déjà maximale !).
Mais Charm el-Cheikh, c’est aussi, de triste mémoire (Janvier 2004) une catastrophe aérienne. D’autres vies violemment fauchées, et une polémique sur la sécurité des avions charters. Alors que s’organise et s’amplifie le grand ballet aérien des chassés-croisés des vacanciers, je suis évidemment sur le qui-vive et observe, avec une certaine fébrilité, la trop lente avancée du programme national et européen mis en place au début de l’année dernière.
Mon groupe n’est pas en première ligne comme le sont FRAM, ou le Club Med. Leclerc Voyages est devenu un acteur majeur dans le domaine des vacances. Mais nous commercialisons essentiellement des offres de voyages construites par les tours opérateurs (les précédents, mais aussi Kuoni, Jet Tours, Marmara, etc…). Nous sommes principalement des revendeurs de produits de tourisme (griffés ou non). Mais la question de la sécurité de nos 500 000 clients ne peut me laisser indifférent.
Justement. Après l’accident de Charm el-Cheikh, les pouvoirs publics français et la Commission Européenne avaient fait de grandes déclarations. Le Point (21/04/05) rappelle qu’un label « pavillon bleu » (décerné aux compagnies jugées les plus sûres) devrait voir le jour le 1er janvier 2006 (pourquoi si tard !), mais qu’on ne connaîtra pas la liste noire des compagnies aériennes à proscrire. « Au sein même de l’UE, une compagnie pourra être interdite par certains membres et pas par d’autres. » Comment, dès lors, les vacanciers pourront-ils faire leur choix ? A quoi cela sert-il alors de faire figurer sur le billet le nom de la compagnie charter s’il ne correspond à aucune information précise.
Il ne faut pas tomber dans la psychose. Si l’on veut garantir la qualité du transport aérien, il ne faut pas laisser s’entretenir la suspicion, ni la rumeur. Mais il faut éliminer les points noirs.
1- Le transport aérien reste un moyen sûr de se déplacer. Le nombre d’accidents y est proportionnellement inférieur aux autres modes de transport. C’est une réalité.
2- Toutes les compagnies aériennes déclarent ne jamais lésiner sur la sécurité et les contrôles. Mais beaucoup ont des difficultés financières. Elles cherchent à réduire les coûts. Tout le monde est tenté de faire le lien entre la diminution du personnel et la réduction de la vigilance, d’autant que les syndicats de pilotes tirent souvent (réflexe corporatiste ?) la sonnette d’alarme.
3- Les tours opérateurs et même les compagnies recourent de plus en plus aux prestations de compagnies charters. Certaines sont filiales de grands groupes aériens. La notoriété de leur logo offre une certaine garantie. Beaucoup ont des rapports exclusifs (Star avec le Club Med). A priori, les TO européens ne travaillent pas avec les nouvelles compagnies qui ont émergé en Afrique, en Russie, dans les pays arabes, ou sont installées dans les régions offshore.
4- Mais sur certaines destinations comme l’Egypte, et à certaines saisons, les TO français n’ont pas la clientèle suffisante pour affréter eux-mêmes un charter. Ils passent alors par des « consolidateurs » qui regroupent les demandes, affrètent et leur réallouent des « blocs-sièges ». C’est à ce stade qu’on rencontre le plus de problèmes dans le choix des prestataires.
J’étais, ce matin, en longue discussion avec nos cadres chargés du référencement des tours opérateurs proposés dans nos 145 agences. Leur préoccupation, c’est de ne travailler qu’avec des TO renommés qui, eux-mêmes, s’engagent sur la qualité des charters utilisés. Nous avons décidé de ne pas affréter en direct (sauf dans le cadre de déplacements internes au groupe, mais dans ce cas, avec des charters français)… Avec le risque d’apparaître conservateur, voire trop classique dans notre offre, puisque ainsi nous nous refusons de faire des « coups » à des prix encore plus canon.
Mais on voit bien la limite de toute démarche, même bien intentionnée, si au niveau des pouvoirs publics, le contrôle de la sécurité n’est pas optimal.
En France, ce rôle échoit à la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC). Tous les pilotes, les constructeurs et les compagnies attestent du sérieux de cette administration, voire de son caractère tatillon. Mais les agents de la DGAC eux-mêmes attestent de l’étendue du chantier et pestent ouvertement contre certains états, trop négligents dans l’exercice de leurs propres obligations de contrôles nationaux.
Dans le JDD du 24/07, la DGAC affiche la satisfaction d’avoir effectué 1 636 contrôles l’an dernier sur les appareils de compagnies étrangères. Mais les bras vous tombent quand on vous présente ce bilan comme une performance…puisque réalisés avec seulement 25 agents spécialisés dans ces inspections !!! 25 agents, c’est le nombre de techniciens d’une grosse concession Renaud ou Mercedes. Cela paraît tellement disproportionné par rapport à la technicité des audits et à leur ampleur…qu’on continue forcément à se poser des questions.
Il est normal que l’Etat exige des opérateurs économiques le respect de toutes les normes sanitaires et qu’en la matière, il soit intraitable. Mais la priorité, c’est de donner aux administrations les moyens d’agir. Et dans le cas d’espèce, ça ne me semble pas être vraiment le cas.
Posté par M.E.L. le 26 juillet 2005 dans
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12 juillet 2005
Produits solaires : L’Afssaps fustige les étiquetages. Enfin !
Oui, je sais ! Vous allez me rappeler que je suis breton et que, sur la question des crèmes solaires, je n’ai aucune légitimité pour prendre la parole. Eh bien, justement, vous vous trompez.
D’abord, faudrait pas exagérer ! Il fait parfois beau dans mon Finistère. Simplement, comme il y a alternance démocratique entre soleil et nuages, on a un peu trop tendance à vouloir prolonger l’exposition au soleil, histoire de profiter de « l’entracte ». D’où, sur nos plages, ces corps délicatement rosés, genre « peau anglaise » avant la mue, qui font le profit de nos pharmacies désormais implantées à l’entrée des campings.
Cela fait trois ans qu’à coups de placards publicitaires dans les magazines, et sur des affiches en zones urbaines, nous fustigeons la complexité des étiquetages sur les boîtes de produits solaires. D’une marque à l’autre, c’est la surenchère d’indices. Mais à y regarder de près, on ne parle jamais de la même chose.
En 2003, mon groupe a réclamé aux fournisseurs qu’ils précisent, sur les boîtages, le périmètre d’efficacité des indices de protection. L’opération les avait choqués. Mais, très vite, le dialogue s’est établi et l’insistance avec laquelle les organisations de consommateurs se sont mêlées au débat, a produit quelques effets positifs… Jusque dans certaines pharmacies où les officinaux refusent de commercialiser des produits dont les indices sont jugés trop faibles pour être efficaces.
Pour crédibiliser cette démarche et montrer aux fournisseurs qu’il ne s’agissait pas de se faire une publicité sur leur dos, nous leur avons offert de les associer à une campagne de communication contre l’exposition prolongée des enfants au soleil. Et nous avons proposé à un fabricant de marque (Garnier Ambre Solaire) de s’engager à nos côtés pour sensibiliser les familles, clientes de nos magasins.
Et comme nous sommes têtus, nous avons remis ça, cet été, en parrainant la campagne de prévention du mélanome de l’Institut National du Cancer : le mélanome est un cancer de la peau qui se développe à partir d’un naevus (grain de beauté). C’est la plus grave des tumeurs cutanées. Elle peut entraîner une dissémination métastatique rapidement mortelle. L’absence de traitement curatif des formes avancées de mélanome rend indispensable le développement de mesures préventives parmi lesquelles la limitation de l’exposition au soleil.
Alors que ces sujets font débat depuis une bonne dizaine d’années, j’étais jusqu’ici étonné par la formidable inertie des autorités sanitaires dans notre pays.
Les instituts de recherche contre le cancer n’arrêtent pas de tirer les sonnettes d’alarme. L’UFC-Que Choisir en a fait un de ses chevaux de bataille. Individuellement, les grandes sociétés de cosmétiques ont pris des initiatives. (Il est incontestable que la qualité des filtres et des produits s’est améliorée). Mais avec un réel problème de lisibilité pour les consommateurs.
Voici enfin que l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) vient de publier une série de recommandations destinées aux fabricants. Rien d’obligatoire encore, mais un souci de toilettage, de clarification et de précision.
- Plutôt que de cautionner une échelle d’indices (de 0 à 60 pour certaines marques), l’Afssaps souhaite qu’on s’en tienne à 4 catégories d’indices : protection faible, moyenne, haute protection et très haute protection.
- Les fabricants devront intégrer dans leurs produits une double protection : contre les UVB (responsables des deux tiers des cancers cutanés) et des UVA (responsables des deux tiers du vieillissement de la peau). Actuellement, la plupart des crèmes ne tiennent compte que des UVB.
Les hypermarchés commercialisent plus de 50 % des crèmes dermo-cosmétiques. Techniquement, nous n’avons aucune compétence pour apprécier ou critiquer les choix scientifiques des laboratoires industriels. Mais si, dans l’alimentaire, nous disposons d’un abondant référentiel de textes normatifs permettant d’apprécier la composition des produits, tel n’est pas le cas dans le secteur des cosmétiques. C’est pourtant une nécessité.
Je ne sais pas si les recommandations de l’Afssaps sont les plus judicieuses, mais son initiative est bienvenue. Les distributeurs, quels qu’ils soient, devraient pouvoir répondre aux inquiétudes de leurs clients en se référant à une grille incontestable et harmonisée pour pouvoir référencer les produits en connaissance de cause.
Posté par M.E.L. le 12 juillet 2005 dans
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23 juin 2005
Le marketing du vin à l’épreuve des nouveaux consommateurs
Mes fonctions me valent parfois de pouvoir profiter de quelques bons moments. C’était le cas mardi dernier. Je participais au jury de dégustation des vins sélectionnés par nos acheteurs pour figurer dans les futurs catalogues des Foires aux vins (septembre 2005).
1) Me voilà donc au cœur de Vinexpo, à Bordeaux, embarqué dans un joyeux et picaresque attelage. Onze compères, acheteurs de mon groupe, œnologues, négociants, restaurateurs et viticulteurs, surexcités à l’idée de trouver « la perle ». Il y a là René Renou, le patron de l’INAO (Institut des Appellations d’Origine), Jean-Luc Poutau, meilleur sommelier du monde 1983, Jean-Marie Chadronnier, président de Vinexpo, Philippe Etchebeste, superbe toqué à Saint-Emilion, et Michel Rolland, le conseiller des grands vignobles à qui le réalisateur de « Mondovino » a fait récemment et injustement la peau…
La cérémonie est toujours la même : un carnet de notes, chacun ses commentaires (couleur, nez, bouche). Dégustation à l’aveugle (32 échantillons parmi 350 déjà testés). Et le fameux crachoir. Je suis placé juste en face de Karine Valentin (Cuisine et Vins de France). Je peux vous dire qu’elle crache proprement et avec une certaine élégance ! La chemise de Jean-Luc Poutau, elle, méritera de passer dans ses « frais généraux » ! ! !
2) L’idée, derrière tout ça, c’est de répondre aux nouvelles attentes des consommateurs : les femmes, les jeunes couples, qui achètent le vin au coup par coup et pour se faire plaisir. La génération précédente prétendait acheter en expert, la nouvelle se veut simplement « jouisseuse ». Passer du « complexe » au « simple », ce n’est pas si simple.
75 % des Français considèrent que « le vin est plus difficile à choisir que les autres produits alimentaires » (Sondage Ipsos pour Leclerc).
Deux explications : La « largeur de l’offre, pourtant nécessaire à la valorisation de la diversité ; mais surtout les difficultés à identifier les signes de qualité (pour 69 % des acheteurs occasionnels et pour 57 % des Français au total).
Comment s’y prennent-ils pour se repérer ? Le bouche à oreille, principalement (72 %, dont 42 % les conseils d'amis et 30 % les recommandations des cavistes). Et seulement 13 % les revues spécialisées, 8 % les prospectus, etc… (internet 3 % !).
Quant aux étiquettes, elles séduisent plus qu’elles n’informent. Une fois devant le rayon, c’est le prix qui dicte le choix (49 %), mais seulement un tiers des consommateurs considèrent qu’il reflète la qualité.
3) Dans ces conditions, c’est tout le marketing du vin qui est à revoir. Dans le système français, l’AOC se réfère au terroir, mais pas aux qualités gustatives. La communication des négociants américains et australiens privilégie la typicité supposée du cépage… mais au risque de standardiser les produits. On peut discuter des heures de cette confrontation (on y reviendra !). C’est passionnant. Surtout qu’avec une faune pareille, les arguments montent facilement à la tête. J’ai assisté à de superbes passe d’armes !
4) Acteurs majeurs de la filière depuis une quinzaine d’années, les distributeurs multiplient les efforts pour clarifier les choix et guider les amateurs. Chacun a ses points forts. Avec nos cavistes, nous avons élaboré une gamme « coups de cœur », facile à repérer sous son appellation « Les Incroyables » : des vins de qualité exceptionnelle qui n’ont pas le droit à l’appellation « grand cru ». Et qui de surcroît sont abordables.
J’en étais, hier, un des artisans, tout autant que l’heureux cobaye.
Tandis que je dégustais mon trentième candidat à la sélection, je mesurais le poids de ma responsabilité ! (Tant pour les producteurs lauréats que pour les clients). Du coup, j’ai tout re-goûté, mais cette fois sans trop de modération… Ne m’en veuillez donc pas si cette note en garde quelques effluves brouillonnes…

Credit photo : Philippe Labeguerie
Posté par M.E.L. le 23 juin 2005 dans
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17 mai 2005
Actions en nom collectif : Pourquoi seulement viser les consommateurs ?
Au début de l’année, Jacques Chirac a souhaité que les consommateurs puissent attenter des actions collectives (class action) contre les pratiques abusives. Il empruntait cette idée au député Luc-Marie Chatel (UMP), auteur d’un rapport (2004) sur le droit de la consommation.
J’essaie actuellement de me documenter sur ce sujet. Peut-être vous rappelez-vous ma note du 23 janvier (Réponse à Fifi du 13 mai). Depuis, les lobbies se sont exprimés. Dominique Perben a calmé le jeu et demandé à Christian Jacob et Thierry Breton d’instruire le dossier, dans l’intérêt des consommateurs, mais aussi « dans la garantie de protection des entreprises ». On respire au MEDEF !
Pour Luc-Marie Chatel, que j’ai rencontré récemment, il ne s’agit certainement pas d’enterrer le dossier. Au contraire, il estime qu’il y a une vraie attente (ONG, associations) et que le système actuel de protection des usagers est insuffisant. On le voit, par exemple, dans la désastreuse et lamentable affaire de l’amiante ! Et plutôt que de refermer le dossier, comme le demandent les entreprises, il préfère qu’on essaye de rationaliser le débat. C’est ce à quoi s’attèlent les 17 membres d’un groupe de travail (magistrats, juristes, fonctionnaires, représentants d’associations et d’entreprises). Remise des travaux : fin 2005.
Le sujet est terriblement impactant sur la vie économique. Le Président, « bien intentionné », s’est focalisé sur le secteur de la conso. Les mauvaises langues rapportent : pourquoi négliger une petite pression supplémentaire sur la grande distribution ! Wal-Mart, aux US, fait l’objet d’une plainte pour discrimination sexuelle déposée en 2001. Selon le concept américain de « class action », une condamnation pourrait valoir au distributeur obligation de réparation pour 1,5 million de femmes employées dans l’enseigne. (Vous imaginez la pression qu’on pourrait mettre sur Carrefour et les autres).
Ce que j’ai compris du concept me fait penser que le dispositif concernera, au contraire, tous les secteurs d’activité, privés et publics. L’action de groupe exige que l’on revoie une grosse partie de nos procédures civiles (instruction, régime des preuves, calcul du préjudice, mode de recours, etc…). Pas crédible de segmenter les domaines d’application.
Rappelons le principe : il s’agit de permettre à tout individu de se reconnaître victime d’une exaction pour revendiquer réparation d’un préjudice. Même si cet usager n’a pas été à l’origine de la plainte. Exemple : une association anti-tabac a attaqué des producteurs de cigarettes en Floride. Des milliers de fumeurs ont revendiqué de pouvoir bénéficier de l’indemnisation.
Sous des versions plus ou moins édulcorées, il existe de tels dispositifs en Angleterre, en Allemagne, au Canada, en Suède, et bientôt au Portugal. Même en France, nous disposons d’une « action en représentation conjointe », mais très lourde à mettre en œuvre (système de mandat, obligation procédurale, risque de retour sur plaignant, etc…). C’est la lourdeur de ce dispositif qui amène les consommateurs français à rêver d’un système plus ouvert. « En l’absence d’action de groupe, c’est à chaque consommateur d’aller en justice pour obtenir réparation. D’où, multitude de procès, multiplication des expertises, engorgement de la justice, coût pour collectivité ». (Gaëlle Pateta, juriste UFC dans Libé 7/01/2005).
Si je synthétise tout ce que j’ai appris sur ce dossier, je vois trois problèmes :
1) Accélération garantie du processus de judiciarisation des conflits dans tous les secteurs (prolifération des procès, émergence d’une catégorie d’avocats rabatteurs, eux-mêmes rémunérés en pourcentage des indemnités, recherche de transactions avec les entreprises qui, pour éviter un procès long et coûteux, préfèrent payer). On cite le chiffre de 250 milliards de dollars pour estimer le coût des procès en dommages et intérêts aux Etats-Unis. Intox ?
2) Pour se prémunir des aléas, les entreprises provisionnent dans leur bilan des sommes considérables. Les primes d’assurance explosent. Pas seulement dans le secteur économique. Dans le secteur médical aussi (les obstétriciens, les chirurgiens esthétiques, les anesthésistes, etc…). Au final, c’est le consommateur qui paie ces surcoûts répercutés dans le prix des prestations.
3) Les approches juridiques sont-elles compatibles ? L’ensemble de notre système juridique repose sur la responsabilité individuelle (devoir) des décideurs. La class action transforme les décideurs en délinquants potentiels, dès lors que tout consommateur peut s’auto-désigner comme victime. C’est contraire aux fondements de notre droit actuel qui exige d’un plaignant la preuve de son droit à agir.
4) Le Président vient de faire modifier la Constitution en introduisant « le principe de précaution ». Non seulement les avocats pourront se retourner contre les entreprises, mais au nom du même principe, ils pourront se retourner contre l’Etat qui, au mépris du principe de précaution, n’a pas contrôlé à temps les entreprises, ni pris (ex. de l’amiante) dans les universités et les bâtiments publics, les dispositions nécessaires et suffisantes. L’arroseur arrosé, en quelque sorte… mais pourquoi pas !
Dossier extrêmement intéressant mais complexe…, qui plus fondamentalement remet en cause la notion de « limite de responsabilité ». Ca mérite mieux qu’une polémique. Votre opinion ?
Posté par M.E.L. le 17 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Conso.)
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