13 février 2009
Le prix des pâtes et du riz en janvier

Panique dans les états-majors de la distribution, mercredi et jeudi derniers. Alors que toutes les enseignes s’évertuent à annoncer des baisses de prix, voilà qu’une dépêche, commentant une étude Nielsen, déclare que pâtes et riz ont augmenté de 10 à 11 % en janvier. Des hausses d’autant plus incompréhensibles qu’on observe une baisse des matières premières agricoles depuis juin 2008.
Comme tous mes collègues, j’ai été interrogé par les journalistes et sommé de nous expliquer sur ces hausses. Eh bien, j’ai beau être crédité d’une bonne capacité de communication, j’en suis resté coi.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les relevés de prix effectués par mes services disaient exactement le contraire.
Jugez-en vous-mêmes : sur la période qui va de novembre 2008 à janvier 2009, l’évolution des prix est la suivante :
- Prix de la farine « grandes marques » : - 15 %
- Prix de la farine MDD : - 14,9 %
- Prix des pâtes MDD : - 6,2 %
- Prix des pâtes « grandes marques » : - 6 %
Certes, le prix du riz a continué d’augmenter ces trois derniers mois (+ 4,7 %), mais les accords conclus avec les industriels font qu’il baissera de 11 % début mars.
Comment alors expliquer cette contradiction entre les données statistiques issues des magasins et les études attribuées à Nielsen ?
Réponse : ceux qui ont rédigé les dépêches ont mal lu l’étude Nielsen.
1) L’étude Nielsen ne portait pas sur les prix de janvier, mais sur l’inflation annuelle observée de janvier 2008 à janvier 2009. Nielsen n’a jamais dit que le riz et les pâtes avaient augmenté de 10 % en janvier.
2) Au contraire, s’exprimant dans LSA, Georges Ferronnière, Directeur Marketing de Nielsen, constate des baisses de prix en janvier : « Janvier 2009 confirme…le retournement amorcé fin 2008. L’inflation a ainsi perdu 2 points en deux mois sur l’exhaustif… ».
3) Et il enfonce le clou : «l’inflation à un an des pâtes n’est plus que de 11 %, alors qu’elle était encore de 16 % sur le mois précédent, et avait frôlé les 50 % sur les produits d’entrée de gamme au troisième trimestre 2008».
Bref, tout ça pour dire que la communication sur les prix n’est déjà pas facile. Elle est déjà suspecte quand elle émane du commerçant, alors, vous pensez bien, quand l’information est fausse, quand l’interprétation n’est pas bonne, ça devient mission impossible.
Malgré tout, je confirme et signe. La désinflation est engagée…
Posté par M.E.L. le 13 février 2009 dans
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10 février 2009
Carburants : pas facile de suivre l’évolution des prix !

Partout sur le Net, les consommateurs disent leur incompréhension : fin 2008, E. Leclerc, suivie des autres enseignes de distribution, annonçait que le prix à la pompe du supercarburant sans plomb 95 passait sous la barre de 1 euro. Or, aujourd’hui, malgré des variations du cours du brut plutôt sages, les derniers relevés sur le site «www.prix-carburants.gouv.fr » donnent un prix moyen TTC de 1,12 €.
La surprise des consommateurs est complètement justifiée. Explication ? Contrairement à une opinion trop répandue, les variations du prix de l’essence ne dépendent pas du seul cours du brut. En fait, il faut tenir compte :
- du cours du brut,
- des variations du dollar,
- de la disponibilité et des cours du produit raffiné.
Ces dernières semaines, il s’est produit un mouvement assez inhabituel de correction du prix, exprimé en dollar par tonne, du supercarburant SP 95. Entre le 23 décembre 2008 et le 5 février 2009, ce produit est passé de 296,25 dollars la tonne à 432,50 dollars la tonne, soit une augmentation de…46 %, alors que le cours du brut de référence « Brent » ne progressait que de 15,1 % et le gazole moteur, sur la même période, baissait, lui, de…0,6 % !
Mais à ces facteurs explicatifs, il faut en rajouter un autre : le poids des taxes.
Dans la configuration actuelle du marché, le prix du carburant, en sortie de raffinerie, ne pèse que pour environ 22 % de la variation de prix. Tout le reste, ce sont des taxes. C’est ce qui explique que la hausse de 46 % du produit lui-même ne se traduit que par une hausse de 9,9 % au stade du consommateur (et de même, quand le brut descend, le prix de l’essence ne baisse pas dans la même proportion…).
Des corrections de marché de cette ampleur sont très rares. Elles entraînent beaucoup de suspicion sur le marché et sur les marges des pompistes qui n’ont pratiquement pas varié depuis 4 ans.
Des internautes ont suggéré qu’on s’en explique sur des panneaux d’information dans les stations-service. L’idée est sympa, mais vous conviendrez que de telles explications ne sont vraiment pas faciles à communiquer aux clients !
Posté par M.E.L. le 10 février 2009 dans
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15 janvier 2009
E. Leclerc en Corse, l’an I de la baisse des prix

E. Leclerc en Corse ! Beaucoup n’y croyaient pas. Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l’implantation de notre enseigne, un tract signé d’un quidam se revendiquant du FLNC (mais c’est à la portée de n’importe quel crétin !) dénonçait « l’exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d’accueil, d’autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d’offres.
Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l’appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l’Ile Rousse, des Padrona d’Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.
Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l’enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.
Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m’a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d’approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d’exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !
La Corse, jusqu’en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :
- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l’insularité. L’état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n’opère pas toujours sur les mêmes produits.
- Et puis, il y a la raison essentielle : il n’y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d’une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l’essence, des produits agricoles, des produits importés… L’absence de concurrence donc !
La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!
L’arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l’indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d’enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d’augmentation de chiffre d’affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d’approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n’a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.
Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C’est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie…sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino…même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait plutot ? » - cnat : « il ne l’ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole…avant ils faisaient ce qu’ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s’aligner… »
Qu’importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n’y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse…

Posté par M.E.L. le 15 janvier 2009 dans
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23 décembre 2008
Supercarburant sous la barre de 1 € !

Joyeux Noël à tous ! Les actes valent mieux que les promesses… Les stations-service à l’enseigne E. Leclerc ont été les premières à faire passer le gasoil en dessous du seuil symbolique de 1 €. A partir d’aujourd’hui, et au rythme de l’épuisement des anciens stocks, toutes les stations baisseront le prix du SP 95 en dessous de 1 €.
Nous nous sommes engagés à répercuter dès que possible les baisses des matières premières. Pour le carburant, démonstration est donc faite.
Tout au long de 2009, nous agirons de même pour tous les produits dont les coûts d’approvisionnement ont baissé (produits à base de céréales, de lait, de matières plastiques, etc).
La déflation, c’est dur à vivre pour les entreprises, mais ça doit être aussi une aubaine pour les consommateurs dont le pouvoir d’achat avait été miné par six ans d’inflation. Place à la baisse donc.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 23 décembre 2008 dans
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9 décembre 2008
Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.
Qui fixe les prix ?
Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!
Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.
E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).
La maîtrise des volumes :
Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.
Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :
En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.
De quelles marges parle-t-on ?
Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :
1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…
2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.
Prix de vente et marge du distributeur :
70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.
Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.
Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?
Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.
Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :
- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.
- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.
- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.
- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.
Conclusion provisoire
Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 9 décembre 2008 dans
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8 décembre 2008
Prix du lait (II) : vérités et mensonges…
Si l’on veut renouer le dialogue et œuvrer à la recherche de solutions durables, il faut certes en finir avec la violence, mais aussi accepter une part d’autocritique, et surtout travailler hors de tout mensonge et de toute intox. Commençons par rectifier :
«La faute à MEL» :
L’Humanité du 03/12/2008 titre : «Les laitiers victimes de la « loi Michel-Edouard». Un peu partout, les tracts de la FNSEA reprennent cette antienne. Pourquoi cette assimilation (loi LME : Loi Michel-Edouard) ? Tout simplement, parce que les opposants à la réforme de la loi Galland auraient voulu en limiter la portée et ramener l’affaire à la défense des intérêts de Michel-Edouard Leclerc et de ses compères de la distribution.
C’est trop d’honneur, messieurs. Certes, je revendique d’avoir engagé le combat contre la loi Galland (les Centres E. Leclerc étaient les seuls à s’opposer à cette loi). C’est bien nous qui avons alerté le Président et les consommateurs en investissant dans des campagnes de presse et d’affichage. Mais au final, c’est bien la majorité parlementaire qui a voté le projet présidentiel (dont le volet urbanisme commercial s’est limité à libéraliser le hard-discount au détriment des hypermarchés, y compris les nôtres !!!). Permettez donc que je n’assume pas complètement la paternité (sic).
«La faute à la LME ?»
De toute façon, en véhiculant cette thèse, la FNSEA se tire une balle dans le pied. Qu’est-ce que la loi LME, si ce n’est la suppression des marges arrière que la centrale syndicale semblait dénoncer.
Sauf à révéler un double discours (contre les marges arrière en apparence mais d’accord avec l’ANIA pour les maintenir), ceux qui attribuent leurs difficultés à la LME commettent un énorme contresens.
Cette loi ne concerne pas les agriculteurs. Même sous la loi Galland, il n’y avait presque pas de marges arrière sur les produits agricoles. Et indirectement, elle les favorise en ramenant de la transparence sur le marché des grandes marques agroalimentaires, en supprimant les remises opaques et artificielles dont les agriculteurs n’avaient jamais connaissance.
Dans le cas d’espèce, la réforme n’a aucun impact sur la détermination du prix du lait. Sinon, comment expliquer qu’en Allemagne, en Hollande, en Espagne ou en Italie, les cours du lait s’effondrent aussi alors que les négociations commerciales ne sont évidemment pas soumises (tout le monde en conviendra) à la législation française !
La baisse des cours :
Si les cours mondiaux du lait baissent, c’est d’abord pour une question de volume : «nous croulons sous les stocks, et il n’y a plus de marché à l’exportation pour les produits dérivés. Je pense à la Russie ou encore à la Chine, où la demande n’existe plus depuis le scandale du lait…» (Olivier Picot, président de l’Association des Transformateurs Laitiers, Le Monde du 5/12/2008).
Je n’arrête pas de le dire ici (Cf. ma note du 30/10/2008). Le marché mondial s’est retourné parce que les excédents atteignent des niveaux records (7 à 8 milliards de litres de lait). Jean-Michel Lemétayer, comme le former président de la FNSEA, Luc Guyau, s’est évertué à dire le contraire depuis un an. Du coup, anticipant un manque d’offre (et une aubaine en matière de prix), des agriculteurs de l’Ouest ont racheté des vaches en Pologne et en Ukraine, plaidé l’augmentation des quotas, et fait « pisser les vaches » pour bénéficier de la période de hausse. Dur retour à la réalité. C’était une bulle. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : trop de lait (notamment sous forme de poudre), voilà l’ennemi.
Nouvelles règles:
La profession s’est prise à son propre piège. Hier, elle a justifié des demandes de hausses tarifaires de 12 à 30 % en se référant à la flambée des cours mondiaux. Aujourd’hui que les cours s’effondrent, elle voudrait changer de système de référence et ne pas avoir à baisser les prix. C’est incompréhensible pour le reste de la profession, mais surtout pour les consommateurs. « Le prix du carburant descend à la pompe parallèlement à celui du pétrole brut. Pourquoi pas celui du lait ou des céréales ? »
Personnellement, je n’ai aucun tabou. Je veux bien croire qu’il faille changer l’étalon du système de fixation des prix. Je ne suis pas expert, pas plus que nos acheteurs. Qu’on définisse donc une règle mais qu’on s’y tienne.
Nous ne cherchons pas être mauvais joueurs. L’important, c’est que nous puissions répondre aux attentes des consommateurs en leur tenant un discours de filière qui soit cohérent et crédible. A défaut, qu’on comprenne combien la situation sera pour nous intenable. Si les prix baissent en Allemagne (30 % chez Penny et Lidl) et pas dans nos magasins, il y a fort à craindre que les distributeurs seront accusés de ne pas avoir répercuté la baisse. Et combien vous pariez qu’il se trouverait des agriculteurs pour nous le reprocher !!!
A suivre, demain.
Posté par M.E.L. le 8 décembre 2008 dans
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7 décembre 2008
Prix du lait (I) : sortir de la violence

Nouvelle réunion à Rennes, demain à 16 heures, autour du préfet de la région Bretagne. Participeront : les éleveurs, les transformateurs (coopératives ou secteur privé), la distribution. En fait, il s’agit avant tout, dans ce travail en commission, de déminer les conflits en faisant un peu de pédagogie. Ce n’est pas dans cette instance que se détermineront les nouvelles formules qui serviront de calcul au prix du lait. Le problème est technique, compliqué. La situation des éleveurs mérite qu’on s’y investisse. Et sur cet objectif, il est donc grand temps de balayer les fausses accusations qui ont alimenté les tensions dans la filière. L’occasion, ici, d’apporter quelques précisions sur les comportements qu’on attribue à mes adhérents ou à mes propres prises de position.
Violences inadmissibles :
A plusieurs reprises, j’ai dénoncé le marketing désastreux d’un syndicalisme paysan, incapable de faire son autocritique, toujours à la recherche d’un bouc émissaire facile : le distributeur. Les exactions commises, il y a quinze jours, auront causé 1 million d’euros de dégâts dans le seul Finistère. Elles ont provoqué la démobilisation complète des acheteurs et chefs de rayon de la distribution qui en ont ras-le-bol d’être pris pour cible.
Des salariés motivés :
Il faut comprendre que nos salariés sont aussi des fils ou des filles d’agriculteurs, et en tout cas, ils sont passionnés par leur métier. Plus que toute campagne collective de publicité ou les déclarations des hommes politiques, ce sont nos bouchers, nos charcutiers qui ont reconquis la confiance des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont nos responsables de rayon fruits et légumes qui organisent la promotion des productions bio, rassurent les clients sur l’utilisation des pesticides ou des nitrates. Dans chaque magasin, nos acheteurs sont autonomes. Ils cherchent à privilégier l’offre locale, malgré les propositions alléchantes d’Italie ou d’Espagne (fruits et légumes), d’Allemagne ou des Pays-Bas (porcs et produits laitiers).
Quand le syndicalisme n’a d’autre mot d’ordre que de casser du chariot ou de dévaster les gondoles, il scie la branche sur laquelle sont assis les agriculteurs. Tout ça, finalement, pour passer au JT qui relayera complaisamment. Et l’on entendra le blues du petit producteur devant l’écran de fumée masquant l’enrichissement des céréaliers et des grandes sociétés agroalimentaires.
Hypocrisie :
Comment voulez-vous que, dans ces conditions, les réunions distribution-transformation-agriculture puissent aboutir à un quelconque partenariat. Si la FNSEA veut que les responsables de la distribution donnent un coup de main à la résolution des problèmes du secteur, qu’elle commence par respecter le travail de ses salariés, ce sera plus efficace.
Les leaders syndicaux qui se sont pointés à la Scarmor (Landerneau), jeudi 27 novembre, pour proposer crânement leur médiation et négocier la levée de siège, avaient un sacré culot. Ce sont les mêmes qui, la veille, dans une réunion à Saint-Ségal (Finistère), avaient chauffé la salle, désigné la cible, et dans une atmosphère franchement imbibée, poussé des agriculteurs à venir « bouffer du distributeur ». Voilà qui, aux yeux de nos salariés et de nos adhérents, outrés et très en colère, achève de discréditer une parole syndicale qui fait finalement obstacle à la résolution pratique des problèmes.
Car les problèmes sont réels. Nous ne le nions pas. Mieux, nous sommes prêts à mettre toute notre force de vente et notre crédibilité commerciale pour aider à la recherche de solutions.
Posté par M.E.L. le 7 décembre 2008 dans
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24 novembre 2008
Pub comparative : en France, c’est compliqué !

Beaucoup de déplacements en ce moment ! J’ai beaucoup délaissé ce blog. C’est aussi parce qu’avec la crise qui s’annonce, il me faut organiser la riposte pour 2009. Vous verrez, notre enseigne ne sera pas à la traîne… Je réponds néanmoins rapidement aux interrogations exprimées ici, par André et Augustin, sur la publicité comparative (commentaires du 17/11/2008).
La publicité comparative est légale.
1) La législation européenne :
Les conditions de publicité sont clairement balisées : les comparaisons doivent porter sur des données objectives, vérifiables et les publicités ne sauraient contenir d’allégations dénigrantes à l’égard des concurrents.
Plusieurs distributeurs ont publié des comparateurs (notamment Tesco en Angleterre, Colruyt en Belgique). La jurisprudence est claire. Et au fil des pratiques comme des contestations, elle s’affine et laisse place à une interprétation suffisamment large pour animer la concurrence. Les organisations de consommateurs n’y trouvent rien à redire et soutiennent le principe.
2) En France, c’est moins simple :
Ce n’est pas tant une affaire de jurisprudence. Les occasions de saisir les tribunaux n’ont pas été légion puisque, de fait, peu d’acteurs s’autorisent cette forme de publicité.
Paradoxalement (je dis paradoxalement parce que c’est cette enseigne qui nous a attaqués la première lors du lancement de notre comparateur), c’est Carrefour qui a introduit la pratique de la publicité comparative en France dans le secteur de la grande conso. Et à l’époque, dans les années 70, les centres E. Leclerc de la région nantaise avaient alors contesté la qualité et le bien-fondé des comparaisons de prix. Comme quoi !!!
Dans les années 80, Pierre Bérégovoy et Véronique Neiertz avaient voulu modifier la législation française. Leur objectif était d’inciter « les gros », industriels ou distributeurs, à se comparer entre eux. Mais uniquement « les gros ». J’avais alors rué dans les brancards puisque le projet excluait du champ de la concurrence les commerçants déjà les plus chers (GSS, franchisés, distribution sélective, etc.).
J’avais lancé une campagne de publicité dévastatrice, co-signée Jacques Séguéla et Georges Wolinski, pour montrer l’aberration d’une telle limitation. Tous les professionnels cités dans nos pubs, de la boulangerie à la bijouterie en passant par les pompistes, avaient crié au scandale puisque E. Leclerc avait osé révéler leur indice de cherté.
3) Une ambiguïté cultivée par les pouvoirs publics :
Les pouvoirs publics ont toujours tergiversé. Jugez-en : les distributeurs n’ont toujours pas le droit d’afficher leur prix de carburant à la télévision, malgré un intérêt concurrentiel évident. Mais ils sont obligés (c’est un texte législatif) d’alimenter le site de Bercy qui publie sur Internet les prix des carburants de toutes les enseignes, y compris ceux des majors.
Les pouvoirs publics (les ministres à titre personnel) veulent tirer profit d’une médiatisation maîtrisée par eux sans que chaque acteur économique puisse faire valoir sa propre performance et en tirer avantage.
Avec le panier Darcos (quelques dizaines d’articles incontournables de la rentrée des classes) et celui de Luc Chatel (en projet), on est toujours dans la même épure.
Bref, en théorie, tout le monde pousse à la comparaison, la publicité comparative est autorisée, mais à condition que ça n’apparaisse pas vraiment comme de la publicité. C’est un sacré handicap culturel.
4) Les difficultés techniques :
En Angleterre, Tesco compare sans problème le prix des grandes marques chez ses concurrents, mais aussi les marques de distributeur entre elles et les premiers prix. Rien que de normal : après tout, quand un consommateur vient dans un magasin chercher du café, il raisonne bien en « unité de besoin » pour pouvoir tantôt choisir un café de marque ou plutôt choisir un café premier prix…selon ses goûts ou ses moyens.
En France, il a fallu la validation de la Cour d’appel de Paris pour établir la légalité de « quiestlemoinscher.com ». Mais, pour le moment, ça ne concerne que les produits de marques nationales parfaitement identiques. La plupart des industriels et des distributeurs se refusent jusqu’ici à aller plus loin, alors que la législation européenne autorise la comparaison de produits comparables, c’est-à-dire répondant aux mêmes besoins.
Qu’entend-on par comparables ? Ce sont des produits qui ne sont pas les clones les uns des autres, mais dont les variations dans la composition de l’article, de la présentation ou du packaging n’altèrent pas substantiellement la possibilité de rapprocher les prix et de choisir le moins cher. Bref, ce n’est pas parce qu’il y a deux olives de plus sur une pizza ou une tranche de chorizo en moins, que les produits, par ailleurs composés des mêmes ingrédients, ne répondraient pas au même besoin et ne seraient donc pas comparables.
La plupart des internautes qui m’ont interpellé ici depuis deux ans, ne comprennent pas que l’on exclue les MDD et les premiers prix du champ de la comparaison. Ils ont raison d’évoquer le problème.
La publicité que nous avons lancée très récemment sur les chaînes de télévision (comparaison des prix des flans) ose lever ce tabou. Elle repose sur une analyse technique comparative de produits qui répondent aux mêmes besoins. Je veux qu’on poursuive dans cette voie.
Dans la restauration, l’assurance, la banque, les prestations de services, jamais aucun « produit » n’est vraiment totalement identique. A quoi servira la publicité comparative si on limite ainsi la comparaison aux seuls produits « clonés ».
Mon combat, celui des Centres E. Leclerc, c’est d’obtenir, en France, une application large de la législation européenne. J’y arriverai.
Posté par M.E.L. le 24 novembre 2008 dans
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30 octobre 2008
« Prix agricoles » : les spéculateurs dans la semoule !

Qu’il s’agisse du marché intérieur ou des cours mondiaux, toutes les observations sont convergentes. Les prix agricoles dégringolent.
En un an (septembre 2008 vs septembre 2007), le cours du blé (et des céréales en général) a chuté de 40 %. Le prix du lait et du beurre plonge, selon les qualités, de 15 à 30 %. Le sucre redevient raisonnable, et même les oléagineux sont depuis deux mois à la baisse.
Les consommateurs peuvent se réjouir, les agriculteurs ont des raisons de s’inquiéter (sauf les éleveurs qui respirent un peu !).
Je laisse aux conjoncturistes le soin de disserter sur l’ampleur du phénomène. Mais ce retour de balancier nous interpelle autrement. Il pose une question de fond. Jusqu’à quel point le lobby agroalimentaire prend-il les consommateurs pour des imbéciles ? Jusqu’où l’opinion est-elle manipulable par la statistique ?
Il y a un an, en effet, tout le gratin de l’agroalimentaire expliquait l’envolée des prix par l’insuffisance d’une offre mondiale, incapable de satisfaire les besoins des pays émergents. Nous disions la météo 2007 coupable ! On nous rétorquait que nenni ! Les Chinois et les Africains, saturés de riz et de manioc, avaient découvert les vertus de nos céréales, les Indiens se mettaient à consommer du lait, les Russes boulottaient nos légumes !
Pour défendre cette analyse, notre FNSEA, par la bouche et l’écriture de Jean-Michel Lemétayer et Luc Guyau, annonçait une décennie de hausses incontournables : « Les Français doivent s’habituer à une offre alimentaire de plus en plus chère » disaient-ils, profitant, à l’occasion, de vilipender la PAC nouvelle et la fin des subventions agricoles.
Mieux : ce fut le procès quasi stalinien des agrocarburants. Les mêmes qui, deux ans auparavant, ne juraient que par l’apport énergétique des surfaces échappées à la jachère, fustigeaient, comme le PDG de Nestlé, le recours criminel aux agrocarburants (« criminel » parce que poussant à la hausse des aliments dans le Tiers Monde !).
Le parti des OGM en profita pour jouer sa partition. Le monde allait crever de faim si l’on ne développait pas cette alternative secourable !
La chute des cours agricoles, amorcée bien avant la crise financière, met à mal tout cet argumentaire. La météo a remis le curseur à sa place ; les récoltes canadiennes, américaines et bientôt australiennes vont permettre de rééquilibrer l’offre. Et nos laitiers n’ont qu’un objectif, empêcher Lactalis et autres Danone de fixer des prix en rapport avec les cours mondiaux.
En réalité, le discours de fond est probablement le bon. Comme pour l’énergie, l’inflation des prix alimentaires va de paire avec l’augmentation accrue des besoins dans les pays émergents. Mais un discours excessif, alimenté par les différents lobbies, conduit à une surdramatisation aveugle. Le retournement de la conjoncture devrait conforter la recherche sur les agrocarburants de la deuxième génération et éviter qu’on confonde analyse et précipitation.
En attendant la prochaine vraie mauvaise récolte, saluons la baisse et regardons comment elle va se répercuter dans les tarifs.
Posté par M.E.L. le 30 octobre 2008 dans
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7 octobre 2008
Diviser l’inflation par 2, c’est possible !
J’ai participé, avec d’autres de mes confrères et concurrents, à la journée organisée, jeudi dernier, par la revue professionnelle LSA, sur le thème « La nouvelle loi LME et la négociation commerciale ». Il s’agissait de répondre aux questions de la rédaction (Yves Puget et Jérôme Parigi), et le moins qu’on puisse dire, c’est que les interrogations ne manquaient pas car dans la période qui s’ouvre (et qui se terminera en février puisque c’est la loi qui nous l’impose), nous allons vivre une véritable révolution culturelle.
En prenant connaissance des courriers qui me sont depuis parvenus, il m’a semblé nécessaire de redire, ici, sous une forme peut-être plus cohérente, les éléments de stratégie qui vont animer les adhérents de notre enseigne dans les mois qui viennent.
1) Pour les collaborateurs et adhérents qui animent la politique commerciale des Centres E. Leclerc, le diagnostic ne fait aucun doute. Ce que l’on appelle « l’économie réelle » (par opposition à l’industrie financière) va être, en 2009, profondément impactée par la crise. Le crédit va se faire rare et plus cher. La production intérieure brute va continuer à reculer. Mais surtout, la consommation risque de perdre son rythme, déjà fragile, vu les perspectives de pouvoir d’achat.
Nos équipes travaillent à partir des indicateurs établis par le BIPE à qui nous confions, depuis 2004, l’élaboration d’un indice de pouvoir d’achat effectif des Français.
- Depuis l’an 2000, le pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) a progressé moitié moins vite que l’indicateur macroéconomique du pouvoir d’achat élaboré par l’INSEE.
- Pour 2008, le pouvoir d’achat effectif, selon l’indicateur BIPE/E. Leclerc, régressera de 1,3.
- Pour 2009, les prévisions sont plus négatives encore (moins 1,9).
Pour la première fois depuis longtemps, le revenu disponible des ménages va baisser pour deux années consécutives.
2) Cette situation est évidemment vécue avec anxiété par les ménages français. La tentation est forte d’accroître l’épargne liquide, mais aussi de restreindre le mode de vie en limitant la consommation. (Les foires aux vins, malgré leur attractivité, ont suscité un chiffre d’affaires bien moindre que les années précédentes (entre moins 12 et moins 20 % selon les enseignes).
3) En ligne de mire, les fauteurs présumés de l’inflation. Les études publiées par le CREDOC confirment une perte de confiance dans les grandes marques industrielles et les enquêtes d’IPSOS révèlent une dégradation de l’image des entreprises de consommation.
4) Avec les HD (dont Netto d’Intermarché), les Centres E. Leclerc, Système U continuent à prendre des parts de marché. Dans le monde des hypers, notre enseigne bénéficie d’un capital confiance inaltéré, fruit de notre politique de prix bas mais aussi de la lisibilité de notre engagement permanent pour le pouvoir d’achat.
Dès lors, cette situation nous confère une responsabilité. Non seulement, l’intérêt de nos entreprises (patrimoine, profitabilité, capacité de recrutement) exige que nous restions bien calés sur nos fondamentaux. Mais c’est aussi l’intérêt des industriels que de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme de nos réseaux plutôt que d’essayer d’y faire passer des hausses de tarifs excessives.
5) Depuis « la rentrée », nous avons décidé de bloquer toutes les hausses tarifaires (5,7 % en moyenne) et d’inscrire la négociation commerciale dans une perspective draconienne : ramener l’inflation à 2 % en rythme annuel dans nos magasins dès le début 2009. Ce n’est pas encore une promesse, mais c’est notre objectif.
Chaque contrat sera négocié individuellement, pied à pied, dans le respect du nouveau cadre légal, mais en ouvrant tous les tiroirs de la négociation. (Je ne parle pas ici des PME, ni de l’agriculture, mais uniquement des marques nationales).
a) Les grandes marques ont invoqué, depuis 2 ans, la hausse des matières premières pour proposer des augmentations tarifaires importantes. Or, certains marchés se retournent : le beurre a baissé de 31 %, la poudre de lait de 35 % en moyenne, le blé (Eure-et-Loir) de 19 %, le maïs (Eure-et-Loir) 12 %, le sucre 2,6 % (août 2008 vs août 2007). Les consommateurs sont en droit d’attendre des baisses de prix effectives.
b) La loi Galland a été abolie. Plus besoin de faire de la gonflette tarifaire pour proposer, par la suite, des compensations sous forme de rémunération de coopération commerciale.
Donc parlons tarif et collons au marché : il faut des baisses directes.
6) Les résistances seront nombreuses. Certains arguments sont pertinents. Il est évident que nous devrons laisser passer des augmentations pour les entreprises qui s’approvisionnent sur des marchés toujours à la hausse (cacao, café, huiles). On va négocier les taux, chercher à étaler les hausses dans le temps. Mais pour rétablir la confiance sur les marques, il faut impérativement que baissent celles qui bénéficient de coûts d’approvisionnement plus faibles que l’année dernière.
7) Sous quelle forme ? Là est un autre débat.
Des industriels (Panzani, Danone), sous des formes diverses, proposent des réductions de prix à leur seule initiative ou des articles plus cheap, îlots de baisse dans un océan de hausses. D’autres préfèrent attendre, maintenir des hausses de précaution, quitte à proposer des compensations sous forme de promotions ou de rabais éphémères.
Les temps ont changé. Les consommateurs disent ne plus s’y retrouver dans le flot de suractivité promotionnelle et les révélations de 60 Millions de Consommateurs sur les bidouillages de packaging exigent qu’on revienne à une pratique plus transparente.
8) Alors, les promos, oui ! Elles sont nécessaires pour animer le marché. Mais d’abord le prix net, le prix lisible, le prix de référence. Voilà l’objectif.
La loi LME a supprimé les marges arrière. Elle ne rend plus nécessaire toutes ces constructions artificielles dont l’élaboration constituait le menu principal de la négociation commerciale.
Ce que veulent les consommateurs aujourd’hui, ce sont des offres claires. Il faut sortir du « tout promo », remettre de la performance dans les prix de fond de rayon quel que soit le niveau de gamme.
Voilà nos lignes directrices. Place aux actes, à suivre…
Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans
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1 juillet 2008
Pharmaciens contre épiciers : une querelle vieille de trois siècles !
Les plus anciens s’en souviendront : il y a 20 ans, les Centres E. Leclerc ont pris l’initiative de vendre des produits de dermocosmétique et de parapharmacie, déclenchant une polémique mémorable. Débats télévisés, harangues et publicités, procès jusque devant le Conseil de la Concurrence et la Cour de justice européenne. Tout cela pour finalement obtenir la libre commercialisation de cotons-tiges, crèmes solaires, préparations multivitaminées, préservatifs...
Notre dernière campagne sur le prix des médicaments non remboursés a provoqué un même prurit de colère de la part d’une corporation arc-boutée sur la défense de son monopole.
Vues de l’étranger, toutes ces polémiques sont décrites comme les avatars d’un corporatisme excessif, comme l’expression d’un protectionnisme complètement décalé vu les pratiques des autres pays européens. Les commentaires les plus acerbes n’hésitent pas à qualifier d’archaïque « une législation si peu ouverte à la concurrence et à la défense des usagers ».
Archaïque ? Si le terme est polémique, la réalité confirme que la querelle puise sa raison d’être dans une histoire qui remonte au moins à trois siècles. Une amie historienne, plongée dans la rédaction d’une thèse sur le marché du sel au XVIIIème siècle, m’a fait parvenir quelques vieux textes trouvés au Centre Historique des Archives de Paris.
I – « 16 juillet 1775 : Réflexions proposées par les Commissaires de la Faculté (de médecine) pour fixer les limites des deux états d’Apothicaires et d’Epiciers.
- Nul Epicier ne pourra…vendre et débiter aucune drogue simple servant à la médecine avant d’avoir passé un examen devant les Députés ordinaires de la faculté…
- Il sera permis à tout Epicier reçu de vendre à tout poids toutes les drogues simples en substance, entières, hachées, coupées, râpées, concassées…mais ne pourra pas mêler les poudres de différentes substances.
- Il lui sera défendu de tenir confondues dans la même boutique les objets comestibles avec les drogues dangereuses par leur nature comme les poisons et les préparations de minéraux servant à la peinture… Au moins il sera contraint de tenir ces marchandises dans un endroit séparé… Il y aura un comptoir, des balances et autres instruments qui ne pourront servir qu’à la vente de ces sortes de marchandises.
- Il sera permis aux Epiciers d’acheter chez les Apothicaires de Paris les mêmes compositions galéniques et chimiques dont l’importation leur est permise… L’Apothicaire sera tenu de les sceller de son cachet que l’Epicier n’aura pas le droit de rompre…
1- Tableau des drogues simples permises aux Epiciers (extrait):
Du règne végétal : les racines, les champignons,…
Du règne minéral : les sels, les minéraux inflammables…
Du règne animal : les crapauds et grenouilles, les scorpions, les vipères, les cloportes, les yeux et les pattes d’écrevisse, les mâchoires de brochet, l’os du cœur de cerf, le sang de bouquetin, le fiel de taureau, le poumon du renard…
2- Préparations interdites aux Epiciers (extrait):
La lotion et coction de la térébenthine
La préparation philosophique de corne de cerf
Les fécules des plantes
3- Compositions que les Epiciers ne pourront vendre en débit (extrait):
Les sirops d’absinthe, de quinquina, de chou rouge
Les gelées de corne de cerf et de vipère
4- Préparations de chimie dont la confection et la vente sont permises aux Epiciers (extrait):
Les huiles essentielles de plantes
L’eau de mélisse, l’eau divine, les eaux odorantes de feuilles, tiges, fleurs, fruits, écorces, bois et racines
II – 25 avril 1777 : Déclaration du Roi portant règlement pour les professions de la pharmacie & de l’épicerie à Paris.
Nous avons considéré qu’étant une des branches de la médecine, la pharmacie exigeait des études et des connaissances approfondies… Nous avons eu pour but de prévenir le danger qui peut résulter du débit médicinal des compositions chimiques, galéniques ou pharmaceutiques entrant dans le corps humain confié à des Marchands qui ont été jusqu’à présent autorisés à en faire commerce sans être obligés d’en connaître les propriétés…
Nous avons jugé nécessaire de fixer entre les deux professions des limites qui nous ont paru devoir prévenir toutes contestations et opérer la sûreté dans le débit des médicaments…
- Les Maîtres en pharmacie…ne pourront à l’avenir, cumuler le commerce de l’épicerie : ils seront tenus de se renfermer dans la confection, préparation…de compositions médicinales.
- Les Epiciers continueront d’avoir le droit de faire le commerce en gros des drogues simples.
- Défendons aux Epiciers de fabriquer et vendre des sels, compositions ou préparations entrant dans le corps humain sous forme de médicaments…
III– Juin 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie présentée au Roi
…les limites des deux états ont de tout temps été établies :
- L’état de l’apothicaire réside dans les compositions médicinales.
- L’état de l’épicier droguiste consiste dans la vente de toutes les productions de la nature.
- …les pâtes et conserves de guimauve, de violette, d’angélique, de coing et autres qui sont le plus souvent de simples agréments sous le titre de bonbons, deviennent quelquefois des médicaments par l’ordonnance du médecin… Si les prohibitions subsistaient, les apothicaires pourraient contester aux épiciers leur état de confiseurs !
Plaise à Votre Majesté de défendre aux apothicaires de vendre des dragées, pastilles, chocolats, bonbons, sirops d’agrément, liqueur de table, parfums, eaux odorantes servant à la toilette.
IV– Août 1777 : Réponse du Collège de Pharmacie à la requête du Corps de l’Epicerie (extrait)
La déclaration ôte aux Epiciers environ 100 concurrents (produits) ; elle ne leur enlève aucune partie de leur commerce dont les branches sont à l’infini. Elle ne laisse aux pharmaciens que la vente et le débit de toutes les compositions et préparations médicinales… Les épiciers voudraient-ils leur enlever leur seul et unique avantage ?
V– Octobre 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie en réponse à la réplique des Apothicaires.
…Le corps de l’épicerie s’est trouvé dépouillé sans avoir été entendu.
Les apothicaires, par des motifs de jalousie, veulent faire croire au public que toutes les préparations vendues par les épiciers sont défectueuses. On ne les croira pas lorsqu’on saura qu’elles sont scrupuleusement visitées par Messieurs de la Faculté de Médecine avant d’être mises en vente.
Le public peut donc se tranquilliser sur la bonne qualité des médicaments que distribuent les épiciers. »
Le débat ne date donc pas d’aujourd’hui. Des écrits de cette nature, il y en a pour nourrir toute une bibliothèque. Et au rythme où va la polémique, on a comme l’impression qu’effectivement les corporations françaises ne sont pas près de sortir de leurs rivalités de comptoir !
Posté par M.E.L. le 1 juillet 2008 dans
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26 juin 2008
Alliance stratégique entre les Coopérateurs d’Alsace et les Centres E. Leclerc

Suite à l’annonce d’un partenariat Coop Alsace/E. Leclerc le 19 juin 2008, beaucoup de questions par mail ou par courrier auxquelles il me faudra répondre. Yves Zehr, Président du groupe Coop Alsace et moi-même nous expliquerons sur le contenu de l’alliance lors d’une conférence de presse qui se déroulera à Strasbourg le 1er juillet 2008.
Mais dès à présent, je précise :
1) Qui sont les Coopérateurs d’Alsace ?
Fondé en 1902, le groupe Union des Coopérateurs d’Alsace (UCA) est une société coopérative de consommation qui appartient à environ 150 000 sociétaires, principalement des familles de consommateurs. Elle fut créée dans le but d’acheter et de fabriquer des denrées alimentaires pour les revendre au prix le plus juste.
Aujourd’hui, c’est un réseau de 214 magasins de tailles variées, allant du commerce de proximité (Le Mutant, Point Coop) jusqu’à l’hypermarché (Rond Point).
L’UCA est le premier distributeur indépendant alsacien. Elle représente environ 17 % de part de marché dans la région avec un chiffre d’affaires consolidé de 819 millions d’euros (+ 3,9 %) en 2007.
2) Quelle est la motivation de l’UCA ?
Pour son Président, Yves Zehr, la nouvelle législation économique actuellement débattue au parlement nécessitait que les Coopérateurs d’Alsace « redeviennent manoeuvrants » en se donnant les moyens d’être plus performants sur les prix et l’approvisionnement.
La fin du contrat de filiation avec la centrale d’achat CORA, partenaire de l’UCA depuis vingt ans, a créé l’opportunité d’une recherche d’alliance avec un groupe de taille européenne et qui partageait les mêmes valeurs.
C’est à la suite de discussions avec plusieurs autres enseignes que l’UCA a sollicité un rapprochement avec E. Leclerc.
L’UCA était sur le point de signer avec Système U. Hansueli Loosli, Président de Coop Suisse et actionnaire de l’un des magasins des Coop d’Alsace (hypermarché de Saint-Louis), a convaincu Yves Zehr que l’alliance avec E. Leclerc était non seulement possible mais souhaitable.
3) Qu’apporte l’alliance aux partenaires ?
L’UCA va pouvoir bénéficier des conditions de négociation et d’achat, et de l’organisation logistique des Centres E. Leclerc, de son implication dans les réseaux internationaux via Coopernic, ou dans les pays d’implantation européens de E. Leclerc.
L’UCA et ses filiales auront accès à toutes les marchandises et services référencés ou fournis par toutes les structures collectives existantes du réseau E. Leclerc. Les magasins de Coop Alsace pourront donc accéder aux MDD, aux premiers prix, et aux conditions de référencement des grandes marques obtenues par le GALEC (Groupement d’Achat E. Leclerc).
Ce transfert de savoir-faire s’exprimera dans des domaines aussi variés que la politique de prix, les techniques promotionnelles et de fidélisation, le développement des concepts spécialisés.
De son côté, E. Leclerc bénéficiera d’une implantation régionale plus forte. Les quelques centres E. Leclerc établis en Alsace ne représentaient que 3,8 % de part de marché. L’alliance lui permet d’étendre son enseigne sur 7 hypermarchés Rond Point et une quarantaine de supermarchés qui prendront l’enseigne E. Leclerc Express.
4) N’y a-t-il pas risque de position dominante ?
Non. La situation nouvellement créée génère d’ailleurs une situation plus concurrentielle que la précédente, quand Coop Alsace était adossée au groupe Cora.
Après cette opération, l’alliance E. Leclerc/Coop Alsace représentera environ 23 % de part de marché. Les implantations sont très complémentaires.
Par ailleurs, et c’est très important, l’alliance respecte intégralement la liberté et les spécificités de chacun des deux groupements. Le partenariat exclut toute vente, tout transfert de propriété entre Coop Alsace et E. Leclerc. Chaque groupement continue de gérer de manière autonome ses ressources financières et humaines, son réseau et son expansion.
5) L’existence d’un réseau de petits magasins de proximité est-elle compatible avec l’enseigne E. Leclerc ?
Comme je l’ai dit, les hypers prendront l’enseigne E. Leclerc, les plus grands supermarchés celle de E. Leclerc Express. Mais l’accord bénéficiera aussi à tout le réseau des petits magasins de proximité caractéristiques de l’implantation urbaine des Coop d’Alsace. Seule, l’enseigne Le Mutant n’est pas concernée par le contenu de l’alliance (une dizaine de petits magasins). Elle bénéficie d’un accord d’approvisionnement par les Coop de Normandie.
De ce point de vue, l’accord est vraiment gagnant/gagnant. E. Leclerc va pouvoir tester de manière plus rationnelle le modèle économique de E. Leclerc Express autour d’une même logistique (ce que ne lui permet pas l’implantation actuelle trop dispersée dans l’hexagone). Et les petits magasins de proximité de Coop Alsace vont bénéficier des conditions d’achat d’hyper.
Posté par M.E.L. le 26 juin 2008 dans
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12 juin 2008
Class actions, délais de paiement, négociations tarifaires et urbanisme commercial : la loi LME échauffe les esprits
Plus d’un millier d’amendements ! Ca chauffe au Palais Bourbon. « Loi LME, Loi Michel-Edouard », disent les mauvaises langues. Pas la peine de rajouter à la polémique d’autant que pour discréditer le texte, les adversaires de la libre concurrence voudraient y lire une paternité que je ne revendique pas, même si nos campagnes en furent à l’origine, même si j’approuve l’esprit général et certaines dispositions. Faisons le point.
1) Les class actions :
Elles sont demandées par les organisations de consommateurs, UFC-Que choisir en tête. Au vu des dérives constatées aux Etats-Unis, on mesure le risque d’effets pervers (contentieux interminables, surenchère financière (racket ?) avec menace de médiatisation outrancière). Mais je partage l’avis de Luc Chatel. Il vaut mieux être proactif sur le sujet et œuvrer pour un dispositif intelligent, filtré par les associations agréées et suffisamment balisé pour en maîtriser l’exercice. Le gouvernement envisage de discuter la question d’ici la fin de l’année en mettant en perspective le dispositif des class actions dans l’ensemble du système de contrôle judiciaire. C’est une bonne initiative, n’en déplaise à la majorité des patrons réticents.
2) Les délais de paiement :
Je suis pour une réduction progressive au bénéfice des PME, fournisseurs de l’industrie, de la distribution, des collectivités locales et de l’Etat, tous secteurs d’activités confondus (produits et services). Elle offrira un horizon favorable à nos PME et à leurs banquiers. Il s’agit de re-transférer la charge de trésorerie de l’amont vers l’aval. Macroéconomiquement, ce changement peut se faire « à somme nulle ». Les libéraux s’offusqueront : « le délai de paiement est un élément du prix et doit pouvoir se négocier ». Soyons pragmatiques, les PME n’ont pas le rapport de force pour eux. L’intérêt de procéder par voie législative, c’est de limiter les discriminations entre formats et acteurs concurrents (la réduction des délais impacte indifféremment tous les comptes d’exploitation d’un même format. Tout le monde est à la même enseigne (sic)).
3) La négociabilité des tarifs :
Evidemment, je suis pour. Mon enseigne la réclame depuis toujours. Heureux de voir que, désormais, tous les distributeurs s’y rallient. Le retour à la négociabilité des tarifs, c’est le retour à la vérité des prix, c’est la vraie condition de suppression des marges arrière. Contrairement aux affirmations de l’ANIA et de l’ILEC, la répercutabilité des marges arrière (lois Dutreil et Chatel) ne suffit pas pour rendre vertueux un système qui maintient la surenchère sur les prestations de services et pousse, de ce fait, à la hausse des tarifs et des prix. (Comme me le rappelle souvent un adhérent de Lannion, mon métier c’est d’acheter et de vendre des produits, pas de louer mes linéaires !). Le droit des contrats stipule que chacun (fournisseur et distributeur) doit respecter ses obligations. C’est bien de le rappeler (amendement J.P. Charié). Mais attention ! Si on reconduit le système des tarifications de chaque prestation (revendication de l’ANIA), on maintient la fiction d’un marché de prestations déconnectées de la vente. On ne sortira jamais de la loi Galland.
4) L’urbanisme commercial :
Beaucoup d’études simplistes ou statistiquement inexactes ont été produites pour aboutir à ce constat de bon sens : les prix sont d’autant plus bas qu’il existe une saine concurrence dans chaque zone de chalandise. Et la garantie de cette concurrence, c’est la présence des enseignes les moins chères.
Le texte de loi, de ce point de vue, souffre d’une énorme contradiction. Il désigne du doigt le prix des grandes marques dans les hypers (opération Chatel à Strasbourg), mais ne libère la concurrence que pour les formats inférieurs à 1 000 m², c’est-à-dire principalement les hard-discounters qui ne vendent pratiquement pas de marques (200 références maxi chez Lidl, le mieux doté).
Dans cette affaire, le gouvernement fait le service minimum. Il réplique à la Commission de Bruxelles qui lui a enjoint d’intervenir pour faciliter l’implantation des HD. Mais ce faisant, la loi n’aura aucun impact sur les prix. Les HD vendent des produits pas chers. Mais les Carrefour et autres Casino ne craignent pas vraiment cette concurrence. Les HD se développent essentiellement en centre ville d’où ils tirent leur progression de part de marché. En revanche (et c’est ce qui explique la bronca des élus de petites villes), la libre implantation de HD menace directement le commerce de proximité et de centre ville. Jean-Pierre Raffarin me le confirmait récemment (lors d’un débat pour Le Figaro). Il habite Chasseneuil du Poitou : « 3 ou 4 HD supplémentaires à Poitiers ne modifieraient pas l’attractivité de cette ville et ne pèseraient pas beaucoup sur les prix. Mais un seul HD à Chasseneuil et c’en est fini du commerce de ma ville ! ».
Vu les contradictions et les limites du projet, j’approuve la proposition de Jean-Paul Charié. Il faudra revenir devant le Parlement pour faire sauter « ces effets de seuil » et réintégrer le système d’autorisation des hypers dans le droit général de l’urbanisme. De toute façon, à l’heure d’Internet, cette histoire de mètres carrés n’a plus de sens.
Je reviendrai prochainement sur ce sujet. En attendant, le débat, même sous ses aspects polémiques et brouillon, aura deux mérites. Il permettra de s’attaquer à l’inflation à la source, dès le décret d’application. Et sur les autres sujets, il aura fait « bouger les lignes ».
Posté par M.E.L. le 12 juin 2008 dans
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3 juin 2008
Crise de la pêche : le dialogue, c’est préférable !

La réunion qui s’est tenue, jeudi 29 mai, au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, a certainement frustré les représentants des artisans pêcheurs. Pas de mesure nouvelle, pas d’annonce fracassante sur la baisse du prix du gasoil ou une éventuelle exonération des charges sociales. Mais ces discussions, engagées à l’initiative des pouvoirs publics, ont eu deux mérites :
1) Rétablir le dialogue interprofessionnel ;
2) Dédouaner la distribution des accusations de marge trop élevée sur le poisson.
1) Le dialogue plutôt que le « baston »
En se livrant à de la casse, dans les rayons poissons comme sur les routes, les pêcheurs ont certes voulu dire « leur colère ». Pour autant, leur violence était inexcusable et complètement contre-productive.
Inexcusable (comme le sont tous les actes de banditisme) parce que la crise était prévisible, qu’elle était largement annoncée. Ca fait des années que la Commission Européenne et les pouvoirs publics ont tiré la sonnette d’alarme sur l’appauvrissement des ressources halieutiques, et qu’on parle de modernisation nécessaire des bateaux (moindre consommation d’énergie).
Bien sûr, les solutions ne sont pas évidentes. De là à s’en prendre aux autres acteurs de la filière (mareyeurs, importateurs, transporteurs ou distributeurs), il y a une réflexion qui aurait dû sauter aux yeux des pêcheurs : ce n’est pas en s’attaquant aux clients, aux acheteurs, grossistes ou détaillants qu’on leur donnera envie de vendre du poisson, surtout s’il doit devenir plus cher.
Ces exactions ont choqué nos poissonniers, souvent issus du même milieu, et probablement les mieux à même de promouvoir et de moderniser la filière.
Je voudrais d’ailleurs ajouter ceci : nos salariés ont été d’autant plus choqués qu’ils ont assisté à des pillages, des destructions alors que la police leur demandait de rester à l’écart, sans intervenir elle-même. Avec des journalistes qui, eux, caméra au poing, avaient seuls le droit de pénétrer à l’intérieur des entrepôts ou des poissonneries pour faire écho de ce triste spectacle au journal TV. Comme me l’a dit l’un d’entre eux : « Moi, si j’avais assisté à un casse dans les bureaux de TF1ou de FR3, je ne me serais pas permis de prendre des photos ou des films pour les revendre à une chaîne bien que cela eût été rentable. J’aurais appelé les flics ».
De toute façon, ces violences n’avaient pas d’objet, comme en témoigne l’analyse des comptes d’exploitation réalisée par l’OFIMER.
2) C’est le deuxième mérite du cycle de réunions lancé par Michel Barnier. L’OFIMER a procédé à l’analyse des comptes d’exploitation de toute la filière.
Les pêcheurs s’étonnaient de l’écart entre le prix payé au consommateur et leur propre rémunération à quai. Il leur a fallu se rendre à l’évidence. Mareyeurs, distributeurs ? « Si l’un d’entre eux faisait une marge extraordinaire, cela se saurait ! » a dit Michel Peltier, directeur de l’OFIMER. Convaincus ou pas, les pêcheurs devront affronter cette réalité : la désignation d’un bouc émissaire ou la focalisation sur la marge de l’un ou de l’autre des acteurs de cette filière n’offre pas de piste de réforme possible.
D’autres réunions vont avoir lieu. Il s’agit maintenant de reprendre l’offensive et de relancer le marché du poisson.
La filière pêche, du fait de la diminution des ressources, est menacée. C’est le problème numéro un. Il faut donc clairement poser la question des sources d’approvisionnement, de l’élevage et des produits de substitution (d’importation ?).
Il faut aussi une réflexion sur les conditions de mise en marché du poisson (création de labels et de marques pour fidéliser les consommateurs).
Un chantier énorme dont les principaux acteurs seront d’abord les poissonniers, principaux promoteurs du poisson. Voilà qui nécessite aussi qu’on les respecte, qu’ils travaillent à Rungis, en centre ville ou en grande surface.
C’est du bon sens, mais par les temps qui courent…
Posté par M.E.L. le 3 juin 2008 dans
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20 mai 2008
Marianne et les hypermarchés : même pas la peine de lire…
Depuis sa création, l’hebdomadaire « Marianne » n’a jamais écrit une seule ligne qui puisse être mise au crédit des hypermarchés. Et certainement pas de mon groupement coopératif. Si les flèches décochées par François Darras, l’éditorialiste, visaient la pomme sur ma tête, il y a belle lurette que je n’en aurais plus (de tête).
Eh oui, Marianne mène une campagne systématique contre les grandes surfaces. Et ce, depuis l’origine. Le saviez-vous ? Cet objectif est même inscrit dans ses statuts fondateurs.
J’en ai récemment reparlé avec Jean-François Kahn, à un moment où il me trouvait quelques vertus (nous parlions littérature sur le plateau de Guillaume Durand) : « Oh, c’était moins une position contre vous et vos pairs qu’une défense du petit commerce et de nos terroirs ! ». En tout cas, François Darras, dans son dernier édito, confirme : « S’il y a un combat qui doit rassembler tous les citoyens et que Marianne mène sans relâche depuis sa naissance, c’est bien celui-là : s’opposer de toutes nos forces à ce cancer urbain qui détruit le lien social et tue à petit feu le commerce de proximité. »
Au moins n’ai-je plus besoin de lire les articles qui sont consacrés à la distribution, à mon groupe ou à son Breton d’animateur : « Il faudra bien un jour (lui) clouer le bec » dit François Darras en parlant de moi.
Je peux comprendre ce choix, qu’il s’agisse d’un engagement personnel ou même d’un parti pris éditorial. Au moins n’ai-je pas besoin de lire les articles qui sont consacrés à mon groupe ou à ma petite personne (je ne suis pas maso !).
Mais, quitte à toujours forcer le trait, Marianne pourrait faire un effort et éviter de reprendre à son compte les arguments des grandes multinationales. Voilà une alliance bien suspecte. Qu’on en juge.
Après avoir fustigé les marges arrière, l’opacité et la brutalité des relations industrie-commerce, voilà que Marianne s’oppose au retour à la transparence des prix et à la libre négociation des tarifs.
Que dit François Darras cette semaine ? Tout simplement, que le retour à la discussion des prix conduira à la faillite « quelque 10 000 PME de l’agroalimentaire et des centaines de milliers de salariés ». Oui, vous entendez bien l’argument opportuniste : hier, le système était pourri parce qu’il ne profitait pas aux consommateurs et aux PME. Maintenant qu’on veut le réformer, faut pas toucher…
Le sait-il seulement, François Darras, que les entreprises qu’il prétend défendre (Marianne au secours du bon capital, ouah !) discutent librement de leurs prix partout ailleurs en Europe et, même en France, quand il s’agit de vendre au secteur de la restauration, aux collectivités locales ou à l’industrie de transformation. Quand une PME française vend aux distributeurs allemands, italiens ou espagnols, croyez-vous qu’elle discute le prix d’une tête de gondole ou du coût d’accès aux linéaires. Non, bien sûr. On parle de prix, on achète, on n’achète pas, on discute les tarifs.
L’enjeu de la réforme actuelle, c’est l’alignement des pratiques commerciales françaises sur les pratiques européennes. Pourquoi ce qui marche bien ailleurs ne devrait pas fonctionner chez nous. A qui fera-t-on croire qu’il en résulterait dépôts de bilan et licenciements. Foutaises.
Je ne reproche pas à Marianne d’être contre les grandes surfaces. Je lui reproche d’être toujours contre. Hier, contre « les marges arrière qui profitaient aux grandes surfaces ». Aujourd’hui, contre « le retour à la liberté des prix qui ferait le jeu des grandes surfaces ». Hier, contre les prix trop chers, aujourd’hui contre le risque de baisse, etc.
Le poujadisme n’est pas l’apanage de la droite, et Marianne sait cultiver son fonds de commerce. « Etre contre », ça fait aussi vendre du papier !
P.S. : J’apprends que Marianne va publier dans son numéro du 24 mai « un portrait de 4 pages » de ma petite personne. Aie, je sens que ça va être ma fête. Il paraît que, pour ma défense, j’aurai le droit à une petite interview. Genre caution démocratique avant le tribunal révolutionnaire. On parie que je vais passer à la casserole ?
Posté par M.E.L. le 20 mai 2008 dans
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14 mai 2008
Autour de Vendôme : des rapports producteurs/distributeurs éco-durables

Aller et retour à Vendôme pour faire le point sur une initiative commerciale qui pourrait faire école (qui « devrait » faire école).
L’idée a germé à l’automne dernier. Il n’aura fallu que 8 mois pour la concrétiser.
Depuis longtemps, plusieurs producteurs de la région de Vendôme approvisionnaient le centre E. Leclerc local. De cette relation commerciale ont émergé des discussions impliquant les acteurs de la filière agricole : comment mieux valoriser nos produits régionaux, comment concurrencer les produits importés, favoriser une fourniture de proximité pour respecter les enjeux écologiques (diminution des émissions de carbone en évitant les transports trop distants des zones de consommation).
Il y avait bien l’expérience des producteurs de l’Ouest réunis sous le label « Produit en Bretagne ». C’est d’ailleurs l’un des centres E. Leclerc de Lannion qui, en collaboration avec un cadre de la coopérative laitière de Ploudaniel, avait déjà initié cette première opération.
Mais si la région vendômoise est riche d’une multiplicité de productions, il était difficile de prétendre atteindre une même dimension.
Plus modestement donc, Jean Huet, notre adhérent local, et son fils David ont proposé à 70 producteurs (agriculteurs et transformateurs locaux) de se constituer en groupement de producteurs pour travailler en direct avec son magasin. L’association s’est fédérée sous le label « C’est d’ici ». Un label qui certifie essentiellement la provenance et valorise les qualités du terroir. « Cette démarche s’applique principalement aux produits frais. Ils seront identifiés dans les rayons par le logo (la porte de Saint-Georges au milieu d’un champ de blé). Et le label sera complété par la photo/signature du producteur qui montrera son engagement dans une démarche de valorisation du principe de proximité. »

Thierry Fabritti, un apiculteur, préside l’association « C’est d’ici ».
Ici, point de référence à des études scientifiques. L’objectif est certes pédagogique. Mais l’expérience s’appuie d’abord sur le bon sens. Ce nouvel approvisionnement répond à une volonté commerciale de promotion. Avant que d’importer melons et fraises d’Espagne, ce sont les produits de la région du Vendômois qui, en saison, rempliront les paniers.
Cette opération n’aura pas vocation à remplacer les produits de la chaîne classique puisqu’ils représenteront moins de 10 % des produits frais en rayon.
Pas question non plus d’instaurer une entente de prix ou une quelconque forme de protection anticoncurrentielle des producteurs locaux. Non, il s’agit simplement d’optimiser les flux d’approvisionnement en fonction des disponibilités saisonnières, et d’éviter d’avoir recours trop tôt à des importations coûteuses en émission de carbone quand la production locale offre encore des biens disponibles et optimaux en qualité.
Expérience à suivre et à reproduire…
Posté par M.E.L. le 14 mai 2008 dans
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6 mai 2008
Loi LME : le forcing de l’ANIA
Mobilisées contre le projet de loi LME (Loi de Modernisation Economique) qui sera débattu au Parlement le 22 mai, 7 grandes fédérations professionnelles se sont, le 24 avril, érigées en rempart de l’industrie et de l’agriculture françaises. Sans complexe, sans pudeur, sans retenue, l’ANIA, maître d’œuvre de l’opération, décidait de s’abriter derrière le sort des « Petits » (CGPME, agriculteurs) menacés de faillite ou de délocalisation. Rétablir la négociabilité des tarifs reviendrait à « remettre les clés de nos entreprises aux mains de la grande distribution », assénait le grand maître de cérémonie, Jean-René Buisson, ancien de Danone, vice-président du MEDEF, président de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires).
JRB n’a jamais fait dans la dentelle. Avec lui, sur un plateau de TV, devant une commission parlementaire, ou même en face du Président Sarkozy, on est dans un film de Coppola. Avec gros plan sur les regards furibonds, la rougeur de peau sensée illustrer la colère, et le doigt pointé pour la détermination ! Les slogans jaillissent spontanément de sa bouche. Avec lui, on n’est jamais dans un cercle distingué d’économistes. Tout est dans le rapport de forces.
Dans son interview télévisée du 24 avril, le Président a coupé court à l’évocation de cette pression des grands industriels. Passablement irrité, il a renvoyé chaque corporation dos à dos. Il fera la négociabilité des tarifs, a-t-il assuré.
Mais JRB entend bien mener sa « blitz krieg » sur les parlementaires UMP, dont il sait que les députés ruraux sont sensibles à la cause des « Petits ». La loi Galland, c’était déjà cette fraction du RPR et de l’UDF qui l’avait votée ! Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob avaient su récupérer les angoisses de la France rurale et habiller cette loi anti-concurrentielle de plusieurs vertus supposées : protection des PME, aménagement du territoire, préservation de l’emploi que « tue le prix bas », etc. Il ne faut donc pas négliger l’impact du lobbying de l’ANIA sur les députés et les sénateurs.
A la lecture des documents émanant de l’ANIA, le rouleau compresseur, JRB, a mis le paquet ! Dans une note adressée aux associations adhérentes, il récapitule les arguments des industriels (nous y reviendrons dans une prochaine note) et les actions « que nous prévoyons d’engager jusqu’à l’adoption du texte par le Parlement ».
Je serais député, je n’aimerais pas trop être cité dans ce genre de document. Personne n’a jamais eu d’illusions sur l’autonomie de certains parlementaires. Les officines sont légion et très actives dans les sous-sols de l’Assemblée. Chaque corporation a ses relais, fait appel à des sociétés spécialisées et tient couvert de manière tout à fait transparente à la Maison de l’Amérique Latine, chez Ma Bourgogne et jusqu’à la table de Le Divellec, de l’autre côté de la place des Invalides.
Il n’empêche ! Il ne faut avoir peur de rien pour confirmer ces déjeuners « avec une vingtaine de députés très positifs et avec lesquels nous gardons un contact serré. Ces échanges nous ont permis d’identifier clairement les députés qui pourront soutenir nos différents amendements, en cours de finalisation. . »
Quels députés ? « Je tiens à votre disposition un fichier à jour avec la liste des députés et sénateurs rencontrés, afin de bien quadriller le dispositif et de n’oublier personne. »
JRB envisage de rameuter devant le Parlement : « Nous vous confirmons par ailleurs que le principe d’une manifestation publique est retenue, si les démarches entreprises actuellement n’aboutissent pas. » Attendons-nous à voir donc défiler la fine fleur des PME françaises, mobilisées par la CGPME, et les agriculteurs. Peut-être même y verra-t-on les représentants de quelques syndicats de salariés de l’industrie agroalimentaire (FGA CFDT) qui ont toujours défendu les intérêts patronaux dans ce débat sur la loi Galland.
Mais j’ai hâte de voir si, dans le cortège, les patrons de Nestlé, de Danone, de Lactalis, de Bonduelle ou des grandes entreprises agroalimentaires oseront s’afficher dans la cohorte des « Petits ». Je ne suis sûr que d’une chose : au milieu des slogans contre les prix bas, il n’y aura aucune pancarte pour afficher la hausse des profits de ces entreprises en 2007.
Posté par M.E.L. le 6 mai 2008 dans
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28 avril 2008
L’inflation se nourrit des querelles corporatistes !
Je reviendrai dans les prochains jours sur le problème du prix des médicaments OTC après la décision du Tribunal de Colmar. L’actualité, ce matin, c’est la loi LME.
Serait-ce la dernière ligne droite ? Le Conseil des Ministres a bouclé ce matin ce qui doit constituer la réforme définitive de la loi Galland (1997).
Définitive ? Cela dépendra des parlementaires. Il faut s’attendre à une foire d’empoigne. Et vu la manière dont le lobby agroalimentaire a présenté les choses, c’est peu dire que les cartes sont sacrément brouillées !
J’ai pris position pour ce projet. Il n’est pas optimal. J’aurais préféré une réforme plus radicale…(nous y reviendrons) des règles d’urbanisme commercial.
Mais enfin ! J’affirme que si le projet n’est pas trop galvaudé, il permettra de faire baisser les prix de milliers d’articles. Il permettra d’aborder le deuxième semestre avec une inflation divisée par deux. On est actuellement sur un rythme annuel de 4 %. Je parie qu’on peut, avec ce texte, arriver à 2 %.
1) Jusqu’ici, les distributeurs ne pouvaient pas s’opposer directement aux hausses tarifaires des industriels. Certes, ils compensaient ces hausses en négociant des prestations commerciales rémunérées. Mais c’était juridiquement périlleux, avec des difficultés réelles de répercutabilité aux consommateurs que même la dernière réforme Chatel n’a pas complètement résorbées.
2) La nouvelle loi prévoit la négociabilité des tarifs. En clair, les distributeurs pourront refuser des hausses excessives, et obliger les industriels les plus chers à s’aligner sur les offres les moins chères. Ils pourront négocier l’étalement des hausses dans le temps ou sur des gammes élargies, afin d’en diluer les effets. Ils pourront introduire des clauses d’indexation pour que les tarifs baissent automatiquement en cas de retournement des marchés des matières premières par exemple.
Les fédérations industrielles poussent des cris d’orfraie, font l’éternel chantage à l’emploi menacent de délocaliser, annoncent des dépôts de bilan. Quelle hypocrisie ! Le texte vise essentiellement les industriels de grandes marques, des entreprises multinationales qui sont largement rompues à cet exercice de négociation. Partout en Europe, c’est la norme, c’est la pratique usuelle. Coca Cola, Nestlé, Procter, Unilever adaptent sans arrêt leur politique tarifaire aux différents marchés nationaux. C’est d’ailleurs ce qui fait que dans les autres pays européens, les tarifs des grandes marques sont inférieurs aux tarifs français.
Curieux attelage donc qui voit Jean-Michel Lemétayer, Président de la FNSEA, venir servir de caution aux multinationales.
a) D’abord, les agriculteurs ne sont pas directement concernés par ce texte. Et ils bénéficient déjà d’une réglementation privilégiée sur les délais de paiement.
b) Il n’existait pas, ou pratiquement pas, de marges arrière sur les produits agricoles. Jean-Michel Lemétayer disait s’opposer aux pratiques commerciales issues de la loi Galland. Pourquoi s’oppose-t-il aujourd’hui à la négociation directe, à la transparence des prix retrouvée, à la déductibilité directe des prix sur les factures plutôt que le passage obligé par le financement des têtes de gondole, etc.
Alors, soyons sérieux. S’il faut muscler le texte pour protéger plus encore les petites entreprises, faisons-le ! Mais que des industriels comme Danone ou Nestlé (qui affichent des profits de 10 % nets en pleine crise du lait) essaient de se planquer derrière les problèmes des petits éleveurs du Massif Central, voilà qui frise le ridicule.
Dans son interview télévisée, Nicolas Sarkozy a semblé être irrité de ces pressions corporatistes. J’espère qu’il tiendra le cap.
A suivre donc…
Posté par M.E.L. le 28 avril 2008 dans
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9 avril 2008
Prix des médicaments : le débat interdit !

© Le moniteur des pharmacies n° 2724 du 05/04/2008
Il suffit de lire les commentaires outranciers affichés sur ce blog depuis le week-end dernier : le débat sur le prix des médicaments, fussent-ils sans ordonnance et promis par le gouvernement à passer « devant le comptoir », est impossible. A l’image de cette caricature parue dans Le Moniteur des Pharmacies de cette semaine, la profession n’aurait d’autre argument que l’invective, le mépris : « T’es épicier, donc t’es un commerçant, donc t’es un voleur, donc touche pas à mes médicaments ! »
Je le dis tout net, je ne répondrai pas à cette vague d’opprobre. Je n’avais pas l’intention de partir en croisade contre les pharmaciens. Je les respecte et respecte leur métier. Je ne rentrerai pas dans une querelle corporatiste. Et pas plus, je ne me livrerai à une polémique inutile avec Roselyne Bachelot. (Si notre publicité est mensongère, qu’on la fasse cesser. Mais je rappelle que déjà le CSA a rectifié le BVP, et que le Juge des référés n’a pas eu à donner suite.)
De toute façon, à chaque fois c’est pareil. Tout le monde convient qu’il faut ouvrir l’industrie et le commerce français à la concurrence, que notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. Mais c’est toujours pour mieux cibler l’assiette du voisin. « Touche pas à mes stations-service, ma pharmacie, mon grand magasin, ma parfumerie, ma librairie… ».
Le marché des produits d’automédication et plus encore celui des produits de santé est en constante expansion. Il y a de place pour un réseau pluriel de distribution (y compris, demain, avec l'arrivée d'internet et des chaînes de pharmacies).
1) Les faits, rien que les faits
Je peux comprendre l’amertume d’une profession empêtrée dans de réelles difficultés (baisse de CA dans les zones rurales, accroissement des charges d’exploitation et de la paperasserie, difficulté de transmettre le patrimoine, impossibilité pour les jeunes d’amortir l’acquisition de fonds trop chèrement évalués, etc. !). Mais les faits sont là.
Ce n’est pas E. Leclerc qui a enjoint au gouvernement français d’ouvrir le secteur à la concurrence, c’est la Commission Européenne, depuis que des chaînes succursalistes de pharmacies (type Boots en GB) se sont vues interdire l’accès du territoire français.
Ce n’est pas E. Leclerc qui a décidé de dérembourser les produits d’automédication familiale, ce sont les derniers gouvernements, sans que d’ailleurs les pharmaciens n’y aient trouvé à redire.
Et ce n’est surtout pas à cause de E. Leclerc que ces produits, une fois déremboursés, ont augmenté de 36 % en moyenne (chiffre IMS) pour ceux de la vague de 2006 et de 30 % pour la dernière vague.
L’impact sur le pouvoir d’achat des Français est double : ce qui était remboursé devient payant ; et les prix étant dérégulés, la facture augmente. Voilà qui vient mal à propos plomber le budget des Français déjà mis à mal par l’augmentation du prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
2) L’offre des parapharmacies E. Leclerc
Conscient que le dérapage des prix pourrait relancer le débat sur la politique même du déremboursement (sur son bien-fondé), le gouvernement a sollicité la profession pour souscrire un accord de modération. Le gouvernement imagine aussi que les consommateurs / patients seront enclins à comparer et à faire pression sur les étiquettes.
Qu’on me permette d’avoir des doutes sur le résultat. Dans tout secteur d’activités (fussent-elles hyper spécialisées), c’est la concurrence qui modère ou fait baisser les prix. Le maintien du numerus clausus ne se justifiera qu’à ce prix.
Partout en Europe, il existe plusieurs réseaux de distribution des produits d’automédication familiale. En Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, ces médicaments sans ordonnance sont vendus tantôt en libre-service (ce que je ne souhaite pas), tantôt sous le contrôle d’un pharmacien-conseil.
En Italie, la dérégulation du marché de la santé a été l’une des premières mesures du gouvernement Prodi (2006). Les parapharmacies E. Leclerc/Conad ont été pionnières. Aujourd’hui, le système est banalisé et les médicaments OTC sont commercialisés dans plusieurs enseignes de distribution, grands magasins et chaînes spécialisées.
En France, rien de tel. La profession a toujours défendu un modèle économique exclusif. Mais nous avons des parapharmacies dirigées par des diplômés. (Les laboratoires avaient exigé dès 1985 que nous commercialisions les produits de dermo-cosmétique et les compléments alimentaires sous le contrôle d’un docteur en pharmacie). Ces hommes et ces femmes ont fait les mêmes études que les officinaux. Ils ont la même expertise.
J’ai proposé que, dans un espace dédié de la parapharmacie, sous leur contrôle, et avec une prestation de conseils renforcée, ils puissent assurer la commercialisation des produits d’automédication familiale, avec une politique de prix conforme aux promesses de notre enseigne.
Ailleurs, en Europe, c’est possible. Ailleurs, en Europe, ça marche. Expliquez-moi pourquoi, en France, on mettrait en péril le système de santé en faisant de même ?
Je me doute bien qu’avec le poids des lobbies, ce n’est pas demain la veille…que le gouvernement français ouvrira ce marché pour autoriser notre initiative. Mais, il nous faut être prêts.
Le gouvernement s’engage-t-il à ce qu’il n’augmente pas le nombre de spécialités déremboursées ? Les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens s’engagent-ils à refaire baisser les prix qui ont flambé ? Si les réponses sont positives, il n’y a rien à craindre de notre initiative. Mais je ne crois pas avoir entendu ces engagements. En tout cas, nous voulons prendre date. Nous allons suivre l’évolution des prix.
Eric Woerth vient d’annoncer un nouveau plan d’économies sur le médicament (5 milliards d’euros) !
Plutôt que d’essayer de jeter le discrédit sur les 150 diplômés de pharmacie qui travaillent sous notre enseigne (« de vulgaires chefs de rayon », a-t-on dit), j’invite la profession à méditer sur le mot de Pierre Harmel, Président de l’UNPF pour l’Ile de France, dans Le Moniteur des Pharmacies (29/03/08) : « Le plus important (est) de baisser les prix de 15 à 30 % selon les catégories de médicaments…sinon, c’est du pain béni pour Leclerc ».
Tout le reste, c’est du buzz. Certains comprendront peut-être qu’à trop nous caricaturer et nous vilipender, on nous offre là, bien grande publicité. Le public (les patients, les consommateurs) n’est pas dupe. On peut vouloir tout lui raconter, tout occulter. Mais au final, c’est lui qui va devoir payer.
Posté par M.E.L. le 9 avril 2008 dans
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21 mars 2008
Système U et la réforme de la loi Galland

Je réponds, ici, à des commentaires d’internautes, notamment Augustin et André, concernant l’initiative publicitaire de Système U. Et aussi aux journalistes auxquels j’ai refusé de commenter cette initiative « à chaud » et dans un esprit polémique.
La réforme définitive de la loi Galland, promise par le Président de la République, vit ses derniers soubresauts (enfin, j’espère !). D’ores et déjà, cette perspective commence à produire ses effets concurrentiels. Pas encore en termes de baisses de prix sonnantes et trébuchantes ! Mais quelques enseignes ont manifestement compris que c’en était fini du confort « des prix de marché déterminés par les seuls fournisseurs » (grâce aux marges arrière).
Tout le monde aura remarqué qu’Intermarché a, depuis 6 mois, musclé sa politique de prix. Dans le comparateur « quiestlemoinscher.com » comme dans les enquêtes UFC-Que Choisir ou INC (rectifiée, depuis, par la DGCCRF), Intermarché est positionné à la deuxième place. Je me demandais comment allait réagir notre ancien allié, Système U.
1) Longtemps, j’ai pesté de voir mes amis U hésitants quant à la suppression complète ou à la réintégration des marges arrière. Jusqu’en juin 2007, Système U était très prudent et se contentait d’aligner sa position sur la plateforme négociée entre la FCD et l’Ilec.
Je me réjouis de ce que Serge Papin exprime, depuis lors, des positions plus tranchées (dans un sens libéral) et qu’il veuille les mettre en pratique à travers son propre groupe.
2) Dans sa dernière publicité, Système U propose une baisse de prix sur environ 100 articles. Pourquoi 100, en fait 111, et pourquoi pas 1 000 ? Et pourquoi seulement jusqu’à la fin avril ? Je le laisse répondre. Mais pour moi, malgré l’habillage très politique, cette opération est d’abord une promo, une bonne promo, dont vont profiter les clients de Système U.
Non, je n’arrive pas à lire dans cette initiative un repositionnement général des prix de l’enseigne U.
3) Je rappelle que les organismes chargés de relever les prix pour le site « quiestlemoinscher.com » donnaient Système U 4,2 % plus cher que nous (sur une base de 2 380 produits et des poussières). U avait donc des marges de baisse (sic) !!!
En baissant le prix d’une centaine d’articles, Système U fait un bout du chemin. Il contribue à raviver la concurrence et c’est bien ! Mais ce n’est tout de même pas la révolution. Pas de quoi faire paniquer l’ensemble de la profession.
4) Reste l’habillage politique du texte. (Je réponds, ici, spécifiquement à André). Système U dit vouloir anticiper la répercussion totale des marges arrière. Evidemment, c’est un contresens. Cette liberté est donnée à tous les distributeurs depuis le 2 janvier 2008 (loi Chatel). Système U ne fait qu’appliquer la loi. L’enjeu de la future bataille parlementaire, c’est la négociabilité des tarifs.
Tiens, pendant que j’écris ces lignes, j’aperçois, dans Le Parisien, la nouvelle pub des Mousquetaires : une pleine page, une accroche : « Voilà à quoi ressemblent les distributeurs qui prétendent être moins chers que nous ». La publicité est illustrée par un Pinocchio pris en flagrant délit de mensonge.
Je ne sais si ce Pinocchio c’est Serge Papin, ma pomme ou Jean-Charles Naouri, actuellement prolixe sur le sujet des prix. Vu le contexte, mes amis et néanmoins concurrents les Mousquetaires accepteront que je dise : avec cette nouvelle prise de parole, leur enseigne aussi a « eu du nez » puisque pour justifier leur performance prix, ce ne sont pas 100 articles qu’ils proposent à la baisse, mais leurs MDD maison.
Posté par M.E.L. le 21 mars 2008 dans
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12 mars 2008
Obésité infantile : plus de friandises sucrées pour enfants aux caisses

Je me suis attiré les foudres du Président de l’ANIA, Jean-René Buisson. Son association d’industriels « juge intolérable la décision prise par les Centres E. Leclerc, la semaine dernière, de retirer les confiseries sucrées pour enfants des présentoirs de caisses, d’ici le 1er juin ». Et l’ANIA m’a fait l’honneur d’un communiqué au vitriol, suspectant ma petite personne de vouloir en revenir « à l’économie administrée des magasins d’Etat » ?
1) De quoi parle-t-on ?
En septembre 2007, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a lancé une campagne sur l’obésité infantile « Obésité : protégeons nos enfants ». Après avoir demandé aux parlementaires d’interdire la publicité TV pour les produits gras et sucrés au sein des programmes pour enfants, l’UFC interpellait toute la filière et sollicitait les distributeurs pour « juguler un marketing outrancier à l’égard des enfants, incitant à la surconsommation de produits sucrés ». L’association demandait le retrait des produits installés de manière trop tentatrice au devant des caisses.
Le gouvernement français et les autres gouvernements européens sont interpellés de la même manière. Ainsi, les Anglais ont interdit les publicités pour les aliments gras, sucrés et salés dans les programmes destinés au moins de 12 ans. Les Suédois, eux, ont totalement interdit les publicités pendant les émissions jeunesse.
Le Ministre français de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé, le 4 février, une série de mesures dans un premier temps basées sur l’autodiscipline et le volontarisme des acteurs concernés. Avec une deadline fixée en juin pour apprécier les propositions et les résultats éventuels.
2) Les réponses des industriels et des distributeurs
Tout le monde convient de l’importance du fléau. 13 % des jeunes Français sont en surpoids, dont 7 % atteints d’obésité. Le mouvement ne fait que s’accélérer. Outre que l’obésité hypothèque l’espérance de vie des individus, elle préfigure une charge supplémentaire pour la collectivité.
Les industriels ont d’abord réagi viscéralement. « Consommés modérément, les produits sucrés ne sont pas dangereux. On n’est pas chez les Soviets. Les pouvoirs publics ne peuvent montrer du doigt et diaboliser le sucre ou tout autre produit festif à base de sucre tout simplement par qu’ils ont été surconsommés ». Ou alors disent-ils, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement : supprimons la vente d’alcool puisqu’il y a trop d’alcooliques, supprimons le rayon des crèmes desserts et des fromages pour que plus personne ne mange des produits trop gras.
Derrière ce débat qui prend des airs trop passionnés et caricaturaux, il y a bien sûr des lobbies qui cherchent à forcer le trait.
Je concède cependant que :
1) Industriels et distributeurs ont raison de dénoncer la tentation des pouvoirs publics de refiler la gestion des problèmes de santé au secteur privé alors qu’elle doit d’abord émaner de l’Etat (ne serait-ce que, justement, pour qu’elle ne soit pas dictée par des intérêts privés).
2) L’origine de l’obésité est multifactorielle. Si l’on veut s’attaquer à la source, il faut mettre en place un plan de prévention global : auprès des parents, à l’école, dans les médias. Bref, chacun doit agir à son niveau de responsabilité.
3) La position de mon enseigne
Nos cadres et nos adhérents ont eu le même réflexe que les autres professionnels. Pas question de se laisser refiler la gestion exclusive d’une problématique qui nous dépasse.
Mais le dossier de l’obésité infantile rejoint celui, plus global, de la nutrition, du « bien manger » dont nous sommes évidemment un acteur à part entière.
Le distributeur doit pouvoir garantir le libre choix, mais rien ne l’empêche à travers ses gammes, ses choix marketing et publicitaires, d’adapter son offre commerciale à une demande sociale dès lors qu’elle est incontestée. C’est même un gage de sa performance commerciale future.
J’ai engagé mon groupe depuis trois ans pour revoir à la hausse tous les critères qualitatifs, gustatifs et sanitaires de notre offre alimentaire. C’est un travail de longue haleine (probablement 3 ou 4 ans pour arriver à des résultats significatifs). Par exemple, tous nos produits à Marque Repère voient leur étiquetage reprécisé, leur lisibilité améliorée, et les recettes des produits sont retravaillées pour diminuer les taux de sucre, de sel et de gras. Des nutritionnistes sont mobilisés sur ce projet, et des instruments pédagogiques à l’égard des usagers ont été mis en place (http://www.e-leclerc.com/marquerepere/Nos-valeurs/Accueil.aspx).
C’est dans ce contexte que sans se référer à une quelconque morale anti-festive, nous avons décidé de recaser les produits concernés dans l’offre classique de l’hyper d’ici le 1er juin.
4) Etoffer l’action
Il y a certes un enjeu commercial (manque à gagner situé entre 5 et 10 millions d’euros par an). Mais si elle restait isolée, nos adversaires auraient beau jeu de qualifier cette action de publicitaire. Aussi ne faut-il pas s’arrêter là.
Dans les semaines qui viennent, mon enseigne va lancer la recherche de produits de substitution, plus diététiques. Les magasins recevront des PLV informatives et pédagogiques expliquant cette action aux clients.
Enfin, j’ai demandé à ce que l’enseigne s’engage plus fort encore sur des recommandations nutritionnelles et sur la valorisation des bons comportements alimentaires.
Voilà donc ce qui me vaut le courroux de quelques apparatchiks du lobby de la malbouffe. Je ne donnais pourtant de leçons à personne, je les appliquais à nous-mêmes. C’est le paradoxe de l’ANIA : cette fédération regroupe des industriels qui, depuis 5 ans, et avec succès, ont fait de la santé un argument de vente (Danone avec Actimel, ses alicaments, etc.). Curieux de voir que le discours sur le bien manger devient « démagogique » quand il émane du seul distributeur.
Posté par M.E.L. le 12 mars 2008 dans
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6 mars 2008
Publicité sur les prix : la législation est trop frileuse !
Tout le monde en convient : les prix les plus bas sont offerts dans les zones de chalandise les plus concurrencées. C’est ce constat qu’ont retenu les experts de la Commission Attali pour demander le démantèlement de la loi Raffarin, véritable créatrice de rentes de situation. Mais pour que les consommateurs puissent choisir entre enseignes de distribution, encore convient-il qu’ils aient accès à une information accessible et lisible sur les prix, préalablement à leur déplacement.
Les publicités dans la presse, dans les catalogues, et les relevés de prix effectués par les organisations de consommateurs peuvent les y aider.
Mais paradoxalement, la législation a limité cet exercice. Dans deux secteurs !
- A la télévision d’abord :
Les distributeurs ont accédé à la publicité télévisée depuis le 1er janvier 2007. Mais allez savoir pourquoi, ils n’ont pas le droit d’y parler de prix si ce n’est en termes génériques. Quel curieux paradoxe. En pleine période de retour de la hausse des prix, les distributeurs peuvent paraphraser le fameux sketch de Fernand Raynaud : « Elle est belle mon orange pas chère ». Mais ils ne peuvent pas en dire le prix.
De même, les industriels de la téléphonie peuvent racoler pour leur réseau (SFR, Orange, Bouygues, Virgin, etc.). Mais les distributeurs concurrents ne peuvent rivaliser dans le discours en faisant valoir la pertinence prix de leur offre.
J’ai donc écrit à Luc Chatel, hier, pour que, dans son projet de loi de modernisation de l’économie qui sera présenté au printemps aux parlementaires, figure l’autorisation d’effectuer des publicités de prix à la télévision.
Vous doutez de l’effet ? Allons donc. Imaginez E. Leclerc, Auchan ou Intermarché publiant leurs prix de carburants avant les départs en vacances… Laissez-moi vous dire que ça pèserait sacrément sur les prix du réseau !
- La publicité des fruits et légumes :
J’en ai déjà parlé sur ce blog. Feuilletez, dépouillez les catalogues des enseignes de la grande distribution, ou même des enseignes spécialisées. Vous y verrez de belles photos d’asperges, de salades, de carottes ou de bananes. Mais jamais, ou rarement, des prix indiqués. La législation, dans ce domaine, est parfaitement hypocrite. Oui, elle autorise la publicité de prix, mais à une seule condition : les distributeurs doivent, préalablement à leur publication, obtenir l’accord de l’interprofession agricole. Ces mêmes interprofessions qui se sont battues depuis dix ans pour que nous limitions les prix bas et les rabais censés faire chuter les cours sur les marchés de gros !!!
Je reconnais que les syndicats agricoles n’en font plus un casus belli. La FNSEA et la FNPL ne défendent plus cette position que du bout des lèvres. Mais le meilleur moyen de faire baisser le prix des fruits et légumes n’est-il pas d’inciter les commerçants à rivaliser sur ce sujet.
Le maintien de cette disposition produit, à mon sens, deux inconvénients :
a) Il n’incite pas les consommateurs à aller voir ailleurs. Ceux-ci, fidèles à leur hypermarché, y achètent des fruits et légumes presque en « clients captifs ». Pourquoi quitter leur magasin favori s’ils sont maintenus dans l’aveuglement des prix pratiqués par les concurrents.
b) Même les distributeurs, du coup, ne voient pas l’intérêt de faire la publicité sur ces produits. Une belle photo ne saurait constituer un bon argument de vente. Et alors que les pouvoirs publics incitent, dans le cadre du plan santé, à consommer des fruits et légumes, cette législation freine toute communication sur ce secteur, à contre-courant des réels besoins.
La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Cette liberté retrouvée sur la communication TV et les fruits et légumes pourrait constituer un élément positif d’une activation de la concurrence en France. J’espère avoir convaincu Luc Chatel.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 6 mars 2008 dans
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4 mars 2008
Le Sénateur Jean Arthuis et la tentation de la démagogie
Il n’y a pas plus vachard ni revanchard qu’un homme politique blessé par la certitude de ne plus pouvoir jouer un grand rôle de décideur, au sein d’un gouvernement par exemple. Les propos tenus par Jean Arthuis dans les médias, ces derniers jours, traduisent cette aigreur et, venant de sa part, c’est vraiment un sacré gâchis.
Je connais bien le sénateur Jean Arthuis. Il fut, dans sa vie professionnelle, commissaire aux comptes dans plusieurs de nos structures commerciales. Il fut par la suite un plutôt bon ministre de la consommation. Mais il s’est enfoncé, depuis une dizaine d’années, dans une attitude purement inquisitrice à l’égard de la grande distribution. Sans aucune nuance, ni finesse. C’est lui qui signa, du temps de Jacques Chirac, ce rapport parlementaire qui accusait la grande distribution d’être à l’origine des délocalisations et d’un surcroît d’importations (alors même que la France était exportatrice nette !!!). Dieu sait s’il nous a fallu ramer pour dénoncer ces contrevérités tant l’homme s’obstinait à vouloir briller en jouant de cette posture critique.
Jean Arthuis a trouvé un nouveau cheval de bataille. Il feint de découvrir les centrales d’achat établies depuis une dizaine d’années à Zurich ou à Genève. «…j’ai pointé du doigt les pratiques de cinq grandes enseignes nationales qui ont pour habitude de demander à leurs fournisseurs de verser une redevance soi-disant destinée à contribuer au développement international de leur groupe ».
L’accusation aurait été de faible portée si nous n’étions pas dans un contexte nauséabond d’affaires financières et fiscales (l’affaire UIMM, fraude fiscale au Lichtenstein). Jean Arthuis ne pouvait méconnaître ce contexte. Autant dire qu’en prenant le risque de cultiver l’amalgame, le sénateur jette sciemment l’opprobre sur notre secteur.
Je ne sais pas s’il vise une enseigne particulière. Il vaudrait mieux qu’il le dise. A contrario, son coup de sang n’est pas crédible.
Il n’est pas concevable qu’il fasse semblant de découvrir l’existence de ces centrales d’achat. Une dizaine d’entre elles (EMD, AMS, AGENOR…) exercent, depuis une vingtaine d’années en Europe, une activité d’achat, de référencement ou d’échange de savoir-faire. Elles couvrent le secteur des GMS mais aussi de la distribution spécialisée. Pratiquement toutes les grandes enseignes européennes, GSA ou GMS, intégrées, franchisées ou associatives, adhèrent à ces réseaux qui font l’objet périodiquement d’observations et de directives émanant de la Commission Européenne. Il n’y a pas en la matière de spécificité française.
Qu’en est-il pour notre enseigne ?
Longtemps, nous avons tâtonné. Nous avons adhéré quelques années au groupement EMD, aux côtés d’une trentaine d’autres enseignes. Sans réel intérêt, ni efficacité. Puis en 2004, nous avons créé, avec quatre autres enseignes de la distribution européenne, la coopérative « Coopernic ». L’objet social de cette société est complètement transparent : son activité a pour finalité d’améliorer la performance et la compétitivité des magasins de Colruyt (Belgique), Coop (Suisse), Conad (Italie), Rewe (Allemagne) et E. Leclerc. Cette performance concerne évidemment la surveillance des prix au niveau européen, mais aussi le développement en commun des gammes de produits répondant aux nouvelles demandes sociales (commerce équitable, développement durable, produits éthiques, etc.). Coopernic abrite beaucoup d’échanges bilatéraux (E. Leclerc/Coop sur le commerce équitable ; E. Leclerc/Conad sur les carburants ou la parapharmacie ; E. Leclerc/Rewe/Iki pour la promotion des marques régionales françaises dans l’Est de l’Europe). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur ce blog.
Qu’en est-il des accusations du perfide sénateur ?
a) « Cinq grandes enseignes demandent une redevance » ?
- Il ne s’agit pas d’enseignes, mais de plusieurs milliers de supermarchés, supérettes, hypermarchés ou magasins spécialisés répartis dans 18 pays du marché européen. Au sein de Coopernic, on compare les hausses de prix, on lance des appels d’offres, on traque les prix les plus bas.
- Coopernic ne touche pas de redevance. Quand les adhérents de la coopérative viennent y négocier avec les grands industriels une meilleure couverture européenne des ventes, un plan promotionnel lié à un investissement TV (par exemple) ou au lancement d’une innovation dans plusieurs pays en même temps, c’est pour en faire profiter ses membres nationaux. Les conditions d’achat ou de prestations sont directement répercutées aux adhérents de chaque pays.
b) « Les fournisseurs se voient obligés de verser une somme à une société basée en Suisse ». Des sommes qui échapperaient au fisc ?
- Coopernic est basée en Belgique et non en Suisse.
- Coopernic est installée à quelques centaines de mètres des services de concurrence de la Communauté Européenne. Sa constitution est connue de tous.
- C’est une coopérative dont les statuts se réfèrent spécifiquement à la nouvelle législation européenne favorisant le regroupement de commerçants indépendants. Elle est complètement transparente (aux sens financier et juridique) à l’égard de ses membres. La totalité de ses produits éventuels (elle n’a qu’un an d’existence) est reversée directement à ses coopérateurs.
- Coopernic n’a pas vocation à faire des profits. Elle ne garde rien, elle est financée par des appels de cotisations. En aucun cas, elle ne finance le développement international des enseignes.
- Tous les fournisseurs n’ont pas de stratégie ou de conditions européennes de vente. D’autres ne souhaitent pas profiter des prestations de Coopernic. Seules quelques dizaines de grandes sociétés ont conclu des accords avec la coopérative.
- Enfin, fiscalement, tous les produits de Coopernic sont soumis à la fiscalité des pays d’origine des adhérents. Dans le cas de la France, ils sont intégrés aux déclarations fiscales de chaque centre E. Leclerc.
Voilà. Normalement le sénateur Jean Arthuis devrait être rassuré. Malheureusement, je crains que ça ne fût pas sa réelle intention.
Posté par M.E.L. le 4 mars 2008 dans
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29 février 2008
Peter Brabeck (Nestlé) ne craint pas la hausse des prix

Peter Brabeck n’est pas un homme facile. Je parle de son caractère, de son tempérament. Je connais, je me suis frotté à lui lors d’une négociation récente. Mais la difficulté relationnelle n’exclut pas de saluer l’artiste professionnel. L’ancien alpiniste cède la barre du groupe Nestlé en ayant, cette année, franchi ses plus beaux sommets : 100 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires et plus de 10 milliards de bénéfice net.
Sur un plan purement commercial, c’est un exploit ! Chapeau : superbe manager, entreprise bien gérée, stratégie confirmée !
Mais s’agissant pour nous, Français, de rechercher quelques indications sur l’évolution des prix pratiqués par nos amis industriels, il faut regarder derrière la vitrine et lire les comptes puisqu’on nous les livre pour illustrer l’exploit.
En pleine crise du lait, Nestlé a su faire son beurre.
« La force de Nestlé », dit un analyste helvétique, « c’est l’anticipation. Nestlé n’attend pas pour répercuter les hausses ». C’est ce que P. Brabeck lui-même appelle « les mesures préventives pour contrer la hausse des matières premières ».
Comme son éternel rival, Danone, Nestlé n’a pas attendu pour répercuter la hausse du cours du lait. Résultat : « Les produits laitiers frais ont amélioré de manière significative leur rentabilité ». La marge de cette catégorie de produits a progressé de 90 points de base (source Agra Alimentation) et atteint 11,1 %.

Loin des profits réalisés sur les produits pharmaceutiques (33 %), mais supérieure aux marges sur les eaux en bouteilles et sur la confiserie. Pour un secteur en crise, ce n’est pas mal !
D’ici jeudi, François Fillon trouvera bien deux ou trois distributeurs à fustiger, histoire de dénoncer quelques dérapages de prix sur les produits laitiers.
Mais qu’on se rassure, 2008 s’annonce encore un très bon cru pour l’industrie de la transformation laitière.
Posté par M.E.L. le 29 février 2008 dans
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12 février 2008
Carburants : L’UFC Que Choisir polémique sur l’augmentation des marges !

© Edward Hopper - Gas - 1940
Il y a une quinzaine de jours, l’UFC Que Choisir a interpellé Christine Lagarde sur le non-respect des accords de modération de prix des carburants signés à Bercy. L’association de consommateurs évoquait une augmentation des marges des stations-service de… 2 centimes !!!
Tout d’abord, s’agissant de marges brutes, j’ai trouvé l’observation complètement ridicule. Qu’est-ce donc qui justifiait cette sortie médiatique ? Règlement de compte entre l’UFC et Christine Lagarde ? Ou encore simple interpellation, histoire de faire parler de l’UFC ?
Toujours est-il que j’ai voulu en avoir le cœur net.
1. Les données présentées par UFC Que Choisir
L’UFC raisonne à partir de données publiées par l’UFIP sur son site institutionnel. Nous ne connaissons pas l’assiette de ces calculs. Mais sur la base d’une cotation « Platt’s » de la source UFIP, nous avons reconstitué les marges théoriques de distribution (toutes enseignes confondues) pour les mois de décembre 2007 et janvier 2008.
Le gazole représente environ 70 % des ventes. Le calcul de la marge brute donne 6.36 cents par litre en décembre et 7.07 cents en janvier. Soit un accroissement de marge de 0.71 centimes par litre… !
Pas de quoi fouetter un chat, d’autant que cette augmentation ne prend pas en compte l’évolution des frais de stockage, de passage en dépôt, ni les frais de transports entre le dépôt pétrolier et le point de vente.
2. L’évolution de la marge d’une station-service E. Leclerc
La plupart de nos stations-service sont implantées sur les parkings de nos hypermarchés, et partagent avec le magasin des frais d’investissement, de communication, de gardiennage et de gestion. Ce qui rend évidemment toujours un peu compliqué l’élaboration d’une comptabilité analytique dédiée aux seules stations-service.
Néanmoins, l’examen de ces comptes fait apparaître un résultat net annuel d’exploitation compris entre 0.2 et 0.5 % du chiffre d’affaires TTC (juin 2006 à juin 2007).
En novembre et en décembre une station E. Leclerc « prenait » en moyenne 0.012 euros par litre. Cette marge n’a pas évolué sensiblement depuis septembre 2007.
Difficile de faire moins cher, nous pouvons plus ou moins bien acheter, mais il n’y a pas beaucoup de « marge » de manoeuvre.
La commercialisation de carburants est nécessaire à l’attractivité de l’hyper. C’est un produit d’appel, c’est un service à la clientèle qui se déplace en voiture.
Avec d’aussi petites marges, tout le monde comprendra que notre enseigne ne se sent pas concernée par cette polémique.
Posté par M.E.L. le 12 février 2008 dans
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11 février 2008
« Netprix » : la revue Linéaires compare les prix des cybermarchés

© Linéaires - Février 2008
Je vous ai parlé, mardi, du dernier classement de prix de la revue Linéaires, accessible sur internet. La revue a pris une autre initiative intéressante. Elle a comparé les performances prix des enseignes du Net entre elles (Auchandirect, Telemarket, Ooshop, Houra). Et elle a comparé aussi leur niveau de prix avec celui des hypermarchés.
1) Au premier classement (Netprix), « Auchandirect » arrive en tête. Sans lauriers, sans agressivité commerciale, mais sans inquiéter la plupart des enseignes d’hypermarchés.
2) Dans l’ensemble, dit Florent Vacheret, le rédacteur en chef, « les quatre grands cybermarchés nationaux filent du mauvais coton. Les marchands du web affichent en moyenne des prix quasiment 20 % supérieurs aux magasins en dur ».
Les enseignes de cybermarché ne se préoccuperaient-elles pas du prix ?
- Les uns diront : qu’importe, les consommateurs ne sont pas les mêmes. A voir ! La clientèle compare les offres des uns ou des autres sur le Net ou sur prospectus et ne me semble pas aussi segmentée qu’on le dit.
- Les autres se poseront la question : jusqu’où faut-il débaptiser ces sites et les placer désormais sous la bannière unifiée d’un même groupe de distribution (Carrefour/Ooshop ?), au risque de rendre illisible la promesse prix de l’enseigne.
Il y a débat : Quelques adhérents, cycliquement, m’assaillent de leur lobbying pour que nous lancions un site marchand E. Leclerc sur le web. Nous sommes quasiment prêts. Mais s’agissant d’une enseigne dont la performance prix est leader, faut-il que nous prenions le risque d’altérer notre image tant que nous ne pouvons offrir les prix bas du marché sur le Net ?
L’indice « Netprix » de Linéaires confirme qu’il faut être prudent. Les cybercommerces sont notre avenir. Mais rien ne sert de se précipiter. Il ne faut pas courir après le chiffre d’affaires dans n’importe quelles conditions. Nous testons, avec succès un Express Drive à prix hyper (commande sur le Net, fourniture sur site). Nous irons sur le net marchand quand nous pourrons garantir que nous serons les moins chers, et sans trop d’écart avec nos hypers.
Posté par M.E.L. le 11 février 2008 dans
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6 février 2008
Pouvoir d’achat 2007 : positif (+2 % indicateur E. LECLERC-BIPE), mais moins qu’annoncé par l’INSEE (3,3 %)
Alors que Madame Lagarde reçoit Alain Quinet, rapporteur d’une Commission chargée de « plancher » sur les indices officiels, je fais mettre en ligne les derniers résultats de l’étude E. LECLERC-BIPE sur l’évolution du pouvoir d’achat effectif du consommateur français. Notre indicateur (mon-pouvoir-dachat.com) confirme une progression de 2 % pour 2007. C’est moins que ne l’annonçait l’INSEE (3,3 %). Mais c’est positif.
Cette performance suffira-t-elle a re-booster le moral des ménages, au plus bas niveau depuis douze ans ? Pas sûr, même si le gouvernement puisera dans ces chiffres quelque réconfort. La reprise de l’inflation constatée en novembre et décembre pourrait laminer les projections positives de 2008. Et la frustration des consommateurs reste légitimement marquée par 7 années de très faible progression du pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) : 1 % seulement en moyenne par an depuis l’an 2000 (indicateur E. LECLERC-BIPE).
1) L’indicateur E.LECLERC-BIPE (principe et méthode)
C’est au cours de l’année 2003 que j’ai engagé mon enseigne dans le débat public sur le pouvoir d’achat. Interpellé par les consommateurs sur l’augmentation des prix, et conscient que l’exploitation des indices officiels ne pouvait rassurer les Français sur l’évolution du pouvoir d’achat, j’ai confié au BIPE (groupe d’experts économiques indépendant) la mise en place d’un indicateur plus pertinent.
Il ne s’agissait pas de contester la probité des chiffres de l’INSEE. Simplement, nous semblait-il, les indicateurs macroéconomiques, construits pour la comptabilité nationale et les comparaisons internationales (OCDE), ne reflétaient pas la réalité vécue par les Français.
L’indicateur du pouvoir d’achat effectif des Français E. LECLERC-BIPE se différencie finalement par rapport aux indicateurs de l’INSEE par une prise en compte différente des charges contraintes des ménages et de l’évolution démographique.
Pour l’INSEE, le loyer, les charges de logement (électricité, gaz, eau…), les assurances obligatoires (logement, santé, auto), les remboursements de crédits et les abonnements de transports collectifs…sont des dépenses comme les autres. Dans notre conception du pouvoir d’achat effectif, ces dépenses ne sont pas arbitrables ou re-négociables. Elles participent de l’élévation du niveau de vie, mais leur financement affecte les achats courants.
Tout se passe comme si, en réalité, les consommateurs, après avoir mis de côté dans une enveloppe, les sommes affectées au paiement de l’impôt et des cotisations, remplissaient une deuxième enveloppe du montant de ces dépenses contraintes. Le pouvoir d’achat effectif, c’est donc « le pouvoir d’acheter avec ce qui reste ».
L’indicateur E.LECLERC-BIPE se différencie aussi de celui de l’INSEE par sa prise en compte de l’évolution démographique. L’indicateur de l’INSEE mesure le pouvoir d’achat des ménages, dans leur globalité, alors que l’indicateur E. LECLERC-BIPE tient compte du nombre d’individus par foyer, par unité de consommation.
Les résultats de nos analyses montrent que, depuis 2000, le pouvoir d’achat effectif n’a progressé que de 8 %, une évolution deux fois inférieure à celle annoncée par l’INSEE.
2) Les résultats publiés par l’INSEE pour 2007
On connaît les réserves des organisations de consommateurs sur le calcul de l’inflation mesurée par l’INSEE. Même si l’institution a bien enregistré une augmentation substantielle des prix en novembre et en décembre, l’INSEE retient, pour l’année 2007, une inflation moyenne de 1,5 %.
Fort de cette estimation, l’INSEE affirme que pour 2007, le pouvoir d’achat a assez fortement augmenté : 3,3 % en 2007 (après 2,4 % en 2006).
3) L’indicateur E. LECLERC-BIPE du pouvoir d’achat 2007
Comme nous l’avons dit, notre indicateur repose sur les relevés chiffrés récoltés par l’INSEE. En l’absence d’autre indicateur d’inflation (une commission planche sur ce sujet à l’AN, à la demande de Nicolas Sarkozy), notre travail consiste à reclasser les données nationales en tenant compte de la problématique des charges contraintes.
Celles-ci ont fortement augmenté en 2007 (en moyenne, 6, 2 %), principalement du fait de l’accroissement des remboursements de crédits (6,8 %) et de l’évolution des loyers (6,5 %).
Il en résulte une appréciation toujours positive, mais moins optimiste. L’indicateur E. LECLERC-BIPE constate une progression de 2 % du pouvoir d’achat effectif, et non 3,3 % (indicateur INSEE).
4) Pouvoir d’achat et moral des ménages
Cette estimation positive est-elle de nature à doper le moral des ménages ? La dernière enquête de l’INSEE (janvier 2008) a révélé combien celui-ci est au plus bas. Il n’a même jamais été aussi bas depuis 12 ans. Et ce n’est pas la reprise de l’inflation qui va les rassurer.
Le gouvernement n’a pas tort quand il fait valoir que la plupart des mesures du Plan pour améliorer le pouvoir d’achat « ont besoin d’un peu de temps » pour produire leurs effets. Les lois viennent à peine d’être votées et certains décrets peinent encore à être publiés. Ne rejoignons donc pas trop vite le camp des éternels Cassandre !
Pour autant, l’impatience des Français est légitime. La Commission Attali a ouvert des perspectives pour que le gouvernement étudie dès le printemps les possibilités d’une revalorisation directe des salaires, par transfert des cotisations sur l’impôt. Le SMIC, comme les allocations vieillesse, feront l’objet d’un coup de pouce.
Mais s’agissant de l’évolution des prix, je pense que nous avons suffisamment assez perdu de temps.
Le retour de l’inflation sur les biens de consommation courante n’est pas inéluctable. Il y a une sur-inflation française consécutive au maintien de la loi Galland qui pousse les industriels à augmenter les tarifs bien au-delà de la répercussion de la hausse des matières premières.
Plus tôt Nicolas Sarkozy nous libèrera du carcan de la loi Galland (suppression des marges arrière, négociabilité des tarifs), plus tôt nous pourrons alors attaquer l’inflation à la source.
Je l’affirme comme j’engage mon groupe : avec la suppression de cette loi, nous pourrons diviser les prévisions d’inflation (3,5 à 4 % au premier semestre) par deux d’ici la fin 2008.
Posté par M.E.L. le 6 février 2008 dans
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5 février 2008
Le mensuel « Linéaires » publie son classement prix des enseignes

Après « Que Choisir », la revue « Linéaires » publie, dans son édition de février, la dernière vague de relevés réalisés par ses journalistes.
Le classement « prix » :
Ce n’est pas une surprise. E. Leclerc reste premier, « intouchable. Et ce, pour la quatrième vague consécutive ». Intermarché continue de baisser ses prix et vient talonner notre enseigne, après avoir doublé Auchan (désormais 3ème).
L’enseigne Carrefour ne démérite pas. Elle affiche des indicateurs plutôt constants, mais elle « n’occupe encore qu’une décevante quatrième place. Clairement pas en phase avec ses revendications de leadership en prix sur ses sites… ».
L’écart continue à se creuser entre les premiers et les derniers (trois années d’inflation (au rythme actuel) entre E. Leclerc et Géant, cinq années entre E. Leclerc et Casino ; quant à Monoprix, il plane 15 points d’indice au-dessus de nous…).
Linéaires et les hausses :
Intéressant aussi, bien que partiel, ce relevé de prix effectué dans la région rennaise en janvier. La flambée atteint 3,6 % ! « Un camouflet pour le gouvernement…Un montant qui représente grosso modo autant que les baisses de prix progressives nées des accords Sarkozy (été 2004) et de la loi Dutreil (janvier 2006). »
Voilà qui conforte aussi les prévisions que j’avais opposées à Luc Chatel dernièrement. (Il pariait sur une baisse de prix de 3 % en janvier, quand je prévoyais 4 % de hausse).
Posté par M.E.L. le 5 février 2008 dans
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2 février 2008
Prix trop chers : 6 articles retirés de la vente !
Je lis le titre du Monde daté de samedi (02/02) : « Leclerc fait semblant de retirer La Vache qui Rit… ». Le journaliste a le droit d’être critique ou de relayer les arguments de nos adversaires. Pour autant, je confirme, une centaine d’articles sont sur la sellette : les hausses tarifaires pour 2008 proposées par les industriels nous semblent exagérées, sans rapport avec la hausse des matières premières. Date limite de décision : fin février puisque la loi a prévu que cette échéance devait servir de terme à la négociation commerciale.
En attendant, les 6 articles dont nous avions publié les hausses et annoncé le retrait, ne devraient plus être en rayon dans les centres E. Leclerc, en cette fin de semaine.
J’entends bien le bruit de fond qu’essaie de générer l’ILEC ou l’ANIA pour n’avoir pas à s’expliquer sur ces hausses tarifaires incongrues : « coup de pub de Leclerc, chantage à la négo, marques prises en otages, etc., etc. ».
Nos amis de l’industrie peuvent dire ce qu’ils veulent, mais si, dans deux mois, les consommateurs étaient venus constater l’inflation en magasins, ce sont bien nos enseignes qui auraient été tenues pour fautives de ces dérapages de prix. Notre publicité aura au moins eu un premier mérite : obliger les industriels à assumer publiquement leurs hausses tarifaires ! (Aucun d’entre eux n’a contesté la véracité des augmentations que nous avons publiées !)
En réalité, ils n’ont pas d’argument.
Analysant les conditions tarifaires de chaque fournisseur, nos acheteurs se sont aperçus que, selon les conditionnements, certains articles augmentaient de 50 à 100 % plus vite que les autres articles d’une même gamme.
Ils se sont posés légitimement la question : pourquoi le Pulco Citron Vert a-t-il un tarif en augmentation de 4 % et le Pulco Citron Jaune de 19 % ? Les variations de cours du citron n’expliquent pas ce dérapage, n’est-ce pas ? Une seule interprétation possible : l’industriel pousse le prix à la hausse dans le cadre d’une stratégie marketing de repositionnement de son produit.
Idem pour La Vache qui Rit. Le prix du lait a certes augmenté spectaculairement, mais ce n’est pas avec ce lait de consommation que l’on fabrique le fromage. Et de toute façon, comment expliquer qu’avec un même lait, La Vache qui Rit par 12 augmente de 20,63 % quand celle qui est conditionnée par 32 n’augmente que de 13,84 %, et par 16 de 14,39 % ?
Et l’Ajax Fête des fleurs me direz-vous : eh bien, la hausse de 19,72 % ne s’explique évidemment par la hausse de la matière plastique. Il s’agit d’un repositionnement à la hausse d’une gamme, alors que, chez le même fournisseur (Colgate Palmolive), l’Ajax Multi-usages n’augmente pratiquement pas.
Bref, nos acheteurs ne font rien d’autre que leur métier de commerçant. S’ils ne le faisaient pas, on les accuserait de profiter eux-mêmes de la hausse des prix. Ils ont certes pris le risque que se déverse sur notre enseigne l’opprobre de quelques fournisseurs ou de clients insatisfaits. Mais il fallait choisir. Nous avons décidé que la sur-inflation ne passerait pas par nous.
Nous voulons écrêter les hausses et re-sculpter nos gammes pour les rendre plus attractives.
Le hard-discount doit sa réputation de prix bas à la non-commercialisation de produits de grandes marques (en tout cas, pas de manière importante). Les industriels n’y ont rien trouvé à redire. Des centaines de supermarchés et même de petits hypermarchés, faute de place, ont limité leur gamme en ne proposant aux consommateurs que les articles à plus forte rotation. Ca ne choque personne.
Nous, nous conservons l’objectif de tout promouvoir en linéaires. Si après réflexion, nos fournisseurs décident de reporter ces hausses ou de les modérer, c’est avec plaisir que nous les réintroduirons en rayons et nous le ferons savoir. Je m’y engage.
Posté par M.E.L. le 2 février 2008 dans
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16 janvier 2008
La pub qui dérange l’inflation

Le monde industriel est en émoi. Mes collègues des centres E. Leclerc ont décidé de retirer de la vente, dès le 1er février, des articles dont le taux d’inflation est très élevé, je dirais exorbitant.
Cela fait trois mois que j’annonce une reprise de l’inflation. Cela fait trois mois que j’essaie de convaincre les élus que la hausse des matières premières a bon dos et que les grandes marques profitent de la législation française pour faire de la gonflette tarifaire.
Nicolas Sarkozy a pris conscience du problème puisqu’il a annoncé qu’au printemps, le gouvernement demanderait aux députés de voter la négociabilité des tarifs. Mais les industriels de l’ANIA et de l’ILEC ont su y faire. Question lobbying, chapeau. Passant derrière eux dans les Commissions parlementaires, ni Jérôme Bédier (président de la FCD), ni Arnaud Mulliez (Auchan), ni moi-même n’avons été suffisamment pris au sérieux. Nous disions « les hausses tarifaires qui arrivent dans nos centrales d’achat sont de l’ordre de 8 % en moyenne, avec des bouffées atteignant quelquefois 20 % ». Les députés et les sénateurs ont cru que nous exagérions. Il faut dire que l’ILEC avait même réussi à convaincre Luc Chatel et certains Conseillers du Président que les industriels procèderaient à des « baisses techniques » de tarifs profitables aux consommateurs.
Pauvres ministres : sur la foi de cet engagement, ils avaient annoncé des baisses de 3 % (l’équivalent d’une remise de 600 euros par foyer). Mais voilà, il leur faut aujourd’hui déchanter et reconnaître que c’est de « hausses » qu’il faut parler.
Tous les jours, je fais un point avec l’équipe en charge de notre politique commerciale. Nos acheteurs sont unanimes. Il n’y a pas de fatalité d’inflation, en tout cas d’une inflation supérieure à 2 ou 2,5 %. C’est la loi Galland qui pousse à la surenchère. Et avant qu’elle ne soit définitivement réformée, pas mal d’industriels veulent rafler la dernière mise.
Notre stratégie s’appuie sur le constat suivant : si nous laissons passer ces hausses en l’état :
1) Ce sont les distributeurs qui seront accusés,
2) Les consommateurs bouderont les étals,
3) Et le rythme de la consommation en pâtira.
Comme nous ne pouvons toujours pas re-négocier les tarifs directement (par des remises sur facture), comme il n’est pas imaginable de compenser ces hausses par des rémunérations de coopération commerciale (comment les justifier ?), il ne reste qu’une solution, retirer de la vente les articles qui augmentent trop dans leur gamme. C’est le message que nous adressons dans notre publicité.
Peut-être se trouvera-t-il quelques industriels pour dire qu’au fond, une baisse tarifaire vaut mieux qu’une perte de marché.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 16 janvier 2008 dans
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11 décembre 2007
Réforme de la loi Galland : des ministres en flagrant délit de mensonge
J’ai apprécié les interventions de Nicolas Sarkozy devant les PME, ce week-end, et sa conviction réaffirmée qu’il faudra, au printemps, retravailler pour une réforme définitive de la loi Galland.
Je ne comprends toujours pas le timing « choisi ». En remettant à demain la suppression des marges arrière et la négociabilité des tarifs des industriels, le gouvernement se prive du volet le plus tangible de sa politique sur le pouvoir d’achat : la modération des prix.
La réforme Chatel qui sera votée dans quelques jours au Parlement ne permettra donc pas de s’attaquer à la source de l’inflation actuelle. Prétextant de la hausse des matières premières, les industriels ont en moyenne gonflé de 8 % leurs tarifs (avec des pointes dépassant 15 %). On comprend dès lors que même si les distributeurs pratiquaient des centaines d’opérations prix coûtant (unique effet positif de la réforme), cela ne suffira pas pour contrer le mouvement général de hausse des prix.
Dès lors, il faut être sacrément gonflé pour annoncer, comme le font tour à tour Christine Lagarde et Luc Chatel, « une baisse des prix dans la grande distribution de 600 euros par consommateur, consécutive à la réforme de la loi Galland ». C’est vraiment n’importe quoi. On se pince !
Personne n’a réagi à ces propos extravagants.
Je veux attirer ici l’attention de mes collègues de la distribution : ces propos (ces mensonges) vont sécréter une attente. Nous ne pourrons évidemment, quel que soit notre dynamisme, y satisfaire. Et il y a fort à parier qu’on cherche à nous mettre sur le dos (celui des distributeurs) l’inefficacité d’un texte que nous avons pourtant moult fois dénoncé. Avec des commentaires du style : « On a donné aux distributeurs la possibilité de baisser les prix, ils n’ont pas joué le jeu ! ».
La ficelle est trop grosse. A tous les commerçants de France, à tous les directeurs de magasin, quelles que soient les enseignes, je dis : « Démentez, démentez, à défaut, c’est vous qui serez accusés ! ».
Posté par M.E.L. le 11 décembre 2007 dans
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19 novembre 2007
Class actions, tarifs hotlines : pourquoi exclure les services publics ?

Tel est pris qui croyait prendre.
Pour pas cher, le gouvernement s’offrait « la bonne mesure », celle qui a priori ne coûtait rien à l’Etat, s’agissant des prix sur le marché de la téléphonie. La gratuité des temps d’attente constituait l’exigence la plus immédiate des organisations de consommateurs. Une demande reprise par le Secrétaire d’Etat à la Consommation, Luc Chatel, dans le projet de loi débattu, la semaine dernière, en Commission Economique de l’Assemblée Nationale.
Il ne s’attendait pas à l’effet boomerang. Un député, probablement au courant du fait que les temps d’attente sont plus longs dans les services publics, a proposé que le principe de gratuité soit étendu à toutes les hotlines, y compris celles du service public.
Onéreux, bien sûr…mais imparable !
La leçon devra être méditée.
Au printemps, le gouvernement présentera un projet de loi de modernisation de l’économie, portant sur la réforme de la loi Raffarin, de la loi Galland (encore !) et incluant le projet d’instauration des class actions.
Dans l’idée de ses promoteurs, les class actions seraient limitées aux seuls services commerciaux du secteur privé. En clair : les industriels et les commerçants !
Mais il se trouvera bien un député ou un sénateur (au besoin, on lui soufflera !) pour proposer l’extension du recours aux class actions aux usagers des services publics (l’hôpital, par exemple, qui n’a toujours pas fait sa priorité de la lutte contre les maladies nosocomiales). Ou encore à l’éducation nationale dont le plan « amiante » reste très en retrait des exigences requises.
Oui, il ne faudrait tout de même pas que l’Etat se contente de jouer les Ponce Pilate en renvoyant dos à dos consommateurs et acteurs privés de l’économie alors qu’on sait le poids en France du service public.
Affaire à suivre donc…
Posté par M.E.L. le 19 novembre 2007 dans
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8 novembre 2007
Hausse des prix : les vraies raisons
Lundi dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots. Industriels et distributeurs ont compris que le Président, malgré un emploi du temps hyper chargé, continuait de maîtriser parfaitement le dossier, jusqu’à connaître les arguments des uns et des autres, quitte à se référer à nos excès pour justifier de son arbitrage. Impressionnant !
Du coup, son engagement pour obtenir des parlementaires le retour à la négociabilité des tarifs n’en a été que plus ferme. Regardant chacun dans les yeux, pour reconnaître les vieux guerriers des accords Sarkozy 2004, il martèle : « A toi, Jean-René (Buisson, président de l’ANIA), je dis : la négociabilité, je la veux, je la ferai, parce que c’est une ineptie de négocier sur les seules marges arrière et parce qu’on doit pouvoir négocier, en France, des tarifs comme on le fait ailleurs en Europe. » Et aussi : « Et à toi, Michel-Edouard, je dis : je m’engage à faire la négociabilité. Que je sache, je tiens mes engagements. Ce n’est pas la peine de continuer à me mettre la pression avec tes campagnes de publicité. »
Dont acte. Madame Hagelsteen va donc auditionner les acteurs économiques concernés pour en étudier la faisabilité et l’impact. Cette modification substantielle du titre IV (les recommandations de la Commission Attali conduisent à son abrogation) et ses effets ne concerneront pas seulement les rapports entre industries agro-alimentaires et grandes surfaces, mais l’ensemble de l’économie.
Durant cette réunion, les oreilles de nos amis industriels ont sifflé. Car le Président n’y est pas allé de main morte. Citant certaines des augmentations tarifaires que nous avions publiées et d’autres aussi, il a, avec un énervement contenu mais perceptible, fustigé ces hausses excessives « qui n’ont évidemment rien à voir avec l’augmentation des matières premières. Je vous le dis, à vous, amis industriels, ne me prenez pas pour un imbécile, arrêtez d’invoquer le cours du lait et des céréales à tout bout de champ. Je sais très bien ce que certaines hausses doivent à la perversité du système lui-même (gonflage des tarifs anticipant la négo des marges arrière) et je vois bien aussi que certains poussent le bouchon vraiment très loin. »
Et Nicolas Sarkozy de reprendre le discours si efficace en 2004 : « S’il faut, demain, que j’aille dans un JT balancer nominativement telle ou telle hausse, je le ferai, j’en suis capable, croyez-moi. Arrêtez ça, je ne suis pas né de la dernière pluie, arrêtez de raconter des salades. »
Le message sera-t-il entendu ?
En tout cas, mes équipes d’acheteurs sont mobilisées. Elles épluchent la composition des produits pour appréhender « la juste répercussion du coût des matières premières ». Pas question de baisser les marges pour masquer celles que d’autres engrangeraient.
On se rappelle ces aveux trop rapidement exprimés et contraints aujourd’hui au silence tactique. Ce fut d’abord le PDG de Bonduelle qui, annonçant sa volonté d’augmenter le dividende 2008 de 30 %, a révélé sa stratégie de hausse tarifaire. Le PDG de Lactalis a suivi le mouvement en annonçant, dans Les Echos, des hausses supérieures à 15 % et en les justifiant par la nécessité d’améliorer ses résultats en vue d’acquisitions prochaines. Et j’ai déjà cité, ici, les déclarations de Peter Brabeck (Nestlé) qui vont dans le même sens.
Repositionnement marketing, prise de marges, anticipation des hausses, toutes ces raisons sont venues se greffer sur l’argument des augmentations de cours. Mais qu’on me permette d’insister : c’est d’abord le dispositif même de la réforme Chatel qui y a contribué. Tout industriel est fondé à anticiper la continuité des négociations de coopération commerciale puisque la négociabilité des tarifs n’aura lieu qu’au printemps.
Commentant l’évolution du cours de bourse de Danone, Yves Marçais, stratégiste boursier chez Global Equities (AFP du 22/10), indique que l’industriel va pouvoir continuer à imposer ses prix et préserver ainsi ses marges. Et l’AFP de poursuivre : « Selon les investisseurs, cette disposition (réforme Chatel) empêche la grande distribution d’exercer une pression à la baisse des prix de gros, puisque la concurrence entre les enseignes ne joue pas dans ce domaine. »
Voilà l’analyse qui justifiait nos publicités et nos prises de parole.
Il reste à espérer que les députés, en décembre, laisseront une porte ouverte à la négociation et amenderont le texte, au moins pour que nous disposions (comme le dit Jérôme Bédier, FCD) de quelques outils juridiques supplémentaires pour compenser toutes ces hausses tarifaires…
…En attendant, bien sûr, la réforme définitive.
Posté par M.E.L. le 8 novembre 2007 dans
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25 octobre 2007
Le pouvoir d’achat et les prix : qui a intérêt à faire échouer les promesses du Président ?

Depuis un mois, j’essaie d’alerter les plus hautes instances de l’Etat. L’inflation est de retour. Les tarifs sont en hausse de 8 % (en moyenne). Et tous les distributeurs, pour une fois, sont unanimes : même en baissant substantiellement leurs marges comme ils l’ont fait l’année dernière, les prix de l’alimentaire vont sacrément augmenter.
Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement est incompréhensible.
Cette hausse n’est pas inéluctable. La hausse des matières premières a bon dos. Comme le démontrent les évolutions contrastées en Europe, la plupart des industriels français ont fait de la gonflette tarifaire. Ils sont acquis à l’idée que Luc Chatel n’aura pas le courage de réformer définitivement la loi Galland. La négociation continuera à se porter sur les marges arrière alors qu’on aurait pu obliger industriels et distributeurs à négocier directement les prix, à faire apparaître les remises sur la facture du fournisseur…sans passer par l’artifice des facturations de services de coopération commerciale qui échoient aux commerçants. Ces fameuses factures tant décriées.
En fait, si Luc Chatel avait, dans son projet, autorisé la négociabilité des tarifs, les hausses auraient probablement pu être diminuées de moitié. Oui, j’affirme, de moitié !
Dans les ministères, on nous répond que la majorité UMP n’est pas prête à cette réforme. On nous dit que les Accoyer, Raffarin, Jacob s’y opposeront. On nous affirme que les lobbies industriel et agricole ont réussi à convaincre députés et sénateurs que les distributeurs « en ont encore sous le pied » et qu’en leur donnant la possibilité de répercuter ce qui reste de marges arrière, ça compensera les hausses tarifaires.
C’est n’importe quoi.
- Sous le pied des distributeurs, il n’y a plus grand-chose à gratter. La réforme Dutreil les avait déjà autorisés à répercuter leurs marges au dessus de 15 %. Les baisses ont eu lieu (3,5 %), Luc Chatel en convient. Sachant qu’un hyper a besoin de générer 25 % de marge brute, on est déjà en dessous du seuil de rentabilité. Les distributeurs profiteront de la réforme Chatel pour faire du prix coûtant sur certains articles, mais ils seront obligés de se rattraper en augmentant les prix d’autres rayons : produits frais, MDD, etc. D’ailleurs, c’est ce qui se passe en cette fin d’année (Cf. publication des indices Nielsen/Panel de Gestion).
- Surtout, il y a une difficulté juridique majeure. Luc Chatel dit en substance : vous pourrez toujours compenser les augmentations tarifaires en demandant plus de marges arrière réintégrables.
- Mais pour compenser une hausse de 15 % sur un produit qui génère déjà 30 % de marges arrière, il faudrait que le distributeur obtienne 15 points supplémentaires de marges arrière. Comment justifier économiquement cette opération ? Les têtes de gondole sont déjà toutes bien remplies…
- D’ailleurs, la DGCCRF poursuit les distributeurs au motif qu’ils facturent exagérément aux industriels des services (coopération commerciale) dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils deviennent artificiels et surcotés. Les députés eux-mêmes ont fini par y voir un racket !!!
Alors pourquoi Luc Chatel se propose t-il de maintenir le système ? En quoi la répercutabilité des marges arrière rend-elle le système vertueux ? Et pourquoi nous obliger à pratiquer ce que le ministre lui-même a dénoncé ?
Le comble : alors qu’il accroît l’insécurité juridique pour les distributeurs, le projet gouvernemental réserve les mesures de dépénalisation aux seules CGV des industriels. De qui se moque-t-on ?
Ce qui nous met en colère, ce n’est pas seulement ce mépris dans lequel on tient le distributeur (nous sommes habitués). C’est cette impression de gâchis.
- Le Président avait parlé de supprimer les marges arrière ? Le projet Chatel va les accroître sous prétexte qu’elles sont déductibles.
- Le Président souhaitait que cette réforme profite aux consommateurs et qu’elle génère des baisses de prix pour améliorer le pouvoir d’achat des Français. Or, c’est la réforme Chatel qui nourrit l’inflation tarifaire !!!
C’est à désespérer du politique.
Pour ma part, je ne désarmerai pas : il y aura bien quelqu’un dans la majorité UMP pour dire aux conseillers du Président qu’il serait dangereux d’aller aux municipales avec un mauvais bilan en termes de prix.
Posté par M.E.L. le 25 octobre 2007 dans
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15 octobre 2007
L’Ilec et la réforme de la loi Galland : les industriels font de la résistance
La publication des premiers travaux de la Commission Attali a au moins ce mérite. Les loups sortent du bois ! On approche de l’opération vérité.
Ah ! Il faut prendre le temps de le lire le communiqué de presse publié par l’Ilec, cette association qui regroupe tous les grands industriels des biens de consommation (Procter, Coca Cola, Nestlé, Danone, etc.). Un vrai morceau d’anthologie.
1) L’Ilec ne conteste plus la nécessité de permettre aux distributeurs de répercuter les marges arrière dans les prix. Vous me direz, c’est bien, c’est déjà un grand pas de fait. Oui, sauf que ça revient à faire compenser les hausses tarifaires des industriels par la baisse de marge des distributeurs. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé l’année dernière. Le système peut fonctionner, mais pas dans la durée.
2) Mais s’il est partisan de leur réintégration, l’Ilec est contre la suppression des marges arrière. Il veut, après avoir dénoncé cette pratique, maintenir l’obligation pour le commerçant de facturer ses services (têtes de gondole, catalogues, etc.). Au fond, ce n’est pas la loi qu’il estime perverse dans son principe, mais le comportement des distributeurs qu’il voudrait endiguer soit par une barémisation de la coopération commerciale, soit par une limitation.
3) Mais surtout, l’Ilec ne veut pas entendre parler de libre négociation des tarifs. Son argument choc : cela entraînerait la légalisation de la discrimination ! Non mais, je rêve…
Qu’y a-t-il de plus discriminatoire que les rémunérations de services facturés par les distributeurs. La coopération commerciale, c’est le siège de la discrimination légale. Ce que le fournisseur A donne à E. Leclerc, il n’a pas à le justifier face à Carrefour ou Auchan…et réciproquement ! Comme les contrats sont spécifiques à chaque enseigne, ils ne sont pas comparables. La discrimination, les adhérents de l’Ilec la pratiquent allègrement depuis 10 ans, et en toute légalité puisque, faut-il le rappeler, seul l’abus de discrimination est répréhensible.
C’est donc une sacrée hypocrisie que de s’opposer à la transparence et à la négociation tarifaire en invoquant un risque de discrimination ! Au moins, pourrait-on dire que de ce seul point de vue, la suppression des marges arrière ne changera pas la donne. La différence, c’est que les consommateurs n’en feront plus les frais.
Les entreprises de l’Ilec qui pratiquent la libre négociation des prix partout dans le monde, annoncent que sa réalisation en France provoquerait « la ruine annoncée de notre industrie, à commencer par celle d’un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l’agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c’est toute notre économie qui sera à la peine avec des répercussions désastreuses pour l’emploi, le niveau de vie, et en dernier ressort, la distribution elle-même. »
Oui, vous avez bien lu ! Voici les grands industriels, défenseurs de la veuve PME et des orphelins agriculteurs ! Ils vont encore une fois nous faire le coup de plaider le sort des « petites entreprises » alors que leur développement s’est construit à coups de rachats d’icelles, sans trop d’états d’âme.
Nos dames patronnesses de l’industrie auraient donc aujourd’hui des scrupules ? Je propose que les entreprises de l’Ilec appliquent à leurs fournisseurs PME la recette qu’elles attendent des distributeurs. Je propose que les Nestlé, Unilever, Danone et autres Pernod prennent « à leurs frais » la hausse des produits agricoles en s’engageant à réduire leurs propres marges pour l’année 2008. Comme ça, ils pourront même revendiquer d’avoir contribué au co-financement de la stabilité des prix !
Ami Desforges, toi qui présides aux destinées de cette institution, ne sens-tu point le ridicule de cette prise de position de l’Ilec ?
Posté par M.E.L. le 15 octobre 2007 dans
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8 octobre 2007
Fruits et légumes : pas de prix sur les pubs catalogues !

Je fais suite aux remarques concernant la faible activité promotionnelle dans le secteur des fruits et légumes (Cf mon précédent billet du 20/08/07). Beaucoup de consommateurs ont pu constater qu’il n’y avait pas, ou très peu, de publicité sur les fruits et légumes dans les journaux régionaux, et pratiquement jamais de prix sur les catalogues publiés par les enseignes.
J’en donne donc, ici, une explication succincte.
C’est un débat qui avive les relations agriculture/commerce depuis la fin des années 90.
Les syndicats agricoles (représentant des horticulteurs principalement) ont longtemps été hostiles à des publicités de prix dans les catalogues.
Il faut savoir que, compte tenu des délais de fabrication d’un catalogue, le délai entre la conclusion d’un prix…et la commercialisation du produit peut atteindre plusieurs semaines.
Dès lors, le risque existe qu’en période d’augmentation des cours, telle enseigne casse la tendance en proposant un prix très bas et empêche ses fournisseurs de profiter de la hausse.
En 2001, la loi NRE a donc imposé l’interdiction de toute publicité de prix hors lieu de vente, sauf accord de l’interprofession.
Et jusqu’en 2005, ce dispositif a été en vigueur, avec menace de procès à la clé, limitant ainsi les possibilités d’animer le marché.
Les résultats commerciaux furent catastrophiques. Les syndicats agricoles ont commencé à lâcher du lest. En février 2005, la publicité des fruits et légumes frais, hors point de vente, a été autorisée, notamment à la radio, mais toujours sous réserve de respecter les exigences suivantes :
. Accord préalable de l’interprofession sur le prix de vente proposé par le distributeur.
. Il faut que l’offre soit valable 5 jours maximum.
. Diffusion du catalogue 3 jours au plus avant le début de l’offre.
Pour nous, distributeurs, et même pour les producteurs les plus « push-vendeurs », c’était mission impossible, en tout cas, une opération sans intérêt.
1) Vous imaginez bien que nos acheteurs, mais aussi nos fournisseurs, n’ont pas envie de passer l’information à une interprofession où siègent leurs concurrents.
2) De plus, on estime que pour qu’une offre catalogue ne soit pas mensongère, il faut qu’elle soit valable au moins 10 jours, soit deux fois plus que les exigences syndicales. On n’allait pas ramasser les catalogues au bout de 5 jours !!!
Il faut bien reconnaître qu’actuellement, les syndicats et l’interprofession ont mis un peu d’eau dans leur vin. En clair, ils sont plus tolérants et font moins de fixation sur ce problème, surtout quand il s’agit d’écouler de la marchandise en surabondance comme en cette fin d’été.
Il n’en reste pas moins que ce type de réglementation produit des publicités dont on finit par se demander quel est l’intérêt, à l’instar de celle du groupe G20 (catalogue du 26/09 au 6/10). Elle consacre la moitié d’une page à la promotion des chou-fleur, laitue, tomate, poire et autre raisin… Elle ne comporte donc aucune indication de prix. Les consommateurs sont invités à aller en prendre connaissance dans les magasins.
C’est ainsi : la France réussit à classer quelques belles écoles de commerce dans le classement européen des meilleures institutions. Mais dans certains secteurs, on croit manifestement encore, comme dans le sketch célèbre de Fernand Raynaud (« Elles sont belles mes oranges pas chères »), que les consommateurs achètent aveuglément !
Posté par M.E.L. le 8 octobre 2007 dans
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5 octobre 2007
Foires aux Vins : quelques sélections

Mes collaborateurs adorent le bon vin. Il leur arrive d’éplucher les catalogues de la concurrence tout autant que de rechercher les meilleures offres dans les hypermarchés de notre enseigne.
Preuve qu’on pratique ici « l’ouverture », je livre cette petite sélection effectuée par Géry, le garçon qui s’occupe du comparateur de prix au niveau national, un passionné d’oenologie. Il précise : « Je ne connais pas bien les Bordeaux, j’ai perdu le prospectus Auchan, mais j’ai trouvé ces quelques flacons qui sont vraiment remarquables ».
Alors, pour votre info, autant que pour la mienne…
Quelques sélections dans les enseignes suivantes :
- Carrefour
. Le Prieuré Saint-Joseph 2005, Jean-Luc Colombo
. Collioure, Domaine du Mas Blanc « Terre de Schistes » 2003
. Bandol, Château Vannières « Les Hauts de Vannières » 2005
- Monoprix
. Chateauneuf du Pape, Château Fortia 2005
. Chateauneuf du Pape, Domaine du Galet des Papes 2003
. Vin de pays des coteaux Charitois, Pinot noir, Alphonse Mellot, Les Pénitents 2005
. Chablis 1er cru Vaillons, Domaine William Fevre 2004
. Vin de pays des coteaux Charitois, Chardonnay, Alphonse Mellot, Les Pénitents 2005
. Sancerre, Alphonse Mellot, La Moussière 2006
- Casino
. Bandol, Château de Pibarnon 2004
. Palette, Château Simone 2005
Posté par M.E.L. le 5 octobre 2007 dans
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28 septembre 2007
Foires aux Vins, c’est parti !

Pour le moment, la fréquentation reste poussive. Mais toutes les enseignes ont sorti de leur chai de superbes flacons. Nous allons en reparler ici, dès la semaine prochaine.
Je commence à répondre, dans cette note, aux étudiants d’une demi-douzaine d’ESC et d’IUT qui m’ont envoyé toute une série de questionnaires, histoire sans doute que je participe à la rédaction de leur mémoire de fin d’année. Eh, eh, pourquoi se gêner, quand l’info est gratuite.
Part de marché ?
E. Leclerc est toujours le numéro 1 de la vente de vins en France, aussi bien sur les vins rouges, vins blancs, rosés et les AOC, Vins de Table et Vins de Pays. Leader en volume (17,7 % de part de marché) et en valeur (16,7 % de part de marché), l’enseigne a vendu, en 2006, plus de 168 millions de litres de vin, soit 224 millions de bouteilles.
Que représentent les foires aux vins dans le CA ?
Les foires aux vins représentent 25 % du chiffre d’affaires annuel vins de l’enseigne. Des résultats commerciaux qui enregistrent une progression (+1,8 % en 2006), contrairement au marché qui reste frileux.
Innovation ou régression : les « Bag in Box » ?
La première fois qu’on m’en a parlé, je n’imaginais pas miser un picaillon dessus. J’ai perdu. Ce nouveau conditionnement rencontre un vif succès auprès des consommateurs qui le trouvent pratique et fiable. Il permet de conserver le vin au moins 3 semaines après ouverture. Le BIB représente déjà 11,2 % du chiffre d’affaires en valeur et 18 % en volume. Notre enseigne détient une part de marché de 20 % en valeur sur les ventes des Bag in Box.
La percée des vins rosés ?
Pour la première fois en France, il se vend plus de vin rosé que de vin blanc. Le marché des rosés dans notre enseigne a connu une croissance, en 2006, de + 8,2 % en volume et 8,3 % en valeur. A l’origine de cette tendance de fond, le souhait des consommateurs de privilégier des moments de dégustation déconnectés des repas. Mais surtout, la production s’est nettement améliorée : bravo les viticulteurs du Midi !
A suivre…
Posté par M.E.L. le 28 septembre 2007 dans
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20 septembre 2007
Comparateur de prix : nouveaux relevés, même classement, mêmes écarts
Tant pis pour les mauvais joueurs et les grincheux, je remets le couvert !
Eh oui, malgré la pression des enseignes concurrentes pour faire échec à notre comparateur, mon groupe met en ligne la quatrième édition des résultats de son site « quiestlemoinscher.com ».
Plus de 500 000 prix relevés et comparés.
Voilà qui devrait clarifier les choses dans ce contexte cacophonique de surenchère publicitaire. A les en croire et sans qu’elles aient à le prouver, chaque enseigne prétend être la moins chère. Nous au moins, nous mettons les cartes sur la table. Et personne ne pourra plus prétendre que E. Leclerc joue petit bras, vu désormais le nombre et la périodicité des prix relevés.
1) Le contexte juridique
A plusieurs reprises, des enseignes concurrentes ont cherché à dénigrer cet outil y compris devant les tribunaux.
Le 29 mars 2007, le Tribunal de commerce de Paris a débouté Carrefour de toutes ses demandes. Cette enseigne a, dans un premier temps, fait appel en réclamant une procédure d’urgence. Devant l’impossibilité de Carrefour de conclure ses plaidoiries dans les délais, la Cour d’appel de Paris a fixé l’audience au 16 avril 2008.
En attendant les résultats de cette nouvelle procédure, mon groupe, se fondant sur la jurisprudence de la Cour européenne de justice (arrêt Lidl/ Colruyt du 19septembre 2006), continue la mise à jour régulière de son site et vient de faire procéder à de nouveaux relevés, selon une méthodologie garantie par le BIPE.
2) Les nouveaux résultats
Du 10 au 31 août 2007, 570 193 prix ont été relevés dans 339 magasins des 8 plus grandes enseignes de la grande distribution. Les comparaisons de prix entre enseignes ont porté sur les 2 389 produits de grande consommation les plus bataillés en terme de prix. En moyenne, E.Leclerc est moins chère de 2,8 % à 7,9 % par rapport aux enseignes concurrentes. Cet écart de prix représente l’équivalent de 18 mois à 4 années d’inflation.

L’analyse des prix relevés par catégorie renforce cette performance :
• E. Leclerc est l’enseigne la moins chère sur chacun des 7 rayons observés
• E.Leclerc est l’enseigne la moins chère pour 35 des 37 familles de produits analysés.
Ces résultats confirment la tendance observée par les panélistes professionnels. Dans sa dernière publication, le magazine Linéaires (Cf. ma note du11/09/07) confirme lui aussi la première place de E. Leclerc avec des écarts allant jusqu’à 15% avec l’enseigne Monoprix.
3) Amélioration du dispositif
A partir d’aujourd’hui, « quiestlemoinscher.com » propose une nouvelle fonctionnalité : l’historique des écarts de prix sur les 3 dernières périodes de relevés de prix. Ainsi, le consommateur se rend compte de l’évolution des écarts de prix entre les enseignes.
4) Communiquer et convaincre
A la veille de la réforme de la loi Galland annoncée par Nicolas Sarkozy et des perspectives de concurrence accrue, nos adhérents veulent réaffirmer l’importance d’un outil de comparaison des prix pour permettre durablement aux consommateurs de savoir vraiment quelle est l’enseigne la moins chère.
J’ai confié aux créatifs de Vincent Leclabart (agence Australie) la création d’un film TV qui sera diffusé, dès demain 21 septembre, sur les grandes chaînes. C’est un jeune réalisateur, Arno Salters (on continue de soutenir la culture), qui en est l’auteur.
Avec cette obstination et de tels investissements, j’espère que nos détracteurs commencent à comprendre qu’on ne va pas s’arrêter à un « one shot » et que nous allons faire de ce comparateur une vraie référence européenne en lui apportant toutes les améliorations et le rayonnement nécessaire.
Posté par M.E.L. le 20 septembre 2007 dans
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17 septembre 2007
Biocarburants : stop ou encore ?

Qui dit vrai sur l’intérêt écologique des biocarburants ? Comment expliquer un tel revirement : hier, tout le monde était pour, maintenant tout le monde « il est sceptique ». Que disent vraiment les experts et quel crédit accorder à telles ou telles études ?
J’ai engagé massivement mon groupe dans la distribution des biocarburants :
- En réponse à la pression des écologistes qui, depuis 10 ans, ont préconisé leur développement.
- A la demande des constructeurs qui souhaitaient pouvoir disposer d’un réseau suffisant pour approvisionner les nouveaux moteurs flex fuel progressivement mis sur le marché.
- Enfin, pour offrir un débouché aux coopératives agricoles (betteraviers, céréaliers) qui avaient investi sur le développement de ce futur « pétrole vert ».
Tout cela avec l’aval du parlement qui a, l’année dernière, voté une fiscalité incitative, pour booster le plan bioéthanol. Et sous le regard approbateur de la Commission Européenne soucieuse que la France atteigne, dans le cadre de ses engagements anti-CO², un pourcentage d’incorporation de biocarburants bien supérieur aux 5 % actuels.
Concrètement, ça donne :
- Super éthanol : sur 137 pompes ouvertes en France, E. Leclerc en a ouvert le plus (34) suivie de Carrefour, toutes deux devant Total (31 !). D’ici fin 2007, il y en aura 49 à notre enseigne, et 32 autres sont programmées sur 2008. Le gouvernement (Villepin) avait obtenu un engagement des distributeurs (charte de Matignon), nous tenons notre parole.
- Ethanol : E. Leclerc prévoit d’en incorporer en 2008 plus de 45 000 m3 dans 940 000 m3 de sans plomb 95. (Doublement versus 2007).
- E.M.H.V. : Siplec, notre société pétrolière, prévoit d’augmenter de 60 % les additivations d’esther commercialisé dans 3 400 000 m3 de gasoil. (La réglementation incite à passer d’une additivation maxi de 5 % à une additivation de 7 %.)
Nous étions donc sur une bonne pente, et certainement pas le plus mauvais élève de la classe.
Mais voilà ! Sur la foi de quelques études partielles publiées aux Etats-Unis, le balancier semble repartir dans l’autre sens. On nous dit désormais que le bilan écologique de cette nouvelle filière énergétique est catastrophique. On accuse les tenants de cette politique d’accélérer finalement les pénuries alimentaires, et à tout le moins, de participer au renchérissement des céréales destinées au Tiers-monde !
(Cette parenthèse un peu ironique : hier, les écologistes altermondialistes dénonçaient (à juste titre) les subventions européennes parce qu’elles tiraient le prix des exportations céréalières à la baisse et empêchaient l’émergence de marchés rémunérateurs dans les pays du Sud. Les mêmes nous disent aujourd’hui que les biocarburants font monter le prix des céréales qui deviennent trop chères pour les populations des mêmes pays : cherchez donc à comprendre cette contradiction !!!)
Bref, tout en admettant qu’il puisse y avoir débat sur l’ampleur des investissements à réaliser dans les biocarburants, toutes ces affirmations paraissent si excessives, si peu rationnelles et tellement peu étayées qu’on ne sait plus si les experts parlent au nom de la science ou de lobbyings particulièrement actifs.
En réponse à une étude récente de l’OCDE, « Biocarburants : les remèdes sont-ils pires que la maladie ? », le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a confirmé, la semaine dernière, l’intérêt de la « chimie verte » en parlant de focaliser l’investissement sur « les carburants bio de deuxième génération ». Et lors d’un dîner organisé au ministère avec les distributeurs, il temporisait en disant qu’au fond, tout ça est une question de proportion.
Peut-être...
Toujours est-il qu’en tant qu’investisseur-clé dans la distribution des carburants, il me semble normal et urgent que les pouvoirs publics et les organismes experts nous aident à clarifier ce débat : on continue ou on arrête ?
En France, personne ne conteste la qualité des recherches pilotées par l’ADEME. A quand une prise de position sur cet épineux dossier ?
Et toi, camarade Jean-Louis, que disent tes services ? Qu’en penses-tu ?
Posté par M.E.L. le 17 septembre 2007 dans
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11 septembre 2007
Linéaires publie son comparateur et confirme les écarts entre enseignes
Cette note est particulièrement destinée aux étudiants, aux chefs d’entreprise et aux consommateurs qui n’ont pas forcément accès à l’une des trois grandes revues professionnelles de la distribution (Linéaires, LSA, Points de Vente), ainsi qu’aux différentes « lettres » qui fourmillent d’informations sur notre secteur.
La revue Linéaires suit, depuis 1999, le prix d’une centaine de références incontournables dans les rayons des hyper et supermarchés français. Comme ces relevés émanent d’une revue indépendante, personne n’en conteste la probité ni l’objectivité.
1) Le tableau ci-dessous corrobore les grandes tendances observées dans l’indice Opus (Nielsen/Panel de Gestion). Il donne du crédit au discours des distributeurs qui ne cessent d’affirmer que les prix ont baissé en hyper… Quelles observations ?
a) E. Leclerc reste l’enseigne la moins chère : « Le groupement d’indépendants a atteint l’indice 95,6…C’est le meilleur score jamais obtenu par une enseigne depuis la création de l’enquête Linéaires en 1999. »
b) Le peloton, mené par Auchan (avec Intermarché, Carrefour et Système U), est bien sur une tendance baissière depuis la fin 2005.
c) L’écart se creuse entre E. Leclerc et des enseignes comme Atac, Géant, Casino, et bien sûr Monoprix (près de 15 % d’écart).
2) Florent Vacheret, rédacteur en chef, insiste pour dire que, sans remettre en cause la performance de E. Leclerc, l’écart avec ses concurrents est moindre que celui affiché sur le site « quiestlemoinscher.com ».
C’est exact. Mais l’explication est simple. Linéaires visite 164 magasins (pour 12 enseignes) et relève les prix de 102 références alimentaires (dont 7 Premiers Prix). Mais ses relevés s’effectuent sur 6 mois !!!
Dans sa version actuelle, le comparateur E. Leclerc compare 2 327 articles de marques nationales exclusivement, dans 345 magasins de 8 grandes enseignes. Avec des prix relevés sur une dizaine de jours ouvrables.
Il est facile pour toutes les enseignes (même les plus chères) de bagarrer les prix de quelques dizaines d’articles (prix d’appel ou pas). Mais dès qu’on élargit l’observation à un panier plus large représentant 20 à 30 % de l’assortiment…les écarts se creusent.

Posté par M.E.L. le 11 septembre 2007 dans
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10 septembre 2007
La FNSEA et les prix : J.M. Lemétayer se trompe de cible
C’est demain à Rennes que Nicolas Sarkozy viendra expliquer sa politique devant les agriculteurs. Il confirmera sans aucun doute sa volonté de réformer la loi Galland et la suppression des marges arrière. Mais pour autant qu’il en recherche un effet bénéfique pour le consommateur, le Président a toujours dit qu’il fallait accompagner cette réforme d’une « réflexion spécifique sur l’agriculture ».
Les choses étant ainsi cadrées, comment interpréter le coup de gueule de Jean-Michel Lemétayer, patron de la FNSEA, sur Europe 1 ce matin.
Certes, il lui faut faire diversion. Si la loi Galland existe (et donc les marges arrière), c’est bien parce que la FNSEA l’a défendue. Comme les grands industriels et certains distributeurs, la FNSEA, depuis dix ans, fait pression sur le gouvernement pour limiter la concurrence par les prix.
J’ai participé à toutes les discussions de travail organisées au Parlement comme dans les ministères depuis 1996. Je peux témoigner que la FNSEA, jusqu’aux accords Sarkozy, plaidait pour que les discounters arrêtent de brader. Christian Jacob, ancien FNSEA, a été un ministre-clé du dispositif. On se rappellera son slogan : « Les prix bas tuent l’emploi ». Tout ce petit monde accusait la distribution de se « goinfrer de marges arrière », mais n’a jamais voulu remettre en cause le dispositif législatif.
Alors, puisque le Président a décidé de s’y attaquer, il faut bien quelques contorsions de langage et un bouc émissaire pour justifier le revirement du syndicat devant ses troupes.
A y regarder de près cependant, les propos de J.M. Lemétayer ont quelque chose de contradictoire. Puisqu’il dénonce les superprofits de la distribution, on aurait imaginé qu’il applaudisse des deux mains la suppression des marges arrière. Et puisqu’il s’agit de faire profiter les agriculteurs de la revalorisation des produits agricoles, on aurait pu imaginer qu’il s’en prenne principalement aux distributeurs les plus chers.
C’est tout le contraire qui se passe. Il a décidé de s’en prendre à ceux qui vendent moins cher (preuve si c’était nécessaire d’un double langage !).
Dans les Côtes d’Armor, les militants sont allés demander à un patron d’Intermarché d’arrêter ses promotions (opération « 2 000 prix moins chers chez ITM dans toute la France »). Et dans des tracts distribués par la FNSEA, mon groupe devient la bête noire.
Je n’irai pas plus loin dans cette polémique inutile. J’invite Jean-Michel Lemétayer à parcourir la dernière livraison du mensuel « Linéaires », journal reconnu pour son expertise dans le domaine alimentaire. Il y lira en pages 20 et 21 que sept années d’inflation séparent E. Leclerc de Monoprix, et qu’il y a, entre E. Leclerc, Intermarché, Auchan, et la queue de peloton, de 5 et 10 % d’écart en moyenne.
Je cite encore : « E. Leclerc reste intouchable au classement des discounters. Il décroche désormais de 15 % le dernier de la classe, Monoprix, dans un contexte clairement déflationniste pour les produits leaders de l’alimentaire ».
Si la FNSEA veut s’en prendre aux marges, qu’elle change de cible. Mais si elle veut que la revalorisation des produits agricoles n’effraie pas les consommateurs, qu’elle laisse faire leur métier aux distributeurs qui ont leur confiance.
Posté par M.E.L. le 10 septembre 2007 dans
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5 septembre 2007
Fruits et légumes, quelles marges chez E. Leclerc ?

Il se dit tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe, tel ce Sénateur (Mr Ferrand) qui, devant d’autres élus UMP cet été, n’hésitait pas à parler de marges de 600 % ( !!!).
Dans le contexte difficile d’une réforme de la PAC à laquelle on les a mal préparés, les problèmes commerciaux que rencontrent les agriculteurs en ce moment justifient qu’on arrête d’entretenir les mauvaises polémiques. J’appelle le syndicalisme agricole à ne pas renouer encore une fois avec les vieux démons qui consistent, comme chaque année depuis 30 ans, à désigner la distribution comme son bouc émissaire.
Souhaitant rectifier une série de déclarations vraiment mensongères sur les marges des hypers, je livre à ceux que cela intéresse les éléments du compte d’exploitation d’un rayon fruits et légumes d’un centre E. Leclerc de la région parisienne.
Le premier tableau présente le compte d’exploitation global du rayon fruits et légumes : on pourra constater que la marge commerciale est inférieure à 25 %. Charges déduites (21,4 %), le résultat courant avant impôts est de 2,95 %.
Bien sûr, entre ce type de magasin urbain et un magasin en province, il peut y avoir des écarts liés au coût de transport ou aux charges salariales. Il n’empêche, ce tableau est tout à fait représentatif des marges moyennes pratiquées sous notre enseigne.
Ensuite, je publie, ici, le détail du compte d’exploitation pour des produits très représentatifs. Il s’agit là de relevés journaliers. Le chef de rayon doit tenir compte de la variation des cours à chaque renouvellement de son approvisionnement. Il ne peut pas toujours en répercuter les hausses vu la pression de la concurrence. Et le jeu des alignements fait que les marges peuvent être positives ou négatives.
On retiendra de cette présentation qu’il peut parfois arriver que la marge commerciale journalière atteigne jusqu’à 40 % sur un article, mais c’est rare. Elle peut aussi, sur d’autres produits, être négative, jusqu’à moins 20 % (cas d’une augmentation de cours ne pouvant être répercutée). Quels que soient les cas de figure, la somme de ces variations se solde par une moyenne qui n’excède pratiquement jamais la marge de 25 % dans un centre E. Leclerc. Et le résultat courant avant impôts et participation oscille autour de 3 %.
C’est bien, c’est positif, ça rapporte de l’argent. Mais franchement, il n’y a pas de quoi crier au feu. Pourrait-on vendre moins cher encore ? Probablement. Mais on voit bien que vu le niveau de marge nette, les gains de productivité en magasin ne permettent pas de chute spectaculaire. C’est éventuellement en amont, dans la logistique qu’on peut encore trouver des gains de marge.
1) Compte d’exploitation fruits et légumes au 31/08/07

2) Décomposition du prix de vente consommateurs pour quelques catégories remarquables de fruits ou de légumes (août 2007)

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2007 dans
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1 septembre 2007
Nicolas Sarkozy s’invite à l’hypermarché (flashback)…

© Photographe de la Présidence de la République
1) Qui a décidé de cette visite et quand ?
C’est le Chef de Cabinet du Président qui, fin août, a directement pris contact avec moi. Il a exprimé le souhait de Nicolas Sarkozy de s’investir personnellement sur le dossier des prix. Dossier qui lui « tient à cœur ». C’est lui qui, Ministre des Finances, a entamé le processus de réforme de la loi Galland. Il veut poursuivre l'initiative et désigner plus clairement les bénéficiaires de cette rénovation : les consommateurs.
Je lui ai proposé une liste de magasins. En fonction des contraintes de timing et des enjeux de sécurité, l’Elysée a choisi l’hypermarché de Bois d’Arcy.
Mardi 28 août, Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, m’a confirmé sa présence et le déplacement. C’est finalement la veille que les cadres du magasin sont mis dans la confidence. La majorité des salariés ne découvriront le dispositif que le matin même.
2) Quel était l’objectif concret du déplacement ?
Tout au long de son parcours dans le magasin, Nicolas Sarkozy a répété : "Je veux visiter des rayons emblématiques du problème des prix (rentrée des classes, fruits et légumes, boucherie…). Je souhaite interroger des vendeurs sur la réalité des augmentations de prix en cours et les consommateurs sur leur perception des hausses."
Aux journalistes qui attendaient des annonces précises, il a rajouté :" J'ai décrit hier les grandes lignes de ma politique concernant le pouvoir d'achat. Je n'hésite pas à le dire : je veux aussi créer une image symbolique forte, en me rendant dans un hypermarché, au milieu des clients et du personnel. Pour montrer que j'aborde la question du pouvoir d’achat sous tous ses aspects y compris les salaires. Je veux des résultats tangibles pour les gens, pour leur vie quotidienne, et pas simplement favoriser la liberté des entreprises pour elles-mêmes. »

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3) Comment s’est déroulée la visite elle-même ?
Je ne vais pas, ici, jouer les Yasmina Reza. Je n’ai ni le recul par rapport à l’évènement, ni le talent ! Mais j’ai été très impressionné par son aptitude à écouter son auditoire, à s’approprier les sujets et à faire passer quelques messages bien sentis.
Le Président devait arriver à 9 heures. Il souhaitait parcourir l’hyper juste à l’ouverture du magasin pour éviter la cohue du vendredi et pouvoir passer du temps dans les rayons avec le personnel. (J’en profite pour le féliciter. L’accueil fut des plus chaleureux et le magasin était nickel chrome. Du travail de pro. Tout le monde a été bluffé ! Bravo !).

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A l’heure prévue, le Préfet, le Maire, le Député, le Sénateur attendaient sur le parking (eux-mêmes prévenus la veille au soir). Mais voilà ! Mobilisé sur un autre dossier, le Président est arrivé une demi-heure en retard alors que les consommateurs occupaient déjà les lieux en masse. C’est à partir de là que l’opération a pris un caractère involontaire de « bain de foule ».

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a) Les consommateurs
Enormément de monde. Dès son arrivée, j’ai senti un décalage. La foule s’est massée sur son passage. Lui avait l’air très préoccupé, sans cesse à l’écoute de son portable, pas tout de suite disponible. Et puis, très vite, la chaleur de l’accueil l’a interpellé. Incroyable comme les gens recherchaient son regard, son attention. Même les plus bougons étaient fascinés. Mal à l’aise, un type un peu goguenard lâche « On dirait un monarque venant au contact de ses sujets ! ». Assurément, la photo donne cette impression. Et pourtant, moi ce qui me fascine, ce n’est pas tant sa personne que le public. Il y a les applaudissements, tous ceux qui veulent être pris en photo avec lui et qui lui tendent leur téléphone. Mais il y a surtout une énorme attente, tout autant affective (oui, je dis bien affective) que politique.
Il voulait poser des questions. Elles arrivent spontanément à lui : « Allez-vous vraiment tenir vos promesses ? ». « Il faut que vous vous intéressiez aux prix, tout augmente ! ». « Ne vous laissez pas couper de nous… ».
Ils ne sont pas tous des beaux quartiers de Versailles, encore moins adhérents à l’UMP. Une partie de la clientèle vient de Trappes ou de Saint-Quentin. Prix, pouvoir d’achat, insécurité des quartiers, chômage à 50 ans, statut des handicapés à l’école ou dans l’entreprise…

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En une heure de traversée de l’hyper, tous les sujets de société sont brandis avec inquiétude, mais jamais méchamment. On lui tend une enveloppe, la femme pleure, il appelle son aide de camp, exige qu’on prenne les coordonnées… Plus loin, alors qu’on croit l’épisode passé, il glisse au Maire ou au Député (je ne sais plus) le nom de la cliente qu’il a retenu : « Tu t’occupes d’elle, c’est notre job ! ».
Dans la bousculade, les micros n’enregistrent pas tout ça. Il parle d’une voix claire, mais faible, comme pour montrer qu’il s’intéresse à chacun personnellement. « Non, je ne fais pas les courses. Ce serait mentir que de dire cela. Faut pas faire semblant, je n’en ai pas le temps. Mais c’est justement parce que je n’en ai pas l’occasion que je dois m’investir plus sur ces questions très concrètes… ».
« Je suis d’accord avec vous, on ne peut pas parler du pouvoir d’achat en se retranchant derrière l’indice INSEE ! »
Tout ça peut prendre un air bon enfant. Anecdote : un groupe de femmes n’hésitent pas à faire le tour des gondoles pour revenir se faire embrasser par lui. Il ne s’en apercevra qu’à la troisième tentative !
b) Avec les salariés
Durant son parcours, il aura pu parler avec une vingtaine de membres du personnel qu’il reconnaît à la blouse orange des femmes et au logo sur les cravates des hommes.

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A des hôtesses de caisse, il demande le salaire.
- « Je n’ose pas. Je gagne plus que les autres », dit l’une, « je suis adjointe ».
- « Pas de problème, dites-le moi à l’oreille ». Il la fixe dans les yeux, cherche ceux du directeur légèrement derrière lui puis reprend son dialogue. « Est-ce que vous bénéficiez de la participation ? Ca fait combien de mois ? »
- « Je touche sur 15 mois et demi ».
- « Etes-vous intéressée par des heures supplémentaires ? »
- « Non, elle préfère rester chez elle, elle a des enfants. » Mais une autre (jetant un regard malicieux à un responsable) sous-entend qu’elle en fait déjà pas mal !
Au rayon poisson, discussion de même type. Le chef de rayon connaît bien son métier. Coincé contre l’étal (extraordinaire de fraîcheur et de mise en scène), NS interroge le personnel sur l’origine des poissons, la présence de la « petite pêche côtière ».

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« Le pouvoir d’achat, c’est pas que pour les consommateurs, c’est pour vous aussi. J’ai été chez les patrons, mais je sais bien que le pouvoir d’achat, ce sont aussi les salaires. Alors, je libère les entreprises, j’essaie d’alléger le coût du travail, mais c’est aussi pour que les salaires en profitent. C’est la responsabilité des entreprises. J’y veillerai. »

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c) Lui
Incroyable comme il aime ce contact : si ça ne tenait qu’à lui, il resterait là toute la matinée. Les gens le lui rendent bien. A deux reprises, on lui fait dédicacer un pot de Nutella. A sa sortie, une femme se précipite avec un sac bretelles. Elle en sort trois pots de 1 kg. Elle le regarde malicieusement : « C’est pour vous, c’est pour Louis, profitez-en avant l’augmentation. » Un rappeur s’approche (aérien, fébrile, renifleur). La sécurité voudrait discrètement faire barrage. Lui, fonce et vient au contact. Son interlocuteur n’ose pas le regarder dans les yeux, mais lui souhaite finalement de réussir. Un père lui présente son fils avec un maillot de foot aux couleurs de l’équipe de France :
- « Comment s’appelle-t-il ? »
- « Zidane »
- « Il aura une belle carrière, mais faudra surveiller sa sortie… »
Pas facile de le canaliser. Les agents de sécurité ont décidé du parcours au mètre près et l’accompagnent en établissant un cordon parallèle à son avancée. On lui glisse « à droite, Monsieur le Président », mais il entrevoit le rayon DVD et tourne à gauche (je n’oserais pas dire qu’il s’agit d’une métaphore politique !). Il repère « Le Dernier roi d’Ecosse ». Il fait venir la vendeuse et lui décrit le scénario « C’est l’histoire d’un jeune médecin écossais chez Amin Dada… ». « Celui-là, je vais l’acheter. Et aussi « Blood Diamond » avec Leonardo di Caprio». Il se tourne vers moi « Tu sais, je n’ai plus l’occasion d’aller au cinéma, alors on regarde les DVD en famille ». Il fouille dans ses poches pour chercher de l’argent. « Si, si, j’insiste ». Panique à bord (on est à cent mètres des caisses, il faudrait pouvoir rebrousser chemin et de toutes façons, personne ne croira à sa spontanéité). « Ca va faire too much », glisse une voix derrière nous. Il insiste. « Je veux régler ». Le directeur du magasin arrive à se faufiler dans la foule et sauve la situation en promettant au Président de lui remettre les DVD après avoir enlevé les antivols !

© Photographe de la Présidence de la République
5) Qu’a-t-il dit plus spécifiquement sur la réforme de la loi Galland ?
A la sortie, nous sommes allés saluer le pharmacien, locataire de la galerie. NS en a profité pour dire qu’il allait s’attaquer à toutes les entraves à la concurrence, aux numerus clausus.

© Photographe de la Présidence de la République
Situation cocasse. Luc Chatel commence à évoquer le prix des médicaments de confort. Le pharmacien qui n'était pas prévenu ne semble pas trop « voir venir » mais commence à s'interroger sur ce qui va lui "tomber dessus". Mais ouf, le Président a déjà changé de sujet : « Ca fait 10 ans qu’on dit qu’il faut plus de taxis à Paris, faudrait peut-être commencer à planifier l’ouverture de ce marché... Il faut s’attaquer aux rentes, à toutes les rigidités. La Commission Attali doit tout balayer, j’essaierai de reprendre un maximum de propositions ».
Avant de repartir, NS a répondu à quelques questions de journalistes.
- D’abord, il a confirmé sa volonté de supprimer ce système des marges arrière, non plus progressivement comme on avait commencé à le faire avec la réforme Dutreil, mais totalement, dès le prochain projet de loi. L’ambiguïté reste dans la forme que prendra le dispositif : puisque tantôt il parle de « suppression totale des marges arrière », tantôt de « réintégration des marges arrière dans les prix »… Ce qui n’est pas la même chose.

© Photographe de la Présidence de la République
- Il a fixé le calendrier : accélération des consultations, remise du rapport de la Commission Attali fin septembre, dépôt du projet de loi tout de suite après… « Pour que la nouvelle loi soit applicable en 2008 ». Il a repris « Il faut que ce soit effectif pour la campagne de prix 2007/2008 ».
Alors qu’il rentre dans sa voiture, on lui demande le centième autographe. Il a besoin d’un support rigide pour écrire et ne remarque pas que je lui tends les DVD empaquetés. Il remonte la vitre et j’entends l’adhérent, Jean-Jacques Exmelin : « J’aurais vraiment été mal à l’aise d’avoir à les encaisser ».
Posté par M.E.L. le 1 septembre 2007 dans
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30 août 2007
Laurence Parisot, les entreprises et les consommateurs
Sans chercher à polémiquer, je veux rebondir, ici, sur l’entretien (intéressant) que Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, a réservé au journal Le Monde (daté du 30/08).
Sur l’essentiel du contenu, je suis en phase avec ses opinions : ne pas tout attendre de l’Etat, plaider la flexibilité du marché du travail, le droit à la négociation, l’intérêt de l’expérimentation d’une TVA sociale,etc.
Mais dans le débat qui oppose les partisans d’une « relance par l’offre » à ceux qui préconisent un « soutien de la demande », Laurence Parisot prend parti. Elle estime qu’en privilégiant systématiquement la « demande », plutôt que la compétitivité des entreprises, les politiques économiques antérieures ont contribué à plomber la performance de notre économie.
Elle dit : "Il faut cesser de raisonner à partir du consommateur » Et pour argument, LP rappelle que « entre 2000 et 2007, la consommation des ménages a progressé de 19 %, les importations de 57 %, mais la production n’a augmenté que de 8 %".
Elle avait déjà défendu cette position, il y a deux jours, sur BFM, en rappelant qu’il n’était pas illogique que les entreprises essaient d’augmenter leurs prix puisque « c’est en augmentant leurs marges qu’elles peuvent créer des emplois et investir ».
Dans le contexte actuel, je n’adhère pas à cette argumentation. Ou plus exactement, je me refuse à opposer ces deux discours.
1) Sur le fond, tant du point de vue de la théorie macroéconomique que de l’observation, LP a raison de dire que c’est l’investissement, l’innovation et la recherche qui permettent que la croissance reste durable. L’amélioration des conditions de production (fiscalité et coût du travail) est indispensable. Nos entreprises souffrent de réglementations et de ponctions financières tellement décalées par rapport aux enjeux de la mondialisation…qu’une réforme structurelle est, à tous niveaux, nécessaire.
2) Mais pour que les entreprises investissent, il faut qu’elles puissent en attendre une perspective d’augmentation de chiffre d’affaires.
Or, dans la conjoncture française, c’est la consommation qui tire la croissance (le peu de croissance !). C’est la demande des ménages qui constitue le moteur principal de notre économie.
3) Dès lors, quoiqu’en disent les entrepreneurs, la clé de la relance est entre les mains du consommateur. La question du pouvoir d’achat est la question centrale.
Depuis 3 ans, je ne cesse de le marteler. La consommation n’est pas l’horizon indépassable de la croissance économique, mais c’est ce qui marche encore le mieux en France.
Dès lors, je soutiens que :
a) Le Président a raison de vouloir s’attaquer aux rigidités qui empêchent les consommateurs de bénéficier d’une meilleure concurrence entre industriels et entre distributeurs. Oui, bravo, il faut réformer les lois Raffarin, les lois Galland, abolir les pratiques tarifaires qui s’apparentent à des ententes verticales (téléphonie mobile), à des ententes horizontales (tarification bancaire) et toutes ces réglementations qui limitent la capacité d’acheter moins cher.
b) Les distributeurs sont dans leur rôle quand ils déclarent la guerre aux entreprises qui, au-delà du coût réel de l’augmentation des matières premières, essaient de reconstituer des marges…sur le dos des consommateurs.
Quand j’entends Peter Brabeck, le président de Nestlé, dire qu’il a déjà anticipé les hausses pour couvrir l’éventuelle flambée des matières premières, mais aussi améliorer les bénéfices de ses actionnaires… Quand notre groupement d’achats reçoit des hausses tarifaires (2007/2008) de 6 à 10 % sur des laques, des shampooings ou des lessives incorporant peu de de matières premières… Et même quand j’entends les boulangers justifier une augmentation uniforme du prix du pain de 5 centimes d’euro au motif que 2 centimes couvriraient le surcoût des approvisionnements, mais 3 les augmentations de salaires et de charges…, je me dis qu’on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Il y a bien un lobby de l’offre qui pousse à la hausse des prix et des marges. Mais il n’y a pas d’inéluctabilité. Il faut simplement vouloir s’y opposer. C’est tout l’intérêt des réformes annoncées que de nous en donner les moyens.
Posté par M.E.L. le 30 août 2007 dans
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29 août 2007
Rentrée des classes : le prix de la fébrilité médiatique
J’étais, ce matin, en direct, interrogé par BFM. Question : « Pourquoi vous êtes-vous prêté à cette mascarade chez Darcos ? Pourquoi laisser le Ministre annoncer que vous allez vendre à prix coûtant alors que vous dites que c’est déjà le cas ? » (Je cite à peu près).
Bonne question, sauf que je peux aussi la retourner à l’envoyeur !
Dans la cour du Ministère de l’Education Nationale, avant la réunion, les journalistes dont celui de BFM, interpellaient chaque distributeur : « Qu’allez-vous faire face à la hausse des prix ? Qu’avez-vous à proposer au Ministre et aux associations de consommateurs ? ».
Donc, Mr BFM, si vous mettez la pression, on est bien obligé de trouver une réponse : OK ? Mais je conviens que toute cette opération mérite un petit décryptage.
- Xavier Darcos était-il dans son rôle pour interpeller ainsi les distributeurs ?
Bon, on peut discuter. Le Ministre le plus directement concerné, c’est Luc Chatel puisqu’il est en charge des problèmes de consommation. Mais après tout, pour une fois qu’un Ministre de l’Education s’intéresse aux préoccupations des parents d’élèves et pas seulement des états d’âme de la corporation, je ne vois pas pourquoi on s’en plaindrait !
Xavier Darcos dispose, via le réseau des profs dans les académies, d’un pouvoir de préconisation, ne serait-ce que pour orienter les recommandations d’achat vers les produits vraiment nécessaires (ce que les enseignants ne font pas toujours).
- quoi se sont engagés les distributeurs ?
Le Ministre a pris conscience que les 5 enseignes invitées à le rencontrer étaient certainement les moins chères sur le marché français. Chacun a sorti son catalogue, ses promotions et a plaidé l’agressivité de son offre.
Du coup, les collaborateurs de Xavier Darcos ont découvert que pratiquement tous les produits sur lesquels ils souhaitaient une action étaient déjà vendus à prix coûtant, et souvent même en baisse par rapport au prix de 2006.
Dans l’impossibilité d’annoncer des réductions supplémentaires (qui auraient entraîné des ventes à perte), les enseignes ont proposé ceci : les distributeurs déjà à prix coûtant s’engagent à poursuivre leurs promotions au-delà des dates de péremption de leur catalogue (jusqu’au 15 septembre) ; les autres, ceux qui sont plus chers, s’engageront sur ce même caddie de rentrée à baisser leurs prix jusqu’à garantir d’être à prix coûtant ou au même prix qu’en 2006.
- Quand ces dispositions rentreront-elles en application ?
Dès que nous en aurons circularisé l’engagement auprès de tous les magasins. Le temps d’imprimer les affiches et de reformater les rayons pour mettre en scène le « caddie Darcos »… Dès la fin de la semaine ou lundi au plus tard. - Cette opération est-elle trop tardive ?
Oui, évidemment, puisque pratiquement 60 % des ventes (en tout cas en province) ont déjà eu lieu. (Je rappelle que l’installation des rayons « rentrée des classes » démarre, dans certaines régions, dès juillet). - Faut-il accuser le Ministre de s’être réveillé trop tard et les distributeurs de jouer les hypocrites dans cette opération ?
Les distributeurs n’étaient pas demandeurs. Je m’en expliquerai plus bas. Mais le Ministre lui-même n’a fait que réagir à la polémique lancée par les publications de la Fédération des Familles de France. Publications qui ont donné lieu à des polémiques relatées dans la presse.
Fallait-il ne pas réagir ? Moi, je pense que oui ! Mais puisqu’il l’a fait, reconnaissons qu’il a réagi plutôt rapidement.
En revanche, pourquoi ne pose-t-on pas la même question aux organisations de consommateurs ? Fallait-il attendre la dernière quinzaine d’août pour interpeller Ministre et distributeurs ?
C’est là toute la limite de la crédibilité de leur démarche.
Nos catalogues sont imprimés et en circulation depuis très longtemps. Tous les prix sont transparents et largement comparables d’enseigne à enseigne depuis plus d’un mois. Pas besoin de confier à des statisticiens ou à des informaticiens un travail de comparaison qui est somme toute relativement facile.
Seulement voilà, dans cette affaire, chacun veut entretenir sa posture médiatique au risque, probablement, d’en perdre l’efficacité. Une chose est certaine : ce battage médiatique aura empêché les distributeurs de valoriser une offre qui avait toutes les raisons d’être considérée comme performante. - La distribution était-elle vraiment trop chère ?
Tout est toujours trop cher. Et la rentrée des classes, c’est cher. Les Français éprouvent de vraies difficultés en termes de pouvoir d’achat. Normal qu’ils s’expriment sur ce type de dépenses.
Mais j’affirme. Dans le contexte de hausses des matières premières qui poussent les industriels à augmenter considérablement leurs tarifs, la distribution a été extrêmement efficace dans ses négociations.
Je rappelle : augmentation du coût du papier de 14 % ! Augmentation des matières plastiques : 30 %. Et malgré cela, l’augmentation des prix de vente mesurée par Familles de France n’est que de 2,1 % !!! Jamais, dans mon groupe, je n’ai vu les acheteurs, prendre autant de risques pour acheter le papier par anticipation, bloquer l’augmentation des tarifs malgré les pressions des fournisseurs, rechercher des produits de substitution…
J’affirme encore : l’offre des centres E. Leclerc n’a pratiquement pas augmenté depuis 2006 (hormis les produits sous licence type cahiers Harry Potter, etc.). 60 % des articles sont même en baisse !
L’offre s’est élargie, elle est peut-être trop confuse. Le marketing agressif des produits à marque ou sous licence (forcément plus chers, très chers quelquefois) occulte peut-être les efforts considérables sur nos marques génériques (30 à 80 % moins chères !). Mais la réalité est là, le caddie français de la rentrée scolaire est le moins cher d’Europe !
Conclusion Il faut raison garder. L’année prochaine, il faudra s’y prendre autrement. J’invite les associations de consommateurs et le ministère à nous faire parvenir, dès maintenant, leurs préconisations pour la rentrée 2008. Car les achats sur ces marchés internationaux, c’est maintenant que ça démarre.
Ainsi, plutôt que de chercher à se marquer pour exister médiatiquement, associations et ministère nous aideront à préparer très en amont, et selon leur demande, une offre qu’on n’attendra pas qu’elle soit écoulée pour la critiquer.
Posté par M.E.L. le 29 août 2007 dans
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28 août 2007
Hausse des prix : avant la psychose, un état des lieux (1)
Je développerai, tout au long de ces quinze prochains jours, les arguments qui me font dire :
1) Qu’il n’y a pas de tension inflationniste majeure sur l’ensemble de la consommation des Français.
2) Qu’il existe bien des risques de hausses de prix suite à l’évolution du prix des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et aussi de certaines matières premières non alimentaires (énergie).
3) Mais pourvu que le gouvernement poursuive la réforme de la loi Galland et donne ainsi aux distributeurs les moyens de négocier les tarifs des fournisseurs, les prévisions d’inflation, pour l’année 2007 et même pour le premier semestre 2008, devraient rester inférieures à 2 % en hypermarché.
Avant de continuer d’en débattre, d’argumenter et de justifier, qu’on me permette de faire le point sur la période présente.
Il y a, aujourd’hui, beaucoup de confusion. Ce n’est pas parce que les fournisseurs annoncent des hausses de tarifs que celles-ci vont se répercuter systématiquement dans les prix.
- D’abord, parce que le coût des matières premières n’intervient pas toujours de manière importante dans le prix de vente d’un produit transformé.
- Ensuite, parce que depuis les accords Sarkozy (juin 2004) et les deux premières étapes de la réforme de la loi Galland, la concurrence joue positivement dans l’intérêt des consommateurs.
Cela se voit peu, mais c’est efficace.
Il faut bien se rendre compte que cela fait déjà 6 mois que les propositions tarifaires des industriels sont à la hausse (en épicerie : + 3,9 % depuis mars 2007).
Mais E. Leclerc a continué à baisser ses prix, plus vite que ses concurrents. Et l’impulsion déflationniste lancée par notre action commerciale entraîne les autres distributeurs dans un cycle de baisse durable, au moins jusqu’à la fin de l’année.



Posté par M.E.L. le 28 août 2007 dans
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7 août 2007
Cannabis : l’idéologie libertaire mise à mal par les scientifiques
J’ai bien aimé l’édito de Laurent Joffrin dans Libé ce matin (7/08/07) oh rien d’héroïque, rien de spectaculaire. Mais quand on sait la surenchère de mauvaise foi développée dans les milieux libertaires par les partisans des drogues douces, et la révulsion des lecteurs de Libé face au discours anticannabis, on ne peut qu’applaudir au courage de l’éditorialiste.
Cela fait pourtant plusieurs années que la communauté scientifique tirait les sonnettes d’alarme à propos des effets néfastes du pétard. Et notamment, les médecins en charge d’étudier l’impact de la fumette sur les conducteurs.
Rien n’y faisait. Ce discours était tout de suite disqualifié, requalifié « de droite » et suspect d’émaner des partisans du seul consommer correct.
Oui mais voilà. Comme le dit Laurent Joffrin, « confirmant les données qui s’accumulent depuis plusieurs années, les autorités les plus crédibles (les scientifiques) viennent de rendre leur verdict. Le cannabis favorise les maladies cardiovasculaires ; il est très dangereux au volant à forte dose, il est soupçonné de faciliter le développement de la schizophrénie ». Pas moins que cela.
Seul constat en guise de lot de consolation : Le cannabis rend moins addict que la nicotine.
S’il n’est pas question de céder à la tentation idéologique du « tout répressif », la lutte contre la profusion du cannabis est donc bien légitime. Elle passe forcément par des campagnes de prévention et beaucoup de pédagogie. Mais certainement aussi, par un peu moins de cette naïveté véhiculée par toute une génération d’adultes qui oublient que 11% des Français tirent sur leur joint très régulièrement.
Je vise par exemple ici la position de Dominique Voynet, dans ce même journal. Ah que le jeunisme des Verts prend des airs désormais sacrément hypocrites. Et irresponsables ! Comment peut-on encore plaider pour la légalisation du cannabis, au motif qu’elle pourrait « être contrôlée » (sic) et que seul dans ce cadre l’Etat pourrait mieux organiser la prévention. Laure Equy, qui interviewe la sénatrice des Verts, lui tend pourtant une perche plus grosse qu’une barrette : « pourquoi ne pas seulement proposer la dépénalisation du cannabis ? ». Dominique Voynet a la réponse bien fumeuse : « S’il ne légalise pas, l’Etat n’a aucune prise sur les trafics et la composition des produits qui circulent ». Pitoyable ! Comme si la légalisation de l’alcool était la condition nécessaire à la lutte contre l’alcoolisme.
Allez Laurent ! C’est bien d’oser parler ainsi. Ce n’est pas être conservateur que de s’afficher responsable. Et le combat pour la liberté n’a de toute façon de sens que pour qui préserve sa santé !
Posté par M.E.L. le 7 août 2007 dans
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6 août 2007
Franchise, forfait ou déremboursement : l’art de ne pas parler du prix des médicaments !
Cela sent les vacances à plein nez. Chez les politiques et dans les médias. Incroyable comme l’annonce effectuée par Nicolas Sarkozy, proposant des franchises sur certains actes médicaux, n’a suscité aucun prurit d’acné chez ceux qui restent farouchement opposés à la « privatisation rampante de la santé ». Pratiquement pas un mot de l’UFC Que Choisir, ni des syndicats de salariés. Personne n’a moufté. Il faut croire que la com autour de cette affaire a été rondement menée.
Et pourtant ! Il existe déjà depuis 2005 différentes formes de franchises.
C’est le forfait de 1 euro non remboursé sur les consultations médicales.
Il y a aussi le forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91 euros.
Et le forfait de 17 euros sur les actes en secteur hospitalier.
Tout le monde n’est pas touché par ces déremboursements. Mais si l’on compte l’effet du ticket modérateur (souvent prix en charge par une mutuelle) c’est près de 110 euros en moyenne qui restent à la charge de l’assuré français.
Personnellement, je ne suis pas contre une certaine forme de déremboursement. Il faut responsabiliser ! Les Français consomment beaucoup trop de médicaments. Et la sécu n’a plus les moyens de cette gabegie.
Mais l’histoire de ces franchises médicales, c’est un peu comme le coup des heures supplémentaires versus les 35 heures, ou le vote de la grève au septième jour versus l’obligation de service minimum. On tourne autour du pot, on refuse d’affronter les corporatismes ou le confort des gens concernés. On ne dit pas les choses clairement. On invoque la mobilisation contre alzheimer quand d’autres prétendaient affecter l’argent de la quête à la lutte contre le cancer. Mais comme on sait que tout cela passe le pot commun de la sécu, on finit par susciter de l’incompréhension (face à la complexité du système) et certainement aussi beaucoup de méfiance.
Avec 6 milliards de déficit dans la seule branche maladie de la sécu, les arguments ne manquent pourtant pas pour serrer les vis de la dépense. Tout le monde le sait bien en son for intérieur. Faute d’argent, nos organismes sociaux sont condamnés à rembourser moins, et à renvoyer les accros du médicament vers les assurances privées !
Je ne sais pas s’il est techniquement possible de plafonner les franchises médicales en fonction du revenu des Français. Ce serait certainement une bonne chose. Mais une chose est certaine. Pour la moyenne des Français dont le pouvoir d’achat reste modeste, la question centrale va redevenir celle du prix des médicaments.
Pour les pharmaciens de mon groupement (près de 200 diplômés de pharmacie sont actuellement au commande de nos parapharmacies), la question mérite qu’elle soit posée. Devant les instances ordinales, et devant le législateur. Et pourquoi ne pas l’annoncer dès maintenant. Nous avons aussi quelques réponses et propositions à faire. A bientôt donc sur ce sujet.
Posté par M.E.L. le 6 août 2007 dans
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4 août 2007
Hausse prix agricoles : Les agriculteurs doivent-ils s’en plaindre ?
Je ne comprends pas l’insistance de Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à crier sur tous les toits que la hausse des prix alimentaires est inéluctable, qu’elle est structurelle, et que les Français vont devoir s’habituer pour longtemps à payer plus cher leur alimentation. Je ne cherche aucune polémique avec lui, mais je trouve ce discours excessif, et surtout anticommercial. Quel est l’intérêt, pour les agriculteurs, d’effrayer par avance les consommateurs ?
Je ne conteste pas l’importance sectorielle de cette évolution de prix. Mais faut-il que ce soit les agriculteurs qui s’en plaignent ?
Les éleveurs (porc, viande rouge, volaille) vont certainement en faire les frais. Leur approvisionnement en farine va s’en trouver renchéri. Mais pour Jean qui pleure, combien de Jean qui rient ? Je pense aux éleveurs laitiers, dont le cours du lait ne peut qu’augmenter le revenu. Je pense aux céréaliers, aux producteurs de blé, d’orge et de maïs, et même aux producteurs de betteraves dont les marges vont augmenter peut-être de 20 ou 25% dans l’année !
Les discours alarmistes sont d’autant moins fondés que cette évolution des prix a été recherchée par le gouvernement et la FNSEA elle-même. Qu’il suffise de relire les déclarations des ministres de l’industrie et de l’agriculture ou des dirigeants agricoles, s’agissant du lancement de la filière bioéthanol en France : « Le carburant vert, c’est une augmentation de revenu pour nos agriculteurs, un débouché durable…». Ce sont les agriculteurs de la Marne, de Normandie ou de Poitou-Charentes, qui nous ont sollicité pour investir, en pionniers dans un réseau de distribution spécifique, préalable au décollage de ces nouveaux carburants.
Curieuse attitude donc que celle qui consiste à se plaindre d’une évolution des prix qui finalement constitue un effet d’aubaine pour nombre d’agriculteurs, et qui a été recherchée par ceux-là mêmes qui s’en plaignent !
Posté par M.E.L. le 4 août 2007 dans
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1 août 2007
Inflation, le retour ?
Je ne partage pas les propos alarmistes de ceux qui, analystes ou industriels, s’effraient actuellement du retour de l’inflation. Je n’en vois les prémices ni en France, ni en Europe. Et hormis les conséquences d’une crise financière potentielle (la bulle immobilière !) il n’y a vraiment aucune raison de vouloir affoler la populace, aucun facteur objectif qui puisse venir étayer un discours aussi excessif.
Précisons donc
1. Incontestablement, la forte croissance des économies chinoise, indienne et russe tire le marché des matières premières à la hausse. Le pétrole bien sûr, mais aussi le fer, le charbon, le nickel et tous leurs dérivés. Cette tendance, admirablement analysée par l’économiste P. Chalmain dans la revue Cyclope, s’inscrit dans une évolution de long terme.
2. Plus spectaculaire mais largement annoncé par les spécialistes, le déficit de certaines productions alimentaires fait aussi flamber certains prix : le lait, le beurre industriel, les céréales. Mais ce fait est essentiellement conjoncturel, dû à de mauvaises récoltes (la météo !).
3. Malgré ces données, qui font la une des journaux, je maintiens que ces hausses seront d’impact limité pour les consommateurs.
a) Tout d’abord, le coût de ces matières premières n’intervient que pour une part relativement faible du prix final des denrées proposées au consommateur. Si l’on excepte quelques produits consommés à l’état brut, (comme le lait de consommation courante, ou même la farine de cuisine), la valeur ajoutée apportée par le processus de transformation minimise largement l’effet haussier des matières premières. Même s’agissant du prix de la baguette de pain, il faut savoir qu’une hausse de 50% du prix du blé n’aurait qu’un effet de 5% sur ce produit. (et je défie certains boulangers parisiens qui vendent la baguette à 1.30 euros de justifier leur prix par le coût de la matière première !).
Pas de quoi donc rameuter le Raid ou le GIGN pour éteindre une prétendue flambée des prix.
b) Par ailleurs, le marché des produits manufacturés est extrêmement bagarré au niveau mondial. Entre les grandes marques internationales bien sûr. Mais aussi, du fait des importations réalisées par les distributeurs ou les transformateurs eux-mêmes. Ainsi, même si le marché mondial des matières premières est à la hausse, celui des produits manufacturés n’enregistre aucun processus identique.
De toutes ces considérations, il faut retenir la nécessité d’être vigilant, notamment à l’égard des professions non concurrencées (secteur des services domestiques notamment) mais pour le coup, même si je les trouve souvent timides, les projections de l’INSEE prévoyant un taux d’inflation ne dépassant pas 2 ou 2.2% en 2007 me semblent complètement fondées !
Posté par M.E.L. le 1 août 2007 dans
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31 mai 2007
Commerce équitable : L’économiste Christian Jacquiau et ses « ptites manips »

Je réagis à un article paru dans le numéro hors série de « Politis » (n° 45, mai/juin 2007) consacré au commerce équitable « L’empreinte bio ».
En parcourant ce numéro spécial, fort bien fait, vous constaterez que les militants du « produire et consommer autrement » restent idéologiquement pétris d’une grande méfiance à l’égard des initiatives éthiques des entreprises (industrie, distribution) dès lors qu’elles ne seraient pas du secteur coopératif, petites ou artisanales.
Ainsi, la grande distribution était, hier, jugée coupable de ne pas s’intéresser au commerce équitable. Aujourd’hui qu’elle en vend, là voilà suspectée de récupérer et de salir une belle idée.
Bon, j’en rajoute un peu. Mais tout cela est tellement caricatural…
Dans cette publication, donc, un débat oppose Francisco Van der Hoff, co-fondateur de Max Havelaar, à Christian Jacquiau qui s’est fait une vertu de fustiger la grande distribution. (Il est l’auteur de deux livres excessifs, Les coulisses de la grande distribution (Albin Michel, 2000) et Les coulisses du commerce équitable (Mille et Une Nuits, 2006)
Je ne rentrerai pas, ici, dans le contenu de cet échange qui au demeurant est fort instructif. Je veux juste dénoncer un mauvais procès.
Posant une question à Francisco Van der Hoff, CJ tient ce propos : « En France, le patron des hypermarchés Leclerc, membre influant de la distribution européenne (il préside notamment Coopernic, la deuxième plus grande centrale d’achat en Europe), a récemment déclaré au magazine L’Entreprise : « Actuellement, nous sommes dans une phase de promotion et de soutien du commerce équitable qui ne constitue qu’un marché émergent. Avec les volumes, les fournisseurs vont pouvoir écraser leur coût de production et nous pourrons ainsi augmenter nos marges. » Qu’en pensez-vous ? Les matières premières étant déjà au plus bas, ne faut-il pas craindre que les salaires et la protection sociale servent au géant de la grande distribution de variables d’ajustement pour écraser les coûts de production ? Que reste-t-il de la démarche équitable dans ce contexte où l’équitable devient un produit comme un autre, sujet aux pires pressions, telles les fameuses marges arrière ? ».
Je conteste.
1) Je n’ai jamais tenu de tels propos.
2) La phrase entre guillemets n’est pas de moi. Elle est celle d’un salarié travaillant sous notre enseigne. Mais elle est tronquée et sortie de son contexte.
- Ici, elle donne l’impression que Leclerc va se servir du commerce équitable pour augmenter ses marges !
- En fait, ce cadre répondait à une question du journal L’Entreprise (Avril 2006). Il disait que pour favoriser le lancement des produits équitables, les marges avaient été sacrifiées. Mais qu’après promotion, les marges redeviendraient « normales » (c’est-à-dire de l’ordre de 25 %).
3) Donc, il n’a jamais été question d’essayer de compenser nos marges en faisant pression sur les producteurs. Pas plus d’ailleurs sur les salaires de la filière ! C’est de la pure invention.
En revanche, ce collaborateur disait qu’avec l’augmentation des volumes et du chiffre d’affaires réalisée à travers nous, les charges fixes des producteurs et les coûts logistiques allaient s’en trouver minimisés (remplissage des containers, augmentation de la rotation des stocks, etc.). C’est d’ailleurs ce qui nous permet de vendre des produits équitables, aujourd’hui, moins chers qu’ailleurs sans remettre en cause le sur-prix aux producteurs (un gain d’économie d’échelle…pour ceux qui n’auraient pas compris).
Je comprends que pour certains la commercialisation de produits équitables en grande distribution puisse poser problème : des problèmes de concurrence, des problèmes de marketing, des problèmes de cohabitation, des problèmes de susceptibilité…
Mais, moi, ce qui m’importe, ce n’est pas la pureté de l’idéologie, c’est de garantir des débouchés à tous ces producteurs qui sont bien contents d’être commercialisés par nous. Pas un de nos fournisseurs équitables n’a d’états d’âme. Et pas un de nos salariés n’a jamais émis de critiques sur la vente de produits équitables sous notre enseigne. Alors, qui a intérêt à développer ces polémiques. Quels intérêts sert Christian Jacquiau en semant ainsi le trouble ?
Si l’objectif est de développer le commerce équitable, à l’instar des pays dans lesquels ce marché atteint des niveaux plus substantiels, alors force est de reconnaître que nos enseignes de distribution peuvent jouer un grand rôle. Personne ne fait en Suisse de procès aux hypermarchés Coop, leaders mondiaux pour la commercialisation du commerce équitable. Aucun citoyen danois, finlandais, norvégien ne s’offusque de ce que les produits équitables soient principalement vendus en supermarchés.
De ces querelles très françaises, peut-être pourrions-nous faire table rase…

Posté par M.E.L. le 31 mai 2007 dans
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23 mai 2007
Comparateur de prix : Carrefour va-t-il porter plainte contre ses filiales colombiennes et espagnoles ?

C’est un gag. En tout cas, ça se présente comme tel. On se souvient que Carrefour avait saisi la justice et déployé moult arguments pour faire taire notre site « quiestlemoinscher.com ». Eh bien, fi de tous ces arguments ! La filiale colombienne de Carrefour a lancé un comparateur : quasiment le même contenu, la même présentation et, surtout, le même intitulé que le nôtre (en espagnol : « quieneselmasbarato.com ». La Colombie, c’est loin, mais il fallait être bien naïf pour imaginer que cela passerait inaperçu des internautes. Gonflé, Carrefour !
Si ce n’est pas un gag, alors nos amis de Carrefour ne manquent pas d’air ! Je passe sur la contrefaçon outrancière (même pas un petit effort, une petite valeur ajoutée qui ferait la différence sur le plan esthétique ou dans la communication). Mais là où la duplicité est flagrante, c’est dans la reprise du contenu : Carrefour fait en Colombie exactement ce qu’il voulait nous interdire de faire en France. Il met en ligne un ensemble d’informations dont il nous contestait la légalité et l’objectivité, au point qu’il qualifiait notre communication de « mensongère et trompeuse ».
Et pourtant :
- Le site colombien de Carrefour ne propose pas de méthodologie (qui relève les prix ? Comment et par qui sont faits les calculs ?). Il ne donne même pas la liste des produits qui font l’objet de la comparaison.
- En France, Carrefour plaidait : quel que soit le classement de Leclerc, il ne peut généraliser le slogan selon lequel il est le moins cher.
Le site colombien ne s’embarrasse pas de trop de précautions : il se contente d’affirmer que Carrefour vérifie les prix « de plus de 15 000 produits à l’aide de toutes les compétences » (sic). Et déclare, sans autre preuve : « ainsi, nous pouvons garantir les prix les plus bas sur tous les produits, tous les jours et dans tous les magasins du pays ».
Le droit colombien est sans doute moins exigeant que le droit français et le droit communautaire européen.
En revanche, le consommateur colombien mériterait-il moins d’égards que le consommateur français dont Carrefour estimait qu’il serait induit en erreur par le site Leclerc ? Bien sûr que non !
Peut-on imaginer que l’initiative colombienne (Les Echos annonçait la mise en ligne prochaine d’un même site en Espagne) soit le fait d’une décision autonome des filiales étrangères ? En contradiction avec la campagne menée par Carrefour en France contre le site de Leclerc ?
Si c’est le cas, on imagine que José Luis Duran fera fermer ces sites ! Question de cohérence avec les arguments développés auprès des tribunaux.
Si ce n’est pas le cas, preuve sera faite du double langage tenu par nos amis de Carrefour (dont j’imagine alors qu’ils ne feront pas appel de la décision du 29 mars 2007).
En tout cas, ceux qui, journalistes, juristes ou même consommateurs, avaient pu être convaincus de la pertinence des arguments de Carrefour…savent maintenant quoi en penser !
Sans rancune les gars !
Posté par M.E.L. le 23 mai 2007 dans
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3 mai 2007
Pas d’OGM dans les croissants vendus chez Leclerc à Olivet (Orléans)

L’information est dans Le Parisien, ce 3 mai 2007. Toujours en chasse de produits OGM, un enquêteur de Greenpeace serait tombé sur des lots de croissants en promotion au centre E. Leclerc d’Olivet (banlieue sud d’Orléans dans le Loiret). Avec une étiquette mentionnant « la présence d’OGM ».
A juste titre, Arnaud Apoteker m’interpelle : j’avais dit, sur ce blog, que je ne souhaitais pas lancer mon enseigne dans la commercialisation de produits à base d’ingrédients génétiquement modifiés. (Dans un cadre légal, certains produits sont autorisés, même dans l’alimentation, mais dès que la présence d’OGM dépasse 0,9 %, ils doivent être repérables par une mention spéciale informant les consommateurs). Et donc, les croissants d’Olivet faisaient tache dans la démonstration.
Vérification faite (même dans mon enseigne, j’agis tel Saint Thomas et exige des vérifications et preuves), les croissants ne contenaient pas de produits transgéniques.
C’était une simple erreur d’étiquetage. Très localisée. Plutôt incompréhensible d’ailleurs, mais enfin, une erreur d’étiquetage, je confirme !
Afin qu’aucun doute ne subsiste, nous avons proposé aux enquêteurs de Greenpeace de faire analyser les produits.
Comme effectivement sur ce blog, nous avons eu quelquefois des échanges assez vifs sur les risques OGM, je tenais à rectifier l’information, dès à présent.
Posté par M.E.L. le 3 mai 2007 dans
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13 avril 2007
La guerre des prix entraîne-t-elle une « destruction de valeur »
A la lecture d’articles récents, la réponse à cette question dépend de « qui fait baisser les prix ». J’explique.
- En début d’année 2006, José Luis Duran prenait l’initiative de baisser ses prix. Leclerc était désignée comme cible (il avait l’élégance de le reconnaître). A l’époque, on pouvait lire dans tous les commentaires qu’il s’agissait d’un « repositionnement stratégique de la politique de prix ». Et l’affaire était plutôt bien appréciée, même du côté des sociétés de bourse, puisqu’on adhérait à la perspective d’une augmentation de la part de marché, reprise à Leclerc.
- Nous avons évidemment réagi, repris le leadership sur le prix des grandes marques (nous ne l’avions jamais perdu sur les indices exhaustifs). Et en ce début d’année, c’est notre enseigne qui creusait l’écart.
- Mais Carrefour vient de publier son chiffre pour le 1er trimestre 2007. C’est à son tour de patiner. Les hypers sont en hausse de 0,9 % et les supers de 2,2 % (hors carburant). Et là, que lit-on : « Carrefour souffre dans un contexte de guerre des prix entre les différentes enseignes, une guerre de prix qui, finalement, est destructrice de valeur ».
Incroyable : quand Carrefour (et, dans une certaine mesure, Géant Casino) prend l’initiative de baisser ses prix, c’est un « repositionnement stratégique ». Quand E. Leclerc fait de même et oblige ses concurrents à s’aligner, c’est de la « destruction de valeur ». Tiens donc !
Cette notion de « destruction de valeur » me laisse perplexe. De quelle valeur parle-t-on ? Et pour qui y a-t-il destruction ?
1) S’agit-il du point de vue des seules entreprises ? Constatons que l’impact est loin d’être homogène. Si l’on assimile la perte de valeur à la « diminution de la marge brute » (concept défendu par Philippe Baroukh, Directeur Général d’Auchan France, dans LSA du 5/04/07), force est de reconnaître que tous les distributeurs ne sont pas à la même enseigne (sic). Celui qui avait déjà une politique de prix bas détruit peu de marge quand, effectivement, le groupe qui se baladait à 5 ou 6 points d’indice du premier doit beaucoup plus investir. En clair, c’est sûr que si Monoprix et Casino veulent suivre Leclerc, ça leur coûte plus cher qu’à Leclerc !!! Et ce n’est pas Leclerc qui s’en plaindra (joke, et, j’espère, sans rancune).
Toujours s’agissant des entreprises, il faut encore nuancer. Philippe Baroukh a raison de dire que « ce n’est pas parce que le jus d’orange est 3 % moins cher que vous allez augmenter votre consommation de 10 % !». Encore que cela dépende des produits. Mais si mon groupe augmente sa part de marché en volume, plus que proportionnellement à son investissement, et sécrète une recette marginale supplémentaire, en quoi détruit-il de la valeur ? Et à terme, que devient la pertinence du concept si nos adhérents augmentent par cette action la valeur de leur fonds de commerce. (Mais cette notion de long terme, de valorisation des marques et des fonds de commerce, ne rentre peut-être pas en ligne de compte (sic) pour les gestionnaires de la cote, alors que pour nous, indépendants, ces notions sont fondamentales).
De toute façon, et a contrario, il ne suffit pas de vendre cher pour prétendre créer de la valeur (comme dans l’industrie du luxe ou le marché de l’art), il faut encore qu’il y ait un public et des acheteurs pour lesquels le niveau de prix ne fait pas obstacle. Ce n’est pas le cas du marché de la grande distribution.
Bref, ce que je veux dire, c’est que cette notion purement comptable et utilisée négativement –la destruction de valeur- mérite d’être affinée avant que d’être agitée comme repoussoir (comme drapeau blanc ?).
2) S’agissant des consommateurs (qui nous font vivre, rappelons-le quand même), le concept n’est absolument plus pertinent.
Car de quoi s’agit-il aujourd’hui, si ce n’est, avec la réforme Dutreil, d’obtenir la restitution au client d’une partie de la marge que le législateur avait gelée chez le distributeur.
Allons, messieurs, la France n’aime ni les libéraux, ni le libéralisme. Mais vu les problèmes de pouvoir d’achat, qui va oser prétendre qu'après 5 ans de hausse des prix, un surcroît de concurrence menace la valeur de nos entreprises. Qui va oser dire qu’une baisse de 2 % des prix des grandes marques, forcément compensée par ailleurs, menace la création de valeur en France.
La concurrence menace l’économie des rentiers, des positions acquises, des enseignes fatiguées. Mais elle est un vecteur de croissance du chiffre d’affaires pour les challengers les plus dynamiques. Elle renforce la satisfaction des ménages.
Et ça, ce n’est pas de la création de valeur ?
Posté par M.E.L. le 13 avril 2007 dans
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26 février 2007
Restauration dans le TGV : deux TVA, mais un seul prix !!!
Cette affaire de double TVA dans la restauration restera pour longtemps une incongruité, une ineptie, si caractéristique des contradictions de l’économie française.
- Je n’ai jamais cru aux arguments des employeurs de l’hôtellerie ou de la restauration : l’alignement du taux de TVA pratiqué « en salle » sur celui de « la vente à emporter » n’aurait créé que peu d’emplois à court terme. Tout au plus un peu d’aise dans la négociation salariale, et certainement une amélioration des marges.
- Mais cette mesure aurait eu le mérite, à long terme, de mieux armer les professionnels de la « bonne cuisine » en supprimant une discrimination incompréhensible, à l’heure où tous nos politiques prétendent vouloir transformer « l’art culinaire » en « produit culturel ». Et oui, mon cher José, même à Aurillac, le fast-food à emporter, c’est vachement moins cher que la poularde du chef chez le chef.
On sait ce qu’il en est. Erreur d’appréciation de Jacques Chirac qui en avait fait la promesse ? Ou blocage de nos autres partenaires au sein de la Communauté Européenne ? Toujours est-il que la mesure n’est plus à l’ordre du jour.
Et donc, ce week-end, j’étais dans le TGV. Les wagons (on dit désormais « les voitures ») filaient « bon train » sur la ligne Paris/Bordeaux et quand l’appétit fut venu, je me rendis au bar pour y acquérir quelque substance alimentaire.
Vite fait, bien fait, je commande et j’achète. Au moment de payer, tombe cette question qui, dans ce lieu étroit, m’apparaît franchement surréaliste : « Vous consommez sur place ou vous emportez ? ». Comme je n’ai pas l’esprit tatillon, je ne sais pas objecter que seule une différence de dix mètres sépare le « sur place » du siège où je loge « ailleurs ». Je m’intéresse tout simplement à l’existence d’une différence de prix.
Que me répond-on ? Il y a bien une différence de TVA mais dont je ne profiterai pas en tant que consommateur. « La TVA est de 5,5 % si vous emportez le plat, elle est de 19,6 % si vous le consommez au bar. Mais pour ne pas compliquer les choses pour le client, on garde cette différence en marge, et on laisse tout au même prix ». Et le serveur de continuer « comme au McDo » !
Il m’avait semblé que dans la restauration rapide, on pratiquait deux prix différents. Je ne suis plus sûr de moi. Pouvez-vous confirmer, ô blogueurs impénitents ?
Mais dans le cas d’espèce, je trouve ça sacrément gonflé.
D’abord, ça sert à quoi de poser la question, d’allécher le chaland, si c’est sans suite.
Ensuite, qui contrôle la réalité de ces pratiques. Le client s’en va, le caissier peut enregistrer ce qu’il veut, et taper un coup 5,5, un autre 19,6. Ce n’est pas vérifiable.
J’invite l’inspecteur de la DGCCRF qui quitte, en ce moment même notre siège où il siège en quasi permanence, à fourrer son nez dans cette gratifiante cuisine. Pour une fois que je les envoie chez les autres, ça nous donnera un petit répit.
Posté par M.E.L. le 26 février 2007 dans
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13 février 2007
La Fnac ne fait plus de réduction systématique sur les livres ! E. Leclerc maintient les rabais

Alors là, pour le coup, je révise l’opinion que j’avais exprimée le 7 novembre 2006 sur ce blog (Cf. ma note).
A l’époque, conforté d’ailleurs par des propos personnels de François-Henri Pinault et de Denis Olivennes, je m’opposais au simplisme d’un diagnostic selon lequel le modèle économique de la Fnac était devenu caduc. Je développais des arguments selon lesquels, quel qu’en soit le propriétaire ou l’acquéreur, la Fnac restait (avec 3,5 % de résultat net) la plus belle entreprise de diffusion culturelle en Europe. Je persistais à lui reconnaître une « vraie différence » dans le discours et la pratique consumériste par rapport aux autres acteurs du secteur (Virgin, Extrapole, les GMS et la plupart des librairies). Mais voilà…
Depuis le 5 février 2007, la Fnac a mis fin à la réduction automatique de 5 % sur le prix des livres !
Pour les jeunots, je rappelle que la loi Lang (du nom de l’ancien Ministre de la Culture) autorise les éditeurs à fixer un prix unique de leurs livres. Tous les diffuseurs doivent respecter ce prix légal, dans la limite de 5 % de rabais autorisé. A l’époque de son vote (1981), les Centres E. Leclerc avaient exprimé leur opposition, estimant que les éditeurs ne pouvaient à la fois vanter les mérites du livre de poche et nier l’impact d’un prix élevé sur l’achat de livres pour des lecteurs à faible pouvoir d’achat. Mais c’est surtout la Fnac qui, par la voix d’André Essel et de ses successeurs, avait dit son courroux et le refus d’être désignée comme un ennemi de la diffusion culturelle…parce qu’elle essayait de rendre le livre plus accessible…
Les entreprises savent manifestement faire fi de la mémoire populaire. En supprimant l’automaticité du rabais sur les livres, la Fnac rentre dans le rang. Fini l’agitateur ! La Fnac passe du camp des militants de la culture (démocratisation de l’accès à la culture pour tous) aux lois du marketing nourries de préoccupations financières.
1) Les motivations de la Fnac
Hier, c’était potentiellement les 15 millions de clients de la Fnac qui pouvaient bénéficier de la réduction légale de 5 %. Désormais, seuls les 1,8 millions d’adhérents (porteurs de la carte Fnac) et les acheteurs sur fnac.com pourront en bénéficier. La motivation de l’équipe dirigeante est double :
- Il s’agit pour la Fnac de créer un avantage prix réservé aux clients porteurs de cartes payantes (12 euros pour une carte de 1 an, 30 euros pour 3 ans).
- Il s’agit aussi (surtout !) d’obtenir un gain de 6 à 10 millions d’euros, soit 1 à 2 % de marge additionnelle sur le livre. Comme le livre représente à peu près 13 % du CA, la suppression de l’automaticité de la réduction concourra à l’amélioration de 0,1 à 0,2 point de la marge d’exploitation totale de la Fnac.
2) Où trouver désormais les livres neufs moins chers ?
C’est la question que posait Hélène Colau dans Le Monde du 9 février 2007.
- Eh bien, sur Internet, puisque fnac.com continuera à appliquer la réduction autorisée par la loi Lang. Idem sur des sites comme amazon.com ou alapage.com. Ou même sur des sites qui fédèrent des libraires indépendants tels que abebooks.com. Mais attention, il faut sur certains de ces sites, ou à l’occasion de certains achats, tenir compte des frais de port, quelquefois offerts à partir d’un certain montant, mais souvent payants.
- Certaines librairies indépendantes (pas toujours d’ailleurs les plus grosses) continuent à systématiser le rabais de 5 %, à partir de la souscription d’une carte de fidélité gratuite. Mais souvent, ce rabais n’intervient qu’à partir d’un minimum d’achats, ou en présentant une carte d’étudiant ou d’enseignant.
3) Quelle politique pour les espaces culturels E. Leclerc ?
Vous vous en doutez bien. C’est le moment où jamais d’affirmer la continuité de l’engagement de notre enseigne.
- Comme la Fnac, les espaces culturels ont choisi de développer une offre multimédia beaucoup plus importante. D’ici 5 ans, nous comptons bien devenir le 4ème ou 5ème réseau de diffusion de ces produits. Mais à l’inverse du mouvement de la Fnac, nous développons résolument le secteur du livre en lui consacrant plus de place dans nos librairies, en étoffant l’assortiment (jusqu’à 70 000 titres dans certains espaces culturele) et en travaillant avec les maisons d’édition pour donner encore plus de visibilité au livre.
- Mais surtout, nous maintenons l’automaticité du rabais de 5 % à l’ensemble des acheteurs. Nous incitons les lecteurs à souscrire à une carte de fidélité, mais elle est gratuite. Pas de barrage financier, pas de ségrégation de clientèle.
Oui, je le confirme, dans les Espaces Culturels, c’est « - 5 % pour tout le monde et sur tous les livres. Et la carte de fidélité est gratuite ! »
Posté par M.E.L. le 13 février 2007 dans
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9 février 2007
Pub comparative : quiestlemoinscher.com s’enrichit d’une 3ème version
Je l’avais promis. Notre enseigne poursuit l’optimisation de son site de comparaison de prix. Elle a lancé, le 8 février 2007, la 3ème version de « quiestlemoinscher.com ».
L’objectif est de comparer toujours plus de références : le site met en ligne 670 000 prix comparés.
« quiestlemoinscher.com » propose aussi au consommateur une nouvelle fonctionnalité interactive : le panier, qui permet de constituer sa propre liste de courses, et ainsi de personnaliser la comparaison.
Les résultats ? E.Leclerc, toujours 1er, creuse l’écart avec l’ensemble de ses concurrents.
1) Avec 670 000 prix relevés, « quiestlemoinscher.com » est désormais le premier comparateur européen de prix des produits de grande consommation
Du 8 au 17 janvier, 670 000 relevés de prix ont été effectués par Pole Communication, société d’études spécialisée :
- Une comparaison des 8 plus grandes enseignes nationales de grande distribution (hypermarchés ou supermarchés de plus de 1 200 m2).
- Un échantillon de 383 magasins visités (France entière) soit 12,3 % des 3 104 magasins appartenant à cet univers, respectant la méthode des quotas. Les critères de quotas choisis restent les mêmes (taille et situation géographique des magasins). Et pour préserver un effet de surprise, les magasins visités sont différents de la dernière vague de relevés.
- 2 327 produits de grandes marques nationales strictement comparables appartenant à 37 familles de produits dans 7 rayons différents.
2) En janvier, E.Leclerc creuse les écarts de prix avec tous ses concurrents
L’enseigne confirme sa performance prix. Elle est moins chère que ses principaux concurrents de 3.8 % (Carrefour) à 11.7% (Cora) (soit 2 à 5 années d’inflation d’écart).
Cette performance globale se vérifie à tous les niveaux de comparaison : E.Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons et pour 36 des 37 familles de produits.
3) Innovation : Chaque consommateur peut comparer son panier : une nouvelle fonctionnalité interactive qui permet de personnaliser la comparaison
Au-delà de la comparaison au niveau national du prix moyen d’un même produit dans 8 enseignes de grande distribution, le « panier » offre une innovation majeure. Il permet au consommateur de constituer son propre panier à partir des produits le plus souvent achetés (parmi les 2 327 produits étudiés), et de comparer le prix de ce panier entre 2 enseignes de son choix, au niveau national, pour déterminer l’enseigne la plus compétitive.
4) Pub télé : la démonstration par la preuve
Pour la première fois en France, un comparateur de prix des produits de grande consommation fait son apparition à la télévision. Depuis le 8 février et pendant trois semaines, un film de publicité sera diffusé sur les principales chaînes hertziennes et du câble/satellite afin de développer la notoriété et la fréquentation de « quiestlemoinscher.com ». Ce film, qui dénonce la surenchère publicitaire pour l’obtention du titre d’enseigne la moins chère, annonce la fin des affirmations sans fondement. « Désormais, avant de clamer partout qu’on est le moins cher, il faudra le prouver. Quiestlemoinscher.com ».
Bon, vous l’aurez compris, ça va râler un max dans quelques enseignes. Carrefour et certains magasins du groupe Auchan (Atac) avaient attaqué devant les tribunaux les première et deuxième versions du site. Fi des intimidations. Je suis persuadé que notre initiative aura le mérite de relancer la concurrence par les prix. Le procès ou la baisse, ne faut-il pas choisir.
Posté par M.E.L. le 9 février 2007 dans
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26 janvier 2007
E-Commerce, combien de divisions ?

Personne ne doute qu’à terme, le modèle cybermarchand de distribution n’accroisse sa part de marché de manière substantielle. Loin de moi de nier le phénomène.
Mais j’éprouve toujours une certaine difficulté à convaincre journalistes et étudiants que l’absence de mon enseigne dans ce secteur n’est pas fortuite, ni le produit de la frilosité du groupe.
Au risque d’apparaître peu réactif, trop provincial et peut-être même passéiste, je justifie cette prudence stratégique par les 4 affirmations suivantes :
a) Dans le e-commerce, il n’y a pas de prime au premier entrant.
b) A contrario, si mon enseigne y investissait, elle n’aurait pas le droit de décevoir.
c)…Ce qui supposerait qu’elle fasse mieux que l’offre existante.
d)…Ce qui, en l’état des modèles économiques actuels, ne se peut pas.
Il existe d’ores et déjà une formidable attente. Donc, nous irons, c’est sûr.
Mais il y a d’autant moins d’urgence que les consommateurs continuent de plébisciter prioritairement le mode de distribution physique qui est le nôtre aujourd’hui (hypermarchés), n’en déplaise à ceux qui avaient enterré trop rapidement ce concept avec la percée du hard-discount. Le raisonnement est encore plus pertinent quand on constate le développement à deux chiffres de nos Espaces Culturels, de Leclerc Voyages, de nos parapharmacies…à des rythmes (et avec des volumes) largement supérieurs au e-commerce dans les mêmes secteurs.
Ce que je trouve le plus affligeant, c’est l’aveuglement, sur fond d’excitation, des zélateurs du net, si prompts à afficher les performances supposées des cybermarchands alors que la prolifération des chiffres publiés un peu partout masque un développement beaucoup plus lent qu’on ne le dit.
Deux papiers récents viennent illustrer ce débat.
A - L’un, publié dans Le Monde (17/01/07), sous le titre « Les ventes en ligne en forte progression en 2006 », synthétise les enquêtes récentes menées par le FEVAD (Fédération des Entreprises de Ventes à Distance), un cabinet d’analyses spécialisé dans le secteur du net, et l’ACSEL (Association pour le Commerce et les Services en Ligne).
En gros, qu’y lit-on ? Que le commerce en ligne a atteint, en 2006, 10 milliards d’euros en France (hors services financiers), soit une progression de 40 % versus 2005, et 100 % en deux ans ! On prévoit même 20 milliards d’euros en 2008. Une fusée, nous dit-on…même si, dans l’hexagone, elle poursuit une trajectoire modeste comparée à la fulgurance du développement de l’e-commerce aux USA, en Grande-Bretagne ou en Allemagne.
B - « Soit », répond Olivier Dauvers, dans sa Tribune Grande Conso (n° 38, janvier 2007). C’est indéniable, mais de là à s’enflammer, il faut raison garder avant de faire feu de tout bois sur les « conservateurs » qui n’y ont encore pas mis le doigt. Arguments :
1) D’abord, même à ce niveau, le e-commerce ne représentera, en 2011, que 4,7 % de l’ensemble de la distribution française. Ce n’est pas négligeable, mais ça reste tout de même marginal !
2) Ensuite, il faut savoir regarder les chiffres de plus près :
- Sur les 10 milliards réalisés en France, en 2006, la billetterie (SNCF, Air France, low-costs, etc.) représente à elle seule 35 % du CA. Ce n’est donc pas un chiffre enlevé aux ventes des hypers, des supers, ou même des grands magasins.
- Les 6,5 milliards d’euros restants ont été réalisés par plus de 16 000 sociétés, ce qui ne représente certainement pas un record de productivité, loin s’en faut.
- Olivier Dauvers rappelle ainsi que les 4 cyberépiciers français (Ooshop, Auchan Direct, Telemarket et Houra) ne réalisent, somme toute, que 300 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulé, soit « pas davantage que les ventes de deux bons vieux hypers traditionnels ».
- De même si le taux de progression est élevé (40 %), il est dû principalement à l’arrivée de nouveaux acteurs (plus 44 %). A périmètre constant, la progression reste tout à fait semblable aux autres formes de distribution.
3) Je conçois bien volontiers que, sur ce créneau, quelques sociétés remportent des réussites notables, telles que « Fnac.com » ou « Amazon.fr ». Ou même sur des marchés de niche (voyages, vente de vins ou de parfums), l’e-commerce permet de belles aventures commerciales.
Le tableau serait malgré tout positif et mériterait l’emballement médiatique si, en solde de tout cela, les déficits ne venaient noircir le tableau. Quand on sait qu’il ne reste que 20 % des sociétés du net créées au siècle dernier !!!
Donc, voilà, désolé d’être ainsi rabat-joie. Les faits sont têtus. Ca ne sert à rien de s’exciter. L’e-commerce, c’est l’avenir…mais ça reste l’avenir !
Pour qui se bat pour la durabilité de son enseigne et la pertinence de son offre au regard des attentes sociales, tout marché n’est pas bon à prendre si ce n’est pas dans des conditions favorables aux consommateurs.
Il ne s’agit pas de frilosité, ni de manque d’anticipation. Il s’agit de convenir que la distribution n’est pas simplement affaire de communication, mais aussi de bonne gestion.
Posté par M.E.L. le 26 janvier 2007 dans
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23 janvier 2007
Peut-on parler réellement d’appauvrissement de la France ?

C’est Stéphane Marchand, responsable des pages « Opinions » du Figaro qui a lancé, depuis hier, ce débat. Ont été sollicités les avis de Michel Rocard, Alain Madelin, Laurence Parisot, Bernard Salanié, et bien sûr les lecteurs du quotidien. Je vous livre ma contribution de ce matin.
Vu de la ligne de caisses d’un hypermarché, le débat sur l’appauvrissement de la France a des airs franchement surréalistes.
1) Dans notre pays, il y a des pauvres, beaucoup et trop de pauvres. Plusieurs millions de nos concitoyens « rament » pour boucler leurs fins de mois. SDF, sous-smicards, chômeurs, mais aussi familles surendettées constituent les premiers clients des magasins « hard-discount » ou de ce qu’on appelle les « premiers prix » dans les supermarchés. Dignement, ils arrivent en magasin avec les catalogues publicitaires. Ils ont cerclé les promotions, ils font la chasse aux produits les moins chers. La misère n’est pas inscrite sur leur front. Mais, parfois, ce sont de bons samaritains (curés, instits, notables…) et des ONG (Secours Populaire, Secours Catholique ou banques alimentaires) qui sollicitent l’acquisition de produits de première nécessité. Sont-ils plus nombreux aujourd’hui ? Difficile de le dire. Dans nos mégalopoles actuelles, on les voit plus que dans la France rurale d’hier. De ce fait, ils s’imposent à notre conscience.
2) Mais rien ne permet, dans le comportement des consommateurs français, de parler d’un appauvrissement général. Au contraire. Jamais il ne s’est vendu autant de produits : des biens utiles, mais aussi des denrées chères, des produits mode, des produits plaisir…
Le niveau de vie des Français s’est considérablement amélioré. La baisse des produits agricoles, mais aussi l’élévation des revenus moyens ont permis « l’extension du domaine de la dépense ». De 30 %, dans les années 60, la part consacrée à l’alimentaire dans le budget des ménages est passée à 15 %. Les biens d’équipement, de la personne ou de la maison, la voiture et les transports, les services de santé et les produits de loisirs (35 heures obligent) constituent les nouveaux secteurs d’achat. Rien à voir avec la structure de consommation des pays réellement pauvres.
Pour s’en convaincre, il suffit de faire le tour des magasins de la planète. Comparés aux linéaires des supermarchés implantés dans les Pays de l’Est, en Asie ou en Amérique Latine, et même dans des pays européens limitrophes (Espagne, Portugal, Italie), les étals français offrent des menus de roi.
3) Paradoxalement, c’est l’accroissement du niveau de vie et les changements des modes de consommation qui ont entraîné, ces dernières années, une frustration d’un genre nouveau, un désenchantement dont je prophétise qu’il va durer encore longtemps.
Jusqu’à la dernière décennie, nos concitoyens pouvaient arbitrer leurs dépenses, sans trop s’endetter. Manger chez soi ou au restaurant, louer à la montagne ou partir au Club Med, limiter le cinéma pour acheter une télé… On restait dans des niveaux de dépenses gérables dans le temps. On différait l’achat d’un bien pour profiter d’un autre.
Dans la société actuelle, tout doit pouvoir être accessible. Tout et tout de suite. La pub pousse à la consommation, c’est l’offre qui impulse la demande et crée le besoin. Même s’il n’y a plus, à proprement parler, de mode collective, la non-consommation est vécue comme un appauvrissement. Résultat ? On puise dans l’épargne ou on s’endette.
Or, un écran plat, c’est deux fois le SMIC. Les sports d’hiver pour une famille ? L’équivalent de six à sept mensualités de salaire, au mieux ! Sans compter (sic) toutes ces nouvelles dépenses immatérielles qui, du téléphone mobile à l’abonnement à internet, grèvent inexorablement le budget familial.
Ponctionné par ces charges nouvelles, le pouvoir d’achat n’augmente plus. Si l’on enlève les dépenses liées au remboursement d’emprunts, aux loyers, à l’énergie et aux transports, la part « libérable » des revenus s’amoindrit. D’où cette frustration, le sentiment de « perte de pouvoir d’achat » qui exaspère aujourd’hui les Français et une partie des Occidentaux.
4) C’est ici que s’opère la confusion : il y a des pauvres, mais la France n’est pas pauvre.
Quoi qu’on dise de leur impact, les dépenses obligatoires liées à ces nouveaux modes de consommation participent de l’amélioration de notre niveau de vie. L’augmentation du prix du pétrole intervient comme une fiscalité nouvelle, mais c’est parce qu’on a acquis une ou deux voitures. L’augmentation de l’endettement des ménages est souvent le corollaire d’un accès à la propriété, et les cotisations santé représentent bien le financement d’une consommation future.
Les affirmations péremptoires sur la paupérisation des Français occulte cette vision des choses.
5) Pour les professionnels du secteur de la consommation, l’irrationalité du débat ne change rien. Il nous faut malgré tout répondre à ces attentes sociales, tenter de rester les moins chers et continuer à offrir des premiers prix et des soldes, y compris pour une population qui en profitera pour partir aux sports d’hiver ou s’acheter des grands crus dans les foires aux vins. Pour ceux-là, c’est avant tout une question de choix, d’arbitrage.
Mais pour le politique, l’impératif est tout autre. La lutte contre la pauvreté devrait être une priorité. Tout le monde, cet hiver, aura entendu parler de Don Quichotte. Mais c’est dès les années 50 que déjà l’Abbé Pierre tenait les mêmes propos. On ne peut pas dire que la mobilisation des différents gouvernements ait été à la hauteur de ces cris de détresse.
A force d’entretenir un discours trop général sur l’appauvrissement de la France, on a fini par cautionner un déficit d’action…et probablement aussi une indifférence à l’égard de la vraie pauvreté.
Posté par M.E.L. le 23 janvier 2007 dans
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17 novembre 2006
Publicité comparative : Je relance le site « quiestlemoinscher.com »
On ne bâillonne pas Leclerc. Foi d’épicier, foi de Breton, têtus que nous sommes ! J’avais promis la réouverture du site « quiestlemoinscher.com », fermé suite à l’action d’un concurrent qui avait saisi le juge des référés. J’en avais promis la réouverture. C’est chose faite depuis ce matin, 7 heures.
Tant pis pour ceux qui imaginaient que l’initiative relevait d’une stratégie de coup publicitaire sans lendemain. La mise en ligne d’un comparateur de prix, dans le seul cadre qui nous est autorisé en France (la publicité comparative) répond à un double souci tactique.
a) La réforme de la loi Galland sur les prix va permettre à chaque enseigne de diversifier plus encore sa politique commerciale. En autorisant la répercussion des marges arrière supérieures à 15 %, elle autorise des baisses de prix enfin substantielles et justifie qu’on s’intéresse autant aux prix qu’aux promotions. Encore faut-il pouvoir faire apparaître les performances prix, les comparer, et permettre aux consommateurs de se faire une opinion.
b) C’est le moment qu’ont choisi les nouveaux adhérents de notre groupement, ceux de la troisième génération (et oui, déjà !), qui veulent renforcer l’agressivité de notre politique de prix et renouer ainsi avec l’esprit pionnier des fondateurs. Ils m’ont demandé de valoriser leur action, et à travers la publication permanente d’un comparateur de références, j’ai pensé qu’il y avait là une manière d’étalonner notre propre performance par rapport à nos concurrents.
L’enjeu : briser la loi du silence sur les prix pour redonner des repères aux consommateurs.
Vu la violence des critiques émises dès la publication de notre premier comparateur, j’ai pensé qu’il ne servait à rien de s’obstiner dans la voie juridique : trop de temps, d’énergie et d’arguties…qui nous auraient amenés, quelle que soit l’évolution du dossier, à ne reprendre le combat que trop tardivement. A contrario, j’ai pensé qu’il valait mieux faire du judo, prendre à bras le corps toutes ces critiques contradictoires (Cf. mes notes des 24/05, 2/06 et 12/06/06) et reconstruire un comparateur en procédant par étape. Chacune d’elles recherchant validation tant auprès du public que des tribunaux éventuellement.
Pour garantir l’objectivité et la fiabilité des résultats, l’enseigne a travaillé avec le BIPE, société d’études et de conseils indépendante, chargée de certifier la méthodologie et le traitement des données.
Celles-ci existent sur le marché. Elles sont construites par des panélistes réputés qui les revendent à toutes les enseignes de distribution. Pour réaliser une comparaison de prix, il ne nous a malheureusement pas été possible de passer par leur intermédiation.
E. Leclerc a lancé un appel d’offres dès le mois de juillet 2006 auprès des principales sociétés prestataires françaises spécialisées. Mais sous la pression des autres grands distributeurs, les sociétés consultées ont, toutes, donné des réponses qui aboutissaient à une quasi impossibilité de mise en oeuvre.
Il s’avérait donc qu’en France, il était pratiquement impossible de réaliser un comparateur de prix entre enseignes d’hypermarchés !
J’ai donc décidé de me tourner vers des sociétés opérant ailleurs en Europe. Et c’est ainsi que nous avons sélectionné une société portugaise, Pole Communication, travaillant déjà avec d’autres chaînes d’hypermarchés de la péninsule ibérique. Elle a délégué, en France, quelques 300 personnes qui ont été chargées de relever les prix de 1 536 produits de marques nationales dans 355 magasins de 8 enseignes de la grande distribution française.
Les relevés de prix
C’est le BIPE qui a choisi la liste des articles de grandes marques nationales qu’il leur fallait relever. Ce sont des articles strictement identiques (et pas seulement « comparables »). Ils ont été classés en 36 familles de produits dans 7 rayons déterminés. Ces produits sont les plus détenus en magasins : ils correspondent aux produits les plus couramment achetés par les consommateurs. C’est aussi le BIPE qui a choisi l’échantillonnage de 355 magasins, soit 11 % des 3 104 magasins appartenant à l’univers de la grande distribution en référence. Cet étalonnage a été effectué selon la méthode des quotas, en tenant compte de 5 tailles de magasin différentes et de leur situation géographique en France décomposée en 9 zones.
Du 2 au 18 octobre 2006, 414 469 relevés de prix ont été ainsi effectués.
Le cadre méthodologique
Le premier comparateur s’approchait, à mon avis, d’un objectif idéal : il était très exhaustif du point de vue du nombre d’enseignes, du nombre d’articles (marques nationales et marques de distributeurs) et la représentativité de l’échantillonnage permettait à la fois une comparaison locale et une comparaison nationale des prix.
Comme tout ceci nous a été contesté, nous avons décidé de « détricoter » tout cela et de reconstruire un comparateur dont l’arborescence pourra progressivement être complétée.
- Des prix comparables ? Oui, nous n’avons retenu que les produits de grandes marques nationales rigoureusement identiques d’un magasin à l’autre (exit la critique selon laquelle les prix des MDD ne sont pas comparables).
- Représentativité des prix ? Les 1 536 articles dont les prix sont relevés sont détenus en moyenne, à des taux de 96 à 99 %, par tous les magasins relevés. Les marques nationales représentent 73,6 % (en valeur) des achats des ménages.
- Représentativité des magasins ? L’échantillon des magasins visités est, selon le BIPE, représentatif de la structure nationale de chaque enseigne. L’accroissement de l’échantillon ne changerait pratiquement rien aux données fournies par ce premier test.
- Objectivité de la méthode ? Le BIPE s’est chargé de contrôler la rigueur dans la collecte et le traitement des données, l’égalité de traitement entre les enseignes et l’indépendance des prestataires en charge des relevés de prix et du calcul des comparaisons.
- Significativité des résultats ? C’est un élément essentiel qui établit la crédibilité d’une publicité comparative : pour ce faire, le comparateur indique systématiquement le nombre de magasins et le nombre de produits à partir desquels s’effectue chaque comparaison entre enseignes. Lorsqu’un produit est présent dans moins de 30 magasins d’une même enseigne, l’écart de prix n’est pas calculé car jugé statistiquement non significatif.
Les résultats
Les écarts entre enseignes sont exprimés en pourcentage. Sur la période de relevés, E. Leclerc est (qu’on me permette de le dire) moins cher que ses principaux concurrents dans une fourchette qui va de 1,6 à 5,5 %. C’est un écart qui représente 1 à 3 années d’inflation en France. Un écart d’autant plus appréciable que, théoriquement, sur ces produits de grandes marques, on admet (trop communément) que toutes les enseignes sont pratiquement aux mêmes prix. La preuve que non ! (Inutile de dire que si on avait introduit les marques de distributeurs dans cette comparaison, l’écart aurait été encore bien plus favorable à notre enseigne).
L’analyse détaillée des prix renforce cette performance. E. Leclerc est la moins chère des enseignes pour 32 des 36 familles de produits. E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur 248 des 252 comparaisons d’enseignes réalisées sur les 36 familles de produits.
Enfin, E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons.
Je les entends déjà, mes gentils concurrents ! Après avoir tenté de déglinguer le premier comparateur, parce qu’il était trop exhaustif, comparait des magasins de taille différente ou des marques de distributeurs…voilà qu’ils disent maintenant que celui-ci n’est pas assez exhaustif, et ne couvre qu’un échantillon de ce que vend un hyper.
Peu m’importe finalement toutes ces critiques contradictoires.
D’abord, je m’y engage, toutes les remarques pertinentes qui seront faites par les uns et les autres, seront prises en compte et permettront d’améliorer le fonctionnement du site.
De toute façon, j’ai bien l’intention de faire de ce comparateur un support durable et crédible pour fournir la preuve des performances vers lesquelles je pousse mes adhérents.
La mise en ligne, ce matin, de ce comparateur n’est qu’une nouvelle étape. J’envisage d’étoffer ce site, mais aussi d’entreprendre d’autres déclinaisons. A bon entendeur…
Posté par M.E.L. le 17 novembre 2006 dans
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31 octobre 2006
Publicité sur l’alcool et le tabac : Pourquoi l’Europe fait-elle la différence ?

"L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération"
Ça chauffe à Bruxelles. La commission s’apprête à édicter ses propositions concernant le marché de l’alcool. Confortée par les suites données à ses recommandations sur le tabac (interdiction dans les lieux publics) la commission doit faire face à une forte campagne de lobbying, des négociants en alcool, mais surtout, des organisations de viticulteurs de l’Europe du Sud.
Conscients des dangers, et du risque de tout faire capoter en défendant une position jugée trop jusqu’au-boutiste (ou ingérable politiquement, ce qui est pareil !), les services de Monsieur Kyprianou ont d’ores et déjà annoncés la couleur :
a) La commission proposera une série d’orientations pour limiter la publicité sur les alcools,
b) Elle n’appellera pas à faire systématiquement campagne contre la consommation d’alcool, mais seulement contre les abus !
Ce sont les jeunes qui constituent d’abord la première préoccupation des experts de la commission. Monsieur Kyprianou envisage de limiter très fortement toute publicité ciblant les jeunes, dans les salles de spectacles, les lieux de vente et même dans les magazines. On parle aussi d’en interdire l’achat ou la consommation à tous les jeunes de 18 ans (ce n’est pas le cas dans tous les pays européens) et même de relever l’âge limite.
La plupart de ces dispositions feront débat, mais ne provoqueront probablement pas de très grandes oppositions.
C’est sur le fond des messages qu’on attend la commission au tournant. Va-t-on dénigrer la consommation d’alcool ? L’enjeu santé va-t-il jusqu’à justifier des allégations du type « la consommation d’alcool tue ». A l’instar de ces épitaphes qui sont imprimées sur tous les paquets de cigarettes ?
A priori non. Monsieur Kyprianou semble faire le distinguo :
Pour le tabac, il n’y a pas un niveau de consommation sans risque.
Pour l’alcool, la cible n’est pas la consommation mais l’abus.
Bruxelles insiste : la commission n’est pas « préoccupée par la consommation modérée d’alcool » mais veut s’attaquer aux effets dramatiques (pour la santé, ou lors des accidents de circulation) d’une consommation répétée et trop abondante. Bref : participer à une politique d’hygiène, à une bonne information des consommateurs.
Ce traitement différencié a-t-il sa raison d’être ? Je ne suis pas médecin, et je ne connais pas le degré de corrélation entre telle ou telle maladie et la consommation parallèle d’alcool ou de tabac. A priori, j’aurais tendance à refuser la diabolisation et à éviter tout esprit de prohibition (qui suscite tant d’effets contraires !). Mais reste à savoir justement, dans le compromis final, si ce sont véritablement des préoccupations de santé publique qui l’emporteront ? Ou si la commission se retranchera derrière de subtiles arguties pour faire droit aux seuls intérêts économiques.
Le seul moyen d’y voir clair, serait de rendre publiques les études statistiques et les analyses factorielles qui permettraient d’apprécier les effets de la consommation d’alcool sur les maladies et les situations sociales…auxquelles on prétend s’attaquer ?
Voilà encore un débat concret pour les présidentielles françaises ? Un débat qui permettrait de redéfinir les prérogatives de l’état, de l’éducation nationale, et de l’administration de la santé, dans tous ces problèmes de nutrition, d’hygiène de vie, d’accident de la route et qui touche peu ou prou des milliers de nos concitoyens.
Posté par M.E.L. le 31 octobre 2006 dans
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16 octobre 2006
Industriels et publicitaires sont-ils « des fabricants d’obésité » ?
Toutes les revues professionnelles se sont focalisées sur le sujet. Colloques, prises de position, mobilisation de scientifiques…les grandes marques agroalimentaires affûtent leurs arguments. Elles refusent d’être « les boucs émissaires » des campagnes lancées par les organisations de consommateurs et les pouvoirs publics contre le « trop de sel, trop de sucre, trop gras ».
C’est le secteur de la pub qui a, le premier, senti le boulet. Trois échéances vont conditionner le nouveau discours nutritionnel des marques.
a) En décembre 2006, la directive « Télévision sans frontière » sera discutée au Parlement. Les consommateurs veulent y faire interdire toutes les pubs qui font la promotion de la « malbouffe ». Notamment à destination des enfants.
b) En février 2007, la Commission Européenne va commencer à élaborer une proposition de texte pour harmoniser les étiquetages nutritionnels. (On peut compter sur la résistance de quelques lobbies).
c) Début mars 2007 devrait être publié, enfin, le décret (dont la sortie a été tant de fois remise, la loi a été promulguée en 2004) pour fixer les types d’informations qui, à l’instar des publicités sur le tabac et l’alcool, devront accompagner toute publicité alimentaire.
Les réactions :
Trop, c’est trop, répondent les publicitaires : et pêle-mêle, ils anticipent les contresens, les lourdeurs, les perturbations de messages qu’une telle prolifération d’écrits ne manquera pas de produire.
Tous s’accordent pour dire qu’en s’attaquant à la publicité, on se trompe de responsable.
Dans un édito fort bien torché, comme il en a l’habitude, l’énergique Christian Blachas, directeur de la rédaction de CB News, lance une salve contre les « maniaques de l’interdiction ».
Sur le fond, on ne peut pas lui donner tort quand il dit : « Il est clair que l’inaction, la sédentarité, le « moulage » devant la télé et les problèmes psychologiques liés à des situations familiales sont certainement plus responsables de la surcharge pondérale des enfants que la pub pour des barres chocolatées… ».
Assurément, il a encore raison quand, dans une approche globale, il estime qu’il faut d’abord « éduquer le jeune consommateur, lui assurer des messages d’hygiène alimentaire puisque les parents ne le font plus. Par manque de temps. Ou par démission ». (De fait, quand je vois tous ces parents filer des ronds pour qu’au cinéma, leur progéniture se goinfre de coca cola géant et de pop-corn, je crie à l’inconscience. Certains conditionnements proposent, le temps d’un film, d’avaler l’équivalent en sucre d’une consommation mensuelle pour un être normal !!!).
Mais, à vouloir exonérer à tout prix la pub et l’industrie, Christian Blachas en fait trop.
La discussion :
Il dit : L’obésité infantile est un phénomène récent, « pourquoi les gamins qui regardaient la télé en 68 (date de l’apparition de la pub télé) auraient-ils été épargnés par l’obésité » et pas ceux d’aujourd’hui. Il rajoute : « Je fais partie d’une génération gavée de carambars et de malabars…autant de produits qui ne faisaient pas de publicité. Or, je n’ai pas le souvenir que cette époque ait engendré beaucoup d’obèses ».
Allons, Christian, ce n’est pas sérieux. Tu aurais pu dire que la cuisine traditionnelle, jusque dans les années 60, abusait de charcuteries saumurées, de pâtés en croûte, de saindoux et de beurre salé… Mais il aurait aussi fallu dire que les modes de vie étaient moins sédentaires.
Mais surtout, il ne faut pas méconnaître les lois de la génétique. Les prédispositions à l’obésité ont été façonnées par les habitudes alimentaires des générations précédentes. Et si le nombre d’enfants obèses explose aujourd’hui, c’est bien parce que la tendance est à l’excès. Comme jamais, on a autant mangé de sel et de sucre. Enfin, jamais la pub n’a autant préconisé le snacking (le grignotage) dans les stations d’autoroute, dans les salles de spectacle, sur le lieu de travail…et même à la maison.
La démonstration :
L’étude réalisée par Que Choisir (n° 441, octobre 2006) est édifiante. Non seulement, « parmi les aliments qui font l’objet de pub télé pendant les émissions consacrées aux enfants, neuf sur dix sont déséquilibrés ». Mais l’investissement publicitaire sur les marques finit par surpondérer la présence, dans nos foyers, de ces produits festifs au détriment de produits plus équilibrés.
Alors, disons-le tout net : nous sommes tous responsables, parents, éducateurs, industriels, publicitaires, distributeurs. C’est un chantier énorme qu’il nous faut ouvrir. Un chantier qui passe par l’éducation à l’école, la place de la nutrition dans la formation des médecins généralistes, une information consommateur plus lisible sur les packagings, la refondation du discours nutritionnel des marques et la discrimination positive pour les produits moins caloriques, à l’école, au restaurant, etc.
Après tout, voilà un défi sacrément intéressant pour la publicité.
Posté par M.E.L. le 16 octobre 2006 dans
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