27 février 2006
Grippe aviaire : Quelle communication pour aider les éleveurs ?

Nous aurons l’occasion de reparler prochainement des différents problèmes causés par ce fléau : aspects sanitaires, risque de pandémie humaine, gestion des scénarios de crise, conséquences sociales et même…politiques. Les fédérations d’éleveurs nous ont sollicités, ces dix derniers jours, pour éviter la chute des ventes, et lancer des campagnes publicitaires. La contamination de l’élevage de Versailleux a pris de court toute la profession et limite sérieusement l’exercice de publicité collective.
Les images associées à l’abattage d’une dizaine de milliers de dindes portent un sérieux coup au projet de publicité collective télévisée réclamée par les syndicats d’éleveurs. Le projet n’est pas définitivement irréalisable. Mais élaborer un message crédible, incitatif, et définir la programmation idéale de la diffusion…voilà qui devient périlleux et mérite réflexion (si l’on cherche réellement l’efficacité auprès des consommateurs, et pas seulement une opération de relations publiques auprès des éleveurs !!!).
1) Rappel du contexte : En France, le risque reste principalement d’ordre vétérinaire
a) Aucun scientifique ne soutient sérieusement l’existence, à l’heure actuelle, d’un risque de contamination d’homme à homme. Cela supposerait une mutation du virus, ce qui n’a pas été observé.
b) Les cas de contamination humaine résultent de pratiques sanitaires déficientes : cohabitation quotidienne avec les oiseaux, manque d’hygiène, ...etc. Dans tous les cas observés, ce sont les animaux qui ont transmis le virus à l’homme.
c) Dans l’hexagone, de l’avis de l’Afssa comme de la plupart des scientifiques, de tels risques sont minimes, y compris dans les élevages industriels, compte tenu des mesures préventives (port de masque et de gants, pédiluve, ...etc.) dans l’exercice professionnel.
2) L’affaire se double d’un risque commercial important :
- Plus de 30 000 élevages professionnels produisent 700 millions de volailles en France.
- Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros.
- Nombre de personnes employées : 65 000.
- Exportations : 715 000 tonnes (plus d’un tiers de la production). La France est le premier exportateur de l’UE.
Je confirme les chiffres cités dans la presse ces derniers jours :
- Baisse moyenne des ventes de 10 à 12 % jusqu’au 15 février.
- 30 % sur les 3 derniers jours ouvrables.
3) Deux types de campagne de communication sont envisagés :
L’une est d’initiative européenne : elle porte sur les aspects sanitaires. L’autre est française et se veut plus commerciale.
a) Les pays européens, réunis à Vienne vendredi, ont décidé de lancer une campagne d’information pour rappeler que « la consommation de volaille ne présente pas de risque ». Certains pays (Turquie, Bulgarie et Roumanie) voudraient y associer des messages de prévention invitant les citoyens à refuser tout contact physique avec les oiseaux, morts ou même vivants !
Les deux messages ont leur raison d’être. Je ne crois pourtant pas à leur cohabitation dans un même spot publicitaire. Ni même dans des spots séparés qui seraient diffusés sur une même période.
b) Les fédérations d’éleveurs en France veulent faire de la promo pour soutenir le marché. Le gouvernement a débloqué 2 millions d’euros qui pourraient être investis dans une campagne collective TV.
Il y a une semaine encore, on aurait pu imaginer un message du type : « La France a pris toutes les précautions en confinant les élevages. Achetez de la volaille française, c’est une garantie sanitaire. Les éleveurs ont fait pour vous les investissements et les efforts permettant de certifier la bonne qualité des marques et labels français ! ».
Oui, mais voilà : l’épidémie a frappé sur un territoire qu’on avait présenté comme sécurisé ! L’élevage de Versailleux (Ain) était confiné (théoriquement). Le H5N1 a frappé là où on ne l’attendait pas.
S’il s’agit d’une erreur humaine, l’affaire sera classée, oubliée dans quelques jours ou semaines. L’opération de communication pourrait alors être lancée.
Si cette affaire révèle finalement l’impossibilité d’un confinement étanche, c’est tout l’argument publicitaire qui tombe.
De fait, les images télé et les articles de presse diffusés ce week-end, ont jeté le trouble dans l’esprit des consommateurs. Ils ont découvert, malgré le confinement, le passage de tracteurs hors pédiluve ; et des pailles préalablement stockées dans une grange ouverte, sans protection contre les passereaux, hirondelles, étourneaux, pigeons, etc… Avec ces commentaires sincères, mais dramatiques : « Comment voulez-vous qu’on fasse autrement ! ».
Ils ont vu aussi une horde de journalistes et de photographes, sans protection, trimbaler leurs chaussures des étangs de la Dombe à la ferme de Versailleux. Et un ministre, seul utilisateur d’un seau qui faisait office d’unique pédiluve. A trop vouloir en faire, on frise le ridicule.
Que reste-t-il donc à raconter après de tels reportages !
4) L’argument de la vaccination
Convaincus du désastre médiatique, les professionnels envisagent maintenant une campagne de vaccination. L’initiative est probablement nécessaire, vu que l’épizootie, personne n’en doute, est là pour longtemps.
Mais si la parade est efficace, et le discours sécuritaire ainsi renforcé, que vaut cette information…par rapport à l’objectif de relance de la consommation. Vacciner…ne fait pas saliver. Qui peut imaginer sérieusement qu’une telle campagne incitera les Français à mettre la poule au pot ?
5) Priorité à la communication de terrain
Je viens de le confirmer à plusieurs fournisseurs qui m’appelaient ce week-end : mon groupe répondra présent à l’appel des professionnels. Nous saurons être solidaires. Et nous mettrons en place, région par région, les opérations promotionnelles les plus adaptées aux contextes locaux.
Pour autant, à partir des réflexions précédentes, je proposerai :
a) De retarder la campagne collective nationale au moins jusqu’à ce que les effluves de Versailleux se soient dispersés dans l’opinion.
b) Si elle doit avoir lieu, il faut trancher. Sécuritaire ? Qui prendra la responsabilité du message : les pouvoirs publics, l’interprofession ? Attention, toute affirmation, toute promesse engage son auteur !
Commerciale ? Quitte à ce qu’on vienne financièrement en aide à nos amis de la Bresse, je préconiserai qu’on ne tienne pas un discours général. Il sera pollué dès la prochaine contamination. Il vaut mieux segmenter les risques (et les chances de réussite). Je recommanderai de faire la publicité de différents bassins de production (Landes, Gers, Loire, Bretagne ouest, etc…) dont les élevages ne sont pas affectés. C’est ce qui avait été fait dans le contexte de la « vache folle ». Nos bouchers s’étaient appuyés sur la fiabilité de certaines races à viande (limousine, aquitaine, ...etc.), le temps que soit mis en place un système général de traçabilité.
c) En tant que distributeur, nous nous offrons à être les relais des campagnes commerciales. Je crois plus au travail effectué par les bouchers-charcutiers et les responsables de nos rayons traiteurs qu’aux vertus des grands discours collectifs. Ce sont eux qui sont les plus fiables pour vanter la qualité de leur approvisionnement auprès de consommateurs.
d) Dans Le Parisien, ce matin (27/02/2006), les adhérents d’une section avicole de la FDSEA s’inquiétaient de la quasi fermeture des rayons volaille de certains hypers. Je ne sais pas si c’est vrai.
Sans qu’il soit nécessaire de se référer au « civisme de la grande distribution », il est primordial que nous ne participions pas à la psychose. Le meilleur moyen de démontrer notre confiance dans le produit, c’est de le mettre à la vente.
e) Reste pour moi une inconnue, l’attitude des organisations de consommateurs. Sauront-elles manifester leur solidarité avec les éleveurs ? Estimeront-elles ne pas pouvoir s’engager sur la qualité des mesures sécuritaires ou l’innocuité de l’ingestion des volailles…
Les efforts des professionnels ne serviront à rien s’ils ne sont pas relayés dans l’opinion, et surtout s’ils sont contrecarrés par une culture du doute.
Posté par M.E.L. le 27 février 2006 dans
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19 janvier 2006
Actimel, Bifidus, Yakult : Que Choisir trie les vraies et fausses promesses des alicaments !

Pas facile d’élaborer une opinion bien étayée sur les promesses alléchantes des probiotiques et autres alicaments dont nombre de marques se revendiquent dans les campagnes de publicité, comme sur les packagings. Ces marques venues d’ailleurs (Actimel, Bio, Yakult, LK, L.CASEI) ont suscité une abondante littérature critique. Des opinions qui expriment un scepticisme devant la surenchère des allégations. Des analyses qui décryptent des stratégies marketing plutôt que des préoccupations nutritionnelles… Mais des avis scientifiques aussi, avec quelquefois la caution d’un grand laboratoire ou même de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)…
L’UFC-Que Choisir (n° 433, janvier 2006) a consacré un très intéressant dossier à ces « bonnes bactéries » dont les vertus sont supposées améliorer notre transit intestinal ou accroître les défenses de l’organisme.
J’en recommande la lecture : outre qu’on y collecte beaucoup d’informations (précises), les rédacteurs (Fabienne Maleysson et Claire Pergrale) ont refusé par avance tout parti pris anti-industriel. L’approche est pragmatique (analyse comparée des valeurs nutritionnelles) et s’intéresse aux grandes marques tout autant qu’aux MDD.
J’ai particulièrement retenu de cette étude :
a) Un effort général, toutes marques confondues, sur la réduction des lipides : « Les teneurs en graisses sont limitées, allant de 0 % à 1,6 % ».
b) Respect quasi général des recommandations de l’OMS (indication des conditions de conservation, contact fabricant, relative clarté des informations consommateurs).
c) Toujours beaucoup de sucre (trop de sucre !).
Sur le fond même de la polémique, Que Choisir conclut surtout à l’écart « entre les résultats d’études, positifs mais relativement limités, et les publicités (couples de seniors prêts à affronter les rigueurs de l’hiver ou les aléas d’un voyage en Inde, blouse blanche vous expliquant qu’Actimel peut contribuer à contrer les effets du froid, du stress et du manque de sommeil, bonnes bactéries agissant comme des boucliers apparemment capables de vous prémunir contre toute attaque de l’extérieur…) ».
Pas lieu de lancer une chasse aux sorcières, donc. De la vigilance, surtout (« Le consommateur n’a pas fini de devoir faire le tri entre les faits scientifiquement avérés et les délires publicitaires »).
Et c’est sous forme de clin d’œil que Fabienne Maleysson rappelle que tout autant que ces produits nouveaux, le yaourt, le bon yaourt classique, avec ses ferments traditionnels Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, reste encore indétrônable pour ses effets bénéfiques.
Posté par M.E.L. le 19 janvier 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
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12 janvier 2006
Labels bio, équitable, environnement : La leçon des Coop Suisse !
Les consommateurs suisses sont parmi les plus gros acheteurs de produits issus du commerce équitable (pour l’anecdote, 50 % des roses vendues au pays de Guillaume Tell sont labellisées Max Havelaar ! ! ! ».

Idem pour le bio : 30 % des produits agricoles helvètes, compte tenu de cet engouement, se revendiquent de cette certification.
Le rôle de la distribution coopérative a été exemplaire dans ce développement. Migros, puis les Coop de consommateurs ont largement relayé l’aspiration quasi naturelle des Helvètes pour la défense de leur environnement. Au point qu’aujourd’hui, Coop Suisse (2ème distributeur) y commercialise 50 % des produits bio. Avec des taux records qui interpelleront tous les professionnels hexagonaux : 50 % du marché du lait, 51 % des œufs, 35 % des carottes, etc…
J’avais, hier, organisé le déplacement à Bâle de toute une task force : cadres et adhérents de mon enseigne engagés dans le développement durable (secteur achats, logistique, contrôle qualité). Visite passionnante, depuis l’arpentage des rayons d’hyper où s’affichaient bien visibles les différents labels écologiques, jusqu’au siège de la coopérative avec les chefs de projet et les « category managers ».

La stratégie des Coop s’appuie sur le développement de « labels de compétence » :
- Coop Naturaplan distingue les aliments biologiques certifiés par un « bourgeon » ainsi que viandes et œufs issus d’élevages respectueux des animaux.
- Coop Naturaline labellise les textiles et les cosmétiques produits selon un cahier des charges écologique et éthique. Exemple : vente de coton bio et équitable, origine Inde.
- Coop Oecoplan souligne les produits et emballages dont les engagements environnementaux sont certifiés. Et aussi les services tels le réseau des « pressings-maison » qui ont remplacé le perchloréthylène par un solvant moins polluant.
- Max Havelaar est partenaire des Coop et labellise les produits du commerce équitable.
- A ces certifications viendront bientôt s’ajouter un label « végétarien » et un autre « antiallergénique ».

Pour ceux que le détail de ces initiatives intéresse, Coop Suisse édite une brochure très complète, en français ou en allemand, qu’on peut acquérir au siège des Coop (Info Service, Case postale 2550, 4002 Bâle).
De cette visite, mes collaborateurs et moi-même avons retiré beaucoup d’enseignements. Je livre, pêle-mêle, quelques observations particulières.
1) Les Coop se sont engagées à fond, dès le début des années 90, dans le développement durable. Inutile de dire que même à l’époque, ce n’était ni une mode, ni un véritable investissement marketing. Le groupe a tout de suite rencontré un problème d’offre limitée. (Les producteurs bio peinaient à exister au milieu d’une agriculture hyperproductive avec sa surproduction de lait et ses montagnes de beurre).
Le distributeur s’est donc investi dans des accords de filières, avec des partenariats individualisés.

2) Coop a donc dû appuyer le développement de ces gammes grâce à ses propres marques.
a) Aujourd’hui encore, peu ou pas de marques de producteurs (pas d’AOC, d’indications spécifiques de terroir comme en France…). Même les produits locaux sont aux marques et aux labels « Coop Suisse ». On ne peut certes pas parler de « filières intégrées », mais, à coup sûr, les producteurs sont dépendants du marketing de l’enseigne.
b) Conséquence : la production bio en Suisse s’est terriblement concentrée. En France, elle est atomisée dans des centaines d’exploitations. En Suisse, 4 à 5 « grosses firmes agricoles », par segment de marché, y compris dans l’élevage, proposent l’offre labellisée vendue chez Coop.
c) S’il existe en Suisse des organismes « nationaux » labellisateurs, on n’en voit pas beaucoup les sigles sur les produits (contrairement au Label Rouge ou au logo AB (Ecocert) en France). Du coup, les labels Coop représentent 30 % des ventes de l’enseigne ! ! ! Coop fait cependant appel à Max Havelaar pour les produits équitables, mais pas sur tous les produits (notamment d’origine Asie).

3) En France, les ONG y verraient malice (Cf. débat sur la multiplication des certifications privées et l’auto-saisine des pouvoirs publics dans cette affaire). Pas de problème de ce type en Suisse (si j’en crois nos interlocuteurs). Deux explications sont avancées :
a) Les ONG sont très positives (idéologie protestante, Cf. Max Weber ! ! !). Un peu plus vindicatives en Suisse romande qu’en Suisse allemande. Mais elles sont très pragmatiques. Et les 2 millions de consommateurs de Coop sont co-propriétaires (pléonasme) de leur coopérative, d’où maxi confiance.
b) La demande elle-même n’est pas politisée, ni « idéologisée ». Nos interlocuteurs considèrent que l’approche environnement/bio des clients ressort d’une attitude plutôt « égoïste ». Priorité d’abord à la préservation de leur propre santé ou de leur patrimoine (paysage, qualité de vie, tourisme, etc…).
4) Ce contexte particulier a permis aux productions bio et aux produits du commerce équitable de sortir de leur marché de niche. Sans compter qu’indirectement, le prix du bio a bénéficié « d’un écart de prix » relativement faible par rapport à une agriculture conventionnelle déjà très chère (une réglementation très protectionniste met les agriculteurs locaux à l’abri de la concurrence européenne).
5) Mais ce contexte particulier conduit aussi à quelques exubérances et contradictions. Quelques exemples en parcourant un magasin :
a) Les produits bio sont très festifs (ce qui les rend très attractifs). Rien à voir avec le marketing paupérisant de certains produits hexagonaux ou nordiques. Les packagings, comme les arguments publicitaires, revendiquent plutôt le goût, l’achat plaisir…que l’achat militant !
b) Les produits frais bio sont tous recouverts de polyéthylène (pas de PVC bien sûr). Explication étonnante : « Ne pas contaminer le bio dans sa cohabitation avec les produits conventionnels ». Quel gaspillage d’emballage !

c) Les gammes bio sont richement déclinées. Avec excès, parfois ! Ainsi, ces œufs durs sortis d’une gamme « Pique-nique », bio de chez bio, colorés en bleu ou en rouge(pour ne pas les confondre avec des œufs frais) ! Rien ne justifie évidemment qu’ils soient vendus 1 F suisse de plus que le bio classique (ou alors, ça fait cher la cuisson écolo ! ! !).

Ou encore, ces œufs brouillés (bio) commercialisés en brique pour 2 ou 4 personnes ! Je ne vous dis pas le prix…

Enfin, que penser de ces gammes bio spécifiques enfants (exemple : une référence de pomme, au goût sucré !).

d) Moins anecdotique, mais en complète contradiction avec les objectifs affichés d’économie d’énergie et de lutte contre le gaspillage, toutes les gammes bio sont déclinées en portions individuelles. Avec des dizaines de petits packagings pour abriter « sauces, yaourts, purées de fruits, confitures et condiments », etc…
e) Et pour finir, ces suremballages en carton, détachables, qui entourent le plastique des « ultra-frais », théoriquement justifiés pour que les consommateurs puissent les séparer lors du tri sélectif…alors qu’il suffirait d’imprimer le pot et d’en faire l’économie !
6) Nouveautés : Coop a récemment noué des partenariats de co-branding avec des grandes marques industrielles (Skip, Knorr) ou sélectives (Weight Watchers…) dans le bio et la diététique. Voilà qui ferait bien hurler les associations françaises… Mais apparemment, ici, ça passe…

Bon, j’arrête là ces remarques. Au-delà de ces commentaires, je retiens la détermination et la performance de Coop Suisse. Exemplaire !
Au Sommet sur le Développement Durable de Johannesburg, l’ONU lui a décerné le Prix International des Partenariats en faveur du Développement Durable. Bravo, c’est mérité. A nous de relever le défi…

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2006 dans
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16 novembre 2005
Intoxication e. coli : état des lieux
Réunion ce matin de notre cellule nationale de crise pour faire le point sur l’épidémie.
1) Les malades :
Comme plusieurs collaborateurs qui avaient écouté la radio hier soir, je craignais une reprise de l’épidémie. En fait, il n’en est rien. Les cinq personnes dont le CHU de Bordeaux avait communiqué l’évolution de l’état de santé…ne sont pas de nouveaux cas. La plupart des malades vont mieux ou sont sortis des hôpitaux. Mais un enfant de 2 ans et demi est toujours sous surveillance. Et si celui dont je vous parlais la semaine dernière, est sorti de son coma artificiel, il est toujours en « prise en charge intensive ».
Officiellement, une trentaine d’intoxications graves ont été recensées. Mais le nombre de personnes touchées à des degrés divers a été sensiblement supérieur.
79 familles (représentant 142 malades) ont pris contact avec notre cellule d’accueil installée à Toulouse. Des experts répondent aux questions que peuvent se poser les familles, les renvoient éventuellement vers les institutions de santé pour conforter leur dossier, et proposent, en cas de besoin, des prises en charge financières et des avances de trésorerie (ce dont ont déjà bénéficié quelques familles).
Je suis soulagé par la qualité de cette relation. Les familles ont été dirigées vers cette cellule d’accueil après avoir, elles-mêmes, contacté notre service consommateurs allo E. Leclerc ou les directeurs de magasin de leur région. Je répète nos engagements : ces solutions ne préjugent, ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.
2) Les contacts clients : Le repérage des derniers clients qui restaient à contacter se poursuit.
- Ceux qui avaient une carte de fidélité ont presque tous pu être directement informés. Il reste encore quelques personnes, absentes de leur logis, auxquelles messages et courrier ont été adressés. Elles seront de toute façon rappelées jusqu’à pouvoir leur parler de vive voix.
- Concernant les 6 530 clients ayant payé par carte bancaire : nos magasins se sont chargés d’en rappeler 5 345 (même plan d’action qu’avec ceux qui avaient une carte de fidélité, d’autant que les fichiers peuvent se recouper : une personne ayant une CF et son compagnon ayant payé avec la CB). Les autres sont rappelés directement par les succursales bancaires.
- Quant aux 3 382 clients qui ont payé par chèque, 1 885 sont recontactés par les magasins, les autres par les banques.
- Je tiens à dire qu’après un petit temps d’hésitation (sur la question de la déontologie), les banques, dont la BNP, le Crédit Agricole, le CCF, le CIC, La Poste et la Société Générale, se sont sacrément décarcassées. (Je précise pour les mauvaises langues que les procédures légales, même dans cette urgence, sont respectées : accord du GIE Carte Bancaire, restitution ou destruction des fichiers après contacts, non communication à des tiers, etc…). Sauf pour les banques précédemment citées, nous ne disposons pas encore d’un retour d’infos précis sur la liste des clients contactés par ce canal. Le Crédit Mutuel, les Caisses d’Epargne ou la Banque Populaire font remonter ces statistiques par leur direction régionale, mais c’est en cours.
De toute façon, le dispositif de rappel des clients restera en place jusqu’au dernier contact.
3) Maintien du dispositif d’information : Compte tenu de la couverture médiatique sur cette intoxication et de tous les systèmes mis en place pour informer les clients, je n’ai pas trop de doute pour affirmer que la plupart des consommateurs ait été suffisamment informée. Pourtant, nul ne peut prétendre que ce soit vrai à cent pour cent (ne serait-ce que par impossibilité de contacter les quelques dizaines de clients qui auraient pu payer en liquide).
A date, les résultats d’un sondage (OMD) que nous avons commandité auprès des consommateurs, sont plutôt rassurants :
- 97 % sont au courant de cette intoxication par consommation de steaks hachés,
- 93 % des personnes interrogées (96 % des 25/49 ans avec enfants) savent qu’elle concerne des clients de nos magasins.
Sondage plutôt concluant, mais néanmoins toujours une marge d’incertitude ! C’est la raison pour laquelle, nos adhérents ont décidé de publier des placards publicitaires dans Sud-Ouest et La Dépêche du Midi.

Tous les moyens d’information en magasin (affichage aux caisses, notamment) restent maintenus en place.
Posté par M.E.L. le 16 novembre 2005 dans
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9 novembre 2005
Intoxication e. coli (suite)
Sur le front de l’épidémie, c’est plutôt l’accalmie. Je crois savoir que l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) publiera, ce soir, sur son site un recensement des malades dans les départements concernés. Selon nos infos, deux ou trois personnes nécessitent des soins intensifs. L’état du petit garçon très atteint ne semble pas s’améliorer.
Nos collaborateurs affinent maintenant leur dispositif pour finir de contacter les derniers clients qui ne se sont pas manifestés, malgré nos appels.
De leur côté, les banques continuent leur travail. Certaines (Crédit Agricole, BNP, La Poste, Société Générale) ont pratiquement clos leur dossier. Plus longs sont les délais de contact pour accéder aux clients ayant payé par chèque. Ca suit son cours.
A l’interne, à tous les échelons du groupe, les collaborateurs évaluent toutes les conséquences de cette crise. Il y a une foultitude d’aspects : traitement des dossiers des malades, des clients, relations avec les administrations pendant les enquêtes, appréciation de tous les aspects juridiques, etc… J’ai évidemment été très pris, ces derniers jours, par la mise en place de tous ces chantiers. Je reste particulièrement mobilisé pour « accompagner » le travail des équipes.
Je ne pourrai reprendre nos échanges quotidiens sur ce blog qu’à partir de demain. Il s’est passé beaucoup d’évènements dans notre société depuis quelques jours. Ils nous concernent aussi, entrepreneurs, salariés, consommateurs…
A demain donc.
Posté par M.E.L. le 9 novembre 2005 dans
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7 novembre 2005
Intoxication e. coli : L’épidémie ne progresse plus, mais les risques demeurent
Réunion de notre cellule de crise ce matin. Beaucoup de rapports, remontée des informations du terrain, opinion des experts, analyses…
1) Etat des lieux
a) Les patients :
Toujours, officiellement, 26 cas recensés. Un cas supplémentaire était signalé vendredi, mais apparemment pas en liaison avec cette épidémie. Un malade particulier justifie toute mon angoisse et l’impossibilité de baisser les bras : celui d’un petit enfant, toujours hospitalisé, dont l’état serait critique.
b) L’enquête :
Elle se poursuit tous azimuts.
- Chez le fournisseur :
La DSV du Maine-et-Loire poursuit ses investigations. Nous ne connaissons pas encore ses premières conclusions (normal !).
Plus personne ne semble contester que la contamination ait eu lieu le 22 août, lors de l’élaboration du lot de steaks hachés n° 234 (en fait, les n° 231 et 234 forment un même et seul lot. C’est une insuffisance d’encrage qui a fait confondre les chiffres 1 et 4). Olivier Kriegk, directeur scientifique du groupe industriel TERRENA, la coopérative propriétaire de l’usine SOVIBA, confirme : « Cette contamination accidentelle est ponctuelle et liée à l’utilisation d’un ou de quelques muscles souillés par des germes intestinaux au moment de l’éviscération de la carcasse ». Accident, erreur de contact, introduction du germe par une personne, mauvais process et manipulation ? Ces points ne sont pas encore établis.
Sur les trois lots retirés par précaution, celui qui porte le n° 206 est désormais mis hors de cause. Le client qui avait consommé un produit de ce lot avait aussi mangé un steak du lot 231-234. Finalement, c’est donc dans ce dernier lot que se sont logés les produits contaminés.
D’ailleurs, toutes les analyses à date confirment que les quantités mises sur le marché avant et après le lot 231-234 sont sains.
Les steaks hachés étant élaborés à partir des quartiers avant, la DSV cherche à contrôler aussi les utilisations du reste de la bête éventuellement contaminé.
- Dans les magasins :
La Direction des Fraudes, la gendarmerie, les Services Vétérinaires poursuivent leurs contrôles (constat du retrait effectif des produits, respect de la chaîne du froid, etc…). Bien trop tôt pour avoir des conclusions et des cetitudes. Mais, pour l'heure, je n’ai pas connaissance que des anomalies (en liaison avec l’épidémie) aient été constatées. Je touche du bois.
- Pouvoirs publics :
Les Parquets de Marmande et d'Angers (ville près de laquelle est implantée l'usine Soviba) ont ouvert une « enquête préliminaire ». Au vu du résultat, ils décideront ou non d'ouvrir une information judiciaire (engagement d'une procédure pénale).
2) Suivi du plan d’action
a) Les malades :
L’administration nous confirme qu’il ne serait pas judicieux que nos directeurs de magasin cherchent eux-mêmes à contacter leurs clients malades. Comme je l’ai déjà dit, cela engendre une part de frustration, mais cela me semble plus sain (même si ça a un côté inhumain) du point de vue de la déontologie (pas de risque de pression des partenaires économiques !).
En même temps, il nous faut éviter de nous disperser en ayant à répondre à une surenchère de demandes fantaisistes. Dans ce type de crise, on trouve toujours des gens pour qui tout est prétexte à réclamation ou à chantage…alors qu’il n’y a pas de lien avec l’épidémie (déjà vu ce week-end ! ! !).
Un bureau de traitement des demandes a été installé aujourd’hui à Toulouse. Il s’agit d’une cellule d’accueil vers laquelle les magasins guident les familles concernées et qui le souhaitent. Des experts sont chargés notamment de trouver des solutions rapides pour les clients dont l’hospitalisation a entraîné des frais immédiats. Quelques dossiers ont déjà été traités aujourd’hui. Ces solutions ne préjugent ni ne s’opposent à toute autre initiative que souhaiteraient prendre les familles des malades.
b) Les clients :
Selon les estimations de nos équipes du Sud-Ouest, presque tous les clients ont désormais été repérés. 98 % ont été informés. Restent trois difficultés :
- Une minorité d’entre eux n’étaient toujours pas rentrés dimanche soir. Message téléphonique et lettre recommandée leur ont été envoyés. Nous estimons qu’il est néanmoins nécessaire de les avoir « de vive voix » pour être assurés de la bonne réception du message d’alerte.
- Quelques difficultés encore pour les clients dont le contact est dépendant du passage obligé par les banques (paiements CB ou chèques). Une perturbation technique ce week-end pour pouvoir exploiter des fichiers. Certaines banques locales ont aussi préféré réaliser elles-mêmes les appels (le Crédit Agricole des Landes s’est particulièrement mobilisé).
- Un autre point aussi : la difficulté d’apprécier l’effectivité des destructions annoncées par les consommateurs eux-mêmes. Les ont-ils vraiment jetés ? Ont-ils tout jeté ?
Compte tenu de ces deux facteurs d’incertitude, nous décidons :
1) Le maintien, pendant plusieurs semaines, de tous les systèmes informatifs en magasins.
2) La publication, par période, d’encarts publicitaires dans la presse (répartis entre Sud-Ouest et la Dépêche du Midi). Publication réitérée autant que de besoin…
c) Communication :
Je persiste à ne pas déroger à la règle qui veut qu’au niveau national ou dans les magasins, on s’en tienne à une politique d’information des consommateurs et de rappel des produits.
Pour moi, il n’est pas l’heure de faire l’exégèse de cette crise.
Des voix amicales et des salariés trouvent que je devrais répondre à certaines attaques outrancières. Je ne crois pas que ce soit le moment. Ne nous laissons pas perturber. Ce type de crise voit toujours surgir sa cohorte de procureurs et d’exaltés. Ces méchantes langues seront encore plus virulentes si nous ne consacrons pas notre énergie aux seules fins de circonscrire l’épidémie.
Posté par M.E.L. le 7 novembre 2005 dans
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4 novembre 2005
Intoxication e. coli : informer, prévenir, rechercher les produits
Nombreuses réunions et coups de téléphone pour encourager, dans les magasins du Sud-Ouest, les équipes chargées de contacter tous les acheteurs de steaks dont les lots ont fait l’objet d’un rappel. On arrive à l’objectif. Probablement d’ici lundi ou mardi (encore des personnes en vacances ou absentes…). A Mont-de-Marsan, par exemple, il ne reste plus que 15 clients à contacter.
Les scientifiques ont revu à la hausse la durée d’incubation de la maladie (plutôt 12 à 15 jours qu’une semaine). C’est ce qui explique l’augmentation du nombre de malades malgré les retraits et les rappels effectués. Et puis, ne l’oublions pas, il s’agit de produits surgelés. Tant que des consommateurs en garderont des stocks, de nouvelles gastrites peuvent apparaître.
J’ai donc donné toute consigne pour que, dans le groupe, on se focalise sur l’information de tous les consommateurs et de ne communiquer qu’à des fins de prévention et de rappel des produits.
Les médias voudraient que nous parlions de notre organisation, nos systèmes de traçabilité, notre manière de gérer la crise. Ce n’est pas le moment.
Bien sûr, parallèlement à ces opérations, mes collaborateurs travaillent sur les suites à donner à cette épidémie : relation avec les familles des malades, établissement et engagement des responsabilités, suivi de l’épidémie avec les administrations concernées et des enquêtes menées chez l’industriel SOVIBA sur les lieux de la contamination (localisation du contact avec le germe, analyse des causes, actions correctrices…).
Je ferai un rapport d’étape lundi prochain.
Posté par M.E.L. le 4 novembre 2005 dans
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1 novembre 2005
Steaks hachés, point sur les opérations de retrait
Une journée sans nouveaux malades. Répits ou replis ? Trop tôt pour le dire…
Je souhaite sincèrement un prompt rétablissement aux enfants alités.
750 personnes de mon groupe sont mobilisées pour téléphoner à chaque acheteur de steak haché. Elles n’arrêteront que lorsqu’il n’y en aura plus dans les foyers.
Un point rapide avec mes collaborateurs de la cellule de crise.
1/ Estimation du taux d’information des consommateurs : 99%
2/ Estimation repérage des clients concernés : 95% (via les cartes de fidélité et renseignements auprès des banques.)
3/ En 48 heures, 2500 consommateurs ont contacté notre centre d’appel national. Et sur le terrain les magasins ont parlé avec 13000 acheteurs.
Si l’on tient compte du retrait des produits en magasins, des stocks déjà consommés sans problème, et ceux qui ont été rapportés, il reste encore un tiers des boites à récupérer.
4/ Au rythme actuel nous prévoyons le retrait total d’ici la fin de la semaine (retour des vacances scolaires), ou début de semaine prochaine.
5/ Une alerte européenne a été lancée. Je ne connais pas les quantités exportées par le fournisseur SOVIBA. Mais dans notre réseau c’est marginal.
24 boites en Espagne et 576 au Portugal. Depuis hier, nous avons effectué les mêmes opérations de retrait et rappel. Il n’y a pas eu de cas d’infection déclaré.
Posté par M.E.L. le 1 novembre 2005 dans
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31 octobre 2005
Intoxication alimentaire au steak haché : mobilisation générale
L’affaire est très sérieuse. La santé d’une quinzaine d’enfants a été menacée. D’autres infections sont possibles. Un mauvais germe a passé le barrage des contrôles industriels. Et pour avoir mangé du steak haché d’un lot distribué par nos soins dans le Sud-Ouest, certains malades sont encore ce matin à l’hôpital en service réanimation pédiatrique.
Rien à voir donc, avec une quelconque psychose. Cette vague d’intoxication nécessite qu’on laisse tomber susceptibilité et souci d’image et qu’on mobilise fournisseurs et salariés concernés de l’enseigne.
1. De quoi s’agit-il ?
D’une bactérie, l’Escherichia coli, ingérée par consommation de steak haché surgelé. Elle provoque un syndrome hémolytique et urémique. Quand mes collaborateurs m’en ont parlé, dès jeudi soir, à la première alerte, j’étais justement avec un ami docteur. Il ne comprenait pas mon angoisse. « Ce germe est fréquent, me disait-il. Il y en a une centaine de cas par an ».
Oui, mais voilà. D’abord, rarement on a observé une telle concentration de cas dans une zone aussi restreinte. Et surtout, la souche semble être très violente. Surtout sur les enfants. Elle atteint le système sanguin et les reins. Les symptômes correspondent à des diarrhées sanglantes, avec très grande fatigue, fièvre… Non seulement la maladie nécessite l’hospitalisation, mais aussi dans les cas sévères, dialyse ou transfusion sanguine.
Inutile de vous dire que l’annonce de l’hospitalisation de 13 enfants (4 nouveaux cas ce matin) m’a complètement angoissé. Comme j’imagine l’étaient plus encore les malheureux parents dont l’inquiétude était renforcée par le manque d’information.
2. Quel degré de certitude sur l’origine de l’intoxication ?
Ce matin, on peut certifier que les produits déclencheurs faisaient partie d’un lot de steak haché, de la marque Chantegril, fabriquée pour notre compte par la société Soviba (près d’Angers). L’un des grands industriels du secteur carné en France (2 500 salariés).
Les administrations ont fait un travail de fourmi. Elles ont tout épluché. Et c’est en accord avec elles que, dans l’incertitude, vendredi soir, nous avions décidé déjà de retirer ce produit de la vente.
Les investigations n’ont pas été très faciles :
a. Les huit premiers cas d’intoxication ont d’abord été notifiés par les pédiatres hospitaliers des Landes, et deux cas, l’un dans les Pyrénées Atlantiques, l’autre dans le Lot et Garonne.
b. Les services sanitaires ont interrogé les parents (lieu de baignade, loisirs, événements collectifs, école ?). C’est vers des consommations alimentaires communes que s’est orientée l’enquête.
c. Les écoles étant fermées, difficile d’établir une relation de causalité.
d. Finalement, une certitude a émergé le 27 octobre : tous les enfants avaient consommé au moins une fois des produits achetés dans un magasin de notre enseigne (très implantée dans la région Sud-Ouest).
Mais, jeudi 27 vers 18 heures, plusieurs produits restaient suspects sans qu’on puisse en désigner un particulièrement (jambon blanc, steak haché surgelé, pâté, saucisse de Francfort, porc !!!).
Dimanche après-midi, les résultats des contrôles effectués chez le fournisseur sur des échantillons témoins ne laissaient plus aucun doute sur le rôle du steak haché surgelé comme agent propagateur.
3. Administration et distributeur, comment avons-nous procédé (chronologie) ?
Jeudi 27, 18 heures : Appel de la DGAL. Elle nous informe de la série d’intoxications (décelées du 5 au 26 octobre). Elle confirme par fax, sollicite nos recherches conjointes.
A ce stade, nous constituons une cellule de crise : responsable qualité, acheteur produits, chef de marché (relation avec les fournisseurs), docteur vétérinaire conseil, spécialiste logistique industrielle, communication interne et externe, tous en relation directe avec les administrations (santé et agriculture) et moi-même par téléphone (alors en déplacement en Italie).
Vendredi 28 : Matinée et après-midi consacrées à questionner les fournisseurs de produits charcutiers et carnés : vérification des livraisons (traçabilité, allotement, etc.). La recherche est encore trop large.
Les produits peuvent avoir été achetés du 1/09 au 15/10. La liste est encore imprécise.
Vers 18 heures, l’institut de veille sanitaire confirme la présomption sur le steak. (On a trouvé un paquet non encore consommé chez un client malade porté à l’analyse).
A 19 heures, notre décision est prise. Nous décidons de retirer tous les lots de ce produit à la vente dans le Sud-Ouest.
4. Quels dispositifs avons-nous mis en place ?
Vendredi 28 : la priorité, c’est donc le retrait.
Nous disposons d’une messagerie intranet : tous les ordres de retrait sont immédiatement lancés. Une info succincte (mention « urgent/crise ») est postée sur les boîtes aux lettres des responsables qualité des magasins.En parallèle, communication au fournisseur des lots concernés. Analyse des échantillons témoins que nos fournisseurs ont l’obligation de conserver.
Samedi 29 : Les produits sont donc retirés de la vente.
Je rappelle qu’à ce moment on n’agit encore qu’en vertu du principe de précaution. Aucune analyse n’est encore susceptible de valider définitivement le diagnostic.
A 17 heures, l’INVS confirme 14 cas et 3 numéros de lot.
A 18 heures, la DGAL propose une réunion téléphonique avec notre cellule de crise. Projet de communiqué élaboré. Avalisé par l’administration à 0h10.
Dimanche 30 : Envoi du communiqué aux médias sur zones et à l’AFP.
Affichage en magasins (rappel des produits et numéros de lots). Mise en place d’une cellule de rappel des clients (7 500 personnes appelées ce dimanche).
Lundi 31 : présence dans tous les médias. Et 750 salariés épluchent tous les tickets de caisse pour repérer les acheteurs de steak et les appeler au téléphone.
5. Quel est l’état des lieux ce lundi ?
A aucun moment, ni mes collaborateurs ni moi-même n’avons été en liaison avec les malades dans les hôpitaux. C’est une règle déontologique (pas de pression !) donc, les infos ne nous reviennent que par les administrations (ce qui surprend la presse qui a du mal à croire qu’il nous est difficile de répondre sur l’état des malades !).
Il semblerait que les enfants malades aillent mieux. Mais trois nouveaux cas viennent d’être décelés. Pas question, donc, de désarmer.
Sur le terrain : rappel des clients (85% possèdent une carte de fidélité. Nous avons les numéros de téléphone) les autres nécessitent des recherches auprès des banques (CB, chèques !). Trois à cinq personnes par magasin sont mobilisées.
Poursuite de l’enquête chez le fournisseur.
Mise en place d'une équipe renforcée de téléconseillers sur notre service client Allo E.Leclerc : 0810 870 870
6. Que s’est-il passé chez le fournisseur ? A ce stade de l’enquête, quelques certitudes, mais des questions !
a. Soviba est une grosse entreprise, fournisseur de la plupart des enseignes de distribution et de restauration.
b. Référencé par nos acheteurs, elle a subi des audits industriels dont les résultats sont satisfaisants.
c. Par contrat, le fournisseur s’oblige à ne livrer les produits qu’après des tests de contrôle. A priori, ces tests ne révélaient pas de germe. Il conserve des échantillons témoins de chaque lot. L’analyse, dimanche, de ces échantillons infirme les premiers tests, et révèle la contamination dans l’entreprise.
e. Reste que rien ne permet d’expliquer encore précisément l’origine de cette contamination. L’agent infectieux est souvent présent dans l’appareil digestif des bœufs. Mais dans un abattoir, les abats ne devraient jamais rentrer en contact avec les muscles dont sont issus les steaks hachés. Y a t il eu contamination par défaut de processus, par apport extérieur ? Enquête en cours.
En tout cas, pas de rupture de la chaîne du froid à priori en cause.
7. La qualité de la viande est-elle en cause ?
Nullement. Contrairement à ce qui a été dit dans certains médias, il ne s’agit pas de viande avariée. Ni même de viande « bas de gamme ». Le stock est issu de viande française abattue et conditionnée dans les usines Soviba. Et il s’agit « d’avants de bœufs ».
8. Quelle attitude allons nous avoir envers le fournisseur ?
Dans une conférence de presse ce matin, le DG a reconnu, même s’il ne se l’explique pas, que les lots avaient été contaminés dans l’entreprise. Il reste à déterminer comment, s’il s’agit d’une faute, d’une erreur de manipulation, d’un défaut dans le process de découpe ou de transformation. Enquête en cours.
A priori, les administrations n’ont pas trouvé d’autre lot contaminé. Enquête aussi.
Pour notre part, nous avons suspendu nos approvisionnements en attendant les résultats des investigations.
9. Quelle perspective à court terme ?
Pour les médias, l’affaire sera peut-être terminée ce soir. On passera à autre chose.
Pour nous, la mobilisation ne fait que commencer ?
a. Il s’agit d’une viande surgelée. Avec durée de vie très longue (juillet et août 2006 !). Le risque est donc réel que des consommateurs oublient cette information, et se resservent du stock dans plusieurs semaines. Il nous faut rappeler tout le monde.
b. Ce week-end est un « pont ». Pas mal de consommateurs ont pu partir en vacances. Nous laissons des messages sur les répondeurs. Mais nous ne serons tranquilles que lorsque nous aurons eu tout le monde et récupéré tous les lots !
10. Comment communiquer ?
Les lots ont été isolés. La contamination concerne les départements du Sud-Ouest et de Midi Pyrénées.
Nous faisons face à deux écueils potentiels. Une trop forte communication, dans le contexte de la grippe aviaire, peut contribuer à « noyer » l’information, la dédramatiser, et nourrir des sentiments tels que : « ils en font trop, tout le monde cherche à se dédouaner en sur réagissant etc… ».
A l’inverse, elle peut aussi entretenir une psychose, tout aussi démobilisatrice.
Nous avons choisi dans un premier temps de privilégier l’information sur la zone touchée par la crise. Les grands médias nationaux s’en sont emparés dimanche soir. Passé le temps des interpellations au niveau national, c’est sur le plan régional qu’il nous faut revenir, et la gérer à partir des magasins.
Je ferai ici, d’ici la fin de la semaine, un bilan d’étape.
Posté par M.E.L. le 31 octobre 2005 dans
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20 septembre 2005
OGM : le passage en force !

Je rebondis sur la polémique suscitée par Le Figaro (6/09). Le quotidien dévoilait que plusieurs centaines d’hectares de maïs transgénique avaient été semés encore cette année dans le sud-ouest. Rien d’illégal (la variété utilisée avait été autorisée avant le moratoire européen de 1999). Mais la discrétion, voire le secret, dont sont entourés ces semis continuent d’alimenter (à juste titre) bien des suspicions.
Je ne fais partie des ayatollahs anti-OGM. Pas d’accord avec les faucheurs. Je ne vois pas pourquoi, pourvu que les protocoles et les conditions techniques soient contrôlés, on ne pourrait pas expérimenter. Il faut être ouvert à l’innovation. Comme beaucoup, je pressens l’intérêt et les promesses du génie génétique dans le domaine de la santé, et même pour l’écologie (économie de pesticides, d’eau, résistance aux intempéries, aux insectes, etc…).
Mais je défends ici qu’il appartient aux promoteurs des OGM d’assumer leurs responsabilités et de garantir la totale innocuité de leurs produits. C’est aussi aux pouvoirs publics de vérifier leurs assertions et de contrôler, sur le long terme, les effets des cultures OGM sur l’environnement et la santé.
Or, comme tous les Français, je constate que le lobby veut passer en force, sans même nous avoir expliqué en quoi les OGM vont améliorer notre ordinaire.
1) La première question c’est en effet : « Qu’est-ce qu’une alimentation issue de produits OGM offre de mieux qu’un produit « naturel ». Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’ai toujours pas la réponse.
2) Le risque sur l’environnement : dissémination, contamination croisée, sur-résistance et mutation de certaines espèces, etc… On amuse le peuple avec de prétendues barrières de séparation (25 mètres) ! Probablement, parce que l’on sait d’avance que les abeilles et les acariens respecteront les zones interdites ! ! !
Moi, je m’en tiens à l’attitude des sociétés d’assurances. Je cite (Nouvel Economiste 15/09) : « Il s’agit d’un risque émergent que nous ne pouvons pas couvrir aujourd’hui. C’est comme si on nous demandait d’assurer un prototype. Faute d’informations sur les effets sur la santé humaine, ce risque est donc exclu des polices d’assurances, au même titre que les effets des ondes électromagnétiques ou le terrorisme biologique ». Vous êtes « rassurés » ?
3) Enfin, il y a l’impact sur les filières bio et même sur toutes les filières non-OGM. On n’arrête pas de nous dire que les consommateurs auront le choix (c’est la thèse de la double filière).
Baratin ! Vu, l’accroissement des cultures OGM dans le monde (plus 20 % par an), le pré carré des producteurs non-OGM aura du mal à organiser sa résistance. Voilà déjà qu’on parle de sécuriser « les filières naturelles » (un comble !). Qui devra supporter le coût de la certification, des labels, et de cette « sécurisation » ? « Nous avons accepté de payer un prix supérieur pour garantir nos filières » annonce le président des « Poulets fermiers de Loué ». Erreur, c’est le consommateur qui paiera. Oui, c’est ça qui va se passer. Celui qui voudra manger « naturel » (je ne parle même pas de bio), devra acquitter un sur-prix. Ca ne vous choque pas, vous ?
Posté par M.E.L. le 20 septembre 2005 dans Agriculture , Consommation , Développement durable , Economie , OGM







