7 octobre 2008
Diviser l’inflation par 2, c’est possible !
J’ai participé, avec d’autres de mes confrères et concurrents, à la journée organisée, jeudi dernier, par la revue professionnelle LSA, sur le thème « La nouvelle loi LME et la négociation commerciale ». Il s’agissait de répondre aux questions de la rédaction (Yves Puget et Jérôme Parigi), et le moins qu’on puisse dire, c’est que les interrogations ne manquaient pas car dans la période qui s’ouvre (et qui se terminera en février puisque c’est la loi qui nous l’impose), nous allons vivre une véritable révolution culturelle.
En prenant connaissance des courriers qui me sont depuis parvenus, il m’a semblé nécessaire de redire, ici, sous une forme peut-être plus cohérente, les éléments de stratégie qui vont animer les adhérents de notre enseigne dans les mois qui viennent.
1) Pour les collaborateurs et adhérents qui animent la politique commerciale des Centres E. Leclerc, le diagnostic ne fait aucun doute. Ce que l’on appelle « l’économie réelle » (par opposition à l’industrie financière) va être, en 2009, profondément impactée par la crise. Le crédit va se faire rare et plus cher. La production intérieure brute va continuer à reculer. Mais surtout, la consommation risque de perdre son rythme, déjà fragile, vu les perspectives de pouvoir d’achat.
Nos équipes travaillent à partir des indicateurs établis par le BIPE à qui nous confions, depuis 2004, l’élaboration d’un indice de pouvoir d’achat effectif des Français.
- Depuis l’an 2000, le pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) a progressé moitié moins vite que l’indicateur macroéconomique du pouvoir d’achat élaboré par l’INSEE.
- Pour 2008, le pouvoir d’achat effectif, selon l’indicateur BIPE/E. Leclerc, régressera de 1,3.
- Pour 2009, les prévisions sont plus négatives encore (moins 1,9).
Pour la première fois depuis longtemps, le revenu disponible des ménages va baisser pour deux années consécutives.
2) Cette situation est évidemment vécue avec anxiété par les ménages français. La tentation est forte d’accroître l’épargne liquide, mais aussi de restreindre le mode de vie en limitant la consommation. (Les foires aux vins, malgré leur attractivité, ont suscité un chiffre d’affaires bien moindre que les années précédentes (entre moins 12 et moins 20 % selon les enseignes).
3) En ligne de mire, les fauteurs présumés de l’inflation. Les études publiées par le CREDOC confirment une perte de confiance dans les grandes marques industrielles et les enquêtes d’IPSOS révèlent une dégradation de l’image des entreprises de consommation.
4) Avec les HD (dont Netto d’Intermarché), les Centres E. Leclerc, Système U continuent à prendre des parts de marché. Dans le monde des hypers, notre enseigne bénéficie d’un capital confiance inaltéré, fruit de notre politique de prix bas mais aussi de la lisibilité de notre engagement permanent pour le pouvoir d’achat.
Dès lors, cette situation nous confère une responsabilité. Non seulement, l’intérêt de nos entreprises (patrimoine, profitabilité, capacité de recrutement) exige que nous restions bien calés sur nos fondamentaux. Mais c’est aussi l’intérêt des industriels que de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme de nos réseaux plutôt que d’essayer d’y faire passer des hausses de tarifs excessives.
5) Depuis « la rentrée », nous avons décidé de bloquer toutes les hausses tarifaires (5,7 % en moyenne) et d’inscrire la négociation commerciale dans une perspective draconienne : ramener l’inflation à 2 % en rythme annuel dans nos magasins dès le début 2009. Ce n’est pas encore une promesse, mais c’est notre objectif.
Chaque contrat sera négocié individuellement, pied à pied, dans le respect du nouveau cadre légal, mais en ouvrant tous les tiroirs de la négociation. (Je ne parle pas ici des PME, ni de l’agriculture, mais uniquement des marques nationales).
a) Les grandes marques ont invoqué, depuis 2 ans, la hausse des matières premières pour proposer des augmentations tarifaires importantes. Or, certains marchés se retournent : le beurre a baissé de 31 %, la poudre de lait de 35 % en moyenne, le blé (Eure-et-Loir) de 19 %, le maïs (Eure-et-Loir) 12 %, le sucre 2,6 % (août 2008 vs août 2007). Les consommateurs sont en droit d’attendre des baisses de prix effectives.
b) La loi Galland a été abolie. Plus besoin de faire de la gonflette tarifaire pour proposer, par la suite, des compensations sous forme de rémunération de coopération commerciale.
Donc parlons tarif et collons au marché : il faut des baisses directes.
6) Les résistances seront nombreuses. Certains arguments sont pertinents. Il est évident que nous devrons laisser passer des augmentations pour les entreprises qui s’approvisionnent sur des marchés toujours à la hausse (cacao, café, huiles). On va négocier les taux, chercher à étaler les hausses dans le temps. Mais pour rétablir la confiance sur les marques, il faut impérativement que baissent celles qui bénéficient de coûts d’approvisionnement plus faibles que l’année dernière.
7) Sous quelle forme ? Là est un autre débat.
Des industriels (Panzani, Danone), sous des formes diverses, proposent des réductions de prix à leur seule initiative ou des articles plus cheap, îlots de baisse dans un océan de hausses. D’autres préfèrent attendre, maintenir des hausses de précaution, quitte à proposer des compensations sous forme de promotions ou de rabais éphémères.
Les temps ont changé. Les consommateurs disent ne plus s’y retrouver dans le flot de suractivité promotionnelle et les révélations de 60 Millions de Consommateurs sur les bidouillages de packaging exigent qu’on revienne à une pratique plus transparente.
8) Alors, les promos, oui ! Elles sont nécessaires pour animer le marché. Mais d’abord le prix net, le prix lisible, le prix de référence. Voilà l’objectif.
La loi LME a supprimé les marges arrière. Elle ne rend plus nécessaire toutes ces constructions artificielles dont l’élaboration constituait le menu principal de la négociation commerciale.
Ce que veulent les consommateurs aujourd’hui, ce sont des offres claires. Il faut sortir du « tout promo », remettre de la performance dans les prix de fond de rayon quel que soit le niveau de gamme.
Voilà nos lignes directrices. Place aux actes, à suivre…
Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans
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1 juillet 2008
Pharmaciens contre épiciers : une querelle vieille de trois siècles !

Les plus anciens s’en souviendront : il y a 20 ans, les Centres E. Leclerc ont pris l’initiative de vendre des produits de dermocosmétique et de parapharmacie, déclenchant une polémique mémorable. Débats télévisés, harangues et publicités, procès jusque devant le Conseil de la Concurrence et la Cour de justice européenne. Tout cela pour finalement obtenir la libre commercialisation de cotons-tiges, crèmes solaires, préparations multivitaminées, préservatifs...
Notre dernière campagne sur le prix des médicaments non remboursés a provoqué un même prurit de colère de la part d’une corporation arc-boutée sur la défense de son monopole.
Vues de l’étranger, toutes ces polémiques sont décrites comme les avatars d’un corporatisme excessif, comme l’expression d’un protectionnisme complètement décalé vu les pratiques des autres pays européens. Les commentaires les plus acerbes n’hésitent pas à qualifier d’archaïque « une législation si peu ouverte à la concurrence et à la défense des usagers ».
Archaïque ? Si le terme est polémique, la réalité confirme que la querelle puise sa raison d’être dans une histoire qui remonte au moins à trois siècles. Une amie historienne, plongée dans la rédaction d’une thèse sur le marché du sel au XVIIIème siècle, m’a fait parvenir quelques vieux textes trouvés au Centre Historique des Archives de Paris.
I – « 16 juillet 1775 : Réflexions proposées par les Commissaires de la Faculté (de médecine) pour fixer les limites des deux états d’Apothicaires et d’Epiciers.
- Nul Epicier ne pourra…vendre et débiter aucune drogue simple servant à la médecine avant d’avoir passé un examen devant les Députés ordinaires de la faculté…
- Il sera permis à tout Epicier reçu de vendre à tout poids toutes les drogues simples en substance, entières, hachées, coupées, râpées, concassées…mais ne pourra pas mêler les poudres de différentes substances.
- Il lui sera défendu de tenir confondues dans la même boutique les objets comestibles avec les drogues dangereuses par leur nature comme les poisons et les préparations de minéraux servant à la peinture… Au moins il sera contraint de tenir ces marchandises dans un endroit séparé… Il y aura un comptoir, des balances et autres instruments qui ne pourront servir qu’à la vente de ces sortes de marchandises.
- Il sera permis aux Epiciers d’acheter chez les Apothicaires de Paris les mêmes compositions galéniques et chimiques dont l’importation leur est permise… L’Apothicaire sera tenu de les sceller de son cachet que l’Epicier n’aura pas le droit de rompre…
1- Tableau des drogues simples permises aux Epiciers (extrait):
Du règne végétal : les racines, les champignons,…
Du règne minéral : les sels, les minéraux inflammables…
Du règne animal : les crapauds et grenouilles, les scorpions, les vipères, les cloportes, les yeux et les pattes d’écrevisse, les mâchoires de brochet, l’os du cœur de cerf, le sang de bouquetin, le fiel de taureau, le poumon du renard…
2- Préparations interdites aux Epiciers (extrait):
La lotion et coction de la térébenthine
La préparation philosophique de corne de cerf
Les fécules des plantes
3- Compositions que les Epiciers ne pourront vendre en débit (extrait):
Les sirops d’absinthe, de quinquina, de chou rouge
Les gelées de corne de cerf et de vipère
4- Préparations de chimie dont la confection et la vente sont permises aux Epiciers (extrait):
Les huiles essentielles de plantes
L’eau de mélisse, l’eau divine, les eaux odorantes de feuilles, tiges, fleurs, fruits, écorces, bois et racines
II – 25 avril 1777 : Déclaration du Roi portant règlement pour les professions de la pharmacie & de l’épicerie à Paris.
Nous avons considéré qu’étant une des branches de la médecine, la pharmacie exigeait des études et des connaissances approfondies… Nous avons eu pour but de prévenir le danger qui peut résulter du débit médicinal des compositions chimiques, galéniques ou pharmaceutiques entrant dans le corps humain confié à des Marchands qui ont été jusqu’à présent autorisés à en faire commerce sans être obligés d’en connaître les propriétés…
Nous avons jugé nécessaire de fixer entre les deux professions des limites qui nous ont paru devoir prévenir toutes contestations et opérer la sûreté dans le débit des médicaments…
- Les Maîtres en pharmacie…ne pourront à l’avenir, cumuler le commerce de l’épicerie : ils seront tenus de se renfermer dans la confection, préparation…de compositions médicinales.
- Les Epiciers continueront d’avoir le droit de faire le commerce en gros des drogues simples.
- Défendons aux Epiciers de fabriquer et vendre des sels, compositions ou préparations entrant dans le corps humain sous forme de médicaments…
III– Juin 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie présentée au Roi
…les limites des deux états ont de tout temps été établies :
- L’état de l’apothicaire réside dans les compositions médicinales.
- L’état de l’épicier droguiste consiste dans la vente de toutes les productions de la nature.
- …les pâtes et conserves de guimauve, de violette, d’angélique, de coing et autres qui sont le plus souvent de simples agréments sous le titre de bonbons, deviennent quelquefois des médicaments par l’ordonnance du médecin… Si les prohibitions subsistaient, les apothicaires pourraient contester aux épiciers leur état de confiseurs !
Plaise à Votre Majesté de défendre aux apothicaires de vendre des dragées, pastilles, chocolats, bonbons, sirops d’agrément, liqueur de table, parfums, eaux odorantes servant à la toilette.
IV– Août 1777 : Réponse du Collège de Pharmacie à la requête du Corps de l’Epicerie (extrait)
La déclaration ôte aux Epiciers environ 100 concurrents (produits) ; elle ne leur enlève aucune partie de leur commerce dont les branches sont à l’infini. Elle ne laisse aux pharmaciens que la vente et le débit de toutes les compositions et préparations médicinales… Les épiciers voudraient-ils leur enlever leur seul et unique avantage ?
V– Octobre 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie en réponse à la réplique des Apothicaires.
…Le corps de l’épicerie s’est trouvé dépouillé sans avoir été entendu.
Les apothicaires, par des motifs de jalousie, veulent faire croire au public que toutes les préparations vendues par les épiciers sont défectueuses. On ne les croira pas lorsqu’on saura qu’elles sont scrupuleusement visitées par Messieurs de la Faculté de Médecine avant d’être mises en vente.
Le public peut donc se tranquilliser sur la bonne qualité des médicaments que distribuent les épiciers. »
Le débat ne date donc pas d’aujourd’hui. Des écrits de cette nature, il y en a pour nourrir toute une bibliothèque. Et au rythme où va la polémique, on a comme l’impression qu’effectivement les corporations françaises ne sont pas près de sortir de leurs rivalités de comptoir !
Posté par M.E.L. le 1 juillet 2008 dans
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12 juin 2008
Class actions, délais de paiement, négociations tarifaires et urbanisme commercial : la loi LME échauffe les esprits
Plus d’un millier d’amendements ! Ca chauffe au Palais Bourbon. « Loi LME, Loi Michel-Edouard », disent les mauvaises langues. Pas la peine de rajouter à la polémique d’autant que pour discréditer le texte, les adversaires de la libre concurrence voudraient y lire une paternité que je ne revendique pas, même si nos campagnes en furent à l’origine, même si j’approuve l’esprit général et certaines dispositions. Faisons le point.
1) Les class actions :
Elles sont demandées par les organisations de consommateurs, UFC-Que choisir en tête. Au vu des dérives constatées aux Etats-Unis, on mesure le risque d’effets pervers (contentieux interminables, surenchère financière (racket ?) avec menace de médiatisation outrancière). Mais je partage l’avis de Luc Chatel. Il vaut mieux être proactif sur le sujet et œuvrer pour un dispositif intelligent, filtré par les associations agréées et suffisamment balisé pour en maîtriser l’exercice. Le gouvernement envisage de discuter la question d’ici la fin de l’année en mettant en perspective le dispositif des class actions dans l’ensemble du système de contrôle judiciaire. C’est une bonne initiative, n’en déplaise à la majorité des patrons réticents.
2) Les délais de paiement :
Je suis pour une réduction progressive au bénéfice des PME, fournisseurs de l’industrie, de la distribution, des collectivités locales et de l’Etat, tous secteurs d’activités confondus (produits et services). Elle offrira un horizon favorable à nos PME et à leurs banquiers. Il s’agit de re-transférer la charge de trésorerie de l’amont vers l’aval. Macroéconomiquement, ce changement peut se faire « à somme nulle ». Les libéraux s’offusqueront : « le délai de paiement est un élément du prix et doit pouvoir se négocier ». Soyons pragmatiques, les PME n’ont pas le rapport de force pour eux. L’intérêt de procéder par voie législative, c’est de limiter les discriminations entre formats et acteurs concurrents (la réduction des délais impacte indifféremment tous les comptes d’exploitation d’un même format. Tout le monde est à la même enseigne (sic)).
3) La négociabilité des tarifs :
Evidemment, je suis pour. Mon enseigne la réclame depuis toujours. Heureux de voir que, désormais, tous les distributeurs s’y rallient. Le retour à la négociabilité des tarifs, c’est le retour à la vérité des prix, c’est la vraie condition de suppression des marges arrière. Contrairement aux affirmations de l’ANIA et de l’ILEC, la répercutabilité des marges arrière (lois Dutreil et Chatel) ne suffit pas pour rendre vertueux un système qui maintient la surenchère sur les prestations de services et pousse, de ce fait, à la hausse des tarifs et des prix. (Comme me le rappelle souvent un adhérent de Lannion, mon métier c’est d’acheter et de vendre des produits, pas de louer mes linéaires !). Le droit des contrats stipule que chacun (fournisseur et distributeur) doit respecter ses obligations. C’est bien de le rappeler (amendement J.P. Charié). Mais attention ! Si on reconduit le système des tarifications de chaque prestation (revendication de l’ANIA), on maintient la fiction d’un marché de prestations déconnectées de la vente. On ne sortira jamais de la loi Galland.
4) L’urbanisme commercial :
Beaucoup d’études simplistes ou statistiquement inexactes ont été produites pour aboutir à ce constat de bon sens : les prix sont d’autant plus bas qu’il existe une saine concurrence dans chaque zone de chalandise. Et la garantie de cette concurrence, c’est la présence des enseignes les moins chères.
Le texte de loi, de ce point de vue, souffre d’une énorme contradiction. Il désigne du doigt le prix des grandes marques dans les hypers (opération Chatel à Strasbourg), mais ne libère la concurrence que pour les formats inférieurs à 1 000 m², c’est-à-dire principalement les hard-discounters qui ne vendent pratiquement pas de marques (200 références maxi chez Lidl, le mieux doté).
Dans cette affaire, le gouvernement fait le service minimum. Il réplique à la Commission de Bruxelles qui lui a enjoint d’intervenir pour faciliter l’implantation des HD. Mais ce faisant, la loi n’aura aucun impact sur les prix. Les HD vendent des produits pas chers. Mais les Carrefour et autres Casino ne craignent pas vraiment cette concurrence. Les HD se développent essentiellement en centre ville d’où ils tirent leur progression de part de marché. En revanche (et c’est ce qui explique la bronca des élus de petites villes), la libre implantation de HD menace directement le commerce de proximité et de centre ville. Jean-Pierre Raffarin me le confirmait récemment (lors d’un débat pour Le Figaro). Il habite Chasseneuil du Poitou : « 3 ou 4 HD supplémentaires à Poitiers ne modifieraient pas l’attractivité de cette ville et ne pèseraient pas beaucoup sur les prix. Mais un seul HD à Chasseneuil et c’en est fini du commerce de ma ville ! ».
Vu les contradictions et les limites du projet, j’approuve la proposition de Jean-Paul Charié. Il faudra revenir devant le Parlement pour faire sauter « ces effets de seuil » et réintégrer le système d’autorisation des hypers dans le droit général de l’urbanisme. De toute façon, à l’heure d’Internet, cette histoire de mètres carrés n’a plus de sens.
Je reviendrai prochainement sur ce sujet. En attendant, le débat, même sous ses aspects polémiques et brouillon, aura deux mérites. Il permettra de s’attaquer à l’inflation à la source, dès le décret d’application. Et sur les autres sujets, il aura fait « bouger les lignes ».
Posté par M.E.L. le 12 juin 2008 dans
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6 mai 2008
Loi LME : le forcing de l’ANIA
Mobilisées contre le projet de loi LME (Loi de Modernisation Economique) qui sera débattu au Parlement le 22 mai, 7 grandes fédérations professionnelles se sont, le 24 avril, érigées en rempart de l’industrie et de l’agriculture françaises. Sans complexe, sans pudeur, sans retenue, l’ANIA, maître d’œuvre de l’opération, décidait de s’abriter derrière le sort des « Petits » (CGPME, agriculteurs) menacés de faillite ou de délocalisation. Rétablir la négociabilité des tarifs reviendrait à « remettre les clés de nos entreprises aux mains de la grande distribution », assénait le grand maître de cérémonie, Jean-René Buisson, ancien de Danone, vice-président du MEDEF, président de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires).
JRB n’a jamais fait dans la dentelle. Avec lui, sur un plateau de TV, devant une commission parlementaire, ou même en face du Président Sarkozy, on est dans un film de Coppola. Avec gros plan sur les regards furibonds, la rougeur de peau sensée illustrer la colère, et le doigt pointé pour la détermination ! Les slogans jaillissent spontanément de sa bouche. Avec lui, on n’est jamais dans un cercle distingué d’économistes. Tout est dans le rapport de forces.
Dans son interview télévisée du 24 avril, le Président a coupé court à l’évocation de cette pression des grands industriels. Passablement irrité, il a renvoyé chaque corporation dos à dos. Il fera la négociabilité des tarifs, a-t-il assuré.
Mais JRB entend bien mener sa « blitz krieg » sur les parlementaires UMP, dont il sait que les députés ruraux sont sensibles à la cause des « Petits ». La loi Galland, c’était déjà cette fraction du RPR et de l’UDF qui l’avait votée ! Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob avaient su récupérer les angoisses de la France rurale et habiller cette loi anti-concurrentielle de plusieurs vertus supposées : protection des PME, aménagement du territoire, préservation de l’emploi que « tue le prix bas », etc. Il ne faut donc pas négliger l’impact du lobbying de l’ANIA sur les députés et les sénateurs.
A la lecture des documents émanant de l’ANIA, le rouleau compresseur, JRB, a mis le paquet ! Dans une note adressée aux associations adhérentes, il récapitule les arguments des industriels (nous y reviendrons dans une prochaine note) et les actions « que nous prévoyons d’engager jusqu’à l’adoption du texte par le Parlement ».
Je serais député, je n’aimerais pas trop être cité dans ce genre de document. Personne n’a jamais eu d’illusions sur l’autonomie de certains parlementaires. Les officines sont légion et très actives dans les sous-sols de l’Assemblée. Chaque corporation a ses relais, fait appel à des sociétés spécialisées et tient couvert de manière tout à fait transparente à la Maison de l’Amérique Latine, chez Ma Bourgogne et jusqu’à la table de Le Divellec, de l’autre côté de la place des Invalides.
Il n’empêche ! Il ne faut avoir peur de rien pour confirmer ces déjeuners « avec une vingtaine de députés très positifs et avec lesquels nous gardons un contact serré. Ces échanges nous ont permis d’identifier clairement les députés qui pourront soutenir nos différents amendements, en cours de finalisation. . »
Quels députés ? « Je tiens à votre disposition un fichier à jour avec la liste des députés et sénateurs rencontrés, afin de bien quadriller le dispositif et de n’oublier personne. »
JRB envisage de rameuter devant le Parlement : « Nous vous confirmons par ailleurs que le principe d’une manifestation publique est retenue, si les démarches entreprises actuellement n’aboutissent pas. » Attendons-nous à voir donc défiler la fine fleur des PME françaises, mobilisées par la CGPME, et les agriculteurs. Peut-être même y verra-t-on les représentants de quelques syndicats de salariés de l’industrie agroalimentaire (FGA CFDT) qui ont toujours défendu les intérêts patronaux dans ce débat sur la loi Galland.
Mais j’ai hâte de voir si, dans le cortège, les patrons de Nestlé, de Danone, de Lactalis, de Bonduelle ou des grandes entreprises agroalimentaires oseront s’afficher dans la cohorte des « Petits ». Je ne suis sûr que d’une chose : au milieu des slogans contre les prix bas, il n’y aura aucune pancarte pour afficher la hausse des profits de ces entreprises en 2007.
Posté par M.E.L. le 6 mai 2008 dans
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28 avril 2008
L’inflation se nourrit des querelles corporatistes !
Je reviendrai dans les prochains jours sur le problème du prix des médicaments OTC après la décision du Tribunal de Colmar. L’actualité, ce matin, c’est la loi LME.
Serait-ce la dernière ligne droite ? Le Conseil des Ministres a bouclé ce matin ce qui doit constituer la réforme définitive de la loi Galland (1997).
Définitive ? Cela dépendra des parlementaires. Il faut s’attendre à une foire d’empoigne. Et vu la manière dont le lobby agroalimentaire a présenté les choses, c’est peu dire que les cartes sont sacrément brouillées !
J’ai pris position pour ce projet. Il n’est pas optimal. J’aurais préféré une réforme plus radicale…(nous y reviendrons) des règles d’urbanisme commercial.
Mais enfin ! J’affirme que si le projet n’est pas trop galvaudé, il permettra de faire baisser les prix de milliers d’articles. Il permettra d’aborder le deuxième semestre avec une inflation divisée par deux. On est actuellement sur un rythme annuel de 4 %. Je parie qu’on peut, avec ce texte, arriver à 2 %.
1) Jusqu’ici, les distributeurs ne pouvaient pas s’opposer directement aux hausses tarifaires des industriels. Certes, ils compensaient ces hausses en négociant des prestations commerciales rémunérées. Mais c’était juridiquement périlleux, avec des difficultés réelles de répercutabilité aux consommateurs que même la dernière réforme Chatel n’a pas complètement résorbées.
2) La nouvelle loi prévoit la négociabilité des tarifs. En clair, les distributeurs pourront refuser des hausses excessives, et obliger les industriels les plus chers à s’aligner sur les offres les moins chères. Ils pourront négocier l’étalement des hausses dans le temps ou sur des gammes élargies, afin d’en diluer les effets. Ils pourront introduire des clauses d’indexation pour que les tarifs baissent automatiquement en cas de retournement des marchés des matières premières par exemple.
Les fédérations industrielles poussent des cris d’orfraie, font l’éternel chantage à l’emploi menacent de délocaliser, annoncent des dépôts de bilan. Quelle hypocrisie ! Le texte vise essentiellement les industriels de grandes marques, des entreprises multinationales qui sont largement rompues à cet exercice de négociation. Partout en Europe, c’est la norme, c’est la pratique usuelle. Coca Cola, Nestlé, Procter, Unilever adaptent sans arrêt leur politique tarifaire aux différents marchés nationaux. C’est d’ailleurs ce qui fait que dans les autres pays européens, les tarifs des grandes marques sont inférieurs aux tarifs français.
Curieux attelage donc qui voit Jean-Michel Lemétayer, Président de la FNSEA, venir servir de caution aux multinationales.
a) D’abord, les agriculteurs ne sont pas directement concernés par ce texte. Et ils bénéficient déjà d’une réglementation privilégiée sur les délais de paiement.
b) Il n’existait pas, ou pratiquement pas, de marges arrière sur les produits agricoles. Jean-Michel Lemétayer disait s’opposer aux pratiques commerciales issues de la loi Galland. Pourquoi s’oppose-t-il aujourd’hui à la négociation directe, à la transparence des prix retrouvée, à la déductibilité directe des prix sur les factures plutôt que le passage obligé par le financement des têtes de gondole, etc.
Alors, soyons sérieux. S’il faut muscler le texte pour protéger plus encore les petites entreprises, faisons-le ! Mais que des industriels comme Danone ou Nestlé (qui affichent des profits de 10 % nets en pleine crise du lait) essaient de se planquer derrière les problèmes des petits éleveurs du Massif Central, voilà qui frise le ridicule.
Dans son interview télévisée, Nicolas Sarkozy a semblé être irrité de ces pressions corporatistes. J’espère qu’il tiendra le cap.
A suivre donc…
Posté par M.E.L. le 28 avril 2008 dans
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21 mars 2008
Système U et la réforme de la loi Galland

Je réponds, ici, à des commentaires d’internautes, notamment Augustin et André, concernant l’initiative publicitaire de Système U. Et aussi aux journalistes auxquels j’ai refusé de commenter cette initiative « à chaud » et dans un esprit polémique.
La réforme définitive de la loi Galland, promise par le Président de la République, vit ses derniers soubresauts (enfin, j’espère !). D’ores et déjà, cette perspective commence à produire ses effets concurrentiels. Pas encore en termes de baisses de prix sonnantes et trébuchantes ! Mais quelques enseignes ont manifestement compris que c’en était fini du confort « des prix de marché déterminés par les seuls fournisseurs » (grâce aux marges arrière).
Tout le monde aura remarqué qu’Intermarché a, depuis 6 mois, musclé sa politique de prix. Dans le comparateur « quiestlemoinscher.com » comme dans les enquêtes UFC-Que Choisir ou INC (rectifiée, depuis, par la DGCCRF), Intermarché est positionné à la deuxième place. Je me demandais comment allait réagir notre ancien allié, Système U.
1) Longtemps, j’ai pesté de voir mes amis U hésitants quant à la suppression complète ou à la réintégration des marges arrière. Jusqu’en juin 2007, Système U était très prudent et se contentait d’aligner sa position sur la plateforme négociée entre la FCD et l’Ilec.
Je me réjouis de ce que Serge Papin exprime, depuis lors, des positions plus tranchées (dans un sens libéral) et qu’il veuille les mettre en pratique à travers son propre groupe.
2) Dans sa dernière publicité, Système U propose une baisse de prix sur environ 100 articles. Pourquoi 100, en fait 111, et pourquoi pas 1 000 ? Et pourquoi seulement jusqu’à la fin avril ? Je le laisse répondre. Mais pour moi, malgré l’habillage très politique, cette opération est d’abord une promo, une bonne promo, dont vont profiter les clients de Système U.
Non, je n’arrive pas à lire dans cette initiative un repositionnement général des prix de l’enseigne U.
3) Je rappelle que les organismes chargés de relever les prix pour le site « quiestlemoinscher.com » donnaient Système U 4,2 % plus cher que nous (sur une base de 2 380 produits et des poussières). U avait donc des marges de baisse (sic) !!!
En baissant le prix d’une centaine d’articles, Système U fait un bout du chemin. Il contribue à raviver la concurrence et c’est bien ! Mais ce n’est tout de même pas la révolution. Pas de quoi faire paniquer l’ensemble de la profession.
4) Reste l’habillage politique du texte. (Je réponds, ici, spécifiquement à André). Système U dit vouloir anticiper la répercussion totale des marges arrière. Evidemment, c’est un contresens. Cette liberté est donnée à tous les distributeurs depuis le 2 janvier 2008 (loi Chatel). Système U ne fait qu’appliquer la loi. L’enjeu de la future bataille parlementaire, c’est la négociabilité des tarifs.
Tiens, pendant que j’écris ces lignes, j’aperçois, dans Le Parisien, la nouvelle pub des Mousquetaires : une pleine page, une accroche : « Voilà à quoi ressemblent les distributeurs qui prétendent être moins chers que nous ». La publicité est illustrée par un Pinocchio pris en flagrant délit de mensonge.
Je ne sais si ce Pinocchio c’est Serge Papin, ma pomme ou Jean-Charles Naouri, actuellement prolixe sur le sujet des prix. Vu le contexte, mes amis et néanmoins concurrents les Mousquetaires accepteront que je dise : avec cette nouvelle prise de parole, leur enseigne aussi a « eu du nez » puisque pour justifier leur performance prix, ce ne sont pas 100 articles qu’ils proposent à la baisse, mais leurs MDD maison.
Posté par M.E.L. le 21 mars 2008 dans
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6 mars 2008
Publicité sur les prix : la législation est trop frileuse !
Tout le monde en convient : les prix les plus bas sont offerts dans les zones de chalandise les plus concurrencées. C’est ce constat qu’ont retenu les experts de la Commission Attali pour demander le démantèlement de la loi Raffarin, véritable créatrice de rentes de situation. Mais pour que les consommateurs puissent choisir entre enseignes de distribution, encore convient-il qu’ils aient accès à une information accessible et lisible sur les prix, préalablement à leur déplacement.
Les publicités dans la presse, dans les catalogues, et les relevés de prix effectués par les organisations de consommateurs peuvent les y aider.
Mais paradoxalement, la législation a limité cet exercice. Dans deux secteurs !
- A la télévision d’abord :
Les distributeurs ont accédé à la publicité télévisée depuis le 1er janvier 2007. Mais allez savoir pourquoi, ils n’ont pas le droit d’y parler de prix si ce n’est en termes génériques. Quel curieux paradoxe. En pleine période de retour de la hausse des prix, les distributeurs peuvent paraphraser le fameux sketch de Fernand Raynaud : « Elle est belle mon orange pas chère ». Mais ils ne peuvent pas en dire le prix.
De même, les industriels de la téléphonie peuvent racoler pour leur réseau (SFR, Orange, Bouygues, Virgin, etc.). Mais les distributeurs concurrents ne peuvent rivaliser dans le discours en faisant valoir la pertinence prix de leur offre.
J’ai donc écrit à Luc Chatel, hier, pour que, dans son projet de loi de modernisation de l’économie qui sera présenté au printemps aux parlementaires, figure l’autorisation d’effectuer des publicités de prix à la télévision.
Vous doutez de l’effet ? Allons donc. Imaginez E. Leclerc, Auchan ou Intermarché publiant leurs prix de carburants avant les départs en vacances… Laissez-moi vous dire que ça pèserait sacrément sur les prix du réseau !
- La publicité des fruits et légumes :
J’en ai déjà parlé sur ce blog. Feuilletez, dépouillez les catalogues des enseignes de la grande distribution, ou même des enseignes spécialisées. Vous y verrez de belles photos d’asperges, de salades, de carottes ou de bananes. Mais jamais, ou rarement, des prix indiqués. La législation, dans ce domaine, est parfaitement hypocrite. Oui, elle autorise la publicité de prix, mais à une seule condition : les distributeurs doivent, préalablement à leur publication, obtenir l’accord de l’interprofession agricole. Ces mêmes interprofessions qui se sont battues depuis dix ans pour que nous limitions les prix bas et les rabais censés faire chuter les cours sur les marchés de gros !!!
Je reconnais que les syndicats agricoles n’en font plus un casus belli. La FNSEA et la FNPL ne défendent plus cette position que du bout des lèvres. Mais le meilleur moyen de faire baisser le prix des fruits et légumes n’est-il pas d’inciter les commerçants à rivaliser sur ce sujet.
Le maintien de cette disposition produit, à mon sens, deux inconvénients :
a) Il n’incite pas les consommateurs à aller voir ailleurs. Ceux-ci, fidèles à leur hypermarché, y achètent des fruits et légumes presque en « clients captifs ». Pourquoi quitter leur magasin favori s’ils sont maintenus dans l’aveuglement des prix pratiqués par les concurrents.
b) Même les distributeurs, du coup, ne voient pas l’intérêt de faire la publicité sur ces produits. Une belle photo ne saurait constituer un bon argument de vente. Et alors que les pouvoirs publics incitent, dans le cadre du plan santé, à consommer des fruits et légumes, cette législation freine toute communication sur ce secteur, à contre-courant des réels besoins.
La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Cette liberté retrouvée sur la communication TV et les fruits et légumes pourrait constituer un élément positif d’une activation de la concurrence en France. J’espère avoir convaincu Luc Chatel.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 6 mars 2008 dans
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4 mars 2008
Le Sénateur Jean Arthuis et la tentation de la démagogie
Il n’y a pas plus vachard ni revanchard qu’un homme politique blessé par la certitude de ne plus pouvoir jouer un grand rôle de décideur, au sein d’un gouvernement par exemple. Les propos tenus par Jean Arthuis dans les médias, ces derniers jours, traduisent cette aigreur et, venant de sa part, c’est vraiment un sacré gâchis.
Je connais bien le sénateur Jean Arthuis. Il fut, dans sa vie professionnelle, commissaire aux comptes dans plusieurs de nos structures commerciales. Il fut par la suite un plutôt bon ministre de la consommation. Mais il s’est enfoncé, depuis une dizaine d’années, dans une attitude purement inquisitrice à l’égard de la grande distribution. Sans aucune nuance, ni finesse. C’est lui qui signa, du temps de Jacques Chirac, ce rapport parlementaire qui accusait la grande distribution d’être à l’origine des délocalisations et d’un surcroît d’importations (alors même que la France était exportatrice nette !!!). Dieu sait s’il nous a fallu ramer pour dénoncer ces contrevérités tant l’homme s’obstinait à vouloir briller en jouant de cette posture critique.
Jean Arthuis a trouvé un nouveau cheval de bataille. Il feint de découvrir les centrales d’achat établies depuis une dizaine d’années à Zurich ou à Genève. «…j’ai pointé du doigt les pratiques de cinq grandes enseignes nationales qui ont pour habitude de demander à leurs fournisseurs de verser une redevance soi-disant destinée à contribuer au développement international de leur groupe ».
L’accusation aurait été de faible portée si nous n’étions pas dans un contexte nauséabond d’affaires financières et fiscales (l’affaire UIMM, fraude fiscale au Lichtenstein). Jean Arthuis ne pouvait méconnaître ce contexte. Autant dire qu’en prenant le risque de cultiver l’amalgame, le sénateur jette sciemment l’opprobre sur notre secteur.
Je ne sais pas s’il vise une enseigne particulière. Il vaudrait mieux qu’il le dise. A contrario, son coup de sang n’est pas crédible.
Il n’est pas concevable qu’il fasse semblant de découvrir l’existence de ces centrales d’achat. Une dizaine d’entre elles (EMD, AMS, AGENOR…) exercent, depuis une vingtaine d’années en Europe, une activité d’achat, de référencement ou d’échange de savoir-faire. Elles couvrent le secteur des GMS mais aussi de la distribution spécialisée. Pratiquement toutes les grandes enseignes européennes, GSA ou GMS, intégrées, franchisées ou associatives, adhèrent à ces réseaux qui font l’objet périodiquement d’observations et de directives émanant de la Commission Européenne. Il n’y a pas en la matière de spécificité française.
Qu’en est-il pour notre enseigne ?
Longtemps, nous avons tâtonné. Nous avons adhéré quelques années au groupement EMD, aux côtés d’une trentaine d’autres enseignes. Sans réel intérêt, ni efficacité. Puis en 2004, nous avons créé, avec quatre autres enseignes de la distribution européenne, la coopérative « Coopernic ». L’objet social de cette société est complètement transparent : son activité a pour finalité d’améliorer la performance et la compétitivité des magasins de Colruyt (Belgique), Coop (Suisse), Conad (Italie), Rewe (Allemagne) et E. Leclerc. Cette performance concerne évidemment la surveillance des prix au niveau européen, mais aussi le développement en commun des gammes de produits répondant aux nouvelles demandes sociales (commerce équitable, développement durable, produits éthiques, etc.). Coopernic abrite beaucoup d’échanges bilatéraux (E. Leclerc/Coop sur le commerce équitable ; E. Leclerc/Conad sur les carburants ou la parapharmacie ; E. Leclerc/Rewe/Iki pour la promotion des marques régionales françaises dans l’Est de l’Europe). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur ce blog.
Qu’en est-il des accusations du perfide sénateur ?
a) « Cinq grandes enseignes demandent une redevance » ?
- Il ne s’agit pas d’enseignes, mais de plusieurs milliers de supermarchés, supérettes, hypermarchés ou magasins spécialisés répartis dans 18 pays du marché européen. Au sein de Coopernic, on compare les hausses de prix, on lance des appels d’offres, on traque les prix les plus bas.
- Coopernic ne touche pas de redevance. Quand les adhérents de la coopérative viennent y négocier avec les grands industriels une meilleure couverture européenne des ventes, un plan promotionnel lié à un investissement TV (par exemple) ou au lancement d’une innovation dans plusieurs pays en même temps, c’est pour en faire profiter ses membres nationaux. Les conditions d’achat ou de prestations sont directement répercutées aux adhérents de chaque pays.
b) « Les fournisseurs se voient obligés de verser une somme à une société basée en Suisse ». Des sommes qui échapperaient au fisc ?
- Coopernic est basée en Belgique et non en Suisse.
- Coopernic est installée à quelques centaines de mètres des services de concurrence de la Communauté Européenne. Sa constitution est connue de tous.
- C’est une coopérative dont les statuts se réfèrent spécifiquement à la nouvelle législation européenne favorisant le regroupement de commerçants indépendants. Elle est complètement transparente (aux sens financier et juridique) à l’égard de ses membres. La totalité de ses produits éventuels (elle n’a qu’un an d’existence) est reversée directement à ses coopérateurs.
- Coopernic n’a pas vocation à faire des profits. Elle ne garde rien, elle est financée par des appels de cotisations. En aucun cas, elle ne finance le développement international des enseignes.
- Tous les fournisseurs n’ont pas de stratégie ou de conditions européennes de vente. D’autres ne souhaitent pas profiter des prestations de Coopernic. Seules quelques dizaines de grandes sociétés ont conclu des accords avec la coopérative.
- Enfin, fiscalement, tous les produits de Coopernic sont soumis à la fiscalité des pays d’origine des adhérents. Dans le cas de la France, ils sont intégrés aux déclarations fiscales de chaque centre E. Leclerc.
Voilà. Normalement le sénateur Jean Arthuis devrait être rassuré. Malheureusement, je crains que ça ne fût pas sa réelle intention.
Posté par M.E.L. le 4 mars 2008 dans
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6 février 2008
Pouvoir d’achat 2007 : positif (+2 % indicateur E. LECLERC-BIPE), mais moins qu’annoncé par l’INSEE (3,3 %)

Alors que Madame Lagarde reçoit Alain Quinet, rapporteur d’une Commission chargée de « plancher » sur les indices officiels, je fais mettre en ligne les derniers résultats de l’étude E. LECLERC-BIPE sur l’évolution du pouvoir d’achat effectif du consommateur français. Notre indicateur (mon-pouvoir-dachat.com) confirme une progression de 2 % pour 2007. C’est moins que ne l’annonçait l’INSEE (3,3 %). Mais c’est positif.
Cette performance suffira-t-elle a re-booster le moral des ménages, au plus bas niveau depuis douze ans ? Pas sûr, même si le gouvernement puisera dans ces chiffres quelque réconfort. La reprise de l’inflation constatée en novembre et décembre pourrait laminer les projections positives de 2008. Et la frustration des consommateurs reste légitimement marquée par 7 années de très faible progression du pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) : 1 % seulement en moyenne par an depuis l’an 2000 (indicateur E. LECLERC-BIPE).
1) L’indicateur E.LECLERC-BIPE (principe et méthode)
C’est au cours de l’année 2003 que j’ai engagé mon enseigne dans le débat public sur le pouvoir d’achat. Interpellé par les consommateurs sur l’augmentation des prix, et conscient que l’exploitation des indices officiels ne pouvait rassurer les Français sur l’évolution du pouvoir d’achat, j’ai confié au BIPE (groupe d’experts économiques indépendant) la mise en place d’un indicateur plus pertinent.
Il ne s’agissait pas de contester la probité des chiffres de l’INSEE. Simplement, nous semblait-il, les indicateurs macroéconomiques, construits pour la comptabilité nationale et les comparaisons internationales (OCDE), ne reflétaient pas la réalité vécue par les Français.
L’indicateur du pouvoir d’achat effectif des Français E. LECLERC-BIPE se différencie finalement par rapport aux indicateurs de l’INSEE par une prise en compte différente des charges contraintes des ménages et de l’évolution démographique.
Pour l’INSEE, le loyer, les charges de logement (électricité, gaz, eau…), les assurances obligatoires (logement, santé, auto), les remboursements de crédits et les abonnements de transports collectifs…sont des dépenses comme les autres. Dans notre conception du pouvoir d’achat effectif, ces dépenses ne sont pas arbitrables ou re-négociables. Elles participent de l’élévation du niveau de vie, mais leur financement affecte les achats courants.
Tout se passe comme si, en réalité, les consommateurs, après avoir mis de côté dans une enveloppe, les sommes affectées au paiement de l’impôt et des cotisations, remplissaient une deuxième enveloppe du montant de ces dépenses contraintes. Le pouvoir d’achat effectif, c’est donc « le pouvoir d’acheter avec ce qui reste ».
L’indicateur E.LECLERC-BIPE se différencie aussi de celui de l’INSEE par sa prise en compte de l’évolution démographique. L’indicateur de l’INSEE mesure le pouvoir d’achat des ménages, dans leur globalité, alors que l’indicateur E. LECLERC-BIPE tient compte du nombre d’individus par foyer, par unité de consommation.
Les résultats de nos analyses montrent que, depuis 2000, le pouvoir d’achat effectif n’a progressé que de 8 %, une évolution deux fois inférieure à celle annoncée par l’INSEE.
2) Les résultats publiés par l’INSEE pour 2007
On connaît les réserves des organisations de consommateurs sur le calcul de l’inflation mesurée par l’INSEE. Même si l’institution a bien enregistré une augmentation substantielle des prix en novembre et en décembre, l’INSEE retient, pour l’année 2007, une inflation moyenne de 1,5 %.
Fort de cette estimation, l’INSEE affirme que pour 2007, le pouvoir d’achat a assez fortement augmenté : 3,3 % en 2007 (après 2,4 % en 2006).
3) L’indicateur E. LECLERC-BIPE du pouvoir d’achat 2007
Comme nous l’avons dit, notre indicateur repose sur les relevés chiffrés récoltés par l’INSEE. En l’absence d’autre indicateur d’inflation (une commission planche sur ce sujet à l’AN, à la demande de Nicolas Sarkozy), notre travail consiste à reclasser les données nationales en tenant compte de la problématique des charges contraintes.
Celles-ci ont fortement augmenté en 2007 (en moyenne, 6, 2 %), principalement du fait de l’accroissement des remboursements de crédits (6,8 %) et de l’évolution des loyers (6,5 %).
Il en résulte une appréciation toujours positive, mais moins optimiste. L’indicateur E. LECLERC-BIPE constate une progression de 2 % du pouvoir d’achat effectif, et non 3,3 % (indicateur INSEE).
4) Pouvoir d’achat et moral des ménages
Cette estimation positive est-elle de nature à doper le moral des ménages ? La dernière enquête de l’INSEE (janvier 2008) a révélé combien celui-ci est au plus bas. Il n’a même jamais été aussi bas depuis 12 ans. Et ce n’est pas la reprise de l’inflation qui va les rassurer.
Le gouvernement n’a pas tort quand il fait valoir que la plupart des mesures du Plan pour améliorer le pouvoir d’achat « ont besoin d’un peu de temps » pour produire leurs effets. Les lois viennent à peine d’être votées et certains décrets peinent encore à être publiés. Ne rejoignons donc pas trop vite le camp des éternels Cassandre !
Pour autant, l’impatience des Français est légitime. La Commission Attali a ouvert des perspectives pour que le gouvernement étudie dès le printemps les possibilités d’une revalorisation directe des salaires, par transfert des cotisations sur l’impôt. Le SMIC, comme les allocations vieillesse, feront l’objet d’un coup de pouce.
Mais s’agissant de l’évolution des prix, je pense que nous avons suffisamment assez perdu de temps.
Le retour de l’inflation sur les biens de consommation courante n’est pas inéluctable. Il y a une sur-inflation française consécutive au maintien de la loi Galland qui pousse les industriels à augmenter les tarifs bien au-delà de la répercussion de la hausse des matières premières.
Plus tôt Nicolas Sarkozy nous libèrera du carcan de la loi Galland (suppression des marges arrière, négociabilité des tarifs), plus tôt nous pourrons alors attaquer l’inflation à la source.
Je l’affirme comme j’engage mon groupe : avec la suppression de cette loi, nous pourrons diviser les prévisions d’inflation (3,5 à 4 % au premier semestre) par deux d’ici la fin 2008.
Posté par M.E.L. le 6 février 2008 dans
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5 février 2008
Le mensuel « Linéaires » publie son classement prix des enseignes

Après « Que Choisir », la revue « Linéaires » publie, dans son édition de février, la dernière vague de relevés réalisés par ses journalistes.
Le classement « prix » :
Ce n’est pas une surprise. E. Leclerc reste premier, « intouchable. Et ce, pour la quatrième vague consécutive ». Intermarché continue de baisser ses prix et vient talonner notre enseigne, après avoir doublé Auchan (désormais 3ème).
L’enseigne Carrefour ne démérite pas. Elle affiche des indicateurs plutôt constants, mais elle « n’occupe encore qu’une décevante quatrième place. Clairement pas en phase avec ses revendications de leadership en prix sur ses sites… ».
L’écart continue à se creuser entre les premiers et les derniers (trois années d’inflation (au rythme actuel) entre E. Leclerc et Géant, cinq années entre E. Leclerc et Casino ; quant à Monoprix, il plane 15 points d’indice au-dessus de nous…).
Linéaires et les hausses :
Intéressant aussi, bien que partiel, ce relevé de prix effectué dans la région rennaise en janvier. La flambée atteint 3,6 % ! « Un camouflet pour le gouvernement…Un montant qui représente grosso modo autant que les baisses de prix progressives nées des accords Sarkozy (été 2004) et de la loi Dutreil (janvier 2006). »
Voilà qui conforte aussi les prévisions que j’avais opposées à Luc Chatel dernièrement. (Il pariait sur une baisse de prix de 3 % en janvier, quand je prévoyais 4 % de hausse).
Posté par M.E.L. le 5 février 2008 dans
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2 février 2008
Prix trop chers : 6 articles retirés de la vente !
Je lis le titre du Monde daté de samedi (02/02) : « Leclerc fait semblant de retirer La Vache qui Rit… ». Le journaliste a le droit d’être critique ou de relayer les arguments de nos adversaires. Pour autant, je confirme, une centaine d’articles sont sur la sellette : les hausses tarifaires pour 2008 proposées par les industriels nous semblent exagérées, sans rapport avec la hausse des matières premières. Date limite de décision : fin février puisque la loi a prévu que cette échéance devait servir de terme à la négociation commerciale.
En attendant, les 6 articles dont nous avions publié les hausses et annoncé le retrait, ne devraient plus être en rayon dans les centres E. Leclerc, en cette fin de semaine.
J’entends bien le bruit de fond qu’essaie de générer l’ILEC ou l’ANIA pour n’avoir pas à s’expliquer sur ces hausses tarifaires incongrues : « coup de pub de Leclerc, chantage à la négo, marques prises en otages, etc., etc. ».
Nos amis de l’industrie peuvent dire ce qu’ils veulent, mais si, dans deux mois, les consommateurs étaient venus constater l’inflation en magasins, ce sont bien nos enseignes qui auraient été tenues pour fautives de ces dérapages de prix. Notre publicité aura au moins eu un premier mérite : obliger les industriels à assumer publiquement leurs hausses tarifaires ! (Aucun d’entre eux n’a contesté la véracité des augmentations que nous avons publiées !)
En réalité, ils n’ont pas d’argument.
Analysant les conditions tarifaires de chaque fournisseur, nos acheteurs se sont aperçus que, selon les conditionnements, certains articles augmentaient de 50 à 100 % plus vite que les autres articles d’une même gamme.
Ils se sont posés légitimement la question : pourquoi le Pulco Citron Vert a-t-il un tarif en augmentation de 4 % et le Pulco Citron Jaune de 19 % ? Les variations de cours du citron n’expliquent pas ce dérapage, n’est-ce pas ? Une seule interprétation possible : l’industriel pousse le prix à la hausse dans le cadre d’une stratégie marketing de repositionnement de son produit.
Idem pour La Vache qui Rit. Le prix du lait a certes augmenté spectaculairement, mais ce n’est pas avec ce lait de consommation que l’on fabrique le fromage. Et de toute façon, comment expliquer qu’avec un même lait, La Vache qui Rit par 12 augmente de 20,63 % quand celle qui est conditionnée par 32 n’augmente que de 13,84 %, et par 16 de 14,39 % ?
Et l’Ajax Fête des fleurs me direz-vous : eh bien, la hausse de 19,72 % ne s’explique évidemment par la hausse de la matière plastique. Il s’agit d’un repositionnement à la hausse d’une gamme, alors que, chez le même fournisseur (Colgate Palmolive), l’Ajax Multi-usages n’augmente pratiquement pas.
Bref, nos acheteurs ne font rien d’autre que leur métier de commerçant. S’ils ne le faisaient pas, on les accuserait de profiter eux-mêmes de la hausse des prix. Ils ont certes pris le risque que se déverse sur notre enseigne l’opprobre de quelques fournisseurs ou de clients insatisfaits. Mais il fallait choisir. Nous avons décidé que la sur-inflation ne passerait pas par nous.
Nous voulons écrêter les hausses et re-sculpter nos gammes pour les rendre plus attractives.
Le hard-discount doit sa réputation de prix bas à la non-commercialisation de produits de grandes marques (en tout cas, pas de manière importante). Les industriels n’y ont rien trouvé à redire. Des centaines de supermarchés et même de petits hypermarchés, faute de place, ont limité leur gamme en ne proposant aux consommateurs que les articles à plus forte rotation. Ca ne choque personne.
Nous, nous conservons l’objectif de tout promouvoir en linéaires. Si après réflexion, nos fournisseurs décident de reporter ces hausses ou de les modérer, c’est avec plaisir que nous les réintroduirons en rayons et nous le ferons savoir. Je m’y engage.
Posté par M.E.L. le 2 février 2008 dans
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16 janvier 2008
La pub qui dérange l’inflation

Le monde industriel est en émoi. Mes collègues des centres E. Leclerc ont décidé de retirer de la vente, dès le 1er février, des articles dont le taux d’inflation est très élevé, je dirais exorbitant.
Cela fait trois mois que j’annonce une reprise de l’inflation. Cela fait trois mois que j’essaie de convaincre les élus que la hausse des matières premières a bon dos et que les grandes marques profitent de la législation française pour faire de la gonflette tarifaire.
Nicolas Sarkozy a pris conscience du problème puisqu’il a annoncé qu’au printemps, le gouvernement demanderait aux députés de voter la négociabilité des tarifs. Mais les industriels de l’ANIA et de l’ILEC ont su y faire. Question lobbying, chapeau. Passant derrière eux dans les Commissions parlementaires, ni Jérôme Bédier (président de la FCD), ni Arnaud Mulliez (Auchan), ni moi-même n’avons été suffisamment pris au sérieux. Nous disions « les hausses tarifaires qui arrivent dans nos centrales d’achat sont de l’ordre de 8 % en moyenne, avec des bouffées atteignant quelquefois 20 % ». Les députés et les sénateurs ont cru que nous exagérions. Il faut dire que l’ILEC avait même réussi à convaincre Luc Chatel et certains Conseillers du Président que les industriels procèderaient à des « baisses techniques » de tarifs profitables aux consommateurs.
Pauvres ministres : sur la foi de cet engagement, ils avaient annoncé des baisses de 3 % (l’équivalent d’une remise de 600 euros par foyer). Mais voilà, il leur faut aujourd’hui déchanter et reconnaître que c’est de « hausses » qu’il faut parler.
Tous les jours, je fais un point avec l’équipe en charge de notre politique commerciale. Nos acheteurs sont unanimes. Il n’y a pas de fatalité d’inflation, en tout cas d’une inflation supérieure à 2 ou 2,5 %. C’est la loi Galland qui pousse à la surenchère. Et avant qu’elle ne soit définitivement réformée, pas mal d’industriels veulent rafler la dernière mise.
Notre stratégie s’appuie sur le constat suivant : si nous laissons passer ces hausses en l’état :
1) Ce sont les distributeurs qui seront accusés,
2) Les consommateurs bouderont les étals,
3) Et le rythme de la consommation en pâtira.
Comme nous ne pouvons toujours pas re-négocier les tarifs directement (par des remises sur facture), comme il n’est pas imaginable de compenser ces hausses par des rémunérations de coopération commerciale (comment les justifier ?), il ne reste qu’une solution, retirer de la vente les articles qui augmentent trop dans leur gamme. C’est le message que nous adressons dans notre publicité.
Peut-être se trouvera-t-il quelques industriels pour dire qu’au fond, une baisse tarifaire vaut mieux qu’une perte de marché.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 16 janvier 2008 dans
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8 novembre 2007
Hausse des prix : les vraies raisons
Lundi dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots. Industriels et distributeurs ont compris que le Président, malgré un emploi du temps hyper chargé, continuait de maîtriser parfaitement le dossier, jusqu’à connaître les arguments des uns et des autres, quitte à se référer à nos excès pour justifier de son arbitrage. Impressionnant !
Du coup, son engagement pour obtenir des parlementaires le retour à la négociabilité des tarifs n’en a été que plus ferme. Regardant chacun dans les yeux, pour reconnaître les vieux guerriers des accords Sarkozy 2004, il martèle : « A toi, Jean-René (Buisson, président de l’ANIA), je dis : la négociabilité, je la veux, je la ferai, parce que c’est une ineptie de négocier sur les seules marges arrière et parce qu’on doit pouvoir négocier, en France, des tarifs comme on le fait ailleurs en Europe. » Et aussi : « Et à toi, Michel-Edouard, je dis : je m’engage à faire la négociabilité. Que je sache, je tiens mes engagements. Ce n’est pas la peine de continuer à me mettre la pression avec tes campagnes de publicité. »
Dont acte. Madame Hagelsteen va donc auditionner les acteurs économiques concernés pour en étudier la faisabilité et l’impact. Cette modification substantielle du titre IV (les recommandations de la Commission Attali conduisent à son abrogation) et ses effets ne concerneront pas seulement les rapports entre industries agro-alimentaires et grandes surfaces, mais l’ensemble de l’économie.
Durant cette réunion, les oreilles de nos amis industriels ont sifflé. Car le Président n’y est pas allé de main morte. Citant certaines des augmentations tarifaires que nous avions publiées et d’autres aussi, il a, avec un énervement contenu mais perceptible, fustigé ces hausses excessives « qui n’ont évidemment rien à voir avec l’augmentation des matières premières. Je vous le dis, à vous, amis industriels, ne me prenez pas pour un imbécile, arrêtez d’invoquer le cours du lait et des céréales à tout bout de champ. Je sais très bien ce que certaines hausses doivent à la perversité du système lui-même (gonflage des tarifs anticipant la négo des marges arrière) et je vois bien aussi que certains poussent le bouchon vraiment très loin. »
Et Nicolas Sarkozy de reprendre le discours si efficace en 2004 : « S’il faut, demain, que j’aille dans un JT balancer nominativement telle ou telle hausse, je le ferai, j’en suis capable, croyez-moi. Arrêtez ça, je ne suis pas né de la dernière pluie, arrêtez de raconter des salades. »
Le message sera-t-il entendu ?
En tout cas, mes équipes d’acheteurs sont mobilisées. Elles épluchent la composition des produits pour appréhender « la juste répercussion du coût des matières premières ». Pas question de baisser les marges pour masquer celles que d’autres engrangeraient.
On se rappelle ces aveux trop rapidement exprimés et contraints aujourd’hui au silence tactique. Ce fut d’abord le PDG de Bonduelle qui, annonçant sa volonté d’augmenter le dividende 2008 de 30 %, a révélé sa stratégie de hausse tarifaire. Le PDG de Lactalis a suivi le mouvement en annonçant, dans Les Echos, des hausses supérieures à 15 % et en les justifiant par la nécessité d’améliorer ses résultats en vue d’acquisitions prochaines. Et j’ai déjà cité, ici, les déclarations de Peter Brabeck (Nestlé) qui vont dans le même sens.
Repositionnement marketing, prise de marges, anticipation des hausses, toutes ces raisons sont venues se greffer sur l’argument des augmentations de cours. Mais qu’on me permette d’insister : c’est d’abord le dispositif même de la réforme Chatel qui y a contribué. Tout industriel est fondé à anticiper la continuité des négociations de coopération commerciale puisque la négociabilité des tarifs n’aura lieu qu’au printemps.
Commentant l’évolution du cours de bourse de Danone, Yves Marçais, stratégiste boursier chez Global Equities (AFP du 22/10), indique que l’industriel va pouvoir continuer à imposer ses prix et préserver ainsi ses marges. Et l’AFP de poursuivre : « Selon les investisseurs, cette disposition (réforme Chatel) empêche la grande distribution d’exercer une pression à la baisse des prix de gros, puisque la concurrence entre les enseignes ne joue pas dans ce domaine. »
Voilà l’analyse qui justifiait nos publicités et nos prises de parole.
Il reste à espérer que les députés, en décembre, laisseront une porte ouverte à la négociation et amenderont le texte, au moins pour que nous disposions (comme le dit Jérôme Bédier, FCD) de quelques outils juridiques supplémentaires pour compenser toutes ces hausses tarifaires…
…En attendant, bien sûr, la réforme définitive.
Posté par M.E.L. le 8 novembre 2007 dans
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