13 février 2009

Le prix des pâtes et du riz en janvier

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Panique dans les états-majors de la distribution, mercredi et jeudi derniers. Alors que toutes les enseignes s’évertuent à annoncer des baisses de prix, voilà qu’une dépêche, commentant une étude Nielsen, déclare que pâtes et riz ont augmenté de 10 à 11 % en janvier. Des hausses d’autant plus incompréhensibles qu’on observe une baisse des matières premières agricoles depuis juin 2008.

Comme tous mes collègues, j’ai été interrogé par les journalistes et sommé de nous expliquer sur ces hausses. Eh bien, j’ai beau être crédité d’une bonne capacité de communication, j’en suis resté coi.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les relevés de prix effectués par mes services disaient exactement le contraire.

Jugez-en vous-mêmes : sur la période qui va de novembre 2008 à janvier 2009, l’évolution des prix est la suivante :

- Prix de la farine « grandes marques » : - 15 %
- Prix de la farine MDD : - 14,9 %
- Prix des pâtes MDD : - 6,2 %
- Prix des pâtes « grandes marques » : - 6 %

Certes, le prix du riz a continué d’augmenter ces trois derniers mois (+ 4,7 %), mais les accords conclus avec les industriels font qu’il baissera de 11 % début mars.

Comment alors expliquer cette contradiction entre les données statistiques issues des magasins et les études attribuées à Nielsen ?

Réponse : ceux qui ont rédigé les dépêches ont mal lu l’étude Nielsen.

1) L’étude Nielsen ne portait pas sur les prix de janvier, mais sur l’inflation annuelle observée de janvier 2008 à janvier 2009. Nielsen n’a jamais dit que le riz et les pâtes avaient augmenté de 10 % en janvier.

2) Au contraire, s’exprimant dans LSA, Georges Ferronnière, Directeur Marketing de Nielsen, constate des baisses de prix en janvier : « Janvier 2009 confirme…le retournement amorcé fin 2008. L’inflation a ainsi perdu 2 points en deux mois sur l’exhaustif… ».

3) Et il enfonce le clou : «l’inflation à un an des pâtes n’est plus que de 11 %, alors qu’elle était encore de 16 % sur le mois précédent, et avait frôlé les 50 % sur les produits d’entrée de gamme au troisième trimestre 2008».

Bref, tout ça pour dire que la communication sur les prix n’est déjà pas facile. Elle est déjà suspecte quand elle émane du commerçant, alors, vous pensez bien, quand l’information est fausse, quand l’interprétation n’est pas bonne, ça devient mission impossible.

Malgré tout, je confirme et signe. La désinflation est engagée…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 février 2009 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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10 février 2009

Carburants : pas facile de suivre l’évolution des prix !

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Partout sur le Net, les consommateurs disent leur incompréhension : fin 2008, E. Leclerc, suivie des autres enseignes de distribution, annonçait que le prix à la pompe du supercarburant sans plomb 95 passait sous la barre de 1 euro. Or, aujourd’hui, malgré des variations du cours du brut plutôt sages, les derniers relevés sur le site «www.prix-carburants.gouv.fr » donnent un prix moyen TTC de 1,12 €.

La surprise des consommateurs est complètement justifiée. Explication ? Contrairement à une opinion trop répandue, les variations du prix de l’essence ne dépendent pas du seul cours du brut. En fait, il faut tenir compte :

- du cours du brut,
- des variations du dollar,
- de la disponibilité et des cours du produit raffiné.

Ces dernières semaines, il s’est produit un mouvement assez inhabituel de correction du prix, exprimé en dollar par tonne, du supercarburant SP 95. Entre le 23 décembre 2008 et le 5 février 2009, ce produit est passé de 296,25 dollars la tonne à 432,50 dollars la tonne, soit une augmentation de…46 %, alors que le cours du brut de référence « Brent » ne progressait que de 15,1 % et le gazole moteur, sur la même période, baissait, lui, de…0,6 % !

Mais à ces facteurs explicatifs, il faut en rajouter un autre : le poids des taxes.

Dans la configuration actuelle du marché, le prix du carburant, en sortie de raffinerie, ne pèse que pour environ 22 % de la variation de prix. Tout le reste, ce sont des taxes. C’est ce qui explique que la hausse de 46 % du produit lui-même ne se traduit que par une hausse de 9,9 % au stade du consommateur (et de même, quand le brut descend, le prix de l’essence ne baisse pas dans la même proportion…).

Des corrections de marché de cette ampleur sont très rares. Elles entraînent beaucoup de suspicion sur le marché et sur les marges des pompistes qui n’ont pratiquement pas varié depuis 4 ans.

Des internautes ont suggéré qu’on s’en explique sur des panneaux d’information dans les stations-service. L’idée est sympa, mais vous conviendrez que de telles explications ne sont vraiment pas faciles à communiquer aux clients !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 février 2009 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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15 janvier 2009

E. Leclerc en Corse, l’an I de la baisse des prix

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E. Leclerc en Corse ! Beaucoup n’y croyaient pas. Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l’implantation de notre enseigne, un tract signé d’un quidam se revendiquant du FLNC (mais c’est à la portée de n’importe quel crétin !) dénonçait « l’exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d’accueil, d’autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d’offres.

Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l’appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l’Ile Rousse, des Padrona d’Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.

Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l’enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.

Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m’a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d’approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d’exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !

La Corse, jusqu’en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :
- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l’insularité. L’état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n’opère pas toujours sur les mêmes produits.
- Et puis, il y a la raison essentielle : il n’y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d’une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l’essence, des produits agricoles, des produits importés… L’absence de concurrence donc !

La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!

L’arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l’indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d’enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d’augmentation de chiffre d’affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d’approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n’a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.

Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C’est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie…sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino…même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait plutot ? » - cnat : « il ne l’ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole…avant ils faisaient ce qu’ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s’aligner… »

Qu’importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n’y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 janvier 2009 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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23 décembre 2008

Supercarburant sous la barre de 1 € !

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Joyeux Noël à tous ! Les actes valent mieux que les promesses… Les stations-service à l’enseigne E. Leclerc ont été les premières à faire passer le gasoil en dessous du seuil symbolique de 1 €. A partir d’aujourd’hui, et au rythme de l’épuisement des anciens stocks, toutes les stations baisseront le prix du SP 95 en dessous de 1 €.

Nous nous sommes engagés à répercuter dès que possible les baisses des matières premières. Pour le carburant, démonstration est donc faite.

Tout au long de 2009, nous agirons de même pour tous les produits dont les coûts d’approvisionnement ont baissé (produits à base de céréales, de lait, de matières plastiques, etc).

La déflation, c’est dur à vivre pour les entreprises, mais ça doit être aussi une aubaine pour les consommateurs dont le pouvoir d’achat avait été miné par six ans d’inflation. Place à la baisse donc.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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9 décembre 2008

Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

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Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.

Qui fixe les prix ?

Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!

Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.

E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).

La maîtrise des volumes :

Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.

Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :

En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.

De quelles marges parle-t-on ?

Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :

1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…

2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.

Prix de vente et marge du distributeur :

70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.

Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

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J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.

Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?

Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.

Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :

- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.

- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.

- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.

- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.

Conclusion provisoire

Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.

A suivre…


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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8 décembre 2008

Prix du lait (II) : vérités et mensonges…

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Photos Libres

Si l’on veut renouer le dialogue et œuvrer à la recherche de solutions durables, il faut certes en finir avec la violence, mais aussi accepter une part d’autocritique, et surtout travailler hors de tout mensonge et de toute intox. Commençons par rectifier :

«La faute à MEL» :

L’Humanité du 03/12/2008 titre : «Les laitiers victimes de la « loi Michel-Edouard». Un peu partout, les tracts de la FNSEA reprennent cette antienne. Pourquoi cette assimilation (loi LME : Loi Michel-Edouard) ? Tout simplement, parce que les opposants à la réforme de la loi Galland auraient voulu en limiter la portée et ramener l’affaire à la défense des intérêts de Michel-Edouard Leclerc et de ses compères de la distribution.

C’est trop d’honneur, messieurs. Certes, je revendique d’avoir engagé le combat contre la loi Galland (les Centres E. Leclerc étaient les seuls à s’opposer à cette loi). C’est bien nous qui avons alerté le Président et les consommateurs en investissant dans des campagnes de presse et d’affichage. Mais au final, c’est bien la majorité parlementaire qui a voté le projet présidentiel (dont le volet urbanisme commercial s’est limité à libéraliser le hard-discount au détriment des hypermarchés, y compris les nôtres !!!). Permettez donc que je n’assume pas complètement la paternité (sic).

«La faute à la LME ?»

De toute façon, en véhiculant cette thèse, la FNSEA se tire une balle dans le pied. Qu’est-ce que la loi LME, si ce n’est la suppression des marges arrière que la centrale syndicale semblait dénoncer.

Sauf à révéler un double discours (contre les marges arrière en apparence mais d’accord avec l’ANIA pour les maintenir), ceux qui attribuent leurs difficultés à la LME commettent un énorme contresens.

Cette loi ne concerne pas les agriculteurs. Même sous la loi Galland, il n’y avait presque pas de marges arrière sur les produits agricoles. Et indirectement, elle les favorise en ramenant de la transparence sur le marché des grandes marques agroalimentaires, en supprimant les remises opaques et artificielles dont les agriculteurs n’avaient jamais connaissance.

Dans le cas d’espèce, la réforme n’a aucun impact sur la détermination du prix du lait. Sinon, comment expliquer qu’en Allemagne, en Hollande, en Espagne ou en Italie, les cours du lait s’effondrent aussi alors que les négociations commerciales ne sont évidemment pas soumises (tout le monde en conviendra) à la législation française !

La baisse des cours :

Si les cours mondiaux du lait baissent, c’est d’abord pour une question de volume : «nous croulons sous les stocks, et il n’y a plus de marché à l’exportation pour les produits dérivés. Je pense à la Russie ou encore à la Chine, où la demande n’existe plus depuis le scandale du lait…» (Olivier Picot, président de l’Association des Transformateurs Laitiers, Le Monde du 5/12/2008).

Je n’arrête pas de le dire ici (Cf. ma note du 30/10/2008). Le marché mondial s’est retourné parce que les excédents atteignent des niveaux records (7 à 8 milliards de litres de lait). Jean-Michel Lemétayer, comme le former président de la FNSEA, Luc Guyau, s’est évertué à dire le contraire depuis un an. Du coup, anticipant un manque d’offre (et une aubaine en matière de prix), des agriculteurs de l’Ouest ont racheté des vaches en Pologne et en Ukraine, plaidé l’augmentation des quotas, et fait « pisser les vaches » pour bénéficier de la période de hausse. Dur retour à la réalité. C’était une bulle. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : trop de lait (notamment sous forme de poudre), voilà l’ennemi.

Nouvelles règles:

La profession s’est prise à son propre piège. Hier, elle a justifié des demandes de hausses tarifaires de 12 à 30 % en se référant à la flambée des cours mondiaux. Aujourd’hui que les cours s’effondrent, elle voudrait changer de système de référence et ne pas avoir à baisser les prix. C’est incompréhensible pour le reste de la profession, mais surtout pour les consommateurs. « Le prix du carburant descend à la pompe parallèlement à celui du pétrole brut. Pourquoi pas celui du lait ou des céréales ? »

Personnellement, je n’ai aucun tabou. Je veux bien croire qu’il faille changer l’étalon du système de fixation des prix. Je ne suis pas expert, pas plus que nos acheteurs. Qu’on définisse donc une règle mais qu’on s’y tienne.

Nous ne cherchons pas être mauvais joueurs. L’important, c’est que nous puissions répondre aux attentes des consommateurs en leur tenant un discours de filière qui soit cohérent et crédible. A défaut, qu’on comprenne combien la situation sera pour nous intenable. Si les prix baissent en Allemagne (30 % chez Penny et Lidl) et pas dans nos magasins, il y a fort à craindre que les distributeurs seront accusés de ne pas avoir répercuté la baisse. Et combien vous pariez qu’il se trouverait des agriculteurs pour nous le reprocher !!!

A suivre, demain.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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7 décembre 2008

Prix du lait (I) : sortir de la violence

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Nouvelle réunion à Rennes, demain à 16 heures, autour du préfet de la région Bretagne. Participeront : les éleveurs, les transformateurs (coopératives ou secteur privé), la distribution. En fait, il s’agit avant tout, dans ce travail en commission, de déminer les conflits en faisant un peu de pédagogie. Ce n’est pas dans cette instance que se détermineront les nouvelles formules qui serviront de calcul au prix du lait. Le problème est technique, compliqué. La situation des éleveurs mérite qu’on s’y investisse. Et sur cet objectif, il est donc grand temps de balayer les fausses accusations qui ont alimenté les tensions dans la filière. L’occasion, ici, d’apporter quelques précisions sur les comportements qu’on attribue à mes adhérents ou à mes propres prises de position.

Violences inadmissibles :

A plusieurs reprises, j’ai dénoncé le marketing désastreux d’un syndicalisme paysan, incapable de faire son autocritique, toujours à la recherche d’un bouc émissaire facile : le distributeur. Les exactions commises, il y a quinze jours, auront causé 1 million d’euros de dégâts dans le seul Finistère. Elles ont provoqué la démobilisation complète des acheteurs et chefs de rayon de la distribution qui en ont ras-le-bol d’être pris pour cible.

Des salariés motivés :

Il faut comprendre que nos salariés sont aussi des fils ou des filles d’agriculteurs, et en tout cas, ils sont passionnés par leur métier. Plus que toute campagne collective de publicité ou les déclarations des hommes politiques, ce sont nos bouchers, nos charcutiers qui ont reconquis la confiance des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont nos responsables de rayon fruits et légumes qui organisent la promotion des productions bio, rassurent les clients sur l’utilisation des pesticides ou des nitrates. Dans chaque magasin, nos acheteurs sont autonomes. Ils cherchent à privilégier l’offre locale, malgré les propositions alléchantes d’Italie ou d’Espagne (fruits et légumes), d’Allemagne ou des Pays-Bas (porcs et produits laitiers).

Quand le syndicalisme n’a d’autre mot d’ordre que de casser du chariot ou de dévaster les gondoles, il scie la branche sur laquelle sont assis les agriculteurs. Tout ça, finalement, pour passer au JT qui relayera complaisamment. Et l’on entendra le blues du petit producteur devant l’écran de fumée masquant l’enrichissement des céréaliers et des grandes sociétés agroalimentaires.

Hypocrisie :

Comment voulez-vous que, dans ces conditions, les réunions distribution-transformation-agriculture puissent aboutir à un quelconque partenariat. Si la FNSEA veut que les responsables de la distribution donnent un coup de main à la résolution des problèmes du secteur, qu’elle commence par respecter le travail de ses salariés, ce sera plus efficace.

Les leaders syndicaux qui se sont pointés à la Scarmor (Landerneau), jeudi 27 novembre, pour proposer crânement leur médiation et négocier la levée de siège, avaient un sacré culot. Ce sont les mêmes qui, la veille, dans une réunion à Saint-Ségal (Finistère), avaient chauffé la salle, désigné la cible, et dans une atmosphère franchement imbibée, poussé des agriculteurs à venir « bouffer du distributeur ». Voilà qui, aux yeux de nos salariés et de nos adhérents, outrés et très en colère, achève de discréditer une parole syndicale qui fait finalement obstacle à la résolution pratique des problèmes.

Car les problèmes sont réels. Nous ne le nions pas. Mieux, nous sommes prêts à mettre toute notre force de vente et notre crédibilité commerciale pour aider à la recherche de solutions.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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24 novembre 2008

Pub comparative : en France, c’est compliqué !

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Beaucoup de déplacements en ce moment ! J’ai beaucoup délaissé ce blog. C’est aussi parce qu’avec la crise qui s’annonce, il me faut organiser la riposte pour 2009. Vous verrez, notre enseigne ne sera pas à la traîne… Je réponds néanmoins rapidement aux interrogations exprimées ici, par André et Augustin, sur la publicité comparative (commentaires du 17/11/2008).

La publicité comparative est légale.

1) La législation européenne :

Les conditions de publicité sont clairement balisées : les comparaisons doivent porter sur des données objectives, vérifiables et les publicités ne sauraient contenir d’allégations dénigrantes à l’égard des concurrents.

Plusieurs distributeurs ont publié des comparateurs (notamment Tesco en Angleterre, Colruyt en Belgique). La jurisprudence est claire. Et au fil des pratiques comme des contestations, elle s’affine et laisse place à une interprétation suffisamment large pour animer la concurrence. Les organisations de consommateurs n’y trouvent rien à redire et soutiennent le principe.

2) En France, c’est moins simple :

Ce n’est pas tant une affaire de jurisprudence. Les occasions de saisir les tribunaux n’ont pas été légion puisque, de fait, peu d’acteurs s’autorisent cette forme de publicité.

Paradoxalement (je dis paradoxalement parce que c’est cette enseigne qui nous a attaqués la première lors du lancement de notre comparateur), c’est Carrefour qui a introduit la pratique de la publicité comparative en France dans le secteur de la grande conso. Et à l’époque, dans les années 70, les centres E. Leclerc de la région nantaise avaient alors contesté la qualité et le bien-fondé des comparaisons de prix. Comme quoi !!!

Dans les années 80, Pierre Bérégovoy et Véronique Neiertz avaient voulu modifier la législation française. Leur objectif était d’inciter « les gros », industriels ou distributeurs, à se comparer entre eux. Mais uniquement « les gros ». J’avais alors rué dans les brancards puisque le projet excluait du champ de la concurrence les commerçants déjà les plus chers (GSS, franchisés, distribution sélective, etc.).

J’avais lancé une campagne de publicité dévastatrice, co-signée Jacques Séguéla et Georges Wolinski, pour montrer l’aberration d’une telle limitation. Tous les professionnels cités dans nos pubs, de la boulangerie à la bijouterie en passant par les pompistes, avaient crié au scandale puisque E. Leclerc avait osé révéler leur indice de cherté.

3) Une ambiguïté cultivée par les pouvoirs publics :

Les pouvoirs publics ont toujours tergiversé. Jugez-en : les distributeurs n’ont toujours pas le droit d’afficher leur prix de carburant à la télévision, malgré un intérêt concurrentiel évident. Mais ils sont obligés (c’est un texte législatif) d’alimenter le site de Bercy qui publie sur Internet les prix des carburants de toutes les enseignes, y compris ceux des majors.

Les pouvoirs publics (les ministres à titre personnel) veulent tirer profit d’une médiatisation maîtrisée par eux sans que chaque acteur économique puisse faire valoir sa propre performance et en tirer avantage.

Avec le panier Darcos (quelques dizaines d’articles incontournables de la rentrée des classes) et celui de Luc Chatel (en projet), on est toujours dans la même épure.

Bref, en théorie, tout le monde pousse à la comparaison, la publicité comparative est autorisée, mais à condition que ça n’apparaisse pas vraiment comme de la publicité. C’est un sacré handicap culturel.

4) Les difficultés techniques :

En Angleterre, Tesco compare sans problème le prix des grandes marques chez ses concurrents, mais aussi les marques de distributeur entre elles et les premiers prix. Rien que de normal : après tout, quand un consommateur vient dans un magasin chercher du café, il raisonne bien en « unité de besoin » pour pouvoir tantôt choisir un café de marque ou plutôt choisir un café premier prix…selon ses goûts ou ses moyens.

En France, il a fallu la validation de la Cour d’appel de Paris pour établir la légalité de « quiestlemoinscher.com ». Mais, pour le moment, ça ne concerne que les produits de marques nationales parfaitement identiques. La plupart des industriels et des distributeurs se refusent jusqu’ici à aller plus loin, alors que la législation européenne autorise la comparaison de produits comparables, c’est-à-dire répondant aux mêmes besoins.

Qu’entend-on par comparables ? Ce sont des produits qui ne sont pas les clones les uns des autres, mais dont les variations dans la composition de l’article, de la présentation ou du packaging n’altèrent pas substantiellement la possibilité de rapprocher les prix et de choisir le moins cher. Bref, ce n’est pas parce qu’il y a deux olives de plus sur une pizza ou une tranche de chorizo en moins, que les produits, par ailleurs composés des mêmes ingrédients, ne répondraient pas au même besoin et ne seraient donc pas comparables.

La plupart des internautes qui m’ont interpellé ici depuis deux ans, ne comprennent pas que l’on exclue les MDD et les premiers prix du champ de la comparaison. Ils ont raison d’évoquer le problème.

La publicité que nous avons lancée très récemment sur les chaînes de télévision (comparaison des prix des flans) ose lever ce tabou. Elle repose sur une analyse technique comparative de produits qui répondent aux mêmes besoins. Je veux qu’on poursuive dans cette voie.

Dans la restauration, l’assurance, la banque, les prestations de services, jamais aucun « produit » n’est vraiment totalement identique. A quoi servira la publicité comparative si on limite ainsi la comparaison aux seuls produits « clonés ».

Mon combat, celui des Centres E. Leclerc, c’est d’obtenir, en France, une application large de la législation européenne. J’y arriverai.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 novembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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30 octobre 2008

« Prix agricoles » : les spéculateurs dans la semoule !

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Qu’il s’agisse du marché intérieur ou des cours mondiaux, toutes les observations sont convergentes. Les prix agricoles dégringolent.

En un an (septembre 2008 vs septembre 2007), le cours du blé (et des céréales en général) a chuté de 40 %. Le prix du lait et du beurre plonge, selon les qualités, de 15 à 30 %. Le sucre redevient raisonnable, et même les oléagineux sont depuis deux mois à la baisse.

Les consommateurs peuvent se réjouir, les agriculteurs ont des raisons de s’inquiéter (sauf les éleveurs qui respirent un peu !).

Je laisse aux conjoncturistes le soin de disserter sur l’ampleur du phénomène. Mais ce retour de balancier nous interpelle autrement. Il pose une question de fond. Jusqu’à quel point le lobby agroalimentaire prend-il les consommateurs pour des imbéciles ? Jusqu’où l’opinion est-elle manipulable par la statistique ?

Il y a un an, en effet, tout le gratin de l’agroalimentaire expliquait l’envolée des prix par l’insuffisance d’une offre mondiale, incapable de satisfaire les besoins des pays émergents. Nous disions la météo 2007 coupable ! On nous rétorquait que nenni ! Les Chinois et les Africains, saturés de riz et de manioc, avaient découvert les vertus de nos céréales, les Indiens se mettaient à consommer du lait, les Russes boulottaient nos légumes !

Pour défendre cette analyse, notre FNSEA, par la bouche et l’écriture de Jean-Michel Lemétayer et Luc Guyau, annonçait une décennie de hausses incontournables : « Les Français doivent s’habituer à une offre alimentaire de plus en plus chère » disaient-ils, profitant, à l’occasion, de vilipender la PAC nouvelle et la fin des subventions agricoles.

Mieux : ce fut le procès quasi stalinien des agrocarburants. Les mêmes qui, deux ans auparavant, ne juraient que par l’apport énergétique des surfaces échappées à la jachère, fustigeaient, comme le PDG de Nestlé, le recours criminel aux agrocarburants (« criminel » parce que poussant à la hausse des aliments dans le Tiers Monde !).

Le parti des OGM en profita pour jouer sa partition. Le monde allait crever de faim si l’on ne développait pas cette alternative secourable !

La chute des cours agricoles, amorcée bien avant la crise financière, met à mal tout cet argumentaire. La météo a remis le curseur à sa place ; les récoltes canadiennes, américaines et bientôt australiennes vont permettre de rééquilibrer l’offre. Et nos laitiers n’ont qu’un objectif, empêcher Lactalis et autres Danone de fixer des prix en rapport avec les cours mondiaux.

En réalité, le discours de fond est probablement le bon. Comme pour l’énergie, l’inflation des prix alimentaires va de paire avec l’augmentation accrue des besoins dans les pays émergents. Mais un discours excessif, alimenté par les différents lobbies, conduit à une surdramatisation aveugle. Le retournement de la conjoncture devrait conforter la recherche sur les agrocarburants de la deuxième génération et éviter qu’on confonde analyse et précipitation.

En attendant la prochaine vraie mauvaise récolte, saluons la baisse et regardons comment elle va se répercuter dans les tarifs.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 octobre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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7 octobre 2008

Diviser l’inflation par 2, c’est possible !

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J’ai participé, avec d’autres de mes confrères et concurrents, à la journée organisée, jeudi dernier, par la revue professionnelle LSA, sur le thème « La nouvelle loi LME et la négociation commerciale ». Il s’agissait de répondre aux questions de la rédaction (Yves Puget et Jérôme Parigi), et le moins qu’on puisse dire, c’est que les interrogations ne manquaient pas car dans la période qui s’ouvre (et qui se terminera en février puisque c’est la loi qui nous l’impose), nous allons vivre une véritable révolution culturelle.

En prenant connaissance des courriers qui me sont depuis parvenus, il m’a semblé nécessaire de redire, ici, sous une forme peut-être plus cohérente, les éléments de stratégie qui vont animer les adhérents de notre enseigne dans les mois qui viennent.

1) Pour les collaborateurs et adhérents qui animent la politique commerciale des Centres E. Leclerc, le diagnostic ne fait aucun doute. Ce que l’on appelle « l’économie réelle » (par opposition à l’industrie financière) va être, en 2009, profondément impactée par la crise. Le crédit va se faire rare et plus cher. La production intérieure brute va continuer à reculer. Mais surtout, la consommation risque de perdre son rythme, déjà fragile, vu les perspectives de pouvoir d’achat.

Nos équipes travaillent à partir des indicateurs établis par le BIPE à qui nous confions, depuis 2004, l’élaboration d’un indice de pouvoir d’achat effectif des Français.

- Depuis l’an 2000, le pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) a progressé moitié moins vite que l’indicateur macroéconomique du pouvoir d’achat élaboré par l’INSEE.

- Pour 2008, le pouvoir d’achat effectif, selon l’indicateur BIPE/E. Leclerc, régressera de 1,3.

- Pour 2009, les prévisions sont plus négatives encore (moins 1,9).

Pour la première fois depuis longtemps, le revenu disponible des ménages va baisser pour deux années consécutives.

2) Cette situation est évidemment vécue avec anxiété par les ménages français. La tentation est forte d’accroître l’épargne liquide, mais aussi de restreindre le mode de vie en limitant la consommation. (Les foires aux vins, malgré leur attractivité, ont suscité un chiffre d’affaires bien moindre que les années précédentes (entre moins 12 et moins 20 % selon les enseignes).

3) En ligne de mire, les fauteurs présumés de l’inflation. Les études publiées par le CREDOC confirment une perte de confiance dans les grandes marques industrielles et les enquêtes d’IPSOS révèlent une dégradation de l’image des entreprises de consommation.

4) Avec les HD (dont Netto d’Intermarché), les Centres E. Leclerc, Système U continuent à prendre des parts de marché. Dans le monde des hypers, notre enseigne bénéficie d’un capital confiance inaltéré, fruit de notre politique de prix bas mais aussi de la lisibilité de notre engagement permanent pour le pouvoir d’achat.

Dès lors, cette situation nous confère une responsabilité. Non seulement, l’intérêt de nos entreprises (patrimoine, profitabilité, capacité de recrutement) exige que nous restions bien calés sur nos fondamentaux. Mais c’est aussi l’intérêt des industriels que de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme de nos réseaux plutôt que d’essayer d’y faire passer des hausses de tarifs excessives.

5) Depuis « la rentrée », nous avons décidé de bloquer toutes les hausses tarifaires (5,7 % en moyenne) et d’inscrire la négociation commerciale dans une perspective draconienne : ramener l’inflation à 2 % en rythme annuel dans nos magasins dès le début 2009. Ce n’est pas encore une promesse, mais c’est notre objectif.

Chaque contrat sera négocié individuellement, pied à pied, dans le respect du nouveau cadre légal, mais en ouvrant tous les tiroirs de la négociation. (Je ne parle pas ici des PME, ni de l’agriculture, mais uniquement des marques nationales).

a) Les grandes marques ont invoqué, depuis 2 ans, la hausse des matières premières pour proposer des augmentations tarifaires importantes. Or, certains marchés se retournent : le beurre a baissé de 31 %, la poudre de lait de 35 % en moyenne, le blé (Eure-et-Loir) de 19 %, le maïs (Eure-et-Loir) 12 %, le sucre 2,6 % (août 2008 vs août 2007). Les consommateurs sont en droit d’attendre des baisses de prix effectives.

b) La loi Galland a été abolie. Plus besoin de faire de la gonflette tarifaire pour proposer, par la suite, des compensations sous forme de rémunération de coopération commerciale.

Donc parlons tarif et collons au marché : il faut des baisses directes.

6) Les résistances seront nombreuses. Certains arguments sont pertinents. Il est évident que nous devrons laisser passer des augmentations pour les entreprises qui s’approvisionnent sur des marchés toujours à la hausse (cacao, café, huiles). On va négocier les taux, chercher à étaler les hausses dans le temps. Mais pour rétablir la confiance sur les marques, il faut impérativement que baissent celles qui bénéficient de coûts d’approvisionnement plus faibles que l’année dernière.

7) Sous quelle forme ? Là est un autre débat.

Des industriels (Panzani, Danone), sous des formes diverses, proposent des réductions de prix à leur seule initiative ou des articles plus cheap, îlots de baisse dans un océan de hausses. D’autres préfèrent attendre, maintenir des hausses de précaution, quitte à proposer des compensations sous forme de promotions ou de rabais éphémères.

Les temps ont changé. Les consommateurs disent ne plus s’y retrouver dans le flot de suractivité promotionnelle et les révélations de 60 Millions de Consommateurs sur les bidouillages de packaging exigent qu’on revienne à une pratique plus transparente.

8) Alors, les promos, oui ! Elles sont nécessaires pour animer le marché. Mais d’abord le prix net, le prix lisible, le prix de référence. Voilà l’objectif.

La loi LME a supprimé les marges arrière. Elle ne rend plus nécessaire toutes ces constructions artificielles dont l’élaboration constituait le menu principal de la négociation commerciale.

Ce que veulent les consommateurs aujourd’hui, ce sont des offres claires. Il faut sortir du « tout promo », remettre de la performance dans les prix de fond de rayon quel que soit le niveau de gamme.

Voilà nos lignes directrices. Place aux actes, à suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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1 juillet 2008

Pharmaciens contre épiciers : une querelle vieille de trois siècles !

Les plus anciens s’en souviendront : il y a 20 ans, les Centres E. Leclerc ont pris l’initiative de vendre des produits de dermocosmétique et de parapharmacie, déclenchant une polémique mémorable. Débats télévisés, harangues et publicités, procès jusque devant le Conseil de la Concurrence et la Cour de justice européenne. Tout cela pour finalement obtenir la libre commercialisation de cotons-tiges, crèmes solaires, préparations multivitaminées, préservatifs...

Notre dernière campagne sur le prix des médicaments non remboursés a provoqué un même prurit de colère de la part d’une corporation arc-boutée sur la défense de son monopole.

Vues de l’étranger, toutes ces polémiques sont décrites comme les avatars d’un corporatisme excessif, comme l’expression d’un protectionnisme complètement décalé vu les pratiques des autres pays européens. Les commentaires les plus acerbes n’hésitent pas à qualifier d’archaïque « une législation si peu ouverte à la concurrence et à la défense des usagers ».

Archaïque ? Si le terme est polémique, la réalité confirme que la querelle puise sa raison d’être dans une histoire qui remonte au moins à trois siècles. Une amie historienne, plongée dans la rédaction d’une thèse sur le marché du sel au XVIIIème siècle, m’a fait parvenir quelques vieux textes trouvés au Centre Historique des Archives de Paris.

I – « 16 juillet 1775 : Réflexions proposées par les Commissaires de la Faculté (de médecine) pour fixer les limites des deux états d’Apothicaires et d’Epiciers.

- Nul Epicier ne pourra…vendre et débiter aucune drogue simple servant à la médecine avant d’avoir passé un examen devant les Députés ordinaires de la faculté…

- Il sera permis à tout Epicier reçu de vendre à tout poids toutes les drogues simples en substance, entières, hachées, coupées, râpées, concassées…mais ne pourra pas mêler les poudres de différentes substances.

- Il lui sera défendu de tenir confondues dans la même boutique les objets comestibles avec les drogues dangereuses par leur nature comme les poisons et les préparations de minéraux servant à la peinture… Au moins il sera contraint de tenir ces marchandises dans un endroit séparé… Il y aura un comptoir, des balances et autres instruments qui ne pourront servir qu’à la vente de ces sortes de marchandises.

- Il sera permis aux Epiciers d’acheter chez les Apothicaires de Paris les mêmes compositions galéniques et chimiques dont l’importation leur est permise… L’Apothicaire sera tenu de les sceller de son cachet que l’Epicier n’aura pas le droit de rompre…

1- Tableau des drogues simples permises aux Epiciers (extrait):

Du règne végétal : les racines, les champignons,…

Du règne minéral : les sels, les minéraux inflammables…

Du règne animal : les crapauds et grenouilles, les scorpions, les vipères, les cloportes, les yeux et les pattes d’écrevisse, les mâchoires de brochet, l’os du cœur de cerf, le sang de bouquetin, le fiel de taureau, le poumon du renard…

2- Préparations interdites aux Epiciers (extrait):

La lotion et coction de la térébenthine
La préparation philosophique de corne de cerf
Les fécules des plantes

3- Compositions que les Epiciers ne pourront vendre en débit (extrait):

Les sirops d’absinthe, de quinquina, de chou rouge
Les gelées de corne de cerf et de vipère

4- Préparations de chimie dont la confection et la vente sont permises aux Epiciers (extrait):

Les huiles essentielles de plantes
L’eau de mélisse, l’eau divine, les eaux odorantes de feuilles, tiges, fleurs, fruits, écorces, bois et racines

II – 25 avril 1777 : Déclaration du Roi portant règlement pour les professions de la pharmacie & de l’épicerie à Paris.

Nous avons considéré qu’étant une des branches de la médecine, la pharmacie exigeait des études et des connaissances approfondies… Nous avons eu pour but de prévenir le danger qui peut résulter du débit médicinal des compositions chimiques, galéniques ou pharmaceutiques entrant dans le corps humain confié à des Marchands qui ont été jusqu’à présent autorisés à en faire commerce sans être obligés d’en connaître les propriétés…
Nous avons jugé nécessaire de fixer entre les deux professions des limites qui nous ont paru devoir prévenir toutes contestations et opérer la sûreté dans le débit des médicaments…

- Les Maîtres en pharmacie…ne pourront à l’avenir, cumuler le commerce de l’épicerie : ils seront tenus de se renfermer dans la confection, préparation…de compositions médicinales.

- Les Epiciers continueront d’avoir le droit de faire le commerce en gros des drogues simples.

- Défendons aux Epiciers de fabriquer et vendre des sels, compositions ou préparations entrant dans le corps humain sous forme de médicaments…

III– Juin 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie présentée au Roi

…les limites des deux états ont de tout temps été établies :

- L’état de l’apothicaire réside dans les compositions médicinales.

- L’état de l’épicier droguiste consiste dans la vente de toutes les productions de la nature.

- …les pâtes et conserves de guimauve, de violette, d’angélique, de coing et autres qui sont le plus souvent de simples agréments sous le titre de bonbons, deviennent quelquefois des médicaments par l’ordonnance du médecin… Si les prohibitions subsistaient, les apothicaires pourraient contester aux épiciers leur état de confiseurs !

Plaise à Votre Majesté de défendre aux apothicaires de vendre des dragées, pastilles, chocolats, bonbons, sirops d’agrément, liqueur de table, parfums, eaux odorantes servant à la toilette.

IV– Août 1777 : Réponse du Collège de Pharmacie à la requête du Corps de l’Epicerie (extrait)

La déclaration ôte aux Epiciers environ 100 concurrents (produits) ; elle ne leur enlève aucune partie de leur commerce dont les branches sont à l’infini. Elle ne laisse aux pharmaciens que la vente et le débit de toutes les compositions et préparations médicinales… Les épiciers voudraient-ils leur enlever leur seul et unique avantage ?

V– Octobre 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie en réponse à la réplique des Apothicaires.

…Le corps de l’épicerie s’est trouvé dépouillé sans avoir été entendu.
Les apothicaires, par des motifs de jalousie, veulent faire croire au public que toutes les préparations vendues par les épiciers sont défectueuses. On ne les croira pas lorsqu’on saura qu’elles sont scrupuleusement visitées par Messieurs de la Faculté de Médecine avant d’être mises en vente.
Le public peut donc se tranquilliser sur la bonne qualité des médicaments que distribuent les épiciers. »

Le débat ne date donc pas d’aujourd’hui. Des écrits de cette nature, il y en a pour nourrir toute une bibliothèque. Et au rythme où va la polémique, on a comme l’impression qu’effectivement les corporations françaises ne sont pas près de sortir de leurs rivalités de comptoir !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 juillet 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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12 juin 2008

Class actions, délais de paiement, négociations tarifaires et urbanisme commercial : la loi LME échauffe les esprits

Plus d’un millier d’amendements ! Ca chauffe au Palais Bourbon. « Loi LME, Loi Michel-Edouard », disent les mauvaises langues. Pas la peine de rajouter à la polémique d’autant que pour discréditer le texte, les adversaires de la libre concurrence voudraient y lire une paternité que je ne revendique pas, même si nos campagnes en furent à l’origine, même si j’approuve l’esprit général et certaines dispositions. Faisons le point.

1) Les class actions :

Elles sont demandées par les organisations de consommateurs, UFC-Que choisir en tête. Au vu des dérives constatées aux Etats-Unis, on mesure le risque d’effets pervers (contentieux interminables, surenchère financière (racket ?) avec menace de médiatisation outrancière). Mais je partage l’avis de Luc Chatel. Il vaut mieux être proactif sur le sujet et œuvrer pour un dispositif intelligent, filtré par les associations agréées et suffisamment balisé pour en maîtriser l’exercice. Le gouvernement envisage de discuter la question d’ici la fin de l’année en mettant en perspective le dispositif des class actions dans l’ensemble du système de contrôle judiciaire. C’est une bonne initiative, n’en déplaise à la majorité des patrons réticents.

2) Les délais de paiement :

Je suis pour une réduction progressive au bénéfice des PME, fournisseurs de l’industrie, de la distribution, des collectivités locales et de l’Etat, tous secteurs d’activités confondus (produits et services). Elle offrira un horizon favorable à nos PME et à leurs banquiers. Il s’agit de re-transférer la charge de trésorerie de l’amont vers l’aval. Macroéconomiquement, ce changement peut se faire « à somme nulle ». Les libéraux s’offusqueront : « le délai de paiement est un élément du prix et doit pouvoir se négocier ». Soyons pragmatiques, les PME n’ont pas le rapport de force pour eux. L’intérêt de procéder par voie législative, c’est de limiter les discriminations entre formats et acteurs concurrents (la réduction des délais impacte indifféremment tous les comptes d’exploitation d’un même format. Tout le monde est à la même enseigne (sic)).

3) La négociabilité des tarifs :

Evidemment, je suis pour. Mon enseigne la réclame depuis toujours. Heureux de voir que, désormais, tous les distributeurs s’y rallient. Le retour à la négociabilité des tarifs, c’est le retour à la vérité des prix, c’est la vraie condition de suppression des marges arrière. Contrairement aux affirmations de l’ANIA et de l’ILEC, la répercutabilité des marges arrière (lois Dutreil et Chatel) ne suffit pas pour rendre vertueux un système qui maintient la surenchère sur les prestations de services et pousse, de ce fait, à la hausse des tarifs et des prix. (Comme me le rappelle souvent un adhérent de Lannion, mon métier c’est d’acheter et de vendre des produits, pas de louer mes linéaires !). Le droit des contrats stipule que chacun (fournisseur et distributeur) doit respecter ses obligations. C’est bien de le rappeler (amendement J.P. Charié). Mais attention ! Si on reconduit le système des tarifications de chaque prestation (revendication de l’ANIA), on maintient la fiction d’un marché de prestations déconnectées de la vente. On ne sortira jamais de la loi Galland.

4) L’urbanisme commercial :

Beaucoup d’études simplistes ou statistiquement inexactes ont été produites pour aboutir à ce constat de bon sens : les prix sont d’autant plus bas qu’il existe une saine concurrence dans chaque zone de chalandise. Et la garantie de cette concurrence, c’est la présence des enseignes les moins chères.

Le texte de loi, de ce point de vue, souffre d’une énorme contradiction. Il désigne du doigt le prix des grandes marques dans les hypers (opération Chatel à Strasbourg), mais ne libère la concurrence que pour les formats inférieurs à 1 000 m², c’est-à-dire principalement les hard-discounters qui ne vendent pratiquement pas de marques (200 références maxi chez Lidl, le mieux doté).

Dans cette affaire, le gouvernement fait le service minimum. Il réplique à la Commission de Bruxelles qui lui a enjoint d’intervenir pour faciliter l’implantation des HD. Mais ce faisant, la loi n’aura aucun impact sur les prix. Les HD vendent des produits pas chers. Mais les Carrefour et autres Casino ne craignent pas vraiment cette concurrence. Les HD se développent essentiellement en centre ville d’où ils tirent leur progression de part de marché. En revanche (et c’est ce qui explique la bronca des élus de petites villes), la libre implantation de HD menace directement le commerce de proximité et de centre ville. Jean-Pierre Raffarin me le confirmait récemment (lors d’un débat pour Le Figaro). Il habite Chasseneuil du Poitou : « 3 ou 4 HD supplémentaires à Poitiers ne modifieraient pas l’attractivité de cette ville et ne pèseraient pas beaucoup sur les prix. Mais un seul HD à Chasseneuil et c’en est fini du commerce de ma ville ! ».

Vu les contradictions et les limites du projet, j’approuve la proposition de Jean-Paul Charié. Il faudra revenir devant le Parlement pour faire sauter « ces effets de seuil » et réintégrer le système d’autorisation des hypers dans le droit général de l’urbanisme. De toute façon, à l’heure d’Internet, cette histoire de mètres carrés n’a plus de sens.

Je reviendrai prochainement sur ce sujet. En attendant, le débat, même sous ses aspects polémiques et brouillon, aura deux mérites. Il permettra de s’attaquer à l’inflation à la source, dès le décret d’application. Et sur les autres sujets, il aura fait « bouger les lignes ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 juin 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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6 mai 2008

Loi LME : le forcing de l’ANIA

Mobilisées contre le projet de loi LME (Loi de Modernisation Economique) qui sera débattu au Parlement le 22 mai, 7 grandes fédérations professionnelles se sont, le 24 avril, érigées en rempart de l’industrie et de l’agriculture françaises. Sans complexe, sans pudeur, sans retenue, l’ANIA, maître d’œuvre de l’opération, décidait de s’abriter derrière le sort des « Petits » (CGPME, agriculteurs) menacés de faillite ou de délocalisation. Rétablir la négociabilité des tarifs reviendrait à « remettre les clés de nos entreprises aux mains de la grande distribution », assénait le grand maître de cérémonie, Jean-René Buisson, ancien de Danone, vice-président du MEDEF, président de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires).

JRB n’a jamais fait dans la dentelle. Avec lui, sur un plateau de TV, devant une commission parlementaire, ou même en face du Président Sarkozy, on est dans un film de Coppola. Avec gros plan sur les regards furibonds, la rougeur de peau sensée illustrer la colère, et le doigt pointé pour la détermination ! Les slogans jaillissent spontanément de sa bouche. Avec lui, on n’est jamais dans un cercle distingué d’économistes. Tout est dans le rapport de forces.

Dans son interview télévisée du 24 avril, le Président a coupé court à l’évocation de cette pression des grands industriels. Passablement irrité, il a renvoyé chaque corporation dos à dos. Il fera la négociabilité des tarifs, a-t-il assuré.

Mais JRB entend bien mener sa « blitz krieg » sur les parlementaires UMP, dont il sait que les députés ruraux sont sensibles à la cause des « Petits ». La loi Galland, c’était déjà cette fraction du RPR et de l’UDF qui l’avait votée ! Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob avaient su récupérer les angoisses de la France rurale et habiller cette loi anti-concurrentielle de plusieurs vertus supposées : protection des PME, aménagement du territoire, préservation de l’emploi que « tue le prix bas », etc. Il ne faut donc pas négliger l’impact du lobbying de l’ANIA sur les députés et les sénateurs.

A la lecture des documents émanant de l’ANIA, le rouleau compresseur, JRB, a mis le paquet ! Dans une note adressée aux associations adhérentes, il récapitule les arguments des industriels (nous y reviendrons dans une prochaine note) et les actions « que nous prévoyons d’engager jusqu’à l’adoption du texte par le Parlement ».

Je serais député, je n’aimerais pas trop être cité dans ce genre de document. Personne n’a jamais eu d’illusions sur l’autonomie de certains parlementaires. Les officines sont légion et très actives dans les sous-sols de l’Assemblée. Chaque corporation a ses relais, fait appel à des sociétés spécialisées et tient couvert de manière tout à fait transparente à la Maison de l’Amérique Latine, chez Ma Bourgogne et jusqu’à la table de Le Divellec, de l’autre côté de la place des Invalides.

Il n’empêche ! Il ne faut avoir peur de rien pour confirmer ces déjeuners « avec une vingtaine de députés très positifs et avec lesquels nous gardons un contact serré. Ces échanges nous ont permis d’identifier clairement les députés qui pourront soutenir nos différents amendements, en cours de finalisation. . »

Quels députés ? « Je tiens à votre disposition un fichier à jour avec la liste des députés et sénateurs rencontrés, afin de bien quadriller le dispositif et de n’oublier personne. »

JRB envisage de rameuter devant le Parlement : « Nous vous confirmons par ailleurs que le principe d’une manifestation publique est retenue, si les démarches entreprises actuellement n’aboutissent pas. » Attendons-nous à voir donc défiler la fine fleur des PME françaises, mobilisées par la CGPME, et les agriculteurs. Peut-être même y verra-t-on les représentants de quelques syndicats de salariés de l’industrie agroalimentaire (FGA CFDT) qui ont toujours défendu les intérêts patronaux dans ce débat sur la loi Galland.

Mais j’ai hâte de voir si, dans le cortège, les patrons de Nestlé, de Danone, de Lactalis, de Bonduelle ou des grandes entreprises agroalimentaires oseront s’afficher dans la cohorte des « Petits ». Je ne suis sûr que d’une chose : au milieu des slogans contre les prix bas, il n’y aura aucune pancarte pour afficher la hausse des profits de ces entreprises en 2007.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 mai 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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28 avril 2008

L’inflation se nourrit des querelles corporatistes !

Je reviendrai dans les prochains jours sur le problème du prix des médicaments OTC après la décision du Tribunal de Colmar. L’actualité, ce matin, c’est la loi LME.

Serait-ce la dernière ligne droite ? Le Conseil des Ministres a bouclé ce matin ce qui doit constituer la réforme définitive de la loi Galland (1997).

Définitive ? Cela dépendra des parlementaires. Il faut s’attendre à une foire d’empoigne. Et vu la manière dont le lobby agroalimentaire a présenté les choses, c’est peu dire que les cartes sont sacrément brouillées !

J’ai pris position pour ce projet. Il n’est pas optimal. J’aurais préféré une réforme plus radicale…(nous y reviendrons) des règles d’urbanisme commercial.

Mais enfin ! J’affirme que si le projet n’est pas trop galvaudé, il permettra de faire baisser les prix de milliers d’articles. Il permettra d’aborder le deuxième semestre avec une inflation divisée par deux. On est actuellement sur un rythme annuel de 4 %. Je parie qu’on peut, avec ce texte, arriver à 2 %.

1) Jusqu’ici, les distributeurs ne pouvaient pas s’opposer directement aux hausses tarifaires des industriels. Certes, ils compensaient ces hausses en négociant des prestations commerciales rémunérées. Mais c’était juridiquement périlleux, avec des difficultés réelles de répercutabilité aux consommateurs que même la dernière réforme Chatel n’a pas complètement résorbées.

2) La nouvelle loi prévoit la négociabilité des tarifs. En clair, les distributeurs pourront refuser des hausses excessives, et obliger les industriels les plus chers à s’aligner sur les offres les moins chères. Ils pourront négocier l’étalement des hausses dans le temps ou sur des gammes élargies, afin d’en diluer les effets. Ils pourront introduire des clauses d’indexation pour que les tarifs baissent automatiquement en cas de retournement des marchés des matières premières par exemple.

Les fédérations industrielles poussent des cris d’orfraie, font l’éternel chantage à l’emploi menacent de délocaliser, annoncent des dépôts de bilan. Quelle hypocrisie ! Le texte vise essentiellement les industriels de grandes marques, des entreprises multinationales qui sont largement rompues à cet exercice de négociation. Partout en Europe, c’est la norme, c’est la pratique usuelle. Coca Cola, Nestlé, Procter, Unilever adaptent sans arrêt leur politique tarifaire aux différents marchés nationaux. C’est d’ailleurs ce qui fait que dans les autres pays européens, les tarifs des grandes marques sont inférieurs aux tarifs français.

Curieux attelage donc qui voit Jean-Michel Lemétayer, Président de la FNSEA, venir servir de caution aux multinationales.

a) D’abord, les agriculteurs ne sont pas directement concernés par ce texte. Et ils bénéficient déjà d’une réglementation privilégiée sur les délais de paiement.

b) Il n’existait pas, ou pratiquement pas, de marges arrière sur les produits agricoles. Jean-Michel Lemétayer disait s’opposer aux pratiques commerciales issues de la loi Galland. Pourquoi s’oppose-t-il aujourd’hui à la négociation directe, à la transparence des prix retrouvée, à la déductibilité directe des prix sur les factures plutôt que le passage obligé par le financement des têtes de gondole, etc.

Alors, soyons sérieux. S’il faut muscler le texte pour protéger plus encore les petites entreprises, faisons-le ! Mais que des industriels comme Danone ou Nestlé (qui affichent des profits de 10 % nets en pleine crise du lait) essaient de se planquer derrière les problèmes des petits éleveurs du Massif Central, voilà qui frise le ridicule.

Dans son interview télévisée, Nicolas Sarkozy a semblé être irrité de ces pressions corporatistes. J’espère qu’il tiendra le cap.

A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 avril 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Pouvoir d'achat
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21 mars 2008

Système U et la réforme de la loi Galland

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Je réponds, ici, à des commentaires d’internautes, notamment Augustin et André, concernant l’initiative publicitaire de Système U. Et aussi aux journalistes auxquels j’ai refusé de commenter cette initiative « à chaud » et dans un esprit polémique.

La réforme définitive de la loi Galland, promise par le Président de la République, vit ses derniers soubresauts (enfin, j’espère !). D’ores et déjà, cette perspective commence à produire ses effets concurrentiels. Pas encore en termes de baisses de prix sonnantes et trébuchantes ! Mais quelques enseignes ont manifestement compris que c’en était fini du confort « des prix de marché déterminés par les seuls fournisseurs » (grâce aux marges arrière).

Tout le monde aura remarqué qu’Intermarché a, depuis 6 mois, musclé sa politique de prix. Dans le comparateur « quiestlemoinscher.com » comme dans les enquêtes UFC-Que Choisir ou INC (rectifiée, depuis, par la DGCCRF), Intermarché est positionné à la deuxième place. Je me demandais comment allait réagir notre ancien allié, Système U.

1) Longtemps, j’ai pesté de voir mes amis U hésitants quant à la suppression complète ou à la réintégration des marges arrière. Jusqu’en juin 2007, Système U était très prudent et se contentait d’aligner sa position sur la plateforme négociée entre la FCD et l’Ilec.

Je me réjouis de ce que Serge Papin exprime, depuis lors, des positions plus tranchées (dans un sens libéral) et qu’il veuille les mettre en pratique à travers son propre groupe.

2) Dans sa dernière publicité, Système U propose une baisse de prix sur environ 100 articles. Pourquoi 100, en fait 111, et pourquoi pas 1 000 ? Et pourquoi seulement jusqu’à la fin avril ? Je le laisse répondre. Mais pour moi, malgré l’habillage très politique, cette opération est d’abord une promo, une bonne promo, dont vont profiter les clients de Système U.

Non, je n’arrive pas à lire dans cette initiative un repositionnement général des prix de l’enseigne U.

3) Je rappelle que les organismes chargés de relever les prix pour le site « quiestlemoinscher.com » donnaient Système U 4,2 % plus cher que nous (sur une base de 2 380 produits et des poussières). U avait donc des marges de baisse (sic) !!!

En baissant le prix d’une centaine d’articles, Système U fait un bout du chemin. Il contribue à raviver la concurrence et c’est bien ! Mais ce n’est tout de même pas la révolution. Pas de quoi faire paniquer l’ensemble de la profession.

4) Reste l’habillage politique du texte. (Je réponds, ici, spécifiquement à André). Système U dit vouloir anticiper la répercussion totale des marges arrière. Evidemment, c’est un contresens. Cette liberté est donnée à tous les distributeurs depuis le 2 janvier 2008 (loi Chatel). Système U ne fait qu’appliquer la loi. L’enjeu de la future bataille parlementaire, c’est la négociabilité des tarifs.

Tiens, pendant que j’écris ces lignes, j’aperçois, dans Le Parisien, la nouvelle pub des Mousquetaires : une pleine page, une accroche : « Voilà à quoi ressemblent les distributeurs qui prétendent être moins chers que nous ». La publicité est illustrée par un Pinocchio pris en flagrant délit de mensonge.

Je ne sais si ce Pinocchio c’est Serge Papin, ma pomme ou Jean-Charles Naouri, actuellement prolixe sur le sujet des prix. Vu le contexte, mes amis et néanmoins concurrents les Mousquetaires accepteront que je dise : avec cette nouvelle prise de parole, leur enseigne aussi a « eu du nez » puisque pour justifier leur performance prix, ce ne sont pas 100 articles qu’ils proposent à la baisse, mais leurs MDD maison.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 mars 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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6 mars 2008

Publicité sur les prix : la législation est trop frileuse !

Tout le monde en convient : les prix les plus bas sont offerts dans les zones de chalandise les plus concurrencées. C’est ce constat qu’ont retenu les experts de la Commission Attali pour demander le démantèlement de la loi Raffarin, véritable créatrice de rentes de situation. Mais pour que les consommateurs puissent choisir entre enseignes de distribution, encore convient-il qu’ils aient accès à une information accessible et lisible sur les prix, préalablement à leur déplacement.
Les publicités dans la presse, dans les catalogues, et les relevés de prix effectués par les organisations de consommateurs peuvent les y aider.
Mais paradoxalement, la législation a limité cet exercice. Dans deux secteurs !

  1. A la télévision d’abord :
    Les distributeurs ont accédé à la publicité télévisée depuis le 1er janvier 2007. Mais allez savoir pourquoi, ils n’ont pas le droit d’y parler de prix si ce n’est en termes génériques. Quel curieux paradoxe. En pleine période de retour de la hausse des prix, les distributeurs peuvent paraphraser le fameux sketch de Fernand Raynaud : « Elle est belle mon orange pas chère ». Mais ils ne peuvent pas en dire le prix.
    De même, les industriels de la téléphonie peuvent racoler pour leur réseau (SFR, Orange, Bouygues, Virgin, etc.). Mais les distributeurs concurrents ne peuvent rivaliser dans le discours en faisant valoir la pertinence prix de leur offre.
    J’ai donc écrit à Luc Chatel, hier, pour que, dans son projet de loi de modernisation de l’économie qui sera présenté au printemps aux parlementaires, figure l’autorisation d’effectuer des publicités de prix à la télévision.
    Vous doutez de l’effet ? Allons donc. Imaginez E. Leclerc, Auchan ou Intermarché publiant leurs prix de carburants avant les départs en vacances… Laissez-moi vous dire que ça pèserait sacrément sur les prix du réseau !
  2. La publicité des fruits et légumes :
    J’en ai déjà parlé sur ce blog. Feuilletez, dépouillez les catalogues des enseignes de la grande distribution, ou même des enseignes spécialisées. Vous y verrez de belles photos d’asperges, de salades, de carottes ou de bananes. Mais jamais, ou rarement, des prix indiqués. La législation, dans ce domaine, est parfaitement hypocrite. Oui, elle autorise la publicité de prix, mais à une seule condition : les distributeurs doivent, préalablement à leur publication, obtenir l’accord de l’interprofession agricole. Ces mêmes interprofessions qui se sont battues depuis dix ans pour que nous limitions les prix bas et les rabais censés faire chuter les cours sur les marchés de gros !!!


Je reconnais que les syndicats agricoles n’en font plus un casus belli. La FNSEA et la FNPL ne défendent plus cette position que du bout des lèvres. Mais le meilleur moyen de faire baisser le prix des fruits et légumes n’est-il pas d’inciter les commerçants à rivaliser sur ce sujet.
Le maintien de cette disposition produit, à mon sens, deux inconvénients :
a) Il n’incite pas les consommateurs à aller voir ailleurs. Ceux-ci, fidèles à leur hypermarché, y achètent des fruits et légumes presque en « clients captifs ». Pourquoi quitter leur magasin favori s’ils sont maintenus dans l’aveuglement des prix pratiqués par les concurrents.
b) Même les distributeurs, du coup, ne voient pas l’intérêt de faire la publicité sur ces produits. Une belle photo ne saurait constituer un bon argument de vente. Et alors que les pouvoirs publics incitent, dans le cadre du plan santé, à consommer des fruits et légumes, cette législation freine toute communication sur ce secteur, à contre-courant des réels besoins.

La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Cette liberté retrouvée sur la communication TV et les fruits et légumes pourrait constituer un élément positif d’une activation de la concurrence en France. J’espère avoir convaincu Luc Chatel.
A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 mars 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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4 mars 2008

Le Sénateur Jean Arthuis et la tentation de la démagogie

Il n’y a pas plus vachard ni revanchard qu’un homme politique blessé par la certitude de ne plus pouvoir jouer un grand rôle de décideur, au sein d’un gouvernement par exemple. Les propos tenus par Jean Arthuis dans les médias, ces derniers jours, traduisent cette aigreur et, venant de sa part, c’est vraiment un sacré gâchis.
Je connais bien le sénateur Jean Arthuis. Il fut, dans sa vie professionnelle, commissaire aux comptes dans plusieurs de nos structures commerciales. Il fut par la suite un plutôt bon ministre de la consommation. Mais il s’est enfoncé, depuis une dizaine d’années, dans une attitude purement inquisitrice à l’égard de la grande distribution. Sans aucune nuance, ni finesse. C’est lui qui signa, du temps de Jacques Chirac, ce rapport parlementaire qui accusait la grande distribution d’être à l’origine des délocalisations et d’un surcroît d’importations (alors même que la France était exportatrice nette !!!). Dieu sait s’il nous a fallu ramer pour dénoncer ces contrevérités tant l’homme s’obstinait à vouloir briller en jouant de cette posture critique.
Jean Arthuis a trouvé un nouveau cheval de bataille. Il feint de découvrir les centrales d’achat établies depuis une dizaine d’années à Zurich ou à Genève. «…j’ai pointé du doigt les pratiques de cinq grandes enseignes nationales qui ont pour habitude de demander à leurs fournisseurs de verser une redevance soi-disant destinée à contribuer au développement international de leur groupe ».
L’accusation aurait été de faible portée si nous n’étions pas dans un contexte nauséabond d’affaires financières et fiscales (l’affaire UIMM, fraude fiscale au Lichtenstein). Jean Arthuis ne pouvait méconnaître ce contexte. Autant dire qu’en prenant le risque de cultiver l’amalgame, le sénateur jette sciemment l’opprobre sur notre secteur.
Je ne sais pas s’il vise une enseigne particulière. Il vaudrait mieux qu’il le dise. A contrario, son coup de sang n’est pas crédible.
Il n’est pas concevable qu’il fasse semblant de découvrir l’existence de ces centrales d’achat. Une dizaine d’entre elles (EMD, AMS, AGENOR…) exercent, depuis une vingtaine d’années en Europe, une activité d’achat, de référencement ou d’échange de savoir-faire. Elles couvrent le secteur des GMS mais aussi de la distribution spécialisée. Pratiquement toutes les grandes enseignes européennes, GSA ou GMS, intégrées, franchisées ou associatives, adhèrent à ces réseaux qui font l’objet périodiquement d’observations et de directives émanant de la Commission Européenne. Il n’y a pas en la matière de spécificité française.
Qu’en est-il pour notre enseigne ?
Longtemps, nous avons tâtonné. Nous avons adhéré quelques années au groupement EMD, aux côtés d’une trentaine d’autres enseignes. Sans réel intérêt, ni efficacité. Puis en 2004, nous avons créé, avec quatre autres enseignes de la distribution européenne, la coopérative « Coopernic ». L’objet social de cette société est complètement transparent : son activité a pour finalité d’améliorer la performance et la compétitivité des magasins de Colruyt (Belgique), Coop (Suisse), Conad (Italie), Rewe (Allemagne) et E. Leclerc. Cette performance concerne évidemment la surveillance des prix au niveau européen, mais aussi le développement en commun des gammes de produits répondant aux nouvelles demandes sociales (commerce équitable, développement durable, produits éthiques, etc.). Coopernic abrite beaucoup d’échanges bilatéraux (E. Leclerc/Coop sur le commerce équitable ; E. Leclerc/Conad sur les carburants ou la parapharmacie ; E. Leclerc/Rewe/Iki pour la promotion des marques régionales françaises dans l’Est de l’Europe). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur ce blog.
Qu’en est-il des accusations du perfide sénateur ?
a) « Cinq grandes enseignes demandent une redevance » ?


b) « Les fournisseurs se voient obligés de verser une somme à une société basée en Suisse ». Des sommes qui échapperaient au fisc ?

Voilà. Normalement le sénateur Jean Arthuis devrait être rassuré. Malheureusement, je crains que ça ne fût pas sa réelle intention.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 4 mars 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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6 février 2008

Pouvoir d’achat 2007 : positif (+2 % indicateur E. LECLERC-BIPE), mais moins qu’annoncé par l’INSEE (3,3 %)

Alors que Madame Lagarde reçoit Alain Quinet, rapporteur d’une Commission chargée de « plancher » sur les indices officiels, je fais mettre en ligne les derniers résultats de l’étude E. LECLERC-BIPE sur l’évolution du pouvoir d’achat effectif du consommateur français. Notre indicateur (mon-pouvoir-dachat.com) confirme une progression de 2 % pour 2007. C’est moins que ne l’annonçait l’INSEE (3,3 %). Mais c’est positif.

Cette performance suffira-t-elle a re-booster le moral des ménages, au plus bas niveau depuis douze ans ? Pas sûr, même si le gouvernement puisera dans ces chiffres quelque réconfort. La reprise de l’inflation constatée en novembre et décembre pourrait laminer les projections positives de 2008. Et la frustration des consommateurs reste légitimement marquée par 7 années de très faible progression du pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) : 1 % seulement en moyenne par an depuis l’an 2000 (indicateur E. LECLERC-BIPE).

1) L’indicateur E.LECLERC-BIPE (principe et méthode)

C’est au cours de l’année 2003 que j’ai engagé mon enseigne dans le débat public sur le pouvoir d’achat. Interpellé par les consommateurs sur l’augmentation des prix, et conscient que l’exploitation des indices officiels ne pouvait rassurer les Français sur l’évolution du pouvoir d’achat, j’ai confié au BIPE (groupe d’experts économiques indépendant) la mise en place d’un indicateur plus pertinent.

Il ne s’agissait pas de contester la probité des chiffres de l’INSEE. Simplement, nous semblait-il, les indicateurs macroéconomiques, construits pour la comptabilité nationale et les comparaisons internationales (OCDE), ne reflétaient pas la réalité vécue par les Français.

L’indicateur du pouvoir d’achat effectif des Français E. LECLERC-BIPE se différencie finalement par rapport aux indicateurs de l’INSEE par une prise en compte différente des charges contraintes des ménages et de l’évolution démographique.

Pour l’INSEE, le loyer, les charges de logement (électricité, gaz, eau…), les assurances obligatoires (logement, santé, auto), les remboursements de crédits et les abonnements de transports collectifs…sont des dépenses comme les autres. Dans notre conception du pouvoir d’achat effectif, ces dépenses ne sont pas arbitrables ou re-négociables. Elles participent de l’élévation du niveau de vie, mais leur financement affecte les achats courants.


Tout se passe comme si, en réalité, les consommateurs, après avoir mis de côté dans une enveloppe, les sommes affectées au paiement de l’impôt et des cotisations, remplissaient une deuxième enveloppe du montant de ces dépenses contraintes. Le pouvoir d’achat effectif, c’est donc « le pouvoir d’acheter avec ce qui reste ».

L’indicateur E.LECLERC-BIPE se différencie aussi de celui de l’INSEE par sa prise en compte de l’évolution démographique. L’indicateur de l’INSEE mesure le pouvoir d’achat des ménages, dans leur globalité, alors que l’indicateur E. LECLERC-BIPE tient compte du nombre d’individus par foyer, par unité de consommation.

Les résultats de nos analyses montrent que, depuis 2000, le pouvoir d’achat effectif n’a progressé que de 8 %, une évolution deux fois inférieure à celle annoncée par l’INSEE.

2) Les résultats publiés par l’INSEE pour 2007

On connaît les réserves des organisations de consommateurs sur le calcul de l’inflation mesurée par l’INSEE. Même si l’institution a bien enregistré une augmentation substantielle des prix en novembre et en décembre, l’INSEE retient, pour l’année 2007, une inflation moyenne de 1,5 %.
Fort de cette estimation, l’INSEE affirme que pour 2007, le pouvoir d’achat a assez fortement augmenté : 3,3 % en 2007 (après 2,4 % en 2006).

3) L’indicateur E. LECLERC-BIPE du pouvoir d’achat 2007

Comme nous l’avons dit, notre indicateur repose sur les relevés chiffrés récoltés par l’INSEE. En l’absence d’autre indicateur d’inflation (une commission planche sur ce sujet à l’AN, à la demande de Nicolas Sarkozy), notre travail consiste à reclasser les données nationales en tenant compte de la problématique des charges contraintes.

Celles-ci ont fortement augmenté en 2007 (en moyenne, 6, 2 %), principalement du fait de l’accroissement des remboursements de crédits (6,8 %) et de l’évolution des loyers (6,5 %).

Il en résulte une appréciation toujours positive, mais moins optimiste. L’indicateur E. LECLERC-BIPE constate une progression de 2 % du pouvoir d’achat effectif, et non 3,3 % (indicateur INSEE).

4) Pouvoir d’achat et moral des ménages

Cette estimation positive est-elle de nature à doper le moral des ménages ? La dernière enquête de l’INSEE (janvier 2008) a révélé combien celui-ci est au plus bas. Il n’a même jamais été aussi bas depuis 12 ans. Et ce n’est pas la reprise de l’inflation qui va les rassurer.

Le gouvernement n’a pas tort quand il fait valoir que la plupart des mesures du Plan pour améliorer le pouvoir d’achat « ont besoin d’un peu de temps » pour produire leurs effets. Les lois viennent à peine d’être votées et certains décrets peinent encore à être publiés. Ne rejoignons donc pas trop vite le camp des éternels Cassandre !

Pour autant, l’impatience des Français est légitime. La Commission Attali a ouvert des perspectives pour que le gouvernement étudie dès le printemps les possibilités d’une revalorisation directe des salaires, par transfert des cotisations sur l’impôt. Le SMIC, comme les allocations vieillesse, feront l’objet d’un coup de pouce.

Mais s’agissant de l’évolution des prix, je pense que nous avons suffisamment assez perdu de temps.

Le retour de l’inflation sur les biens de consommation courante n’est pas inéluctable. Il y a une sur-inflation française consécutive au maintien de la loi Galland qui pousse les industriels à augmenter les tarifs bien au-delà de la répercussion de la hausse des matières premières.

Plus tôt Nicolas Sarkozy nous libèrera du carcan de la loi Galland (suppression des marges arrière, négociabilité des tarifs), plus tôt nous pourrons alors attaquer l’inflation à la source.

Je l’affirme comme j’engage mon groupe : avec la suppression de cette loi, nous pourrons diviser les prévisions d’inflation (3,5 à 4 % au premier semestre) par deux d’ici la fin 2008.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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5 février 2008

Le mensuel « Linéaires » publie son classement prix des enseignes

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Après « Que Choisir », la revue « Linéaires » publie, dans son édition de février, la dernière vague de relevés réalisés par ses journalistes.

Le classement « prix » :

Ce n’est pas une surprise. E. Leclerc reste premier, « intouchable. Et ce, pour la quatrième vague consécutive ». Intermarché continue de baisser ses prix et vient talonner notre enseigne, après avoir doublé Auchan (désormais 3ème).

L’enseigne Carrefour ne démérite pas. Elle affiche des indicateurs plutôt constants, mais elle « n’occupe encore qu’une décevante quatrième place. Clairement pas en phase avec ses revendications de leadership en prix sur ses sites… ».

L’écart continue à se creuser entre les premiers et les derniers (trois années d’inflation (au rythme actuel) entre E. Leclerc et Géant, cinq années entre E. Leclerc et Casino ; quant à Monoprix, il plane 15 points d’indice au-dessus de nous…).

Linéaires et les hausses :

Intéressant aussi, bien que partiel, ce relevé de prix effectué dans la région rennaise en janvier. La flambée atteint 3,6 % ! « Un camouflet pour le gouvernement…Un montant qui représente grosso modo autant que les baisses de prix progressives nées des accords Sarkozy (été 2004) et de la loi Dutreil (janvier 2006). »

Voilà qui conforte aussi les prévisions que j’avais opposées à Luc Chatel dernièrement. (Il pariait sur une baisse de prix de 3 % en janvier, quand je prévoyais 4 % de hausse).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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2 février 2008

Prix trop chers : 6 articles retirés de la vente !

Je lis le titre du Monde daté de samedi (02/02) : « Leclerc fait semblant de retirer La Vache qui Rit… ». Le journaliste a le droit d’être critique ou de relayer les arguments de nos adversaires. Pour autant, je confirme, une centaine d’articles sont sur la sellette : les hausses tarifaires pour 2008 proposées par les industriels nous semblent exagérées, sans rapport avec la hausse des matières premières. Date limite de décision : fin février puisque la loi a prévu que cette échéance devait servir de terme à la négociation commerciale.

En attendant, les 6 articles dont nous avions publié les hausses et annoncé le retrait, ne devraient plus être en rayon dans les centres E. Leclerc, en cette fin de semaine.
J’entends bien le bruit de fond qu’essaie de générer l’ILEC ou l’ANIA pour n’avoir pas à s’expliquer sur ces hausses tarifaires incongrues : « coup de pub de Leclerc, chantage à la négo, marques prises en otages, etc., etc. ».

Nos amis de l’industrie peuvent dire ce qu’ils veulent, mais si, dans deux mois, les consommateurs étaient venus constater l’inflation en magasins, ce sont bien nos enseignes qui auraient été tenues pour fautives de ces dérapages de prix. Notre publicité aura au moins eu un premier mérite : obliger les industriels à assumer publiquement leurs hausses tarifaires ! (Aucun d’entre eux n’a contesté la véracité des augmentations que nous avons publiées !)

En réalité, ils n’ont pas d’argument.

Analysant les conditions tarifaires de chaque fournisseur, nos acheteurs se sont aperçus que, selon les conditionnements, certains articles augmentaient de 50 à 100 % plus vite que les autres articles d’une même gamme.

Ils se sont posés légitimement la question : pourquoi le Pulco Citron Vert a-t-il un tarif en augmentation de 4 % et le Pulco Citron Jaune de 19 % ? Les variations de cours du citron n’expliquent pas ce dérapage, n’est-ce pas ? Une seule interprétation possible : l’industriel pousse le prix à la hausse dans le cadre d’une stratégie marketing de repositionnement de son produit.

Idem pour La Vache qui Rit. Le prix du lait a certes augmenté spectaculairement, mais ce n’est pas avec ce lait de consommation que l’on fabrique le fromage. Et de toute façon, comment expliquer qu’avec un même lait, La Vache qui Rit par 12 augmente de 20,63 % quand celle qui est conditionnée par 32 n’augmente que de 13,84 %, et par 16 de 14,39 % ?

Et l’Ajax Fête des fleurs me direz-vous : eh bien, la hausse de 19,72 % ne s’explique évidemment par la hausse de la matière plastique. Il s’agit d’un repositionnement à la hausse d’une gamme, alors que, chez le même fournisseur (Colgate Palmolive), l’Ajax Multi-usages n’augmente pratiquement pas.


Bref, nos acheteurs ne font rien d’autre que leur métier de commerçant. S’ils ne le faisaient pas, on les accuserait de profiter eux-mêmes de la hausse des prix. Ils ont certes pris le risque que se déverse sur notre enseigne l’opprobre de quelques fournisseurs ou de clients insatisfaits. Mais il fallait choisir. Nous avons décidé que la sur-inflation ne passerait pas par nous.

Nous voulons écrêter les hausses et re-sculpter nos gammes pour les rendre plus attractives.
Le hard-discount doit sa réputation de prix bas à la non-commercialisation de produits de grandes marques (en tout cas, pas de manière importante). Les industriels n’y ont rien trouvé à redire. Des centaines de supermarchés et même de petits hypermarchés, faute de place, ont limité leur gamme en ne proposant aux consommateurs que les articles à plus forte rotation. Ca ne choque personne.

Nous, nous conservons l’objectif de tout promouvoir en linéaires. Si après réflexion, nos fournisseurs décident de reporter ces hausses ou de les modérer, c’est avec plaisir que nous les réintroduirons en rayons et nous le ferons savoir. Je m’y engage.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat
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16 janvier 2008

La pub qui dérange l’inflation

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Le monde industriel est en émoi. Mes collègues des centres E. Leclerc ont décidé de retirer de la vente, dès le 1er février, des articles dont le taux d’inflation est très élevé, je dirais exorbitant.

Cela fait trois mois que j’annonce une reprise de l’inflation. Cela fait trois mois que j’essaie de convaincre les élus que la hausse des matières premières a bon dos et que les grandes marques profitent de la législation française pour faire de la gonflette tarifaire.

Nicolas Sarkozy a pris conscience du problème puisqu’il a annoncé qu’au printemps, le gouvernement demanderait aux députés de voter la négociabilité des tarifs. Mais les industriels de l’ANIA et de l’ILEC ont su y faire. Question lobbying, chapeau. Passant derrière eux dans les Commissions parlementaires, ni Jérôme Bédier (président de la FCD), ni Arnaud Mulliez (Auchan), ni moi-même n’avons été suffisamment pris au sérieux. Nous disions « les hausses tarifaires qui arrivent dans nos centrales d’achat sont de l’ordre de 8 % en moyenne, avec des bouffées atteignant quelquefois 20 % ». Les députés et les sénateurs ont cru que nous exagérions. Il faut dire que l’ILEC avait même réussi à convaincre Luc Chatel et certains Conseillers du Président que les industriels procèderaient à des « baisses techniques » de tarifs profitables aux consommateurs.

Pauvres ministres : sur la foi de cet engagement, ils avaient annoncé des baisses de 3 % (l’équivalent d’une remise de 600 euros par foyer). Mais voilà, il leur faut aujourd’hui déchanter et reconnaître que c’est de « hausses » qu’il faut parler.

Tous les jours, je fais un point avec l’équipe en charge de notre politique commerciale. Nos acheteurs sont unanimes. Il n’y a pas de fatalité d’inflation, en tout cas d’une inflation supérieure à 2 ou 2,5 %. C’est la loi Galland qui pousse à la surenchère. Et avant qu’elle ne soit définitivement réformée, pas mal d’industriels veulent rafler la dernière mise.

Notre stratégie s’appuie sur le constat suivant : si nous laissons passer ces hausses en l’état :

1) Ce sont les distributeurs qui seront accusés,
2) Les consommateurs bouderont les étals,
3) Et le rythme de la consommation en pâtira.

Comme nous ne pouvons toujours pas re-négocier les tarifs directement (par des remises sur facture), comme il n’est pas imaginable de compenser ces hausses par des rémunérations de coopération commerciale (comment les justifier ?), il ne reste qu’une solution, retirer de la vente les articles qui augmentent trop dans leur gamme. C’est le message que nous adressons dans notre publicité.

Peut-être se trouvera-t-il quelques industriels pour dire qu’au fond, une baisse tarifaire vaut mieux qu’une perte de marché.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 janvier 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Industrie , Loi Galland , Pouvoir d'achat
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8 novembre 2007

Hausse des prix : les vraies raisons

Lundi dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots. Industriels et distributeurs ont compris que le Président, malgré un emploi du temps hyper chargé, continuait de maîtriser parfaitement le dossier, jusqu’à connaître les arguments des uns et des autres, quitte à se référer à nos excès pour justifier de son arbitrage. Impressionnant !

Du coup, son engagement pour obtenir des parlementaires le retour à la négociabilité des tarifs n’en a été que plus ferme. Regardant chacun dans les yeux, pour reconnaître les vieux guerriers des accords Sarkozy 2004, il martèle : « A toi, Jean-René (Buisson, président de l’ANIA), je dis : la négociabilité, je la veux, je la ferai, parce que c’est une ineptie de négocier sur les seules marges arrière et parce qu’on doit pouvoir négocier, en France, des tarifs comme on le fait ailleurs en Europe. » Et aussi : « Et à toi, Michel-Edouard, je dis : je m’engage à faire la négociabilité. Que je sache, je tiens mes engagements. Ce n’est pas la peine de continuer à me mettre la pression avec tes campagnes de publicité. »

Dont acte. Madame Hagelsteen va donc auditionner les acteurs économiques concernés pour en étudier la faisabilité et l’impact. Cette modification substantielle du titre IV (les recommandations de la Commission Attali conduisent à son abrogation) et ses effets ne concerneront pas seulement les rapports entre industries agro-alimentaires et grandes surfaces, mais l’ensemble de l’économie.

Durant cette réunion, les oreilles de nos amis industriels ont sifflé. Car le Président n’y est pas allé de main morte. Citant certaines des augmentations tarifaires que nous avions publiées et d’autres aussi, il a, avec un énervement contenu mais perceptible, fustigé ces hausses excessives « qui n’ont évidemment rien à voir avec l’augmentation des matières premières. Je vous le dis, à vous, amis industriels, ne me prenez pas pour un imbécile, arrêtez d’invoquer le cours du lait et des céréales à tout bout de champ. Je sais très bien ce que certaines hausses doivent à la perversité du système lui-même (gonflage des tarifs anticipant la négo des marges arrière) et je vois bien aussi que certains poussent le bouchon vraiment très loin. »

Et Nicolas Sarkozy de reprendre le discours si efficace en 2004 : « S’il faut, demain, que j’aille dans un JT balancer nominativement telle ou telle hausse, je le ferai, j’en suis capable, croyez-moi. Arrêtez ça, je ne suis pas né de la dernière pluie, arrêtez de raconter des salades. »

Le message sera-t-il entendu ?

En tout cas, mes équipes d’acheteurs sont mobilisées. Elles épluchent la composition des produits pour appréhender « la juste répercussion du coût des matières premières ». Pas question de baisser les marges pour masquer celles que d’autres engrangeraient.

On se rappelle ces aveux trop rapidement exprimés et contraints aujourd’hui au silence tactique. Ce fut d’abord le PDG de Bonduelle qui, annonçant sa volonté d’augmenter le dividende 2008 de 30 %, a révélé sa stratégie de hausse tarifaire. Le PDG de Lactalis a suivi le mouvement en annonçant, dans Les Echos, des hausses supérieures à 15 % et en les justifiant par la nécessité d’améliorer ses résultats en vue d’acquisitions prochaines. Et j’ai déjà cité, ici, les déclarations de Peter Brabeck (Nestlé) qui vont dans le même sens.

Repositionnement marketing, prise de marges, anticipation des hausses, toutes ces raisons sont venues se greffer sur l’argument des augmentations de cours. Mais qu’on me permette d’insister : c’est d’abord le dispositif même de la réforme Chatel qui y a contribué. Tout industriel est fondé à anticiper la continuité des négociations de coopération commerciale puisque la négociabilité des tarifs n’aura lieu qu’au printemps.

Commentant l’évolution du cours de bourse de Danone, Yves Marçais, stratégiste boursier chez Global Equities (AFP du 22/10), indique que l’industriel va pouvoir continuer à imposer ses prix et préserver ainsi ses marges. Et l’AFP de poursuivre : « Selon les investisseurs, cette disposition (réforme Chatel) empêche la grande distribution d’exercer une pression à la baisse des prix de gros, puisque la concurrence entre les enseignes ne joue pas dans ce domaine. »

Voilà l’analyse qui justifiait nos publicités et nos prises de parole.

Il reste à espérer que les députés, en décembre, laisseront une porte ouverte à la négociation et amenderont le texte, au moins pour que nous disposions (comme le dit Jérôme Bédier, FCD) de quelques outils juridiques supplémentaires pour compenser toutes ces hausses tarifaires…

…En attendant, bien sûr, la réforme définitive.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 novembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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25 octobre 2007

Le pouvoir d’achat et les prix : qui a intérêt à faire échouer les promesses du Président ?

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Depuis un mois, j’essaie d’alerter les plus hautes instances de l’Etat. L’inflation est de retour. Les tarifs sont en hausse de 8 % (en moyenne). Et tous les distributeurs, pour une fois, sont unanimes : même en baissant substantiellement leurs marges comme ils l’ont fait l’année dernière, les prix de l’alimentaire vont sacrément augmenter.

Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement est incompréhensible.

Cette hausse n’est pas inéluctable. La hausse des matières premières a bon dos. Comme le démontrent les évolutions contrastées en Europe, la plupart des industriels français ont fait de la gonflette tarifaire. Ils sont acquis à l’idée que Luc Chatel n’aura pas le courage de réformer définitivement la loi Galland. La négociation continuera à se porter sur les marges arrière alors qu’on aurait pu obliger industriels et distributeurs à négocier directement les prix, à faire apparaître les remises sur la facture du fournisseur…sans passer par l’artifice des facturations de services de coopération commerciale qui échoient aux commerçants. Ces fameuses factures tant décriées.

En fait, si Luc Chatel avait, dans son projet, autorisé la négociabilité des tarifs, les hausses auraient probablement pu être diminuées de moitié. Oui, j’affirme, de moitié !

Dans les ministères, on nous répond que la majorité UMP n’est pas prête à cette réforme. On nous dit que les Accoyer, Raffarin, Jacob s’y opposeront. On nous affirme que les lobbies industriel et agricole ont réussi à convaincre députés et sénateurs que les distributeurs « en ont encore sous le pied » et qu’en leur donnant la possibilité de répercuter ce qui reste de marges arrière, ça compensera les hausses tarifaires.

C’est n’importe quoi.

- Sous le pied des distributeurs, il n’y a plus grand-chose à gratter. La réforme Dutreil les avait déjà autorisés à répercuter leurs marges au dessus de 15 %. Les baisses ont eu lieu (3,5 %), Luc Chatel en convient. Sachant qu’un hyper a besoin de générer 25 % de marge brute, on est déjà en dessous du seuil de rentabilité. Les distributeurs profiteront de la réforme Chatel pour faire du prix coûtant sur certains articles, mais ils seront obligés de se rattraper en augmentant les prix d’autres rayons : produits frais, MDD, etc. D’ailleurs, c’est ce qui se passe en cette fin d’année (Cf. publication des indices Nielsen/Panel de Gestion).

- Surtout, il y a une difficulté juridique majeure. Luc Chatel dit en substance : vous pourrez toujours compenser les augmentations tarifaires en demandant plus de marges arrière réintégrables.

- Mais pour compenser une hausse de 15 % sur un produit qui génère déjà 30 % de marges arrière, il faudrait que le distributeur obtienne 15 points supplémentaires de marges arrière. Comment justifier économiquement cette opération ? Les têtes de gondole sont déjà toutes bien remplies…

- D’ailleurs, la DGCCRF poursuit les distributeurs au motif qu’ils facturent exagérément aux industriels des services (coopération commerciale) dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils deviennent artificiels et surcotés. Les députés eux-mêmes ont fini par y voir un racket !!!

Alors pourquoi Luc Chatel se propose t-il de maintenir le système ? En quoi la répercutabilité des marges arrière rend-elle le système vertueux ? Et pourquoi nous obliger à pratiquer ce que le ministre lui-même a dénoncé ?
Le comble : alors qu’il accroît l’insécurité juridique pour les distributeurs, le projet gouvernemental réserve les mesures de dépénalisation aux seules CGV des industriels. De qui se moque-t-on ?

Ce qui nous met en colère, ce n’est pas seulement ce mépris dans lequel on tient le distributeur (nous sommes habitués). C’est cette impression de gâchis.

- Le Président avait parlé de supprimer les marges arrière ? Le projet Chatel va les accroître sous prétexte qu’elles sont déductibles.

- Le Président souhaitait que cette réforme profite aux consommateurs et qu’elle génère des baisses de prix pour améliorer le pouvoir d’achat des Français. Or, c’est la réforme Chatel qui nourrit l’inflation tarifaire !!!

C’est à désespérer du politique.

Pour ma part, je ne désarmerai pas : il y aura bien quelqu’un dans la majorité UMP pour dire aux conseillers du Président qu’il serait dangereux d’aller aux municipales avec un mauvais bilan en termes de prix.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 octobre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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15 octobre 2007

L’Ilec et la réforme de la loi Galland : les industriels font de la résistance

La publication des premiers travaux de la Commission Attali a au moins ce mérite. Les loups sortent du bois ! On approche de l’opération vérité.

Ah ! Il faut prendre le temps de le lire le communiqué de presse publié par l’Ilec, cette association qui regroupe tous les grands industriels des biens de consommation (Procter, Coca Cola, Nestlé, Danone, etc.). Un vrai morceau d’anthologie.

1) L’Ilec ne conteste plus la nécessité de permettre aux distributeurs de répercuter les marges arrière dans les prix. Vous me direz, c’est bien, c’est déjà un grand pas de fait. Oui, sauf que ça revient à faire compenser les hausses tarifaires des industriels par la baisse de marge des distributeurs. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé l’année dernière. Le système peut fonctionner, mais pas dans la durée.

2) Mais s’il est partisan de leur réintégration, l’Ilec est contre la suppression des marges arrière. Il veut, après avoir dénoncé cette pratique, maintenir l’obligation pour le commerçant de facturer ses services (têtes de gondole, catalogues, etc.). Au fond, ce n’est pas la loi qu’il estime perverse dans son principe, mais le comportement des distributeurs qu’il voudrait endiguer soit par une barémisation de la coopération commerciale, soit par une limitation.

3) Mais surtout, l’Ilec ne veut pas entendre parler de libre négociation des tarifs. Son argument choc : cela entraînerait la légalisation de la discrimination ! Non mais, je rêve…
Qu’y a-t-il de plus discriminatoire que les rémunérations de services facturés par les distributeurs. La coopération commerciale, c’est le siège de la discrimination légale. Ce que le fournisseur A donne à E. Leclerc, il n’a pas à le justifier face à Carrefour ou Auchan…et réciproquement ! Comme les contrats sont spécifiques à chaque enseigne, ils ne sont pas comparables. La discrimination, les adhérents de l’Ilec la pratiquent allègrement depuis 10 ans, et en toute légalité puisque, faut-il le rappeler, seul l’abus de discrimination est répréhensible.

C’est donc une sacrée hypocrisie que de s’opposer à la transparence et à la négociation tarifaire en invoquant un risque de discrimination ! Au moins, pourrait-on dire que de ce seul point de vue, la suppression des marges arrière ne changera pas la donne. La différence, c’est que les consommateurs n’en feront plus les frais.

Les entreprises de l’Ilec qui pratiquent la libre négociation des prix partout dans le monde, annoncent que sa réalisation en France provoquerait « la ruine annoncée de notre industrie, à commencer par celle d’un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l’agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c’est toute notre économie qui sera à la peine avec des répercussions désastreuses pour l’emploi, le niveau de vie, et en dernier ressort, la distribution elle-même. »

Oui, vous avez bien lu ! Voici les grands industriels, défenseurs de la veuve PME et des orphelins agriculteurs ! Ils vont encore une fois nous faire le coup de plaider le sort des « petites entreprises » alors que leur développement s’est construit à coups de rachats d’icelles, sans trop d’états d’âme.

Nos dames patronnesses de l’industrie auraient donc aujourd’hui des scrupules ? Je propose que les entreprises de l’Ilec appliquent à leurs fournisseurs PME la recette qu’elles attendent des distributeurs. Je propose que les Nestlé, Unilever, Danone et autres Pernod prennent « à leurs frais » la hausse des produits agricoles en s’engageant à réduire leurs propres marges pour l’année 2008. Comme ça, ils pourront même revendiquer d’avoir contribué au co-financement de la stabilité des prix !

Ami Desforges, toi qui présides aux destinées de cette institution, ne sens-tu point le ridicule de cette prise de position de l’Ilec ?


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 octobre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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20 septembre 2007

Comparateur de prix : nouveaux relevés, même classement, mêmes écarts

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Tant pis pour les mauvais joueurs et les grincheux, je remets le couvert !

Eh oui, malgré la pression des enseignes concurrentes pour faire échec à notre comparateur, mon groupe met en ligne la quatrième édition des résultats de son site « quiestlemoinscher.com ».

Plus de 500 000 prix relevés et comparés.

Voilà qui devrait clarifier les choses dans ce contexte cacophonique de surenchère publicitaire. A les en croire et sans qu’elles aient à le prouver, chaque enseigne prétend être la moins chère. Nous au moins, nous mettons les cartes sur la table. Et personne ne pourra plus prétendre que E. Leclerc joue petit bras, vu désormais le nombre et la périodicité des prix relevés.

1) Le contexte juridique

A plusieurs reprises, des enseignes concurrentes ont cherché à dénigrer cet outil y compris devant les tribunaux.

Le 29 mars 2007, le Tribunal de commerce de Paris a débouté Carrefour de toutes ses demandes. Cette enseigne a, dans un premier temps, fait appel en réclamant une procédure d’urgence. Devant l’impossibilité de Carrefour de conclure ses plaidoiries dans les délais, la Cour d’appel de Paris a fixé l’audience au 16 avril 2008.

En attendant les résultats de cette nouvelle procédure, mon groupe, se fondant sur la jurisprudence de la Cour européenne de justice (arrêt Lidl/ Colruyt du 19septembre 2006), continue la mise à jour régulière de son site et vient de faire procéder à de nouveaux relevés, selon une méthodologie garantie par le BIPE.

2) Les nouveaux résultats

Du 10 au 31 août 2007, 570 193 prix ont été relevés dans 339 magasins des 8 plus grandes enseignes de la grande distribution. Les comparaisons de prix entre enseignes ont porté sur les 2 389 produits de grande consommation les plus bataillés en terme de prix. En moyenne, E.Leclerc est moins chère de 2,8 % à 7,9 % par rapport aux enseignes concurrentes. Cet écart de prix représente l’équivalent de 18 mois à 4 années d’inflation.

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L’analyse des prix relevés par catégorie renforce cette performance :
• E. Leclerc est l’enseigne la moins chère sur chacun des 7 rayons observés
• E.Leclerc est l’enseigne la moins chère pour 35 des 37 familles de produits analysés.

Ces résultats confirment la tendance observée par les panélistes professionnels. Dans sa dernière publication, le magazine Linéaires (Cf. ma note du11/09/07) confirme lui aussi la première place de E. Leclerc avec des écarts allant jusqu’à 15% avec l’enseigne Monoprix.

3) Amélioration du dispositif

A partir d’aujourd’hui, « quiestlemoinscher.com » propose une nouvelle fonctionnalité : l’historique des écarts de prix sur les 3 dernières périodes de relevés de prix. Ainsi, le consommateur se rend compte de l’évolution des écarts de prix entre les enseignes.

4) Communiquer et convaincre

A la veille de la réforme de la loi Galland annoncée par Nicolas Sarkozy et des perspectives de concurrence accrue, nos adhérents veulent réaffirmer l’importance d’un outil de comparaison des prix pour permettre durablement aux consommateurs de savoir vraiment quelle est l’enseigne la moins chère.

J’ai confié aux créatifs de Vincent Leclabart (agence Australie) la création d’un film TV qui sera diffusé, dès demain 21 septembre, sur les grandes chaînes. C’est un jeune réalisateur, Arno Salters (on continue de soutenir la culture), qui en est l’auteur.

Avec cette obstination et de tels investissements, j’espère que nos détracteurs commencent à comprendre qu’on ne va pas s’arrêter à un « one shot » et que nous allons faire de ce comparateur une vraie référence européenne en lui apportant toutes les améliorations et le rayonnement nécessaire.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat
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11 septembre 2007

Linéaires publie son comparateur et confirme les écarts entre enseignes

Cette note est particulièrement destinée aux étudiants, aux chefs d’entreprise et aux consommateurs qui n’ont pas forcément accès à l’une des trois grandes revues professionnelles de la distribution (Linéaires, LSA, Points de Vente), ainsi qu’aux différentes « lettres » qui fourmillent d’informations sur notre secteur.

La revue Linéaires suit, depuis 1999, le prix d’une centaine de références incontournables dans les rayons des hyper et supermarchés français. Comme ces relevés émanent d’une revue indépendante, personne n’en conteste la probité ni l’objectivité.

1) Le tableau ci-dessous corrobore les grandes tendances observées dans l’indice Opus (Nielsen/Panel de Gestion). Il donne du crédit au discours des distributeurs qui ne cessent d’affirmer que les prix ont baissé en hyper… Quelles observations ?

a) E. Leclerc reste l’enseigne la moins chère : « Le groupement d’indépendants a atteint l’indice 95,6…C’est le meilleur score jamais obtenu par une enseigne depuis la création de l’enquête Linéaires en 1999. »

b) Le peloton, mené par Auchan (avec Intermarché, Carrefour et Système U), est bien sur une tendance baissière depuis la fin 2005.

c) L’écart se creuse entre E. Leclerc et des enseignes comme Atac, Géant, Casino, et bien sûr Monoprix (près de 15 % d’écart).

2) Florent Vacheret, rédacteur en chef, insiste pour dire que, sans remettre en cause la performance de E. Leclerc, l’écart avec ses concurrents est moindre que celui affiché sur le site « quiestlemoinscher.com ».

C’est exact. Mais l’explication est simple. Linéaires visite 164 magasins (pour 12 enseignes) et relève les prix de 102 références alimentaires (dont 7 Premiers Prix). Mais ses relevés s’effectuent sur 6 mois !!!

Dans sa version actuelle, le comparateur E. Leclerc compare 2 327 articles de marques nationales exclusivement, dans 345 magasins de 8 grandes enseignes. Avec des prix relevés sur une dizaine de jours ouvrables.

Il est facile pour toutes les enseignes (même les plus chères) de bagarrer les prix de quelques dizaines d’articles (prix d’appel ou pas). Mais dès qu’on élargit l’observation à un panier plus large représentant 20 à 30 % de l’assortiment…les écarts se creusent.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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5 septembre 2007

Fruits et légumes, quelles marges chez E. Leclerc ?

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Il se dit tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe, tel ce Sénateur (Mr Ferrand) qui, devant d’autres élus UMP cet été, n’hésitait pas à parler de marges de 600 % ( !!!).

Dans le contexte difficile d’une réforme de la PAC à laquelle on les a mal préparés, les problèmes commerciaux que rencontrent les agriculteurs en ce moment justifient qu’on arrête d’entretenir les mauvaises polémiques. J’appelle le syndicalisme agricole à ne pas renouer encore une fois avec les vieux démons qui consistent, comme chaque année depuis 30 ans, à désigner la distribution comme son bouc émissaire.

Souhaitant rectifier une série de déclarations vraiment mensongères sur les marges des hypers, je livre à ceux que cela intéresse les éléments du compte d’exploitation d’un rayon fruits et légumes d’un centre E. Leclerc de la région parisienne.

Le premier tableau présente le compte d’exploitation global du rayon fruits et légumes : on pourra constater que la marge commerciale est inférieure à 25 %. Charges déduites (21,4 %), le résultat courant avant impôts est de 2,95 %.

Bien sûr, entre ce type de magasin urbain et un magasin en province, il peut y avoir des écarts liés au coût de transport ou aux charges salariales. Il n’empêche, ce tableau est tout à fait représentatif des marges moyennes pratiquées sous notre enseigne.

Ensuite, je publie, ici, le détail du compte d’exploitation pour des produits très représentatifs. Il s’agit là de relevés journaliers. Le chef de rayon doit tenir compte de la variation des cours à chaque renouvellement de son approvisionnement. Il ne peut pas toujours en répercuter les hausses vu la pression de la concurrence. Et le jeu des alignements fait que les marges peuvent être positives ou négatives.

On retiendra de cette présentation qu’il peut parfois arriver que la marge commerciale journalière atteigne jusqu’à 40 % sur un article, mais c’est rare. Elle peut aussi, sur d’autres produits, être négative, jusqu’à moins 20 % (cas d’une augmentation de cours ne pouvant être répercutée). Quels que soient les cas de figure, la somme de ces variations se solde par une moyenne qui n’excède pratiquement jamais la marge de 25 % dans un centre E. Leclerc. Et le résultat courant avant impôts et participation oscille autour de 3 %.

C’est bien, c’est positif, ça rapporte de l’argent. Mais franchement, il n’y a pas de quoi crier au feu. Pourrait-on vendre moins cher encore ? Probablement. Mais on voit bien que vu le niveau de marge nette, les gains de productivité en magasin ne permettent pas de chute spectaculaire. C’est éventuellement en amont, dans la logistique qu’on peut encore trouver des gains de marge.


1) Compte d’exploitation fruits et légumes au 31/08/07

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2) Décomposition du prix de vente consommateurs pour quelques catégories remarquables de fruits ou de légumes (août 2007)

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Agriculture , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat
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1 septembre 2007

Nicolas Sarkozy s’invite à l’hypermarché (flashback)…

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© Photographe de la Présidence de la République

1) Qui a décidé de cette visite et quand ?

C’est le Chef de Cabinet du Président qui, fin août, a directement pris contact avec moi. Il a exprimé le souhait de Nicolas Sarkozy de s’investir personnellement sur le dossier des prix. Dossier qui lui « tient à cœur ». C’est lui qui, Ministre des Finances, a entamé le processus de réforme de la loi Galland. Il veut poursuivre l'initiative et désigner plus clairement les bénéficiaires de cette rénovation : les consommateurs.

Je lui ai proposé une liste de magasins. En fonction des contraintes de timing et des enjeux de sécurité, l’Elysée a choisi l’hypermarché de Bois d’Arcy.

Mardi 28 août, Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, m’a confirmé sa présence et le déplacement. C’est finalement la veille que les cadres du magasin sont mis dans la confidence. La majorité des salariés ne découvriront le dispositif que le matin même.

2) Quel était l’objectif concret du déplacement ?

Tout au long de son parcours dans le magasin, Nicolas Sarkozy a répété : "Je veux visiter des rayons emblématiques du problème des prix (rentrée des classes, fruits et légumes, boucherie…). Je souhaite interroger des vendeurs sur la réalité des augmentations de prix en cours et les consommateurs sur leur perception des hausses."
Aux journalistes qui attendaient des annonces précises, il a rajouté :" J'ai décrit hier les grandes lignes de ma politique concernant le pouvoir d'achat. Je n'hésite pas à le dire : je veux aussi créer une image symbolique forte, en me rendant dans un hypermarché, au milieu des clients et du personnel. Pour montrer que j'aborde la question du pouvoir d’achat sous tous ses aspects y compris les salaires. Je veux des résultats tangibles pour les gens, pour leur vie quotidienne, et pas simplement favoriser la liberté des entreprises pour elles-mêmes. »

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© Photographe de la Présidence de la République

3) Comment s’est déroulée la visite elle-même ?

Je ne vais pas, ici, jouer les Yasmina Reza. Je n’ai ni le recul par rapport à l’évènement, ni le talent ! Mais j’ai été très impressionné par son aptitude à écouter son auditoire, à s’approprier les sujets et à faire passer quelques messages bien sentis.

Le Président devait arriver à 9 heures. Il souhaitait parcourir l’hyper juste à l’ouverture du magasin pour éviter la cohue du vendredi et pouvoir passer du temps dans les rayons avec le personnel. (J’en profite pour le féliciter. L’accueil fut des plus chaleureux et le magasin était nickel chrome. Du travail de pro. Tout le monde a été bluffé ! Bravo !).

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© Photographe de la Présidence de la République

A l’heure prévue, le Préfet, le Maire, le Député, le Sénateur attendaient sur le parking (eux-mêmes prévenus la veille au soir). Mais voilà ! Mobilisé sur un autre dossier, le Président est arrivé une demi-heure en retard alors que les consommateurs occupaient déjà les lieux en masse. C’est à partir de là que l’opération a pris un caractère involontaire de « bain de foule ».

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© Photographe de la Présidence de la République

a) Les consommateurs

Enormément de monde. Dès son arrivée, j’ai senti un décalage. La foule s’est massée sur son passage. Lui avait l’air très préoccupé, sans cesse à l’écoute de son portable, pas tout de suite disponible. Et puis, très vite, la chaleur de l’accueil l’a interpellé. Incroyable comme les gens recherchaient son regard, son attention. Même les plus bougons étaient fascinés. Mal à l’aise, un type un peu goguenard lâche « On dirait un monarque venant au contact de ses sujets ! ». Assurément, la photo donne cette impression. Et pourtant, moi ce qui me fascine, ce n’est pas tant sa personne que le public. Il y a les applaudissements, tous ceux qui veulent être pris en photo avec lui et qui lui tendent leur téléphone. Mais il y a surtout une énorme attente, tout autant affective (oui, je dis bien affective) que politique.

Il voulait poser des questions. Elles arrivent spontanément à lui : « Allez-vous vraiment tenir vos promesses ? ». « Il faut que vous vous intéressiez aux prix, tout augmente ! ». « Ne vous laissez pas couper de nous… ».

Ils ne sont pas tous des beaux quartiers de Versailles, encore moins adhérents à l’UMP. Une partie de la clientèle vient de Trappes ou de Saint-Quentin. Prix, pouvoir d’achat, insécurité des quartiers, chômage à 50 ans, statut des handicapés à l’école ou dans l’entreprise…

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© Photographe de la Présidence de la République

En une heure de traversée de l’hyper, tous les sujets de société sont brandis avec inquiétude, mais jamais méchamment. On lui tend une enveloppe, la femme pleure, il appelle son aide de camp, exige qu’on prenne les coordonnées… Plus loin, alors qu’on croit l’épisode passé, il glisse au Maire ou au Député (je ne sais plus) le nom de la cliente qu’il a retenu : « Tu t’occupes d’elle, c’est notre job ! ».

Dans la bousculade, les micros n’enregistrent pas tout ça. Il parle d’une voix claire, mais faible, comme pour montrer qu’il s’intéresse à chacun personnellement. « Non, je ne fais pas les courses. Ce serait mentir que de dire cela. Faut pas faire semblant, je n’en ai pas le temps. Mais c’est justement parce que je n’en ai pas l’occasion que je dois m’investir plus sur ces questions très concrètes… ».

« Je suis d’accord avec vous, on ne peut pas parler du pouvoir d’achat en se retranchant derrière l’indice INSEE ! »

Tout ça peut prendre un air bon enfant. Anecdote : un groupe de femmes n’hésitent pas à faire le tour des gondoles pour revenir se faire embrasser par lui. Il ne s’en apercevra qu’à la troisième tentative !

b) Avec les salariés

Durant son parcours, il aura pu parler avec une vingtaine de membres du personnel qu’il reconnaît à la blouse orange des femmes et au logo sur les cravates des hommes.

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© Photographe de la Présidence de la République

A des hôtesses de caisse, il demande le salaire.
- « Je n’ose pas. Je gagne plus que les autres », dit l’une, « je suis adjointe ».
- « Pas de problème, dites-le moi à l’oreille ». Il la fixe dans les yeux, cherche ceux du directeur légèrement derrière lui puis reprend son dialogue. « Est-ce que vous bénéficiez de la participation ? Ca fait combien de mois ? »
- « Je touche sur 15 mois et demi ».
- « Etes-vous intéressée par des heures supplémentaires ? »
- « Non, elle préfère rester chez elle, elle a des enfants. » Mais une autre (jetant un regard malicieux à un responsable) sous-entend qu’elle en fait déjà pas mal !

Au rayon poisson, discussion de même type. Le chef de rayon connaît bien son métier. Coincé contre l’étal (extraordinaire de fraîcheur et de mise en scène), NS interroge le personnel sur l’origine des poissons, la présence de la « petite pêche côtière ».

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© Photographe de la Présidence de la République

« Le pouvoir d’achat, c’est pas que pour les consommateurs, c’est pour vous aussi. J’ai été chez les patrons, mais je sais bien que le pouvoir d’achat, ce sont aussi les salaires. Alors, je libère les entreprises, j’essaie d’alléger le coût du travail, mais c’est aussi pour que les salaires en profitent. C’est la responsabilité des entreprises. J’y veillerai. »

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© Photographe de la Présidence de la République

c) Lui

Incroyable comme il aime ce contact : si ça ne tenait qu’à lui, il resterait là toute la matinée. Les gens le lui rendent bien. A deux reprises, on lui fait dédicacer un pot de Nutella. A sa sortie, une femme se précipite avec un sac bretelles. Elle en sort trois pots de 1 kg. Elle le regarde malicieusement : « C’est pour vous, c’est pour Louis, profitez-en avant l’augmentation. » Un rappeur s’approche (aérien, fébrile, renifleur). La sécurité voudrait discrètement faire barrage. Lui, fonce et vient au contact. Son interlocuteur n’ose pas le regarder dans les yeux, mais lui souhaite finalement de réussir. Un père lui présente son fils avec un maillot de foot aux couleurs de l’équipe de France :
- « Comment s’appelle-t-il ? »
- « Zidane »
- « Il aura une belle carrière, mais faudra surveiller sa sortie… »

Pas facile de le canaliser. Les agents de sécurité ont décidé du parcours au mètre près et l’accompagnent en établissant un cordon parallèle à son avancée. On lui glisse « à droite, Monsieur le Président », mais il entrevoit le rayon DVD et tourne à gauche (je n’oserais pas dire qu’il s’agit d’une métaphore politique !). Il repère « Le Dernier roi d’Ecosse ». Il fait venir la vendeuse et lui décrit le scénario « C’est l’histoire d’un jeune médecin écossais chez Amin Dada… ». « Celui-là, je vais l’acheter. Et aussi « Blood Diamond » avec Leonardo di Caprio». Il se tourne vers moi « Tu sais, je n’ai plus l’occasion d’aller au cinéma, alors on regarde les DVD en famille ». Il fouille dans ses poches pour chercher de l’argent. « Si, si, j’insiste ». Panique à bord (on est à cent mètres des caisses, il faudrait pouvoir rebrousser chemin et de toutes façons, personne ne croira à sa spontanéité). « Ca va faire too much », glisse une voix derrière nous. Il insiste. « Je veux régler ». Le directeur du magasin arrive à se faufiler dans la foule et sauve la situation en promettant au Président de lui remettre les DVD après avoir enlevé les antivols !

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© Photographe de la Présidence de la République

5) Qu’a-t-il dit plus spécifiquement sur la réforme de la loi Galland ?

A la sortie, nous sommes allés saluer le pharmacien, locataire de la galerie. NS en a profité pour dire qu’il allait s’attaquer à toutes les entraves à la concurrence, aux numerus clausus.

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© Photographe de la Présidence de la République

Situation cocasse. Luc Chatel commence à évoquer le prix des médicaments de confort. Le pharmacien qui n'était pas prévenu ne semble pas trop « voir venir » mais commence à s'interroger sur ce qui va lui "tomber dessus". Mais ouf, le Président a déjà changé de sujet : « Ca fait 10 ans qu’on dit qu’il faut plus de taxis à Paris, faudrait peut-être commencer à planifier l’ouverture de ce marché... Il faut s’attaquer aux rentes, à toutes les rigidités. La Commission Attali doit tout balayer, j’essaierai de reprendre un maximum de propositions ».

Avant de repartir, NS a répondu à quelques questions de journalistes.

- D’abord, il a confirmé sa volonté de supprimer ce système des marges arrière, non plus progressivement comme on avait commencé à le faire avec la réforme Dutreil, mais totalement, dès le prochain projet de loi. L’ambiguïté reste dans la forme que prendra le dispositif : puisque tantôt il parle de « suppression totale des marges arrière », tantôt de « réintégration des marges arrière dans les prix »… Ce qui n’est pas la même chose.

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© Photographe de la Présidence de la République

- Il a fixé le calendrier : accélération des consultations, remise du rapport de la Commission Attali fin septembre, dépôt du projet de loi tout de suite après… « Pour que la nouvelle loi soit applicable en 2008 ». Il a repris « Il faut que ce soit effectif pour la campagne de prix 2007/2008 ».

Alors qu’il rentre dans sa voiture, on lui demande le centième autographe. Il a besoin d’un support rigide pour écrire et ne remarque pas que je lui tends les DVD empaquetés. Il remonte la vitre et j’entends l’adhérent, Jean-Jacques Exmelin : « J’aurais vraiment été mal à l’aise d’avoir à les encaisser ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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29 août 2007

Rentrée des classes : le prix de la fébrilité médiatique

J’étais, ce matin, en direct, interrogé par BFM. Question : « Pourquoi vous êtes-vous prêté à cette mascarade chez Darcos ? Pourquoi laisser le Ministre annoncer que vous allez vendre à prix coûtant alors que vous dites que c’est déjà le cas ? » (Je cite à peu près).

Bonne question, sauf que je peux aussi la retourner à l’envoyeur !

Dans la cour du Ministère de l’Education Nationale, avant la réunion, les journalistes dont celui de BFM, interpellaient chaque distributeur : « Qu’allez-vous faire face à la hausse des prix ? Qu’avez-vous à proposer au Ministre et aux associations de consommateurs ? ».

Donc, Mr BFM, si vous mettez la pression, on est bien obligé de trouver une réponse : OK ? Mais je conviens que toute cette opération mérite un petit décryptage.

  1. Xavier Darcos était-il dans son rôle pour interpeller ainsi les distributeurs ?

    Bon, on peut discuter. Le Ministre le plus directement concerné, c’est Luc Chatel puisqu’il est en charge des problèmes de consommation. Mais après tout, pour une fois qu’un Ministre de l’Education s’intéresse aux préoccupations des parents d’élèves et pas seulement des états d’âme de la corporation, je ne vois pas pourquoi on s’en plaindrait !

    Xavier Darcos dispose, via le réseau des profs dans les académies, d’un pouvoir de préconisation, ne serait-ce que pour orienter les recommandations d’achat vers les produits vraiment nécessaires (ce que les enseignants ne font pas toujours).

  2. quoi se sont engagés les distributeurs ?
    Le Ministre a pris conscience que les 5 enseignes invitées à le rencontrer étaient certainement les moins chères sur le marché français. Chacun a sorti son catalogue, ses promotions et a plaidé l’agressivité de son offre.

    Du coup, les collaborateurs de Xavier Darcos ont découvert que pratiquement tous les produits sur lesquels ils souhaitaient une action étaient déjà vendus à prix coûtant, et souvent même en baisse par rapport au prix de 2006.

    Dans l’impossibilité d’annoncer des réductions supplémentaires (qui auraient entraîné des ventes à perte), les enseignes ont proposé ceci : les distributeurs déjà à prix coûtant s’engagent à poursuivre leurs promotions au-delà des dates de péremption de leur catalogue (jusqu’au 15 septembre) ; les autres, ceux qui sont plus chers, s’engageront sur ce même caddie de rentrée à baisser leurs prix jusqu’à garantir d’être à prix coûtant ou au même prix qu’en 2006.

  3. Quand ces dispositions rentreront-elles en application ?
    Dès que nous en aurons circularisé l’engagement auprès de tous les magasins. Le temps d’imprimer les affiches et de reformater les rayons pour mettre en scène le « caddie Darcos »… Dès la fin de la semaine ou lundi au plus tard.

  4. Cette opération est-elle trop tardive ?
    Oui, évidemment, puisque pratiquement 60 % des ventes (en tout cas en province) ont déjà eu lieu. (Je rappelle que l’installation des rayons « rentrée des classes » démarre, dans certaines régions, dès juillet).

  5. Faut-il accuser le Ministre de s’être réveillé trop tard et les distributeurs de jouer les hypocrites dans cette opération ?
    Les distributeurs n’étaient pas demandeurs. Je m’en expliquerai plus bas. Mais le Ministre lui-même n’a fait que réagir à la polémique lancée par les publications de la Fédération des Familles de France. Publications qui ont donné lieu à des polémiques relatées dans la presse.

    Fallait-il ne pas réagir ? Moi, je pense que oui ! Mais puisqu’il l’a fait, reconnaissons qu’il a réagi plutôt rapidement.

    En revanche, pourquoi ne pose-t-on pas la même question aux organisations de consommateurs ? Fallait-il attendre la dernière quinzaine d’août pour interpeller Ministre et distributeurs ?

    C’est là toute la limite de la crédibilité de leur démarche.

    Nos catalogues sont imprimés et en circulation depuis très longtemps. Tous les prix sont transparents et largement comparables d’enseigne à enseigne depuis plus d’un mois. Pas besoin de confier à des statisticiens ou à des informaticiens un travail de comparaison qui est somme toute relativement facile.

    Seulement voilà, dans cette affaire, chacun veut entretenir sa posture médiatique au risque, probablement, d’en perdre l’efficacité. Une chose est certaine : ce battage médiatique aura empêché les distributeurs de valoriser une offre qui avait toutes les raisons d’être considérée comme performante.

  6. La distribution était-elle vraiment trop chère ?
    Tout est toujours trop cher. Et la rentrée des classes, c’est cher. Les Français éprouvent de vraies difficultés en termes de pouvoir d’achat. Normal qu’ils s’expriment sur ce type de dépenses.

    Mais j’affirme. Dans le contexte de hausses des matières premières qui poussent les industriels à augmenter considérablement leurs tarifs, la distribution a été extrêmement efficace dans ses négociations.

    Je rappelle : augmentation du coût du papier de 14 % ! Augmentation des matières plastiques : 30 %. Et malgré cela, l’augmentation des prix de vente mesurée par Familles de France n’est que de 2,1 % !!! Jamais, dans mon groupe, je n’ai vu les acheteurs, prendre autant de risques pour acheter le papier par anticipation, bloquer l’augmentation des tarifs malgré les pressions des fournisseurs, rechercher des produits de substitution…

    J’affirme encore : l’offre des centres E. Leclerc n’a pratiquement pas augmenté depuis 2006 (hormis les produits sous licence type cahiers Harry Potter, etc.). 60 % des articles sont même en baisse !

    L’offre s’est élargie, elle est peut-être trop confuse. Le marketing agressif des produits à marque ou sous licence (forcément plus chers, très chers quelquefois) occulte peut-être les efforts considérables sur nos marques génériques (30 à 80 % moins chères !). Mais la réalité est là, le caddie français de la rentrée scolaire est le moins cher d’Europe !

Conclusion Il faut raison garder. L’année prochaine, il faudra s’y prendre autrement. J’invite les associations de consommateurs et le ministère à nous faire parvenir, dès maintenant, leurs préconisations pour la rentrée 2008. Car les achats sur ces marchés internationaux, c’est maintenant que ça démarre.

Ainsi, plutôt que de chercher à se marquer pour exister médiatiquement, associations et ministère nous aideront à préparer très en amont, et selon leur demande, une offre qu’on n’attendra pas qu’elle soit écoulée pour la critiquer.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 29 août 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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28 août 2007

Hausse des prix : avant la psychose, un état des lieux (1)

Je développerai, tout au long de ces quinze prochains jours, les arguments qui me font dire :
1) Qu’il n’y a pas de tension inflationniste majeure sur l’ensemble de la consommation des Français.
2) Qu’il existe bien des risques de hausses de prix suite à l’évolution du prix des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et aussi de certaines matières premières non alimentaires (énergie).
3) Mais pourvu que le gouvernement poursuive la réforme de la loi Galland et donne ainsi aux distributeurs les moyens de négocier les tarifs des fournisseurs, les prévisions d’inflation, pour l’année 2007 et même pour le premier semestre 2008, devraient rester inférieures à 2 % en hypermarché.

Avant de continuer d’en débattre, d’argumenter et de justifier, qu’on me permette de faire le point sur la période présente.


Il y a, aujourd’hui, beaucoup de confusion. Ce n’est pas parce que les fournisseurs annoncent des hausses de tarifs que celles-ci vont se répercuter systématiquement dans les prix.

- D’abord, parce que le coût des matières premières n’intervient pas toujours de manière importante dans le prix de vente d’un produit transformé.
- Ensuite, parce que depuis les accords Sarkozy (juin 2004) et les deux premières étapes de la réforme de la loi Galland, la concurrence joue positivement dans l’intérêt des consommateurs.

Cela se voit peu, mais c’est efficace.

Il faut bien se rendre compte que cela fait déjà 6 mois que les propositions tarifaires des industriels sont à la hausse (en épicerie : + 3,9 % depuis mars 2007).

Mais E. Leclerc a continué à baisser ses prix, plus vite que ses concurrents. Et l’impulsion déflationniste lancée par notre action commerciale entraîne les autres distributeurs dans un cycle de baisse durable, au moins jusqu’à la fin de l’année.







Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 août 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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20 juin 2007

Hausse des loyers : une moyenne « ça trompe énormément »

Hier, j’ai été interpellé, dans l’avion, par un consommateur. Il me demandait mon avis sur la manière dont l’INSEE intègre l’évolution des loyers dans l’indice du coût de la vie. Et du coup, m’est revenue en mémoire la lettre d’un habitant de Nanterre, reçue début juin, dont je vous livre cet extrait :

…Pour l’INSEE, les Français consacrent tout juste 6 % de leurs revenus pour leur loyer. Cette interprétation ne peut que laisser perplexe la "moyenne" des locataires !
Les administrateurs de l’INSEE tiennent compte du fait qu’il y aurait 50 % de propriétaires dans notre pays. Ils raisonnent de manière aussi simpliste que dans l’exemple suivant :

« Monsieur Dupont trompe sa femme 6 fois par mois. Mr Durand, lui, ne trompe jamais sa femme. Si on applique les principes de l’INSEE, on fera dire aux statistiques que Mr Dupont et Mr Durand trompent chacun leur femme 3 fois par mois ! Ce qui est aberrant ! Pour le calcul de l’indice des loyers, l’INSEE fait pareil ».

Bien sûr, l’illustration donnée par ce consommateur caricature la méthodologie de l’INSEE. Car cette institution, bien évidemment, produit des analyses bien plus approfondies tenant compte des situations démographiques et des revenus sur une échelle très diversifiée.

Il n’empêche : ce dont nous parlent tout le temps politiques et médias, ce sont de moyennes. Et ce discours réducteur ne peut que heurter chaque Français qui ne se reconnaît pas dans ces moyennes.

Si l’on veut s’attaquer au problème de la perception, par les Français, de l’inflation ou de leur pouvoir d’achat, il est impératif de leur donner des repères plus en phase avec leur situation réelle.

C’est, s’agissant de l’indice des prix, ce que j’ai voulu faire en lançant le comparateur de prix que je m’engage à améliorer et à faire vivre en multipliant les publications.

C’est, s’agissant du pouvoir d’achat, ce que j’ai essayé de faire avec le site « mon-pouvoir-dachat.com » : un site qui permet à chaque foyer, dans le respect de l’anonymat, de comparer son pouvoir d’achat à ces fameux indices moyens dont la publication reste difficilement compréhensible pour beaucoup de gens.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 juin 2007 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Pouvoir d'achat
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23 mai 2007

Comparateur de prix : Carrefour va-t-il porter plainte contre ses filiales colombiennes et espagnoles ?

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C’est un gag. En tout cas, ça se présente comme tel. On se souvient que Carrefour avait saisi la justice et déployé moult arguments pour faire taire notre site « quiestlemoinscher.com ». Eh bien, fi de tous ces arguments ! La filiale colombienne de Carrefour a lancé un comparateur : quasiment le même contenu, la même présentation et, surtout, le même intitulé que le nôtre (en espagnol : « quieneselmasbarato.com ». La Colombie, c’est loin, mais il fallait être bien naïf pour imaginer que cela passerait inaperçu des internautes. Gonflé, Carrefour !

Si ce n’est pas un gag, alors nos amis de Carrefour ne manquent pas d’air ! Je passe sur la contrefaçon outrancière (même pas un petit effort, une petite valeur ajoutée qui ferait la différence sur le plan esthétique ou dans la communication). Mais là où la duplicité est flagrante, c’est dans la reprise du contenu : Carrefour fait en Colombie exactement ce qu’il voulait nous interdire de faire en France. Il met en ligne un ensemble d’informations dont il nous contestait la légalité et l’objectivité, au point qu’il qualifiait notre communication de « mensongère et trompeuse ».

Et pourtant :

- Le site colombien de Carrefour ne propose pas de méthodologie (qui relève les prix ? Comment et par qui sont faits les calculs ?). Il ne donne même pas la liste des produits qui font l’objet de la comparaison.

- En France, Carrefour plaidait : quel que soit le classement de Leclerc, il ne peut généraliser le slogan selon lequel il est le moins cher.

Le site colombien ne s’embarrasse pas de trop de précautions : il se contente d’affirmer que Carrefour vérifie les prix « de plus de 15 000 produits à l’aide de toutes les compétences » (sic). Et déclare, sans autre preuve : « ainsi, nous pouvons garantir les prix les plus bas sur tous les produits, tous les jours et dans tous les magasins du pays ».

Le droit colombien est sans doute moins exigeant que le droit français et le droit communautaire européen.

En revanche, le consommateur colombien mériterait-il moins d’égards que le consommateur français dont Carrefour estimait qu’il serait induit en erreur par le site Leclerc ? Bien sûr que non !

Peut-on imaginer que l’initiative colombienne (Les Echos annonçait la mise en ligne prochaine d’un même site en Espagne) soit le fait d’une décision autonome des filiales étrangères ? En contradiction avec la campagne menée par Carrefour en France contre le site de Leclerc ?
Si c’est le cas, on imagine que José Luis Duran fera fermer ces sites ! Question de cohérence avec les arguments développés auprès des tribunaux.

Si ce n’est pas le cas, preuve sera faite du double langage tenu par nos amis de Carrefour (dont j’imagine alors qu’ils ne feront pas appel de la décision du 29 mars 2007).

En tout cas, ceux qui, journalistes, juristes ou même consommateurs, avaient pu être convaincus de la pertinence des arguments de Carrefour…savent maintenant quoi en penser !

Sans rancune les gars !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 mai 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat
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13 avril 2007

La guerre des prix entraîne-t-elle une « destruction de valeur »

A la lecture d’articles récents, la réponse à cette question dépend de « qui fait baisser les prix ». J’explique.

- En début d’année 2006, José Luis Duran prenait l’initiative de baisser ses prix. Leclerc était désignée comme cible (il avait l’élégance de le reconnaître). A l’époque, on pouvait lire dans tous les commentaires qu’il s’agissait d’un « repositionnement stratégique de la politique de prix ». Et l’affaire était plutôt bien appréciée, même du côté des sociétés de bourse, puisqu’on adhérait à la perspective d’une augmentation de la part de marché, reprise à Leclerc.

- Nous avons évidemment réagi, repris le leadership sur le prix des grandes marques (nous ne l’avions jamais perdu sur les indices exhaustifs). Et en ce début d’année, c’est notre enseigne qui creusait l’écart.

- Mais Carrefour vient de publier son chiffre pour le 1er trimestre 2007. C’est à son tour de patiner. Les hypers sont en hausse de 0,9 % et les supers de 2,2 % (hors carburant). Et là, que lit-on : « Carrefour souffre dans un contexte de guerre des prix entre les différentes enseignes, une guerre de prix qui, finalement, est destructrice de valeur ».

Incroyable : quand Carrefour (et, dans une certaine mesure, Géant Casino) prend l’initiative de baisser ses prix, c’est un « repositionnement stratégique ». Quand E. Leclerc fait de même et oblige ses concurrents à s’aligner, c’est de la « destruction de valeur ». Tiens donc !

Cette notion de « destruction de valeur » me laisse perplexe. De quelle valeur parle-t-on ? Et pour qui y a-t-il destruction ?

1) S’agit-il du point de vue des seules entreprises ? Constatons que l’impact est loin d’être homogène. Si l’on assimile la perte de valeur à la « diminution de la marge brute » (concept défendu par Philippe Baroukh, Directeur Général d’Auchan France, dans LSA du 5/04/07), force est de reconnaître que tous les distributeurs ne sont pas à la même enseigne (sic). Celui qui avait déjà une politique de prix bas détruit peu de marge quand, effectivement, le groupe qui se baladait à 5 ou 6 points d’indice du premier doit beaucoup plus investir. En clair, c’est sûr que si Monoprix et Casino veulent suivre Leclerc, ça leur coûte plus cher qu’à Leclerc !!! Et ce n’est pas Leclerc qui s’en plaindra (joke, et, j’espère, sans rancune).

Toujours s’agissant des entreprises, il faut encore nuancer. Philippe Baroukh a raison de dire que « ce n’est pas parce que le jus d’orange est 3 % moins cher que vous allez augmenter votre consommation de 10 % !». Encore que cela dépende des produits. Mais si mon groupe augmente sa part de marché en volume, plus que proportionnellement à son investissement, et sécrète une recette marginale supplémentaire, en quoi détruit-il de la valeur ? Et à terme, que devient la pertinence du concept si nos adhérents augmentent par cette action la valeur de leur fonds de commerce. (Mais cette notion de long terme, de valorisation des marques et des fonds de commerce, ne rentre peut-être pas en ligne de compte (sic) pour les gestionnaires de la cote, alors que pour nous, indépendants, ces notions sont fondamentales).

De toute façon, et a contrario, il ne suffit pas de vendre cher pour prétendre créer de la valeur (comme dans l’industrie du luxe ou le marché de l’art), il faut encore qu’il y ait un public et des acheteurs pour lesquels le niveau de prix ne fait pas obstacle. Ce n’est pas le cas du marché de la grande distribution.

Bref, ce que je veux dire, c’est que cette notion purement comptable et utilisée négativement –la destruction de valeur- mérite d’être affinée avant que d’être agitée comme repoussoir (comme drapeau blanc ?).

2) S’agissant des consommateurs (qui nous font vivre, rappelons-le quand même), le concept n’est absolument plus pertinent.

Car de quoi s’agit-il aujourd’hui, si ce n’est, avec la réforme Dutreil, d’obtenir la restitution au client d’une partie de la marge que le législateur avait gelée chez le distributeur.

Allons, messieurs, la France n’aime ni les libéraux, ni le libéralisme. Mais vu les problèmes de pouvoir d’achat, qui va oser prétendre qu'après 5 ans de hausse des prix, un surcroît de concurrence menace la valeur de nos entreprises. Qui va oser dire qu’une baisse de 2 % des prix des grandes marques, forcément compensée par ailleurs, menace la création de valeur en France.

La concurrence menace l’économie des rentiers, des positions acquises, des enseignes fatiguées. Mais elle est un vecteur de croissance du chiffre d’affaires pour les challengers les plus dynamiques. Elle renforce la satisfaction des ménages.

Et ça, ce n’est pas de la création de valeur ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 avril 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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13 février 2007

La Fnac ne fait plus de réduction systématique sur les livres ! E. Leclerc maintient les rabais

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Alors là, pour le coup, je révise l’opinion que j’avais exprimée le 7 novembre 2006 sur ce blog (Cf. ma note).

A l’époque, conforté d’ailleurs par des propos personnels de François-Henri Pinault et de Denis Olivennes, je m’opposais au simplisme d’un diagnostic selon lequel le modèle économique de la Fnac était devenu caduc. Je développais des arguments selon lesquels, quel qu’en soit le propriétaire ou l’acquéreur, la Fnac restait (avec 3,5 % de résultat net) la plus belle entreprise de diffusion culturelle en Europe. Je persistais à lui reconnaître une « vraie différence » dans le discours et la pratique consumériste par rapport aux autres acteurs du secteur (Virgin, Extrapole, les GMS et la plupart des librairies). Mais voilà…

Depuis le 5 février 2007, la Fnac a mis fin à la réduction automatique de 5 % sur le prix des livres !

Pour les jeunots, je rappelle que la loi Lang (du nom de l’ancien Ministre de la Culture) autorise les éditeurs à fixer un prix unique de leurs livres. Tous les diffuseurs doivent respecter ce prix légal, dans la limite de 5 % de rabais autorisé. A l’époque de son vote (1981), les Centres E. Leclerc avaient exprimé leur opposition, estimant que les éditeurs ne pouvaient à la fois vanter les mérites du livre de poche et nier l’impact d’un prix élevé sur l’achat de livres pour des lecteurs à faible pouvoir d’achat. Mais c’est surtout la Fnac qui, par la voix d’André Essel et de ses successeurs, avait dit son courroux et le refus d’être désignée comme un ennemi de la diffusion culturelle…parce qu’elle essayait de rendre le livre plus accessible…

Les entreprises savent manifestement faire fi de la mémoire populaire. En supprimant l’automaticité du rabais sur les livres, la Fnac rentre dans le rang. Fini l’agitateur ! La Fnac passe du camp des militants de la culture (démocratisation de l’accès à la culture pour tous) aux lois du marketing nourries de préoccupations financières.

1) Les motivations de la Fnac

Hier, c’était potentiellement les 15 millions de clients de la Fnac qui pouvaient bénéficier de la réduction légale de 5 %. Désormais, seuls les 1,8 millions d’adhérents (porteurs de la carte Fnac) et les acheteurs sur fnac.com pourront en bénéficier. La motivation de l’équipe dirigeante est double :

- Il s’agit pour la Fnac de créer un avantage prix réservé aux clients porteurs de cartes payantes (12 euros pour une carte de 1 an, 30 euros pour 3 ans).

- Il s’agit aussi (surtout !) d’obtenir un gain de 6 à 10 millions d’euros, soit 1 à 2 % de marge additionnelle sur le livre. Comme le livre représente à peu près 13 % du CA, la suppression de l’automaticité de la réduction concourra à l’amélioration de 0,1 à 0,2 point de la marge d’exploitation totale de la Fnac.

2) Où trouver désormais les livres neufs moins chers ?

C’est la question que posait Hélène Colau dans Le Monde du 9 février 2007.

- Eh bien, sur Internet, puisque fnac.com continuera à appliquer la réduction autorisée par la loi Lang. Idem sur des sites comme amazon.com ou alapage.com. Ou même sur des sites qui fédèrent des libraires indépendants tels que abebooks.com. Mais attention, il faut sur certains de ces sites, ou à l’occasion de certains achats, tenir compte des frais de port, quelquefois offerts à partir d’un certain montant, mais souvent payants.

- Certaines librairies indépendantes (pas toujours d’ailleurs les plus grosses) continuent à systématiser le rabais de 5 %, à partir de la souscription d’une carte de fidélité gratuite. Mais souvent, ce rabais n’intervient qu’à partir d’un minimum d’achats, ou en présentant une carte d’étudiant ou d’enseignant.

3) Quelle politique pour les espaces culturels E. Leclerc ?

Vous vous en doutez bien. C’est le moment où jamais d’affirmer la continuité de l’engagement de notre enseigne.

- Comme la Fnac, les espaces culturels ont choisi de développer une offre multimédia beaucoup plus importante. D’ici 5 ans, nous comptons bien devenir le 4ème ou 5ème réseau de diffusion de ces produits. Mais à l’inverse du mouvement de la Fnac, nous développons résolument le secteur du livre en lui consacrant plus de place dans nos librairies, en étoffant l’assortiment (jusqu’à 70 000 titres dans certains espaces culturele) et en travaillant avec les maisons d’édition pour donner encore plus de visibilité au livre.

- Mais surtout, nous maintenons l’automaticité du rabais de 5 % à l’ensemble des acheteurs. Nous incitons les lecteurs à souscrire à une carte de fidélité, mais elle est gratuite. Pas de barrage financier, pas de ségrégation de clientèle.

Oui, je le confirme, dans les Espaces Culturels, c’est « - 5 % pour tout le monde et sur tous les livres. Et la carte de fidélité est gratuite ! »

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 février 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Livres , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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23 janvier 2007

Peut-on parler réellement d’appauvrissement de la France ?

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C’est Stéphane Marchand, responsable des pages « Opinions » du Figaro qui a lancé, depuis hier, ce débat. Ont été sollicités les avis de Michel Rocard, Alain Madelin, Laurence Parisot, Bernard Salanié, et bien sûr les lecteurs du quotidien. Je vous livre ma contribution de ce matin.

Vu de la ligne de caisses d’un hypermarché, le débat sur l’appauvrissement de la France a des airs franchement surréalistes.

1) Dans notre pays, il y a des pauvres, beaucoup et trop de pauvres. Plusieurs millions de nos concitoyens « rament » pour boucler leurs fins de mois. SDF, sous-smicards, chômeurs, mais aussi familles surendettées constituent les premiers clients des magasins « hard-discount » ou de ce qu’on appelle les « premiers prix » dans les supermarchés. Dignement, ils arrivent en magasin avec les catalogues publicitaires. Ils ont cerclé les promotions, ils font la chasse aux produits les moins chers. La misère n’est pas inscrite sur leur front. Mais, parfois, ce sont de bons samaritains (curés, instits, notables…) et des ONG (Secours Populaire, Secours Catholique ou banques alimentaires) qui sollicitent l’acquisition de produits de première nécessité. Sont-ils plus nombreux aujourd’hui ? Difficile de le dire. Dans nos mégalopoles actuelles, on les voit plus que dans la France rurale d’hier. De ce fait, ils s’imposent à notre conscience.

2) Mais rien ne permet, dans le comportement des consommateurs français, de parler d’un appauvrissement général. Au contraire. Jamais il ne s’est vendu autant de produits : des biens utiles, mais aussi des denrées chères, des produits mode, des produits plaisir…

Le niveau de vie des Français s’est considérablement amélioré. La baisse des produits agricoles, mais aussi l’élévation des revenus moyens ont permis « l’extension du domaine de la dépense ». De 30 %, dans les années 60, la part consacrée à l’alimentaire dans le budget des ménages est passée à 15 %. Les biens d’équipement, de la personne ou de la maison, la voiture et les transports, les services de santé et les produits de loisirs (35 heures obligent) constituent les nouveaux secteurs d’achat. Rien à voir avec la structure de consommation des pays réellement pauvres.

Pour s’en convaincre, il suffit de faire le tour des magasins de la planète. Comparés aux linéaires des supermarchés implantés dans les Pays de l’Est, en Asie ou en Amérique Latine, et même dans des pays européens limitrophes (Espagne, Portugal, Italie), les étals français offrent des menus de roi.

3) Paradoxalement, c’est l’accroissement du niveau de vie et les changements des modes de consommation qui ont entraîné, ces dernières années, une frustration d’un genre nouveau, un désenchantement dont je prophétise qu’il va durer encore longtemps.

Jusqu’à la dernière décennie, nos concitoyens pouvaient arbitrer leurs dépenses, sans trop s’endetter. Manger chez soi ou au restaurant, louer à la montagne ou partir au Club Med, limiter le cinéma pour acheter une télé… On restait dans des niveaux de dépenses gérables dans le temps. On différait l’achat d’un bien pour profiter d’un autre.


Dans la société actuelle, tout doit pouvoir être accessible. Tout et tout de suite. La pub pousse à la consommation, c’est l’offre qui impulse la demande et crée le besoin. Même s’il n’y a plus, à proprement parler, de mode collective, la non-consommation est vécue comme un appauvrissement. Résultat ? On puise dans l’épargne ou on s’endette.

Or, un écran plat, c’est deux fois le SMIC. Les sports d’hiver pour une famille ? L’équivalent de six à sept mensualités de salaire, au mieux ! Sans compter (sic) toutes ces nouvelles dépenses immatérielles qui, du téléphone mobile à l’abonnement à internet, grèvent inexorablement le budget familial.

Ponctionné par ces charges nouvelles, le pouvoir d’achat n’augmente plus. Si l’on enlève les dépenses liées au remboursement d’emprunts, aux loyers, à l’énergie et aux transports, la part « libérable » des revenus s’amoindrit. D’où cette frustration, le sentiment de « perte de pouvoir d’achat » qui exaspère aujourd’hui les Français et une partie des Occidentaux.

4) C’est ici que s’opère la confusion : il y a des pauvres, mais la France n’est pas pauvre.

Quoi qu’on dise de leur impact, les dépenses obligatoires liées à ces nouveaux modes de consommation participent de l’amélioration de notre niveau de vie. L’augmentation du prix du pétrole intervient comme une fiscalité nouvelle, mais c’est parce qu’on a acquis une ou deux voitures. L’augmentation de l’endettement des ménages est souvent le corollaire d’un accès à la propriété, et les cotisations santé représentent bien le financement d’une consommation future.

Les affirmations péremptoires sur la paupérisation des Français occulte cette vision des choses.

5) Pour les professionnels du secteur de la consommation, l’irrationalité du débat ne change rien. Il nous faut malgré tout répondre à ces attentes sociales, tenter de rester les moins chers et continuer à offrir des premiers prix et des soldes, y compris pour une population qui en profitera pour partir aux sports d’hiver ou s’acheter des grands crus dans les foires aux vins. Pour ceux-là, c’est avant tout une question de choix, d’arbitrage.

Mais pour le politique, l’impératif est tout autre. La lutte contre la pauvreté devrait être une priorité. Tout le monde, cet hiver, aura entendu parler de Don Quichotte. Mais c’est dès les années 50 que déjà l’Abbé Pierre tenait les mêmes propos. On ne peut pas dire que la mobilisation des différents gouvernements ait été à la hauteur de ces cris de détresse.

A force d’entretenir un discours trop général sur l’appauvrissement de la France, on a fini par cautionner un déficit d’action…et probablement aussi une indifférence à l’égard de la vraie pauvreté.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 janvier 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Engagements , Pouvoir d'achat , Société
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17 novembre 2006

Publicité comparative : Je relance le site « quiestlemoinscher.com »

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On ne bâillonne pas Leclerc. Foi d’épicier, foi de Breton, têtus que nous sommes ! J’avais promis la réouverture du site « quiestlemoinscher.com », fermé suite à l’action d’un concurrent qui avait saisi le juge des référés. J’en avais promis la réouverture. C’est chose faite depuis ce matin, 7 heures.

Tant pis pour ceux qui imaginaient que l’initiative relevait d’une stratégie de coup publicitaire sans lendemain. La mise en ligne d’un comparateur de prix, dans le seul cadre qui nous est autorisé en France (la publicité comparative) répond à un double souci tactique.

a) La réforme de la loi Galland sur les prix va permettre à chaque enseigne de diversifier plus encore sa politique commerciale. En autorisant la répercussion des marges arrière supérieures à 15 %, elle autorise des baisses de prix enfin substantielles et justifie qu’on s’intéresse autant aux prix qu’aux promotions. Encore faut-il pouvoir faire apparaître les performances prix, les comparer, et permettre aux consommateurs de se faire une opinion.

b) C’est le moment qu’ont choisi les nouveaux adhérents de notre groupement, ceux de la troisième génération (et oui, déjà !), qui veulent renforcer l’agressivité de notre politique de prix et renouer ainsi avec l’esprit pionnier des fondateurs. Ils m’ont demandé de valoriser leur action, et à travers la publication permanente d’un comparateur de références, j’ai pensé qu’il y avait là une manière d’étalonner notre propre performance par rapport à nos concurrents.

L’enjeu : briser la loi du silence sur les prix pour redonner des repères aux consommateurs.

Vu la violence des critiques émises dès la publication de notre premier comparateur, j’ai pensé qu’il ne servait à rien de s’obstiner dans la voie juridique : trop de temps, d’énergie et d’arguties…qui nous auraient amenés, quelle que soit l’évolution du dossier, à ne reprendre le combat que trop tardivement. A contrario, j’ai pensé qu’il valait mieux faire du judo, prendre à bras le corps toutes ces critiques contradictoires (Cf. mes notes des 24/05, 2/06 et 12/06/06) et reconstruire un comparateur en procédant par étape. Chacune d’elles recherchant validation tant auprès du public que des tribunaux éventuellement.

Pour garantir l’objectivité et la fiabilité des résultats, l’enseigne a travaillé avec le BIPE, société d’études et de conseils indépendante, chargée de certifier la méthodologie et le traitement des données.

Celles-ci existent sur le marché. Elles sont construites par des panélistes réputés qui les revendent à toutes les enseignes de distribution. Pour réaliser une comparaison de prix, il ne nous a malheureusement pas été possible de passer par leur intermédiation.

E. Leclerc a lancé un appel d’offres dès le mois de juillet 2006 auprès des principales sociétés prestataires françaises spécialisées. Mais sous la pression des autres grands distributeurs, les sociétés consultées ont, toutes, donné des réponses qui aboutissaient à une quasi impossibilité de mise en oeuvre.

Il s’avérait donc qu’en France, il était pratiquement impossible de réaliser un comparateur de prix entre enseignes d’hypermarchés !

J’ai donc décidé de me tourner vers des sociétés opérant ailleurs en Europe. Et c’est ainsi que nous avons sélectionné une société portugaise, Pole Communication, travaillant déjà avec d’autres chaînes d’hypermarchés de la péninsule ibérique. Elle a délégué, en France, quelques 300 personnes qui ont été chargées de relever les prix de 1 536 produits de marques nationales dans 355 magasins de 8 enseignes de la grande distribution française.

Les relevés de prix

C’est le BIPE qui a choisi la liste des articles de grandes marques nationales qu’il leur fallait relever. Ce sont des articles strictement identiques (et pas seulement « comparables »). Ils ont été classés en 36 familles de produits dans 7 rayons déterminés. Ces produits sont les plus détenus en magasins : ils correspondent aux produits les plus couramment achetés par les consommateurs. C’est aussi le BIPE qui a choisi l’échantillonnage de 355 magasins, soit 11 % des 3 104 magasins appartenant à l’univers de la grande distribution en référence. Cet étalonnage a été effectué selon la méthode des quotas, en tenant compte de 5 tailles de magasin différentes et de leur situation géographique en France décomposée en 9 zones.

Du 2 au 18 octobre 2006, 414 469 relevés de prix ont été ainsi effectués.

Le cadre méthodologique

Le premier comparateur s’approchait, à mon avis, d’un objectif idéal : il était très exhaustif du point de vue du nombre d’enseignes, du nombre d’articles (marques nationales et marques de distributeurs) et la représentativité de l’échantillonnage permettait à la fois une comparaison locale et une comparaison nationale des prix.

Comme tout ceci nous a été contesté, nous avons décidé de « détricoter » tout cela et de reconstruire un comparateur dont l’arborescence pourra progressivement être complétée.

- Des prix comparables ? Oui, nous n’avons retenu que les produits de grandes marques nationales rigoureusement identiques d’un magasin à l’autre (exit la critique selon laquelle les prix des MDD ne sont pas comparables).

- Représentativité des prix ? Les 1 536 articles dont les prix sont relevés sont détenus en moyenne, à des taux de 96 à 99 %, par tous les magasins relevés. Les marques nationales représentent 73,6 % (en valeur) des achats des ménages.

- Représentativité des magasins ? L’échantillon des magasins visités est, selon le BIPE, représentatif de la structure nationale de chaque enseigne. L’accroissement de l’échantillon ne changerait pratiquement rien aux données fournies par ce premier test.

- Objectivité de la méthode ? Le BIPE s’est chargé de contrôler la rigueur dans la collecte et le traitement des données, l’égalité de traitement entre les enseignes et l’indépendance des prestataires en charge des relevés de prix et du calcul des comparaisons.

- Significativité des résultats ? C’est un élément essentiel qui établit la crédibilité d’une publicité comparative : pour ce faire, le comparateur indique systématiquement le nombre de magasins et le nombre de produits à partir desquels s’effectue chaque comparaison entre enseignes. Lorsqu’un produit est présent dans moins de 30 magasins d’une même enseigne, l’écart de prix n’est pas calculé car jugé statistiquement non significatif.

Les résultats

Les écarts entre enseignes sont exprimés en pourcentage. Sur la période de relevés, E. Leclerc est (qu’on me permette de le dire) moins cher que ses principaux concurrents dans une fourchette qui va de 1,6 à 5,5 %. C’est un écart qui représente 1 à 3 années d’inflation en France. Un écart d’autant plus appréciable que, théoriquement, sur ces produits de grandes marques, on admet (trop communément) que toutes les enseignes sont pratiquement aux mêmes prix. La preuve que non ! (Inutile de dire que si on avait introduit les marques de distributeurs dans cette comparaison, l’écart aurait été encore bien plus favorable à notre enseigne).

L’analyse détaillée des prix renforce cette performance. E. Leclerc est la moins chère des enseignes pour 32 des 36 familles de produits. E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur 248 des 252 comparaisons d’enseignes réalisées sur les 36 familles de produits.

Enfin, E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons.

Je les entends déjà, mes gentils concurrents ! Après avoir tenté de déglinguer le premier comparateur, parce qu’il était trop exhaustif, comparait des magasins de taille différente ou des marques de distributeurs…voilà qu’ils disent maintenant que celui-ci n’est pas assez exhaustif, et ne couvre qu’un échantillon de ce que vend un hyper.

Peu m’importe finalement toutes ces critiques contradictoires.

D’abord, je m’y engage, toutes les remarques pertinentes qui seront faites par les uns et les autres, seront prises en compte et permettront d’améliorer le fonctionnement du site.

De toute façon, j’ai bien l’intention de faire de ce comparateur un support durable et crédible pour fournir la preuve des performances vers lesquelles je pousse mes adhérents.

La mise en ligne, ce matin, de ce comparateur n’est qu’une nouvelle étape. J’envisage d’étoffer ce site, mais aussi d’entreprendre d’autres déclinaisons. A bon entendeur…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 novembre 2006 dans Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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22 septembre 2006

Pouvoir d’achat : S’il augmente globalement de 2,3 % (INSEE), la partie « dépensable » augmentera cinq fois moins en 2006

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© Jacques Langevin / Deadline Photo Press

C’est le résultat d’une étude effectuée, chaque année, pour le compte de mon groupement par le BIPE (Bureau d’Information et de Prévision Economiques).

1) Pourquoi une telle démarche ?

C’est en 2003 que nous avons lancé ce travail d’analyse. A l’époque, syndicats ou organisations de consommateurs contestaient les chiffres officiels de l’inflation. Le passage à l’euro avait contribué à brouiller les repères… Et, par déduction, ce sont tous les concepts liés à la perception des ménages (pouvoir d’achat, niveau de vie, hausse des prix) qui se trouvaient remis en cause.

En tant que distributeur, je ne pouvais rester insensible à cette problématique. Mon activité professionnelle dépend évidemment du rythme de la consommation. La stratégie de nos entreprises, les choix d’investissements ou de marketing s’appuient sur des prévisions de dépenses que nous devons analyser « au plus près ». D’autant que l’anxiété générale des consommateurs à l’égard de leur pouvoir d’achat se reporte au premier chef sur les magasins qu’ils fréquentent…

C’est dans ce contexte que j’ai sollicité l’avis du BIPE : comment interpréter ce décalage entre chiffres officiels positifs et anxiété des ménages. Les chiffres de l’INSEE sont-ils pipés ? Y a-t-il un biais de méthode ? Les pondérations de chaque poste sont-elles adéquates ? Etc.

2) Du pouvoir d’achat global des ménages (INSEE) à la notion de « pouvoir d’achat libérable du consommateur » (BIPE)

Avant de recalculer un indice, les experts du BIPE ont d’abord recherché à appréhender ce que recouvrait le concept de pouvoir d’achat.

a) La mesure du pouvoir d’achat construite par l’INSEE se base sur les indicateurs qui entrent dans une logique de comptabilité nationale. L’INSEE prend en compte le revenu brut de l’ensemble des ménages français (salaires, résultats d’exploitation des agriculteurs et des professions libérales, revenus du patrimoine). Il ajoute les transferts sociaux. Il en déduit les impôts. Cet indicateur est ensuite déflaté de l’indice des prix à la consommation.

b) Le BIPE ne conteste pas l’intérêt de cette approche. Mais elle a ses limites. Elle ne prend pas en compte la démographie des « ménages » (ce concept fourre-tout comprend aussi bien des célibataires que des familles de trois ou quatre enfants !), ni l’hétérogénéité des structures de consommation qui en découle.

Surtout, cette approche, valable en macroéconomie, ne correspond pas au mode de calcul des consommateurs dans l’anticipation de leurs dépenses futures.

Parlons de la manière la plus imagée : chaque début de mois, dans les foyers, on « fonctionne » comme si, après la paie, on commençait par mettre de côté, dans une enveloppe, les cotisations et les impôts à payer, enveloppe à laquelle on ne touchera pas. Mais on mettra aussi de côté (et c’est ce dont ne tient pas compte l’INSEE) des remboursements, eux aussi incompressibles, tels que loyer, charges liées au logement, mensualités d’assurances ou de remboursement de crédits, carte de transport, etc. Il faut déduire du revenu brut les sommes accumulées dans ces deux enveloppes pour mesurer ce qui reste : le pouvoir d’achat libérable, c’est-à-dire la capacité de dépenser.

L’étude menée par le BIPE pour E. Leclerc propose donc un indicateur du pouvoir d’achat libérable, qui ne s’oppose pas à celui de l’INSEE, mais qui le complète. Un indicateur qui permet de mieux comprendre et d’anticiper les comportements des consommateurs. (C’est l’indicateur du pouvoir d’achat libéré des ménages). Le BIPE va même plus loin puisqu’il propose d’apprécier cet indice en tenant compte non pas d’une catégorie globale « ménages », mais de descendre à l’unité de consommation, concept qui permet mieux de prendre en compte l’évolution de la démographie. (C’est l’indicateur du pouvoir d’achat effectif du consommateur).

3) Mesure de l’évolution du pouvoir d’achat : analyse comparée des indices

Le tableau suivant récapitule, depuis 2002, l’évolution du pouvoir d’achat selon les différents indices.

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On voit bien que, pour l’année 2005, le pouvoir d’achat libérable du consommateur a régressé (moins 0,7 %). Sans doute, est-ce la meilleure explication pour une conjoncture qui fut somme toute médiocre alors que les indicateurs officiels de pouvoir d’achat globaux s’affichaient positifs (1,1 %).

Pour 2006, les prévisions globales de l’INSEE permettent d’envisager un accroissement de 2,3 % du pouvoir d’achat global des ménages. Si l’on tient compte de l’augmentation des charges incompressibles qui incombent aux foyers, le BIPE estime que le pouvoir d’achat effectif affectable aux achats sera cinq fois moindre (0,5 %).

4) Les charges contraintes augmentent plus vite que le revenu disponible

Le BIPE a travaillé sur la notion de « dépenses incompressibles ». Il n’a retenu que les dépenses non arbitrables et non re-négociables. Exemple, on peut éventuellement prendre un transport collectif plutôt que sa voiture. Mais on ne peut pas re-négocier son loyer ou changer d’appartement tous les ans !!!


Pour 2006, les prévisions d’augmentation de ces charges sont les suivantes :

- Remboursement des crédits 10,7 %
- Loyer 6,1 %
- Charges liées au logement 6,0 %
- Assurances 4,2 %
- Transport (hors carburant) 5,0 %

On voit bien le problème : les pouvoirs publics ont raison de se féliciter d’une augmentation du revenu disponible qui atteindra 3,9 %. Ca faisait longtemps qu’ils n’avaient pas pu afficher un tel résultat. Mais comme en parallèle, les charges incompressibles augmenteront en moyenne de 7,3 %, on n’a pas les mêmes raisons de pavoiser dans les foyers.

5) Impact sur la consommation

Quand on regarde les prévisions officielles de consommation, elles sont plutôt bonnes (2,9 % pour la consommation globale (INSEE) et 1, 7 % par ménage). Mais ce rythme de consommation est très artificiellement entretenu. Vu la faible progression du pouvoir d’achat effectif ces trois dernières années, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à réduire leur épargne (le taux d’épargne est passé de 18 % en 2000 à près de 14 % cette année). Ils ont recours de plus en plus à des crédits à la consommation, accroissant ainsi l’endettement des ménages.

Une situation que mon groupe juge viable à court terme, mais qui, fragile, ne garantit pas les conditions d’une poursuite de cette croissance à long terme. C’est à cette prise de conscience que voudraient contribuer les travaux effectués par le BIPE pour E. Leclerc. Une situation qui exige de nous, professionnels, la continuité, voire le renforcement d’une politique qui doit chercher à améliorer le pouvoir d’achat (par la politique de prix notamment) pour autant qu’on peut y contribuer.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Consommation , Distribution , Economie , Politique , Pouvoir d'achat
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11 septembre 2006

Pouvoir d’achat : Le rationnel et le subjectif

Le 21 septembre, je publierai les dernières estimations de l’évolution du pouvoir d’achat effectif des Français, telle que mesurée par le BIPE (Bureau d’Information et de Prévisions Economiques).

Depuis trois ans, en partenariat avec cet important institut d’études économiques, nous travaillons à partir des données macroéconomiques de l’INSEE, dont nous ne contestons pas la fiabilité, mais que nous affinons en essayant d’intégrer toutes les données objectives qui conditionnent la perception qu’ont les consommateurs de leur pouvoir d’achat réel (Cf. note du 5/07/05 et note du 11/10/05).

L’enjeu est de taille.

1) D’abord, parce que ce sera un thème central de la campagne électorale pour les Présidentielles. Tous les partis politiques se focalisent sur ce thème.

2) Il conditionne le maintien du rythme de la consommation et, de surcroît, celui des bons indices (en tout cas moins mauvais) qui redonnent un peu de couleur à la croissance française.

En attendant la publication de ces nouveaux chiffrages (je rappelle que Thierry Breton parle d’une perspective d’augmentation de 2,4 % alors que la CFTC parle d’une baisse de 0,5 % !!!), je relève ici deux points de vue qu’il faut garder en mémoire si l’on veut comprendre la perception qu’ont les Français de leurs revenus et les comportements qui en découlent (épargne et consommation).

a) La mesure objective du pouvoir d’achat

Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin n’avait pas apprécié nos premières publications BIPE/E. Leclerc. Outre que nous contredisions les perspectives officielles, nous plaidions pour qu’on « revisite » les statistiques nationales en défalquant des revenus l’augmentation des dépenses « contraintes » sur lesquelles le consommateur n’a pas de prise. (A l’époque, Jean-Pierre Raffarin, Francis Mer, puis Renaud Dutreil avaient considéré que nos observations étaient « trop subjectives pour être honnêtes »).

Que disions-nous ? Rien d’autre que ce que Favilla (Les Echos, 30/08/06) résume à son tour : « Le ménage est habitué à mesurer son pouvoir d’achat à ce qui lui reste pour ses dépenses courantes, après prélèvements fiscaux et sociaux. Or, s’y ajoutent depuis quelques années diverses cotisations et abonnements (internet, téléphone portable), nouvelles dépenses contraintes s’ajoutant à l’électricité, au gaz, au loyer, à la mutuelle ».

C’est ainsi. Chaque mois, dans de nombreux foyers, on continue physiquement ou dans la tête à « mettre de côté », outre les sommes destinées aux impôts, les montants correspondant au remboursement des emprunts, des loyers et les sommes affectées au budget énergie (carburant, fuel) et transport. Dans l’esprit des gens, et par nécessité de gestion, ces dépenses sont perçues comme une sorte de deuxième fiscalité.

De fait, ces dernières dépenses augmentent plus vite que l’inflation moyenne. Et c’est ce que reprend aussi à son compte l’Institut National de la Consommation (INC) qui, dans sa livraison de septembre (datée du 29/08/06), estime qu’une fois déduites ces charges, « la hausse du pouvoir d’achat n’est que de 0,9 % ».

Il est étonnant que l’INSEE n’ait pas de lui-même cherché à affiner la présentation de ces indicateurs. Une telle approche d’ailleurs ne lui est pas étrangère puisqu’il publie des statistiques sur le « niveau de vie des Français » qui corroborent assez bien les analyses du BIPE.

Mais c’est la réaction du politique qui me paraît témoigner d’un total aveuglement. Du point de vue des ménages (et donc des électeurs), il est de toute façon contre-productif de vouloir à tout prix s’appuyer sur des statistiques macroéconomiques qui, pour être justes, n’en sont pas moins incompréhensibles et considérées comme irréalistes par chacun. Agiter de bons indices globaux, les brandir comme une victoire (même si c’est le cas), entraînent forcément scepticisme et irritation chez ceux que l’on présente comme « plus riches » mais qui sont peut-être dans le rouge.

A cette distorsion croissante entre la statistique nationale et la comptabilité des foyers s’ajoute une frustration née justement de l’accroissement des dépenses contraintes.

- Les économistes ont certes raison : une grande partie de ces dépenses sont des consommations qui, en théorie, participent de l’accroissement du niveau de vie des Français. Et pour ainsi dire, même les cotisations-retraite constituent une forme de consommation différée…

- Mais…comme le dit encore très bien Favilla : « Au sein de l’enveloppe des pouvoirs d’achat, l’accroissement et l’espace de ces charges (contraintes) réduisent…ceux des libres dépenses et…subjectivement de la liberté ». Le BIPE estime qu’elles représentent plus d’un tiers du revenu consommé.

b) Pouvoir d’achat, vouloir d’achat et niveau de vie

L’autre idée, c’est celle que développe Olivier Dauvers dans sa « Tribune Grande Conso » (n° 33, septembre). Je cite : « La perception du pouvoir d’achat dépend tout autant de la froide réalité du budget familial que du « vouloir d’achat ».

On aborde là l’aspect subjectif du problème.

Oui, les Français consomment plus. En fait, ils n’ont d’ailleurs jamais autant consommé. Question : comment concilier cette boulimie d’achats avec cette notion de stagnation du pouvoir d’achat !

Outre l’explication précédente, objective (les dépenses de transport ou de fuel constituent bien « une consommation »), l’explication tient à la distorsion entre deux courbes qui s’éloignent : celle de la capacité d’achat et celle de l’accroissement (de l’accélération de l’offre) de produits achetables.

Nous sommes passés d’une économie de la demande à une économie de l’offre dont les produits ont des valeurs unitaires sans commune mesure avec la valeur des biens vendus dans les années 60/70. Hier, on arbitrait dans les foyers entre « manger à la maison » ou « aller au restaurant ». Aujourd’hui, on parle de choisir entre « 15 jours au ski » ou « acheter un écran plat ». En quinze ans, les Français n’ont pas eu le temps de s’apercevoir combien ils ont radicalement changé leur mode de consommation. Et le coût réel de celle-ci.

Olivier Dauvers donne cet exemple : « En 18 mois, le prix des écrans plasma a été divisé par deux : de 3 000 à 1 500 €… C’est certes une extraordinaire déflation…mais c’est encore…1,5 fois le Smic ». Alors dit O. Dauvers, le marché des nouveaux écrans « se démocratise » peut-être. Il fait naître une envie d’achat, mais il faut évidemment beaucoup plus de pouvoir d’achat pour acheter cet article qu’il n’en fallait pour acheter une TV ordinaire.

Les exemples abondent en ce sens (deuxième voiture, scooter, lecteur DVD, GPS, deuxième ordinateur, téléphones mobiles, etc.) qui plombent la facture mensuelle à coups d’abonnements, de prélèvements automatiques, et en remboursement d’emprunts. Quand dans les médias ou sur les pubs, tous ces produits sont présentés finalement d’une manière assez banalisée, on finit par le croire même quand on n’a pas vraiment les moyens de les acquérir. (C’est une des raisons d’une recrudescence de l’endettement des ménages). Ca soutient la consommation, mais entretient aussi l’anxiété quand viennent les échéances.

Conclusion :
Ne nous faisons donc pas d’illusion. La querelle sur le pouvoir d’achat va être l’objet d’une âpre surenchère, dans le contexte de la rentrée sociale, mais probablement plus encore dans la perspective des élections présidentielles.

Mais au-delà de cet impact de court terme, il va falloir compter sur la permanence (bien au-delà des échéances électorales) du divorce entre les statistiques et les frustrations des Français.

C’est autant une leçon de philosophie que de politique. Il faut s’attaquer à la pauvreté, et à l’amélioration du pouvoir d’achat (par les revenus, les transferts sociaux et les prix). Mais si l’on veut durablement s’attaquer aux tensions liées aux frustrations de la société de consommation, il faut réfléchir à un mode de vie qui suscite d’autres espérances, d’autres projets qu’un matérialisme fondé sur la seule quête de l’avoir et l’accumulation. (Question subsidiaire : le système peut-il survivre à cette alternative… Voilà de quoi interroger nos présidentiables).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat
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5 septembre 2006

Les prix dans la distribution : bons indices globaux, bonne performance d’enseigne

Les Français sont toujours fâchés avec l’inflation. Et l’indice INSEE ne les satisfait pas. Normal : depuis le passage à l’euro, pas facile d’avoir des bons repères. L’appréciation du renchérissement des achats dépend tout autant du niveau de pouvoir d’achat que de la perception des variations de prix spécifiques mais très emblématiques et mémorisables (ticket de métro, carburant, loyer…).

L’analyse objective des relevés de prix dans les magasins dédouane la grande distribution, et notre enseigne en particulier, de l’accusation traditionnelle selon laquelle c’est aux hypers qu’on doit la dérive des étiquettes.

1) Depuis plusieurs années, réunis au sein d’une association internationale ECR (Efficient Consumer Response), des industriels et des distributeurs élaborent un indice (Infoscan alimentaire) qui analyse l’évolution des articles de marque dans les hypers et supers.

La dernière livraison de cet indice (août) permet de constater :

a) L’effet positif des accords Sarkozy (juillet 2004) avec une baisse de 1,74 % constatée au 1er janvier 2005 versus six mois avant.

b) La prolongation d’un effet Sarkozy jusqu’au 1er janvier 2006, date d’application de la réforme Dutreil.

c) L’effet bénéfique de la réforme Dutreil au 1er juillet 2006. Malgré l’inflation générale, les prix restent à un niveau plus bas que celui constaté en juin 2004.

Déflation du prix de la demande depuis juin 2004

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Incontestablement, il y a eu des hausses dans les hypers. Mais la réforme de la loi Galland a tempéré les effets des hausses de tarif des fournisseurs en permettant aux distributeurs de répercuter une partie des marges arrière et en réactivant la concurrence entre enseignes sur les prix, ce qui n’était pas possible précédemment.

2) Panel International poursuit, lui aussi, la publication (destinée aux professionnels) de ses indices Opus sur les produits majeurs (grandes marques) et sur un panier exhaustif portant sur plusieurs milliers d’articles (tous rayons confondus). Le tableau ci-dessous confirme :

a) La baisse tendancielle des prix sur les grandes marques, tous magasins hypers et supers confondus.

b) Et excusez du cocorico, la baisse plus spectaculaire encore des magasins à notre enseigne.

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Si l’on rentre dans le détail de ces relevés, on s’aperçoit que dans presque tous les rayons PGC, les prix ont été sages (évolution de juin 2005 à juin 2006 en pourcentage)

Produits majeurs (presque 5 000 articles)

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3) Repris par le mensuel « Capital » qui titrait, en septembre, sur la guerre des prix dans la grande distribution, l’indice du mensuel « Linéaires » confirme que la réforme Dutreil commence à produire ses effets en permettant aux enseignes d’adopter des stratégies différenciées.

Bien sûr, l’indice de Linéaires est un indice très partiel qui porte sur un nombre limité d’articles. Mais lorsque j’avais lancé la première version de notre comparateur de prix « quiestlemoinscher.com », on m’avait objecté la performance de Carrefour dans cet indice. Il m’est donc agréable de faire remarquer que :

a) Leclerc, dans cette nouvelle version, est l’enseigne qui a le plus baissé ses prix (2,8 %) au premier semestre ;

b) Leclerc est bien sûr l’enseigne la moins chère.

c) Les écarts de prix entre enseignes se sont creusés : 9,45 % entre Leclerc et Casino et 12 % entre Leclerc et Monoprix.

Lors du lancement de notre comparateur, nos concurrents avaient objecté que nous ne fournissions pas la liste des produits relevés. Malicieusement, je me permets aussi de faire remarquer que Linéaires ne publie pas non plus sa liste. Ce sur quoi insiste élégamment Florent Vacheret, son rédacteur en chef !!!

J’insiste, si ces indices dédouanent la grande distribution, et au premier chef notre enseigne, de toute responsabilité dans les dérapages de prix observés en cette rentrée dans d’autres secteurs (énergie, transports, produits techniques notamment), ils n’enlèveront pas aux consommateurs l’idée que « tout augmente ». D’abord parce que c’est vrai, même si c’est dans une mesure variable. Mais surtout, parce que cette perception renvoie plus globalement à celle du pouvoir d’achat, prosaïquement défini comme « le pouvoir de dépenser avec ce qu’on a ». Et de ce point de vue, il y a beaucoup à dire sur l’optimisme caricatural dont ont fait preuve récemment les pouvoirs publics, et dans une certaine mesure, les médias.

On en reparle très rapidement.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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31 août 2006

Le prix de la rentrée scolaire : bonnes et mauvaises querelles

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Comme chaque année, beaucoup d’articles commentent le coût de la rentrée scolaire. Et, à cette occasion, nous avons toujours droit au même débat, incriminant les commerçants, sur la base d’indices qui, sans être contradictoires, alimentent vrais et faux débats.

Je conviens qu’en cette période difficile pour le pouvoir d’achat, les familles ont bien des motifs de récrimination. Mais en 2006, les prix ont été sages. A vouloir tout focaliser sur le prix des seules fournitures scolaires, on oublie bien des dérives dont les familles et les institutions scolaires sont responsables.

1) Le poids global des dépenses scolaires

C’est une dépense lourde. Même dans un pays où l’éducation publique revendique sa gratuité, la rentrée scolaire coûte cher. De 45,20 € en maternelle à 793,54 € en seconde technologique, selon les estimations de la CSF (Confédération Syndicale des Familles).

a) Selon les modes de calcul, le coût moyen d’entrée en sixième se décompose comme suit :

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b) Si l’on fouille dans toutes les dépenses annexes, l’accroissement des débours est encore plus impressionnant.

Dans son édition du 30/08, le journal Var Matin donnait ces quelques estimations :

- 4 € 2 photos d’identité
- 7,5 € Télécarte 50 unités
- 20 à 50 € Certificats médicaux
- 60 à 180 € Inscriptions activités sportives

Aux célibataires, tout cela paraîtra anecdotique. Pour un couple ayant deux enfants scolarisés en banlieue ou en province, ces dépenses annexes peuvent représenter, carte de transport incluse, 200 à 600 € supplémentaires, sans luxe excessif.

2) La responsabilité des acteurs économiques dans le coût de la rentrée scolaire

Si l’on isole de ces dépenses globales le prix des seules fournitures scolaires, les 202,71 € dépensés en magasin se décomposent comme suit (source FFF) :

- Vêtements de sport 58,06 €
- Papeterie 49,76 €
- Cartable , calculatrice, trousse 94,89 €

a) Evolution des prix

Si l’on en croit les associations de consommateurs, l’inflation sur ces articles aura été de 1,51 % selon la CSF et de 0,31 % pour la FFF.

Personne ne peut nier cette évidence : la concurrence a joué à plein et les prix sont restés sages, malgré l’augmentation de l’énergie qui a incontestablement renchérie le prix du papier.

b) Les prix auraient plus augmenté en hyper ?

Je n’en crois rien. Toutes les données professionnelles dont je dispose démontrent qu’au contraire, les prix ont baissé dans nos rayons. Mais…admettons !!! D’où tire-t-on qu’il faille se focaliser sur le taux d’augmentation plutôt que sur le niveau des prix lui-même. Je reprends les statistiques de la FFF et je constate que le « panier » est le suivant :

- Magasins spécialisés (Virgin, Fnac) 270,06 €
- Hypers 182,66 €

88 euros d’écart, soit plus de 32 % moins cher en hyper.

Ces chiffres devraient suffire à faire taire bien des commentaires qui, à défaut d’être fondés, vont finir, croyez-moi, par démotiver nos acheteurs et chefs de rayon qui ont sacrément bien travaillé cette année.

3) Trois pistes pour optimiser la dépense

Gros poste de dépenses, mais relative sagesse des prix : si l’on veut bien accepter ce constat et arrêter de faire porter aux commerçants la seule responsabilité des dérives, je retiens des débats actuels trois pistes d’amélioration.

a) Responsabilité des directeurs d’école

Sur Europe 1, il y a déjà une semaine, j’entendais des parents d’élèves pester contre d’impossibles listes d’articles à se procurer en magasin, comme toutes ces calculettes très chères…alors que bien des modèles, de prix inférieur, suffiraient. Les directeurs d’école en convenaient. Peut-être serait-il plus efficace que les parents d’élèves s’organisent, discutent avec les professeurs et ne considèrent plus comme obligatoires ou non négociables ces listes qui ne devraient servir que de repères. (Pour cela, il est vrai, il faudrait encore que les établissements fassent parvenir ces listes avant les vacances et non la veille de la rentrée !!!)

b) Responsabilité des familles

A la télé, dans les magazines, sur les rayons, la pub racole pour les produits de marque, les produits les plus chers. L’offre est tentante. Mais est-ce bien aux distributeurs qu’il appartient de limiter ou de censurer leur offre ? Leur métier, au contraire, ne consiste-t-il pas à assurer le choix et à laisser les familles arbitrer ?

L’argument selon lequel les parents sont nécessairement débordés par leurs enfants me paraît grotesque. Il existe aujourd’hui des produits à marque de distributeur ou des marques industrielles toute simples qui sont 30 à 60 % moins chères que les produits sous licence. Faites vos choix. Les parents qui ont acheté des cartables ou des trousses Von Dutch, Chipie, Airness, Kanabeach…and co, éprouvent peut-être quelques frustrations ex-post, mais ils ne sont pas forcément les mieux placés pour réclamer une augmentation des allocations scolaires.

c) Les allocations

Cette année, trois millions de ménages modestes vont toucher une aide de 268 € par enfant de 6 à 18 ans. On peut faire la fine bouche. « Ca ne coûte pas cher de réclamer plus ». Mais, objectivement, si on compare ce chiffre avec le coût moyen global précédemment évoqué, c’est tout de même une belle allocation.

Là où la critique est juste, c’est quand elle dénonce l’uniformité des versements. A juste titre, Henri Joyeux, de la FFF, rappelle que, selon les niveaux de classe, le coût de la rentrée scolaire peut être multiplié par 7 ou 8. La modulation de ces aides apparaît alors comme nécessaire, d’autant qu’il est question de ramener à l’école bien des enfants dont les familles (et pas simplement en banlieue) ont accepté qu’ils s’en soustraient.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 31 août 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat
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12 juin 2006

« quiestlemoinscher.com » : comparateur et publicité comparative ?

Le sujet n’intéresse pas tous les internautes, mais beaucoup me posent des questions, ici ou par mail. Désolé donc pour ceux que le sujet fatigue. Si je ne leur répondais pas, vu l’actualité de mon enseigne, j’aurais l’impression de commettre un délit de fuite. Donc…

Suite au lancement, puis à la fermeture du premier comparateur de cette importance en France, je relève cette question, très fréquemment exprimée : « Pourquoi ne pas confier vos relevés de prix à un comparateur indépendant qui les mettrait en ligne. Pourquoi les enseignes de la grande distribution ne permettraient-elles pas à une association de consommateurs ou aux pouvoirs publics d’effectuer plus objectivement ces comparaisons ? ».

Je réponds bien volontiers à cette demande et j’y réponds avec un a priori favorable, non sans avoir, à cette occasion, insisté sur une confusion qui conduit les consommateurs à raisonner « site comparateur » alors qu’il s’agit de « publicité comparative ».

1) Un site comparateur neutre ?

Je ne demande que cela. En droit comme dans les faits, rien ne me paraît faire obstacle à une initiative de ce type. C’est d’ailleurs ce que fait modestement l’UFC-Que Choisir. La limite de l’exercice est cependant évidente. Pour être crédible, un tel site devrait disposer de moyens financiers et informatiques bien supérieurs.

Rien n’empêche non plus les pouvoirs publics de s’y atteler. La DGCCRF dispose d’un réseau de vérificateurs et de techniciens compétents.

Ces deux types « d’observateurs » ont l’avantage d’offrir une certaine garantie d’objectivité. Pour autant, toutes les questions qui nous ont été posées la semaine dernière, resteraient pertinentes. Ces « comparateurs » ne pourraient s’exonérer d’une méthodologie et d’une recherche de représentativité dont la mise en œuvre passe aussi par des choix subjectifs, des partis pris et des compromis. Si l’on veut éviter une instrumentalisation politique, par exemple, telle que l’influence d’un syndicat (association de consommateurs) ou du gouvernement (la DGCCRF est un outil dans ses mains !), il faudra bien justifier d’exigences éthiques et professionnelles qui, dans les sites actuels, font totalement défaut. Ni le site de Que Choisir, ni celui du Ministère des Finances ne publient leur méthodologie, leur liste de prix, ni un échantillon représentatif d’un quelconque panier ou d’une offre spécifiée.

Il y a aussi les comparateurs privés, type « kelkoo.com », « meilleurtaux.com », etc. Pourquoi pas ? Ils ont des moyens financiers (la pub des annonceurs). Reste que les infos émanant des comparateurs privés sont souvent « façonnées » par les fournisseurs eux-mêmes, sans que le public ne sache réellement s’il s’agit d’un « référencement payant » ou d’une préconisation objective et non rémunérée.

Bref, je suis plutôt d’accord avec ceux qui souhaitent que ce genre d’infos soient proposées par les associations de consommateurs. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas, ou alors dans des formats trop limités. Voilà pourquoi je me suis intéressé à passer par les voies offertes par la législation sur la pub comparative.

2) L’intérêt et les limites de la pub comparative

Puisque E. Leclerc n’est pas un simple observateur objectif et qu’il ne peut « nourrir un comparateur neutre », toute tentative de prouver sa performance passe par le seul cadre possible, la pub comparative.

C’est un cadre très restrictif. La législation est européenne, mais en France, les tribunaux restent campés sur des interprétations très strictes (trop) qui, de fait, empêchent cette forme de communication de se développer. C’est d’ailleurs sur cette base que nous avons dû fermer le site. Nous en reparlerons.

Mais si j’insiste sur ce point, c’est pour rappeler que si elle se doit d’être loyale et vérifiable, une publicité comparative n’a pas à être neutre. Sinon ce ne serait pas une publicité.

Quand, dans ses essais comparatifs, la Fnac faisait valoir les avantages des produits dont elle s’assurait l’exclusivité de la vente, elle ne pipait aucunement les dés. Elle faisait de la pub, tout en véhiculant une information qu’elle estimait objective et intéressante. Idem pour les pétroliers quand ils vantent les vertus comparées de leurs carburants additivés versus les carburants normalisés. Les pétroliers ont choisi eux-mêmes le terrain de leur comparaison, la qualité du produit, plutôt que les prix (ce qui serait à leur désavantage).

La directive européenne 84/450 a procédé à une harmonisation des conditions d’utilisation de la publicité comparative dans les états membres. La Cour de Justice européenne précise que « le choix du nombre de comparaisons auxquelles l’annonceur souhaite procéder entre les produits qu’il offre et ceux qu’offrent ses concurrents relève de l’exercice de sa liberté économique » ((arrêt PippigAugenoptik du 8/04/2003). Le fait de choisir un angle spécifique de comparaison n’est pas illicite, ni répréhensible.

Je conclus donc : Oui, l’idéal serait l’existence d’un site comparateur neutre, balayant l’offre la plus large possible. Je n’empêche personne de s’y atteler. Je veux bien y contribuer.

En attendant cette initiative, et en l’absence de celle-ci, je ne fais que revendiquer le droit d’effectuer une publicité comparative de prix. Qu’on m’oppose le rempart d’une éthique et d’une méthodologie, oui ! Qu’on m’oppose des conditions qui rendent l’exercice techniquement ou difficilement réalisable, c’est de l’hypocrisie.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 juin 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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2 juin 2006

« quiestlemoinscher.com » : réponses aux détracteurs et pistes d’amélioration !

Deux millions de pages consultées en un peu plus d’une semaine, des encouragements, des suggestions par centaines et des critiques aussi…

Evidemment, les critiques les plus vives sont venues des concurrents. Mais, paradoxalement aussi, d’organisations qui, pionnières dans la constitution de ce genre d’indice, s’interrogent sur la légitimité de notre démarche et déplorent probablement aussi la perte d’une forme d’exclusivité. Curieuse réaction pourtant que la leur.

Des associations de consommateurs (dont nous ne contestons pas le rôle) nous reprochent un manque de transparence, une absence de méthodologie…alors qu’elles-mêmes s’en sont toujours exonérées. Qu’on en juge : elles contestent la représentativité de nos relevés (qui portent sur 3 500 produits) alors que leurs propres indices n’en contiennent qu’une centaine. Elles contestent un projet de publication trimestrielle dont nous souhaitons augmenter la fréquence, alors qu’elles n’éditent leur indice qu’une fois par an.

Nos concurrents nous reprochent d’avoir inclus dans les indices une part importante de marques de distributeur et de premiers prix. Ils investissent eux-mêmes des millions en publicité pour promouvoir ces marques et dire qu’elles sont moins chères. Pourquoi faudrait-il les éliminer de la comparaison ? Ils prétendent que les premiers prix ne sont pas comparables, mais nous reprochent aussitôt l’absence de comparaison avec les hard-discounters qui pourtant vendent principalement des premiers prix. Cherchez l’erreur !

Il faut relativiser ces polémiques. La publication de cet indicateur, le premier de cette importance en France, a pris de court les pouvoirs publics, les organisations de consommateurs et les professionnels. A défaut de relever le défi, certains concurrents n’auront d’autre riposte que le dénigrement ! C’est gênant, ça jette le trouble, lève des doutes. Mais tant pis. Notre démarche est durable. La méthode s’enrichira des nombreuses suggestions. On réparera les erreurs, on communiquera plus clairement sur la méthodologie, et pour autant que la technologie et la déontologie le permettront, nous multiplierons les initiatives pour répondre aux différentes attentes.

Pour l’heure, il nous faut commencer à répondre à un certain nombre de questions, exprimées sur ce blog, dans la boîte aux lettres du site « quiestlemoinscher.com », ou encore dans la presse (Le Monde du 31/05/06).

Question 1 : Est-ce E. Leclerc qui effectue les relevés de prix ?

Réponse : Non. Les relevés de prix sont effectués par un panéliste réputé, Panel International. Par vagues successives, cette société mobilise 200 à 300 enquêteurs qui visitent 1 500 à 2 000 magasins de 17 enseignes pour relever les prix de 200 000 articles (20 à 28 millions d’observations).

Question 2 : Est-ce E. Leclerc qui passe commande. Qu’est-ce qui garantit le sérieux des relevés ?

Réponse : Toutes les données sont collectées par le panéliste qui en revend certaines aux industriels et d’autres aux distributeurs contractants. C’est ce qui explique qu’aucun concurrent ne conteste véritablement la qualité des relevés. Ils les achètent pour la plupart et s’en servent, depuis des années, pour étalonner leur propre performance. Nous n’avons fait qu’utiliser ces données préexistantes, dont le sérieux n’a jusqu’à maintenant jamais été remis en cause.

Question 3 : Le panéliste (Cf. Le Monde du 31/05) se défend d’être responsable du périmètre produits choisi par E. Leclerc pour calculer les indices

Réponse : Ce point est totalement exact. La société Panel « se contente » d’être un fournisseur de données. Pour préserver son indépendance vis-à-vis des distributeurs, cette société n’intervient pas dans l’exploitation des résultats. Chacun de ses clients peut demander que les relevés de prix soient classés, traités ou présentés par catégorie, par site, partiellement ou exhaustivement au gré des besoins… C’est bien nous qui avons choisi de présenter les résultats sous forme d’écarts indiciels. Mais c’est Panel qui garantit la qualité des relevés de prix.

Le Panel envoie ses enquêteurs relever les prix de façon exhaustive. Compte tenu des différences de taille de magasins, des politiques d’assortiment, des ruptures, il en ressort une liste forcément plus limitée d’articles comparables détenus par chaque enseigne. Les indices publiés ne sont donc pas le fruit du hasard ou d’une quelconque manipulation. Les articles de grandes marques sont ceux qui sont le plus détenus dans les grandes surfaces. Idem pour les produits de marques de distributeur, dont le panéliste effectue les relevés en évinçant par avance les produits techniquement non comparables.

Question 4 : Vous ne communiquez pas sur la liste des 3 500 articles constituant votre panier ?

Réponse : Si l’on veut que les relevés de prix se déroulent de façon non discutable, une condition essentielle est que nos magasins, pas plus que les concurrents, ne soient pas informés par avance de la liste des produits relevés, ni de la période de réalisation du relevé. C’est le panéliste qui assure cette objectivité en décidant, à l’intérieur d’une même période, l’ordre des passages en magasin. Les relevés, sur une même zone, sont effectués la même semaine.

Je comprends la frustration sincère de consommateurs qui auraient aimé pouvoir visualiser les articles dont on parle « derrière les indices ». Nous étudions cette question. Il est pratiquement inenvisageable, pour des raisons techniques, de publier le classement de plus de 20 millions d’observations par article, par enseigne et par zone. Aucun comparateur de cette dimension n’existe sur le marché. Et même les indices partiels (Ministère des Finances, Que Choisir, Linéaires) ne le font pas. En revanche, il est techniquement possible, même si c’est une opération lourde, de publier une liste de la plupart des articles faisant l’objet de ces relevés. Le travail est en cours.

Qu’on me permette de rétorquer à nos détracteurs que les organisations de consommateurs se sont elles-mêmes exonérées de cette transparence (aucune liste publiée, ni justification de la composition du panier d’articles). Ceux qui nous reprochent un manque de méthodologie n’ont jamais publié la leur !

Ne soyons donc pas naïfs. Si on nous le réclame, c’est certainement aussi pour accroître les coûts et les difficultés techniques qui apparaîtront immanquablement.

Question 5 : Des doutes ont été émis sur la représentativité du panier d’articles relevés dans l’indice. Et notamment, la pondération entre les grandes marques et les marques de distributeur est contestée par vos concurrents.

Réponse : Notre indice n’est pas un indice de cherté. Nous n’avons jamais prétendu qu’il était représentatif d’un panier d’achats. Si l’INSEE, le CREDOC, etc., utilisent des indicateurs globaux de ce type, il n’en existe pas qui se réfèrent à des observations concrètes au niveau d’une zone de chalandise, ni même d’une enseigne.

Nous nous sommes placés d’un point de vue purement professionnel et avons comparé notre offre avec celle de nos concurrents. L’offre de la plupart des enseignes est composée de grandes marques, de marques de distributeur et de premiers prix. Cette segmentation correspond au choix proposé par chaque enseigne aux consommateurs.

Notre souhait a toujours été d’approcher une certaine forme d’exhaustivité, en tout cas de couvrir une comparaison très large d’articles.

Question 6 : Vos concurrents considèrent qu’un indice exhaustif fait la part belle à E. Leclerc.

Réponse : Absolument. C’est justement notre thèse. Certains concurrents ne sont performants que sur les prix d’appel (technique, dénoncée par les organisations de consommateurs, dite de « l’îlot de pertes dans l’océan de profits »). Et le temps d’une promotion ou d’un anniversaire, toutes les enseignes peuvent prétendre être les moins chères dans un indice limité à quelques centaines d’articles. Mais si l’on compare une offre plus large, notre enseigne est depuis toujours la moins chère, quelles que soient les publications des panélistes. Je défie quiconque de publier un relevé de cette importance qui infirme ce propos.

Question 7 : Des distributeurs estiment que la part accordée aux MDD est trop forte et qu’elle favorise E. Leclerc

Réponse : Au nom de quel principe méthodologique ? Quel pourcentage aurait-il fallu retenir pour comparer plus « honnêtement » nos offres respectives ? Aurions-nous dû attendre que tel distributeur, en retard sur le déploiement de ses gammes premiers prix, ait atteint notre niveau ? Cette polémique n’a aucun sens, d’autant que le consommateur compare ce qu’on lui présente.

Les observateurs retiendront qu’à travers cette critique, nos concurrents reconnaissent implicitement que nos MDD sont moins chères.

Question 8 : Comment pouvez-vous comparer des produits de marques de distributeur ?

Réponse : La comparaison des produits MDD est une pratique habituelle des distributeurs dans l’univers GSA. La méthode employée par les panélistes suit des règles partagées par la profession : seules les références dont la description produit (quels ingrédients, selon quels pourcentages, etc.) et le grammage (plus ou moins 5 %) sont identiques, ont été comparées. Certains distributeurs le contesteraient après publication de nos indices ? Pourtant, je le répète, cela fait des années qu’ils achètent aux panélistes tous ces relevés de prix dont ils n’ont jamais contesté la méthodologie.

Question 9 : Pourquoi ne vous comparez-vous pas aux hard-discounters ? Avez-vous peur de leur politique de prix ?

Réponse : Si le hard-discount ne figure pas dans cette première livraison du comparateur, c’est par souci de méthodologie. Et de déontologie aussi. Mais nous allons essayer de résoudre le problème.

Par choix, et compte tenu de leur surface, les HD proposent un nombre très limité d’articles : selon les enseignes, entre 500 et 1 200 références. Puisque nous poursuivions l’objectif d’établir une comparaison la plus large possible, l’introduction du HD dans le comparateur aurait fait passer l’offre comparable de 3 500 articles à 320/330 articles en moyenne. Nous serions alors tombés dans le travers que nous dénoncions avec les indices trop partiels.

Quant au procès qui nous est fait sur le niveau de prix, je renvoie aux comparaisons nationales que nous avons postées dans la note méthodologique du site « quiestlemoinscher.com ». Les premiers prix de nos enseignes sont 16 à 31 % moins chers qu’en HD. C’est bien par déontologie et pour tenir compte des problèmes précédemment évoqués que nous n’avons pas voulu altérer cette première édition du comparateur en incluant le HD. Mais nous y travaillons.

Question 10 : Les zones de chalandise : des consommateurs ne comprennent pas le découpage, ni l’absence, dans le comparateur, d’enseignes qui leur sont plus accessibles que celles qui ont été parfois retenues

Réponse : D’abord, il faut le reconnaître, il y a eu des erreurs : une vingtaine environ sur les 2 000 magasins comparés. C’est en cours de rectification.
Mais, c’est vrai, la méthodologie mérite d’être expliquée pour lever certaines incompréhensions.
- La couverture nationale : On nous reproche de ne pas avoir couvert toutes les zones, ni toutes les enseignes. La remarque est juste. Mais c’est normal. Puisque nous avions choisi d’étalonner la performance des E. Leclerc, nous ne pouvions nous comparer aux autres dans les régions où nous ne sommes pas implantés.
- La couverture locale : Les consommateurs déterminent leur propre zone de chalandise à partir de leur domicile. Il n’est pas possible, vu leur nombre, de procéder de la sorte. Les experts du Panel ont déterminé des zones autour de nos magasins en fonction des temps de circulation (principe des zones isochrones). Au sein de ces zones, les principaux concurrents les plus proches ont été identifiés avec, chaque fois que cela a été possible, trois concurrents minimum et sept maximum. Nous avons ainsi construit 500 zones de comparaison autour de nos magasins.

Question 11 : Certains concurrents prétendent que vous avez sciemment évincé des enseignes performantes et choisi des petits magasins moins performants (Le Monde cite des magasins de 300 m²)

Réponse : Pur mensonge : le panéliste, dans sa méthode, n’a retenu que les concurrents d’une taille supérieure ou égale à 800 m² pour pouvoir quand même citer des enseignes de supermarchés. Pour les prochaines éditions, nous relèverons ce seuil à 1 200 m². Mais attention, si, dans les villes moyennes où nous sommes implantés, nous ne retenions pas les Intermarché, Champion, Atac ou Système U qui sont souvent nos principaux concurrents, on nous accuserait, à l’inverse, de ne pas les avoir retenus malgré leur taille.

Question 12 : Peut-on se contenter d’un indice trimestriel alors que les prix de certains produits changent pratiquement tous les jours ?

Réponse : C’est effectivement la limite de la démarche. Comme tous les autres indices actuellement publiés, le site « quiestlemoinscher.com » ne représente qu’une « photo » à un instant donné. La plupart des autres indices sont annuels. Le nôtre est, pour le moment, trimestriel, parce que tributaire des organismes qui effectuent les relevés. Mais c’est déjà un plus.
Nous nous sommes engagés dans une démarche de progrès. Outre l’intégration de nombreuses suggestions, nous réfléchissons à une fréquence de mise à jour plus adaptée aux besoins réels des consommateurs. Nous y travaillons.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 juin 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat
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24 mai 2006

« quiestlemoinscher.com » : ça jase dans le métier…non sans contradiction !

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Je répondrai, en début de semaine prochaine, à toutes les critiques et suggestions qui ont été émises concernant le site « quiestlemoinscher.com ». Une telle initiative ne peut que susciter débat, voire polémique. Je n’en attendais pas moins.

Mais avant de me mettre au vert pour ce pont de l’Ascension (j’aurai l’œil et le bon rivé sur notre blog), je voudrais, avec un brin d’humour, interpeller deux de mes interlocuteurs.

Normal que des concurrents disent leur irritation et cherchent la parade ! J’en aurais fait autant et ne sous-estime pas leur capacité à réagir !

Si les dirigeants d’Intermarché ont plutôt pris la chose avec fair-play, les commentaires ont été plus acerbes du côté des enseignes Carrefour et Champion. Je ne doute pas que, sur le terrain, leur réaction sera terrible ! Mais l’argument émis par Monsieur Yraeta, Directeur France, aurait pu être plus pertinent. Comme nous l’a fait remarquer l’un des internautes (camille, 23/05/06), comment peut-on se référer à l’indice « Linéaires » qui compare 149 articles pour affirmer être le moins cher…et reprocher à E. Leclerc de ne relever que…3 500 articles.

Je n’ai jamais prétendu que notre indice correspondait exactement au « panier de la ménagère ». Il n’existe aucun observatoire actuellement capable de fournir ces données comparées. Pour l’heure, notre comparateur est bien celui qui, sur le marché, s’en approche le plus. Et toujours est-il qu’il est bien plus représentatif que les indices partiels (Que Choisir, Linéaires) qui ont servi de supports aux affirmations des enseignes.

J’en profite aussi pour retourner le compliment à la rédaction du mensuel « Linéaires ». Dans sa lettre lineaires.com (23/05/2006), Benoît Merlaud définit «quiestlemoinscher.com » comme un site plein de partis pris !

Parmi les critiques que j’y relève, il y a des choses justes. Il nous faudra y répondre. Mais quand même, il ne faudrait pas prendre les enfants de Landerneau pour des canards sauvages.

- Je veux bien qu’on discute de la pondération du « panier » retenu dans l’indice (j’ai fourni dans mes notes précédentes des classements sur les marques nationales ou sur l’exhaustif qui nous placent toujours en tête).

Mais si notre comparateur souffre de possibles améliorations, qu’on me permette de rappeler qu’il constitue un progrès significatif par rapport à l’indice Linéaires qui ne fait référence à aucune méthodologie : ni du point de vue de la représentativité, ni de la pondération, ni de la fréquence (une fois par an !). C’était une bonne initiative, d’ailleurs stimulante…mais tout de même, reconnaissez-le, amis de Linéaires, sans « aucune comparaison » avec la représentativité de notre outil, fût-il améliorable !!!

- J’imagine que Que Choisir, comme Linéaires, aura à cœur de vouloir « démonter » la méthodologie de « quiestlemoinscher.com ». Même remarque. L’indice Que Choisir est utile, il nous booste, même s’il nous donne des boutons parfois. Mais s’il vous plaît, évitons la défense des prés carrés.


J’aimerais insister sur ce point capital : si l’on persiste à opposer des indices partiels à la volonté d’effectuer des comparaisons plus exhaustives, et si l’on continue de faire croire à la pertinence d’un relevé de 150 articles, savez-vous ce qu’il adviendra ? Il suffira aux enseignes de « massacrer » un nombre très limité de prix pour rendre plus jolie la « photo » des performances maison. Et ceux qui dénonçaient les pratiques de « l’îlot de pertes dans l’océan de profits » prendraient alors la responsabilité de produire ce même effet déjà trop souvent attribué à la grande distribution !!!!

A suivre donc...

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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16 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : la question des indices

Je poursuis ma réflexion sur la performance affichée des enseignes en matière de prix. Je continue de plaider pour des comparaisons qui portent sur des paniers d’achat réalistes, suffisamment exhaustifs, représentatifs de la consommation des ménages, et non pas pour des indices limités à quelques articles.

Sous ma note du 10 mai, « Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ? », j’ai répondu à Erosoft , sur l’impossibilité d’afficher nominativement chaque enseigne dans le classement effectué par le Panel de Gestion.

Je réponds maintenant à Clément. Ce dernier laisse entendre qu’au fond, ce qui compte ce n’est peut-être pas la performance totale d’une enseigne, mais sa capacité à être moins chère sur « le cœur » de ce qui constitue nos achats quotidiens.

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La société Panel de Gestion à laquelle je faisais référence dans ma note précédente, publie effectivement un indicateur intermédiaire entre ce qu’on peut appeler une liste de « prix d’appel » (100 à 500 articles) et la liste de tous les articles comparables (jusqu’à 15 000 articles). C’est le tableau que j’ai affiché ci-dessus. Panel International classe les enseignes selon leur performance prix sur un groupe d’articles dits « majeurs » (1 500 articles de grande marque principalement).

Cet indice a l’avantage d’être plus « compact » et en apparence plus proche des préoccupations consommateurs. Il n’en reste pas moins insatisfaisant. Il ne reflète pas, même s’il s’en approche, le panier des achats mensuels des foyers français. Par exemple : il n’intègre pas les marques de distributeurs, ni les premiers prix. Je travaille d’ailleurs à la confection d’un indicateur encore plus représentatif. Wait and see…

Mais voyons donc ce qu’il a dans le ventre cet indice majeur du Panel.

On peut constater que notre enseigne est toujours en tête, même si les écarts sont très resserrés entre les quatre premières enseignes. Cela n’a rien d’étonnant puisque les produits de cette liste sont parmi les plus « bagarrés » et souvent vendus en limite légale de seuil de revente à perte.


Ce premier relevé portait sur 3 400 magasins (17 enseignes) en ce début d’année 2006. Panel vient de nous faire parvenir sa dernière enquête du mois d’avril. Je vous livre les résultats. Notre enseigne est toujours première et recommence à creuser l’écart.

Explication : Au premier trimestre, alors que nos concurrents essayaient (avec un certain succès) de reprendre des parts de marché, nos adhérents étaient doublement pénalisés :

- D’abord, j’avais fait passer des consignes très légalistes. Non par souci de moralité. Mais tout simplement parce que notre enseigne était suffisamment dans le collimateur d’une administration omniprésente pour qu’on prenne des risques excessifs en matière pénale.
- Et le risque était d’autant plus grand que nous avions pris le parti de prendre notre temps pour conclure les négociations commerciales annuelles. Nos adhérents ne disposaient pas d’une connaissance complète des conditions d’achat, ni du seuil de revente à perte.

Fin mars, c’était chose faite.

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L’enseigne est maintenant sur les rails. Les adhérents disposent des armes pour se battre. Il faudra probablement attendre encore quelques semaines pour que la perception de la performance recrée un trafic supplémentaire. Mais avec une bonne campagne de publicité (prix bas + ticket), « ça devrait le faire » !


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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10 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ?

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Je ne veux pas transformer ce blog en espace promo pour mon enseigne. Mais suite à mon post du 05/05/06 (« Promos et baisses de prix : le couple infernal ! »), j’ai cru déceler dans certains commentaires un doute sur notre performance en matière de prix.

Eh bien, qu’on se rassure, et que nul n’en doute ! Nous avons toujours été les moins chers, même si, pendant quelques mois, l’écart entre enseignes s’est resserré, du fait notamment des baisses de prix réalisées chez Carrefour, puis Intermarché.

1/ Le comportement des enseignes

Je ne conteste pas la performance de mes concurrents. Et, je ne dis pas que sur tel ou tel article, voire sur quelques centaines d’articles, d’autres enseignes aient pu ponctuellement nous doubler. Sur ces trois derniers mois notamment, Carrefour a été très agressif, surtout dans la moitié Ouest de la France (en région parisienne, cela n’a pas trop bougé !). Les dirigeants de Carrefour n’ont pas fait mystère de vouloir reprendre « à tout prix » des parts de marché. Il se dit que José Luis Duran a donné à ses Directeurs consigne de s’aligner systématiquement sur E. Leclerc (ce qui, excusez du peu, est déjà la première confirmation de notre leadership).

Ce faisant, nos adhérents se sont trouvés dans l’impossibilité légale de suivre leur rival à la baisse, sur nombre d’articles, au moment où la DGCCRF débarquait au Siège et dans les magasins pour faire respecter la loi ! A 75 000 euros d’amende par infraction constatée, il y avait de quoi hésiter.
Intermarché a aussi sorti son artillerie. Les Mousquetaires, indignés par les silences de l’Administration (tout au moins son ambiguïté) n’ont pas pris d’autres précautions, et ont à leur tour surenchéri sur Carrefour. Et considérant qu’ils s’étaient fait avoir en respectant scrupuleusement la légalité, les dirigeants d’Auchan s’y sont mis aussi finalement.

2/ La mesure par les indices partiels

Au total, et si l’on s’en tient à un nombre assez limité d’articles, chacune des enseignes a pu se prévaloir d’être « le moins cher ». Pour faire passer ce discours, elles ont opportunément pu s’appuyer sur la publication d’indices partiels, celui de Linéaires ou de Que Choisir par exemple.

a/ Linéaires a publié mi janvier 2006 un classement corroborant le positionnement de Carrefour à la première place (indice 98,1) suivi de E. Leclerc, Système U et Géant (indice 99) puis Champion et Auchan (indice 99,2).

b/ Que Choisir, dans son numéro de février, a calculé à son tour la valeur du panier moyen dans la distribution, sur à peu près la même période (automne 2005). Dans son palmarès, c’est Auchan qui montait sur le podium, suivi d’Intermarché, puis de Carrefour, Géant et E. Leclerc.

En fait, si ces classements ne sont pas mensongers, ils ne sont pas du tout représentatifs.
L’indice de Linéaires a été établi à partir des prix de 102 produits seulement, relevés dans 179 magasins.
Le panier de référence de Que Choisir se compose de 109 articles seulement, quand bien même les prix sont relevés dans plus d’un millier de grandes surfaces.

Ces indicateurs ont aussi un autre défaut : ils focalisent l’attention sur la composition alimentaire des achats, quand on sait qu’ils représentent, certes un poste important, mais néanmoins décroissant dans les investissements des ménages.
Donc, avec ce type d’indice, Auchan a un jour la médaille, une autre fois, c’est Carrefour ou E. Leclerc, etc.

3/ L’évaluation exhaustive de la performance Prix

Aucun distributeur ne se risquerait à bâtir sa stratégie à partir de ces quelques données ponctuelles. C’est l’indice OPUS de Panel International, qui sert non seulement de référence, mais aussi d’outil d’analyse et de décision pour bon nombre d’enseignes. En tout cas, elles se servent d'indicateurs équivalents.

La Société du Groupe Nielsen, relève par vagues successives, les prix de 18 enseignes de distribution (Atac, Auchan, Carrefour, Cora, Champion, Maxi Coop, Casino, Match, Monoprix/Prisunic, Intermarché, Eco Marché, Système U, Franprix, Shopi, Géant, etc.) dans 3 400 magasins, ce qui permet d’établir une comparaison plus pertinente et reconnue des professionnels.

Je vous livre les deux derniers résultats de ces enquêtes :

a/ Classement effectué au 2ème semestre 2005

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b/ Relevé 1er trimestre 2006

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C’est sur la base de ces indicateurs que j’ai toujours affirmé que mon groupe était le moins cher.

Attention : ce classement est indiciel. Il exprime un rang et une moyenne. Cela n’exclut pas qu’ici ou là, un Leclerc puisse se faire damer le pion par un rival. Dans tout Groupe, il y a des fonceurs et des craintifs. Mais l’indice Opus le prouve, c’est la première catégorie qui est majoritaire dans notre enseigne.
On peut observer aussi que les écarts entre les 3 ou 4 premières enseignes sont limités. C’est encore un effet de « feu » la loi Galland qui ne permettait pas, jusqu’à fin 2005, de beaucoup se différencier. Mais, depuis le 1er avril, les négociations commerciales (version Jacob / Dutreil) permettent aux distributeurs de connaître leur nouveau seuil de revente à perte. De ce fait, il nous est possible de mieux faire.

Je confirme donc l’information publiée dans Linéaires, décidément bien informés (mai 2006). Nos adhérents cherchent à recreuser l’écart, en révisant encore à la baisse plusieurs centaines de prix. A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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3 avril 2006

« Moins cher ou remboursé », un slogan…qu’il faut savoir maîtriser !

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Nouveau président de Carrefour, Jean-Louis Duran serait-il en passe de gagner son pari ? C’est probablement trop tôt pour le dire. Qu’on me permette d’avoir néanmoins l’élégance de saluer, ici, le rebond d’activité enregistré ces derniers mois. Engagé dans un déclin dont elle semblait ne pas savoir sortir, l’enseigne Carrefour retrouve des couleurs… 0,6 % de part de marché dans les PGC, ce n’est pas rien, même si le groupe part de très bas ! Voilà, en tout cas, un résultat qui témoigne :

1) De l’effet positif de la réforme Galland pour laquelle ma propre enseigne a milité. Les distributeurs y trouvent des « marges » de concurrence.
2) De l’élasticité de la demande par rapport aux prix. Carrefour était trop chère. D. Bernard et JL Duran en avaient convenu : quand on baisse les prix, on regagne des parts de marché.

Evidemment, en réaction, les autres enseignes fourbissent leurs armes. Vous vous doutez bien que mon enseigne a programmé quelques répliques. Mais point n’est besoin de tirer toutes les cartouches en même temps, ni de s’aligner systématiquement sur une opération dont Carrefour va devoir elle-même sortir. Sauf à considérer que l’administration lui ait donné un blanc-seing (un passe-droit), elle devrait normalement, dans les jours qui viennent, remonter quelques centaines de prix pour ne plus risquer d'être en dessous du seuil de revente à perte. (La DGCCRF a fait savoir qu’à partir du 1er avril, elle redevenait gendarme).

Pour l’heure et pour conforter une image prix qu’il voudrait plus agressive, le groupe de JL Duran vient de lancer une nouvelle opération de communication : une ligne téléphonique d’alerte sur les prix, ouverte aux consommateurs, et un slogan hérité des campagnes de Darty, du style « Moins cher ou remboursé ».

Bien que spectaculaire, l’initiative n’est pas si risquée qu’il y paraît. La comparaison ne peut porter évidemment sur les marques de distributeur (qui sont exclusives de chaque enseigne). Elle ne peut pas non plus porter facilement sur les produits frais (on objectera les différences de qualité). Si j’en crois Eric Faindt (Ouest France du 31/03/06), directeur d’exploitation Carrefour pour le grand Ouest, le champ de la baisse n’intègrera pas non plus les prix promos : « Nous ne baisserons que s’ils sont aussi en promo chez nous ». L’obligation d’alignement ne portera finalement que sur le prix des grandes marques dont tous les professionnels savent qu’elles seront vendues à peu près partout à prix coûtant, au moins jusqu’en 2007.

Seulement voilà : si Carrefour était vraiment l’enseigne la moins chère, les consommateurs n’auraient aucune raison d’appeler le numéro d’alerte mis en place par le groupe. Or, que nous dit encore Eric Faindt dans cette interview : « Nous avons des centres serveurs à Saint-Etienne et Evry qui reçoivent déjà 10 000 appels au quotidien. Les effectifs ont été renforcés pour répondre aux demandes ».

Ah bon, les consommateurs auraient déjà repéré des milliers d’articles moins chers ailleurs ? Méchamment exploité par les concurrents, ce fait pourrait laisser penser que du slogan à la réalité, il y a encore des efforts à fournir…pour prétendre être l’enseigne la moins chère de France.

Pour ma part, et sous forme d’un clin d’œil confraternel, je dirais tout simplement que la communication autour de cette initiative n’est pas complètement rodée.

Sans rancune ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 avril 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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16 mars 2006

Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

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Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.

Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.

Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.

1) Les éléments de surcoût

a) Les investissements

Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.

Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.

Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.

b) Surcoûts liés à l’exploitation

Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :

- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.

- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).

- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).

c) Le coût des services supplémentaires

Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.

- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…

- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,

- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, ...etc.

Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.

d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.

Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.


2) Le positionnement prix et les écarts

a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.

b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.

Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :

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Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

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c) Les prix boutiques

Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).

Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

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J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.

Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 mars 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Energies , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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11 octobre 2005

Prix du pétrole : impact sur le pouvoir d’achat des ménages en 2005, 2006 ?

Ce matin, à Paris, j’ai présenté à la presse les principaux résultats de mon groupe. Ceux-ci seront évidemment publiés sur le site institutionnel de l’enseigne. En marge, de cette présentation, j’avais fait venir à mes côtés Elisabeth Rocha, Directeur Général du BIPE, dont les économistes sont réputés pour la pertinence de leurs analyses. C’est avec cette équipe que j’étais parti au combat, il y a deux ans, pour remettre en cause l’utilisation des statistiques officielles (INSEE) dans l’appréciation du pouvoir d’achat des Français et de l’inflation.
J’ai pensé intéressant de vous présenter, ici, une synthèse (version très light) réalisée par S. Haincourt, Directeur d’études au BIPE, concernant l’impact du prix du pétrole sur les revenus disponibles des ménages.

1) Contexte et enjeux

La flambée des prix du pétrole n’est plus seulement un problème auquel doivent faire face les industriels, mais également un élément susceptible d’amputer le pouvoir d’achat des ménages français, la consommation de produits énergétiques représentant 6,4 % de leur revenu disponible brut en 2004.

Nombre de produits énergétiques consommés par les ménages sont liés au prix du pétrole :
- directement : le pétrole entrant pour une large part dans la composition du produit ;
- ou indirectement : à travers des mécanismes d’indexation de prix.

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Les carburants routiers, produits raffinés du pétrole, sont étroitement liés au prix du pétrole. Près de 70 % du prix à la pompe est constitué de taxes perçues par l’Etat (56 % pour le gazole). Les variations de prix du pétrole sont directement répercutées sur les prix des carburants, surtout depuis la suppression du mécanisme de TIPP flottante.

La politique tarifaire de GDF dans le cadre du contrat de groupe conclu avec l’Etat implique que les tarifs du gaz naturel aux ménages évoluent en fonction des variations des coûts d’approvisionnement de GDF. La dépendance de la France en ressources gazières impliquant un assujettissement aux cours mondiaux du gaz, eux-mêmes liés aux prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole depuis 2003 inflatera automatiquement la facture des ménages français en 2005, voire 2006.

2) Pétrole : deux scénarios d’évolution des prix sur la période 2005-2006

Le scénario central du BIPE repose sur une décélération marginale du prix du baril en début d’année 2006 et à une stabilisation à 54 $ en fin d’exercice. Dans le contexte actuel de tensions dues à des facteurs autant politiques (Moyen-Orient, Venezuela, Nigeria) que climatiques (Etats-Unis), le BIPE a envisagé un second scénario, dit de « flambée » du prix du baril, correspondant à une hausse continue du prix du pétrole jusqu’à 80 $ à l’horizon 2006.

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…A niveau de consommation de produits énergétiques inchangé, la hausse des prix du pétrole envisagée dans le scénario central pour l’année 2005 enlève mécaniquement 0,4 % de revenu disponible aux ménages, suivi d’un impact neutre en 2006 où le prix du pétrole recule. Dans le scénario de flambée des prix du pétrole, l’impact sur le RDB des ménages français est une amputation de 1 % sur 2005 et 2006 (- 0,6 % en 2005 et – 0,4 % en 2006).

3) Conséquences sur le pouvoir d’achat

…Il faut s’attendre à ce que le pouvoir d’achat effectif du consommateur stagne en 2005 et ce quel que soit le scénario d’inflation du pétrole d’ici la fin de l’année.

Dans le cas d’un « scénario flambée » qui ferait grimper le prix du baril à 80 $ en 2006, on assisterait même à un recul du pouvoir d’achat effectif du consommateur à - 0,5 %.

S. Haincourt, Directeur d’études au BIPE

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat
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5 octobre 2005

Participation et intéressement : L’héritage gaulliste écorné

« Tu quoque, mi fili ! » De son panthéon post-mortem, le Grand Charles n’arrête pas de tonner. Quand ils ne sont pas décédés, les barons historiques du gaullisme se retranchent derrière le mutisme des vieux retraités. Soixante-huitarde, la « jeune garde » cède aux impératifs d’une gestion à court terme, faute d’avoir su élaborer une politique sociale nécessaire au ciment national. On bouche les trous !

La participation ?

C’était l’une des plus intelligentes conquêtes sociales de l’après-68. Elle visait la création d’une communauté d’intérêts « capital-travail ». Ses concepteurs, Capitant, Wallon, rêvaient d’un « pancapitalisme ». Douce utopie, mais bonne initiative. En associant les salariés au résultat de l’entreprise, la participation créait une condition supplémentaire de motivation au travail. Placée dans les quasi fonds propres de la firme, elle en consolidait l’assise financière. Un régime fiscal favorable garantissait et protégeait l’intérêt partagé par les deux parties (salariés et entreprise).

Mais voilà que suite aux décisions du gouvernement précédent, une circulaire d’application va, ce mois-ci, permettre le déblocage exceptionnel des sommes attribuées en 2005 au titre de la participation.

On comprend bien la manœuvre. A défaut d’avoir obtenu une augmentation de revenus, les salariés sont « invités » à puiser dans leur propre réserve, leur épargne. Le tour de passe aura l’apparence d’une augmentation de pouvoir d’achat immédiate. Il permettra de mettre un peu de beurre dans les épinards. N’empêche, c’est un sacré coup de canif dans le dispositif qui prétendait inciter à l’épargne salariale… Sans compter qu’il vient, en plus, perturber le bilan de l’entreprise qui avait « jouer le jeu » de la participation.

L’intéressement ?

Presque toute la presse a titré : « Les entreprises mises à contribution ». Dans le cadre du redressement du gouffre de la sécu, le gouvernement prévoit (entre autres mesures) « l’instauration d’une cotisation patronale maladie de 7,5 % sur les sommes versées aux salariés au titre de l’intéressement » !

Tout est dans le choix des mots : « cotisation patronale » avez-vous dit ? Ouf, je croyais qu’on allait taxer les assurés, je respire… Mais qui donc est à ce point naïf pour gober une chose pareille !

1) En même temps qu’il a prévu le déblocage de la participation, le gouvernement avait prévu que « les entreprises pourront attribuer à leurs salariés une prime exceptionnelle d’intéressement avant le 31/12/05 ». (Jusqu’à 15 % de plus qu’en 2004 !). Et celles qui n’avaient pas d’accord d’intéressement étaient incitées à en négocier (pour offrir 200 euros à leurs salariés à ce titre !).
On peut discuter du dispositif, de la faiblesse des montants…mais avec le versement de ce bonus financier, on restait bien dans la philosophie gaulliste.

2) Et puis, pschitt ! Avant même la réalisation du projet, on annonce la sur-taxation des sommes versées au titre de l’intéressement. Mais c’est débile ! Vous me direz que ce sont les entreprises qui paieront. Oui, bien sûr, mais avec quel argent ? …Justement, celui qui aurait pu nourrir les primes d’intéressement !

Tout cela est digne de Gribouille. Le Grand Charles a raison de s’esbaudir. On nage dans les petites manœuvres comptables.

Du coup, vous comprenez le peu de crédit accordé à nos dirigeants quand ils prétendent développer des fonds de pension en France. Ils ne sont déjà pas capables de tenir la ligne sur la participation et l’intéressement, alors…« l’actionnariat populaire, outil et fer de lance du patriotisme salarial français »…on n’est pas prêt d’en voir le jour !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat
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16 septembre 2005

Prix des carburants : bruits et chuchotements…

D’abord, mille pardons à tous ceux auxquels je dois des réponses. J’ai conscience d’être très en retard. Je m’en occupe samedi et dimanche, et garantis que tout sera en ligne, lundi soir…

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Photo : Eric Feferberg / AFP

Branle-bas de combat depuis deux ou trois jours. Thierry Breton a convoqué tous les acteurs de la filière pour obtenir d'eux « une série de propositions qui permettent de limiter les effets de la hausse ». La rencontre devait avoir lieu ce matin à 10 heures. Elle est reportée à 16 heures. Personnellement, je ne pourrai pas y être. (Je serai à La Rochelle pour « baptiser » le bateau de Corentin Douguet qui va se lancer sous nos couleurs, dimanche 17 à 17h17, dans la Transat 6.50.)

Néanmoins, j’ai suivi, avec mes équipes, toutes les réunions préparatoires.

En gros, le Ministre a senti les limites des menaces proférées à l’encontre des compagnies pétrolières. Une taxe ? Pourquoi pas. Encore faudrait-il qu’elles paient déjà leurs impôts en France. Et puis surtout, il y a un côté complètement incongru dans cette histoire. L’Etat a privatisé Total, perdant ainsi le moyen d’intervenir dans la politique pétrolière. (Le discours fumeux sur le patriotisme économique et la défense des actifs stratégiques en prend un sacré coup !). Et pour ma part, je pense que la priorité aujourd’hui, c’est d’abord de négocier, avec les compagnies, la sécurité de l’approvisionnement futur de la France. Ce sera, je vous l’affirme, un vrai enjeu.

Le Ministre souhaite aussi « qu’un effort soit fait pour mieux répercuter les baisses ». D’accord avec ça. De toute façon, c’est ce qui se passe déjà sur le marché. Vous pensez bien que les grandes surfaces s’alignent les unes sur les autres, et forcément sur la moins chère.

Compte tenu de l’actualité, je n’ai pas beaucoup le temps de développer mes arguments, ici. Si ça vous intéresse, je vous invite à jeter un œil sur l’interview que j’ai donnée à Frédéric Pons, dans Libération, ce matin. (Pour la photo, nous avons bien rigolé. Le photographe souhaitait « fixer » une partie de mon équipe pétrole. Nous avions rangé les bureaux, et les ordinateurs crachaient en mode « couleur maxi » pour faire un joli décor. En fait, Fred Kihn, le photographe, nous a demandé de descendre dans le garage. Et il nous a shootés en « posture américaine » (Men in Black, version brigade financière). En découvrant nos minois ce matin, on s’est vraiment fait peur !).

Si vous le voulez bien, je reviendrai sur ces sujets, lundi : taxe sur les compagnies pétrolières, biocarburants, marges de distribution…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 septembre 2005 dans Consommation , Energies , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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5 septembre 2005

Hausse du pétrole : Pour un plafonnement de la fiscalité sur les carburants

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La cause est entendue. Le prix du pétrole restera cher pour longtemps. Peut-être même, du fait de la demande des pays émergents, va-t-il être encore beaucoup plus cher (en attendant la mise en exploitation de gisements jusqu’ici moins rentables et dont l’offre supplémentaire viendra à terme limiter cette hausse).

1- Il ne faut donc pas faire de démagogie (réclamer des baisses !). Une politique responsable doit inciter les usagers et les constructeurs à économiser. La politique nationale de l’énergie doit s’engager dans l’ère de l’après-pétrole (développement de toutes les énergies alternatives, dont le solaire, parent pauvre des investissements français dans ce secteur). De ce fait, il convient d’y consacrer une part importante de la plus-value encaissée par l’Etat (TIPP + TVA). Comment ? Quelle énergie de substitution ? Booster le nucléaire ?... Et aussi, développer le train versus le camion, les transports collectifs, etc… Tout ceci doit faire débat et conduire à une révision des priorités…

2- Mais jusqu’où peut-on lever l’impôt sans tenir compte de l’impact social de la hausse du prix de l’énergie sur le budget des familles. L’exhorte à diminuer la consommation restera lettre morte (et perçue comme une provocation) pour tous ceux dont l’utilisation de la voiture ou le chauffage au fioul constituent des dépenses incompressibles (ils n’ont pas d’autre choix). Ponctionnés fortement en 2005, ces foyers vont forcément limiter leurs investissements et leurs dépenses. C’est, de l’avis de nos directeurs de magasin, l’une des explications du faible rythme de consommation actuelle. (Et qui aura des effets de plus en plus négatifs sur la croissance et l’emploi).

Le risque est bien réel.

a) Chaque ménage consacre en moyenne 3,5% de son budget (1000€) au carburant. Et 1,5% supplémentaire en énergie (gaz, fioul,…). Mais la situation varie énormément selon qu’on habite une grande zone urbaine (existence d’un réseau de transport en commun), ou en province. En zone rurale, par exemple, la dépense carburant passe à 1 238€. Elle explose pour les familles avec plusieurs enfants (jusqu’à 1 550€).

b) Que les propriétaires de 4x4 soient pénalisés, ce n’est pas notre préoccupation. Mais les familles modestes et moyennes ont fini par laisser 7,4% de leurs revenus en 2004 (plus que la moyenne nationale donc) chez les pompistes et autres chauffagistes.

c) Depuis un an, le Super 95 a augmenté de 14% et le fioul d’environ 34%. Inutile d’insister sur l’érosion du pouvoir d’achat, dont nous avons dit ici (blog du 5/07/05) qu’au mieux, il stagnerait en 2005-2006.

Aucune politique alternative d’énergie ne viendra gommer à court terme cette inégalité sociale et ses conséquences désastreuses pour le marché.

3- La plupart des hommes politiques sont conscients qu’il ne faut pas se lancer dans une surenchère de promesses démagogiques. On ne va pas le leur reprocher. Ils sont presque tous en ligne : économies d’énergie, aides sectorielles et soutien aux catégories sociales les plus pénalisées.

A la proposition de reverser une partie des taxes sur les carburants, Nicolas Sarkozy avait répondu par…« l’absence de cagnotte ». La solution préconisée par Dominique de Villepin se résume à la rétrocession future aux ménages (et aux professionnels ?) des « trop-pleins perçus par l’Etat ».

A mon sens, ce sera trop tard, trop diffus, trop confus (quels critères ?) pour convaincre et rassurer. (La hausse s’inscrit comme un coup de poing sur les volu-compteurs ; la restitution annoncée reste aléatoire et difficilement chiffrable). En aucun cas, la promesse d’une telle redistribution n’est susceptible de lever l’anxiété croissante des ménages, et donc d’enrayer la chute prévisible et prochaine de la consommation. (Même si pour 2005, on ne peut probablement pas faire autrement.)

Pour 2006 et les années suivantes, il faut raisonner autrement. Plutôt que de disserter sur les montants à reverser, le plus crédible serait de faire en sorte qu’il n’y ait pas explosion des recettes. Soit, en plafonnant l’enveloppe maximale récoltée au titre de la TVA (aujourd’hui, elle progresse en proportion de la hausse), soit en rétablissant une TIPP flottante. (Option souhaitée par des élus du PS et de l’UDF, mais dont la technicité rebute les services de Thierry Breton). Pour moi, peu importe la méthode, l’important c’est l’engagement de l’Etat.

Le litre d’essence franchira les 1,50€, dans beaucoup de stations-service dès la semaine prochaine. La fronde s’organise : transporteurs, taxis…mais aussi les fédérations d’automobilistes. Les corporations font leur forcing. On comprend leurs difficultés. Mais même si elles appellent des aides de l’Etat, cette intervention ne peut plus aller à l’encontre d’un renchérissement du transport par route (nécessaire pour relancer le transport ferroviaire). Pas facile à gérer… Les ménages éprouvés n’auront pas, eux, cette même capacité de négociation. Or, la justice sociale, comme la relance de la consommation, exigent qu’on focalise l’attention sur le pouvoir d’achat des familles françaises.

C’est sur le traitement d’un problème comme celui-ci qu’on pourra juger du contenu concret de la « croissance sociale » dont le Premier Ministre s’est fait le chantre.

P.S. : Cette note intègre une partie de nos échanges suite à ma note du 6/07/05. J’ai quelque peu évolué sur le sujet. Vos réactions ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2005 dans Consommation , Développement durable , Economie , Energies , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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25 août 2005

Pouvoir d’achat : le combat continue !

… Et une nouvelle campagne. « De l’audace » me dit-on ici. Eh bien oui, il en faut, au risque de faire ruminer les grincheux. Le gouvernement me fera encore savoir que je mets de l’huile sur le feu, dans la perspective d’une rentrée agitée (c’est ce qu’on nous promet chaque année). Et la gauche (extrême) criera à la récupération…m’en fous…

Les derniers indicateurs officiels sur le pouvoir d’achat viennent ce mois-ci encore, conforter notre analyse sur le niveau de vie des français.

• Le salaire de base de l’ensemble des salariés a, certes, progressé de 2,6 % sur un an. Mais si l’on tient compte de l’inflation (1,6%), le gain n’est que de 1%...(avec un sérieux ralentissement au 2e trimestre (0,1%).
• Gérard LARCHER, Ministre délégué à l’emploi, martèle que « l’année n’a pas été négative en terme de pouvoir d’achat ». Piètre satisfaction, surtout si on regarde l’évolution sur 3 ans des statistiques du « salaire moyen par tête ». C’est sans appel : +0,2 % en 2002 ; -0 ,3 %en 2003 ; +0,4 % en 2004. Soit au final, un mini gain de 0,3%. Pas de quoi rêver !

Ces chiffres vont bien sur alimenter le débat politique. Mais vu l’état des finances publiques, et la décomposition du système politique (de l’affligeant spectacle des divisions du PS aux querelles des personnalités à droite...), la contestation a peu de chance d’être relayée par une action sociale correctrice d’envergure.
Et puis, il y a les incidences économiques. Les entreprises sont prix en étaux. Elles font valoir, à juste titre, leurs faibles perspectives de croissance, et la lourdeur de leur plan de charges (l’harmonisation du SMIC en 2004 a entraîné des hausses de salaires jusqu’à 5% dans beaucoup de firmes). D’un autre côté, elles seraient les premières à profiter d’une relance de la consommation. Difficile prise de risque.

Dans ces conditions, n’en déplaise à nos détracteurs, la lutte contre les prix excessifs, et le rétablissement d’une saine concurrence entre grandes entreprises, ne peut qu’alléger le portefeuille des consommateurs.
Les opposants à la réforme de la loi Galland ont repris leur lobbying (il est prévu un autre rendez-vous législatif en 2007, après un bilan d’étapes). Comme je le disais hier, on nous ressort le chantage à l’emploi. Certains distributeurs commencent à dire que dans la perspective d’une baisse de marge, il leur faudra couper dans les coûts salariaux. Même si c’est du bluff, il nous faut contrer cette pression. Et rappeler justement que sans pouvoir d’achat, il n’y aura pas de consommation suffisante. Et que c’est cette situation là qui est la plus menaçante pour l’emploi.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 août 2005 dans Communication , Pouvoir d'achat
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6 mars 2005

L'esprit de 68 : suite pour rire

C'est le week-end. Semaine hyper chargée. Restons en alerte, mais cool, un peu d'humour aussi. Laissez-moi vous faire profiter de cette lettre. Elle émane du Président de l'Union Interprofessionnelle pour la Promotion des Industries de la Conserve Appertisée (UPPIA). Les membres de cette organisation ont vu, comme la plupart des Français, notre campagne sur les murs de leur ville. « Tout en partageant l'esprit de cette campagne qui s'inscrit dans l'ambition de défendre le consommateur français et son pouvoir d'achat », ils ont, selon leur Président, un peu toussé devant l'affiche représentant le poing levé, dessiné avec des boîtes de conserves stylisées. Et, quoi, elle n'est pas belle cette création de l'agence Australie ?

Là, n'est pas le problème. Notre interlocuteur, sans rire, s'appesantit : « nous craignons que les consommateurs ne comprennent pas ce message et qu'ils en fassent une mauvaise interprétation en y voyant une critique de la conserve ou de l'industrie de la conserve ». Non, je me pince ! « Pour éviter d'engendrer tout malentendu, notre interprofession souhaiterait donc que vous abandonniez l'illustration de votre campagne dans laquelle figure les boîtes de conserves ». Rien de moins.
Franchement, je m'attendais à beaucoup de réactions, mais pas à celle-là. Eh, Monsieur le Président, ne croyez-vous pas que vous poussez le bouchon un peu loin ?

Allez, je serai bon prince. Cette affiche, je vais vous l'offrir avec un joli cadre. Vous pourrez l'accrocher aux côtés des reproductions d'autres boîtes de conserves, peintes par Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Basquiat, et toutes les signatures prestigieuses de ce que l'hyperréalisme ou le pop art ont donné de meilleur... sans que votre profession n'y ait jamais pris ombrage... Bien cordialement.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 mars 2005 dans Communication , Pouvoir d'achat
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2 mars 2005

L'esprit de 68 !

 La campagne lancée par notre enseigne continue de susciter quelques émotions.

Il y a notamment cette intervention passionnée d'un internaute, Hervé Le Crosnier, sur un site que je crois proche du mouvement Attac, davduf.net. Je veux lui répondre, d'autant qu'il m'a interpellé sur ce blog (cf. « Communication : qu'est-ce qui est politique »). Il me conteste le droit de récupérer l'esprit et la lettre de 68. Il oppose deux arguments, l'un sur le fond, l'autre sur la forme.
Sur le fond, il y a, dit-il « une opposition frontale entre le sens des images produites par l'Atelier Populaire (de la Sorbonne) et celle de la campagne E.Leclerc. » Mai 68, pour lui, c'était d'abord un grand mouvement de refus de la société de consommation.

Personne ne conteste l'apport du mouvement étudiant : une réflexion critique sur l'aliénation par la marchandise (Reich, Marcuse, l'Internationale Situationniste, etc...). Mais le combat des ouvriers ne fut pas totalement celui-là. C'est d'ailleurs cet antagonisme qui a limité la jonction des deux mouvements. La revendication ouvrière a abouti aux très concrets accords de Grenelle sur les salaires et temps de travail. Les ouvriers défendaient leur pouvoir d'achat, et le droit d'acquérir les biens que dans la division du travail, les salariés avaient contribué à fabriquer. C'est pour cela que comme la FNAC, E. Leclerc fut soutenu par des collectifs de journalistes (autour de la revue Trans Mondia), le mouvement consommateur naissant et des intellectuels engagés, comme le philosophe André Gorz, alias Michel Bosquet du Nouvel Observateur, auteur de « La critique du capitalisme quotidien ». L'expérience Leclerc fut aussi un laboratoire d'idées pour un PSU très actif, qui, issu des jeunesses agricoles bretonnes, ou porté par le flamboyant discours de Michel Rocard, réfléchissait à la socialisation du commerce. Mais cela, Hervé Le Crosnier est probablement trop jeune pour le savoir. Moi, j'ai évidemment connu cette époque : dans la journée, à Brest, les étudiants organisaient des sit-in devant le centre E. Leclerc, rue Jean Jaurès. Ils déroulaient de grandes banderoles pour dénoncer « les temples provocateurs de la société de consommation ». Mais le soir, nous recevions à la maison les leaders ouvriers. Généreusement, ils nous gratifiaient de sauve conduits autorisant le « camarade Leclerc » à livrer fromages, jambons et pommes de terre aux salariés en grève à l'arsenal de Brest, ou réunis à la Maison du Peuple... Alors, que voulez-vous, chacun peut revendiquer sa part d'héritage !

Sur la forme, maintenant ! Oui, l'Atelier Populaire, comme d'autres petits collectifs de création graphique (CA15), ont su mettre leur talent au service « de la cause du peuple ». Mais nous avons versé notre obole. L'Atelier était anonyme, mais pas tous les dessinateurs. La société marchande a quelques bons côtés. Des artistes ont su déposer utilement leurs droits d'auteur. Respectueux de la confidentialité des contrats, je vous en donnerai les détails sur votre e-mail, Monsieur Le Crosnier. Je ne veux pas qu'il y ait d'équivoque.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 mars 2005 dans Communication , Pouvoir d'achat
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24 février 2005

Qu'est-ce qui est politique ?

En marge de la campagne lancée par mon groupe contre la fameuse loi Galland, je livre cette anecdote :
La société Metrobus gère l'affichage publicitaire dans le métro. Elle a soumis les trois posters conçus pour cette annonce à l'avis autorisé du Bureau de Vérification de la Publicité (BVP). La réponse est assez cocasse : le CRS, avec sa matraque et le bouclier de code-barre ? Pas de problème. Le point levé sur fond d'usine ? Idem. Mais, par contre, celle qui énonce 'Il est interdit d'interdire de vendre moins cher' s'inscrit 'dans un débat politique de Monsieur Leclerc avec le gouvernement'. Politique donc, la défense du panier de la ménagère. Exit du métro !

J'en tire quatre leçons :
1) Il y a dans la pub des gens qui n'ont vraiment plus d'humour.
2) L'appréciation du caractère politique d'une publicité est un acte politique par lui-même (Jean-Pierre Raffarin a dénoncé la présence de l'affiche avec le CRS en y voyant une incitation à la haine alors que les lycéens étaient dans la rue !).
3) Le poing levé ne fait plus peur à personne et n'est plus le symbole d'une revendication politique.
4) Selon ce type de critère aléatoire et purement subjectif, un groupe de pression ou une association peut donc débattre par voie d'affichage, sur la répression de la pédophilie, sur l'environnement, contre la prolifération de la pub, pour l'anti-pub ou l'altermondialisation. On peut afficher son opinion et chercher à influencer le gouvernement sur la TVA sur le disque et la restauration, sur la législation sur le vin, ou le taux de végétal dans le chocolat. Toutes pubs affichées dans les lieux publics ces deux dernières années. Mais pas touche à la législation sur les prix ! Quand je vous dis que cette affaire est avant tout politique ! ! !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 février 2005 dans Communication , Pouvoir d'achat
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1 janvier 2005

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 janvier 2005 dans Engagements , Management , Objectif qualité , Portraits / Rencontres (DD) , Portraits / Rencontres (Eco) , Pouvoir d'achat
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