1 avril 2006
Microcrédit et solidarité : des femmes indiennes multiplient les « groupes d’entraide »
On dit que c’est au Bangladesh qu’est né « le microcrédit ». L’initiative en reviendrait à Muhammad Yunus qui créa, dès 1983, la Grameen Bank pour faciliter les prêts aux familles les plus démunies. Mais c’est en Inde que ce marché « prolifère »… Les banques, les ONG, les associations caritatives, humanitaires ou tout simplement familiales, contribuent à l’essor de cette forme de financement. Tantôt, c’est un groupe de femmes qui peut bénéficier d’un emprunt à court terme pour acheter des machines à coudre et lancer une mini collection de vêtements. Tantôt, c’est une petite société de transport, nouvellement créée par des jeunes, et que parraine une association d’entreprises, pour livrer des colis. Etc.
A Tirupur, la présidente de l’ICCW (Cf. ma note du 29/03/06) nous a entretenus d’une autre forme de mutualisation financière, le « Women Self Help Group ».
Chaque semaine, des femmes décident d’épargner une petite partie de leur salaire. Elles dotent progressivement un fonds commun d’épargne. L’objectif est multiple :
- Pouvoir prêter à l’une d’elles des petites sommes pour couvrir une dépense exceptionnelle (frais de mariage, achat d’une machine à laver, etc.) sans passer par d’onéreux usuriers.
- Investir ensemble dans des petites activités génératrices de revenus : atelier de couture, de céramique, organisation de l’accueil saisonnier des touristes…
- Compléter les capacités d’emprunts bancaires de l’une d’elles, etc.
L’ICCW parraine ou organise 250 groupes d’entraide de ce type.
La démarche est très constructive. Elle a un effet positif sur le renforcement des liens sociaux dans la ville ou les quartiers. Elle suppose une démarche volontariste de chacune des femmes adhérentes, une certaine abnégation et un grand effort de solidarité.
Mais surtout, cette mutualisation financière constitue une formidable opportunité pédagogique. Elle participe de la lutte contre l’illettrisme, sert de modèle éducatif à des adultes et les initie à la gestion budgétaire, à l’économie.
P.S. : Dans l’avion qui me ramène sur Paris, je découvre dans « Le Nouvel Observateur » (30/03/06) un article assez complet sur le sujet : « Quand les pauvres intéressent les banquiers ». Patrick Fauconnier rappelle l’explosion de ces formules de financement en France même. Je découvre à l’occasion qu’il existe une « semaine du microcrédit » lancée par la pionnière française, Maria Nowak, présidente de « l’Association pour le Droit à l’Initiative économique » (Adie). Patrick Fauconnier conseille aussi la lecture de « Portraits de microentrepreneurs » préfacé par Jacques Attali (créateur de PlaNet Finance) et Muhammad Yunus (Editeur Le Cherche Midi).
Posté par M.E.L. le 1 avril 2006 dans
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31 mars 2006
Labels équitables : rien n’est parfait…et c’est normal !
Après les chaleurs sèches du Tamil Nadu, c’est à Koshi (Kerala), dans l’ancien comptoir portugais de Cochin, que nous retrouvons Tristan Leconte, le dynamique fondateur d’Alter Eco.
Sur les bords de l’estuaire, verre à la main, il est prolifique, insatiable pour commenter les vertus du fair trade (commerce équitable). Il y consacre toute son énergie. Les dirigeants d’une coopérative voisine en restent pantois. Ils ne comprennent manifestement pas tous les savants raisonnements que TL exprime dans un anglais très business et saccadé, mais ils savent leurs intérêts bien représentés par cet ambassadeur boulimique et sympathique de la cause des petits producteurs.
En France, les débats sur le commerce équitable passionnent partisans ou détracteurs du projet français de normalisation. On y fustige assez facilement les grandes entreprises qui veulent développer leurs propres marques équitables (industriels ou GMS). On disserte sur ce qui pourrait vraiment être autorisé à porter le label. On en dénonce les dérives : « Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on en oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé » ; « Malongo fait aussi du non équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing » ; « La GMS vend de l’équitable, mais ses propres pratiques commerciales ne le sont pas », etc. Sous-jacente à ces propos, on sent poindre une certaine méfiance pour l’extension du label Max Havelaar à des filières qui ne seraient pas reconnues comme des « pure players ».
Idéologie contre principe d’efficacité ? Même si elles sont parfois byzantines, ces querelles ont quelques raisons d’être. Le marché se développe et attire des opportunistes. Mais pour Tristan Leconte, ces débats traduisent aussi la nostalgie de quelques idéologues, qui ont tendance à idéaliser le concept, au risque d’oublier les aspirations concrètes des producteurs du Sud. Eux ont besoin que les marchés se développent !
Justement, aujourd’hui, TL est très en colère. Il fait très chaud, 36 ou 37 ° avec un fort taux d’humidité, et ça n’apaisera certainement pas son courroux. L’émission TV « Capital » diffusera, ce dimanche, un reportage sur le commerce équitable. TL s’est plié aux exigences de l’équipe de Guy Lagache. Il a ouvert ses comptes et celui des producteurs brésiliens vers qui il a guidé l’équipe de Capital. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’un journaliste, lors d’une halte chez la grand-mère d’un des coopérateurs, a repéré (et filmé) une piscine (un bassin de béton !). Ah, ah ! N’est-ce pas la preuve que le sur-prix payé par les consommateurs en achetant un label Max Havelaar…ne finance pas forcément des infrastructures sociales ou éducatives…
Ecoeurement de TL : 54 heures de film pour arriver à une mise en scène qui va installer tant de scepticisme ! « C’est dégueulasse pour ces producteurs. Comme si on devait remettre en cause chaque système au moindre grain de sable… ».
Il fulmine et tente, par téléphone, d’enrayer cette dérive médiatique, décidément un peu systématique chez Capital.
TL veut en profiter pour convaincre mes collaborateurs et les journalistes qui m’accompagnent de l’intérêt d’une démarche progressive, forcément chaotique et difficile.
La démonstration, c’est à deux heures de Cochin (embouteillages compris) qu’il veut la faire. Quittant les villes, pénétrant un somptueux paysage de rizières et de forêt tropicale (arbres à caoutchouc), il nous transporte à Nadukkara. Une coopérative, N. Agro Processing Company, tente de regrouper les fermiers de 21 « panchayats » pour y produire des mangues, des bananes et surtout des ananas qu’elle vend frais ou transformés en concentré de jus.
Ici, et contrairement à de nombreuses coopératives labellisées Max Havelaar, ce ne sont manifestement pas les producteurs qui ont choisi, eux-mêmes, leur destin. C’est grâce à l’alliance de l’état du Kerala (premier gouvernement communiste de la planète à avoir été démocratiquement élu !!!), de la municipalité de Muvattupazha et d’experts de la Commission Européenne…que le projet a vu le jour.
Ces fermiers sont très pauvres, cultivent 0,7 acre en moyenne, vivent chichement. Quelques cultures complémentaires (gousses de vanille, noix de coco), des vaches, des poulets…
Alter Eco est leur premier client « fair trade ». D’Alter Eco, ils perçoivent 54 % de revenus en plus. Soit pour la coopérative, une somme supplémentaire de 9 000 euros en 2005.
Si l’on était tatillon, les critères drastiques qui prévalent à l’obtention du fabuleux label « Max Havelaar » ne devraient pas s’appliquer encore à ce projet.
- La coop ne commercialise que 12 % de sa production en « équitable ». Pour vivre, elle conditionne des jus de fruits de marque pour le marché indien.
- Dans l’usine (immense et qui tourne à moins de 20 % de ses capacités), les audits font apparaître bien des manquements au cahier des charges (sécurité, sanitaires, information des salariés). A Tirupur, je disais que partout étaient affichées les chartes éthiques des grandes marques. Ici, pas une pub pour le commerce équitable ! Pour le coup, on peut s’interroger sur la sincérité et le degré de l’engagement…
- Surtout, on voit bien que le projet est piloté essentiellement par un directeur technique, avec l’appui de quelques experts fournis par l’état. C’est d’ailleurs l’état qui nomme le président de la coopérative, le premier des producteurs n’étant que vice-président. Théoriquement, ce sont les producteurs qui devraient diriger cette entité. Interpellés par TL, aucun d’entre eux n’est capable de citer le chiffre d’affaires 2005, ni d’aligner le moindre chiffre sur les réinvestissements sociaux.
Oui, tout cela fait un peu « bricolo ». Mais peut-on imaginer autre scénario quand on sait le niveau de pauvreté, d’illettrisme, et d’isolement des habitants de ces zones rurales.
Tristan Leconte n’en démord pas (et il est diablement convaincant). Le commerce équitable, ce n’est pas un intégrisme dont les règles auraient été fixées par des Occidentaux. C’est une démarche progressive qui nécessite de notre part compréhension, patience et entraide.
Le message est d’ailleurs clairement passé. Le directeur désigne un bâtiment en construction. C’est le futur centre de formation pour les agriculteurs. Il est situé de l’autre côté de la route, hors les murs de la coopérative… Une initiative très concrète, mais aussi toute symbolique puisqu’elle se veut ouverte à tous, et pas simplement aux adhérents de la coop.
Posté par M.E.L. le 31 mars 2006 dans
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30 mars 2006
Chartes éthiques et audits sociaux : intérêt d’une démarche progressive
Pour lever tout scepticisme, il faut multiplier les vérifications dans les usines.
Hier, nous étions encore dans la région de Tirupur. 7 000 manufactures, sur les 10 000 implantées dans l’état du Tamil Nadu, en ont fait la capitale du textile indien. Mon groupe travaille avec une trentaine de fournisseurs (chemises, jeans, maille et tissage). Des produits dont le prix va de 3 à 30 euros, qu’il est impossible aujourd’hui de fabriquer en France, ni même en Europe, dans des quantités importantes. Un cabinet d’audit, SGS (42 000 salariés dans le monde), assure, pour notre compte, des audits qualité et sociaux.
1) Il revient aux ONG d’avoir lancé l’initiative
Nike, l’un des premiers, avait fait les frais d’une campagne sévère de boycott. Le cinéaste, Michael Moore (déjà lui !), avait révélé les conditions de travail des enfants employés à la fabrication des produits de la marque. La FIFA aussi, pour la fabrication de ballons de foot.
2) Depuis, certaines grandes multinationales de la chaussure ou du textile ont réglé une partie du problème en souscrivant des partenariats exclusifs avec des fournisseurs sous leur contrôle direct. Les autres, revendeurs, importateurs, distributeurs ou franchiseurs ont élaboré des chartes éthiques pour s’assurer de la « pipeline integrity » de leur approvisionnement. Ils ont sélectionné (plus ou moins) drastiquement des auditeurs (ITS, SGS, VERITAS…). En Europe, IKEA, MIGROS ont été des pionniers. En France, Carrefour et nous avons pris l’initiative et largement abondé le référentiel commun des fournisseurs constitué à la FCD.
3) Il y a de moins en moins d’obstacle à la mise en place de ce contrôle
Les coûts sont maîtrisables par les acheteurs (1 500 à 2 000 $ un premier audit de process). Les exportateurs ont compris que cet exercice incontournable et la conformité aux normes sociales internationales constituaient une condition sine qua non à la pénétration des marchés occidentaux.
Mais l’intérêt de ces audits résulte moins de leur nombre que du suivi accordé aux mesures correctrices.
Mercredi, nous visitons une manufacture du groupe CLIFTON (600 employés, travail de la maille, fabrication pour Jennyfer Secret, Ethel Austin, Marks & Spencer, Littlewoods, Disney’s Lizzie McGuire...). Une usine déjà certifiée ISO 9001, Oko-Tex, SA 800, etc. Nos auditeurs lui avaient décerné beaucoup de points positifs, mais suggéraient fortement des corrections : filtration de l’eau du réfectoire, arrêt de certaines discriminations salariales, marginales mais inadmissibles, détention des fiches d’état civil des employés (ce qui permet de connaître leur âge), diminution des heures supplémentaires, etc.
a) C’est le travail des enfants qui intéressait le plus nos accompagnateurs. De l’avis de SGS, « les grandes firmes sont à peu près nickel ». Visite donc dans les ateliers. Tiens, justement, dès la première chaîne, une toute jeune salariée attire l’attention. Moi, je ne lui aurais pas donné 15-16 ans. Le chef d’atelier réagit : « 19 ans ». Scepticisme général. On va chercher la photocopie de la CNI. Rien à redire…légalement. Pas facile de trancher. Elles ont toutes l’air si jeune !
b) Les conditions sanitaires resteraient une préoccupation majeure. SGS avait critiqué l’exiguïté du réfectoire. Et aussi la qualité de l’eau dans les dortoirs. Nous voulons vérifier… Le réfectoire a été finalement reconstruit. Le dortoir est propre et bien rangé (pas étonnant, nous étions annoncés !). Mais il est aussi équipé d’un « filtre à osmose » dernier cri. Ca, c’est une bonne réaction. Vu d’Occident, on oublie trop souvent que, rentrés chez eux, les salariés ne bénéficient pas toujours de l’eau courante ou de l’électricité.
4) Tout ceci a des limites, c’est indéniable
De l’avis des patrons locaux eux-mêmes, les salariés qui ne travaillent pas dans des usines exportatrices n’ont pas les mêmes avantages. Pas de pression des ONG, ni des acheteurs internationaux !
Il y a aussi des risques de corruption. Payé 300 $ par mois, un auditeur indien reste « achetable ».
Et puis, il ne faut pas se laisser leurrer par les trompe-l’œil. Exemple : ces chartes éthiques, très ostentatoirement apposées sur les murs, dans les ateliers d’Eastman Exports (2 200 employés). Une usine très moderne à 90 km de Tirupur ! Ces affiches disent les recommandations et les certifications de qualité exigées par Nike, Tommy Hilfiger, H&M, GAP, Caterpillar, Metro, etc. Elles sont évidemment là pour rassurer les visiteurs plus que pour servir de guide aux salariés dans leur travail. Il suffit d’être observateur pour en tirer cette conclusion : elles sont écrites en anglais, langue que ne lisent pas les salariés, et non en tamoul comme les inscriptions sur les issues de secours ou les notices d’utilisation des extincteurs !!!
Malgré ces doutes et critiques, je considère néanmoins que les efforts sont réels. Depuis dix ans, mes collaborateurs ont visité des centaines d’usines dans le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est. Les rappels d’audit illustrent les mérites de cette méthode progressive et contestent l’intérêt du boycott. Moi-même, j’en ai visitées pas mal, et peux attester du progrès accompli. Il faut maintenir cette pression.
Posté par M.E.L. le 30 mars 2006 dans
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29 mars 2006
La scolarisation plutôt que le travail des enfants : les convictions d’une grande dame indienne
Tirupur, état du Tamil Nadu. Je suis parti depuis deux jours en Inde du Sud. Pas facile de répondre à vos commentaires, ni de réagir aux soubresauts de la vie politique française. Avec la distance, je mesure l’importance des évènements, mais ils ne me parviennent, ici, qu’à travers la loupe déformante de BBC News et de CNN (pas de TV5, ni même de médias francophones dans cette région, malgré l’intérêt du boom économique).
Ici, la France ne pèse pas vraiment 1,7 % des investissements. La visite de G. Bush a éclipsé, dans les médias économiques, le passage de J. Chirac. Dans les salles de classe, il y a, comme en France, des cartes de la planète. L’Inde y est représentée au centre, très imposante, avec, à sa droite, la Chine, les dragons asiatiques jusqu’au Japon. A gauche, après l’obsédant Moyen-Orient, la France apparaît comme l’Alaska de nos propres cartes, une terre anonyme qui fuirait le monde vers des confins incertains.
Comme me le répétait encore récemment Monsieur Dominique Girard, ambassadeur de France à Delhi, tout est « à faire (économie, culture) si l’on veut jouer ici ne serait-ce qu’un second rôle ».
J’y suis venu pour m’enquérir de l’avancement de projets sociaux dont nous sommes partenaires :
- La côte Est du Tamil Nadu a été salement ravagée par le tsunami. Avec « La Voix De l’Enfant » et des ONG locales, notre enseigne a co-financé des programmes de reconstruction (Cf. mes notes des 28/06 et 18/11/05).
- Dans la vaste région de Tirupur, nous sommes engagés dans un partenariat éducatif : équipement d’écoles publiques, construction d’un complexe scolaire (du cours préparatoire à la terminale).
Hier donc, les habitants de Karur (14 000 habitants) nous ont offert une superbe fête : fleurs, discours, prêtre, plantation d’arbres, danses… Les quelques collaborateurs, journalistes et cadres d’ONG qui étaient présents, n’en revenaient pas. Mais paraît-il, c’est incontournable. C’est une tradition d’accueil. Et c’est aussi, comme le dit Madame Damodaram, « une manière de faire comprendre que toutes ces réalisations ne tombent pas du ciel ».
Andal Damodaran est une petite femme, mais c’est une grande dame. Elle a la cinquantaine naissante, elle est élégante dans son sari, le regard est franc, le sourire est assez rare, mais complice. Elle fait partie de ces Indiennes passionnées, souvent de haute caste, qui s’engagent dans l’humanitaire. Elle préside l’ICCW, l’ONG qui pilote, ici, notre projet.
L’ICCW (Indian Council for Child Welfare) se préoccupe des problèmes de nutrition et de l’exploitation des enfants. L’association gère des centres d’appel, des résidences pour enfants abandonnés, des centres pédagogiques et sanitaires dans toute l’Inde. Sa présidente considère que la scolarisation des enfants est une priorité nationale.
Les écoles ne manquent pas. Le Tamil Nadu (62 millions d’habitants) en compte 32 000 et 6 000 collèges. Mais 90 % du budget de l’Etat sert à la construction et à l’acquisition des bâtiments, ainsi qu’au salaire des professeurs. Les équipements, eux, laissent à désirer. Souvent, il n’y a pas de tables pour écrire, pas de cahiers, encore moins d’ordinateurs (pourtant nous ne sommes ici qu’à 400 km de Bangalore, la Silicon Valley indienne !). Quelquefois, pas de sanitaires : les jeunes filles fuient, vers l’âge de 12 ans, cette précarité (les parents, en tout cas, s’en servent de prétexte pour extraire leurs enfants).
Pertes en ligne :
Si 96 % des enfants du TN sont scolarisés dès le cours préparatoire, leur nombre décroît avec la classe d’âge supérieur. En première, il n’en reste que 30 %. Démotivés (70 élèves par classe !), sans possibilité de soutien scolaire à la maison (les parents sont souvent illettrés), les élèves quittent l’école vers 12-13 ans. La plupart du temps, pour travailler chez des artisans, à la ferme, dans des petits restaurants ou dans des familles plus riches, comme domestiques.
Les castes, une barrière ?
Pas en tant que telle, répond A. Damodaran. Les écoles publiques sont gratuites, dans la langue des états, accessibles à tous. Illustration : l’Inde a même élu un intouchable à sa tête ! C’est plutôt le niveau de revenus qui est discriminant (notamment pour les castes inférieures), car la scolarisation longue des enfants est un manque à gagner.
C’est l’argument principal des parents. Ils considèrent que l’enseignement est trop académique, pas adapté au marché de l’emploi. L’enseignement, au collège, est pour certains « un luxe » quand il faudrait, dès 14 ans, accéder à une formation utile, professionnelle…
L’action de CASI :
Pour contrer ces comportements, une dizaine d’industriels ont créé le « Corporate Alliance for Social Initiatives ». Certains sont mus par des pensées religieuses. D’autres, moins philanthropiques, considèrent qu’il est bon, pour la productivité de leur entreprise, de pouvoir accéder à une future main-d’œuvre plus qualifiée. Plusieurs sont nos fournisseurs. Nous avons accepté leur demande de partenariat à condition qu’ils se soumettent au contrôle de l’ONG.
Le programme d’action :
Outre, l’école de Karur (qui comprendra un CP, un collège, un centre de formation aux métiers du textile), l’investissement porte sur cinq autres établissements. Des écoles publiques, en zone rurale et à Tirupur (5 000 élèves au total). Il s’agit de créer de nouvelles salles de classe, de les équiper, de payer d’autres professeurs, de construire des réfectoires, des infirmeries, etc. (Quelquefois, les problèmes sont dramatiquement « terre à terre ». Dans une école de 300 élèves, les enfants ne disposant d’aucun sanitaire, doivent traverser une route dangereuse et rejoindre un champ peuplé de serpents !).
A la fin de la (très longue) cérémonie d’inauguration, Madame Damodaran m’a pris le bras. S’exprimant dans un anglais qui abuse des « dentales », elle a insisté : « c’est bien de faire des audits sociaux dans les entreprises, ça ne peut qu’améliorer le sort des employés. Mais si l’on n’éduque pas leurs enfants, on restera longtemps dans le sous-développement ».
Posté par M.E.L. le 29 mars 2006 dans
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24 mars 2006
Chikungunya : Commentaires sur un désastre sanitaire, de Corinne Lepage à…Albert Camus

L'"Aedes albopictus", également appelé moustique tigre, est le vecteur de transmission de cette maladie.
Des dizaines de morts. Des milliers de malades. Une épidémie qui dure depuis mars 2005. Et malgré la décrue, elle continue de frapper.
Je viens de lire le coup de colère de Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement et présidente de l’association Cap 21, dans un « forum » publié par l’hebdomadaire Marianne en début de ce mois. Elle n’y va pas de main morte. Elle fustige les autorités publiques et appelle les politiques à reconnaître leurs erreurs.
L’attaque me paraît justifiée. Les pouvoirs publics ont réagi très tardivement. Mais à leur décharge, les scientifiques n’ont pas non plus tiré le signal d’alerte. Ils étaient même très partagés sur la question puisqu’au printemps 2005, la plupart continuaient à douter des risques mortels pour l’homme.
Au-delà de cette polémique (Corinne Lepage n’est pas « neutre » sur le plan politique), il n’en reste pas moins cette réalité : l’archipel des Comores ne possède pas de système de veille sanitaire adéquat. Probablement, est-ce vrai de nombreuses autres régions, y compris en Europe. Voilà qui en dit long sur l’insouciance partagée par nombre de nos concitoyens. Corinne Lepage a raison : « le développement de l’épidémie tient à une absence totale d’application du principe de prévention (et non de précaution puisque le risque était avéré) ».
Je sais bien qu’on ne peut pas tout prévoir. On ne peut pas non plus vivre en permanence dans l’obsession d’une catastrophe, d’un tsunami, d’une épidémie, etc. Mais il faut rester lucide, ne pas faire la politique de l’autruche.
Je relisais, la semaine dernière, « La peste » d’Albert Camus. Je ne veux ni jouer les Cassandre, ni rajouter à la psychose. Mais tout homme d’action ayant une quelconque responsabilité publique devrait relire ces quelques lignes.
« Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus. (…)
Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ca ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. (…)
Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions.
Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. »
Si tu veux la paix, prépare la guerre, dit l’adage. Si tu veux la santé, anticipe le fléau.
Posté par M.E.L. le 24 mars 2006 dans
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24 février 2006
Surpêche, menace sur les ressources en poisson : Greenpeace interpelle la distribution

© Nathalie Luthold
Greenpeace démarre une campagne de sensibilisation du grand public sur la surpêche de certaines espèces et la préservation des ressources halieutiques. Sur l’exemple d’un rapport réalisé par Greenpeace Angleterre
> Lire le rapport Greenpeace (pdf)
Greenpeace France rédige une étude sur la consommation des produits de la mer dans l’hexagone, ainsi que sur la politique d’approvisionnement des acteurs du marché. 70% des ventes de poisson se font au travers de la grande distribution. Par des achats directs ou par l’intermédiation de mareyeurs ou de grossistes ! L’ONG souhaite mettre en place un système de notation pour chaque enseigne.
La démarche de Greenpeace se veut constructive. Tant mieux. Le sujet mérite qu’on s’y investisse. Et les solutions ne sont pas simples.
On se rappellera cette polémique sur la perche du Nil. J’avais diligenté un audit social et environnemental pour que mes collaborateurs puissent se faire une opinion. C’est en partie chose faite : les dégâts écologiques sont confirmés, la prolifération de l’espèce prédatrice nuit à la diversité du peuplement des cours d’eau mais le boycott n’arrangera rien. En tout cas socialement ! L’exploitation de ce poisson a été créatrice de nombreux emplois. Loin d’être toujours valorisants, c’est sûr. Mais la reconversion des sites de conditionnement devenus très nombreux, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mes équipes recherchent des formules de substitution, vers d’autres espèces, et même des modes de production bio ou équitables. Il faut du temps…
L’étude française de Greenpeace porte sur une dizaine d’espèces sur lesquelles l’ONG propose des actions correctives, soit pour éviter le gaspillage des ressources, soit pour pallier aux effets négatifs des modes de pêche, destructeurs de l’environnement. Il s’agit du cabillaud, du thon rouge (de Méditerranée dans 80% des cas), de l’empereur, du grenadier, du lieu noir, du bar, du flétan, de la lotte, du carrelet, et des crevettes (sauvages ou d’élevage. Il s’agit principalement ici de crevettes importées d’Asie ou d’Amérique du Sud).
Sur la base de cette liste, nous allons donc rassembler les données concernant les différents fournisseurs. Répertorier les modes de pêche, tels que par exemple, ceux qui s’effectuent avec des chaluts pélagiques, pas forcément interdits par la réglementation, mais sujets à forte polémique, notamment en Bretagne.
Partant de ce travail de documentation, mes équipes discuteront avec Greenpeace ou tout autre ONG intéressée par le sujet… pour mener un certain nombre d’actions parmi lesquelles
1. Réécriture (à la hausse) des exigences concernant le respect des critères environnementaux et sociaux sur les sites d’élevage.
2. Suppression de la pêche pélagique (et étude avec les professionnels de technique de substitution)
3. Référencement et promotion d’espèces alternatives (comme le tilapia).
La tentation des ONG, dans le processus de notation, c’est évidemment de mettre la pression sur les acteurs économiques.
Moi, je crois qu’il faut faire les choses rationnellement, en mesurant toutes les conséquences des actions correctives. Il faut en effet éviter de tomber dans des actions trop radicales, dont les effets pervers peuvent être pire que les pollutions présentes.
J’ai relu cette semaine des articles publiés ces 4 ou 5 dernières années sur la surexploitation de quelques unes de ces espèces. Nombre d’ONG faisaient la promotion des techniques d’élevage, par opposition à la surpêche, en haute mer. Mais, 4 ans plus tard, les mêmes ONG dénoncent les concentrations d’élevage, dont tout le monde convient désormais qu’ils ont aussi un effet très polluant, et qu’ils constituent des lieux où prolifèrent nombre de virus et bactéries (cf. crevettes asiatiques).
Sans compter le problème de l’alimentation des poissons d’élevage…
Je n’ai pas d’autres compétences pour aller plus loin dans l’analyse du sujet. S’il vous passionne, n’hésitez pas à me fournir des informations.
De toute façon, il nous faut réagir, et profiter de cette alerte de Greeenpeace, pour balayer tous les problèmes de ces filières.
Posté par M.E.L. le 24 février 2006 dans
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14 décembre 2005
Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes
Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).
Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.
L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.
Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :
- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.
C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.
J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :
1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.
2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.
3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).
4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.
Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.
C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.
Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).
L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.
Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans
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18 novembre 2005
Tsunami : Où en sont les programmes de reconstruction ?

On n’en parle pratiquement plus dans les médias. Si ce n’est pour faire référence aux interminables polémiques sur le montant global des aides et leur affectation : « Tant de sommes collectées et apparemment des besoins bien moindres ». Sur place, on ne partage pas ce point de vue.
Grâce à la collecte menée le 15 janvier 2005 dans les magasins de notre enseigne, plus de 2 millions d’euros ont été recueillis au profit des enfants d’Asie du Sud, réinvestis en partenariat et sous le contrôle de l’association « La Voix de l’Enfant ». Ces sommes ont été réparties pour financer des projets de grande envergure, qui vont être développés sur trois ans en Inde, au Sri Lanka et en Thaïlande.
- Au Sri Lanka, 801 211 euros ont été affectés à la reconstruction de maisons, à la rénovation d’écoles et à la mise en place d’un programme d’éducation.
- En Thaïlande, 320 000 euros ont permis de financer des frais de scolarité d’enfants orphelins, et un programme de soutien aux familles victimes, en association avec « La Chaîne de l’Espoir ».
- En Inde, les projets sont déjà très engagés, en partenariat avec deux ONG, « Indian Council for Child Welfare » et « Guild of Services ».
Le problème quand on s’engage à une transparence totale sur le financement de telles dépenses, c’est de pouvoir compter sur des interlocuteurs de terrain qui soient fiables, honnêtes et eux-mêmes largement motivés, engagés dans l’action sociale. Abbas Mehta est de ceux-là. Issu d’une famille implantée depuis longtemps dans la région du Tamil Nadu, Abbas est devenu responsable de notre bureau à Chennaï (ex Madras). D’un commun accord avec les ONG locales, il a été chargé de coordonner les programmes d’aide soutenus par l’association « La Voix de l’Enfant » et notre enseigne. Il se fait un point d’honneur de nous tenir une comptabilité des dépenses « au petit poil ». Sa litanie (il parle d’une voix très douce, monocorde et sans jamais élever le ton) est rassurante.

Sur le plan social et éducatif d’abord :
- Plus de 20 écoles touchées par le tsunami ont été rééquipées.
- 3 crèches ont déjà été construites.
- Plus de 4 000 élèves ont reçu des fournitures scolaires et des bourses ont été attribuées à 200 étudiants.
- 7 groupes d’entraide ont été formés pour aider des veuves, des femmes illettrées en milieu rural, des vendeurs saisonniers, etc…
Sur le plan économique, l’une des priorités consistait à reconstruire les flottes de pêche villageoises. Avec l’argent des clients et des adhérents E. Leclerc, 85 bateaux ont été offerts ou reconstruits et 1 200 kilos de filet de pêche ont été offerts.
Abbas justifie la progressivité des dépenses. « Il ne faut pas se précipiter. Pas évident d’identifier les besoins les plus importants, de les hiérarchiser ! Les demandes s’accumulent, mais quelquefois sont redondantes car déjà effectuées auprès d’autres ONG ».
D’autre part, « il ne faut pas vouloir reconstruire à l’identique. Les populations locales sont souvent attachées à leur foncier, à des paysages qui les ont vu naître. Il faut savoir prendre le temps de les convaincre de déménager, faire œuvre de pédagogie et de patience pour, par exemple, construire plus en hauteur dans les terres… ».
D’ici la fin de l’année, il nous faudra refaire un bilan d’ensemble. Mais attention : s’il y a une disproportion apparente entre les montants collectés et les sommes dépensées, ce n’est finalement pas choquant quand, du terrain, on justifie la prudence et la progressivité nécessaires dans la mise en œuvre des programmes.
Posté par M.E.L. le 18 novembre 2005 dans
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4 octobre 2005
« SOS Enfance Mal-logée » : un partenariat exemplaire
En pleine tourmente des négociations commerciales 2005/2006, Philippe Charrier, Président de Procter & Gamble France, a sollicité nos acheteurs pour participer à un programme en faveur de l’enfance mal-logée. La société Procter & Gamble (qui vient de faire parler d’elle avec le rachat de Gillette) commercialise des milliers d’articles dans le secteur des lessives, produits d’entretien, mais aussi des cosmétiques, de la puériculture, de la parfumerie. Pendant le mois d’octobre, la vente de nombreux produits à ses marques, dans les centres E. Leclerc, donnera lieu à reversement à la Fondation de France.
Certains n’y verront que l’illustration d’une habile opération de marketing. D’autres feront la fine bouche devant le caractère marginal de l’apport financier au regard des besoins… On peut effectivement s’en tenir à ces observations.
Personnellement, je suis très heureux de voir nos équipes commerciales engagées dans ce type d’opération. On oublie trop souvent que derrière les « statuts » et les « fonctions », il y a des hommes et des femmes pour qui il existe une vie après la négo.
Je n’avais jamais rencontré le Président de Procter (je ne fréquente pas les cercles patronaux !). Un jour, je me suis rendu à une réunion privée concernant le travail des handicapés et j’ai découvert cet homme, impliqué dans une démarche toute personnelle. Il m’avait alors questionné sur la possibilité d’organiser une action commune pour aider les CAT (Centres d’Aide par le Travail). Pas étonnant qu’il ait cherché à entraîner ses équipes sur d’autres projets sociaux (par-dessus le marché, l’image de Procter s’en trouve embellie). Les nôtres ont adhéré au projet. Ce genre d’opération est toujours compliquée à mettre en œuvre. Le bénéfice d’image est quasi nul pour l’enseigne (à part sur ce blog, personne a priori ne relayera l’info). Au mieux, si l’on s’en tient aux effets marketing, les retombées positives seront pour Procter.
Ce sont donc des considérations tout autant personnelles que commerciales qui ont façonné ce partenariat. L’enjeu, malgré tout, est de taille. « Trois millions de personnes souffrent de mal-logement en France, parmi lesquelles 500 000 enfants » (Bertrand Dufourcq, Président de la Fondation de France).
Assurément, les 150 000 € récoltés, en ce mois d’octobre, ne suffiront pas : goutte d’eau après les incendies meurtriers de logements insalubres cet été. Mais s’il appartient aux pouvoirs publics, aux collectivités locales et aux propriétaires immobiliers de mettre leur offre au niveau des besoins sociaux, la multiplication de ces opérations reste nécessaire. Elles produisent une forme de pédagogie indispensable, une pression sur les auteurs principaux du drame.
Et, bien sûr, elles rassemblent les hommes sur des projets socialement utiles, par-delà les rivalités professionnelles. Et ça, ça compte aussi.
Posté par M.E.L. le 4 octobre 2005 dans
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10 août 2005
Gestion de l'eau : les pratiques individuelles contre l'intérêt collectif
...Toujours en Dordogne, en limite nord-ouest du département. Deux journaux locaux : Sud-Ouest et la Charente Libre. Les problèmes consécutifs à la sécheresse alimentent la chronique quotidienne.
L’Aquitaine et la Charente sont particulièrement touchées. Les autorités tempèrent : « La préparation très en amont de la gestion des ressources en eau devrait éviter une situation telle qu’on a connu en 1976 ».
Tout en langue de bois !
Il suffit de lire les échanges aigres-doux entre agriculteurs des 2 départements pour comprendre qu’on va à la catastrophe : environnementale d’abord, économique ensuite.
En année pleine, l’agriculture pompe en moyenne 49% des ressources en eau. Mais ce chiffre grimpe à 80% pendant l’été.
C’est l’extension des surfaces irriguées qui, a asséchée les nappes phréatiques et les cours d’eau. Dans le seul département des Deux-Sèvres, 20 000 hectares sont arrosés quotidiennement. Vu le déficit pluviométrique (-50%), les stocks ne se renouvellent plus.
Paradoxe : Ce sont leurs confrères du secteur de l’élevage qui en font les frais. Pas assez d’eau pour les troupeaux (Dordogne). Pas assez d’herbage pour les nourrir, pas de deuxième coupe en prairie. « Cela fait 10 ans que ça dure, depuis le développement de l’agriculture intensive, déclare un Poitevin, condamné à fournir de l’eau potable (payante et chère) à ses vaches. « Et je passe mes journées à édifier des clôtures puisque les bêtes ne sont plus gardées par des barrières naturelles de conches» (Charente Libre-6/08).
Du côté des producteurs de maïs, on se défend. Les surfaces irrigables auraient diminué de 30% (en un an ? mon œil !). Mais on voit toute la limite du discours quand on lit les projets du président des producteurs de maïs de Dordogne : « Il faut faire des réserves, soit collinaires, soit en tête de bassins, soit par des pompages en hiver ». Avec cette précision : « Le coût total de ce chantier, à classer parmi les grands travaux nécessaires à notre pays (sic), correspond à l’équivalent de 5km d’autoroutes ».
Au frais de qui ? N’est-ce pas le signe qu’on va continuer le gaspillage ?
Il faut revoir les choix de culture. Et arrêter cette course à la productivité, dans des régions insuffisamment dotées en capacité d’irrigation. La profession agricole ne peut se soustraire à cette responsabilité.
Cependant, il ne sert à rien de rester dans le procès. Il faut accompagner les mutations, et discuter des conditions de reconversion.
Et puis, l’agriculture n’est pas seule coupable.
L’évolution du climat exige que chacun, à son niveau, modifie ses comportements. Pour preuve, ces informations sur les terrains de golf. Les chiffres sont probablement gonflés par la polémique. Mais, il semblerait que l’arrosage d’un green prélève l’équivalent de la consommation d’une ville de 3 000 habitants selon les uns (jusqu’à 12 000 selon une autre source).
Il y en a 600 dans l’hexagone…
Cet exemple (pas exclusif) pour dire qu’il ne suffit pas de désigner les paysans à la vindicte populaire. La gestion durable des ressources en eau est désormais une question politique qui exige une coordination nationale et l’implication de tous.
Posté par M.E.L. le 10 août 2005 dans
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4 août 2005
Bois exotique : Le scandale du bois illégal

Long coup de téléphone, hier, d’un de nos collaborateurs chargé de sélectionner les articles pour le catalogue de « plein air » (printemps 2006). Il m’entretenait des difficultés d’obtenir des certificats loyaux et précis sur l’origine des bois exotiques rentrant dans la fabrication des meubles de jardin. Et pestait contre l'inertie des administrations des pays exportateurs et importateurs alors qu’elles sont plus à même de contrôler la légalité des filières que les acheteurs de Castorama ou de Monsieur Meuble basés à Bordeaux ou à Clermont.
1) La problématique :
Avec la Grande-Bretagne, la France est le plus gros importateur de bois tropicaux d’Europe (dont un quart destiné aux marchés publics). Or, selon Greenpeace, la moitié du bois négocié dans le monde provient de sources illégales ou de forêts surexploitées. Des forêts primitives qui ne se renouvellent pas : désastre écologique, contrebande, privation de ressources pour la population autochtone.
2) Les alternatives :
Greenpeace, Robin des Bois, et WWF proposent qu’on favorise le label FSC (Forest Stewardship Council) qui certifie les bonnes pratiques forestières. Mais seulement 4 % de la forêt mondiale en est digne.
Boycotter les 96 % restants ? …J’ai accompagné, l’année dernière, au Vietnam, en Chine et en Malaisie, une mission d’exploration pour étudier l’idée de boycott sélectif. Vu les dizaines de milliers de personnes qui vivent de cette filière, c’est, pour moi, complètement exclu.
Nos acheteurs ont proposé la politique suivante :
a) Refus d’achat de bois illégaux. Exigence d’un certificat d’origine.
b) Diminution d’articles en bois « menacés » (teck). Recherche de bois de substitution : nouvelles sources d’approvisionnement provenant de forêts contrôlées (pays de l’Est et du Nord). Remplacement du bois par d’autres matériaux (fonte, grès, etc…).
3) Les contrôles :
Pour garantir la qualité écologique de cette offre, notre enseigne a adhéré au « Tropical Forest Trust », une ONG regroupant plusieurs acteurs mondiaux de la filière bois, engagée dans le développement durable.
TFT assiste nos acheteurs (contrôle des sources légales) et oriente nos fournisseurs vers les forêts bien gérées ; l’objectif étant de développer les aires labellisées FSC.
Notre enseigne est la première chaîne française d’hypers à avoir adhéré au TFT, mais déjà y travaillent des spécialistes parmi lesquels Castorama et GP DECORS. TFT nous a beaucoup aidés pour la confection du catalogue 2005.
4) Les Administrations, l’Etat, l’UE…
La difficulté majeure, quand on est bien intentionné et motivé, c’est l’absence de traçabilité dans la filière. Chaque année, les Douanes publient un bilan des saisies pour contrefaçon (textile, montres, luxe…). Mais pour le bois, rien n’est encore fait. L’importation illégale n’est pas reconnue comme un délit. Le thème fait toujours débat au sein de l’UE alors qu’au sommet de Johannesburg (2002), nos représentants s’étaient engagés à sanctionner les mauvaises pratiques. Promesse non tenue…
Pas facile alors pour nos cadres et les ONG, de trier le bon grain de l’ivraie !
C’est aussi la raison pour laquelle Sébastien Risso de Greenpeace affirme : « Tant qu’ils ne prendront pas des mesures correctives, la Commission et les Etats membres resteront complices de la destruction des dernières forêts anciennes de la planète ». (Libé 8/07)
Posté par M.E.L. le 4 août 2005 dans
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4 juillet 2005
Pauvreté : Bob Geldoff, le G-8 et la perspective d’un plan Marshall…
Le contre-sommet d’Edimbourg n’a pas fait recette. A part la manifestation (qui a tout de même mobilisé 200 000 personnes), le forum altermondialiste est peu fréquenté. Et les intervenants sont bien incapables de produire la moindre plat








