12 janvier 2006

Labels bio, équitable, environnement : La leçon des Coop Suisse !

Les consommateurs suisses sont parmi les plus gros acheteurs de produits issus du commerce équitable (pour l’anecdote, 50 % des roses vendues au pays de Guillaume Tell sont labellisées Max Havelaar ! ! ! ».
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Idem pour le bio : 30 % des produits agricoles helvètes, compte tenu de cet engouement, se revendiquent de cette certification.

Le rôle de la distribution coopérative a été exemplaire dans ce développement. Migros, puis les Coop de consommateurs ont largement relayé l’aspiration quasi naturelle des Helvètes pour la défense de leur environnement. Au point qu’aujourd’hui, Coop Suisse (2ème distributeur) y commercialise 50 % des produits bio. Avec des taux records qui interpelleront tous les professionnels hexagonaux : 50 % du marché du lait, 51 % des œufs, 35 % des carottes, etc…

J’avais, hier, organisé le déplacement à Bâle de toute une task force : cadres et adhérents de mon enseigne engagés dans le développement durable (secteur achats, logistique, contrôle qualité). Visite passionnante, depuis l’arpentage des rayons d’hyper où s’affichaient bien visibles les différents labels écologiques, jusqu’au siège de la coopérative avec les chefs de projet et les « category managers ».
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La stratégie des Coop s’appuie sur le développement de « labels de compétence » :

- Coop Naturaplan distingue les aliments biologiques certifiés par un « bourgeon » ainsi que viandes et œufs issus d’élevages respectueux des animaux.
- Coop Naturaline labellise les textiles et les cosmétiques produits selon un cahier des charges écologique et éthique. Exemple : vente de coton bio et équitable, origine Inde.
- Coop Oecoplan souligne les produits et emballages dont les engagements environnementaux sont certifiés. Et aussi les services tels le réseau des « pressings-maison » qui ont remplacé le perchloréthylène par un solvant moins polluant.
- Max Havelaar est partenaire des Coop et labellise les produits du commerce équitable.
- A ces certifications viendront bientôt s’ajouter un label « végétarien » et un autre « antiallergénique ».
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Pour ceux que le détail de ces initiatives intéresse, Coop Suisse édite une brochure très complète, en français ou en allemand, qu’on peut acquérir au siège des Coop (Info Service, Case postale 2550, 4002 Bâle).

De cette visite, mes collaborateurs et moi-même avons retiré beaucoup d’enseignements. Je livre, pêle-mêle, quelques observations particulières.

1) Les Coop se sont engagées à fond, dès le début des années 90, dans le développement durable. Inutile de dire que même à l’époque, ce n’était ni une mode, ni un véritable investissement marketing. Le groupe a tout de suite rencontré un problème d’offre limitée. (Les producteurs bio peinaient à exister au milieu d’une agriculture hyperproductive avec sa surproduction de lait et ses montagnes de beurre).
Le distributeur s’est donc investi dans des accords de filières, avec des partenariats individualisés.
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2) Coop a donc dû appuyer le développement de ces gammes grâce à ses propres marques.

a) Aujourd’hui encore, peu ou pas de marques de producteurs (pas d’AOC, d’indications spécifiques de terroir comme en France…). Même les produits locaux sont aux marques et aux labels « Coop Suisse ». On ne peut certes pas parler de « filières intégrées », mais, à coup sûr, les producteurs sont dépendants du marketing de l’enseigne.

b) Conséquence : la production bio en Suisse s’est terriblement concentrée. En France, elle est atomisée dans des centaines d’exploitations. En Suisse, 4 à 5 « grosses firmes agricoles », par segment de marché, y compris dans l’élevage, proposent l’offre labellisée vendue chez Coop.

c) S’il existe en Suisse des organismes « nationaux » labellisateurs, on n’en voit pas beaucoup les sigles sur les produits (contrairement au Label Rouge ou au logo AB (Ecocert) en France). Du coup, les labels Coop représentent 30 % des ventes de l’enseigne ! ! ! Coop fait cependant appel à Max Havelaar pour les produits équitables, mais pas sur tous les produits (notamment d’origine Asie).
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3) En France, les ONG y verraient malice (Cf. débat sur la multiplication des certifications privées et l’auto-saisine des pouvoirs publics dans cette affaire). Pas de problème de ce type en Suisse (si j’en crois nos interlocuteurs). Deux explications sont avancées :

a) Les ONG sont très positives (idéologie protestante, Cf. Max Weber ! ! !). Un peu plus vindicatives en Suisse romande qu’en Suisse allemande. Mais elles sont très pragmatiques. Et les 2 millions de consommateurs de Coop sont co-propriétaires (pléonasme) de leur coopérative, d’où maxi confiance.

b) La demande elle-même n’est pas politisée, ni « idéologisée ». Nos interlocuteurs considèrent que l’approche environnement/bio des clients ressort d’une attitude plutôt « égoïste ». Priorité d’abord à la préservation de leur propre santé ou de leur patrimoine (paysage, qualité de vie, tourisme, etc…).

4) Ce contexte particulier a permis aux productions bio et aux produits du commerce équitable de sortir de leur marché de niche. Sans compter qu’indirectement, le prix du bio a bénéficié « d’un écart de prix » relativement faible par rapport à une agriculture conventionnelle déjà très chère (une réglementation très protectionniste met les agriculteurs locaux à l’abri de la concurrence européenne).

5) Mais ce contexte particulier conduit aussi à quelques exubérances et contradictions. Quelques exemples en parcourant un magasin :

a) Les produits bio sont très festifs (ce qui les rend très attractifs). Rien à voir avec le marketing paupérisant de certains produits hexagonaux ou nordiques. Les packagings, comme les arguments publicitaires, revendiquent plutôt le goût, l’achat plaisir…que l’achat militant !

b) Les produits frais bio sont tous recouverts de polyéthylène (pas de PVC bien sûr). Explication étonnante : « Ne pas contaminer le bio dans sa cohabitation avec les produits conventionnels ». Quel gaspillage d’emballage !
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c) Les gammes bio sont richement déclinées. Avec excès, parfois ! Ainsi, ces œufs durs sortis d’une gamme « Pique-nique », bio de chez bio, colorés en bleu ou en rouge(pour ne pas les confondre avec des œufs frais) ! Rien ne justifie évidemment qu’ils soient vendus 1 F suisse de plus que le bio classique (ou alors, ça fait cher la cuisson écolo ! ! !).
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Ou encore, ces œufs brouillés (bio) commercialisés en brique pour 2 ou 4 personnes ! Je ne vous dis pas le prix…
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Enfin, que penser de ces gammes bio spécifiques enfants (exemple : une référence de pomme, au goût sucré !).
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d) Moins anecdotique, mais en complète contradiction avec les objectifs affichés d’économie d’énergie et de lutte contre le gaspillage, toutes les gammes bio sont déclinées en portions individuelles. Avec des dizaines de petits packagings pour abriter « sauces, yaourts, purées de fruits, confitures et condiments », etc…

e) Et pour finir, ces suremballages en carton, détachables, qui entourent le plastique des « ultra-frais », théoriquement justifiés pour que les consommateurs puissent les séparer lors du tri sélectif…alors qu’il suffirait d’imprimer le pot et d’en faire l’économie !

6) Nouveautés : Coop a récemment noué des partenariats de co-branding avec des grandes marques industrielles (Skip, Knorr) ou sélectives (Weight Watchers…) dans le bio et la diététique. Voilà qui ferait bien hurler les associations françaises… Mais apparemment, ici, ça passe…
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Bon, j’arrête là ces remarques. Au-delà de ces commentaires, je retiens la détermination et la performance de Coop Suisse. Exemplaire !

Au Sommet sur le Développement Durable de Johannesburg, l’ONU lui a décerné le Prix International des Partenariats en faveur du Développement Durable. Bravo, c’est mérité. A nous de relever le défi…
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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Commerce équitable , Distribution , Développement durable , Environnement , Objectif qualité
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25 octobre 2005

Ecoforum, réseau associatif contre les sacs fragmentables : je suis d’accord

Sacs plastiques : Le réseau associatif se mobilise pour faire disparaître les sacs plastiques et dénoncer les demi ou les fausses solutions. Une plate-forme Ecoforum, soutenue par le WWF, Les Amis du Vent, Greenpeace et le CNIID…, vient de faire parvenir une note d’information (et une mise en garde !) aux distributeurs : ED, Franprix, E. Leclerc, Picard, Groupe Giphar, Naturalia, Vive le Jardin. (Surprenant, le caractère délibérément restrictif de cette sélection ! Toutes les enseignes de distribution devraient être destinataires).

Le collectif émet ses réserves à l’égard des sacs biofragmentables, trop souvent présentés comme véritablement biodégradables.

Je vous livre des extraits de ce courrier. Il reprend les arguments que j’avais évoqués dans une billet précédent pour commenter une initiative du député UMP Jacques Wauquiez (7/06/05).

Pour ma part, je n’ai rien à objecter. J’ai fait parvenir une note d’information à l’ensemble de nos directeurs de magasin. Certains d’entre eux ont pu être séduits par les arguments des industriels de leur région, producteurs de ces sacs. Je ne vais pas leur en faire grief. J’espère qu’à la lecture de cet argumentaire, ils comprendront que le biofragmentable n’est pas une réponse aux problèmes de pollution ou de gabegie.

En tout cas, j’ai répondu aux signataires de ce courrier que notre enseigne ne préconiserait pas cette solution au niveau national.

Sur l’entête, les logos « Les Amis du Vent », « Greenpeace », « WWF », « CNIID », « CoLLecT-iF », « AVIE », « AGIR ! »
« Objet : dangerosité des sacs en sortie de caisse dans certains de vos magasins

Lors de la conférence de presse organisée par Ecoforum le jeudi 22 septembre dernier à Paris avec WWF, Les Amis du vent, l’association AVIE et la société B2S, nous avons signalé publiquement la menace que constituaient les sacs fragmentables, qu’il s’agisse des « Néosacs » ou des sacs « EPI » ; menace pour le milieu naturel, pour la qualité des chaînes alimentaires et par extension pour la santé des citoyens... Nos propos ont été relayés par plus d’une dizaine de médias dont des radios nationales…

…Les sacs prétendument « bio » que certains de vos magasins utilisent ne sont, en fait, que des sacs fragmentables qui se désintègrent en minuscules confettis dont les particules plastiques, au lieu de disparaître, s’accumulent et envahissent les milieux naturels. Ils sont ainsi potentiellement très nocifs pour l’être humain et la nature.

Les additifs permettant la dégradation de ces sacs plastiques fragmentables sont, entre autres, à base de pesticides et d’herbicides puissants ; de plus ils contiennent des traces de métaux lourds et divers autres composés chimiques comme du cobalt. Ils créent une pollution invisible mais persistante, encore plus pernicieuse que les plastiques traditionnels.

Ces polluants, hautement toxiques, s’accumulent et se concentrent à travers les chaînes alimentaires et peuvent donc s’infiltrer dans les organismes et nous contaminer.

Pourtant, sous couvert du respect de la propriété industrielle et des secrets de fabrication, et contrairement au principe de précaution le plus élémentaire, la démonstration de la non toxicité de ces produits n’est pas faite.

Ces sacs ne répondent à aucune norme ou certification et leurs fabricants n’ont entamé aucune démarche en ce sens. Ils utilisent un pseudo label et des mentions qui les font passer, à tort, pour inoffensifs vis-à-vis de la nature ; alors que les fabricants de ces sacs fragmentables n’ont réalisé aucune étude d’impact environnemental.

Le remède est pire que le mal. La preuve en est faite par les analyses…On ne peut donc que déplorer cette initiative dangereuse, cela pourtant au lendemain de la déclaration de la Ministre Nelly OLIN qui s’engage à faire diminuer de moitié la distribution de sacs de caisses en France, et de l’amendement voté le 11 octobre 2005 en faveur de l’obligation d’utiliser des sacs plastiques et emballages biodégradables.

Ces sacs fragmentables ne peuvent être présentés comme une solution, alors qu’ils aggravent le problème. Ils ne servent qu’à continuer à accroître la production de sacs. En outre, au delà de la dangerosité de ces sacs, se pose le problème de pédagogie du consommateur. On court le risque que les gens se donnent bonne conscience en pensant faire une bonne action en achetant ces sacs. Au contraire ils ne font qu’aggraver la situation.

Afin d’impulser des rapports aussi loyaux que transparents avec vous, par avance, nous vous informons que le jeudi 10 novembre, nous allons donner de nouvelles conférences de presse, dans plusieurs grandes villes, pour informer la population une nouvelle fois sur les méfaits de ces sacs. Nous communiquerons aussi une première liste « noire » des endroits où ces sacs sont distribués. Bien entendu, nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les « pollueurs » ; l’objet de cette lettre est donc de vous prévenir de nos intentions, de vous donner le temps de vérifier les textures des sacs de sortie de caisse dans vos magasins puis de nous informer avant le 4 novembre de vos décisions à ce sujet. »

SIGNATAIRES :
Ecoforum, Victor Hugo ESPINOSA, vhe13@free.fr
Les Amis du Vent, Serge ORRU, orru@lefestivalduvent.com
WWF, Bernard CRESSENS, bcressens@wwf.fr
Greenpeace France, Yannick VICAIRE,
yannick-viccaire@diala.greenpeace.org
Agir pour l’Environnement, Laure GUILLOT,
lguillot@agirpourlenvironnement.org
CNIID, Florence COURAUD, florence@cniid.org
• CoLLecT-IF, Alain MATESI, association.collect-if@laposte.net
AVIE, Michel MOURLOT », michelmourlot@aol.com

P.S. : Je me permets une suggestion. Ne pourrait-on faire l’économie de ce jargon à la limite du chantage, style : « Nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les pollueurs ». C’est d’autant plus déplacé que les magasins ou les enseignes qui ont choisi les sacs « Néosac » l’ont fait dans une évidente bonne intention, y compris sur la recommandation de leurs élus.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 octobre 2005 dans Développement durable , Environnement
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13 octobre 2005

Les députés et les sacs plastiques : « biodégradables » ou « réutilisables » ?

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On les attendait sur une grande loi de défense de l’environnement ! Les députés se sont finalement exprimés à l’occasion du débat sur la loi de modernisation agricole. Haro sur les sacs plastiques non biodégradables ! D’ici 2010, tous les autres sacs (et emballages) devront avoir disparu.

Personne n’est dupe : comme l’exprime Marie-Pierre Ferey de l’AFP, les députés ont cherché surtout « à trouver de nouveaux débouchés aux agriculteurs ». Mais qu’importe (et pourquoi pas après tout !), on ne va pas leur reprocher de grimper dans le train qui mobilise distributeurs, associations écologistes et certaines collectivités locales pour réduire la pollution par les sacs plastiques. Enfin, le débat s’installe au plus haut niveau !

C’est sur le fond du dossier que je suis sceptique. Pour moi, la priorité, c’est la lutte contre le gaspillage et la pollution (quelle que soit la durée de vie des matériaux). C’est la diminution (à la source) de la pléthore d’emballages. C’est la responsabilisation des consommateurs (même si les industriels abusent du plastique, ce sont les usagers qui jettent…). Le « biodégradable », je suis pour, mais essentiellement quand on ne peut pas se passer de sacs jetables. J’argumente :

I - Questions préalables : la mesure suggérée par les députés me semble trop caricaturale. Elle pose d’énormes problèmes :

a) Remplacer 100 à 500 milliards (peut-être plus) de conditionnements en plastique ? Pas besoin d’approfondir l’analyse pour comprendre que la production agricole française n’y suffira pas. Utilisation des terres en jachère ? Assurément. Nouveaux débouchés pour les producteurs de grains ? Pourquoi pas. Reconversion des éleveurs et mobilisation de leurs terres pour lever des récoltes ? Ah ça, je n’y crois pas. C’est faire fi de la géographie et de la spécificité des terroirs… Un tel chamboulement n’est ni crédible, ni souhaitable. Indépendance énergétique ou indépendance alimentaire, il faudra choisir de toute façon.

b) A supposer que ce programme soit techniquement réalisable, le Ministre de l’Environnement ferait bien de réaliser d’abord une étude d’impact. Des bilans énergétiques et écologiques s’imposent, notamment s’il faut arroser toutes ces cultures.

Le Ministre des Finances devra, lui aussi, creuser cette affaire. La réforme de la PAC vise à réaligner les cours français sur les prix mondiaux. Je ne suis pas sûr que la production de ces grains et matières végétales apporte une perspective de rémunération suffisante pour nos paysans incités à se reconvertir. Produire du biodégradable ou du biocarburant peut être écologiquement utile…sans garantie de rapporter gros. Combien de subventions en perspective.

c) Enfin, cette mesure de portée générale n’a de sens que si elle est…appliquée ! …Aux produits importés ? Non, puisque c’est une mesure franco-française. Peut-on alors obliger nos seuls fabricants hexagonaux à acheter des emballages biodégradables cinq à dix fois plus cher (c’est le cas actuellement) alors que leurs concurrents étrangers n’auront pas les mêmes contraintes. Peut-être…c’est un choix politique pas facile à assumer… Au fond, peut-on éviter d’en passer par une directive européenne ?

(Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire, je dis…tout cela mérite étude).

II - Question principale : imposer le « tout biodégradable », est-ce la bonne solution ? Pour moi, cette politique comporte un risque majeur : annihiler les efforts de tous ceux qui se sont battus pour changer les comportements de consommation. Ce peut être la caution à la gabegie. « Pourquoi donner moins de sacs, pourquoi faire une fixation sur cette pollution…puisque c’est finalement biodégradable ».

C’est ça le problème : le changement de matériau n’est pas susceptible de mettre un terme à la prolifération des sacs et des résidus d’emballages dans la nature. Certes, les sacs biodégradables mettront moins de temps pour se déliter. La pollution sera moins durable… Mais des élus municipaux avec lesquels je discutais hier soir, me confirmaient qu’il faudra bien aussi ramasser ces sacs. Les équipes de nettoyage qui arpentent, de manière quasi hebdomadaire, villes et campagnes, ne vont pas s’amuser à trier, sur un seul coup d’œil les sacs bio et ceux qui ne le sont pas. Les coûts de ramassage et de tri resteront évidemment les mêmes.

Pour mes collaborateurs et moi, la priorité c’est la réduction du nombre de sacs et d’emballages. Qu’ils soient fabriqués en plastique, en polyéthylène ou avec de l’amidon, les sacs polluent…parce qu’il y en a trop, parce qu’on les gaspille, parce qu’ils sont jetés n’importe où.

III -La position de mon groupe rejoint donc celle de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) :

1) Priorité aux sacs réutilisables. Notre expérience, malgré la réticence de quelques consommateurs, montre que, dans leur grande majorité, nos clients acceptent cette formule. Ils utilisent les sacs que nous leur consignons, de 16 à 30 fois (je rappelle que nous les remplaçons dès que leur qualité est altérée). Une étude de l’ADEME (septembre 2005) a conclu à la supériorité écrasante du cabas en termes d’économie d’énergie et d’impact environnemental.

2) En revanche, l’emploi systématique de sacs biodégradables pourrait être envisagé chaque fois qu’il est nécessaire de maintenir l’usage de sacs jetables. C’est le cas pour les emballages permettant de transporter et d’isoler les produits frais, tels que poissonnerie, fruits et légumes, viande ; les produits délicats ou à préserver (lingerie fine) ou de petit conditionnement (médicaments, bonbons, etc…).

Mais attention, dans le débat actuel, on confond facilement vraie biodégradabilité avec biofragmentabilité. Cette dernière solution, préconisée par beaucoup de fabricants (produits Neosac...etc.), garde pratiquement tous les inconvénients des sacs non-dégradables.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Agriculture , Consommation , Développement durable , Economie , Environnement
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27 juillet 2005

Sacs plastiques : Les associations se mobilisent pour la suppression des sacs jetables

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Va-t-on vers la suppression des sacs plastiques jetables ? Depuis février 1996, mon groupe menait un combat solitaire pour imposer les sacs consignés et recyclables à la place de ces 15 milliards de sacs plastiques dont une partie pollue notre environnement. Avec, depuis, un réel succès, puisque timidement mais sûrement, les autres enseignes de la grande distribution se sont engagées à diminuer de 15 à 25 % le nombre de sacs en sortie de caisse.

Plusieurs collectivités locales ont pris le relais. C’est l’association des « Amis du Vent », en Corse, qui a donné l’exemple. A Calvi, puis dans d’autres sites de l’Ile de Beauté. A l’île de Ré, à La Ciotat, à Montpellier, à Dijon ou en Savoie, campagnes de sensibilisation, actions pédagogiques et engagement des partenaires commerciaux semblent promettre quelques résultats positifs.

Un virage encore plus important vient d’être pris par l’UFC-Que Choisir. On connaît l’influence de cette organisation sur le mouvement consommateur. Je désespérais de les voir s’impliquer ouvertement et nationalement. Son entrée en lice va accélérer inéluctablement le processus de disparition des sacs.

Dans un communiqué diffusé la semaine dernière, l’UFC-Que Choisir « appelle les consommateurs à ne plus utiliser de sacs jetables ». L’organisation demande aux pouvoirs publics de « soutenir cette démarche en imposant des mesures contraignantes aux industriels et aux distributeurs ».

Rentrée en guerre, l’UFC va même plus loin et conteste l’intérêt des nouveaux sacs biodégradables dont la mise sur le marché est préconisée par plusieurs industriels et députés : « l’innocuité des composants utilisés et de leurs produits de dégradation n’est pas démontrée ». De plus, « on ne peut parler que de sacs fragmentables, mais certainement pas de sacs biodégradables ».

Seul couac dans cette prise de position, l’UFC, de manière complètement incompréhensible, propose une discrimination positive à l’égard « des petits commerces et des supérettes qui concentrent les achats impromptus ». Ils « devraient pouvoir proposer des sacs jetables qu’il ne serait pas choquant de rendre payants ». (Curieuse attitude sélective, résurgence d’une forme de populisme qui attribue systématiquement aux « petits » toutes les vertus…).

Mais sur le fond, et par-delà cette anecdote, nous ne pouvons que nous féliciter de la mobilisation des organisations de consommateurs qui, à l’instar du WWF et de la CLCV, prennent à leur tour des positions courageuses. Elle conforte la démarche que nous avons initialement entreprise et va aider nos salariés (caissières et chefs de rayon) à convaincre les derniers clients récalcitrants.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 juillet 2005 dans Développement durable , Environnement
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19 juillet 2005

Sacs plastiques : mauvaise pub !

Port-Tudy, île de Groix, après trois jours de mer…notre bateau capte à nouveau la FM. Sur la Grande Bleue, les publicités (dont les miennes) ressemblent à des documents d’archives. Je les reçois avec détachement tant la vie ici…est ailleurs.

Mais certaines réclames ont des airs de provocation. Leur cause est surréaliste. Celles des fabricants de sacs plastiques ne manquent pas d’air ! Je ne leur conteste pas le droit de défendre leurs produits. Mais cette manière d’affirmer les vertus écologiques du sac plastique est sacrément gonflée.

Ce ne sont pas les sacs eux-mêmes qui posent problème, mais leur surconsommation (15 milliards de sacs distribués en France chaque année), et aussi leur prolifération dans la nature (…jusqu’à deux siècles pour les éliminer).

La publicité des industriels aurait été plus intelligente si elle n’incitait pas à la gratuité et au libre usage des sacs. Elle aurait pu inciter les usagers à les rapporter dans les magasins. En opposant leur stratégie à ceux qui luttent contre la pollution, les industriels qui fabriquent des sacs plastiques se trompent de combat, et ternissent leur image.

En avril 2005, un sondage CSA révélait que 83 % des Français approuvaient la suppression des sacs plastiques dans la distribution. Le mois dernier, une étude réalisée par l’ADEME et Eco-Emballages allait dans le même sens.

Tous les sondages démontrent que l’utilisation des sacs est directement liée à la politique des enseignes. Dès qu’un magasin propose des sacs réutilisables, les clients jouent le jeu. Ainsi des consommateurs dans les centres E. Leclerc : 90 % des clients pensent que cette démarche est utile pour l'environnement ; 85 % trouvent ces sacs pratiques.

C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de faire école. Le long des côtes que je viens de parcourir, les « Intermarché », les « Système U » proposent désormais des sacs réutilisables.

La publicité des industriels va à l’encontre de ce mouvement qui est de mieux en mieux compris et devient vraiment populaire.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 juillet 2005 dans Développement durable , Environnement
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29 juin 2005

Serge Lepeltier : La TVA pour polluer moins !

Serge Lepeltier n’aura pas été ministre pendant très longtemps. Gaulliste discret, cet homme réservé, mais chaleureux, s’en est retourné à Bourges, ville dont il a été réélu maire.

Les cénacles parisiens ne lui manquent pas. Il a toujours milité, mais il n’a rien d’un godillot. S’il a accepté le poste, c’est parce que l’écologie l’intéresse. Sportif, plongeur sous-marin, il a toujours aimé la nature. Son amitié avec Nicolas Hulot n’a fait que renforcer son intérêt pour la question du développement durable.

Loin des ors de la République, l’ancien ministre n’a emporté avec lui aucune animosité : « personne n’est propriétaire de son fauteuil ». L’écologie restera son dada.

Le voici donc plus pédagogue que jamais et infatigable débatteur.

Libé lui a consacré une intéressante interview, lundi 20 juin. Un quotidien, hélas, c’est du « vite consommé ». Il passe à la trappe de l’édition du lendemain. Par chance, je l’avais découpée dans l’avion pour vous soumettre deux de ses idées.

1) La première concerne le Ministère de l’Environnement. Il faut arrêter d’en faire une « vitrine », une « caution » sans moyen d’intervention. Il préconise trois mesures :

a) « Ce ministère doit être placé à un niveau plus élevé dans la hiérarchie gouvernementale, au même niveau que la Défense,… Il faut qu’un rapport de force s’établisse en faveur de l’écologie ».
b) Un objectif budgétaire : la dotation du ministère devrait représenter 1 % du budget de l’Etat au minimum.

c) Adjoindre « l’Energie » à ce ministère. « La question centrale en matière d’écologie, c’est le changement climatique et donc la question énergétique ». C’est le Ministère de l’Industrie qui suit ce secteur. Celui de l’Environnement « n’est pas responsable du développement des énergies renouvelables, des éoliennes, du solaire, c’est absurde ! ».

De prime abord, on a envie de lui donner raison. J’ai quand même un avis nuancé. Plutôt que de renforcer l’audience d’un seul ministère, ne conviendrait-il pas, au contraire, de revoir le cahier des charges de tous les ministères (agriculture, industrie, transports), en y incluant l’impératif écologique…

Voilà déjà de quoi débattre.

2) Mais l’idée qui m’a séduit, c’est celle d’une fiscalité différenciée selon l’intérêt écologique des produits.

Son raisonnement ? « Il faut réconcilier économie et écologie ». Il propose « d’intégrer dans les coûts de production l’empreinte écologique ». J’aurais bien volontiers objecté que les charges sont déjà très lourdes pour les entreprises en concurrence sur les marchés internationaux. Mais il évacue le reproche, en focalisant sa réflexion sur la TVA. L’impôt indirect, en effet, a ce mérite d’être supporté par les productions nationales comme par les produits importés. « On pourrait faire passer la TVA à 33 % pour les produits les plus polluants et à 0 % pour les produits propres, la moyenne restant à 20 % ».

En raisonnant ainsi, Serge Lepeltier propose une mesure euro-compatible (la moyenne des taux reste inchangée). Elle a l’avantage d’introduire une discrimination pénalisant les produits les plus polluants. Elle prolonge la chaîne de responsabilité : après les sanctions pollueurs-payeurs, celles du marché… Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 29 juin 2005 dans Environnement
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10 juin 2005

Suremballage, gaspillage, surconsommation d’énergie : Du concret !

Suite à ma note sur Nicolas Hulot (01/06/05), des internautes et des consommateurs m’interrogent sur les actions concrètes dans lesquelles notre enseigne s’implique, parallèlement à la réduction des sacs plastiques. Je ne voudrais pas transformer ce blog en instrument de « communication corporate », mais puisqu’il m’appartient aussi de prouver (ne serait-ce que pour mieux démontrer la faisabilité !), je veux juste citer deux types d’actions qui sont typiquement du ressort (et à la portée) d’un distributeur :

1. Les partenariats écologiques avec les fournisseurs : Depuis deux ans, la SCAMARK, société coopérative qui conçoit et fait fabriquer les produits Marque Repère (MDD) pour notre enseigne, a mis en place des « contrats de progrès environnementaux » avec ses principaux fournisseurs. Sur la base du volontariat, chaque industriel, fort du marché obtenu auprès des magasins, s’engage sur huit domaines d’action : la consommation d’eau, les rejets dans les rivières, la consommation d’énergie, les émissions polluantes dans l’atmosphère, la gestion des matières dangereuses, la promotion des bonnes pratiques et la mise en place de cahiers des charges écologiques (allant jusqu’à la certification !).

Les deux parties (SCAMARK et ses fournisseurs) s’engagent à des évaluations annuelles permettant de mesurer l’impact des mesures prises sur l’environnement. La Fondation Nicolas Hulot donne son label aux entreprises contractantes. A ce jour, 369 sites industriels ont signé un contrat. 131 sur la gestion des déchets, 84 sur la maîtrise de la consommation d’eau et 60 sur la gestion des rejets. Des résultats concrets ? Trois exemples :

- La société HDV Distribution (négociant en vins) a mis en place un plan de formation globale de son personnel concernant la manipulation des bouteilles, le tri et la gestion des déchets. Elle a enregistré une baisse de 12% de déchets.

- La société Morina Baie (fabrication de biscuits) a fait installer des compteurs à gaz individuels sur toutes ses lignes de production et de cuisson. Elle a mis en place des systèmes de contrôle qui ont permis de baisser sa consommation d’électricité de 5% et de gaz de 3%.

- Les cafés SATI ont, grâce à la mise en place d’un torréfacteur nouvelle génération, réduit de 50% les émissions de CO² dans l’atmosphère.

Petits ruisseaux… grandes rivières !

2. De son côté, la SCAMARK s’est attelée directement à la conception des emballages et à la limitation de leur impact sur l’environnement. Elle a mis en place des solutions dites « d’éco-conception » permettant d’agir très en amont sur le choix des méthodes et des matériaux de conditionnement.

Des exemples : Marque Repère a « rajeuni » sa gamme de glaces. Le nouveau packaging a changé de forme, diminué en poids, ce qui a permis un gain de place de 45% par palette. Economie : 1 820 palettes en moins à transporter, soit 60 camions en moins sur les routes ! En plus, les boîtes ont bénéficié d’un couvercle avec un système d’inviolabilité, ce qui a permis de supprimer l’opercule et le suremballage. Du coup, 31,5 tonnes de film plastique et de cartonnage sont économisées chaque année.

Idem pour 16 produits frais dont l’optimisation du conditionnement et du transport a permis d’économiser 95 tonnes d’équivalents bois et plastique, et permis de retirer des routes 137 camions. Soit une quantité non négligeable de CO² dans l’atmosphère en moins.

Je m’arrête là. On pourrait multiplier les exemples, tant les chantiers ouverts sont énormes. Et pourtant, même si cela est affiché avec une certaine fierté, ayons l’humilité de dire que ce n’est encore qu’une goutte d’eau.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 juin 2005 dans Développement durable , Environnement
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7 juin 2005

Le député Wauquiez, la main dans le sac !

Je lisais hier la retranscription d’une interview sur Radio Classique (25/05/05) de Laurent Wauquiez, député UMP de Haute-Loire. Invité à commenter l’initiative de mon groupe pour s’attaquer à la prolifération des sacs plastiques distribués dans les magasins par millions. Il déclare « c’est une des solutions envisageables…mais…Leclerc prend les consommateurs pour des crétins…ils ont supprimé les sacs de sortie de caisses, qui était un service gratuit rendu aux consommateurs…On (leur) demande d’acheter des sacs…qu’ils ne peuvent plus utiliser comme sacs poubelles. »

Je me suis demandé ce qui nous valait ce vilain prurit d’acné de la part d’un député qui déclarait par ailleurs qu’il « fallait réduire l’utilisation de sacs, qu’il faut faire de la pédagogie à l’école, pour avoir une meilleure utilisation des sacs plastiques, etc… ». Renseignements pris, ce député soutient une dizaine d’industriels de sa région, qui ont mis au point un sac théoriquement biodégradable, le NEOSAC. Laurent Wauquiez et un autre député UMP, Yves Jégo, ont déposé une proposition de loi visant à interdire la distribution de sacs non biodégradables, d’ici 2010, dans toute la distribution.

Je ne leur reprocherai certainement pas de défendre leurs industries locales. Au contraire, bravo. Mais je trouve stupide la polémique entretenue par LW à notre égard. C’est sur le fond que je ne suis pas d’accord avec la solution qu’ils proposent.

1) Laurent Wauquiez prétend que c’est pour des raisons économiques que je m’oppose à sa solution. Voilà encore ce vieux réflexe qui attribue à l’épicier un cerveau limité au logiciel d’un tiroir-caisse ! Qu’importe ! Puisqu’il parle d’argent, qu’il me permette cette leçon : les sacs, contrairement à ce qu’il croit, n’ont jamais été gratuits. Le coût de ces dix-sept milliards de sacs plastiques distribués en France est évidemment intégré dans la marge du distributeur. Qu’est-ce qu’il croit Monsieur le député !!! Et c’est tout sauf un système équitable puisque le consommateur qui a fait l’effort de venir avec son propre cabas, paye finalement pour ceux qui allègrement s’empiffrent de sacs et gaspillent.

2) Revenons sur sa proposition. Est-elle vraiment écologique. Nos techniciens contestent la biodégradabilité des sacs proposés. Le NEOSAC est constitué majoritairement de polyéthylène (plastique). Ce matériau est inerte. C’est ce qui fait dire au CNIID, une association écologiste spécialisée dans les déchets, que ces sacs ne sont pas biodégradables, mais biofragmentables. « Ce sont les additifs ajoutés à la matière qui conduisent à une fragmentation du sac sous forme de paillettes…La pollution visuelle disparaît, mais les déchets de polyéthylène…restent disséminés dans la nature ». Si tel est le cas, alors l’expérience ne mérite pas d’être tentée.

3) Indépendamment de ces aspects techniques, les sacs biodégradables seraient-ils la bonne alternative aux sacs réutilisables. (J’ai le même débat avec Ségolène Royal qui soutient ardemment un projet concurrent en Poitou-Charentes – Cf. Décryptage 10/03/05). Mon opinion, sans être définitive, est négative.

a) Les Centres E. Leclerc plaident pour une réduction drastique du nombre de sacs mis sur le marché (réduction à la source). Ils proposent aux consommateurs des sacs plus solides, plus grands et durables, échangeables à vie, mais consignés de manière à ce qu’ils les ramènent en magasin, et que nous puissions ainsi les recycler.

b) Le choix de la biodégradabilité laisse tout entier le problème de la prolifération et de la surconsommation des sacs. Et même, si par délitement, ces sacs vieillissent plus vite dans la nature (1 à 10 ans, plutôt qu’un siècle !), il n’y a pas de suppression réelle de la pollution visuelle et chimique.

Ce débat, nous l’avons fréquemment « en interne ». 95% de nos adhérents n’ont pas eu de problème pour arrêter la distribution de tous ces petits sacs bretelles, en sortie de caisses. Mais quelques-uns, en milieu urbain principalement, font état de la résistance d’une frange marginale de la clientèle, peu motivée, ou n’ayant pas la possibilité de venir faire leurs courses avec des sacs déjà accumulés à la maison. Pour résoudre ces problèmes pratiques (on ne fait quand même pas ce métier pour perdre des clients !!!), j’étais assez séduit par une offre complémentaire de sacs biodégradables. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence : tous les sondages montrent qu’une telle initiative relancerait la surconsommation de sacs.

Je fais pression sur mes adhérents pour que nous persistions courageusement dans nos choix initiaux. Nous sommes en train de faire école dans la distribution, et auprès d’élus régionaux. Deux associations de consommateurs ont clairement pris position. France Nature Environnement et la Confédération de la Consommation, du Logement et du Cadre de vie (CLCV) soutiennent l’option des sacs réutilisables, « lesquels permettent de limiter la consommation des ressources et de réduire la production de déchets dont la gestion coûte de plus en plus cher ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 juin 2005 dans Environnement
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1 juin 2005

Nicolas Hulot, son « Défi pour la Terre » et ses opposants

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Nicolas Hulot (Convention Perspectives E.Leclerc - nov. 2003)

Les ministres et les gouvernements passent. La terre continue de tourner. Et la question de notre environnement reste un problème durable !

Je soutiens à cent pour cent l’initiative de Nicolas Hulot : « un Défi pour la Terre ». Cette opération n’a rien de révolutionnaire, elle ne changera pas, à elle seule, la face de la planète. Mais elle est nécessaire et salutaire…pour imposer la défense de l’environnement dans la conscience collective.

Je connais NH depuis longtemps. Nous avons fréquenté les mêmes cailloux le long des côtes malouines. Nous avons débattu dans des émissions de télévision ou de radio. Il a encouragé mon enseigne quand, au risque de mécontenter les clients, elle a décidé de réduire la distribution de sacs plastiques dans les magasins. Il est venu me soutenir devant plus d’un millier de nos salariés qu’il s’agissait de mobiliser pour la cause du développement durable. De cette relation est né un partenariat. La Fondation décerne son label à des produits maison (Marque Repère) quand nous nous engageons sur un objectif environnemental. Et c’est avec la Fondation NH que nous organiserons, en 2005, la prochaine édition « Nettoyons la nature » qui rassemblera, autour de ce projet pédagogique, plus de 200 000 jeunes à travers toute la France.

Mais parlons de sa nouvelle initiative. Son défi ? Faire appel à la conscience éco-citoyenne de chacun, mobiliser les bonnes volontés, créer un effet réseau pour que « tous les petits ruisseaux finissent par faire une belle rivière ».

Tout le monde, donc, sur le pont. Il s’agit, dans tous les gestes de la vie quotidienne, d’économiser l’eau, l’électricité, de s’équiper en basse tension, de garder son cabas pour les prochaines courses, d’éviter les sur-emballages, etc… Bref, une opération dans l’esprit « Un enfant, un arbre », « Nettoyons nos plages », tri sélectif des déchets, etc…

A peine lancée, dans le cadre de la semaine du développement durable (du 30 mai au 5 juin), son action suscite les commentaires désabusés de nombreux détracteurs.

1) Il y a ceux qu’irrite NH lui-même : ses coups de gueule, sa manière de marcher devant la caméra et d’avoir l’air de donner des leçons à tout le monde. Comme si Cousteau, Tazieff ou les leaders de Greenpeace n’ont pas eux-mêmes été les metteurs en scène des causes qu’ils défendaient. Comme si le photographe qui shoot Théodore Monot dans le désert du Hoggar n’était là qu’en touriste, rencontré au hasard d’une méharée ! ! !

2) Il y a ceux qui, franchement dédaigneux, trouvent tout ça très scout, genre discours catho moralisateur sous le préau ! Sans doute, cela est-il vrai au moins pour les apparences. Mais notre NH a pour lui cette formidable audience auprès des jeunes, ce dont ne sauraient se prévaloir tous ces intellectuels qui le snobent et dont l’engagement écologique fait cruellement défaut.

3) Il y a aussi ceux qui disent qu’encore une fois, on fait reporter sur les seuls citoyens la responsabilité écologique alors qu’il faudrait s’en prendre aux états, aux institutions et aux responsables politiques. Mais alors qu’à son initiative, on vient de modifier notre propre constitution et qu’on lui connaît un engagement réel sur la scène internationale, peut-on opposer ces deux types d’interventions ?

4) Il y a enfin tous ceux qui contestent son partenariat avec des entreprises. Là, l’accusation vise la crédibilité de toute l’action de NH à travers sa fondation. C’est ainsi que le réseau « Sortir du nucléaire » qui regroupe 700 associations locales, a demandé à NH d’annuler son partenariat avec EDF, « poids lourd du nucléaire »…

Nicolas Hulot a réagi et je veux lui apporter, ici, mon soutien.

1) On ne peut pas interpeller en permanence les entreprises, leur demander d’agir positivement en faveur de l’environnement ou de l’éthique. Et quand elles le font, leur cracher dessus au nom d’une idéologie anti-capitaliste ou d’un angélisme qui rêverait d’un processus de production entièrement propre. L’important, comme le dit NH, c’est de créer un processus collectif d’amélioration des comportements.

2) Vu les enjeux, mais aussi les inerties, on n’arrivera pas à défendre la planète « les uns contre les autres ». Toutes les activités industrielles, à un moment ou à un autre, sont polluantes. « On ne peut occulter que l’agriculture prélève 70 % de notre eau, qu’elle est la deuxième source d’émission de gaz à effet de serre…qu’elle utilise des pesticides…et continue de gaver les animaux d’antibiotiques, voire d’antidépresseurs ». Il faut aider les paysans (et les industriels) à changer d’objectif et les accompagner dans leurs réalisations au lieu de vitupérer contre eux.

3) C’est enfin à travers l’expression de la demande que les consommateurs peuvent agir sur le tissu industriel. En réclamant des produits plus durables, plus économes en énergie, en achetant des produits bio ou de l’agriculture raisonnée.

La boucle est bouclée. On en revient à l’importance des comportements individuels et aux attitudes citoyennes.

En tant qu’initiative parcellaire, le « Défi pour la Terre » de NH ne saurait constituer, à lui tout seul, un projet écologique. Mais c’est du concret. Alors, que celui qui fait mieux, propose…

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 juin 2005 dans Environnement , Portraits / Rencontres (DD)
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16 février 2005

Biocarburants : le fisc contre son camp

 Hier soir, sur un plateau de Canal +, avec François Hollande, Nicolas Hulot et Hervé Gaymard, dissertation sur l'ère de l'après-pétrole ! Je reste sur ma faim. J'ai engagé mon enseigne sur la voie des biocarburants. Avec un certain succès. Nous assurons 35% des ventes de gazole vert en grande distribution, c'est-à-dire bien plus que le poids de notre groupe dans la distribution du gazole normalisé. Et nous sommes les premiers, depuis le 10 novembre 2004, à avoir lancé un "sans plomb" contenant 5% d'éthanol à base de betteraves sucrières. Le gouvernement, sous Hervé Gaymard, Ministre de l'Agriculture, a soutenu ces initiatives. Mais comment expliquer l'inertie de l'appareil d'Etat devant cette contradiction : notre pays, qui se veut pionnier, accorde une exonération de TIPP inférieure de 25% à celle qui est pratiquée en Allemagne. La conséquence ? La majeure partie des quantités de colza produit en France, disponible pour l'incorporation dans le gazole moteur, va en Allemagne, limitant l'accès à ce produit des opérateurs français comme Leclerc. Résultat, nous ne pouvons offrir du gazole vert qu'en Normandie et dans le Finistère. Il n'y a pratiquement aucune perspective d'élargissement géographique de cette offre, sauf si une disposition légale finit par rendre l'incorporation d'ester obligatoire. Mais même dans ce cas, le différentiel d'exonération fiscale entre l'Allemagne et la France sera intégralement supporté par les consommateurs. Alors, gadget ou politique alternative ? Que veut-on vraiment ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 février 2005 dans Développement durable , Economie , Energies , Environnement
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17 janvier 2005

Environnement, développement durable

 Incroyable : alors qu'à juste titre, l'administration tombe sur le paletot de n'importe quel commerçant ou industriel indélicat avec les problèmes sanitaires et d'environnement, le Ministère de l'agriculture annonce qu'il sera indulgent avec les agriculteurs pollueurs. A Bruxelles, notre administration s'est battue pour conditionner l'octroi de subventions au respect de règles écologiques drastiques (ne serait-ce que pour augmenter les seuils d'accessibilité des financements PAC à nos concurrents de l'Europe de l'Est). Mais de retour à Paris, elle fait fi des excès de lisier ou d'herbicides, ramenés au rang de péchés véniels. Comme tous les Français, je comprends la nécessité d'oeuvrer pour le revenu agricole. Cette initiative passe évidemment par l'élévation des standards de qualité, la traçabilité, la certification. A qui fera-t-on croire qu'on cherche à impulser ce mouvement, si on est aussi laxiste et si l'on cède par avance aux menaces des premières fourches ? Pas très courageux tout ça !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 janvier 2005 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable , Environnement
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