1 avril 2006
Microcrédit et solidarité : des femmes indiennes multiplient les « groupes d’entraide »
On dit que c’est au Bangladesh qu’est né « le microcrédit ». L’initiative en reviendrait à Muhammad Yunus qui créa, dès 1983, la Grameen Bank pour faciliter les prêts aux familles les plus démunies. Mais c’est en Inde que ce marché « prolifère »… Les banques, les ONG, les associations caritatives, humanitaires ou tout simplement familiales, contribuent à l’essor de cette forme de financement. Tantôt, c’est un groupe de femmes qui peut bénéficier d’un emprunt à court terme pour acheter des machines à coudre et lancer une mini collection de vêtements. Tantôt, c’est une petite société de transport, nouvellement créée par des jeunes, et que parraine une association d’entreprises, pour livrer des colis. Etc.
A Tirupur, la présidente de l’ICCW (Cf. ma note du 29/03/06) nous a entretenus d’une autre forme de mutualisation financière, le « Women Self Help Group ».
Chaque semaine, des femmes décident d’épargner une petite partie de leur salaire. Elles dotent progressivement un fonds commun d’épargne. L’objectif est multiple :
- Pouvoir prêter à l’une d’elles des petites sommes pour couvrir une dépense exceptionnelle (frais de mariage, achat d’une machine à laver, etc.) sans passer par d’onéreux usuriers.
- Investir ensemble dans des petites activités génératrices de revenus : atelier de couture, de céramique, organisation de l’accueil saisonnier des touristes…
- Compléter les capacités d’emprunts bancaires de l’une d’elles, etc.
L’ICCW parraine ou organise 250 groupes d’entraide de ce type.
La démarche est très constructive. Elle a un effet positif sur le renforcement des liens sociaux dans la ville ou les quartiers. Elle suppose une démarche volontariste de chacune des femmes adhérentes, une certaine abnégation et un grand effort de solidarité.
Mais surtout, cette mutualisation financière constitue une formidable opportunité pédagogique. Elle participe de la lutte contre l’illettrisme, sert de modèle éducatif à des adultes et les initie à la gestion budgétaire, à l’économie.
P.S. : Dans l’avion qui me ramène sur Paris, je découvre dans « Le Nouvel Observateur » (30/03/06) un article assez complet sur le sujet : « Quand les pauvres intéressent les banquiers ». Patrick Fauconnier rappelle l’explosion de ces formules de financement en France même. Je découvre à l’occasion qu’il existe une « semaine du microcrédit » lancée par la pionnière française, Maria Nowak, présidente de « l’Association pour le Droit à l’Initiative économique » (Adie). Patrick Fauconnier conseille aussi la lecture de « Portraits de microentrepreneurs » préfacé par Jacques Attali (créateur de PlaNet Finance) et Muhammad Yunus (Editeur Le Cherche Midi).
Posté par M.E.L. le 1 avril 2006 dans
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31 mars 2006
Labels équitables : rien n’est parfait…et c’est normal !
Après les chaleurs sèches du Tamil Nadu, c’est à Koshi (Kerala), dans l’ancien comptoir portugais de Cochin, que nous retrouvons Tristan Leconte, le dynamique fondateur d’Alter Eco.
Sur les bords de l’estuaire, verre à la main, il est prolifique, insatiable pour commenter les vertus du fair trade (commerce équitable). Il y consacre toute son énergie. Les dirigeants d’une coopérative voisine en restent pantois. Ils ne comprennent manifestement pas tous les savants raisonnements que TL exprime dans un anglais très business et saccadé, mais ils savent leurs intérêts bien représentés par cet ambassadeur boulimique et sympathique de la cause des petits producteurs.
En France, les débats sur le commerce équitable passionnent partisans ou détracteurs du projet français de normalisation. On y fustige assez facilement les grandes entreprises qui veulent développer leurs propres marques équitables (industriels ou GMS). On disserte sur ce qui pourrait vraiment être autorisé à porter le label. On en dénonce les dérives : « Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on en oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé » ; « Malongo fait aussi du non équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing » ; « La GMS vend de l’équitable, mais ses propres pratiques commerciales ne le sont pas », etc. Sous-jacente à ces propos, on sent poindre une certaine méfiance pour l’extension du label Max Havelaar à des filières qui ne seraient pas reconnues comme des « pure players ».
Idéologie contre principe d’efficacité ? Même si elles sont parfois byzantines, ces querelles ont quelques raisons d’être. Le marché se développe et attire des opportunistes. Mais pour Tristan Leconte, ces débats traduisent aussi la nostalgie de quelques idéologues, qui ont tendance à idéaliser le concept, au risque d’oublier les aspirations concrètes des producteurs du Sud. Eux ont besoin que les marchés se développent !
Justement, aujourd’hui, TL est très en colère. Il fait très chaud, 36 ou 37 ° avec un fort taux d’humidité, et ça n’apaisera certainement pas son courroux. L’émission TV « Capital » diffusera, ce dimanche, un reportage sur le commerce équitable. TL s’est plié aux exigences de l’équipe de Guy Lagache. Il a ouvert ses comptes et celui des producteurs brésiliens vers qui il a guidé l’équipe de Capital. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’un journaliste, lors d’une halte chez la grand-mère d’un des coopérateurs, a repéré (et filmé) une piscine (un bassin de béton !). Ah, ah ! N’est-ce pas la preuve que le sur-prix payé par les consommateurs en achetant un label Max Havelaar…ne finance pas forcément des infrastructures sociales ou éducatives…
Ecoeurement de TL : 54 heures de film pour arriver à une mise en scène qui va installer tant de scepticisme ! « C’est dégueulasse pour ces producteurs. Comme si on devait remettre en cause chaque système au moindre grain de sable… ».
Il fulmine et tente, par téléphone, d’enrayer cette dérive médiatique, décidément un peu systématique chez Capital.
TL veut en profiter pour convaincre mes collaborateurs et les journalistes qui m’accompagnent de l’intérêt d’une démarche progressive, forcément chaotique et difficile.
La démonstration, c’est à deux heures de Cochin (embouteillages compris) qu’il veut la faire. Quittant les villes, pénétrant un somptueux paysage de rizières et de forêt tropicale (arbres à caoutchouc), il nous transporte à Nadukkara. Une coopérative, N. Agro Processing Company, tente de regrouper les fermiers de 21 « panchayats » pour y produire des mangues, des bananes et surtout des ananas qu’elle vend frais ou transformés en concentré de jus.
Ici, et contrairement à de nombreuses coopératives labellisées Max Havelaar, ce ne sont manifestement pas les producteurs qui ont choisi, eux-mêmes, leur destin. C’est grâce à l’alliance de l’état du Kerala (premier gouvernement communiste de la planète à avoir été démocratiquement élu !!!), de la municipalité de Muvattupazha et d’experts de la Commission Européenne…que le projet a vu le jour.
Ces fermiers sont très pauvres, cultivent 0,7 acre en moyenne, vivent chichement. Quelques cultures complémentaires (gousses de vanille, noix de coco), des vaches, des poulets…
Alter Eco est leur premier client « fair trade ». D’Alter Eco, ils perçoivent 54 % de revenus en plus. Soit pour la coopérative, une somme supplémentaire de 9 000 euros en 2005.
Si l’on était tatillon, les critères drastiques qui prévalent à l’obtention du fabuleux label « Max Havelaar » ne devraient pas s’appliquer encore à ce projet.
- La coop ne commercialise que 12 % de sa production en « équitable ». Pour vivre, elle conditionne des jus de fruits de marque pour le marché indien.
- Dans l’usine (immense et qui tourne à moins de 20 % de ses capacités), les audits font apparaître bien des manquements au cahier des charges (sécurité, sanitaires, information des salariés). A Tirupur, je disais que partout étaient affichées les chartes éthiques des grandes marques. Ici, pas une pub pour le commerce équitable ! Pour le coup, on peut s’interroger sur la sincérité et le degré de l’engagement…
- Surtout, on voit bien que le projet est piloté essentiellement par un directeur technique, avec l’appui de quelques experts fournis par l’état. C’est d’ailleurs l’état qui nomme le président de la coopérative, le premier des producteurs n’étant que vice-président. Théoriquement, ce sont les producteurs qui devraient diriger cette entité. Interpellés par TL, aucun d’entre eux n’est capable de citer le chiffre d’affaires 2005, ni d’aligner le moindre chiffre sur les réinvestissements sociaux.
Oui, tout cela fait un peu « bricolo ». Mais peut-on imaginer autre scénario quand on sait le niveau de pauvreté, d’illettrisme, et d’isolement des habitants de ces zones rurales.
Tristan Leconte n’en démord pas (et il est diablement convaincant). Le commerce équitable, ce n’est pas un intégrisme dont les règles auraient été fixées par des Occidentaux. C’est une démarche progressive qui nécessite de notre part compréhension, patience et entraide.
Le message est d’ailleurs clairement passé. Le directeur désigne un bâtiment en construction. C’est le futur centre de formation pour les agriculteurs. Il est situé de l’autre côté de la route, hors les murs de la coopérative… Une initiative très concrète, mais aussi toute symbolique puisqu’elle se veut ouverte à tous, et pas simplement aux adhérents de la coop.
Posté par M.E.L. le 31 mars 2006 dans
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29 mars 2006
La scolarisation plutôt que le travail des enfants : les convictions d’une grande dame indienne
Tirupur, état du Tamil Nadu. Je suis parti depuis deux jours en Inde du Sud. Pas facile de répondre à vos commentaires, ni de réagir aux soubresauts de la vie politique française. Avec la distance, je mesure l’importance des évènements, mais ils ne me parviennent, ici, qu’à travers la loupe déformante de BBC News et de CNN (pas de TV5, ni même de médias francophones dans cette région, malgré l’intérêt du boom économique).
Ici, la France ne pèse pas vraiment 1,7 % des investissements. La visite de G. Bush a éclipsé, dans les médias économiques, le passage de J. Chirac. Dans les salles de classe, il y a, comme en France, des cartes de la planète. L’Inde y est représentée au centre, très imposante, avec, à sa droite, la Chine, les dragons asiatiques jusqu’au Japon. A gauche, après l’obsédant Moyen-Orient, la France apparaît comme l’Alaska de nos propres cartes, une terre anonyme qui fuirait le monde vers des confins incertains.
Comme me le répétait encore récemment Monsieur Dominique Girard, ambassadeur de France à Delhi, tout est « à faire (économie, culture) si l’on veut jouer ici ne serait-ce qu’un second rôle ».
J’y suis venu pour m’enquérir de l’avancement de projets sociaux dont nous sommes partenaires :
- La côte Est du Tamil Nadu a été salement ravagée par le tsunami. Avec « La Voix De l’Enfant » et des ONG locales, notre enseigne a co-financé des programmes de reconstruction (Cf. mes notes des 28/06 et 18/11/05).
- Dans la vaste région de Tirupur, nous sommes engagés dans un partenariat éducatif : équipement d’écoles publiques, construction d’un complexe scolaire (du cours préparatoire à la terminale).
Hier donc, les habitants de Karur (14 000 habitants) nous ont offert une superbe fête : fleurs, discours, prêtre, plantation d’arbres, danses… Les quelques collaborateurs, journalistes et cadres d’ONG qui étaient présents, n’en revenaient pas. Mais paraît-il, c’est incontournable. C’est une tradition d’accueil. Et c’est aussi, comme le dit Madame Damodaram, « une manière de faire comprendre que toutes ces réalisations ne tombent pas du ciel ».
Andal Damodaran est une petite femme, mais c’est une grande dame. Elle a la cinquantaine naissante, elle est élégante dans son sari, le regard est franc, le sourire est assez rare, mais complice. Elle fait partie de ces Indiennes passionnées, souvent de haute caste, qui s’engagent dans l’humanitaire. Elle préside l’ICCW, l’ONG qui pilote, ici, notre projet.
L’ICCW (Indian Council for Child Welfare) se préoccupe des problèmes de nutrition et de l’exploitation des enfants. L’association gère des centres d’appel, des résidences pour enfants abandonnés, des centres pédagogiques et sanitaires dans toute l’Inde. Sa présidente considère que la scolarisation des enfants est une priorité nationale.
Les écoles ne manquent pas. Le Tamil Nadu (62 millions d’habitants) en compte 32 000 et 6 000 collèges. Mais 90 % du budget de l’Etat sert à la construction et à l’acquisition des bâtiments, ainsi qu’au salaire des professeurs. Les équipements, eux, laissent à désirer. Souvent, il n’y a pas de tables pour écrire, pas de cahiers, encore moins d’ordinateurs (pourtant nous ne sommes ici qu’à 400 km de Bangalore, la Silicon Valley indienne !). Quelquefois, pas de sanitaires : les jeunes filles fuient, vers l’âge de 12 ans, cette précarité (les parents, en tout cas, s’en servent de prétexte pour extraire leurs enfants).
Pertes en ligne :
Si 96 % des enfants du TN sont scolarisés dès le cours préparatoire, leur nombre décroît avec la classe d’âge supérieur. En première, il n’en reste que 30 %. Démotivés (70 élèves par classe !), sans possibilité de soutien scolaire à la maison (les parents sont souvent illettrés), les élèves quittent l’école vers 12-13 ans. La plupart du temps, pour travailler chez des artisans, à la ferme, dans des petits restaurants ou dans des familles plus riches, comme domestiques.
Les castes, une barrière ?
Pas en tant que telle, répond A. Damodaran. Les écoles publiques sont gratuites, dans la langue des états, accessibles à tous. Illustration : l’Inde a même élu un intouchable à sa tête ! C’est plutôt le niveau de revenus qui est discriminant (notamment pour les castes inférieures), car la scolarisation longue des enfants est un manque à gagner.
C’est l’argument principal des parents. Ils considèrent que l’enseignement est trop académique, pas adapté au marché de l’emploi. L’enseignement, au collège, est pour certains « un luxe » quand il faudrait, dès 14 ans, accéder à une formation utile, professionnelle…
L’action de CASI :
Pour contrer ces comportements, une dizaine d’industriels ont créé le « Corporate Alliance for Social Initiatives ». Certains sont mus par des pensées religieuses. D’autres, moins philanthropiques, considèrent qu’il est bon, pour la productivité de leur entreprise, de pouvoir accéder à une future main-d’œuvre plus qualifiée. Plusieurs sont nos fournisseurs. Nous avons accepté leur demande de partenariat à condition qu’ils se soumettent au contrôle de l’ONG.
Le programme d’action :
Outre, l’école de Karur (qui comprendra un CP, un collège, un centre de formation aux métiers du textile), l’investissement porte sur cinq autres établissements. Des écoles publiques, en zone rurale et à Tirupur (5 000 élèves au total). Il s’agit de créer de nouvelles salles de classe, de les équiper, de payer d’autres professeurs, de construire des réfectoires, des infirmeries, etc. (Quelquefois, les problèmes sont dramatiquement « terre à terre ». Dans une école de 300 élèves, les enfants ne disposant d’aucun sanitaire, doivent traverser une route dangereuse et rejoindre un champ peuplé de serpents !).
A la fin de la (très longue) cérémonie d’inauguration, Madame Damodaran m’a pris le bras. S’exprimant dans un anglais qui abuse des « dentales », elle a insisté : « c’est bien de faire des audits sociaux dans les entreprises, ça ne peut qu’améliorer le sort des employés. Mais si l’on n’éduque pas leurs enfants, on restera longtemps dans le sous-développement ».
Posté par M.E.L. le 29 mars 2006 dans
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24 février 2006
Surpêche, menace sur les ressources en poisson : Greenpeace interpelle la distribution

© Nathalie Luthold
Greenpeace démarre une campagne de sensibilisation du grand public sur la surpêche de certaines espèces et la préservation des ressources halieutiques. Sur l’exemple d’un rapport réalisé par Greenpeace Angleterre
> Lire le rapport Greenpeace (pdf)
Greenpeace France rédige une étude sur la consommation des produits de la mer dans l’hexagone, ainsi que sur la politique d’approvisionnement des acteurs du marché. 70% des ventes de poisson se font au travers de la grande distribution. Par des achats directs ou par l’intermédiation de mareyeurs ou de grossistes ! L’ONG souhaite mettre en place un système de notation pour chaque enseigne.
La démarche de Greenpeace se veut constructive. Tant mieux. Le sujet mérite qu’on s’y investisse. Et les solutions ne sont pas simples.
On se rappellera cette polémique sur la perche du Nil. J’avais diligenté un audit social et environnemental pour que mes collaborateurs puissent se faire une opinion. C’est en partie chose faite : les dégâts écologiques sont confirmés, la prolifération de l’espèce prédatrice nuit à la diversité du peuplement des cours d’eau mais le boycott n’arrangera rien. En tout cas socialement ! L’exploitation de ce poisson a été créatrice de nombreux emplois. Loin d’être toujours valorisants, c’est sûr. Mais la reconversion des sites de conditionnement devenus très nombreux, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mes équipes recherchent des formules de substitution, vers d’autres espèces, et même des modes de production bio ou équitables. Il faut du temps…
L’étude française de Greenpeace porte sur une dizaine d’espèces sur lesquelles l’ONG propose des actions correctives, soit pour éviter le gaspillage des ressources, soit pour pallier aux effets négatifs des modes de pêche, destructeurs de l’environnement. Il s’agit du cabillaud, du thon rouge (de Méditerranée dans 80% des cas), de l’empereur, du grenadier, du lieu noir, du bar, du flétan, de la lotte, du carrelet, et des crevettes (sauvages ou d’élevage. Il s’agit principalement ici de crevettes importées d’Asie ou d’Amérique du Sud).
Sur la base de cette liste, nous allons donc rassembler les données concernant les différents fournisseurs. Répertorier les modes de pêche, tels que par exemple, ceux qui s’effectuent avec des chaluts pélagiques, pas forcément interdits par la réglementation, mais sujets à forte polémique, notamment en Bretagne.
Partant de ce travail de documentation, mes équipes discuteront avec Greenpeace ou tout autre ONG intéressée par le sujet… pour mener un certain nombre d’actions parmi lesquelles
1. Réécriture (à la hausse) des exigences concernant le respect des critères environnementaux et sociaux sur les sites d’élevage.
2. Suppression de la pêche pélagique (et étude avec les professionnels de technique de substitution)
3. Référencement et promotion d’espèces alternatives (comme le tilapia).
La tentation des ONG, dans le processus de notation, c’est évidemment de mettre la pression sur les acteurs économiques.
Moi, je crois qu’il faut faire les choses rationnellement, en mesurant toutes les conséquences des actions correctives. Il faut en effet éviter de tomber dans des actions trop radicales, dont les effets pervers peuvent être pire que les pollutions présentes.
J’ai relu cette semaine des articles publiés ces 4 ou 5 dernières années sur la surexploitation de quelques unes de ces espèces. Nombre d’ONG faisaient la promotion des techniques d’élevage, par opposition à la surpêche, en haute mer. Mais, 4 ans plus tard, les mêmes ONG dénoncent les concentrations d’élevage, dont tout le monde convient désormais qu’ils ont aussi un effet très polluant, et qu’ils constituent des lieux où prolifèrent nombre de virus et bactéries (cf. crevettes asiatiques).
Sans compter le problème de l’alimentation des poissons d’élevage…
Je n’ai pas d’autres compétences pour aller plus loin dans l’analyse du sujet. S’il vous passionne, n’hésitez pas à me fournir des informations.
De toute façon, il nous faut réagir, et profiter de cette alerte de Greeenpeace, pour balayer tous les problèmes de ces filières.
Posté par M.E.L. le 24 février 2006 dans
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12 janvier 2006
Labels bio, équitable, environnement : La leçon des Coop Suisse !
Les consommateurs suisses sont parmi les plus gros acheteurs de produits issus du commerce équitable (pour l’anecdote, 50 % des roses vendues au pays de Guillaume Tell sont labellisées Max Havelaar ! ! ! ».

Idem pour le bio : 30 % des produits agricoles helvètes, compte tenu de cet engouement, se revendiquent de cette certification.
Le rôle de la distribution coopérative a été exemplaire dans ce développement. Migros, puis les Coop de consommateurs ont largement relayé l’aspiration quasi naturelle des Helvètes pour la défense de leur environnement. Au point qu’aujourd’hui, Coop Suisse (2ème distributeur) y commercialise 50 % des produits bio. Avec des taux records qui interpelleront tous les professionnels hexagonaux : 50 % du marché du lait, 51 % des œufs, 35 % des carottes, etc…
J’avais, hier, organisé le déplacement à Bâle de toute une task force : cadres et adhérents de mon enseigne engagés dans le développement durable (secteur achats, logistique, contrôle qualité). Visite passionnante, depuis l’arpentage des rayons d’hyper où s’affichaient bien visibles les différents labels écologiques, jusqu’au siège de la coopérative avec les chefs de projet et les « category managers ».

La stratégie des Coop s’appuie sur le développement de « labels de compétence » :
- Coop Naturaplan distingue les aliments biologiques certifiés par un « bourgeon » ainsi que viandes et œufs issus d’élevages respectueux des animaux.
- Coop Naturaline labellise les textiles et les cosmétiques produits selon un cahier des charges écologique et éthique. Exemple : vente de coton bio et équitable, origine Inde.
- Coop Oecoplan souligne les produits et emballages dont les engagements environnementaux sont certifiés. Et aussi les services tels le réseau des « pressings-maison » qui ont remplacé le perchloréthylène par un solvant moins polluant.
- Max Havelaar est partenaire des Coop et labellise les produits du commerce équitable.
- A ces certifications viendront bientôt s’ajouter un label « végétarien » et un autre « antiallergénique ».

Pour ceux que le détail de ces initiatives intéresse, Coop Suisse édite une brochure très complète, en français ou en allemand, qu’on peut acquérir au siège des Coop (Info Service, Case postale 2550, 4002 Bâle).
De cette visite, mes collaborateurs et moi-même avons retiré beaucoup d’enseignements. Je livre, pêle-mêle, quelques observations particulières.
1) Les Coop se sont engagées à fond, dès le début des années 90, dans le développement durable. Inutile de dire que même à l’époque, ce n’était ni une mode, ni un véritable investissement marketing. Le groupe a tout de suite rencontré un problème d’offre limitée. (Les producteurs bio peinaient à exister au milieu d’une agriculture hyperproductive avec sa surproduction de lait et ses montagnes de beurre).
Le distributeur s’est donc investi dans des accords de filières, avec des partenariats individualisés.

2) Coop a donc dû appuyer le développement de ces gammes grâce à ses propres marques.
a) Aujourd’hui encore, peu ou pas de marques de producteurs (pas d’AOC, d’indications spécifiques de terroir comme en France…). Même les produits locaux sont aux marques et aux labels « Coop Suisse ». On ne peut certes pas parler de « filières intégrées », mais, à coup sûr, les producteurs sont dépendants du marketing de l’enseigne.
b) Conséquence : la production bio en Suisse s’est terriblement concentrée. En France, elle est atomisée dans des centaines d’exploitations. En Suisse, 4 à 5 « grosses firmes agricoles », par segment de marché, y compris dans l’élevage, proposent l’offre labellisée vendue chez Coop.
c) S’il existe en Suisse des organismes « nationaux » labellisateurs, on n’en voit pas beaucoup les sigles sur les produits (contrairement au Label Rouge ou au logo AB (Ecocert) en France). Du coup, les labels Coop représentent 30 % des ventes de l’enseigne ! ! ! Coop fait cependant appel à Max Havelaar pour les produits équitables, mais pas sur tous les produits (notamment d’origine Asie).

3) En France, les ONG y verraient malice (Cf. débat sur la multiplication des certifications privées et l’auto-saisine des pouvoirs publics dans cette affaire). Pas de problème de ce type en Suisse (si j’en crois nos interlocuteurs). Deux explications sont avancées :
a) Les ONG sont très positives (idéologie protestante, Cf. Max Weber ! ! !). Un peu plus vindicatives en Suisse romande qu’en Suisse allemande. Mais elles sont très pragmatiques. Et les 2 millions de consommateurs de Coop sont co-propriétaires (pléonasme) de leur coopérative, d’où maxi confiance.
b) La demande elle-même n’est pas politisée, ni « idéologisée ». Nos interlocuteurs considèrent que l’approche environnement/bio des clients ressort d’une attitude plutôt « égoïste ». Priorité d’abord à la préservation de leur propre santé ou de leur patrimoine (paysage, qualité de vie, tourisme, etc…).
4) Ce contexte particulier a permis aux productions bio et aux produits du commerce équitable de sortir de leur marché de niche. Sans compter qu’indirectement, le prix du bio a bénéficié « d’un écart de prix » relativement faible par rapport à une agriculture conventionnelle déjà très chère (une réglementation très protectionniste met les agriculteurs locaux à l’abri de la concurrence européenne).
5) Mais ce contexte particulier conduit aussi à quelques exubérances et contradictions. Quelques exemples en parcourant un magasin :
a) Les produits bio sont très festifs (ce qui les rend très attractifs). Rien à voir avec le marketing paupérisant de certains produits hexagonaux ou nordiques. Les packagings, comme les arguments publicitaires, revendiquent plutôt le goût, l’achat plaisir…que l’achat militant !
b) Les produits frais bio sont tous recouverts de polyéthylène (pas de PVC bien sûr). Explication étonnante : « Ne pas contaminer le bio dans sa cohabitation avec les produits conventionnels ». Quel gaspillage d’emballage !

c) Les gammes bio sont richement déclinées. Avec excès, parfois ! Ainsi, ces œufs durs sortis d’une gamme « Pique-nique », bio de chez bio, colorés en bleu ou en rouge(pour ne pas les confondre avec des œufs frais) ! Rien ne justifie évidemment qu’ils soient vendus 1 F suisse de plus que le bio classique (ou alors, ça fait cher la cuisson écolo ! ! !).

Ou encore, ces œufs brouillés (bio) commercialisés en brique pour 2 ou 4 personnes ! Je ne vous dis pas le prix…

Enfin, que penser de ces gammes bio spécifiques enfants (exemple : une référence de pomme, au goût sucré !).

d) Moins anecdotique, mais en complète contradiction avec les objectifs affichés d’économie d’énergie et de lutte contre le gaspillage, toutes les gammes bio sont déclinées en portions individuelles. Avec des dizaines de petits packagings pour abriter « sauces, yaourts, purées de fruits, confitures et condiments », etc…
e) Et pour finir, ces suremballages en carton, détachables, qui entourent le plastique des « ultra-frais », théoriquement justifiés pour que les consommateurs puissent les séparer lors du tri sélectif…alors qu’il suffirait d’imprimer le pot et d’en faire l’économie !
6) Nouveautés : Coop a récemment noué des partenariats de co-branding avec des grandes marques industrielles (Skip, Knorr) ou sélectives (Weight Watchers…) dans le bio et la diététique. Voilà qui ferait bien hurler les associations françaises… Mais apparemment, ici, ça passe…

Bon, j’arrête là ces remarques. Au-delà de ces commentaires, je retiens la détermination et la performance de Coop Suisse. Exemplaire !
Au Sommet sur le Développement Durable de Johannesburg, l’ONU lui a décerné le Prix International des Partenariats en faveur du Développement Durable. Bravo, c’est mérité. A nous de relever le défi…

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2006 dans
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14 décembre 2005
Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes
Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).
Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.
L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.
Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :
- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.
C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.
J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :
1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.
2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.
3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).
4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.
Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.
C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.
Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).
L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.
Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans
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18 novembre 2005
Tsunami : Où en sont les programmes de reconstruction ?

On n’en parle pratiquement plus dans les médias. Si ce n’est pour faire référence aux interminables polémiques sur le montant global des aides et leur affectation : « Tant de sommes collectées et apparemment des besoins bien moindres ». Sur place, on ne partage pas ce point de vue.
Grâce à la collecte menée le 15 janvier 2005 dans les magasins de notre enseigne, plus de 2 millions d’euros ont été recueillis au profit des enfants d’Asie du Sud, réinvestis en partenariat et sous le contrôle de l’association « La Voix de l’Enfant ». Ces sommes ont été réparties pour financer des projets de grande envergure, qui vont être développés sur trois ans en Inde, au Sri Lanka et en Thaïlande.
- Au Sri Lanka, 801 211 euros ont été affectés à la reconstruction de maisons, à la rénovation d’écoles et à la mise en place d’un programme d’éducation.
- En Thaïlande, 320 000 euros ont permis de financer des frais de scolarité d’enfants orphelins, et un programme de soutien aux familles victimes, en association avec « La Chaîne de l’Espoir ».
- En Inde, les projets sont déjà très engagés, en partenariat avec deux ONG, « Indian Council for Child Welfare » et « Guild of Services ».
Le problème quand on s’engage à une transparence totale sur le financement de telles dépenses, c’est de pouvoir compter sur des interlocuteurs de terrain qui soient fiables, honnêtes et eux-mêmes largement motivés, engagés dans l’action sociale. Abbas Mehta est de ceux-là. Issu d’une famille implantée depuis longtemps dans la région du Tamil Nadu, Abbas est devenu responsable de notre bureau à Chennaï (ex Madras). D’un commun accord avec les ONG locales, il a été chargé de coordonner les programmes d’aide soutenus par l’association « La Voix de l’Enfant » et notre enseigne. Il se fait un point d’honneur de nous tenir une comptabilité des dépenses « au petit poil ». Sa litanie (il parle d’une voix très douce, monocorde et sans jamais élever le ton) est rassurante.

Sur le plan social et éducatif d’abord :
- Plus de 20 écoles touchées par le tsunami ont été rééquipées.
- 3 crèches ont déjà été construites.
- Plus de 4 000 élèves ont reçu des fournitures scolaires et des bourses ont été attribuées à 200 étudiants.
- 7 groupes d’entraide ont été formés pour aider des veuves, des femmes illettrées en milieu rural, des vendeurs saisonniers, etc…
Sur le plan économique, l’une des priorités consistait à reconstruire les flottes de pêche villageoises. Avec l’argent des clients et des adhérents E. Leclerc, 85 bateaux ont été offerts ou reconstruits et 1 200 kilos de filet de pêche ont été offerts.
Abbas justifie la progressivité des dépenses. « Il ne faut pas se précipiter. Pas évident d’identifier les besoins les plus importants, de les hiérarchiser ! Les demandes s’accumulent, mais quelquefois sont redondantes car déjà effectuées auprès d’autres ONG ».
D’autre part, « il ne faut pas vouloir reconstruire à l’identique. Les populations locales sont souvent attachées à leur foncier, à des paysages qui les ont vu naître. Il faut savoir prendre le temps de les convaincre de déménager, faire œuvre de pédagogie et de patience pour, par exemple, construire plus en hauteur dans les terres… ».
D’ici la fin de l’année, il nous faudra refaire un bilan d’ensemble. Mais attention : s’il y a une disproportion apparente entre les montants collectés et les sommes dépensées, ce n’est finalement pas choquant quand, du terrain, on justifie la prudence et la progressivité nécessaires dans la mise en œuvre des programmes.
Posté par M.E.L. le 18 novembre 2005 dans
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10 novembre 2005
Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.
Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.
Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.
Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.
1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :
a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).
La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .
b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.
2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).
L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.
Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.
3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.
Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.
4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).
Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.
Lancement prévu : février 2006.
5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).
Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».
Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).
Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.
Le dossier vient de progresser sérieusement.
Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).
Posté par M.E.L. le 10 novembre 2005 dans
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25 octobre 2005
Ecoforum, réseau associatif contre les sacs fragmentables : je suis d’accord
Sacs plastiques : Le réseau associatif se mobilise pour faire disparaître les sacs plastiques et dénoncer les demi ou les fausses solutions. Une plate-forme Ecoforum, soutenue par le WWF, Les Amis du Vent, Greenpeace et le CNIID…, vient de faire parvenir une note d’information (et une mise en garde !) aux distributeurs : ED, Franprix, E. Leclerc, Picard, Groupe Giphar, Naturalia, Vive le Jardin. (Surprenant, le caractère délibérément restrictif de cette sélection ! Toutes les enseignes de distribution devraient être destinataires).
Le collectif émet ses réserves à l’égard des sacs biofragmentables, trop souvent présentés comme véritablement biodégradables.
Je vous livre des extraits de ce courrier. Il reprend les arguments que j’avais évoqués dans une billet précédent pour commenter une initiative du député UMP Jacques Wauquiez (7/06/05).
Pour ma part, je n’ai rien à objecter. J’ai fait parvenir une note d’information à l’ensemble de nos directeurs de magasin. Certains d’entre eux ont pu être séduits par les arguments des industriels de leur région, producteurs de ces sacs. Je ne vais pas leur en faire grief. J’espère qu’à la lecture de cet argumentaire, ils comprendront que le biofragmentable n’est pas une réponse aux problèmes de pollution ou de gabegie.
En tout cas, j’ai répondu aux signataires de ce courrier que notre enseigne ne préconiserait pas cette solution au niveau national.
Sur l’entête, les logos « Les Amis du Vent », « Greenpeace », « WWF », « CNIID », « CoLLecT-iF », « AVIE », « AGIR ! »
« Objet : dangerosité des sacs en sortie de caisse dans certains de vos magasins
Lors de la conférence de presse organisée par Ecoforum le jeudi 22 septembre dernier à Paris avec WWF, Les Amis du vent, l’association AVIE et la société B2S, nous avons signalé publiquement la menace que constituaient les sacs fragmentables, qu’il s’agisse des « Néosacs » ou des sacs « EPI » ; menace pour le milieu naturel, pour la qualité des chaînes alimentaires et par extension pour la santé des citoyens... Nos propos ont été relayés par plus d’une dizaine de médias dont des radios nationales…
…Les sacs prétendument « bio » que certains de vos magasins utilisent ne sont, en fait, que des sacs fragmentables qui se désintègrent en minuscules confettis dont les particules plastiques, au lieu de disparaître, s’accumulent et envahissent les milieux naturels. Ils sont ainsi potentiellement très nocifs pour l’être humain et la nature.
Les additifs permettant la dégradation de ces sacs plastiques fragmentables sont, entre autres, à base de pesticides et d’herbicides puissants ; de plus ils contiennent des traces de métaux lourds et divers autres composés chimiques comme du cobalt. Ils créent une pollution invisible mais persistante, encore plus pernicieuse que les plastiques traditionnels.
Ces polluants, hautement toxiques, s’accumulent et se concentrent à travers les chaînes alimentaires et peuvent donc s’infiltrer dans les organismes et nous contaminer.
Pourtant, sous couvert du respect de la propriété industrielle et des secrets de fabrication, et contrairement au principe de précaution le plus élémentaire, la démonstration de la non toxicité de ces produits n’est pas faite.
Ces sacs ne répondent à aucune norme ou certification et leurs fabricants n’ont entamé aucune démarche en ce sens. Ils utilisent un pseudo label et des mentions qui les font passer, à tort, pour inoffensifs vis-à-vis de la nature ; alors que les fabricants de ces sacs fragmentables n’ont réalisé aucune étude d’impact environnemental.
Le remède est pire que le mal. La preuve en est faite par les analyses…On ne peut donc que déplorer cette initiative dangereuse, cela pourtant au lendemain de la déclaration de la Ministre Nelly OLIN qui s’engage à faire diminuer de moitié la distribution de sacs de caisses en France, et de l’amendement voté le 11 octobre 2005 en faveur de l’obligation d’utiliser des sacs plastiques et emballages biodégradables.
Ces sacs fragmentables ne peuvent être présentés comme une solution, alors qu’ils aggravent le problème. Ils ne servent qu’à continuer à accroître la production de sacs. En outre, au delà de la dangerosité de ces sacs, se pose le problème de pédagogie du consommateur. On court le risque que les gens se donnent bonne conscience en pensant faire une bonne action en achetant ces sacs. Au contraire ils ne font qu’aggraver la situation.
Afin d’impulser des rapports aussi loyaux que transparents avec vous, par avance, nous vous informons que le jeudi 10 novembre, nous allons donner de nouvelles conférences de presse, dans plusieurs grandes villes, pour informer la population une nouvelle fois sur les méfaits de ces sacs. Nous communiquerons aussi une première liste « noire » des endroits où ces sacs sont distribués. Bien entendu, nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les « pollueurs » ; l’objet de cette lettre est donc de vous prévenir de nos intentions, de vous donner le temps de vérifier les textures des sacs de sortie de caisse dans vos magasins puis de nous informer avant le 4 novembre de vos décisions à ce sujet. »
SIGNATAIRES :
• Ecoforum, Victor Hugo ESPINOSA, vhe13@free.fr
• Les Amis du Vent, Serge ORRU, orru@lefestivalduvent.com
• WWF, Bernard CRESSENS, bcressens@wwf.fr
• Greenpeace France, Yannick VICAIRE,
yannick-viccaire@diala.greenpeace.org
• Agir pour l’Environnement, Laure GUILLOT,
lguillot@agirpourlenvironnement.org
• CNIID, Florence COURAUD, florence@cniid.org
• CoLLecT-IF, Alain MATESI, association.collect-if@laposte.net
• AVIE, Michel MOURLOT », michelmourlot@aol.com
P.S. : Je me permets une suggestion. Ne pourrait-on faire l’économie de ce jargon à la limite du chantage, style : « Nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les pollueurs ». C’est d’autant plus déplacé que les magasins ou les enseignes qui ont choisi les sacs « Néosac » l’ont fait dans une évidente bonne intention, y compris sur la recommandation de leurs élus.
Posté par M.E.L. le 25 octobre 2005 dans
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13 octobre 2005
Les députés et les sacs plastiques : « biodégradables » ou « réutilisables » ?

On les attendait sur une grande loi de défense de l’environnement ! Les députés se sont finalement exprimés à l’occasion du débat sur la loi de modernisation agricole. Haro sur les sacs plastiques non biodégradables ! D’ici 2010, tous les autres sacs (et emballages) devront avoir disparu.
Personne n’est dupe : comme l’exprime Marie-Pierre Ferey de l’AFP, les députés ont cherché surtout « à trouver de nouveaux débouchés aux agriculteurs ». Mais qu’importe (et pourquoi pas après tout !), on ne va pas leur reprocher de grimper dans le train qui mobilise distributeurs, associations écologistes et certaines collectivités locales pour réduire la pollution par les sacs plastiques. Enfin, le débat s’installe au plus haut niveau !
C’est sur le fond du dossier que je suis sceptique. Pour moi, la priorité, c’est la lutte contre le gaspillage et la pollution (quelle que soit la durée de vie des matériaux). C’est la diminution (à la source) de la pléthore d’emballages. C’est la responsabilisation des consommateurs (même si les industriels abusent du plastique, ce sont les usagers qui jettent…). Le « biodégradable », je suis pour, mais essentiellement quand on ne peut pas se passer de sacs jetables. J’argumente :
I - Questions préalables : la mesure suggérée par les députés me semble trop caricaturale. Elle pose d’énormes problèmes :
a) Remplacer 100 à 500 milliards (peut-être plus) de conditionnements en plastique ? Pas besoin d’approfondir l’analyse pour comprendre que la production agricole française n’y suffira pas. Utilisation des terres en jachère ? Assurément. Nouveaux débouchés pour les producteurs de grains ? Pourquoi pas. Reconversion des éleveurs et mobilisation de leurs terres pour lever des récoltes ? Ah ça, je n’y crois pas. C’est faire fi de la géographie et de la spécificité des terroirs… Un tel chamboulement n’est ni crédible, ni souhaitable. Indépendance énergétique ou indépendance alimentaire, il faudra choisir de toute façon.
b) A supposer que ce programme soit techniquement réalisable, le Ministre de l’Environnement ferait bien de réaliser d’abord une étude d’impact. Des bilans énergétiques et écologiques s’imposent, notamment s’il faut arroser toutes ces cultures.
Le Ministre des Finances devra, lui aussi, creuser cette affaire. La réforme de la PAC vise à réaligner les cours français sur les prix mondiaux. Je ne suis pas sûr que la production de ces grains et matières végétales apporte une perspective de rémunération suffisante pour nos paysans incités à se reconvertir. Produire du biodégradable ou du biocarburant peut être écologiquement utile…sans garantie de rapporter gros. Combien de subventions en perspective.
c) Enfin, cette mesure de portée générale n’a de sens que si elle est…appliquée ! …Aux produits importés ? Non, puisque c’est une mesure franco-française. Peut-on alors obliger nos seuls fabricants hexagonaux à acheter des emballages biodégradables cinq à dix fois plus cher (c’est le cas actuellement) alors que leurs concurrents étrangers n’auront pas les mêmes contraintes. Peut-être…c’est un choix politique pas facile à assumer… Au fond, peut-on éviter d’en passer par une directive européenne ?
(Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire, je dis…tout cela mérite étude).
II - Question principale : imposer le « tout biodégradable », est-ce la bonne solution ? Pour moi, cette politique comporte un risque majeur : annihiler les efforts de tous ceux qui se sont battus pour changer les comportements de consommation. Ce peut être la caution à la gabegie. « Pourquoi donner moins de sacs, pourquoi faire une fixation sur cette pollution…puisque c’est finalement biodégradable ».
C’est ça le problème : le changement de matériau n’est pas susceptible de mettre un terme à la prolifération des sacs et des résidus d’emballages dans la nature. Certes, les sacs biodégradables mettront moins de temps pour se déliter. La pollution sera moins durable… Mais des élus municipaux avec lesquels je discutais hier soir, me confirmaient qu’il faudra bien aussi ramasser ces sacs. Les équipes de nettoyage qui arpentent, de manière quasi hebdomadaire, villes et campagnes, ne vont pas s’amuser à trier, sur un seul coup d’œil les sacs bio et ceux qui ne le sont pas. Les coûts de ramassage et de tri resteront évidemment les mêmes.
Pour mes collaborateurs et moi, la priorité c’est la réduction du nombre de sacs et d’emballages. Qu’ils soient fabriqués en plastique, en polyéthylène ou avec de l’amidon, les sacs polluent…parce qu’il y en a trop, parce qu’on les gaspille, parce qu’ils sont jetés n’importe où.
III -La position de mon groupe rejoint donc celle de l’ADEME (Agen








