1 avril 2006
Microcrédit et solidarité : des femmes indiennes multiplient les « groupes d’entraide »
On dit que c’est au Bangladesh qu’est né « le microcrédit ». L’initiative en reviendrait à Muhammad Yunus qui créa, dès 1983, la Grameen Bank pour faciliter les prêts aux familles les plus démunies. Mais c’est en Inde que ce marché « prolifère »… Les banques, les ONG, les associations caritatives, humanitaires ou tout simplement familiales, contribuent à l’essor de cette forme de financement. Tantôt, c’est un groupe de femmes qui peut bénéficier d’un emprunt à court terme pour acheter des machines à coudre et lancer une mini collection de vêtements. Tantôt, c’est une petite société de transport, nouvellement créée par des jeunes, et que parraine une association d’entreprises, pour livrer des colis. Etc.
A Tirupur, la présidente de l’ICCW (Cf. ma note du 29/03/06) nous a entretenus d’une autre forme de mutualisation financière, le « Women Self Help Group ».
Chaque semaine, des femmes décident d’épargner une petite partie de leur salaire. Elles dotent progressivement un fonds commun d’épargne. L’objectif est multiple :
- Pouvoir prêter à l’une d’elles des petites sommes pour couvrir une dépense exceptionnelle (frais de mariage, achat d’une machine à laver, etc.) sans passer par d’onéreux usuriers.
- Investir ensemble dans des petites activités génératrices de revenus : atelier de couture, de céramique, organisation de l’accueil saisonnier des touristes…
- Compléter les capacités d’emprunts bancaires de l’une d’elles, etc.
L’ICCW parraine ou organise 250 groupes d’entraide de ce type.
La démarche est très constructive. Elle a un effet positif sur le renforcement des liens sociaux dans la ville ou les quartiers. Elle suppose une démarche volontariste de chacune des femmes adhérentes, une certaine abnégation et un grand effort de solidarité.
Mais surtout, cette mutualisation financière constitue une formidable opportunité pédagogique. Elle participe de la lutte contre l’illettrisme, sert de modèle éducatif à des adultes et les initie à la gestion budgétaire, à l’économie.
P.S. : Dans l’avion qui me ramène sur Paris, je découvre dans « Le Nouvel Observateur » (30/03/06) un article assez complet sur le sujet : « Quand les pauvres intéressent les banquiers ». Patrick Fauconnier rappelle l’explosion de ces formules de financement en France même. Je découvre à l’occasion qu’il existe une « semaine du microcrédit » lancée par la pionnière française, Maria Nowak, présidente de « l’Association pour le Droit à l’Initiative économique » (Adie). Patrick Fauconnier conseille aussi la lecture de « Portraits de microentrepreneurs » préfacé par Jacques Attali (créateur de PlaNet Finance) et Muhammad Yunus (Editeur Le Cherche Midi).
Posté par M.E.L. le 1 avril 2006 dans
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31 mars 2006
Labels équitables : rien n’est parfait…et c’est normal !
Après les chaleurs sèches du Tamil Nadu, c’est à Koshi (Kerala), dans l’ancien comptoir portugais de Cochin, que nous retrouvons Tristan Leconte, le dynamique fondateur d’Alter Eco.
Sur les bords de l’estuaire, verre à la main, il est prolifique, insatiable pour commenter les vertus du fair trade (commerce équitable). Il y consacre toute son énergie. Les dirigeants d’une coopérative voisine en restent pantois. Ils ne comprennent manifestement pas tous les savants raisonnements que TL exprime dans un anglais très business et saccadé, mais ils savent leurs intérêts bien représentés par cet ambassadeur boulimique et sympathique de la cause des petits producteurs.
En France, les débats sur le commerce équitable passionnent partisans ou détracteurs du projet français de normalisation. On y fustige assez facilement les grandes entreprises qui veulent développer leurs propres marques équitables (industriels ou GMS). On disserte sur ce qui pourrait vraiment être autorisé à porter le label. On en dénonce les dérives : « Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on en oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé » ; « Malongo fait aussi du non équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing » ; « La GMS vend de l’équitable, mais ses propres pratiques commerciales ne le sont pas », etc. Sous-jacente à ces propos, on sent poindre une certaine méfiance pour l’extension du label Max Havelaar à des filières qui ne seraient pas reconnues comme des « pure players ».
Idéologie contre principe d’efficacité ? Même si elles sont parfois byzantines, ces querelles ont quelques raisons d’être. Le marché se développe et attire des opportunistes. Mais pour Tristan Leconte, ces débats traduisent aussi la nostalgie de quelques idéologues, qui ont tendance à idéaliser le concept, au risque d’oublier les aspirations concrètes des producteurs du Sud. Eux ont besoin que les marchés se développent !
Justement, aujourd’hui, TL est très en colère. Il fait très chaud, 36 ou 37 ° avec un fort taux d’humidité, et ça n’apaisera certainement pas son courroux. L’émission TV « Capital » diffusera, ce dimanche, un reportage sur le commerce équitable. TL s’est plié aux exigences de l’équipe de Guy Lagache. Il a ouvert ses comptes et celui des producteurs brésiliens vers qui il a guidé l’équipe de Capital. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’un journaliste, lors d’une halte chez la grand-mère d’un des coopérateurs, a repéré (et filmé) une piscine (un bassin de béton !). Ah, ah ! N’est-ce pas la preuve que le sur-prix payé par les consommateurs en achetant un label Max Havelaar…ne finance pas forcément des infrastructures sociales ou éducatives…
Ecoeurement de TL : 54 heures de film pour arriver à une mise en scène qui va installer tant de scepticisme ! « C’est dégueulasse pour ces producteurs. Comme si on devait remettre en cause chaque système au moindre grain de sable… ».
Il fulmine et tente, par téléphone, d’enrayer cette dérive médiatique, décidément un peu systématique chez Capital.
TL veut en profiter pour convaincre mes collaborateurs et les journalistes qui m’accompagnent de l’intérêt d’une démarche progressive, forcément chaotique et difficile.
La démonstration, c’est à deux heures de Cochin (embouteillages compris) qu’il veut la faire. Quittant les villes, pénétrant un somptueux paysage de rizières et de forêt tropicale (arbres à caoutchouc), il nous transporte à Nadukkara. Une coopérative, N. Agro Processing Company, tente de regrouper les fermiers de 21 « panchayats » pour y produire des mangues, des bananes et surtout des ananas qu’elle vend frais ou transformés en concentré de jus.
Ici, et contrairement à de nombreuses coopératives labellisées Max Havelaar, ce ne sont manifestement pas les producteurs qui ont choisi, eux-mêmes, leur destin. C’est grâce à l’alliance de l’état du Kerala (premier gouvernement communiste de la planète à avoir été démocratiquement élu !!!), de la municipalité de Muvattupazha et d’experts de la Commission Européenne…que le projet a vu le jour.
Ces fermiers sont très pauvres, cultivent 0,7 acre en moyenne, vivent chichement. Quelques cultures complémentaires (gousses de vanille, noix de coco), des vaches, des poulets…
Alter Eco est leur premier client « fair trade ». D’Alter Eco, ils perçoivent 54 % de revenus en plus. Soit pour la coopérative, une somme supplémentaire de 9 000 euros en 2005.
Si l’on était tatillon, les critères drastiques qui prévalent à l’obtention du fabuleux label « Max Havelaar » ne devraient pas s’appliquer encore à ce projet.
- La coop ne commercialise que 12 % de sa production en « équitable ». Pour vivre, elle conditionne des jus de fruits de marque pour le marché indien.
- Dans l’usine (immense et qui tourne à moins de 20 % de ses capacités), les audits font apparaître bien des manquements au cahier des charges (sécurité, sanitaires, information des salariés). A Tirupur, je disais que partout étaient affichées les chartes éthiques des grandes marques. Ici, pas une pub pour le commerce équitable ! Pour le coup, on peut s’interroger sur la sincérité et le degré de l’engagement…
- Surtout, on voit bien que le projet est piloté essentiellement par un directeur technique, avec l’appui de quelques experts fournis par l’état. C’est d’ailleurs l’état qui nomme le président de la coopérative, le premier des producteurs n’étant que vice-président. Théoriquement, ce sont les producteurs qui devraient diriger cette entité. Interpellés par TL, aucun d’entre eux n’est capable de citer le chiffre d’affaires 2005, ni d’aligner le moindre chiffre sur les réinvestissements sociaux.
Oui, tout cela fait un peu « bricolo ». Mais peut-on imaginer autre scénario quand on sait le niveau de pauvreté, d’illettrisme, et d’isolement des habitants de ces zones rurales.
Tristan Leconte n’en démord pas (et il est diablement convaincant). Le commerce équitable, ce n’est pas un intégrisme dont les règles auraient été fixées par des Occidentaux. C’est une démarche progressive qui nécessite de notre part compréhension, patience et entraide.
Le message est d’ailleurs clairement passé. Le directeur désigne un bâtiment en construction. C’est le futur centre de formation pour les agriculteurs. Il est situé de l’autre côté de la route, hors les murs de la coopérative… Une initiative très concrète, mais aussi toute symbolique puisqu’elle se veut ouverte à tous, et pas simplement aux adhérents de la coop.
Posté par M.E.L. le 31 mars 2006 dans
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29 mars 2006
La scolarisation plutôt que le travail des enfants : les convictions d’une grande dame indienne
Tirupur, état du Tamil Nadu. Je suis parti depuis deux jours en Inde du Sud. Pas facile de répondre à vos commentaires, ni de réagir aux soubresauts de la vie politique française. Avec la distance, je mesure l’importance des évènements, mais ils ne me parviennent, ici, qu’à travers la loupe déformante de BBC News et de CNN (pas de TV5, ni même de médias francophones dans cette région, malgré l’intérêt du boom économique).
Ici, la France ne pèse pas vraiment 1,7 % des investissements. La visite de G. Bush a éclipsé, dans les médias économiques, le passage de J. Chirac. Dans les salles de classe, il y a, comme en France, des cartes de la planète. L’Inde y est représentée au centre, très imposante, avec, à sa droite, la Chine, les dragons asiatiques jusqu’au Japon. A gauche, après l’obsédant Moyen-Orient, la France apparaît comme l’Alaska de nos propres cartes, une terre anonyme qui fuirait le monde vers des confins incertains.
Comme me le répétait encore récemment Monsieur Dominique Girard, ambassadeur de France à Delhi, tout est « à faire (économie, culture) si l’on veut jouer ici ne serait-ce qu’un second rôle ».
J’y suis venu pour m’enquérir de l’avancement de projets sociaux dont nous sommes partenaires :
- La côte Est du Tamil Nadu a été salement ravagée par le tsunami. Avec « La Voix De l’Enfant » et des ONG locales, notre enseigne a co-financé des programmes de reconstruction (Cf. mes notes des 28/06 et 18/11/05).
- Dans la vaste région de Tirupur, nous sommes engagés dans un partenariat éducatif : équipement d’écoles publiques, construction d’un complexe scolaire (du cours préparatoire à la terminale).
Hier donc, les habitants de Karur (14 000 habitants) nous ont offert une superbe fête : fleurs, discours, prêtre, plantation d’arbres, danses… Les quelques collaborateurs, journalistes et cadres d’ONG qui étaient présents, n’en revenaient pas. Mais paraît-il, c’est incontournable. C’est une tradition d’accueil. Et c’est aussi, comme le dit Madame Damodaram, « une manière de faire comprendre que toutes ces réalisations ne tombent pas du ciel ».
Andal Damodaran est une petite femme, mais c’est une grande dame. Elle a la cinquantaine naissante, elle est élégante dans son sari, le regard est franc, le sourire est assez rare, mais complice. Elle fait partie de ces Indiennes passionnées, souvent de haute caste, qui s’engagent dans l’humanitaire. Elle préside l’ICCW, l’ONG qui pilote, ici, notre projet.
L’ICCW (Indian Council for Child Welfare) se préoccupe des problèmes de nutrition et de l’exploitation des enfants. L’association gère des centres d’appel, des résidences pour enfants abandonnés, des centres pédagogiques et sanitaires dans toute l’Inde. Sa présidente considère que la scolarisation des enfants est une priorité nationale.
Les écoles ne manquent pas. Le Tamil Nadu (62 millions d’habitants) en compte 32 000 et 6 000 collèges. Mais 90 % du budget de l’Etat sert à la construction et à l’acquisition des bâtiments, ainsi qu’au salaire des professeurs. Les équipements, eux, laissent à désirer. Souvent, il n’y a pas de tables pour écrire, pas de cahiers, encore moins d’ordinateurs (pourtant nous ne sommes ici qu’à 400 km de Bangalore, la Silicon Valley indienne !). Quelquefois, pas de sanitaires : les jeunes filles fuient, vers l’âge de 12 ans, cette précarité (les parents, en tout cas, s’en servent de prétexte pour extraire leurs enfants).
Pertes en ligne :
Si 96 % des enfants du TN sont scolarisés dès le cours préparatoire, leur nombre décroît avec la classe d’âge supérieur. En première, il n’en reste que 30 %. Démotivés (70 élèves par classe !), sans possibilité de soutien scolaire à la maison (les parents sont souvent illettrés), les élèves quittent l’école vers 12-13 ans. La plupart du temps, pour travailler chez des artisans, à la ferme, dans des petits restaurants ou dans des familles plus riches, comme domestiques.
Les castes, une barrière ?
Pas en tant que telle, répond A. Damodaran. Les écoles publiques sont gratuites, dans la langue des états, accessibles à tous. Illustration : l’Inde a même élu un intouchable à sa tête ! C’est plutôt le niveau de revenus qui est discriminant (notamment pour les castes inférieures), car la scolarisation longue des enfants est un manque à gagner.
C’est l’argument principal des parents. Ils considèrent que l’enseignement est trop académique, pas adapté au marché de l’emploi. L’enseignement, au collège, est pour certains « un luxe » quand il faudrait, dès 14 ans, accéder à une formation utile, professionnelle…
L’action de CASI :
Pour contrer ces comportements, une dizaine d’industriels ont créé le « Corporate Alliance for Social Initiatives ». Certains sont mus par des pensées religieuses. D’autres, moins philanthropiques, considèrent qu’il est bon, pour la productivité de leur entreprise, de pouvoir accéder à une future main-d’œuvre plus qualifiée. Plusieurs sont nos fournisseurs. Nous avons accepté leur demande de partenariat à condition qu’ils se soumettent au contrôle de l’ONG.
Le programme d’action :
Outre, l’école de Karur (qui comprendra un CP, un collège, un centre de formation aux métiers du textile), l’investissement porte sur cinq autres établissements. Des écoles publiques, en zone rurale et à Tirupur (5 000 élèves au total). Il s’agit de créer de nouvelles salles de classe, de les équiper, de payer d’autres professeurs, de construire des réfectoires, des infirmeries, etc. (Quelquefois, les problèmes sont dramatiquement « terre à terre ». Dans une école de 300 élèves, les enfants ne disposant d’aucun sanitaire, doivent traverser une route dangereuse et rejoindre un champ peuplé de serpents !).
A la fin de la (très longue) cérémonie d’inauguration, Madame Damodaran m’a pris le bras. S’exprimant dans un anglais qui abuse des « dentales », elle a insisté : « c’est bien de faire des audits sociaux dans les entreprises, ça ne peut qu’améliorer le sort des employés. Mais si l’on n’éduque pas leurs enfants, on restera longtemps dans le sous-développement ».
Posté par M.E.L. le 29 mars 2006 dans
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24 février 2006
Surpêche, menace sur les ressources en poisson : Greenpeace interpelle la distribution

© Nathalie Luthold
Greenpeace démarre une campagne de sensibilisation du grand public sur la surpêche de certaines espèces et la préservation des ressources halieutiques. Sur l’exemple d’un rapport réalisé par Greenpeace Angleterre
> Lire le rapport Greenpeace (pdf)
Greenpeace France rédige une étude sur la consommation des produits de la mer dans l’hexagone, ainsi que sur la politique d’approvisionnement des acteurs du marché. 70% des ventes de poisson se font au travers de la grande distribution. Par des achats directs ou par l’intermédiation de mareyeurs ou de grossistes ! L’ONG souhaite mettre en place un système de notation pour chaque enseigne.
La démarche de Greenpeace se veut constructive. Tant mieux. Le sujet mérite qu’on s’y investisse. Et les solutions ne sont pas simples.
On se rappellera cette polémique sur la perche du Nil. J’avais diligenté un audit social et environnemental pour que mes collaborateurs puissent se faire une opinion. C’est en partie chose faite : les dégâts écologiques sont confirmés, la prolifération de l’espèce prédatrice nuit à la diversité du peuplement des cours d’eau mais le boycott n’arrangera rien. En tout cas socialement ! L’exploitation de ce poisson a été créatrice de nombreux emplois. Loin d’être toujours valorisants, c’est sûr. Mais la reconversion des sites de conditionnement devenus très nombreux, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mes équipes recherchent des formules de substitution, vers d’autres espèces, et même des modes de production bio ou équitables. Il faut du temps…
L’étude française de Greenpeace porte sur une dizaine d’espèces sur lesquelles l’ONG propose des actions correctives, soit pour éviter le gaspillage des ressources, soit pour pallier aux effets négatifs des modes de pêche, destructeurs de l’environnement. Il s’agit du cabillaud, du thon rouge (de Méditerranée dans 80% des cas), de l’empereur, du grenadier, du lieu noir, du bar, du flétan, de la lotte, du carrelet, et des crevettes (sauvages ou d’élevage. Il s’agit principalement ici de crevettes importées d’Asie ou d’Amérique du Sud).
Sur la base de cette liste, nous allons donc rassembler les données concernant les différents fournisseurs. Répertorier les modes de pêche, tels que par exemple, ceux qui s’effectuent avec des chaluts pélagiques, pas forcément interdits par la réglementation, mais sujets à forte polémique, notamment en Bretagne.
Partant de ce travail de documentation, mes équipes discuteront avec Greenpeace ou tout autre ONG intéressée par le sujet… pour mener un certain nombre d’actions parmi lesquelles
1. Réécriture (à la hausse) des exigences concernant le respect des critères environnementaux et sociaux sur les sites d’élevage.
2. Suppression de la pêche pélagique (et étude avec les professionnels de technique de substitution)
3. Référencement et promotion d’espèces alternatives (comme le tilapia).
La tentation des ONG, dans le processus de notation, c’est évidemment de mettre la pression sur les acteurs économiques.
Moi, je crois qu’il faut faire les choses rationnellement, en mesurant toutes les conséquences des actions correctives. Il faut en effet éviter de tomber dans des actions trop radicales, dont les effets pervers peuvent être pire que les pollutions présentes.
J’ai relu cette semaine des articles publiés ces 4 ou 5 dernières années sur la surexploitation de quelques unes de ces espèces. Nombre d’ONG faisaient la promotion des techniques d’élevage, par opposition à la surpêche, en haute mer. Mais, 4 ans plus tard, les mêmes ONG dénoncent les concentrations d’élevage, dont tout le monde convient désormais qu’ils ont aussi un effet très polluant, et qu’ils constituent des lieux où prolifèrent nombre de virus et bactéries (cf. crevettes asiatiques).
Sans compter le problème de l’alimentation des poissons d’élevage…
Je n’ai pas d’autres compétences pour aller plus loin dans l’analyse du sujet. S’il vous passionne, n’hésitez pas à me fournir des informations.
De toute façon, il nous faut réagir, et profiter de cette alerte de Greeenpeace, pour balayer tous les problèmes de ces filières.
Posté par M.E.L. le 24 février 2006 dans
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12 janvier 2006
Labels bio, équitable, environnement : La leçon des Coop Suisse !
Les consommateurs suisses sont parmi les plus gros acheteurs de produits issus du commerce équitable (pour l’anecdote, 50 % des roses vendues au pays de Guillaume Tell sont labellisées Max Havelaar ! ! ! ».

Idem pour le bio : 30 % des produits agricoles helvètes, compte tenu de cet engouement, se revendiquent de cette certification.
Le rôle de la distribution coopérative a été exemplaire dans ce développement. Migros, puis les Coop de consommateurs ont largement relayé l’aspiration quasi naturelle des Helvètes pour la défense de leur environnement. Au point qu’aujourd’hui, Coop Suisse (2ème distributeur) y commercialise 50 % des produits bio. Avec des taux records qui interpelleront tous les professionnels hexagonaux : 50 % du marché du lait, 51 % des œufs, 35 % des carottes, etc…
J’avais, hier, organisé le déplacement à Bâle de toute une task force : cadres et adhérents de mon enseigne engagés dans le développement durable (secteur achats, logistique, contrôle qualité). Visite passionnante, depuis l’arpentage des rayons d’hyper où s’affichaient bien visibles les différents labels écologiques, jusqu’au siège de la coopérative avec les chefs de projet et les « category managers ».

La stratégie des Coop s’appuie sur le développement de « labels de compétence » :
- Coop Naturaplan distingue les aliments biologiques certifiés par un « bourgeon » ainsi que viandes et œufs issus d’élevages respectueux des animaux.
- Coop Naturaline labellise les textiles et les cosmétiques produits selon un cahier des charges écologique et éthique. Exemple : vente de coton bio et équitable, origine Inde.
- Coop Oecoplan souligne les produits et emballages dont les engagements environnementaux sont certifiés. Et aussi les services tels le réseau des « pressings-maison » qui ont remplacé le perchloréthylène par un solvant moins polluant.
- Max Havelaar est partenaire des Coop et labellise les produits du commerce équitable.
- A ces certifications viendront bientôt s’ajouter un label « végétarien » et un autre « antiallergénique ».

Pour ceux que le détail de ces initiatives intéresse, Coop Suisse édite une brochure très complète, en français ou en allemand, qu’on peut acquérir au siège des Coop (Info Service, Case postale 2550, 4002 Bâle).
De cette visite, mes collaborateurs et moi-même avons retiré beaucoup d’enseignements. Je livre, pêle-mêle, quelques observations particulières.
1) Les Coop se sont engagées à fond, dès le début des années 90, dans le développement durable. Inutile de dire que même à l’époque, ce n’était ni une mode, ni un véritable investissement marketing. Le groupe a tout de suite rencontré un problème d’offre limitée. (Les producteurs bio peinaient à exister au milieu d’une agriculture hyperproductive avec sa surproduction de lait et ses montagnes de beurre).
Le distributeur s’est donc investi dans des accords de filières, avec des partenariats individualisés.

2) Coop a donc dû appuyer le développement de ces gammes grâce à ses propres marques.
a) Aujourd’hui encore, peu ou pas de marques de producteurs (pas d’AOC, d’indications spécifiques de terroir comme en France…). Même les produits locaux sont aux marques et aux labels « Coop Suisse ». On ne peut certes pas parler de « filières intégrées », mais, à coup sûr, les producteurs sont dépendants du marketing de l’enseigne.
b) Conséquence : la production bio en Suisse s’est terriblement concentrée. En France, elle est atomisée dans des centaines d’exploitations. En Suisse, 4 à 5 « grosses firmes agricoles », par segment de marché, y compris dans l’élevage, proposent l’offre labellisée vendue chez Coop.
c) S’il existe en Suisse des organismes « nationaux » labellisateurs, on n’en voit pas beaucoup les sigles sur les produits (contrairement au Label Rouge ou au logo AB (Ecocert) en France). Du coup, les labels Coop représentent 30 % des ventes de l’enseigne ! ! ! Coop fait cependant appel à Max Havelaar pour les produits équitables, mais pas sur tous les produits (notamment d’origine Asie).

3) En France, les ONG y verraient malice (Cf. débat sur la multiplication des certifications privées et l’auto-saisine des pouvoirs publics dans cette affaire). Pas de problème de ce type en Suisse (si j’en crois nos interlocuteurs). Deux explications sont avancées :
a) Les ONG sont très positives (idéologie protestante, Cf. Max Weber ! ! !). Un peu plus vindicatives en Suisse romande qu’en Suisse allemande. Mais elles sont très pragmatiques. Et les 2 millions de consommateurs de Coop sont co-propriétaires (pléonasme) de leur coopérative, d’où maxi confiance.
b) La demande elle-même n’est pas politisée, ni « idéologisée ». Nos interlocuteurs considèrent que l’approche environnement/bio des clients ressort d’une attitude plutôt « égoïste ». Priorité d’abord à la préservation de leur propre santé ou de leur patrimoine (paysage, qualité de vie, tourisme, etc…).
4) Ce contexte particulier a permis aux productions bio et aux produits du commerce équitable de sortir de leur marché de niche. Sans compter qu’indirectement, le prix du bio a bénéficié « d’un écart de prix » relativement faible par rapport à une agriculture conventionnelle déjà très chère (une réglementation très protectionniste met les agriculteurs locaux à l’abri de la concurrence européenne).
5) Mais ce contexte particulier conduit aussi à quelques exubérances et contradictions. Quelques exemples en parcourant un magasin :
a) Les produits bio sont très festifs (ce qui les rend très attractifs). Rien à voir avec le marketing paupérisant de certains produits hexagonaux ou nordiques. Les packagings, comme les arguments publicitaires, revendiquent plutôt le goût, l’achat plaisir…que l’achat militant !
b) Les produits frais bio sont tous recouverts de polyéthylène (pas de PVC bien sûr). Explication étonnante : « Ne pas contaminer le bio dans sa cohabitation avec les produits conventionnels ». Quel gaspillage d’emballage !

c) Les gammes bio sont richement déclinées. Avec excès, parfois ! Ainsi, ces œufs durs sortis d’une gamme « Pique-nique », bio de chez bio, colorés en bleu ou en rouge(pour ne pas les confondre avec des œufs frais) ! Rien ne justifie évidemment qu’ils soient vendus 1 F suisse de plus que le bio classique (ou alors, ça fait cher la cuisson écolo ! ! !).

Ou encore, ces œufs brouillés (bio) commercialisés en brique pour 2 ou 4 personnes ! Je ne vous dis pas le prix…

Enfin, que penser de ces gammes bio spécifiques enfants (exemple : une référence de pomme, au goût sucré !).

d) Moins anecdotique, mais en complète contradiction avec les objectifs affichés d’économie d’énergie et de lutte contre le gaspillage, toutes les gammes bio sont déclinées en portions individuelles. Avec des dizaines de petits packagings pour abriter « sauces, yaourts, purées de fruits, confitures et condiments », etc…
e) Et pour finir, ces suremballages en carton, détachables, qui entourent le plastique des « ultra-frais », théoriquement justifiés pour que les consommateurs puissent les séparer lors du tri sélectif…alors qu’il suffirait d’imprimer le pot et d’en faire l’économie !
6) Nouveautés : Coop a récemment noué des partenariats de co-branding avec des grandes marques industrielles (Skip, Knorr) ou sélectives (Weight Watchers…) dans le bio et la diététique. Voilà qui ferait bien hurler les associations françaises… Mais apparemment, ici, ça passe…

Bon, j’arrête là ces remarques. Au-delà de ces commentaires, je retiens la détermination et la performance de Coop Suisse. Exemplaire !
Au Sommet sur le Développement Durable de Johannesburg, l’ONU lui a décerné le Prix International des Partenariats en faveur du Développement Durable. Bravo, c’est mérité. A nous de relever le défi…

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2006 dans
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14 décembre 2005
Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes
Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).
Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.
L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.
Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :
- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.
C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.
J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :
1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.
2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.
3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).
4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.
Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.
C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.
Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).
L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.
Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans
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18 novembre 2005
Tsunami : Où en sont les programmes de reconstruction ?

On n’en parle pratiquement plus dans les médias. Si ce n’est pour faire référence aux interminables polémiques sur le montant global des aides et leur affectation : « Tant de sommes collectées et apparemment des besoins bien moindres ». Sur place, on ne partage pas ce point de vue.
Grâce à la collecte menée le 15 janvier 2005 dans les magasins de notre enseigne, plus de 2 millions d’euros ont été recueillis au profit des enfants d’Asie du Sud, réinvestis en partenariat et sous le contrôle de l’association « La Voix de l’Enfant ». Ces sommes ont été réparties pour financer des projets de grande envergure, qui vont être développés sur trois ans en Inde, au Sri Lanka et en Thaïlande.
- Au Sri Lanka, 801 211 euros ont été affectés à la reconstruction de maisons, à la rénovation d’écoles et à la mise en place d’un programme d’éducation.
- En Thaïlande, 320 000 euros ont permis de financer des frais de scolarité d’enfants orphelins, et un programme de soutien aux familles victimes, en association avec « La Chaîne de l’Espoir ».
- En Inde, les projets sont déjà très engagés, en partenariat avec deux ONG, « Indian Council for Child Welfare » et « Guild of Services ».
Le problème quand on s’engage à une transparence totale sur le financement de telles dépenses, c’est de pouvoir compter sur des interlocuteurs de terrain qui soient fiables, honnêtes et eux-mêmes largement motivés, engagés dans l’action sociale. Abbas Mehta est de ceux-là. Issu d’une famille implantée depuis longtemps dans la région du Tamil Nadu, Abbas est devenu responsable de notre bureau à Chennaï (ex Madras). D’un commun accord avec les ONG locales, il a été chargé de coordonner les programmes d’aide soutenus par l’association « La Voix de l’Enfant » et notre enseigne. Il se fait un point d’honneur de nous tenir une comptabilité des dépenses « au petit poil ». Sa litanie (il parle d’une voix très douce, monocorde et sans jamais élever le ton) est rassurante.

Sur le plan social et éducatif d’abord :
- Plus de 20 écoles touchées par le tsunami ont été rééquipées.
- 3 crèches ont déjà été construites.
- Plus de 4 000 élèves ont reçu des fournitures scolaires et des bourses ont été attribuées à 200 étudiants.
- 7 groupes d’entraide ont été formés pour aider des veuves, des femmes illettrées en milieu rural, des vendeurs saisonniers, etc…
Sur le plan économique, l’une des priorités consistait à reconstruire les flottes de pêche villageoises. Avec l’argent des clients et des adhérents E. Leclerc, 85 bateaux ont été offerts ou reconstruits et 1 200 kilos de filet de pêche ont été offerts.
Abbas justifie la progressivité des dépenses. « Il ne faut pas se précipiter. Pas évident d’identifier les besoins les plus importants, de les hiérarchiser ! Les demandes s’accumulent, mais quelquefois sont redondantes car déjà effectuées auprès d’autres ONG ».
D’autre part, « il ne faut pas vouloir reconstruire à l’identique. Les populations locales sont souvent attachées à leur foncier, à des paysages qui les ont vu naître. Il faut savoir prendre le temps de les convaincre de déménager, faire œuvre de pédagogie et de patience pour, par exemple, construire plus en hauteur dans les terres… ».
D’ici la fin de l’année, il nous faudra refaire un bilan d’ensemble. Mais attention : s’il y a une disproportion apparente entre les montants collectés et les sommes dépensées, ce n’est finalement pas choquant quand, du terrain, on justifie la prudence et la progressivité nécessaires dans la mise en œuvre des programmes.
Posté par M.E.L. le 18 novembre 2005 dans
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10 novembre 2005
Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.
Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.
Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.
Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.
1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :
a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).
La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .
b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.
2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).
L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.
Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.
3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.
Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.
4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).
Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.
Lancement prévu : février 2006.
5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).
Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».
Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).
Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.
Le dossier vient de progresser sérieusement.
Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).
Posté par M.E.L. le 10 novembre 2005 dans
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25 octobre 2005
Ecoforum, réseau associatif contre les sacs fragmentables : je suis d’accord
Sacs plastiques : Le réseau associatif se mobilise pour faire disparaître les sacs plastiques et dénoncer les demi ou les fausses solutions. Une plate-forme Ecoforum, soutenue par le WWF, Les Amis du Vent, Greenpeace et le CNIID…, vient de faire parvenir une note d’information (et une mise en garde !) aux distributeurs : ED, Franprix, E. Leclerc, Picard, Groupe Giphar, Naturalia, Vive le Jardin. (Surprenant, le caractère délibérément restrictif de cette sélection ! Toutes les enseignes de distribution devraient être destinataires).
Le collectif émet ses réserves à l’égard des sacs biofragmentables, trop souvent présentés comme véritablement biodégradables.
Je vous livre des extraits de ce courrier. Il reprend les arguments que j’avais évoqués dans une billet précédent pour commenter une initiative du député UMP Jacques Wauquiez (7/06/05).
Pour ma part, je n’ai rien à objecter. J’ai fait parvenir une note d’information à l’ensemble de nos directeurs de magasin. Certains d’entre eux ont pu être séduits par les arguments des industriels de leur région, producteurs de ces sacs. Je ne vais pas leur en faire grief. J’espère qu’à la lecture de cet argumentaire, ils comprendront que le biofragmentable n’est pas une réponse aux problèmes de pollution ou de gabegie.
En tout cas, j’ai répondu aux signataires de ce courrier que notre enseigne ne préconiserait pas cette solution au niveau national.
Sur l’entête, les logos « Les Amis du Vent », « Greenpeace », « WWF », « CNIID », « CoLLecT-iF », « AVIE », « AGIR ! »
« Objet : dangerosité des sacs en sortie de caisse dans certains de vos magasins
Lors de la conférence de presse organisée par Ecoforum le jeudi 22 septembre dernier à Paris avec WWF, Les Amis du vent, l’association AVIE et la société B2S, nous avons signalé publiquement la menace que constituaient les sacs fragmentables, qu’il s’agisse des « Néosacs » ou des sacs « EPI » ; menace pour le milieu naturel, pour la qualité des chaînes alimentaires et par extension pour la santé des citoyens... Nos propos ont été relayés par plus d’une dizaine de médias dont des radios nationales…
…Les sacs prétendument « bio » que certains de vos magasins utilisent ne sont, en fait, que des sacs fragmentables qui se désintègrent en minuscules confettis dont les particules plastiques, au lieu de disparaître, s’accumulent et envahissent les milieux naturels. Ils sont ainsi potentiellement très nocifs pour l’être humain et la nature.
Les additifs permettant la dégradation de ces sacs plastiques fragmentables sont, entre autres, à base de pesticides et d’herbicides puissants ; de plus ils contiennent des traces de métaux lourds et divers autres composés chimiques comme du cobalt. Ils créent une pollution invisible mais persistante, encore plus pernicieuse que les plastiques traditionnels.
Ces polluants, hautement toxiques, s’accumulent et se concentrent à travers les chaînes alimentaires et peuvent donc s’infiltrer dans les organismes et nous contaminer.
Pourtant, sous couvert du respect de la propriété industrielle et des secrets de fabrication, et contrairement au principe de précaution le plus élémentaire, la démonstration de la non toxicité de ces produits n’est pas faite.
Ces sacs ne répondent à aucune norme ou certification et leurs fabricants n’ont entamé aucune démarche en ce sens. Ils utilisent un pseudo label et des mentions qui les font passer, à tort, pour inoffensifs vis-à-vis de la nature ; alors que les fabricants de ces sacs fragmentables n’ont réalisé aucune étude d’impact environnemental.
Le remède est pire que le mal. La preuve en est faite par les analyses…On ne peut donc que déplorer cette initiative dangereuse, cela pourtant au lendemain de la déclaration de la Ministre Nelly OLIN qui s’engage à faire diminuer de moitié la distribution de sacs de caisses en France, et de l’amendement voté le 11 octobre 2005 en faveur de l’obligation d’utiliser des sacs plastiques et emballages biodégradables.
Ces sacs fragmentables ne peuvent être présentés comme une solution, alors qu’ils aggravent le problème. Ils ne servent qu’à continuer à accroître la production de sacs. En outre, au delà de la dangerosité de ces sacs, se pose le problème de pédagogie du consommateur. On court le risque que les gens se donnent bonne conscience en pensant faire une bonne action en achetant ces sacs. Au contraire ils ne font qu’aggraver la situation.
Afin d’impulser des rapports aussi loyaux que transparents avec vous, par avance, nous vous informons que le jeudi 10 novembre, nous allons donner de nouvelles conférences de presse, dans plusieurs grandes villes, pour informer la population une nouvelle fois sur les méfaits de ces sacs. Nous communiquerons aussi une première liste « noire » des endroits où ces sacs sont distribués. Bien entendu, nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les « pollueurs » ; l’objet de cette lettre est donc de vous prévenir de nos intentions, de vous donner le temps de vérifier les textures des sacs de sortie de caisse dans vos magasins puis de nous informer avant le 4 novembre de vos décisions à ce sujet. »
SIGNATAIRES :
• Ecoforum, Victor Hugo ESPINOSA, vhe13@free.fr
• Les Amis du Vent, Serge ORRU, orru@lefestivalduvent.com
• WWF, Bernard CRESSENS, bcressens@wwf.fr
• Greenpeace France, Yannick VICAIRE,
yannick-viccaire@diala.greenpeace.org
• Agir pour l’Environnement, Laure GUILLOT,
lguillot@agirpourlenvironnement.org
• CNIID, Florence COURAUD, florence@cniid.org
• CoLLecT-IF, Alain MATESI, association.collect-if@laposte.net
• AVIE, Michel MOURLOT », michelmourlot@aol.com
P.S. : Je me permets une suggestion. Ne pourrait-on faire l’économie de ce jargon à la limite du chantage, style : « Nous espérons ne pas avoir à citer un de vos magasins parmi les pollueurs ». C’est d’autant plus déplacé que les magasins ou les enseignes qui ont choisi les sacs « Néosac » l’ont fait dans une évidente bonne intention, y compris sur la recommandation de leurs élus.
Posté par M.E.L. le 25 octobre 2005 dans
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13 octobre 2005
Les députés et les sacs plastiques : « biodégradables » ou « réutilisables » ?

On les attendait sur une grande loi de défense de l’environnement ! Les députés se sont finalement exprimés à l’occasion du débat sur la loi de modernisation agricole. Haro sur les sacs plastiques non biodégradables ! D’ici 2010, tous les autres sacs (et emballages) devront avoir disparu.
Personne n’est dupe : comme l’exprime Marie-Pierre Ferey de l’AFP, les députés ont cherché surtout « à trouver de nouveaux débouchés aux agriculteurs ». Mais qu’importe (et pourquoi pas après tout !), on ne va pas leur reprocher de grimper dans le train qui mobilise distributeurs, associations écologistes et certaines collectivités locales pour réduire la pollution par les sacs plastiques. Enfin, le débat s’installe au plus haut niveau !
C’est sur le fond du dossier que je suis sceptique. Pour moi, la priorité, c’est la lutte contre le gaspillage et la pollution (quelle que soit la durée de vie des matériaux). C’est la diminution (à la source) de la pléthore d’emballages. C’est la responsabilisation des consommateurs (même si les industriels abusent du plastique, ce sont les usagers qui jettent…). Le « biodégradable », je suis pour, mais essentiellement quand on ne peut pas se passer de sacs jetables. J’argumente :
I - Questions préalables : la mesure suggérée par les députés me semble trop caricaturale. Elle pose d’énormes problèmes :
a) Remplacer 100 à 500 milliards (peut-être plus) de conditionnements en plastique ? Pas besoin d’approfondir l’analyse pour comprendre que la production agricole française n’y suffira pas. Utilisation des terres en jachère ? Assurément. Nouveaux débouchés pour les producteurs de grains ? Pourquoi pas. Reconversion des éleveurs et mobilisation de leurs terres pour lever des récoltes ? Ah ça, je n’y crois pas. C’est faire fi de la géographie et de la spécificité des terroirs… Un tel chamboulement n’est ni crédible, ni souhaitable. Indépendance énergétique ou indépendance alimentaire, il faudra choisir de toute façon.
b) A supposer que ce programme soit techniquement réalisable, le Ministre de l’Environnement ferait bien de réaliser d’abord une étude d’impact. Des bilans énergétiques et écologiques s’imposent, notamment s’il faut arroser toutes ces cultures.
Le Ministre des Finances devra, lui aussi, creuser cette affaire. La réforme de la PAC vise à réaligner les cours français sur les prix mondiaux. Je ne suis pas sûr que la production de ces grains et matières végétales apporte une perspective de rémunération suffisante pour nos paysans incités à se reconvertir. Produire du biodégradable ou du biocarburant peut être écologiquement utile…sans garantie de rapporter gros. Combien de subventions en perspective.
c) Enfin, cette mesure de portée générale n’a de sens que si elle est…appliquée ! …Aux produits importés ? Non, puisque c’est une mesure franco-française. Peut-on alors obliger nos seuls fabricants hexagonaux à acheter des emballages biodégradables cinq à dix fois plus cher (c’est le cas actuellement) alors que leurs concurrents étrangers n’auront pas les mêmes contraintes. Peut-être…c’est un choix politique pas facile à assumer… Au fond, peut-on éviter d’en passer par une directive européenne ?
(Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire, je dis…tout cela mérite étude).
II - Question principale : imposer le « tout biodégradable », est-ce la bonne solution ? Pour moi, cette politique comporte un risque majeur : annihiler les efforts de tous ceux qui se sont battus pour changer les comportements de consommation. Ce peut être la caution à la gabegie. « Pourquoi donner moins de sacs, pourquoi faire une fixation sur cette pollution…puisque c’est finalement biodégradable ».
C’est ça le problème : le changement de matériau n’est pas susceptible de mettre un terme à la prolifération des sacs et des résidus d’emballages dans la nature. Certes, les sacs biodégradables mettront moins de temps pour se déliter. La pollution sera moins durable… Mais des élus municipaux avec lesquels je discutais hier soir, me confirmaient qu’il faudra bien aussi ramasser ces sacs. Les équipes de nettoyage qui arpentent, de manière quasi hebdomadaire, villes et campagnes, ne vont pas s’amuser à trier, sur un seul coup d’œil les sacs bio et ceux qui ne le sont pas. Les coûts de ramassage et de tri resteront évidemment les mêmes.
Pour mes collaborateurs et moi, la priorité c’est la réduction du nombre de sacs et d’emballages. Qu’ils soient fabriqués en plastique, en polyéthylène ou avec de l’amidon, les sacs polluent…parce qu’il y en a trop, parce qu’on les gaspille, parce qu’ils sont jetés n’importe où.
III -La position de mon groupe rejoint donc celle de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) :
1) Priorité aux sacs réutilisables. Notre expérience, malgré la réticence de quelques consommateurs, montre que, dans leur grande majorité, nos clients acceptent cette formule. Ils utilisent les sacs que nous leur consignons, de 16 à 30 fois (je rappelle que nous les remplaçons dès que leur qualité est altérée). Une étude de l’ADEME (septembre 2005) a conclu à la supériorité écrasante du cabas en termes d’économie d’énergie et d’impact environnemental.
2) En revanche, l’emploi systématique de sacs biodégradables pourrait être envisagé chaque fois qu’il est nécessaire de maintenir l’usage de sacs jetables. C’est le cas pour les emballages permettant de transporter et d’isoler les produits frais, tels que poissonnerie, fruits et légumes, viande ; les produits délicats ou à préserver (lingerie fine) ou de petit conditionnement (médicaments, bonbons, etc…).
Mais attention, dans le débat actuel, on confond facilement vraie biodégradabilité avec biofragmentabilité. Cette dernière solution, préconisée par beaucoup de fabricants (produits Neosac...etc.), garde pratiquement tous les inconvénients des sacs non-dégradables.
Posté par M.E.L. le 13 octobre 2005 dans
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4 octobre 2005
« SOS Enfance Mal-logée » : un partenariat exemplaire
En pleine tourmente des négociations commerciales 2005/2006, Philippe Charrier, Président de Procter & Gamble France, a sollicité nos acheteurs pour participer à un programme en faveur de l’enfance mal-logée. La société Procter & Gamble (qui vient de faire parler d’elle avec le rachat de Gillette) commercialise des milliers d’articles dans le secteur des lessives, produits d’entretien, mais aussi des cosmétiques, de la puériculture, de la parfumerie. Pendant le mois d’octobre, la vente de nombreux produits à ses marques, dans les centres E. Leclerc, donnera lieu à reversement à la Fondation de France.
Certains n’y verront que l’illustration d’une habile opération de marketing. D’autres feront la fine bouche devant le caractère marginal de l’apport financier au regard des besoins… On peut effectivement s’en tenir à ces observations.
Personnellement, je suis très heureux de voir nos équipes commerciales engagées dans ce type d’opération. On oublie trop souvent que derrière les « statuts » et les « fonctions », il y a des hommes et des femmes pour qui il existe une vie après la négo.
Je n’avais jamais rencontré le Président de Procter (je ne fréquente pas les cercles patronaux !). Un jour, je me suis rendu à une réunion privée concernant le travail des handicapés et j’ai découvert cet homme, impliqué dans une démarche toute personnelle. Il m’avait alors questionné sur la possibilité d’organiser une action commune pour aider les CAT (Centres d’Aide par le Travail). Pas étonnant qu’il ait cherché à entraîner ses équipes sur d’autres projets sociaux (par-dessus le marché, l’image de Procter s’en trouve embellie). Les nôtres ont adhéré au projet. Ce genre d’opération est toujours compliquée à mettre en œuvre. Le bénéfice d’image est quasi nul pour l’enseigne (à part sur ce blog, personne a priori ne relayera l’info). Au mieux, si l’on s’en tient aux effets marketing, les retombées positives seront pour Procter.
Ce sont donc des considérations tout autant personnelles que commerciales qui ont façonné ce partenariat. L’enjeu, malgré tout, est de taille. « Trois millions de personnes souffrent de mal-logement en France, parmi lesquelles 500 000 enfants » (Bertrand Dufourcq, Président de la Fondation de France).
Assurément, les 150 000 € récoltés, en ce mois d’octobre, ne suffiront pas : goutte d’eau après les incendies meurtriers de logements insalubres cet été. Mais s’il appartient aux pouvoirs publics, aux collectivités locales et aux propriétaires immobiliers de mettre leur offre au niveau des besoins sociaux, la multiplication de ces opérations reste nécessaire. Elles produisent une forme de pédagogie indispensable, une pression sur les auteurs principaux du drame.
Et, bien sûr, elles rassemblent les hommes sur des projets socialement utiles, par-delà les rivalités professionnelles. Et ça, ça compte aussi.
Posté par M.E.L. le 4 octobre 2005 dans
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28 septembre 2005
Engagement (et obstacles) pour la promotion des biocarburants
Vu la hausse des prix des produits pétroliers, le marché des biocarburants est aujourd’hui particulièrement médiatique. Les interventions récentes de Dominique de Villepin, de Thierry Breton et du Président de la République lui-même, ont marqué un tournant dans l’approche de ce marché. Jusqu’à cette année, l’objectif des pouvoirs publics visait à fournir de nouveaux débouchés à l’agriculture française. Depuis, le discours a largement évolué. Les biocarburants sont présentés comme une alternative énergétique au pétrole.
Il nous faudra revenir, ici, sur l’intérêt économique de la filière et tenter une opération « vérité des coûts » pour pouvoir en mesurer le réel intérêt. Et puis, promouvoir à grande échelle cette forme d’énergie suppose qu’on en étudie l’impact sur l’aménagement du territoire et les modes de production agricole. Pour l’heure, je veux juste livrer quelques informations.
Je réponds, ici, à plusieurs demandes concernant l’engagement de mon groupe sur le marché des biocarburants.
1) Le gasoil : J’ai lancé, très tôt, notre enseigne dans les biocarburants. Nous avons été précurseurs dans l’incorporation d’ester méthylique d’huile de colza, il y a déjà plus de 10 ans, en Normandie. Aujourd’hui, ça représente 30 000 m3 d’ester incorporé (principalement huiles végétales : blé, tournesol). A nous seuls, nous représentons 50 % du marché des GMS.
C’est notre coopérative d’importations pétrolières (SIPLEC) qui est l’opérateur pour toute notre enseigne. SIPLEC incorpore directement de l’EMHV à hauteur de 5 % dans 7 installations pétrolières situées à Rouen, à Brest, Strasbourg, Huningue (Mulhouse), Port-la-Nouvelle, la Pallice (La Rochelle) et Fos-sur-Mer.
2) Le SP 95 : Nous avons été précurseurs dans l’incorporation directe d’éthanol dans les essences. Le développement de cette technique se heurte à un sérieux problème. J’explique : il existe deux filières pour les essences :
a) La filière éthyl-tertio-buthyl-ether (ETBE). C’est la filière préconisée par les majors français. Il s’agit d’incorporer un produit chimique fabriqué à partir d’éthanol d’origine agricole dans l’essence sans plomb 95 (à hauteur de 15 %). Simple à mettre en œuvre, son développement se heurte néanmoins à un problème de disponibilité.
Il existe 4 unités de production en France, dont 3 appartiennent à Total et 1 à un fournisseur indépendant, Lyondel. Seul, ce dernier, nous a proposé des produits sur le marché français. Nous travaillons avec lui à partir de Fos-sur-Mer.
b) La filière éthanol. L’éthanol d’origine agricole (betterave, blé) peut s’incorporer directement dans le super carburant sans plomb 95 à hauteur de 5 %. Bien que l’offre puisse être considérée comme pléthorique, son développement se heurte à la bonne volonté des « pétroliers » de livrer à des sociétés comme les nôtres des essences de basse volatilité pour pouvoir procéder à l’incorporation.
Nous nous sommes attaqués à ce marché en pionniers. Nous avons réussi à approvisionner la région de Strasbourg. Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2005, nous avons incorporé 1 500 000 litres d’éthanol.
3) Parlons avenir. Financé par la nouvelle taxe (TGAP) depuis le 1er janvier 2005, le petit monde des biocarburants est en pleine effervescence. Des recherches très intéressantes sont menées un peu partout, et notamment en Poitou-Charentes. D’autres filières, d’autres techniques se mettent en place (pour le gasoil, avec l’ester éthylique de colza, par exemple).
Tous les adhérents de notre association sont prêts à jouer le jeu. Qu’ils soient convaincus par le caractère écologique de la démarche, ou qu’ils cherchent à se bâtir une « bonne image » auprès de la population agricole, ils sont prêts à mettre le paquet pour développer ces initiatives.
Mais deux obstacles doivent être levés, à court terme, pour étendre l’offre de biocarburants.
a) La disponibilité du produit : L’intérêt collectif voudrait, à notre avis, que l’Etat impose aux pétroliers la fourniture de bases essence basse volatilité à partir de leurs raffineries. Je rappelle que, malgré les privatisations dans le secteur, nous sommes toujours sous monopole d’état (loi de 1926). Avec un coup de pouce (ou de semonce), nous pourrions développer considérablement l’incorporation directe d’éthanol dans le SP 95. C’est un engagement de ma part.
b) La communication : La difficulté, c’est de pouvoir communiquer sur le sujet. Depuis quinze ans, pour tenter de justifier des prix plus élevés à la pompe, les majors communiquent sur leurs propres additivations qui n’ont rien à voir avec les biocarburants. Cette publicité, sur leurs performances supposées, a pu jeter le trouble sur les carburants normalisés. Jusqu’où les automobilistes qui y seraient sensibles, accepteront-ils des taux d’incorporation croissants d’éthanol ou d’ester sans craindre pour leur moteur ?
Jusqu’ici, nous avons résolu le problème en ne communiquant pas sur la notion de mélange (c’est ce qu’autorisait la loi). Si l’on veut passer à 15, 20…50 % d’incorporation, ça va poser inéluctablement des problèmes d’acceptation par les automobilistes.
Promouvoir le réflexe écologiste suppose des campagnes qui rassurent. Voilà qui nécessite qu’entre promoteurs des deux types d’additivation, on travaille sur des messages qui ne se brouillent pas. Difficile de bâtir un tel deal entre concurrents. Jouable, mais pas gagné !
Posté par M.E.L. le 28 septembre 2005 dans
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20 septembre 2005
OGM : le passage en force !

Je rebondis sur la polémique suscitée par Le Figaro (6/09). Le quotidien dévoilait que plusieurs centaines d’hectares de maïs transgénique avaient été semés encore cette année dans le sud-ouest. Rien d’illégal (la variété utilisée avait été autorisée avant le moratoire européen de 1999). Mais la discrétion, voire le secret, dont sont entourés ces semis continuent d’alimenter (à juste titre) bien des suspicions.
Je ne fais partie des ayatollahs anti-OGM. Pas d’accord avec les faucheurs. Je ne vois pas pourquoi, pourvu que les protocoles et les conditions techniques soient contrôlés, on ne pourrait pas expérimenter. Il faut être ouvert à l’innovation. Comme beaucoup, je pressens l’intérêt et les promesses du génie génétique dans le domaine de la santé, et même pour l’écologie (économie de pesticides, d’eau, résistance aux intempéries, aux insectes, etc…).
Mais je défends ici qu’il appartient aux promoteurs des OGM d’assumer leurs responsabilités et de garantir la totale innocuité de leurs produits. C’est aussi aux pouvoirs publics de vérifier leurs assertions et de contrôler, sur le long terme, les effets des cultures OGM sur l’environnement et la santé.
Or, comme tous les Français, je constate que le lobby veut passer en force, sans même nous avoir expliqué en quoi les OGM vont améliorer notre ordinaire.
1) La première question c’est en effet : « Qu’est-ce qu’une alimentation issue de produits OGM offre de mieux qu’un produit « naturel ». Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’ai toujours pas la réponse.
2) Le risque sur l’environnement : dissémination, contamination croisée, sur-résistance et mutation de certaines espèces, etc… On amuse le peuple avec de prétendues barrières de séparation (25 mètres) ! Probablement, parce que l’on sait d’avance que les abeilles et les acariens respecteront les zones interdites ! ! !
Moi, je m’en tiens à l’attitude des sociétés d’assurances. Je cite (Nouvel Economiste 15/09) : « Il s’agit d’un risque émergent que nous ne pouvons pas couvrir aujourd’hui. C’est comme si on nous demandait d’assurer un prototype. Faute d’informations sur les effets sur la santé humaine, ce risque est donc exclu des polices d’assurances, au même titre que les effets des ondes électromagnétiques ou le terrorisme biologique ». Vous êtes « rassurés » ?
3) Enfin, il y a l’impact sur les filières bio et même sur toutes les filières non-OGM. On n’arrête pas de nous dire que les consommateurs auront le choix (c’est la thèse de la double filière).
Baratin ! Vu, l’accroissement des cultures OGM dans le monde (plus 20 % par an), le pré carré des producteurs non-OGM aura du mal à organiser sa résistance. Voilà déjà qu’on parle de sécuriser « les filières naturelles » (un comble !). Qui devra supporter le coût de la certification, des labels, et de cette « sécurisation » ? « Nous avons accepté de payer un prix supérieur pour garantir nos filières » annonce le président des « Poulets fermiers de Loué ». Erreur, c’est le consommateur qui paiera. Oui, c’est ça qui va se passer. Celui qui voudra manger « naturel » (je ne parle même pas de bio), devra acquitter un sur-prix. Ca ne vous choque pas, vous ?
Posté par M.E.L. le 20 septembre 2005 dans
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14 septembre 2005
Oligopole : haro sur les prix du gaz bouteille

Ante-scriptum : « J’hésitais à vous en parler. Je ne veux surtout pas transformer ce blog en tribune publicitaire. Mais après réflexion, j’ai pensé intéressant de montrer à quel point peuvent subsister des dysfonctionnements dans un marché, a priori, ouvert à la concurrence. Et "Cloitre" (quelqu'un de la maison ?) a commencé à en parler le 08/09/05. »
Réunion de travail, ce matin, avec mes collaborateurs du département « énergie ». Nous lançons, ce mois-ci, une très grosse offensive sur le marché du gaz bouteille en commercialisant un produit 25 % moins cher que le prix du marché.
10 millions de Français achètent environ 50,7 millions de bouteilles de gaz (13 kg), dont 64 % en butane et 36 % avec du propane. La grande distribution en commercialise 65 % (dont 10 % Leclerc), mais elle n’est que « revendeur ». Quatre « acteurs historiques » se taillent la part du lion.

Ces dix dernières années, toutes les publicités vantaient les mérites de l’équipement des foyers en gaz bouteille. Mais le prix de ce produit a augmenté bien plus que toutes les autres énergies : 26 % de 2000 à début 2005, contre 3 % pour l’électricité sur la même période. Résultat : en France, le prix du gaz conditionné est le plus élevé d’Europe. Exemple : ce printemps, les foyers belges achetaient leurs bonbonnes 44 % moins cher que dans l’hexagone (17,68 € contre 25,54 €).
Par quel artifice est-on arrivé à cette aberration ?
Comme je vous le disais, le marché est libre et, théoriquement, ouvert à d’autres opérateurs. Mais il fonctionne comme un cartel dont les acteurs ne cherchent pas à se « piquer des clients ». De fait, les parts de marché restent stables.
Et puis, avez-vous remarqué : en zone rurale, comme dans beaucoup de petites villes, les revendeurs proposent plusieurs marques. Mais les panneaux publicitaires affichent un seul prix…le même pour tous les produits.
Qu’est-ce qui empêche les consommateurs d’acheter des bouteilles moins cher ?
Outre la quasi uniformité des prix de vente, c’est le système de consigne qui rend la clientèle pratiquement captive.
Tout consommateur qui s’équipe doit commencer par verser une sorte de dépôt de garantie (20 à 30 €). Mais chaque fabricant a « typé » ses bouteilles. Aucun accord d’échange entre fournisseurs ! Un client ne peut donc changer de marque qu’à condition d’investir dans une nouvelle consignation (avec toutes les tracasseries qui vont avec, puisque les marques exigent la restitution de la première facture souvent égarée).
Comment avons-nous procédé ?
Il fallait passer l’obstacle des problèmes logistiques : stockage et capacité d’emplissage. Ces moyens existent en France. Mais évidemment, ils sont réservés aux opérateurs existants. Nous avons donc fait fabriquer nos bouteilles au Portugal (chez un fabricant qui approvisionne une grosse partie du marché européen). Elles sont expédiées à Gand (Belgique) dans un centre remplisseur (auquel seront aussi envoyées les bouteilles vides pour être reconditionnées). Nous avons ouvert 8 plates-formes de stockage intermédiaire en France. Et 14 camions de distribution, spécialement équipés, approvisionnent les points de vente.
Pour recruter les clients intéressés par cette offre, il fallait aussi résoudre le problème de la consigne. Nous ne pouvions pas récupérer les bouteilles à l’effigie des autres marques (qu’en aurait-on fait ?). Le premier achat devait donc inclure un prix de bouteille et de consigne inférieur au prix d’achat habituel. D’où le tableau suivant.

Avec ce système, dès le deuxième achat, Clairgaz (la créativité de la marque ne vous aura pas échappé, sic !) est vendu 25 % moins cher.
Pour être complet, signalons qu’Auchan s’est, lui aussi, attaqué à ce marché dans la région du Nord. Nul doute qu’en réaction, il va étendre son offre sur toute la France.
Sur le marché du gaz comme sur celui du carburant, personne ne peut désormais contester que l’arrivée des hypers joue le rôle d’un activateur de concurrence.
Posté par M.E.L. le 14 septembre 2005 dans
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5 septembre 2005
Hausse du pétrole : Pour un plafonnement de la fiscalité sur les carburants

La cause est entendue. Le prix du pétrole restera cher pour longtemps. Peut-être même, du fait de la demande des pays émergents, va-t-il être encore beaucoup plus cher (en attendant la mise en exploitation de gisements jusqu’ici moins rentables et dont l’offre supplémentaire viendra à terme limiter cette hausse).
1- Il ne faut donc pas faire de démagogie (réclamer des baisses !). Une politique responsable doit inciter les usagers et les constructeurs à économiser. La politique nationale de l’énergie doit s’engager dans l’ère de l’après-pétrole (développement de toutes les énergies alternatives, dont le solaire, parent pauvre des investissements français dans ce secteur). De ce fait, il convient d’y consacrer une part importante de la plus-value encaissée par l’Etat (TIPP + TVA). Comment ? Quelle énergie de substitution ? Booster le nucléaire ?... Et aussi, développer le train versus le camion, les transports collectifs, etc… Tout ceci doit faire débat et conduire à une révision des priorités…
2- Mais jusqu’où peut-on lever l’impôt sans tenir compte de l’impact social de la hausse du prix de l’énergie sur le budget des familles. L’exhorte à diminuer la consommation restera lettre morte (et perçue comme une provocation) pour tous ceux dont l’utilisation de la voiture ou le chauffage au fioul constituent des dépenses incompressibles (ils n’ont pas d’autre choix). Ponctionnés fortement en 2005, ces foyers vont forcément limiter leurs investissements et leurs dépenses. C’est, de l’avis de nos directeurs de magasin, l’une des explications du faible rythme de consommation actuelle. (Et qui aura des effets de plus en plus négatifs sur la croissance et l’emploi).
Le risque est bien réel.
a) Chaque ménage consacre en moyenne 3,5% de son budget (1000€) au carburant. Et 1,5% supplémentaire en énergie (gaz, fioul,…). Mais la situation varie énormément selon qu’on habite une grande zone urbaine (existence d’un réseau de transport en commun), ou en province. En zone rurale, par exemple, la dépense carburant passe à 1 238€. Elle explose pour les familles avec plusieurs enfants (jusqu’à 1 550€).
b) Que les propriétaires de 4x4 soient pénalisés, ce n’est pas notre préoccupation. Mais les familles modestes et moyennes ont fini par laisser 7,4% de leurs revenus en 2004 (plus que la moyenne nationale donc) chez les pompistes et autres chauffagistes.
c) Depuis un an, le Super 95 a augmenté de 14% et le fioul d’environ 34%. Inutile d’insister sur l’érosion du pouvoir d’achat, dont nous avons dit ici (blog du 5/07/05) qu’au mieux, il stagnerait en 2005-2006.
Aucune politique alternative d’énergie ne viendra gommer à court terme cette inégalité sociale et ses conséquences désastreuses pour le marché.
3- La plupart des hommes politiques sont conscients qu’il ne faut pas se lancer dans une surenchère de promesses démagogiques. On ne va pas le leur reprocher. Ils sont presque tous en ligne : économies d’énergie, aides sectorielles et soutien aux catégories sociales les plus pénalisées.
A la proposition de reverser une partie des taxes sur les carburants, Nicolas Sarkozy avait répondu par…« l’absence de cagnotte ». La solution préconisée par Dominique de Villepin se résume à la rétrocession future aux ménages (et aux professionnels ?) des « trop-pleins perçus par l’Etat ».
A mon sens, ce sera trop tard, trop diffus, trop confus (quels critères ?) pour convaincre et rassurer. (La hausse s’inscrit comme un coup de poing sur les volu-compteurs ; la restitution annoncée reste aléatoire et difficilement chiffrable). En aucun cas, la promesse d’une telle redistribution n’est susceptible de lever l’anxiété croissante des ménages, et donc d’enrayer la chute prévisible et prochaine de la consommation. (Même si pour 2005, on ne peut probablement pas faire autrement.)
Pour 2006 et les années suivantes, il faut raisonner autrement. Plutôt que de disserter sur les montants à reverser, le plus crédible serait de faire en sorte qu’il n’y ait pas explosion des recettes. Soit, en plafonnant l’enveloppe maximale récoltée au titre de la TVA (aujourd’hui, elle progresse en proportion de la hausse), soit en rétablissant une TIPP flottante. (Option souhaitée par des élus du PS et de l’UDF, mais dont la technicité rebute les services de Thierry Breton). Pour moi, peu importe la méthode, l’important c’est l’engagement de l’Etat.
Le litre d’essence franchira les 1,50€, dans beaucoup de stations-service dès la semaine prochaine. La fronde s’organise : transporteurs, taxis…mais aussi les fédérations d’automobilistes. Les corporations font leur forcing. On comprend leurs difficultés. Mais même si elles appellent des aides de l’Etat, cette intervention ne peut plus aller à l’encontre d’un renchérissement du transport par route (nécessaire pour relancer le transport ferroviaire). Pas facile à gérer… Les ménages éprouvés n’auront pas, eux, cette même capacité de négociation. Or, la justice sociale, comme la relance de la consommation, exigent qu’on focalise l’attention sur le pouvoir d’achat des familles françaises.
C’est sur le traitement d’un problème comme celui-ci qu’on pourra juger du contenu concret de la « croissance sociale » dont le Premier Ministre s’est fait le chantre.
P.S. : Cette note intègre une partie de nos échanges suite à ma note du 6/07/05. J’ai quelque peu évolué sur le sujet. Vos réactions ?
Posté par M.E.L. le 5 septembre 2005 dans
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10 août 2005
Gestion de l'eau : les pratiques individuelles contre l'intérêt collectif
...Toujours en Dordogne, en limite nord-ouest du département. Deux journaux locaux : Sud-Ouest et la Charente Libre. Les problèmes consécutifs à la sécheresse alimentent la chronique quotidienne.
L’Aquitaine et la Charente sont particulièrement touchées. Les autorités tempèrent : « La préparation très en amont de la gestion des ressources en eau devrait éviter une situation telle qu’on a connu en 1976 ».
Tout en langue de bois !
Il suffit de lire les échanges aigres-doux entre agriculteurs des 2 départements pour comprendre qu’on va à la catastrophe : environnementale d’abord, économique ensuite.
En année pleine, l’agriculture pompe en moyenne 49% des ressources en eau. Mais ce chiffre grimpe à 80% pendant l’été.
C’est l’extension des surfaces irriguées qui, a asséchée les nappes phréatiques et les cours d’eau. Dans le seul département des Deux-Sèvres, 20 000 hectares sont arrosés quotidiennement. Vu le déficit pluviométrique (-50%), les stocks ne se renouvellent plus.
Paradoxe : Ce sont leurs confrères du secteur de l’élevage qui en font les frais. Pas assez d’eau pour les troupeaux (Dordogne). Pas assez d’herbage pour les nourrir, pas de deuxième coupe en prairie. « Cela fait 10 ans que ça dure, depuis le développement de l’agriculture intensive, déclare un Poitevin, condamné à fournir de l’eau potable (payante et chère) à ses vaches. « Et je passe mes journées à édifier des clôtures puisque les bêtes ne sont plus gardées par des barrières naturelles de conches» (Charente Libre-6/08).
Du côté des producteurs de maïs, on se défend. Les surfaces irrigables auraient diminué de 30% (en un an ? mon œil !). Mais on voit toute la limite du discours quand on lit les projets du président des producteurs de maïs de Dordogne : « Il faut faire des réserves, soit collinaires, soit en tête de bassins, soit par des pompages en hiver ». Avec cette précision : « Le coût total de ce chantier, à classer parmi les grands travaux nécessaires à notre pays (sic), correspond à l’équivalent de 5km d’autoroutes ».
Au frais de qui ? N’est-ce pas le signe qu’on va continuer le gaspillage ?
Il faut revoir les choix de culture. Et arrêter cette course à la productivité, dans des régions insuffisamment dotées en capacité d’irrigation. La profession agricole ne peut se soustraire à cette responsabilité.
Cependant, il ne sert à rien de rester dans le procès. Il faut accompagner les mutations, et discuter des conditions de reconversion.
Et puis, l’agriculture n’est pas seule coupable.
L’évolution du climat exige que chacun, à son niveau, modifie ses comportements. Pour preuve, ces informations sur les terrains de golf. Les chiffres sont probablement gonflés par la polémique. Mais, il semblerait que l’arrosage d’un green prélève l’équivalent de la consommation d’une ville de 3 000 habitants selon les uns (jusqu’à 12 000 selon une autre source).
Il y en a 600 dans l’hexagone…
Cet exemple (pas exclusif) pour dire qu’il ne suffit pas de désigner les paysans à la vindicte populaire. La gestion durable des ressources en eau est désormais une question politique qui exige une coordination nationale et l’implication de tous.
Posté par M.E.L. le 10 août 2005 dans
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4 août 2005
Bois exotique : Le scandale du bois illégal

Long coup de téléphone, hier, d’un de nos collaborateurs chargé de sélectionner les articles pour le catalogue de « plein air » (printemps 2006). Il m’entretenait des difficultés d’obtenir des certificats loyaux et précis sur l’origine des bois exotiques rentrant dans la fabrication des meubles de jardin. Et pestait contre l'inertie des administrations des pays exportateurs et importateurs alors qu’elles sont plus à même de contrôler la légalité des filières que les acheteurs de Castorama ou de Monsieur Meuble basés à Bordeaux ou à Clermont.
1) La problématique :
Avec la Grande-Bretagne, la France est le plus gros importateur de bois tropicaux d’Europe (dont un quart destiné aux marchés publics). Or, selon Greenpeace, la moitié du bois négocié dans le monde provient de sources illégales ou de forêts surexploitées. Des forêts primitives qui ne se renouvellent pas : désastre écologique, contrebande, privation de ressources pour la population autochtone.
2) Les alternatives :
Greenpeace, Robin des Bois, et WWF proposent qu’on favorise le label FSC (Forest Stewardship Council) qui certifie les bonnes pratiques forestières. Mais seulement 4 % de la forêt mondiale en est digne.
Boycotter les 96 % restants ? …J’ai accompagné, l’année dernière, au Vietnam, en Chine et en Malaisie, une mission d’exploration pour étudier l’idée de boycott sélectif. Vu les dizaines de milliers de personnes qui vivent de cette filière, c’est, pour moi, complètement exclu.
Nos acheteurs ont proposé la politique suivante :
a) Refus d’achat de bois illégaux. Exigence d’un certificat d’origine.
b) Diminution d’articles en bois « menacés » (teck). Recherche de bois de substitution : nouvelles sources d’approvisionnement provenant de forêts contrôlées (pays de l’Est et du Nord). Remplacement du bois par d’autres matériaux (fonte, grès, etc…).
3) Les contrôles :
Pour garantir la qualité écologique de cette offre, notre enseigne a adhéré au « Tropical Forest Trust », une ONG regroupant plusieurs acteurs mondiaux de la filière bois, engagée dans le développement durable.
TFT assiste nos acheteurs (contrôle des sources légales) et oriente nos fournisseurs vers les forêts bien gérées ; l’objectif étant de développer les aires labellisées FSC.
Notre enseigne est la première chaîne française d’hypers à avoir adhéré au TFT, mais déjà y travaillent des spécialistes parmi lesquels Castorama et GP DECORS. TFT nous a beaucoup aidés pour la confection du catalogue 2005.
4) Les Administrations, l’Etat, l’UE…
La difficulté majeure, quand on est bien intentionné et motivé, c’est l’absence de traçabilité dans la filière. Chaque année, les Douanes publient un bilan des saisies pour contrefaçon (textile, montres, luxe…). Mais pour le bois, rien n’est encore fait. L’importation illégale n’est pas reconnue comme un délit. Le thème fait toujours débat au sein de l’UE alors qu’au sommet de Johannesburg (2002), nos représentants s’étaient engagés à sanctionner les mauvaises pratiques. Promesse non tenue…
Pas facile alors pour nos cadres et les ONG, de trier le bon grain de l’ivraie !
C’est aussi la raison pour laquelle Sébastien Risso de Greenpeace affirme : « Tant qu’ils ne prendront pas des mesures correctives, la Commission et les Etats membres resteront complices de la destruction des dernières forêts anciennes de la planète ». (Libé 8/07)
Posté par M.E.L. le 4 août 2005 dans
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27 juillet 2005
Sacs plastiques : Les associations se mobilisent pour la suppression des sacs jetables

Va-t-on vers la suppression des sacs plastiques jetables ? Depuis février 1996, mon groupe menait un combat solitaire pour imposer les sacs consignés et recyclables à la place de ces 15 milliards de sacs plastiques dont une partie pollue notre environnement. Avec, depuis, un réel succès, puisque timidement mais sûrement, les autres enseignes de la grande distribution se sont engagées à diminuer de 15 à 25 % le nombre de sacs en sortie de caisse.
Plusieurs collectivités locales ont pris le relais. C’est l’association des « Amis du Vent », en Corse, qui a donné l’exemple. A Calvi, puis dans d’autres sites de l’Ile de Beauté. A l’île de Ré, à La Ciotat, à Montpellier, à Dijon ou en Savoie, campagnes de sensibilisation, actions pédagogiques et engagement des partenaires commerciaux semblent promettre quelques résultats positifs.
Un virage encore plus important vient d’être pris par l’UFC-Que Choisir. On connaît l’influence de cette organisation sur le mouvement consommateur. Je désespérais de les voir s’impliquer ouvertement et nationalement. Son entrée en lice va accélérer inéluctablement le processus de disparition des sacs.
Dans un communiqué diffusé la semaine dernière, l’UFC-Que Choisir « appelle les consommateurs à ne plus utiliser de sacs jetables ». L’organisation demande aux pouvoirs publics de « soutenir cette démarche en imposant des mesures contraignantes aux industriels et aux distributeurs ».
Rentrée en guerre, l’UFC va même plus loin et conteste l’intérêt des nouveaux sacs biodégradables dont la mise sur le marché est préconisée par plusieurs industriels et députés : « l’innocuité des composants utilisés et de leurs produits de dégradation n’est pas démontrée ». De plus, « on ne peut parler que de sacs fragmentables, mais certainement pas de sacs biodégradables ».
Seul couac dans cette prise de position, l’UFC, de manière complètement incompréhensible, propose une discrimination positive à l’égard « des petits commerces et des supérettes qui concentrent les achats impromptus ». Ils « devraient pouvoir proposer des sacs jetables qu’il ne serait pas choquant de rendre payants ». (Curieuse attitude sélective, résurgence d’une forme de populisme qui attribue systématiquement aux « petits » toutes les vertus…).
Mais sur le fond, et par-delà cette anecdote, nous ne pouvons que nous féliciter de la mobilisation des organisations de consommateurs qui, à l’instar du WWF et de la CLCV, prennent à leur tour des positions courageuses. Elle conforte la démarche que nous avons initialement entreprise et va aider nos salariés (caissières et chefs de rayon) à convaincre les derniers clients récalcitrants.
Posté par M.E.L. le 27 juillet 2005 dans
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19 juillet 2005
Sacs plastiques : mauvaise pub !
Port-Tudy, île de Groix, après trois jours de mer…notre bateau capte à nouveau la FM. Sur la Grande Bleue, les publicités (dont les miennes) ressemblent à des documents d’archives. Je les reçois avec détachement tant la vie ici…est ailleurs.
Mais certaines réclames ont des airs de provocation. Leur cause est surréaliste. Celles des fabricants de sacs plastiques ne manquent pas d’air ! Je ne leur conteste pas le droit de défendre leurs produits. Mais cette manière d’affirmer les vertus écologiques du sac plastique est sacrément gonflée.
Ce ne sont pas les sacs eux-mêmes qui posent problème, mais leur surconsommation (15 milliards de sacs distribués en France chaque année), et aussi leur prolifération dans la nature (…jusqu’à deux siècles pour les éliminer).
La publicité des industriels aurait été plus intelligente si elle n’incitait pas à la gratuité et au libre usage des sacs. Elle aurait pu inciter les usagers à les rapporter dans les magasins. En opposant leur stratégie à ceux qui luttent contre la pollution, les industriels qui fabriquent des sacs plastiques se trompent de combat, et ternissent leur image.
En avril 2005, un sondage CSA révélait que 83 % des Français approuvaient la suppression des sacs plastiques dans la distribution. Le mois dernier, une étude réalisée par l’ADEME et Eco-Emballages allait dans le même sens.
Tous les sondages démontrent que l’utilisation des sacs est directement liée à la politique des enseignes. Dès qu’un magasin propose des sacs réutilisables, les clients jouent le jeu. Ainsi des consommateurs dans les centres E. Leclerc : 90 % des clients pensent que cette démarche est utile pour l'environnement ; 85 % trouvent ces sacs pratiques.
C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de faire école. Le long des côtes que je viens de parcourir, les « Intermarché », les « Système U » proposent désormais des sacs réutilisables.
La publicité des industriels va à l’encontre de ce mouvement qui est de mieux en mieux compris et devient vraiment populaire.
Posté par M.E.L. le 19 juillet 2005 dans
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10 juin 2005
Suremballage, gaspillage, surconsommation d’énergie : Du concret !
Suite à ma note sur Nicolas Hulot (01/06/05), des internautes et des consommateurs m’interrogent sur les actions concrètes dans lesquelles notre enseigne s’implique, parallèlement à la réduction des sacs plastiques. Je ne voudrais pas transformer ce blog en instrument de « communication corporate », mais puisqu’il m’appartient aussi de prouver (ne serait-ce que pour mieux démontrer la faisabilité !), je veux juste citer deux types d’actions qui sont typiquement du ressort (et à la portée) d’un distributeur :
1. Les partenariats écologiques avec les fournisseurs : Depuis deux ans, la SCAMARK, société coopérative qui conçoit et fait fabriquer les produits Marque Repère (MDD) pour notre enseigne, a mis en place des « contrats de progrès environnementaux » avec ses principaux fournisseurs. Sur la base du volontariat, chaque industriel, fort du marché obtenu auprès des magasins, s’engage sur huit domaines d’action : la consommation d’eau, les rejets dans les rivières, la consommation d’énergie, les émissions polluantes dans l’atmosphère, la gestion des matières dangereuses, la promotion des bonnes pratiques et la mise en place de cahiers des charges écologiques (allant jusqu’à la certification !).
Les deux parties (SCAMARK et ses fournisseurs) s’engagent à des évaluations annuelles permettant de mesurer l’impact des mesures prises sur l’environnement. La Fondation Nicolas Hulot donne son label aux entreprises contractantes. A ce jour, 369 sites industriels ont signé un contrat. 131 sur la gestion des déchets, 84 sur la maîtrise de la consommation d’eau et 60 sur la gestion des rejets. Des résultats concrets ? Trois exemples :
- La société HDV Distribution (négociant en vins) a mis en place un plan de formation globale de son personnel concernant la manipulation des bouteilles, le tri et la gestion des déchets. Elle a enregistré une baisse de 12% de déchets.
- La société Morina Baie (fabrication de biscuits) a fait installer des compteurs à gaz individuels sur toutes ses lignes de production et de cuisson. Elle a mis en place des systèmes de contrôle qui ont permis de baisser sa consommation d’électricité de 5% et de gaz de 3%.
- Les cafés SATI ont, grâce à la mise en place d’un torréfacteur nouvelle génération, réduit de 50% les émissions de CO² dans l’atmosphère.
Petits ruisseaux… grandes rivières !
2. De son côté, la SCAMARK s’est attelée directement à la conception des emballages et à la limitation de leur impact sur l’environnement. Elle a mis en place des solutions dites « d’éco-conception » permettant d’agir très en amont sur le choix des méthodes et des matériaux de conditionnement.
Des exemples : Marque Repère a « rajeuni » sa gamme de glaces. Le nouveau packaging a changé de forme, diminué en poids, ce qui a permis un gain de place de 45% par palette. Economie : 1 820 palettes en moins à transporter, soit 60 camions en moins sur les routes ! En plus, les boîtes ont bénéficié d’un couvercle avec un système d’inviolabilité, ce qui a permis de supprimer l’opercule et le suremballage. Du coup, 31,5 tonnes de film plastique et de cartonnage sont économisées chaque année.
Idem pour 16 produits frais dont l’optimisation du conditionnement et du transport a permis d’économiser 95 tonnes d’équivalents bois et plastique, et permis de retirer des routes 137 camions. Soit une quantité non négligeable de CO² dans l’atmosphère en moins.
Je m’arrête là. On pourrait multiplier les exemples, tant les chantiers ouverts sont énormes. Et pourtant, même si cela est affiché avec une certaine fierté, ayons l’humilité de dire que ce n’est encore qu’une goutte d’eau.
Posté par M.E.L. le 10 juin 2005 dans
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20 avril 2005
Commerce équitable : l'autre mondialisation

Tristan Lecomte, Président d’Alter Eco, organisait, hier, un petit déjeuner de presse. J’aime bien ce jeune chef d’entreprise. Par son dynamisme, il contribue beaucoup à la promotion du commerce équitable en France.
Dans le public, journalistes, étudiants, analystes, distributeurs (Carrefour, Cora), industriels (Pomona, L’Oréal…). Ah, qu’il est loin le temps des militants hurlant leur haine de l’économie marchande. Place à l’ère des managers du développement durable. Ils sortent aujourd’hui de l’Université, d’AGRO ou d’HEC. Ils ont gardé la foi des militants, mais à l’enthousiasme, ils ont rajouté l’efficacité.
Sous le contrôle de l’association Max Havelaar qui décerne son label, une vingtaine de « fournisseurs équitables » approvisionnent aujourd’hui la grande distribution, Leclerc en tête. (Je dis « en tête » sans fanfaronnade, ni publicité mensongère, tout simplement parce que nos adhérents « le valent bien ». Ils ont décidé d’apporter une forte contribution au développement de ce marché et nous nous sommes fixés d’atteindre le leadership dès 2005 !). Pour le moment, ce marché est encore marginal. 0,3 % des ventes des Centres E. Leclerc en 2004. Guère mieux ailleurs. Pas de quoi pavoiser. Le marché français du commerce équitable reste à booster, même si, toutes les études le montrent, les consommateurs sont désormais sensibilisés à cette démarche « citoyenne ».
Les fournisseurs ont pour nom « Alter Eco », « Café le Bonifieur », « Echange Equitable », « Lobodis », « Naturalim », « Ata », « Acdis », etc… Ce sont des entreprises indépendantes, ou des filiales de petits groupes agroalimentaires déjà connus (Café Méo, Malongo, Cantalou) qui organisent la filière ou la valorisent. Elles achètent café, riz, thé, huile, cacao et jus de fruits à des groupements de producteurs ou des petites coopératives qui sont plutôt établis au Sud de nos continents. Depuis l’année dernière, il s’en trouve même qui fournissent des cotonnades (Hydra, et même une filiale de Kindy), de la papeterie et des jouets.
Les petits producteurs organisés reçoivent un sur-prix (30 à 50 % supplémentaires par rapport au cours) en contrepartie d’une garantie de réinvestissement dans l’appareil de transformation, ou d’un apport à l’économie villageoise (réseau de transport, équipements sanitaires ou scolaires, etc…). Ni mécénat, ni sponsoring, ni charité. Ils se sont engagés volontairement dans un processus de développement durable, liant contribution économique et objectif social. Les « gringos » de Jacques Vabre ne viennent pas chercher leur production ! Ce sont eux qui sollicitent la filière du commerce équitable et tentent de venir jusqu’à nous.
En rentrant dans les rayonnages des hypers, le commerce équitable profite de la notoriété et de l’attractivité des enseignes. Il augmente les débouchés potentiels. Et les produits équitables deviennent plus accessibles parce que moins chers. Contrairement à une idée reçue, le prix jusqu’ici élevé du commerce équitable ne provient pas de la rémunération payée aux producteurs. (Le coût de la matière première est inférieure à 10 % de la valeur du produit fini). Ce sont les charges fixes, les coûts logistiques et les marges des intermédiaires qui plombent leurs prix. Par rapport au circuit traditionnel et trop confidentiel des réseaux militants, le référencement en hyper rend ces produits presque aussi compétitifs que les grandes marques. Et ils profitent de la politique promotionnelle, comme la présence en catalogue (15 millions d’exemplaires). Sacrée vitrine !
En 2004, les Centres E. Leclerc ont commercialisé une centaine de produits de commerce équitable pour un chiffre d’affaires de 9 millions d’euros. En 2005, avec 180 références, ils visent 15 millions d’euros. La plupart des autres distributeurs s’y mettent aussi. Le marché décolle au point d’intéresser les industriels multinationaux eux-mêmes et les enseignes pour en faire des marques de distributeur. Riche débat en perspective…
P.S. : Dans dix jours, c’est le lancement, en France, de la Quinzaine du Commerce Equitable. Ce sera l’occasion de vous présenter quelques acteurs clés de ce marché. J’organiserai un chat sur ce site le 11 mai.
Posté par M.E.L. le 20 avril 2005 dans
Commerce équitable
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Développement durable
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22 février 2005
Le train et le camion
Beaucoup de réactions intéressées suite à mes propos sur Canal +, lors de l'émission "C'est déjà demain" (15 février). J'interpellais François Hollande sur une politique d'économie d'énergie, dans la perspective d'un pétrole de plus en plus cher. Et je citais cet exemple : les Centres E. Leclerc commercialisent 18 % de l'eau en bouteille vendue en grandes surfaces. Les principaux sites de production sont dans l'Est et le Centre de la France. Pour acheminer l'eau vers la seule Bretagne, 4 000 camions nous sont nécessaires. Si l'on additionne toute l'eau transportée par mes concurrents (Intermarché, Système U, Carrefour...), c'est l'équivalent de 20 000 camions qui sillonnent la France dans le sens Est-Ouest. Une aubaine pour les sociétés de transport et pour l'emploi de chauffeur-routier ! Du délire si, objectivement, on considère l'impact écologique (pollution), économique (coût d'entretien des routes) et tous les risques d'accidents. La solution, donc, c'est le "ferroutage" : transport long par le train (un convoi ferroviaire transporte l'équivalent de 41 camions) et dispatching final par la route (la SNCF ne livre pas à moins de 300 km d'un point d'enlèvement). Tous les groupes de distribution sont évidemment intéressés par cette question et cherchent pour des raisons écologiques (mais oui !) ou d'optimisation des flux, à mettre un terme à cette aberration logistique. Problème : selon les distances, le chemin de fer est 30 à 60 % plus cher que le camion ! ! ! La nécessité d'une action publique corrective est évidente. On sait que vu l'état de ses comptes, la SNCF ne peut diminuer ses coûts à ce point. Il n'y a pas d'autre alternative que de taxer le transport routier qui, contrairement à la SNCF, ne paye pas l'entretien du réseau. Si l'on veut que le rééquilibrage des coûts de transport se fasse, il faudra du temps, de la pédagogie, et accompagner bien des reconversions (l'impact social est énorme). Il faudra au moins 10 ans. Et encore, à cette seule condition : commencer maintenant.
Posté par M.E.L. le 22 février 2005 dans
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16 février 2005
Biocarburants : le fisc contre son camp
Hier soir, sur un plateau de Canal +, avec François Hollande, Nicolas Hulot et Hervé Gaymard, dissertation sur l'ère de l'après-pétrole ! Je reste sur ma faim. J'ai engagé mon enseigne sur la voie des biocarburants. Avec un certain succès. Nous assurons 35% des ventes de gazole vert en grande distribution, c'est-à-dire bien plus que le poids de notre groupe dans la distribution du gazole normalisé. Et nous sommes les premiers, depuis le 10 novembre 2004, à avoir lancé un "sans plomb" contenant 5% d'éthanol à base de betteraves sucrières. Le gouvernement, sous Hervé Gaymard, Ministre de l'Agriculture, a soutenu ces initiatives. Mais comment expliquer l'inertie de l'appareil d'Etat devant cette contradiction : notre pays, qui se veut pionnier, accorde une exonération de TIPP inférieure de 25% à celle qui est pratiquée en Allemagne. La conséquence ? La majeure partie des quantités de colza produit en France, disponible pour l'incorporation dans le gazole moteur, va en Allemagne, limitant l'accès à ce produit des opérateurs français comme Leclerc. Résultat, nous ne pouvons offrir du gazole vert qu'en Normandie et dans le Finistère. Il n'y a pratiquement aucune perspective d'élargissement géographique de cette offre, sauf si une disposition légale finit par rendre l'incorporation d'ester obligatoire. Mais même dans ce cas, le différentiel d'exonération fiscale entre l'Allemagne et la France sera intégralement supporté par les consommateurs. Alors, gadget ou politique alternative ? Que veut-on vraiment ?
Posté par M.E.L. le 16 février 2005 dans
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17 janvier 2005
Environnement, développement durable
Incroyable : alors qu'à juste titre, l'administration tombe sur le paletot de n'importe quel commerçant ou industriel indélicat avec les problèmes sanitaires et d'environnement, le Ministère de l'agriculture annonce qu'il sera indulgent avec les agriculteurs pollueurs. A Bruxelles, notre administration s'est battue pour conditionner l'octroi de subventions au respect de règles écologiques drastiques (ne serait-ce que pour augmenter les seuils d'accessibilité des financements PAC à nos concurrents de l'Europe de l'Est). Mais de retour à Paris, elle fait fi des excès de lisier ou d'herbicides, ramenés au rang de péchés véniels. Comme tous les Français, je comprends la nécessité d'oeuvrer pour le revenu agricole. Cette initiative passe évidemment par l'élévation des standards de qualité, la traçabilité, la certification. A qui fera-t-on croire qu'on cherche à impulser ce mouvement, si on est aussi laxiste et si l'on cède par avance aux menaces des premières fourches ? Pas très courageux tout ça !
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2005 dans
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