2 juin 2005

OGM, produits bio : Les étiquettes doivent dire l’Ethique

Je propose que, demain, nous reparlions de la nouvelle donne politique française. Je répondrai aussi à vos intéressants commentaires sur le référendum. En attendant la composition du gouvernement (ça a l’air fastidieux !), je vous livre quelques informations sur les problématiques nouvelles de la consommation alimentaire. Ce sont des questions pour lesquelles je suis souvent interpellé par des ONG ou des associations professionnelles. Elles ne suscitent pas encore la passion du « grand public », mais elles sont emblématiques de l’évolution de notre société. Et nous avons la chance de pouvoir y réfléchir avant que le marché ne nous impose définitivement sa loi.

1) OGM : La charge de la preuve :Arnaud Apoteker, chargé de campagne OGM de Greenpeace, réclame un étiquetage positif signalant l’absence, plutôt que la présence, d’OGM dans les produits. Il y voit « un moyen de distinguer ceux qui font des efforts (sic), qui lancent des filières qualité, qui travaillent selon la charte de l’agriculture biologique… ». Moi, je suis contre. C’est un piège. Greenpeace qui passe son temps à visiter les magasins, conteste la présence de la moindre trace d’OGM dans les produits. Afficher l’absence d’OGM, c’est s’engager à en fournir la preuve. Or, aucun distributeur n’en est capable. Pourquoi alors s’auto-flageller. Et puis, il ne faudrait pas inverser la charge de la preuve. C’est aux fabricants OGM de certifier leurs produits et de les défendre.

2) OGM équitables: Max Havelaar a étendu son label à la commercialisation d’un coton équitable, produit par Dagris qui s’approvisionne auprès des producteurs d’Afrique de l’Ouest. Levée de boucliers des militants Attac, Greenpeace, et du journal L’Humanité : le coton Dagris est génétiquement modifié. Jusqu’où l’équité s’accommodera-t-elle du libre choix des producteurs. Sans mésestimer les problèmes qu’on a évoqués ici, sur les OGM, peut-on opposer un discours systématique, idéologique, à la tentative de petits producteurs d’investir dans des choix technologiques différenciants ?
Cette question me paraît fondamentale si nous ne voulons pas apparaître encore une fois comme des donneurs de leçons ou comme des néocolonialistes. Pour moi, la seule réponse est toujours contenue dans cette seule interrogation : ce coton OGM est-il nuisible ou non, respectera-t-il les règles d’étiquetage et sera-t-il importé dans un cadre légal. Subsidiairement, pourquoi un coton de marque (issu d’OGM) pourrait être librement commercialisé dans le monde, et pas un coton équitable.

3) Bio : La filière bio est en émoi. Les consommateurs plébiscitent certains produits, mais boudent franchement un label devenu trop cher. D’où une certaine crispation des producteurs. Je les soutiens sur un argument : il n’est pas normal que de grands industriels profitent de la confusion pour commercialiser sur le marché des produits « Bioplait » (Yoplait) et « Bio » (Danone) alors que ceux-ci ne contiennent aucun ingrédient issu de l’agriculture biologique. En plus, ils sont chers, même s’ils sont bons. Et ils contribuent à renchérir encore l’image du bio.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 juin 2005 dans OGM
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28 avril 2005

Directive européenne OGM : La traçabilité en défaut

Vous ne savez probablement pas quelle est la différence entre le maïs Bt10 et le maïs Bt11. Moi non plus d’ailleurs. Tout ce que je puis vous dire c’est qu’il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, de maïs génétiquement modifié intervenant notamment dans la fabrication de la bière (sous forme de gluten). C’est l’Américain Syngenta qui exporte ces produits. La commercialisation de l’un (le Bt11) était jusqu’ici autorisée en Europe, mais pas le Bt10.

Seulement voilà, impossible techniquement de les différencier. Les tests de « dépistage » du Bt10 ne sont pas encore fiables. Au point que 1 000 tonnes de ce maïs auraient été importées en Europe, sans que nul ne s’en aperçoive. Prise de court, la Commission a intelligemment décidé l’embargo sur les deux espèces, en attendant d’y voir plus clair. Et surtout, en espérant que les Etats-Unis mettent en place une certification « sans Bt10 ».
Cette affaire a été relativement bien relayée dans la presse. Elle est la démonstration que la politique de traçabilité mise en place par la Commission Européenne ne suffit pas.
Je m’intéresse à cette affaire parce qu’en tant que distributeur, nous sommes sans cesse interpellés par des ONG écologistes, la plupart anti-OGM, mais toutes en tout cas unanimes pour revendiquer une information consommateur fiable. Je trouve cette demande légitime. Mais n’étant pas scientifique, et ne disposant pas nous-mêmes d’informations de la part de l’administration ou des industriels, ça devient un vrai casse-tête. On peut retirer du marché un produit signalé comme « susceptible de contenir des OGM ». On ne peut évidemment pas retirer des produits dont on ne sait pas s’ils contiennent des OGM.

Je viens d’en discuter avec des fonctionnaires du ministère de l’agriculture, ainsi qu’avec un conseiller scientifique très actif à Bruxelles. Ensemble, nous avons convenu que cette affaire révélait les limites de la réglementation européenne et remettait en cause le principe d’une segmentation des marchés. Ce dossier du maïs révèle en effet :

1) Manifestement, il y a eu contamination croisée ou mélange des maïs. Ce qui signifie que les exigences européennes de traçabilité n’ont d’efficacité que si les pays exportateurs l’exigent de leurs fabricants. « Elémentaire, mon cher Watson ».
2) La Commission ne dispose manifestement pas des outils de contrôle nécessaires pour faire appliquer la réglementation qu’elle édicte. Pire, des produits sont mis sur le marché alors que le fabricant est incapable lui-même de proposer les tests de repérage. Ce genre d’affaire va forcément se répéter, au gré des mises en marché de milliers d’espèces nouvelles. Ne faut-il pas lier les garanties d’innocuité et les garanties de traçabilité dans le cahier des charges avant toute commercialisation ?
3) La France vient d’inscrire, dans sa Constitution, l’obligation de respecter le principe de précaution. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. Comment les états, s’ils sont un jour accusés par des consommateurs invoquant ce principe, pourront-ils se retourner contre les fabricants ? Et sur quelle base juridique ?

Voilà donc, chers amis, un épi de questions dont je vous prie de croire que les réponses ne sont pas amidonnées.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 avril 2005 dans OGM
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21 janvier 2005

OGM

 Revenant d'une conférence sur le problème des OGM, je constate ce formidable décalage : d'un côté, un mouvement écologiste, quasi intégriste, qui s'oppose à l'expérimentation (même contrôlée) de nouvelles semences ; d'un autre côté, un nombre croissant de pays développent les surfaces d'OGM cultivés. Les Etats-Unis et le Canada en tête, mais aussi l'Argentine, le Brésil et la Chine. Au total, 17 pays producteurs avec un net regain d'intérêt de la part des pays en voie de développement d'Amérique Latine ou d'Asie (Inde, Philippines). Depuis 4 ou 5 ans, je n'arrête pas de dire qu'il faut arrêter de se focaliser sur la mise en place d'une double filière permettant, théoriquement, un libre choix pour les consommateurs. La déferlante OGM arrive, les industriels multinationaux en seront les vecteurs, et aucune législation protectionniste ne pourra inverser le processus. La question n'est plus d'être pour ou contre les OGM. La seule question qui compte aujourd'hui, c'est celle de l'utilité (et de l'innocuité) de chaque nouveau produit mis sur le marché. Ceux qui refusent, parmi les professionnels, les politiques, les scientifiques, de mettre en place un système de contrôle des mises en marché (à l'image de ce qui est fait pour le médicament) sont aussi irresponsables et imprévoyants que ceux qui attisent les peurs les plus irrationnelles.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 janvier 2005 dans OGM
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