16 avril 2008

Affichage C02 des produits alimentaires à Templeuve et Wattrelos

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C’est parti. Lors du Grenelle de l’environnement, nos adhérents s’étaient engagés. J’ai parlé ici, à plusieurs reprises, d’initiatives au sein de l’enseigne : la suppression des sacs de caisse, les agro-carburants (désormais contestés), les couvertures solaires sur les magasins, etc. Depuis le début du mois d’avril, les adhérents E. Leclerc de Wattrelos et Templeuve (famille Pocher) ont décidé de faire figurer sur les étiquettes de milliers de produits alimentaires les quantités d’émission de gaz à effet de serre, converties en équivalent carbone. L’opération a été possible grâce à l’investissement personnel (j’oserais dire militant) de Thomas Pocher et de ses équipes. Ils se sont entourés des conseils et des prestations de l’ADEME. Ils ont su, malgré les difficultés, mobiliser le savoir-faire informatique d’INFOMIL, société organiquement rattachée à l’enseigne, pour proposer un affichage sur les étiquettes produits, mais surtout, véritable innovation, une information sur le ticket de caisse. En effet, celui-ci permet de calculer le total du poids carbone des achats, en cumulant tous les produits alimentaires achetés par le client.

Le Conseil Régional a apporté son soutien au projet dont les données (calcul du CO2 émis) ont pu être scientifiquement établies grâce aux prestations de GREENEXT.

Parallèlement à ce balisage en rayons, Thomas Pocher a mis en ligne le site www.jeconomisemaplanete.fr qui détaille les méthodes de calcul et permet au consommateur de s’initier aux concepts et aux problématiques liées à l’empreinte carbone.

Je laisse parler Thomas Pocher :

L’origine du projet :

« Avec mon équipe, j’avais été sensibilisé au traitement des déchets ménagers. Ca m’a permis de comprendre à la fois l’intérêt, mais aussi la complexité des sujets dont on parle facilement sans imaginer à quel point les mises en œuvre peuvent être lourdes et difficiles. J’ai regroupé plusieurs partenaires compétents, dont GREENEXT. Et à partir d’informations génériques, chaque catégorie d’aliments a été affectée d’un poids « CO2 ». Ce ne sont pas moins de 20 000 produits, toutes marques confondues, qui porteront l’indication de leur équivalent en carbone.

Quelle information ?

Le calcul inclut, dans un premier temps, l’impact de fabrication, de l’emballage, et celui des manipulations et stockage dans le magasin. A terme, le calcul portera sur la totalité du cycle de vie du produit : de l’extraction des matières premières à sa transformation incluse.

Nous ne prétendons pas à l’exhaustivité. Nous restons pour le moment sur des informations qui sont des « moyennes ». Mais tout cela est fortement pédagogique. J’ai moi-même découvert, par exemple, que les yaourts, de la vache à la petite cuillère, pèsent presque l’équivalent de leur poids en CO2 (environ 0,4 kg équivalent point CO2 vs 4 fois 125 g de produit).

La réaction des consommateurs ?

Le public a d’abord été interloqué, mais nous avons beaucoup communiqué. Il a fallu clarifier l’information. Nous avons profité de ce projet pour revoir tout le balisage en rayons et le rendre plus lisible. Et comme pléthore d’informations nuit à la qualité de celles-ci, nous avons décidé de supprimer l’information du prix « en franc » pour laisser sa place à cette information environnementale.

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Quels développements prévoir ?

Casino (dont on attend l’initiative) dit vouloir procéder à une démarche plus fine, applicable à chaque produit et à chaque marque, dans chaque zone de chalandise. Pour notre part, nous nous sommes rendus compte que cet objectif générait des contraintes quasi insurmontables, du moins à notre niveau. Je ne parle pas que des aspects financiers : un bilan CO2 inscrit sur le produit lui-même ? Mais voyez-vous, une bouteille d’eau qui part du Massif Central n’a pas le même impact sur l’environnement selon qu’elle est vendue à Wattrelos, à Dreux, à Blagnac, et encore plus à Brest. Le coût environnemental n’est évidemment pas le même selon les distances de transport. Ce genre de calcul qui nécessite une réelle expertise, n’est pas à la portée d’une PME locale. Faire faire les calculs par une société experte au niveau national ? Cela supposerait que les modes d’approvisionnement ne changent pas,...etc.

On peut le faire sur quelques produits. Nous étudions cette voie. Mais c’est quasiment impossible d’étiqueter 25 000 références d’autant qu’il nous faudrait assumer les risques d’erreur ou d’approximation que nous ne maîtrisons évidemment pas.

Mais déjà, l’étiquetage générique permet au consommateur d’orienter ses choix, d’éviter les suremballages, de privilégier une offre de proximité par rapport à une offre importée. Ce n’est pas le seul critère bien sûr. Il reste le prix, la qualité, la praticité, etc. Mais la donnée CO2 est désormais composante intégrale de l’offre.

Trois pistes sont actuellement explorées. La première consiste à élargir progressivement le spectre des produits concernés. Nous nous intéressons actuellement à des produits non alimentaires comme les produits d’entretien dont on connaît les capacités polluantes.

Nous allons aussi créer un club affinitaire de consommateurs avec lesquels nous discuterons de l’évolution de l’opération.

Enfin, cette opération a techniquement été construite pour pouvoir être dupliquée dans les autres points de vente de l’enseigne. D’autres collègues s’apprêtent à faire la même expérience dans leur zone de chalandise. »

Si cette expérience vous intéresse, je propose que vous interpelliez directement, ici, sur ce blog, les équipes de Thomas Pocher qui n’hésiteront pas à solliciter leurs correspondants à l’ADEME ou à GREENEXT pour plus de détails.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 avril 2008 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable , Energies , Environnement
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20 novembre 2007

Sucre en baisse, blé en hausse : qu’est-ce qui est vraiment durable ?

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Le cours du lait et des céréales s’envole ? Tous les analystes qui nous annonçaient la fin du productivisme agricole au nom de la suffisance alimentaire…tournent leur veste. Voici qu’on justifie le retour à des politiques nationales par le risque d’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale.

Moi, ça m’a toujours épaté de voir l’aplomb avec lequel les analystes ou les conjoncturistes pouvaient affirmer, sans sourciller, ce genre de prévisions qui tiennent plus du calcul de probabilité ou de l’idéologie…que d’une rationalité étayée. Mon ami Bernard Maris, économiste iconoclaste, avait en son temps produit un petit ouvrage recensant toutes les erreurs de prévisions commises par les « meilleurs économistes ». Un petit jeu de massacre !

Comme pour corroborer cette critique jubilatoire, Libération publiait hier, sous la plume de Christian Losson, un intéressant petit article dans une rubrique judicieusement intitulée « Le capital décrypté ».

Christian Losson s’est penché sur l’évolution du prix du sucre. Il est aujourd’hui à la baisse (et sacrément), alors que de 2004 à 2006, il avait augmenté de 300 %, suscitant à l’époque les prévisions les plus alarmistes. Principal acteur de ce retournement ? L’Inde aurait doublé, en deux ans, sa production, dépassant le Brésil (premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes). C’est désormais le trop-plein et le marché se casse la figure.

L’observation ne fera pas la Une des grands journaux, trop focalisés aujourd’hui sur d’autres hausses spectaculaires, carburants ou céréales. Pourtant, elle devrait nous inciter à relativiser les commentaires souvent trop lapidaires.

Allez jeter un œil sur « Google ». Listez les facteurs qu’on suppose à l’origine de l’augmentation du prix du blé. Vous verrez qu’on attribue aux biocarburants un effet accélérateur. Comme si la demande avait été boostée dans des proportions aussi importantes, alors qu’en Europe et en Asie, les constructeurs n’y ont introduit que chichement les moteurs flexfuel. Osez dire que ça pourrait être un phénomène non durable et spéculatif, et vous passez pour un ignare. Il y a tellement de corporations qui ont intérêt à plaider pour une hausse durable des cours.

Pourtant, les fabricants de biocarburants s’approvisionnent aussi auprès de l’industrie sucrière (alcool de betterave). L’article de Libé met bien l’accent sur cette contradiction : quelles que soient les explications techniques, la demande de biocarburants n’a pas enrayé la baisse du cours du sucre. Etrange, non ?

Bon, ce que je veux dire ici c’est qu’il faut arrêter de gober n’importe quel discours alarmiste. Contrairement aux énergies fossiles, les produits agricoles constituent une offre renouvelable.

Une variation conjoncturelle d’un cours, ou même une variation de cycle ne doit pas conduire à des révisions stratégiques inconsidérées.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 novembre 2007 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Développement durable , Economie , Prix / Concurrence
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17 septembre 2007

Biocarburants : stop ou encore ?

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Qui dit vrai sur l’intérêt écologique des biocarburants ? Comment expliquer un tel revirement : hier, tout le monde était pour, maintenant tout le monde « il est sceptique ». Que disent vraiment les experts et quel crédit accorder à telles ou telles études ?

J’ai engagé massivement mon groupe dans la distribution des biocarburants :

- En réponse à la pression des écologistes qui, depuis 10 ans, ont préconisé leur développement.
- A la demande des constructeurs qui souhaitaient pouvoir disposer d’un réseau suffisant pour approvisionner les nouveaux moteurs flex fuel progressivement mis sur le marché.
- Enfin, pour offrir un débouché aux coopératives agricoles (betteraviers, céréaliers) qui avaient investi sur le développement de ce futur « pétrole vert ».

Tout cela avec l’aval du parlement qui a, l’année dernière, voté une fiscalité incitative, pour booster le plan bioéthanol. Et sous le regard approbateur de la Commission Européenne soucieuse que la France atteigne, dans le cadre de ses engagements anti-CO², un pourcentage d’incorporation de biocarburants bien supérieur aux 5 % actuels.

Concrètement, ça donne :

- Super éthanol : sur 137 pompes ouvertes en France, E. Leclerc en a ouvert le plus (34) suivie de Carrefour, toutes deux devant Total (31 !). D’ici fin 2007, il y en aura 49 à notre enseigne, et 32 autres sont programmées sur 2008. Le gouvernement (Villepin) avait obtenu un engagement des distributeurs (charte de Matignon), nous tenons notre parole.
- Ethanol : E. Leclerc prévoit d’en incorporer en 2008 plus de 45 000 m3 dans 940 000 m3 de sans plomb 95. (Doublement versus 2007).
- E.M.H.V. : Siplec, notre société pétrolière, prévoit d’augmenter de 60 % les additivations d’esther commercialisé dans 3 400 000 m3 de gasoil. (La réglementation incite à passer d’une additivation maxi de 5 % à une additivation de 7 %.)

Nous étions donc sur une bonne pente, et certainement pas le plus mauvais élève de la classe.

Mais voilà ! Sur la foi de quelques études partielles publiées aux Etats-Unis, le balancier semble repartir dans l’autre sens. On nous dit désormais que le bilan écologique de cette nouvelle filière énergétique est catastrophique. On accuse les tenants de cette politique d’accélérer finalement les pénuries alimentaires, et à tout le moins, de participer au renchérissement des céréales destinées au Tiers-monde !

(Cette parenthèse un peu ironique : hier, les écologistes altermondialistes dénonçaient (à juste titre) les subventions européennes parce qu’elles tiraient le prix des exportations céréalières à la baisse et empêchaient l’émergence de marchés rémunérateurs dans les pays du Sud. Les mêmes nous disent aujourd’hui que les biocarburants font monter le prix des céréales qui deviennent trop chères pour les populations des mêmes pays : cherchez donc à comprendre cette contradiction !!!)

Bref, tout en admettant qu’il puisse y avoir débat sur l’ampleur des investissements à réaliser dans les biocarburants, toutes ces affirmations paraissent si excessives, si peu rationnelles et tellement peu étayées qu’on ne sait plus si les experts parlent au nom de la science ou de lobbyings particulièrement actifs.

En réponse à une étude récente de l’OCDE, « Biocarburants : les remèdes sont-ils pires que la maladie ? », le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a confirmé, la semaine dernière, l’intérêt de la « chimie verte » en parlant de focaliser l’investissement sur « les carburants bio de deuxième génération ». Et lors d’un dîner organisé au ministère avec les distributeurs, il temporisait en disant qu’au fond, tout ça est une question de proportion.

Peut-être...

Toujours est-il qu’en tant qu’investisseur-clé dans la distribution des carburants, il me semble normal et urgent que les pouvoirs publics et les organismes experts nous aident à clarifier ce débat : on continue ou on arrête ?

En France, personne ne conteste la qualité des recherches pilotées par l’ADEME. A quand une prise de position sur cet épineux dossier ?

Et toi, camarade Jean-Louis, que disent tes services ? Qu’en penses-tu ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Développement durable , Economie , Energies , Environnement
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6 septembre 2007

Une centrale photovoltaïque sur le toit d’un hyper E. Leclerc : une solution d’avenir ?

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Après la suppression des sacs plastiques, le lancement des biocarburants (la filière bioéthanol) et les contrats de progrès noués avec les industriels pour diminuer les suremballages et les émissions de CO², les adhérents de mon groupement lancent le chantier du solaire. Plusieurs expériences sont en cours.

Pas toujours facile pour un chef d’entreprise qui veut bien faire, mais n’est pas expert de ces questions, d’obtenir une collaboration productive avec tous les intervenants : scientifiques, industriels, services administratifs, etc. Mais on peut déjà tirer un premier bilan de l’initiative du centre E. Leclerc d’Aranjuez (Espagne).

L’installation est constituée de 336 modules photovoltaïques de 300 Wp chacun, répartis sur les 3 600 m² de toiture qui se prêtait à l’équipement.

Ces modules absorbent l’énergie solaire et la transforment en courant électrique.

L’énergie produite est revendue au réseau de distribution conventionnel (Union Fenosa). Elle sert à alimenter des logements et des sites industriels à proximité.

En Espagne, deux facteurs contribuent au développement de l’énergie photovoltaïque : le taux d’ensoleillement et une réglementation très « pushy ». La législation impose en effet que tout nouveau projet collectif fasse obligatoirement appel à l’énergie solaire pour la production d’eau chaude sanitaire (au moins à 60 %). Philippe Gruau, notre adhérent à Aranjuez, a proposé aux opérateurs de développer ce concept en créant ainsi une véritable petite centrale de production électrique (puissance de 100 800 Wp).

L’initiative fait tache d’huile. Son coût est maîtrisable : 560 000 euros, bénéficiant d’aides de l’Etat et de la région. Elle ne défigure en rien l’architecture du centre commercial (tout neuf, très beau, non loin d’un site classé). Le centre E. Leclerc de Montpellier vient de déposer, dans le cadre des initiatives « Grenelle Environnement », un projet de couverture totale de son parking. Nous reviendrons sur ce sujet.

Comme sur ce blog interviennent souvent quelques très bons experts sur les questions de l’environnement, j’aimerais avoir des avis critiques ou encourageants sur les possibilités d’équipements de ce type en France. N’hésitez pas…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 septembre 2007 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable , Environnement
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28 mai 2007

Cinéma : « Le Marché de la faim » par Erwin Wagenhofer

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…Vu cette semaine « We Feed the World » (le Marché de la faim) d’Erwin Wagenhofer.

Sur un plan purement cinématographique, rien à voir avec le professionnalisme du film d’Al Gore, « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange). Ici, on cultive un côté brouillon, un scénario chancelant, une image peu exigeante, sans doute pour respecter un look « docu militant », à l’instar du film « Le Cauchemar de Darwin » (Cf. la note du 21/06/05).

Sur le fond, les questions sont pertinentes et certains arguments font mouche.

Dommage que le lecteur soit obligé de rester « sur sa faim » (sic). EW flingue les trusts de l’agrobusiness, charge les multinationales (ça ne mange pas de pain, re-sic !). On a le droit au recensement de toutes les critiques contre l’hyper productivisme industriel et les excès du libéralisme. Faute de tenter l’ébauche de quelques solutions, le film est finalement assez frustrant.

1) Le scandale de la faim !

On pourrait synthétiser comme suit l’argument du film :

a) « L’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus » (J. Ziegler). Tous les moyens existent pour nourrir les populations démunies. De ce fait, « tout enfant qui meurt actuellement de faim est en réalité assassiné ». La phrase peut choquer. Elle me semble juste : il y a bien aujourd’hui « non assistance à personnes en danger ».

b) Comment en est-on arrivé là ? Par la guerre, la guerre économique que se livrent les riches nations. Elles ont choisi de produire toujours plus et au-delà de leurs besoins nationaux. Pour vendre à l’extérieur, pour gagner des devises. (L’arme alimentaire !)

L’amélioration de la productivité, mais aussi la course aux subventions…ont contribué à faire baisser les prix sur les marchés mondiaux et jusque dans les pays sous-développés. Ce qui rend impossible, dit EW, l’éclosion d’une agriculture locale, vivrière, faute qu’elle soit suffisamment rémunératrice.

c) La thèse n’est pas nouvelle. C’est celle de la plupart des ONG. Elle trouve un écho favorable dans le mouvement altermondialiste (jusqu’à José Bové, en France). Mais paradoxalement aussi, auprès des libéraux pour qui les subventions américaines ou européennes altèrent le fonctionnement du libre marché.

2) Les dégâts sociaux et écologiques à l’échelle planétaire

Le film a le mérite de présenter une critique globale et de l’illustrer.
- Critique des dégâts sociaux issus de l’hyper spécialisation agricole : on voit notamment des fils d’agriculteurs qui ont quitté leur Maghreb ou leur Centrafrique. Ils viennent travailler pour des producteurs de tomates du Sud de l’Espagne. Situation d'autant plus paradoxale que pour un même salaire, ils pourraient exercer chez eux le même métier, avec le statut de propriétaire.

- Focus sur les conséquences écologiques de ces choix alimentaires, telle la destruction de la forêt primitive (ici amazonienne, mais le cas est patent aussi en Indonésie ou en Afrique) pour laisser place à des productions plus rentables (l’huile de palme, par exemple).

- Evocation, enfin, des problèmes de qualité et la perte du goût liés à des modes de production hyper industriels (de la culture sous serres et hors sol aux OGM !). (Mais là, pour le coup, le sujet n’a plus vraiment de lien avec la démonstration principale sur la faim dans le monde).

On peut chipoter sur certaines affirmations, mais l’analyse globale « tient la route ». En tout cas, les spectateurs sortent de ce film convaincus des perversités, et surtout de l’injustice du système de répartition de la nourriture dans le monde.

3) Les limites du film

Le problème avec ce genre de documentaire militant, c’est le manichéisme. C’est aussi une forme de manipulation qui joue avec l’émotion du spectateur. Et c’est au final la frustration d’avoir adhéré à une analyse sans que ne nous soit proposée aucune alternative concrète, en tout cas à la mesure du drame qu’on a mis en scène.

a) Trop de manichéisme

Le film est construit autour des interventions de Jean Ziegler, rapporteur à l’ONU sur les questions alimentaires. Il est, sans conteste, un bon expert. Mail il est aussi un homme politique engagé à gauche (en Suisse). Quand il dit que ce film « est extraordinaire par son refus de l’émotionnel, un film purement analytique ». Ce n’est pas vrai. Exemples :

- Les témoins à charge sont systématiquement valorisés. Ils ont forcément raison (personne ne les contredit). Quant aux accusés (les dirigeants de Pioneer, Nestlé, les géants du food business), ils sont désignés coupables par avance et très peu interrogés. Si ce n’est ce pauvre Brabeck (PDG de Nestlé), piégé par un habile montage, caricatural dans son éloge d’un libéralisme qu’il ne pratique même pas lui-même. Tout entier à faire le panégyrique du Marché, il n’oppose à la famine qu’un discours surréaliste sur la nécessité de faire de l’eau une marchandise !

- Le film n’aborde pas la responsabilité des Etats, dont les carences en matière d’aide internationale sont pourtant flagrantes, dont les choix à l’OMC sont pourtant critiquables, et dont les pratiques commerciales perturbent le marché. EW fait l’impasse sur tous les facteurs géopolitiques de la malnutrition (au Darfour, dans la ceinture sahélienne, en Asie, etc.).

- Pas plus, EW ne dénonce l’idéologie de tous ces régimes politiques, héritiers des modèles communiste ou tiers-mondiste (cubain, algérien, coréen et vietnamien du Nord, chinois, mozambiquien, etc.) dont la corruption et les faillites ont conduit les peuples à la misère…sans qu’il n’y ait évidemment besoin d’invoquer, ici, les multinationales !

b) L’émotion plus que l’argument

Il y a des procédés qui « médiatiquement » fonctionnent toujours bien pour susciter l’adhésion ou l’empathie…mais qui, moi, me révoltent ! Une longue visite d’abattoir, des milliers de volailles électrocutées, décapitées, sur fond d’émulsions sanguines ? Qui n’en sort pas écoeuré, convaincu que nous avons là une métaphore exceptionnelle « des excès auxquels conduit le productivisme ». Et tout ça pour prouver que le bio c’est mieux ? Que small is beautiful ? Allons ! Plantez donc une caméra devant la mine réjouie d’agriculteurs qui saignent le cochon en famille, ça produira le même effet. Filmez encore tous ces moutons égorgés en plein air, le jour de l’Aïd, et vous verrez que le plus inoffensif des croyants aura l’air de participer à un délire collectif trash, plus gore encore que celui de nos abattoirs aseptisés ! Franchement, le procédé ne saurait tenir lieu d’argument.

Moins spectaculaire, mais tout aussi perverse : l’opposition systématique entre les petits (bons) et les gros (mauvais). OK pour dire que la pêche industrielle fait plus de dégâts que la pêche artisanale. Mais la pêche artisanale non plus n’a pas su gérer ses ressources. C’est bien parce qu’il n’y a plus assez de poissons nobles sur nos côtes qu’aujourd’hui, on est obligé d’aller « à perpète » chercher les poissons des grands fonds. L’artisanat ne constitue plus une alternative à l’industrie. Même si on ressemait de la sole et du turbot en baie de Somme ou au large de Penmarch, je doute qu’il en « pousse » suffisamment pour satisfaire le marché. Et comme les écologistes sont aussi contre les élevages !!!

c) Un goût de frustration

C’est au final ce que j’ai ressenti en quittant l’une des rares petites salles qui projetait le film. EW reste en posture contestatrice mais n’aborde pas la question des politiques alternatives.

- Ziegler explique que sur le marché de Dakar, le prix bas des légumes européens subventionnés empêche l’émergence d’un marché local mieux rémunéré. Mais supposons qu’on supprime nos subventions à l’export, les produits locaux seraient donc plus chers. Question toute bête : qui aura les moyens de les acheter ? Peut-on développer un marché théoriquement plus rémunérateur pour les agriculteurs sénégalais « alors que le pouvoir d’achat local fait défaut » ? Pas évident du tout !

On peut multiplier les exemples et les questions de ce type. C’est vraiment la limite du film et d’un discours trop simpliste.

- Plus surprenant, EW ne tente pas de brosser le schéma concret d’une nouvelle régulation des marchés. Quel rôle pour l’OMC, comment introduire les clauses sociales dans les négociations en cours ? Suppression des subventions ou réaffectation vers les systèmes de production dans les pays sous-développés ? Quels mécanismes de contrôle ? En fait, trop préoccupé à dénoncer les seules multinationales, EW reste prisonnier de son parti pris.

- Du coup aussi, EW n’a d’autre solution que de culpabiliser les consommateurs en leur suggérant de boycotter (comme le font quelques associations italiennes) certaines grandes marques ou de modifier leur comportement (ne pas manger des fruits hors saison, acheter bio et éthique). Mais il fait l’impasse sur toutes ces initiatives actuellement en germination partout dans le monde. Le microcrédit, bien sûr, qui soutient tant de projets au Bengladesh, en Inde, et désormais en Afrique australe. Et le commerce équitable, grand absent du film. Et alors, là, on ne comprend pas vraiment pas pourquoi.

J’ai été trop long. Il y aurait encore beaucoup à dire. En fait, c’est le mérite du film. Même « mal ficelé », il relance le débat. C’est tant mieux !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 mai 2007 dans Actualités / Débats (Arts) , Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Arts / Culture , Commerce équitable , Développement durable , Economie , Engagements , Environnement , Société
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3 mai 2007

Pas d’OGM dans les croissants vendus chez Leclerc à Olivet (Orléans)

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L’information est dans Le Parisien, ce 3 mai 2007. Toujours en chasse de produits OGM, un enquêteur de Greenpeace serait tombé sur des lots de croissants en promotion au centre E. Leclerc d’Olivet (banlieue sud d’Orléans dans le Loiret). Avec une étiquette mentionnant « la présence d’OGM ».

A juste titre, Arnaud Apoteker m’interpelle : j’avais dit, sur ce blog, que je ne souhaitais pas lancer mon enseigne dans la commercialisation de produits à base d’ingrédients génétiquement modifiés. (Dans un cadre légal, certains produits sont autorisés, même dans l’alimentation, mais dès que la présence d’OGM dépasse 0,9 %, ils doivent être repérables par une mention spéciale informant les consommateurs). Et donc, les croissants d’Olivet faisaient tache dans la démonstration.

Vérification faite (même dans mon enseigne, j’agis tel Saint Thomas et exige des vérifications et preuves), les croissants ne contenaient pas de produits transgéniques.

C’était une simple erreur d’étiquetage. Très localisée. Plutôt incompréhensible d’ailleurs, mais enfin, une erreur d’étiquetage, je confirme !

Afin qu’aucun doute ne subsiste, nous avons proposé aux enquêteurs de Greenpeace de faire analyser les produits.

Comme effectivement sur ce blog, nous avons eu quelquefois des échanges assez vifs sur les risques OGM, je tenais à rectifier l’information, dès à présent.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 mai 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Développement durable , OGM , Objectif qualité , Santé , Société
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28 février 2007

Commerce équitable : évolution du marché français. La part de E. Leclerc

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A quelques semaines de la quinzaine du commerce équitable (du 28 avril au 13 mai 2007), les responsables de ce secteur dans mon enseigne me communiquent un état des lieux. Peut-être, cette synthèse qui concerne essentiellement l’alimentaire, pourrait-elle vous intéresser…

1) Evolution du marché national

Malgré la création de nouvelles filières et l’accroissement du nombre de références, le chiffre d’affaires généré par le commerce équitable reste terriblement marginal. Il ne dépasse pas 0,9 % du chiffre d’affaires des familles de produits concernées et ce CA reste concentré sur 200 ou 300 articles dont le panéliste IRI-France suit pas à pas les évolutions.

- Le café torréfié réalise 61 % du CA commerce équitable, suivi par les tablettes de chocolat (11 %), le thé (9%) et les jus de fruits (6 %). Le riz, le sucre ou le café soluble ne dépasse pas 3 % du CA de leur famille (en valeur).

- Les performances sur chacun de ces segments de marché sont inégales : constatons que les produits qui se développent sont déjà les produits leaders : café torréfié (+ 25 %), tablettes de chocolat (+ 52 %), thé (+ 19 %), jus de fruits (+ 30 %), riz (+ 17 %) et sucre (+ 28 %).

2) Le commerce équitable dans les centres E. Leclerc

E. Leclerc a réalisé un CA 2006 de 19,2 millions d’euros, généré par les produits du commerce équitable. La progression est de 32 % par rapport à l’an passé.

Presque toutes les enseignes de distribution ont désormais investi sur ce créneau. Notre enseigne conserve cependant des niveaux de part de marché très élevés (20,4 % en valeur et 21,5 % en volume). Ces chiffres sont très nettement supérieurs à notre performance globale tous produits PGC (17,5 % en valeur, 18,4 % en volume).

En 2006, il s’est vendu deux fois plus de références dans les magasins E. Leclerc que dans les hypers/supers : 52 références chez E. Leclerc vs 22 références en moyenne pour les hypers/supers.

Malgré les critiques émises par quelques intellectuels qui contestent le rôle que peut jouer la GD pour la diffusion du commerce équitable, je persiste à mobiliser tous nos adhérents. Fi des postures idéologiques. Ce qu’attendent de nous les producteurs, ce sont des débouchés et le respect de leur politique de prix.

Comme je le disais en présentation de cette note, il n’y a de toute façon pas de quoi pavoiser. Le chantier est ouvert, mais le marché reste encore extrêmement étroit. C’est la raison pour laquelle vous me permettrez de saluer la performance des centres E. Leclerc des Landes et de Bretagne. Dans ces deux régions où la concurrence s’investit pourtant elle aussi, la part de marché des centres E. Leclerc atteint 32 % (en valeur). Voilà qui devrait stimuler, si ce n’est culpabiliser, mes autres collègues.

A vos rayons, tous, mes amis, pour la quinzaine du commerce équitable !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 février 2007 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Commerce équitable , Distribution , Développement durable , Economie
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27 septembre 2006

Biocarburants : Je pousse mon enseigne sur ce marché

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© Agence Australie

Après avoir longtemps été réclamés par les écologistes, les biocarburants ne font pas complètement l’unanimité. Certains arguments sont justes. D’autres me laissent pantois : aux yeux de quelques fondamentalistes, aucune initiative ne trouve grâce hors le fait d’avoir à se serrer la ceinture (facile quand on ne parle pas de soi !).

Je retiens néanmoins de cette polémique naissante que face à l’augmentation de la demande énergétique et aux risques planétaires sur l’environnement :

1) Il ne faut pas attendre de solutions miracles.
2) Chacun doit prendre sa part de responsabilité.
3) Il faut hiérarchiser les priorités : la santé, l’environnement.

De toute façon, chaque solution alternative offrant avantages et inconvénients, il faut tous les passer au tamis d’une comparaison critique (critéres écologiques, économiques, politiques).

1) La protection de l’environnement est la priorité de l’enseigne
Mon enseigne a été la première à interpeller particuliers et pouvoirs publics sur la pollution générée par les sacs de sortie de caisse. Nous avons opté, dès 1996, pour les sacs de caisse recyclables, réutilisables, remboursables et échangeables gratuitement à vie. Cette solution a permis de réduire d’1 milliard à 55 millions le nombre de sacs distribués chaque année par les centres E. Leclerc.

Aujourd’hui, je pousse mes adhérents à soutenir le développement de nouvelles énergies et à promouvoir les carburants verts.

2) Biocarburants : la solution de l’incorporation de produits agricoles dans les carburants

L’incorporation directe dans l’essence se heurte en France à des difficultés d’ordre logistique et physique complexes (l’éthanol a la particularité d’augmenter la tension vapeur de l’essence). En ligne avec l’engagement de l’enseigne pour le développement durable, en 2004, la SIPLEC (notre société pétrolière) bouscule le monde pétrolier en incorporant pour la première fois de l’éthanol pur dans le supercarburant sans plomb 95.

Aujourd’hui tous les carburants verts vendus par l’enseigne contiennent 5 % d’additifs d’origine agricole (taux d’incorporation maximal autorisé par l’administration).


Avec 75 stations-service E. Leclerc exclusivement distributrices de carburant vert, et 210 à horizon 2007, le consommateur pourra de plus en plus facilement s’approvisionner en biocarburant.

3) 20 % de stations-service E. Leclerc équipées en Super Ethanol en 2008

Désormais leaders sur l’incorporation d’éthanol dans l’essence, les Centres E. Leclerc ont été naturellement sollicités cette année pour participer à la création d’un nouveau carburant, le super éthanol (E85).

Le 1er juin 2006, j’ai inauguré, avec François Loos, Ministre de l’Industrie, la première pompe « Flex Fuel » en France. Elle alimente la première flotte de 7 véhicules « Flex Fuel » du Conseil Général de la Marne fonctionnant au E85 (c’est Ford qui a joué le pionnier).

L’expérience est limitée, mais concluante.

Les pouvoirs publics (Cf. communication conjointe de Thierry Breton et Alain Prost, hier) affirment leur volonté de développer le marché du Super Ethanol (adapté aux moteurs « Flex Fuel ») pour le grand public. En ce qui nous concerne, j’ai assuré que mon groupe équipera 15 % de nos stations-service en E85 en 2007 et 20 % en 2008. C’est parti !

Cet investissement va évidemment relancer le débat sur les biocarburants. Vous aurez compris que j’ai l’intime conviction qu’il constitue une alternative intéressante, même si tout cela reste encore marginal. Mais comme il y a beaucoup de pros dont j’ai apprécié les commentaires sur ce sujet, je serais intéressé (sincèrement intéressé) à connaître leurs arguments pour ou contre.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Développement durable , Energies , Environnement
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19 septembre 2006

Riz américain OGM : La thèse du double marché (et du libre choix) mise à mal

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Je réponds aux multiples interrogations de consommateurs, mais aussi des écologistes qui m’ont interpellé concernant l’éventuelle présence en magasin d’un riz américain contenant des traces d’OGM, telle que signalée par la Commission Européenne la semaine dernière.

C’est aux Etats-Unis que l’alerte a été donnée. Les autorités sanitaires ont découvert dans des stocks de riz long grain produit aux Etats-Unis, les traces d’une protéine génétiquement modifiée (LL 601), non autorisée en Europe.

L’alerte a été relayée par la Commission Européenne et les professionnels, comme les autorités sanitaires, ont procédé à des relevés.

a) Les prélèvements effectués par la DGCCRF confirment la détection, dans sept échantillons sur dix neuf, de traces légères (inférieures à 0,1 %) de ce gène interdit.

b) Comme les lots ont été prélevés dans les chaînes de distribution, les distributeurs ont missionné leurs services qualité pour effectuer des investigations approfondies. C’est, bien sûr, le cas des centres E. Leclerc.

Dans l’absolu, deux cas de figure se présentent à nous :

1) Pour les marques nationales, les fournisseurs se sont engagés, au terme des conditions générales d’achat de notre groupement, à respecter la réglementation européenne interdisant la commercialisation des riz génétiquement modifiés. Ils ont donc, par contrat, la responsabilité d’apporter la preuve que leurs produits ne sont pas contaminés.

Certains d’entre eux nous ont demandé de retirer de la vente un nombre limité de produits pour réaliser des tests et pouvoir re-certifier la non contamination des lots qui pouvaient être concernés.

2) Pour nos marques de distributeur, tous les fournisseurs se sont engagés, par écrit, sur l’absence d’OGM dans les produits qu’ils fabriquent pour notre compte.

A la suite de la décision de la Commission (23/08/06), nos acheteurs leur ont demandé une confirmation écrite spécifique concernant ce riz génétiquement modifié.

Un seul fournisseur n’a pas été en mesure de fournir cette confirmation. Par mesure préventive, nous avons retiré de la vente les deux produits venant de cette entreprise. Nous les remettrons en commercialisation dès obtention des certificats.

La plupart des autres distributeurs ont procédé de la sorte. La Fédération du Commerce et de la Distribution qui, sur ce dossier, regroupe la plupart des enseignes, a communiqué sur ces pratiques. Normalement, de telles denrées contaminées ne devraient plus se retrouver sur le territoire français.

Il nous faudra cependant revenir sur cette affaire : même si elle ne pouvait représenter aucun risque pour la santé de nos concitoyens, elle pose de multiples questions, dans la forme comme sur le fond, sur la capacité d’assurer l’étanchéité des marchés (avec ou sans OGM) et sur la crédibilité d’une thèse selon laquelle le consommateur, à terme, pourrait avoir le choix entre ces deux types de consommation. J’ai déjà dit, dans une note précédente, toute ma perplexité sur cette fausse bonne réponse à l’expansion des OGM.

Vu la pression des producteurs et des laboratoires, vu l’extension des surfaces mises en culture, l’indifférence, l’ignorance ou l’acceptation tacite de certaines populations dans le monde, il est vraiment illusoire d’imaginer qu’on puisse garantir l’imperméabilité d’un territoire, fût-il européen.

La preuve : dans cette affaire, des traces d’OGM ont été trouvées non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Suisse et en Suède…

On en reparle très prochainement !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 septembre 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Développement durable , Economie , Environnement , OGM , Santé , Société
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8 septembre 2006

Oui, nos sacs de caisse en coton équitable…sont complètement équitables !!!

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Je réponds à Ecolo78 qui s’est exprimé sur ce blog, ainsi qu’aux interrogations de consommateurs que m’ont relayées les services d’Allo Leclerc, notre service consommateurs. Et comme l’initiative dont je vais parler correspond à un engagement personnel, je comprends qu’il me faut ici, sur ce blog, préciser les conditions de cette initiative.

Parallèlement à notre combat pour la suppression des sacs plastiques, avec la généralisation de sacs consignés et recyclables, j’ai demandé à ce que, partout dans notre réseau, on étudie les solutions les plus écologiques possibles, étant bien entendu qu’on n’allait pas pour les produits frais ou les produits délicats obliger les consommateurs à repartir, filets de poisson dans les poches, steaks, clé USB, et sous-vêtements enrobés dans du papier journal, etc. La défense de l’environnement a ses contraintes, mais on n’est pas obligé de mettre tout le monde au pain sec et de tourner le dos à une consommation plaisir !

Aussi, très prochainement, les magasins mettront à disposition des consommateurs des sacs complètement biodégradables, issus d’amidon de maïs (le Mater-Bi de chez Novamont). D’autres entités du groupe, séduites par les articles issus de fécule de pomme de terre, envisagent de faire travailler cette filière qui constitue un débouché potentiel pour nos surproductions agricoles…

Mais, présentement, l’initiative dont j’ai à répondre concerne la commercialisation à grande échelle, depuis mai 2006, dans tout notre réseau, du premier sac de caisse en coton « entièrement équitable ».

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Nos collaborateurs l’ont d’abord conçu pour être pratique (contenance 30 litres), solide, lavable, et durable. Il se glisse facilement dans un sac à dos ou même un sac à main.

C’est un cabas cent pour cent biodégradable. Sa biodégradabilité a été testée (« désintégration » en trois mois )en milieu compostable, norme EN ISO 846 – méthode D.

Enfin, il est économique. Il ne coûte qu’un euro.

Il est labellisé Max Havelaar. Et c’est ici que se place le débat. Coton équitable ou sac complètement équitable ?

Récemment, il a été commercialisé en France des produits qui, bien que labellisés Max Havelaar, se revendiquaient d’être équitables alors que, seule, la matière première l’était. Je parle ici, par exemple, des jeans Rica Lewis que nous avons été parmi les premiers à vendre en France.

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Eh bien, dans le cas des sacs de caisse qui portent notre logo « Protégeons l’environnement », je peux garantir que « l’équité » n’est pas un vain mot. Toute la filière d’approvisionnement et de fabrication est totalement labellisée.

a) D’abord la provenance : Le coton est cultivé en Inde, dans l’Etat du Gujarat. AGROCEL, une coopérative regroupant plus de 240 fermiers, en assure la récolte.

La Fairtrade Labelling Organizations (FLO), organisme international de certification du commerce équitable, contrôle les conditions de culture qui vaut à ce produit la labellisation Max Havelaar : maîtrise de l’eau, utilisation minimale des pesticides, critères sociaux et économiques sont analysés par les auditeurs de l’ONG.

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b) Filature et tissage : Ces opérations sont réalisées dans le même Etat par une autre coopérative, The Arvinds Mill, aussi contrôlée par FLO et, de ce fait, labellisée « équitable ».

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c) La confection : Le Sewa Trade Facilitation Centre (toujours dans l’Etat de Gujarat en Inde) s’est lui aussi engagé sur la charte FLO.

J’espère que ces précisions auront pu lever les doutes sur cette initiative. Les photos publiées dans ce post ont été prises dans les champs cultivés par AGROCEL et les villages qui en vivent.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Développement durable , Environnement
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30 août 2006

Une démarche HQE pour le siège des Centres E. Leclerc

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© Cabinet Wilmotte

Je réponds à une interpellation de Babylone (sous la rubrique « Quartier libre & d’hiver » (11/07/06)) qui me demandait, à propos du nouveau siège du groupe : « qu’y avez-vous intégré…en termes d’économies d’énergie, de matériaux dégradables ou récupérables ? »

Depuis une dizaine d’années, les 600 salariés qui travaillent dans les différentes sociétés du groupe au niveau national (Galec, Edel, Scamark, Siplec, etc.) étaient éparpillés dans Paris, dans trois lieux séparés, l’un près de la Porte de la Chapelle, les deux autres à Issy-les-Moulineaux….

L’accroissement de l’activité du Groupe, l’adoption de nouvelles technologies de communication, la nécessité de disposer de « showrooms » plus importants, capables de recevoir toutes les productions du monde, filmées et diffusées sur internet ou en vidéo... plutôt que sur papier…, tout cela nécessitait que l’on dispose de locaux plus vastes, techniquement adaptés, disposant d’un meilleur confort de travail.

Un groupe d’adhérents a été désigné en 2001 pour s’occuper du projet. On ne peut pas dire qu’André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, se soit mobilisé pour nous garder dans sa ville. La mairie d’Ivry-sur-Seine nous a superbement accueillis. Les équipes de Jean-Michel Wilmotte (architecte) ont conçu un immeuble très vaste, dans lequel viendront nous rejoindre d’autres firmes locataires.

Il manque encore à ce nouveau quartier (sur les bords de Seine) des facilités de transport et des aménagements pour une meilleure circulation. Mais l’ensemble est opérationnel et, depuis cet été, chacun peut profiter de locaux dont tout le monde (salariés et adhérents) s’accorde pour dire qu’ils ont été bien conçus. Quelques 8 000 fournisseurs y sont attendus, dès septembre, pour de nombreux rendez-vous (le métier reprend son rythme). Des dizaines de sociétés prestataires viendront y travailler avec le millier d’adhérents et de collaborateurs qui, chaque jour, fait vivre la Coopérative.

Les Centres E. Leclerc ont choisi d’adhérer à la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale). Une démarche volontaire, lancée au début des années 1990, qui ne ressort ni d’une réglementation, ni d’un label à proprement parler, mais qui est défendue par une association d’aménageurs urbains, d’architectes, et soutenue par les collectivités locales.

1) Les axes prioritaires pour la construction de ce siège visaient d’abord la réduction des consommations d’énergie. Le traitement de l’enveloppe du bâtiment a été étudié pour optimiser les performances thermiques des façades. Deux initiatives remarquables : le traitement des façades en « double peau » (et un triple vitrage pour les parois de verre) qui limite les variations de température et l’utilisation de l’énergie renouvelable. Le bâtiment se trouve en effet juste à côté de la « TIRU », une usine d’incinération des ordures ménagères qui alimente le réseau de chauffage urbain grâce à un procédé de valorisation des déchets dont les calories sont récupérées pour chauffer nos bâtiments.

2) L’environnement : Dans le choix des matériaux (bois, revêtements, isolants), les architectes ont opté pour des produits issus de filières certifiées. Dans les patios, les nombreux espaces verts et sur les terrasses, l’arrosage est assuré par un ingénieux système de récupération des eaux pluviales.

3) La qualité sanitaire : Le cabinet COTEBA a imaginé un système innovant de traitement de l’air. Celui-ci circule dans les bureaux par un dispositif de grilles en titane et de lampes UV qui détruisent les bactéries. Un procédé utile en cas d’épidémie de grippe ou de légionellose !

Le système de circulation d’air dispose d’un détecteur de CO² et d’un dispositif perfectionné de filtration des poussières.

L’immeuble est totalement non fumeur.

L’attention a été portée sur le bannissement de toute substance allergisante dans l’emploi des matériaux (faux-plafonds, moquette, parois isolantes et peintures) et idem pour les plantes vertes.

4) Le confort de travail : Outre une ergonomie offrant de vastes espaces individuels de travail (même dans les bureaux paysagers), la luminosité et le bruit ont fait l’objet d’optimisation.

a) Les façades vitrées sont équipées de stores intégrés orientables permettant de réduire l’éblouissement. Les luminaires et les peintures murales limitent les reflets et sont adaptés au travail sur écran.

b) Un dispositif d’isolation phonique et l’adoption de matériaux permettant d’absorber les bruits (plafonds perforés en métal dans les bureaux, revêtements en panneaux de bois dans les espaces communs) complètent cette architecture de qualité.

L’association HQE a défini un référentiel de 14 « cibles », valorisant des méthodes économes et respectueuses de l’environnement dans les systèmes d’éco-construction, d’éco-gestion de tous les flux, le confort acoustique et olfactif, le traitement de l’eau, etc.

Oui, il nous fallait être à la hauteur de notre engagement pour l’environnement. Tout cela n’est probablement pas parfait. Tout cela aussi avait un coût. Mais nos adhérents ont estimé qu’à terme, un tel investissement ne pouvait de toute façon que valoriser ce patrimoine.

Bien sûr, il va nous falloir apprendre à vivre dans ces nouveaux bâtiments. Nous verrons comment tout cela survit à l’usage…


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 août 2006 dans Développement durable
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21 août 2006

Nicolas Hulot, candidat virtuel : un effet Coluche ?

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Convention Perspectives E.Leclerc 2003 I © Ph. Jacob

On peut penser ce que l’on veut du bonhomme. Admirer son sens de la communication, ses talents de pédagogue, la constance de son combat pour l’environnement, ou… s’agacer de ses excès d’ego, son incapacité à dépasser les coups de gueule, ses mises en scène héritées de Cousteau (toujours au premier plan, devant la caméra, privant le spectateur d’un regard direct sur les merveilleuses images que par ailleurs il sait nous offrir !).

Moi, je ne vous le cache pas, il m’irrite, mais je l’aime bien ! Je suis convaincu que les hommes de sa trempe tels que le furent aussi Haroun Tazieff, Jig (petit nom de Cousteau) ou même aujourd’hui Bono, peuvent faire bouger «le système ». Ils ne sont prisonniers d’une idéologie. Certes, ils roulent pour eux-mêmes. Mais leur liberté de ton, leur liberté tout court, les rend crédibles aux yeux d’un large public, même si souvent, pour prendre la parole, ils se sentent obligés de « forcer le trait ».

Son interview dans le JDD (30/07/06) va faire des vagues. Sans mauvais jeu de mot, il a produit un petit tsunami sur les plages où s’encanaillaient, devant les paparazzis de la presse people, les têtes d’affiche (leurs bodies aussi) de la gentry politique.

C’est qu’il fait mal, le bougre : pas de cadeau, ni pour Chirac qu’il a longtemps conseillé, ni pour Sarkozy qu’il a cru convaincre, ni pour le couple Royal dont il comptabilise les silences. Même les verts passent gentiment sous les sables abrasifs de Nicolas Hulot.

Que dit-il en substance ?
1. Qu’il y a urgence. Le péril climatique ne menace pas seulement la biodiversité des espèces. Il menace aussi les hommes.
2. A l’échelle des mutations attendues, les organisations internationales comme les partis politiques nationaux ont certes pris conscience du problème. Mais au-delà des promesses et des principes, aucune mobilisation, quelles que soient les bonnes volontés ou les réalisations, n’est à la hauteur du défi.
3. Trois domaines focalisent l’attention de N.H :
L’énergie, secteur pour lequel il prône un plan drastique d’économies, une fiscalité pour pénaliser les produits voraces, et l’élargissement du bouquet des énergies renouvelables.
Le transport : il n’a pas de mot plus acerbe pour fustiger une industrie automobile qui d’un côté crée la tentation avec des voitures qui dépassent 200 km/h, et de l’autre côté un discours public qui culpabilise la vitesse et la surconsommation.
L’agriculture enfin, dont il imagine qu’il faut repenser le modèle, trop polluant, et trop consommateur de ressources.
4. Il sait, notre Nicolas, que du passage du principe aux actes, il y a le poids des lobbies, des corporations, des intérêts privés. Et c’est pour dénoncer un substantiel manque de courage dans la classe politique, qu’il met son poids dans la balance en réclamant des initiatives concrètes et majeures.

Dans l’histoire de la vie politique française, des hommes ont déjà su taper sur la table pour soutenir des causes tout aussi louables. On se rappellera l’Abbé Pierre, et son franchissement de ligne rouge, pour accéder à la politique. Plus récemment, ce fut Coluche, qui, plus encore que les Restos du Cœur, diffusa et donna ses lettres de noblesse au discours Humanitaire.

L’intervention de Nicolas Hulot produira, sans aucun doute, le même effet. Les médias cet été lui ont donné un fort écho. Pour le moment, les partis politiques ont réagi en mode mineur. Nul doute qu’ils seront obligés de remonter au créneau, et de prouver leur engagement.

Les vacances sont bientôt terminées. Elles pouvaient servir d’alibi. Dès le premier septembre (le temps de Universités politiques), la chasse sera ouverte. Je parle de la chasse aux initiatives, aux programmes ! Et pour une fois, le plus fervent des chasseurs, croyez-moi, s’appellera Nicolas Hulot.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 août 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Pol.) , Développement durable , Politique , Portraits / Rencontres (DD) , Portraits / Rencontres (Pol.)
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7 août 2006

Nitrates en Bretagne : Nettoyage des algues vertes… Avant le lavage des cerveaux ?

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© AFP

L’une des théories à la mode concernant l’avenir du capitalisme, c’est « la création de valeur par destruction de valeur ». Ce qui se passe en Bretagne avec l’épandage excessif des lisiers et le retraitement des algues vertes, semble donner raison à nos gourous ! Jugez-en.

Cela se passe dans la baie de Saint Michel en Grève. Conséquence de la concentration des élevages porcins et, (jusqu’à une période récente de l’épandage sauvage et disproportionné des lisiers), le nitrate a fini par polluer la nappe phréatique, mais aussi les cours d’eau et le bord de mer, s’invitant dans les élevages de coquilles Saint-Jacques et sur les plages, sous forme d’algues vertes qui prolifèrent depuis plus de 10 ans.
A marée basse, les plages de Plestin les Grèves sont littéralement recouvertes d’un tapis vert, très odoriférant en cas d’élévation de température. (Ne souriez pas, il a fait très chaud en Bretagne ces 15 derniers jours !). Une centaine de communes sont concernées. Elles tentent de ramasser les quelques 70 000 m3 d’algues qu’il leur faut épandre (répandre !) à l’intérieur des terres, dans des trappes constituées par des carrières, des anciennes décharges etc.

Les agriculteurs ont longtemps été imperméables à la pression des écologistes qui dénonçaient, un peu trop systématiquement il est vrai, l’activité des éleveurs, sans même leur proposer d’alternative. Le syndicalisme agricole s’était enfermé dans une ligne indéfendable du style « le nitrate n’a jamais tué personne ! ».

Les mentalités ont évolué. La profession s’est engagée dans un énorme programme d’investissement (stations d’épuration, de décantage, revalorisation (tiens ! tiens !) de cette « matière première » en différents types de compost. Mais le mal a été fait. Et paradoxe, salement, c’est sous une couleur verte qu’il s’affirme.
Des élus, ont eu l’idée que la pollution, ça peut aussi rapporter gros. En tout cas, « qu’on peut faire avec ». Ils ont lancé un programme expérimental de lavage et de retraitement des algues vertes, programme réalisé par une société privée qui s’obstine à vouloir traiter les « ulvans », sorte de sucres dont ces algues sont porteuses, capables de modifier les argiles qui rentrent la composition de l’aliment du bétail. Les nano particules de cet argile « améliorent l’action des enzymes » et peuvent « remplacer les antibiotiques facteurs de croissance, interdits depuis janvier 2006 » (Pierre-Yves Tanguy, société Olmix, organisme traitant).

Je vous entends. Vous frémissez et faites la fine bouche. Moi aussi. Les plus réalistes (les plus cyniques ?) retiendront que selon le centre d’étude et de valorisation des algues qui pilote cette initiative, outre l’alimentation animale, les propriétés de ces nano particules intéressent l’industrie pour les applications possibles à la matière plastique, à l’emballage alimentaire, et même dans l’automobile (Ouest France du 29/07/06).
Les défenseurs de l’environnement commencent maintenant à ruer dans les brancards. Et on les comprend !
On peut effectivement argumenter, en parlant de l’intérêt d’une telle expérimentation. Dans l’absolu, si n’était le contexte, pourquoi pas ?

Mais alors que le gouvernement a refusé d’appliquer aux agriculteurs le principe « pollueurs/payeurs » qu’il exige de tout industriel, cette expérimentation s’apparente ici à une provocation. Le programme a été lancé sans qu’aucun discours ne soit venu étayer et crédibiliser une politique de lutte contre la pollution à la source.
Difficile d’y voir une intention maligne. Mais les associations écologistes ont quelques bonnes raisons de s’interroger : le CNRS pointe le nez sur ce dossier, financé sur fonds publics. Et fort de la qualité du test (10 à 12 tonnes traitées par jour) le PDG d’Olmix interpelle désormais régions et départements en rappelant que le marché potentiel est immense et que « nos besoins en algues seront énormes ».

« Polluez sans gêne, nous traitons la merde pour vous », voilà un modèle économique qui s’est déjà imposé dans toute l’activité du recyclage. Mais les défenseurs de l’environnement, dans cette partie de la Bretagne, contestent sa généralisation. Auraient-ils vraiment tort ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 août 2006 dans Développement durable
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11 mai 2006

Commerce Equitable en grande distribution : qui conteste ?

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Saviez-vous qu’il existe dans le domaine social et environnemental des censeurs autoproclamés qui s’érigent ainsi en gardiens du Temple. Des gens qui, sans garantie de compétence, sans agrément préalable, sans autre argument ni justification que leur propre affirmation, notent, critiquent et vont jusqu’à dénigrer des entreprises… selon qu’elles acceptent ou non de les prendre pour interlocuteur ou prestataire. Une forme de chantage auquel se livre depuis plusieurs années un collectif « l’éthique sur l’étiquette » à l’égard de notre enseigne. Je ne me doutais pas à quel point certains de ses représentants pouvaient sans vergogne vouloir à tout prix chercher la polémique ou le discrédit.

Vendredi soir, un coup de téléphone de l’AFP. La journaliste, profitant de l’événement (la quinzaine du commerce équitable) m’interroge sur la performance des Leclerc et de l’intérêt de ce nouveau marché. Elle demande mon avis sur la norme française mise en place par Renaud Dutreil et sur la crédibilité du label Max Havelaar. Et tout d’un coup cette question : « comment assumez-vous la contradiction entre les valeurs de la grande distribution et la vente des produits équitables ? ».
Je reste un moment interloqué. J’essaie de rentrer dans la problématique, comprends que la journaliste relaye là une accusation ou un débat lancé par une des associations opérant dans cette filière. Je tente d’argumenter.

1/ La critique et les contre arguments

° Dans tous les pays occidentaux, les produits du commerce équitable sont en GD sans susciter ce genre de polémique typiquement française ;
° Dans les pays nordiques, mais en Suisse surtout (cf. ma note du 12 janvier 2006) c’est la Migros ou les Coop (dont les philosophies sont proches de la nôtre) qui ont introduit cette forme de commerce;
° En France justement, le marché restait trop marginal et confidentiel, faute d’être présent dans les linéaires des hypers.
° De toute façon, ce sont les producteurs qui nous ont interpellés ou sont venus nous chercher.

Je sais, pour avoir dialogué avec des représentants de ces associations, qu’Artisans du Monde ou Azimuts Artisans du Népal défendent une forme de « distribution sélective ».
Pour eux, qui incarnent l’esprit pionnier, mais aussi une forme de pureté idéologique, c’est toute la chaîne qui doit être équitable (du producteur au distributeur !). Mais l’argument philosophique ne serait pertinent que si les producteurs eux-mêmes l’appliquaient ou défendaient ce point de vue.

° Or, dans beaucoup de coopératives du Sud, même labellisées Max Havelaar, seul un certain pourcentage de la production peut encore être commercialisé sous ce label. Nombre de petits producteurs de bananes, d’ananas, de goyaves, mais aussi de coton…. « crèveraient » s’ils ne devaient commercialiser que des produits équitables. Il faut bien être pragmatique. Comme le souligne Victor Ferrera (Max Havelaar) la labellisation cautionne une démarche forcément progressive. Elle doit justement permettre la « montée en puissance » du commerce équitable.

Dès lors que, dans une même coopérative, on admet la cohabitation d’une démarche conventionnelle et d’une démarche équitable, pourquoi en faire grief à la distribution, et à la seule distribution française ?

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