17 mars 2006
Pandémie, canicule : La grande distribution incontournable ? Plus que vous ne l’imaginiez !

© Adieu, un film d'Arnaud des Pallières
L’un de mes adhérents de la région parisienne a glissé sur mon bureau, une lettre à entête d’un « service interministériel de défense et de protection civile ». Elle est signée du directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise.
J’ai d’abord cru à un gag. Imaginez votre réaction en tombant sur le paragraphe suivant : « Dans le cadre de la rédaction du Plan de Gestion des Décès Massifs, mes services recensent des entrepôts susceptibles d’accueillir des corps avant mise en bière. C’est pourquoi je vous remercie de bien vouloir m’indiquer la surface de votre entrepôt de froid positif qu’il vous serait possible de réserver à cet effet, ainsi que la température utilisée dans celui-ci. »
Nous voilà transportés dans l’univers de Blade Runner, ou mieux encore des « Immortels » d’Enki Bilal. Frisson garanti.
Je me concentre un peu, relis la lettre. Elle est bien adressée au directeur de l’un de nos 16 entrepôts régionaux.
Quoi, que lis-je, m’interpellais-je ? Nous aurait-on menti en haut lieu. La pandémie (grippe aviaire) serait-elle à nos portes, fatale, telle la Grande Faucheuse en massiv-attack?
Point du tout. L’investigation à laquelle se livre ce service interministériel répond à une tout autre préoccupation :
« Suite à la canicule de l’été 2003, un groupe de travail a été mis en place afin d’étudier l’organisation des pouvoirs publics face aux situations de décès massifs.
Un rapport édité en mars 2004, fait apparaître des solutions susceptibles d’optimiser la procédure de gestion des décès massifs. » ...etc.
Oui, vous avez bien lu. Officiellement, la grande distribution serait donc, le cas échéant, requise pour stocker les dépouilles de tous les aïeuls, morts d’un mauvais coup de chaleur…abandonnés par une progéniture égoïstement installée dans le confort des CPE et du téléchargement gratuit…
Auchan, Carrefour et les autres Monop pourraient se féliciter de la reconnaissance tardive, discrète, mais ainsi officialisée de leur indispensable intermédiation. Certains de mes collaborateurs, qui ont lu Reiser et goûté aux facéties de Vuillemin (auteurs insolents d’Albin Michel), voient dans cette demande administrative l’opportunité de proposer une nouvelle diversification commerciale pour l’enseigne : plutôt que de stocker des macchabées (j’ai déjà un oncle qui officie dans les pompes funèbres, tout en parasitant l’enseigne), pourquoi ne pas transformer nos entrepôts frigorifiques en nurseries estivales du troisième âge. Surtout, que la bière, elle, est stockée tout contre… Bof !
Plus sérieusement ! Cette missive nous transporte crûment dans une réalité dramatique que les deux dernières générations de Français n’ont pas eu à connaître, et dans une hypothèse que le risque de pandémie nous oblige malheureusement à anticiper.
Mais s’il s’agit vraiment ??? d’anticiper la canicule, ne serait-il pas plus utile de faire le recensement des bâtiments qui, abritant des personnes âgées, ne sont pas dotés d’un système d’air conditionné. Et, incidemment, de prévoir qu’on leur porte, cet été, une petite bière…bien fraîche. Qu’en pensez-vous ?
Posté par M.E.L. le 17 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Distribution
,
Pêle-M.E.L
,
Société
Lien permanent |
> Commentaires : 24
> Donnez votre avis
16 mars 2006
Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.
Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.
Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.
1) Les éléments de surcoût
a) Les investissements
Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.
Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.
Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.
b) Surcoûts liés à l’exploitation
Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :
- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.
- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).
- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).
c) Le coût des services supplémentaires
Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.
- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…
- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,
- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, ...etc.
Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.
d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.
Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.
2) Le positionnement prix et les écarts
a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.
b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.
Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :
Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

c) Les prix boutiques
Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).
Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.
Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?
Posté par M.E.L. le 16 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Energies
,
Pouvoir d'achat
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 13
> Donnez votre avis
9 mars 2006
Grippe aviaire : E. Leclerc et la distribution s’organisent

Il ne se passe pas une journée sans qu’un journaliste ne vienne m’interroger sur l’organisation des centres E. Leclerc face à la menace de grippe aviaire et aux conséquences sanitaires et commerciales. Sur ce sujet, je communique peu. La psychose créée par la surmédiatisation peut être contreproductive. Nous avons vécu cela pendant l’affaire de l’ESB. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Et à ceux qui contesteraient ce choix, je rappellerai qu’à ce jour, la vente de viande rouge est en progression constante, malgré les cinq derniers cas français d’ESB… Explication : les médias, focalisés sur la grippe aviaire, n’ont pas fait leurs gros titres sur l’abattage des troupeaux.
E. Leclerc, comme les autres enseignes, est mobilisée depuis plusieurs mois. Pour parer aux conséquences sanitaires de l’épizootie, pour prévenir et gérer un risque éventuel de pandémie, et pour aider commercialement la filière avicole.
1) Toute la distribution en veille active
a) Depuis octobre 2004, le gouvernement organise des réunions avec les professionnels. E. Leclerc y est conviée. Notre activité est considérée comme essentielle et prioritaire en cas de crise : qu’il s’agisse de procéder à des retraits, de rappeler des produits, de multiplier les prélèvements, d’organiser la traçabilité…ou qu’il s’agisse encore de répondre à des ordres de réquisition pour approvisionner les forces d’urgence (hôpitaux, police…) ou une partie de la population qui aurait été confinée en cas de pandémie.
C’est Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, qui est le délégué interministériel chargé de coordonner les actions des ministères. En première ligne : Bercy, l’Intérieur, la Santé, l’Agriculture. Les réunions sont fréquentes. Avec nos collègues de la FCD, nous sommes informés sur l’ensemble des travaux et participons à l’élaboration de plusieurs scénarios de crise.
b) D’autre part (toujours avec les groupes de travail de la FCD), nous avons établi un calendrier de réunions avec la filière avicole, et plus généralement avec toute l’industrie des PGC (ANIA, ILEC…), ne serait-ce que pour parer à tout problème d’approvisionnement.
c) L’ensemble de ces réunions sont réputées s’inscrire dans le « Plan gouvernemental de prévention et de lutte « Pandémie grippale », actualisé en janvier 2006, et disponible en ligne sur www.grippeaviaire.gouv.fr.
2) Dans l’enseigne E. Leclerc :
a) Le risque de pandémie reste extrêmement faible en France. Même si déjà pointent des polémiques sur le dispositif gouvernemental (on n’y coupera pas, surtout à l’aune des élections de 2007 !), tout laisse à penser que les mesures sanitaires se révèlent efficaces. Il faut faire comme si la pandémie était possible, s’y préparer, mais sincèrement, nous avons quand même un peu de temps pour étoffer le dispositif.
Dans tous les cas, nous savons que nous pouvons être réquisitionnés. Les scénarios existent. C’est un des chantiers sur lesquels nous planchons.
b) Un groupe de travail réunissant ou pouvant faire appel à tous types de compétences a été constitué, directement rattaché au comité stratégique de l’enseigne. J’en ai confié la responsabilité nationale à des hommes qui ont déjà été en première ligne pour traiter l’affaire des steaks hachés, cet automne (dont B. Bornancin, adhérent à Mont-de-Marsan que certains se rappelleront avoir vu en œuvre à la TV, puisqu’il gérait, dans le Sud-Ouest, une cellule de rappel des clients contactés grâce à leur carte de fidélité). Il y a aussi des adhérents qui, acheteurs, connaissent bien le secteur volaille et les éleveurs ; des adhérents déjà engagés dans la commission chargée des contrôles de qualité, Yves Boisard, notre consultant vétérinaire, et deux de mes principaux collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï, coordinateur qualité, et Philippe Séligmann, communication.
Ce groupe de travail suit les dossiers suivants :
- Précaution : Relations avec les fournisseurs ; gestion de l’information ; contrat qualité, opération de retrait éventuel, rappel…
- Protection du personnel des magasins : achat, répartition, élaboration de scénarios d’intervention (masques, équipements spéciaux, mesures d’hygiène).
- Relations avec les autorités sanitaires (Direction de la Santé, Service de Veille Vétérinaire, etc…).
- Relations avec les consommateurs : plan de communication adapté aux différentes « cibles » : médias, clients, personnel. Gestion des opérations de prévention et de gestion de crise.
c) L’action de ce groupe de travail est relayée par les directeurs des 16 coopératives régionales qui travaillent, notamment, sur la problématique spécifique du stockage et de l’approvisionnement.
d) Toutes ces personnes ne communiqueront qu’en cas de besoin. Priorité au travail de terrain.
3) Le soutien à la filière :
Si j’ai exprimé des doutes sur l’efficacité de la communication collective pour promouvoir, dès maintenant, la volaille française à la TV, mon groupe n’en est pas moins mobilisé dans des actions locales immédiates.
J’en profite pour témoigner du sérieux de nos fournisseurs et de nos interlocuteurs de la filière avicole en général. Personne ne mégotera sur un quelconque problème sanitaire. Tous les producteurs sont en observation de leurs bestioles. Ils savent qu’en cas de test positif H5N1, il faudra sacrifier le troupeau. Ceci justifie largement qu’on soutienne leur demande d’aide financière et qu’on leur donne un coup de main commercial.
Chaque région E. Leclerc met en place, avec les acteurs volontaires de la filière (éleveurs, industriels), des opérations en magasin. Ca marche bien. Au-delà de toute attente. Une anecdote racontée par B. Bornancin : « Samedi dernier, je passe devant le rayon volaille. Je m’inquiète de le voir surstocké en cette période de mévente. Une heure plus tard, je suis stupéfait de voir le nombre de clients enthousiastes devant l’animateur, un éleveur des Landes. Résultat : 650 poulets « label rouge » vendus dans la journée : trois fois plus que d’ordinaire !!! ».
Des dizaines d’animations de ce type sont projetées dans toute la France, en attendant l’opportunité d’actions publicitaires nationales, elles aussi programmées.
A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 9 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Agriculture
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 10
> Donnez votre avis
2 mars 2006
COOPERNIC, l’avenir de LUCIE, le partenariat avec Système U

Je réponds à des questions et commentaires déposés sous ma note du 16 février, par BOYE WILLY, Erosoft, MICHEL, Chapoteau et quelques autres.
L’annonce de la création de COOPERNIC a suscité des interrogations sur l’avenir de la coopération E. Leclerc/Système U en France. D’autant qu’à l’origine, les deux enseignes partageaient le projet commun de fédérer d’autres indépendants européens. Jean-Claude Jaunait, former Président de Système U jusqu’à 2004, n’avait cessé de solliciter les adhérents de l’UGAL (Union des Groupements de Détaillants Indépendants de l’Europe) pour les convaincre de nous rejoindre. Et les adhérents de Système U nourrissaient, avec nos partenaires italiens du groupe CONAD, un même désir de partenariat. Ce n’est donc pas par défaut de projet, ni par démission, ni même désintérêt que Système U n’a pu faire partie du lancement de COOPERNIC. C’est l’attitude des pouvoirs publics français, et les risques inhérents à l’évolution de la politique nationale de concurrence qui ont rendu ce projet impossible.
Pour comprendre, un peu d’histoire :
1) Le partenariat E. Leclerc/Système U
L’union de coopératives LUCIE qui devait devenir le creuset de la collaboration entre les deux enseignes, a été fondée le 1er mars 1999. La vocation de LUCIE était de fournir à nos adhérents respectifs des prestations, des équipements et des moyens de gestion susceptibles d’améliorer leur performance. La coopérative a donc lancé des opérations économiques communes, dans des conditions paritaires pour les deux groupements (de coûts comme de résultats). De 1999 à aujourd’hui, ont été traités en commun l’approvisionnement en carburants, le référencement national des grandes marques PGC et les premiers prix alimentaires.
LUCIE n’a pas démérité. Au sein de la coopérative, nos adhérents ont même étendu le champ de leurs activités en construisant un référentiel commun de détention de gammes en optimisant les coûts logistiques de la distribution des produits premiers prix.
Preuve que ces synergies ont été bien exploitées et que nos adhérents y ont trouvé leur compte : les deux enseignes, depuis 1999, n’ont cessé d’accroître leurs parts de marché. Elles ont résisté au hard-discount et damer le pion à leurs collègues intégrés.

2) La mauvaise volonté des pouvoirs publics
En plein débat sur la loi Galland, et sous la pression de certains groupes intégrés qui refusaient la réforme, les pouvoirs publics ont volontairement choisi d’ignorer la formidable opportunité que constituait l’émergence d’un grand réseau d’indépendants européens, piloté par nos deux enseignes françaises.
Dès le mois d’août 1999, le Ministre de l’Economie et des Finances jetait la suspicion sur LUCIE en saisissant le Conseil de la Concurrence, parallèlement à une action intentée contre Cora/Casino. Dominique Strauss-Kahn a eu beau me dire qu’il ne pouvait « pas faire autrement » que de porter les deux affaires devant le Conseil. Dans un cas, il s’agissait d’une concentration dont il pouvait être pertinent d’étudier les effets sur un même marché. Dans le cas de LUCIE, rien de tel puisque le statut coopératif de cet organisme lui conférait un cadre légal pré-établi. Je suspectais d’autant plus un mauvais coup que les pouvoirs publics français n’avaient rien trouvé à redire à la récente méga fusion Promodès-Carrefour, vite entérinée.
Inutile de vous dire que, comme cadeau de baptême, les pouvoirs publics pouvaient faire mieux. Comment voulez-vous que, dans ces conditions, nous puissions négocier avec les fournisseurs de manière efficace.
Lors du débat sur la nouvelle Loi de Régulation Economique (NRE), les pouvoirs publics ont tout fait pour limiter la capacité de négociation d’une coopérative comme la nôtre à la seule production de prestations commerciales communes…ce qui aurait eu pour effet de transformer notre partenariat en entente…
La loi Jacob/Dutreil a, de surcroît, rendu quasiment impossible la négociation des tarifs… LUCIE ne peut donc fonctionner de manière optimale…
3) La réaction de E. Leclerc et Système U
Dans ces conditions, Serge Papin (nouveau Président de Système U) et moi-même avons été obligés de prendre acte de l’évidente mauvaise volonté des pouvoirs publics à l’égard de nos projets. D’autant que nos deux groupes sont devenus les principales cibles des contentieux « très politiques » lancés à l’initiative du Ministère des Finances à notre égard (procès à Nantes et à Nanterre). De là à dire que les pouvoirs publics, comme dans l’affaire de l’attribution des stations d’autoroute, ont privilégié servir la cause des distributeurs intégrés…
Les adhérents de Système U et de E. Leclerc ont donc décidé d’un commun accord :
- de limiter les missions de LUCIE au partenariat économique inattaquable sur le plan juridique (carburants, logistique, etc…),
- de souscrire, chacun de son côté, à une alliance internationale : Système U ralliant EMD, E. Leclerc poursuivant seul son projet de fédérer, dans COOPERNIC, REWE Allemagne, CONAD Italie, COOP Suisse, COLRUYT Belgique.
4) Toute la messe n’est pas dite
Les adhérents E. Leclerc et Système U ont la ferme conviction de partager les mêmes valeurs, une même histoire, et poursuivent un même objectif : défendre la libre entreprise, leur indépendance, l’efficacité du lien coopératif, un projet consumériste ancré dans chacun de leur territoire d’implantation…
Parallèlement au maintien de certaines formes d’échanges, E. Leclerc et Système U ont décidé, dès 2005, de se rapprocher de leurs cousins d’Intermarché. Et avec eux…
- Nous avons rejoint la Fédération du Commerce Associé, FCA, (Cf. blog du 19/05/2005), au sein de laquelle, avec Système U et Intermarché, E. Leclerc va plus que jamais défendre le statut des distributeurs associatifs, la pertinence de leur mode d’organisation et de leur modèle économique. En rejoignant les enseignes spécialisées du Commerce Associé, nous pensons pouvoir faire école, aider d’autres commerçants à s’organiser, et à se positionner comme réseau alternatif au modèle boursier.
- Nous avons adhéré à la FCD avec le statut spécifique de membre associé. Nos trois enseignes d’indépendants travaillent de concert dans les Commissions « Social », « Formation », « Développement Durable » et « Sécurité Alimentaire ». Au sein d’une FCD qui devient de plus en plus une vraie interprofession, nos adhérents auront l’occasion de défendre leur vision, la confronter à celle du commerce intégré, et « peaufiner » leur lobbying.
Voilà donc pourquoi la création de COOPERNIC, avec d’autres distributeurs indépendants européens, n’empêchera pas les adhérents des réseaux E. Leclerc et Système U d’écrire quelques autres pages communes de l’histoire de la distribution française.
Et puis, qui sait si un jour…
Posté par M.E.L. le 2 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
24 février 2006
Surpêche, menace sur les ressources en poisson : Greenpeace interpelle la distribution

© Nathalie Luthold
Greenpeace démarre une campagne de sensibilisation du grand public sur la surpêche de certaines espèces et la préservation des ressources halieutiques. Sur l’exemple d’un rapport réalisé par Greenpeace Angleterre
> Lire le rapport Greenpeace (pdf)
Greenpeace France rédige une étude sur la consommation des produits de la mer dans l’hexagone, ainsi que sur la politique d’approvisionnement des acteurs du marché. 70% des ventes de poisson se font au travers de la grande distribution. Par des achats directs ou par l’intermédiation de mareyeurs ou de grossistes ! L’ONG souhaite mettre en place un système de notation pour chaque enseigne.
La démarche de Greenpeace se veut constructive. Tant mieux. Le sujet mérite qu’on s’y investisse. Et les solutions ne sont pas simples.
On se rappellera cette polémique sur la perche du Nil. J’avais diligenté un audit social et environnemental pour que mes collaborateurs puissent se faire une opinion. C’est en partie chose faite : les dégâts écologiques sont confirmés, la prolifération de l’espèce prédatrice nuit à la diversité du peuplement des cours d’eau mais le boycott n’arrangera rien. En tout cas socialement ! L’exploitation de ce poisson a été créatrice de nombreux emplois. Loin d’être toujours valorisants, c’est sûr. Mais la reconversion des sites de conditionnement devenus très nombreux, ne peut pas se faire du jour au lendemain. Mes équipes recherchent des formules de substitution, vers d’autres espèces, et même des modes de production bio ou équitables. Il faut du temps…
L’étude française de Greenpeace porte sur une dizaine d’espèces sur lesquelles l’ONG propose des actions correctives, soit pour éviter le gaspillage des ressources, soit pour pallier aux effets négatifs des modes de pêche, destructeurs de l’environnement. Il s’agit du cabillaud, du thon rouge (de Méditerranée dans 80% des cas), de l’empereur, du grenadier, du lieu noir, du bar, du flétan, de la lotte, du carrelet, et des crevettes (sauvages ou d’élevage. Il s’agit principalement ici de crevettes importées d’Asie ou d’Amérique du Sud).
Sur la base de cette liste, nous allons donc rassembler les données concernant les différents fournisseurs. Répertorier les modes de pêche, tels que par exemple, ceux qui s’effectuent avec des chaluts pélagiques, pas forcément interdits par la réglementation, mais sujets à forte polémique, notamment en Bretagne.
Partant de ce travail de documentation, mes équipes discuteront avec Greenpeace ou tout autre ONG intéressée par le sujet… pour mener un certain nombre d’actions parmi lesquelles
1. Réécriture (à la hausse) des exigences concernant le respect des critères environnementaux et sociaux sur les sites d’élevage.
2. Suppression de la pêche pélagique (et étude avec les professionnels de technique de substitution)
3. Référencement et promotion d’espèces alternatives (comme le tilapia).
La tentation des ONG, dans le processus de notation, c’est évidemment de mettre la pression sur les acteurs économiques.
Moi, je crois qu’il faut faire les choses rationnellement, en mesurant toutes les conséquences des actions correctives. Il faut en effet éviter de tomber dans des actions trop radicales, dont les effets pervers peuvent être pire que les pollutions présentes.
J’ai relu cette semaine des articles publiés ces 4 ou 5 dernières années sur la surexploitation de quelques unes de ces espèces. Nombre d’ONG faisaient la promotion des techniques d’élevage, par opposition à la surpêche, en haute mer. Mais, 4 ans plus tard, les mêmes ONG dénoncent les concentrations d’élevage, dont tout le monde convient désormais qu’ils ont aussi un effet très polluant, et qu’ils constituent des lieux où prolifèrent nombre de virus et bactéries (cf. crevettes asiatiques).
Sans compter le problème de l’alimentation des poissons d’élevage…
Je n’ai pas d’autres compétences pour aller plus loin dans l’analyse du sujet. S’il vous passionne, n’hésitez pas à me fournir des informations.
De toute façon, il nous faut réagir, et profiter de cette alerte de Greeenpeace, pour balayer tous les problèmes de ces filières.
Posté par M.E.L. le 24 février 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (DD)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Consommation
,
Distribution
,
Développement durable
Lien permanent |
> Commentaires : 35
> Donnez votre avis
16 février 2006
COOPERNIC, la première alliance de distributeurs européens indépendants

Chiffre d'affaires et part de marché des différents groupements
Bruxelles, ce jeudi, conférence de presse aux côtés des dirigeants de cinq grands groupes européens de distribution. C’est une réunion fondatrice. Nous lançons COOPERNIC, une alliance européenne...qui va forcément faire parler d’elle.
L’initiative s’appuie sur une vision commune du grand marché.
Le mouvement de concentration des industries de biens de consommation s’accélère. Sur chaque grand segment de marché, 3 ou 4 firmes internationales fournissent, à elles seules, 80 % de l’offre vendue en hypermarché.
Parallèlement, cette concentration touche le secteur de la distribution. Achats, fusions, OPA se sont multipliés ces dix dernières années. Bientôt peut-être, on reparlera du rachat par Wal-Mart d’un grand groupe français, d’une alliance renforcée Auchan-Casino, d’un rachat supplémentaire par des Tesco ou des Metro boulimiques.
Les commerçants indépendants se devaient de réagir. Pour garantir à leurs adhérents les moyens de relever ce défi concurrentiel, cinq groupements, Colruyt (Belgique), CONAD (Italie), COOP (Suisse), E.LECLERC (France) et REWE Group (Allemagne), ont décidé de s’allier et de créer COOPERNIC : COOPérative Européenne de Référencement et de Négoce des Indépendants Commerçants.
L’objectif : Doter leurs adhérents d’une organisation transnationale capable de rivaliser avec les enseignes les plus puissantes du commerce intégré. Les cinq distributeurs co-fondateurs de COOPERNIC représentent 96 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 10 % des ventes en Europe. (Pourcentage à mettre en parallèle avec les 20 % réalisés par les 3 premières enseignes européennes intégrées : Tesco, Carrefour, Metro).
1) Les ambitions de COOPERNIC
Les cinq groupes veulent organiser leur coopération dans les secteurs alimentaires et non-alimentaires, en négociant ensemble la fourniture des grandes marques internationales, en travaillant sur l’élargissement de leur offre nationale et la diminution des coûts d’approvisionnement (sourcing, logistique...).
a) COOPERNIC aura pour mission de traquer tous les écarts de prix européens et d’optimiser les achats des grandes marques. La coopérative négociera aussi des prestations transnationales : expérimentation de marchés tests, lancement coordonné de produits nouveaux, construction d’un référentiel produits commun… Les synergies sont d’autant plus évidentes que les enseignes sont très peu concurrentes entre elles, l’implantation actuelle des groupements est très complémentaire ainsi que leurs projets de développement en Europe.
b) Contrairement aux centrales d’achat des groupes intégrés, COOPERNIC n’a pas vocation à se substituer aux stratégies marketing propres à chacun des groupements. Chaque membre de l’Alliance conserve son autonomie d’approvisionnement. Le partenariat permettra d’accroître chaque offre nationale en faisant profiter ses consommateurs des meilleures sélections des autres membres y compris dans des secteurs à fort développement, comme les produits bio et équitables dont COOP SUISSE est leader mondial.
c) COOPERNIC permettra à de nombreux producteurs régionaux et PME d’accéder aux rayons des autres membres et d’accroître leurs ventes européennes. Comme en bénéficient déjà des fournisseurs communs de COOP et REWE Group, ou plus récemment de E. LECLERC et CONAD.
d) La coopération entre les membres permettra aussi une réduction substantielle des coûts logistiques.
La politique européenne des transports et la recherche d’économies d’échelle ont conduit les grands industriels à optimiser l’implantation de leurs usines pour pouvoir couvrir tous les besoins d’un grand marché élargi. Chacun des membres avait jusqu’ici investi dans ses propres outils logistiques, en fonction de ses besoins nationaux. Via COOPERNIC, chaque groupement pourra déléguer ces opérations à l’un des membres jugé le plus performant selon les marchés. (C’est ainsi que E. LECLERC approvisionne en carburants, depuis la France, les premières stations-service de CONAD dans le Nord de l’Italie).
e) Dans la construction des gammes aussi, COOPERNIC permettra un meilleur partage des coûts et des réductions substantielles.
- Élaboration de cahiers des charges communs pour les MDD et Premiers Prix.
- Mutualisation des contrôles qualité pour ces produits.
- Multiplication des audits sociaux et libre accès à un référentiel commun d’audits des fournisseurs, pour contrôler les aspects sociaux et éthiques des conditions de fabrication à l’étranger.
2) COOPERNIC : une structure légère, régie selon le principe des coopératives
Pour insister sur sa vocation européenne, le siège de COOPERNIC est implanté à Bruxelles. Ses statuts prévoient sa transformation, dès que possible, en société coopérative de droit européen (SCE).
COOPERNIC restera une structure légère. Pour développer et faire fonctionner ce nouvel outil, les professionnels des enseignes concernées joueront un rôle clé, s’investissant à la fois dans cette alliance et dans les activités de leurs pays respectifs, limitant ainsi les risques de créer une superstructure pléthorique, coûteuse, et génératrice d’inertie.
COOPERNIC n’est pas une structure financière. Elle n’a pas vocation à accumuler, ni même à réaliser des profits. Les ressources de COOPERNIC seront constituées de cotisations versées par les coopérateurs. Toutes les économies, ristournes, remises ou avantages négociés seront perçus ou transférés à chacun des groupements dans une transparence financière et fiscale totale, selon le principe coopératif.
COOPERNIC sera dirigée par un conseil d’administration de dix membres, soit deux représentants par enseigne partenaire. La répartition des parts et des voix entre les enseignes sera égalitaire : chaque enseigne possèdera 20% des parts et représentera une voix au sein du conseil d’administration.
J’aurai l’honneur de guider les premiers pas de Coopernic sur les marchés européens aux côtés du Dr Achim Egner (REWE) qui occupera les fonctions de vice-président.
Posté par M.E.L. le 16 février 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 26
> Donnez votre avis
8 février 2006
Négos 2006 : L’Etat siffle la fin du match mais permet les prolongations
Dans tous les pays européens, la liberté du commerce est un principe constitutionnel. On peut tout négocier, sauf ce qui est interdit par la loi.
En France, le Code du commerce ne dit rien d’autre. Mais au fil du temps, les députés ont surenchéri pour imposer tellement de contraintes que, pour tous les professionnels, seul finalement « peut être négocié ce qui est expressément prévu par la loi ».
J’exagère ? A peine ! J’en veux pour preuve la petite passe d’armes médiatique entre Renaud Dutreil, la Direction de la Concurrence, Jean-René Buisson (Association Nationale des Industries Alimentaires), l’AFP et quelques distributeurs. Elle illustre à quel point les pouvoirs publics (politiques et administration) continuent, malgré la liberté rétablie par les Ordonnances de 1986, de s’immiscer dans les affaires commerciales…sans autre justification que de maintenir leur contrôle.
1) Rappel :
La réforme de la loi Galland, appliquée depuis le 1er janvier, stipule que « les contrats de coopération commerciale doivent être établis avant le 15 février ». Ne me demandez pas pourquoi ! C’est évidemment du délire. J’imagine que les députés pensaient que « le temps » jouait contre les industriels. De fait, ils en ont profité pour prendre leur temps, les distributeurs étant obligés de signer à la date butoir !
2) Lors de plusieurs réunions tenues dans les locaux de la DGCCRF (Direction de la Concurrence), tous les distributeurs ont plaidé pour que le gouvernement accepte, au moins pour cette année, d’être tolérant sur les délais. Les conditions générales de vente n’ont été envoyées qu’en janvier, ce qui laissait un temps très court pour la négo.
3) Officiellement, nos collègues de la FCD avaient demandé au Ministre du Commerce une prolongation d’un mois (jusqu’au 15 mars). Compréhensive, la DGCCRF avait transmis le message au ministère.
4) Interpellé hier matin par l’AFP, le Ministre a d’abord tenu des propos ambigus. Propos que l’AFP a interprétés comme une réponse négative à la demande de la FCD.
5) Du coup, « aux anges », Jean-René Buisson, toujours en tenue de combat, a acquiescé : « Il est mieux de ne pas déroger à une loi ».
Réaction outrée, énervée des distributeurs, toujours en attente d’une réponse officielle…alors que les carnets de rendez-vous, eux, restent programmés jusqu’à la mi-mars…
Et tous de s’interroger sur les intentions réelles du ministre, par ailleurs fort peu prolixe sur sa réforme.
6) Finalement, Renaud Dutreil a rectifié le tir…en deux temps :
a) Il a d’abord revêtu la toge de la légalité. « Seul, le Parlement peut modifier la loi… Il n’appartient pas aux ministres de la modifier et nous n’en avons pas le pouvoir ».
b) Mais nul n’est tenu à l’impossible. Magnanime, il ajoute : « Pouvons-nous appliquer avec pragmatisme et compréhension la loi ? La réponse est oui. Je le souhaite et j’ai donné ces instructions à la DGCCRF ».
Voilà désormais qui est plus clair. Nous allons donc pouvoir continuer à négocier. Pas de couperet le 15 février. Tant pis pour les quelques camarades industriels qui comptaient sur cette pression pour passer en force et imposer leurs hausses de prix.
7) De toute façon, on arrive au bout de la négociation. Le climat s’est amélioré. Tout le monde a compris qu’il faut sortir de cette affaire. La consommation est atone. Il faut se focaliser maintenant sur la vente.
Nos négociateurs ont réussi à juguler le plus gros des hausses. Il reste encore 10 à 15 % des accords (mais quelques gros) à conclure. Ne cédons pas aux impératifs de l’urgence. De toute façon, il vaut mieux ne pas signer d’accord que d’en conclure un mauvais.
D’autant que ces contrats déterminent un autre enjeu : ils permettent de calculer le nouveau seuil de revente à perte. A vouloir boucler trop vite la négo, le risque, ce serait d’obliger les distributeurs à remonter leurs prix…au nom de la loi !
Posté par M.E.L. le 8 février 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
Lien permanent |
> Commentaires : 10
> Donnez votre avis
2 février 2006
Réforme Jacob/Dutreil : la question du référencement
Désolé pour les néophytes : la question que j’aborde aujourd’hui intéressera surtout les professionnels de la relation industrie-commerce, les étudiants en droit ou ceux qui font des études commerciales… Mais il se trouve qu’à l’occasion des négociations 2006, un échange croisé de courriers entre l’Association Nationale des Industriels de l’Agroalimentaire (ANIA), la DGCCRF, et notre groupement coopératif…a relancé une vieille polémique concernant les vertus et surtout la légalité des pratiques dites « de référencement ».
Derrière cette problématique, il y a évidemment toute la question de la tarification, du coût d’accès aux linéaires et de la qualification juridique de ces prestations qui sont actuellement en discussion.
Mais il s’agit aussi d’une question de fond : ce sont particulièrement les groupements associatifs, franchisés ou coopératifs, qui pratiquent le référencement. Dans ces réseaux, la fonction « référencement » est souvent dissociée de la fonction « achat » dont elle constitue un préalable.
Il n’aura échappé à aucun professionnel qu’en fin d’année, entre la publication de la loi Jacob et la sortie de la circulaire Dutreil, quelques « groupes de pression » ont tenté de remettre en cause la légalité de ces pratiques. Ce faisant, ils cherchaient à nous fragiliser en jetant le trouble sur la qualité de nos contrats.
J’ai donc dû réagir auprès des intéressés. Afin qu’aucun doute ne subsiste sur la qualité de nos positions juridiques, je publie ici un extrait des arguments développés auprès de nos interlocuteurs (industriels ou administration) concernant le principe du référencement.
1) Aucun industriel français, fournisseur des Centres E. Leclerc, ne conteste le rôle essentiel de notre groupement d’achat dans sa fonction de référencement. Tous ces fournisseurs, y compris les membres de l’ANIA, sont, depuis des années, co-signataires de nos accords. Ils n’en ont critiqué ni le principe, ni les prestations. A contrario, ils savent ce que leur coûterait une approche directe, mais dispersée, de tous les commerçants indépendants en France.
2) Aucune disposition législative n’a, dans notre pays, jamais cherché à contester le rôle des nombreuses centrales de référencement, quels que soient les secteurs d’activités.
a) Le Conseil de la Concurrence, dans une décision devenue célèbre (n° 94-D-60 du 13/12/94, « Pratiques relevées dans le secteur des lessives »), en a défini et validé les fonctions : « …Considérant qu’il est d’usage que les centrales d’achat de distributeurs indépendants procèdent au référencement de produits, ce qui consiste principalement à rechercher, puis à négocier, des offres de vente à des conditions avantageuses pour leurs adhérents,…que cette pratique…n’interdit pas en général aux distributeurs indépendants regroupés dans cette centrale d’offrir à la vente les produits référencés, mais leur permet de bénéficier des conditions négociées par la centrale pour la commercialisation des produits référencés, conditions auxquelles peuvent d’ailleurs se rajouter des avantages obtenus par les distributeurs eux-mêmes… ».
b) La loi NRE (15 mai 2001) ne remet pas en cause la jurisprudence précédente. Les contrats de référencement proposés aux fournisseurs, puis négociés par ceux-ci, et finalement conclus…sont conformes à la loi et le demeurent.
c) J’en veux pour preuve la lecture d’une décision du Conseil de la Concurrence postérieure à la loi, notifiée à notre groupement et à Système U (Affaire LUCIE n° 05-D-62 du 10 novembre 2005) : « Le libre choix de l’acheteur est un des ressorts majeurs de la concurrence et le principal moyen par lequel le commerce stimule, chez les producteurs, la productivité, l’amélioration de la qualité des produits et des services ainsi que l’abaissement du prix. En vertu de ce principe, la négociation des accords de référencement et des conditions commerciales dont ils sont assortis ou au contraire le refus de référencer, comme le déréférencement, ne constituent pas, en eux-mêmes, des pratiques anticoncurrentielles. La renégociation de ces accords n’est donc pas en soi illicite... ».
d) L’article L.442-6 du Code du commerce fixe des limites à ces pratiques en prohibant le versement d’avantages préalablement à toute commande. Notre groupement ne perçoit aucun avantage et ne fait signer aucun contrat de référencement offrant rémunération « préalablement à la passation de toute commande », ni « sans engagement de contrepartie pour le fournisseur ». Il ne perçoit de rémunération qu’une fois la vente effectuée dans les magasins et sur la base d’un chiffre d’affaires reconnu par l’industriel.
Voilà qui est, je le pense, clairement dit !
Je voudrais insister sur deux autres points :
- C’est à tort qu’on imaginerait que ce débat ne concerne que les GMS. Partout en Europe, et dans de nombreuses professions (hôtellerie, restauration, réseau de prestataires de services tels que pressing, pompes funèbres, etc…) et même dans de nombreuses administrations, il existe des groupements qui référencent fournisseurs et produits ! Idem pour les industriels qui organisent la sélection commune de leurs fournisseurs. Ceux qui croient pouvoir régler des comptes avec nous, sans autre effet que de cibler la grande distribution, doivent comprendre qu’ils se trompent de combat. Ou alors, il faudra qu’ils s’en expliquent avec les autres professionnels !
- De toute façon, nos adversaires doivent choisir leur camp. Si l’on « supprime » la fonction de référencement, alors il leur faudra admettre l’obligation pour les indépendants d’intégrer la fonction achat, ce qui ne fera qu’accroître le degré de concentration de la distribution.
On peut imaginer aussi que les industriels réembauchent un réseau de représentants pour aller négocier les prises de commandes, magasin par magasin, sans passer par une centrale de référencement. Cela coûterait moins cher que de passer par nos groupements ? Chiche ! Mais alors pourquoi les adversaires du « référencement » ne se proposent-ils pas d’en être les cobayes…
Posté par M.E.L. le 2 février 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
24 janvier 2006
Thierry Breton et les soldes : réformer, dans l’intérêt de qui ?

Cent pour cent d’accord avec Henri Loiseau (LSA 19/01/06). Le directeur de la rédaction de LSA pose la vraie bonne question : « Plutôt que d’inciter les Français à sans cesse différer leurs achats pour mieux profiter des périodes de soldes ou de promotions, ne serait-il pas préférable de s’interroger sur la pertinence d’un plus « juste prix » ? »… Ce n’est pourtant pas dans cette voie que se sont engouffrés professionnels et politiques, suite au débat lancé par Thierry Breton sur Europe 1 (08/01/06).
1) Les soldes, du déstockage occasionnel…à la super promo institutionnalisée
Les soldes sont devenus incontournables. Un moment de quasi frénésie, une mise en scène généralisée, tous commerces confondus ; un évènement hyper relayé par tous les médias, alors qu’habituellement, les rédactions rechignent à la publicité commerciale.
Initialement, les soldes constituaient une exception dans le code et la pratique du commerce. Une dérogation (l’autorisation de la revente à perte) pour permettre aux commerçants d’écouler les invendus en fin de collection.
Pour la plupart des commerçants, l’objet initial reste celui-là. Mais les soldes sont devenus braderies festives, bruyantes, alléchantes…et excessives. Ils sont devenus un vecteur indispensable, quasi incontournable du marketing de la distribution. Et de nos jours, il faudrait être sacrément hypocrite pour nier la dérive du concept vers l’orchestration d’une super, méga, hyper promo.
Croit-on vraiment que les grands magasins ou les chaînes spécialisées investiraient autant en publicité s’il ne s’agissait que d’écouler à perte quelques nanars ?
30 à 40 % des ventes de textiles en France seraient effectuées lors des soldes ! Si c’est vrai, les professionnels devraient admettre leur pitoyable performance. Car produire « cent » pour n’en commercialiser que « soixante » à « prix normal »… vaut mieux changer de métier…
En réalité, les acheteurs des grands magasins ou des grandes chaînes mettent à la vente, en plus des invendus, des produits spécifiquement conçus pour les soldes (ou mis en avant à cette occasion !). Les consommateurs ont fini par s’y habituer, se sont pris au jeu. Au point qu’une représentante de l’UFC estimait récemment « qu’il faudrait de « vrais soldes » et en quantités suffisamment disponibles (sic) pour satisfaire tout le monde, et pas seulement quelques happy few ».
Faut-il cautionner cette dérive ? Et étendre plus encore ces pratiques. A mon sens, non ! Multiplier les soldes, comme le suggère T. Breton, cela reviendrait surtout à multiplier l’offre promotionnelle. Le risque, c’est d’accentuer les à-coups du système et d’entretenir le caractère de plus en plus erratique de la consommation. Avec des consommateurs qui ne s’y retrouveront plus.
2) Et si le problème n’était pas les soldes, mais la cherté de nos achats quotidiens ?
Les soldes, ça marche en ce moment comme marchent aussi le hard-discount, le low-cost, les marques de distribution, tout ce qui n’est pas cher…
La crise du pouvoir d’achat touche toutes les catégories sociales.
C’est devenu un réflexe général. On n’achète plus à prix normal, on attend les prix cassés. Exemple ? Les jouets que les distributeurs s’évertuent à mettre de plus en plus tôt en rayon alors que les clients attendent les braderies des quinze derniers jours avant Noël pour effectuer leurs achats !
Le « prix des choses » au quotidien est devenu trop cher. La multiplication des soldes, des promotions ne fait qu’accentuer l’écart avec les prix du fond de rayon.
L’observation vaut pour tous les produits. Plus encore pour le secteur des jouets, de la fringue, du blanc, où les soldes abondent. Pendant toute l’année, les marques imposent un prix de marché. Elles exigent un coefficient de marge minimal (à défaut, elles ne livrent pas). Elles cherchent à limiter la concurrence (et la surenchère entre distributeurs). Mais elles ont finalement cautionné ces braderies dont le caractère occasionnel ne risque pas de remettre en cause le positionnement marketing initial de leurs produits.
Du coup, les soldes deviennent l’exercice concurrentiel autorisé, avec son contexte culturel spécifique, qu’on oppose aux pratiques commerciales du reste de l’année.
3) La vraie révolution, ce serait non pas de multiplier les promotions, mais d’installer une vraie concurrence de prix dans ces secteurs
D’ici un ou deux ans, la loi Galland ayant été réformée, la DGCCRF aura tout le temps nécessaire pour remettre un peu d’ordre dans ses pratiques, surtout en cours dans les grands magasins et les GSS. Le Conseil de la Concurrence a eu beau sanctionner ces ententes verticales, la pratique des prix uniformes (chers) reste immuable. Il est temps de rétablir une vraie concurrence, avec des prix nets ou des promotions lisibles…et des soldes, des vrais soldes, seulement en fin de saison.
Isolée dans les organisations de consommateurs, la CLCV soutient cette position, qui me paraît la plus raisonnable.
C’est ce que pratiquent les commerçants des pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Allemagne).
C’est ce que préconise la Commission Européenne qui, depuis plusieurs années, tente d’élaborer une directive « promotions »… une directive libérale, comme vous pouvez l’imaginer.
Qui s’y oppose ? Mais la France, bien sûr. La France de la loi Galland, la France des soldes, la France de l’économie administrée.
Thierry Breton réunira professionnels et consommateurs mi-février. Il a posé une question, pas forcément suggéré la bonne solution, mais pourquoi ne pas saisir cette occasion pour aborder le problème sous cet angle…
Posté par M.E.L. le 24 janvier 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
19 janvier 2006
Actimel, Bifidus, Yakult : Que Choisir trie les vraies et fausses promesses des alicaments !

Pas facile d’élaborer une opinion bien étayée sur les promesses alléchantes des probiotiques et autres alicaments dont nombre de marques se revendiquent dans les campagnes de publicité, comme sur les packagings. Ces marques venues d’ailleurs (Actimel, Bio, Yakult, LK, L.CASEI) ont suscité une abondante littérature critique. Des opinions qui expriment un scepticisme devant la surenchère des allégations. Des analyses qui décryptent des stratégies marketing plutôt que des préoccupations nutritionnelles… Mais des avis scientifiques aussi, avec quelquefois la caution d’un grand laboratoire ou même de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)…
L’UFC-Que Choisir (n° 433, janvier 2006) a consacré un très intéressant dossier à ces « bonnes bactéries » dont les vertus sont supposées améliorer notre transit intestinal ou accroître les défenses de l’organisme.
J’en recommande la lecture : outre qu’on y collecte beaucoup d’informations (précises), les rédacteurs (Fabienne Maleysson et Claire Pergrale) ont refusé par avance tout parti pris anti-industriel. L’approche est pragmatique (analyse comparée des valeurs nutritionnelles) et s’intéresse aux grandes marques tout autant qu’aux MDD.
J’ai particulièrement retenu de cette étude :
a) Un effort général, toutes marques confondues, sur la réduction des lipides : « Les teneurs en graisses sont limitées, allant de 0 % à 1,6 % ».
b) Respect quasi général des recommandations de l’OMS (indication des conditions de conservation, contact fabricant, relative clarté des informations consommateurs).
c) Toujours beaucoup de sucre (trop de sucre !).
Sur le fond même de la polémique, Que Choisir conclut surtout à l’écart « entre les résultats d’études, positifs mais relativement limités, et les publicités (couples de seniors prêts à affronter les rigueurs de l’hiver ou les aléas d’un voyage en Inde, blouse blanche vous expliquant qu’Actimel peut contribuer à contrer les effets du froid, du stress et du manque de sommeil, bonnes bactéries agissant comme des boucliers apparemment capables de vous prémunir contre toute attaque de l’extérieur…) ».
Pas lieu de lancer une chasse aux sorcières, donc. De la vigilance, surtout (« Le consommateur n’a pas fini de devoir faire le tri entre les faits scientifiquement avérés et les délires publicitaires »).
Et c’est sous forme de clin d’œil que Fabienne Maleysson rappelle que tout autant que ces produits nouveaux, le yaourt, le bon yaourt classique, avec ses ferments traditionnels Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, reste encore indétrônable pour ses effets bénéfiques.
Posté par M.E.L. le 19 janvier 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Objectif qualité
Lien permanent |
> Commentaires : 17
> Donnez votre avis
18 janvier 2006
Carburants : les stations sur autoroute s’ouvrent à la concurrence

Sur l’aire de Garonne (A 62), près de Castelsarrasin, à une demi-heure de Toulouse…
Aux côtés de Jacques Tavernier, Président des ASF (bientôt Vinci), j’inaugure notre quatrième station autoroutière. D’ici la fin de l’année, six autres porteront notre enseigne. Hasard sans doute, Carrefour annonce, aujourd’hui aussi, l’acquisition de dix nouvelles concessions.
Il aura donc fallu plus de vingt ans pour que ce juteux bastion réservé aux majors (ou à quelques-uns de leurs revendeurs) s’ouvre à la concurrence.
1) C’est le 25 janvier 1985 que la Cour de Justice européenne a fait droit aux arguments de notre enseigne et déclaré illégal (en droit communautaire) l’ancien système français de prix unique des carburants (c’est le Ministère de l’Industrie qui faisait la cote ! Un rabais maximum de 5 centimes était permis). Pierre Bérégovoy a profité de cette jurisprudence pour libérer définitivement les prix.
2) En 1989, et alors que les autres hypermarchés s’engouffraient dans la brèche, le gouvernement a autorisé le premier appel d’offres sur autoroute. C’est au printemps 1990 qu’aux côtés du Ministre PS de la consommation,Véronique Neiertz, j’ai inauguré la première station à l’enseigne d’une GMS sur la A31 (aire de Dijon-Brognon).

Michel-Edouard Leclerc et Véronique Neiertz, Ministre PS de la Consommation (Inauguration de Dijon-Brognon, 1990)
Que de polémiques, de coups bas, de tractations… Contestés par Total, confiés à la SAPRR qui voulait diviser le lot attribué (un côté de l’autoroute pour Total, un côté pour Leclerc)…nous avions néanmoins tenu bon. Avec raison ! Les majors affirmaient perdre de l’argent sur autoroute. Nous en avons gagné, tout en vendant moins cher (10 à 30 centimes d’écart) et en obligeant les autres stations du tronçon à aligner leurs prix.
3) Puis, pendant dix ans, plus rien. Silence radio des pouvoirs publics.
4) La fusion Elf/Total a changé la donne. En avril 2001, Bruxelles enjoint le groupe français nouvellement formé de céder plusieurs stations afin d’éviter de trop fortes positions dominantes. Une consultation est alors lancée. Mon groupe postule à la reprise de 26 stations. Daniel Bernard, PDG de Carrefour, dit publiquement ne pas être intéressé. L’offre est transmise à Total.
Mais la Commission Européenne n’en voit pas la couleur. Faute de candidats sélectionnés par Total, Bruxelles autorise un nouvel appel d’offres. Curieusement, nous n’en sommes pas informés. Et surprise, Carrefour change d’avis. Laurent Fabius pousse le challenger à concourir. Résultat : Leclerc : 0, Carrefour : 17 !!!
Un jour, je raconterai de croustillantes anecdotes (j’ai tout consigné). Comme l’histoire de ce haut fonctionnaire m’expliquant que le gouvernement ne permettrait certainement pas à Leclerc d’invoquer un vice de procédure…qui pourrait remettre en cause tout le processus d’agrément du nouvel ensemble pétrolier. Entre les autorisations d’ouvrir des hypermarchés et la maîtrise d’un tel réseau de stations, il nous faudrait choisir… Qu’élégamment, ces choses là peuvent être dites !
5) Depuis, les choses se sont apaisées, normalisées. En été 2004, une procédure de mise en concurrence a été lancée par l’Etat pour le renouvellement de 60 stations autoroutières dont les contrats arrivaient à échéance le 31/12/05. Nous en sollicitions 10 et obtenu 6. Carrefour a vu 7 dossiers agréés. Normal. Rien à dire.

D’ici la fin de l’année, notre enseigne ouvrira six nouveaux sites :
- deux situés sur l’A6 au Sud de Paris (Achères la Forêt et Achères)
- deux situés sur l’A8 entre Aix et Nice (Estérel et Vidauban)
- une autre sur l’A61 à l’Ouest de Toulouse (Toulouse Sud)
- enfin, une importante station est en voie d’achèvement, sur l’aire du Haut Koenigsbourg, sur l’A35 Strasbourg-Mulhouse.
D’ici 2010, j’espère que notre enseigne pourra piloter une trentaine de stations de ce type. Outre l’intérêt publicitaire, ces implantations permettent de renforcer notre action sur les prix. Sur les carburants bien sûr, mais aussi sur l’épicerie, la librairie et tous les articles vendus en boutique. Du fait d’une forte présence de nos marques de distributeur, les écarts atteignent 30 à 100 % sur certains produits.
…Alors que j’achevais un petit discours inaugural pour présenter notamment l’équipe d’exploitation, l’un de mes collaborateurs m’a glissé, pour conclusion, cet exemple : la cannette de coca cola 33 cl est vendue ici 0,50 € et…1,30 € dans la station Total un peu plus loin… Ca a manifestement donné soif à mes invités.
Posté par M.E.L. le 18 janvier 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 12
> Donnez votre avis
17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Agriculture
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Objectif qualité
,
Société
Lien permanent |
> Commentaires : 31
> Donnez votre avis
10 janvier 2006
La réforme Jacob/Dutreil et la baisse des prix : premières salves…et expectative

C’est l’an I de la réforme Jacob/Dutreil. Agitation maximale dans les états-majors commerciaux. La négo est difficile, les tensions bien réelles et les services juridiques ont bien du mal à mettre au pas les forces commerciales. Dans les états-majors, les financiers, eux, se grattent les tempes : ils annoncent un impact négatif sur les marges (pas tort), mais personne ne veut perdre trop de plumes. Dans son for intérieur, chaque dirigeant entend bien ne pas se laisser distancer. Les discours guerriers, de toute façon, sont mobilisateurs et font du bien à la culture maison. Mais tant que les contrats de référencement ne sont pas signés, pas facile de mettre toutes ses billes sur le carreau…
Pour l’heure, le politique se fait discret, l’industriel et l’acheteur sont à la peine. C’est le distributeur qui (pour le moment) régale. Et le consommateur qui profite.
1) « Le retour en grâce de la fonction commerciale »
Dans l’édito de sa « Tribune Grande Conso » (n° 20 – 01/06), Olivier Dauvers jubile. Il prend plaisir à compiler les prospectus publiés par les différentes enseignes. Ca castagne entre les pages et les écarts de prix sont légion.
Il faut dire (et c’est tout à l’honneur des dizaines d’hommes et de femmes qui dans toutes les enseignes y ont travaillé) que la construction de ces catalogues s’apparentait à une sorte de « mission impossible ». Compte tenu des délais d’impression, les prix ont été « calculés » par les uns et les autres, sans pouvoir connaître véritablement les capacités maximales de baisses négociées par chaque enseigne.
« Chapeau », donc, à tous nos collègues. Il n’y aura pas de ministre pour les féliciter. Faisons-nous mutuellement plaisir et saluons la performance de nos cadres respectifs.
2) Dutreil absent, Dutreil content…
Il n’aura échappé à personne que le Ministre du Commerce (alias celui de la conso ! ! !) ne s’est fendu d’aucun commentaire sur l’entrée en vigueur de sa réforme. Se sent-il mal à l’aise, après avoir annoncé une baisse de 5 % ? N’y croit-il plus ? Garde-t-il un goût amer de son dernier point presse (un tantinet bâclé, de l’avis des journalistes présents) ou faut-il voir, dans cette pudique retenue, l’illustration d’une posture plus finaude qui évite à Docteur Renaud de se fâcher avec d’autres ministres concurrents et permettra à Mister Renard d’engranger le bénéfice de la réforme quand viendra le temps de sauter un échelon politique (à Reims ou au gouvernement ?).
Toujours est-il qu’Emmanuelle Evina (Points de vente, 9/01/2006) a raison de rappeler que R.D. « a de quoi être satisfait ». Tout en continuant de menacer les distributeurs du bâton, il a lâché la meute, après avoir malicieusement joué du challenge Carrefour-Leclerc.
3) La politique des enseignes
C’est la première leçon de ce début d’année : il n’y a pas à proprement parler de grandes bagarres d’enseignes au niveau national. Pas encore.
Les rumeurs étaient pourtant fortes. Dans mon groupe, on s’attendait à ce que Carrefour ou Intermarché cogne plus fort. Sensibles à l’intox, refusant de jouer petit bras, nos acheteurs ont produit un joli effet de surprise en rajoutant des bons d’achat à des prix qui, finalement, creusent pas mal l’écart (on ne s’est fait aligner que sur 4 articles).
Comme nous, Intermarché a investi en publicité pour lancer son engagement national de blocage des prix. Mais il s’agit principalement de MDD. Difficile encore d’apprécier sa stratégie sur les grandes marques.
Idem pour Carrefour. Carrefour fait surtout bénéficier de son engagement les porteurs de carte de fidélité : Guy Yraeta (DG France) parle « des prix de 300 articles » qui auraient été revus à la baisse. Mais il précise que c’était déjà le cas fin…2005 (Le Parisien, 2/01/06). La nouveauté, c’est cette annonce « d’une remise de 5 % sur plus de 8 000 produits de la marque Carrefour ».
Géant a sacrément revu à la baisse les prix de ses MDD. Par rapport aux nôtres (Marque Repère), Auchan est en moyenne 8,5 % plus cher, Carrefour 9, 1 %, mais Géant n’est plus qu’à…3,5 %. L’enseigne de J.C. Naouri ne nous avait pas habitué à l’exploit.
Je ne crois pas à l’attentisme. Même si la prudence nous amène tous à attendre les résultats de la négociation commerciale pour travailler l’offre de marques nationales, les grandes manœuvres ont commencé.
4) Retour au local
En attendant, et mises à part les opérations promotionnelles nationales (catalogues et radio), le regain de concurrence se fait surtout sentir aux niveaux local et régional.
La rivalité oppose surtout des magasins du groupe Carrefour à nos adhérents. Alors que Carrefour était venu nous « chatouiller » dans un nombre limité de sites (principalement dans les villes de l’Ouest) en faisant exploser les SRP par anticipation, nos adhérents ont profité de la nouvelle législation pour tenter l’échappée. Ca chauffe fort en Normandie (Caen, Rouen, Le Havre). Le Leclerc de Plérin (Saint-Brieuc) taclait le Carrefour d’en face en le soumettant au supplice de la publicité comparative. C’est au tour de Carrefour Portet (l’un des plus grands de France) de défier nos adhérents toulousains.
Dans l’Est de la France, les Leclerc ont attaqué sur un millier d’articles, entraînant quelques jolies réactions de Cora ou d’Intermarché.
Certains Auchan (région parisienne) ne sont pas manchots non plus. Et Géant, sans doute inquiet du manque d’oxygène, balance quelques boulets brûlants.
Difficile, devant cette mosaïque d’initiatives dispersées d’évaluer l’impact des baisses réelles. Pierre Chartier, adhérent à Nantes (et, par ailleurs, responsable national de nos équipes d’achat), me fait parvenir toutes les semaines une « monographie » des baisses de prix en Loire-Atlantique. En cette première semaine de janvier, c’est près de 10 000 articles qui sont en baisse (toutes enseignes confondues) de 2 à 15 % versus juin 2005 ! (Mais, selon lui, quelques centaines de prix vont devoir être réévalués pour respecter le nouveau SRP).
Toutes ces manoeuvres ne semblent pas très spectaculaires. Mais ne sont-elles pas finalement la conséquence la plus logique de la réforme. Elle tend à rendre au commerce ses prérogatives. Le directeur de magasin retrouve sa liberté d’action locale. Le retour à la concurrence sera d’autant plus durable et crédible qu’il sera animé par les acteurs de terrain (responsables de leurs prix et de leurs marges) plutôt que par les directions financières d’enseignes.
Comme dit Olivier Dauvers, le commerce est de retour.
Posté par M.E.L. le 10 janvier 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 10
> Donnez votre avis
22 décembre 2005
Réforme Jacob/Dutreil : Quelles baisses de prix en 2006 ?
Pas une interview qui ne commence par cette question ! La réponse n’est pas simple tant sont grands les facteurs d’incertitude. Entre les promesses faites par Renaud Dutreil (baisse de 5 % calculée sur une période qui prend effet avec les accords Sarkozy –juillet 2004) et les hausses tarifaires annoncées par les grands industriels, il y a, sans jeu de mots, une « marge ». Essayons d’y voir clair.
1) D’abord, c’est certain, il y aura bien des baisses de prix. Et cela, grâce à la réforme législative pour laquelle mon groupe a bataillé depuis deux ans. La réforme est complexe, la négociation difficile, les conditions d’application quelquefois périlleuses… Mais les textes autorisent bien la répercussion au consommateur d’une partie des fameuses marges arrière. La coopération commerciale supérieure à 20 % pourra être déduite du prix de vente public. Potentiellement, ça peut représenter des baisses de 10 à 15 % sur plusieurs centaines de produits de marque.
2) Dès début janvier, quasiment toutes les enseignes proposeront des baisses de cette ampleur sur les produits en catalogue ou en publicité. C’est inévitable. J’en mets ma main au feu.
Aucune enseigne d’hypers n’a envie de se faire damer le pion par une autre. Certaines ne sont pas convaincues des effets boosters d’une telle promotion. Mais toutes savent que si elles loupent « le passage de la ligne », elles perdront des plumes.
Chaque enseigne a donc peaufiné son catalogue de rentrée. Vu les nécessaires délais d’impression, les prix de ces centaines (voire de milliers) d’articles ont été « fabriqués » en septembre/octobre, alors que les négociations tarifaires 2006 n’avaient même pas commencé (on ne connaîtra définitivement les SRP de chaque article qu’en février…au mieux).
Difficile d’échapper à un numéro d’équilibriste. Elles ont procédé par anticipation. Les responsables commerciaux se sont basés sur les avantages déjà obtenus en 2005 (on n’imagine pas qu’ils pourraient baisser) et ont déduit des tarifs 2006 la portion supérieure à 20 %. Et pour être sûr de passer la rampe, on aura fait les arrondis par le bas. (J’en connais même qui ont rajouté « quelques oranges » des fois que la DGCCRF voudrait les mettre en prison, mais…chut, secret de fabrication. Pas la peine d’informer les concurrents).
Oui, je l’affirme, sans risque d’être démenti, tout ce qui fera l’objet de promotions ou de publications nationales, début janvier, sera proposé aux prix les plus bas du marché et avec des baisses au maximum du potentiel offert par la nouvelle loi.
3) Sur l’offre de fond, la situation sera très disparate selon les régions, et le montant des baisses (et quelquefois des hausses !) va dépendre des résultats de la négociation 2006.
a) Selon les régions :
Les enseignes d’hypers ont commencé à baisser leurs prix bien avant que d’en avoir été autorisées par la loi. Dans les villes de l’Ouest notamment : Le Mans, Laval, Nantes, Rouen, Niort, Poitiers, Orléans, etc… Cette situation résulte d’une passivité volontaire des pouvoirs publics à l’égard du franchissement des seuils de revente à perte.
Lors d’une réunion organisée par Renaud Dutreil (21/07/05), il avait été convenu que l’administration tolèrerait des franchissements de SRP - 2 % sur les catalogues de septembre/octobre. Mais, en aucun cas, pas au-delà de SRP - 5 sur le fond de rayon. Avec la complicité passive de l’administration (qui conteste…et qui invoque des délais de procédure trop longs pour être efficace, sic), Carrefour a lancé des opérations spectaculaires (dans un nombre limité de ses magasins) pour remédier à ses pertes de parts de marché.
Il s’en est suivi un alignement, voire même une surenchère des autres enseignes. A tel point qu’on trouve dans le grand Ouest (relevé effectué début décembre), 6 400 prix en dessous du SRP dont 3 500 entre SRP - 5 et SRP - 15 (et 400 articles entre
SRP - 15 et SRP - 25 ! ! !).
Dans ces villes de l’Ouest, et sur ces mêmes articles, il est exclu qu’il puisse y avoir de nouvelles baisses. Le risque même, c’est qu’il y ait des hausses si l’arbitre (la DGCCRF) décide qu’il lui faut revenir sur le stade et brandir les cartons rouges.
b) Selon les segments de marché :
Comme indiqué dans ma note du 8/12, pas mal d’industriels essayent de profiter de l’opportunité pour pousser quelques milliers d’articles à la hausse (et des hausses substantielles : de 4 à 12 %, notamment sur la parfumerie et les produits d’entretien). Le PVC 2006 sur ces articles dépendra donc du résultat de la négociation.
Pourrons-nous faire obstacle à ces hausses tarifaires, les différer ou les compenser (par des ristournes ou autres avantages commerciaux déductibles ! ! !). Difficile aujourd’hui de s’engager sur des chiffres. D’autant que l’administration ne fait rien pour crédibiliser les promesses de son ministre : dans l’unique souci d’asseoir sa tutelle, elle cherche à orienter la négociation vers des types de contrats qui rendent beaucoup plus risquée la négociation des distributeurs (j’en reparlerai ici).
En conclusion : des baisses, il y en aura dès janvier. Importantes ! Mais impossible encore de s’engager sur une moyenne chiffrée !
C’est d’ailleurs fort dommage. Les tergiversations, les critiques et les hésitations des professionnels, comme des politiques, avaient fait perdre leur force d’impact aux accords Sarkozy.
On se retrouve un peu aujourd’hui dans la même situation. Les pouvoirs publics ont voulu ménager la chèvre (les industriels) et les choux (les consommateurs).
Les journalistes iront dans les magasins chercher la matérialisation de baisses spectaculaires qui auront déjà eu lieu depuis plusieurs mois et qui ne seront donc plus visibles. Et les consommateurs risquent, dans ces conditions, d’être déçus… (alors que l’effort représente tout de même l’équivalent d’une demi-année d’augmentation de pouvoir d’achat ! ! !).
Docteur Renaud s’est emmêlé les pattes dans les filets tordus de Mister Renard. Pas sûr qu’il puisse apporter au crédit du gouvernement le bénéfice consumériste d’une réforme qui mériterait d’être mieux assumée.
Posté par M.E.L. le 22 décembre 2005 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
Lien permanent |
> Commentaires : 20
> Donnez votre avis
9 décembre 2005
Licenciements dans les GMS : La crise n’est pas générale !

Depuis trois semaines, les médias nous interrogent : « Vu les annonces de licenciements dans plusieurs enseignes et l’absence de création d’emplois dans le secteur, cette année, va-t-on vers une période de vaches maigres ? ».
Réponse : non, la distribution n’est pas en crise. Les perspectives de licenciements ne concernent que quelques enseignes.
1) Les plans de restructuration n’affectent que les enseignes qui, depuis deux ou trois ans, ont perdu des parts de marché.
Carrefour a annoncé vouloir supprimer 1 700 postes, principalement au siège social et dans les structures centralisées du groupe. J.L. Duran a expliqué, mercredi 16/11, qu’il s’agit de « sauvegarder la compétitivité du groupe…et alors que la compétition entre les enseignes va être renforcée en 2006 ». Si initialement, J.L. Duran parlait bien de « sacrifices » et de « recherche de réduction des coûts », il nuance aujourd’hui et parle de « redéploiement » de salariés du siège (20 %) vers les hypers de province ( ! ! !).
Intermarché : Les Mousquetaires prévoient une charrette de 1 000 à 1 500 postes au siège et dans leurs bases logistiques (mais sur 3 ans ?). Tout le monde sait qu’ITM sort d’une période difficile, notamment en Allemagne. Le groupe cherche à redynamiser ses magasins français. Mais la machine est lente à repartir.
2) Dans les autres enseignes, l’emploi ne semble pas menacé, même si, au vu des faibles perspectives de croissance, les managers restent prudents.
Auchan continue à embaucher après les 12 500 CDI recrutés ces deux dernières années. 4 500 nouveaux emplois sont prévus en 2006.
Système U, l’enseigne de supermarchés qui se porte le mieux, continue sa croissance et sa conquête de parts de marché. Serge Papin a confirmé que son groupe était toujours créateur net d’emplois.
3) Chez E. Leclerc, je confirme que nous continuerons à recruter en 2006.
Contrairement aux deux premières enseignes qui ont annoncé des plans de licenciements, nos structures sont déjà légères. On ne peut pas licencier 1 700 personnes au siège vu qu’on est 450 ! ! ! Le groupe a les structures nationales les moins coûteuses de la distribution (le Groupement d’Achats coûte à chaque adhérent 0,17 % de son chiffre d’affaires. Le coût de chaque coopérative régionale, où transite 80 % des achats, est de 3 % des enlèvements marchandises).
Dans la perspective de la baisse des prix rendue possible par la réforme de la loi Galland, nous sommes évidemment attentifs à la maîtrise des coûts. Mais le mot d’ordre est moins de conserver la marge que « d’aller chercher » de nouveaux clients. La priorité, c’est donc le commercial (une agressivité promotionnelle accrue).
Ce sont principalement les magasins qui recrutent. 7 500 emplois ont été créés en 4 ans ! L’année dernière encore, 1 300. Ici ou là, certains de nos hypers devront peut-être adapter leurs effectifs à l’évolution négative de leur marché. Mais globalement, toute l’enseigne est focalisée sur la modernisation des magasins et l’extension des concepts spécialisés (espaces culturels, parapharmacie, sport, etc…), ce qui garantit un bon rythme d’embauches.
Pas de panique donc. Je suis convaincu que le commerce restera un des principaux viviers d’emplois pour ces prochaines années, quels que soient les aléas de gestion rencontrés dans telle ou telle enseigne. Sauf évidemment, retournement de conjoncture. Mais on n’en est pas là.
Posté par M.E.L. le 9 décembre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
10 novembre 2005
Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.
Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.
Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.
Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.
1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :
a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).
La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .
b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.
2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).
L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.
Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.
3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.
Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.
4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).
Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.
Lancement prévu : février 2006.
5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).
Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».
Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).
Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.
Le dossier vient de progresser sérieusement.
Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).
Posté par M.E.L. le 10 novembre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Agriculture
,
Distribution
,
Développement durable
,
Economie
,
Energies
Lien permanent |
> Commentaires : 44
> Donnez votre avis
19 octobre 2005
Négociations 2006 : aucune visibilité à ce jour !
Le contenu de cette note apparaîtra évidemment trop technique pour qui n’est pas intéressé par la réforme de la loi Galland. Mais dans un contexte difficile pour les entreprises, la publication, en toute clarté, des informations (même polémiques) susceptibles d’aider les professionnels ne peut que contribuer à rationaliser des débats par ailleurs bien touffus.
I - Pouvoirs publics : une circulaire, attendue, en retard, et…imminente ?
Devant les difficultés éprouvées par les industriels et les distributeurs pour aborder, dans des termes concrets, la réforme Jacob/Dutreil, l’administration a promis la publication d’une circulaire.
(Vous avez bien lu. On a voté une loi en juin, après deux ans de polémiques et de débats. Elle est théoriquement applicable au 1er janvier. Mais le texte, issu de trop de compromis, contient des contradictions et suscite tellement d’interrogations qu’il faut, pour en décrypter les arcanes, édicter une circulaire supplémentaire ! ! !)
Celle-ci est actuellement chez le ministre. Sera-t-elle publiée cette semaine ? Pas sûr ! En tout cas, pas en l’état. Cela fait maintenant quinze jours qu’elle aurait dû être « en ligne ». Selon mes informations, les ministres (Thierry Breton et Renaud Dutreil) envisagent une énième consultation des professionnels… C’est dire !
II - Fournisseurs : expectative et…prudence de Sioux
La publication de cette circulaire ministérielle est très attendue. C’est ce qui explique qu’à ce jour, peu de fournisseurs ont encore fait parvenir aux distributeurs leurs « conditions générales de vente », base de toute négociation commerciale.
Lors d’un point presse, la semaine dernière, plusieurs journalistes étaient restés sceptiques lorsque j’avais indiqué que le Président de l’ANIA (qui regroupe les principales industries agroalimentaires) préconisait « d’attendre » avant de commencer à négocier avec la distribution.
Je publie donc, ici, quelques extraits d’une « circulaire » interne à l’ANIA destinée à tous les membres de sa commission industrie-commerce. Les recommandations sont les suivantes :
- CGV (Conditions Générales de Vente)
« Dans l’attente de la circulaire (ministérielle), il est certainement difficile de rédiger des CGV en raison des différences d’interprétation de la loi. Nous conseillons donc d’être très prudent dans cette démarche ».
- CPV (Conditions Particulières de Vente)
Théoriquement, la loi prévoit que les partenaires commerciaux puissent négocier des conditions différenciées.
« Il faut rester très prudent sur le fait d’accorder des CPV et garder en mémoire que si un autre client propose la même contrepartie, le fournisseur est obligé de consentir le même avantage au risque d’être poursuivi pour discrimination ». (Ce qui est un point de droit complètement contesté par les juristes des Centres E. Leclerc !).
- SRP (Seuil de Revente à Perte)
L’ANIA recommande presque de « se défiler » : « A partir du 1er janvier 2006, c’est aux clients qu’il revient de déterminer le seuil de revente à perte. Le fait de transmettre aux clients les éléments de calcul du seuil de revente à perte à compter de cette date, aurait pour conséquence d’engager la responsabilité du fournisseur au même titre que celle du distributeur. Si des éléments ont déjà été communiqués, rien n’empêche d’invoquer la difficulté de déterminer le calcul du SRP en attendant le texte d’interprétation, pour revenir sur ces éléments ».
Comme on le voit ici, recommandations ANIA et attitude des pouvoirs publics ne poussent vraiment pas les industriels à clarifier, auprès de leurs clients, leurs conditions de vente pour 2006.
III - E. Leclerc : nos axes de négociation
J’ai été interpellé, la semaine dernière, sur le contenu d’une lettre envoyée à tous les fournisseurs du groupe. Plutôt que de nourrir les fantasmes, j’en publie, ici, les principaux passages.
« Monsieur le Président,
Comme chaque année, industriels et distributeurs vont se retrouver pour négocier les conditions commerciales 2006… L’exercice s’annonce périlleux.…Voici néanmoins, rapidement résumé, le dispositif que nous mettons en place :
1) Pour peu que le concept retrouve (renforce !) son attractivité par les prix, l’hypermarché reste, pour nos adhérents, l’outil de distribution le plus performant.
Puisque la législation va nous donner quelque « marge » de manœuvre supplémentaire, nos hypermarchés continueront à faire la part belle aux marques industrielles. Nous en contestions le renchérissement. Mais nous pouvons confirmer l’existence d’un forte élasticité de la demande dès lors que ces marques bénéficient d’un niveau de prix plus réaliste, au regard du pouvoir d’achat de nos clients.
De ce fait, la place conférée à nos marques de distributeur (Eco + et Marque Repère) dépendra fortement de notre capacité à nous différencier et à convaincre les consommateurs de la pertinence du niveau de prix des grandes marques.
2) Le Galec (Groupement d’Achat E. Leclerc) va donc concentrer ses efforts sur la mission principale que lui confère l’enseigne : assurer à tous les coopérateurs les moyens de pratiquer les prix les plus bas du marché (baisse du SRP). Les accords 2006 devront être négociés et rédigés dans des termes qui leur permettent d’atteindre ces objectifs en respectant totalement le nouveau cadre légal.
La sécurité juridique sera notre priorité. Nous avons mandaté tous les négociateurs du groupe pour qu’ils limitent l’obtention d’avantages financiers qui contraindraient nos adhérents à souscrire à des engagements dont la réalisation pourrait être difficile à vérifier (par exemple, contrôle a posteriori de prestations de services type tête de gondole) et pour lesquels la charge de la preuve leur incomberait, à eux, et à eux seuls.
(Malgré les « ouvertures » prévues par la loi, l’administration veut nous contraindre (à tout prix) à signer des accords de coopération commerciale pour maintenir son pouvoir de contrôle sur le seul distributeur ! ! ! Contestations et recours en perspective si la circulaire nous y contraints !)
3) D’ores et déjà, nos collaborateurs signalent… des hausses tarifaires importantes !
En aucun cas, nous ne pourrons accepter que les effets positifs de notre stratégie agressive de prix soient contrecarrés par les hausses tarifaires qui viendraient les annuler. Il ne serait pas acceptable que nos fournisseurs compensent, à leur seul profit, les baisses de marges consenties par nos adhérents. »
Cette lettre est signée par Jean-Paul Marty, adhérent à Cahors et président du directoire, ainsi que par moi-même.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 19 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
Lien permanent |
> Commentaires : 20
> Donnez votre avis
18 octobre 2005
Evian, Volvic, Cristalline, Laqueuille… Nouvelle histoire d’eau

© Catherine Arnault
Ambiance surréaliste, hier soir, pour l’inauguration de notre source d’eau de montagne à Laqueuille (63). Tout ce que le monde politique local compte de têtes médiatisées se pressait sur l’estrade : un président de conseil régional, un sénateur, un député (Louis Giscard d’Estaing), le maire (Jean-Marc Boyer, à l’origine du projet)…et même un ministre (Brice Hortefeux, aménagement du territoire), « descendu » spécialement de la capitale. Et au milieu du millier de personnes invitées, une bonne trentaine d’élus des communes et cantons de ce superbe « Parc national des volcans d’Auvergne ».
Ambiance sympathique, simplicité auvergnate. Les discours se sont succédés (aux accents UMP plus que de Giono). Si par moment on se serait cru au temps de Bourvil (« Ah, quelle est bonne, mon eau ferrugineuse »), les surenchères auxquelles se sont livrés nos amis politiques valaient bien le spectacle des habituelles querelles nationales.
L’objet de cette dévotion ? Une source et son usine d’embouteillage. 28 millions d’euros investis par notre enseigne pour distribuer, à travers toute la France, 300 millions de bouteilles d’eau pure. Les bâtiments sont « dernier cri ». Architecture superbe mais discrète. Tellement bien intégrée au paysage que c’est le hangar agricole d’en face qui fait tâche !

Les habitants sont fiers. De leur commune, de leur source, de cet investissement. Ils bénéficieront d'une rémunération sur chaque bouteille (concession sur 35 ans renouvelable). Le public jubile, mais on sent une certaine tension dans la gent politique. C’est « à qui reviendra le mérite du projet » : taxe professionnelle, taxe sur l’eau, emplois directs, retombées économiques. (A l’horizon de 4 ou 5 ans, il n’y a pas d’autre investissement de cette importance dans la région).
Le ministre (sarkoziste et truculent) brigue la mairie de Clermont-Ferrand, Louis Giscard veut s’assurer d’un siège (de son propre aveu, conquis par miracle), et le maire convoite le siège du député à qui il décoche des flèches empoisonnées.
Lors de ces agapes hydriques, trois UMP (oui, oui) jouaient, hier soir, « au maillon faible » sous l’œil amusé du président de région (communiste) qui n’en demandait pas tant pour assurer sa réélection…
Pour nous, évidemment, l’enjeu est tout autre. La bataille de l’eau ne fait que commencer. Les Français achètent 12 milliards de bouteilles par an et 60 % sont vendues en GMS. Méfiants à l’égard de l’eau du robinet (goût et qualité), irrités du prix (elle ne coûte pourtant que 2,8 € par m3), ils l’utilisent de moins en moins à des fins alimentaires (7 % d’utilisation ! ! !)… (Comme pour donner raison aux accusateurs d’un système économique qui, dans ses excès, « dénature » un produit gratuit pour le revendre avec une « valeur ajoutée » ! ! ! )
Sur un marché qui double tous les dix ans, les grands fournisseurs font la course pour la maîtrise de leur approvisionnement. Nestlé (Perrier, Vittel…) se taille la part du lion (34,5 %), talonné par Danone (Evian, Volvic…) : 30 %, suivi par le groupe Castel (Cristalline) avec 11 %.
Persuadés que la concentration va se renforcer (ambitions confirmées de Coca, malgré son échec en France, et de Pepsi dans les Pays de l’Est…), nos acheteurs nous ont convaincus d’investir. Malgré nos capacités de négociation (19 % de part de marché), le marketing des marques garantit le libre jeu des fournisseurs. Intermarché l’a compris avant nous et s’est assuré la maîtrise de sa ressource. En négociant la concession de Laqueuille (l’une des dernières disponibles et encore inexploitées), mon groupe va disposer d’un double atout : un approvisionnement de très grande qualité (les forages s’effectuent à 1 200 m d’altitude, dans un site complètement protégé), et la maîtrise de la formation du prix.
Vous vous en doutez bien. Si Danone, Nestlé et les grands groupes agroalimentaires ont tout fait pour nous dissuader d’investir à Laqueuille (« C’est pas ton métier, Michel. C’est plein de risques sanitaires et ça ne gagne pas tant que ça » dixit mon ami Franck Riboud), c’est que les marges sont conséquentes (12 à 18 % de marge nette ! Leur production la plus rentable !).
Avec notre investissement, l’eau de Laqueuille sera 18 % moins chère qu’Aquarel (Nestlé) : 1, 6 € versus 1,95 € (le pack de 6). La bataille est lancée.

Posté par M.E.L. le 18 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Industrie
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 44
> Donnez votre avis
10 octobre 2005
Alliance dans la distribution européenne : le scoop de LSA, rectification et précisions !

Le temps des médias n’est décidément pas celui de l’entreprise. Quand LSA annonce la création d’une alliance européenne forte de « 15 000 magasins dans une quinzaine de pays », ça devient vraiment difficile, même pour un chef d’entreprise aguerri, de mettre les journalistes en attente… et d’expliquer, sur la défensive, que, du rêve à la réalité, il peut s’écouler un certain temps.
Dans son numéro du 6 octobre, LSA annonce donc la création d’une « spectaculaire alliance européenne (83 milliards d’euros) entre E. Leclerc, Rewe (Allemagne), Conad (Italie) et Coop (Suisse) ». Et dans la foulée, le journal en déduit que Lucie, centrale d’achats commune à E. Leclerc et Système U, risque de disparaître.
Cette information a évidemment jeté un sacré trouble d’autant que, partout en Europe, s’ouvre une intense période de négociations commerciales. A bon droit, les fournisseurs (plus encore que les médias) aimeraient savoir à qui ils auront affaire !
On ne saurait faire grief à LSA d’avoir tenté le scoop. Mais il faut trier le bon grain de l’ivraie. Une mise au point s’impose : état des lieux et rectification.
1) En France : Lucie, et le partenariat économique E. Leclerc/Système U
Les enseignes E. Leclerc et Système U regroupent des commerçants indépendants. Ils exploitent des hypers, des supers, et même des supérettes (pour Système U). Chacune des enseignes est concurrente. A l’intérieur de chaque enseigne, les exploitants sont concurrents entre eux aussi.
(…Ce qui ne les empêche pas de partager des valeurs communes. Récemment, les deux organisations ont décidé, avec Intermarché, de rejoindre la Fédération du Commerce Associé pour y défendre la spécificité des groupements d’indépendants).
Pour creuser l’écart par rapport à leurs rivaux intégrés (Carrefour, Auchan, Casino), E. Leclerc et Système U ont décidé d’optimiser ensemble une partie de leur approvisionnement et de leur logistique. Une coopérative (Lucie) pilote des opérations économiques communes : achat de carburants, fourniture des gammes 1ers prix (marque « Eco + » pour Leclerc, « Bien Vu » pour Système U) et négociation de certaines conditions d’achats avec les grandes marques nationales.
Il s’agit donc d’un partenariat économique limité à l’amont de leur activité. Limité mais efficace… Les deux enseignes font, depuis trois ans, la course en tête pour l’augmentation des parts de marché dans l’hexagone ! ! !
L’évolution de la doctrine administrative (sic) a néanmoins restreint les perspectives d’évolution de Lucie. Eh oui, alors qu’ils ont donné leur bénédiction à la fusion Carrefour-Promodès, les pouvoirs publics remettent en cause l’intérêt concurrentiel des regroupements d’indépendants. Certes, le Rapporteur du Conseil de la Concurrence a abandonné les griefs contre Lucie, suite à une saisine décidée en 1999 par Dominique Strauss-Kahn, alors Ministre des Finances. Mais les gouvernements de J.P. Raffarin et de D. Villepin sont revenus à la charge. L’article 49 de la loi Jacob/Dutreil persiste à ne voir dans nos projets coopératifs qu’une simple volonté de globaliser des chiffres d’affaires (faisant fi de leur impact très positif sur la concurrence et sur les prix).
Dans ce contexte de suspicion, les deux groupes sont désormais convaincus qu’il va être très difficile de négocier, librement ensemble (et même au niveau européen), avec les grandes marques nationales. Aussi, revoyant à la baisse l’ambition du partenariat, nos organisations sont tombées d’accord : Lucie verra son périmètre d’action recentré sur ses missions initiales. Système U, de son côté, recherche des partenaires sur le marché européen, tandis que notre enseigne va organiser ses opérations transnationales dans une structure créée avec son allié italien Conad.
2) En Europe : Coopernic, structure commune de E. Leclerc et Conad
En Italie, le groupe Conad (numéro 2 de la distribution) était allié à un autre grand groupement coopératif (Coop Italia, numéro 1). Constatant que leur part de marché allait atteindre 30 %, l’Office Italien des Cartels a demandé qu’il soit mis fin à cette collaboration. Conad, à la recherche d’un partenaire européen, a souhaité que nous prenions le relais.
Nous avons évidemment dit banco, d’autant qu’établi sur des territoires différents (et non concurrents), ce projet ne pouvait que recevoir la bénédiction des autorités européennes (il a d’ailleurs reçu les encouragements personnels de Romano Prodi, lors de l’anniversaire des 20 ans de Conad !).
C’est en mai 2002 que notre enseigne et Conad ont conclu leur alliance. Celle-ci recouvre des domaines de l’amont (les mêmes qu’avec Système U en France), mais aussi de l’aval (développement de l’enseigne E. Leclerc, co-piloté en Italie par une structure commune, Conalec). Tous les hypers de Conad sont passés sous enseigne E. Leclerc (nous inaugurons le dix-huitième cette semaine). Les supermarchés feront de même au fur et à mesure qu’ils passeront hyper.
Dans le prolongement de ces discussions est né le projet Coopernic. Cette société, basée à Bruxelles, est une union de coopératives regroupant « une trentaine d’associés » : les seize centrales régionales françaises de notre enseigne, les quatre centrales d’achats de notre groupe à l’étranger (Portugal, Espagne, Pologne, Slovénie), la société Conad et ses huit centrales régionales, ainsi que notre société commune franco-italienne.
Par ses statuts, la société Coopernic aura pour objet de fournir à ses membres « tous les services de négociations transfrontalières et tous les services d’approvisionnement en marchandises, denrées, biens d’équipement, supports et espaces publicitaires, quel qu’en soit le média, nécessaires à l’exercice de leur commerce ».
3) Perspectives et possibilités d’extension
Face à la concentration croissante des distributeurs intégrés au niveau européen, E. Leclerc et Conad ont le projet d’essayer de fédérer plusieurs autres groupes de commerçants indépendants européens (fiers de l’être et voulant le rester !).
Comme le souligne LSA, il en existe d’autres. Intermarché, Eroski (Espagne) et Edeka (Allemagne) ont créé un euro-groupe, Alidis, en juin dernier.
Dans cette recomposition du paysage européen de la distribution, il est évident que « tout le monde parle avec tout le monde ». Et pas seulement les groupements cités par LSA ! ! ! Mais pour autant que ces discussions permettent la confrontation des analyses des dirigeants de tous ces groupes, il est prématuré d’imaginer ce que sera leur décision. Ni les domaines d’activités dans lesquels leurs associés-coopérateurs souhaiteraient engager ces collaborations.
Donc, je tiens à clarifier les choses. Seuls E. Leclerc et Conad sont, pour le moment, engagés dans le projet Coopernic (les statuts de cette coopérative étant bien évidemment ouverts à de futurs associés potentiels).
Posté par M.E.L. le 10 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Distribution
Lien permanent |
> Commentaires : 16
> Donnez votre avis
6 octobre 2005
Foires aux vins : encore quelques avis pertinents !

Je poursuis la publication de quelques recommandations d’expert pour guider les amateurs dans les foires aux vins. Aujourd’hui, ce sont les coups de cœur d’Yves Petitpas. Yves gère deux magasins Système U, l’un à Combourg et l’autre à Tinténiac (Ille-et-Vilaine). C’est un garçon chaleureux, bon vivant, ce qui ne l’empêche pas d’être un redoutable concurrent. Et oui, au niveau national, nos deux groupes sont partenaires. Lui-même a été artisan de l’alliance E. Leclerc/Système U (il est l’un des administrateurs de notre coopérative commune, Lucie). Mais sur le terrain, sous son enseigne, il essaie évidemment de tailler quelques croupières à nos adhérents locaux. (Quand je pense que certaines personnes imaginent qu’il y a entente sur les prix entre les principaux groupes d’hypermarchés ! ! !).
Bien qu’il n’exerce pas de fonction particulière dans la filière « vins », Yves Petitpas est réputé pour sa connaissance du vignoble et la finesse de ses choix. Voici donc sa liste :
Chez Système u
- Cheverny blanc, Marquis de la Plante d’Or 2004.
Vin blanc frais et fringant qui commence à connaître une certaine notoriété de par sa minéralité proche du goût « Pierre à fusil » des vins de Sancerre.
- Premières Côtes de Blaye blanc, Château Lacaussade Saint Martin, cuvée « Trois Moulins ».
Arômes de fruits exotiques très mûrs soutenus par un passage en barrique très habile qui n’assomme pas le palais par un goût de vanille. Il est conseillé de décanter ce vin blanc. A découvrir !
- Chassagne Montrachet blanc, Château de la Maltroye 2003.
Grand vin blanc du prestigieux vignoble de Bourgogne. Arômes d’amande, de pomme mûre et de fleur blanche sur une bouche corsée, puissante et grasse. Très gros potentiel de garde.
- Bonnezeaux, Château de Fesles 2002.
Château de renom du vignoble angevin, le Château de Fesles est remarquable pour son Bonnezeaux, vin blanc moelleux délicat aux arômes de miel et de confiture de coing, qui concurrence les grands vins liquoreux de notre territoire.
- Chinon, Domaine du Roncée Clos des Marronniers 2003.
Enfin, un grand vin de Loire accessible. Passé en fût, conditionné dans des caisses bois, et le tout à un prix abordable.
- Cahors, Clos de Gamot 2003.
Un vrai vin du Sud-Ouest avec sa charpente, son astringence contrôlée et ses tanins souples très présents. Un bon Cahors à l’ancienne dans son approche gustative, mais qui possède la finesse des techniques de vinification modernes.
- Coteaux du Languedoc Pic Saint Loup, Domaine de l’Hortus Grande Cuvée 2003.
Soutenu par une grande richesse de ses vieux carignan, cépage local, il offre des arômes de cerises noires, d’épices et de poivre. Belle sensation de fruits sur-mûris qui persiste agréablement. Ce vin de renom vous impressionnera par sa droiture et sa structure.
- Pommard 1er Cru, Les Petits Epenots, Jean-Luc Joillot, 2002.
Issu très précisément d’un terroir dit « les petits épenots », ce vin est magistral par son charisme et son élégance qui font les Grands de Bourgogne.
Chez Intermarché
- Haut-Médoc, Château Clément Pichon 2000.
L’avantage de son millésime, beau vin.
- Saint-Julien Grand Cru classé 2002, Château Saint-Pierre.
Très bel achat. Ce vin est très beau et rare.
- Cahors 2003, Chatons du Cèdre.
Second vin du Château du Cèdre. Très bel AOC.
Chez Auchan
- Chinon blanc 2004, Les Chanteux de Couly Dutheil.
Grande expérience de ces vins blancs.
- Rully 1er Cru blanc, La Pucelle Domaine de la Bressande.
Vin méconnu, mais grand vin de Bourgogne.
- Gaillac, blanc moelleux, Château les Meritz Prestige.
Très grand vin moelleux du Sud-Ouest, finesse.
- Lalande de Pomerol, Château Haut Chaigneau 2002.
Très beau vin de Lalande. Gamme Grand cru classique.
- Côte-Rotie de chez Guigual.
- Coteaux du Languedoc, l’Esprit de Silène.
Remarquable par sa fraîcheur.
Chez Carrefour
- Bordeaux Supérieur, Château Fleur Haut Gaussens.
Très beau produit à découvrir.
- Fronsac, Château La Vieille Cure 2002.
Un vrai Fronsac avec beaucoup de caractère.
- Meursault, Domaine Bouzereau Gruère 2001.
Vin profond et épanoui, bien fait.
- Quarts de Chaume, Château la Varière 2002, Les Guerches.
- Côte-Rotie, GAEC Vernay
Sensualité et tenue.
- Madiran, Château Montus 2001
Très beau millésime pour ce grand Château.
Chez E. Leclerc (magasins situés dans la zone qui s’étend de Rennes à Nogent-le-Rotrou et de Montargis à Alençon)
- Anjou Villages Brissac, Château La Varrière 2003.
Très beau vin qui valorise cette petite appellation.
- Côtes de Castillon, Château de Laussac 2003.
Vin haut de gamme.
- Chablis 1er Cru, Fourchaume de Jean-Marc Brocard, 2003.
Excellent viticulteur.
- Sauternes, Château Lafaurie-Peyraguey 1999.
Très belle bouteille.
- Savigny-lès-Beaune, Hospices de Beaune, Cuvée Fouquerand 2002.
Très beau vin méconnu.
- Minervois 2003, Balsamina.
A découvrir, mais cher.
- Madiran, Château Laroche Viella 2002.
Très beau Madiran, beau millésime.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’oubliez pas, quelles que soient les dates « théoriques » de clôture des foires aux vins, beaucoup de ces vins resteront en stock encore plusieurs mois après ce grand moment de fête œnologique…
Posté par M.E.L. le 6 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Agriculture
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 21
> Donnez votre avis
4 octobre 2005
« SOS Enfance Mal-logée » : un partenariat exemplaire
En pleine tourmente des négociations commerciales 2005/2006, Philippe Charrier, Président de Procter & Gamble France, a sollicité nos acheteurs pour participer à un programme en faveur de l’enfance mal-logée. La société Procter & Gamble (qui vient de faire parler d’elle avec le rachat de Gillette) commercialise des milliers d’articles dans le secteur des lessives, produits d’entretien, mais aussi des cosmétiques, de la puériculture, de la parfumerie. Pendant le mois d’octobre, la vente de nombreux produits à ses marques, dans les centres E. Leclerc, donnera lieu à reversement à la Fondation de France.
Certains n’y verront que l’illustration d’une habile opération de marketing. D’autres feront la fine bouche devant le caractère marginal de l’apport financier au regard des besoins… On peut effectivement s’en tenir à ces observations.
Personnellement, je suis très heureux de voir nos équipes commerciales engagées dans ce type d’opération. On oublie trop souvent que derrière les « statuts » et les « fonctions », il y a des hommes et des femmes pour qui il existe une vie après la négo.
Je n’avais jamais rencontré le Président de Procter (je ne fréquente pas les cercles patronaux !). Un jour, je me suis rendu à une réunion privée concernant le travail des handicapés et j’ai découvert cet homme, impliqué dans une démarche toute personnelle. Il m’avait alors questionné sur la possibilité d’organiser une action commune pour aider les CAT (Centres d’Aide par le Travail). Pas étonnant qu’il ait cherché à entraîner ses équipes sur d’autres projets sociaux (par-dessus le marché, l’image de Procter s’en trouve embellie). Les nôtres ont adhéré au projet. Ce genre d’opération est toujours compliquée à mettre en œuvre. Le bénéfice d’image est quasi nul pour l’enseigne (à part sur ce blog, personne a priori ne relayera l’info). Au mieux, si l’on s’en tient aux effets marketing, les retombées positives seront pour Procter.
Ce sont donc des considérations tout autant personnelles que commerciales qui ont façonné ce partenariat. L’enjeu, malgré tout, est de taille. « Trois millions de personnes souffrent de mal-logement en France, parmi lesquelles 500 000 enfants » (Bertrand Dufourcq, Président de la Fondation de France).
Assurément, les 150 000 € récoltés, en ce mois d’octobre, ne suffiront pas : goutte d’eau après les incendies meurtriers de logements insalubres cet été. Mais s’il appartient aux pouvoirs publics, aux collectivités locales et aux propriétaires immobiliers de mettre leur offre au niveau des besoins sociaux, la multiplication de ces opérations reste nécessaire. Elles produisent une forme de pédagogie indispensable, une pression sur les auteurs principaux du drame.
Et, bien sûr, elles rassemblent les hommes sur des projets socialement utiles, par-delà les rivalités professionnelles. Et ça, ça compte aussi.
Posté par M.E.L. le 4 octobre 2005 dans
Actualités / Débats (DD)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Développement durable
Lien permanent |
> Commentaires : 11
> Donnez votre avis
28 septembre 2005
Engagement (et obstacles) pour la promotion des biocarburants
Vu la hausse des prix des produits pétroliers, le marché des biocarburants est aujourd’hui particulièrement médiatique. Les interventions récentes de Dominique de Villepin, de Thierry Breton et du Président de la République lui-même, ont marqué un tournant dans l’approche de ce marché. Jusqu’à cette année, l’objectif des pouvoirs publics visait à fournir de nouveaux débouchés à l’agriculture française. Depuis, le discours a largement évolué. Les biocarburants sont présentés comme une alternative énergétique au pétrole.
Il nous faudra revenir, ici, sur l’intérêt économique de la filière et tenter une opération « vérité des coûts » pour pouvoir en mesurer le réel intérêt. Et puis, promouvoir à grande échelle cette forme d’énergie suppose qu’on en étudie l’impact sur l’aménagement du territoire et les modes de production agricole. Pour l’heure, je veux juste livrer quelques informations.
Je réponds, ici, à plusieurs demandes concernant l’engagement de mon groupe sur le marché des biocarburants.
1) Le gasoil : J’ai lancé, très tôt, notre enseigne dans les biocarburants. Nous avons été précurseurs dans l’incorporation d’ester méthylique d’huile de colza, il y a déjà plus de 10 ans, en Normandie. Aujourd’hui, ça représente 30 000 m3 d’ester incorporé (principalement huiles végétales : blé, tournesol). A nous seuls, nous représentons 50 % du marché des GMS.
C’est notre coopérative d’importations pétrolières (SIPLEC) qui est l’opérateur pour toute notre enseigne. SIPLEC incorpore directement de l’EMHV à hauteur de 5 % dans 7 installations pétrolières situées à Rouen, à Brest, Strasbourg, Huningue (Mulhouse), Port-la-Nouvelle, la Pallice (La Rochelle) et Fos-sur-Mer.
2) Le SP 95 : Nous avons été précurseurs dans l’incorporation directe d’éthanol dans les essences. Le développement de cette technique se heurte à un sérieux problème. J’explique : il existe deux filières pour les essences :
a) La filière éthyl-tertio-buthyl-ether (ETBE). C’est la filière préconisée par les majors français. Il s’agit d’incorporer un produit chimique fabriqué à partir d’éthanol d’origine agricole dans l’essence sans plomb 95 (à hauteur de 15 %). Simple à mettre en œuvre, son développement se heurte néanmoins à un problème de disponibilité.
Il existe 4 unités de production en France, dont 3 appartiennent à Total et 1 à un fournisseur indépendant, Lyondel. Seul, ce dernier, nous a proposé des produits sur le marché français. Nous travaillons avec lui à partir de Fos-sur-Mer.
b) La filière éthanol. L’éthanol d’origine agricole (betterave, blé) peut s’incorporer directement dans le super carburant sans plomb 95 à hauteur de 5 %. Bien que l’offre puisse être considérée comme pléthorique, son développement se heurte à la bonne volonté des « pétroliers » de livrer à des sociétés comme les nôtres des essences de basse volatilité pour pouvoir procéder à l’incorporation.
Nous nous sommes attaqués à ce marché en pionniers. Nous avons réussi à approvisionner la région de Strasbourg. Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2005, nous avons incorporé 1 500 000 litres d’éthanol.
3) Parlons avenir. Financé par la nouvelle taxe (TGAP) depuis le 1er janvier 2005, le petit monde des biocarburants est en pleine effervescence. Des recherches très intéressantes sont menées un peu partout, et notamment en Poitou-Charentes. D’autres filières, d’autres techniques se mettent en place (pour le gasoil, avec l’ester éthylique de colza, par exemple).
Tous les adhérents de notre association sont prêts à jouer le jeu. Qu’ils soient convaincus par le caractère écologique de la démarche, ou qu’ils cherchent à se bâtir une « bonne image » auprès de la population agricole, ils sont prêts à mettre le paquet pour développer ces initiatives.
Mais deux obstacles doivent être levés, à court terme, pour étendre l’offre de biocarburants.
a) La disponibilité du produit : L’intérêt collectif voudrait, à notre avis, que l’Etat impose aux pétroliers la fourniture de bases essence basse volatilité à partir de leurs raffineries. Je rappelle que, malgré les privatisations dans le secteur, nous sommes toujours sous monopole d’état (loi de 1926). Avec un coup de pouce (ou de semonce), nous pourrions développer considérablement l’incorporation directe d’éthanol dans le SP 95. C’est un engagement de ma part.
b) La communication : La difficulté, c’est de pouvoir communiquer sur le sujet. Depuis quinze ans, pour tenter de justifier des prix plus élevés à la pompe, les majors communiquent sur leurs propres additivations qui n’ont rien à voir avec les biocarburants. Cette publicité, sur leurs performances supposées, a pu jeter le trouble sur les carburants normalisés. Jusqu’où les automobilistes qui y seraient sensibles, accepteront-ils des taux d’incorporation croissants d’éthanol ou d’ester sans craindre pour leur moteur ?
Jusqu’ici, nous avons résolu le problème en ne communiquant pas sur la notion de mélange (c’est ce qu’autorisait la loi). Si l’on veut passer à 15, 20…50 % d’incorporation, ça va poser inéluctablement des problèmes d’acceptation par les automobilistes.
Promouvoir le réflexe écologiste suppose des campagnes qui rassurent. Voilà qui nécessite qu’entre promoteurs des deux types d’additivation, on travaille sur des messages qui ne se brouillent pas. Difficile de bâtir un tel deal entre concurrents. Jouable, mais pas gagné !
Posté par M.E.L. le 28 septembre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Agriculture
,
Distribution
,
Développement durable
,
Economie
,
Energies
Lien permanent |
> Commentaires : 49
> Donnez votre avis
21 septembre 2005
Foires aux vins : quelques coups de coeur

Suite à ma note du 12/09, plusieurs d’entre vous (Alain Gouny, Paola) sollicitaient quelques recommandations devant la pléthore d’offres publiées dans les catalogues. Pour un néophyte, le choix n’est pas toujours facile.
Aussi, ai-je demandé à quelques personnalités ou collaborateurs passionnés de se plonger dans la lecture comparée des publicités et de tester quelques bouteilles. Je vous livre, dès aujourd’hui, l’avis de deux collaborateurs.
Au passage, vous apprécierez, qu’ici, on est capable de dire du bien des concurrents, ce qui n’est pas courant dans le secteur. Mais il me semble que c’est une manière de respecter votre libre arbitre.
1) La sélection de Jean-Luc Roché :
Jean-Luc est propriétaire d’un centre E. Leclerc à Loches. Au niveau national, il est le responsable des foires aux vins et du référencement des fournisseurs. Plutôt expert dans la connaissance des vins de Loire et des Bordeaux. Il a lui-même quelques parts dans un vignoble. Toute la profession lui reconnaît un réel talent pour dénicher les flacons les plus prometteurs et repérer les viticulteurs les plus sympas (ceux qui soignent amoureusement leurs produits). Une demi-heure après mon coup de fil, il me propose le choix suivant :
Chez Système U :- Fitou, JM Cazes, 2001
- Costières de Nîmes, Château de Nages 1999
- Château Chantegrive, Graves, 2004
Intermarché :
- Domaine des Trahan, rosé d’Anjou, 2004
Auchan :
- Château Reynan, Bordeaux blanc sec
- Muscadet, Côtes de Grandlieu sur Lie 2004, le Demi-Boeuf
- Gaillac, Château Candastre 2003
Carrefour :
- Château La Varrière Bonnezeaux 2003
- Château Le Bois Pertuis, Bordeaux 2003
- Château La Dauphine 2002, Fronsac
Leclerc :
- Château Jean de Gué, Lalande de Pomerol, 2003
- Château Reignac, Bordeaux supérieur, 2003
- Château de Laussac, Côtes de Castillon, 2003
- Château La Varrière, Anjou Village Brissac, 2003
- Château Thieuley, Bordeaux blanc sec, 2004
- Château Sérame, Corbières, 2003
- Château Haut Theuley, Monbazillac, 2002
- Château de l’Hospitalet, Côteaux du Languedoc, 2002
- Gigondas, Cuvée de l’Estate 2003
- Château La Bienfaisance, St Emilion Grand Cru, 2003
2) Géry est l’un de mes plus proches collaborateurs. Son job n’a rien à voir avec l’œnologie (il est responsable du développement de notre alliance avec Système U). Mais hédoniste, passionné par le vin, il ne se passe pas un jour sans qu’il rapporte au bureau une belle bouteille qu’il aura dégottée chez un caviste de ses amis. A chaque fois que nous partons au restaurant, c’est à lui que toute l’équipe confie le choix des vins. Jamais déçue. Il était du jury qui a sélectionné l’offre que nous avons fait déguster à plus de 600 personnes, la semaine dernière, Cour Saint-Emilion à Bercy… Histoire de promouvoir nos propres foires aux vins (comme vous le savez, elles démarrent plus tard que les autres). Il suggère les crus suivants :
Monoprix :
- Sancerre blanc Alphonse Mellot, Domaine de la Moussière 2004
- Châteauneuf-du-Pape rouge Chapoutier,1999
- Vin de pays (Languedoc/Provence) Collection Pinot Noir Gérard Bertrand, 2002
- Chablis 1er cru William Fèvre, Côtes de Lechet 2003
Auchan :
- Coteaux du Languedoc, Château de la Négly 2004
- Côtes du Roussillon, Jean-Luc Colombo, La chance de Saint Luc 2004
- Châteauneuf-du-Pape, Domaine de la Solitude 2003
Carrefour :
- Clos de Vougeot Dominique Laurent 2002
- Cornas, Domaine Courbis 2002
Intermarché :
- Collioure, Domaine du Mas Blanc 2000
Leclerc :
- Château de l’Hospitalet, Côteaux du Languedoc, 2003
- Château Reignac, Bordeaux supérieur, 2003
- Hermitage, Mure de Larnage 2000, Chapoutier
- Cabardès, l’Esprit de la Bastide 2000
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Dans vos commentaires, n'hésitez pas à faire profiter les autres internautes de vos propres coups de cœur. Soyons simplement sincères et ne donnons pas place à quelques dérives publicitaires qu’on essaie d’éviter sur ce blog.
Je vous proposerai d’autres sélections prochainement.

Thierry Lhermitte, fin connaisseur, a été épaté par notre petite sélection...
Posté par M.E.L. le 21 septembre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 11
> Donnez votre avis
15 septembre 2005
Gag ou manip : pour qui « roule » Challenges ?

La presse internationale vient de publier les excellents résultats des Centres E. Leclerc sur le marché français. Avec un accroissement de 0,4 pts de part de marché, et le meilleur taux de fidélité de toute la distribution, l’enseigne (17 %) creuse l’écart avec Carrefour (13,5 %) et les autres hypers. Mon ego n’aurait pas été égratigné si j’avais pu lire, dans la presse hebdo, quelques citations élogieuses du genre : « en hausse », « patron plus », etc…
Eh bien, mes adhérents et moi-même sommes longtemps restés interloqués à la lecture d’une note publiée sur le site internet de l’hebdomadaire Challenges : « La grogne monte chez Leclerc ». Un gag ? Une manip ? Une erreur d’enseigne ? Lisez plutôt le boulet :
On y apprend l’existence de « tensions à l’intérieur » des Centres E. Leclerc. « La fronde aurait atteint pas loin d’un tiers du parc des hypers en France. Ces adhérents n’apprécient pas que la valorisation de leurs magasins puisse perdre de 20 à 30 % depuis un an ». Tout ça écrit sans nuance et sans qu’aucun rédacteur n’ait pris la peine de s’interroger sur la crédibilité ou l’outrance des chiffres cités.
Croyez-moi, ça sent le coup fourré.
L’un de mes collaborateurs a téléphoné au journal. On lui a péniblement expliqué qu’une note d’agence boursière était à l’origine de l’info (mais pas question de la communiquer). Pour l’analyste signataire, les patrons de magasin « estiment qu’ils ne se sentent pas obligés de baisser leurs prix, comme le veut Michel-Edouard Leclerc ». Mon collaborateur a évidemment expliqué que l’information était d’autant plus incongrue que la politique commerciale du groupe était élaborée par les adhérents eux-mêmes et que ceux-ci venaient d’adopter (à l’unanimité) le plan d’action commerciale pour 2006. Ce que, chichement, d’ailleurs, relate l’hebdo : « Dans l’entourage de Leclerc, on explique que ce n’est pas au moment de négociations commerciales que l’unité des adhérents va se démentir ».
Le démenti n’a servi à rien. Ce matin, Challenges s’entête. Il a repris l’info dans sa version papier. Et voilà, c’est parti…sur BFM, etc… Du délire !
Fallait-il que Challenges soit sur une mauvaise pente pour reprendre, à son compte, une information aussi décalée.
La baisse de la valeur des magasins ? Oserais-je méchamment rappeler qu’il y a encore quelques semaines, Challenges se faisait une fierté de citer un max de nos adhérents dans la liste des Français dont le patrimoine s’est valorisé en 2004. (Et comme ça, pschitt…ils auraient perdu 30 % ?)
J’ai fait mon enquête. La note boursière existe bien. Elle est rédigée par un analyste de Fideuram Wargny. Cette banque est récidiviste. En juin dernier, elle soutenait déjà les initiatives de Carrefour qu’elle valorisait par rapport à Leclerc.
La rédaction de Challenges (qui, la semaine dernière, saluait la performance de Carrefour sans parler de la nôtre) aurait pu s’interroger sur cette concomitance.
Et puis, depuis quand les analystes du CAC 40, en général focalisés sur les chiffres et les ratios, dissertent-ils sur la psychologie des indépendants. Et ils sont vraiment forts ces types-là pour pouvoir apprécier, par avance, des résultats financiers alors qu’aucun chiffre n’est encore publié. (Les prévisionnels s’annoncent excellents).
D’accord, l’information économique n’est pas facile à vendre. Mais le groupe de Claude Perdriel nous a toujours habitués à plus de précautions et d’élégance. A vouloir être trop racoleur, Challenges est en train de perdre son crédit. Est-ce que la rumeur d’OPA sur Danone était du même acabit ?
Ce matin, la rédaction me propose de répondre « à quelques questions sur la manière dont on dirige un groupe d’indépendants ».
Excusez-moi, Claude, Vincent, Christine et les autres, mais vous en faites vraiment un peu trop. C’est lourd !
Posté par M.E.L. le 15 septembre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 17
> Donnez votre avis
9 septembre 2005
Fruits et légumes : la querelle des marges

Dans sa livraison du mois de septembre, Que Choisir publie un article fort intéressant sur le prix des fruits et légumes.
L’UFC va à l’encontre de l’avis exprimé par nombre de producteurs, et de la perception qu’en ont les consommateurs. « Le prix des fruits accuse depuis quelques années une tendance nette à la baisse…. Et si l’on prend du recul, les données de l’INSEE révèlent que depuis 1960, le prix des fruits frais a évolué exactement de la même manière que celui des autres produits alimentaires ». Voilà constat qui vient à point nommé pour faire taire les habituelles polémiques.
Mais l’UFC s’est aussi penchée sur la grande variabilité des prix au cours d’une même saison, et d’un magasin à l’autre. A la recherche d’une explication, la revue finit par reprendre à son compte une analyse de la structure des prix et des marges, telle qu’on l’entend, depuis quinze ans, dans la bouche des producteurs : « On m’achète mon produit 1 € le kilo et je le retrouve sur le marché à 2 €, la distribution se sucre ! ».
Pour étayer l’argument, Que Choisir, prend l’exemple des pêches et des nectarines et publie une structure de prix imputant, à la seule distribution, une marge allant de 37 % à 50 %.
Evidemment, j’ai tout de suite sauté au plafond. J’ai demandé à plusieurs adhérents de me fournir leur compte d’exploitation portant sur des produits identiques. Je vous livre la comparaison.

C’est sans appel, et contredit l’information de Que Choisir. En réalité, la marge de nos magasins, sur un produit comme la nectarine, s’établit aux alentours de 25 %, soit, selon les exemples, un tiers ou moitié moins que l’indication fournie par l’UFC.
Comment expliquer cet écart ? Tout simplement par une habituelle confusion qui, volontairement (pour les producteurs) ou par ignorance (pour les consommateurs), fait l’impasse sur tous les autres intermédiaires de la filière.
Une fois le produit ramassé et payé au producteur, et avant qu’il n’arrive en magasin, il passe entre les mains de différents opérateurs qui calibrent, agréent, conditionnent, stockent et transportent les fruits. Et bien sûr, ceux-là prennent leur dîme (pas forcément illégitime d’ailleurs, car ces tâches nécessitent investissements et main-d’oeuvre).
Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Parce que ce serait mettre l’accent (et reconnaître) l’inégale performance des coopératives et des groupements de producteurs qui ont, depuis longtemps, complètement intégré tous ces métiers.
Je ne cherche pas à polémiquer ici avec les coopératives, mais puisqu’on entretient la confusion et qu’on désigne du doigt les hypermarchés (dont les nôtres), un démenti s’impose. Et il est nécessaire à la bonne compréhension du processus de formation des prix.
Ainsi, quand, cet été, le Directeur de la Concurrence a souhaité qu’on étudie la mise en place d’un blocage de marge, prévu pour gérer les périodes de crise, les distributeurs ont refusé de participer à une réunion pourtant annoncée par le Ministre. Outre qu’ils considéraient que les pouvoirs publics devaient d’abord assurer complètement la responsabilité d’une pratique prohibée au niveau européen, ils ne comprenaient pas pourquoi on aurait bloqué les marges en magasin sans se préoccuper de celles des intermédiaires qui en auraient été exonérés.
Posté par M.E.L. le 9 septembre 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Agriculture
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 30
> Donnez votre avis
16 juin 2005
Respect des clauses sociales : Efficacité et limites des audits éthiques
Ce matin, j’ai réuni une vingtaine de collaborateurs et de consultants de retour d’Asie et d’Amérique Latine. Objectifs : établir un rapport d’étape sur les audits sociaux ; mesurer leur efficacité et les limites de l’exercice.
D’abord, un premier bilan chiffré : entre 2000 et 2005, notre enseigne a fait auditer 300 fournisseurs. En gros, toutes les fabriques qui participent à la fourniture des produits commercialisés sous nos marques d’enseigne auront été couvertes par ces investigations. A ce travail propre à l’enseigne, il faut adjoindre les résultats d’un autre millier d’audits réalisés par les autres enseignes d’hypermarchés. Nous avons en effet décidé tous ensemble de mutualiser tous nos audits respectifs dans une banque de données, mise en place par la Fédération du Commerce et de la Distribution, de manière à optimiser le coût de ces opérations, et ne pas les rendre redondantes. (Blog du 18/05/05)
Sur le fond maintenant : qu’en est-il du constat sur le terrain. Je livre cette synthèse.
1. L’interdiction de faire travailler des enfants de moins de 14 ans est rédhibitoire. Son défaut d’application vaut boycott du fournisseur. A travers nos audits, aucune infraction à cette règle n’a été constatée. Idem chez nos concurrents.
2. Par contre, 80% des usines visitées ont des problèmes (d’inégale importance) avec les règles de sécurité (protection personnelle, stockage ou exposition aux produits chimiques).
3. Dans la grande majorité des fabriques, le temps de travail réglementaire est largement dépassé (quelquefois jusqu’à 100-120 heures).
4. 50% n’appliquent pas de salaire minimum ou des primes d’heures supplémentaires (il est vrai que, comme en Chine, il n’y a pas toujours de législation de référence).
5. Un grand nombre de fabriques ne sont pas en règle avec les recommandations de l’OIT concernant les assurances des salariés au travail et les assurances sociales en général.
Bien qu’impressionnante, cette liste, de l’avis de mes interlocuteurs, ne permet pas de mesurer la réalité des progrès accomplis. Il faut rentrer dans le détail de chaque relation avec les fournisseurs.
Depuis 4-5 ans, me disent-ils, une véritable prise de conscience s’est imposée. La pression concomitante des ONG, des institutions internationales, des médias, et des acheteurs (à travers les chartes comme les nôtres) a créé un réflexe positif. Charles Ly Wa Hoï, notre coordinateur « développement durable » insiste : « Beaucoup d’entreprises intègrent nos exigences éthiques dans leur démarche qualité. Elles en font même désormais un élément de leur marketing. Les progrès sont plus significatifs dans le domaine de la sécurité ou de l’hygiène, dont les adaptations sont du domaine technique et finalement assez peu coûteuses. Mais le gros du chantier, ça reste les salaires, les horaires et les contrats de travail ».
La généralisation des audits a fini par faire taire les susceptibilités et les résistances psychologiques. Les administrations locales profitent de nos recommandations pour faire appliquer un peu plus les lois nationales.
J’interroge chacun, responsable de son secteur : textile, jouets, papeterie, etc… La conviction est générale. Les audits ne sont pas mal faits. Les enquêteurs sont rodés.
Michelle Wong qui dirige notre bureau à Hong-Kong, rappelle qu’au début, les tensions sont fortes dans les mois qui suivent les plans d’actions correctives que nous demandons. Mais, le sens du « business » de nos fournisseurs, l’envie de garder les marchés, ou de se valoriser…tout ça fait que ça finit par marcher.
Les limites maintenant ! 90% de nos collaborateurs dans nos bureaux d’Asie sont des « locaux ». C’est plus par fierté nationale et par conviction personnelle qu’ils se sont engagés dans cette démarche sociale. Ils sont aux avant-postes, ils sont au contact des ONG et croient dans la progressivité et au bien-fondé de la démarche. Mais ils sont tout, sauf naïfs. Ils relèvent trois écueils :
a) S’il faut se référer aux conventions ou aux législations des pays, il faut encore qu’elles existent. En Chine, par exemple, il n’y a pas de texte fondant la liberté d’association (syndicale) ou garantissant un salaire minimum ! Le maintien d’une relation commerciale dépend donc en grande partie de critères subjectifs, y compris, chez nos auditeurs.
b) On ne peut auditer que ce que l’on voit. En amont des usines de transformation ou d’assemblage, il y a une économie villageoise qui peut être le siège de nombreuses discriminations : sexe, culture, religion, âge.
c) Nos audits et notre démarche ne sont efficaces que pour autant que les administrations locales s’appuient sur nos démarches et les relayent en permanence.
d) Enfin, une part encore importante des achats passe par des intermédiaires, importateurs ou industriels transformateurs. La traçabilité n’est pas parfaite. Ces contrôles nous échappent.
Voilà un petit topo récapitulatif que je voulais vous livrer. Pour être encore plus précis, je me propose, dans une prochaine note, de prendre un cas d’entreprise pour que vous puissiez apprécier encore mieux les difficultés, mais aussi l’intérêt de ces initiatives.
Posté par M.E.L. le 16 juin 2005 dans
Actualités / Débats (DD)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 9
> Donnez votre avis
27 mai 2005
Respect des clauses sociales : Comment s’organiser ?

Relisant les commentaires déposés le 18/05 par Bruno, Erosoft et Marie, ainsi que les courriers reçus sur ce sujet, je mesure le scepticisme suscité quant à la crédibilité des chartes sociales. Il n’est évidemment pas question que je cautionne une quelconque vision idyllique des choses. Rien ne remplacera les clauses sociales engageant les Etats et les Administrations. Rien ne saurait se substituer à l’application rigoureuse de législations nationales revues à la hausse. Je suis sur ce point en complet accord avec les altermondialistes pour dire que c’est dans le cadre de l’OMC, des institutions financières internationales et de la Banque Mondiale qu’on devrait s’employer à les négocier.
Mais puisqu’on interpelle aussi les entreprises, et qu’on nous attribue un rôle effectif, c’est dans ce cadre qu’il nous faut agir. Voici donc comment nous nous organisons.
L’ensemble des actions de nos acheteurs en matière de développement durable est coordonné par une équipe d’adhérents et de cadres directement rattachés au comité stratégique de l’enseigne (dont j’assure la présidence). Charles Ly Wa Hoï, ancien responsable des contrôles de qualité du groupe, a la responsabilité opérationnelle de toutes ces interventions. Son bureau est à vingt mètres du mien. Il sait que le travail de ses équipes nourrit « les promesses de l’enseigne ».
Deux sociétés du groupe, Siplec (pour le non-alimentaire) et Scamark (principalement pour l’alimentaire), sont chargées de tout ce qui concerne la conception, la fabrication, le conditionnement et l’importation de nos produits à l’étranger. Dans chaque société (fonctionnement coopératif), des binômes, adhérent (propriétaire de magasin) et cadre, sont responsables des gammes et des collections, des contrats avec les fournisseurs. Chacun est engagé dans une démarche prix, qualité, et éthique. Cette dernière fonction n’est pas conçue comme un supplément d’âme, mais comme un élément du cahier des charges.
Pour atteindre ces objectifs, ils vont sur place, envoient dans les usines des cadres de nos bureaux asiatiques (Hong-Kong, Shanghai, Chennai/Madras), et surtout font appel à des cabinets d’audit extérieurs (type Veritas, SGS) pour éplucher, dans les usines, les documents témoins du respect des chartes signées au préalable par les fournisseurs.
Les audits sont enclenchés dès qu’il y a confirmation de l’intérêt à nouer une relation commerciale. Les acheteurs informent le responsable qualité (par exemple de Siplec) de la localisation et la dénomination du fournisseur, des audits antérieurs, y compris réalisés par nos concurrents (banque de données de la FCD), ainsi que de tous les éléments pouvant être obtenus auprès des ambassades, des consulats, des analystes locaux. Un cahier des charges est alors établi permettant de missionner l’auditeur, et d’en informer le fournisseur (qui doit l’accepter).
La société d’audit se rend sur les lieux, établit son rapport après avoir questionné le personnel, investigué les lieux et accédé aux documents comptables et sociaux de l’entreprise. Une fois ces documents épluchés, une première analyse peut conduire à évincer le fournisseur. Dans la plupart des cas, la politique suivie consiste à exiger des actions correctives. Le fournisseur s’engage et des fiches de progression sont établies par les auditeurs dans un délai qui, en général, n’excède pas six mois. C’est dans ce délai que l’on peut juger de la sincérité des intentions du fournisseur. En l’absence d’actions correctives, le fournisseur n’est pas sélectionné.
Pour que vous ayez une idée concrète des critères de sélection, je vous propose de découvrir ci-dessous une fiche de synthèse concernant l’audit d’un fournisseur chinois de batteries (électriques). Derrière une fiche de synthèse comme celle-là (j’espère que vous arriverez à la lire), il y a un rapport de 30 ou 40 pages qui détaille l’ensemble des observations. En général, il y a peu à redire concernant le travail des enfants, le travail forcé ou, ce que nous appelons en Occident, les pratiques esclavagistes. En revanche, beaucoup à faire en matière de salaires, d’horaires, d’hygiène et de sécurité.
D’ici, une dizaine de jours, j’organiserai à Paris la première réunion « bilan » de l’année avec nos acheteurs et les auditeurs, pour dresser un état exhaustif des contrôles effectués. Je n’hésiterai pas à vous en communiquer les principales remarques. A bientôt donc.

Posté par M.E.L. le 27 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 6
> Donnez votre avis
26 mai 2005
Restauration : Luxe, prix et volupté (La preuve par Senderens)

Alain Senderens
A chaque fois que l’on parle d’évolution des modes de consommation, on se réfère au secteur du voyage, de l’automobile, ou des hypermarchés. Moi-même, dans mes différents argumentaires sur la nécessité de revoir à la baisse le prix des grandes marques, je n’hésite pas à me référer à la dynamique créée par le low cost aérien, les soldes dans le textile, les prix cassés sur les écrans plats, les bons d’achat dans les hypers, les packs (payant/gratuit) dans la téléphonie mobile, etc…
En lisant, hier, l’interview d’Alain Senderens dans Libé (mercredi 25/05), j’ai été séduit par l’élargissement de l’argumentaire proposé par ce pionnier de la nouvelle cuisine. Alain Senderens va renoncer à trois étoiles et quitter le guide Michelin. Apparemment, rien à voir avec un mouvement d’humeur, ni une quelconque préoccupation financière. A 65 ans, et après 28 ans de carrière, de l’Archestrate à Lucas-Carton, il remet en cause le lien entre le Beau et le Cher. Comme Joël Robuchon qui avait demandé que son Atelier quitte le classement Michelin, Senderens veut faire de la bonne cuisine, mais sans les codes du luxe : l’argenterie, la pléiade de serveurs, et la mise en scène désuète et coûteuse des palaces. « Les jeunes ne vont pas dans des endroits où l’addition peut monter à 400 euros. On n’a plus envie d’avoir une demi-douzaine de serveurs qui s’empressent autour d’une tablée pour servir un plat ».
Bon, c’est évident. Même à 100 euros, ce ne sont pas les chômeurs qui défileront sous le dais du pape Senderens. Il ne va pas transformer Fauchon en HD. A l’image de ces nouveaux viticulteurs qui font des miracles (abordables) dans des terroirs que l’on croyait sans talent, des créateurs de bijoux ou de vêtements qui veulent mettre un peu de style dans toutes les bourses, ou de ce mouvement de designers qui veulent mettre partout du Beau dans l’Utile, Senderens conteste les codes établis, remet en cause leur pertinence et leur efficacité, capte les nouvelles attentes et veut coller au marché, quitte à repositionner « sa marque ». « Nous avons été prisonniers de notre ego, qui nous a conduits à surinvestir dans le luxe, au prix, aujourd’hui, d’une crise profonde…Impossible dans un trois-étoiles de cuisiner une sardine ou un maquereau ». C’est l’inverse qu’il veut faire : « Si vous préparez des produits moins nobles, vous êtes conduit à redoubler de créativité pour les remettre en valeur…Faire une cuisine dans un beau décor…mais à des prix raisonnables ».
Je n’ai été que deux fois dans ma vie chez Lucas-Carton (ce qui est déjà un privilège). J’adore la bonne bouffe, découvrir de nouveaux plats, quel que soit le type de restaurant. J’aime ces « chefs » qui savent se donner des défis. « Il va falloir nous surpasser pour faire une cuisine de marché ». On oublie qu’il s’agit là aussi d’entreprises et de risques. Ici aussi, il faut s’adapter. Voilà encore un exemple, peut-être même un modèle, pour nous stimuler.
Nul doute qu’il faudra aller voir ça de près et humer les casseroles, place de la Madeleine. « J’ai envie de m’amuser », dit-il à Vincent Noce de Libé. Super ! Nous aussi.

Posté par M.E.L. le 26 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 2
> Donnez votre avis
23 mai 2005
Essoufflement du hard-discount : Contre-attaque des hypers ?
L’hebdo LSA (numéro du 12/05) a commenté, sous la plume de Jérôme Parigi, l’évolution récente des parts de marché des HD. Selon TNS-SECODIP, « leur croissance s’émousse, le panier moyen est en baisse, la fidélité recule… ». Lidl, seule enseigne à couvrir l’ensemble du territoire français, aurait même stagné en 2004.
Explication : avec la prolifération des ouvertures, et la couverture de l’ensemble des zones urbaines, les enseignes de HD sont devenues concurrentes entre elles. Et les hypers contre-attaquent avec l’extension des gammes premiers prix. La part de marché du HD continue à croître, mais la progression est plus faible. Et Jérôme Parigi de conclure : « les maxi-discounters vont avoir à balayer devant leur porte, s’ils veulent conserver l’avantage dans les années à venir. »
1) J’approuve le diagnostic, s’agissant de l’offre et de la politique de prix du HD. Le HD a conquis, dans tous les sondages d’opinion, une image prix exceptionnelle. Le HD a bénéficié, contrairement à l’hyper, d’une lecture directe et simple de sa politique commerciale : HD = premiers prix = moins cher.
Pourtant, tous nos relevés confirment que les gammes premiers prix de plusieurs enseignes d’hypers sont devenues encore moins chères. Eco+, par exemple chez E. Leclerc, creuse un écart de 5 à 15%, quelquefois plus, à cahier des charges qualité identique.
En développant des gammes nouvelles (fruits et légumes, non-alimentaire, et grandes marques qui ne seront pas moins chères qu’en hyper), le HD va prendre le risque de se couper de l’image unique « premier prix », et peut-être même a-t-il commencé à « s’embourgeoiser ».
De fait, comme pour confirmer l’analyse de LSA, depuis deux ans, à surface constante, le HD ne progresse plus.
2) Mais s’agissant de son avenir, le HD dispose de deux autres atouts.
Le HD a complètement renouvelé l’offre de proximité, celle des anciens Codec, Félix Potin et autres petits Casino, autrefois trop chers. Les nouvelles enseignes Lidl, Aldi, ED l’Epicier, Leader Price ont modernisé le concept, joué à fond sur la rapidité du temps consacré aux courses. Et sur la propreté, ce qui n’était pas la caractéristique des magasins de quartier. Sur ces critères, le HD ne montre pas de signes de faiblesse.
La croissance du HD s’explique aussi largement par l’accroissement considérable des surfaces de vente. Cette formule a profité du fait qu’elle n’est pas soumise aux mêmes contraintes d’urbanisme commercial que les supermarchés.
Par rapport à 2003, les HD ont ouvert 156 800 m² de surfaces de vente supplémentaires. C’est un tiers de plus que l’ensemble des hypermarchés. Pour le seul deuxième semestre 2004, les HD ont ouvert 126 000 m², soit la moitié, à eux seuls, des surfaces créées par l’ensemble des enseignes GMS. Les surfaces engrangées assureront à ce concept, quel que soit son positionnement commercial, une évolution positive de part de marché.
Contrairement donc au diagnostic de LSA, je ne crois pas à l’essoufflement rapide du HD. Les hypers ont encore du souci à se faire. Et ce n’est pas Christian Jacob, en maintenant les marges arrière à 20%, qui mettra un terme à cette performance. A défaut d’obtenir le droit de baisser librement leurs prix (on verra bien fin juin), les Centres E. Leclerc n’auront d’autre choix que de rajouter leur nouvelle enseigne HD à la croissance de ce secteur. A suivre…
Posté par M.E.L. le 23 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 17
> Donnez votre avis
19 mai 2005
Coopératives et associations de commerçants : Alternative à la concentration des hypers ?
Les adhérents de mon enseigne et d’Intermarché viennent de décider de rejoindre la Fédération du Commerce Associé. Nous l’annoncerons ce matin, lors d’une conférence de presse. Nous y rejoindrons Système U et une pléiade d’autres enseignes.
Pour la première fois, tous ensemble, nous allons affirmer notre volonté de faire cause commune avec ce secteur coopératif qui « pèse », en France, 30 000 points de vente (25 000 entreprises) et emploie 385 000 salariés. Vous connaissez certainement l’une de leurs 88 enseignes. Dans le jouet et la puériculture : Jouetland, Bébéland, Bébé 9 ; dans l’optique : Krys, Optic 2000 ou Atol ; dans la photo : Camara et Phox ; dans le sport : Intersport, Sport 2000 ou la Halle au Sport ; le tourisme : Selectour ; dans les supermarchés : Système U…, Intermarché et E. Leclerc désormais.
Beaucoup d’entreprises de distribution subissent la standardisation des comportements façonnés par la pression boursière et les critères des seuls analystes financiers (priorité au court terme, au rendement trimestriel des actions, « à la création de valeur »).
Nous, distributeurs indépendants mais organisés en associations, avions senti depuis longtemps la difficulté de tenir position commune avec nos collègues intégrés sur des sujets comme la loi Royer ou la loi Galland, par exemple. Nous avions envisagé d’intégrer leur Fédération pour construire une véritable interprofession. Ca reste un projet et probablement une nécessité (nous participons d’ailleurs à plusieurs commissions –sociale et environnement- de la FCD). Mais nous ressentons le besoin d’exprimer nos valeurs propres et nos différences.
Il faut arrêter les amalgames et les concepts réducteurs : « la grande distribution » n’existe pas en tant que telle, pas plus que « la grande presse » ou « les politiques ». Par leur origine, leur stratégie, leur organisation, les enseignes de la distribution signent des histoires différentes et concurrentes. Rien à voir entre les objectifs de Casino et de Leclerc. Le Stéphanois ouvre et relève les compteurs pour augmenter ses profits cumulés, et il le fait bien. Le Landernéen construit un réseau pour permettre à 500 chefs d’entreprise autonomes d’exploiter, dans le respect d’une charte de prix, leurs propres magasins.
A travers les différentes polémiques qui ont agité le secteur de la distribution, Intermarché, Système U, Leclerc, mais aussi les enseignes spécialisées du commerce, se sont reconnues des valeurs communes, des préoccupations partagées. Ils veulent pouvoir exprimer collectivement (face aux pouvoirs publics et aux organisations de consommateurs), leur utilité sociale. Ils veulent s’affirmer comme une alternative performante, mieux ancrée dans les terroirs, plus sensible à la question consumériste face à la distribution intégrée. Une promesse, un défi.
Dans le cadre des « Rencontres du Commerce Associé » qui se dérouleront dans la foulée, ce matin aussi, des présidents d’enseigne, des économistes vont débattre des spécificités des groupements de commerçants. Seront abordés les grands enjeux : à quelles conditions d’organisation et de management peut-on prétendre rester indépendant. Quelles sont les précautions juridiques et financières pour qu’un groupement coopératif puisse se développer avec des capitaux extérieurs sans s’y inféoder. Comment la valeur produite dans l’ensemble d’un groupement peut-elle être partagée au sein du réseau par les propriétaires et par les salariés. Quels sont les formats de magasin les plus adaptés au commerce indépendant ; comment organiser les échanges d’expériences et le partage des savoir-faire, au sein de groupements dont les adhérents sont de plus en plus concurrents ?
Tels sont les thèmes des ateliers auxquels évidemment je participerai. A cette occasion, Jean Leroyer (Système U) qui est président de la Fédération, recevra Christian Jacob pour une allocution de clôture. Ce sera pour lui, je l’espère, l’occasion de nous éclairer et de répondre à cette question : comment protéger chacun de nos milliers d’adhérents des innombrables sanctions pénales prévues dans sa loi… sans avoir à mettre en place un dispositif de contrôle et de décision national qui risque de transformer tout groupement en une organisation quasi intégrée ? Avouez que c’est un beau sujet de dissertation.
Posté par M.E.L. le 19 mai 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 9
> Donnez votre avis
18 mai 2005
Commerce éthique : La distribution s’engage sur «Initiative Clause Sociale»
Durant la Quinzaine du Commerce Equitable, sur ce blog comme dans le chat que j’avais organisé le 11 mai, une question revient souvent : si le CE doit être principalement réservé aux producteurs les plus démunis, confortant ainsi malgré tout une certaine marginalisation de ce concept, qu’en est-il des comportements commerciaux en général. Et notamment, à l’égard de la majorité des producteurs d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique Latine, dont les salariés sont l’objet d’exploitation, sont souvent payés au lance-pierre, vivent dans des conditions sanitaires et d’hygiène inacceptables.

A l’initiative et sous la pression des ONG, industriels et distributeurs se sont d’abord engagés dans des démarches individuelles. L’affaire Nike et les menaces de boycott ont servi d’outils pédagogiques. Les entreprises françaises ne sont pas en reste, au premier rang desquelles les distributeurs très actifs pour avoir élaboré des codes de déontologie désormais affichés à l’entrée de nombreuses usines de Chine, du Bangladesh, de l’Inde, du Vietnam, etc… Elles ont largement été pionniers dans le lancement d’audits sociaux, d’ailleurs de mieux en mieux acceptés par les industriels locaux.
La Commission Sociale de la Fédération du Commerce et de la Distribution a cherché à élaborer une grille d’analyse, utilisable comme référentiel commun par les enseignes, pour améliorer les audits sociaux, les rendre complémentaires plutôt que redondants et diminuer ainsi le coût de chaque contrôle. Rendre disponibles tous ceux qui ont déjà été effectués par d’autres enseignes permettra de constituer une banque d’informations commune.
Ce jeudi, j’engagerai mon groupe pour signer une charte commune. Y souscriront aussi Auchan, Camif, Casino, Carrefour, Cora, Galeries Lafayette, Monoprix, Okaïdi, groupe PPR (Redcats, Fnac, Printemps, Conforama, La Redoute), Système U. Chaque enseigne a établi un code de conduite qui lui est propre (selon son marché, son organisation, la place conférée aux importations ou aux fabrications à l’étranger, etc…). Mais ces pratiques respecteront les clauses d’un code commun « Initiative Clause Sociale » basé sur les principales conventions et recommandations de l’OIT, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et les réglementations sociales de chaque pays quand elles existent.
- Pays concernés : Bangladesh, Chine, Maroc, Pakistan, Inde, Thaïlande, Vietnam.
- Secteurs audités : textile, jouet, bazar, bagage, meuble, alimentaire.
Chaque entreprise devra s’engager sur un nombre effectif d’audits, communiquer les résultats aux autres sociétés adhérentes à l’Initiative, et enrichir continuellement les bases de données pour que soit multiplié le nombre de sites de production audités et référencés dans la base commune.
Les audits porteront sur :
1) Travail des enfants : âge minimum de travail fixé à 15 ans. Les jeunes adultes de moins de 18 ans ne doivent pas accomplir un travail de nuit ou un travail pouvant compromettre leur santé et leur sécurité.
2) Travail forcé interdit. Et toutes les contraintes souvent observées dans ce cas (obligation du paiement d’un dépôt de garantie à l’embauche !).
3) Prohibition des pratiques discriminatoires pour des motifs de race, sexe, couleur de peau, religion, convictions politiques, rang social, orientation sexuelle, etc…
4) Eradication des pratiques disciplinaires, harcèlement ou mauvais traitement physique ou psychologique.
5) Liberté d’association et de représentation. La plupart du temps, la législation existe mais n’est ni appliquée, ni contrôlée.
6) Durée du travail : elle doit être conforme aux réglementations locales en vigueur. Les heures supplémentaires ne doivent pas excéder les limites légales et doivent être rémunérées selon les barèmes légaux. Respect du jour de repos obligatoire.
7) Salaire et avantages : les employés doivent être déclarés, recevoir des fiches de paie et avoir souscrit un contrat. Perception au moins du salaire minimum légal dans leur pays.
8) Santé, sécurité : validation de l’existence de règles de sécurité, d’informations concernant les risques sur les sites, outils de protection personnelle, etc…
Vues de l’extérieur, ces chartes peuvent ressembler à des vœux pieux, des promesses non engageantes. En fait, elles servent surtout de canevas à l’élaboration de grilles plus précises et de critères de sélection objectifs élaborés par des sociétés spécialisées (Veritas, SGS) qui effectuent sur le terrain les audits sociaux.
La signature de cette clause par un nombre aussi important d’enseignes de grande distribution va donner beaucoup plus de légitimité aux sociétés auditrices et crédibiliser la pression que mettent les ONG sur les sites de production en confirmant le caractère apolitique de ces exigences et en les érigeant comme critères professionnels.
Posté par M.E.L. le 18 mai 2005 dans
Actualités / Débats (DD)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 9
> Donnez votre avis
21 avril 2005
Les prix ont baissé en hypermarchés. Merci qui... ?

L’INSEE confirme : sur 12 mois, les prix dans les hypers ont diminué de 1,1 % (0,7 dans les supermarchés). Et la baisse a continué ces 3 derniers mois.
La publication de cet indice cloue le bec aux adversaires de la réforme de la loi Galland. Que n’avait-on entendu de leur part. Il leur fallait contester à tout prix les effets des accords Sarkozy (17 juin 2004). On a donc lu des milliers d’articles (au point que certains journalistes disent leur fatigue d’aborder le sujet) pour donner la parole aux sceptiques (septembre 2004), pour contester la réalité de la baisse (octobre/novembre 2004), puis relativiser son importance (novembre 2004 à janvier 2005).
Dans le même temps, les conservateurs ont fait le tour des députés pour marteler ce gros mensonge : il n’existe pas d’élasticité prix de la demande sur les produits de grandes marques. La publication de cet indice n’est-elle pas la meilleure explication des gains de parts de marché acquises par les HD, les Leclerc, et autres Système U ? Les magasins de mon groupe ont baissé leur prix de 3,5 % sur 5 000 articles depuis septembre. Ils sont en augmentation de chiffre d’affaires de 4 % (plus 0,4 % d’augmentation de part de marché). Oserais-je dire que si les nouveaux dirigeants de Carrefour peuvent annoncer un frémissement de leurs ventes en ce début d’année, c’est bien parce que cette enseigne a baissé ses prix substantiellement dans nombre de ses magasins.
Reste l’étonnant silence du politique. En d’autres circonstances, tout chef de gouvernement se serait prévalu d’annoncer et de surfer sur ce bon indice de prix. Ecoutez, tendez l’oreille. Percevez-vous le moindre murmure d’approbation ? Que nenni !
C’est que, voyez-vous l’exploitation d’un bon indice risquerait de donner du galon à Nicolas Sarkozy. C’est bien lui, évidemment, qui a osé orchestrer cette baisse dans la grande distribution. Pas question pour le gouvernement de lui faire de la pub.
Et puis, en forçant l’applaudimètre, il faudrait reconnaître tout le mérite de ces distributeurs qu’il est si facile de vilipender devant des parterres d’agriculteurs ou de PME.
Voilà donc un gouvernement pris à son propre piège. Le Premier Ministre se targuait de vouloir « lutter contre la vie chère », mais se trouve incapable de communiquer sur une performance qu’il pourrait s’approprier.
Mais pourquoi se priver d’un petit plaisir. Qu’on me permette ici de me retourner vers notre Ministre du commerce, Christian Jacob pour lui poser cette question un tantinet sarcastique (sur le ton d’une publicité célèbre) : « Les prix ont baissé, merci qui… ? ».
Posté par M.E.L. le 21 avril 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 1
> Donnez votre avis
19 avril 2005
France Loisirs avale les librairies Privat : Reparlons de la loi Lang

Emotion dans le petit monde de l’édition. France Loisirs (202 points de vente) vient de racheter le réseau de l’enseigne Privat (32 librairies générales dont 26 en France). Après le rachat du « Grand Livre du Mois » et au lendemain du lancement de « Audible.fr » (« premier site internet de téléchargement de contenu culturel »), cette opération du groupe Bertelsmann permet à Marc-Olivier Sommer (PDG France) d’ambitionner le leadership du secteur d’ici 2010 (devant la Fnac et Leclerc).
L’affaire est abondamment commentée dans les gazettes économiques. Mais paradoxalement, pas un commentaire, pas l’ombre d’une référence à ce qui pourrait être interprété comme un effet pervers de cette bonne vieille loi Lang.
La loi Lang (1981), du nom de l’ancien Ministre de la culture, a instauré en France un prix unique du livre. Depuis 20 ans, les livres sont vendus partout au même prix, dans les hypers, les librairies ou sur le net : un rabais de 5 % maximum est autorisé. Ce sont les éditeurs qui fixent les prix de vente public.
C’est pour contrer la Fnac et les hypers que les syndicats des libraires avaient proposé cette mesure. François Mitterrand l’avait inscrite dans les 110 propositions qui constituaient son programme présidentiel. Les Centres E. Leclerc ont longtemps ferraillé contre cette loi censée protéger les libraires indépendants : petits libraires de quartier, librairies spécialisées, etc…
Il faut dire que la question méritait d’être posée. Trop souvent, les hypermarchés se contentaient de « massacrer » le prix des dictionnaires, des livres pratiques ou de quelques best-sellers, sans s’engager sur la détention d’une offre de fond suffisamment diversifiée. De ce fait, ils concurrençaient les libraires, pouvaient casser le marché, sans fournir une offre de remplacement qui soit de qualité. Mais là où nous préconisions l’intervention des éditeurs pour qu’ils différencient leurs conditions de vente au profit des seuls bons professionnels, le législateur a préféré empêcher tout rabais et interdire la concurrence par les prix. Vraie préoccupation, mauvaise réponse !
Il arriva ce qui devait arriver : fortes d’une marge quasi garantie de 30 % à 38 %, les grandes surfaces (GMS et GSS) ont développé leur chiffre d’affaires au détriment du réseau des libraires.
Les professionnels de l’édition n’ont jamais voulu faire un bilan objectif. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. La librairie traditionnelle ne représente plus que 19 % du marché, contre 41 % aux GSS et hypers, et 21 % aux clubs du livre et à la VPC. Seuls les libraires en réseau ou les librairies des grandes villes ont pu résister.
Cette évolution était prévisible. On nous a fait taire. Nous avons perdu nos procès. On nous a fait remonter les prix. Histoire ancienne donc ! Mais il est un fait que nous avions aussi dénoncé : il n’était pas logique d’autoriser, seuls, les clubs du livre à discounter. Il leur suffisait de re-maquetter les livres six mois après leur parution et d’en discounter le prix.
Vue sous cet angle, l’opération France Loisirs consacre, certes, la réussite d’une entreprise remarquablement gérée. Mais elle illustre surtout un des effets pervers de la loi Lang : Privat fut pendant longtemps l’un des plus beaux fleurons du secteur de l’édition dans le sud de la France. Le rachat, aujourd’hui, de cette prestigieuse maison par un club de livres dont le catalogue n’atteint pas 10 % de l’offre d’une librairie d’aéroport, devrait faire réfléchir tous ceux qui, ici comme ailleurs, n’arrêtent pas de réclamer ce type de mesures protectionnistes.
Posté par M.E.L. le 19 avril 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Distribution
,
Economie
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 9
> Donnez votre avis
14 avril 2005
Importations et délocalisations : Le Sénat cible la distribution

Quand j’ai reçu la convocation, j’ai franchement hésité. Le sénateur Jean Arthuis (UMP) était-il en train d’organiser un « remake » des auditions parlementaires qui, dans les années 93-94, avaient lancé le mouvement anti-grande distribution. Des commissions présidées par lui-même, mais aussi par Franck Borotra ou Georges Chavanes, avaient désigné « la politique des prix bas » comme fauteur des délocalisations industrielles.
Armé d’une batterie d’arguments et de statistiques, j’ai finalement décidé de me prêter à l’exercice (les absents ont toujours tort). Et ce mardi, je me suis retrouvé face à une trentaine de sénateurs dans la salle bien tristounette de la Commission des finances. Accueil chaleureux, même si Jean Arthuis prend volontairement quelques distances en ouvrant la séance un peu solennellement (il est vrai, nous nous connaissons depuis 15 ans !). Et d’emblée (j’aurais gagné mon pari !), on me ressort le même menu : « une forte pression sur les prix et une relative indifférence des consommateurs quant à l’origine géographique des produits… conduisent à une hyper concurrence entre distributeurs et…contraignent les producteurs à délocaliser ». « Les consommateurs ne font plus le lien entre leurs achats et leur emploi ! ».
Passons sur le fait qu’aujourd’hui justement les prix des produits français sont plus élevés qu’ailleurs et que, même fabriqués à l’étranger, ils sont vendus trop chers (loi Galland) ! ! !
Alors pour la centième fois, j’explique, et je prends le cas du textile français.
1) C’est le secteur le plus touché. Les délocalisations ont commencé bien avant le développement des hypers qui n’ont pesé sur les achats textiles qu’au début des années 90. Les industriels du Choletais, d’Ile-de-France, du Lyonnais ont investi au Maghreb, puis à l’Ile Maurice, dès 1975, pour réduire leurs coûts. Pour résister aux importations ? Même pas, ils étaient protégés par des quotas. Non, il s’agissait d’accroître les marges.
2) Ces industriels ont-ils agi par la suite pour éviter la pression des centrales d’achats ? Non, la preuve : ils n’ont jamais voulu livrer leurs marques aux hypers. Jamais. Malgré des procès célèbres qui ont amené Leclerc ou Carrefour à les attaquer pour « refus de vente » (ex. : actions contre Absorba ou Petit Bateau). Ce sont les secteurs du luxe et du prêt-à-porter qui ont délocalisé en premier (Rodier, Hechter, Saint-Laurent).
Anecdote : J’avais, dans les années 80, placardé, en 4 x 3 sur les murs de France, une affiche avec comme seule image un cintre et ce texte : « Daniel Hechter ne vend pas à Leclerc parce que Leclerc n’est pas assez cher ! ». Il avait répliqué dans la presse en dessinant une boîte de petits pois à sa marque : « Voici ce que Daniel Hechter serait devenu s’il avait vendu à Leclerc ».
3) Pas possible donc d’accuser les méchants distributeurs. Les sénateurs restent sans voix. Il est vrai qu’aujourd’hui, 80 % du textile vendu dans les hypers, par la VPC (La Redoute, 3 Suisses) ou chez les spécialistes (Gap, Etam, H & M), sont des vêtements importés. Mais observez bien les rayonnages et les vitrines. Pratiquement aucune marque industrielle. Les distributeurs ont été obligés de créer leurs marques propres. Ils se sont adaptés à une donne qu’on leur a imposée.
4) C’est à cette conclusion que je veux amener les sénateurs. Une conclusion paradoxale. Si les marques textiles avaient livré la grande distribution, le mouvement de délocalisation eût pu être freiné. Pas stoppé (les écarts de coûts sont trop grands avec l’Asie). Mais plus étalé.
En pratiquant de plus faibles marges que le réseau traditionnel, les GMS et les GSS n’auraient pas répercuté aussi vite les augmentations de coûts de production. Ils auraient fait « tampon ».
Les industriels ont préféré, de 1960 aux années 90, réserver leurs marques aux commerçants spécialisés qui vendaient cher. Ceux-ci ont disparu et, avec eux, l’emploi industriel ! ! ! CQFD.
J’ai quitté les sénateurs en rappelant que, dans trois semaines, ils auraient à débattre de la réforme de la loi Galland qui produit les mêmes effets (marques trop chères, report des achats sur le hard-discount, importateur). L’histoire décidément repasse les plats… Retiendront-ils la leçon ?
Posté par M.E.L. le 14 avril 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 16
> Donnez votre avis
4 mars 2005
Haro sur les centrales d'achat
L'ILEC (Institut de Liaisons et d'Etudes des entreprises de consommation) est un organisme qui fédère une soixantaine de grandes entreprises nationales ou multinationales : L'Oréal, Danone, Nestlé, Coca Cola, Unilever, etc. Dans les discussions sur la réforme de la Loi Galland, ces représentants viennent de réclamer "l'interdiction de la constitution de centrales d'achats, de référencement, ou de ventes de services, ayant pour but de massifier les achats".
Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Passe encore qu'ils n'aient eu le temps de lire les déclarations récentes de deux de leurs membres Franck Riboud (Danone) et Lars Olofsson (Nestlé), qui viennent de déclarer intéressantes les massifications de commandes effectuées par les hardiscounters. Mais d'où tirent-ils cet argument selon lequel les centrales d'achats devraient être dissoutes en France quand partout en Europe et dans le monde anglo-saxon, ces mêmes fournisseurs les ont choisis comme interlocuteurs privilégiés (et rémunérés !).
En France, cinq grandes centrales d'achats négocient 90% des ventes de ces industriels : Carrefour, Lucie qui regroupe E. Leclerc et Système U, Intermarché, Casino/Monoprix, et Auchan. Que ces centrales soient puissantes, c'est une réalité. Mais les industriels concernés le sont-ils moins ?
Je n'ai pas encore les chiffres exacts pour 2004. Mais en 2003, le groupement d'achats des centres E. Leclerc ne représentait en moyenne que 1% du chiffre d'affaires de ces fournisseurs (0,4% pour Procter, Kraft ou Coca Cola... jusqu'à 3% pour Danone). Même additionné de la puissance d'achats de Système U, l'ensemble n'a jamais pesé plus de 5% du chiffre d'affaires de ces mastodontes.
En face, par contre, les vingt premiers fournisseurs de notre enseigne représente à eux seuls 38% des achats du groupement. Trois fournisseurs dans chaque catégorie de produits réalisent 87% des ventes.
Non, décidément, l'argument de la toute puissance de la distribution ne résiste pas à ces quelques chiffres. D'autant qu'avec des politiques marketing musclées, qui font leur génie et leur réussite, ces groupes disposent de marques leaders incontournables et dont les distributeurs ne peuvent se priver, malgré la part croissante des marques génériques.
Alors pourquoi cette salve. En toute rationalité, la requête de l'ILEC n'a aucun sens et contredit les pratiques de ces membres dont les conditions tarifaires (tous) poussent à la concentration des achats et le passage sur entrepôt. Pourquoi alors cette sortie médiatique ? Probablement pour tenter de gagner une audience populaire dans un dossier qui leur échappe. Dénoncer le méchant, pour obtenir la garantie d'une protection. Obtenir du politique le maintien d'une loi qui empêche la négociation des tarifs.
Qu'on se le dise : si l'ILEC venait à être entendu, cette initiative pourrait n'avoir qu'un seul effet, un effet totalement pervers : la délocalisation des centrales d'achat vers des pays voisins où le droit de la concurrence n'est pas bafoué comme en France. Des pays où ces mêmes fournisseurs négocient avec les centrales d'achats de Tesco, Metro, Rewe, Lidl, etc.
Posté par M.E.L. le 4 mars 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Distribution
Lien permanent |
> Commentaires : 5
> Donnez votre avis
23 février 2005
La fermeture du dimanche
Au théâtre de Paris, on joue "Amadeus", la pièce de Shaffer qui inspira le film de Milos Forman. On y voit l'empereur, faussement mollasson, sans cesse sollicité pour trancher les rivalités opposant Salieri (Jean Piat, 81 ans, magnifique !) à Mozart (Deutsch, irritant génie). Et de sa Haute Viennoiserie, excédé, il ponctue chaque dispute, d'un "Eh bien voilà" qui n'autorise ni discussion ni appel. Ce rôle impérial, c'est Jean-Pierre Raffarin, ce week-end, qui l'a tenu. Il a enterré définitivement (enfin, le temps de son propre mandat !), la question de l'ouverture dominicale des commerces. L'affaire n'a pas vraiment une importance capitale. Pas d'urgence ! La demande de "libre ouverture" existe, émanant d'enseignes de jardinage, de bricolage et d'équipement de la maison. Les autres réclament surtout plus de souplesse : quelques dimanches supplémentaires (la loi en autorise 5), ou pour tenir compte de l'activité touristique et évènementielle (festivals...) d'une localité. Non, ce qui est dingue, c'est cette manière de traiter le sujet. Cinq ministres pour un orchestre sans partition. Devedjian, à la suite de Sarkozy, lance le débat, Gaymard tempère, parle d'assouplissement, Jacob s'oppose, conçoit que l'agriculteur travaille le dimanche mais pas le commerçant. Devedjian finit par préciser que la mesure ne concernerait finalement que les petits commerçants du textile, de centre ville... Et Raffarin de conclure d'une salve définitive : "C'est non". Eh bien voilà ! Les Centres E. Leclerc ne se sentent pas concernés. Patrons ou salariés, sous notre enseigne, sommes d'accord pour des adaptations, mais nous ne sommes pas contre le repos dominical. Il y a une vie après la ligne de caisses ! Mais tout de même, est-ce une manière sérieuse de réfléchir à l'adaptation du réseau commercial à la société de services vers laquelle nous courons ?
Posté par M.E.L. le 23 février 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Distribution
,
Ouverture dominicale
Lien permanent |
> Commentaires : 40
> Donnez votre avis
8 février 2005
La bourse se contredit
Les analystes devraient se relire. Pour qui s'intéresse aux études produites depuis 5 ans par les agences financières, il y a de quoi rester perplexe. Commentant l'évolution du titre Carrefour, l'opinion des analystes est aujourd'hui unanime : "Ce groupe a tardé à baisser ses prix". Oubliant les campagnes de publicité très spectaculaires des trois années précédentes, ils accusent Daniel Bernard d'avoir délaissé la France pour l'international et créé un boulevard à Leclerc et aux hard-discounters. Sur ce dernier diagnostic, ils ont mille fois raison ! Mais ne sont-ce pas les mêmes analystes qui, de 1998 à 2003, ont sur-valorisé la capacité des enseignes à profiter de la rente que leur offrait la loi Galland. Qu'est-ce qu'on ne lisait pas : si on la réformait, il y aurait guerre des prix, chute des marges, etc... Je me souviens même de ce commentaire d'un analyste, au sortir d'une conférence donnée à l'initiative du Crédit Lyonnais Securities où je plaidais la réforme : "Le monde financier ne vous laissera pas faire !". Tant mieux si tout ce petit monde découvre aujourd'hui les vertus de la baisse des prix. Mais pourquoi reprocher au management d'hier ses hésitations quand toutes les agences poussaient les actionnaires à réclamer du cash ! Ah, que je suis heureux que les Centres E. Leclerc ne soient pas cotés en bourse.
Posté par M.E.L. le 8 février 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
Lien permanent |
> Commentaires : 8
> Donnez votre avis
5 février 2005
Le manager et l'actionnaire
Rififi chez mon concurrent Carrefour. Des dizaines de pages sur la démission de Daniel Bernard ! Et au final, un portrait en demi-teinte pour commenter (saluer ?) cette sanction du marché. Que de contradictions pourtant ! Daniel Bernard n'a pas besoin de moi pour défendre son bilan. Et trop de gens interpréteraient mon éloge (sincère) comme le coup de pied de l'âne... Et puis, il a commis des erreurs, réagi trop tard, trop centralisé, quand d'autres, comme Auchan ou Casino, cherchaient déjà la parade à la perte de parts de marché. Pourtant ! Comment justifier cette contradiction : économistes, analystes, journalistes éco, volontiers zélateurs et propagandistes de la fonction entrepreneuriale, applaudissent aujourd'hui au retour des gestionnaires, des comptables, des "créateurs de valeur". Les actionnaires ont repris le pouvoir ! Vous allez voir ce que vous allez voir ! Mais quoi, croit-on vraiment que c'est en servant "les dividendes" qu'on va permettre à l'entreprise de regagner la confiance des consommateurs ? Et les actionnaires justement, ne sont-ils pas coupables d'avoir bridé l'agressivité commerciale de Carrefour pendant trop longtemps ? Sans disqualifier par avance les entrants, peuvent-ils mettre en oeuvre une autre stratégie que celle initiée par DB ? Ce débat m'intéresse. Pas simplement parce qu'il s'agit pour moi de jauger la stratégie d'un prestigieux concurrent. Mais parce qu'il est symptomatique d'une évolution d'un capitalisme impatient, zappeur et (comme nous le disions entre nous sur ce blog) décalé par rapport aux demandes des équipes opérationnelles et surtout aux attentes du marché. (A suivre).
Posté par M.E.L. le 5 février 2005 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Distribution
Lien permanent |
> Commentaires : 11
> Donnez votre avis







