21 juillet 2005

Rumeur sur Danone : L’illusion d’un capitalisme national

Les réactions de la plupart de nos élus à la rumeur d’une OPA hostile sur Danone peuvent émouvoir une partie de la population française touchée par le syndrome d’Astérix (le village gaulois en lutte contre la finance internationale). Mais sur le fond, que valent toutes ces déclarations, ces fausses promesses, alors que tout le monde sait l’incapacité de l’Etat à agir… Du clientélisme, rien d’autre.

Revenons sur cette affaire :

1) Il y a rumeur. Des rumeurs sur Danone, il y en a depuis 40 ans. Franck Riboud, dans Les Echos, le confirme ce matin encore : Danone a toujours été opéable. C’est la rançon d’une belle notoriété, d’une performance méritée. Le groupe est bien géré. Il attise les convoitises : Pepsi Cola, Nestlé, Kraft, Coca Cola, Unilever…, bien plus gros, lorgnent la jolie fiancée.

2) Danone n’est plus, depuis longtemps, une entreprise franco-française. Ses actionnaires traditionnels sont italiens, belges, espagnols, suisses… Mais ils habitent aussi les Bermudes, les USA, le Japon, etc… Cette stratégie a été voulue par Antoine Riboud (le père) et développée par le fils (Franck). Pour conquérir les marchés étrangers, quoi de mieux qu’une association avec des groupes capitalistes locaux. La réussite internationale de Danone « c’est la capacité à s’allier à des groupes familiaux dans différents pays ». La marque est française, Danone n’en est pas moins un groupe mondial.

3) Le capital de Danone est dilué. C’est le prix d’une stratégie de développement. C’était aussi, affirmaient ses managers, une manière de rester indépendante (à l’inverse de L’Oréal qui a constitué un noyau dur Bettancourt/Nestlé). Cette stratégie s’avère aujourd’hui pénalisante.

4) Enfin, Danone a su, dans son histoire, habilement profiter de l’ouverture des marchés. Sans états d’âme. Quand elle vend des yaourts en Pologne, ça fait belle lurette qu’elle n’achète plus son lait aux paysans français ! Et quand il s’agit de racheter un concurrent, elle sait faire fi des critiques locales sur sa propre immixtion dans le capital des sociétés étrangères (Dieu sait combien les patrons italiens de l’agroalimentaire voient dans Danone un dangereux prédateur !).

Danone, comme L’Oréal, Renault, Dassault ou Carrefour, sont des entreprises qui suscitent la fierté des Français. Justement parce que ces entreprises sont devenues mondiales !

Les élus qui abusent de la nostalgie souverainiste, n’opposent aucune alternative. Même le PC n’ose plus parler de nationalisation. Si rien n’empêche une politique industrielle volontariste (prise de participation institutionnelle), rien, à long terme, ne peut empêcher une entreprise d’être revendue par ses actionnaires. Ceux qui parlent aujourd’hui de « défendre Danone » (qui n’a rien demandé ! ! !) seraient bien en peine d’expliquer quelle fut leur politique pour s’opposer au rachat, par les fonds de pension américains, de 40 % du capital des sociétés cotées au CAC 40. On ne les a pas entendus non plus pour proposer des alternatives au rachat récent des plus beaux fleurons de l’industrie française du ski (Rossignol).

François Hollande, Laurent Fabius, DSK, Jean-Louis Borloo ou Patrick Ollier ont peut-être des accents de sincérité dans l’expression de leur émotion. Mais au moment où Thierry Breton lance un appel d’offres international pour privatiser les autoroutes françaises, on a peine à croire que le gouvernement et l’assemblée plaideront pour le retour à un contrôle national des mouvements de capitaux ! ! !

Pour autant, doit-on, comme Renaud Dutreil, considérer que « l’Etat n’a pas à s’immiscer dans les affaires des entreprises privées ». Non, je ne le crois pas.

L’Etat dispose de moyens pour agir sur l’environnement financier (subventions, allègement de charges) et sur la législation sociale pour créer une forme de discrimination positive. Il peut chercher à jouer les mécanos (Nicolas Sarkozy avec Alsthom), mais la priorité sociale, aujourd’hui, c’est l’emploi. Sauf à faire déraper le déficit budgétaire, ce ne sont pas les services publics, mais les entreprises privées qui y pourvoiront. Ce qui importe, ce n’est pas tant leur nationalité (ça n’a vraiment plus de sens quand on parle de Société Anonyme), mais leur capacité à investir dans notre pays. C’est l’attractivité du marché français qu’il faut accroître (je ne parle pas seulement de fiscalité ou de charges mais aussi de cadre de vie).

Dans ce contexte, la suspicion sur les investisseurs étrangers ne peut être que contre-productive. Je me demande même jusqu’à quel point toutes ces diatribes ne pourraient pas fragiliser encore plus la position de Franck Riboud au sein d’un Conseil d’administration dont les actionnaires français de référence ne possèdent pas 10 % du capital !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 juillet 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Distribution
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6 juillet 2005

Pétrole à 60 dollars : Faut-il baisser les taxes sur les carburants ?

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La première vague de vacanciers est partie sans trop sourciller. Ça râlait un peu dans les stations-service, mais fissa, nach la côte, la société des loisirs et des 35 heures a boosté les Français hors les villes. Pas question de réduire le budget auto, encore moins le budget vacances.

Pourtant la note est salée : 1,16 € le SP 95 ; le gasoil est à 1,04 €. C’est 10 % plus cher qu’en 2004, pour le premier et 22% pour le second. On n’atteint pas encore le niveau record de 2000 et 2001, mais on n’est pas bien loin.

Problème : 50 % des ménages gagnent moins de 22 560 € par an. Le carburant brûle 6% de leurs revenus. Compte tenu de la stagnation prévisible du pouvoir d’achat (ma note du 5/07), faut-il alléger les taxes sur les carburants (77 % du prix)…pour que les Français puissent acheter autre chose ?

Non, répond Thierry Breton. Il n’est pas question de rétablir une TIPP flottante, comme le demandaient plusieurs députés l’année dernière : « Le lissage des prix obtenu par la variation de la fiscalité est peu perceptible par les consommateurs ». J.F. Copé surenchérit : « La TIPP flottante est trop chère pour une efficacité trop faible ».

Je partage l’avis des organisations écologistes et de quelques analystes (Goldman Sachs). Le pétrole va continuer d’augmenter. Il n’a pas encore atteint son niveau record de 94 $ le baril (deuxième crise pétrolière). Mais on y va. La priorité, c’est d’économiser l’énergie, pas de pousser à la conso.

1. La hausse du prix du pétrole me semble durable. Elle est structurelle. La demande de produits pétroliers s’accroît, l’offre n’est plus adéquate. Je tire ces informations de mes propres services. La société coopérative (SIPLEC) qui approvisionne les centres E. Leclerc et Système U est désormais le deuxième opérateur français sur les carburants. Nos cadres ont déjà vécu trois crises pétrolières. Ils ne croient pas aux prévisions de Morgan Stanley pour qui il va y avoir un ralentissement de la croissance mondiale et qui pronostique un prochain effondrement des prix.
La demande ne cesse de croître. La Chine, l’Inde et les « dragons asiatiques » développent progressivement leurs parcs automobiles et leurs réseaux de transports (la demande chinoise, 8% de la consommation mondiale de pétrole, s’accroîtrait de 9 à 12 % par an). La demande américaine elle-même reste très soutenue, malgré la hausse des cours.
Du côté de l’offre, les capacités de production tournent déjà au maximum. Certes, la production russe a pâti des défaillances de Youcos. Les dix membres de l’OPEP (hors Irak) produisent à plein régime. Seule, l’Arabie Saoudite peut encore donner un coup de fluide. Mais la consommation quotidienne mondiale est de 86,4 millions de barils quand l’offre ne dépasse plus 83,8 millions de barils/jour. Si l’hiver est dur, les prix s’envoleront encore.

2. L’impact négatif sur le pouvoir d’achat et les risques d’inflation (répercussions sur les transports et les matières plastiques) sont évidents.
Pour le moment, ce sont surtout les professionnels qui sont touchés. Le fret et le transport aérien ? Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France, rappelait que le surcoût de la facture carburant 2005/2004 représentait une augmentation de 33 % (en valeur, l’équivalent de toute une année de profits de la compagnie).
Idem pour la plasturgie dont les coûts de matières premières (impactés par la hausse du dollar) représentent une augmentation de 7 à 10 %.
Les ménages ? C’est surtout au début de l’hiver qu’ils feront leurs comptes. C’est le poste « fuel domestique » qui fera grise mine. En une année, les prix de vente moyens nationaux ont augmenté de 38,11 %.

3. Il aura fallu les deux précédentes crises pétrolières pour que les Français (industriels et ménages) découvrent les vertus des énergies alternatives et des économies de consommation. Le danger serait de relâcher cet effort.
Il y a fort à parier que, dans les prochaines semaines, plusieurs parlementaires déposeront des amendements pour plaider la baisse de la fiscalité. Les centres E. Leclerc qui ont, depuis vingt ans, œuvré pour la baisse du prix des carburants, ne céderont pas à cette revendication facile, mais irresponsable. Ils plaideront pour des mesures sectorielles (agriculture, pêche, taxis, etc…), ainsi que pour des mesures de soutien aux ménages les plus pauvres.
Non, il ne faut pas se bercer d’illusions. L’Américain Goldman Sachs table sur un baril à 105 $. La bonne réponse à l’augmentation des prix, c’est d’affecter la fiscalité au développement des énergies nouvelles.

Nul doute que sur ce sujet, on débattra durement cet automne.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 juillet 2005 dans Actualités / Débats (Eco)
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5 juillet 2005

Pouvoir d’achat en quasi-stagnation en 2005 (Prévisions BIPE)

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Il y a deux ans, j’avais lancé une polémique qui avait fait quelque bruit dans le Landerneau politique. Les consommateurs s’irritaient de l’inflation des prix et de l’impact négatif sur le pouvoir d’achat. Le gouvernement faisait la politique de l’autruche et se réfugiait derrière les statistiques de l’INSEE. Ce qui m’avait amené à contester la pertinence des indicateurs officiels. Plutôt fiables quand il s’agissait de suivre l’évolution du revenu disponible des ménages, ils sous-estimaient le poids des charges contraintes (les dépenses auxquelles on ne peut échapper) dont l’évolution grevait le pouvoir d’achat effectif des Français.

1) J’avais demandé à mon groupe de financer une recherche : analyse critique des indices retenus pour la comptabilité nationale, et confection d’un nouvel indicateur, plus réaliste, en phase avec le comportement des consommateurs. Le BIPE (Bureau d’Etudes dont la crédibilité n’est contestée par personne) a procédé au calcul du pouvoir d’achat effectif des consommateurs français. Comme l’INSEE, il a comptabilisé les différentes composantes du revenu disponible (revenus d’activités et du patrimoine, transferts sociaux moins impôts). Mais il en a soustrait les charges incompressibles : remboursement de crédits habitat et conso, loyers et charges liées au logement, assurances obligatoires et transports collectifs. Une fois ces dépenses défalquées (39 % du revenu), on en déduit le pouvoir d’achat effectif (le pouvoir de dépenser) de chaque Français.

C’est au vu de ces calculs que nous avions pu affirmer que le pouvoir d’achat avait baissé en 2003 (moins 1,2 % au lieu de plus 0,4 % INSEE) et faiblement augmenté en 2004 (0,3 % au lieu de 1,4 % INSEE).

2) Je vous livre en avant-première les estimations BIPE/E. LECLERC pour 2005.

a) Le pouvoir d’achat effectif des consommateurs sera en quasi-stagnation cette année (0,1 %). Certes, le revenu brut disponible va augmenter de 3 % (notamment grâce au poste « prestations sociales » (4,4 %), et de l’augmentation du SMIG). Mais ces gains vont être presque intégralement « mangés » par l’augmentation des loyers (5,3 %), des charges liées au logement (4,7 %) et des assurances (6,6 %).

b) Cette évolution globale masque une forte baisse du pouvoir d’achat des agriculteurs (-0,4 %), des artisans et commerçants (-0,9 %) et des cadres supérieurs et professions libérales (-0,6 %). 2005 sera une année noire pour les classes moyennes.

c) Par tranche d’âge, ce sont les Français de 45/54 ans qui seront les plus touchés (-0,3 %) par le ralentissement conjoncturel.

d) Enfin, ce sont les couples sans enfant (-0,5 %) et les personnes actives vivant seules (-0,7 %) qui « rameront » le plus.

3) La qualité de ces chiffres n’est pas contestable. En réplique à nos campagnes de communication, l’INSEE communique désormais sur un autre indicateur, l’indice du niveau de vie par unité de consommation. Celui-ci tient compte de la démographie de chaque foyer. Mais si l’on met en perspective les trois indicateurs dont nous venons de parler :

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On peut retenir ces deux constats :

a) En ne prenant pas en compte les effets des charges contraintes, les indicateurs officiels optimisent énormément la situation des Français. (Question subsidiaire : jusqu’où aveugleront-ils le discours politique ?).

b) Vu notre indice BIPE/E. LECLERC, les professionnels du marché de la consommation ont du souci à se faire et les ministres des finances vont pouvoir réviser, encore une fois, leurs prévisions de croissance.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 juillet 2005 dans Actualités / Débats (Eco)
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4 juillet 2005

Pauvreté : Bob Geldoff, le G-8 et la perspective d’un plan Marshall…

Le contre-sommet d’Edimbourg n’a pas fait recette. A part la manifestation (qui a tout de même mobilisé 200 000 personnes), le forum altermondialiste est peu fréquenté. Et les intervenants sont bien incapables de produire la moindre plate-forme alternative, sauf (ce qui est déjà un bon point) à organiser la pression médiatique sur les chefs d’état réunis pour le G-8.

L’aide aux pays pauvres suscite un formidable élan de solidarité. Mais la limite du mouvement est tout autant culturelle qu’institutionnelle.

- Culturelle :
Les ONG, depuis 10 ans, ont fustigé les états, et surtout les organisations internationales. La donne a changé. Plus personne ne conteste que la mobilisation d’une aide massive passe par l’engagement des états les plus riches et de leurs dirigeants. Hors ce schéma, les interventions, même les plus généreuses, n’auront jamais l’impact suffisant.

- Technique :
Aucun mécanisme de répartition ne s’avère aujourd’hui complètement performant.
L’intérêt des concerts de Geldoff, comme l’intervention de multiples personnalités (Mandela, Tony Blair, Bill Gates ou même Claudia Schiffer), c’est de rallier un maximum de citoyens au soutien de la Cause. Mais on n’échappera pas à ce travail ardu et ingrat : redéfinir une organisation responsable et efficace pour contrôler l’utilisation de l’aide publique.

1) La cause :

Les nations favorisées ne peuvent plus rester aveugles. Dans la seule Afrique, 310 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté (moins de 1 dollar par jour). Le continent noir concentre sur son sol toutes les plaies du monde (misère matérielle, déficit éducatif et sanitaire, désertification, endettement, épidémies, dépendance, etc…). L’espérance de vie recule (46 ans !) avec l’accroissement de la mortalité infantile et le sida… Certaines régions d’Amérique Latine ou d’Asie suivent la même pente.
Au rythme actuel d’appauvrissement, les analystes considèrent qu’il faudra attendre le milieu du siècle prochain pour réduire des deux tiers la mortalité des enfants et éradiquer, pour moitié, la pauvreté. Insoutenable !
L’aide extérieure est indispensable. Le continent possède des ressources considérables. Mais la corruption et le détournement des richesses, avec la complicité des élites, voire des nations occidentales, ont gâché les chances de l’Afrique, et probablement aussi les effets d’une partie de l’aide publique déjà accordée.

2) L’aide :

Il y a quinze jours, les 8 nations les plus riches ont annoncé l’annulation de 40 milliards de dollars de dettes concernant 18 des pays les plus pauvres. C’est un premier pas appréciable. Mais dans les comptes de l’ONU, ce sont 53 états africains qui ne bouclent pas leur budget. Et vu l’accroissement des besoins (éducation, santé, infrastructures), les effets de ce ballon d’oxygène seront vite épuisés. Aux Nations Unies, Jeffrey Sachs, coordinateur d’un groupe de réflexion sur le chiffrage des aides, suggère qu’on se fixe un objectif sur 2015. D’après les économistes qui l’entourent, on pourrait diviser par deux le niveau de pauvreté en doublant les contributions actuelles.

Effet de manche ou conviction sincère, Tony Blair propose un plan Marshall de 25 à 50 millions de dollars (sur 3 à 5 ans) pour le continent noir.

Sous la pression des médias et de l’opinion, les chefs d’état semblent aujourd’hui vouloir rivaliser de bonnes intentions. C’est déjà une chose positive.

3) Problématique de la répartition :

Les difficultés sont de trois ordres. Il ne faut pas les minimiser. Si les deux premières dépendent de choix politiques, la troisième est un vrai casse-tête.

a) L’engagement des états :

Dans les sondages, l’opinion publique est toujours généreuse. Devant la feuille d’impôts, elle l’est moins. C’est toute la difficulté des chefs d’état qui, dans un contexte budgétaire difficile, doivent mobiliser des ressources. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon sont à peu près « carrés ». Ils se sont engagés sur un calendrier. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis (qui consacrent moins de 0,16 % de son PIB à l’aide au développement). Ce n’est qu’en partie vrai pour le Japon et la Russie.

b) Les financements :

Plusieurs solutions ont été proposées. Aucune n’a fait l’unanimité : taxe Tobin sur les flux financiers, taxe sur le kérosène et plus généralement le transport aérien, projet anglais de « retour à meilleure fortune » (on financerait des projets rentables qui permettraient d’amortir la dette ? ? ?).

c) Les organismes répartiteurs :

C’est, à mon avis, le problème majeur.
Rien ne garantit qu’après un nouvel élan de générosité, les aides ne finissent dans les sables du désert. Il ne s’agit pas d’évoquer ce problème comme une sorte de caution pour justifier l’inaction. Mais ne l’oublions pas. L’aide au développement est aujourd’hui de 70 milliards de dollars annuels. Jamais elle n’a été aussi élevée. Si elle n’est pas efficace, c’est qu’elle est mal distribuée.
Abdoulaye Wade, Président sénégalais et coordinateur de la dette pour l’Union africaine, s’exprime ce matin dans Libé (04/07). Il propose la création d’une commission mixte : membres du G-8, plus chefs d’état des pays bénéficiaires. Il en appelle à l’esprit de co-responsabilité, et propose la co-gestion des projets par les administrations des 53 états concernés.
Je ne doute pas qu’il trouve là une manière de surmonter l’incapacité des états africains à travailler de manière coordonnée : « L’institution que nous avons mise en place s’avère inopérante. C’est le triste constat ».
Mais pourquoi devrait-on faire confiance à des élites qui, depuis 30 ans, ont fermé les yeux sur la corruption.
A quoi cela servira-t-il de multiplier les sommes versées si les populations africaines restent spoliées du fait de la surenchère confiscatoire que se livrent bourgeoisie nationale et entreprises internationales.

On a posé sur ce blog la question du contrôle et du rythme d’utilisation des fonds pour la reconstruction en Asie (après le tsunami). Les sommes nécessaires et les enjeux pour l’avenir des populations africaines méritent qu’on focalise notre attention sur l’organisation des aides tout autant que sur leur financement.

Saurons-nous ici formuler quelques propositions !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 4 juillet 2005 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Eco)
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15 juin 2005

Le « contrat nouvelle embauche »

Parmi les mesures phares du plan de lutte contre le chômage, c’est le « contrat nouvelle embauche » (CNE) qui fait débat.

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Beaucoup d’imprécisions encore : il s’agirait d’un CDI avec période d’essai de deux ans. Intérêt pour l’employeur : la procédure simplifiée de licenciement. Intérêt supposé pour le salarié : un complément d’allocation chômage, un accompagnement personnalisé ( ?), des « moyens nouveaux » ( ?) de reclassement et durée du préavis en fonction de l’ancienneté.

Le projet n’étant pas finalisé, prudence dans l’analyse. Mais sur le principe, je suis perplexe :

1) Deux ans, c’est long, trop long pour une période d’essai. Qui ose prétendre qu’il faut deux ans pour jauger la compétence d’un salarié, surtout dans l’univers d’une TPE. Six mois, un an, oui, mais deux ans, on se moque ! Si c’est la vraie motivation du CNE, alors disons-le tout net, il installe la précarité au cœur du CDI. Il a l’apparence du CDI, mais sera perçu comme un CDD. Et un CDD sans prime de précarité, ni prime de licenciement, donc moins bien que les contrats actuels.

2) Le CNE est destiné uniquement aux entreprises de moins de 10 salariés (TPE). On nous dit au gouvernement qu’il s’agit, avant tout, de répondre aux besoins des artisans ou des PME (plombiers, maçons, peintres, entretien de matériels…) dont les marchés sont aléatoires. Ils hésitent à embaucher alors qu’ils ont une visibilité réduite pour leur carnet de commandes et craignent de ne pouvoir licencier une fois les chantiers aboutis.

D’accord. Le problème est réel. Mais pourquoi n’avoir pas retenu le projet similaire de la Commission Virville (le contrat de mission) ! Certes, il était destiné aux cadres, mais le principe était généralisable.

Et puis, personne n’est dupe. Puisque cette initiative a valeur de test, pourquoi avoir maquillé le projet en le qualifiant d’embauche à l’essai ?

Dans les TPE, comme les PME, la qualité du travail et le taux d’absentéisme dépendent du degré de confiance instauré dans la relation employeur/salarié. Entre la précarité (le CDD) et le licenciement impossible (le CDI actuel), il faut trouver une forme de contrat unique (éviter les discriminations statutaires) avec plus de souplesse pour l’employeur. Mais aussi de la transparence, de la perspective (priorité à la réembauche, allocations dégressives) pour les salariés. On restera toujours dans « l’entre-deux » tant qu’on ne se sera pas attaqué aux rigidités du Code du Travail. On ne pourra s’y atteler qu’en évitant tout prétexte à suspicion et en offrant des garanties réciproques.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 juin 2005 dans Actualités / Débats (Eco)
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8 juin 2005

Chômage / Emploi : Contre l’immobilisme … le courage !

Qui va oser le premier ? Qui va avoir le courage de taper sur la table, d’arrêter les guerres idéologiques, et d’en appeler à la responsabilité des acteurs sociaux dans la lutte pour l’emploi.

Les recettes, tout le monde les connaît. Toutes les revues économiques ont publié la liste des actions possibles. Les Français ont été abreuvés des conclusions de multiples rapports, dont récemment ceux de Martin Hirsch (contre la pauvreté) et de Michel Camdessus (rapport rédigé à la demande de Nicolas Sarkozy). Mais comme le disait Martin Hirsch lui-même, ce matin, sur France Inter, une fois publiés, tous ces plans d’action finissent dans les cartons des résolutions enterrées.

Le problème, ce ne sont pas les idées, c’est le courage. Celui de s’en prendre aux tabous, au confort d’une opposition idéologique dont François Chérèque, secrétaire général de la CFDT disait hier sur RTL qu’il s’agit « d’une opposition de style qui ne produit plus rien ». D’un côté, dit-il, le « je ne touche à rien », et de l’autre « je remets tout en cause » ! Je partage cet avis. La Guerre Froide aurait dû finir avec la chute du Mur de Berlin. Ils nous pompent l’air, ces patrons excessifs dans leur ultralibéralisme. Leur idéologie ne vaut pas mieux que les slogans collectivistes.

Face aux attentes bien réelles de 10,5% de chômeurs, je préfère le pragmatisme et l’efficacité. Deux exemples :

1) Le Code du Travail : Ce sont les entreprises qui, principalement, créent de l’emploi. Les carcans administratifs, et encore plus le poids des éventuels licenciements, deviennent tels que plus personne ne veut prendre le risque d’embaucher. C’est moins vrai dans les grandes entreprises, mieux armées sur le plan juridique et comptable. Mais interrogez n’importe quel artisan ou patron de PME. Ici, on limite l’embauche à 10 personnes (seuil légal à partir duquel il faut un délégué du personnel), là à 49 (seuil au-dessus duquel il faut un comité d’entreprise). Attitude stupide, excessive, intolérable ? Certes. Mais l’empilement des lois sociales, le passif potentiel que constitue toute embauche dans une conjoncture aléatoire, la pression idéologique sur les chefs d’entreprise (capitaliste = salaud) et la complexité croissante des questions juridiques (tout le monde n’est pas sorti de l’ENA ou d’HEC) sont des données objectives, et si l’on veut que ces entreprises-là embauchent, il faut bien faire avec !

Il ne s’agit évidemment pas de déréguler le marché du travail. La priorité doit rester celle de la protection des salariés, de leurs droits, de leur représentation, et peut-être même de supprimer les CDD, pourquoi pas ! Mais nous sommes en crise, qu’on se le dise. Au moins, à court terme, il faut lever les tabous. Pourquoi les hommes politiques, cette semaine, se sont-ils tous précipités pour dire : « il ne faut pas toucher au Code du Travail ». Comme dit courageusement François Chérèque, « le Code du Travail change tous les ans ». Ne peut-on trouver un consensus pour faire sauter les verrous dont l’analyse rationnelle démontre l’incongruité ?

2) Il y a le poids des charges ! Ca fait 15 ans qu’on en parle dans ce pays. Il est vrai que le patronat, en focalisant toutes ses revendications sur ce thème, et en le mettant à toutes les sauces, a perdu en crédibilité. Mais enfin, sans généraliser, qui peut encore douter des discriminations flagrantes entre les charges que paient les entreprises françaises et celles de leurs homologues du Sud de l’Europe ou de l’Europe de l’Est, nos compétiteurs sur les mêmes marchés ? A chaque fois qu’on essaie de faire bouger ce dossier, il se trouve à l’INSEE, au Plan, au CNRS, des analystes et des chercheurs pour nous démontrer qu’à coût du travail comparé, la France s’en tire bien. Et c’est probablement vrai globalement. Sauf que les charges pèsent moins dans le secteur des services, exportateur, alors qu’elles plombent nos industries manufacturières, et même notre agriculture.

J’étais, hier soir, dans les Vosges, à Bruyères. Dans cette région, l’industrie textile est en compétition avec des entreprises roumaines, polonaises dont les écarts de salaires sont déjà de 1 à 3. Si l’on rajoute les charges, c’est évidemment perdu d’avance ! ! ! On nous dit à l’INSEE que les gains de productivité, y compris dans ce secteur, compensent les différentiels de coûts de production. Eh bien ! Ca veut dire quoi « gains de productivité », à chiffre d’affaires stagnant si ce n’est moins d’emplois par unité produite !

Tout le système français du financement de notre politique sociale (ce fameux modèle social si déficitaire !) est financé par les contributions des seules entreprises qui créent des emplois. C’est du délire. C’est une atteinte au bon sens. Michel Rocard avait essayé d’en faire financer une partie en créant la CSG. D’autres, comme le sénateur Jean Arthuis ou mon père et moi, demandent depuis longtemps qu’on étudie le transfert de ces contributions vers une TVA sociale. Si on ne prend pas des mesures radicales, de toute façon, on confine dans l’aveuglement.

3) Sur ces deux points, assouplissement administratif et baisse des charges, les idées ont commencé à évoluer. Ce sont les deux piliers du plan « services à la personne ». Mais pourquoi le raisonnement s’arrêterait-il au seuil des entreprises. Pourquoi imagine-t-on qu’une baisse de charges est favorable à l’emploi d’un jardinier ou d’un prof de maths à domicile, mais pas à celui d’un plombier chez l’artisan ou d’un fraiseur chez Dassault ?

Le redressement anglais, de Thatcher à Blair, tout comme l’expérience danoise n’ont pu être menés qu’en rupture avec les cultures dominantes. Il y a eu des gens dans la rue, ça a castagné aux sorties de certaines usines, mais les politiques ont tenu bon.

Moi, je crois que les Français ne sont absolument pas accrochés à un modèle dont ils voient la faillite. Ce qu’ils veulent, ce sont des jobs, des perspectives de carrière et des revenus croissants. Ca passe par un plan global qui conjugue deux engagements : la sécurité des salariés, l’assurance du maintien d’un régime protecteur auquel ils ont cotisé, un renforcement du droit contractuel. Mais aussi, la fin d’une culture de passivité et d’assistance permanente. Avec pour corollaire : allocations chômage et RMI dégressifs après premiers refus d’embauche, participation à des systèmes de formation obligatoire pendant les périodes de chômage, revalorisation des métiers manuels et de services (un gisement d’emplois énorme), etc…

Oui, qui va oser ? Il y a des coups à prendre, mais, à terme, j’en suis sûr, une vraie reconnaissance des Français pour ceux qui s’y seront investis.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 juin 2005 dans Actualités / Débats (Eco)
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31 mai 2005

Loi Galland : Nouvel état des positions

Pendant que la République panse ses plaies et se cherche de nouveaux hérauts, la nécessité de réformer le Code du Commerce demeure. Le dossier est toujours pendant au Sénat. Quels que soient les aléas de la vie politique, tous les professionnels continuent d’y réfléchir, ne serait-ce que pour pouvoir élaborer les scénarios de leur politique tarifaire 2005/2006.

1) Christian Jacob : Théoriquement, jeudi 2 juin, je débats avec lui. Cette rencontre improbable a été astucieusement organisée par le directeur de la rédaction de LSA, Henri Loizeau. Je ne sais si le ministre maintiendra sa participation, remaniement oblige. Mais ça promet d’être assez tonique. Dans ses dernières positions, il adoptait un ton vraiment débonnaire : une combinaison de remarques sarcastiques et un flegme permettant d’anticiper tous les aléas. S’il est une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est la langue de bois. Devant le parterre des représentants du commerce associé (mon blog du 19 mai), il a rappelé que tout ministre qu’il était, il n’avait pas oublié cette bonne période où syndicaliste du CDJA, « il déménageait les magasins de Mel à coups de fourche ». On est évidemment très loin dans tout cela des préoccupations du secteur : pouvoir d’achat, panne de la conso, repositionnement des marques. Ce n’est apparemment pas son problème.

Avec l’entêtement qu’on lui connaît, il ne semble pas se préparer à une quelconque négociation (ouverture !). Tout son discours tient dans ce précepte : « les prix bas tuent l’emploi ». En oubliant que l’inverse est encore plus vrai : les prix trop élevés des marques nationales favorisent l’achat de produits importés. Au rendez-vous de la macroéconomie (consommation en panne, commerce extérieur déficitaire), ses propos clientélistes finiront par coûter très cher. Cette politique-là qui oppose consumérisme et défense des corporations, achève de planter le pays !

2) J’ai finalement rencontré le sénateur Cornu, jeudi dernier. Au vu de la technicité du dossier, il a compris qu’il fallait recevoir les « opérationnels » et pas simplement les « institutionnels » des fédérations. Décision intelligente. On me l’avait décrit comme un personnage peu enclin à se mobiliser sur ce dossier. Et surtout pas capable de remettre en cause les inepties du projet de loi. Erreur. L’homme est simple, quelque peu effacé, traduction d’une réelle humilité. Mais il écoute, il est très facile de discuter avec lui. J’ai trouvé son approche plutôt pragmatique (il rappelle qu’il fut opticien et qu’il connaît la fonction commerciale). Après quelques auditions (en rentrant dans la salle de commission, je croisais Arnaud Mulliez…), il s’est rallié à cette idée : « Ce n’est pas au législateur de fixer les prix, ni de s’immiscer dans la négociation ». Du coup, je le sens capable de quelques évolutions positives. Il n’en aura pas beaucoup le temps, ni les coudées franches. En revanche, il n’envisage pas de remettre en cause toute la batterie de sanctions pénales prévues dans le projet de loi : « Je peux faire avancer les choses, mais je n’ai pas tout à assumer ».

3) Thierry Breton, lui, semble vouloir aller plus loin. Je l’ai rencontré vendredi, avec son directeur de cabinet, Gilles Grapinet, et sa conseillère, Marion Zalay. Premier contact très positif. Jusqu’ici, il n’est pas intervenu sur cette partie du projet de loi « entreprises ». « A ma nomination, les partages de compétences étaient déjà faits : j’ai hérité du volet financier, fiscal (transmission et création d’entreprises), et Christian Jacob de la partie concurrence ». Néanmoins, il sent bien que la reprise de la consommation nécessite que l’on revisite le projet dans un sens plus mobilisateur (pour les entreprises) et profitable au gouvernement (à quoi bon tout ça s’il n’y a pas quelques baisses de prix à engranger). Ses services ont d’ailleurs mis au point un « panier type » pour mieux suivre l’évolution des dépenses en hyper.

Jamais, dans la discussion, il ne s’est laissé aller à une quelconque critique à l’égard de C. Jacob, de Raffarin ou de Chirac. Pas intéressé pour un sou par la critique politique du projet. On le sent, lui aussi, très pragmatique : pas d’encadrement administratif de la négo, normalisation du droit français par rapport au droit européen, pas de diatribe anti-distribution, recherche d’un consensus sur les conditions d’une réforme progressive. « L’idéal serait de faire émerger une plate-forme commune industrie-commerce pour lever toute suspicion sur une méthode qui ne profiterait qu’à une des parties ».

4) Justement, on s’y emploie. C’était déjà une suggestion de Patrick Ollier et de Luc Chatel à l’AN. Puisque Christian Jacob revendique le soutien des fédérations (dont la moitié n’est pas directement concernée par le sujet ! ! !), il faut que les grands opérationnels parlent ensemble. C’est déjà ce qu’avait tenté de faire Claude Guéant, le directeur de cabinet de Sarkozy quand il était à Bercy.

Donc, depuis deux semaines, au siège de la FCD et à l’Ilec, des groupes de travail ont rassemblé les dirigeants de Procter, Coca, Nestlé, Danone, etc…, d’un côté, et Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U, etc…, de l’autre. Avec pour objectif une proposition concrète concernant deux volets majeurs de la réforme. L’un, substituant aux sanctions pénales un dispositif de répression plus conforme aux enjeux (sanctions civiles ou administratives ?) ; l’autre, qui devrait permettre de fixer, d’un commun accord, la définition du prix d’achat net, à partir duquel on appliquerait, sur deux, trois ou quatre ans, un coefficient dégressif de marge pour tendre vers un régime normalisé.

A suivre, pour de nouvelles aventures…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 31 mai 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Loi Galland
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17 mai 2005

Actions en nom collectif : Pourquoi seulement viser les consommateurs ?

Au début de l’année, Jacques Chirac a souhaité que les consommateurs puissent attenter des actions collectives (class action) contre les pratiques abusives. Il empruntait cette idée au député Luc-Marie Chatel (UMP), auteur d’un rapport (2004) sur le droit de la consommation.

J’essaie actuellement de me documenter sur ce sujet. Peut-être vous rappelez-vous ma note du 23 janvier (Réponse à Fifi du 13 mai). Depuis, les lobbies se sont exprimés. Dominique Perben a calmé le jeu et demandé à Christian Jacob et Thierry Breton d’instruire le dossier, dans l’intérêt des consommateurs, mais aussi « dans la garantie de protection des entreprises ». On respire au MEDEF !

Pour Luc-Marie Chatel, que j’ai rencontré récemment, il ne s’agit certainement pas d’enterrer le dossier. Au contraire, il estime qu’il y a une vraie attente (ONG, associations) et que le système actuel de protection des usagers est insuffisant. On le voit, par exemple, dans la désastreuse et lamentable affaire de l’amiante ! Et plutôt que de refermer le dossier, comme le demandent les entreprises, il préfère qu’on essaye de rationaliser le débat. C’est ce à quoi s’attèlent les 17 membres d’un groupe de travail (magistrats, juristes, fonctionnaires, représentants d’associations et d’entreprises). Remise des travaux : fin 2005.

Le sujet est terriblement impactant sur la vie économique. Le Président, « bien intentionné », s’est focalisé sur le secteur de la conso. Les mauvaises langues rapportent : pourquoi négliger une petite pression supplémentaire sur la grande distribution ! Wal-Mart, aux US, fait l’objet d’une plainte pour discrimination sexuelle déposée en 2001. Selon le concept américain de « class action », une condamnation pourrait valoir au distributeur obligation de réparation pour 1,5 million de femmes employées dans l’enseigne. (Vous imaginez la pression qu’on pourrait mettre sur Carrefour et les autres).

Ce que j’ai compris du concept me fait penser que le dispositif concernera, au contraire, tous les secteurs d’activité, privés et publics. L’action de groupe exige que l’on revoie une grosse partie de nos procédures civiles (instruction, régime des preuves, calcul du préjudice, mode de recours, etc…). Pas crédible de segmenter les domaines d’application.

Rappelons le principe : il s’agit de permettre à tout individu de se reconnaître victime d’une exaction pour revendiquer réparation d’un préjudice. Même si cet usager n’a pas été à l’origine de la plainte. Exemple : une association anti-tabac a attaqué des producteurs de cigarettes en Floride. Des milliers de fumeurs ont revendiqué de pouvoir bénéficier de l’indemnisation.

Sous des versions plus ou moins édulcorées, il existe de tels dispositifs en Angleterre, en Allemagne, au Canada, en Suède, et bientôt au Portugal. Même en France, nous disposons d’une « action en représentation conjointe », mais très lourde à mettre en œuvre (système de mandat, obligation procédurale, risque de retour sur plaignant, etc…). C’est la lourdeur de ce dispositif qui amène les consommateurs français à rêver d’un système plus ouvert. « En l’absence d’action de groupe, c’est à chaque consommateur d’aller en justice pour obtenir réparation. D’où, multitude de procès, multiplication des expertises, engorgement de la justice, coût pour collectivité ». (Gaëlle Pateta, juriste UFC dans Libé 7/01/2005).

Si je synthétise tout ce que j’ai appris sur ce dossier, je vois trois problèmes :

1) Accélération garantie du processus de judiciarisation des conflits dans tous les secteurs (prolifération des procès, émergence d’une catégorie d’avocats rabatteurs, eux-mêmes rémunérés en pourcentage des indemnités, recherche de transactions avec les entreprises qui, pour éviter un procès long et coûteux, préfèrent payer). On cite le chiffre de 250 milliards de dollars pour estimer le coût des procès en dommages et intérêts aux Etats-Unis. Intox ?

2) Pour se prémunir des aléas, les entreprises provisionnent dans leur bilan des sommes considérables. Les primes d’assurance explosent. Pas seulement dans le secteur économique. Dans le secteur médical aussi (les obstétriciens, les chirurgiens esthétiques, les anesthésistes, etc…). Au final, c’est le consommateur qui paie ces surcoûts répercutés dans le prix des prestations.

3) Les approches juridiques sont-elles compatibles ? L’ensemble de notre système juridique repose sur la responsabilité individuelle (devoir) des décideurs. La class action transforme les décideurs en délinquants potentiels, dès lors que tout consommateur peut s’auto-désigner comme victime. C’est contraire aux fondements de notre droit actuel qui exige d’un plaignant la preuve de son droit à agir.

4) Le Président vient de faire modifier la Constitution en introduisant « le principe de précaution ». Non seulement les avocats pourront se retourner contre les entreprises, mais au nom du même principe, ils pourront se retourner contre l’Etat qui, au mépris du principe de précaution, n’a pas contrôlé à temps les entreprises, ni pris (ex. de l’amiante) dans les universités et les bâtiments publics, les dispositions nécessaires et suffisantes. L’arroseur arrosé, en quelque sorte… mais pourquoi pas !

Dossier extrêmement intéressant mais complexe…, qui plus fondamentalement remet en cause la notion de « limite de responsabilité ». Ca mérite mieux qu’une polémique. Votre opinion ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 mai 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco)
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26 avril 2005

Importations de textile chinois : le casse-tête européen

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Usine de textile dans l'est de la Chine (AP)

J’ai une question « déplacée » : quel est le degré de sincérité de nos dirigeants politiques et industriels dans toute cette agitation autour des importations de textile chinois ? Voici ce qui me préoccupe :

1) La suppression progressive des quotas d’importation est en cours depuis dix ans. La Commission Européenne, avec l’accord des états membres, a prévu de longue date la levée des dernières mesures protectionnistes dont on parle aujourd’hui.

2) Des professionnels s’en sont inquiétés ? Des études d’impact ont été réalisées ? Les administrations n’y ont pas trouvé matière à contentieux.

3) C’est que les puissances occidentales voient dans la Chine un marché très prometteur. Lors de son adhésion à l’OMC en 2001, elles n’ont pas écouté les ONG qui contestaient l’absence de contrepartie en droit social (droits de l’homme, conditions de travail, etc…).

4) Et voilà que trois mois après la levée des derniers quotas, c’est la panique. La France réclame l’installation de clauses de sauvegarde. Patrick Devedjian, Ministre de l’Industrie, reprend à son compte les chiffres de l’Institut Français de la Mode et annonce une perte de 7 000 emplois supplémentaires (par rapport aux 10 000 déjà prévus) pour la fin de l’année 2005.

Comment expliquer cette montée de sang et l’unanimisme des dirigeants français, quelques semaines seulement après la décision d’ouvrir les frontières : faillite des prévisionnistes, naïveté politique, ou bien ? ? ?

a) D’abord, raison garder. L’accroissement des chiffres d’importations sur certaines catégories de produits (pull-overs, lin tissé, tee-shirts, etc…) traduit, en Europe comme aux Etats-Unis, un processus de régularisation des importations. Une bonne part des importations chinoises se planquaient derrière des prête-noms. L’impunité étant garantie, nombre d’importateurs qui se cachaient derrière les dénominations de sociétés implantées dans les pays de l’Est ou au Maghreb régularisent leur situation.
b) La plupart des produits dont on parle dans les médias ne concurrencent pas directement l’industrie française. Depuis longtemps, nos industriels ne produisent plus de tee-shirts, de socquettes, ni même de jeans. Ils les font fabriquer au Maroc, en Turquie, en Roumanie ou à l’Ile Maurice.
c) Il n’en reste pas moins que les distorsions de concurrence entre les producteurs chinois et les producteurs ouest-occidentaux sont insupportables. Les rapports de salaires y sont de 1 à 10. C’est en parfaite connaissance de ces différences de coûts que nos représentants à Bruxelles ont accepté d’ouvrir les marchés.
d) Avons-nous manifesté notre opposition ? Quand et auprès de qui ? Le gouvernement français n’a-t-il pas été l’un des plus fervents partisans de l’accroissement des échanges avec la Chine ? Le Président de la République ne s’y est-il pas particulièrement impliqué, encore récemment dans son dernier voyage ?

La réalité est cynique. Et nos amis industriels du textile ne doivent pas se faire trop d’illusions. Leurs intérêts semblent bel et bien avoir été sacrifiés dans une négociation qui a privilégié l’ouverture du fabuleux marché chinois à nos Airbus, nos TGV, nos centrales nucléaires, notre industrie automobile. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les contorsions verbales des personnalités accompagnant actuellement le Premier Ministre en Chine : tout est fait pour minimiser les récriminations françaises et ne pas braquer nos interlocuteurs asiatiques.

Je prends les paris : passé le référendum (et les élections au MEDEF), nos dirigeants sauront prendre prétexte des positions libérales d’autres états membres pour justifier le minimalisme des mesures de sauvegarde qui seront adoptées. Il n’y aura pas de guerre du textile avec la Chine !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 26 avril 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Industrie
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14 avril 2005

Importations et délocalisations : Le Sénat cible la distribution

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Quand j’ai reçu la convocation, j’ai franchement hésité. Le sénateur Jean Arthuis (UMP) était-il en train d’organiser un « remake » des auditions parlementaires qui, dans les années 93-94, avaient lancé le mouvement anti-grande distribution. Des commissions présidées par lui-même, mais aussi par Franck Borotra ou Georges Chavanes, avaient désigné « la politique des prix bas » comme fauteur des délocalisations industrielles.
Armé d’une batterie d’arguments et de statistiques, j’ai finalement décidé de me prêter à l’exercice (les absents ont toujours tort). Et ce mardi, je me suis retrouvé face à une trentaine de sénateurs dans la salle bien tristounette de la Commission des finances. Accueil chaleureux, même si Jean Arthuis prend volontairement quelques distances en ouvrant la séance un peu solennellement (il est vrai, nous nous connaissons depuis 15 ans !). Et d’emblée (j’aurais gagné mon pari !), on me ressort le même menu : « une forte pression sur les prix et une relative indifférence des consommateurs quant à l’origine géographique des produits… conduisent à une hyper concurrence entre distributeurs et…contraignent les producteurs à délocaliser ». « Les consommateurs ne font plus le lien entre leurs achats et leur emploi ! ».

Passons sur le fait qu’aujourd’hui justement les prix des produits français sont plus élevés qu’ailleurs et que, même fabriqués à l’étranger, ils sont vendus trop chers (loi Galland) ! ! !
Alors pour la centième fois, j’explique, et je prends le cas du textile français.

1) C’est le secteur le plus touché. Les délocalisations ont commencé bien avant le développement des hypers qui n’ont pesé sur les achats textiles qu’au début des années 90. Les industriels du Choletais, d’Ile-de-France, du Lyonnais ont investi au Maghreb, puis à l’Ile Maurice, dès 1975, pour réduire leurs coûts. Pour résister aux importations ? Même pas, ils étaient protégés par des quotas. Non, il s’agissait d’accroître les marges.

2) Ces industriels ont-ils agi par la suite pour éviter la pression des centrales d’achats ? Non, la preuve : ils n’ont jamais voulu livrer leurs marques aux hypers. Jamais. Malgré des procès célèbres qui ont amené Leclerc ou Carrefour à les attaquer pour « refus de vente » (ex. : actions contre Absorba ou Petit Bateau). Ce sont les secteurs du luxe et du prêt-à-porter qui ont délocalisé en premier (Rodier, Hechter, Saint-Laurent).

Anecdote : J’avais, dans les années 80, placardé, en 4 x 3 sur les murs de France, une affiche avec comme seule image un cintre et ce texte : « Daniel Hechter ne vend pas à Leclerc parce que Leclerc n’est pas assez cher ! ». Il avait répliqué dans la presse en dessinant une boîte de petits pois à sa marque : « Voici ce que Daniel Hechter serait devenu s’il avait vendu à Leclerc ».

3) Pas possible donc d’accuser les méchants distributeurs. Les sénateurs restent sans voix. Il est vrai qu’aujourd’hui, 80 % du textile vendu dans les hypers, par la VPC (La Redoute, 3 Suisses) ou chez les spécialistes (Gap, Etam, H & M), sont des vêtements importés. Mais observez bien les rayonnages et les vitrines. Pratiquement aucune marque industrielle. Les distributeurs ont été obligés de créer leurs marques propres. Ils se sont adaptés à une donne qu’on leur a imposée.

4) C’est à cette conclusion que je veux amener les sénateurs. Une conclusion paradoxale. Si les marques textiles avaient livré la grande distribution, le mouvement de délocalisation eût pu être freiné. Pas stoppé (les écarts de coûts sont trop grands avec l’Asie). Mais plus étalé.

En pratiquant de plus faibles marges que le réseau traditionnel, les GMS et les GSS n’auraient pas répercuté aussi vite les augmentations de coûts de production. Ils auraient fait « tampon ».
Les industriels ont préféré, de 1960 aux années 90, réserver leurs marques aux commerçants spécialisés qui vendaient cher. Ceux-ci ont disparu et, avec eux, l’emploi industriel ! ! ! CQFD.

J’ai quitté les sénateurs en rappelant que, dans trois semaines, ils auraient à débattre de la réforme de la loi Galland qui produit les mêmes effets (marques trop chères, report des achats sur le hard-discount, importateur). L’histoire décidément repasse les plats… Retiendront-ils la leçon ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 avril 2005 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie
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25 février 2005

Liberté des prix : l'obstacle culturel

 Il suffit d'aller à l'étranger : journalistes, chefs d'entreprises, hommes politiques au fait des réalités françaises... tous affectent de s'étonner, de ne pas comprendre, jusqu'à pour certains recourir à une forme déplaisante d'ironie : Quoi, en France, quatrième exportateur mondial, pourfendeur des subventions agricoles américaines, pays des plus belles réussites dans le domaine du luxe, du prêt-à-porter, des laboratoires pharmaceutiques, de l'agroalimentaire et de la distribution moderne,... vous dissertez encore des mérites et des inconvénients de la liberté des prix ? Mais vous avez donné des leçons à l'Europe toute entière, sous de Gaulle, sous Pompidou, sous Giscard, pour exiger la levée des sanctions à l'encontre de vos propres produits.

Eh oui, le fait est ! On se sent minable, parfois, de porter le boulet de telles images alors qu'en France même, on voudrait être auteur du changement dans ce domaine.
Oui, c'est vrai. La France n'a connu depuis la guerre que dix années de liberté des prix. De 1945 à 1985, la « rue de Rivoli » dictait aux entreprises leur marge de manoeuvre, validant les tarifs, négociant les hausses. Puis vint Balladur. On a retenu l'image caricaturale de l'homme dans sa chaise à porteurs. Immense injustice. Il fut serviteur du pays en imposant la liberté des prix, la concurrence, et son institution de régulation : le Conseil de la Concurrence. Dix ans de liberté qui permirent la lutte contre les monopoles (pétrole, parapharmacie....) et une lutte efficace contre l'inflation, alors à deux chiffres. Dix années qui furent à les en croire, le bagne des industriels. Libres de leurs prix partout ailleurs en Europe, ils firent le siège du parlement pour obtenir le relèvement du seuil de revente à perte et les prix unifiés en 1996. La Loi Galland supprima la liberté des prix en 1997.

Il est facile, quand on parcourt l'histoire économique de notre pays, de comprendre toutes les pesanteurs idéologiques qui plombent le débat national sur les prix, jusque dans le cerveau de nos élites ! Si seulement ils voulaient bien confronter leur discours avec celui de leurs homologues européens, ils en auraient, comme moi, franchement honte, tellement nous sombrons dans le ridicule.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 février 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Prix / Concurrence
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