27 mars 2006
La fusion Suez-GDF et la hausse des tarifs : A qui profite le monopole ?

Plateforme gazière off-shore © afg
L’affaire du CPE est une aubaine pour Gaz de France. C’est presque en catimini que T. Breton s’apprête à autoriser la scandaleuse augmentation du prix du gaz, sans que celle-ci n’ait réellement fait l’objet d’un débat contradictoire, sans qu’aucun argument pertinent n’ait été formulé pour en justifier l’ampleur.
La hausse va venir ponctionner le pouvoir d’achat de nombreux Français. Elle intervient dans un climat de consommation morose. (On imagine que le gaz ne fait pas partie du panier de produits dont Bercy s’obstine à limiter l’évolution de l’indice !!!).
Que Choisir et quelques députés s’en sont émus. Il faut dire qu’avec une hausse annoncée de 16 % (un test, un ballon d’essai pour mieux donner l’impression qu’on va arbitrer ?), les usagers pouvaient s’offusquer. Mais même en fragmentant et en différant des hausses de 5 à 8 %, T. Breton me donne l’impression de cautionner une belle arnaque.
1) La hausse se justifie-t-elle ?
GDF s’abrite derrière le renchérissement de ses approvisionnements et du lien contractuel entre prix du gaz et prix du pétrole. La Commission chargée de « revisiter » le mécanisme de répercussion automatique des prix a proposé un compromis assez fumeux. Mais GDF qui a déjà augmenté ses tarifs de 10 % l’année dernière, a réalisé un bénéfice « historique » de 1,7 milliard en 2005 ! Où se situe l’urgence ?
2) Qui va profiter de la hausse ?
Vous me direz : « c’est l’Etat » (donc les finances publiques) qui profitera de cette manne supplémentaire…et non les fonds de pension qui opèrent, en prédateurs, dans les coursives du CAC 40. L’Etat possède 70 % de GDF.
Sauf que…la fusion GDF-Suez va ramener la part de l’Etat aux alentours de 35 %. En permettant l’augmentation des recettes de GDF, l’Etat valorise, certes, sa part de fonds de commerce, mais il dote aussi la mariée d’un pactole prélevé dans la poche des Français. Je trouve l’opération extrêmement choquante !
3) A quoi servent les monopoles ?
Les Français n’ont pas la possibilité (comme sur le marché pétrolier) de faire jouer la concurrence. GDF (et l’Etat actionnaire) profite donc aujourd’hui de ce monopole. Mais si, demain, la rente profite à des actionnaires privés, qu’est-ce qui justifie encore ces pratiques et ce mode de détermination des prix ? Les consommateurs n’y ont rien à gagner.
Dans un billet courageux et fort bien torché. (Le Nouvel Economiste, 23/03/06), Henri de Bodinat décrit cette augmentation comme « un transfert massif de valeur, contraire à l’intérêt général de milliers d’entreprises et de millions de particuliers »…vers un monopole, « qu’au nom du patriotisme économique », on va élargir à des actionnaires privés majoritaires.
Posée en ces termes, (et non plus en des termes purement idéologiques comme on le fait au PC), la question de la privatisation « rampante » de GDF est une question qui doit intéresser tous les usagers !
Posté par M.E.L. le 27 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Eco)
,
Economie
,
Energies
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 9
> Donnez votre avis
21 mars 2006
CPE : Sortir du blocage, vite !

© Weck / 1D-photo
Vue de l’étranger, l’agitation française ne fait même plus sourire. Quelles que soient les appréciations de nos partenaires chefs d’entreprise ou de nos interlocuteurs politiques, l’affaire du CPE révèle une France si caricaturale que même les journalistes de la perfide Albion n’ont jamais osé en brosser le trait. Rendons-nous compte : il y a seulement quelques mois, nous donnions des leçons aux autres Européens pour dénoncer l’absence de projet social…et revendiquer le nôtre : le modèle social français !!! Quelle prétention !
Le courage est une vertu. On veut bien en créditer Villepin. Mais combien de capitaines courageux ont, par orgueil ou par aveuglement, précipité leur vaisseau sur des récifs. Il a voulu passer en force, sans même pouvoir compter sur des alliés. Voilà qu’il donne un os à la gauche, toutes composantes réunies. S’il retire son projet, il fait perdre son camp. Et probablement aussi toute capacité de réforme du droit social d’ici 2008. S’il s’arc-boute, encore conviendrait-il qu’on puisse sereinement amender le projet, qu’on reste sur le terrain de l’emploi et qu’on évite la surenchère politique.
Ca n’en prend pas le chemin. Forts des points déjà marqués dans l’opinion, les syndicats pourraient tout à fait accepter d’amender le CPE. Mais l’occasion est trop bonne pour prendre la revanche du CNE, remotiver les troupes, et recruter chez les jeunes ! Ils réclament, comme les étudiants, le préalable du retrait du CPE. Mais à supposer qu’ils l’obtiennent, en quoi la donne sociale aura-t-elle concrètement avancé !
Il n’y a pas de proposition alternative. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans les incontournables interviews des leaders syndicaux, politiques ou étudiants ! C’est vite fait. Que du bâclé !
La CGT parle vaseusement d’une « pré-scolarité financée par l’Etat pour les jeunes chômeurs sans qualification ». La CFDT plaide pour un « revenu d’autonomie ». Quant au PS, il n’a toujours pas tiré un trait sur la méthode Aubry. Voilà généreusement qu’il prône « une rémunération minimale garantie » pour nos jeunes, dans le cadre d’un processus d’insertion des plus flous !
Tout dans le traitement social ! Rien, malgré les contributions de DSK ou de Rocard, pour améliorer la fluidité du marché du travail ou revaloriser la politique contractuelle. Ah ! Ils peuvent tous se revendiquer du modèle danois ou de l’expérience de Tony Blair ! C’est bien pour l’image. Mais dès qu’il faut redevenir concret…coucou, les vieux démons !
Le comble, c’est l’attitude des présidents d’université.
Pétochards, incapables de faire respecter le droit dans leur propre université, voilà qu’ils s’avisent de donner des leçons !
Le CNE, comme le CPE, avait pour vocation d’œuvrer pour les jeunes non qualifiés, dont 40 % sont au chômage. Que viennent, ici, revendiquer les diplômés (Sciences Po en grève, quel luxe !) et les universitaires qui n’ont, par ailleurs, jamais manifesté la moindre solidarité à l’égard des filières d’apprentissage.
Et puis, surtout, comme le dit F.X. Pietri dans son éditorial de La Tribune, c’est quand même un comble de voir tout le haut de gamme de l’Education Nationale se joindre au mouvement de contestation, eux qui « avec l’éducation nationale tout entière, ont une large part de responsabilité dans le malaise (actuel). C’est d’abord parce que l’école, qu’elle soit primaire, secondaire ou supérieure, ne prépare pas les jeunes à leur entrée dans la vie active qu’ils butent à sa porte ».
Il serait temps qu’on arrête cette partie de poker menteur.
S’il s’agit de lutter contre le chômage, il faut savoir affronter les problèmes de manière pragmatique et sans tabou.
1) Le gouvernement ne peut pas dire être prêt au dialogue et, en même temps, se retrancher derrière la prétendue impossibilité « de remettre en cause un texte qui a été voté démocratiquement et souverainement par l’Assemblée Nationale ».
2) Le patronat doit parler franc : j’écoutais, samedi matin, sur RTL, Denis Gautier-Sauvagnac, Président de l’UIMM (MEDEF), interrogé par Jean-Michel Aphatie. Il disait en substance : « Il n’y a pas de précarité nouvelle, on ne pourra licencier à la tête du client, le droit du travail s’applique ». Mais quand le journaliste demande pourquoi alors on n’inscrit pas dans le contrat cette forme d’obligation qu’impose le droit général, DGS s’exclame : « Ah, non, ça enlèverait tout l’intérêt du CPE ! ».
J’ai beau être chef d’entreprise, militer pour la simplicité et la fluidité du droit du travail, cette réponse me choque. Elle jette le doute sur les intentions.
3) Le CPE peut être amendé. Comme l’ont dit plusieurs députés, rien n’empêche d’améliorer le dispositif. Même Monsieur Balladur propose qu’on précise les conditions de licenciement.
4) Il faut arrêter de faire du CPE un remède miracle. Il est probablement utile dans les PME ou pour faciliter l’embauche des jeunes les moins qualifiés. Mais un groupe comme le mien ne créera pas plus d’emplois avec le CPE. Denis Olivennes, PDG de la Fnac, qui répondait comme moi aux journalistes dans les stands du salon du livre, pense exactement la même chose.
Et puis le CPE ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est par pure gloriole que Villepin en a fait une mesure emblématique de la lutte contre le chômage. Foutaise. On ne fera pas, même avec le CPE, l’économie d’un traitement de choc : baisse des charges, diminution du train de vie de l’Etat et du ponctionnement de la sphère privée vers la fonction publique, remise en cause du système éducatif, etc.
Les jeunes n’ont rien à gagner au pourrissement de la situation. Et ce serait sacrément irresponsable, de la part de l’opposition, que de sacrifier l’avenir de nos jeunes à ce rapport de forces qui ne produira rien de concret. (François Hollande est-il crédible quand il demande de différer l’application du CPE à 2007 ? Alors qu’on sera en pleine période électorale ?).
Sauf à rêver (ou à rechercher) un avancement du calendrier électoral, il est urgent de sortir des tranchées dans lesquelles chacun s’est enterré.
Posté par M.E.L. le 21 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Eco)
,
Actualités / Débats (Pol.)
,
Economie
,
Politique
,
Société
Lien permanent |
> Commentaires : 49
> Donnez votre avis
16 mars 2006
Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.
Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.
Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.
1) Les éléments de surcoût
a) Les investissements
Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.
Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.
Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.
b) Surcoûts liés à l’exploitation
Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :
- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.
- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).
- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).
c) Le coût des services supplémentaires
Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.
- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…
- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,
- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, ...etc.
Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.
d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.
Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.
2) Le positionnement prix et les écarts
a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.
b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.
Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :
Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

c) Les prix boutiques
Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).
Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.
Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?
Posté par M.E.L. le 16 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
,
Energies
,
Pouvoir d'achat
,
Prix / Concurrence
Lien permanent |
> Commentaires : 13
> Donnez votre avis
14 mars 2006
CPE : Et l’emploi dans tout ça ?

Hypocrisie, erreur tactique, instrumentalisation et manipulation : l’affaire du CPE tourne à la farce politique. Comment ne pas renvoyer dos à dos syndicats et politiques dans cette affaire, dont on ne voit pas comment elle pourrait favoriser dans notre pays le retour aux valeurs d’effort, de travail. Et réconcilier la jeunesse et l’entreprise.
1) Beaucoup de professionnels en conviennent. La bonne solution eût été d’unifier les contrats de travail : supprimer les CDD, généraliser le CDI, quitte à rallonger la durée de la période d’essai, mettre plus de souplesse dans les conditions de résiliation du contrat, et introduire une échelle de progressivité dans les contreparties financières en cas de licenciement.
2) Les syndicats n’ont jamais voulu de cette réforme. « On ne touche pas au droit du travail ». Malgré la centaine d’études dénonçant les rigidités du marché du travail, les mêmes syndicats n’ont que rarement fait des propositions alternatives.
3) D. de Villepin a voulu contourner la difficulté. On ne peut décemment lui reprocher la tentative. C’était même courageux. Il a donc conçu le CNE. Le packaging était présentable et socialement acceptable. Les éventuels utilisateurs (artisans et très petites entreprises) n’ont rien de repoussoirs. Et qui peut nier l’ampleur du chômage qui touche les jeunes sans qualification et les travailleurs manuels.
Le risque était d’ailleurs marginal. Croyez-vous vraiment que nos intellectuels, nos cadres, nos familles bourgeoises allaient se mobiliser contre le CNE alors que leurs enfants n’étaient pas particulièrement visés par cette réforme ?
4) Conforté par cette sorte de résignation populaire, Villepin a cru qu’il pouvait généraliser le processus en instaurant le CPE. Erreur.
..Parce que, dans ce cas, on changeait de clientèle. Tous les jeunes se sont sentis concernés. Du « sans qualification » au « diplômé d’IUT ». Du « banlieusard » qui se sent déjà méprisé, au « jeune bobo » à qui l’on a fait découvrir la notion de précarité.
De plus, la com de Matignon a créé le flou. Au lieu de mettre en avant des critères d’innovation, d’adaptation au marché et de garantir nos jeunes contre les abus d’une pratique trop paternaliste, les promoteurs du projet n’ont eu d’autre argument que d’opposer…la précarité du CPE à celle du chômage !!! « C’est ça ou rien », le CPE ou le chômage. Quel mauvais discours, effets pervers assurés. Même les titulaires actuels d’un CDI se sont sentis menacés, considérant qu’il y avait risque de substitution.
5) Mais pour qui veut s’attaquer vraiment au chômage des jeunes, rien n’était encore, ces deux dernières semaines, vraiment irréparable.
Là encore, tous les juristes confirment. Il y a, dans la jurisprudence française et dans les principes généraux du droit du travail (OIT), l’arsenal des textes qui permettaient de pallier aux critiques du CPE. Le ramener dans le giron d’un vrai CDI ; créer l’obligation de motiver le licenciement, s’appuyer sur les notions d’abus de droit pour réprimer toute tentative de discrimination ou de rupture illégale de contrat, mieux indemniser, etc...
6) Trop tard.
A la tête des jeunes, pourtant jusqu’ici relativement peu mobilisés, les avant-gardes patentées de la contestation ont pris les rênes des AG et rêvent d’en découdre.
Aubaine pour les syndicats. Hier, incapables de mobiliser massivement contre le CNE, ils se raccrochent au mouvement étudiant et réclament désormais la suppression du CPE.
Aubaine aussi pour le PS. Pour ne pas laisser à Fabius le gauchissement du discours, Ségolène fait surenchère d'opportunisme : la Présidente de la région Poitou-Charentes annonce, en toute illégalité, qu'elle n'accordera pas d'aide aux entreprises utilisant CPE ou CNE. François Hollande approuve, passant outre au vote parlementaire !!!
En face, pour avoir trop joué perso, Villepin n’arrive pas à rassembler la droite. Les ministres Borloo, Breton et Sarkozy ne veulent pas jouer les seconds couteaux.
Mais pire encore, pour avoir rameuter un MEDEF qui n’était pourtant pas demandeur, voilà le CPE affublé des seuls intérêts patronaux. Qui, dans le peuple, en voudrait encore ?
Finis donc, n’en déplaise à Villepin, les débats techniques et les raccommodages. La faute tactique est impardonnable. A l’UMP, on prie pour que le Constitutionnel casse le dispositif et offre ainsi au gouvernement une obligation de retrait qui priverait les syndicats du rapport de force.
Quel gâchis. Comment voulez-vous après ça qu’on revienne sur l’ouvrage. Qui osera, d’ici 2007 (les présidentielles), s’attaquer, d’une manière ou d’une autre, aux rigidités du marché du travail.
Piètre consolation, il restera le marché de l’intérim qui n’a curieusement jamais mobilisé la gauche contre lui, malgré ses CDD, malgré ses aléas…
Chômez, jeunesse, chômez en paix, nos futurs candidats pensent bien à vous et vous donnent rendez-vous…en 2008 ?
Posté par M.E.L. le 14 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Eco)
,
Actualités / Débats (Pol.)
,
Economie
,
Politique
,
Société
Lien permanent |
> Commentaires : 52
> Donnez votre avis
9 mars 2006
Grippe aviaire : E. Leclerc et la distribution s’organisent

Il ne se passe pas une journée sans qu’un journaliste ne vienne m’interroger sur l’organisation des centres E. Leclerc face à la menace de grippe aviaire et aux conséquences sanitaires et commerciales. Sur ce sujet, je communique peu. La psychose créée par la surmédiatisation peut être contreproductive. Nous avons vécu cela pendant l’affaire de l’ESB. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Et à ceux qui contesteraient ce choix, je rappellerai qu’à ce jour, la vente de viande rouge est en progression constante, malgré les cinq derniers cas français d’ESB… Explication : les médias, focalisés sur la grippe aviaire, n’ont pas fait leurs gros titres sur l’abattage des troupeaux.
E. Leclerc, comme les autres enseignes, est mobilisée depuis plusieurs mois. Pour parer aux conséquences sanitaires de l’épizootie, pour prévenir et gérer un risque éventuel de pandémie, et pour aider commercialement la filière avicole.
1) Toute la distribution en veille active
a) Depuis octobre 2004, le gouvernement organise des réunions avec les professionnels. E. Leclerc y est conviée. Notre activité est considérée comme essentielle et prioritaire en cas de crise : qu’il s’agisse de procéder à des retraits, de rappeler des produits, de multiplier les prélèvements, d’organiser la traçabilité…ou qu’il s’agisse encore de répondre à des ordres de réquisition pour approvisionner les forces d’urgence (hôpitaux, police…) ou une partie de la population qui aurait été confinée en cas de pandémie.
C’est Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, qui est le délégué interministériel chargé de coordonner les actions des ministères. En première ligne : Bercy, l’Intérieur, la Santé, l’Agriculture. Les réunions sont fréquentes. Avec nos collègues de la FCD, nous sommes informés sur l’ensemble des travaux et participons à l’élaboration de plusieurs scénarios de crise.
b) D’autre part (toujours avec les groupes de travail de la FCD), nous avons établi un calendrier de réunions avec la filière avicole, et plus généralement avec toute l’industrie des PGC (ANIA, ILEC…), ne serait-ce que pour parer à tout problème d’approvisionnement.
c) L’ensemble de ces réunions sont réputées s’inscrire dans le « Plan gouvernemental de prévention et de lutte « Pandémie grippale », actualisé en janvier 2006, et disponible en ligne sur www.grippeaviaire.gouv.fr.
2) Dans l’enseigne E. Leclerc :
a) Le risque de pandémie reste extrêmement faible en France. Même si déjà pointent des polémiques sur le dispositif gouvernemental (on n’y coupera pas, surtout à l’aune des élections de 2007 !), tout laisse à penser que les mesures sanitaires se révèlent efficaces. Il faut faire comme si la pandémie était possible, s’y préparer, mais sincèrement, nous avons quand même un peu de temps pour étoffer le dispositif.
Dans tous les cas, nous savons que nous pouvons être réquisitionnés. Les scénarios existent. C’est un des chantiers sur lesquels nous planchons.
b) Un groupe de travail réunissant ou pouvant faire appel à tous types de compétences a été constitué, directement rattaché au comité stratégique de l’enseigne. J’en ai confié la responsabilité nationale à des hommes qui ont déjà été en première ligne pour traiter l’affaire des steaks hachés, cet automne (dont B. Bornancin, adhérent à Mont-de-Marsan que certains se rappelleront avoir vu en œuvre à la TV, puisqu’il gérait, dans le Sud-Ouest, une cellule de rappel des clients contactés grâce à leur carte de fidélité). Il y a aussi des adhérents qui, acheteurs, connaissent bien le secteur volaille et les éleveurs ; des adhérents déjà engagés dans la commission chargée des contrôles de qualité, Yves Boisard, notre consultant vétérinaire, et deux de mes principaux collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï, coordinateur qualité, et Philippe Séligmann, communication.
Ce groupe de travail suit les dossiers suivants :
- Précaution : Relations avec les fournisseurs ; gestion de l’information ; contrat qualité, opération de retrait éventuel, rappel…
- Protection du personnel des magasins : achat, répartition, élaboration de scénarios d’intervention (masques, équipements spéciaux, mesures d’hygiène).
- Relations avec les autorités sanitaires (Direction de la Santé, Service de Veille Vétérinaire, etc…).
- Relations avec les consommateurs : plan de communication adapté aux différentes « cibles » : médias, clients, personnel. Gestion des opérations de prévention et de gestion de crise.
c) L’action de ce groupe de travail est relayée par les directeurs des 16 coopératives régionales qui travaillent, notamment, sur la problématique spécifique du stockage et de l’approvisionnement.
d) Toutes ces personnes ne communiqueront qu’en cas de besoin. Priorité au travail de terrain.
3) Le soutien à la filière :
Si j’ai exprimé des doutes sur l’efficacité de la communication collective pour promouvoir, dès maintenant, la volaille française à la TV, mon groupe n’en est pas moins mobilisé dans des actions locales immédiates.
J’en profite pour témoigner du sérieux de nos fournisseurs et de nos interlocuteurs de la filière avicole en général. Personne ne mégotera sur un quelconque problème sanitaire. Tous les producteurs sont en observation de leurs bestioles. Ils savent qu’en cas de test positif H5N1, il faudra sacrifier le troupeau. Ceci justifie largement qu’on soutienne leur demande d’aide financière et qu’on leur donne un coup de main commercial.
Chaque région E. Leclerc met en place, avec les acteurs volontaires de la filière (éleveurs, industriels), des opérations en magasin. Ca marche bien. Au-delà de toute attente. Une anecdote racontée par B. Bornancin : « Samedi dernier, je passe devant le rayon volaille. Je m’inquiète de le voir surstocké en cette période de mévente. Une heure plus tard, je suis stupéfait de voir le nombre de clients enthousiastes devant l’animateur, un éleveur des Landes. Résultat : 650 poulets « label rouge » vendus dans la journée : trois fois plus que d’ordinaire !!! ».
Des dizaines d’animations de ce type sont projetées dans toute la France, en attendant l’opportunité d’actions publicitaires nationales, elles aussi programmées.
A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 9 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Agriculture
,
Consommation
,
Distribution
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 10
> Donnez votre avis
7 mars 2006
GDF-Suez : Le nationalisme économique : un tigre de papier…à défaut d’Europe politique !

© Communauté européenne
Je ne suis pas un spécialiste du secteur de l’énergie. J’avoue avoir du mal à apprécier le bénéfice économique de cette « contre OPA ». Mais je suis sûr d’une chose : le signal donné par les autorités françaises ravive les thèses nationalistes. Il atteste de l’absence d’une politique énergétique européenne. Il confirme l’énorme déficit d’Europe politique.
Après avoir joué un rôle majeur dans l’échec du projet de Constitution Européenne et alimenté toutes sortes de fantasmagories sur les conséquences de la libération des services dans l’UE, c’est encore notre pays qui se démarque de son discours historique. Il va falloir sacrément se décarcasser si l’on veut prétendre conserver un certain leadership dans les instances européennes !!!
1) L’affaire alimente une surenchère de revendications protectionnistes
Quels que soient les bénéfices supposés de la contre-OPA imaginée par le tandem Villepin/Breton, le projet de fusion GDF-Suez est vécu par les autres pays comme un camouflet… De quoi alimenter les discours les plus nationalistes.
a) C’est en Italie qu’on s’agite le plus. Silvio Berlusconi s’est souvenu qu’il avait déjà dû manger son chapeau en 2002, et laisser EDF racheter Edison. Il a mis ses ministres en ordre de bataille pour organiser le lobby transalpin à Bruxelles : « L’Europe doit absolument intervenir ». Ne croyez pas qu’il s’agisse d’un simple effet de manches, sans conséquence pour les entreprises françaises. C’est toute l’Italie qui est debout comme un seul homme. L’initiative du gouvernement français de bloquer Enel, le volte-face de Veolia, l’implication supposée de Jacques Chirac auprès de Proglio et de Thierry Breton…voilà ce qui nous vaut quelques belles colères !
Celle de Romano Prodi, en piste pour les élections législatives du mois prochain : « Si nous ne pouvons pas entrer en compétition dans un secteur en France, je ne vois pas pourquoi la France pourrait acheter chez nous ». Les mesures de rétorsion annoncées, ce week-end, dans tous les reality shows italiens font sourire l’éditorialiste de L’Espresso : « Faut-il réclamer aussi le rapatriement de Monica Bellucci ? ». Il n’empêche. Les Italiens ont pris la gifle. Le Parlement sera bientôt saisi d’un projet de loi pour limiter les droits de vote des étrangers dans le capital des groupes italiens. Premiers ciblés, les investisseurs français : Gaz de France qui a récemment acquis 40 % d’Italcogim, Suez, investisseur dans ACA, la régie productrice d’électricité installée à Rome. Veolia, Electrabel, EDF (Edison), et BNP Paribas (BNL)… Sur Europe 1 (03/03/06), Sandro Gozi, conseiller de Prodi, citait aussi le Crédit Agricole, Auchan et…Leclerc. Chaud pour les Français ! Dans un pays où la susceptibilité n’est pas, contrairement à la filmographie, l’apanage des femmes, il est à peu près assuré que les politiques italiens vont chercher à jouer la troisième mi-temps de prolongation de l’Euro 2000.
b) En Belgique aussi, l’affaire pose problème. Les deux compères industriels étaient jusqu’ici concurrents. La fusion fait peser sur le consommateur belge des risques évidents sur les prix du gaz et de l’électricité. Les associations de consommateurs sont en alerte. Et les syndicats s’inquiètent des conséquences des inévitables restructurations sur l’emploi.
c) En Espagne, enfin, l’affaire fait tâche d’huile. Le Ministre de l’Economie, Pedro Solbes, fustige le retour du protectionnisme. Mais le Chef du gouvernement, Zapatero, joue la même partition que Villepin et s’oppose à l’OPA de E.ON sur Endesa.
2) On ne peut pas faire procès à la France de saper l’Europe de l’énergie. C’est un mauvais procès
L’Europe de l’énergie n’existe pas. Elle n’existe plus depuis longtemps.
Il était bien seul, Jose Manuel Barroso, quand il faisait appel « au sens européen de la responsabilité politique de la part de nos Hommes d’Etat pour éviter une rhétorique nationale ou nationaliste ».
La publication, cette semaine, du texte de la Commission sur les perspectives de la politique énergétique de l’UE ne fait plus illusion. A. Leparmentier (Le Monde, 03/03/06) dresse un bilan très noir. « Les états ont bloqué les propositions de Bruxelles sur la sûreté nucléaire et l’enfouissement des déchets radioactifs ; ils ont refusé la constitution de stocks stratégiques communautaires ; l’UE n’atteindra pas son objectif d’avoir, en 2010, 21 % d’électricité produite à partir des énergies renouvelables ». Il aurait pu rajouter le jeu très perso de chaque pays face à la crise pétrolière, l’absence de volonté commune sur les énergies alternatives, le refus des Scandinaves et des British de partager leurs ressources pétrolières, et celui des Français en ce qui concerne le nucléaire.
Pas d’accord donc pour opposer à Villepin la défense d’une politique énergétique commune inexistante.
C’est bien par défaut d’une telle politique que s’effectuent, depuis 2002, ces fusions et regroupements. Le politique n’a que deux choix : laisser se faire les OPA sans intervenir. Ou alors, tenter de sauver les meubles, quitte à recourir aux mêmes solutions que la gauche dans les années 80 en se servant de l’emprise du secteur public. Ou à jouer les mécanos, sans autre rationalité économique !
Ironie de l’histoire, dit Nicolas Baverez (Le Point, 02/03/06), « La gauche française (il aurait dû dire Fabius), en bloquant la transformation des institutions européennes, a créé un vide politique qui transfère la dynamique d’unification du continent aux entreprises, via les fusions ».
3) C’est l’Europe politique qui fait cruellement défaut. C’est l’absence d’initiatives françaises sur ce sujet qui colore l’initiative française d’une teinte protectionniste et nationaliste, et jette le trouble.
C’est là qu’est la limite de l’initiative française. Je répète, elle est peut-être commercialement judicieuse. Elle n’est pas illégale. Mais elle ne s’insère pas dans un discours offensif pour construire une Europe de l’énergie solidaire face aux initiatives de Poutine sur le gaz, ou aux surenchères internationales sur le pétrole.
Pire, elle n’a l’apparence du patriotisme que l’effet d’annonce. Les « champions nationaux », ceux à qui l’Etat veut décerner maillot jaune et médaille du mérite, seront, sans autre garantie, sans autre consolidation, les proies des appétits capitalistes de demain.
Voilà un bien fragile monopoly dont les constructions vont se faire et se défaire dans les années qui viennent, au gré de l’arrivée de nouveaux acteurs des pays émergents, forts du flot croissant de liquidités en circulation sur la planète.
Je partage complètement l’avis de Jacques Attali (L’Express, 02/03/06). « La nationalité (des) entreprises est aujourd’hui de plus en plus illusoire. La plupart des prétendues grandes entreprises françaises ont leur siège social à l’étranger ; plus de la moitié de leur capital est entre des mains étrangères et l’essentiel de leurs dirigeants sont fiscalement résidents hors de l’hexagone ».
Au fond, qu’importe la pseudo nationalité d’un capital cessible, de plus en plus anonyme, et soumis aux aléas des seules perspectives de gain à court terme. Je ne nie pas l’intérêt de garder la main sur les secteurs stratégiques. Mais, refuser de partager avec d’autres Européens le pouvoir chez Dassault ne garantit pas la survie de l’entreprise, et encore moins l’obtention des commandes (combien de Rafale vendus à l’étranger ?). Au contraire, on a fait Airbus et Ariane, capables de rivaliser avec les entreprises américaines…en partageant le capital et les emplois.
En ce qui concerne les marchés non stratégiques, je suis sûr que, pour le consommateur comme pour le salarié, la nationalité de Danone ou de Nestlé importe peu. Combien de Français savent que la maîtrise du capital de L’Oréal se trouve…en Suisse !
Pour reprendre l’expression de N. Baverez, il nous faut prendre acte de « la fin du monopole des pays développés sur l’économie de marché et la disparition des rentes qui en résultaient ». Ce qui importe, c’est que les entreprises françaises et étrangères aient envie d’investir dans notre pays. Créer un environnement juridique, fiscal attractif pour les investissements étrangers, un cadre de vie qui séduise les cadres et les personnels souhaitant s’établir en France, brancher la recherche sur ces entreprises, créer des filières de formation adéquates…voilà ce qui serait, à mon sens, la meilleure arme du patriotisme ! Mieux que toutes nos lignes Maginot. Et en plus, tous les Français en bénéficieraient, pas seulement les actionnaires dont l’Etat essaie finalement de garantir la rente.
Posté par M.E.L. le 7 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Eco)
,
Economie
Lien permanent |
> Commentaires : 7
> Donnez votre avis
2 mars 2006
COOPERNIC, l’avenir de LUCIE, le partenariat avec Système U

Je réponds à des questions et commentaires déposés sous ma note du 16 février, par BOYE WILLY, Erosoft, MICHEL, Chapoteau et quelques autres.
L’annonce de la création de COOPERNIC a suscité des interrogations sur l’avenir de la coopération E. Leclerc/Système U en France. D’autant qu’à l’origine, les deux enseignes partageaient le projet commun de fédérer d’autres indépendants européens. Jean-Claude Jaunait, former Président de Système U jusqu’à 2004, n’avait cessé de solliciter les adhérents de l’UGAL (Union des Groupements de Détaillants Indépendants de l’Europe) pour les convaincre de nous rejoindre. Et les adhérents de Système U nourrissaient, avec nos partenaires italiens du groupe CONAD, un même désir de partenariat. Ce n’est donc pas par défaut de projet, ni par démission, ni même désintérêt que Système U n’a pu faire partie du lancement de COOPERNIC. C’est l’attitude des pouvoirs publics français, et les risques inhérents à l’évolution de la politique nationale de concurrence qui ont rendu ce projet impossible.
Pour comprendre, un peu d’histoire :
1) Le partenariat E. Leclerc/Système U
L’union de coopératives LUCIE qui devait devenir le creuset de la collaboration entre les deux enseignes, a été fondée le 1er mars 1999. La vocation de LUCIE était de fournir à nos adhérents respectifs des prestations, des équipements et des moyens de gestion susceptibles d’améliorer leur performance. La coopérative a donc lancé des opérations économiques communes, dans des conditions paritaires pour les deux groupements (de coûts comme de résultats). De 1999 à aujourd’hui, ont été traités en commun l’approvisionnement en carburants, le référencement national des grandes marques PGC et les premiers prix alimentaires.
LUCIE n’a pas démérité. Au sein de la coopérative, nos adhérents ont même étendu le champ de leurs activités en construisant un référentiel commun de détention de gammes en optimisant les coûts logistiques de la distribution des produits premiers prix.
Preuve que ces synergies ont été bien exploitées et que nos adhérents y ont trouvé leur compte : les deux enseignes, depuis 1999, n’ont cessé d’accroître leurs parts de marché. Elles ont résisté au hard-discount et damer le pion à leurs collègues intégrés.

2) La mauvaise volonté des pouvoirs publics
En plein débat sur la loi Galland, et sous la pression de certains groupes intégrés qui refusaient la réforme, les pouvoirs publics ont volontairement choisi d’ignorer la formidable opportunité que constituait l’émergence d’un grand réseau d’indépendants européens, piloté par nos deux enseignes françaises.
Dès le mois d’août 1999, le Ministre de l’Economie et des Finances jetait la suspicion sur LUCIE en saisissant le Conseil de la Concurrence, parallèlement à une action intentée contre Cora/Casino. Dominique Strauss-Kahn a eu beau me dire qu’il ne pouvait « pas faire autrement » que de porter les deux affaires devant le Conseil. Dans un cas, il s’agissait d’une concentration dont il pouvait être pertinent d’étudier les effets sur un même marché. Dans le cas de LUCIE, rien de tel puisque le statut coopératif de cet organisme lui conférait un cadre légal pré-établi. Je suspectais d’autant plus un mauvais coup que les pouvoirs publics français n’avaient rien trouvé à redire à la récente méga fusion Promodès-Carrefour, vite entérinée.
Inutile de vous dire que, comme cadeau de baptême, les pouvoirs publics pouvaient faire mieux. Comment voulez-vous que, dans ces conditions, nous puissions négocier avec les fournisseurs de manière efficace.
Lors du débat sur la nouvelle Loi de Régulation Economique (NRE), les pouvoirs publics ont tout fait pour limiter la capacité de négociation d’une coopérative comme la nôtre à la seule production de prestations commerciales communes…ce qui aurait eu pour effet de transformer notre partenariat en entente…
La loi Jacob/Dutreil a, de surcroît, rendu quasiment impossible la négociation des tarifs… LUCIE ne peut donc fonctionner de manière optimale…
3) La réaction de E. Leclerc et Système U
Dans ces conditions, Serge Papin (nouveau Président de Système U) et moi-même avons été obligés de prendre acte de l’évidente mauvaise volonté des pouvoirs publics à l’égard de nos projets. D’autant que nos deux groupes sont devenus les principales cibles des contentieux « très politiques » lancés à l’initiative du Ministère des Finances à notre égard (procès à Nantes et à Nanterre). De là à dire que les pouvoirs publics, comme dans l’affaire de l’attribution des stations d’autoroute, ont privilégié servir la cause des distributeurs intégrés…
Les adhérents de Système U et de E. Leclerc ont donc décidé d’un commun accord :
- de limiter les missions de LUCIE au partenariat économique inattaquable sur le plan juridique (carburants, logistique, etc…),
- de souscrire, chacun de son côté, à une alliance internationale : Système U ralliant EMD, E. Leclerc poursuivant seul son projet de fédérer, dans COOPERNIC, REWE Allemagne, CONAD Italie, COOP Suisse, COLRUYT Belgique.
4) Toute la messe n’est pas dite
Les adhérents E. Leclerc et Système U ont la ferme conviction de partager les mêmes valeurs, une même histoire, et poursuivent un même objectif : défendre la libre entreprise, leur indépendance, l’efficacité du lien coopératif, un projet consumériste ancré dans chacun de leur territoire d’implantation…
Parallèlement au maintien de certaines formes d’échanges, E. Leclerc et Système U ont décidé, dès 2005, de se rapprocher de leurs cousins d’Intermarché. Et avec eux…
- Nous avons rejoint la Fédération du Commerce Associé, FCA, (Cf. blog du 19/05/2005), au sein de laquelle, avec Système U et Intermarché, E. Leclerc va plus que jamais défendre le statut des distributeurs associatifs, la pertinence de leur mode d’organisation et de leur modèle économique. En rejoignant les enseignes spécialisées du Commerce Associé, nous pensons pouvoir faire école, aider d’autres commerçants à s’organiser, et à se positionner comme réseau alternatif au modèle boursier.
- Nous avons adhéré à la FCD avec le statut spécifique de membre associé. Nos trois enseignes d’indépendants travaillent de concert dans les Commissions « Social », « Formation », « Développement Durable » et « Sécurité Alimentaire ». Au sein d’une FCD qui devient de plus en plus une vraie interprofession, nos adhérents auront l’occasion de défendre leur vision, la confronter à celle du commerce intégré, et « peaufiner » leur lobbying.
Voilà donc pourquoi la création de COOPERNIC, avec d’autres distributeurs indépendants européens, n’empêchera pas les adhérents des réseaux E. Leclerc et Système U d’écrire quelques autres pages communes de l’histoire de la distribution française.
Et puis, qui sait si un jour…
Posté par M.E.L. le 2 mars 2006 dans
Actualités / Débats (Distrib.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Distribution
,
Economie
,
Loi Galland
Lien permanent |
> Commentaires : 15
> Donnez votre avis
27 février 2006
Grippe aviaire : Quelle communication pour aider les éleveurs ?

Nous aurons l’occasion de reparler prochainement des différents problèmes causés par ce fléau : aspects sanitaires, risque de pandémie humaine, gestion des scénarios de crise, conséquences sociales et même…politiques. Les fédérations d’éleveurs nous ont sollicités, ces dix derniers jours, pour éviter la chute des ventes, et lancer des campagnes publicitaires. La contamination de l’élevage de Versailleux a pris de court toute la profession et limite sérieusement l’exercice de publicité collective.
Les images associées à l’abattage d’une dizaine de milliers de dindes portent un sérieux coup au projet de publicité collective télévisée réclamée par les syndicats d’éleveurs. Le projet n’est pas définitivement irréalisable. Mais élaborer un message crédible, incitatif, et définir la programmation idéale de la diffusion…voilà qui devient périlleux et mérite réflexion (si l’on cherche réellement l’efficacité auprès des consommateurs, et pas seulement une opération de relations publiques auprès des éleveurs !!!).
1) Rappel du contexte : En France, le risque reste principalement d’ordre vétérinaire
a) Aucun scientifique ne soutient sérieusement l’existence, à l’heure actuelle, d’un risque de contamination d’homme à homme. Cela supposerait une mutation du virus, ce qui n’a pas été observé.
b) Les cas de contamination humaine résultent de pratiques sanitaires déficientes : cohabitation quotidienne avec les oiseaux, manque d’hygiène, ...etc. Dans tous les cas observés, ce sont les animaux qui ont transmis le virus à l’homme.
c) Dans l’hexagone, de l’avis de l’Afssa comme de la plupart des scientifiques, de tels risques sont minimes, y compris dans les élevages industriels, compte tenu des mesures préventives (port de masque et de gants, pédiluve, ...etc.) dans l’exercice professionnel.
2) L’affaire se double d’un risque commercial important :
- Plus de 30 000 élevages professionnels produisent 700 millions de volailles en France.
- Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros.
- Nombre de personnes employées : 65 000.
- Exportations : 715 000 tonnes (plus d’un tiers de la production). La France est le premier exportateur de l’UE.
Je confirme les chiffres cités dans la presse ces derniers jours :
- Baisse moyenne des ventes de 10 à 12 % jusqu’au 15 février.
- 30 % sur les 3 derniers jours ouvrables.
3) Deux types de campagne de communication sont envisagés :
L’une est d’initiative européenne : elle porte sur les aspects sanitaires. L’autre est française et se veut plus commerciale.
a) Les pays européens, réunis à Vienne vendredi, ont décidé de lancer une campagne d’information pour rappeler que « la consommation de volaille ne présente pas de risque ». Certains pays (Turquie, Bulgarie et Roumanie) voudraient y associer des messages de prévention invitant les citoyens à refuser tout contact physique avec les oiseaux, morts ou même vivants !
Les deux messages ont leur raison d’être. Je ne crois pourtant pas à leur cohabitation dans un même spot publicitaire. Ni même dans des spots séparés qui seraient diffusés sur une même période.
b) Les fédérations d’éleveurs en France veulent faire de la promo pour soutenir le marché. Le gouvernement a débloqué 2 millions d’euros qui pourraient être investis dans une campagne collective TV.
Il y a une semaine encore, on aurait pu imaginer un message du type : « La France a pris toutes les précautions en confinant les élevages. Achetez de la volaille française, c’est une garantie sanitaire. Les éleveurs ont fait pour vous les investissements et les efforts permettant de certifier la bonne qualité des marques et labels français ! ».
Oui, mais voilà : l’épidémie a frappé sur un territoire qu’on avait présenté comme sécurisé ! L’élevage de Versailleux (Ain) était confiné (théoriquement). Le H5N1 a frappé là où on ne l’attendait pas.
S’il s’agit d’une erreur humaine, l’affaire sera classée, oubliée dans quelques jours ou semaines. L’opération de communication pourrait alors être lancée.
Si cette affaire révèle finalement l’impossibilité d’un confinement étanche, c’est tout l’argument publicitaire qui tombe.
De fait, les images télé et les articles de presse diffusés ce week-end, ont jeté le trouble dans l’esprit des consommateurs. Ils ont découvert, malgré le confinement, le passage de tracteurs hors pédiluve ; et des pailles préalablement stockées dans une grange ouverte, sans protection contre les passereaux, hirondelles, étourneaux, pigeons, etc… Avec ces commentaires sincères, mais dramatiques : « Comment voulez-vous qu’on fasse autrement ! ».
Ils ont vu aussi une horde de journalistes et de photographes, sans protection, trimbaler leurs chaussures des étangs de la Dombe à la ferme de Versailleux. Et un ministre, seul utilisateur d’un seau qui faisait office d’unique pédiluve. A trop vouloir en faire, on frise le ridicule.
Que reste-t-il donc à raconter après de tels reportages !
4) L’argument de la vaccination
Convaincus du désastre médiatique, les professionnels envisagent maintenant une campagne de vaccination. L’initiative est probablement nécessaire, vu que l’épizootie, personne n’en doute, est là pour longtemps.
Mais si la parade est efficace, et le discours sécuritaire ainsi renforcé, que vaut cette information…par rapport à l’objectif de relance de la consommation. Vacciner…ne fait pas saliver. Qui peut imaginer sérieusement qu’une telle campagne incitera les Français à mettre la poule au pot ?
5) Priorité à la communication de terrain
Je viens de le confirmer à plusieurs fournisseurs qui m’appelaient ce week-end : mon groupe répondra présent à l’appel des professionnels. Nous saurons être solidaires. Et nous mettrons en place, région par région, les opérations promotionnelles les plus adaptées aux contextes locaux.
Pour autant, à partir des réflexions précédentes, je proposerai :
a) De retarder la campagne collective nationale au moins jusqu’à ce que les effluves de Versailleux se soient dispersés dans l’opinion.
b) Si elle doit avoir lieu, il faut trancher. Sécuritaire ? Qui prendra la responsabilité du message : les pouvoirs publics, l’interprofession ? Attention, toute affirmation, toute promesse engage son auteur !
Commerciale ? Quitte à ce qu’on vienne financièrement en aide à nos amis de la Bresse, je préconiserai qu’on ne tienne pas un discours général. Il sera pollué dès la prochaine contamination. Il vaut mieux segmenter les risques (et les chances de réussite). Je recommanderai de faire la publicité de différents bassins de production (Landes, Gers, Loire, Bretagne ouest, etc…) dont les élevages ne sont pas affectés. C’est ce qui avait été fait dans le contexte de la « vache folle ». Nos bouchers s’étaient appuyés sur la fiabilité de certaines races à viande (limousine, aquitaine, ...etc.), le temps que soit mis en place un système général de traçabilité.
c) En tant que distributeur, nous nous offrons à être les relais des campagnes commerciales. Je crois plus au travail effectué par les bouchers-charcutiers et les responsables de nos rayons traiteurs qu’aux vertus des grands discours collectifs. Ce sont eux qui sont les plus fiables pour vanter la qualité de leur approvisionnement auprès de consommateurs.
d) Dans Le Parisien, ce matin (27/02/2006), les adhérents d’une section avicole de la FDSEA s’inquiétaient de la quasi fermeture des rayons volaille de certains hypers. Je ne sais pas si c’est vrai.
Sans qu’il soit nécessaire de se référer au « civisme de la grande distribution », il est primordial que nous ne participions pas à la psychose. Le meilleur moyen de démontrer notre confiance dans le produit, c’est de le mettre à la vente.
e) Reste pour moi une inconnue, l’attitude des organisations de consommateurs. Sauront-elles manifester leur solidarité avec les éleveurs ? Estimeront-elles ne pas pouvoir s’engager sur la qualité des mesures sécuritaires ou l’innocuité de l’ingestion des volailles…
Les efforts des professionnels ne serviront à rien s’ils ne sont pas relayés dans l’opinion, et surtout s’ils sont contrecarrés par une culture du doute.
Posté par M.E.L. le 27 février 2006 dans
Actualités / Débats (Conso.)
,
Actualités / Débats (Eco)
,
Consommation
,
Economie
,
Objectif qualité
Lien permanent |
> Commentaires : 37
> Donnez votre avis
20 février 2006
Procter, Danone, L’Oréal… Les industriels confirment et assument les hausses de tarif
Au moins les choses sont-elles claires désormais. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette négociation 2006 que d’avoir produit cet « effet vérité » : les industriels confirment leur volonté de hausse tarifaire… et cherchent maladroitement à l’assumer.
1. Flash back : c’est José Luis Duran (Carrefour) qui avait tiré le signal d’alarme (Le Monde du 6/12/2005). J’avais confirmé et cité nominativement, des grands noms de l’industrie (parfumerie, cosmétique, hygiène ou même agroalimentaire) cf. ma note du 8/12/2005.
Levée de bouclier ! Debout sur son perchoir, Jean-René Buisson de l’ANIA bottait en touche et se retournait vers les hypers : «On verra s’ils sont capables de baisser leurs marges pour faire baisser les prix ».
2. Les marges sont à la baisse, dans tous les groupes de distribution. Les enseignes ont largement anticipé la réforme de la loi Galland. Pour le public, ces baisses de prix, exprimées en euros, n’ont pas été spectaculaires, sauf dans les catalogues. Mais pour les distributeurs, il ne fait pas de doute qu’un seuil a été atteint, et le problème pour certaines enseignes sera de justifier un retour à la normal dans les prochains jours.
La DGCCRF a annoncé qu’il faudra remettre tout ça au carré du SRP (le 15 mars ?).
3. Dans ce contexte, les distributeurs n’allaient pas laisser leurs fournisseurs s’accaparer le bénéfice de la baisse, en tolérant des hausses tarifaires qui viendraient en gommer les effets. A défaut de pouvoir négocier les CGV, il était impératif d’engranger plus de coopération commerciale déductible ou de CPV (conditions particulières de vente) pour compenser les dérives tarifaires (c’est le seul mécanisme de baisse prévu par la loi).
Les industriels qui ont cru pouvoir « jouer les délais », en espérant que l’arbitre sifflerait la fin du match le 15 février, en sont pour leurs frais. La négo continue…(chez Leclerc, il reste à signer une quarantaine d’accords commerciaux sur environ 3000).
4. La fermeté a payé. Doublement !
D’abord, la plupart des industriels ont revu leurs prétentions à la baisse, business oblige. La moyenne des hausses (sur 95% des contrats) est de l’ordre de 2.5%. Avec, pour certaines gammes, il est vrai quelques pointes à 5% !
Mais surtout, Procter, Danone, L’Oréal ou Lever ont été obligés de se justifier publiquement. Et d’assumer les hausses qu’on allait nous imputer.
5. Déjà, dans le Figaro du 4/01/2006 Unilever annonçait une hausse moyenne de 4.5%. Interrogé dans le Fig Eco du 18/02/2006, d’autres grands industriels confirment. En forme de plaidoirie, ils revendiquent le droit d’augmenter leurs tarifs. Leurs arguments ne manquent pas de fondement. Ils ne manquent pas d’air non plus.
a) Pourquoi faudrait-il baisser les prix, dit Philippe Charrier, Procter, quand des produits chers se vendent aussi bien : « Notre antipelliculaire H&S est le numéro 2 des shampoings, pourtant c’est l’un des plus chers de sa catégorie ». Il a raison. Idem pour L’Oréal. Pour ces firmes, reines du marketing, il n’y a pas d’obligations techniques à repositionner leurs prix. Et dans l’absolu, ce n’est que la récompense d’un travail marketing exceptionnel, qu’il faut savoir saluer.
b) En droit commercial pur, ils ont aussi raison de revendiquer cette liberté. Je ne la leur conteste pas. (Ce que je contestais, c’est qu’ils ont cherché à limiter la liberté des distributeurs, en cautionnant une loi Galland qui donnait aux seuls fournisseurs la main mise sur les prix publics. Des prix qui grimpent depuis 5 ans).
c) Mais, ce qui était contestable, c’était leur refus d’assumer les hausses qu’ils imposaient aux distributeurs.
Depuis que les organisations de consommateurs se sont réveillées (après le passage à l’euro) et alors qu’elles stigmatisaient l’inflation des grandes marques, nous n’avons jamais entendu un seul fournisseur reconnaître sa responsabilité.
6. C’est maintenant chose faite. Contraints à se justifier, interpellés par R. Dutreil (qui rechausse pour l’occasion les bottes de N. Sarkozy), les industriels sortent les arguments du bois. Certains sont légitimes (répercussion de la hausse des matières premières, des coûts de transport etc…). D’autres laissent franchement perplexes, tels que
a) « Cette question brûlante concerne 6% de notre chiffre d’affaires » (Lindsay Owen-Jones, L’Oréal). Il est vrai que pour ces grands groupes, la France devient un débouché marginal. Il n’empêche : pourquoi les consommateurs français devraient-ils être plus ponctionnés que leurs homologues européens…
b) « Mon métier n’est pas de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs » (Franck Riboud, Danone). Les consommateurs français qui ont subi depuis 4 ans des hausses successives, pourraient à bon droit exiger de ne pas être considérés comme des vaches à lait. Ils apprécieront.
7. Ces déclarations imprudentes (Le Figaro du 18/02/06) viennent porter un éclairage nouveau sur les rapports industrie/commerce. Dénoncées par les seuls distributeurs, les hausses pouvaient apparaître comme un simple prétexte au durcissement de la négociation. Revendiquées par les industriels, elles justifient, le rôle essentiel de la distribution dans la politique française de concurrence. On ne pouvait pas donner plus de légitimité au métier d’acheteur.
Le législateur sera toujours fondé à intervenir pour réprimer des comportements déviants, excessifs, abusifs… Je n’ai jamais contesté cette nécessité. Mais 80% de ce qui est vendu en hyper est fourni, sur chaque segment de marché (PGC), par 3 ou 4 firmes en situation oligopolistique. Et capables d’imposer leurs marques et leurs tarifs.
Nos acheteurs n’ont plus de complexes à avoir. Les raffarinades, c’est fini. C’est notre rôle que de nous opposer à ces hausses de prix si crânement revendiquées.
Dans le respect des hommes et des projets d’entreprise, mais avec toute la pugnacité qu’exige la lutte pour préserver pouvoir d’achat et croissance.







