27 mars 2006
La fusion Suez-GDF et la hausse des tarifs : A qui profite le monopole ?

Plateforme gazière off-shore © afg
L’affaire du CPE est une aubaine pour Gaz de France. C’est presque en catimini que T. Breton s’apprête à autoriser la scandaleuse augmentation du prix du gaz, sans que celle-ci n’ait réellement fait l’objet d’un débat contradictoire, sans qu’aucun argument pertinent n’ait été formulé pour en justifier l’ampleur.
La hausse va venir ponctionner le pouvoir d’achat de nombreux Français. Elle intervient dans un climat de consommation morose. (On imagine que le gaz ne fait pas partie du panier de produits dont Bercy s’obstine à limiter l’évolution de l’indice !!!).
Que Choisir et quelques députés s’en sont émus. Il faut dire qu’avec une hausse annoncée de 16 % (un test, un ballon d’essai pour mieux donner l’impression qu’on va arbitrer ?), les usagers pouvaient s’offusquer. Mais même en fragmentant et en différant des hausses de 5 à 8 %, T. Breton me donne l’impression de cautionner une belle arnaque.
1) La hausse se justifie-t-elle ?
GDF s’abrite derrière le renchérissement de ses approvisionnements et du lien contractuel entre prix du gaz et prix du pétrole. La Commission chargée de « revisiter » le mécanisme de répercussion automatique des prix a proposé un compromis assez fumeux. Mais GDF qui a déjà augmenté ses tarifs de 10 % l’année dernière, a réalisé un bénéfice « historique » de 1,7 milliard en 2005 ! Où se situe l’urgence ?
2) Qui va profiter de la hausse ?
Vous me direz : « c’est l’Etat » (donc les finances publiques) qui profitera de cette manne supplémentaire…et non les fonds de pension qui opèrent, en prédateurs, dans les coursives du CAC 40. L’Etat possède 70 % de GDF.
Sauf que…la fusion GDF-Suez va ramener la part de l’Etat aux alentours de 35 %. En permettant l’augmentation des recettes de GDF, l’Etat valorise, certes, sa part de fonds de commerce, mais il dote aussi la mariée d’un pactole prélevé dans la poche des Français. Je trouve l’opération extrêmement choquante !
3) A quoi servent les monopoles ?
Les Français n’ont pas la possibilité (comme sur le marché pétrolier) de faire jouer la concurrence. GDF (et l’Etat actionnaire) profite donc aujourd’hui de ce monopole. Mais si, demain, la rente profite à des actionnaires privés, qu’est-ce qui justifie encore ces pratiques et ce mode de détermination des prix ? Les consommateurs n’y ont rien à gagner.
Dans un billet courageux et fort bien torché. (Le Nouvel Economiste, 23/03/06), Henri de Bodinat décrit cette augmentation comme « un transfert massif de valeur, contraire à l’intérêt général de milliers d’entreprises et de millions de particuliers »…vers un monopole, « qu’au nom du patriotisme économique », on va élargir à des actionnaires privés majoritaires.
Posée en ces termes, (et non plus en des termes purement idéologiques comme on le fait au PC), la question de la privatisation « rampante » de GDF est une question qui doit intéresser tous les usagers !
Posté par M.E.L. le 27 mars 2006 dans
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21 mars 2006
CPE : Sortir du blocage, vite !

© Weck / 1D-photo
Vue de l’étranger, l’agitation française ne fait même plus sourire. Quelles que soient les appréciations de nos partenaires chefs d’entreprise ou de nos interlocuteurs politiques, l’affaire du CPE révèle une France si caricaturale que même les journalistes de la perfide Albion n’ont jamais osé en brosser le trait. Rendons-nous compte : il y a seulement quelques mois, nous donnions des leçons aux autres Européens pour dénoncer l’absence de projet social…et revendiquer le nôtre : le modèle social français !!! Quelle prétention !
Le courage est une vertu. On veut bien en créditer Villepin. Mais combien de capitaines courageux ont, par orgueil ou par aveuglement, précipité leur vaisseau sur des récifs. Il a voulu passer en force, sans même pouvoir compter sur des alliés. Voilà qu’il donne un os à la gauche, toutes composantes réunies. S’il retire son projet, il fait perdre son camp. Et probablement aussi toute capacité de réforme du droit social d’ici 2008. S’il s’arc-boute, encore conviendrait-il qu’on puisse sereinement amender le projet, qu’on reste sur le terrain de l’emploi et qu’on évite la surenchère politique.
Ca n’en prend pas le chemin. Forts des points déjà marqués dans l’opinion, les syndicats pourraient tout à fait accepter d’amender le CPE. Mais l’occasion est trop bonne pour prendre la revanche du CNE, remotiver les troupes, et recruter chez les jeunes ! Ils réclament, comme les étudiants, le préalable du retrait du CPE. Mais à supposer qu’ils l’obtiennent, en quoi la donne sociale aura-t-elle concrètement avancé !
Il n’y a pas de proposition alternative. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans les incontournables interviews des leaders syndicaux, politiques ou étudiants ! C’est vite fait. Que du bâclé !
La CGT parle vaseusement d’une « pré-scolarité financée par l’Etat pour les jeunes chômeurs sans qualification ». La CFDT plaide pour un « revenu d’autonomie ». Quant au PS, il n’a toujours pas tiré un trait sur la méthode Aubry. Voilà généreusement qu’il prône « une rémunération minimale garantie » pour nos jeunes, dans le cadre d’un processus d’insertion des plus flous !
Tout dans le traitement social ! Rien, malgré les contributions de DSK ou de Rocard, pour améliorer la fluidité du marché du travail ou revaloriser la politique contractuelle. Ah ! Ils peuvent tous se revendiquer du modèle danois ou de l’expérience de Tony Blair ! C’est bien pour l’image. Mais dès qu’il faut redevenir concret…coucou, les vieux démons !
Le comble, c’est l’attitude des présidents d’université.
Pétochards, incapables de faire respecter le droit dans leur propre université, voilà qu’ils s’avisent de donner des leçons !
Le CNE, comme le CPE, avait pour vocation d’œuvrer pour les jeunes non qualifiés, dont 40 % sont au chômage. Que viennent, ici, revendiquer les diplômés (Sciences Po en grève, quel luxe !) et les universitaires qui n’ont, par ailleurs, jamais manifesté la moindre solidarité à l’égard des filières d’apprentissage.
Et puis, surtout, comme le dit F.X. Pietri dans son éditorial de La Tribune, c’est quand même un comble de voir tout le haut de gamme de l’Education Nationale se joindre au mouvement de contestation, eux qui « avec l’éducation nationale tout entière, ont une large part de responsabilité dans le malaise (actuel). C’est d’abord parce que l’école, qu’elle soit primaire, secondaire ou supérieure, ne prépare pas les jeunes à leur entrée dans la vie active qu’ils butent à sa porte ».
Il serait temps qu’on arrête cette partie de poker menteur.
S’il s’agit de lutter contre le chômage, il faut savoir affronter les problèmes de manière pragmatique et sans tabou.
1) Le gouvernement ne peut pas dire être prêt au dialogue et, en même temps, se retrancher derrière la prétendue impossibilité « de remettre en cause un texte qui a été voté démocratiquement et souverainement par l’Assemblée Nationale ».
2) Le patronat doit parler franc : j’écoutais, samedi matin, sur RTL, Denis Gautier-Sauvagnac, Président de l’UIMM (MEDEF), interrogé par Jean-Michel Aphatie. Il disait en substance : « Il n’y a pas de précarité nouvelle, on ne pourra licencier à la tête du client, le droit du travail s’applique ». Mais quand le journaliste demande pourquoi alors on n’inscrit pas dans le contrat cette forme d’obligation qu’impose le droit général, DGS s’exclame : « Ah, non, ça enlèverait tout l’intérêt du CPE ! ».
J’ai beau être chef d’entreprise, militer pour la simplicité et la fluidité du droit du travail, cette réponse me choque. Elle jette le doute sur les intentions.
3) Le CPE peut être amendé. Comme l’ont dit plusieurs députés, rien n’empêche d’améliorer le dispositif. Même Monsieur Balladur propose qu’on précise les conditions de licenciement.
4) Il faut arrêter de faire du CPE un remède miracle. Il est probablement utile dans les PME ou pour faciliter l’embauche des jeunes les moins qualifiés. Mais un groupe comme le mien ne créera pas plus d’emplois avec le CPE. Denis Olivennes, PDG de la Fnac, qui répondait comme moi aux journalistes dans les stands du salon du livre, pense exactement la même chose.
Et puis le CPE ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est par pure gloriole que Villepin en a fait une mesure emblématique de la lutte contre le chômage. Foutaise. On ne fera pas, même avec le CPE, l’économie d’un traitement de choc : baisse des charges, diminution du train de vie de l’Etat et du ponctionnement de la sphère privée vers la fonction publique, remise en cause du système éducatif, etc.
Les jeunes n’ont rien à gagner au pourrissement de la situation. Et ce serait sacrément irresponsable, de la part de l’opposition, que de sacrifier l’avenir de nos jeunes à ce rapport de forces qui ne produira rien de concret. (François Hollande est-il crédible quand il demande de différer l’application du CPE à 2007 ? Alors qu’on sera en pleine période électorale ?).
Sauf à rêver (ou à rechercher) un avancement du calendrier électoral, il est urgent de sortir des tranchées dans lesquelles chacun s’est enterré.
Posté par M.E.L. le 21 mars 2006 dans
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16 mars 2006
Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.
Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.
Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.
1) Les éléments de surcoût
a) Les investissements
Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.
Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.
Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.
b) Surcoûts liés à l’exploitation
Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :
- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.
- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).
- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).
c) Le coût des services supplémentaires
Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.
- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…
- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,
- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, ...etc.
Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.
d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.
Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.
2) Le positionnement prix et les écarts
a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.
b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.
Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :
Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

c) Les prix boutiques
Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).
Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.
Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?
Posté par M.E.L. le 16 mars 2006 dans
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14 mars 2006
CPE : Et l’emploi dans tout ça ?

Hypocrisie, erreur tactique, instrumentalisation et manipulation : l’affaire du CPE tourne à la farce politique. Comment ne pas renvoyer dos à dos syndicats et politiques dans cette affaire, dont on ne voit pas comment elle pourrait favoriser dans notre pays le retour aux valeurs d’effort, de travail. Et réconcilier la jeunesse et l’entreprise.
1) Beaucoup de professionnels en conviennent. La bonne solution eût été d’unifier les contrats de travail : supprimer les CDD, généraliser le CDI, quitte à rallonger la durée de la période d’essai, mettre plus de souplesse dans les conditions de résiliation du contrat, et introduire une échelle de progressivité dans les contreparties financières en cas de licenciement.
2) Les syndicats n’ont jamais voulu de cette réforme. « On ne touche pas au droit du travail ». Malgré la centaine d’études dénonçant les rigidités du marché du travail, les mêmes syndicats n’ont que rarement fait des propositions alternatives.
3) D. de Villepin a voulu contourner la difficulté. On ne peut décemment lui reprocher la tentative. C’était même courageux. Il a donc conçu le CNE. Le packaging était présentable et socialement acceptable. Les éventuels utilisateurs (artisans et très petites entreprises) n’ont rien de repoussoirs. Et qui peut nier l’ampleur du chômage qui touche les jeunes sans qualification et les travailleurs manuels.
Le risque était d’ailleurs marginal. Croyez-vous vraiment que nos intellectuels, nos cadres, nos familles bourgeoises allaient se mobiliser contre le CNE alors que leurs enfants n’étaient pas particulièrement visés par cette réforme ?
4) Conforté par cette sorte de résignation populaire, Villepin a cru qu’il pouvait généraliser le processus en instaurant le CPE. Erreur.
..Parce que, dans ce cas, on changeait de clientèle. Tous les jeunes se sont sentis concernés. Du « sans qualification » au « diplômé d’IUT ». Du « banlieusard » qui se sent déjà méprisé, au « jeune bobo » à qui l’on a fait découvrir la notion de précarité.
De plus, la com de Matignon a créé le flou. Au lieu de mettre en avant des critères d’innovation, d’adaptation au marché et de garantir nos jeunes contre les abus d’une pratique trop paternaliste, les promoteurs du projet n’ont eu d’autre argument que d’opposer…la précarité du CPE à celle du chômage !!! « C’est ça ou rien », le CPE ou le chômage. Quel mauvais discours, effets pervers assurés. Même les titulaires actuels d’un CDI se sont sentis menacés, considérant qu’il y avait risque de substitution.
5) Mais pour qui veut s’attaquer vraiment au chômage des jeunes, rien n’était encore, ces deux dernières semaines, vraiment irréparable.
Là encore, tous les juristes confirment. Il y a, dans la jurisprudence française et dans les principes généraux du droit du travail (OIT), l’arsenal des textes qui permettaient de pallier aux critiques du CPE. Le ramener dans le giron d’un vrai CDI ; créer l’obligation de motiver le licenciement, s’appuyer sur les notions d’abus de droit pour réprimer toute tentative de discrimination ou de rupture illégale de contrat, mieux indemniser, etc...
6) Trop tard.
A la tête des jeunes, pourtant jusqu’ici relativement peu mobilisés, les avant-gardes patentées de la contestation ont pris les rênes des AG et rêvent d’en découdre.
Aubaine pour les syndicats. Hier, incapables de mobiliser massivement contre le CNE, ils se raccrochent au mouvement étudiant et réclament désormais la suppression du CPE.
Aubaine aussi pour le PS. Pour ne pas laisser à Fabius le gauchissement du discours, Ségolène fait surenchère d'opportunisme : la Présidente de la région Poitou-Charentes annonce, en toute illégalité, qu'elle n'accordera pas d'aide aux entreprises utilisant CPE ou CNE. François Hollande approuve, passant outre au vote parlementaire !!!
En face, pour avoir trop joué perso, Villepin n’arrive pas à rassembler la droite. Les ministres Borloo, Breton et Sarkozy ne veulent pas jouer les seconds couteaux.
Mais pire encore, pour avoir rameuter un MEDEF qui n’était pourtant pas demandeur, voilà le CPE affublé des seuls intérêts patronaux. Qui, dans le peuple, en voudrait encore ?
Finis donc, n’en déplaise à Villepin, les débats techniques et les raccommodages. La faute tactique est impardonnable. A l’UMP, on prie pour que le Constitutionnel casse le dispositif et offre ainsi au gouvernement une obligation de retrait qui priverait les syndicats du rapport de force.
Quel gâchis. Comment voulez-vous après ça qu’on revienne sur l’ouvrage. Qui osera, d’ici 2007 (les présidentielles), s’attaquer, d’une manière ou d’une autre, aux rigidités du marché du travail.
Piètre consolation, il restera le marché de l’intérim qui n’a curieusement jamais mobilisé la gauche contre lui, malgré ses CDD, malgré ses aléas…
Chômez, jeunesse, chômez en paix, nos futurs candidats pensent bien à vous et vous donnent rendez-vous…en 2008 ?
Posté par M.E.L. le 14 mars 2006 dans
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9 mars 2006
Grippe aviaire : E. Leclerc et la distribution s’organisent

Il ne se passe pas une journée sans qu’un journaliste ne vienne m’interroger sur l’organisation des centres E. Leclerc face à la menace de grippe aviaire et aux conséquences sanitaires et commerciales. Sur ce sujet, je communique peu. La psychose créée par la surmédiatisation peut être contreproductive. Nous avons vécu cela pendant l’affaire de l’ESB. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Et à ceux qui contesteraient ce choix, je rappellerai qu’à ce jour, la vente de viande rouge est en progression constante, malgré les cinq derniers cas français d’ESB… Explication : les médias, focalisés sur la grippe aviaire, n’ont pas fait leurs gros titres sur l’abattage des troupeaux.
E. Leclerc, comme les autres enseignes, est mobilisée depuis plusieurs mois. Pour parer aux conséquences sanitaires de l’épizootie, pour prévenir et gérer un risque éventuel de pandémie, et pour aider commercialement la filière avicole.
1) Toute la distribution en veille active
a) Depuis octobre 2004, le gouvernement organise des réunions avec les professionnels. E. Leclerc y est conviée. Notre activité est considérée comme essentielle et prioritaire en cas de crise : qu’il s’agisse de procéder à des retraits, de rappeler des produits, de multiplier les prélèvements, d’organiser la traçabilité…ou qu’il s’agisse encore de répondre à des ordres de réquisition pour approvisionner les forces d’urgence (hôpitaux, police…) ou une partie de la population qui aurait été confinée en cas de pandémie.
C’est Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, qui est le délégué interministériel chargé de coordonner les actions des ministères. En première ligne : Bercy, l’Intérieur, la Santé, l’Agriculture. Les réunions sont fréquentes. Avec nos collègues de la FCD, nous sommes informés sur l’ensemble des travaux et participons à l’élaboration de plusieurs scénarios de crise.
b) D’autre part (toujours avec les groupes de travail de la FCD), nous avons établi un calendrier de réunions avec la filière avicole, et plus généralement avec toute l’industrie des PGC (ANIA, ILEC…), ne serait-ce que pour parer à tout problème d’approvisionnement.
c) L’ensemble de ces réunions sont réputées s’inscrire dans le « Plan gouvernemental de prévention et de lutte « Pandémie grippale », actualisé en janvier 2006, et disponible en ligne sur www.grippeaviaire.gouv.fr.
2) Dans l’enseigne E. Leclerc :
a) Le risque de pandémie reste extrêmement faible en France. Même si déjà pointent des polémiques sur le dispositif gouvernemental (on n’y coupera pas, surtout à l’aune des élections de 2007 !), tout laisse à penser que les mesures sanitaires se révèlent efficaces. Il faut faire comme si la pandémie était possible, s’y préparer, mais sincèrement, nous avons quand même un peu de temps pour étoffer le dispositif.
Dans tous les cas, nous savons que nous pouvons être réquisitionnés. Les scénarios existent. C’est un des chantiers sur lesquels nous planchons.
b) Un groupe de travail réunissant ou pouvant faire appel à tous types de compétences a été constitué, directement rattaché au comité stratégique de l’enseigne. J’en ai confié la responsabilité nationale à des hommes qui ont déjà été en première ligne pour traiter l’affaire des steaks hachés, cet automne (dont B. Bornancin, adhérent à Mont-de-Marsan que certains se rappelleront avoir vu en œuvre à la TV, puisqu’il gérait, dans le Sud-Ouest, une cellule de rappel des clients contactés grâce à leur carte de fidélité). Il y a aussi des adhérents qui, acheteurs, connaissent bien le secteur volaille et les éleveurs ; des adhérents déjà engagés dans la commission chargée des contrôles de qualité, Yves Boisard, notre consultant vétérinaire, et deux de mes principaux collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï, coordinateur qualité, et Philippe Séligmann, communication.
Ce groupe de travail suit les dossiers suivants :
- Précaution : Relations avec les fournisseurs ; gestion de l’information ; contrat qualité, opération de retrait éventuel, rappel…
- Protection du personnel des magasins : achat, répartition, élaboration de scénarios d’intervention (masques, équipements spéciaux, mesures d’hygiène).
- Relations avec les autorités sanitaires (Direction de la Santé, Service de Veille Vétérinaire, etc…).
- Relations avec les consommateurs : plan de communication adapté aux différentes « cibles » : médias, clients, personnel. Gestion des opérations de prévention et de gestion de crise.
c) L’action de ce groupe de travail est relayée par les directeurs des 16 coopératives régionales qui travaillent, notamment, sur la problématique spécifique du stockage et de l’approvisionnement.
d) Toutes ces personnes ne communiqueront qu’en cas de besoin. Priorité au travail de terrain.
3) Le soutien à la filière :
Si j’ai exprimé des doutes sur l’efficacité de la communication collective pour promouvoir, dès maintenant, la volaille française à la TV, mon groupe n’en est pas moins mobilisé dans des actions locales immédiates.
J’en profite pour témoigner du sérieux de nos fournisseurs et de nos interlocuteurs de la filière avicole en général. Personne ne mégotera sur un quelconque problème sanitaire. Tous les producteurs sont en observation de leurs bestioles. Ils savent qu’en cas de test positif H5N1, il faudra sacrifier le troupeau. Ceci justifie largement qu’on soutienne leur demande d’aide financière et qu’on leur donne un coup de main commercial.
Chaque région E. Leclerc met en place, avec les acteurs volontaires de la filière (éleveurs, industriels), des opérations en magasin. Ca marche bien. Au-delà de toute attente. Une anecdote racontée par B. Bornancin : « Samedi dernier, je passe devant le rayon volaille. Je m’inquiète de le voir surstocké en cette période de mévente. Une heure plus tard, je suis stupéfait de voir le nombre de clients enthousiastes devant l’animateur, un éleveur des Landes. Résultat : 650 poulets « label rouge » vendus dans la journée : trois fois plus que d’ordinaire !!! ».
Des dizaines d’animations de ce type sont projetées dans toute la France, en attendant l’opportunité d’actions publicitaires nationales, elles aussi programmées.
A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 9 mars 2006 dans
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7 mars 2006
GDF-Suez : Le nationalisme économique : un tigre de papier…à défaut d’Europe politique !

© Communauté européenne
Je ne suis pas un spécialiste du secteur de l’énergie. J’avoue avoir du mal à apprécier le bénéfice économique de cette « contre OPA ». Mais je suis sûr d’une chose : le signal donné par les autorités françaises ravive les thèses nationalistes. Il atteste de l’absence d’une politique énergétique européenne. Il confirme l’énorme déficit d’Europe politique.
Après avoir joué un rôle majeur dans l’échec du projet de Constitution Européenne et alimenté toutes sortes de fantasmagories sur les conséquences de la libération des services dans l’UE, c’est encore notre pays qui se démarque de son discours historique. Il va falloir sacrément se décarcasser si l’on veut prétendre conserver un certain leadership dans les instances européennes !!!
1) L’affaire alimente une surenchère de revendications protectionnistes
Quels que soient les bénéfices supposés de la contre-OPA imaginée par le tandem Villepin/Breton, le projet de fusion GDF-Suez est vécu par les autres pays comme un camouflet… De quoi alimenter les discours les plus nationalistes.
a) C’est en Italie qu’on s’agite le plus. Silvio Berlusconi s’est souvenu qu’il avait déjà dû manger son chapeau en 2002, et laisser EDF racheter Edison. Il a mis ses ministres en ordre de bataille pour organiser le lobby transalpin à Bruxelles : « L’Europe doit absolument intervenir ». Ne croyez pas qu’il s’agisse d’un simple effet de manches, sans conséquence pour les entreprises françaises. C’est toute l’Italie qui est debout comme un seul homme. L’initiative du gouvernement français de bloquer Enel, le volte-face de Veolia, l’implication supposée de Jacques Chirac auprès de Proglio et de Thierry Breton…voilà ce qui nous vaut quelques belles colères !
Celle de Romano Prodi, en piste pour les élections législatives du mois prochain : « Si nous ne pouvons pas entrer en compétition dans un secteur en France, je ne vois pas pourquoi la France pourrait acheter chez nous ». Les mesures de rétorsion annoncées, ce week-end, dans tous les reality shows italiens font sourire l’éditorialiste de L’Espresso : « Faut-il réclamer aussi le rapatriement de Monica Bellucci ? ». Il n’empêche. Les Italiens ont pris la gifle. Le Parlement sera bientôt saisi d’un projet de loi pour limiter les droits de vote des étrangers dans le capital des groupes italiens. Premiers ciblés, les investisseurs français : Gaz de France qui a récemment acquis 40 % d’Italcogim, Suez, investisseur dans ACA, la régie productrice d’électricité installée à Rome. Veolia, Electrabel, EDF (Edison), et BNP Paribas (BNL)… Sur Europe 1 (03/03/06), Sandro Gozi, conseiller de Prodi, citait aussi le Crédit Agricole, Auchan et…Leclerc. Chaud pour les Français ! Dans un pays où la susceptibilité n’est pas, contrairement à la filmographie, l’apanage des femmes, il est à peu près assuré que les politiques italiens vont chercher à jouer la troisième mi-temps de prolongation de l’Euro 2000.
b) En Belgique aussi, l’affaire pose problème. Les deux compères industriels étaient jusqu’ici concurrents. La fusion fait peser sur le consommateur belge des risques évidents sur les prix du gaz et de l’électricité. Les associations de consommateurs sont en alerte. Et les syndicats s’inquiètent des conséquences des inévitables restructurations sur l’emploi.
c) En Espagne, enfin, l’affaire fait tâche d’huile. Le Ministre de l’Economie, Pedro Solbes, fustige le retour du protectionnisme. Mais le Chef du gouvernement, Zapatero, joue la même partition que Villepin et s’oppose à l’OPA de E.ON sur Endesa.
2) On ne peut pas faire procès à la France de saper l’Europe de l’énergie. C’est un mauvais procès
L’Europe de l’énergie n’existe pas. Elle n’existe plus depuis longtemps.
Il était bien seul, Jose Manuel Barroso, quand il faisait appel « au sens européen de la responsabilité politique de la part de nos Hommes d’Etat pour éviter une rhétorique nationale ou nationaliste ».
La publication, cette semaine, du texte de la Commission sur les perspectives de la politique énergétique de l’UE ne fait plus illusion. A. Leparmentier (Le Monde, 03/03/06) dresse un bilan très noir. « Les états ont bloqué les propositions de Bruxelles sur la sûreté nucléaire et l’enfouissement des déchets radioactifs ; ils ont refusé la constitution de stocks stratégiques communautaires ; l’UE n’atteindra pas son objectif d’avoir, en 2010, 21 % d’électricité produite à partir des énergies renouvelables ». Il aurait pu rajouter le jeu très perso de chaque pays face à la crise pétrolière, l’absence de volonté commune sur les énergies alternatives, le refus des Scandinaves et des British de partager leurs ressources pétrolières, et celui des Français en ce qui concerne le nucléaire.
Pas d’accord donc pour opposer à Villepin la défense d’une politique énergétique commune inexistante.
C’est bien par défaut d’une telle politique que s’effectuent, depuis 2002, ces fusions et regroupements. Le politique n’a que deux choix : laisser se faire les OPA sans intervenir. Ou alors, tenter de sauver les meubles, quitte à recourir aux mêmes solutions que la gauche dans les années 80 en se servant de l’emprise du secteur public. Ou à jouer les mécanos, sans autre rationalité économique !
Ironie de l’histoire, dit Nicolas Baverez (Le Point, 02/03/06), « La gauche française (il aurait dû dire Fabius), en bloquant la transformation des institutions européennes, a créé un vide politique qui transfère la dynamique d’unification du continent aux entreprises, via les fusions ».
3) C’est l’Europe politique qui fait cruellement défaut. C’est l’absence d’initiatives françaises sur ce sujet qui colore l’initiative française d’une teinte protectionniste et nationaliste, et jette le trouble.
C’est là qu’est la limite de l’initiative française. Je répète, elle est peut-être commercialement judicieuse. Elle n’est pas illégale. Mais elle ne s’insère pas dans un discours offensif pour construire une Europe de l’énergie solidaire face aux initiatives de Poutine sur le gaz, ou aux surenchères internationales sur le pétrole.
Pire, elle n’a l’apparence du patriotisme que l’effet d’annonce. Les « champions nationaux », ceux à qui l’Etat veut décerner maillot jaune et médaille du mérite, seront, sans autre garantie, sans autre consolidation, les proies des appétits capitalistes de demain.
Voilà un bien fragile monopoly dont les constructions vont se faire et se défaire dans les années qui viennent, au gré de l’arrivée de nouveaux acteurs des pays émergents, forts du flot croissant de liquidités en circulation sur la planète.
Je partage complètement l’avis de Jacques Attali (L’Express, 02/03/06). « La nationalité (des) entreprises est aujourd’hui de plus en plus illusoire. La plupart des prétendues grandes entreprises françaises ont leur siège social à l’étranger ; plus de la moitié de leur capital est entre des mains étrangères et l’essentiel de leurs dirigeants sont fiscalement résidents hors de l’hexagone ».
Au fond, qu’importe la pseudo nationalité d’un capital cessible, de plus en plus anonyme, et soumis aux aléas des seules perspectives de gain à court terme. Je ne nie pas l’intérêt de garder la main sur les secteurs stratégiques. Mais, refuser de partager avec d’autres Européens le pouvoir chez Dassault ne garantit pas la survie de l’entreprise, et encore moins l’obtention des commandes (combien de Rafale vendus à l’étranger ?). Au contraire, on a fait Airbus et Ariane, capables de rivaliser avec les entreprises américaines…en partageant le capital et les emplois.
En ce qui concerne les marchés non stratégiques, je suis sûr que, pour le consommateur comme pour le salarié, la nationalité de Danone ou de Nestlé importe peu. Combien de Français savent que la maîtrise du capital de L’Oréal se trouve…en Suisse !
Pour reprendre l’expression de N. Baverez, il nous faut prendre acte de « la fin du monopole des pays développés sur l’économie de marché et la disparition des rentes qui en résultaient ». Ce qui importe, c’est que les entreprises françaises et étrangères aient envie d’investir dans notre pays. Créer un environnement juridique, fiscal attractif pour les investissements étrangers, un cadre de vie qui séduise les cadres et les personnels souhaitant s’établir en France, brancher la recherche sur ces entreprises, créer des filières de formation adéquates…voilà ce qui serait, à mon sens, la meilleure arme du patriotisme ! Mieux que toutes nos lignes Maginot. Et en plus, tous les Français en bénéficieraient, pas seulement les actionnaires dont l’Etat essaie finalement de garantir la rente.
Posté par M.E.L. le 7 mars 2006 dans
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2 mars 2006
COOPERNIC, l’avenir de LUCIE, le partenariat avec Système U

Je réponds à des questions et commentaires déposés sous ma note du 16 février, par BOYE WILLY, Erosoft, MICHEL, Chapoteau et quelques autres.
L’annonce de la création de COOPERNIC a suscité des interrogations sur l’avenir de la coopération E. Leclerc/Système U en France. D’autant qu’à l’origine, les deux enseignes partageaient le projet commun de fédérer d’autres indépendants européens. Jean-Claude Jaunait, former Président de Système U jusqu’à 2004, n’avait cessé de solliciter les adhérents de l’UGAL (Union des Groupements de Détaillants Indépendants de l’Europe) pour les convaincre de nous rejoindre. Et les adhérents de Système U nourrissaient, avec nos partenaires italiens du groupe CONAD, un même désir de partenariat. Ce n’est donc pas par défaut de projet, ni par démission, ni même désintérêt que Système U n’a pu faire partie du lancement de COOPERNIC. C’est l’attitude des pouvoirs publics français, et les risques inhérents à l’évolution de la politique nationale de concurrence qui ont rendu ce projet impossible.
Pour comprendre, un peu d’histoire :
1) Le partenariat E. Leclerc/Système U
L’union de coopératives LUCIE qui devait devenir le creuset de la collaboration entre les deux enseignes, a été fondée le 1er mars 1999. La vocation de LUCIE était de fournir à nos adhérents respectifs des prestations, des équipements et des moyens de gestion susceptibles d’améliorer leur performance. La coopérative a donc lancé des opérations économiques communes, dans des conditions paritaires pour les deux groupements (de coûts comme de résultats). De 1999 à aujourd’hui, ont été traités en commun l’approvisionnement en carburants, le référencement national des grandes marques PGC et les premiers prix alimentaires.
LUCIE n’a pas démérité. Au sein de la coopérative, nos adhérents ont même étendu le champ de leurs activités en construisant un référentiel commun de détention de gammes en optimisant les coûts logistiques de la distribution des produits premiers prix.
Preuve que ces synergies ont été bien exploitées et que nos adhérents y ont trouvé leur compte : les deux enseignes, depuis 1999, n’ont cessé d’accroître leurs parts de marché. Elles ont résisté au hard-discount et damer le pion à leurs collègues intégrés.

2) La mauvaise volonté des pouvoirs publics
En plein débat sur la loi Galland, et sous la pression de certains groupes intégrés qui refusaient la réforme, les pouvoirs publics ont volontairement choisi d’ignorer la formidable opportunité que constituait l’émergence d’un grand réseau d’indépendants européens, piloté par nos deux enseignes françaises.
Dès le mois d’août 1999, le Ministre de l’Economie et des Finances jetait la suspicion sur LUCIE en saisissant le Conseil de la Concurrence, parallèlement à une action intentée contre Cora/Casino. Dominique Strauss-Kahn a eu beau me dire qu’il ne pouvait « pas faire autrement » que de porter les deux affaires devant le Conseil. Dans un cas, il s’agissait d’une concentration dont il pouvait être pertinent d’étudier les effets sur un même marché. Dans le cas de LUCIE, rien de tel puisque le statut coopératif de cet organisme lui conférait un cadre légal pré-établi. Je suspectais d’autant plus un mauvais coup que les pouvoirs publics français n’avaient rien trouvé à redire à la récente méga fusion Promodès-Carrefour, vite entérinée.
Inutile de vous dire que, comme cadeau de baptême, les pouvoirs publics pouvaient faire mieux. Comment voulez-vous que, dans ces conditions, nous puissions négocier avec les fournisseurs de manière efficace.
Lors du débat sur la nouvelle Loi de Régulation Economique (NRE), les pouvoirs publics ont tout fait pour limiter la capacité de négociation d’une coopérative comme la nôtre à la seule production de prestations commerciales communes…ce qui aurait eu pour effet de transformer notre partenariat en entente…
La loi Jacob/Dutreil a, de surcroît, rendu quasiment impossible la négociation des tarifs… LUCIE ne peut donc fonctionner de manière optimale…
3) La réaction de E. Leclerc et Système U
Dans ces conditions, Serge Papin (nouveau Président de Système U) et moi-même avons été obligés de prendre acte de l’évidente mauvaise volonté des pouvoirs publics à l’égard de nos projets. D’autant que nos deux groupes sont devenus les principales cibles des contentieux « très politiques » lancés à l’initiative du Ministère des Finances à notre égard (procès à Nantes et à Nanterre). De là à dire que les pouvoirs publics, comme dans l’affaire de l’attribution des stations d’autoroute, ont privilégié servir la cause des distributeurs intégrés…
Les adhérents de Système U et de E. Leclerc ont donc décidé d’un commun accord :
- de limiter les missions de LUCIE au partenariat économique inattaquable sur le plan juridique (carburants, logistique, etc…),
- de souscrire, chacun de son côté, à une alliance internationale : Système U ralliant EMD, E. Leclerc poursuivant seul son projet de fédérer, dans COOPERNIC, REWE Allemagne, CONAD Italie, COOP Suisse, COLRUYT Belgique.
4) Toute la messe n’est pas dite
Les adhérents E. Leclerc et Système U ont la ferme conviction de partager les mêmes valeurs, une même histoire, et poursuivent un même objectif : défendre la libre entreprise, leur indépendance, l’efficacité du lien coopératif, un projet consumériste ancré dans chacun de leur territoire d’implantation…
Parallèlement au maintien de certaines formes d’échanges, E. Leclerc et Système U ont décidé, dès 2005, de se rapprocher de leurs cousins d’Intermarché. Et avec eux…
- Nous avons rejoint la Fédération du Commerce Associé, FCA, (Cf. blog du 19/05/2005), au sein de laquelle, avec Système U et Intermarché, E. Leclerc va plus que jamais défendre le statut des distributeurs associatifs, la pertinence de leur mode d’organisation et de leur modèle économique. En rejoignant les enseignes spécialisées du Commerce Associé, nous pensons pouvoir faire école, aider d’autres commerçants à s’organiser, et à se positionner comme réseau alternatif au modèle boursier.
- Nous avons adhéré à la FCD avec le statut spécifique de membre associé. Nos trois enseignes d’indépendants travaillent de concert dans les Commissions « Social », « Formation », « Développement Durable » et « Sécurité Alimentaire ». Au sein d’une FCD qui devient de plus en plus une vraie interprofession, nos adhérents auront l’occasion de défendre leur vision, la confronter à celle du commerce intégré, et « peaufiner » leur lobbying.
Voilà donc pourquoi la création de COOPERNIC, avec d’autres distributeurs indépendants européens, n’empêchera pas les adhérents des réseaux E. Leclerc et Système U d’écrire quelques autres pages communes de l’histoire de la distribution française.
Et puis, qui sait si un jour…
Posté par M.E.L. le 2 mars 2006 dans
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27 février 2006
Grippe aviaire : Quelle communication pour aider les éleveurs ?

Nous aurons l’occasion de reparler prochainement des différents problèmes causés par ce fléau : aspects sanitaires, risque de pandémie humaine, gestion des scénarios de crise, conséquences sociales et même…politiques. Les fédérations d’éleveurs nous ont sollicités, ces dix derniers jours, pour éviter la chute des ventes, et lancer des campagnes publicitaires. La contamination de l’élevage de Versailleux a pris de court toute la profession et limite sérieusement l’exercice de publicité collective.
Les images associées à l’abattage d’une dizaine de milliers de dindes portent un sérieux coup au projet de publicité collective télévisée réclamée par les syndicats d’éleveurs. Le projet n’est pas définitivement irréalisable. Mais élaborer un message crédible, incitatif, et définir la programmation idéale de la diffusion…voilà qui devient périlleux et mérite réflexion (si l’on cherche réellement l’efficacité auprès des consommateurs, et pas seulement une opération de relations publiques auprès des éleveurs !!!).
1) Rappel du contexte : En France, le risque reste principalement d’ordre vétérinaire
a) Aucun scientifique ne soutient sérieusement l’existence, à l’heure actuelle, d’un risque de contamination d’homme à homme. Cela supposerait une mutation du virus, ce qui n’a pas été observé.
b) Les cas de contamination humaine résultent de pratiques sanitaires déficientes : cohabitation quotidienne avec les oiseaux, manque d’hygiène, ...etc. Dans tous les cas observés, ce sont les animaux qui ont transmis le virus à l’homme.
c) Dans l’hexagone, de l’avis de l’Afssa comme de la plupart des scientifiques, de tels risques sont minimes, y compris dans les élevages industriels, compte tenu des mesures préventives (port de masque et de gants, pédiluve, ...etc.) dans l’exercice professionnel.
2) L’affaire se double d’un risque commercial important :
- Plus de 30 000 élevages professionnels produisent 700 millions de volailles en France.
- Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros.
- Nombre de personnes employées : 65 000.
- Exportations : 715 000 tonnes (plus d’un tiers de la production). La France est le premier exportateur de l’UE.
Je confirme les chiffres cités dans la presse ces derniers jours :
- Baisse moyenne des ventes de 10 à 12 % jusqu’au 15 février.
- 30 % sur les 3 derniers jours ouvrables.
3) Deux types de campagne de communication sont envisagés :
L’une est d’initiative européenne : elle porte sur les aspects sanitaires. L’autre est française et se veut plus commerciale.
a) Les pays européens, réunis à Vienne vendredi, ont décidé de lancer une campagne d’information pour rappeler que « la consommation de volaille ne présente pas de risque ». Certains pays (Turquie, Bulgarie et Roumanie) voudraient y associer des messages de prévention invitant les citoyens à refuser tout contact physique avec les oiseaux, morts ou même vivants !
Les deux messages ont leur raison d’être. Je ne crois pourtant pas à leur cohabitation dans un même spot publicitaire. Ni même dans des spots séparés qui seraient diffusés sur une même période.
b) Les fédérations d’éleveurs en France veulent faire de la promo pour soutenir le marché. Le gouvernement a débloqué 2 millions d’euros qui pourraient être investis dans une campagne collective TV.
Il y a une semaine encore, on aurait pu imaginer un message du type : « La France a pris toutes les précautions en confinant les élevages. Achetez de la volaille française, c’est une garantie sanitaire. Les éleveurs ont fait pour vous les investissements et les efforts permettant de certifier la bonne qualité des marques et labels français ! ».
Oui, mais voilà : l’épidémie a frappé sur un territoire qu’on avait présenté comme sécurisé ! L’élevage de Versailleux (Ain) était confiné (théoriquement). Le H5N1 a frappé là où on ne l’attendait pas.
S’il s’agit d’une erreur humaine, l’affaire sera classée, oubliée dans quelques jours ou semaines. L’opération de communication pourrait alors être lancée.
Si cette affaire révèle finalement l’impossibilité d’un confinement étanche, c’est tout l’argument publicitaire qui tombe.
De fait, les images télé et les articles de presse diffusés ce week-end, ont jeté le trouble dans l’esprit des consommateurs. Ils ont découvert, malgré le confinement, le passage de tracteurs hors pédiluve ; et des pailles préalablement stockées dans une grange ouverte, sans protection contre les passereaux, hirondelles, étourneaux, pigeons, etc… Avec ces commentaires sincères, mais dramatiques : « Comment voulez-vous qu’on fasse autrement ! ».
Ils ont vu aussi une horde de journalistes et de photographes, sans protection, trimbaler leurs chaussures des étangs de la Dombe à la ferme de Versailleux. Et un ministre, seul utilisateur d’un seau qui faisait office d’unique pédiluve. A trop vouloir en faire, on frise le ridicule.
Que reste-t-il donc à raconter après de tels reportages !
4) L’argument de la vaccination
Convaincus du désastre médiatique, les professionnels envisagent maintenant une campagne de vaccination. L’initiative est probablement nécessaire, vu que l’épizootie, personne n’en doute, est là pour longtemps.
Mais si la parade est efficace, et le discours sécuritaire ainsi renforcé, que vaut cette information…par rapport à l’objectif de relance de la consommation. Vacciner…ne fait pas saliver. Qui peut imaginer sérieusement qu’une telle campagne incitera les Français à mettre la poule au pot ?
5) Priorité à la communication de terrain
Je viens de le confirmer à plusieurs fournisseurs qui m’appelaient ce week-end : mon groupe répondra présent à l’appel des professionnels. Nous saurons être solidaires. Et nous mettrons en place, région par région, les opérations promotionnelles les plus adaptées aux contextes locaux.
Pour autant, à partir des réflexions précédentes, je proposerai :
a) De retarder la campagne collective nationale au moins jusqu’à ce que les effluves de Versailleux se soient dispersés dans l’opinion.
b) Si elle doit avoir lieu, il faut trancher. Sécuritaire ? Qui prendra la responsabilité du message : les pouvoirs publics, l’interprofession ? Attention, toute affirmation, toute promesse engage son auteur !
Commerciale ? Quitte à ce qu’on vienne financièrement en aide à nos amis de la Bresse, je préconiserai qu’on ne tienne pas un discours général. Il sera pollué dès la prochaine contamination. Il vaut mieux segmenter les risques (et les chances de réussite). Je recommanderai de faire la publicité de différents bassins de production (Landes, Gers, Loire, Bretagne ouest, etc…) dont les élevages ne sont pas affectés. C’est ce qui avait été fait dans le contexte de la « vache folle ». Nos bouchers s’étaient appuyés sur la fiabilité de certaines races à viande (limousine, aquitaine, ...etc.), le temps que soit mis en place un système général de traçabilité.
c) En tant que distributeur, nous nous offrons à être les relais des campagnes commerciales. Je crois plus au travail effectué par les bouchers-charcutiers et les responsables de nos rayons traiteurs qu’aux vertus des grands discours collectifs. Ce sont eux qui sont les plus fiables pour vanter la qualité de leur approvisionnement auprès de consommateurs.
d) Dans Le Parisien, ce matin (27/02/2006), les adhérents d’une section avicole de la FDSEA s’inquiétaient de la quasi fermeture des rayons volaille de certains hypers. Je ne sais pas si c’est vrai.
Sans qu’il soit nécessaire de se référer au « civisme de la grande distribution », il est primordial que nous ne participions pas à la psychose. Le meilleur moyen de démontrer notre confiance dans le produit, c’est de le mettre à la vente.
e) Reste pour moi une inconnue, l’attitude des organisations de consommateurs. Sauront-elles manifester leur solidarité avec les éleveurs ? Estimeront-elles ne pas pouvoir s’engager sur la qualité des mesures sécuritaires ou l’innocuité de l’ingestion des volailles…
Les efforts des professionnels ne serviront à rien s’ils ne sont pas relayés dans l’opinion, et surtout s’ils sont contrecarrés par une culture du doute.
Posté par M.E.L. le 27 février 2006 dans
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20 février 2006
Procter, Danone, L’Oréal… Les industriels confirment et assument les hausses de tarif
Au moins les choses sont-elles claires désormais. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette négociation 2006 que d’avoir produit cet « effet vérité » : les industriels confirment leur volonté de hausse tarifaire… et cherchent maladroitement à l’assumer.
1. Flash back : c’est José Luis Duran (Carrefour) qui avait tiré le signal d’alarme (Le Monde du 6/12/2005). J’avais confirmé et cité nominativement, des grands noms de l’industrie (parfumerie, cosmétique, hygiène ou même agroalimentaire) cf. ma note du 8/12/2005.
Levée de bouclier ! Debout sur son perchoir, Jean-René Buisson de l’ANIA bottait en touche et se retournait vers les hypers : «On verra s’ils sont capables de baisser leurs marges pour faire baisser les prix ».
2. Les marges sont à la baisse, dans tous les groupes de distribution. Les enseignes ont largement anticipé la réforme de la loi Galland. Pour le public, ces baisses de prix, exprimées en euros, n’ont pas été spectaculaires, sauf dans les catalogues. Mais pour les distributeurs, il ne fait pas de doute qu’un seuil a été atteint, et le problème pour certaines enseignes sera de justifier un retour à la normal dans les prochains jours.
La DGCCRF a annoncé qu’il faudra remettre tout ça au carré du SRP (le 15 mars ?).
3. Dans ce contexte, les distributeurs n’allaient pas laisser leurs fournisseurs s’accaparer le bénéfice de la baisse, en tolérant des hausses tarifaires qui viendraient en gommer les effets. A défaut de pouvoir négocier les CGV, il était impératif d’engranger plus de coopération commerciale déductible ou de CPV (conditions particulières de vente) pour compenser les dérives tarifaires (c’est le seul mécanisme de baisse prévu par la loi).
Les industriels qui ont cru pouvoir « jouer les délais », en espérant que l’arbitre sifflerait la fin du match le 15 février, en sont pour leurs frais. La négo continue…(chez Leclerc, il reste à signer une quarantaine d’accords commerciaux sur environ 3000).
4. La fermeté a payé. Doublement !
D’abord, la plupart des industriels ont revu leurs prétentions à la baisse, business oblige. La moyenne des hausses (sur 95% des contrats) est de l’ordre de 2.5%. Avec, pour certaines gammes, il est vrai quelques pointes à 5% !
Mais surtout, Procter, Danone, L’Oréal ou Lever ont été obligés de se justifier publiquement. Et d’assumer les hausses qu’on allait nous imputer.
5. Déjà, dans le Figaro du 4/01/2006 Unilever annonçait une hausse moyenne de 4.5%. Interrogé dans le Fig Eco du 18/02/2006, d’autres grands industriels confirment. En forme de plaidoirie, ils revendiquent le droit d’augmenter leurs tarifs. Leurs arguments ne manquent pas de fondement. Ils ne manquent pas d’air non plus.
a) Pourquoi faudrait-il baisser les prix, dit Philippe Charrier, Procter, quand des produits chers se vendent aussi bien : « Notre antipelliculaire H&S est le numéro 2 des shampoings, pourtant c’est l’un des plus chers de sa catégorie ». Il a raison. Idem pour L’Oréal. Pour ces firmes, reines du marketing, il n’y a pas d’obligations techniques à repositionner leurs prix. Et dans l’absolu, ce n’est que la récompense d’un travail marketing exceptionnel, qu’il faut savoir saluer.
b) En droit commercial pur, ils ont aussi raison de revendiquer cette liberté. Je ne la leur conteste pas. (Ce que je contestais, c’est qu’ils ont cherché à limiter la liberté des distributeurs, en cautionnant une loi Galland qui donnait aux seuls fournisseurs la main mise sur les prix publics. Des prix qui grimpent depuis 5 ans).
c) Mais, ce qui était contestable, c’était leur refus d’assumer les hausses qu’ils imposaient aux distributeurs.
Depuis que les organisations de consommateurs se sont réveillées (après le passage à l’euro) et alors qu’elles stigmatisaient l’inflation des grandes marques, nous n’avons jamais entendu un seul fournisseur reconnaître sa responsabilité.
6. C’est maintenant chose faite. Contraints à se justifier, interpellés par R. Dutreil (qui rechausse pour l’occasion les bottes de N. Sarkozy), les industriels sortent les arguments du bois. Certains sont légitimes (répercussion de la hausse des matières premières, des coûts de transport etc…). D’autres laissent franchement perplexes, tels que
a) « Cette question brûlante concerne 6% de notre chiffre d’affaires » (Lindsay Owen-Jones, L’Oréal). Il est vrai que pour ces grands groupes, la France devient un débouché marginal. Il n’empêche : pourquoi les consommateurs français devraient-ils être plus ponctionnés que leurs homologues européens…
b) « Mon métier n’est pas de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs » (Franck Riboud, Danone). Les consommateurs français qui ont subi depuis 4 ans des hausses successives, pourraient à bon droit exiger de ne pas être considérés comme des vaches à lait. Ils apprécieront.
7. Ces déclarations imprudentes (Le Figaro du 18/02/06) viennent porter un éclairage nouveau sur les rapports industrie/commerce. Dénoncées par les seuls distributeurs, les hausses pouvaient apparaître comme un simple prétexte au durcissement de la négociation. Revendiquées par les industriels, elles justifient, le rôle essentiel de la distribution dans la politique française de concurrence. On ne pouvait pas donner plus de légitimité au métier d’acheteur.
Le législateur sera toujours fondé à intervenir pour réprimer des comportements déviants, excessifs, abusifs… Je n’ai jamais contesté cette nécessité. Mais 80% de ce qui est vendu en hyper est fourni, sur chaque segment de marché (PGC), par 3 ou 4 firmes en situation oligopolistique. Et capables d’imposer leurs marques et leurs tarifs.
Nos acheteurs n’ont plus de complexes à avoir. Les raffarinades, c’est fini. C’est notre rôle que de nous opposer à ces hausses de prix si crânement revendiquées.
Dans le respect des hommes et des projets d’entreprise, mais avec toute la pugnacité qu’exige la lutte pour préserver pouvoir d’achat et croissance.
Posté par M.E.L. le 20 février 2006 dans
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16 février 2006
COOPERNIC, la première alliance de distributeurs européens indépendants

Chiffre d'affaires et part de marché des différents groupements
Bruxelles, ce jeudi, conférence de presse aux côtés des dirigeants de cinq grands groupes européens de distribution. C’est une réunion fondatrice. Nous lançons COOPERNIC, une alliance européenne...qui va forcément faire parler d’elle.
L’initiative s’appuie sur une vision commune du grand marché.
Le mouvement de concentration des industries de biens de consommation s’accélère. Sur chaque grand segment de marché, 3 ou 4 firmes internationales fournissent, à elles seules, 80 % de l’offre vendue en hypermarché.
Parallèlement, cette concentration touche le secteur de la distribution. Achats, fusions, OPA se sont multipliés ces dix dernières années. Bientôt peut-être, on reparlera du rachat par Wal-Mart d’un grand groupe français, d’une alliance renforcée Auchan-Casino, d’un rachat supplémentaire par des Tesco ou des Metro boulimiques.
Les commerçants indépendants se devaient de réagir. Pour garantir à leurs adhérents les moyens de relever ce défi concurrentiel, cinq groupements, Colruyt (Belgique), CONAD (Italie), COOP (Suisse), E.LECLERC (France) et REWE Group (Allemagne), ont décidé de s’allier et de créer COOPERNIC : COOPérative Européenne de Référencement et de Négoce des Indépendants Commerçants.
L’objectif : Doter leurs adhérents d’une organisation transnationale capable de rivaliser avec les enseignes les plus puissantes du commerce intégré. Les cinq distributeurs co-fondateurs de COOPERNIC représentent 96 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 10 % des ventes en Europe. (Pourcentage à mettre en parallèle avec les 20 % réalisés par les 3 premières enseignes européennes intégrées : Tesco, Carrefour, Metro).
1) Les ambitions de COOPERNIC
Les cinq groupes veulent organiser leur coopération dans les secteurs alimentaires et non-alimentaires, en négociant ensemble la fourniture des grandes marques internationales, en travaillant sur l’élargissement de leur offre nationale et la diminution des coûts d’approvisionnement (sourcing, logistique...).
a) COOPERNIC aura pour mission de traquer tous les écarts de prix européens et d’optimiser les achats des grandes marques. La coopérative négociera aussi des prestations transnationales : expérimentation de marchés tests, lancement coordonné de produits nouveaux, construction d’un référentiel produits commun… Les synergies sont d’autant plus évidentes que les enseignes sont très peu concurrentes entre elles, l’implantation actuelle des groupements est très complémentaire ainsi que leurs projets de développement en Europe.
b) Contrairement aux centrales d’achat des groupes intégrés, COOPERNIC n’a pas vocation à se substituer aux stratégies marketing propres à chacun des groupements. Chaque membre de l’Alliance conserve son autonomie d’approvisionnement. Le partenariat permettra d’accroître chaque offre nationale en faisant profiter ses consommateurs des meilleures sélections des autres membres y compris dans des secteurs à fort développement, comme les produits bio et équitables dont COOP SUISSE est leader mondial.
c) COOPERNIC permettra à de nombreux producteurs régionaux et PME d’accéder aux rayons des autres membres et d’accroître leurs ventes européennes. Comme en bénéficient déjà des fournisseurs communs de COOP et REWE Group, ou plus récemment de E. LECLERC et CONAD.
d) La coopération entre les membres permettra aussi une réduction substantielle des coûts logistiques.
La politique européenne des transports et la recherche d’économies d’échelle ont conduit les grands industriels à optimiser l’implantation de leurs usines pour pouvoir couvrir tous les besoins d’un grand marché élargi. Chacun des membres avait jusqu’ici investi dans ses propres outils logistiques, en fonction de ses besoins nationaux. Via COOPERNIC, chaque groupement pourra déléguer ces opérations à l’un des membres jugé le plus performant selon les marchés. (C’est ainsi que E. LECLERC approvisionne en carburants, depuis la France, les premières stations-service de CONAD dans le Nord de l’Italie).
e) Dans la construction des gammes aussi, COOPERNIC permettra un meilleur partage des coûts et des réductions substantielles.
- Élaboration de cahiers des charges communs pour les MDD et Premiers Prix.
- Mutualisation des contrôles qualité pour ces produits.
- Multiplication des audits sociaux et libre accès à un référentiel commun d’audits des fournisseurs, pour contrôler les aspects sociaux et éthiques des conditions de fabrication à l’étranger.
2) COOPERNIC : une structure légère, régie selon le principe des coopératives
Pour insister sur sa vocation européenne, le siège de COOPERNIC est implanté à Bruxelles. Ses statuts prévoient sa transformation, dès que possible, en société coopérative de droit européen (SCE).
COOPERNIC restera une structure légère. Pour développer et faire fonctionner ce nouvel outil, les professionnels des enseignes concernées joueront un rôle clé, s’investissant à la fois dans cette alliance et dans les activités de leurs pays respectifs, limitant ainsi les risques de créer une superstructure pléthorique, coûteuse, et génératrice d’inertie.
COOPERNIC n’est pas une structure financière. Elle n’a pas vocation à accumuler, ni même à réaliser des profits. Les ressources de COOPERNIC seront constituées de cotisations versées par les coopérateurs. Toutes les économies, ristournes, remises ou avantages négociés seront perçus ou transférés à chacun des groupements dans une transparence financière et fiscale totale, selon le principe coopératif.
COOPERNIC sera dirigée par un conseil d’administration de dix membres, soit deux représentants par enseigne partenaire. La répartition des parts et des voix entre les enseignes sera égalitaire : chaque enseigne possèdera 20% des parts et représentera une voix au sein du conseil d’administration.
J’aurai l’honneur de guider les premiers pas de Coopernic sur les marchés européens aux côtés du Dr Achim Egner (REWE) qui occupera les fonctions de vice-président.
Posté par M.E.L. le 16 février 2006 dans
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8 février 2006
Négos 2006 : L’Etat siffle la fin du match mais permet les prolongations
Dans tous les pays européens, la liberté du commerce est un principe constitutionnel. On peut tout négocier, sauf ce qui est interdit par la loi.
En France, le Code du commerce ne dit rien d’autre. Mais au fil du temps, les députés ont surenchéri pour imposer tellement de contraintes que, pour tous les professionnels, seul finalement « peut être négocié ce qui est expressément prévu par la loi ».
J’exagère ? A peine ! J’en veux pour preuve la petite passe d’armes médiatique entre Renaud Dutreil, la Direction de la Concurrence, Jean-René Buisson (Association Nationale des Industries Alimentaires), l’AFP et quelques distributeurs. Elle illustre à quel point les pouvoirs publics (politiques et administration) continuent, malgré la liberté rétablie par les Ordonnances de 1986, de s’immiscer dans les affaires commerciales…sans autre justification que de maintenir leur contrôle.
1) Rappel :
La réforme de la loi Galland, appliquée depuis le 1er janvier, stipule que « les contrats de coopération commerciale doivent être établis avant le 15 février ». Ne me demandez pas pourquoi ! C’est évidemment du délire. J’imagine que les députés pensaient que « le temps » jouait contre les industriels. De fait, ils en ont profité pour prendre leur temps, les distributeurs étant obligés de signer à la date butoir !
2) Lors de plusieurs réunions tenues dans les locaux de la DGCCRF (Direction de la Concurrence), tous les distributeurs ont plaidé pour que le gouvernement accepte, au moins pour cette année, d’être tolérant sur les délais. Les conditions générales de vente n’ont été envoyées qu’en janvier, ce qui laissait un temps très court pour la négo.
3) Officiellement, nos collègues de la FCD avaient demandé au Ministre du Commerce une prolongation d’un mois (jusqu’au 15 mars). Compréhensive, la DGCCRF avait transmis le message au ministère.
4) Interpellé hier matin par l’AFP, le Ministre a d’abord tenu des propos ambigus. Propos que l’AFP a interprétés comme une réponse négative à la demande de la FCD.
5) Du coup, « aux anges », Jean-René Buisson, toujours en tenue de combat, a acquiescé : « Il est mieux de ne pas déroger à une loi ».
Réaction outrée, énervée des distributeurs, toujours en attente d’une réponse officielle…alors que les carnets de rendez-vous, eux, restent programmés jusqu’à la mi-mars…
Et tous de s’interroger sur les intentions réelles du ministre, par ailleurs fort peu prolixe sur sa réforme.
6) Finalement, Renaud Dutreil a rectifié le tir…en deux temps :
a) Il a d’abord revêtu la toge de la légalité. « Seul, le Parlement peut modifier la loi… Il n’appartient pas aux ministres de la modifier et nous n’en avons pas le pouvoir ».
b) Mais nul n’est tenu à l’impossible. Magnanime, il ajoute : « Pouvons-nous appliquer avec pragmatisme et compréhension la loi ? La réponse est oui. Je le souhaite et j’ai donné ces instructions à la DGCCRF ».
Voilà désormais qui est plus clair. Nous allons donc pouvoir continuer à négocier. Pas de couperet le 15 février. Tant pis pour les quelques camarades industriels qui comptaient sur cette pression pour passer en force et imposer leurs hausses de prix.
7) De toute façon, on arrive au bout de la négociation. Le climat s’est amélioré. Tout le monde a compris qu’il faut sortir de cette affaire. La consommation est atone. Il faut se focaliser maintenant sur la vente.
Nos négociateurs ont réussi à juguler le plus gros des hausses. Il reste encore 10 à 15 % des accords (mais quelques gros) à conclure. Ne cédons pas aux impératifs de l’urgence. De toute façon, il vaut mieux ne pas signer d’accord que d’en conclure un mauvais.
D’autant que ces contrats déterminent un autre enjeu : ils permettent de calculer le nouveau seuil de revente à perte. A vouloir boucler trop vite la négo, le risque, ce serait d’obliger les distributeurs à remonter leurs prix…au nom de la loi !
Posté par M.E.L. le 8 février 2006 dans
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2 février 2006
Réforme Jacob/Dutreil : la question du référencement
Désolé pour les néophytes : la question que j’aborde aujourd’hui intéressera surtout les professionnels de la relation industrie-commerce, les étudiants en droit ou ceux qui font des études commerciales… Mais il se trouve qu’à l’occasion des négociations 2006, un échange croisé de courriers entre l’Association Nationale des Industriels de l’Agroalimentaire (ANIA), la DGCCRF, et notre groupement coopératif…a relancé une vieille polémique concernant les vertus et surtout la légalité des pratiques dites « de référencement ».
Derrière cette problématique, il y a évidemment toute la question de la tarification, du coût d’accès aux linéaires et de la qualification juridique de ces prestations qui sont actuellement en discussion.
Mais il s’agit aussi d’une question de fond : ce sont particulièrement les groupements associatifs, franchisés ou coopératifs, qui pratiquent le référencement. Dans ces réseaux, la fonction « référencement » est souvent dissociée de la fonction « achat » dont elle constitue un préalable.
Il n’aura échappé à aucun professionnel qu’en fin d’année, entre la publication de la loi Jacob et la sortie de la circulaire Dutreil, quelques « groupes de pression » ont tenté de remettre en cause la légalité de ces pratiques. Ce faisant, ils cherchaient à nous fragiliser en jetant le trouble sur la qualité de nos contrats.
J’ai donc dû réagir auprès des intéressés. Afin qu’aucun doute ne subsiste sur la qualité de nos positions juridiques, je publie ici un extrait des arguments développés auprès de nos interlocuteurs (industriels ou administration) concernant le principe du référencement.
1) Aucun industriel français, fournisseur des Centres E. Leclerc, ne conteste le rôle essentiel de notre groupement d’achat dans sa fonction de référencement. Tous ces fournisseurs, y compris les membres de l’ANIA, sont, depuis des années, co-signataires de nos accords. Ils n’en ont critiqué ni le principe, ni les prestations. A contrario, ils savent ce que leur coûterait une approche directe, mais dispersée, de tous les commerçants indépendants en France.
2) Aucune disposition législative n’a, dans notre pays, jamais cherché à contester le rôle des nombreuses centrales de référencement, quels que soient les secteurs d’activités.
a) Le Conseil de la Concurrence, dans une décision devenue célèbre (n° 94-D-60 du 13/12/94, « Pratiques relevées dans le secteur des lessives »), en a défini et validé les fonctions : « …Considérant qu’il est d’usage que les centrales d’achat de distributeurs indépendants procèdent au référencement de produits, ce qui consiste principalement à rechercher, puis à négocier, des offres de vente à des conditions avantageuses pour leurs adhérents,…que cette pratique…n’interdit pas en général aux distributeurs indépendants regroupés dans cette centrale d’offrir à la vente les produits référencés, mais leur permet de bénéficier des conditions négociées par la centrale pour la commercialisation des produits référencés, conditions auxquelles peuvent d’ailleurs se rajouter des avantages obtenus par les distributeurs eux-mêmes… ».
b) La loi NRE (15 mai 2001) ne remet pas en cause la jurisprudence précédente. Les contrats de référencement proposés aux fournisseurs, puis négociés par ceux-ci, et finalement conclus…sont conformes à la loi et le demeurent.
c) J’en veux pour preuve la lecture d’une décision du Conseil de la Concurrence postérieure à la loi, notifiée à notre groupement et à Système U (Affaire LUCIE n° 05-D-62 du 10 novembre 2005) : « Le libre choix de l’acheteur est un des ressorts majeurs de la concurrence et le principal moyen par lequel le commerce stimule, chez les producteurs, la productivité, l’amélioration de la qualité des produits et des services ainsi que l’abaissement du prix. En vertu de ce principe, la négociation des accords de référencement et des conditions commerciales dont ils sont assortis ou au contraire le refus de référencer, comme le déréférencement, ne constituent pas, en eux-mêmes, des pratiques anticoncurrentielles. La renégociation de ces accords n’est donc pas en soi illicite... ».
d) L’article L.442-6 du Code du commerce fixe des limites à ces pratiques en prohibant le versement d’avantages préalablement à toute commande. Notre groupement ne perçoit aucun avantage et ne fait signer aucun contrat de référencement offrant rémunération « préalablement à la passation de toute commande », ni « sans engagement de contrepartie pour le fournisseur ». Il ne perçoit de rémunération qu’une fois la vente effectuée dans les magasins et sur la base d’un chiffre d’affaires reconnu par l’industriel.
Voilà qui est, je le pense, clairement dit !
Je voudrais insister sur deux autres points :
- C’est à tort qu’on imaginerait que ce débat ne concerne que les GMS. Partout en Europe, et dans de nombreuses professions (hôtellerie, restauration, réseau de prestataires de services tels que pressing, pompes funèbres, etc…) et même dans de nombreuses administrations, il existe des groupements qui référencent fournisseurs et produits ! Idem pour les industriels qui organisent la sélection commune de leurs fournisseurs. Ceux qui croient pouvoir régler des comptes avec nous, sans autre effet que de cibler la grande distribution, doivent comprendre qu’ils se trompent de combat. Ou alors, il faudra qu’ils s’en expliquent avec les autres professionnels !
- De toute façon, nos adversaires doivent choisir leur camp. Si l’on « supprime » la fonction de référencement, alors il leur faudra admettre l’obligation pour les indépendants d’intégrer la fonction achat, ce qui ne fera qu’accroître le degré de concentration de la distribution.
On peut imaginer aussi que les industriels réembauchent un réseau de représentants pour aller négocier les prises de commandes, magasin par magasin, sans passer par une centrale de référencement. Cela coûterait moins cher que de passer par nos groupements ? Chiche ! Mais alors pourquoi les adversaires du « référencement » ne se proposent-ils pas d’en être les cobayes…
Posté par M.E.L. le 2 février 2006 dans
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30 janvier 2006
Thierry Breton réforme Bercy : pitoyable réplique syndicale !

Les Collecteurs d'impôts de Van Reymerswaele Marinus (16ème siècle - Huile sur bois - Musée du Louvre) - © RMN
Sur ce blog, comme dans les médias, je ne me suis jamais privé de dénoncer le manque de courage des politiques français, si prompts à parler de réforme, mais incapables de franchir les obstacles corporatistes. Aussi, il me faut savoir « tirer mon chapeau » quand, avec courage et obstination, ils acceptent la confrontation et tentent sérieusement de faire avancer le « schmilblick » ! Un grand bravo donc à Thierry Breton qui vient de faire sacrément bouger la citadelle de Bercy.
Avant lui, plusieurs ministres des finances avaient promis la révolution. Sous la gauche, Christian Sauter en avait rêvé. L’homme était volontaire, mais piètre tacticien et trop naïf à l’égard du pouvoir syndical comme du pouvoir politique, il fut lâché par Lionel Jospin… Francis Mer était sûr de son coup. Son assurance frisait la provocation. Il s’y est à son tour cassé les dents !
J’ai, comme beaucoup, douté du savoir-faire et de la détermination de Thierry Breton. Il parlait, beaucoup, donnait des leçons… Mais en sous-main, après un temps d’adaptation, il s’est lancé, en cohérence avec son discours.
Le chantier est immense. T.B. l’a morcelé ! Les résistances sont très fortes. T.B. s’appuie sur l’opinion, l’ampleur des déficits publics, la mauvaise image d’une administration boulimique. Refusant d’agir au nom d’une idéologie (le libéralisme étant aujourd’hui le plus « capital » des péchés), et dans une approche purement pragmatique, il a lancé sa réforme.
1) De quoi s’agit-il ?
De dégraisser le coûteux « mammouth » : « Faire mieux avec moins ». Pour faire faire des économies à l’Etat, donc aux contribuables ! Pour améliorer le service du public aussi : les recettes du consumérisme, ça ne concerne pas que le privé !
D’ici 2008, les Centres des Impôts devront travailler en « team » avec les fonctionnaires du Trésor. Ah, vous ne saviez pas qu’il y avait des différences ? Vous pensiez avoir affaire à une même administration ? Que nenni, urbains que vous êtes ! A moins que, finalement, vous ne payiez point d’impôt, ce qui expliquerait évidemment votre ignorance !
Oui, encore aujourd’hui, les contribuables de nos provinces ont affaire à deux catégories d’agents. Au Centre des Impôts du département, les fonctionnaires ont en charge nos déclarations de revenus, la collecte des réclamations ou la négociation éventuelle des conditions de paiement de l’impôt (report, délai de paiement…). A la Trésorerie, on paie… Avec cette situation kafkaïenne, très proche de la segmentation des tâches pratiquée « autrefois » dans les anciens pays de l’Est : pas de communication entre les administrations (ou peu), pas de fichiers communs, ni d’accumulation de compétences : le contribuable, simple citoyen ou artisan, est ballotté d’une administration à l’autre, sans jamais se voir désigner un interlocuteur principal. Une galère dont pourrait vous parler tout patron de PME, tant l’exercice est pénible et fréquent.
2) La réforme vise à moderniser toutes ces prestations
Nicolas Sarkozy a profité de son court passage à Bercy pour lancer la télé-déclaration des impôts par internet. (Ca semble marcher puisque près de 10 millions de Français s’y sont essayés !). Le ministre avait aussi lancé l’idée de la « déclaration pré-remplie ». Apparemment, ce sera opérationnel en mai.
Thierry Breton s’attaque désormais aux structures et lance le « guichet fiscal unique » dont les prestations intéresseront 10 à 12 millions de contribuables français. Avec comme avantages :
- Un numéro d’accueil commun aux services du Trésor et des Impôts.
- Un traitement indifférencié par l’une ou l’autre des administrations.
- Une banque de données commune et des informations accessibles à partir d’un des deux services.
- Des compétences partagées par les deux catégories d’agents.
On se dit : génial ! Enfin, on prend en compte l’intérêt et le confort des usagers (après tout, c’est quand même normal que les Français qui payent l’impôt soient un peu mieux respectés !). Que n’y avait-on pensé plus tôt !
3) Oui, mais voilà, les syndicats font grise mine et annoncent déjà des manifestations en ce début février
J’ai eu beau éplucher toute la presse, je n’ai pas trouvé d’arguments vraiment très étayés qui justifient cette mobilisation. D’autant que cette réforme va se faire sans suppression de postes et qu’elle pourrait être motivante pour des carrières ainsi enrichies en contenu. Que peut-on lire ou entendre qui justifie donc cette frustration pour une réforme qui constitue un formidable projet d’entreprise pour les 35 000 agents concernés ?
- « Cette polyvalence est impossible » (Bruno Monziols, CGT, Le Parisien 28/01/06).
- « Aucun agent ne peut répondre à toutes les questions des contribuables…Jusqu’à présent, il y avait l’agent des Impôts compétent sur les problèmes de calcul de l’assiette et l’agent du Trésor pour les problèmes de recouvrement. Une séparation qui était une garantie (sic) pour les contribuables » (Vincent Drezet, SNUI).
Quelle mauvaise foi ! A l’heure de l’internet, et alors que toutes les sociétés de services, privées ou publiques, réorganisent et clarifient leur offre pour gagner en cohérence, en lisibilité, et optimiser la relation avec les clients, nos fonctionnaires gardent des réflexes de boutiquiers.
S’il s’agissait de révéler les carences de l’actuelle administration et son incapacité à répondre aux attentes des usagers, on ne pouvait mieux résumer la situation.
Décidément, cette réforme, il faut vite la faire.
Posté par M.E.L. le 30 janvier 2006 dans
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24 janvier 2006
Thierry Breton et les soldes : réformer, dans l’intérêt de qui ?

Cent pour cent d’accord avec Henri Loiseau (LSA 19/01/06). Le directeur de la rédaction de LSA pose la vraie bonne question : « Plutôt que d’inciter les Français à sans cesse différer leurs achats pour mieux profiter des périodes de soldes ou de promotions, ne serait-il pas préférable de s’interroger sur la pertinence d’un plus « juste prix » ? »… Ce n’est pourtant pas dans cette voie que se sont engouffrés professionnels et politiques, suite au débat lancé par Thierry Breton sur Europe 1 (08/01/06).
1) Les soldes, du déstockage occasionnel…à la super promo institutionnalisée
Les soldes sont devenus incontournables. Un moment de quasi frénésie, une mise en scène généralisée, tous commerces confondus ; un évènement hyper relayé par tous les médias, alors qu’habituellement, les rédactions rechignent à la publicité commerciale.
Initialement, les soldes constituaient une exception dans le code et la pratique du commerce. Une dérogation (l’autorisation de la revente à perte) pour permettre aux commerçants d’écouler les invendus en fin de collection.
Pour la plupart des commerçants, l’objet initial reste celui-là. Mais les soldes sont devenus braderies festives, bruyantes, alléchantes…et excessives. Ils sont devenus un vecteur indispensable, quasi incontournable du marketing de la distribution. Et de nos jours, il faudrait être sacrément hypocrite pour nier la dérive du concept vers l’orchestration d’une super, méga, hyper promo.
Croit-on vraiment que les grands magasins ou les chaînes spécialisées investiraient autant en publicité s’il ne s’agissait que d’écouler à perte quelques nanars ?
30 à 40 % des ventes de textiles en France seraient effectuées lors des soldes ! Si c’est vrai, les professionnels devraient admettre leur pitoyable performance. Car produire « cent » pour n’en commercialiser que « soixante » à « prix normal »… vaut mieux changer de métier…
En réalité, les acheteurs des grands magasins ou des grandes chaînes mettent à la vente, en plus des invendus, des produits spécifiquement conçus pour les soldes (ou mis en avant à cette occasion !). Les consommateurs ont fini par s’y habituer, se sont pris au jeu. Au point qu’une représentante de l’UFC estimait récemment « qu’il faudrait de « vrais soldes » et en quantités suffisamment disponibles (sic) pour satisfaire tout le monde, et pas seulement quelques happy few ».
Faut-il cautionner cette dérive ? Et étendre plus encore ces pratiques. A mon sens, non ! Multiplier les soldes, comme le suggère T. Breton, cela reviendrait surtout à multiplier l’offre promotionnelle. Le risque, c’est d’accentuer les à-coups du système et d’entretenir le caractère de plus en plus erratique de la consommation. Avec des consommateurs qui ne s’y retrouveront plus.
2) Et si le problème n’était pas les soldes, mais la cherté de nos achats quotidiens ?
Les soldes, ça marche en ce moment comme marchent aussi le hard-discount, le low-cost, les marques de distribution, tout ce qui n’est pas cher…
La crise du pouvoir d’achat touche toutes les catégories sociales.
C’est devenu un réflexe général. On n’achète plus à prix normal, on attend les prix cassés. Exemple ? Les jouets que les distributeurs s’évertuent à mettre de plus en plus tôt en rayon alors que les clients attendent les braderies des quinze derniers jours avant Noël pour effectuer leurs achats !
Le « prix des choses » au quotidien est devenu trop cher. La multiplication des soldes, des promotions ne fait qu’accentuer l’écart avec les prix du fond de rayon.
L’observation vaut pour tous les produits. Plus encore pour le secteur des jouets, de la fringue, du blanc, où les soldes abondent. Pendant toute l’année, les marques imposent un prix de marché. Elles exigent un coefficient de marge minimal (à défaut, elles ne livrent pas). Elles cherchent à limiter la concurrence (et la surenchère entre distributeurs). Mais elles ont finalement cautionné ces braderies dont le caractère occasionnel ne risque pas de remettre en cause le positionnement marketing initial de leurs produits.
Du coup, les soldes deviennent l’exercice concurrentiel autorisé, avec son contexte culturel spécifique, qu’on oppose aux pratiques commerciales du reste de l’année.
3) La vraie révolution, ce serait non pas de multiplier les promotions, mais d’installer une vraie concurrence de prix dans ces secteurs
D’ici un ou deux ans, la loi Galland ayant été réformée, la DGCCRF aura tout le temps nécessaire pour remettre un peu d’ordre dans ses pratiques, surtout en cours dans les grands magasins et les GSS. Le Conseil de la Concurrence a eu beau sanctionner ces ententes verticales, la pratique des prix uniformes (chers) reste immuable. Il est temps de rétablir une vraie concurrence, avec des prix nets ou des promotions lisibles…et des soldes, des vrais soldes, seulement en fin de saison.
Isolée dans les organisations de consommateurs, la CLCV soutient cette position, qui me paraît la plus raisonnable.
C’est ce que pratiquent les commerçants des pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Allemagne).
C’est ce que préconise la Commission Européenne qui, depuis plusieurs années, tente d’élaborer une directive « promotions »… une directive libérale, comme vous pouvez l’imaginer.
Qui s’y oppose ? Mais la France, bien sûr. La France de la loi Galland, la France des soldes, la France de l’économie administrée.
Thierry Breton réunira professionnels et consommateurs mi-février. Il a posé une question, pas forcément suggéré la bonne solution, mais pourquoi ne pas saisir cette occasion pour aborder le problème sous cet angle…
Posté par M.E.L. le 24 janvier 2006 dans
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19 janvier 2006
Actimel, Bifidus, Yakult : Que Choisir trie les vraies et fausses promesses des alicaments !

Pas facile d’élaborer une opinion bien étayée sur les promesses alléchantes des probiotiques et autres alicaments dont nombre de marques se revendiquent dans les campagnes de publicité, comme sur les packagings. Ces marques venues d’ailleurs (Actimel, Bio, Yakult, LK, L.CASEI) ont suscité une abondante littérature critique. Des opinions qui expriment un scepticisme devant la surenchère des allégations. Des analyses qui décryptent des stratégies marketing plutôt que des préoccupations nutritionnelles… Mais des avis scientifiques aussi, avec quelquefois la caution d’un grand laboratoire ou même de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments)…
L’UFC-Que Choisir (n° 433, janvier 2006) a consacré un très intéressant dossier à ces « bonnes bactéries » dont les vertus sont supposées améliorer notre transit intestinal ou accroître les défenses de l’organisme.
J’en recommande la lecture : outre qu’on y collecte beaucoup d’informations (précises), les rédacteurs (Fabienne Maleysson et Claire Pergrale) ont refusé par avance tout parti pris anti-industriel. L’approche est pragmatique (analyse comparée des valeurs nutritionnelles) et s’intéresse aux grandes marques tout autant qu’aux MDD.
J’ai particulièrement retenu de cette étude :
a) Un effort général, toutes marques confondues, sur la réduction des lipides : « Les teneurs en graisses sont limitées, allant de 0 % à 1,6 % ».
b) Respect quasi général des recommandations de l’OMS (indication des conditions de conservation, contact fabricant, relative clarté des informations consommateurs).
c) Toujours beaucoup de sucre (trop de sucre !).
Sur le fond même de la polémique, Que Choisir conclut surtout à l’écart « entre les résultats d’études, positifs mais relativement limités, et les publicités (couples de seniors prêts à affronter les rigueurs de l’hiver ou les aléas d’un voyage en Inde, blouse blanche vous expliquant qu’Actimel peut contribuer à contrer les effets du froid, du stress et du manque de sommeil, bonnes bactéries agissant comme des boucliers apparemment capables de vous prémunir contre toute attaque de l’extérieur…) ».
Pas lieu de lancer une chasse aux sorcières, donc. De la vigilance, surtout (« Le consommateur n’a pas fini de devoir faire le tri entre les faits scientifiquement avérés et les délires publicitaires »).
Et c’est sous forme de clin d’œil que Fabienne Maleysson rappelle que tout autant que ces produits nouveaux, le yaourt, le bon yaourt classique, avec ses ferments traditionnels Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus, reste encore indétrônable pour ses effets bénéfiques.
Posté par M.E.L. le 19 janvier 2006 dans
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18 janvier 2006
Carburants : les stations sur autoroute s’ouvrent à la concurrence

Sur l’aire de Garonne (A 62), près de Castelsarrasin, à une demi-heure de Toulouse…
Aux côtés de Jacques Tavernier, Président des ASF (bientôt Vinci), j’inaugure notre quatrième station autoroutière. D’ici la fin de l’année, six autres porteront notre enseigne. Hasard sans doute, Carrefour annonce, aujourd’hui aussi, l’acquisition de dix nouvelles concessions.
Il aura donc fallu plus de vingt ans pour que ce juteux bastion réservé aux majors (ou à quelques-uns de leurs revendeurs) s’ouvre à la concurrence.
1) C’est le 25 janvier 1985 que la Cour de Justice européenne a fait droit aux arguments de notre enseigne et déclaré illégal (en droit communautaire) l’ancien système français de prix unique des carburants (c’est le Ministère de l’Industrie qui faisait la cote ! Un rabais maximum de 5 centimes était permis). Pierre Bérégovoy a profité de cette jurisprudence pour libérer définitivement les prix.
2) En 1989, et alors que les autres hypermarchés s’engouffraient dans la brèche, le gouvernement a autorisé le premier appel d’offres sur autoroute. C’est au printemps 1990 qu’aux côtés du Ministre PS de la consommation,Véronique Neiertz, j’ai inauguré la première station à l’enseigne d’une GMS sur la A31 (aire de Dijon-Brognon).

Michel-Edouard Leclerc et Véronique Neiertz, Ministre PS de la Consommation (Inauguration de Dijon-Brognon, 1990)
Que de polémiques, de coups bas, de tractations… Contestés par Total, confiés à la SAPRR qui voulait diviser le lot attribué (un côté de l’autoroute pour Total, un côté pour Leclerc)…nous avions néanmoins tenu bon. Avec raison ! Les majors affirmaient perdre de l’argent sur autoroute. Nous en avons gagné, tout en vendant moins cher (10 à 30 centimes d’écart) et en obligeant les autres stations du tronçon à aligner leurs prix.
3) Puis, pendant dix ans, plus rien. Silence radio des pouvoirs publics.
4) La fusion Elf/Total a changé la donne. En avril 2001, Bruxelles enjoint le groupe français nouvellement formé de céder plusieurs stations afin d’éviter de trop fortes positions dominantes. Une consultation est alors lancée. Mon groupe postule à la reprise de 26 stations. Daniel Bernard, PDG de Carrefour, dit publiquement ne pas être intéressé. L’offre est transmise à Total.
Mais la Commission Européenne n’en voit pas la couleur. Faute de candidats sélectionnés par Total, Bruxelles autorise un nouvel appel d’offres. Curieusement, nous n’en sommes pas informés. Et surprise, Carrefour change d’avis. Laurent Fabius pousse le challenger à concourir. Résultat : Leclerc : 0, Carrefour : 17 !!!
Un jour, je raconterai de croustillantes anecdotes (j’ai tout consigné). Comme l’histoire de ce haut fonctionnaire m’expliquant que le gouvernement ne permettrait certainement pas à Leclerc d’invoquer un vice de procédure…qui pourrait remettre en cause tout le processus d’agrément du nouvel ensemble pétrolier. Entre les autorisations d’ouvrir des hypermarchés et la maîtrise d’un tel réseau de stations, il nous faudrait choisir… Qu’élégamment, ces choses là peuvent être dites !
5) Depuis, les choses se sont apaisées, normalisées. En été 2004, une procédure de mise en concurrence a été lancée par l’Etat pour le renouvellement de 60 stations autoroutières dont les contrats arrivaient à échéance le 31/12/05. Nous en sollicitions 10 et obtenu 6. Carrefour a vu 7 dossiers agréés. Normal. Rien à dire.

D’ici la fin de l’année, notre enseigne ouvrira six nouveaux sites :
- deux situés sur l’A6 au Sud de Paris (Achères la Forêt et Achères)
- deux situés sur l’A8 entre Aix et Nice (Estérel et Vidauban)
- une autre sur l’A61 à l’Ouest de Toulouse (Toulouse Sud)
- enfin, une importante station est en voie d’achèvement, sur l’aire du Haut Koenigsbourg, sur l’A35 Strasbourg-Mulhouse.
D’ici 2010, j’espère que notre enseigne pourra piloter une trentaine de stations de ce type. Outre l’intérêt publicitaire, ces implantations permettent de renforcer notre action sur les prix. Sur les carburants bien sûr, mais aussi sur l’épicerie, la librairie et tous les articles vendus en boutique. Du fait d’une forte présence de nos marques de distributeur, les écarts atteignent 30 à 100 % sur certains produits.
…Alors que j’achevais un petit discours inaugural pour présenter notamment l’équipe d’exploitation, l’un de mes collaborateurs m’a glissé, pour conclusion, cet exemple : la cannette de coca cola 33 cl est vendue ici 0,50 € et…1,30 € dans la station Total un peu plus loin… Ca a manifestement donné soif à mes invités.
Posté par M.E.L. le 18 janvier 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
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10 janvier 2006
La réforme Jacob/Dutreil et la baisse des prix : premières salves…et expectative

C’est l’an I de la réforme Jacob/Dutreil. Agitation maximale dans les états-majors commerciaux. La négo est difficile, les tensions bien réelles et les services juridiques ont bien du mal à mettre au pas les forces commerciales. Dans les états-majors, les financiers, eux, se grattent les tempes : ils annoncent un impact négatif sur les marges (pas tort), mais personne ne veut perdre trop de plumes. Dans son for intérieur, chaque dirigeant entend bien ne pas se laisser distancer. Les discours guerriers, de toute façon, sont mobilisateurs et font du bien à la culture maison. Mais tant que les contrats de référencement ne sont pas signés, pas facile de mettre toutes ses billes sur le carreau…
Pour l’heure, le politique se fait discret, l’industriel et l’acheteur sont à la peine. C’est le distributeur qui (pour le moment) régale. Et le consommateur qui profite.
1) « Le retour en grâce de la fonction commerciale »
Dans l’édito de sa « Tribune Grande Conso » (n° 20 – 01/06), Olivier Dauvers jubile. Il prend plaisir à compiler les prospectus publiés par les différentes enseignes. Ca castagne entre les pages et les écarts de prix sont légion.
Il faut dire (et c’est tout à l’honneur des dizaines d’hommes et de femmes qui dans toutes les enseignes y ont travaillé) que la construction de ces catalogues s’apparentait à une sorte de « mission impossible ». Compte tenu des délais d’impression, les prix ont été « calculés » par les uns et les autres, sans pouvoir connaître véritablement les capacités maximales de baisses négociées par chaque enseigne.
« Chapeau », donc, à tous nos collègues. Il n’y aura pas de ministre pour les féliciter. Faisons-nous mutuellement plaisir et saluons la performance de nos cadres respectifs.
2) Dutreil absent, Dutreil content…
Il n’aura échappé à personne que le Ministre du Commerce (alias celui de la conso ! ! !) ne s’est fendu d’aucun commentaire sur l’entrée en vigueur de sa réforme. Se sent-il mal à l’aise, après avoir annoncé une baisse de 5 % ? N’y croit-il plus ? Garde-t-il un goût amer de son dernier point presse (un tantinet bâclé, de l’avis des journalistes présents) ou faut-il voir, dans cette pudique retenue, l’illustration d’une posture plus finaude qui évite à Docteur Renaud de se fâcher avec d’autres ministres concurrents et permettra à Mister Renard d’engranger le bénéfice de la réforme quand viendra le temps de sauter un échelon politique (à Reims ou au gouvernement ?).
Toujours est-il qu’Emmanuelle Evina (Points de vente, 9/01/2006) a raison de rappeler que R.D. « a de quoi être satisfait ». Tout en continuant de menacer les distributeurs du bâton, il a lâché la meute, après avoir malicieusement joué du challenge Carrefour-Leclerc.
3) La politique des enseignes
C’est la première leçon de ce début d’année : il n’y a pas à proprement parler de grandes bagarres d’enseignes au niveau national. Pas encore.
Les rumeurs étaient pourtant fortes. Dans mon groupe, on s’attendait à ce que Carrefour ou Intermarché cogne plus fort. Sensibles à l’intox, refusant de jouer petit bras, nos acheteurs ont produit un joli effet de surprise en rajoutant des bons d’achat à des prix qui, finalement, creusent pas mal l’écart (on ne s’est fait aligner que sur 4 articles).
Comme nous, Intermarché a investi en publicité pour lancer son engagement national de blocage des prix. Mais il s’agit principalement de MDD. Difficile encore d’apprécier sa stratégie sur les grandes marques.
Idem pour Carrefour. Carrefour fait surtout bénéficier de son engagement les porteurs de carte de fidélité : Guy Yraeta (DG France) parle « des prix de 300 articles » qui auraient été revus à la baisse. Mais il précise que c’était déjà le cas fin…2005 (Le Parisien, 2/01/06). La nouveauté, c’est cette annonce « d’une remise de 5 % sur plus de 8 000 produits de la marque Carrefour ».
Géant a sacrément revu à la baisse les prix de ses MDD. Par rapport aux nôtres (Marque Repère), Auchan est en moyenne 8,5 % plus cher, Carrefour 9, 1 %, mais Géant n’est plus qu’à…3,5 %. L’enseigne de J.C. Naouri ne nous avait pas habitué à l’exploit.
Je ne crois pas à l’attentisme. Même si la prudence nous amène tous à attendre les résultats de la négociation commerciale pour travailler l’offre de marques nationales, les grandes manœuvres ont commencé.
4) Retour au local
En attendant, et mises à part les opérations promotionnelles nationales (catalogues et radio), le regain de concurrence se fait surtout sentir aux niveaux local et régional.
La rivalité oppose surtout des magasins du groupe Carrefour à nos adhérents. Alors que Carrefour était venu nous « chatouiller » dans un nombre limité de sites (principalement dans les villes de l’Ouest) en faisant exploser les SRP par anticipation, nos adhérents ont profité de la nouvelle législation pour tenter l’échappée. Ca chauffe fort en Normandie (Caen, Rouen, Le Havre). Le Leclerc de Plérin (Saint-Brieuc) taclait le Carrefour d’en face en le soumettant au supplice de la publicité comparative. C’est au tour de Carrefour Portet (l’un des plus grands de France) de défier nos adhérents toulousains.
Dans l’Est de la France, les Leclerc ont attaqué sur un millier d’articles, entraînant quelques jolies réactions de Cora ou d’Intermarché.
Certains Auchan (région parisienne) ne sont pas manchots non plus. Et Géant, sans doute inquiet du manque d’oxygène, balance quelques boulets brûlants.
Difficile, devant cette mosaïque d’initiatives dispersées d’évaluer l’impact des baisses réelles. Pierre Chartier, adhérent à Nantes (et, par ailleurs, responsable national de nos équipes d’achat), me fait parvenir toutes les semaines une « monographie » des baisses de prix en Loire-Atlantique. En cette première semaine de janvier, c’est près de 10 000 articles qui sont en baisse (toutes enseignes confondues) de 2 à 15 % versus juin 2005 ! (Mais, selon lui, quelques centaines de prix vont devoir être réévalués pour respecter le nouveau SRP).
Toutes ces manoeuvres ne semblent pas très spectaculaires. Mais ne sont-elles pas finalement la conséquence la plus logique de la réforme. Elle tend à rendre au commerce ses prérogatives. Le directeur de magasin retrouve sa liberté d’action locale. Le retour à la concurrence sera d’autant plus durable et crédible qu’il sera animé par les acteurs de terrain (responsables de leurs prix et de leurs marges) plutôt que par les directions financières d’enseignes.
Comme dit Olivier Dauvers, le commerce est de retour.
Posté par M.E.L. le 10 janvier 2006 dans
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9 janvier 2006
Cotisation sociale sur la valeur ajoutée des entreprises : une mauvaise idée
Le Président n’aura donc pas retenu la leçon. Son entourage disait Jacques Chirac sensible au message du Président du Conseil Constitutionnel (ma note du 4/01/06). La légèreté avec laquelle il a multiplié les effets d’annonce en tout genre, la semaine dernière, témoigne que la politique spectacle a encore de beaux jours devant elle. Et François Bayrou, servi sur un plateau par cette frénésie présidentielle, aura eu raison de rappeler qu’en matière d’emploi, « il ne suffit pas de claquer des doigts » (Les Echos, 9/01/06).
1) Le projet de CVA (cotisation sur la valeur ajoutée) : de quoi s’agit-il ?
Au départ, il y a une volonté. Le Président voulait lutter contre les délocalisations. Et diminuer les écarts de coûts de production qui pénalisent les industries françaises dans la compétition avec les pays émergents.
En France, le coût du travail est élevé. En partie, du fait des cotisations sociales, dont la part patronale représente environ 18 % du salaire brut. Résultat, on taxe les entreprises qui embauchent, on leur fait supporter une partie croissante des financements sociaux, ce qui annihile leur effort de productivité, et pousse les dirigeants à rechercher des implantations dans des pays à plus bas coût de main d’oeuvre.
JC propose un transfert partiel des cotisations sociales sur l’ensemble de la valeur ajoutée des entreprises (le projet, dans son énoncé actuel, reste très fumeux : on ne sait s’il s’agit d’un élargissement de la base taxable à un taux plus réduit ou d’une volonté de « ratisser » plus large pour récolter plus…).
2) La complexité du projet
L’idée d’élargir la base imposable est bonne. Mais la proposition de CVA a cet inconvénient : elle est extrêmement complexe à mettre en œuvre.
a) La notion de « valeur ajoutée » est un concept flou. Elle a quelque consistance en comptabilité. Mais il suffit de lire les journaux financiers pour s’apercevoir que personne n’utilise une définition précise. C’est si vrai que, pour les mêmes raisons, la réforme de la taxe professionnelle, annoncée depuis si longtemps, reste toujours en rade…
b) La question se pose aussi de savoir si une telle initiative peut être engagée dans le seul cadre de l’hexagone. L’impact d’une CVA sur les entreprises n’est pas neutre sur les conditions de concurrence. A Bruxelles, les négociations sur le taux de TVA dans la restauration ou le BTP ont provoqué le tintouin qu’on connaît. Imaginez les querelles que suscitera la CVA. Une telle réforme ne pourra jamais être prête le 1er janvier 2007 (comme annoncé par JC).
c) Enfin, la valeur ajoutée est une variable aléatoire. Comment calculer un taux sur une base aussi mouvante ? Je demande à voir.
3) Effets pervers
Je pourrais, en tant que distributeur, applaudir des deux mains. La CVA serait évidemment favorable à mon secteur, gros employeur, mais à faible intensité capitalistique (à l’instar des secteurs du bâtiment, du tourisme, et des services en général).
Mais la mesure pénaliserait terriblement toutes les firmes qui investissent en machines et en recherche : l’énergie, les télécommunications, l’ingénierie médicale, les centres de traitement informatique, etc…
Tous les rapports qui, depuis 1995, ont fleuri sur cette question (Chadelat, Foucauld, Malinveau, etc…) sont unanimes pour dire que les secteurs des hautes technologies seraient pénalisés par la réforme, et notamment les grandes entreprises exportatrices.
Pour atténuer ces critiques (qui me suffisent personnellement pour rejeter l’idée), des analystes font deux observations :
a) Ils proposent qu’on module le taux selon le secteur d’activité. Peut-être ! Mais si sur le papier, ça peut marcher, qu’en est-il de la complexité devant laquelle on risque de se retrouver :
- Complexité juridique, s’il faut préciser des catégories d’entreprises alors que les métiers n’arrêtent pas d’évoluer ;
- Complexité financière, puisqu’alors, on assistera à l’intérieur d’une entreprise à des transferts de valeur ajoutée entre filiales…
Usine à gaz garantie !
b) Plus étonnant, la suggestion d’Henri Sterdyniak, directeur de recherche à l’OFCE (Les Echos, 5/01/06). Il ne voit pas pourquoi il faudrait favoriser les entreprises de technologie puisqu’elles contribuent au développement du chômage ! ! ! Allons bon ! Déjà concurrencés par les pays à faibles salaires, devons-nous sanctionner notre technologie pour retrouver les vertus d’un plein emploi sans capital ? ? ?
Décidément, tout cela ne me paraît pas très sérieux. Je continue à penser que la piste de la TVA sociale (transfert des charges vers l’impôt de consommation) constitue le moyen le plus efficace pour alléger le coût du travail, et mieux répartir le financement de notre modèle social.
Le Président voulait lutter contre les délocalisations ; la CVA risque de les accélérer (il n’y a rien de plus facile à transférer que la valeur ajoutée).
Au fond, qu’on taxe l’entreprise sur ses salaires ou ses investissements…on taxe toujours les entreprises.
Copie à revoir.
Posté par M.E.L. le 9 janvier 2006 dans
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6 janvier 2006
Musique en ligne : les artistes redécouvrent les vertus du commerce

Hier, Jacques Chirac est revenu sur le projet de loi gouvernemental concernant le téléchargement de la musique en ligne. On se rappelle le tollé : alors que le Ministre de la Culture soutenait un texte réprimant le piratage, des députés socialistes (et de la majorité !) faisaient passer un amendement qui défendait l’instauration d’une redevance forfaitaire (la licence globale) pour rémunérer les auteurs de titres librement échangés sur le web.
J’aurai l’occasion de reparler ici des solutions techniques et des conséquences économiques du développement commercial d’internet. C’est un sujet passionnant. Il pose des problèmes très complexes concernant le respect des droits de la propriété industrielle, mais aussi la responsabilité des hébergeurs et des serveurs. Vu que tous ces problèmes doivent être traités en même temps à l’échelle mondiale, le chantier est énorme…
Pour l’heure, je voudrais juste insister sur deux erreurs qu’ont commises les milieux culturels en cédant à la revendication libertaire (et utopique) de la gratuité. Et surtout en opposant systématiquement le monde de la culture et le monde du commerce (non sans mépris pour ce dernier).
1) Le mythe de la gratuité
En février 2005 (ma note du 11/02/05), des journalistes du Nouvel Observateur avaient demandé d’accoler mon nom à celui d’artistes et de personnalités qui refusaient la répression des internautes abonnés au « peer to peer ». Je n’avais pas donné suite car cette pétition me semblait complètement contradictoire avec le respect des droits d’auteur et la garantie d’un système de rémunération pour les artistes.
a) Non, personne ne peut « raser gratis ». Toute production génère des coûts ! Tout producteur, réalisateur ou créateur doit pouvoir vivre de ses œuvres ! Quel mécanisme garantira leur pitance si personne ne paie ? Qui, si ce n’est l’Etat (par un régime de subventions et de répartition) ou les opérateurs commerciaux privés (qui se refinanceront par exemple par la publicité !). Allez ! Soviétisation ou hypermercantilisme, c’est Charybde et Scylla !
b) Le problème d’ailleurs ne se pose pas que pour la musique en ligne. Exemple : si chacun se met à copier librement et échanger les articles du Nouvel Observateur, il n’y aura plus de vente dans les kiosques, plus d’argent qui rentrera chez Perdriel, plus de journaliste pour soutenir les pétitions sur la gratuité…CQFD ?
La solution, c’est le téléchargement payant (mais pas cher, bien sûr !).
Normal qu’on puisse réaliser des copies destinées à un usage personnel. Mais dès que l’on sort de ce cadre et qu’on participe à un système d’échange portant sur des milliers de titres (livres, CD, DVD, etc…), l’internaute fait, d’une manière ou d’une autre, « œuvre de commerce ». Il est normal qu’il verse son obole.
2) La diffusion de la culture passe (aussi) par le commerce
C’est une originalité très française. Le débat instaurant le prix unique du livre dans les années 80 avait révélé cette coquetterie idéologique. Le monde artistique a toujours été indifférent, voire méprisant, à l’égard de la fonction commerciale. « Moi, je fais de l’art, je ne vends pas des petits pois… ».
Le produit culturel n’est certes pas un produit comme les autres (pas plus qu’un médicament d’ailleurs), mais il s’échange sur un marché. Avec un prix. Et il fait vivre toute une multitude d’agents commerciaux (éditeurs, diffuseurs, galeristes, imprimeurs, etc…). C’est d’ailleurs le dynamisme de ces commerçants (au sens large) qui entretient la permanence du contact entre l’artiste et son public.
La césure était apparue lors de l’explosion des radios musicales, dans les années 80. Les possibilités d’enregistrements privés et les risques liés au piratage avaient justifié le rôle de la SACEM, organisme auprès duquel tous les diffuseurs musicaux reversent une taxe correspondant au taux d’écoute. C’est ce que nous faisons, par exemple, dans les magasins qui diffusent de la musique (la SACEM reçoit les déclarations ou relève les compteurs).
La dématérialisation des supports de vente ne fait qu’amplifier le problème, mais sans en changer la nature. Le commerce de la culture sur le web nécessite que les diffuseurs soient astreints aux mêmes règles que les médias traditionnels (radios, TV), ou autres commerçants (disquaires, libraires, …) et soient tenus pour responsables du piratage, des contrefaçons et des téléchargements illégaux qui passent par leur entremise.
Il n’existe aucun obstacle pour que chacun de ces opérateurs tienne une comptabilité des titres diffusés et reverse directement à son « fournisseur » les rémunérations contractuellement définies. Difficultés techniques ? Certainement pas plus que pour la mise en place des échanges interbancaires lorsqu’un touriste paie par CB au bout du monde ! ! !
D’aucuns objectent et affirment : le téléchargement « peer to peer » n’est pas concerné puisqu’il s’agit d’un échange dans la sphère privée. Erreur et confusion : quand les internautes téléchargent, ils utilisent des logiciels, propriété de sociétés privées qui n’ont aucune raison d’échapper à leur responsabilité (eMule, BitTorrent, KaZaa, Bearshare, etc…).
Quant à l’échange lui-même, il est de nature marchande (mais oui !). Même s’il ne met pas en jeu une monnaie sonnante et trébuchante, l’internaute s’oblige, en retour (c’est là qu’est l’acte commercial), à pouvoir lui-même être téléchargé. Comme le dit Karl Marx dans les dix premières pages du Capital, le troc, c’est du business, même si c’est la forme la plus primitive du commerce.
Posté par M.E.L. le 6 janvier 2006 dans
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2 janvier 2006
2006 : Mondialisation, chômage, racisme, déclin économique : « Refusons de subir »

C’est au bas de l’avenue Foch à Paris. De jour, on passe à côté sans rien voir. La nuit, la stèle érigée à la mémoire du Maréchal de Lattre de Tassigny est éclairée. La devise du héros est inscrite dans la pierre : « Il faut refuser de subir ».
C’est ce que je vous (je nous) souhaite en ce début d’année 2006 : agir, réagir, ne plus subir.
Toutes les Unes des journaux, ce week-end, ont laissé échapper ce soupir : « Il faut tourner la page 2005 ». Avec, dans le rétroviseur de la planète, les images du tsunami, des ouragans US, les menaces de la grippe aviaire en Asie, les attentats en Irak… Et plus près de nous, la montée du communautarisme, la révolte des banlieues, le taux de chômage, l’effacement de notre pays dans le concert européen. Année horribilis aussi pour J.Chirac, le PS, les licenciés de HP, les réhabilités d’Outreau, etc… Une pensée particulière pour les victimes d’Escherichia coli (je ne les oublie, ni ne les oublierai pas).
Reste que je ne crois pas au déclin général du pays. Dans les entreprises, dans les familles, les écoles et les banlieues, des milliers d’hommes et de femmes se dévouent et se démènent. Comment peut-on baisser les bras, évoquer la fatalité ou se réfugier dans des commentaires purement cyniques alors qu’ils déploient…tant de générosité, d’ambition, d’énergie.
Mais nous sommes dans une société complètement bloquée.
Institutionnellement, la France est une monarchie vieillissante, avec son roi éprouvé, une cour encore flagorneuse (version JL Debré), et une majorité parlementaire déjà indisciplinée, mais incapable de s’émanciper. Et l’opposition se cherche un chef parmi les chefs, sans qu’on ne connaisse toujours pas son contre-projet.
Culturellement aussi, cette fin d’année était assez minable. Surenchère de violences verbales : « karcher, racaille, Vichyste, traître ». Pas très ragoûtante du tout cette dernière dictée…sans B. Pivot. Et que dire de ces états d’âme sur les effets de la colonisation… Le pays rase les murs, a peur de son bilan comme de son ombre. C’est peu dire que l’Etat cède aux revendications communautaristes. Aux corporatismes aussi (d’ailleurs). Toute cette énergie perdue à la SNCM, dans les transports publics (les jours de grève), les pseudo-querelles sur les privatisations, les élucubrations tardives et fumeuses sur le patriotisme économique et ce regain pour le protectionnisme…
On regarde tout ça avec appréhension tant il est vrai que ce sont les signes les plus tangibles d’une grave crise de confiance que traverse notre pays.
Mais si, pour le politique, il faut attendre 2007 pour réagir, telle n’est pas l’obligation qui échoit aux entrepreneurs, ni même aux simples citoyens.
Il n’y a rien à gagner dans l’immobilisme. Faisons table rase des critiques stériles. Ce ne sont là que des postures, desquelles il ne faut rien attendre de positif. Arrêtons donc de subir les évènements, et osons l’aventure avec tous ceux qui ne veulent pas rester prisonniers de cette gangue léthargique.
Pour mon groupe, c’est l’an 1 de la réforme de la loi Galland. Il s’agit de reprendre l’offensive (et l’avantage) en recreusant l’écart sur les prix. La loi nous en donne désormais la possibilité. Cette semaine, plus de 6 500 articles baisseront de – 2 à – 15 %. Cette première vague (il devrait y en avoir une autre au 1er janvier 2007) devrait offrir quelques belles opportunités à des consommateurs dont le pouvoir d’achat en 2006 ne sera pas à la fête, ne serait-ce qu’à cause de l’augmentation prévisible des dépenses incompressibles (loyer, remboursement d’emprunts, coût des transports).
Pas question pour autant de participer à un mouvement général de « destruction de valeurs » (expression chère aux analystes boursiers !).
J’engagerai ainsi mon groupe dans une ambitieuse politique d’investissements. En trois ans, une centaine de nos hypermarchés seront rénovés, transférés ou agrandis. A cette occasion, nous renouvellerons l’offre des produits frais, créerons des caves à vin, étendrons les espaces dédiés au textile, à la micro-informatique, et d’une manière générale au non-alimentaire. C’est ce secteur d’ailleurs qui se développe le plus et qui tire la consommation. D’où un programme d’ouvertures conséquent (295 concepts spécialisés d’ici 2008, dont 60 espaces culturels, 35 magasins de sport, 50 parfumeries…et une dizaine de stations-service sur autoroute).
C’est ce qui me permet d’affirmer que l’enseigne sera créatrice nette de plusieurs centaines d’emplois, de plus en plus qualifiés.
Si j’insiste, en ce début d’année, sur notre ambition professionnelle, c’est moins pour en tirer argument publicitaire…que pour témoigner qu’il n’y a pas de fatalité de la crise, et encore moins de déclin. Une manière aussi d’inviter tous ceux qui ont soif d’action d’affirmer leurs propres projets et de parler enfin des « trains qui arrivent à l’heure ».
Certes, il eût été utile que les hommes politiques (nos élus) sollicitent et fédèrent toutes ces énergies plutôt qu’ils ne les fragilisent. J’aurais aimé entendre nos leaders valoriser et s’appuyer sur les expériences de leurs collègues dans l’une de ces 30 000 municipalités françaises (initiatives dont on ne parle pratiquement jamais dans les médias nationaux !), ou s’appuyer sur ce qui marche (dans le privé comme dans le secteur public) pour crédibiliser la possibilité d’un sursaut.
Tant pis. On fera « sans »… Je dédie cette année nouvelle à tous ceux qui vont investir et embaucher. Et tout simplement à tous ceux qui, de bonne volonté, oeuvreront pour apporter un peu plus de générosité et de solidarité dans notre société.
Je vous souhaite à tous une bonne année.
Posté par M.E.L. le 2 janvier 2006 dans
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22 décembre 2005
Réforme Jacob/Dutreil : Quelles baisses de prix en 2006 ?
Pas une interview qui ne commence par cette question ! La réponse n’est pas simple tant sont grands les facteurs d’incertitude. Entre les promesses faites par Renaud Dutreil (baisse de 5 % calculée sur une période qui prend effet avec les accords Sarkozy –juillet 2004) et les hausses tarifaires annoncées par les grands industriels, il y a, sans jeu de mots, une « marge ». Essayons d’y voir clair.
1) D’abord, c’est certain, il y aura bien des baisses de prix. Et cela, grâce à la réforme législative pour laquelle mon groupe a bataillé depuis deux ans. La réforme est complexe, la négociation difficile, les conditions d’application quelquefois périlleuses… Mais les textes autorisent bien la répercussion au consommateur d’une partie des fameuses marges arrière. La coopération commerciale supérieure à 20 % pourra être déduite du prix de vente public. Potentiellement, ça peut représenter des baisses de 10 à 15 % sur plusieurs centaines de produits de marque.
2) Dès début janvier, quasiment toutes les enseignes proposeront des baisses de cette ampleur sur les produits en catalogue ou en publicité. C’est inévitable. J’en mets ma main au feu.
Aucune enseigne d’hypers n’a envie de se faire damer le pion par une autre. Certaines ne sont pas convaincues des effets boosters d’une telle promotion. Mais toutes savent que si elles loupent « le passage de la ligne », elles perdront des plumes.
Chaque enseigne a donc peaufiné son catalogue de rentrée. Vu les nécessaires délais d’impression, les prix de ces centaines (voire de milliers) d’articles ont été « fabriqués » en septembre/octobre, alors que les négociations tarifaires 2006 n’avaient même pas commencé (on ne connaîtra définitivement les SRP de chaque article qu’en février…au mieux).
Difficile d’échapper à un numéro d’équilibriste. Elles ont procédé par anticipation. Les responsables commerciaux se sont basés sur les avantages déjà obtenus en 2005 (on n’imagine pas qu’ils pourraient baisser) et ont déduit des tarifs 2006 la portion supérieure à 20 %. Et pour être sûr de passer la rampe, on aura fait les arrondis par le bas. (J’en connais même qui ont rajouté « quelques oranges » des fois que la DGCCRF voudrait les mettre en prison, mais…chut, secret de fabrication. Pas la peine d’informer les concurrents).
Oui, je l’affirme, sans risque d’être démenti, tout ce qui fera l’objet de promotions ou de publications nationales, début janvier, sera proposé aux prix les plus bas du marché et avec des baisses au maximum du potentiel offert par la nouvelle loi.
3) Sur l’offre de fond, la situation sera très disparate selon les régions, et le montant des baisses (et quelquefois des hausses !) va dépendre des résultats de la négociation 2006.
a) Selon les régions :
Les enseignes d’hypers ont commencé à baisser leurs prix bien avant que d’en avoir été autorisées par la loi. Dans les villes de l’Ouest notamment : Le Mans, Laval, Nantes, Rouen, Niort, Poitiers, Orléans, etc… Cette situation résulte d’une passivité volontaire des pouvoirs publics à l’égard du franchissement des seuils de revente à perte.
Lors d’une réunion organisée par Renaud Dutreil (21/07/05), il avait été convenu que l’administration tolèrerait des franchissements de SRP - 2 % sur les catalogues de septembre/octobre. Mais, en aucun cas, pas au-delà de SRP - 5 sur le fond de rayon. Avec la complicité passive de l’administration (qui conteste…et qui invoque des délais de procédure trop longs pour être efficace, sic), Carrefour a lancé des opérations spectaculaires (dans un nombre limité de ses magasins) pour remédier à ses pertes de parts de marché.
Il s’en est suivi un alignement, voire même une surenchère des autres enseignes. A tel point qu’on trouve dans le grand Ouest (relevé effectué début décembre), 6 400 prix en dessous du SRP dont 3 500 entre SRP - 5 et SRP - 15 (et 400 articles entre
SRP - 15 et SRP - 25 ! ! !).
Dans ces villes de l’Ouest, et sur ces mêmes articles, il est exclu qu’il puisse y avoir de nouvelles baisses. Le risque même, c’est qu’il y ait des hausses si l’arbitre (la DGCCRF) décide qu’il lui faut revenir sur le stade et brandir les cartons rouges.
b) Selon les segments de marché :
Comme indiqué dans ma note du 8/12, pas mal d’industriels essayent de profiter de l’opportunité pour pousser quelques milliers d’articles à la hausse (et des hausses substantielles : de 4 à 12 %, notamment sur la parfumerie et les produits d’entretien). Le PVC 2006 sur ces articles dépendra donc du résultat de la négociation.
Pourrons-nous faire obstacle à ces hausses tarifaires, les différer ou les compenser (par des ristournes ou autres avantages commerciaux déductibles ! ! !). Difficile aujourd’hui de s’engager sur des chiffres. D’autant que l’administration ne fait rien pour crédibiliser les promesses de son ministre : dans l’unique souci d’asseoir sa tutelle, elle cherche à orienter la négociation vers des types de contrats qui rendent beaucoup plus risquée la négociation des distributeurs (j’en reparlerai ici).
En conclusion : des baisses, il y en aura dès janvier. Importantes ! Mais impossible encore de s’engager sur une moyenne chiffrée !
C’est d’ailleurs fort dommage. Les tergiversations, les critiques et les hésitations des professionnels, comme des politiques, avaient fait perdre leur force d’impact aux accords Sarkozy.
On se retrouve un peu aujourd’hui dans la même situation. Les pouvoirs publics ont voulu ménager la chèvre (les industriels) et les choux (les consommateurs).
Les journalistes iront dans les magasins chercher la matérialisation de baisses spectaculaires qui auront déjà eu lieu depuis plusieurs mois et qui ne seront donc plus visibles. Et les consommateurs risquent, dans ces conditions, d’être déçus… (alors que l’effort représente tout de même l’équivalent d’une demi-année d’augmentation de pouvoir d’achat ! ! !).
Docteur Renaud s’est emmêlé les pattes dans les filets tordus de Mister Renard. Pas sûr qu’il puisse apporter au crédit du gouvernement le bénéfice consumériste d’une réforme qui mériterait d’être mieux assumée.
Posté par M.E.L. le 22 décembre 2005 dans
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14 décembre 2005
Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes
Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).
Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.
L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.
Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :
- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.
C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.
J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :
1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.
2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.
3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).
4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.
Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.
C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.
Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).
L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.
Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans
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13 décembre 2005
Terrorisme, grippe aviaire : Quelle responsabilité (état/entreprises) dans les plans anti-crise ?
La sécurité (biens et personnes) constitue une mission essentielle de l’Etat (défense militaire et police intérieure). Avec l’extension du « principe de précaution » et l’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité, les entreprises ont été amenées à créer des dispositifs internes de contrôle et d’intervention. Elles ont ainsi contribué à l’essor d’un véritable marché privé de la sécurité (vigilance, vidéo-surveillance, etc…).
L’Etat, serré aux entournures budgétaires, a pu y trouver son compte. Mais cette « délégation de sécurité » s’apparente, à mon goût, à une démission. Outre les questions concernant la garantie des droits civiques, elle pose d’évidents problèmes de discrimination : face aux émeutes, le gérant d’un café ou d’un magasin de motos n’a pas les moyens d’acheter les services d’une société de protection à laquelle fait appel l’industriel ou la chaîne d’hypermarchés !
Cette démission de l’Etat en matière de responsabilité et de gestion des moyens sécuritaires m’est apparue de manière encore plus flagrante lors de réunions récentes sur la gestion de la pandémie aviaire et le risque d’attentats terroristes.
1) La gestion des moyens et le principe « utilisateurs-payeurs »
Le plan de « pandémie aviaire » prévoit, dans un de ses scénarios les plus noirs, un confinement de la population à domicile. Les grandes enseignes (dont la nôtre) seraient, dans ce cas, requises pour approvisionner les personnes prioritaires (hôpitaux…) et la population en denrées de première nécessité.
Concrètement, cela suppose de la part de nos entreprises :
- La constitution d’un stock préalable de produits et une logistique dédiée.
- La mobilisation de plusieurs milliers de salariés.
- Leur équipement en masques FFP2 (durée d’utilisation 3 heures).
Evidemment, aucune des entreprises sollicitées ne rechignerait à jouer ce rôle. Lors des réunions de planification (qui rassemblent nos propres cadres et des fonctionnaires de différents ministères (défense, finances, santé…)), personne ne remet en cause la nécessité (l’obligation) d’agir de la sorte.
Mais curieusement, et alors qu’ils prennent en charge le stockage des vaccins, des antiviraux et de nombreux matériels, les pouvoirs publics exigent des professionnels jugés « stratégiques » d’équiper leur personnel (déjà réquisitionné) à leurs frais. Ainsi que d’assurer le maintien d’un stock prévisionnel permanent de masques et de provisions…
Le problème n’est pas essentiellement d’ordre financier, même s’il est important (pour notre enseigne, le plan requiert 12 millions de masques). De toute façon, si on est un jour dans ce scénario, les questions financières ne seront certainement pas nos préoccupations premières ! ! !
Mais il y a là une question de principe. En exigeant des sociétés privées une obligation de moyens, l’Etat ne se soustrait-il pas à sa responsabilité. Est-il normal qu’en temps de crise, il transfère ainsi la responsabilité de la sécurité du personnel réquisitionné sur les seuls employeurs ?
2) La privatisation de l’anti-terrorisme ?
C’est plus discrètement, et sans que l’affaire n’ait provoqué le moindre remous dans les médias, que le gouvernement a réformé plusieurs dispositions du « Code de la Défense ». Le nouveau texte, adopté fin novembre par l’A.N., précise les conditions de protection des « sites à risques » (centrales nucléaires, installations classées Seveso…) ou encore des sites très fréquentés par le public.
Que lit-on dans ce dispositif ? Oh, surprise ! « Les entreprises concernées seront tenues de coopérer, à leurs frais, à la protection desdits établissements,…contre toute menace à caractère terroriste ! ». Précédemment, les entreprises, comme EDF ou AREVA, avaient l’obligation de tenir compte des risques de sabotage dans leurs projets de construction. Normal ! Mais « la prévention du risque terroriste » est un concept beaucoup plus large, et nécessite bien d’autres moyens de contrôle des personnes.
Discuté dans le cadre d’un récent colloque (organisé par le Haut Comité Français de la Défense Civile), le nouveau texte a tout de suite été interprété, par les entreprises, comme une nouvelle démission de l’Etat.
J’ai moyennement apprécié la boutade du Préfet Boubé (secrétariat général de la Défense nationale) s’adressant à mon homonyme, Jacques Leclerc de Carrefour : « Si vous refusez d’ouvrir les sacs de vos clients, ce n’est pas l’Etat qui va vous embêter, mais la justice pour défaut de vigilance… ». A chaque plan Vigipirate, nous procédons de la sorte. Mais on en connaît les risques et les polémiques (discrimination, « délit de gueule », absence de protection juridique, etc…).
Mais plus sérieusement, jusqu’où peut-on (et faut-il) exiger de sociétés comme Suez par exemple, qu’elles fassent surveiller, par des agents de sécurité privés, tout son réseau d’adduction, de pompage et de stockage d’eau potable en France ?
Oui, je sais, certaines firmes pratiquent déjà cette forme de contrôle (Aéroports de Paris, compagnies de transport), mais a-t-on réfléchi au nombre de personnes qu’il faudrait recruter pour atteindre un objectif « zéro risque » (et quid des assermentations, des formations, des critères de sélection, etc…). A quand les officines paramilitaires ? Et, s’il y avait défaillance de ce personnel, en cas d’attentat par exemple, qui serait tenu pour responsable ? L’employeur privé, la société de vigiles ou l’Etat qui aura économisé l’emploi de la force publique.
J’ai bien aimé la remarque ironique de la Directrice de la Sécurité d’EDF : « Que l’entreprise participe au financement des moyens, pourquoi pas, mais elle ne pourra contenir un commando kamikaze en attendant que l’Etat arrive en mobylette… » (AFP, 30/11/05).
Conclusion :
Je ne voudrais pas être rabat-joie. Je trouve très positif le dialogue actuel entre l’Etat et les entreprises sur les questions de sécurité. Mais au risque de voir nos impôts adaptés à des besoins accrus par l’augmentation des menaces, l’Etat, me semble-t-il, doit rester le gestionnaire exclusif de ce domaine.
Posté par M.E.L. le 13 décembre 2005 dans
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9 décembre 2005
Licenciements dans les GMS : La crise n’est pas générale !

Depuis trois semaines, les médias nous interrogent : « Vu les annonces de licenciements dans plusieurs enseignes et l’absence de création d’emplois dans le secteur, cette année, va-t-on vers une période de vaches maigres ? ».
Réponse : non, la distribution n’est pas en crise. Les perspectives de licenciements ne concernent que quelques enseignes.
1) Les plans de restructuration n’affectent que les enseignes qui, depuis deux ou trois ans, ont perdu des parts de marché.
Carrefour a annoncé vouloir supprimer 1 700 postes, principalement au siège social et dans les structures centralisées du groupe. J.L. Duran a expliqué, mercredi 16/11, qu’il s’agit de « sauvegarder la compétitivité du groupe…et alors que la compétition entre les enseignes va être renforcée en 2006 ». Si initialement, J.L. Duran parlait bien de « sacrifices » et de « recherche de réduction des coûts », il nuance aujourd’hui et parle de « redéploiement » de salariés du siège (20 %) vers les hypers de province ( ! ! !).
Intermarché : Les Mousquetaires prévoient une charrette de 1 000 à 1 500 postes au siège et dans leurs bases logistiques (mais sur 3 ans ?). Tout le monde sait qu’ITM sort d’une période difficile, notamment en Allemagne. Le groupe cherche à redynamiser ses magasins français. Mais la machine est lente à repartir.
2) Dans les autres enseignes, l’emploi ne semble pas menacé, même si, au vu des faibles perspectives de croissance, les managers restent prudents.
Auchan continue à embaucher après les 12 500 CDI recrutés ces deux dernières années. 4 500 nouveaux emplois sont prévus en 2006.
Système U, l’enseigne de supermarchés qui se porte le mieux, continue sa croissance et sa conquête de parts de marché. Serge Papin a confirmé que son groupe était toujours créateur net d’emplois.
3) Chez E. Leclerc, je confirme que nous continuerons à recruter en 2006.
Contrairement aux deux premières enseignes qui ont annoncé des plans de licenciements, nos structures sont déjà légères. On ne peut pas licencier 1 700 personnes au siège vu qu’on est 450 ! ! ! Le groupe a les structures nationales les moins coûteuses de la distribution (le Groupement d’Achats coûte à chaque adhérent 0,17 % de son chiffre d’affaires. Le coût de chaque coopérative régionale, où transite 80 % des achats, est de 3 % des enlèvements marchandises).
Dans la perspective de la baisse des prix rendue possible par la réforme de la loi Galland, nous sommes évidemment attentifs à la maîtrise des coûts. Mais le mot d’ordre est moins de conserver la marge que « d’aller chercher » de nouveaux clients. La priorité, c’est donc le commercial (une agressivité promotionnelle accrue).
Ce sont principalement les magasins qui recrutent. 7 500 emplois ont été créés en 4 ans ! L’année dernière encore, 1 300. Ici ou là, certains de nos hypers devront peut-être adapter leurs effectifs à l’évolution négative de leur marché. Mais globalement, toute l’enseigne est focalisée sur la modernisation des magasins et l’extension des concepts spécialisés (espaces culturels, parapharmacie, sport, etc…), ce qui garantit un bon rythme d’embauches.
Pas de panique donc. Je suis convaincu que le commerce restera un des principaux viviers d’emplois pour ces prochaines années, quels que soient les aléas de gestion rencontrés dans telle ou telle enseigne. Sauf évidemment, retournement de conjoncture. Mais on n’en est pas là.
Posté par M.E.L. le 9 décembre 2005 dans
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8 décembre 2005
Réforme Jacob/Dutreil : Hausses des tarifs fournisseurs…contre baisses de prix ?
Cette note est forcément un peu technique. Mais les professionnels du secteur, et même des étudiants, m’ont demandé de continuer à faire le point sur l’application de la réforme Jacob/Dutreil. Je m’y plie volontiers. Désolé, donc, pour ceux que l’aridité du sujet rebute.
Intéressant papier de Stéphane Lauer dans Le Monde (06/12/05). José-Luis Duran, le successeur de Daniel Bernard à la tête de Carrefour, y insiste sur ce paradoxe : la réforme de la loi Galland devrait permettre de baisser les prix au 1er janvier. Mais ce mouvement pourrait être contrecarré par les hausses de tarifs que les fournisseurs envoient actuellement dans les centrales d’achat.
1) Les hausses de tarifs
D’abord, je confirme les chiffres de JLD.
a) JLD parle de hausses de 4 à 6 % en moyenne. Les adhérents en charge de notre groupement d’achats me communiquent, quant à eux, leurs estimations. Avant négos et si l’on s’en tient aux documents reçus, 33 % de nos achats seraient en hausse de 4 à 8 %, 40 % verraient leur prix augmenter entre 2 et 4 %.
b) Il faut cependant nuancer. Les perspectives de hausses dans l’alimentaire sont moins fortes. Idem pour le petit électroménager ou le textile évidemment. Mais il y a, ici ou là, des hausses sporadiques (dans les rayons fromage (pâte molle), des boissons gazeuses, des viandes surgelées ou de l’ultra-frais) qui sont étonnantes (jusqu’à 7 %), sans que ne nous soient proposées d’explications.
c) C’est principalement le secteur de l’hygiène, de la beauté et des cosmétiques qui tire les hausses (Procter, Unilever, Gillette, L’Oréal, etc…). Chez ces industriels, quelques marques afficheraient des prétentions de hausse jusqu’à 12 %.
d) Nous parlons ici des grandes marques nationales et internationales. Il y a bien quelques bonnes questions à poser à certaines grosses PME (dans la charcuterie, par exemple), mais c’est marginal.
2) Quelle négociation ?
Pour notre groupement, comme pour Carrefour ou, j’imagine, tout autre distributeur, il n’est pas question d’endosser ces hausses. On sent bien que certains industriels se sont dits : « Puisque la loi Jacob/Dutreil va permettre aux distributeurs de baisser leurs marges (en réincorporant de la marge arrière), autant en profiter pour faire passer quelques hausses. (6 % d’augmentation tarifaire ne se remarqueront pas si, par le jeu rétabli de la concurrence, les enseignes baissent leurs PVC de 10 %) ».
Mais ce n’est pas si simple !
a) D’abord, les distributeurs vont tenter de négocier certaines hausses. La marge de manœuvre est faible. D’autant que les industriels plaideront l’incapacité juridique de pratiquer des tarifs discriminatoires. Si la distribution ne fait pas unanimement front, la négo risque de se perdre dans les sables de 2006.
b) Les distributeurs peuvent essayer de remplacer les articles qui ont le plus augmenté par des produits MDD. Auchan et Casino ont annoncé le resserrement de leur offre grandes marques. Notre groupement a clairement fait savoir aux industriels que, pour nous, cette option resterait une alternative (faute d’obtenir des hausses de prix limitées). J’avais compris, compte tenu de propos antérieurs de JLD, que Carrefour avait décidé de jouer à fond le redéploiement de ses marques propres. Mais, dans les citations rapportées par Le Monde, il y aurait comme une marche arrière. A vérifier.
3) L’impact de la réforme et les difficultés nouvellement créées
Dans le contexte de la réforme Jacob/Dutreil, c’est moins la base tarifaire qui déterminera le niveau de prix public que le nouveau seuil de revente à perte (tarif moins avantages déductibles). Aussi, c’est l’établissement du nouveau SRP qui est l’enjeu de la négociation en cette fin 2005.
Mais cette négociation va être très difficile.
La loi offre expressément aux distributeurs la possibilité de négocier des conditions particulières de vente (CPV). (Répercutés dans les prix, ces avantages commerciaux pourraient permettre de contrecarrer les hausses).
Mais l’administration défend une conception très restrictive des CPV (que nous contestons). Paradoxalement, alors qu’elle souhaitait la diminution des marges arrière, son interprétation de la loi conduirait à refaire de la seule coopération commerciale l’enjeu de la négociation et le moyen de contrecarrer les hausses de tarifs.
L’exercice est très risqué…puisqu’il appartient aux seuls distributeurs d’en justifier le montant et la contrepartie.
Comment accepter l’augmentation de la coopération commerciale, et justifier de nouveaux services, alors qu’il ne s’agit pour le distributeur que de négocier un prix (de limiter l’augmentation tarifaire) ?
JLD a donc mille fois raison : la loi Jacob/Dutreil, malgré les nouvelles marges de manoeuvre, a laissé aux industriels le pouvoir de fixer unilatéralement leurs tarifs. La capacité pour les distributeurs d’en contrecarrer les hausses dépend, si l’on suit l’administration, de leur capacité à acquérir, mais à justifier plus de coopération commerciale ! ! !
Renaud Dutreil a publié, aujourd’hui, la circulaire d’interprétation attendue par tous les professionnels. Si j’ai un conseil à lui prodiguer, c’est de ne plus réitérer sa promesse d’une baisse de prix de 5 %. Quels que soient nos efforts (et nous ne serons pas manchots), il nous en conteste les moyens.
Posté par M.E.L. le 8 décembre 2005 dans
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6 décembre 2005
Les super profits de la crise : selon que vous soyez pétroliers ou pharmaciens…

Photomontage E.Leclerc
A la lecture des gazettes économiques, ce week-end, je me suis posé cette question : pourquoi ce traitement discriminatoire de la part des politiques et des médias à l’égard des profits pétroliers, alors que les entreprises du secteur pharmaceutique annoncent des perspectives de résultats pharaoniques…sans rencontrer trop de critiques ?
1) Le pétrole
La salve la plus agressive nous est venue d’outre-Atlantique : « Honte à ceux qui abusent du système de la libre entreprise dans leur propre intérêt… Ils (les profiteurs) vont devoir mettre la main au portefeuille pour aider les familles qui se débattent pour chauffer leur maison ».
C’est Dennis Hastert, le Chef républicain de la Chambre des Représentants américaine, qui, le mois dernier, portait l’estocade aux compagnies pétrolières US. Rien ne dit qu’il sera entendu. Mais la polémique a pris suffisamment d’ampleur aux Etats-Unis pour que le débat s’installe durablement au Congrès et amène tous les acteurs économiques et politiques, qu’ils soient libéraux ou interventionnistes, à poser la question de la justification des super profits.
Rappelons les enjeux : Royal Dutch Shell, BP, Chevron, Total et Exon ont réalisé 32,7 milliards de dollars de profits au troisième trimestre 2005. Augmentation de 52 %, à période comparable. Exon enregistre même le plus gros bénéfice de toute l’histoire américaine du pétrole.
Vu de France, l’or noir rapporte aussi : Total va se constituer un magot de 12 milliards d’euros cette année, dont 8 générés par son activité d’exploration.
Première réaction : l’indignation morale. On oppose aux super profits les besoins des populations les plus pauvres, ou même des consommateurs qui, de la part des pétroliers, par exemple, auraient pu s’attendre à un geste commercial.
Deuxième réaction : surfant sur cette première indignation, la problématique devient celle de la re-répartition des profits par la taxation. C’est l’angle sous lequel les démocrates américains ont, il y a deux mois, construit leur proposition de loi pour demander la taxation de la moitié des bénéfices, dès lors que le prix du brut dépasserait 40 dollars le baril. C’était aussi l’idée contenue dans la menace (sans suite) proférée par Thierry Breton à l’égard des majors en France.
Très clairement, on propose de résoudre le problème moral par une « proposition » de répartition…de manière à en atténuer les effets provocateurs. L’action publique se fait tantôt gendarme, tantôt « agence de participation » quand elle prétend affecter le résultat de la taxe à des programmes d’énergies alternatives par exemple.
2) La pharmacie
Pour être moins spectaculaires, les profits annoncés dans l’industrie pharmaceutique sont proportionnellement tout aussi colossaux. La grippe aviaire a garanti aux laboratoires Roche, producteur du tamiflu, GlaxoSmithKline, et Sanofi-Aventis, un marché juteux pour au moins cinq ou six ans. Tous les pays occidentaux veulent des stocks. Pour peu qu’on leur en donne les moyens, les pays les plus pauvres (qui sont les plus touchés par ces épidémies) voudraient faire de même. Résultat : un marché énorme et toutes les gazettes financières n’ont d’yeux que pour le cours de bourse de ces laborantins.
L’actionnariat ne s’y est pas trompé. Tout le monde salive : sur six mois, le cours de Roche est passé de 95 à 126 euros, celui de Novartis de 38,6 à 46, 2…
Les critiques : eh bien, justement, pas grand chose ! ! ! On parle bien en France de la taxe sur les médicaments. Mais c’est une problématique hexagonale, générée par les difficultés de notre sécu, bien en peine d’effectuer tous ces remboursements… Il y a bien sûr le fameux débat sur les génériques, notamment pour les médicaments utiles dans le traitement du sida. Mais passé l’opprobre, rien sur la confiscation des super profits, sur une hypothétique taxation.
Mieux encore, c’est la taxe Tobin sur les produits financiers, ou le projet chiraquien de l’aérotaxe (sur les billets d’avion)…qu’on invoque pour alimenter un fonds international d’accès aux médicaments ! ! !
3) Pourquoi cette différence de traitement ?
Interrogés, les spécialistes du secteur répondent spontanément : « C’est compréhensible, les profits pharmaceutiques récompensent des années de recherche… ».
De fait, la plupart des innovations, ces cinq dernières années, ont été le fait de sociétés privées. Les laboratoires Roche ont mis dix ans pour développer les molécules qui font aujourd’hui le succès du tamiflu. Sur un marché hyper concurrencé, ses dirigeants sont en droit de considérer que les profits d’aujourd’hui doivent être appréciés à l’aune des sacrifices d’hier. De quel droit parlerait-on de taxation.
D’autant que les négociations avec les laboratoires semblent avoir abouti à des engagements de commercialisation de médicaments génériques à plus bas prix dont bénéficieraient les populations des pays les plus vulnérables.
De toute façon, l’argument est-il vraiment recevable puisque, comptablement, les profits annoncés sont nets des dépenses de recherche (déduites des bénéfices puisque faisant partie des frais généraux).
S’agissant des investissements, les pétroliers aussi peuvent présenter le même argument. C’est d’ailleurs celui que m’a servi, sur le plateau de France Europe Express, Thierry Desmarest, PDG de Total. Et si l’on effectue la comparaison, les besoins financiers pour l’exploration pétrolière sont bien plus grands que dans le secteur de la pharmacie.
Doit-on alors considérer que ce traitement discriminatoire à l’égard des profits pétroliers n’a d’autre explication que la mauvaise communication de ce secteur, l’un des plus mal-aimés, mais nécessaire à notre économie…
Posté par M.E.L. le 6 décembre 2005 dans
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30 novembre 2005
Proactiv, Danacol, Actimel…contre les excès de Miko et de Danette : Les risques d’un marketing contradictoire ?

Photomontage E.Leclerc
Je ne sais pas s’il faut en rire ou s’insurger, tellement la manip est ficelle. Mais je partage à cent pour cent la position de Que Choisir quand l’association de consommateurs voit, dans l’accord Unilever/Maaf Assurances, une « instrumentalisation de la santé à des fins marketing ». (La Maaf « rembourserait » la consommation de yaourts ou de margarine anti-cholestérol commercialisés par Unilever sous la marque Proactiv).
1) D’abord, précision : Unilever est un fournisseur sérieux. Tout comme Danone à qui l’on attribue les mêmes velléités de partenariat avec les AGF. Ces firmes fabriquent de bons produits qui sont sécurisés et largement plébiscités par les clients. La qualité des articles vendus sous les marques Actimel, Danacol, Proactiv, etc…, n’est pas en cause ici. Ce n’est pas l’objet du débat.
2) Ce qui fait problème, dans l’accord Maaf, c’est l’allégation médicale du produit et c’est l'ambivalence d’une opération marketing dont les vertus supposées masquent les contradictions des mêmes firmes qui abreuvent le marché de produits trop sucrés ou trop gras.
a) Les allégations
Je ne fais pas partie de ceux qui font systématiquement la fine bouche dès qu’on parle d’améliorer « le profil nutritionnel » des produits, et de l’intérêt des compléments alimentaires.
Les nutritionnistes ont certes raison. Le sport, c’est mieux. Une alimentation équilibrée, c’est la meilleure des préventions. Mais les conditions de la vie urbaine et moderne ne permettent pas toujours de pratiquer cette forme d’hygiène idéale. On ne mange pas « bio » tous les jours à la cantine. Donc pourquoi pas un petit supplément de magnésium et quelques levures au petit déjeuner (ça ne mange pas de pain !).
En revanche, les allégations des produits appelés « alicaments » (par leurs géniteurs) me semblent trompeuses. La consommation d’une nourriture enrichie en oméga 3 peut participer d’un régime général anti-cholestérol. Elle ne saurait servir d’antidote. Surtout si le consommateur s’empiffre aussi de glaces ou de pop-corn !
La pub sur les packagings de ces articles reste, sur ce point, ambiguë. Même si Danone et Unilever se défendent de cette confusion, l’accord avec la Maaf l’entretient (sa justification médicale, le principe de remboursement, la communication sur les vertus préventives du produit, etc…).
b) Et c’est là qu’est l’incohérence de l’opération. Incohérence sur laquelle insiste avec raison Olivier Andrault de Que Choisir (Libé, 30/11).
Depuis deux ans, les firmes agroalimentaires ont été, dans le cadre de la lutte contre l’obésité, la cible de nutritionnistes et de députés (Jean-Marie Le Guen, PS). Ceux-ci dénoncent l’abus de matières grasses et de sucre dans les glaces, les gâteaux secs et tous ces nouveaux produits qui, par dizaines chaque année, viennent renforcer les gammes déjà pléthoriques de crèmes dessert et d’ultra-frais.
Pour moi, le problème est moins dans la coexistence d’une offre diversifiée (on peut considérer que le consommateur est suffisamment mature pour effectuer ses choix entre un cola normal et un cola light ! ! !) que dans l’incohérence de la stratégie marketing des industriels.
Sur les alicaments, Unilever se sert de la Maaf pour nourrir une image de pédagogue et d’entrepreneur engagé. Mais comme ses confrères, se retranche derrière la liberté du commerce pour refuser, sur les packagings des autres produits, les insertions publicitaires, proposées par les parlementaires, contre l’abus de sucre. Voilà qui fait brouillon. On se demande comment Danone, qui signe d’une même marque toutes ses gammes, va pouvoir gérer cette contradiction et recommander de manger Danacol pour gommer, par exemple, les excès de ses yaourts fruités et des Danette au caramel !
3) Moi, je dit "casse-cou". Le risque n’est pas pour la Maaf. Après tout, c’est une société privée, ses adhérents peuvent choisir librement de diminuer les primes d’assurance pour les assurés dont les habitudes alimentaires diminueraient les facteurs d’accident (et pourquoi pas même, un abonnement au Club Med gym…), c’est leur affaire.
Le risque est pour les industriels. A trop vouloir revêtir les habits de la para-pata-péri-médecine, ne se rendent-ils pas compte à quel point les arguments santé peuvent se retourner contre eux en ravivant la suspicion sur les produits cœur de gamme.
Question subsidiaire : si vraiment la Maaf et les AGF se mettent à rembourser les alicaments (alors même que les trois quarts des consommateurs n’en ont pas besoin), ne peut-on imaginer qu’un député ait l’idée de proposer tout simplement la taxation des produits trop sucrés ou trop gras ? (Question taxe, en ce moment, on les sent prêts, au Parlement ! ! !)
Posté par M.E.L. le 30 novembre 2005 dans
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25 novembre 2005
Mondialisation, réforme fiscale : Oui à une TVA sociale
Pour faire face au défi de la mondialisation (concurrence des pays à bas salaires), il faut savoir « lever » les tabous et remettre à plat le système de financement de nos budgets sociaux tellement ils plombent les coûts de nos entreprises exportatrices.
Dans notre pays, les entreprises créatrices d’emplois sont devenus les vaches à lait du modèle social français. Elles embauchent déjà difficilement, elles financent par l’impôt l’emploi public et, par les charges, une part croissante des allocations chômage.
Avec comme conséquence, une perte de compétitivité évidente. Le coût du travail en France rejoint le podium des pays les plus chers (heureusement compensé par une grande productivité des salariés). Les résultats du commerce extérieur deviennent mauvais.
Depuis plus de dix ans, nous sommes quelques-uns, politiques et chefs d’entreprise, à vouloir enfoncer le clou. Mais il se trouve toujours quelque institution, avec force raisonnements macroéconomiques, pour nier cette évidence : les écarts de coûts ne cessent de se creuser, non seulement au profit des pays émergents, mais même en Europe, avec les pays du Sud et de l’Est.
Irrités par tant de surdité, nombre de chefs d’entreprise ont fini par nourrir le discours protectionniste ambiant. Avec l’impact que l’on connaît sur le recul de l’idée européenne, dont les institutions sont accusées d’être passives, voire complices des délocalisations, etc…
Pourtant, des solutions existent. Parmi celles-ci, la TVA sociale. Introduite dans le débat par des gaullistes de gauche dans les années 70 (dont mon père qui en a défendu le projet dans des placards publicitaires après les deux chocs pétroliers), l’idée consiste à transférer une part importante des cotisations sociales vers l’impôt de consommation, la TVA.
Le schéma pourrait être le suivant :
- Sans toucher aux rémunérations nettes perçues par les salariés, la plupart des cotisations sociales seraient supprimées (progressivement ou partiellement), le financement de ces prestations serait assuré par des points de TVA supplémentaires.
- L’assiette des cotisations s’en trouverait considérablement élargie. Tout article produit en France paierait sa part de « charges sociales », ainsi que les produits importés (ce qui n’est pas actuellement le cas).
- Mesure douanière, protectionniste ? Non, pas de discrimination entre produits français et produits étrangers. Ils acquitteraient le même taux de TVA.
- Inflationniste ? Non, il ne s’agit pas de la création d’une nouvelle ponction fiscale, mais d’un transfert de masses financières existantes. La hausse de la TVA qui en résulterait serait compensée par la baisse du prix des produits (cotisations sociales déduites). Elle serait forcément moins que proportionnelle à la baisse des charges (puisque la base est élargie).
- Intérêt et faisabilité :
a) Appliquée en France, la fiscalisation des charges sociales permettrait l’allègement de nos coûts de production, la relance de nos exportations, et symboliserait aux yeux de nos producteurs une réelle volonté nationale de les accompagner dans leurs efforts pour conquérir de nouveaux marchés.
b) Proposée par la France à nos partenaires européens, la TVA sociale pourrait offrir cette protection minimale de l’espace communautaire contre les distorsions de concurrence internationale.
Une lubie ? Une utopie ? Allons donc ! Le débat est lancé au Japon. Le processus de fiscalisation des charges est en cours au Danemark. Il nourrit les discussions budgétaires en Allemagne.
En France, Jean Arthuis, Président de la Commission des Finances du Sénat, a fait sienne cette proposition. A gauche, Dominique Strauss-Kahn a demandé qu’on inscrive cette proposition dans le projet du PS.
Je ne fais pas partie de ceux qui parlent du déclin ou de la faillite du pays. Mais quand on est dans une impasse (budgétaire tout autant qu’intellectuelle), il faut savoir innover et sortir des schémas classiques. Ce qui m’a toujours étonné, dans les réponses objectées à la proposition de TVA sociale, c’est l’absence d’arguments chiffrés. Comme si à Bercy, on ne disposait pas d’ordinateurs suffisants pour élaborer les scénarios de cette alternative fiscale. Chiche !
Posté par M.E.L. le 25 novembre 2005 dans
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23 novembre 2005
Transports collectifs, SNCF, RATP : Faut-il une loi de service minimum ?

A l’arrivée dans les bureaux, ce matin, comme la plupart des jours de grève, on ne parle que de cela : embouteillages, pollution, temps perdu… Chacun des salariés va organiser son travail pour essayer de repartir, en voiture pour la plupart, avant le rush des retours.
L’idée d’instaurer un service minimum fait recette. Auprès des usagers, bien sûr. Auprès des élus, de plus en plus. (Plusieurs municipalités ont mis en place des services d’autocars). Et au sein du mouvement syndical, des voix s’inquiètent tant les perturbations créées par la grève deviennent impopulaires.
Pour que le service public reste au service du public et ne s’enfonce plus encore dans des revendications qui apparaîtraient purement corporatistes, deux thèses s’affrontent :
1) A l’Assemblée, une majorité de députés UMP préconisent le vote d’une loi « garantissant un service minimum ». Jusqu’où altèrerait-elle la liberté du droit de grève ? Personne ne s’exprime ouvertement sur ce sujet, et certainement pas en ces termes. Mais l’idée, c’est bien de requérir le législateur pour arbitrer entre le droit du travail (auquel on prétend ne pas toucher) pour défendre (ou opposer) le droit de l’usager. Et de contraindre l’entreprise (direction et salariés) à assurer x % du trafic.
2) Le Premier Ministre (peut-être aussi une fraction discrète du PS) préfère la voie contractuelle. Il souhaite la généralisation, dans le secteur des transports collectifs, de négociations entre partenaires sociaux pour contractualiser des « garanties de service » comme celles qui ont été approuvées à la RATP.
On peut comprendre les raisons politiques qui poussent le Premier Ministre dans cette voie, même si, aujourd’hui, l’exemple de la RATP n’a pas encore fait école. DdV marche sur des œufs ! Mais la voie recherchée supposerait qu’elle soit franchement partagée. Les grèves dures qui se sont déroulées à la SNCM ou encore chez les traminots de Marseille, ne laissent pas prévoir qu’un consensus puisse être trouvé rapidement.
Ensuite, cette voie contractuelle suppose l’existence, au sein des entreprises de service public, d’un dialogue social permanent. Comme le dit la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT), « direction et syndicats devraient pouvoir régler leurs différends en interne, sans avoir recours au droit de grève ». Pas évident, si l’on considère qu’on en est à la sixième grève SNCF depuis le début de l’année.
Mais plus fondamentalement encore, il me semble que ce dossier ne saurait être cantonné et analysé à partir des seuls critères économiques (fussent-ils légitimes).
a) Il y a les aspects urbanistiques et sociaux : les récentes émeutes dans les banlieues ont finalement montré à quel point il n’y avait pas de continuité urbaine entre Paris et sa périphérie. Comme le dit un de nos salariés, « ce sont les habitants des villes de banlieue les moins bien desservies qui sont les plus pénalisés par les perturbations dans le trafic ».
b) Il y a, enfin, les impératifs écologiques. A l’instar des municipalités de Paris, Rennes, Toulouse, Strasbourg, etc…, les collectivités locales se sont engagées pour promouvoir les transports collectifs et lutter contre la prolifération des voitures.
Servir la clientèle traditionnelle du RER, de la RATP, et de la SNCF justifie déjà qu’on respecte mieux les usagers en limitant toutes ces perturbations. Mais inciter les automobilistes à délaisser leur véhicule et attirer cette clientèle nouvelle vers les transports en commun supposent qu’on leur offre quelques garanties : l’extension et le confort du réseau, mais plus encore la continuité et la fiabilité du service public. (On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre).
Je pose la question : pour atteindre ces objectifs, doit-on attendre le bon vouloir des partenaires sociaux ? N’est-ce pas au contraire le rôle du législateur que d’organiser les missions du service public et les contraintes attachées à ses prérogatives. Quitte à lui rappeler sa mission première : le service du public.
Posté par M.E.L. le 23 novembre 2005 dans
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21 novembre 2005
Baisse des prix : l’hiver sera chaud !
1) En visitant la foisonnante exposition « Dada » à Beaubourg, j’ai retrouvé, ce week-end, un ami, directeur commercial France d’une multinationale agroalimentaire. Entre Max Ernst et Picabia, il me glisse à l’oreille : « Mon groupe va donner une réponse favorable à tes acheteurs. Quelles que soient les positions de principe de nos fédérations industrielles, et même celles de l’Administration, on veut faire du business avec nos clients. Donc O.K. pour rechercher des formes de contrat plus sécurisantes pour tes adhérents… Mais on garde quand même un minimum de coop commerciale. On espère que vous serez assez sages pour ne pas tout remettre dans les prix, sinon on est mal. Il nous faut le temps d’atténuer les écarts de conditions d’achat entre enseignes ». (Toute vente au SRP les ferait apparaître !)
2) Il a raison de s’inquiéter. Les hostilités sont lancées.
C’est Carrefour qui a ouvert le bal. Depuis février, le groupe de Jose Luis Duran essaye de stopper l’hémorragie de clientèle et de reconquérir quelques parts de marché. Mais à quel prix ! Il se dit que le service « pricing » de Carrefour admettait, au moins jusqu’à octobre, une tolérance de dépassement du seuil de revente à perte (SRP) de - 1 € en valeur absolue par article. Tous les magasins ne sont pas engagés. Il s’agit d’une tactique très coûteuse et très spectaculaire, une guérilla limitée à quelques foyers auxquels Carrefour mettrait délibérément le feu en sacrifiant 1 000 à 2 000 articles.
A Laval, nos adhérents relevaient, il y a 15 jours, 1 500 articles vendus à SRP - 5, certains jusqu’à SRP - 20 %. A Nantes, Carrefour dispose de 3 magasins. Aucun n’est au même indice. Même constat pour les deux magasins de Limoges et ceux de Rouen.
Ces opérations ont suscité des réactions très agressives. Localement, de la part de nos adhérents qui, après constat d’huissier, ont repris la tête de l’échappée. D’Intermarché et d’Auchan qui n’entendent pas rester en touche. Dans le Sud-Est, Auchan a « sorti » un catalogue avec des produits à SRP - 25 % (prix au taquet et déduction directe en caisse des bons d’achat).
3) Je ne sais pas si l’Administration a fait sienne l’analyse d’Olivier Dauvers (Tribune Grande Conso, nov. 2005) selon laquelle ces « faits d’armes » sont des « respirations » prouvant que « le commerce revit ». Mais on ne peut pas dire que la DGCCRF soit très pressée (ou très efficace) pour faire appliquer la loi. A un adhérent E. Leclerc de la région PACA qui l’interrogeait sur son inaction, un directeur départemental répondait laconiquement : « Votre courrier sera effectivement pris en compte dans la programmation des enquêtes effectuées par mon administration dans l’exercice de ses missions ». Autant dire à la Saint Glinglin !
4) Tous les observateurs auront retenu que le Ministre (malgré les informations qui lui ont été remontées) n’est pas intervenu dans la mêlée. Docteur Renaud s’est offert une condamnation de Leclerc et de Système U en guise d’étendard pour satisfaire son électorat PME ; Mister Renard, lui, se pourlèche les babines en observant la castagne des grands fauves de la distribution. (Il a mûri, Docteur Renaud, il ne dit plus « Les prix bas tuent l’emploi », il dit « Saint Indice, descendez parmi nous…que ma réforme soit ! »).
5) Oui, dans ce contexte, on peut le dire, l’hiver sera chaud.
Bon ! Pour Monoprix, c’est pas sûr. Bernardo Sanchez Incera, Directeur Général Exécutif, a prévenu (La Tribune, 3/10) : « Si de nouvelles baisses devaient arriver,…nous poursuivrons notre ajustement lorsque ce sera nécessaire. Mais nous ne serons pas l’initiateur du mouvement ».
Jérôme Bédier (FCD) a beau rappeler, dans chaque interview, que « la baisse des prix est derrière nous », ça stresse un maximum dans les enseignes de sa fédération.
Chez Auchan et Carrefour, on ne fait pas mystère qu’on « sculpte les gammes autant que les prix ». Y a du resserrement de gamme « grandes marques » et de la baisse de prix MDD dans l’air.
Intermarché ne masque plus ses intentions : « On veut revenir dans la course » m’a dit Michel Pattou. Et les adhérents d’ITM ne cachent pas leur rancœur : « L’administration nous a fait remonter nos prix en début d’année, mais Carrefour a, semble-t-il, bénéficié d’un passe-droit. On ne va pas se faire avoir deux fois de suite ». Alors, mon petit doigt me dit qu’il faudra surveiller le prochain Argus !
6) Et chez Leclerc ? Pareil. La priorité, c’est de faire obstacle aux hausses tarifaires : 4 % en moyenne sur les rayons « produits d’entretien, lessives », etc… Et jusqu’à 8 et 10 % dans certaines gammes « parfumerie et cosmétiques ». Ca négocie dur. Et ne venez pas nous chanter l’antienne du pot de crème contre le pot de fer. Que des bonnes grosses multinationales qui affichent des résultats nets de 8 à 12 %, en progression de 30 à 40 % !
7) Reste que la bataille s’engage alors que le nouveau cadre législatif est toujours aussi incertain. La circulaire tant attendue n’est toujours pas officiellement publiée. Et il nous faudra, à partir du 1er janvier, calculer des prix sans pouvoir connaître véritablement le seuil de revente à perte (on ne le connaîtra qu’à la fin des négos de coop commerciale, fin février).
De la joie, de la bonne humeur…et quelques bonnes bourrades : « Le commerce revit », dixit Olivier Dauvers (www.olivier-dauvers.a3w.fr).
Posté par M.E.L. le 21 novembre 2005 dans
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14 novembre 2005
L’apprentissage, oui ! Dès 14 ans ? Pas sous cette forme !

La proposition de Dominique de Villepin d’abaisser à 14 ans l’âge d’intégration dans la filière d’apprentissage fait couler beaucoup d’encre.
Les cris effarouchés du corps enseignant, par leur outrance et ce qu’ils révèlent d’idéologie, étaient vraiment navrants…et sacrément hypocrites. En classant d’office l’apprentissage dans les systèmes d’éducation au rabais, les syndicats d’enseignants se révèlent être l’un des principaux obstacles culturels au développement d’une filière dont les performances éducatives ont permis à bien des jeunes d’accéder à des diplômes et des emplois.
Qu’on arrête de nous bassiner les oreilles avec ce satané « collège unique » ! Sa contre-performance a ouvert un boulevard aux écoles privées (la voie royale pour les élites) et aux meilleurs lycées publics (qui ne se cachent plus de pratiquer la sélection !).
1) L’apprentissage, comme le dit Henri Lachman, « est un moyen de donner aux jeunes une qualification, un savoir-être, un savoir-vivre, un sentiment d’utilité et une appartenance… ».
L’accroissement du nombre d’apprentis vers les formations les plus qualifiantes (et supérieures) illustre l’adaptation de ce type d’enseignement aux besoins économiques. Cette année, ils sont 73 000 à préparer un bac professionnel (sur 342 000 apprentis âgés de 16 à 25 ans), 27 500 préparent un BTS et 7 800 un DUT (diplôme universitaire de technologie).
Oui, de l’apprentissage, on peut sortir « par le haut », comme en témoignent aussi les 6 200 jeunes en formation apprenti-ingénieur (qui pourront bénéficier de passerelles avec un deuxième et troisième cycles universitaires).
2) Personnellement, je suis un pur produit de l’université, des cycles longs et généralistes. Mais je travaille au quotidien avec des hommes de terrain, souvent formés dans l’entreprise même ou en alternance. C’est en les côtoyant, en suivant l’évolution de leur carrière que je me suis fait une conviction très positive sur les filières d’apprentissage.
Près d’un tiers des directeurs de nos magasins a bénéficié de cette formation. Deux tiers des magasins de l’enseigne ont recours à des apprentis, principalement dans le secteur des « métiers de bouche » (poissonnerie, boulangerie, boucherie-charcuterie, restauration-traiteur), mais aussi dans l’esthétique et la parfumerie (pour notre concept « Une heure pour soi ») et dans les métiers techniques (brun-blanc, informatique, électronique grand public, centres auto…).
Dans plusieurs régions, nos adhérents financent des cycles de formation (à Reims, par exemple, où nous avons créé une école des « métiers de la vente » en partenariat avec l’ESC).
3) J’ai fait un rapide sondage auprès de nos adhérents pour savoir ce qu’ils pensaient de l’abaissement du seuil d’embauche à 14 ans.
(L’expression « embauche » peut vous paraître choquante à première vue. Pourtant, il en est bien ainsi. Les contrats d’apprentissage confèrent aux jeunes qui intègrent cette filière un statut de salarié…et non pas d’élève ! Ce qui, on le voit bien, pose déjà un premier problème : celui des droits, des protections juridiques, etc…).
Pour nos directeurs de magasin, accueillir des apprentis dès 14 ans n’est pas idéal. La plupart de nos apprentis sont d’ailleurs recrutés au-dessus de 18 ans. Les métiers sont quelquefois durs, avec des tâches de plus en plus complexes, nécessitant un niveau CAP et BEP (pour les produits techniques) et jusqu’au BTS (pour la vente, par exemple).
Si tous comprennent qu’il faut trouver une solution pour des jeunes en échec scolaire, nos adhérents partagent l’avis de leurs collègues de l’industrie ou de l’artisanat qui craignent une dévalorisation de l’apprentissage (déjà mal aimé des élites) en l’assimilant à un moyen de réinsertion pour cas difficiles.
4) Mais surtout, ils font valoir bon nombre d’objections pratiques qu’on ne saurait passer sous silence dans ce débat.
- A 14 ans, disent-ils, les jeunes sont encore en pleine croissance, pas toujours aptes à suivre les horaires d’entreprise (surtout dans les métiers de bouche).
- Les problèmes liés à la sécurité ne sont pas moindres (outils tranchants, manutention d’engins mécaniques ou électroniques).
- La cohabitation avec des adultes n’est pas évidente pour les uns comme pour les autres.
- Leur formation nécessitera des capacités de tutorat renforcées et des systèmes de contrôle très lourds qui font défaut à nombre d’entreprises, grandes ou petites.
Bref, s’il s’agit de créer une pré-préparation scolaire à l’apprentissage, pourquoi pas (mais on ne voit pas en quoi cette solution réglerait l’inadaptation au système scolaire !). Pour travailler dans l’entreprise, non…
5) A ces considérations, s’ajoutent des problèmes d’environnement dont, pudiquement, on ne parle jamais, tels que, par exemple, les distances à effectuer par les jeunes adolescents entre leur domicile, le lieu de travail et celui de leur scolarisation.
Quels parents peuvent, sans frémir, imaginer leurs enfants de 14 ans, en vélo, dans les matinées froides et noires de l’hiver…(car en province, messieurs-dames, il n’y a pas forcément de métro ou de bus pour relier le village ou la banlieue à l’entreprise qui aura souscrit un contrat d’apprentissage).
6) Au fond, ne se trompe-t-on pas de débat. On ne peut pas évacuer la critique du système scolaire en se contentant d’ouvrir un aiguillage vers l’apprentissage.
a) D’abord, parce que l’apprentissage devient lui-même de plus en plus exigeant. Pour préserver leurs chances, les jeunes doivent non seulement savoir lire, écrire et compter, mais aussi s’exprimer et penser à l’égal des jeunes des lycées. (C’est justement ce challenge, avec rémunération et statut à la clé, qui motive les jeunes apprentis).
b) Ce sont donc les conditions du passage du primaire au secondaire qu’il faut revoir. Je lisais dans Le Parisien (9/11/05) cette déclaration d’un prof : « Beaucoup (de mes élèves) ne savent pas vraiment lire en 5ème. C’est dur à dire, mais c’est la vérité… On les traîne jusqu’en 3ème parce que la loi nous y oblige. En fait, nous faisons plutôt redoubler ceux qui ont une petite chance de s’en sortir. Les autres passent, puis finissent par quitter l’école sans rien, à 16 ou 17 ans ».
La vérité est là, comme dans la réplique de cet autre prof : « En entreprise aussi, ils (les mêmes) se feront jeter ». L’honnêteté intellectuelle, comme la préservation de l’idéal républicain, mériterait qu’au lieu de lancer l’apprentissage à 14 ans, on se préoccupe d’abord de ne pas les laisser sortir du primaire sans le moindre bagage d’écriture et de langage qui leur fera défaut, quelle que soit la filière choisie.
Posté par M.E.L. le 14 novembre 2005 dans
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19 octobre 2005
Négociations 2006 : aucune visibilité à ce jour !
Le contenu de cette note apparaîtra évidemment trop technique pour qui n’est pas intéressé par la réforme de la loi Galland. Mais dans un contexte difficile pour les entreprises, la publication, en toute clarté, des informations (même polémiques) susceptibles d’aider les professionnels ne peut que contribuer à rationaliser des débats par ailleurs bien touffus.
I - Pouvoirs publics : une circulaire, attendue, en retard, et…imminente ?
Devant les difficultés éprouvées par les industriels et les distributeurs pour aborder, dans des termes concrets, la réforme Jacob/Dutreil, l’administration a promis la publication d’une circulaire.
(Vous avez bien lu. On a voté une loi en juin, après deux ans de polémiques et de débats. Elle est théoriquement applicable au 1er janvier. Mais le texte, issu de trop de compromis, contient des contradictions et suscite tellement d’interrogations qu’il faut, pour en décrypter les arcanes, édicter une circulaire supplémentaire ! ! !)
Celle-ci est actuellement chez le ministre. Sera-t-elle publiée cette semaine ? Pas sûr ! En tout cas, pas en l’état. Cela fait maintenant quinze jours qu’elle aurait dû être « en ligne ». Selon mes informations, les ministres (Thierry Breton et Renaud Dutreil) envisagent une énième consultation des professionnels… C’est dire !
II - Fournisseurs : expectative et…prudence de Sioux
La publication de cette circulaire ministérielle est très attendue. C’est ce qui explique qu’à ce jour, peu de fournisseurs ont encore fait parvenir aux distributeurs leurs « conditions générales de vente », base de toute négociation commerciale.
Lors d’un point presse, la semaine dernière, plusieurs journalistes étaient restés sceptiques lorsque j’avais indiqué que le Président de l’ANIA (qui regroupe les principales industries agroalimentaires) préconisait « d’attendre » avant de commencer à négocier avec la distribution.
Je publie donc, ici, quelques extraits d’une « circulaire » interne à l’ANIA destinée à tous les membres de sa commission industrie-commerce. Les recommandations sont les suivantes :
- CGV (Conditions Générales de Vente)
« Dans l’attente de la circulaire (ministérielle), il est certainement difficile de rédiger des CGV en raison des différences d’interprétation de la loi. Nous conseillons donc d’être très prudent dans cette démarche ».
- CPV (Conditions Particulières de Vente)
Théoriquement, la loi prévoit que les partenaires commerciaux puissent négocier des conditions différenciées.
« Il faut rester très prudent sur le fait d’accorder des CPV et garder en mémoire que si un autre client propose la même contrepartie, le fournisseur est obligé de consentir le même avantage au risque d’être poursuivi pour discrimination ». (Ce qui est un point de droit complètement contesté par les juristes des Centres E. Leclerc !).
- SRP (Seuil de Revente à Perte)
L’ANIA recommande presque de « se défiler » : « A partir du 1er janvier 2006, c’est aux clients qu’il revient de déterminer le seuil de revente à perte. Le fait de transmettre aux clients les éléments de calcul du seuil de revente à perte à compter de cette date, aurait pour conséquence d’engager la responsabilité du fournisseur au même titre que celle du distributeur. Si des éléments ont déjà été communiqués, rien n’empêche d’invoquer la difficulté de déterminer le calcul du SRP en attendant le texte d’interprétation, pour revenir sur ces éléments ».
Comme on le voit ici, recommandations ANIA et attitude des pouvoirs publics ne poussent vraiment pas les industriels à clarifier, auprès de leurs clients, leurs conditions de vente pour 2006.
III - E. Leclerc : nos axes de négociation
J’ai été interpellé, la semaine dernière, sur le contenu d’une lettre envoyée à tous les fournisseurs du groupe. Plutôt que de nourrir les fantasmes, j’en publie, ici, les principaux passages.
« Monsieur le Président,
Comme chaque année, industriels et distributeurs vont se retrouver pour négocier les conditions commerciales 2006… L’exercice s’annonce périlleux.…Voici néanmoins, rapidement résumé, le dispositif que nous mettons en place :
1) Pour peu que le concept retrouve (renforce !) son attractivité par les prix, l’hypermarché reste, pour nos adhérents, l’outil de distribution le plus performant.
Puisque la législation va nous donner quelque « marge » de manœuvre supplémentaire, nos hypermarchés continueront à faire la part belle aux marques industrielles. Nous en contestions le renchérissement. Mais nous pouvons confirmer l’existence d’un forte élasticité de la demande dès lors que ces marques bénéficient d’un niveau de prix plus réaliste, au regard du pouvoir d’achat de nos clients.
De ce fait, la place conférée à nos marques de distributeur (Eco + et Marque Repère) dépendra fortement de notre capacité à nous différencier et à convaincre les consommateurs de la pertinence du niveau de prix des grandes marques.
2) Le Galec (Groupement d’Achat E. Leclerc) va donc concentrer ses efforts sur la mission principale que lui confère l’enseigne : assurer à tous les coopérateurs les moyens de pratiquer les prix les plus bas du marché (baisse du SRP). Les accords 2006 devront être négociés et rédigés dans des termes qui leur permettent d’atteindre ces objectifs en respectant totalement le nouveau cadre légal.
La sécurité juridique sera notre priorité. Nous avons mandaté tous les négociateurs du groupe pour qu’ils limitent l’obtention d’avantages financiers qui contraindraient nos adhérents à souscrire à des engagements dont la réalisation pourrait être difficile à vérifier (par exemple, contrôle a posteriori de prestations de services type tête de gondole) et pour lesquels la charge de la preuve leur incomberait, à eux, et à eux seuls.
(Malgré les « ouvertures » prévues par la loi, l’administration veut nous contraindre (à tout prix) à signer des accords de coopération commerciale pour maintenir son pouvoir de contrôle sur le seul distributeur ! ! ! Contestations et recours en perspective si la circulaire nous y contraints !)
3) D’ores et déjà, nos collaborateurs signalent… des hausses tarifaires importantes !
En aucun cas, nous ne pourrons accepter que les effets positifs de notre stratégie agressive de prix soient contrecarrés par les hausses tarifaires qui viendraient les annuler. Il ne serait pas acceptable que nos fournisseurs compensent, à leur seul profit, les baisses de marges consenties par nos adhérents. »
Cette lettre est signée par Jean-Paul Marty, adhérent à Cahors et président du directoire, ainsi que par moi-même.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 19 octobre 2005 dans
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18 octobre 2005
Evian, Volvic, Cristalline, Laqueuille… Nouvelle histoire d’eau

© Catherine Arnault
Ambiance surréaliste, hier soir, pour l’inauguration de notre source d’eau de montagne à Laqueuille (63). Tout ce que le monde politique local compte de têtes médiatisées se pressait sur l’estrade : un président de conseil régional, un sénateur, un député (Louis Giscard d’Estaing), le maire (Jean-Marc Boyer, à l’origine du projet)…et même un ministre (Brice Hortefeux, aménagement du territoire), « descendu » spécialement de la capitale. Et au milieu du millier de personnes invitées, une bonne trentaine d’élus des communes et cantons de ce superbe « Parc national des volcans d’Auvergne ».
Ambiance sympathique, simplicité auvergnate. Les discours se sont succédés (aux accents UMP plus que de Giono). Si par moment on se serait cru au temps de Bourvil (« Ah, quelle est bonne, mon eau ferrugineuse »), les surenchères auxquelles se sont livrés nos amis politiques valaient bien le spectacle des habituelles querelles nationales.
L’objet de cette dévotion ? Une source et son usine d’embouteillage. 28 millions d’euros investis par notre enseigne pour distribuer, à travers toute la France, 300 millions de bouteilles d’eau pure. Les bâtiments sont « dernier cri ». Architecture superbe mais discrète. Tellement bien intégrée au paysage que c’est le hangar agricole d’en face qui fait tâche !

Les habitants sont fiers. De leur commune, de leur source, de cet investissement. Ils bénéficieront d'une rémunération sur chaque bouteille (concession sur 35 ans renouvelable). Le public jubile, mais on sent une certaine tension dans la gent politique. C’est « à qui reviendra le mérite du projet » : taxe professionnelle, taxe sur l’eau, emplois directs, retombées économiques. (A l’horizon de 4 ou 5 ans, il n’y a pas d’autre investissement de cette importance dans la région).
Le ministre (sarkoziste et truculent) brigue la mairie de Clermont-Ferrand, Louis Giscard veut s’assurer d’un siège (de son propre aveu, conquis par miracle), et le maire convoite le siège du député à qui il décoche des flèches empoisonnées.
Lors de ces agapes hydriques, trois UMP (oui, oui) jouaient, hier soir, « au maillon faible » sous l’œil amusé du président de région (communiste) qui n’en demandait pas tant pour assurer sa réélection…
Pour nous, évidemment, l’enjeu est tout autre. La bataille de l’eau ne fait que commencer. Les Français achètent 12 milliards de bouteilles par an et 60 % sont vendues en GMS. Méfiants à l’égard de l’eau du robinet (goût et qualité), irrités du prix (elle ne coûte pourtant que 2,8 € par m3), ils l’utilisent de moins en moins à des fins alimentaires (7 % d’utilisation ! ! !)… (Comme pour donner raison aux accusateurs d’un système économique qui, dans ses excès, « dénature » un produit gratuit pour le revendre avec une « valeur ajoutée » ! ! ! )
Sur un marché qui double tous les dix ans, les grands fournisseurs font la course pour la maîtrise de leur approvisionnement. Nestlé (Perrier, Vittel…) se taille la part du lion (34,5 %), talonné par Danone (Evian, Volvic…) : 30 %, suivi par le groupe Castel (Cristalline) avec 11 %.
Persuadés que la concentration va se renforcer (ambitions confirmées de Coca, malgré son échec en France, et de Pepsi dans les Pays de l’Est…), nos acheteurs nous ont convaincus d’investir. Malgré nos capacités de négociation (19 % de part de marché), le marketing des marques garantit le libre jeu des fournisseurs. Intermarché l’a compris avant nous et s’est assuré la maîtrise de sa ressource. En négociant la concession de Laqueuille (l’une des dernières disponibles et encore inexploitées), mon groupe va disposer d’un double atout : un approvisionnement de très grande qualité (les forages s’effectuent à 1 200 m d’altitude, dans un site complètement protégé), et la maîtrise de la formation du prix.
Vous vous en doutez bien. Si Danone, Nestlé et les grands groupes agroalimentaires ont tout fait pour nous dissuader d’investir à Laqueuille (« C’est pas ton métier, Michel. C’est plein de risques sanitaires et ça ne gagne pas tant que ça » dixit mon ami Franck Riboud), c’est que les marges sont conséquentes (12 à 18 % de marge nette ! Leur production la plus rentable !).
Avec notre investissement, l’eau de Laqueuille sera 18 % moins chère qu’Aquarel (Nestlé) : 1, 6 € versus 1,95 € (le pack de 6). La bataille est lancée.

Posté par M.E.L. le 18 octobre 2005 dans
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17 octobre 2005
Emploi des seniors : un CDD à faire évoluer
L’âge constitue le premier facteur de discrimination sur le marché du travail. 63 % des hommes de 55 ans et plus sont au chômage. Pour la catégorie 55-59 ans, les USA en ont 14 % de moins, les Japonais 18 %. La situation est insupportable pour ces seniors (certains l’expriment fortement ici). De surcroît, leur démobilisation constitue une énorme perte de compétences pour notre économie.
Depuis dix ans, la société française tient un discours contradictoire : « Place aux jeunes » ont dit les militants des 35 heures et de la retraite obligatoire à 60 ans. Comme si le travail des uns était prédateur de celui des autres. Comme si le travail n’était pas « une richesse en soi ». Le discours patronal était paradoxalement en phase avec l’idéologie Aubry : « Les seniors coûtent trop cher ». Dans certains secteurs (informatique, technologies, marketing…), c’est dès 50 ans qu’on vous vante les mérites de la pré-retraite ! La division du travail au seul profit de la jeune génération, voilà qui aurait dû faire scandale.
Finalement, plusieurs députés s’en sont émus, à droite comme à gauche.
C’est pour remédier au licenciement des seniors qu’avait été créée la « contribution Delalande ». Elle instaurait une pénalité d’un à six mois de salaire pour l’entreprise qui licencie un salarié de 50 ans et plus. (Avec l’effet pervers qu’on imagine : le surcoût devient évidemment un frein à l’embauche des mêmes seniors !).
Le nouveau projet de CDD senior ne résoudra pas tous les problèmes. Il marque une rupture avec l’idéologie passée. Il constitue un pas intéressant puisqu’il donne un joli coup de canif dans les rigidités françaises. Même symbolique, il ouvre de réelles perspectives d’emplois (probablement plus que le « contrat de mission » proposé par le Medef).
Le CDD senior ? Un CDD (12 mois) renouvelable trois fois ou plus (durée maxi 4 ans), réservé aux plus de 55 ans (deux fois plus long qu’un CDD classique !). Outre l’embauche, le système permettra aussi d’acquérir des points supplémentaires pour accéder à une retraite à taux plein.
Bien sûr, on objectera qu’il ne s’agit que d’un CDD. C’est vrai. Dans l’absolu, c’est même assez choquant. Un CDD, passé 55 ans, ça ressemble à une signalétique d’alerte : « Au-delà de ce contrat, votre ticket n’est plus valable ! ».
Mais il faut voir dans cette mesure « un premier pas ». L’accueil des syndicats présage d’autres évolutions (comme le cumul emploi-retraite, dans une certaine proportion des revenus !).
J’étais (je reste) plus sceptique sur le CNE (Contrat Nouvelle Embauche). Non pas du point de vue des effets sur l’emploi. Mais sur la précarité créée (arbitraire des conditions d’interruption du contrat). Sur le CDD senior, je n’ai pas cette réserve. C’est une avancée sociale. Il faut continuer dans cette voie (sur le fond et sur la méthode). Vu le taux de chômage dans notre pays, je ne comprends pas qu’on puisse encore considérer comme taboue toute évolution du Code du Travail.
Posté par M.E.L. le 17 octobre 2005 dans
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11 octobre 2005
Prix du pétrole : impact sur le pouvoir d’achat des ménages en 2005, 2006 ?
Ce matin, à Paris, j’ai présenté à la presse les principaux résultats de mon groupe. Ceux-ci seront évidemment publiés sur le site institutionnel de l’enseigne. En marge, de cette présentation, j’avais fait venir à mes côtés Elisabeth Rocha, Directeur Général du BIPE, dont les économistes sont réputés pour la pertinence de leurs analyses. C’est avec cette équipe que j’étais parti au combat, il y a deux ans, pour remettre en cause l’utilisation des statistiques officielles (INSEE) dans l’appréciation du pouvoir d’achat des Français et de l’inflation.
J’ai pensé intéressant de vous présenter, ici, une synthèse (version très light) réalisée par S. Haincourt, Directeur d’études au BIPE, concernant l’impact du prix du pétrole sur les revenus disponibles des ménages.
1) Contexte et enjeux
La flambée des prix du pétrole n’est plus seulement un problème auquel doivent faire face les industriels, mais également un élément susceptible d’amputer le pouvoir d’achat des ménages français, la consommation de produits énergétiques représentant 6,4 % de leur revenu disponible brut en 2004.
Nombre de produits énergétiques consommés par les ménages sont liés au prix du pétrole :
- directement : le pétrole entrant pour une large part dans la composition du produit ;
- ou indirectement : à travers des mécanismes d’indexation de prix.

Les carburants routiers, produits raffinés du pétrole, sont étroitement liés au prix du pétrole. Près de 70 % du prix à la pompe est constitué de taxes perçues par l’Etat (56 % pour le gazole). Les variations de prix du pétrole sont directement répercutées sur les prix des carburants, surtout depuis la suppression du mécanisme de TIPP flottante.
La politique tarifaire de GDF dans le cadre du contrat de groupe conclu avec l’Etat implique que les tarifs du gaz naturel aux ménages évoluent en fonction des variations des coûts d’approvisionnement de GDF. La dépendance de la France en ressources gazières impliquant un assujettissement aux cours mondiaux du gaz, eux-mêmes liés aux prix du pétrole, la hausse du prix du pétrole depuis 2003 inflatera automatiquement la facture des ménages français en 2005, voire 2006.
2) Pétrole : deux scénarios d’évolution des prix sur la période 2005-2006
Le scénario central du BIPE repose sur une décélération marginale du prix du baril en début d’année 2006 et à une stabilisation à 54 $ en fin d’exercice. Dans le contexte actuel de tensions dues à des facteurs autant politiques (Moyen-Orient, Venezuela, Nigeria) que climatiques (Etats-Unis), le BIPE a envisagé un second scénario, dit de « flambée » du prix du baril, correspondant à une hausse continue du prix du pétrole jusqu’à 80 $ à l’horizon 2006.

…A niveau de consommation de produits énergétiques inchangé, la hausse des prix du pétrole envisagée dans le scénario central pour l’année 2005 enlève mécaniquement 0,4 % de revenu disponible aux ménages, suivi d’un impact neutre en 2006 où le prix du pétrole recule. Dans le scénario de flambée des prix du pétrole, l’impact sur le RDB des ménages français est une amputation de 1 % sur 2005 et 2006 (- 0,6 % en 2005 et – 0,4 % en 2006).
3) Conséquences sur le pouvoir d’achat
…Il faut s’attendre à ce que le pouvoir d’achat effectif du consommateur stagne en 2005 et ce quel que soit le scénario d’inflation du pétrole d’ici la fin de l’année.
Dans le cas d’un « scénario flambée » qui ferait grimper le prix du baril à 80 $ en 2006, on assisterait même à un recul du pouvoir d’achat effectif du consommateur à - 0,5 %.
S. Haincourt, Directeur d’études au BIPE
Posté par M.E.L. le 11 octobre 2005 dans
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5 octobre 2005
Participation et intéressement : L’héritage gaulliste écorné
« Tu quoque, mi fili ! » De son panthéon post-mortem, le Grand Charles n’arrête pas de tonner. Quand ils ne sont pas décédés, les barons historiques du gaullisme se retranchent derrière le mutisme des vieux retraités. Soixante-huitarde, la « jeune garde » cède aux impératifs d’une gestion à court terme, faute d’avoir su élaborer une politique sociale nécessaire au ciment national. On bouche les trous !
La participation ?
C’était l’une des plus intelligentes conquêtes sociales de l’après-68. Elle visait la création d’une communauté d’intérêts « capital-travail ». Ses concepteurs, Capitant, Wallon, rêvaient d’un « pancapitalisme ». Douce utopie, mais bonne initiative. En associant les salariés au résultat de l’entreprise, la participation créait une condition supplémentaire de motivation au travail. Placée dans les quasi fonds propres de la firme, elle en consolidait l’assise financière. Un régime fiscal favorable garantissait et protégeait l’intérêt partagé par les deux parties (salariés et entreprise).
Mais voilà que suite aux décisions du gouvernement précédent, une circulaire d’application va, ce mois-ci, permettre le déblocage exceptionnel des sommes attribuées en 2005 au titre de la participation.
On comprend bien la manœuvre. A défaut d’avoir obtenu une augmentation de revenus, les salariés sont « invités » à puiser dans leur propre réserve, leur épargne. Le tour de passe aura l’apparence d’une augmentation de pouvoir d’achat immédiate. Il permettra de mettre un peu de beurre dans les épinards. N’empêche, c’est un sacré coup de canif dans le dispositif qui prétendait inciter à l’épargne salariale… Sans compter qu’il vient, en plus, perturber le bilan de l’entreprise qui avait « jouer le jeu » de la participation.
L’intéressement ?
Presque toute la presse a titré : « Les entreprises mises à contribution ». Dans le cadre du redressement du gouffre de la sécu, le gouvernement prévoit (entre autres mesures) « l’instauration d’une cotisation patronale maladie de 7,5 % sur les sommes versées aux salariés au titre de l’intéressement » !
Tout est dans le choix des mots : « cotisation patronale » avez-vous dit ? Ouf, je croyais qu’on allait taxer les assurés, je respire… Mais qui donc est à ce point naïf pour gober une chose pareille !
1) En même temps qu’il a prévu le déblocage de la participation, le gouvernement avait prévu que « les entreprises pourront attribuer à leurs salariés une prime exceptionnelle d’intéressement avant le 31/12/05 ». (Jusqu’à 15 % de plus qu’en 2004 !). Et celles qui n’avaient pas d’accord d’intéressement étaient incitées à en négocier (pour offrir 200 euros à leurs salariés à ce titre !).
On peut discuter du dispositif, de la faiblesse des montants…mais avec le versement de ce bonus financier, on restait bien dans la philosophie gaulliste.
2) Et puis, pschitt ! Avant même la réalisation du projet, on annonce la sur-taxation des sommes versées au titre de l’intéressement. Mais c’est débile ! Vous me direz que ce sont les entreprises qui paieront. Oui, bien sûr, mais avec quel argent ? …Justement, celui qui aurait pu nourrir les primes d’intéressement !
Tout cela est digne de Gribouille. Le Grand Charles a raison de s’esbaudir. On nage dans les petites manœuvres comptables.
Du coup, vous comprenez le peu de crédit accordé à nos dirigeants quand ils prétendent développer des fonds de pension en France. Ils ne sont déjà pas capables de tenir la ligne sur la participation et l’intéressement, alors…« l’actionnariat populaire, outil et fer de lance du patriotisme salarial français »…on n’est pas prêt d’en voir le jour !
Posté par M.E.L. le 5 octobre 2005 dans
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27 septembre 2005
Foires aux vins : plaisir d’amateur, avis d’expert !

Jean-Luc Pouteau, 1er Sommelier de France en 1976, Meilleur Sommelier du Monde en 1983
Il reste beaucoup de bonnes choses à dénicher dans les rayons des hypers, chez les cavistes, et même sur le net. C’était à prévoir. Quelle idiotie que de démarrer si tôt les foires aux vins. Les nôtres commencent mercredi. Nous verrons bien si nous avons eu raison d’attendre. Je viendrai le dire ici, promis.
Pour vous (et pour moi aussi !), j’ai continué à solliciter l’avis de quelques personnalités. Aujourd’hui, deux préconisations. D’abord, celle d’un autre de mes collaborateurs (Charles). Dans le groupe, il est responsable du contrôle de qualité et du développement durable. Mais il partage avec Géry (ma note du 21/09) une passion immodérée pour le vin. Voici son état des lieux :
Chez Auchan
- Château des Estanilles 2001 cuvée prestige, Faugères
- Château Saint-Pierre 2003, Saint-Julien
- Santenay 1er cru Beauregard 2002, Roger Belland
- Château Chasse Spleen 2003, Moulis en Médoc
- Château Poujeaux 2003, Moulis en Médoc
Chez Carrefour
- Rioja Marques de Murrieta 1999, YGAY
- Côte Rotie 2003, Domaine Vernay
- Les Abeilles de JL Colombo 2003, Côtes du Rhône
- Bourgogne blanc 2004, JM Brocard "Kimmeridgien"
Chez Géant
- Château du Cèdre cuvée prestige 2002, Cahors
Chez E. Leclerc
- Château les Ormes de Pez 2003 magnum, Saint-Estèphe
- Chateau Citran 2003, Haut-Médoc
- Chateau du Galoupet 2001 rouge, Côtes de Provence
- Chateau Latour Martillac 2003 blanc, Pessac Léognan
- Chateau l'Hospitalet 2003 blanc, Coteaux du Languedoc
Après l’avis de l’amateur éclairé, je vous invite à découvrir une sélection d’un expert, Jean-Luc Pouteau. 1er Sommelier de France en 1976, Meilleur Sommelier du Monde en 1983, c’est l’un des êtres les plus passionnés que j’ai jamais rencontrés. D’ailleurs, son cursus en témoigne. Bon vivant, c’est à l’école hôtelière qu’il a appris à faire la cuisine. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, il fait ses premières armes chez le meilleur pâtissier de Rennes. Rien à voir avec l’œnologie ? Vous avez raison, jusque là. Il faut attendre qu’il s’amourache d’une jeune fille dont le père était viticulteur ! A qui croyez-vous qu’il fît la cour ? Au vu de son expertise actuelle, nul doute qu’il s’intéressât au vignoble au moins autant qu’à son épouse !
Aujourd’hui, il est négociant et conseil en vins auprès de restaurateurs, de cavistes, ou de particuliers. Pour éviter tout risque d’incorrection à l’égard d’un de ses clients, il a préféré concentrer sa sélection sur plusieurs catalogues régionaux édités dans notre groupe (Ile-de-France, Normandie et région toulousaine). Pour votre plaisir et votre édification personnelle, retenez donc, quel que soit l’endroit où vous les trouverez (mais attention au prix !), quelques-uns de ses coups de cœur :
- Château Perrou 2003, Bergerac
- Château Saint-Go 2000, Côtes de Saint-Mont
- Expression de Château Saint-Go 2004, Côtes de Saint-Mont (blanc)
- Seigneurie de la Varière 2002, Anjou
- Château Haut-Theullet 2002, Monbazillac
- Château Chasse-Spleen 2002, Moulis
- Château Lynch Bages 2002, Pauillac
- Château La Dominique 2003, Saint Emilion
- Cos d'Estournel 2002, Saint-Estèphe
- Château Cambon La Pelouse 2003, Haut-Médoc
- Château Rollan de By 2003, Médoc
- Château Jean de Gué 2003, Lalande de Pomerol
- Château de Santenay 2001, Mercurey 1er cru Les Puillets
- Domaine Harmand-Geoffroy 2003, Gevray-Chambertin
- Domaine Harmand-Geoffroy 2000, Mazis-Chambertin Grand cru
- Château d'Escabes Privilège 2002, Gaillac
- Château Doisy-Daëne 2003, Sauternes
- Château Laroche Viella 2002, Madiran
- Château de Gache 2003, Buzet
- Les haut de l'enclos des Bories 2002, Minervois La Livinière
- Terroir de Trias 2003, Côtes du Rhône Village Beaumes de Venise
- Gewurztraminer Grand cru Mamburg 2004, Henri Ehrhart
- Clos de los Siete 2004, Argentine
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’hésitez pas à déposer vos commentaires critiques ou vos propres préconisations.
Posté par M.E.L. le 27 septembre 2005 dans
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21 septembre 2005
Foires aux vins : quelques coups de coeur

Suite à ma note du 12/09, plusieurs d’entre vous (Alain Gouny, Paola) sollicitaient quelques recommandations devant la pléthore d’offres publiées dans les catalogues. Pour un néophyte, le choix n’est pas toujours facile.
Aussi, ai-je demandé à quelques personnalités ou collaborateurs passionnés de se plonger dans la lecture comparée des publicités et de tester quelques bouteilles. Je vous livre, dès aujourd’hui, l’avis de deux collaborateurs.
Au passage, vous apprécierez, qu’ici, on est capable de dire du bien des concurrents, ce qui n’est pas courant dans le secteur. Mais il me semble que c’est une manière de respecter votre libre arbitre.
1) La sélection de Jean-Luc Roché :
Jean-Luc est propriétaire d’un centre E. Leclerc à Loches. Au niveau national, il est le responsable des foires aux vins et du référencement des fournisseurs. Plutôt expert dans la connaissance des vins de Loire et des Bordeaux. Il a lui-même quelques parts dans un vignoble. Toute la profession lui reconnaît un réel talent pour dénicher les flacons les plus prometteurs et repérer les viticulteurs les plus sympas (ceux qui soignent amoureusement leurs produits). Une demi-heure après mon coup de fil, il me propose le choix suivant :
Chez Système U :- Fitou, JM Cazes, 2001
- Costières de Nîmes, Château de Nages 1999
- Château Chantegrive, Graves, 2004
Intermarché :
- Domaine des Trahan, rosé d’Anjou, 2004
Auchan :
- Château Reynan, Bordeaux blanc sec
- Muscadet, Côtes de Grandlieu sur Lie 2004, le Demi-Boeuf
- Gaillac, Château Candastre 2003
Carrefour :
- Château La Varrière Bonnezeaux 2003
- Château Le Bois Pertuis, Bordeaux 2003
- Château La Dauphine 2002, Fronsac
Leclerc :
- Château Jean de Gué, Lalande de Pomerol, 2003
- Château Reignac, Bordeaux supérieur, 2003
- Château de Laussac, Côtes de Castillon, 2003
- Château La Varrière, Anjou Village Brissac, 2003
- Château Thieuley, Bordeaux blanc sec, 2004
- Château Sérame, Corbières, 2003
- Château Haut Theuley, Monbazillac, 2002
- Château de l’Hospitalet, Côteaux du Languedoc, 2002
- Gigondas, Cuvée de l’Estate 2003
- Château La Bienfaisance, St Emilion Grand Cru, 2003
2) Géry est l’un de mes plus proches collaborateurs. Son job n’a rien à voir avec l’œnologie (il est responsable du développement de notre alliance avec Système U). Mais hédoniste, passionné par le vin, il ne se passe pas un jour sans qu’il rapporte au bureau une belle bouteille qu’il aura dégottée chez un caviste de ses amis. A chaque fois que nous partons au restaurant, c’est à lui que toute l’équipe confie le choix des vins. Jamais déçue. Il était du jury qui a sélectionné l’offre que nous avons fait déguster à plus de 600 personnes, la semaine dernière, Cour Saint-Emilion à Bercy… Histoire de promouvoir nos propres foires aux vins (comme vous le savez, elles démarrent plus tard que les autres). Il suggère les crus suivants :
Monoprix :
- Sancerre blanc Alphonse Mellot, Domaine de la Moussière 2004
- Châteauneuf-du-Pape rouge Chapoutier,1999
- Vin de pays (Languedoc/Provence) Collection Pinot Noir Gérard Bertrand, 2002
- Chablis 1er cru William Fèvre, Côtes de Lechet 2003
Auchan :
- Coteaux du Languedoc, Château de la Négly 2004
- Côtes du Roussillon, Jean-Luc Colombo, La chance de Saint Luc 2004
- Châteauneuf-du-Pape, Domaine de la Solitude 2003
Carrefour :
- Clos de Vougeot Dominique Laurent 2002
- Cornas, Domaine Courbis 2002
Intermarché :
- Collioure, Domaine du Mas Blanc 2000
Leclerc :
- Château de l’Hospitalet, Côteaux du Languedoc, 2003
- Château Reignac, Bordeaux supérieur, 2003
- Hermitage, Mure de Larnage 2000, Chapoutier
- Cabardès, l’Esprit de la Bastide 2000
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Dans vos commentaires, n'hésitez pas à faire profiter les autres internautes de vos propres coups de cœur. Soyons simplement sincères et ne donnons pas place à quelques dérives publicitaires qu’on essaie d’éviter sur ce blog.
Je vous proposerai d’autres sélections prochainement.

Thierry Lhermitte, fin connaisseur, a été épaté par notre petite sélection...
Posté par M.E.L. le 21 septembre 2005 dans
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19 septembre 2005
Prix des carburants : les coulisses d’une table ronde
A.S. : Quel week-end ! Sur fond d’interviews et de polémiques sur le prix des carburants. Et puis, l’ordi en panne. J’ai dû tout dicter. D’ici demain, j’aurai mis en ligne les réponses à presque tous les commentaires. A certains, qui demandent des développements, je préfère répondre par une note dédiée (sur mon rôle dans un groupe d’indépendants (re à Pierre et à 2lb2), sur les biocarburants…). A l’avenir, il ne faut pas que je me laisse trop déborder. Il faut juste que je trouve le bon tempo. Désolé, donc, encore une fois, pour ces retards (je vous rappelle que pour vous y retrouver, vous pouvez taper votre pseudo sur le moteur « recherche »).

Raffinerie de Feyzin, le long de l'autoroute A7
Revenons sur la question du pétrole et du prix des carburants.
Les discussions qui ont précédé la table ronde de vendredi, autour de Thierry Breton, avaient quelque chose de surréaliste.
Au départ, TB voulait créer un contre-feu à l’effet produit par la publication des super profits réalisés par les majors (100 milliards ! ! !) dont près de 10 milliards chez Total ! Ravage assuré dans les cerveaux des Français durement touchés au portefeuille (Cf. mon blog du 5/09). TB, enfourchant un registre plus sarkozien, a cru pouvoir « jouer de la carotte et du bâton ».
Première réunion préparatoire, vendredi 9 septembre. Il menace les pétroliers de taxer leurs bénéfices. Mais les conseillers insistent auprès des GMS : « C’est aussi votre intérêt de communiquer sur des baisses. C’est la seule manière de redorer « votre » image dans l’opinion ! ». Tu parles ! Vu les écarts de prix avec les majors, les GMS n’avaient aucun intérêt à se retrouver sur la même photo...sauf pour servir l’image d’un ministre qui se serait attribué le rôle d’arbitre.
Mes collaborateurs, comme leurs collègues, se sont donc rendus à une deuxième réunion (mardi 14/09) en traînant lourdement les pieds. Ils ont dû expliquer aux conseillers du Ministre et à la DGCCRF (ce qui est un comble, vu les contrôles actuels) que les marges étaient plates (nos prix sont au seuil de revente à perte ! ! !). Des centres E. Leclerc comme ceux de Clermont-Ferrand finissent par être, toute l’année, à prix coûtant. D’ailleurs, du fait de la concurrence entre GMS, les prix de vente HT, dans nos zones de chalandise, sont les plus bas d’Europe.
Nouvelle convocation, le jeudi 15/09, à la queue leu leu, comme à confesse. Un Directeur de Cabinet propose d’étaler les hausses. Réponse : vu la rotation des stocks (2 à 3 fois par jour dans un grand hyper, 48 heures dans un super !), c’est déjà ce qui se pratique (il est arrivé, qu’en une semaine, les prix aient augmenté de 8 cents, alors forcément, on lisse…). Leclerc, le champion des prix, ne peut-il faire un effort supplémentaire ? Re-réponse : mais on serait à vente à perte ! ! ! Et vous venez de durcir les sanctions ! ! ! Re-re-réponse : le gouvernement sera tolérant (sic !)…
Rien n’y fit. Le Ministre voulait se sortir d’un piège où l’avait porté une communication un peu trop velléitaire. Il lui fallait trouver une sortie, une « initiative », et les conseillers s’évertuaient à convaincre nos collaborateurs qu’il ne fallait pas « laisser à Total le bénéfice d’une baisse éventuelle ». Comme si ça pouvait nous gêner. Comme si le repositionnement d’un des acteurs les plus chers pouvait nous porter préjudice.
TB s’est rendu compte que même s’il était populaire, un discours anti-pétroliers trouvait très vite ses limites. Personne ne serait dupe, surtout pas les journalistes. Les taxes atteignent 60 % environ du prix des carburants. Tout le monde sait bien que la balle est dans le camp de l’Etat. Le discours public ne manque pas d’air quand il se contente de dire : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ! ».
Voilà pourquoi la table ronde n’a rien apporté au débat. Certes, TB a pu nourrir sa conférence de presse des promesses du groupe Total. Constatant que le deal entre ce groupe et le gouvernement avait été noué préalablement, les autres majors sont sortis furieux. D’autant que les GMS, qui avaient flairé le piège, n’étaient pas du rendez-vous.
J’insiste : je ne conteste pas au Ministre des Finances le droit (et le devoir) de réunir tous les pétroliers pour les mobiliser, quitte à faire pression. Mais de deux choses l’une. Ou les profits pétroliers sont dus à des dysfonctionnements, et alors il faut lancer les autorités de la concurrence sur le chantier. Ou les pétroliers ne sont pas coupables d’exactions, et alors il ne faut pas faire semblant d’attendre d’eux qu’ils remettent au pot, surtout que depuis la privatisation du groupe Total, l’Etat ne dispose d’aucun pouvoir sur le secteur (voilà qui jette un trouble sur l’idéologie du tout privatif défendu par les ultra-libéraux !).
Pour moi, toute cette histoire a permis d’occulter le débat sur la fiscalité pétrolière (curieusement, l’opposition se tait). Il ne s’agit évidemment pas de réclamer une baisse des impôts (ce serait démagogique), mais de fixer un plafond. Si le prix du baril repart à la hausse, je suis certain que l’opinion ne se satisfera pas de ces quelques promesses. L’impact sera tellement fort sur le revenu des ménages modestes et moyens, et plus généralement sur la consommation, qu’il faudra bien accepter de revoir la question.
Posté par M.E.L. le 19 septembre 2005 dans
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12 septembre 2005
Foires aux vins : faut-il encore y courir ?

J’affirme que oui, parole de professionnel tout autant que d’amateur.
N’y voyez aucune flagornerie de ma part. Je suis évidemment très fier que mon enseigne soit à l’origine du phénomène (c’est dès 1973 que des adhérents E. Leclerc ont créé les premières foires aux vins, en Bretagne d’abord, puis en Pays de Loire). Et l’expérience acquise a placé les centres E. Leclerc en tête du marché. (Numéro 1 de la vente des vins en France, avec 17,6 % de part de marché, l’enseigne a vendu plus de 223 millions de bouteilles en 2004, et les foires aux vins représentent jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires correspondant).
Les foires aux vins constituent l’une des initiatives les plus sérieuses et les plus attractives de la grande distribution, ces dernières années.
Acheter en GD ?
Il y a encore des irréductibles. Des viticulteurs qui préfèrent, par choix commercial, travailler en exclusivité avec des cavistes. Ou encore, qui restent réticents et un peu effrayés par l’idée de rentrer sur le « mass market ».
Mais pour le consommateur, comme d’ailleurs pour les œnologues, il n’y a plus de tabou. Les deux tiers des ventes de vins en France se font désormais en grande distribution. Et les foires aux vins en constituent une très belle vitrine.
Chaque enseigne s’est attachée le conseil d’œnologues professionnels (des sommeliers de grands restaurants apportent souvent leur expertise). Chacune d’elles dispose d’un bataillon de cavistes, tous plus passionnés les uns que les autres. Les sélections passent de nombreuses barrières de dégustations et de tests. Les publicités sont souvent riches d’informations et les catalogues (que nous envie le reste de la distribution européenne) sont méticuleusement construits.
Dans quelle enseigne ?
Il y a des bonnes bouteilles un peu partout (et là, je vous épate, parce que vous vous attendiez à ce que je pousse le bouchon…vers Leclerc, pas vrai ?). Je partage l’avis de Jacques Dupont, spécialiste au journal Le Point. Il est l’un des plus fins connaisseurs des foires aux vins. Son étude comparée des catalogues est une précieuse référence (cette année, il est publié dans le numéro du 8/09). Son diagnostic est tranché : « Toutes les enseignes sont désormais au niveau ». Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faille acheter à l’aveugle. D’abord parce qu’il y a des différences de prix. Ensuite, parce que chacune a ses points forts et ses points faibles.
Vin de garde ou vin de plaisir ?
Spéculer sur le vin n’est pas mon truc. D’ailleurs, les trois quarts des gens qui m’en parlent prennent toujours des airs savants (limite « discours des médecins chez Molière »), mais peinent à justifier concrètement leurs achats à partir du seul critère financier. Pour moi, ce marché du « placement » est dépendant de trop de facteurs exogènes pour qu’on y incite ceux d’entre vous qui ne disposent pas du budget de Crésus.
A l’occasion, si l’aventure vous tente, achetez un maximum de vins en primeurs et tentez de les revendre 5 ou 6 ans plus tard (en espérant que l’évolution des devises ne casse pas le marché). Concentrez-vous sur les valeurs sûres (les grands crus). N’oubliez pas que certaines techniques de vinification (effet supposé de la « parkerisation » du goût !) limitent les capacités de garde. Et de toute façon, il faut de super bonnes caves (température et hygrométrie) pour préserver la qualité du vin (ce qui est rarement le cas dans nos habitations usuelles). Evitez aussi (pour la garde, mais pas pour la consommation immédiate) certains millésimes (1997, 1999 et 2002) dont nos œnologues confirment l’évolution rapide.
Personnellement, je trouve que l’intérêt des foires aux vins, c’est l’achat plaisir, la découverte et l’accès à des variétés nouvelles (cépages, appellations). Il y a plein de belles choses en Côtes du Rhône, en Languedoc-Roussillon, en vins de Loire… On en reparlera, ici, en détail.
A quel prix ?
Cette année, l’offre est vraiment plus raisonnable. D’abord, les grands crus bordelais ont tiré les leçons de leurs « errements » passés. (Je ne dis pas « erreurs » car le marché export leur était profitable). Ils avaient perdu des fidèles, ils veulent les retrouver avec des 2003 franchement plus sages.
La plupart des enseignes ont, de leur côté, réagi à la baisse des ventes, l’année dernière, (- 1,5 %), sauf dans notre enseigne et chez Système U dont la croissance reste forte. Elles proposent toutes, cette année, des prix attractifs. Par exemple, Auchan, avec des vins entre 5 et 10 €. Dans les centres E. Leclerc, 60 % des vins proposés ont des prix inférieurs à 8 €, et 80 % sont vendus à moins de 15 €.
En revanche, je crie casse-cou pour mes collègues qui vendent des vins à 1,80 € (Intermarché). Pourquoi pas, dans l’absolu, s’il s’agit de faire profiter les clients d’une jolie promotion. Mais dans le contexte très qualitatif des foires aux vins, ça sonne un peu « hard » !
Quand acheter ?
Vous avez pu le constater, les foires aux vins démarrent de plus en plus tôt : du week-end dernier (Carrefour, Nicolas, Monoprix, et les sites internet « chateauonline.fr », « wineandco.fr ») jusqu’à fin septembre, voire début octobre. Pour moi, c’est du délire. Et un formidable gâchis ! C’est le fruit d’une surenchère qui illustre la peur des enseignes de se laisser griller par une offre concurrente.
Ca n’a plus de sens. Les consommateurs sont à peine rentrés de vacances (de plus en plus onéreuses). Ils viennent de reconstituer les stocks alimentaires, textiles et rentrée des classes. Vu la contrainte financière, comment voulez-vous que les clients puissent vraiment se faire plaisir. Les centres E. Leclerc ont choisi de démarrer les opérations à partir du 28 septembre. Nos adhérents achètent beaucoup de vins en primeurs. La plupart des productions bordelaises ne peuvent être mises sur le marché avant cette date. Et jusqu’à preuve du contraire, démarrer plus tard que les autres n’a pas nuit à notre performance. Keep cool !
Le mieux est donc de se munir des différents catalogues en circulation, de comparer, de prendre le temps de peaufiner la sélection. Seule exigence : ne pas se focaliser sur des vins trop rares, forcément en quantité limitée, et vite épuisés. Pour ceux-là, évidemment, il faut se précipiter dès les premiers jours.
Catalogue national et compléments régionaux
Les offres nationales sur lesquelles communiquent les enseignes sont forcément plus restreintes (elles doivent être disponibles partout) que les gammes proposées dans chaque magasin. Il ne faut donc pas se fier au nombre de références. Les sites internet proposent, en apparence, l’offre la plus complète, ainsi que Carrefour et Auchan. Les indépendants (Intermarché, mais surtout Leclerc et Système U) concentrent leur publicité nationale sur un nombre plus réduit de bouteilles, mais font vraiment la différence sur le plan local.
Beaucoup de nos adhérents ont fait de leur cave une véritable « maîtresse » qu’ils choient et bichonnent avec passion. Ils sont implantés dans des terroirs dont ils veulent être les ambassadeurs. Ils ont noué des relations très fortes avec des viticulteurs dont ils sont devenus de véritables partenaires (ils sont souvent clients l’un de l’autre). Privilégiés, ils ont accès à de très beaux flacons, introuvables la plupart du temps en grande distribution. Enfin, beaucoup de nos adhérents consacrent des budgets très importants en achats primeurs. Suivant les années, cela leur permet d’offrir des grands crus à des prix imbattables (la foire aux vins du centre E. Leclerc de Quimper est devenue « un must » !).
Voilà pourquoi la fête promet d’être belle !
Posté par M.E.L. le 12 septembre 2005 dans
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9 septembre 2005
Fruits et légumes : la querelle des marges

Dans sa livraison du mois de septembre, Que Choisir publie un article fort intéressant sur le prix des fruits et légumes.
L’UFC va à l’encontre de l’avis exprimé par nombre de producteurs, et de la perception qu’en ont les consommateurs. « Le prix des fruits accuse depuis quelques années une tendance nette à la baisse…. Et si l’on prend du recul, les données de l’INSEE révèlent que depuis 1960, le prix des fruits frais a évolué exactement de la même manière que celui des autres produits alimentaires ». Voilà constat qui vient à point nommé pour faire taire les habituelles polémiques.
Mais l’UFC s’est aussi penchée sur la grande variabilité des prix au cours d’une même saison, et d’un magasin à l’autre. A la recherche d’une explication, la revue finit par reprendre à son compte une analyse de la structure des prix et des marges, telle qu’on l’entend, depuis quinze ans, dans la bouche des producteurs : « On m’achète mon produit 1 € le kilo et je le retrouve sur le marché à 2 €, la distribution se sucre ! ».
Pour étayer l’argument, Que Choisir, prend l’exemple des pêches et des nectarines et publie une structure de prix imputant, à la seule distribution, une marge allant de 37 % à 50 %.
Evidemment, j’ai tout de suite sauté au plafond. J’ai demandé à plusieurs adhérents de me fournir leur compte d’exploitation portant sur des produits identiques. Je vous livre la comparaison.

C’est sans appel, et contredit l’information de Que Choisir. En réalité, la marge de nos magasins, sur un produit comme la nectarine, s’établit aux alentours de 25 %, soit, selon les exemples, un tiers ou moitié moins que l’indication fournie par l’UFC.
Comment expliquer cet écart ? Tout simplement par une habituelle confusion qui, volontairement (pour les producteurs) ou par ignorance (pour les consommateurs), fait l’impasse sur tous les autres intermédiaires de la filière.
Une fois le produit ramassé et payé au producteur, et avant qu’il n’arrive en magasin, il passe entre les mains de différents opérateurs qui calibrent, agréent, conditionnent, stockent et transportent les fruits. Et bien sûr, ceux-là prennent leur dîme (pas forcément illégitime d’ailleurs, car ces tâches nécessitent investissements et main-d’oeuvre).
Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Parce que ce serait mettre l’accent (et reconnaître) l’inégale performance des coopératives et des groupements de producteurs qui ont, depuis longtemps, complètement intégré tous ces métiers.
Je ne cherche pas à polémiquer ici avec les coopératives, mais puisqu’on entretient la confusion et qu’on désigne du doigt les hypermarchés (dont les nôtres), un démenti s’impose. Et il est nécessaire à la bonne compréhension du processus de formation des prix.
Ainsi, quand, cet été, le Directeur de la Concurrence a souhaité qu’on étudie la mise en place d’un blocage de marge, prévu pour gérer les périodes de crise, les distributeurs ont refusé de participer à une réunion pourtant annoncée par le Ministre. Outre qu’ils considéraient que les pouvoirs publics devaient d’abord assurer complètement la responsabilité d’une pratique prohibée au niveau européen, ils ne comprenaient pas pourquoi on aurait bloqué les marges en magasin sans se préoccuper de celles des intermédiaires qui en auraient été exonérés.
Posté par M.E.L. le 9 septembre 2005 dans
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7 septembre 2005
R. Dutreil : « Docteur Renaud, Mister Renard »
Personne ne peut reprocher à Renaud Dutreil, notre Ministre du commerce, de vouloir récupérer le combat pour les prix bas et s








