9 décembre 2008
Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.
Qui fixe les prix ?
Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!
Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.
E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).
La maîtrise des volumes :
Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.
Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :
En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.
De quelles marges parle-t-on ?
Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :
1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…
2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.
Prix de vente et marge du distributeur :
70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.
Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.
Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?
Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.
Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :
- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.
- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.
- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.
- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.
Conclusion provisoire
Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 9 décembre 2008 dans
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8 décembre 2008
Prix du lait (II) : vérités et mensonges…
Si l’on veut renouer le dialogue et œuvrer à la recherche de solutions durables, il faut certes en finir avec la violence, mais aussi accepter une part d’autocritique, et surtout travailler hors de tout mensonge et de toute intox. Commençons par rectifier :
«La faute à MEL» :
L’Humanité du 03/12/2008 titre : «Les laitiers victimes de la « loi Michel-Edouard». Un peu partout, les tracts de la FNSEA reprennent cette antienne. Pourquoi cette assimilation (loi LME : Loi Michel-Edouard) ? Tout simplement, parce que les opposants à la réforme de la loi Galland auraient voulu en limiter la portée et ramener l’affaire à la défense des intérêts de Michel-Edouard Leclerc et de ses compères de la distribution.
C’est trop d’honneur, messieurs. Certes, je revendique d’avoir engagé le combat contre la loi Galland (les Centres E. Leclerc étaient les seuls à s’opposer à cette loi). C’est bien nous qui avons alerté le Président et les consommateurs en investissant dans des campagnes de presse et d’affichage. Mais au final, c’est bien la majorité parlementaire qui a voté le projet présidentiel (dont le volet urbanisme commercial s’est limité à libéraliser le hard-discount au détriment des hypermarchés, y compris les nôtres !!!). Permettez donc que je n’assume pas complètement la paternité (sic).
«La faute à la LME ?»
De toute façon, en véhiculant cette thèse, la FNSEA se tire une balle dans le pied. Qu’est-ce que la loi LME, si ce n’est la suppression des marges arrière que la centrale syndicale semblait dénoncer.
Sauf à révéler un double discours (contre les marges arrière en apparence mais d’accord avec l’ANIA pour les maintenir), ceux qui attribuent leurs difficultés à la LME commettent un énorme contresens.
Cette loi ne concerne pas les agriculteurs. Même sous la loi Galland, il n’y avait presque pas de marges arrière sur les produits agricoles. Et indirectement, elle les favorise en ramenant de la transparence sur le marché des grandes marques agroalimentaires, en supprimant les remises opaques et artificielles dont les agriculteurs n’avaient jamais connaissance.
Dans le cas d’espèce, la réforme n’a aucun impact sur la détermination du prix du lait. Sinon, comment expliquer qu’en Allemagne, en Hollande, en Espagne ou en Italie, les cours du lait s’effondrent aussi alors que les négociations commerciales ne sont évidemment pas soumises (tout le monde en conviendra) à la législation française !
La baisse des cours :
Si les cours mondiaux du lait baissent, c’est d’abord pour une question de volume : «nous croulons sous les stocks, et il n’y a plus de marché à l’exportation pour les produits dérivés. Je pense à la Russie ou encore à la Chine, où la demande n’existe plus depuis le scandale du lait…» (Olivier Picot, président de l’Association des Transformateurs Laitiers, Le Monde du 5/12/2008).
Je n’arrête pas de le dire ici (Cf. ma note du 30/10/2008). Le marché mondial s’est retourné parce que les excédents atteignent des niveaux records (7 à 8 milliards de litres de lait). Jean-Michel Lemétayer, comme le former président de la FNSEA, Luc Guyau, s’est évertué à dire le contraire depuis un an. Du coup, anticipant un manque d’offre (et une aubaine en matière de prix), des agriculteurs de l’Ouest ont racheté des vaches en Pologne et en Ukraine, plaidé l’augmentation des quotas, et fait « pisser les vaches » pour bénéficier de la période de hausse. Dur retour à la réalité. C’était une bulle. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : trop de lait (notamment sous forme de poudre), voilà l’ennemi.
Nouvelles règles:
La profession s’est prise à son propre piège. Hier, elle a justifié des demandes de hausses tarifaires de 12 à 30 % en se référant à la flambée des cours mondiaux. Aujourd’hui que les cours s’effondrent, elle voudrait changer de système de référence et ne pas avoir à baisser les prix. C’est incompréhensible pour le reste de la profession, mais surtout pour les consommateurs. « Le prix du carburant descend à la pompe parallèlement à celui du pétrole brut. Pourquoi pas celui du lait ou des céréales ? »
Personnellement, je n’ai aucun tabou. Je veux bien croire qu’il faille changer l’étalon du système de fixation des prix. Je ne suis pas expert, pas plus que nos acheteurs. Qu’on définisse donc une règle mais qu’on s’y tienne.
Nous ne cherchons pas être mauvais joueurs. L’important, c’est que nous puissions répondre aux attentes des consommateurs en leur tenant un discours de filière qui soit cohérent et crédible. A défaut, qu’on comprenne combien la situation sera pour nous intenable. Si les prix baissent en Allemagne (30 % chez Penny et Lidl) et pas dans nos magasins, il y a fort à craindre que les distributeurs seront accusés de ne pas avoir répercuté la baisse. Et combien vous pariez qu’il se trouverait des agriculteurs pour nous le reprocher !!!
A suivre, demain.
Posté par M.E.L. le 8 décembre 2008 dans
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7 décembre 2008
Prix du lait (I) : sortir de la violence

Nouvelle réunion à Rennes, demain à 16 heures, autour du préfet de la région Bretagne. Participeront : les éleveurs, les transformateurs (coopératives ou secteur privé), la distribution. En fait, il s’agit avant tout, dans ce travail en commission, de déminer les conflits en faisant un peu de pédagogie. Ce n’est pas dans cette instance que se détermineront les nouvelles formules qui serviront de calcul au prix du lait. Le problème est technique, compliqué. La situation des éleveurs mérite qu’on s’y investisse. Et sur cet objectif, il est donc grand temps de balayer les fausses accusations qui ont alimenté les tensions dans la filière. L’occasion, ici, d’apporter quelques précisions sur les comportements qu’on attribue à mes adhérents ou à mes propres prises de position.
Violences inadmissibles :
A plusieurs reprises, j’ai dénoncé le marketing désastreux d’un syndicalisme paysan, incapable de faire son autocritique, toujours à la recherche d’un bouc émissaire facile : le distributeur. Les exactions commises, il y a quinze jours, auront causé 1 million d’euros de dégâts dans le seul Finistère. Elles ont provoqué la démobilisation complète des acheteurs et chefs de rayon de la distribution qui en ont ras-le-bol d’être pris pour cible.
Des salariés motivés :
Il faut comprendre que nos salariés sont aussi des fils ou des filles d’agriculteurs, et en tout cas, ils sont passionnés par leur métier. Plus que toute campagne collective de publicité ou les déclarations des hommes politiques, ce sont nos bouchers, nos charcutiers qui ont reconquis la confiance des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont nos responsables de rayon fruits et légumes qui organisent la promotion des productions bio, rassurent les clients sur l’utilisation des pesticides ou des nitrates. Dans chaque magasin, nos acheteurs sont autonomes. Ils cherchent à privilégier l’offre locale, malgré les propositions alléchantes d’Italie ou d’Espagne (fruits et légumes), d’Allemagne ou des Pays-Bas (porcs et produits laitiers).
Quand le syndicalisme n’a d’autre mot d’ordre que de casser du chariot ou de dévaster les gondoles, il scie la branche sur laquelle sont assis les agriculteurs. Tout ça, finalement, pour passer au JT qui relayera complaisamment. Et l’on entendra le blues du petit producteur devant l’écran de fumée masquant l’enrichissement des céréaliers et des grandes sociétés agroalimentaires.
Hypocrisie :
Comment voulez-vous que, dans ces conditions, les réunions distribution-transformation-agriculture puissent aboutir à un quelconque partenariat. Si la FNSEA veut que les responsables de la distribution donnent un coup de main à la résolution des problèmes du secteur, qu’elle commence par respecter le travail de ses salariés, ce sera plus efficace.
Les leaders syndicaux qui se sont pointés à la Scarmor (Landerneau), jeudi 27 novembre, pour proposer crânement leur médiation et négocier la levée de siège, avaient un sacré culot. Ce sont les mêmes qui, la veille, dans une réunion à Saint-Ségal (Finistère), avaient chauffé la salle, désigné la cible, et dans une atmosphère franchement imbibée, poussé des agriculteurs à venir « bouffer du distributeur ». Voilà qui, aux yeux de nos salariés et de nos adhérents, outrés et très en colère, achève de discréditer une parole syndicale qui fait finalement obstacle à la résolution pratique des problèmes.
Car les problèmes sont réels. Nous ne le nions pas. Mieux, nous sommes prêts à mettre toute notre force de vente et notre crédibilité commerciale pour aider à la recherche de solutions.
Posté par M.E.L. le 7 décembre 2008 dans
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5 décembre 2008
Agrocarburants : toujours d’actualité !

Une publicité, ce matin, me fait réagir. Elle est signée de Abengoa Bioenergy. Je trouve que c’est une contribution positive au débat (devenu impossible parce qu’irrationnel) sur l’avenir des agrocarburants et de ce qu’on appelle désormais « la chimie verte ».
- D’abord, les entreprises ont raison d’alimenter désormais directement le débat public, à l’instar de ceux qu’ont initiés les campagnes publicitaires des Centres E. leclerc.
- Ensuite, les statistiques qui nous sont proposées constituent les preuves incontestables (et vérifiables) qu’on nous a fait gober des balivernes ces deux dernières années.
Qu’on se rappelle ! Tout juste deux ans après (2006) que les pouvoirs publics français et européens aient lancé un premier plan d’envergure pour développer les agrocarburants, la flambée des prix alimentaires de 2008 leur était déjà imputée. Presque tout le monde s’y est mis, pétroliers et chimistes classiques, constructeurs automobiles, politiques et ONG…
Même les agriculteurs (céréaliers surtout) ont été pris par le doute quand leurs propres représentants syndicaux se sont mis à justifier les hausses par l’accroissement durable de la demande et le risque de pénurie alimentaire.
Sans qu’aucun argument ne soit venu étayer cette thèse, les agrocarburants sont devenus les fauteurs de l’inflation des prix agricoles. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui, comme nous, dénonçaient des comportements spéculatifs sur le marché des matières premières.
Là ! La bulle financière a explosé, entraînant la chute des matières premières agricoles (sauf le riz). Et comme le démontre la publicité de Abengoa Bioenergy, l’exploitation des agrocarburants a pourtant continué de croître.
Je sais bien que nous avons affaire à une bataille de lobbies. Les plaidoyers des uns et des autres doivent être passés au crible du bon sens critique.
Mais puisque j’ai engagé les Centres E. Leclerc sur la voie des agrocarburants, je trouve aujourd’hui, dans l’analyse objective de la crise, des arguments pour continuer. En tout cas, il me semble que le débat peut et doit reprendre, à la lumière de ces considérations.
Une politique alternative de production d’énergie n’est pas une mince affaire à élaborer. L’installation de centrales éoliennes, photovoltaïques, tout comme l’énergie d’origine agricole, ne constitueront probablement que des productions d’appoint pour couvrir nos besoins futurs. Mais même à ce niveau d’investissement, il est important qu’on sorte des attitudes obscurantistes pour justifier des investissements qui coûteront de toute façon très cher et qui nécessitent qu’on leur accorde le bénéfice de la durée.
Posté par M.E.L. le 5 décembre 2008 dans
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30 octobre 2008
« Prix agricoles » : les spéculateurs dans la semoule !

Qu’il s’agisse du marché intérieur ou des cours mondiaux, toutes les observations sont convergentes. Les prix agricoles dégringolent.
En un an (septembre 2008 vs septembre 2007), le cours du blé (et des céréales en général) a chuté de 40 %. Le prix du lait et du beurre plonge, selon les qualités, de 15 à 30 %. Le sucre redevient raisonnable, et même les oléagineux sont depuis deux mois à la baisse.
Les consommateurs peuvent se réjouir, les agriculteurs ont des raisons de s’inquiéter (sauf les éleveurs qui respirent un peu !).
Je laisse aux conjoncturistes le soin de disserter sur l’ampleur du phénomène. Mais ce retour de balancier nous interpelle autrement. Il pose une question de fond. Jusqu’à quel point le lobby agroalimentaire prend-il les consommateurs pour des imbéciles ? Jusqu’où l’opinion est-elle manipulable par la statistique ?
Il y a un an, en effet, tout le gratin de l’agroalimentaire expliquait l’envolée des prix par l’insuffisance d’une offre mondiale, incapable de satisfaire les besoins des pays émergents. Nous disions la météo 2007 coupable ! On nous rétorquait que nenni ! Les Chinois et les Africains, saturés de riz et de manioc, avaient découvert les vertus de nos céréales, les Indiens se mettaient à consommer du lait, les Russes boulottaient nos légumes !
Pour défendre cette analyse, notre FNSEA, par la bouche et l’écriture de Jean-Michel Lemétayer et Luc Guyau, annonçait une décennie de hausses incontournables : « Les Français doivent s’habituer à une offre alimentaire de plus en plus chère » disaient-ils, profitant, à l’occasion, de vilipender la PAC nouvelle et la fin des subventions agricoles.
Mieux : ce fut le procès quasi stalinien des agrocarburants. Les mêmes qui, deux ans auparavant, ne juraient que par l’apport énergétique des surfaces échappées à la jachère, fustigeaient, comme le PDG de Nestlé, le recours criminel aux agrocarburants (« criminel » parce que poussant à la hausse des aliments dans le Tiers Monde !).
Le parti des OGM en profita pour jouer sa partition. Le monde allait crever de faim si l’on ne développait pas cette alternative secourable !
La chute des cours agricoles, amorcée bien avant la crise financière, met à mal tout cet argumentaire. La météo a remis le curseur à sa place ; les récoltes canadiennes, américaines et bientôt australiennes vont permettre de rééquilibrer l’offre. Et nos laitiers n’ont qu’un objectif, empêcher Lactalis et autres Danone de fixer des prix en rapport avec les cours mondiaux.
En réalité, le discours de fond est probablement le bon. Comme pour l’énergie, l’inflation des prix alimentaires va de paire avec l’augmentation accrue des besoins dans les pays émergents. Mais un discours excessif, alimenté par les différents lobbies, conduit à une surdramatisation aveugle. Le retournement de la conjoncture devrait conforter la recherche sur les agrocarburants de la deuxième génération et éviter qu’on confonde analyse et précipitation.
En attendant la prochaine vraie mauvaise récolte, saluons la baisse et regardons comment elle va se répercuter dans les tarifs.
Posté par M.E.L. le 30 octobre 2008 dans
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20 novembre 2007
Sucre en baisse, blé en hausse : qu’est-ce qui est vraiment durable ?

Le cours du lait et des céréales s’envole ? Tous les analystes qui nous annonçaient la fin du productivisme agricole au nom de la suffisance alimentaire…tournent leur veste. Voici qu’on justifie le retour à des politiques nationales par le risque d’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale.
Moi, ça m’a toujours épaté de voir l’aplomb avec lequel les analystes ou les conjoncturistes pouvaient affirmer, sans sourciller, ce genre de prévisions qui tiennent plus du calcul de probabilité ou de l’idéologie…que d’une rationalité étayée. Mon ami Bernard Maris, économiste iconoclaste, avait en son temps produit un petit ouvrage recensant toutes les erreurs de prévisions commises par les « meilleurs économistes ». Un petit jeu de massacre !
Comme pour corroborer cette critique jubilatoire, Libération publiait hier, sous la plume de Christian Losson, un intéressant petit article dans une rubrique judicieusement intitulée « Le capital décrypté ».
Christian Losson s’est penché sur l’évolution du prix du sucre. Il est aujourd’hui à la baisse (et sacrément), alors que de 2004 à 2006, il avait augmenté de 300 %, suscitant à l’époque les prévisions les plus alarmistes. Principal acteur de ce retournement ? L’Inde aurait doublé, en deux ans, sa production, dépassant le Brésil (premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes). C’est désormais le trop-plein et le marché se casse la figure.
L’observation ne fera pas la Une des grands journaux, trop focalisés aujourd’hui sur d’autres hausses spectaculaires, carburants ou céréales. Pourtant, elle devrait nous inciter à relativiser les commentaires souvent trop lapidaires.
Allez jeter un œil sur « Google ». Listez les facteurs qu’on suppose à l’origine de l’augmentation du prix du blé. Vous verrez qu’on attribue aux biocarburants un effet accélérateur. Comme si la demande avait été boostée dans des proportions aussi importantes, alors qu’en Europe et en Asie, les constructeurs n’y ont introduit que chichement les moteurs flexfuel. Osez dire que ça pourrait être un phénomène non durable et spéculatif, et vous passez pour un ignare. Il y a tellement de corporations qui ont intérêt à plaider pour une hausse durable des cours.
Pourtant, les fabricants de biocarburants s’approvisionnent aussi auprès de l’industrie sucrière (alcool de betterave). L’article de Libé met bien l’accent sur cette contradiction : quelles que soient les explications techniques, la demande de biocarburants n’a pas enrayé la baisse du cours du sucre. Etrange, non ?
Bon, ce que je veux dire ici c’est qu’il faut arrêter de gober n’importe quel discours alarmiste. Contrairement aux énergies fossiles, les produits agricoles constituent une offre renouvelable.
Une variation conjoncturelle d’un cours, ou même une variation de cycle ne doit pas conduire à des révisions stratégiques inconsidérées.
Posté par M.E.L. le 20 novembre 2007 dans
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8 octobre 2007
Fruits et légumes : pas de prix sur les pubs catalogues !

Je fais suite aux remarques concernant la faible activité promotionnelle dans le secteur des fruits et légumes (Cf mon précédent billet du 20/08/07). Beaucoup de consommateurs ont pu constater qu’il n’y avait pas, ou très peu, de publicité sur les fruits et légumes dans les journaux régionaux, et pratiquement jamais de prix sur les catalogues publiés par les enseignes.
J’en donne donc, ici, une explication succincte.
C’est un débat qui avive les relations agriculture/commerce depuis la fin des années 90.
Les syndicats agricoles (représentant des horticulteurs principalement) ont longtemps été hostiles à des publicités de prix dans les catalogues.
Il faut savoir que, compte tenu des délais de fabrication d’un catalogue, le délai entre la conclusion d’un prix…et la commercialisation du produit peut atteindre plusieurs semaines.
Dès lors, le risque existe qu’en période d’augmentation des cours, telle enseigne casse la tendance en proposant un prix très bas et empêche ses fournisseurs de profiter de la hausse.
En 2001, la loi NRE a donc imposé l’interdiction de toute publicité de prix hors lieu de vente, sauf accord de l’interprofession.
Et jusqu’en 2005, ce dispositif a été en vigueur, avec menace de procès à la clé, limitant ainsi les possibilités d’animer le marché.
Les résultats commerciaux furent catastrophiques. Les syndicats agricoles ont commencé à lâcher du lest. En février 2005, la publicité des fruits et légumes frais, hors point de vente, a été autorisée, notamment à la radio, mais toujours sous réserve de respecter les exigences suivantes :
. Accord préalable de l’interprofession sur le prix de vente proposé par le distributeur.
. Il faut que l’offre soit valable 5 jours maximum.
. Diffusion du catalogue 3 jours au plus avant le début de l’offre.
Pour nous, distributeurs, et même pour les producteurs les plus « push-vendeurs », c’était mission impossible, en tout cas, une opération sans intérêt.
1) Vous imaginez bien que nos acheteurs, mais aussi nos fournisseurs, n’ont pas envie de passer l’information à une interprofession où siègent leurs concurrents.
2) De plus, on estime que pour qu’une offre catalogue ne soit pas mensongère, il faut qu’elle soit valable au moins 10 jours, soit deux fois plus que les exigences syndicales. On n’allait pas ramasser les catalogues au bout de 5 jours !!!
Il faut bien reconnaître qu’actuellement, les syndicats et l’interprofession ont mis un peu d’eau dans leur vin. En clair, ils sont plus tolérants et font moins de fixation sur ce problème, surtout quand il s’agit d’écouler de la marchandise en surabondance comme en cette fin d’été.
Il n’en reste pas moins que ce type de réglementation produit des publicités dont on finit par se demander quel est l’intérêt, à l’instar de celle du groupe G20 (catalogue du 26/09 au 6/10). Elle consacre la moitié d’une page à la promotion des chou-fleur, laitue, tomate, poire et autre raisin… Elle ne comporte donc aucune indication de prix. Les consommateurs sont invités à aller en prendre connaissance dans les magasins.
C’est ainsi : la France réussit à classer quelques belles écoles de commerce dans le classement européen des meilleures institutions. Mais dans certains secteurs, on croit manifestement encore, comme dans le sketch célèbre de Fernand Raynaud (« Elles sont belles mes oranges pas chères »), que les consommateurs achètent aveuglément !
Posté par M.E.L. le 8 octobre 2007 dans
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14 septembre 2007
FNSEA / Distribution : Henri Loizeau invite au cessez-le-feu !

Je voudrais dire, sur ce blog, un grand merci à Henri Loizeau, directeur de la rédaction de LSA. Merci pour son appel à la raison (son édito du 13/09/07).
La polémique, je sais faire avec ! Certains diront que j’aime ça. Ce n’est pas vrai. Je n’aime pas ces rapports de force souvent artificiellement mis en scène dans le débat télévisé, pas plus que dans la vie. Le débat d’idées, oui. Les anathèmes, les tirs sous la ceinture, non !
Ras le bol donc des opérations « commandos » lancées du siège de la FNSEA contre les magasins de notre enseigne et ceux de nos concurrents. Certes, les éleveurs, la semaine dernière, n’étaient pas très nombreux (une quarantaine) et leur comportement ne fut pas, cette fois-ci, exagérément agressif. Mais pourquoi devrais-je tolérer, sans broncher, qu’on me désigne personnellement à la vindicte d’une population agricole désemparée par la réforme de la PAC.
C’est sur l’instigation d’agriculteurs du Finistère (fournisseurs et amis, mais oui !) que j’ai réagi aux propos délirants de Jean-Michel Lemétayer sur Europe 1 : «La France a plus besoin de son agriculture et de ses produits que de Michel-Edouard Leclerc et de ses magasins.» A Saint-Brieuc et à Rennes, j’étais montré du doigt, comme un ennemi public. Dans des tracts, dans les médias locaux et dans les magasins, on ne s’est pas privé de vouloir faire pression sur ma personne, officiellement « pour que MEL diminue ses marges », mais, dans les faits, pour que mes adhérents augmentent leurs prix.
C’est minable et contre-productif. Ce genre d’attitude ne peut qu’accroître ma détermination (je ne suis pas Breton pour rien !).
Bruyamment interpellé à Rennes à propos des hypermarchés, le Président de la République a montré son irritation d’être ainsi pris à partie. Il a refusé de rentrer dans cette opposition « industrie-commerce » : « Arrêtez de crier. Il y a trop de pagaille dans l’offre agricole, et la distribution est bien organisée… ». Et faisant allusion au projet de réforme de la loi Galland, il a confirmé sa volonté de traiter les produits agricoles de manière spécifique. Il a plaidé l’équilibre et non l’affrontement : « Face à la distribution, je ne vous laisserai pas seuls, mais je n’oublie pas que les Français ont aussi un problème de pouvoir d’achat ». (Le Figaro et Ouest France du 12/09/07).
Dans son éditorial, Henri Loizeau appelle la FNSEA à cesser la polémique : « Les rapports délicats du monde agricole et de la distribution méritent assurément mieux que l’anathème médiatique permanent qui semble tenir lieu de politique à la FNSEA. »
Un leader syndical peut avoir besoin de « chauffer ses troupes » à la veille de la visite d’un Président. Mais Jean-Michel Lemétayer ne doit pas oublier que les distributeurs sont d’abord des clients avant que d’être une source éventuelle de problèmes. Nous n’avons pas de conflit majeur à ce jour avec nos propres fournisseurs. Nous entrons dans une période de négociations. Nous avons besoin de sérénité et de respect réciproque pour trouver les bons compromis.
Et quel que soit le montant des hausses qui seront négociées, il s’agira pour nous, de toute façon, de les minimiser.
Qu’on nous laisse donc faire notre métier. Il faut que l’on comprenne, rue de la Baume, qu’il est de l’intérêt des agriculteurs de rassurer les consommateurs sur la justification de nos prix, de garder leur confiance.
Toute la cacophonie générée par les appels à la hausse produit les effets inverses.
Je propose donc qu’agriculteurs et distributeurs tiennent un discours commun pour rassurer les clients et leur dire qu’ensemble on fera tout pour que la revalorisation des produits agricoles ne lèse pas le « panier de la ménagère ». Voilà un discours qui serait socialement efficace.
Posté par M.E.L. le 14 septembre 2007 dans
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10 septembre 2007
La FNSEA et les prix : J.M. Lemétayer se trompe de cible
C’est demain à Rennes que Nicolas Sarkozy viendra expliquer sa politique devant les agriculteurs. Il confirmera sans aucun doute sa volonté de réformer la loi Galland et la suppression des marges arrière. Mais pour autant qu’il en recherche un effet bénéfique pour le consommateur, le Président a toujours dit qu’il fallait accompagner cette réforme d’une « réflexion spécifique sur l’agriculture ».
Les choses étant ainsi cadrées, comment interpréter le coup de gueule de Jean-Michel Lemétayer, patron de la FNSEA, sur Europe 1 ce matin.
Certes, il lui faut faire diversion. Si la loi Galland existe (et donc les marges arrière), c’est bien parce que la FNSEA l’a défendue. Comme les grands industriels et certains distributeurs, la FNSEA, depuis dix ans, fait pression sur le gouvernement pour limiter la concurrence par les prix.
J’ai participé à toutes les discussions de travail organisées au Parlement comme dans les ministères depuis 1996. Je peux témoigner que la FNSEA, jusqu’aux accords Sarkozy, plaidait pour que les discounters arrêtent de brader. Christian Jacob, ancien FNSEA, a été un ministre-clé du dispositif. On se rappellera son slogan : « Les prix bas tuent l’emploi ». Tout ce petit monde accusait la distribution de se « goinfrer de marges arrière », mais n’a jamais voulu remettre en cause le dispositif législatif.
Alors, puisque le Président a décidé de s’y attaquer, il faut bien quelques contorsions de langage et un bouc émissaire pour justifier le revirement du syndicat devant ses troupes.
A y regarder de près cependant, les propos de J.M. Lemétayer ont quelque chose de contradictoire. Puisqu’il dénonce les superprofits de la distribution, on aurait imaginé qu’il applaudisse des deux mains la suppression des marges arrière. Et puisqu’il s’agit de faire profiter les agriculteurs de la revalorisation des produits agricoles, on aurait pu imaginer qu’il s’en prenne principalement aux distributeurs les plus chers.
C’est tout le contraire qui se passe. Il a décidé de s’en prendre à ceux qui vendent moins cher (preuve si c’était nécessaire d’un double langage !).
Dans les Côtes d’Armor, les militants sont allés demander à un patron d’Intermarché d’arrêter ses promotions (opération « 2 000 prix moins chers chez ITM dans toute la France »). Et dans des tracts distribués par la FNSEA, mon groupe devient la bête noire.
Je n’irai pas plus loin dans cette polémique inutile. J’invite Jean-Michel Lemétayer à parcourir la dernière livraison du mensuel « Linéaires », journal reconnu pour son expertise dans le domaine alimentaire. Il y lira en pages 20 et 21 que sept années d’inflation séparent E. Leclerc de Monoprix, et qu’il y a, entre E. Leclerc, Intermarché, Auchan, et la queue de peloton, de 5 et 10 % d’écart en moyenne.
Je cite encore : « E. Leclerc reste intouchable au classement des discounters. Il décroche désormais de 15 % le dernier de la classe, Monoprix, dans un contexte clairement déflationniste pour les produits leaders de l’alimentaire ».
Si la FNSEA veut s’en prendre aux marges, qu’elle change de cible. Mais si elle veut que la revalorisation des produits agricoles n’effraie pas les consommateurs, qu’elle laisse faire leur métier aux distributeurs qui ont leur confiance.
Posté par M.E.L. le 10 septembre 2007 dans
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5 septembre 2007
Fruits et légumes, quelles marges chez E. Leclerc ?

Il se dit tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe, tel ce Sénateur (Mr Ferrand) qui, devant d’autres élus UMP cet été, n’hésitait pas à parler de marges de 600 % ( !!!).
Dans le contexte difficile d’une réforme de la PAC à laquelle on les a mal préparés, les problèmes commerciaux que rencontrent les agriculteurs en ce moment justifient qu’on arrête d’entretenir les mauvaises polémiques. J’appelle le syndicalisme agricole à ne pas renouer encore une fois avec les vieux démons qui consistent, comme chaque année depuis 30 ans, à désigner la distribution comme son bouc émissaire.
Souhaitant rectifier une série de déclarations vraiment mensongères sur les marges des hypers, je livre à ceux que cela intéresse les éléments du compte d’exploitation d’un rayon fruits et légumes d’un centre E. Leclerc de la région parisienne.
Le premier tableau présente le compte d’exploitation global du rayon fruits et légumes : on pourra constater que la marge commerciale est inférieure à 25 %. Charges déduites (21,4 %), le résultat courant avant impôts est de 2,95 %.
Bien sûr, entre ce type de magasin urbain et un magasin en province, il peut y avoir des écarts liés au coût de transport ou aux charges salariales. Il n’empêche, ce tableau est tout à fait représentatif des marges moyennes pratiquées sous notre enseigne.
Ensuite, je publie, ici, le détail du compte d’exploitation pour des produits très représentatifs. Il s’agit là de relevés journaliers. Le chef de rayon doit tenir compte de la variation des cours à chaque renouvellement de son approvisionnement. Il ne peut pas toujours en répercuter les hausses vu la pression de la concurrence. Et le jeu des alignements fait que les marges peuvent être positives ou négatives.
On retiendra de cette présentation qu’il peut parfois arriver que la marge commerciale journalière atteigne jusqu’à 40 % sur un article, mais c’est rare. Elle peut aussi, sur d’autres produits, être négative, jusqu’à moins 20 % (cas d’une augmentation de cours ne pouvant être répercutée). Quels que soient les cas de figure, la somme de ces variations se solde par une moyenne qui n’excède pratiquement jamais la marge de 25 % dans un centre E. Leclerc. Et le résultat courant avant impôts et participation oscille autour de 3 %.
C’est bien, c’est positif, ça rapporte de l’argent. Mais franchement, il n’y a pas de quoi crier au feu. Pourrait-on vendre moins cher encore ? Probablement. Mais on voit bien que vu le niveau de marge nette, les gains de productivité en magasin ne permettent pas de chute spectaculaire. C’est éventuellement en amont, dans la logistique qu’on peut encore trouver des gains de marge.
1) Compte d’exploitation fruits et légumes au 31/08/07

2) Décomposition du prix de vente consommateurs pour quelques catégories remarquables de fruits ou de légumes (août 2007)

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2007 dans
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28 mai 2007
Cinéma : « Le Marché de la faim » par Erwin Wagenhofer

…Vu cette semaine « We Feed the World » (le Marché de la faim) d’Erwin Wagenhofer.
Sur un plan purement cinématographique, rien à voir avec le professionnalisme du film d’Al Gore, « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange). Ici, on cultive un côté brouillon, un scénario chancelant, une image peu exigeante, sans doute pour respecter un look « docu militant », à l’instar du film « Le Cauchemar de Darwin » (Cf. la note du 21/06/05).
Sur le fond, les questions sont pertinentes et certains arguments font mouche.
Dommage que le lecteur soit obligé de rester « sur sa faim » (sic). EW flingue les trusts de l’agrobusiness, charge les multinationales (ça ne mange pas de pain, re-sic !). On a le droit au recensement de toutes les critiques contre l’hyper productivisme industriel et les excès du libéralisme. Faute de tenter l’ébauche de quelques solutions, le film est finalement assez frustrant.
1) Le scandale de la faim !
On pourrait synthétiser comme suit l’argument du film :
a) « L’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus » (J. Ziegler). Tous les moyens existent pour nourrir les populations démunies. De ce fait, « tout enfant qui meurt actuellement de faim est en réalité assassiné ». La phrase peut choquer. Elle me semble juste : il y a bien aujourd’hui « non assistance à personnes en danger ».
b) Comment en est-on arrivé là ? Par la guerre, la guerre économique que se livrent les riches nations. Elles ont choisi de produire toujours plus et au-delà de leurs besoins nationaux. Pour vendre à l’extérieur, pour gagner des devises. (L’arme alimentaire !)
L’amélioration de la productivité, mais aussi la course aux subventions…ont contribué à faire baisser les prix sur les marchés mondiaux et jusque dans les pays sous-développés. Ce qui rend impossible, dit EW, l’éclosion d’une agriculture locale, vivrière, faute qu’elle soit suffisamment rémunératrice.
c) La thèse n’est pas nouvelle. C’est celle de la plupart des ONG. Elle trouve un écho favorable dans le mouvement altermondialiste (jusqu’à José Bové, en France). Mais paradoxalement aussi, auprès des libéraux pour qui les subventions américaines ou européennes altèrent le fonctionnement du libre marché.
2) Les dégâts sociaux et écologiques à l’échelle planétaire
Le film a le mérite de présenter une critique globale et de l’illustrer.
- Critique des dégâts sociaux issus de l’hyper spécialisation agricole : on voit notamment des fils d’agriculteurs qui ont quitté leur Maghreb ou leur Centrafrique. Ils viennent travailler pour des producteurs de tomates du Sud de l’Espagne. Situation d'autant plus paradoxale que pour un même salaire, ils pourraient exercer chez eux le même métier, avec le statut de propriétaire.
- Focus sur les conséquences écologiques de ces choix alimentaires, telle la destruction de la forêt primitive (ici amazonienne, mais le cas est patent aussi en Indonésie ou en Afrique) pour laisser place à des productions plus rentables (l’huile de palme, par exemple).
- Evocation, enfin, des problèmes de qualité et la perte du goût liés à des modes de production hyper industriels (de la culture sous serres et hors sol aux OGM !). (Mais là, pour le coup, le sujet n’a plus vraiment de lien avec la démonstration principale sur la faim dans le monde).
On peut chipoter sur certaines affirmations, mais l’analyse globale « tient la route ». En tout cas, les spectateurs sortent de ce film convaincus des perversités, et surtout de l’injustice du système de répartition de la nourriture dans le monde.
3) Les limites du film
Le problème avec ce genre de documentaire militant, c’est le manichéisme. C’est aussi une forme de manipulation qui joue avec l’émotion du spectateur. Et c’est au final la frustration d’avoir adhéré à une analyse sans que ne nous soit proposée aucune alternative concrète, en tout cas à la mesure du drame qu’on a mis en scène.
a) Trop de manichéisme
Le film est construit autour des interventions de Jean Ziegler, rapporteur à l’ONU sur les questions alimentaires. Il est, sans conteste, un bon expert. Mail il est aussi un homme politique engagé à gauche (en Suisse). Quand il dit que ce film « est extraordinaire par son refus de l’émotionnel, un film purement analytique ». Ce n’est pas vrai. Exemples :
- Les témoins à charge sont systématiquement valorisés. Ils ont forcément raison (personne ne les contredit). Quant aux accusés (les dirigeants de Pioneer, Nestlé, les géants du food business), ils sont désignés coupables par avance et très peu interrogés. Si ce n’est ce pauvre Brabeck (PDG de Nestlé), piégé par un habile montage, caricatural dans son éloge d’un libéralisme qu’il ne pratique même pas lui-même. Tout entier à faire le panégyrique du Marché, il n’oppose à la famine qu’un discours surréaliste sur la nécessité de faire de l’eau une marchandise !
- Le film n’aborde pas la responsabilité des Etats, dont les carences en matière d’aide internationale sont pourtant flagrantes, dont les choix à l’OMC sont pourtant critiquables, et dont les pratiques commerciales perturbent le marché. EW fait l’impasse sur tous les facteurs géopolitiques de la malnutrition (au Darfour, dans la ceinture sahélienne, en Asie, etc.).
- Pas plus, EW ne dénonce l’idéologie de tous ces régimes politiques, héritiers des modèles communiste ou tiers-mondiste (cubain, algérien, coréen et vietnamien du Nord, chinois, mozambiquien, etc.) dont la corruption et les faillites ont conduit les peuples à la misère…sans qu’il n’y ait évidemment besoin d’invoquer, ici, les multinationales !
b) L’émotion plus que l’argument
Il y a des procédés qui « médiatiquement » fonctionnent toujours bien pour susciter l’adhésion ou l’empathie…mais qui, moi, me révoltent ! Une longue visite d’abattoir, des milliers de volailles électrocutées, décapitées, sur fond d’émulsions sanguines ? Qui n’en sort pas écoeuré, convaincu que nous avons là une métaphore exceptionnelle « des excès auxquels conduit le productivisme ». Et tout ça pour prouver que le bio c’est mieux ? Que small is beautiful ? Allons ! Plantez donc une caméra devant la mine réjouie d’agriculteurs qui saignent le cochon en famille, ça produira le même effet. Filmez encore tous ces moutons égorgés en plein air, le jour de l’Aïd, et vous verrez que le plus inoffensif des croyants aura l’air de participer à un délire collectif trash, plus gore encore que celui de nos abattoirs aseptisés ! Franchement, le procédé ne saurait tenir lieu d’argument.
Moins spectaculaire, mais tout aussi perverse : l’opposition systématique entre les petits (bons) et les gros (mauvais). OK pour dire que la pêche industrielle fait plus de dégâts que la pêche artisanale. Mais la pêche artisanale non plus n’a pas su gérer ses ressources. C’est bien parce qu’il n’y a plus assez de poissons nobles sur nos côtes qu’aujourd’hui, on est obligé d’aller « à perpète » chercher les poissons des grands fonds. L’artisanat ne constitue plus une alternative à l’industrie. Même si on ressemait de la sole et du turbot en baie de Somme ou au large de Penmarch, je doute qu’il en « pousse » suffisamment pour satisfaire le marché. Et comme les écologistes sont aussi contre les élevages !!!
c) Un goût de frustration
C’est au final ce que j’ai ressenti en quittant l’une des rares petites salles qui projetait le film. EW reste en posture contestatrice mais n’aborde pas la question des politiques alternatives.
- Ziegler explique que sur le marché de Dakar, le prix bas des légumes européens subventionnés empêche l’émergence d’un marché local mieux rémunéré. Mais supposons qu’on supprime nos subventions à l’export, les produits locaux seraient donc plus chers. Question toute bête : qui aura les moyens de les acheter ? Peut-on développer un marché théoriquement plus rémunérateur pour les agriculteurs sénégalais « alors que le pouvoir d’achat local fait défaut » ? Pas évident du tout !
On peut multiplier les exemples et les questions de ce type. C’est vraiment la limite du film et d’un discours trop simpliste.
- Plus surprenant, EW ne tente pas de brosser le schéma concret d’une nouvelle régulation des marchés. Quel rôle pour l’OMC, comment introduire les clauses sociales dans les négociations en cours ? Suppression des subventions ou réaffectation vers les systèmes de production dans les pays sous-développés ? Quels mécanismes de contrôle ? En fait, trop préoccupé à dénoncer les seules multinationales, EW reste prisonnier de son parti pris.
- Du coup aussi, EW n’a d’autre solution que de culpabiliser les consommateurs en leur suggérant de boycotter (comme le font quelques associations italiennes) certaines grandes marques ou de modifier leur comportement (ne pas manger des fruits hors saison, acheter bio et éthique). Mais il fait l’impasse sur toutes ces initiatives actuellement en germination partout dans le monde. Le microcrédit, bien sûr, qui soutient tant de projets au Bengladesh, en Inde, et désormais en Afrique australe. Et le commerce équitable, grand absent du film. Et alors, là, on ne comprend pas vraiment pas pourquoi.
J’ai été trop long. Il y aurait encore beaucoup à dire. En fait, c’est le mérite du film. Même « mal ficelé », il relance le débat. C’est tant mieux !
Posté par M.E.L. le 28 mai 2007 dans
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4 janvier 2007
« Cochon de Bretagne » : Les éleveurs se payent une bonne tranche d’humour

Certains d’entre eux n’avaient pas trop aimé que, dans ma note éditoriale, je me fusse appesanti sur les pollutions aux nitrates. Mais de l’irritation à l’humour, il n’y a qu’un pas. Et Daniel Picart, Président de l’équipe « Cochon de Bretagne » a su le franchir.
Désormais adeptes d’une « communication positive », les éleveurs bretons, et notamment ceux de la presqu’île de Crozon, ont décidé qu’en ce début 2007, il fallait savoir se taper sur les côtes.
Ne vous y trompez pas : c’est du sérieux. Ces éleveurs-là n’ont jamais eu peur de la mondialisation. Depuis longtemps, les Bretons ferraillent avec les importations de porcs chinois, hollandais ou polonais. En chefs d’entreprise (investissements lourds), ils savent ce qu’est une stratégie industrielle : valoriser toujours plus la matière première, la transformer, créer de nouveaux produits. Ils s’initient depuis quelque temps aux joies du marketing et cherchent désormais à identifier plus clairement leurs produits.
Sous le label « Cochon de Bretagne », ils veulent « aller de l’avant avec panache ». Concrètement, cela implique de réviser à la hausse tous les cahiers des charges en termes de qualité et de sécurité, animer les ventes en magasin, fidéliser la distribution, « surprendre les clients grâce à des thématiques d’opérations innovantes ».
Ils sont allés chercher le soutien de notre incontournable Jean-Pierre Koff qui, non seulement s’est pris au jeu, mais plus encore devient intarissable sur l’élevage d’un cochon qui « ne se bouffe plus, mais qui se mange ».
Les voilà devenus accros à la com. Ces éleveurs-là, vous disais-je, ont préféré l’humour à l’usage de la fourche (un petit miracle culturel pour une profession souvent tentée par les actions « coup de poing »).

C’est au talent de Malo Louarn, édité par « Terre de Presqu’île », qu’ils ont eu recours. Dans un collector qui rassemble le travail hebdomadaire du dessinateur pour la revue agricole « Paysan Breton », nos éleveurs ont décidé de présenter à tous leurs fournisseurs et leurs clients un nouveau produit sous la forme d’un antidépresseur : le rire agricole. Ca donne une BD décoiffante (il nous en reste encore quelques-unes en pays bigouden ou en Centre-Bretagne).
Je ne résiste pas à vous en servir quelques illustrations : la grande distribution, la Commission Européenne, l’INRA, et même le syndicalisme agricole…prennent quelques coups. Mais dit comme cela, ce sont comme des caresses et on aime bien. Au passage, vous remarquerez que nos Bécassine ont pris des airs de fermières top-modèles. Si, si, dans l’Ouest, on en a des comme ça !!!

Amis du bout du monde, bravo. Ca, c’est de la bonne com.

A tous les cochons de Bretagne (et l’on a coutume de dire, chez nous, qu’en chaque homme sommeille un cochon), j’envoie le plus chaleureux des bloavez mad (pour les ignares, ne pas confondre avec les traou mad qui, elles, ne tiennent pas l’année tant c’est bon).

Posté par M.E.L. le 4 janvier 2007 dans
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9 octobre 2006
Vins français : Pour ou contre les copeaux de bois ?

Cette histoire peut faire grand bruit. Peut-être moins sur le fond du problème (vin naturel ou vin cuisiné ?) que sur le tournant qu’il représente : la fin d’une image un peu trop allégorique, l’industrialisation d’un produit jusqu’ici vendu sur un mode « artisanal ».
Personnellement, je crie casse-cou. Il me semble qu’à vouloir trop en faire, et tout faire, face à la crise viticole, certains producteurs finissent par scier…le bois qui, malgré tout, constitue les racines d’une viticulture proposant…sa différence, et porte encore les fruits de sa notoriété mondiale !
Problème de coût ou problème de goût ?
Bruxelles vient d’accepter que pour accélérer « l’effet de vieillissement des vins de pays », les viticulteurs puissent avoir recours à l’imprégnation de copeaux de bois dans les cuves. Pas n’importe lesquels. L’étiquetage devra justifier l’origine des espèces botaniques du chêne en décoction, en l’occurrence du quercus, arbre habituellement utilisé pour fabriquer les tonneaux.
L’objectif ? Obtenir ce goût de bois dont on nous dit qu’il imprègne les plus belles réussites, les plus beaux flacons commercialisés par nombre de producteurs du « Nouveau Monde ». Et tout cela à moindre frais. La technique est peu coûteuse, dix à vingt fois moins chère que le vieillissement en barrique pour un bon cru.
La polémique et ses protagonistes
Le syndicat des vins de pays soutient que cette mesure est primordiale pour pouvoir lutter contre la concurrence des nouvelles zones de production qui, de la Nouvelle Zélande au Chili, en passant par la route des vins sud-africaine, usent et abusent de cette technique.
Les zélateurs du copeau estiment pouvoir, par cette méthode, s’aligner en terme de prix sur la concurrence de ces vins « au goût international » qui saperaient les positions françaises à l’export.
Mais si, en apparence, le monde agricole se félicite du décret bruxellois, les premières moues, à défaut de crier au vinaigre, dénoncent, dans ces futurs moûts, un faux miracle de la transmutation : « si vous mettez des copeaux dans du vin, ce n’est plus du vin, ça devient de la tisane. Que des gens aiment ça, je n’ai rien contre, mais ça n’est pas ma tasse de thé ! », dit, non sans humour, Hubert de Montille, viticulteur à Volnay (Le Parisien, 9/10/2006). Et de fait, rien ne dit que les amateurs de vins français ne restent perplexes devant l’aveu de telles pratiques.
Plus de questions que de certitudes
Je comprends qu’en pleine période de crise (baisse des débouchés et des prix), tout un monde viticole s’accroche à ce type de mesure, et qu’alors où le coca cola côtoie aussi facilement le grand cru sur les tables, il faut savoir lever les tabous. Le monde du vin n’est pas un musée. Et, comme le dit ce viticulteur à Fronsac (Le Parisien, idem), les puristes ne cotiseront pas aux pertes d’exploitation.
Mais tout de même, n’est-on pas en train de « jeter le bébé avec l’eau du bain », et après avoir dénoncé la dictature du « goût international » trop facilement attribué au seul Robert Parker (auteur du célèbre guide et œnologue trop vite flingué par le film de Jonathan Nossiter, « Mondovino ») et revendiqué la diversité de nos terroirs, fallait-il orchestrer cette trahison par rapport à ceux qui ont justement investi dans « leur différence ».
Je me pose tout simplement les questions suivantes :
1) Jusqu’à quel point les arguments mis en avant par le lobby des copeaux sont-ils pertinents : quelle part de vins étrangers procèdent vraiment de la sorte ? Peut-on décemment attribuer le succès des vins chiliens, espagnols, italiens ou même californiens à la recherche de ce « goût boisé international ».
2) A supposer que cela soit vérifié, comment mettre en scène, dans nos rayons, la communication de ces vins dont on nous dit qu’ils sont d’abord destinés à l’export, et la faire cohabiter avec toutes les autres bouteilles dont les étiquettes continueront de se revendiquer de la typicité du terroir ?
3) Ces questions qui concernent le fond du problème, rejoignent des préoccupations plus formelles dont la mise en œuvre risque encore plus de brouiller la lisibilité de l’offre proposée aux consommateurs.
On nous dit que l’opération sera encadrée. L’étiquetage des bouteilles sera balisé. On nous dit surtout que l’opération est destinée aux producteurs de vins de pays.
Mais on nous dit aussi qu’elle pourra être étendue « expérimentalement » à des producteurs de zone AOC, de Bordeaux, de Touraine ou du Beaujolais. Comment cette cohabitation va-t-elle être gérée ? Une image chassant l’autre, qu’en pensent vraiment les viticulteurs qui ont « tiré leur vignoble vers le haut » à coups d’investissements, d’endettement et d’exigences qualitatives.
Le bon marketing, ça ne sera jamais efficace sur de la daube
Je suis plutôt fine gueule, mais pas naïf. La bonne cuisine est souvent faite de quelque alchimie mélangeant bien des ingrédients pour obtenir les goûts, les couleurs, les saveurs que parfois des artifices viennent rehausser. Parmi ceux-ci…des possibilités de chaptalisation modérée, d’assemblage de cépages dans des proportions infinitésimales…
Je comprends qu’on ne puisse pas produire des vins uniquement pour les élites. Mais je ne peux m’empêcher d’adhérer aux propos de Montille : « Depuis plus de 150 ans, on plante des vignes sur des terres qui n’étaient pas faites pour ça. Alors on aura beau ajouter des copeaux…ça ne fera jamais un bon vin ». Vrai problème de concurrence avec les vins étrangers, solution risquée que de les singer.
Comme je l’ai déjà développé ici (Cf. ma note du 31/07/06), les problèmes de notre viticulture sont réels, mais il n’y a pas de fatalité de la crise. Les actions correctrices sont connues : réduction des zones de production et arrachage (en cours) des vignes trop productives et peu qualitatives. Rénovation du « marketing de l’étiquette » en respectant la diversité de l’offre, mais en se focalisant sur la fourniture d’une information consommateur plus adaptée à des demandes d’usage, à des demandes de goût. Avec indication du cépage et ses caractéristiques.
Le risque, dans l’affaire des copeaux, c’est qu’on ne retienne que « l’écume » des choses. Que cet ersatz de politique, souhaité par les uns, sabote les efforts des autres et jette le trouble sur l’ensemble de la production.
Qu’en pensent les amateurs ?
Posté par M.E.L. le 9 octobre 2006 dans
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1 septembre 2006
Curiosité : un manga pour découvrir le vin

C’est Jacques Dupont (Le Point) qui, lors d’un déjeuner cet été, l’a malicieusement posé devant moi. Je connais depuis longtemps le culte qu’il voue à Bacchus et à ses zélateurs. Il sait mon intérêt pour la bande dessinée d’auteur. Ce petit livre réunit nos deux passions.
Oui, c’est un manga. En fait, le premier d’une série consacrée au vin, à l’édification œnologique des lecteurs japonais. Une curiosité vue d’ici, un engouement à Tokyo et même jusqu’à Séoul !
Cela fait déjà plus de dix ans que « Sommelier » a été publié au Japon. Les éditions Jacques Glénat ont décidé de nous le faire découvrir. Araki Joh, l’écrivain et scénariste, a, depuis, complété la collection avec deux titres célèbres « là-bas » : Shun no wine et Kabu market.
Rien de bien folichon dans l’écriture. Je dirais même que l’histoire démarre avec des semelles de plomb. Prendre comme « argument » la vie et les frasques d’un Casanova esthète, habité par la mémoire des flacons, et de surcroît tombeur de luxueuses midinettes (toutes un peu connes, il faut le dire), voilà qui pouvait offrir une jolie trame. Il paraît que les femmes japonaises raffolent du genre…et du héros. En tout cas, Joe Satake (c’est lui) est beau, sublimé par le talent de Shinobu Kaitani (prix Tezuka 1991 pour Mou hitori no boku, « Mon double »). Un très bon dessinateur de mangas, sans aspérité comme il se doit, maître dans ce genre un peu froid, friand de compositions très classiques et posées, excellent pour vanter les mérites aristocratiques du vin.

Car le but, c’est la pédagogie. Mettre en scène des histoires de bouteilles à travers des énigmes, des reportages. Le héros distille ses informations sur les crus, les cépages, les vignobles du monde. Non sans parfois tenir le lecteur en haleine. Rappelons que l’ouvrage bénéficie des conseils avisés d’un des meilleurs œnologues japonais, Ken-Ichi Hori (ah bon, vous ne connaissiez pas ?).
Vu du Médoc ou des Côtes de Provence (j’y suis présentement), tout ceci nous a un petit air exotique, fort sympa. Jacques Dupont m’a dit qu’en Asie, beaucoup de lecteurs se rendaient directement dans les wine bars pour réclamer la dégustation de tel flacon mentionné dans ces historiettes.
Alors, à moi aussi ça donne des idées. Je vais mettre en scène, sur mon blog, quelques découvertes et coups de cœur. J’essaierai d’y mettre quelques broderies pour envelopper les dives bouteilles. Et qui sait si, comme pour Joe Satake, tomberont les filles… !!!
Posté par M.E.L. le 1 septembre 2006 dans
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31 juillet 2006
Les viticulteurs en colère : la crise du vin n’est pas inéluctable !

Si l’on en croit Christian Paly, Président de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux de vie en AOC (CNAOC), « La crise que traverse aujourd’hui la viticulture française est la plus grave depuis trente ans, car elle n’est plus seulement conjoncturelle mais structurelle ». (La Tribune, 05/05/06). Tous les acteurs de la filière sont aux abois. Depuis les producteurs des Côtes du Rhône qui n’ont pas hésité à réduire de 20 % leur production en 2005, jusqu’à la Commission Européenne, d’abord critiquée par le gouvernement français, mais finalement engagée dans un plan drastique d’arrachage et de réorientation des productions.
J’ai la chance de pouvoir disposer d’un observatoire exceptionnel pour apprécier l’ampleur des dégâts. Notre enseigne commercialise près de 230 millions de bouteilles (plus de 180 millions de litres). Depuis plusieurs années, elle fait la course en tête avec 15,3 % de part de marché en France (14,1 % en valeur). Initiateurs des foires aux vins (15 % du CA annuel), nos adhérents engrangent des progressions annuelles de 3 à 4 %.
Qu’avons-nous constaté ? Une mutation importante de la demande : des changements de comportement, des attentes nouvelles, des rythmes d’achats qui, à eux seuls, confirment l’inadaptation de toute une partie de l’offre de vins fins dans notre pays. Nos cavistes, nos adhérents en charge de la politique d’achats considèrent tous, comme Jean-Luc Roché, adhérent à Loches et chef d’orchestre de nos mises en marché, « qu’il n’y a pas de fatalité de la crise, mais une urgente nécessité de revoir le modèle de commercialisation ». Avec deux impératifs : renforcer la qualité (trop disparate, y compris sur une même ère d’appellation) et les « signes » de qualité (ce qui est affaire de marketing).
1) Actions à mener sur le marché domestique
A lire les gazettes professionnelles, la crise viticole « c’est la faute à la loi Evin ! ». Et c’est aussi « la faute à la concurrence des vins étrangers ». Pfuitt… ! Un zeste de vrai, un gros air de faux alibi.
- Malgré la loi Evin, qu’on se le dise, la France reste le premier pays consommateur de vins dans le monde : 33 millions d’hectolitres consommés par 40 millions d’adultes. Même les Italiens qui en veulent à notre réputation de meilleurs amants, meilleurs footballeurs, font nettement moins bien. Les Français boivent 55 litres par an contre 51, les Italiens, 34, les Espagnols, 18, les Anglais et…6,1 par Russe (mais là, faut-il croire les statistiques !). La loi Evin est évidemment critiquable en ce qu’elle empêche d’optimiser la communication du vin et sa promotion, mais elle n’a pas eu d’effet sensible sur les débits !
- Les vins du Nouveau Monde ? Ils pointent effectivement leur nez. Normal. Il y a du bon sur le marché. Du chilien, du californien, du néo-zélandais, du sud-africain, de l’australien. Mais si l’on trouve de tout à la grande épicerie du Bon Marché, ces vins ne représentent pas encore 3 % des ventes des hypers. 5 à 7 % si l’on y inclut ceux de la vieille Europe, italiens et espagnols… Alibi, vous dis-je !
En réalité, c’est le consommateur qui change. Les buveurs (que, pour faire le délicat, on appelle « amateurs ») ne représentent plus que 60 % de la population française contre 70 % au début des années 90. Mais ils veulent boire moins, ils veulent du mieux, et c’est très bien.
Le vin est de moins en moins associé au pain quotidien. Les Français veulent acheter des « vins plaisir ». Se faire plaisir ! La nouvelle génération ne se sent pas obligée de singer les mandarins de la treille. Les jeunes achètent des guides, parlent en experts, mais ils aiment découvrir, pas forcément afficher un statut social derrière une étiquette supposée « en jeter ». Les femmes, surtout, sont devenues préconisatrices. Elles sont insensibles au discours pseudo-viril d’une viticulture sans poésie, tout en tanin, tout en cuisse, et en puissance. Elles recherchent des accords de mets. Chez elles, l’Utile et la fête créent de nouvelles attentes.
Du coup, force est de constater que le marketing du vin est inadapté. Les étiquettes ne parlent pas. Les vins, chez les cavistes comme dans l’hyper, sont classés par région, par domaine. Un peu comme si le libraire classait les livres par éditeur plus que par genre ou par thème.
Depuis une dizaine d’années, les hypers, notre enseigne en tête, ont investi sur le « conseil ». Sommeliers, œnologues animent les foires aux vins ou les rayons principaux, guides et catalogues sont légion.
Mais c’est à la source qu’il faut revoir le marketing du produit. Faire parler les étiquettes, c’est dire le goût, les associations de saveurs, décrire les caractéristiques des cépages et des terroirs. A l’occasion, travailler l’association des cépages ! Inutile de dire que ce n’est pas dans la culture française.
Les nouveaux gourous veulent tout casser. Ils ont tort ! La vieille clientèle veut et a besoin de garder ses repères. Mais il faut ouvrir l’éventail des modes de communication et ouvrir nos linéaires aux « vins de marque ». Une chance d’ailleurs pour nos vins de pays qui ont bien du mal, malgré leur qualité, à trouver leur place aux côtés des AOC !
2) Actions sur le marché international
L’euro est fort. Nos vins sont donc 20 % plus chers depuis trois ans. Les viticulteurs n’y peuvent rien. Enfin, je veux dire la plupart des viticulteurs ! Quand je vois certains grands crus bordelais augmenter de 20 à 30 % les tarifs en primeurs, je me dis, tant pis pour eux s’ils sont aussi aveugles !
Mais sur le fond, indépendamment de cette conjoncture qui leur échappe, le problème est le même que celui du marché domestique. En plus urgent, vu les initiatives de nos concurrents sur les marchés export. Avec, en prime, la nécessité de revoir nos circuits commerciaux.
- Sur les marchés asiatique, anglo-saxon et même hispanisant, c’est l’indication de cépage qui déclenche l’achat. Repère fixe, repère international, repère automatique qui justifie qu’on n’est pas obligé d’être licencié en géographie pour savoir où se situe telles côtes du bordelais, telle appellation bourguignonne, tel domaine dont l’étiquette ne décrit de toute façon pas les caractéristiques gustatives.
- C’est dans cette démarche que s’est engagé Chamarré qui regroupe à l’export six grosses coopératives viticoles du Languedoc, du Bordelais, de la Loire, du Gers et de la Corse. Une initiative qui se concentre sur la demande grand public et va rechercher le même succès qu’a su engranger Mouton Cadet à un niveau de prix plus élevé.
- Le grand public ! Voilà bien une notion que nos Chartrons devront réintégrer dans leur vocabulaire. Quand on fréquente, comme moi, les restaurants du bout du monde, on ne peut être qu’interloqué. Les vins français, c’est pour les cartes de « La Grenouille » à New York ou pour « Le Mandarin » à Hong Kong. Avec des prix qui allègrement se baladent entre 60 et 200 euros la bouteille ! Mais sur les cartes des gargotes, des petits bistros ou des chaînes franchisées de la planète, celles qui rassemblent la majorité des buveurs à conquérir, on trouve surtout des vins espagnols, italiens, chiliens. Peu de « bons petits vins bien de chez nous ». Voilà ce qu’il faut changer : partir à la conquête de nouveaux réseaux commerciaux, avec des produits adaptés à cette clientèle.
Ne me dites pas qu’il s’agit de faire la révolution ! Celle des mentalités ? Oui, certainement. Mais pour un tel plan d’actions, point n’est besoin de tenir des discours excessivement iconoclastes sur le système de production. C’est de marketing qu’il faut parler, de rapport qualité-prix, d’étiquette… bref de commerce !
Forcément, je suis ici un peu lapidaire. Mais parlons-en. Le sujet est passionnant. J’aimerais bien que sur ce blog, on essaie positivement de travailler sur ce sujet.
Posté par M.E.L. le 31 juillet 2006 dans
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13 juin 2006
U.E.-biologique : un label pour les produits bio européens, mais pas au rabais !

Querelle idéologique, corporatiste, ou débat d’utilité publique ? La question de la création d’un label européen pour les produits bio agite la mouvance écologiste, mais aussi les entreprises agroalimentaires et les syndicats agricoles français. C’est en principe, en fin d’année, que la décision sera prise. En fait, elle est pratiquement entérinée. La seule question officiellement en suspens : le label sera-t-il obligatoire ou non ?
Mais sous le boisseau, couve une vraie problématique, celle de l’industrialisation de ce mode de production, historiquement associé au modèle de la petite entreprise (du moins dans l’hexagone) alors que le bio devient, fort de son succès (et de ses marges !), un enjeu pour les grandes entreprises agroalimentaires.
L’enjeu : l’industrialisation du marché bio
Depuis une réglementation qui date (déjà) de 1991, l’U.E. a laissé les professionnels organiser le marché autour de chartes nationales plus ou moins contraignantes. En France, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) a toujours préconisé une politique de rigueur et n’a jamais hésité à faire le ménage en son sein. Avec les fédérations espagnoles et italiennes, nos agriculteurs bio font pression pour que la Commission défende une position dure : cahier des charges restrictif, label obligatoire.
L’enjeu est d’importance.
En Suisse, en Allemagne ou dans les pays nordiques, le secteur s’est fortement adapté à l’accroissement du marché et à son industrialisation. Dans ces pays, à l’instar de ce qui se passe sur le marché du commerce équitable, la grande distribution joue un rôle moteur (Cf. ma note sur les Coop Suisse). Les marques d’enseigne (MDD) sont perçues comme co-garantes de la qualité bio. Dans la production ou la distribution, bio et marketing font bon ménage.
En France, le bio a longtemps été l’apanage d’un secteur artisanal très atomisé. Le label était même devenu la marque d’une ruralité revendiquée par des producteurs qui en ont fait une arme face aux excès du productivisme agroalimentaire.
Mais désormais, les grands de l’agroalimentaire y investissent (produits laitiers, volaille, confiture, biscuiterie). Danone, Nestlé veulent devenir leaders. Un même schéma d’évolution, donc, que dans l’Europe du Nord.
Et si le marché hexagonal stagne conjoncturellement, du fait de sa cherté, les perspectives d’échanges intracommunautaires vont de plus en plus faire la part belle aux produits de nos voisins.
Le risque d’un label au rabais
Pour ma part, je ne suis pas opposé à ce qu’on rende obligatoire un même label dans l’U.E.. Les consommateurs n’en exprimaient pas encore vraiment le besoin. Les labels actuels que l’on trouve sur le marché français, sont tout à fait pertinents tant du point de vue de leurs engagements que de leur lisibilité. Mais si l’on met en perspective le doublement ou le triplement du marché, autant devancer les problèmes et harmoniser les sigles.
Mais je suis entièrement d’accord avec les exigences émises par certaines fédérations françaises (dont Inter Bio Bretagne) qui craignent un texte qui ne retiendrait du cahier des charges bio européen que les plus petits éléments communs dénominateurs.
Faut-il, comme elles le souhaitent, exiger de descendre encore le seuil fixant la présence des OGM à 0,9 % de la composition d’un produit ? Pourquoi pas. (De toute façon, cette disposition n’aura d’efficacité que si on arrive à contenir et à marginaliser les cultures OGM. A défaut, je ne vois pas comment on pourra empêcher les pollinisations croisées. Et que restera-t-il des possibilités de produire bio dans ce cas-là ?).
Mais en tout état de cause, il serait stupide que la Commission Européenne retienne, contre l’avis de la FNAB et d’Inter Bio, un texte qui autoriserait l’usage de pesticides chimiques et l’assemblage (dans les plats préparés, par exemple) de produits non issus de l’agriculture biologique.
On peut être fana du bio ou pas. On peut, ou non, revendiquer, label bio au poing, une démarche plus politique. Mais même si l’on s’en tient à la simple rationalité économique, l’intérêt de rendre obligatoire un label bio, c’est d’en assurer la capacité différenciante par rapport à un marché normalisé. Les consommateurs, pas plus d’ailleurs que les acteurs économiques, n’auraient intérêt à ce que l’on brade le label bio.
Posté par M.E.L. le 13 juin 2006 dans
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9 mars 2006
Grippe aviaire : E. Leclerc et la distribution s’organisent

Il ne se passe pas une journée sans qu’un journaliste ne vienne m’interroger sur l’organisation des centres E. Leclerc face à la menace de grippe aviaire et aux conséquences sanitaires et commerciales. Sur ce sujet, je communique peu. La psychose créée par la surmédiatisation peut être contreproductive. Nous avons vécu cela pendant l’affaire de l’ESB. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Et à ceux qui contesteraient ce choix, je rappellerai qu’à ce jour, la vente de viande rouge est en progression constante, malgré les cinq derniers cas français d’ESB… Explication : les médias, focalisés sur la grippe aviaire, n’ont pas fait leurs gros titres sur l’abattage des troupeaux.
E. Leclerc, comme les autres enseignes, est mobilisée depuis plusieurs mois. Pour parer aux conséquences sanitaires de l’épizootie, pour prévenir et gérer un risque éventuel de pandémie, et pour aider commercialement la filière avicole.
1) Toute la distribution en veille active
a) Depuis octobre 2004, le gouvernement organise des réunions avec les professionnels. E. Leclerc y est conviée. Notre activité est considérée comme essentielle et prioritaire en cas de crise : qu’il s’agisse de procéder à des retraits, de rappeler des produits, de multiplier les prélèvements, d’organiser la traçabilité…ou qu’il s’agisse encore de répondre à des ordres de réquisition pour approvisionner les forces d’urgence (hôpitaux, police…) ou une partie de la population qui aurait été confinée en cas de pandémie.
C’est Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, qui est le délégué interministériel chargé de coordonner les actions des ministères. En première ligne : Bercy, l’Intérieur, la Santé, l’Agriculture. Les réunions sont fréquentes. Avec nos collègues de la FCD, nous sommes informés sur l’ensemble des travaux et participons à l’élaboration de plusieurs scénarios de crise.
b) D’autre part (toujours avec les groupes de travail de la FCD), nous avons établi un calendrier de réunions avec la filière avicole, et plus généralement avec toute l’industrie des PGC (ANIA, ILEC…), ne serait-ce que pour parer à tout problème d’approvisionnement.
c) L’ensemble de ces réunions sont réputées s’inscrire dans le « Plan gouvernemental de prévention et de lutte « Pandémie grippale », actualisé en janvier 2006, et disponible en ligne sur www.grippeaviaire.gouv.fr.
2) Dans l’enseigne E. Leclerc :
a) Le risque de pandémie reste extrêmement faible en France. Même si déjà pointent des polémiques sur le dispositif gouvernemental (on n’y coupera pas, surtout à l’aune des élections de 2007 !), tout laisse à penser que les mesures sanitaires se révèlent efficaces. Il faut faire comme si la pandémie était possible, s’y préparer, mais sincèrement, nous avons quand même un peu de temps pour étoffer le dispositif.
Dans tous les cas, nous savons que nous pouvons être réquisitionnés. Les scénarios existent. C’est un des chantiers sur lesquels nous planchons.
b) Un groupe de travail réunissant ou pouvant faire appel à tous types de compétences a été constitué, directement rattaché au comité stratégique de l’enseigne. J’en ai confié la responsabilité nationale à des hommes qui ont déjà été en première ligne pour traiter l’affaire des steaks hachés, cet automne (dont B. Bornancin, adhérent à Mont-de-Marsan que certains se rappelleront avoir vu en œuvre à la TV, puisqu’il gérait, dans le Sud-Ouest, une cellule de rappel des clients contactés grâce à leur carte de fidélité). Il y a aussi des adhérents qui, acheteurs, connaissent bien le secteur volaille et les éleveurs ; des adhérents déjà engagés dans la commission chargée des contrôles de qualité, Yves Boisard, notre consultant vétérinaire, et deux de mes principaux collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï, coordinateur qualité, et Philippe Séligmann, communication.
Ce groupe de travail suit les dossiers suivants :
- Précaution : Relations avec les fournisseurs ; gestion de l’information ; contrat qualité, opération de retrait éventuel, rappel…
- Protection du personnel des magasins : achat, répartition, élaboration de scénarios d’intervention (masques, équipements spéciaux, mesures d’hygiène).
- Relations avec les autorités sanitaires (Direction de la Santé, Service de Veille Vétérinaire, etc…).
- Relations avec les consommateurs : plan de communication adapté aux différentes « cibles » : médias, clients, personnel. Gestion des opérations de prévention et de gestion de crise.
c) L’action de ce groupe de travail est relayée par les directeurs des 16 coopératives régionales qui travaillent, notamment, sur la problématique spécifique du stockage et de l’approvisionnement.
d) Toutes ces personnes ne communiqueront qu’en cas de besoin. Priorité au travail de terrain.
3) Le soutien à la filière :
Si j’ai exprimé des doutes sur l’efficacité de la communication collective pour promouvoir, dès maintenant, la volaille française à la TV, mon groupe n’en est pas moins mobilisé dans des actions locales immédiates.
J’en profite pour témoigner du sérieux de nos fournisseurs et de nos interlocuteurs de la filière avicole en général. Personne ne mégotera sur un quelconque problème sanitaire. Tous les producteurs sont en observation de leurs bestioles. Ils savent qu’en cas de test positif H5N1, il faudra sacrifier le troupeau. Ceci justifie largement qu’on soutienne leur demande d’aide financière et qu’on leur donne un coup de main commercial.
Chaque région E. Leclerc met en place, avec les acteurs volontaires de la filière (éleveurs, industriels), des opérations en magasin. Ca marche bien. Au-delà de toute attente. Une anecdote racontée par B. Bornancin : « Samedi dernier, je passe devant le rayon volaille. Je m’inquiète de le voir surstocké en cette période de mévente. Une heure plus tard, je suis stupéfait de voir le nombre de clients enthousiastes devant l’animateur, un éleveur des Landes. Résultat : 650 poulets « label rouge » vendus dans la journée : trois fois plus que d’ordinaire !!! ».
Des dizaines d’animations de ce type sont projetées dans toute la France, en attendant l’opportunité d’actions publicitaires nationales, elles aussi programmées.
A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 9 mars 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
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10 novembre 2005
Biocarburants : Incorporation directe d’éthanol, une idée qui progresse

Ca bouge sur le front des biocarburants. Depuis que Dominique de Villepin a clairement engagé le gouvernement dans le développement des biocarburants, l’Administration (Industrie et Agriculture) n’arrête pas d’organiser des réunions.
Objectif : Atteindre 5,75 % d’incorporation de biocarburant à l’horizon 2008.
Lancé le 21 octobre 2005 au Ministère de l’Economie, un cycle de discussions devrait permettre à Dominique Bussereau et François Loos d’annoncer, le 21 novembre, quelques mesures concrètes.
Parmi celles-ci, l’initiative conjointe de notre groupement et de l’Union des Indépendants du Pétrole (UIP) qui regroupe les autres grandes surfaces. Elle concerne la filière essence.
1) Pour cette filière, deux thèses s’affrontaient :
a) L’une, soutenue par l’UFIP (Union Française de l’Industrie Pétrolière, qui regroupe les majors), défend la technique ETBE. La voie royale pour TOTAL qui détient 90 % des agréments au travers de 3 unités de productions d’ETBE en France (en co-investissement avec les éthanoliers) et un autre groupe indépendant, LYONDELL. Le développement de ce type d’incorporation ne rencontre pas beaucoup de problèmes techniques (fin 2005, SIPLEC (Société Pétrolière E. Leclerc) aura incorporé 6 millions de litres d’ETBE depuis les installations LYONDELL de Fos-sur-Mer).
La difficulté est d’ordre commercial. Si seule cette filière subsistait, tous les distributeurs seraient obligés de passer par les fourches caudines de ces deux opérateurs et ce, pour la totalité des volumes d’essence commercialisés à l’échéance 2008 .
b) La filière bio-éthanol : L’éthanol d’origine agricole peut s’incorporer directement dans le supercarburant sans plomb 95 et 98. L’offre est pléthorique. Elle ne nécessite pas d’investissement lourd. Elle peut être élaborée par un plus grand nombre d’opérateurs. Mais encore faut-il que les majors livrent les bases essence de basse volatilité nécessaires à ce mélange.
2) Jusqu’ici, mon groupe a été le seul opérateur incorporant directement l’éthanol. Le mélange et la distribution s’effectuent dans les installations de RUBIS TERMINAL à Strasbourg. (Un autre distributeur indépendant (DYNEFF) a réalisé une expérience positive, mais très confidentielle, sur son dépôt de Port-la-Nouvelle).
L’expérience est pour nous concluante. En six mois (du 1/01/05 au 31/05/05), 1 600 000 litres d’éthanol ont été incorporés par nos soins. Une soixantaine de stations ont été livrées, sans incident.
Malgré ces performances, l’UFIP ne cessaient de faire la fine bouche.
3) Poussée dans ses retranchements par une administration elle-même sous pression du Premier Ministre, l’UFIP a, le 3 novembre dernier, lancé l’idée d’un nouveau test, à Bordeaux. Une condition expresse ? Elle exigeit la participation de l’ensemble des acteurs pétroliers, raffineurs et distributeurs. Comme par hasard, cette expérience se déroulerait dans le dépôt Docks de Pétrole d’Ambès dont l’actionnaire majoritaire est…TOTAL.
Refus de Leclerc qui n’y voyait aucun intérêt, compte tenu du caractère probatoire de sa propre démarche.
4) Mais, du coup, la SIPLEC, avec le soutien de l’UIP, a annoncé, à la surprise de tous les acteurs pétroliers présents, le lancement d’une opération d’ampleur industrielle à Rouen : l’additivation de 400 000 m3 d’essence à 5 % d’éthanol (dont 160 000 m3 pour Leclerc).
Il s’agit de la réplique de notre expérience strasbourgeoise et, cette fois, en ayant avec nous les autres grandes surfaces dans le projet.
Lancement prévu : février 2006.
5) Du coup, déstabilisée par cette annonce, l’UFIP s’interroge sur la pertinence du test bordelais (il y a de quoi !).
Mais preuve que le contexte change, l’UFIP a finalement proposé que soit établie une spécification intersyndicale dans l’élaboration d’une base essence éthanolable, et que soient définis ainsi les paramètres incontestés et normalisés d’un produit « marchand échangeable et commercialisable ».
Bien entendu, l’UFIP pose des conditions : un engagement de contrôle qualité irréprochable de la part de la distribution (normal). Et des conditions tarifaires équitables entre les filières éthanol et ETBE (à approfondir !).
Voilà qui dégage l’horizon pour l’incorporation d’éthanol. De toute façon, il me semble qu’il n’y avait pas d’autre choix. Vu l’ambition du plan biocarburant, il faut faire feu de tout bois. Pas de raison de privilégier telle ou telle filière. Et surtout, pourquoi bloquer celle-ci alors que toutes les grandes surfaces se proposent d’y investir.
Le dossier vient de progresser sérieusement.
Avec le développement de ces deux techniques, les constructeurs automobiles, plutôt frileux sur les biocarburants, n’auront même pas à investir pour promouvoir cette filière (qui concerne la quasi totalité des 35 millions de véhicules français !).
Posté par M.E.L. le 10 novembre 2005 dans
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24 octobre 2005
Grippe aviaire et pandémie médiatique : l’impossible communication des éleveurs !

Photo Pascal Pavani (AFP/Archives)
Des consommateurs qui s’appliquent à eux-mêmes le principe de précaution, et voilà le marché du poulet en berne. Les professionnels tentent de répliquer avec une grande collective “ volaille française ”… J’ai des doutes sur son efficacité; j’ai comme dans l’idée que ça ne marchera pas. Arguments :
Jusqu’à la fin de la deuxième semaine d’octobre, tout allait relativement bien. La grippe aviaire sévissait loin de nos frontières.
Le climat a changé vers le 10 octobre. Sur France Info, je me souviens avoir entendu un journaliste questionner des grossistes de Rungis. Non, il n’y avait « pas encore vraiment de baisse des ventes ». Mais, on sentait « que ça allait venir »… Rediffusé « en boucle », parallèlement à d’autres reportages (TV, radio), cette recherche d’information allait lancer un vaste mouvement de méfiance. Dès le lendemain, AFP et presse nationale cherchaient à interpeller tous les distributeurs. Mes collaborateurs m’invitaient à me taire (« Quel que soit ce que tu diras, c’est parti, c’est enclenché, la machine va devenir incontrôlable »). De fait, quelques professionnels se sont fait piéger : ne serait-ce qu’en répondant, ils ont alimenté le sujet…
Ce matin, les résultats sont là : baisse généralisée des achats dans les magasins. Aucun pays de l’UE n’est encore touché par l’épizootie. Les élevages français sont l’objet d’une observation des plus draconienne, mais voilà nos poulets touchés par une autre forme de virus : la psychose.
Comment en est-on arrivé là ? Le processus est facile à décrypter.
1) « Scientifiquement, il est depuis longtemps établi que les différentes familles de virus de l’influenza circulent depuis des siècles. Toutes sont susceptibles de muter en échangeant du matériel génétique et de provoquer une pandémie à l’échelle mondiale. Le risque potentiel est donc permanent et l’a toujours été » (Bernard Vallat, DG de l’Office International des Epizooties). Mais, la télé et internet ont changé la perception du phénomène. Tous les soirs, les téléspectateurs peuvent suivre sur une carte la progression des foyers épidémiques. Avec son avancée apparemment inéluctable vers notre territoire.
Qu’importe alors que les experts s’obstinent à rassurer : « Le virus est encore loin » ; « Il n’est transmissible que par contact et non par ingestion » ; « Il n’est pas transmissible d’homme à homme », etc… Vue de nos pénates, l’épidémie fond sur nous à l’heure du JT, tel un tsunami ou un cyclone.
2) Face aux représentations fantasmatiques, que valent les propos rassurants, qu’ils émanent des professionnels ou des hommes politiques. Ces derniers d’ailleurs ont changé de ton. La Commission (UE), jusqu’ici prudente, a, le 13 octobre, interpellé les états membres qui « doivent se préparer à une éventuelle pandémie…qui ferait un grand nombre de morts ». Il y a eu la vache folle, et pis encore, le procès fait aux politiques dans l’affaire du sida. La tentation est grande, pour eux, de sur-réagir. Pas question d’être accusés d’aveuglement ou de laxisme, ou de se retrouver boucs émissaires. A l’Assemblée, ils interpellent le gouvernement. Et finalement, Villepin (il y était contraint) « solennise » le dispositif de veille, et forcément, dans le souci de convaincre et de marteler, contribue indirectement à la dramatisation.
3) Du coup, la communauté scientifique elle-même n’est plus entendue. Tout se mélange. Ainsi, dans la presse, ce week-end, l’interprétation des nouvelles investigations confiées à l’AFSSA. A la demande du gouvernement, l’agence va peaufiner un avis sur le risque de transmission du H5N1 à des produits de volaille peu ou pas cuits (foie gras, volailles fumées, etc…). Alors que cette même agence n’avait pas encore recommandé le confinement des volailles sur le territoire et qu’on restait (politiques et scientifiques) dans une démarche de précaution, voilà une initiative décrite sur un mode complètement alarmiste.
Dans ce contexte, que peuvent faire les éleveurs français ? Pas grand-chose, hélas.
1) La chute des ventes est confirmée. J’en atteste, au vu des statistiques remontées des centres E. Leclerc. Entre 15 et 30% des ventes habituelles.
2) Les professionnels sont évidemment paniqués. La FIA (Fédération Industrielle Avicole) a décidé de lancer une étude (sic) sur la perception des consommateurs face à la grippe aviaire. Inutile et trop tard. Il suffit de lire les statistiques turques et roumaines, ces dernières semaines : 50 % de baisse des achats.
3) Les fédérations d’éleveurs veulent lancer une campagne de communication : mise en place d’un label « volaille française ». Elles demandent aux distributeurs d’être des relais sécurisants auprès des consommateurs.
Je ne crois pas à l’efficacité de toutes ces communications collectives. Elles ont montré leur insuffisance dans le contexte de la vache folle. Je me rappelle d’ailleurs, en « une » d’Ouest France, la photo terrible de carcasses de bovins abattus en Normandie alors qu’en page « consommation », les éleveurs s’évertuaient à communiquer sur la qualité « origine française ».
Les éleveurs comme les politiques doivent comprendre que les consommateurs ont retenu la leçon. Ils s’appliquent à eux-mêmes le principe de précaution. Peu importe au fond qu’il y ait beaucoup ou peu de risques, ils s’abstiennent… Face à cette attitude, aucune campagne de publicité n’y fera rien.
J’ai évidemment demandé à tous les directeurs de magasin qu’ils mobilisent leur personnel (des rayons boucherie et traiteur notamment) pour que dans la relation de confiance et de proximité entretenue avec leurs clients, ils fassent tout ce qui est nécessaire pour rassurer et expliquer la situation.
Mais c’est la lucidité, et non la résignation, qui m’amène à dire que parallèlement à la politique de prévention et de contrôle (qui doit être évidemment prioritaire par rapport à la préservation des intérêts économiques), il est désormais urgent de plancher sur un plan d’aide au secteur avicole. Cette filière vient tout juste et péniblement de se remettre d’une chute des cours (émergence de nouveaux centres de production : Brésil, Moyen-Orient, Chine). Puisqu’on discute « budget » au Parlement, c’est dès maintenant qu’il faut inscrire une ligne destinée à venir en aide aux éleveurs.
Posté par M.E.L. le 24 octobre 2005 dans
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13 octobre 2005
Les députés et les sacs plastiques : « biodégradables » ou « réutilisables » ?

On les attendait sur une grande loi de défense de l’environnement ! Les députés se sont finalement exprimés à l’occasion du débat sur la loi de modernisation agricole. Haro sur les sacs plastiques non biodégradables ! D’ici 2010, tous les autres sacs (et emballages) devront avoir disparu.
Personne n’est dupe : comme l’exprime Marie-Pierre Ferey de l’AFP, les députés ont cherché surtout « à trouver de nouveaux débouchés aux agriculteurs ». Mais qu’importe (et pourquoi pas après tout !), on ne va pas leur reprocher de grimper dans le train qui mobilise distributeurs, associations écologistes et certaines collectivités locales pour réduire la pollution par les sacs plastiques. Enfin, le débat s’installe au plus haut niveau !
C’est sur le fond du dossier que je suis sceptique. Pour moi, la priorité, c’est la lutte contre le gaspillage et la pollution (quelle que soit la durée de vie des matériaux). C’est la diminution (à la source) de la pléthore d’emballages. C’est la responsabilisation des consommateurs (même si les industriels abusent du plastique, ce sont les usagers qui jettent…). Le « biodégradable », je suis pour, mais essentiellement quand on ne peut pas se passer de sacs jetables. J’argumente :
I - Questions préalables : la mesure suggérée par les députés me semble trop caricaturale. Elle pose d’énormes problèmes :
a) Remplacer 100 à 500 milliards (peut-être plus) de conditionnements en plastique ? Pas besoin d’approfondir l’analyse pour comprendre que la production agricole française n’y suffira pas. Utilisation des terres en jachère ? Assurément. Nouveaux débouchés pour les producteurs de grains ? Pourquoi pas. Reconversion des éleveurs et mobilisation de leurs terres pour lever des récoltes ? Ah ça, je n’y crois pas. C’est faire fi de la géographie et de la spécificité des terroirs… Un tel chamboulement n’est ni crédible, ni souhaitable. Indépendance énergétique ou indépendance alimentaire, il faudra choisir de toute façon.
b) A supposer que ce programme soit techniquement réalisable, le Ministre de l’Environnement ferait bien de réaliser d’abord une étude d’impact. Des bilans énergétiques et écologiques s’imposent, notamment s’il faut arroser toutes ces cultures.
Le Ministre des Finances devra, lui aussi, creuser cette affaire. La réforme de la PAC vise à réaligner les cours français sur les prix mondiaux. Je ne suis pas sûr que la production de ces grains et matières végétales apporte une perspective de rémunération suffisante pour nos paysans incités à se reconvertir. Produire du biodégradable ou du biocarburant peut être écologiquement utile…sans garantie de rapporter gros. Combien de subventions en perspective.
c) Enfin, cette mesure de portée générale n’a de sens que si elle est…appliquée ! …Aux produits importés ? Non, puisque c’est une mesure franco-française. Peut-on alors obliger nos seuls fabricants hexagonaux à acheter des emballages biodégradables cinq à dix fois plus cher (c’est le cas actuellement) alors que leurs concurrents étrangers n’auront pas les mêmes contraintes. Peut-être…c’est un choix politique pas facile à assumer… Au fond, peut-on éviter d’en passer par une directive européenne ?
(Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas faire, je dis…tout cela mérite étude).
II - Question principale : imposer le « tout biodégradable », est-ce la bonne solution ? Pour moi, cette politique comporte un risque majeur : annihiler les efforts de tous ceux qui se sont battus pour changer les comportements de consommation. Ce peut être la caution à la gabegie. « Pourquoi donner moins de sacs, pourquoi faire une fixation sur cette pollution…puisque c’est finalement biodégradable ».
C’est ça le problème : le changement de matériau n’est pas susceptible de mettre un terme à la prolifération des sacs et des résidus d’emballages dans la nature. Certes, les sacs biodégradables mettront moins de temps pour se déliter. La pollution sera moins durable… Mais des élus municipaux avec lesquels je discutais hier soir, me confirmaient qu’il faudra bien aussi ramasser ces sacs. Les équipes de nettoyage qui arpentent, de manière quasi hebdomadaire, villes et campagnes, ne vont pas s’amuser à trier, sur un seul coup d’œil les sacs bio et ceux qui ne le sont pas. Les coûts de ramassage et de tri resteront évidemment les mêmes.
Pour mes collaborateurs et moi, la priorité c’est la réduction du nombre de sacs et d’emballages. Qu’ils soient fabriqués en plastique, en polyéthylène ou avec de l’amidon, les sacs polluent…parce qu’il y en a trop, parce qu’on les gaspille, parce qu’ils sont jetés n’importe où.
III -La position de mon groupe rejoint donc celle de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) :
1) Priorité aux sacs réutilisables. Notre expérience, malgré la réticence de quelques consommateurs, montre que, dans leur grande majorité, nos clients acceptent cette formule. Ils utilisent les sacs que nous leur consignons, de 16 à 30 fois (je rappelle que nous les remplaçons dès que leur qualité est altérée). Une étude de l’ADEME (septembre 2005) a conclu à la supériorité écrasante du cabas en termes d’économie d’énergie et d’impact environnemental.
2) En revanche, l’emploi systématique de sacs biodégradables pourrait être envisagé chaque fois qu’il est nécessaire de maintenir l’usage de sacs jetables. C’est le cas pour les emballages permettant de transporter et d’isoler les produits frais, tels que poissonnerie, fruits et légumes, viande ; les produits délicats ou à préserver (lingerie fine) ou de petit conditionnement (médicaments, bonbons, etc…).
Mais attention, dans le débat actuel, on confond facilement vraie biodégradabilité avec biofragmentabilité. Cette dernière solution, préconisée par beaucoup de fabricants (produits Neosac...etc.), garde pratiquement tous les inconvénients des sacs non-dégradables.
Posté par M.E.L. le 13 octobre 2005 dans
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6 octobre 2005
Foires aux vins : encore quelques avis pertinents !

Je poursuis la publication de quelques recommandations d’expert pour guider les amateurs dans les foires aux vins. Aujourd’hui, ce sont les coups de cœur d’Yves Petitpas. Yves gère deux magasins Système U, l’un à Combourg et l’autre à Tinténiac (Ille-et-Vilaine). C’est un garçon chaleureux, bon vivant, ce qui ne l’empêche pas d’être un redoutable concurrent. Et oui, au niveau national, nos deux groupes sont partenaires. Lui-même a été artisan de l’alliance E. Leclerc/Système U (il est l’un des administrateurs de notre coopérative commune, Lucie). Mais sur le terrain, sous son enseigne, il essaie évidemment de tailler quelques croupières à nos adhérents locaux. (Quand je pense que certaines personnes imaginent qu’il y a entente sur les prix entre les principaux groupes d’hypermarchés ! ! !).
Bien qu’il n’exerce pas de fonction particulière dans la filière « vins », Yves Petitpas est réputé pour sa connaissance du vignoble et la finesse de ses choix. Voici donc sa liste :
Chez Système u
- Cheverny blanc, Marquis de la Plante d’Or 2004.
Vin blanc frais et fringant qui commence à connaître une certaine notoriété de par sa minéralité proche du goût « Pierre à fusil » des vins de Sancerre.
- Premières Côtes de Blaye blanc, Château Lacaussade Saint Martin, cuvée « Trois Moulins ».
Arômes de fruits exotiques très mûrs soutenus par un passage en barrique très habile qui n’assomme pas le palais par un goût de vanille. Il est conseillé de décanter ce vin blanc. A découvrir !
- Chassagne Montrachet blanc, Château de la Maltroye 2003.
Grand vin blanc du prestigieux vignoble de Bourgogne. Arômes d’amande, de pomme mûre et de fleur blanche sur une bouche corsée, puissante et grasse. Très gros potentiel de garde.
- Bonnezeaux, Château de Fesles 2002.
Château de renom du vignoble angevin, le Château de Fesles est remarquable pour son Bonnezeaux, vin blanc moelleux délicat aux arômes de miel et de confiture de coing, qui concurrence les grands vins liquoreux de notre territoire.
- Chinon, Domaine du Roncée Clos des Marronniers 2003.
Enfin, un grand vin de Loire accessible. Passé en fût, conditionné dans des caisses bois, et le tout à un prix abordable.
- Cahors, Clos de Gamot 2003.
Un vrai vin du Sud-Ouest avec sa charpente, son astringence contrôlée et ses tanins souples très présents. Un bon Cahors à l’ancienne dans son approche gustative, mais qui possède la finesse des techniques de vinification modernes.
- Coteaux du Languedoc Pic Saint Loup, Domaine de l’Hortus Grande Cuvée 2003.
Soutenu par une grande richesse de ses vieux carignan, cépage local, il offre des arômes de cerises noires, d’épices et de poivre. Belle sensation de fruits sur-mûris qui persiste agréablement. Ce vin de renom vous impressionnera par sa droiture et sa structure.
- Pommard 1er Cru, Les Petits Epenots, Jean-Luc Joillot, 2002.
Issu très précisément d’un terroir dit « les petits épenots », ce vin est magistral par son charisme et son élégance qui font les Grands de Bourgogne.
Chez Intermarché
- Haut-Médoc, Château Clément Pichon 2000.
L’avantage de son millésime, beau vin.
- Saint-Julien Grand Cru classé 2002, Château Saint-Pierre.
Très bel achat. Ce vin est très beau et rare.
- Cahors 2003, Chatons du Cèdre.
Second vin du Château du Cèdre. Très bel AOC.
Chez Auchan
- Chinon blanc 2004, Les Chanteux de Couly Dutheil.
Grande expérience de ces vins blancs.
- Rully 1er Cru blanc, La Pucelle Domaine de la Bressande.
Vin méconnu, mais grand vin de Bourgogne.
- Gaillac, blanc moelleux, Château les Meritz Prestige.
Très grand vin moelleux du Sud-Ouest, finesse.
- Lalande de Pomerol, Château Haut Chaigneau 2002.
Très beau vin de Lalande. Gamme Grand cru classique.
- Côte-Rotie de chez Guigual.
- Coteaux du Languedoc, l’Esprit de Silène.
Remarquable par sa fraîcheur.
Chez Carrefour
- Bordeaux Supérieur, Château Fleur Haut Gaussens.
Très beau produit à découvrir.
- Fronsac, Château La Vieille Cure 2002.
Un vrai Fronsac avec beaucoup de caractère.
- Meursault, Domaine Bouzereau Gruère 2001.
Vin profond et épanoui, bien fait.
- Quarts de Chaume, Château la Varière 2002, Les Guerches.
- Côte-Rotie, GAEC Vernay
Sensualité et tenue.
- Madiran, Château Montus 2001
Très beau millésime pour ce grand Château.
Chez E. Leclerc (magasins situés dans la zone qui s’étend de Rennes à Nogent-le-Rotrou et de Montargis à Alençon)
- Anjou Villages Brissac, Château La Varrière 2003.
Très beau vin qui valorise cette petite appellation.
- Côtes de Castillon, Château de Laussac 2003.
Vin haut de gamme.
- Chablis 1er Cru, Fourchaume de Jean-Marc Brocard, 2003.
Excellent viticulteur.
- Sauternes, Château Lafaurie-Peyraguey 1999.
Très belle bouteille.
- Savigny-lès-Beaune, Hospices de Beaune, Cuvée Fouquerand 2002.
Très beau vin méconnu.
- Minervois 2003, Balsamina.
A découvrir, mais cher.
- Madiran, Château Laroche Viella 2002.
Très beau Madiran, beau millésime.
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’oubliez pas, quelles que soient les dates « théoriques » de clôture des foires aux vins, beaucoup de ces vins resteront en stock encore plusieurs mois après ce grand moment de fête œnologique…
Posté par M.E.L. le 6 octobre 2005 dans
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28 septembre 2005
Engagement (et obstacles) pour la promotion des biocarburants
Vu la hausse des prix des produits pétroliers, le marché des biocarburants est aujourd’hui particulièrement médiatique. Les interventions récentes de Dominique de Villepin, de Thierry Breton et du Président de la République lui-même, ont marqué un tournant dans l’approche de ce marché. Jusqu’à cette année, l’objectif des pouvoirs publics visait à fournir de nouveaux débouchés à l’agriculture française. Depuis, le discours a largement évolué. Les biocarburants sont présentés comme une alternative énergétique au pétrole.
Il nous faudra revenir, ici, sur l’intérêt économique de la filière et tenter une opération « vérité des coûts » pour pouvoir en mesurer le réel intérêt. Et puis, promouvoir à grande échelle cette forme d’énergie suppose qu’on en étudie l’impact sur l’aménagement du territoire et les modes de production agricole. Pour l’heure, je veux juste livrer quelques informations.
Je réponds, ici, à plusieurs demandes concernant l’engagement de mon groupe sur le marché des biocarburants.
1) Le gasoil : J’ai lancé, très tôt, notre enseigne dans les biocarburants. Nous avons été précurseurs dans l’incorporation d’ester méthylique d’huile de colza, il y a déjà plus de 10 ans, en Normandie. Aujourd’hui, ça représente 30 000 m3 d’ester incorporé (principalement huiles végétales : blé, tournesol). A nous seuls, nous représentons 50 % du marché des GMS.
C’est notre coopérative d’importations pétrolières (SIPLEC) qui est l’opérateur pour toute notre enseigne. SIPLEC incorpore directement de l’EMHV à hauteur de 5 % dans 7 installations pétrolières situées à Rouen, à Brest, Strasbourg, Huningue (Mulhouse), Port-la-Nouvelle, la Pallice (La Rochelle) et Fos-sur-Mer.
2) Le SP 95 : Nous avons été précurseurs dans l’incorporation directe d’éthanol dans les essences. Le développement de cette technique se heurte à un sérieux problème. J’explique : il existe deux filières pour les essences :
a) La filière éthyl-tertio-buthyl-ether (ETBE). C’est la filière préconisée par les majors français. Il s’agit d’incorporer un produit chimique fabriqué à partir d’éthanol d’origine agricole dans l’essence sans plomb 95 (à hauteur de 15 %). Simple à mettre en œuvre, son développement se heurte néanmoins à un problème de disponibilité.
Il existe 4 unités de production en France, dont 3 appartiennent à Total et 1 à un fournisseur indépendant, Lyondel. Seul, ce dernier, nous a proposé des produits sur le marché français. Nous travaillons avec lui à partir de Fos-sur-Mer.
b) La filière éthanol. L’éthanol d’origine agricole (betterave, blé) peut s’incorporer directement dans le super carburant sans plomb 95 à hauteur de 5 %. Bien que l’offre puisse être considérée comme pléthorique, son développement se heurte à la bonne volonté des « pétroliers » de livrer à des sociétés comme les nôtres des essences de basse volatilité pour pouvoir procéder à l’incorporation.
Nous nous sommes attaqués à ce marché en pionniers. Nous avons réussi à approvisionner la région de Strasbourg. Entre le 1er janvier et le 31 juillet 2005, nous avons incorporé 1 500 000 litres d’éthanol.
3) Parlons avenir. Financé par la nouvelle taxe (TGAP) depuis le 1er janvier 2005, le petit monde des biocarburants est en pleine effervescence. Des recherches très intéressantes sont menées un peu partout, et notamment en Poitou-Charentes. D’autres filières, d’autres techniques se mettent en place (pour le gasoil, avec l’ester éthylique de colza, par exemple).
Tous les adhérents de notre association sont prêts à jouer le jeu. Qu’ils soient convaincus par le caractère écologique de la démarche, ou qu’ils cherchent à se bâtir une « bonne image » auprès de la population agricole, ils sont prêts à mettre le paquet pour développer ces initiatives.
Mais deux obstacles doivent être levés, à court terme, pour étendre l’offre de biocarburants.
a) La disponibilité du produit : L’intérêt collectif voudrait, à notre avis, que l’Etat impose aux pétroliers la fourniture de bases essence basse volatilité à partir de leurs raffineries. Je rappelle que, malgré les privatisations dans le secteur, nous sommes toujours sous monopole d’état (loi de 1926). Avec un coup de pouce (ou de semonce), nous pourrions développer considérablement l’incorporation directe d’éthanol dans le SP 95. C’est un engagement de ma part.
b) La communication : La difficulté, c’est de pouvoir communiquer sur le sujet. Depuis quinze ans, pour tenter de justifier des prix plus élevés à la pompe, les majors communiquent sur leurs propres additivations qui n’ont rien à voir avec les biocarburants. Cette publicité, sur leurs performances supposées, a pu jeter le trouble sur les carburants normalisés. Jusqu’où les automobilistes qui y seraient sensibles, accepteront-ils des taux d’incorporation croissants d’éthanol ou d’ester sans craindre pour leur moteur ?
Jusqu’ici, nous avons résolu le problème en ne communiquant pas sur la notion de mélange (c’est ce qu’autorisait la loi). Si l’on veut passer à 15, 20…50 % d’incorporation, ça va poser inéluctablement des problèmes d’acceptation par les automobilistes.
Promouvoir le réflexe écologiste suppose des campagnes qui rassurent. Voilà qui nécessite qu’entre promoteurs des deux types d’additivation, on travaille sur des messages qui ne se brouillent pas. Difficile de bâtir un tel deal entre concurrents. Jouable, mais pas gagné !
Posté par M.E.L. le 28 septembre 2005 dans
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27 septembre 2005
Foires aux vins : plaisir d’amateur, avis d’expert !

Jean-Luc Pouteau, 1er Sommelier de France en 1976, Meilleur Sommelier du Monde en 1983
Il reste beaucoup de bonnes choses à dénicher dans les rayons des hypers, chez les cavistes, et même sur le net. C’était à prévoir. Quelle idiotie que de démarrer si tôt les foires aux vins. Les nôtres commencent mercredi. Nous verrons bien si nous avons eu raison d’attendre. Je viendrai le dire ici, promis.
Pour vous (et pour moi aussi !), j’ai continué à solliciter l’avis de quelques personnalités. Aujourd’hui, deux préconisations. D’abord, celle d’un autre de mes collaborateurs (Charles). Dans le groupe, il est responsable du contrôle de qualité et du développement durable. Mais il partage avec Géry (ma note du 21/09) une passion immodérée pour le vin. Voici son état des lieux :
Chez Auchan
- Château des Estanilles 2001 cuvée prestige, Faugères
- Château Saint-Pierre 2003, Saint-Julien
- Santenay 1er cru Beauregard 2002, Roger Belland
- Château Chasse Spleen 2003, Moulis en Médoc
- Château Poujeaux 2003, Moulis en Médoc
Chez Carrefour
- Rioja Marques de Murrieta 1999, YGAY
- Côte Rotie 2003, Domaine Vernay
- Les Abeilles de JL Colombo 2003, Côtes du Rhône
- Bourgogne blanc 2004, JM Brocard "Kimmeridgien"
Chez Géant
- Château du Cèdre cuvée prestige 2002, Cahors
Chez E. Leclerc
- Château les Ormes de Pez 2003 magnum, Saint-Estèphe
- Chateau Citran 2003, Haut-Médoc
- Chateau du Galoupet 2001 rouge, Côtes de Provence
- Chateau Latour Martillac 2003 blanc, Pessac Léognan
- Chateau l'Hospitalet 2003 blanc, Coteaux du Languedoc
Après l’avis de l’amateur éclairé, je vous invite à découvrir une sélection d’un expert, Jean-Luc Pouteau. 1er Sommelier de France en 1976, Meilleur Sommelier du Monde en 1983, c’est l’un des êtres les plus passionnés que j’ai jamais rencontrés. D’ailleurs, son cursus en témoigne. Bon vivant, c’est à l’école hôtelière qu’il a appris à faire la cuisine. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, il fait ses premières armes chez le meilleur pâtissier de Rennes. Rien à voir avec l’œnologie ? Vous avez raison, jusque là. Il faut attendre qu’il s’amourache d’une jeune fille dont le père était viticulteur ! A qui croyez-vous qu’il fît la cour ? Au vu de son expertise actuelle, nul doute qu’il s’intéressât au vignoble au moins autant qu’à son épouse !
Aujourd’hui, il est négociant et conseil en vins auprès de restaurateurs, de cavistes, ou de particuliers. Pour éviter tout risque d’incorrection à l’égard d’un de ses clients, il a préféré concentrer sa sélection sur plusieurs catalogues régionaux édités dans notre groupe (Ile-de-France, Normandie et région toulousaine). Pour votre plaisir et votre édification personnelle, retenez donc, quel que soit l’endroit où vous les trouverez (mais attention au prix !), quelques-uns de ses coups de cœur :
- Château Perrou 2003, Bergerac
- Château Saint-Go 2000, Côtes de Saint-Mont
- Expression de Château Saint-Go 2004, Côtes de Saint-Mont (blanc)
- Seigneurie de la Varière 2002, Anjou
- Château Haut-Theullet 2002, Monbazillac
- Château Chasse-Spleen 2002, Moulis
- Château Lynch Bages 2002, Pauillac
- Château La Dominique 2003, Saint Emilion
- Cos d'Estournel 2002, Saint-Estèphe
- Château Cambon La Pelouse 2003, Haut-Médoc
- Château Rollan de By 2003, Médoc
- Château Jean de Gué 2003, Lalande de Pomerol
- Château de Santenay 2001, Mercurey 1er cru Les Puillets
- Domaine Harmand-Geoffroy 2003, Gevray-Chambertin
- Domaine Harmand-Geoffroy 2000, Mazis-Chambertin Grand cru
- Château d'Escabes Privilège 2002, Gaillac
- Château Doisy-Daëne 2003, Sauternes
- Château Laroche Viella 2002, Madiran
- Château de Gache 2003, Buzet
- Les haut de l'enclos des Bories 2002, Minervois La Livinière
- Terroir de Trias 2003, Côtes du Rhône Village Beaumes de Venise
- Gewurztraminer Grand cru Mamburg 2004, Henri Ehrhart
- Clos de los Siete 2004, Argentine
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. N’hésitez pas à déposer vos commentaires critiques ou vos propres préconisations.
Posté par M.E.L. le 27 septembre 2005 dans
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20 septembre 2005
OGM : le passage en force !

Je rebondis sur la polémique suscitée par Le Figaro (6/09). Le quotidien dévoilait que plusieurs centaines d’hectares de maïs transgénique avaient été semés encore cette année dans le sud-ouest. Rien d’illégal (la variété utilisée avait été autorisée avant le moratoire européen de 1999). Mais la discrétion, voire le secret, dont sont entourés ces semis continuent d’alimenter (à juste titre) bien des suspicions.
Je ne fais partie des ayatollahs anti-OGM. Pas d’accord avec les faucheurs. Je ne vois pas pourquoi, pourvu que les protocoles et les conditions techniques soient contrôlés, on ne pourrait pas expérimenter. Il faut être ouvert à l’innovation. Comme beaucoup, je pressens l’intérêt et les promesses du génie génétique dans le domaine de la santé, et même pour l’écologie (économie de pesticides, d’eau, résistance aux intempéries, aux insectes, etc…).
Mais je défends ici qu’il appartient aux promoteurs des OGM d’assumer leurs responsabilités et de garantir la totale innocuité de leurs produits. C’est aussi aux pouvoirs publics de vérifier leurs assertions et de contrôler, sur le long terme, les effets des cultures OGM sur l’environnement et la santé.
Or, comme tous les Français, je constate que le lobby veut passer en force, sans même nous avoir expliqué en quoi les OGM vont améliorer notre ordinaire.
1) La première question c’est en effet : « Qu’est-ce qu’une alimentation issue de produits OGM offre de mieux qu’un produit « naturel ». Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je n’ai toujours pas la réponse.
2) Le risque sur l’environnement : dissémination, contamination croisée, sur-résistance et mutation de certaines espèces, etc… On amuse le peuple avec de prétendues barrières de séparation (25 mètres) ! Probablement, parce que l’on sait d’avance que les abeilles et les acariens respecteront les zones interdites ! ! !
Moi, je m’en tiens à l’attitude des sociétés d’assurances. Je cite (Nouvel Economiste 15/09) : « Il s’agit d’un risque émergent que nous ne pouvons pas couvrir aujourd’hui. C’est comme si on nous demandait d’assurer un prototype. Faute d’informations sur les effets sur la santé humaine, ce risque est donc exclu des polices d’assurances, au même titre que les effets des ondes électromagnétiques ou le terrorisme biologique ». Vous êtes « rassurés » ?
3) Enfin, il y a l’impact sur les filières bio et même sur toutes les filières non-OGM. On n’arrête pas de nous dire que les consommateurs auront le choix (c’est la thèse de la double filière).
Baratin ! Vu, l’accroissement des cultures OGM dans le monde (plus 20 % par an), le pré carré des producteurs non-OGM aura du mal à organiser sa résistance. Voilà déjà qu’on parle de sécuriser « les filières naturelles » (un comble !). Qui devra supporter le coût de la certification, des labels, et de cette « sécurisation » ? « Nous avons accepté de payer un prix supérieur pour garantir nos filières » annonce le président des « Poulets fermiers de Loué ». Erreur, c’est le consommateur qui paiera. Oui, c’est ça qui va se passer. Celui qui voudra manger « naturel » (je ne parle même pas de bio), devra acquitter un sur-prix. Ca ne vous choque pas, vous ?
Posté par M.E.L. le 20 septembre 2005 dans
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9 septembre 2005
Fruits et légumes : la querelle des marges

Dans sa livraison du mois de septembre, Que Choisir publie un article fort intéressant sur le prix des fruits et légumes.
L’UFC va à l’encontre de l’avis exprimé par nombre de producteurs, et de la perception qu’en ont les consommateurs. « Le prix des fruits accuse depuis quelques années une tendance nette à la baisse…. Et si l’on prend du recul, les données de l’INSEE révèlent que depuis 1960, le prix des fruits frais a évolué exactement de la même manière que celui des autres produits alimentaires ». Voilà constat qui vient à point nommé pour faire taire les habituelles polémiques.
Mais l’UFC s’est aussi penchée sur la grande variabilité des prix au cours d’une même saison, et d’un magasin à l’autre. A la recherche d’une explication, la revue finit par reprendre à son compte une analyse de la structure des prix et des marges, telle qu’on l’entend, depuis quinze ans, dans la bouche des producteurs : « On m’achète mon produit 1 € le kilo et je le retrouve sur le marché à 2 €, la distribution se sucre ! ».
Pour étayer l’argument, Que Choisir, prend l’exemple des pêches et des nectarines et publie une structure de prix imputant, à la seule distribution, une marge allant de 37 % à 50 %.
Evidemment, j’ai tout de suite sauté au plafond. J’ai demandé à plusieurs adhérents de me fournir leur compte d’exploitation portant sur des produits identiques. Je vous livre la comparaison.

C’est sans appel, et contredit l’information de Que Choisir. En réalité, la marge de nos magasins, sur un produit comme la nectarine, s’établit aux alentours de 25 %, soit, selon les exemples, un tiers ou moitié moins que l’indication fournie par l’UFC.
Comment expliquer cet écart ? Tout simplement par une habituelle confusion qui, volontairement (pour les producteurs) ou par ignorance (pour les consommateurs), fait l’impasse sur tous les autres intermédiaires de la filière.
Une fois le produit ramassé et payé au producteur, et avant qu’il n’arrive en magasin, il passe entre les mains de différents opérateurs qui calibrent, agréent, conditionnent, stockent et transportent les fruits. Et bien sûr, ceux-là prennent leur dîme (pas forcément illégitime d’ailleurs, car ces tâches nécessitent investissements et main-d’oeuvre).
Pourquoi n’en parle-t-on jamais ? Parce que ce serait mettre l’accent (et reconnaître) l’inégale performance des coopératives et des groupements de producteurs qui ont, depuis longtemps, complètement intégré tous ces métiers.
Je ne cherche pas à polémiquer ici avec les coopératives, mais puisqu’on entretient la confusion et qu’on désigne du doigt les hypermarchés (dont les nôtres), un démenti s’impose. Et il est nécessaire à la bonne compréhension du processus de formation des prix.
Ainsi, quand, cet été, le Directeur de la Concurrence a souhaité qu’on étudie la mise en place d’un blocage de marge, prévu pour gérer les périodes de crise, les distributeurs ont refusé de participer à une réunion pourtant annoncée par le Ministre. Outre qu’ils considéraient que les pouvoirs publics devaient d’abord assurer complètement la responsabilité d’une pratique prohibée au niveau européen, ils ne comprenaient pas pourquoi on aurait bloqué les marges en magasin sans se préoccuper de celles des intermédiaires qui en auraient été exonérés.
Posté par M.E.L. le 9 septembre 2005 dans
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27 avril 2005
L’Europe agricole et le libéralisme à l’anglo-saxonne : la leçon d’Auch
Ca se passe à Auch. Un supermarché (Champion ou Carrefour ?) de la ville a organisé la promotion de produits du Périgord. Apparemment, il s’agit de poulets. 150 paysans, regroupés par les FDSEA et CDJA locaux, ont déboulé dans les rayons. Ils ont réclamé l’arrêt de cette opération qui faisait la part trop belle à ces produits « importés » dans le département. Outre le relèvement des prix, les contestataires exigeaient le remplacement par des poulets du Gers ! ! ! Manifestement, pour la FDSEA locale, les frontières de l’Europe commencent à la sortie du département.
Tous les jours, les directeurs de magasin peuvent vous raconter des histoires similaires. L’endive du Nord est interdite de séjour dans les rayons des hypers bretons. L’ail et l’échalote se sont construits, autour de leur label, des zones de chalandise protégées. Impossible de vendre du melon de Cavaillon dès que l’on approche un département charentais. La fraise espagnole est bannie des linéaires périgourdins. L’interdiction vaut pour celles de Plougastel ou du Quercy voisin. Et il faut être installé au Nord de l’Aquitaine, vers Saintes ou Niort, pour oser présenter sur un étal la tomate de Marmande à côté de la nantaise.
Quel paradoxe que ces comportements, quand on sait la contribution de l’agroalimentaire français à notre balance commerciale, et la performance de nombreux groupements de producteurs (porcs, volailles, vin, etc…) sur les marchés étrangers. Quelle fracture culturelle au sein même du monde paysan.
J’écoutais, perplexe, le Président de la République répondre aux jeunes qui le questionnaient sur la Constitution. Avec difficulté, il trouvait les mots pour expliquer que le traité européen constituait un rempart contre l’Europe libérale « à l’anglo-saxonne ». On imagine combien l’argument reste inopportun quand, certains agriculteurs, du Gers ou du Cantal, font déjà de leurs voisins immédiats des concurrents indésirables.
Posté par M.E.L. le 27 avril 2005 dans
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1 avril 2005
Un piège pour les distributeurs !
Les paysans ont le blues : baisse de revenus, concurrence des pays de l'Est, baisse des subventions... Mais l'agriculture française est surtout malade de la politique. A force de traiter les problèmes en « gestion de clientèle », nos dirigeants continuent d'entretenir l'illusion d'une politique d'assistance permanente, retardant les nécessaires adaptations du monde rural. Prenez le problème de la réforme de la PAC. Le principe en a été entériné en 1999, en Conseil des ministres. Jacques Chirac et les différents ministres de l'agriculture ont fait croire qu'ils pourraient en repousser l'échéance. Las ! En 2004, notre Président de la République et Hervé Gaymard ont bien dû en convenir : non seulement la programmation faisait son chemin, mais on avait perdu 5 ans. Trouble dans les rangs du syndicalisme agricole ! Impression d'avoir été lâché ! Comment ne pas s'étonner d'un sentiment de panique dans les exploitations. Pris en étau entre la baisse des subventions européennes et la pression sur les prix consécutive à l'ouverture des marchés, le monde paysan s'en est pris à la distribution. On peut lui en vouloir. Mais là où ça déraille, c'est quand l'Etat démissionne et, plutôt que de s'investir dans la résolution des problèmes, il attise ces rivalités interprofessionnelles et désigne lui-même les commerçants comme boucs émissaires. Ca donne des textes parfois débiles (Cf. prix agricoles, blogs du 2 et 4/02). Illustration encore ce jour avec une réunion organisée par les pouvoirs publics sur le thème : « Gestion de crise des prix agricoles ». Eh bien, savez-vous ce que l'on demande aux distributeurs ? Rien moins que de signer, par avance, un projet d'accord volontaire de limitation de marge pendant la période de chute des cours. Avec l'engagement de fournir à l'Etat tous les éléments comptables nécessaires au suivi de cet accord ! Qu'est-ce que cela veut dire concrètement : 1) Il sera de la responsabilité de chaque commerçant de suivre tous les jours l'actualité d'un site internet édité par le « Service des nouvelles des marchés du Ministère chargé de l'agriculture ». (Vous imaginez que les chefs de rayon font ça quotidiennement ! ! !). Sur ce site, l'Etat pourra lancer une alerte de crise. Le commerçant sera tenu de maintenir sa marge commerciale sur les produits désignés jusqu'à un nouveau signal de fin de crise. S'il n'obtempère pas, amende et sanctions pénales ! ! ! Dans l'absolu, l'idée de bloquer les marges peut se défendre. Rarement les consommateurs bénéficient de la chute des cours (idem d'ailleurs pour le carburant). Mais est-ce vraiment aux professionnels d'organiser une telle pratique collective. Pour moi, la réponse est non. Dans tous les pays libéraux, seul l'Etat peut organiser des dérogations au principe de concurrence. Il intervient par la loi ou par décret, peut fixer des prix minimum, des prix de retrait ou mettre en place un système d'aide financière temporaire. C'est l'Etat qui justifie la qualité d'un tel dispositif au regard de l'intérêt public, et qui doit garantir aussi qu'il ne lèse aucune autre corporation. Et s'il y a contestation, c'est contre l'Etat que consommateurs et professionnels peuvent se retourner. Vous voyez donc le piège dans lequel nous entrons avec cette proposition d'accord volontaire. Non seulement, les pouvoirs publics se défaussent de leur responsabilité (même pas une publication au JO) mais ils la font reporter sur les commerçants. Ils se donnent le beau rôle, n'assument aucune conséquence financière dans ce dispositif, et se revêtent des habits d'un simple arbitre. Un arbitre qui, par la loi, dispose pourtant d'un pouvoir de sanction exorbitant (parmi les plus considérables en Europe, nous y reviendrons). Eh bien non, je n'engagerai pas mon groupe dans cette voie. Si l'Etat veut bloquer les marges des commerçants, qu'il le fasse. Mais qu'il ne nous demande pas d'être maso !
Posté par M.E.L. le 1 avril 2005 dans
Agriculture
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1 mars 2005
Salon de l'agriculture : la distribution a plié les gaules
Cette année, les grandes enseignes de distribution ne sont plus présentes au salon de l'agriculture. La Fédération du Commerce et de la Distribution avait, depuis quelques années, incité Carrefour, Auchan ou Intermarché à tenir étalage, porte de Versailles à Paris, pour afficher leur volonté de partenariat. Notre enseigne n'y a jamais cru. Cette année, la leçon a été tirée. On ne tapotera pas le cul des vaches ensemble.
Il faut dire que depuis trois ou quatre ans, les discours des syndicalistes comme des politiques invités au salon, on fait leur lit de diatribes acerbes contre la distribution. L'année dernière, c'est dans cette enceinte que tour à tour Jean-Pierre Raffarin, Renaud Dutreil et Hervé Gaymard avaient dénoncé notre campagne pour la défense du pouvoir d'achat.
Quelque soit la part de vérité que peut contenir toute critique sur les comportements d'une centrale d'achat, sur les pratiques commerciales d'une enseigne ou sur la gestion d'un dossier spécifique, le caractère systématique de la charge a de quoi décourager tout chef de rayon.
L'agriculture a besoin de vendre. Pour tirer un profit plus substantiel de ses productions, elle a besoin de partenaires engagés dans un même processus de valorisation des signes de qualité, des marques de terroirs. Or, l'agriculture a peu de moyen à consacrer à la publicité, au marketing, à la promotion des ventes. C'est la distribution qui est naturellement son alliée objective. Il suffit de regarder les résultats des foires aux vins dans les grandes surfaces pour se convaincre de l'efficacité du partenariat producteur-distributeur. On évoquera aussi le rôle des «chefs boucher» dans les hypers, qui ont été les vrais acteurs de la reconquête des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont eux qui ont su rétablir la confiance en s'engageant sur la transparence, la traçabilité et la qualité des fournisseurs.
A force de dénigrer leur principal débouché sur le marché français, les leaders agricoles savent pertinemment qu'ils scient la branche sur laquelle ils sont assis (dépit des vendeurs, remise en cause de la préférence nationale pourtant effective dans les enseignes françaises). Une seule explication : quand ça va mal et que l'on n'a pas d'autres solutions, on se cherche un bouc émissaire. En ce moment, les sujets compliqués sont légions. Révision de la PAC, diminution et réaffectation des subventions, concurrence accrue des pays de l'Est nouvellement intégrés à l'Europe, agressivité marketing des producteurs du Sud... La réponse à tous ces problèmes nécessiterait de douloureuses remises en question. Alors, c'est sûr, taper sur la distribution, ça permet de faire l'économie de bien des autocritiques.
Les enseignes ne vont plus au salon ! Quand elles y étaient, on les invectivait. Elles n'y sont plus. C'est Pascal Coste, secrétaire général adjoint de la FNSEA, qui signe la duperie : « Si elles ne sont pas là, c'est peut-être qu'elles ont quelque chose à se reprocher...». Incorrigible ! Comme quoi de toute façon...
Posté par M.E.L. le 1 mars 2005 dans
Agriculture
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4 février 2005
Prix agricoles (2) : on ne solde pas!
Suite à mon billet de mercredi, un ami breton, agriculteur de son état, m'a téléphoné pour me réprimander : "Tu en fais trop ; ok pour dénoncer l'omni-obsession de nos dirigeants agricoles contre la distrib, mais sur le terrain, nous collaborons et le discours, suite à la réforme de la PAC, devient plus pragmatique et rationnel". Soit, donnons crédit à notre ami. Mais je lui ai quand même lu cet autre amendement, voté lui aussi le 20/01 par le Sénat : "Engage sa responsabilité et l'oblige à réparer le préjudice, tout producteur, grossiste, commerçant ou industriel qui pratique des prix de cession abusivement bas en situation de crise conjoncturelle". Partout en Europe, quand on a trop de stock, mévente ou surproduction, on solde. Mais en France, on nous dit : "Tu baisses les prix, tu meurs". Version légale de : "Tu remontes les prix ou on casse !". Donc moi, j'arrête de critiquer, pour ne pas énerver mon copain agriculteur. Je me contente de poser quelques questions aux géniteurs de cet amendement : si on n'a pas le droit de brader, on fait quoi des invendus ? Qui rachète le stock, surtout s'il est périssable ? L'Etat, le paysan qui le garde sur les bras ? A contrario, est-ce qu'en maintenant un prix de marché artificiellement élevé, on va favoriser la vente ? Ces questions sont mesquines, je sais, mais ne méritent-elles pas d'être posées ? D'autant que cette réglementation ne s'appliquera jamais à un producteur européen, libre, lui, de faire ce qu'il veut et de casser le marché. Ah, les manifestations du génie intellectuel français !
Posté par M.E.L. le 4 février 2005 dans
Agriculture
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Prix / Concurrence
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2 février 2005
Prix agricoles : les fruits de la liberté
Laissez-moi vous lire cet amendement adopté par le Sénat (Loi sur le développement rural 20/01/05) : "Pour un fruit ou légume frais, ayant fait l'objet entre le fournisseur et son client d'un prix de cession, l'annonce de prix hors du lieu de vente est autorisée". Eh oui, vous avez bien lu ! Les commerçants vont pouvoir faire de la publicité à la radio et dans le journal, et publier le prix de la cerise, du chou-rave et du poireau. Parce que c'était interdit ? Absolument ! A chaque printemps, quand les paysans déversent leur colère, en même temps que leur trop-plein de tomates ou de melons sur les parkings des hypermarchés, syndicats, médias et politiques interpellent les distributeurs : "Qu'attendez-vous pour donner un coup de main aux agriculteurs, faites de la promo pour qu'on liquide les stocks avant péremption". Va pour l'ignorance des uns. Mais que dire de l'hypocrisie et des contradictions des syndicats à l'origine de cette interdiction (CNJA). Comme ce commerçant du sketch de Fernand Raynaud dont l'argument publicitaire se limitait au slogan "ici, belles oranges pas chères", on ne peut pas, depuis 4 ans, faire de la réclame passé le périmètre de nos échoppes. Unique en Europe, unique dans le monde. Eh bien, 4 ans il leur a fallu, 4 ans pour s'apercevoir que c'était débile. Un conseil qui va me faire des copains : au prochain débat parlementaire, messieurs les experts agricoles, mangez des légumes et arrêtez de bouffer du distributeur. C'est meilleur pour les neurones, et la soupe législative n'en sera que plus goûteuse !
Posté par M.E.L. le 2 février 2005 dans
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Prix / Concurrence
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