20 novembre 2007
Sucre en baisse, blé en hausse : qu’est-ce qui est vraiment durable ?

Le cours du lait et des céréales s’envole ? Tous les analystes qui nous annonçaient la fin du productivisme agricole au nom de la suffisance alimentaire…tournent leur veste. Voici qu’on justifie le retour à des politiques nationales par le risque d’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale.
Moi, ça m’a toujours épaté de voir l’aplomb avec lequel les analystes ou les conjoncturistes pouvaient affirmer, sans sourciller, ce genre de prévisions qui tiennent plus du calcul de probabilité ou de l’idéologie…que d’une rationalité étayée. Mon ami Bernard Maris, économiste iconoclaste, avait en son temps produit un petit ouvrage recensant toutes les erreurs de prévisions commises par les « meilleurs économistes ». Un petit jeu de massacre !
Comme pour corroborer cette critique jubilatoire, Libération publiait hier, sous la plume de Christian Losson, un intéressant petit article dans une rubrique judicieusement intitulée « Le capital décrypté ».
Christian Losson s’est penché sur l’évolution du prix du sucre. Il est aujourd’hui à la baisse (et sacrément), alors que de 2004 à 2006, il avait augmenté de 300 %, suscitant à l’époque les prévisions les plus alarmistes. Principal acteur de ce retournement ? L’Inde aurait doublé, en deux ans, sa production, dépassant le Brésil (premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes). C’est désormais le trop-plein et le marché se casse la figure.
L’observation ne fera pas la Une des grands journaux, trop focalisés aujourd’hui sur d’autres hausses spectaculaires, carburants ou céréales. Pourtant, elle devrait nous inciter à relativiser les commentaires souvent trop lapidaires.
Allez jeter un œil sur « Google ». Listez les facteurs qu’on suppose à l’origine de l’augmentation du prix du blé. Vous verrez qu’on attribue aux biocarburants un effet accélérateur. Comme si la demande avait été boostée dans des proportions aussi importantes, alors qu’en Europe et en Asie, les constructeurs n’y ont introduit que chichement les moteurs flexfuel. Osez dire que ça pourrait être un phénomène non durable et spéculatif, et vous passez pour un ignare. Il y a tellement de corporations qui ont intérêt à plaider pour une hausse durable des cours.
Pourtant, les fabricants de biocarburants s’approvisionnent aussi auprès de l’industrie sucrière (alcool de betterave). L’article de Libé met bien l’accent sur cette contradiction : quelles que soient les explications techniques, la demande de biocarburants n’a pas enrayé la baisse du cours du sucre. Etrange, non ?
Bon, ce que je veux dire ici c’est qu’il faut arrêter de gober n’importe quel discours alarmiste. Contrairement aux énergies fossiles, les produits agricoles constituent une offre renouvelable.
Une variation conjoncturelle d’un cours, ou même une variation de cycle ne doit pas conduire à des révisions stratégiques inconsidérées.
Posté par M.E.L. le 20 novembre 2007 dans
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8 octobre 2007
Fruits et légumes : pas de prix sur les pubs catalogues !

Je fais suite aux remarques concernant la faible activité promotionnelle dans le secteur des fruits et légumes (Cf mon précédent billet du 20/08/07). Beaucoup de consommateurs ont pu constater qu’il n’y avait pas, ou très peu, de publicité sur les fruits et légumes dans les journaux régionaux, et pratiquement jamais de prix sur les catalogues publiés par les enseignes.
J’en donne donc, ici, une explication succincte.
C’est un débat qui avive les relations agriculture/commerce depuis la fin des années 90.
Les syndicats agricoles (représentant des horticulteurs principalement) ont longtemps été hostiles à des publicités de prix dans les catalogues.
Il faut savoir que, compte tenu des délais de fabrication d’un catalogue, le délai entre la conclusion d’un prix…et la commercialisation du produit peut atteindre plusieurs semaines.
Dès lors, le risque existe qu’en période d’augmentation des cours, telle enseigne casse la tendance en proposant un prix très bas et empêche ses fournisseurs de profiter de la hausse.
En 2001, la loi NRE a donc imposé l’interdiction de toute publicité de prix hors lieu de vente, sauf accord de l’interprofession.
Et jusqu’en 2005, ce dispositif a été en vigueur, avec menace de procès à la clé, limitant ainsi les possibilités d’animer le marché.
Les résultats commerciaux furent catastrophiques. Les syndicats agricoles ont commencé à lâcher du lest. En février 2005, la publicité des fruits et légumes frais, hors point de vente, a été autorisée, notamment à la radio, mais toujours sous réserve de respecter les exigences suivantes :
. Accord préalable de l’interprofession sur le prix de vente proposé par le distributeur.
. Il faut que l’offre soit valable 5 jours maximum.
. Diffusion du catalogue 3 jours au plus avant le début de l’offre.
Pour nous, distributeurs, et même pour les producteurs les plus « push-vendeurs », c’était mission impossible, en tout cas, une opération sans intérêt.
1) Vous imaginez bien que nos acheteurs, mais aussi nos fournisseurs, n’ont pas envie de passer l’information à une interprofession où siègent leurs concurrents.
2) De plus, on estime que pour qu’une offre catalogue ne soit pas mensongère, il faut qu’elle soit valable au moins 10 jours, soit deux fois plus que les exigences syndicales. On n’allait pas ramasser les catalogues au bout de 5 jours !!!
Il faut bien reconnaître qu’actuellement, les syndicats et l’interprofession ont mis un peu d’eau dans leur vin. En clair, ils sont plus tolérants et font moins de fixation sur ce problème, surtout quand il s’agit d’écouler de la marchandise en surabondance comme en cette fin d’été.
Il n’en reste pas moins que ce type de réglementation produit des publicités dont on finit par se demander quel est l’intérêt, à l’instar de celle du groupe G20 (catalogue du 26/09 au 6/10). Elle consacre la moitié d’une page à la promotion des chou-fleur, laitue, tomate, poire et autre raisin… Elle ne comporte donc aucune indication de prix. Les consommateurs sont invités à aller en prendre connaissance dans les magasins.
C’est ainsi : la France réussit à classer quelques belles écoles de commerce dans le classement européen des meilleures institutions. Mais dans certains secteurs, on croit manifestement encore, comme dans le sketch célèbre de Fernand Raynaud (« Elles sont belles mes oranges pas chères »), que les consommateurs achètent aveuglément !
Posté par M.E.L. le 8 octobre 2007 dans
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14 septembre 2007
FNSEA / Distribution : Henri Loizeau invite au cessez-le-feu !

Je voudrais dire, sur ce blog, un grand merci à Henri Loizeau, directeur de la rédaction de LSA. Merci pour son appel à la raison (son édito du 13/09/07).
La polémique, je sais faire avec ! Certains diront que j’aime ça. Ce n’est pas vrai. Je n’aime pas ces rapports de force souvent artificiellement mis en scène dans le débat télévisé, pas plus que dans la vie. Le débat d’idées, oui. Les anathèmes, les tirs sous la ceinture, non !
Ras le bol donc des opérations « commandos » lancées du siège de la FNSEA contre les magasins de notre enseigne et ceux de nos concurrents. Certes, les éleveurs, la semaine dernière, n’étaient pas très nombreux (une quarantaine) et leur comportement ne fut pas, cette fois-ci, exagérément agressif. Mais pourquoi devrais-je tolérer, sans broncher, qu’on me désigne personnellement à la vindicte d’une population agricole désemparée par la réforme de la PAC.
C’est sur l’instigation d’agriculteurs du Finistère (fournisseurs et amis, mais oui !) que j’ai réagi aux propos délirants de Jean-Michel Lemétayer sur Europe 1 : «La France a plus besoin de son agriculture et de ses produits que de Michel-Edouard Leclerc et de ses magasins.» A Saint-Brieuc et à Rennes, j’étais montré du doigt, comme un ennemi public. Dans des tracts, dans les médias locaux et dans les magasins, on ne s’est pas privé de vouloir faire pression sur ma personne, officiellement « pour que MEL diminue ses marges », mais, dans les faits, pour que mes adhérents augmentent leurs prix.
C’est minable et contre-productif. Ce genre d’attitude ne peut qu’accroître ma détermination (je ne suis pas Breton pour rien !).
Bruyamment interpellé à Rennes à propos des hypermarchés, le Président de la République a montré son irritation d’être ainsi pris à partie. Il a refusé de rentrer dans cette opposition « industrie-commerce » : « Arrêtez de crier. Il y a trop de pagaille dans l’offre agricole, et la distribution est bien organisée… ». Et faisant allusion au projet de réforme de la loi Galland, il a confirmé sa volonté de traiter les produits agricoles de manière spécifique. Il a plaidé l’équilibre et non l’affrontement : « Face à la distribution, je ne vous laisserai pas seuls, mais je n’oublie pas que les Français ont aussi un problème de pouvoir d’achat ». (Le Figaro et Ouest France du 12/09/07).
Dans son éditorial, Henri Loizeau appelle la FNSEA à cesser la polémique : « Les rapports délicats du monde agricole et de la distribution méritent assurément mieux que l’anathème médiatique permanent qui semble tenir lieu de politique à la FNSEA. »
Un leader syndical peut avoir besoin de « chauffer ses troupes » à la veille de la visite d’un Président. Mais Jean-Michel Lemétayer ne doit pas oublier que les distributeurs sont d’abord des clients avant que d’être une source éventuelle de problèmes. Nous n’avons pas de conflit majeur à ce jour avec nos propres fournisseurs. Nous entrons dans une période de négociations. Nous avons besoin de sérénité et de respect réciproque pour trouver les bons compromis.
Et quel que soit le montant des hausses qui seront négociées, il s’agira pour nous, de toute façon, de les minimiser.
Qu’on nous laisse donc faire notre métier. Il faut que l’on comprenne, rue de la Baume, qu’il est de l’intérêt des agriculteurs de rassurer les consommateurs sur la justification de nos prix, de garder leur confiance.
Toute la cacophonie générée par les appels à la hausse produit les effets inverses.
Je propose donc qu’agriculteurs et distributeurs tiennent un discours commun pour rassurer les clients et leur dire qu’ensemble on fera tout pour que la revalorisation des produits agricoles ne lèse pas le « panier de la ménagère ». Voilà un discours qui serait socialement efficace.
Posté par M.E.L. le 14 septembre 2007 dans
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10 septembre 2007
La FNSEA et les prix : J.M. Lemétayer se trompe de cible
C’est demain à Rennes que Nicolas Sarkozy viendra expliquer sa politique devant les agriculteurs. Il confirmera sans aucun doute sa volonté de réformer la loi Galland et la suppression des marges arrière. Mais pour autant qu’il en recherche un effet bénéfique pour le consommateur, le Président a toujours dit qu’il fallait accompagner cette réforme d’une « réflexion spécifique sur l’agriculture ».
Les choses étant ainsi cadrées, comment interpréter le coup de gueule de Jean-Michel Lemétayer, patron de la FNSEA, sur Europe 1 ce matin.
Certes, il lui faut faire diversion. Si la loi Galland existe (et donc les marges arrière), c’est bien parce que la FNSEA l’a défendue. Comme les grands industriels et certains distributeurs, la FNSEA, depuis dix ans, fait pression sur le gouvernement pour limiter la concurrence par les prix.
J’ai participé à toutes les discussions de travail organisées au Parlement comme dans les ministères depuis 1996. Je peux témoigner que la FNSEA, jusqu’aux accords Sarkozy, plaidait pour que les discounters arrêtent de brader. Christian Jacob, ancien FNSEA, a été un ministre-clé du dispositif. On se rappellera son slogan : « Les prix bas tuent l’emploi ». Tout ce petit monde accusait la distribution de se « goinfrer de marges arrière », mais n’a jamais voulu remettre en cause le dispositif législatif.
Alors, puisque le Président a décidé de s’y attaquer, il faut bien quelques contorsions de langage et un bouc émissaire pour justifier le revirement du syndicat devant ses troupes.
A y regarder de près cependant, les propos de J.M. Lemétayer ont quelque chose de contradictoire. Puisqu’il dénonce les superprofits de la distribution, on aurait imaginé qu’il applaudisse des deux mains la suppression des marges arrière. Et puisqu’il s’agit de faire profiter les agriculteurs de la revalorisation des produits agricoles, on aurait pu imaginer qu’il s’en prenne principalement aux distributeurs les plus chers.
C’est tout le contraire qui se passe. Il a décidé de s’en prendre à ceux qui vendent moins cher (preuve si c’était nécessaire d’un double langage !).
Dans les Côtes d’Armor, les militants sont allés demander à un patron d’Intermarché d’arrêter ses promotions (opération « 2 000 prix moins chers chez ITM dans toute la France »). Et dans des tracts distribués par la FNSEA, mon groupe devient la bête noire.
Je n’irai pas plus loin dans cette polémique inutile. J’invite Jean-Michel Lemétayer à parcourir la dernière livraison du mensuel « Linéaires », journal reconnu pour son expertise dans le domaine alimentaire. Il y lira en pages 20 et 21 que sept années d’inflation séparent E. Leclerc de Monoprix, et qu’il y a, entre E. Leclerc, Intermarché, Auchan, et la queue de peloton, de 5 et 10 % d’écart en moyenne.
Je cite encore : « E. Leclerc reste intouchable au classement des discounters. Il décroche désormais de 15 % le dernier de la classe, Monoprix, dans un contexte clairement déflationniste pour les produits leaders de l’alimentaire ».
Si la FNSEA veut s’en prendre aux marges, qu’elle change de cible. Mais si elle veut que la revalorisation des produits agricoles n’effraie pas les consommateurs, qu’elle laisse faire leur métier aux distributeurs qui ont leur confiance.
Posté par M.E.L. le 10 septembre 2007 dans
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5 septembre 2007
Fruits et légumes, quelles marges chez E. Leclerc ?

Il se dit tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe, tel ce Sénateur (Mr Ferrand) qui, devant d’autres élus UMP cet été, n’hésitait pas à parler de marges de 600 % ( !!!).
Dans le contexte difficile d’une réforme de la PAC à laquelle on les a mal préparés, les problèmes commerciaux que rencontrent les agriculteurs en ce moment justifient qu’on arrête d’entretenir les mauvaises polémiques. J’appelle le syndicalisme agricole à ne pas renouer encore une fois avec les vieux démons qui consistent, comme chaque année depuis 30 ans, à désigner la distribution comme son bouc émissaire.
Souhaitant rectifier une série de déclarations vraiment mensongères sur les marges des hypers, je livre à ceux que cela intéresse les éléments du compte d’exploitation d’un rayon fruits et légumes d’un centre E. Leclerc de la région parisienne.
Le premier tableau présente le compte d’exploitation global du rayon fruits et légumes : on pourra constater que la marge commerciale est inférieure à 25 %. Charges déduites (21,4 %), le résultat courant avant impôts est de 2,95 %.
Bien sûr, entre ce type de magasin urbain et un magasin en province, il peut y avoir des écarts liés au coût de transport ou aux charges salariales. Il n’empêche, ce tableau est tout à fait représentatif des marges moyennes pratiquées sous notre enseigne.
Ensuite, je publie, ici, le détail du compte d’exploitation pour des produits très représentatifs. Il s’agit là de relevés journaliers. Le chef de rayon doit tenir compte de la variation des cours à chaque renouvellement de son approvisionnement. Il ne peut pas toujours en répercuter les hausses vu la pression de la concurrence. Et le jeu des alignements fait que les marges peuvent être positives ou négatives.
On retiendra de cette présentation qu’il peut parfois arriver que la marge commerciale journalière atteigne jusqu’à 40 % sur un article, mais c’est rare. Elle peut aussi, sur d’autres produits, être négative, jusqu’à moins 20 % (cas d’une augmentation de cours ne pouvant être répercutée). Quels que soient les cas de figure, la somme de ces variations se solde par une moyenne qui n’excède pratiquement jamais la marge de 25 % dans un centre E. Leclerc. Et le résultat courant avant impôts et participation oscille autour de 3 %.
C’est bien, c’est positif, ça rapporte de l’argent. Mais franchement, il n’y a pas de quoi crier au feu. Pourrait-on vendre moins cher encore ? Probablement. Mais on voit bien que vu le niveau de marge nette, les gains de productivité en magasin ne permettent pas de chute spectaculaire. C’est éventuellement en amont, dans la logistique qu’on peut encore trouver des gains de marge.
1) Compte d’exploitation fruits et légumes au 31/08/07

2) Décomposition du prix de vente consommateurs pour quelques catégories remarquables de fruits ou de légumes (août 2007)

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2007 dans
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28 mai 2007
Cinéma : « Le Marché de la faim » par Erwin Wagenhofer

…Vu cette semaine « We Feed the World » (le Marché de la faim) d’Erwin Wagenhofer.
Sur un plan purement cinématographique, rien à voir avec le professionnalisme du film d’Al Gore, « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange). Ici, on cultive un côté brouillon, un scénario chancelant, une image peu exigeante, sans doute pour respecter un look « docu militant », à l’instar du film « Le Cauchemar de Darwin » (Cf. la note du 21/06/05).
Sur le fond, les questions sont pertinentes et certains arguments font mouche.
Dommage que le lecteur soit obligé de rester « sur sa faim » (sic). EW flingue les trusts de l’agrobusiness, charge les multinationales (ça ne mange pas de pain, re-sic !). On a le droit au recensement de toutes les critiques contre l’hyper productivisme industriel et les excès du libéralisme. Faute de tenter l’ébauche de quelques solutions, le film est finalement assez frustrant.
1) Le scandale de la faim !
On pourrait synthétiser comme suit l’argument du film :
a) « L’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus » (J. Ziegler). Tous les moyens existent pour nourrir les populations démunies. De ce fait, « tout enfant qui meurt actuellement de faim est en réalité assassiné ». La phrase peut choquer. Elle me semble juste : il y a bien aujourd’hui « non assistance à personnes en danger ».
b) Comment en est-on arrivé là ? Par la guerre, la guerre économique que se livrent les riches nations. Elles ont choisi de produire toujours plus et au-delà de leurs besoins nationaux. Pour vendre à l’extérieur, pour gagner des devises. (L’arme alimentaire !)
L’amélioration de la productivité, mais aussi la course aux subventions…ont contribué à faire baisser les prix sur les marchés mondiaux et jusque dans les pays sous-développés. Ce qui rend impossible, dit EW, l’éclosion d’une agriculture locale, vivrière, faute qu’elle soit suffisamment rémunératrice.
c) La thèse n’est pas nouvelle. C’est celle de la plupart des ONG. Elle trouve un écho favorable dans le mouvement altermondialiste (jusqu’à José Bové, en France). Mais paradoxalement aussi, auprès des libéraux pour qui les subventions américaines ou européennes altèrent le fonctionnement du libre marché.
2) Les dégâts sociaux et écologiques à l’échelle planétaire
Le film a le mérite de présenter une critique globale et de l’illustrer.
- Critique des dégâts sociaux issus de l’hyper spécialisation agricole : on voit notamment des fils d’agriculteurs qui ont quitté leur Maghreb ou leur Centrafrique. Ils viennent travailler pour des producteurs de tomates du Sud de l’Espagne. Situation d'autant plus paradoxale que pour un même salaire, ils pourraient exercer chez eux le même métier, avec le statut de propriétaire.
- Focus sur les conséquences écologiques de ces choix alimentaires, telle la destruction de la forêt primitive (ici amazonienne, mais le cas est patent aussi en Indonésie ou en Afrique) pour laisser place à des productions plus rentables (l’huile de palme, par exemple).
- Evocation, enfin, des problèmes de qualité et la perte du goût liés à des modes de production hyper industriels (de la culture sous serres et hors sol aux OGM !). (Mais là, pour le coup, le sujet n’a plus vraiment de lien avec la démonstration principale sur la faim dans le monde).
On peut chipoter sur certaines affirmations, mais l’analyse globale « tient la route ». En tout cas, les spectateurs sortent de ce film convaincus des perversités, et surtout de l’injustice du système de répartition de la nourriture dans le monde.
3) Les limites du film
Le problème avec ce genre de documentaire militant, c’est le manichéisme. C’est aussi une forme de manipulation qui joue avec l’émotion du spectateur. Et c’est au final la frustration d’avoir adhéré à une analyse sans que ne nous soit proposée aucune alternative concrète, en tout cas à la mesure du drame qu’on a mis en scène.
a) Trop de manichéisme
Le film est construit autour des interventions de Jean Ziegler, rapporteur à l’ONU sur les questions alimentaires. Il est, sans conteste, un bon expert. Mail il est aussi un homme politique engagé à gauche (en Suisse). Quand il dit que ce film « est extraordinaire par son refus de l’émotionnel, un film purement analytique ». Ce n’est pas vrai. Exemples :
- Les témoins à charge sont systématiquement valorisés. Ils ont forcément raison (personne ne les contredit). Quant aux accusés (les dirigeants de Pioneer, Nestlé, les géants du food business), ils sont désignés coupables par avance et très peu interrogés. Si ce n’est ce pauvre Brabeck (PDG de Nestlé), piégé par un habile montage, caricatural dans son éloge d’un libéralisme qu’il ne pratique même pas lui-même. Tout entier à faire le panégyrique du Marché, il n’oppose à la famine qu’un discours surréaliste sur la nécessité de faire de l’eau une marchandise !
- Le film n’aborde pas la responsabilité des Etats, dont les carences en matière d’aide internationale sont pourtant flagrantes, dont les choix à l’OMC sont pourtant critiquables, et dont les pratiques commerciales perturbent le marché. EW fait l’impasse sur tous les facteurs géopolitiques de la malnutrition (au Darfour, dans la ceinture sahélienne, en Asie, etc.).
- Pas plus, EW ne dénonce l’idéologie de tous ces régimes politiques, héritiers des modèles communiste ou tiers-mondiste (cubain, algérien, coréen et vietnamien du Nord, chinois, mozambiquien, etc.) dont la corruption et les faillites ont conduit les peuples à la misère…sans qu’il n’y ait évidemment besoin d’invoquer, ici, les multinationales !
b) L’émotion plus que l’argument
Il y a des procédés qui « médiatiquement » fonctionnent toujours bien pour susciter l’adhésion ou l’empathie…mais qui, moi, me révoltent ! Une longue visite d’abattoir, des milliers de volailles électrocutées, décapitées, sur fond d’émulsions sanguines ? Qui n’en sort pas écoeuré, convaincu que nous avons là une métaphore exceptionnelle « des excès auxquels conduit le productivisme ». Et tout ça pour prouver que le bio c’est mieux ? Que small is beautiful ? Allons ! Plantez donc une caméra devant la mine réjouie d’agriculteurs qui saignent le cochon en famille, ça produira le même effet. Filmez encore tous ces moutons égorgés en plein air, le jour de l’Aïd, et vous verrez que le plus inoffensif des croyants aura l’air de participer à un délire collectif trash, plus gore encore que celui de nos abattoirs aseptisés ! Franchement, le procédé ne saurait tenir lieu d’argument.
Moins spectaculaire, mais tout aussi perverse : l’opposition systématique entre les petits (bons) et les gros (mauvais). OK pour dire que la pêche industrielle fait plus de dégâts que la pêche artisanale. Mais la pêche artisanale non plus n’a pas su gérer ses ressources. C’est bien parce qu’il n’y a plus assez de poissons nobles sur nos côtes qu’aujourd’hui, on est obligé d’aller « à perpète » chercher les poissons des grands fonds. L’artisanat ne constitue plus une alternative à l’industrie. Même si on ressemait de la sole et du turbot en baie de Somme ou au large de Penmarch, je doute qu’il en « pousse » suffisamment pour satisfaire le marché. Et comme les écologistes sont aussi contre les élevages !!!
c) Un goût de frustration
C’est au final ce que j’ai ressenti en quittant l’une des rares petites salles qui projetait le film. EW reste en posture contestatrice mais n’aborde pas la question des politiques alternatives.
- Ziegler explique que sur le marché de Dakar, le prix bas des légumes européens subventionnés empêche l’émergence d’un marché local mieux rémunéré. Mais supposons qu’on supprime nos subventions à l’export, les produits locaux seraient donc plus chers. Question toute bête : qui aura les moyens de les acheter ? Peut-on développer un marché théoriquement plus rémunérateur pour les agriculteurs sénégalais « alors que le pouvoir d’achat local fait défaut » ? Pas évident du tout !
On peut multiplier les exemples et les questions de ce type. C’est vraiment la limite du film et d’un discours trop simpliste.
- Plus surprenant, EW ne tente pas de brosser le schéma concret d’une nouvelle régulation des marchés. Quel rôle pour l’OMC, comment introduire les clauses sociales dans les négociations en cours ? Suppression des subventions ou réaffectation vers les systèmes de production dans les pays sous-développés ? Quels mécanismes de contrôle ? En fait, trop préoccupé à dénoncer les seules multinationales, EW reste prisonnier de son parti pris.
- Du coup aussi, EW n’a d’autre solution que de culpabiliser les consommateurs en leur suggérant de boycotter (comme le font quelques associations italiennes) certaines grandes marques ou de modifier leur comportement (ne pas manger des fruits hors saison, acheter bio et éthique). Mais il fait l’impasse sur toutes ces initiatives actuellement en germination partout dans le monde. Le microcrédit, bien sûr, qui soutient tant de projets au Bengladesh, en Inde, et désormais en Afrique australe. Et le commerce équitable, grand absent du film. Et alors, là, on ne comprend pas vraiment pas pourquoi.
J’ai été trop long. Il y aurait encore beaucoup à dire. En fait, c’est le mérite du film. Même « mal ficelé », il relance le débat. C’est tant mieux !
Posté par M.E.L. le 28 mai 2007 dans
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4 janvier 2007
« Cochon de Bretagne » : Les éleveurs se payent une bonne tranche d’humour

Certains d’entre eux n’avaient pas trop aimé que, dans ma note éditoriale, je me fusse appesanti sur les pollutions aux nitrates. Mais de l’irritation à l’humour, il n’y a qu’un pas. Et Daniel Picart, Président de l’équipe « Cochon de Bretagne » a su le franchir.
Désormais adeptes d’une « communication positive », les éleveurs bretons, et notamment ceux de la presqu’île de Crozon, ont décidé qu’en ce début 2007, il fallait savoir se taper sur les côtes.
Ne vous y trompez pas : c’est du sérieux. Ces éleveurs-là n’ont jamais eu peur de la mondialisation. Depuis longtemps, les Bretons ferraillent avec les importations de porcs chinois, hollandais ou polonais. En chefs d’entreprise (investissements lourds), ils savent ce qu’est une stratégie industrielle : valoriser toujours plus la matière première, la transformer, créer de nouveaux produits. Ils s’initient depuis quelque temps aux joies du marketing et cherchent désormais à identifier plus clairement leurs produits.
Sous le label « Cochon de Bretagne », ils veulent « aller de l’avant avec panache ». Concrètement, cela implique de réviser à la hausse tous les cahiers des charges en termes de qualité et de sécurité, animer les ventes en magasin, fidéliser la distribution, « surprendre les clients grâce à des thématiques d’opérations innovantes ».
Ils sont allés chercher le soutien de notre incontournable Jean-Pierre Koff qui, non seulement s’est pris au jeu, mais plus encore devient intarissable sur l’élevage d’un cochon qui « ne se bouffe plus, mais qui se mange ».
Les voilà devenus accros à la com. Ces éleveurs-là, vous disais-je, ont préféré l’humour à l’usage de la fourche (un petit miracle culturel pour une profession souvent tentée par les actions « coup de poing »).

C’est au talent de Malo Louarn, édité par « Terre de Presqu’île », qu’ils ont eu recours. Dans un collector qui rassemble le travail hebdomadaire du dessinateur pour la revue agricole « Paysan Breton », nos éleveurs ont décidé de présenter à tous leurs fournisseurs et leurs clients un nouveau produit sous la forme d’un antidépresseur : le rire agricole. Ca donne une BD décoiffante (il nous en reste encore quelques-unes en pays bigouden ou en Centre-Bretagne).
Je ne résiste pas à vous en servir quelques illustrations : la grande distribution, la Commission Européenne, l’INRA, et même le syndicalisme agricole…prennent quelques coups. Mais dit comme cela, ce sont comme des caresses et on aime bien. Au passage, vous remarquerez que nos Bécassine ont pris des airs de fermières top-modèles. Si, si, dans l’Ouest, on en a des comme ça !!!

Amis du bout du monde, bravo. Ca, c’est de la bonne com.

A tous les cochons de Bretagne (et l’on a coutume de dire, chez nous, qu’en chaque homme sommeille un cochon), j’envoie le plus chaleureux des bloavez mad (pour les ignares, ne pas confondre avec les traou mad qui, elles, ne tiennent pas l’année tant c’est bon).

Posté par M.E.L. le 4 janvier 2007 dans
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9 octobre 2006
Vins français : Pour ou contre les copeaux de bois ?

Cette histoire peut faire grand bruit. Peut-être moins sur le fond du problème (vin naturel ou vin cuisiné ?) que sur le tournant qu’il représente : la fin d’une image un peu trop allégorique, l’industrialisation d’un produit jusqu’ici vendu sur un mode « artisanal ».
Personnellement, je crie casse-cou. Il me semble qu’à vouloir trop en faire, et tout faire, face à la crise viticole, certains producteurs finissent par scier…le bois qui, malgré tout, constitue les racines d’une viticulture proposant…sa différence, et porte encore les fruits de sa notoriété mondiale !
Problème de coût ou problème de goût ?
Bruxelles vient d’accepter que pour accélérer « l’effet de vieillissement des vins de pays », les viticulteurs puissent avoir recours à l’imprégnation de copeaux de bois dans les cuves. Pas n’importe lesquels. L’étiquetage devra justifier l’origine des espèces botaniques du chêne en décoction, en l’occurrence du quercus, arbre habituellement utilisé pour fabriquer les tonneaux.
L’objectif ? Obtenir ce goût de bois dont on nous dit qu’il imprègne les plus belles réussites, les plus beaux flacons commercialisés par nombre de producteurs du « Nouveau Monde ». Et tout cela à moindre frais. La technique est peu coûteuse, dix à vingt fois moins chère que le vieillissement en barrique pour un bon cru.
La polémique et ses protagonistes
Le syndicat des vins de pays soutient que cette mesure est primordiale pour pouvoir lutter contre la concurrence des nouvelles zones de production qui, de la Nouvelle Zélande au Chili, en passant par la route des vins sud-africaine, usent et abusent de cette technique.
Les zélateurs du copeau estiment pouvoir, par cette méthode, s’aligner en terme de prix sur la concurrence de ces vins « au goût international » qui saperaient les positions françaises à l’export.
Mais si, en apparence, le monde agricole se félicite du décret bruxellois, les premières moues, à défaut de crier au vinaigre, dénoncent, dans ces futurs moûts, un faux miracle de la transmutation : « si vous mettez des copeaux dans du vin, ce n’est plus du vin, ça devient de la tisane. Que des gens aiment ça, je n’ai rien contre, mais ça n’est pas ma tasse de thé ! », dit, non sans humour, Hubert de Montille, viticulteur à Volnay (Le Parisien, 9/10/2006). Et de fait, rien ne dit que les amateurs de vins français ne restent perplexes devant l’aveu de telles pratiques.
Plus de questions que de certitudes
Je comprends qu’en pleine période de crise (baisse des débouchés et des prix), tout un monde viticole s’accroche à ce type de mesure, et qu’alors où le coca cola côtoie aussi facilement le grand cru sur les tables, il faut savoir lever les tabous. Le monde du vin n’est pas un musée. Et, comme le dit ce viticulteur à Fronsac (Le Parisien, idem), les puristes ne cotiseront pas aux pertes d’exploitation.
Mais tout de même, n’est-on pas en train de « jeter le bébé avec l’eau du bain », et après avoir dénoncé la dictature du « goût international » trop facilement attribué au seul Robert Parker (auteur du célèbre guide et œnologue trop vite flingué par le film de Jonathan Nossiter, « Mondovino ») et revendiqué la diversité de nos terroirs, fallait-il orchestrer cette trahison par rapport à ceux qui ont justement investi dans « leur différence ».
Je me pose tout simplement les questions suivantes :
1) Jusqu’à quel point les arguments mis en avant par le lobby des copeaux sont-ils pertinents : quelle part de vins étrangers procèdent vraiment de la sorte ? Peut-on décemment attribuer le succès des vins chiliens, espagnols, italiens ou même californiens à la recherche de ce « goût boisé international ».
2) A supposer que cela soit vérifié, comment mettre en scène, dans nos rayons, la communication de ces vins dont on nous dit qu’ils sont d’abord destinés à l’export, et la faire cohabiter avec toutes les autres bouteilles dont les étiquettes continueront de se revendiquer de la typicité du terroir ?
3) Ces questions qui concernent le fond du problème, rejoignent des préoccupations plus formelles dont la mise en œuvre risque encore plus de brouiller la lisibilité de l’offre proposée aux consommateurs.
On nous dit que l’opération sera encadrée. L’étiquetage des bouteilles sera balisé. On nous dit surtout que l’opération est destinée aux producteurs de vins de pays.
Mais on nous dit aussi qu’elle pourra être étendue « expérimentalement » à des producteurs de zone AOC, de Bordeaux, de Touraine ou du Beaujolais. Comment cette cohabitation va-t-elle être gérée ? Une image chassant l’autre, qu’en pensent vraiment les viticulteurs qui ont « tiré leur vignoble vers le haut » à coups d’investissements, d’endettement et d’exigences qualitatives.
Le bon marketing, ça ne sera jamais efficace sur de la daube
Je suis plutôt fine gueule, mais pas naïf. La bonne cuisine est souvent faite de quelque alchimie mélangeant bien des ingrédients pour obtenir les goûts, les couleurs, les saveurs que parfois des artifices viennent rehausser. Parmi ceux-ci…des possibilités de chaptalisation modérée, d’assemblage de cépages dans des proportions infinitésimales…
Je comprends qu’on ne puisse pas produire des vins uniquement pour les élites. Mais je ne peux m’empêcher d’adhérer aux propos de Montille : « Depuis plus de 150 ans, on plante des vignes sur des terres qui n’étaient pas faites pour ça. Alors on aura beau ajouter des copeaux…ça ne fera jamais un bon vin ». Vrai problème de concurrence avec les vins étrangers, solution risquée que de les singer.
Comme je l’ai déjà développé ici (Cf. ma note du 31/07/06), les problèmes de notre viticulture sont réels, mais il n’y a pas de fatalité de la crise. Les actions correctrices sont connues : réduction des zones de production et arrachage (en cours) des vignes trop productives et peu qualitatives. Rénovation du « marketing de l’étiquette » en respectant la diversité de l’offre, mais en se focalisant sur la fourniture d’une information consommateur plus adaptée à des demandes d’usage, à des demandes de goût. Avec indication du cépage et ses caractéristiques.
Le risque, dans l’affaire des copeaux, c’est qu’on ne retienne que « l’écume » des choses. Que cet ersatz de politique, souhaité par les uns, sabote les efforts des autres et jette le trouble sur l’ensemble de la production.
Qu’en pensent les amateurs ?
Posté par M.E.L. le 9 octobre 2006 dans
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1 septembre 2006
Curiosité : un manga pour découvrir le vin

C’est Jacques Dupont (Le Point) qui, lors d’un déjeuner cet été, l’a malicieusement posé devant moi. Je connais depuis longtemps le culte qu’il voue à Bacchus et à ses zélateurs. Il sait mon intérêt pour la bande dessinée d’auteur. Ce petit livre réunit nos deux passions.
Oui, c’est un manga. En fait, le premier d’une série consacrée au vin, à l’édification œnologique des lecteurs japonais. Une curiosité vue d’ici, un engouement à Tokyo et même jusqu’à Séoul !
Cela fait déjà plus de dix ans que « Sommelier » a été publié au Japon. Les éditions Jacques Glénat ont décidé de nous le faire découvrir. Araki Joh, l’écrivain et scénariste, a, depuis, complété la collection avec deux titres célèbres « là-bas » : Shun no wine et Kabu market.
Rien de bien folichon dans l’écriture. Je dirais même que l’histoire démarre avec des semelles de plomb. Prendre comme « argument » la vie et les frasques d’un Casanova esthète, habité par la mémoire des flacons, et de surcroît tombeur de luxueuses midinettes (toutes un peu connes, il faut le dire), voilà qui pouvait offrir une jolie trame. Il paraît que les femmes japonaises raffolent du genre…et du héros. En tout cas, Joe Satake (c’est lui) est beau, sublimé par le talent de Shinobu Kaitani (prix Tezuka 1991 pour Mou hitori no boku, « Mon double »). Un très bon dessinateur de mangas, sans aspérité comme il se doit, maître dans ce genre un peu froid, friand de compositions très classiques et posées, excellent pour vanter les mérites aristocratiques du vin.

Car le but, c’est la pédagogie. Mettre en scène des histoires de bouteilles à travers des énigmes, des reportages. Le héros distille ses informations sur les crus, les cépages, les vignobles du monde. Non sans parfois tenir le lecteur en haleine. Rappelons que l’ouvrage bénéficie des conseils avisés d’un des meilleurs œnologues japonais, Ken-Ichi Hori (ah bon, vous ne connaissiez pas ?).
Vu du Médoc ou des Côtes de Provence (j’y suis présentement), tout ceci nous a un petit air exotique, fort sympa. Jacques Dupont m’a dit qu’en Asie, beaucoup de lecteurs se rendaient directement dans les wine bars pour réclamer la dégustation de tel flacon mentionné dans ces historiettes.
Alors, à moi aussi ça donne des idées. Je vais mettre en scène, sur mon blog, quelques découvertes et coups de cœur. J’essaierai d’y mettre quelques broderies pour envelopper les dives bouteilles. Et qui sait si, comme pour Joe Satake, tomberont les filles… !!!
Posté par M.E.L. le 1 septembre 2006 dans
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31 juillet 2006
Les viticulteurs en colère : la crise du vin n’est pas inéluctable !

Si l’on en croit Christian Paly, Président de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux de vie en AOC (CNAOC), « La crise que traverse aujourd’hui la viticulture française est la plus grave depuis trente ans, car elle n’est plus seulement conjoncturelle mais structurelle ». (La Tribune, 05/05/06). Tous les acteurs de la filière sont aux abois. Depuis les producteurs des Côtes du Rhône qui n’ont pas hésité à réduire de 20 % leur production en 2005, jusqu’à la Commission Européenne, d’abord critiquée par le gouvernement français, mais finalement engagée dans un plan drastique d’arrachage et de réorientation des productions.
J’ai la chance de pouvoir disposer d’un observatoire exceptionnel pour apprécier l’ampleur des dégâts. Notre enseigne commercialise près de 230 millions de bouteilles (plus de 180 millions de litres). Depuis plusieurs années, elle fait la course en tête avec 15,3 % de part de marché en France (14,1 % en valeur). Initiateurs des foires aux vins (15 % du CA annuel), nos adhérents engrangent des progressions annuelles de 3 à 4 %.
Qu’avons-nous constaté ? Une mutation importante de la demande : des changements de comportement, des attentes nouvelles, des rythmes d’achats qui, à eux seuls, confirment l’inadaptation de toute une partie de l’offre de vins fins dans notre pays. Nos cavistes, nos adhérents en charge de la politique d’achats considèrent tous, comme Jean-Luc Roché, adhérent à Loches et chef d’orchestre de nos mises en marché, « qu’il n’y a pas de fatalité de la crise, mais une urgente nécessité de revoir le modèle de commercialisation ». Avec deux impératifs : renforcer la qualité (trop disparate, y compris sur une même ère d’appellation) et les « signes » de qualité (ce qui est affaire de marketing).
1) Actions à mener sur le marché domestique
A lire les gazettes professionnelles, la crise viticole « c’est la faute à la loi Evin ! ». Et c’est aussi « la faute à la concurrence des vins étrangers ». Pfuitt… ! Un zeste de vrai, un gros air de faux alibi.
- Malgré la loi Evin, qu’on se le dise, la France reste le premier pays consommateur de vins dans le monde : 33 millions d’hectolitres consommés par 40 millions d’adultes. Même les Italiens qui en veulent à notre réputation de meilleurs amants, meilleurs footballeurs, font nettement moins bien. Les Français boivent 55 litres par an contre 51, les Italiens, 34, les Espagnols, 18, les Anglais et…6,1 par Russe (mais là, faut-il croire les statistiques !). La loi Evin est évidemment critiquable en ce qu’elle empêche d’optimiser la communication du vin et sa promotion, mais elle n’a pas eu d’effet sensible sur les débits !
- Les vins du Nouveau Monde ? Ils pointent effectivement leur nez. Normal. Il y a du bon sur le marché. Du chilien, du californien, du néo-zélandais, du sud-africain, de l’australien. Mais si l’on trouve de tout à la grande épicerie du Bon Marché, ces vins ne représentent pas encore 3 % des ventes des hypers. 5 à 7 % si l’on y inclut ceux de la vieille Europe, italiens et espagnols… Alibi, vous dis-je !
En réalité, c’est le consommateur qui change. Les buveurs (que, pour faire le délicat, on appelle « amateurs ») ne représentent plus que 60 % de la population française contre 70 % au début des années 90. Mais ils veulent boire moins, ils veulent du mieux, et c’est très bien.
Le vin est de moins en moins associé au pain quotidien. Les Français veulent acheter des « vins plaisir ». Se faire plaisir ! La nouvelle génération ne se sent pas obligée de singer les mandarins de la treille. Les jeunes achètent des guides, parlent en experts, mais ils aiment découvrir, pas forcément afficher un statut social derrière une étiquette supposée « en jeter ». Les femmes, surtout, sont devenues préconisatrices. Elles sont insensibles au discours pseudo-viril d’une viticulture sans poésie, tout en tanin, tout en cuisse, et en puissance. Elles recherchent des accords de mets. Chez elles, l’Utile et la fête créent de nouvelles attentes.
Du coup, force est de constater que le marketing du vin est inadapté. Les étiquettes ne parlent pas. Les vins, chez les cavistes comme dans l’hyper, sont classés par région, par domaine. Un peu comme si le libraire classait les livres par éditeur plus que par genre ou par thème.
Depuis une dizaine d’années, les hypers, notre enseigne en tête, ont investi sur le « conseil ». Sommeliers, œnologues animent les foires aux vins ou les rayons principaux, guides et catalogues sont légion.
Mais c’est à la source qu’il faut revoir le marketing du produit. Faire parler les étiquettes, c’est dire le goût, les associations de saveurs, décrire les caractéristiques des cépages et des terroirs. A l’occasion, travailler l’association des cépages ! Inutile de dire que ce n’est pas dans la culture française.
Les nouveaux gourous veulent tout casser. Ils ont tort ! La vieille clientèle veut et a besoin de garder ses repères. Mais il faut ouvrir l’éventail des modes de communication et ouvrir nos linéaires aux « vins de marque ». Une chance d’ailleurs pour nos vins de pays qui ont bien du mal, malgré leur qualité, à trouver leur place aux côtés des AOC !
2) Actions sur le marché international
L’euro est fort. Nos vins sont donc 20 % plus chers depuis trois ans. Les viticulteurs n’y peuvent rien. Enfin, je veux dire la plupart des viticulteurs ! Quand je vois certains grands crus bordelais augmenter de 20 à 30 % les tarifs en primeurs, je me dis, tant pis pour eux s’ils sont aussi aveugles !
Mais sur le fond, indépendamment de cette conjoncture qui leur échappe, le problème est le même que celui du marché domestique. En plus urgent, vu les initiatives de nos concurrents sur les marchés export. Avec, en prime, la nécessité de revoir nos circuits commerciaux.
- Sur les marchés asiatique, anglo-saxon et même hispanisant, c’est l’indication de cépage qui déclenche l’achat. Repère fixe, repère international, repère automatique qui justifie qu’on n’est pas obligé d’être licencié en géographie pour savoir où se situe telles côtes du bordelais, telle appellation bourguignonne, tel domaine dont l’étiquette ne décrit de toute façon pas les caractéristiques gustatives.
- C’est dans cette démarche que s’est engagé Chamarré qui regroupe à l’export six grosses coopératives viticoles du Languedoc, du Bordelais, de la Loire, du Gers et de la Corse. Une initiative qui se concentre sur la demande grand public et va rechercher le même succès qu’a su engranger Mouton Cadet à un niveau de prix plus élevé.
- Le grand public ! Voilà bien une notion que nos Chartrons devront réintégrer dans leur vocabulaire. Quand on fréquente, comme moi, les restaurants du bout du monde, on ne peut être qu’interloqué. Les vins français, c’est pour les cartes de « La Grenouille » à New York ou pour « Le Mandarin » à Hong Kong. Avec des prix qui allègrement se baladent entre 60 et 200 euros la bouteille ! Mais sur les cartes des gargotes, des petits bistros ou des chaînes franchisées de la planète, celles qui rassemblent la majorité des buveurs à conquérir, on trouve surtout des vins espagnols, italiens, chiliens. Peu de « bons petits vins bien de chez nous ». Voilà ce qu’il faut changer : partir à la conquête de nouveaux réseaux commerciaux, avec des produits adaptés à cette clientèle.
Ne me dites pas qu’il s’agit de faire la révolution ! Celle des mentalités ? Oui, certainement. Mais pour un tel plan d’actions, point n’est besoin de tenir des discours excessivement iconoclastes sur le système de production. C’est de marketing qu’il faut parler, de rapport qualité-prix, d’étiquette… bref de commerce !
Forcément, je suis ici un peu lapidaire. Mais parlons-en. Le sujet est passionnant. J’aimerais bien que sur ce blog, on essaie positivement de travailler sur ce sujet.
Posté par M.E.L. le 31 juillet 2006 dans
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13 juin 2006
U.E.-biologique : un label pour les produits bio européens, mais pas au rabais !

Querelle idéologique, corporatiste, ou débat d’utilité publique ? La question de la création d’un label européen pour les produits bio agite la mouvance écologiste, mais aussi les entreprises agroalimentaires et les syndicats agricoles français. C’est en principe, en fin d’année, que la décision sera prise. En fait, elle est pratiquement entérinée. La seule question officiellement en suspens : le label sera-t-il obligatoire ou non ?
Mais sous le boisseau, couve une vraie problématique, celle de l’industrialisation de ce mode de production, historiquement associé au modèle de la petite entreprise (du moins dans l’hexagone) alors que le bio devient, fort de son succès (et de ses marges !), un enjeu pour les grandes entreprises agroalimentaires.
L’enjeu : l’industrialisation du marché bio
Depuis une réglementation qui date (déjà) de 1991, l’U.E. a laissé les professionnels organiser le marché autour de chartes nationales plus ou moins contraignantes. En France, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique (FNAB) a toujours préconisé une politique de rigueur et n’a jamais hésité à faire le ménage en son sein. Avec les fédérations espagnoles et italiennes, nos agriculteurs bio font pression pour que la Commission défende une position dure : cahier des charges restrictif, label obligatoire.
L’enjeu est d’importance.
En Suisse, en Allemagne ou dans les pays nordiques, le secteur s’est fortement adapté à l’accroissement du marché et à son industrialisation. Dans ces pays, à l’instar de ce qui se passe sur le marché du commerce équitable, la grande distribution joue un rôle moteur (Cf. ma note sur les Coop Suisse). Les marques d’enseigne (MDD) sont perçues comme co-garantes de la qualité bio. Dans la production ou la distribution, bio et marketing font bon ménage.
En France, le bio a longtemps été l’apanage d’un secteur artisanal très atomisé. Le label était même devenu la marque d’une ruralité revendiquée par des producteurs qui en ont fait une arme face aux excès du productivisme agroalimentaire.
Mais désormais, les grands de l’agroalimentaire y investissent (produits laitiers, volaille, confiture, biscuiterie). Danone, Nestlé veulent devenir leaders. Un même schéma d’évolution, donc, que dans l’Europe du Nord.
Et si le marché hexagonal stagne conjoncturellement, du fait de sa cherté, les perspectives d’échanges intracommunautaires vont de plus en plus faire la part belle aux produits de nos voisins.
Le risque d’un label au rabais
Pour ma part, je ne suis pas opposé à ce qu’on rende obligatoire un même label dans l’U.E.. Les consommateurs n’en exprimaient pas encore vraiment le besoin. Les labels actuels que l’on trouve sur le marché français, sont tout à fait pertinents tant du point de vue de leurs engagements que de leur lisibilité. Mais si l’on met en perspective le doublement ou le triplement du marché, autant devancer les problèmes et harmoniser les sigles.
Mais je suis entièrement d’accord avec les exigences émises par certaines fédérations françaises (dont Inter Bio Bretagne) qui craignent un texte qui ne retiendrait du cahier des charges bio européen que les plus petits éléments communs dénominateurs.
Faut-il, comme elles le souhaitent, exiger de descendre encore le seuil fixant la présence des OGM à 0,9 % de la composition d’un produit ? Pourquoi pas. (De toute façon, cette disposition n’aura d’efficacité que si on arrive à contenir et à marginaliser les cultures OGM. A défaut, je ne vois pas comment on pourra empêcher les pollinisations croisées. Et que restera-t-il des possibilités de produire bio dans ce cas-là ?).
Mais en tout état de cause, il serait stupide que la Commission Européenne retienne, contre l’avis de la FNAB et d’Inter Bio, un texte qui autoriserait l’usage de pesticides chimiques et l’assemblage (dans les plats préparés, par exemple) de produits non issus de l’agriculture biologique.
On peut être fana du bio ou pas. On peut, ou non, revendiquer, label bio au poing, une démarche plus politique. Mais même si l’on s’en tient à la simple rationalité économique, l’intérêt de rendre obligatoire un label bio, c’est d’en assurer la capacité différenciante par rapport à un marché normalisé. Les consommateurs, pas plus d’ailleurs que les acteurs économiques, n’auraient intérêt à ce que l’on brade le label bio.
Posté par M.E.L. le 13 juin 2006 dans
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9 mars 2006
Grippe aviaire : E. Leclerc et la distribution s’organisent

Il ne se passe pas une journée sans qu’un journaliste ne vienne m’interroger sur l’organisation des centres E. Leclerc face à la menace de grippe aviaire et aux conséquences sanitaires et commerciales. Sur ce sujet, je communique peu. La psychose créée par la surmédiatisation peut être contreproductive. Nous avons vécu cela pendant l’affaire de l’ESB. Ne recommençons pas les mêmes erreurs. Et à ceux qui contesteraient ce choix, je rappellerai qu’à ce jour, la vente de viande rouge est en progression constante, malgré les cinq derniers cas français d’ESB… Explication : les médias, focalisés sur la grippe aviaire, n’ont pas fait leurs gros titres sur l’abattage des troupeaux.
E. Leclerc, comme les autres enseignes, est mobilisée depuis plusieurs mois. Pour parer aux conséquences sanitaires de l’épizootie, pour prévenir et gérer un risque éventuel de pandémie, et pour aider commercialement la filière avicole.
1) Toute la distribution en veille active
a) Depuis octobre 2004, le gouvernement organise des réunions avec les professionnels. E. Leclerc y est conviée. Notre activité est considérée comme essentielle et prioritaire en cas de crise : qu’il s’agisse de procéder à des retraits, de rappeler des produits, de multiplier les prélèvements, d’organiser la traçabilité…ou qu’il s’agisse encore de répondre à des ordres de réquisition pour approvisionner les forces d’urgence (hôpitaux, police…) ou une partie de la population qui aurait été confinée en cas de pandémie.
C’est Didier Houssin, Directeur Général de la Santé, qui est le délégué interministériel chargé de coordonner les actions des ministères. En première ligne : Bercy, l’Intérieur, la Santé, l’Agriculture. Les réunions sont fréquentes. Avec nos collègues de la FCD, nous sommes informés sur l’ensemble des travaux et participons à l’élaboration de plusieurs scénarios de crise.
b) D’autre part (toujours avec les groupes de travail de la FCD), nous avons établi un calendrier de réunions avec la filière avicole, et plus généralement avec toute l’industrie des PGC (ANIA, ILEC…), ne serait-ce que pour parer à tout problème d’approvisionnement.
c) L’ensemble de ces réunions sont réputées s’inscrire dans le « Plan gouvernemental de prévention et de lutte « Pandémie grippale », actualisé en janvier 2006, et disponible en ligne sur www.grippeaviaire.gouv.fr.
2) Dans l’enseigne E. Leclerc :
a) Le risque de pandémie reste extrêmement faible en France. Même si déjà pointent des polémiques sur le dispositif gouvernemental (on n’y coupera pas, surtout à l’aune des élections de 2007 !), tout laisse à penser que les mesures sanitaires se révèlent efficaces. Il faut faire comme si la pandémie était possible, s’y préparer, mais sincèrement, nous avons quand même un peu de temps pour étoffer le dispositif.
Dans tous les cas, nous savons que nous pouvons être réquisitionnés. Les scénarios existent. C’est un des chantiers sur lesquels nous planchons.
b) Un groupe de travail réunissant ou pouvant faire appel à tous types de compétences a été constitué, directement rattaché au comité stratégique de l’enseigne. J’en ai confié la responsabilité nationale à des hommes qui ont déjà été en première ligne pour traiter l’affaire des steaks hachés, cet automne (dont B. Bornancin, adhérent à Mont-de-Marsan que certains se rappelleront avoir vu en œuvre à la TV, puisqu’il gérait, dans le Sud-Ouest, une cellule de rappel des clients contactés grâce à leur carte de fidélité). Il y a aussi des adhérents qui, acheteurs, connaissent bien le secteur volaille et les éleveurs ; des adhérents déjà engagés dans la commission chargée des contrôles de qualité, Yves Boisard, notre consultant vétérinaire, et deux de mes principaux collaborateurs, Charles Ly Wa Hoï, coordinateur qualité, et Philippe Séligmann, communication.
Ce groupe de travail suit les dossiers suivants :
- Précaution : Relations avec les fournisseurs ; gestion de l’information ; contrat qualité, opération de retrait éventuel, rappel…
- Protection du personnel des magasins : achat, répartition, élaboration de scénarios d’intervention (masques, équipements spéciaux, mesures d’hygiène).
- Relations avec les autorités sanitaires (Direction de la Santé, Service de Veille Vétérinaire, etc…).
- Relations avec les consommateurs : plan de communication adapté aux différentes « cibles » : médias, clients, personnel. Gestion des opérations de prévention et de gestion de crise.
c) L’action de ce groupe de travail est relayée par les directeurs des 16 coopératives régionales qui travaillent, notamment, sur la problématique spécifique du stockage et de l’approvisionnement.
d) Toutes ces personnes ne communiqueront qu’en cas de besoin. Priorité au travail de terrain.
3) Le soutien à la filière :
Si j’ai exprimé des doutes sur l’efficacité de la communication collective pour promouvoir, dès maintenant, la volaille française à la TV, mon groupe n’en est pas moins mobilisé dans des actions locales immédiates.
J’en profite pour témoigner du sérieux de nos fournisseurs et de nos interlocuteurs de la filière avicole en général. Personne ne mégotera sur un quelconque problème sanitaire. Tous les producteurs sont en observation de leurs bestioles. Ils savent qu’en cas de test positif H5N1, il faudra sacrifier le troupeau. Ceci justifie largement qu’on soutienne leur demande d’aide financière et qu’on leur donne un coup de main commercial.
Chaque région E. Leclerc met en place, avec les acteurs volontaires de la filière (éleveurs, industriels), des opérations en magasin. Ca marche bien. Au-delà de toute attente. Une anecdote racontée par B. Bornancin : « Samedi dernier, je passe devant le rayon volaille. Je m’inquiète de le voir surstocké en cette période de mévente. Une heure plus tard, je suis stupéfait de voir le nombre de clients enthousiastes devant l’animateur, un éleveur des Landes. Résultat : 650 poulets « label rouge » vendus dans la journée : trois fois plus que d’ordinaire !!! ».
Des dizaines d’animations de ce type sont projetées dans toute la France, en attendant l’opportunité d’actions publicitaires nationales, elles aussi programmées.
A suivre, donc…
Posté par M.E.L. le 9 mars 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produ









