13 février 2009
Le prix des pâtes et du riz en janvier

Panique dans les états-majors de la distribution, mercredi et jeudi derniers. Alors que toutes les enseignes s’évertuent à annoncer des baisses de prix, voilà qu’une dépêche, commentant une étude Nielsen, déclare que pâtes et riz ont augmenté de 10 à 11 % en janvier. Des hausses d’autant plus incompréhensibles qu’on observe une baisse des matières premières agricoles depuis juin 2008.
Comme tous mes collègues, j’ai été interrogé par les journalistes et sommé de nous expliquer sur ces hausses. Eh bien, j’ai beau être crédité d’une bonne capacité de communication, j’en suis resté coi.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les relevés de prix effectués par mes services disaient exactement le contraire.
Jugez-en vous-mêmes : sur la période qui va de novembre 2008 à janvier 2009, l’évolution des prix est la suivante :
- Prix de la farine « grandes marques » : - 15 %
- Prix de la farine MDD : - 14,9 %
- Prix des pâtes MDD : - 6,2 %
- Prix des pâtes « grandes marques » : - 6 %
Certes, le prix du riz a continué d’augmenter ces trois derniers mois (+ 4,7 %), mais les accords conclus avec les industriels font qu’il baissera de 11 % début mars.
Comment alors expliquer cette contradiction entre les données statistiques issues des magasins et les études attribuées à Nielsen ?
Réponse : ceux qui ont rédigé les dépêches ont mal lu l’étude Nielsen.
1) L’étude Nielsen ne portait pas sur les prix de janvier, mais sur l’inflation annuelle observée de janvier 2008 à janvier 2009. Nielsen n’a jamais dit que le riz et les pâtes avaient augmenté de 10 % en janvier.
2) Au contraire, s’exprimant dans LSA, Georges Ferronnière, Directeur Marketing de Nielsen, constate des baisses de prix en janvier : « Janvier 2009 confirme…le retournement amorcé fin 2008. L’inflation a ainsi perdu 2 points en deux mois sur l’exhaustif… ».
3) Et il enfonce le clou : «l’inflation à un an des pâtes n’est plus que de 11 %, alors qu’elle était encore de 16 % sur le mois précédent, et avait frôlé les 50 % sur les produits d’entrée de gamme au troisième trimestre 2008».
Bref, tout ça pour dire que la communication sur les prix n’est déjà pas facile. Elle est déjà suspecte quand elle émane du commerçant, alors, vous pensez bien, quand l’information est fausse, quand l’interprétation n’est pas bonne, ça devient mission impossible.
Malgré tout, je confirme et signe. La désinflation est engagée…
Posté par M.E.L. le 13 février 2009 dans
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10 février 2009
Carburants : pas facile de suivre l’évolution des prix !

Partout sur le Net, les consommateurs disent leur incompréhension : fin 2008, E. Leclerc, suivie des autres enseignes de distribution, annonçait que le prix à la pompe du supercarburant sans plomb 95 passait sous la barre de 1 euro. Or, aujourd’hui, malgré des variations du cours du brut plutôt sages, les derniers relevés sur le site «www.prix-carburants.gouv.fr » donnent un prix moyen TTC de 1,12 €.
La surprise des consommateurs est complètement justifiée. Explication ? Contrairement à une opinion trop répandue, les variations du prix de l’essence ne dépendent pas du seul cours du brut. En fait, il faut tenir compte :
- du cours du brut,
- des variations du dollar,
- de la disponibilité et des cours du produit raffiné.
Ces dernières semaines, il s’est produit un mouvement assez inhabituel de correction du prix, exprimé en dollar par tonne, du supercarburant SP 95. Entre le 23 décembre 2008 et le 5 février 2009, ce produit est passé de 296,25 dollars la tonne à 432,50 dollars la tonne, soit une augmentation de…46 %, alors que le cours du brut de référence « Brent » ne progressait que de 15,1 % et le gazole moteur, sur la même période, baissait, lui, de…0,6 % !
Mais à ces facteurs explicatifs, il faut en rajouter un autre : le poids des taxes.
Dans la configuration actuelle du marché, le prix du carburant, en sortie de raffinerie, ne pèse que pour environ 22 % de la variation de prix. Tout le reste, ce sont des taxes. C’est ce qui explique que la hausse de 46 % du produit lui-même ne se traduit que par une hausse de 9,9 % au stade du consommateur (et de même, quand le brut descend, le prix de l’essence ne baisse pas dans la même proportion…).
Des corrections de marché de cette ampleur sont très rares. Elles entraînent beaucoup de suspicion sur le marché et sur les marges des pompistes qui n’ont pratiquement pas varié depuis 4 ans.
Des internautes ont suggéré qu’on s’en explique sur des panneaux d’information dans les stations-service. L’idée est sympa, mais vous conviendrez que de telles explications ne sont vraiment pas faciles à communiquer aux clients !
Posté par M.E.L. le 10 février 2009 dans
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15 janvier 2009
E. Leclerc en Corse, l’an I de la baisse des prix

E. Leclerc en Corse ! Beaucoup n’y croyaient pas. Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l’implantation de notre enseigne, un tract signé d’un quidam se revendiquant du FLNC (mais c’est à la portée de n’importe quel crétin !) dénonçait « l’exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d’accueil, d’autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d’offres.
Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l’appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l’Ile Rousse, des Padrona d’Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.
Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l’enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.
Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m’a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d’approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d’exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !
La Corse, jusqu’en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :
- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l’insularité. L’état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n’opère pas toujours sur les mêmes produits.
- Et puis, il y a la raison essentielle : il n’y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d’une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l’essence, des produits agricoles, des produits importés… L’absence de concurrence donc !
La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!
L’arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l’indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d’enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d’augmentation de chiffre d’affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d’approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n’a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.
Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C’est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie…sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino…même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait plutot ? » - cnat : « il ne l’ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole…avant ils faisaient ce qu’ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s’aligner… »
Qu’importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n’y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse…

Posté par M.E.L. le 15 janvier 2009 dans
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23 décembre 2008
Supercarburant sous la barre de 1 € !

Joyeux Noël à tous ! Les actes valent mieux que les promesses… Les stations-service à l’enseigne E. Leclerc ont été les premières à faire passer le gasoil en dessous du seuil symbolique de 1 €. A partir d’aujourd’hui, et au rythme de l’épuisement des anciens stocks, toutes les stations baisseront le prix du SP 95 en dessous de 1 €.
Nous nous sommes engagés à répercuter dès que possible les baisses des matières premières. Pour le carburant, démonstration est donc faite.
Tout au long de 2009, nous agirons de même pour tous les produits dont les coûts d’approvisionnement ont baissé (produits à base de céréales, de lait, de matières plastiques, etc).
La déflation, c’est dur à vivre pour les entreprises, mais ça doit être aussi une aubaine pour les consommateurs dont le pouvoir d’achat avait été miné par six ans d’inflation. Place à la baisse donc.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 23 décembre 2008 dans
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9 décembre 2008
Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.
Qui fixe les prix ?
Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!
Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.
E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).
La maîtrise des volumes :
Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.
Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :
En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.
De quelles marges parle-t-on ?
Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :
1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…
2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.
Prix de vente et marge du distributeur :
70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.
Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.
Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?
Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.
Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :
- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.
- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.
- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.
- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.
Conclusion provisoire
Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 9 décembre 2008 dans
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8 décembre 2008
Prix du lait (II) : vérités et mensonges…
Si l’on veut renouer le dialogue et œuvrer à la recherche de solutions durables, il faut certes en finir avec la violence, mais aussi accepter une part d’autocritique, et surtout travailler hors de tout mensonge et de toute intox. Commençons par rectifier :
«La faute à MEL» :
L’Humanité du 03/12/2008 titre : «Les laitiers victimes de la « loi Michel-Edouard». Un peu partout, les tracts de la FNSEA reprennent cette antienne. Pourquoi cette assimilation (loi LME : Loi Michel-Edouard) ? Tout simplement, parce que les opposants à la réforme de la loi Galland auraient voulu en limiter la portée et ramener l’affaire à la défense des intérêts de Michel-Edouard Leclerc et de ses compères de la distribution.
C’est trop d’honneur, messieurs. Certes, je revendique d’avoir engagé le combat contre la loi Galland (les Centres E. Leclerc étaient les seuls à s’opposer à cette loi). C’est bien nous qui avons alerté le Président et les consommateurs en investissant dans des campagnes de presse et d’affichage. Mais au final, c’est bien la majorité parlementaire qui a voté le projet présidentiel (dont le volet urbanisme commercial s’est limité à libéraliser le hard-discount au détriment des hypermarchés, y compris les nôtres !!!). Permettez donc que je n’assume pas complètement la paternité (sic).
«La faute à la LME ?»
De toute façon, en véhiculant cette thèse, la FNSEA se tire une balle dans le pied. Qu’est-ce que la loi LME, si ce n’est la suppression des marges arrière que la centrale syndicale semblait dénoncer.
Sauf à révéler un double discours (contre les marges arrière en apparence mais d’accord avec l’ANIA pour les maintenir), ceux qui attribuent leurs difficultés à la LME commettent un énorme contresens.
Cette loi ne concerne pas les agriculteurs. Même sous la loi Galland, il n’y avait presque pas de marges arrière sur les produits agricoles. Et indirectement, elle les favorise en ramenant de la transparence sur le marché des grandes marques agroalimentaires, en supprimant les remises opaques et artificielles dont les agriculteurs n’avaient jamais connaissance.
Dans le cas d’espèce, la réforme n’a aucun impact sur la détermination du prix du lait. Sinon, comment expliquer qu’en Allemagne, en Hollande, en Espagne ou en Italie, les cours du lait s’effondrent aussi alors que les négociations commerciales ne sont évidemment pas soumises (tout le monde en conviendra) à la législation française !
La baisse des cours :
Si les cours mondiaux du lait baissent, c’est d’abord pour une question de volume : «nous croulons sous les stocks, et il n’y a plus de marché à l’exportation pour les produits dérivés. Je pense à la Russie ou encore à la Chine, où la demande n’existe plus depuis le scandale du lait…» (Olivier Picot, président de l’Association des Transformateurs Laitiers, Le Monde du 5/12/2008).
Je n’arrête pas de le dire ici (Cf. ma note du 30/10/2008). Le marché mondial s’est retourné parce que les excédents atteignent des niveaux records (7 à 8 milliards de litres de lait). Jean-Michel Lemétayer, comme le former président de la FNSEA, Luc Guyau, s’est évertué à dire le contraire depuis un an. Du coup, anticipant un manque d’offre (et une aubaine en matière de prix), des agriculteurs de l’Ouest ont racheté des vaches en Pologne et en Ukraine, plaidé l’augmentation des quotas, et fait « pisser les vaches » pour bénéficier de la période de hausse. Dur retour à la réalité. C’était une bulle. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : trop de lait (notamment sous forme de poudre), voilà l’ennemi.
Nouvelles règles:
La profession s’est prise à son propre piège. Hier, elle a justifié des demandes de hausses tarifaires de 12 à 30 % en se référant à la flambée des cours mondiaux. Aujourd’hui que les cours s’effondrent, elle voudrait changer de système de référence et ne pas avoir à baisser les prix. C’est incompréhensible pour le reste de la profession, mais surtout pour les consommateurs. « Le prix du carburant descend à la pompe parallèlement à celui du pétrole brut. Pourquoi pas celui du lait ou des céréales ? »
Personnellement, je n’ai aucun tabou. Je veux bien croire qu’il faille changer l’étalon du système de fixation des prix. Je ne suis pas expert, pas plus que nos acheteurs. Qu’on définisse donc une règle mais qu’on s’y tienne.
Nous ne cherchons pas être mauvais joueurs. L’important, c’est que nous puissions répondre aux attentes des consommateurs en leur tenant un discours de filière qui soit cohérent et crédible. A défaut, qu’on comprenne combien la situation sera pour nous intenable. Si les prix baissent en Allemagne (30 % chez Penny et Lidl) et pas dans nos magasins, il y a fort à craindre que les distributeurs seront accusés de ne pas avoir répercuté la baisse. Et combien vous pariez qu’il se trouverait des agriculteurs pour nous le reprocher !!!
A suivre, demain.
Posté par M.E.L. le 8 décembre 2008 dans
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7 décembre 2008
Prix du lait (I) : sortir de la violence

Nouvelle réunion à Rennes, demain à 16 heures, autour du préfet de la région Bretagne. Participeront : les éleveurs, les transformateurs (coopératives ou secteur privé), la distribution. En fait, il s’agit avant tout, dans ce travail en commission, de déminer les conflits en faisant un peu de pédagogie. Ce n’est pas dans cette instance que se détermineront les nouvelles formules qui serviront de calcul au prix du lait. Le problème est technique, compliqué. La situation des éleveurs mérite qu’on s’y investisse. Et sur cet objectif, il est donc grand temps de balayer les fausses accusations qui ont alimenté les tensions dans la filière. L’occasion, ici, d’apporter quelques précisions sur les comportements qu’on attribue à mes adhérents ou à mes propres prises de position.
Violences inadmissibles :
A plusieurs reprises, j’ai dénoncé le marketing désastreux d’un syndicalisme paysan, incapable de faire son autocritique, toujours à la recherche d’un bouc émissaire facile : le distributeur. Les exactions commises, il y a quinze jours, auront causé 1 million d’euros de dégâts dans le seul Finistère. Elles ont provoqué la démobilisation complète des acheteurs et chefs de rayon de la distribution qui en ont ras-le-bol d’être pris pour cible.
Des salariés motivés :
Il faut comprendre que nos salariés sont aussi des fils ou des filles d’agriculteurs, et en tout cas, ils sont passionnés par leur métier. Plus que toute campagne collective de publicité ou les déclarations des hommes politiques, ce sont nos bouchers, nos charcutiers qui ont reconquis la confiance des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont nos responsables de rayon fruits et légumes qui organisent la promotion des productions bio, rassurent les clients sur l’utilisation des pesticides ou des nitrates. Dans chaque magasin, nos acheteurs sont autonomes. Ils cherchent à privilégier l’offre locale, malgré les propositions alléchantes d’Italie ou d’Espagne (fruits et légumes), d’Allemagne ou des Pays-Bas (porcs et produits laitiers).
Quand le syndicalisme n’a d’autre mot d’ordre que de casser du chariot ou de dévaster les gondoles, il scie la branche sur laquelle sont assis les agriculteurs. Tout ça, finalement, pour passer au JT qui relayera complaisamment. Et l’on entendra le blues du petit producteur devant l’écran de fumée masquant l’enrichissement des céréaliers et des grandes sociétés agroalimentaires.
Hypocrisie :
Comment voulez-vous que, dans ces conditions, les réunions distribution-transformation-agriculture puissent aboutir à un quelconque partenariat. Si la FNSEA veut que les responsables de la distribution donnent un coup de main à la résolution des problèmes du secteur, qu’elle commence par respecter le travail de ses salariés, ce sera plus efficace.
Les leaders syndicaux qui se sont pointés à la Scarmor (Landerneau), jeudi 27 novembre, pour proposer crânement leur médiation et négocier la levée de siège, avaient un sacré culot. Ce sont les mêmes qui, la veille, dans une réunion à Saint-Ségal (Finistère), avaient chauffé la salle, désigné la cible, et dans une atmosphère franchement imbibée, poussé des agriculteurs à venir « bouffer du distributeur ». Voilà qui, aux yeux de nos salariés et de nos adhérents, outrés et très en colère, achève de discréditer une parole syndicale qui fait finalement obstacle à la résolution pratique des problèmes.
Car les problèmes sont réels. Nous ne le nions pas. Mieux, nous sommes prêts à mettre toute notre force de vente et notre crédibilité commerciale pour aider à la recherche de solutions.
Posté par M.E.L. le 7 décembre 2008 dans
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5 décembre 2008
Agrocarburants : toujours d’actualité !

Une publicité, ce matin, me fait réagir. Elle est signée de Abengoa Bioenergy. Je trouve que c’est une contribution positive au débat (devenu impossible parce qu’irrationnel) sur l’avenir des agrocarburants et de ce qu’on appelle désormais « la chimie verte ».
- D’abord, les entreprises ont raison d’alimenter désormais directement le débat public, à l’instar de ceux qu’ont initiés les campagnes publicitaires des Centres E. leclerc.
- Ensuite, les statistiques qui nous sont proposées constituent les preuves incontestables (et vérifiables) qu’on nous a fait gober des balivernes ces deux dernières années.
Qu’on se rappelle ! Tout juste deux ans après (2006) que les pouvoirs publics français et européens aient lancé un premier plan d’envergure pour développer les agrocarburants, la flambée des prix alimentaires de 2008 leur était déjà imputée. Presque tout le monde s’y est mis, pétroliers et chimistes classiques, constructeurs automobiles, politiques et ONG…
Même les agriculteurs (céréaliers surtout) ont été pris par le doute quand leurs propres représentants syndicaux se sont mis à justifier les hausses par l’accroissement durable de la demande et le risque de pénurie alimentaire.
Sans qu’aucun argument ne soit venu étayer cette thèse, les agrocarburants sont devenus les fauteurs de l’inflation des prix agricoles. Ils n’étaient pas nombreux ceux qui, comme nous, dénonçaient des comportements spéculatifs sur le marché des matières premières.
Là ! La bulle financière a explosé, entraînant la chute des matières premières agricoles (sauf le riz). Et comme le démontre la publicité de Abengoa Bioenergy, l’exploitation des agrocarburants a pourtant continué de croître.
Je sais bien que nous avons affaire à une bataille de lobbies. Les plaidoyers des uns et des autres doivent être passés au crible du bon sens critique.
Mais puisque j’ai engagé les Centres E. Leclerc sur la voie des agrocarburants, je trouve aujourd’hui, dans l’analyse objective de la crise, des arguments pour continuer. En tout cas, il me semble que le débat peut et doit reprendre, à la lumière de ces considérations.
Une politique alternative de production d’énergie n’est pas une mince affaire à élaborer. L’installation de centrales éoliennes, photovoltaïques, tout comme l’énergie d’origine agricole, ne constitueront probablement que des productions d’appoint pour couvrir nos besoins futurs. Mais même à ce niveau d’investissement, il est important qu’on sorte des attitudes obscurantistes pour justifier des investissements qui coûteront de toute façon très cher et qui nécessitent qu’on leur accorde le bénéfice de la durée.
Posté par M.E.L. le 5 décembre 2008 dans
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24 novembre 2008
Pub comparative : en France, c’est compliqué !

Beaucoup de déplacements en ce moment ! J’ai beaucoup délaissé ce blog. C’est aussi parce qu’avec la crise qui s’annonce, il me faut organiser la riposte pour 2009. Vous verrez, notre enseigne ne sera pas à la traîne… Je réponds néanmoins rapidement aux interrogations exprimées ici, par André et Augustin, sur la publicité comparative (commentaires du 17/11/2008).
La publicité comparative est légale.
1) La législation européenne :
Les conditions de publicité sont clairement balisées : les comparaisons doivent porter sur des données objectives, vérifiables et les publicités ne sauraient contenir d’allégations dénigrantes à l’égard des concurrents.
Plusieurs distributeurs ont publié des comparateurs (notamment Tesco en Angleterre, Colruyt en Belgique). La jurisprudence est claire. Et au fil des pratiques comme des contestations, elle s’affine et laisse place à une interprétation suffisamment large pour animer la concurrence. Les organisations de consommateurs n’y trouvent rien à redire et soutiennent le principe.
2) En France, c’est moins simple :
Ce n’est pas tant une affaire de jurisprudence. Les occasions de saisir les tribunaux n’ont pas été légion puisque, de fait, peu d’acteurs s’autorisent cette forme de publicité.
Paradoxalement (je dis paradoxalement parce que c’est cette enseigne qui nous a attaqués la première lors du lancement de notre comparateur), c’est Carrefour qui a introduit la pratique de la publicité comparative en France dans le secteur de la grande conso. Et à l’époque, dans les années 70, les centres E. Leclerc de la région nantaise avaient alors contesté la qualité et le bien-fondé des comparaisons de prix. Comme quoi !!!
Dans les années 80, Pierre Bérégovoy et Véronique Neiertz avaient voulu modifier la législation française. Leur objectif était d’inciter « les gros », industriels ou distributeurs, à se comparer entre eux. Mais uniquement « les gros ». J’avais alors rué dans les brancards puisque le projet excluait du champ de la concurrence les commerçants déjà les plus chers (GSS, franchisés, distribution sélective, etc.).
J’avais lancé une campagne de publicité dévastatrice, co-signée Jacques Séguéla et Georges Wolinski, pour montrer l’aberration d’une telle limitation. Tous les professionnels cités dans nos pubs, de la boulangerie à la bijouterie en passant par les pompistes, avaient crié au scandale puisque E. Leclerc avait osé révéler leur indice de cherté.
3) Une ambiguïté cultivée par les pouvoirs publics :
Les pouvoirs publics ont toujours tergiversé. Jugez-en : les distributeurs n’ont toujours pas le droit d’afficher leur prix de carburant à la télévision, malgré un intérêt concurrentiel évident. Mais ils sont obligés (c’est un texte législatif) d’alimenter le site de Bercy qui publie sur Internet les prix des carburants de toutes les enseignes, y compris ceux des majors.
Les pouvoirs publics (les ministres à titre personnel) veulent tirer profit d’une médiatisation maîtrisée par eux sans que chaque acteur économique puisse faire valoir sa propre performance et en tirer avantage.
Avec le panier Darcos (quelques dizaines d’articles incontournables de la rentrée des classes) et celui de Luc Chatel (en projet), on est toujours dans la même épure.
Bref, en théorie, tout le monde pousse à la comparaison, la publicité comparative est autorisée, mais à condition que ça n’apparaisse pas vraiment comme de la publicité. C’est un sacré handicap culturel.
4) Les difficultés techniques :
En Angleterre, Tesco compare sans problème le prix des grandes marques chez ses concurrents, mais aussi les marques de distributeur entre elles et les premiers prix. Rien que de normal : après tout, quand un consommateur vient dans un magasin chercher du café, il raisonne bien en « unité de besoin » pour pouvoir tantôt choisir un café de marque ou plutôt choisir un café premier prix…selon ses goûts ou ses moyens.
En France, il a fallu la validation de la Cour d’appel de Paris pour établir la légalité de « quiestlemoinscher.com ». Mais, pour le moment, ça ne concerne que les produits de marques nationales parfaitement identiques. La plupart des industriels et des distributeurs se refusent jusqu’ici à aller plus loin, alors que la législation européenne autorise la comparaison de produits comparables, c’est-à-dire répondant aux mêmes besoins.
Qu’entend-on par comparables ? Ce sont des produits qui ne sont pas les clones les uns des autres, mais dont les variations dans la composition de l’article, de la présentation ou du packaging n’altèrent pas substantiellement la possibilité de rapprocher les prix et de choisir le moins cher. Bref, ce n’est pas parce qu’il y a deux olives de plus sur une pizza ou une tranche de chorizo en moins, que les produits, par ailleurs composés des mêmes ingrédients, ne répondraient pas au même besoin et ne seraient donc pas comparables.
La plupart des internautes qui m’ont interpellé ici depuis deux ans, ne comprennent pas que l’on exclue les MDD et les premiers prix du champ de la comparaison. Ils ont raison d’évoquer le problème.
La publicité que nous avons lancée très récemment sur les chaînes de télévision (comparaison des prix des flans) ose lever ce tabou. Elle repose sur une analyse technique comparative de produits qui répondent aux mêmes besoins. Je veux qu’on poursuive dans cette voie.
Dans la restauration, l’assurance, la banque, les prestations de services, jamais aucun « produit » n’est vraiment totalement identique. A quoi servira la publicité comparative si on limite ainsi la comparaison aux seuls produits « clonés ».
Mon combat, celui des Centres E. Leclerc, c’est d’obtenir, en France, une application large de la législation européenne. J’y arriverai.
Posté par M.E.L. le 24 novembre 2008 dans
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30 octobre 2008
« Prix agricoles » : les spéculateurs dans la semoule !

Qu’il s’agisse du marché intérieur ou des cours mondiaux, toutes les observations sont convergentes. Les prix agricoles dégringolent.
En un an (septembre 2008 vs septembre 2007), le cours du blé (et des céréales en général) a chuté de 40 %. Le prix du lait et du beurre plonge, selon les qualités, de 15 à 30 %. Le sucre redevient raisonnable, et même les oléagineux sont depuis deux mois à la baisse.
Les consommateurs peuvent se réjouir, les agriculteurs ont des raisons de s’inquiéter (sauf les éleveurs qui respirent un peu !).
Je laisse aux conjoncturistes le soin de disserter sur l’ampleur du phénomène. Mais ce retour de balancier nous interpelle autrement. Il pose une question de fond. Jusqu’à quel point le lobby agroalimentaire prend-il les consommateurs pour des imbéciles ? Jusqu’où l’opinion est-elle manipulable par la statistique ?
Il y a un an, en effet, tout le gratin de l’agroalimentaire expliquait l’envolée des prix par l’insuffisance d’une offre mondiale, incapable de satisfaire les besoins des pays émergents. Nous disions la météo 2007 coupable ! On nous rétorquait que nenni ! Les Chinois et les Africains, saturés de riz et de manioc, avaient découvert les vertus de nos céréales, les Indiens se mettaient à consommer du lait, les Russes boulottaient nos légumes !
Pour défendre cette analyse, notre FNSEA, par la bouche et l’écriture de Jean-Michel Lemétayer et Luc Guyau, annonçait une décennie de hausses incontournables : « Les Français doivent s’habituer à une offre alimentaire de plus en plus chère » disaient-ils, profitant, à l’occasion, de vilipender la PAC nouvelle et la fin des subventions agricoles.
Mieux : ce fut le procès quasi stalinien des agrocarburants. Les mêmes qui, deux ans auparavant, ne juraient que par l’apport énergétique des surfaces échappées à la jachère, fustigeaient, comme le PDG de Nestlé, le recours criminel aux agrocarburants (« criminel » parce que poussant à la hausse des aliments dans le Tiers Monde !).
Le parti des OGM en profita pour jouer sa partition. Le monde allait crever de faim si l’on ne développait pas cette alternative secourable !
La chute des cours agricoles, amorcée bien avant la crise financière, met à mal tout cet argumentaire. La météo a remis le curseur à sa place ; les récoltes canadiennes, américaines et bientôt australiennes vont permettre de rééquilibrer l’offre. Et nos laitiers n’ont qu’un objectif, empêcher Lactalis et autres Danone de fixer des prix en rapport avec les cours mondiaux.
En réalité, le discours de fond est probablement le bon. Comme pour l’énergie, l’inflation des prix alimentaires va de paire avec l’augmentation accrue des besoins dans les pays émergents. Mais un discours excessif, alimenté par les différents lobbies, conduit à une surdramatisation aveugle. Le retournement de la conjoncture devrait conforter la recherche sur les agrocarburants de la deuxième génération et éviter qu’on confonde analyse et précipitation.
En attendant la prochaine vraie mauvaise récolte, saluons la baisse et regardons comment elle va se répercuter dans les tarifs.
Posté par M.E.L. le 30 octobre 2008 dans
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7 octobre 2008
Diviser l’inflation par 2, c’est possible !
J’ai participé, avec d’autres de mes confrères et concurrents, à la journée organisée, jeudi dernier, par la revue professionnelle LSA, sur le thème « La nouvelle loi LME et la négociation commerciale ». Il s’agissait de répondre aux questions de la rédaction (Yves Puget et Jérôme Parigi), et le moins qu’on puisse dire, c’est que les interrogations ne manquaient pas car dans la période qui s’ouvre (et qui se terminera en février puisque c’est la loi qui nous l’impose), nous allons vivre une véritable révolution culturelle.
En prenant connaissance des courriers qui me sont depuis parvenus, il m’a semblé nécessaire de redire, ici, sous une forme peut-être plus cohérente, les éléments de stratégie qui vont animer les adhérents de notre enseigne dans les mois qui viennent.
1) Pour les collaborateurs et adhérents qui animent la politique commerciale des Centres E. Leclerc, le diagnostic ne fait aucun doute. Ce que l’on appelle « l’économie réelle » (par opposition à l’industrie financière) va être, en 2009, profondément impactée par la crise. Le crédit va se faire rare et plus cher. La production intérieure brute va continuer à reculer. Mais surtout, la consommation risque de perdre son rythme, déjà fragile, vu les perspectives de pouvoir d’achat.
Nos équipes travaillent à partir des indicateurs établis par le BIPE à qui nous confions, depuis 2004, l’élaboration d’un indice de pouvoir d’achat effectif des Français.
- Depuis l’an 2000, le pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) a progressé moitié moins vite que l’indicateur macroéconomique du pouvoir d’achat élaboré par l’INSEE.
- Pour 2008, le pouvoir d’achat effectif, selon l’indicateur BIPE/E. Leclerc, régressera de 1,3.
- Pour 2009, les prévisions sont plus négatives encore (moins 1,9).
Pour la première fois depuis longtemps, le revenu disponible des ménages va baisser pour deux années consécutives.
2) Cette situation est évidemment vécue avec anxiété par les ménages français. La tentation est forte d’accroître l’épargne liquide, mais aussi de restreindre le mode de vie en limitant la consommation. (Les foires aux vins, malgré leur attractivité, ont suscité un chiffre d’affaires bien moindre que les années précédentes (entre moins 12 et moins 20 % selon les enseignes).
3) En ligne de mire, les fauteurs présumés de l’inflation. Les études publiées par le CREDOC confirment une perte de confiance dans les grandes marques industrielles et les enquêtes d’IPSOS révèlent une dégradation de l’image des entreprises de consommation.
4) Avec les HD (dont Netto d’Intermarché), les Centres E. Leclerc, Système U continuent à prendre des parts de marché. Dans le monde des hypers, notre enseigne bénéficie d’un capital confiance inaltéré, fruit de notre politique de prix bas mais aussi de la lisibilité de notre engagement permanent pour le pouvoir d’achat.
Dès lors, cette situation nous confère une responsabilité. Non seulement, l’intérêt de nos entreprises (patrimoine, profitabilité, capacité de recrutement) exige que nous restions bien calés sur nos fondamentaux. Mais c’est aussi l’intérêt des industriels que de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme de nos réseaux plutôt que d’essayer d’y faire passer des hausses de tarifs excessives.
5) Depuis « la rentrée », nous avons décidé de bloquer toutes les hausses tarifaires (5,7 % en moyenne) et d’inscrire la négociation commerciale dans une perspective draconienne : ramener l’inflation à 2 % en rythme annuel dans nos magasins dès le début 2009. Ce n’est pas encore une promesse, mais c’est notre objectif.
Chaque contrat sera négocié individuellement, pied à pied, dans le respect du nouveau cadre légal, mais en ouvrant tous les tiroirs de la négociation. (Je ne parle pas ici des PME, ni de l’agriculture, mais uniquement des marques nationales).
a) Les grandes marques ont invoqué, depuis 2 ans, la hausse des matières premières pour proposer des augmentations tarifaires importantes. Or, certains marchés se retournent : le beurre a baissé de 31 %, la poudre de lait de 35 % en moyenne, le blé (Eure-et-Loir) de 19 %, le maïs (Eure-et-Loir) 12 %, le sucre 2,6 % (août 2008 vs août 2007). Les consommateurs sont en droit d’attendre des baisses de prix effectives.
b) La loi Galland a été abolie. Plus besoin de faire de la gonflette tarifaire pour proposer, par la suite, des compensations sous forme de rémunération de coopération commerciale.
Donc parlons tarif et collons au marché : il faut des baisses directes.
6) Les résistances seront nombreuses. Certains arguments sont pertinents. Il est évident que nous devrons laisser passer des augmentations pour les entreprises qui s’approvisionnent sur des marchés toujours à la hausse (cacao, café, huiles). On va négocier les taux, chercher à étaler les hausses dans le temps. Mais pour rétablir la confiance sur les marques, il faut impérativement que baissent celles qui bénéficient de coûts d’approvisionnement plus faibles que l’année dernière.
7) Sous quelle forme ? Là est un autre débat.
Des industriels (Panzani, Danone), sous des formes diverses, proposent des réductions de prix à leur seule initiative ou des articles plus cheap, îlots de baisse dans un océan de hausses. D’autres préfèrent attendre, maintenir des hausses de précaution, quitte à proposer des compensations sous forme de promotions ou de rabais éphémères.
Les temps ont changé. Les consommateurs disent ne plus s’y retrouver dans le flot de suractivité promotionnelle et les révélations de 60 Millions de Consommateurs sur les bidouillages de packaging exigent qu’on revienne à une pratique plus transparente.
8) Alors, les promos, oui ! Elles sont nécessaires pour animer le marché. Mais d’abord le prix net, le prix lisible, le prix de référence. Voilà l’objectif.
La loi LME a supprimé les marges arrière. Elle ne rend plus nécessaire toutes ces constructions artificielles dont l’élaboration constituait le menu principal de la négociation commerciale.
Ce que veulent les consommateurs aujourd’hui, ce sont des offres claires. Il faut sortir du « tout promo », remettre de la performance dans les prix de fond de rayon quel que soit le niveau de gamme.
Voilà nos lignes directrices. Place aux actes, à suivre…
Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans
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17 septembre 2008
Crise financière mondiale : pourquoi tant de Kerviel ?

A la lecture des journaux depuis lundi dernier, une évidence apparaît. Pour un Kerviel poursuivi par la direction de la Société Générale, combien de clones faudra-t-il dénoncer pour blanchir ou dédouaner toutes ces directions bancaires prises en flagrant délit d’irresponsabilité ? La question est cruelle, mais n’en déplaise à nos élites financières, le châtiment est mérité.
Je ne connais rien de « l’affaire Kerviel » si ce n’est ce qu’en ont dit les journaux. Mais ce qui m’a semblé évident, c’est qu’unanimement le staff de la Société Générale fut prompt à dénoncer l’individu…et bien moins prolixe pour expliquer le manque de contrôle. Au niveau des médias, l’affaire fut circonscrite : on tenait un responsable ou le bouc émissaire.
La partie de dominos qui se joue désormais aux USA et en Asie, met à mal tout ce dispositif de défense. C’est bien le système (« le modèle ») de gestion du risque bancaire qui est en cause. Et à l’évidence, les conseils d’administration comme les autorités publiques auront bien du mal à se contenter de fournir des listes de nouveaux Kerviel.
Oh, certes, on a eu droit au super couplet concernant le laxisme des Agences de Notation. Elles n’ont pas fait leur boulot ou l’ont mal fait. Mais à casser le thermomètre ou à accuser le météorologue, on ne fera pas descendre la température pour autant. Plus personne n’est dupe. Le marché n’avait point de maître, les Règles c’était pour les Autres ! Déshabillés de l’aura de leur expertise, nos grands argentiers apparaissent crûment comme des gens sans vision, irresponsables, et pour beaucoup d’entre eux sans scrupule.
Dans la rue, dans les cénacles patronaux, les artisans, chefs d’entreprises, ou même les salariés endettés vont ronger leur frein. Pour négocier quelques milliers d’euros d’emprunt, on leur aura demandé un engagement personnel si ce n’est celui de leur conjoint, la caution de leur patrimoine, voir de celui de leur grand-mère. Voilà qu’ils découvrent que les mêmes banquiers engageaient leurs petites économies, leurs SICAV et leur assurance-vie sur un tour de passe-passe qui consistait à faire passer des dettes pour des actifs (la titrisation). Et dire qu’en plus, à la baisse ou à la hausse, une foultitude de courtiers, d’intermédiaires, de placeurs ou de placiers continueront à prélever leur commission, même après la dépréciation finale !
Dans un bel élan d’unanimité, tous les protagonistes de ce Monopoly en viennent aujourd’hui à réclamer un surcroît de régulation par les instances internationales ! La belle affaire si, une fois les nouveaux ratios adoptés, chaque acteur tente de s’en exonérer comme ce fut le cas ces dix dernières années. Après l’explosion de la bulle Internet, cette crise des subprimes porte un coup (hélas non définitif !) aux prétentions des libéraux les plus intégristes. On reviendra, ici, sur cette affaire. Il faut retenir déjà cette leçon : dans une crise comme dans l’autre, la loi des outils (financiers ou informatiques) s’est imposée à celle des hommes. Elle a fait miroiter de nouveaux territoires d’échanges, de liberté et de création de richesses. Elle nous a rendus accros et aveugles. La politique (« la gestion des affaires de la cité ») doit reprendre ses droits.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 17 septembre 2008 dans
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10 juillet 2008
Carburant : la RATP fait ses courses chez E. Leclerc

Cette information est destinée à tous ceux qui s’intéressent au marché de l’énergie et à la capacité des grandes surfaces de capter des nouveaux marchés.
Siplec, la coopérative d’achat de carburants des Centres E. Leclerc, vient de remporter un important appel d’offres pour approvisionner le réseau de bus de la RATP.
Pierre Mongin, Président de la RATP, avait invité les principaux acteurs de la distribution pétrolière, le 11 mai 2007, au siège social de la RATP, quai de la Rapée.
Le Président de la Régie, dans un contexte de forte tension des marchés pétroliers, avait annoncé sa volonté d'élargir à de nouveaux acteurs l'appel d'offres d'approvisionnement en carburant de la flotte de la RATP pour une période de 2 ans.
Siplec, société pétrolière des Centres E. Leclerc, avait donc fait acte de candidature et répondu à un premier appel d’offres lancé le 27 juin 2007. Présélection, rounds de négociation, les équipes de Siplec (22 personnes encadrées par Patrick Rébuffie, Thierry Forien, Vincent Muller et Rémi Thomas) ont remporté le marché pour un approvisionnement exclusif sur la période décembre 2007/juin 2008. Durant ces 6 mois, les 4 200 bus de la Régie ont été fournis en gazole classique et en gazole B30 (30 % d'ester d'huile végétale), soit environ 44 500 m3 de gazole et 2 500 m3 de gazole B30.
Au terme de ce contrat, un nouvel appel d’offres a été lancé par la RATP. C’est encore Siplec qui l’a remporté pour livrer les 25 centres bus, en quantités équivalentes, pour une nouvelle période de 6 mois (22 juin 2008 au 21 décembre 2008).
Le contrat est d’abord un contrat de fourniture. Mais les techniciens de Siplec travaillent aussi en étroite collaboration avec la RATP dans le suivi technique du gazole B30. Ce produit est actuellement réservé aux flottes captives. Son avenir dépendra évidemment du sort réservé aux biocarburants dans la Communauté Européenne.
Je suis particulièrement fier de la mobilisation de nos équipes. Siplec est un peu mon bébé. Je l’ai créée, j’y ai fait mes armes, et c’est grâce à l’investissement de nos cadres que l’enseigne a gagné ses galons de crédibilité dans la bataille sur le prix des carburants. Non seulement cette coopérative est devenue le deuxième opérateur français sur le marché pétrolier, livrant les centres E. Leclerc et même une grande partie des magasins à l’enseigne « U », mais voilà qu’elle élargit sa clientèle. C’est évidemment une preuve de sa performance prix, mais c’est aussi une réponse à tous ceux qui s’interrogent sur les limites des capacités commerciales des hypermarchés en matière d’énergie.
Posté par M.E.L. le 10 juillet 2008 dans
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1 juillet 2008
Pharmaciens contre épiciers : une querelle vieille de trois siècles !
Les plus anciens s’en souviendront : il y a 20 ans, les Centres E. Leclerc ont pris l’initiative de vendre des produits de dermocosmétique et de parapharmacie, déclenchant une polémique mémorable. Débats télévisés, harangues et publicités, procès jusque devant le Conseil de la Concurrence et la Cour de justice européenne. Tout cela pour finalement obtenir la libre commercialisation de cotons-tiges, crèmes solaires, préparations multivitaminées, préservatifs...
Notre dernière campagne sur le prix des médicaments non remboursés a provoqué un même prurit de colère de la part d’une corporation arc-boutée sur la défense de son monopole.
Vues de l’étranger, toutes ces polémiques sont décrites comme les avatars d’un corporatisme excessif, comme l’expression d’un protectionnisme complètement décalé vu les pratiques des autres pays européens. Les commentaires les plus acerbes n’hésitent pas à qualifier d’archaïque « une législation si peu ouverte à la concurrence et à la défense des usagers ».
Archaïque ? Si le terme est polémique, la réalité confirme que la querelle puise sa raison d’être dans une histoire qui remonte au moins à trois siècles. Une amie historienne, plongée dans la rédaction d’une thèse sur le marché du sel au XVIIIème siècle, m’a fait parvenir quelques vieux textes trouvés au Centre Historique des Archives de Paris.
I – « 16 juillet 1775 : Réflexions proposées par les Commissaires de la Faculté (de médecine) pour fixer les limites des deux états d’Apothicaires et d’Epiciers.
- Nul Epicier ne pourra…vendre et débiter aucune drogue simple servant à la médecine avant d’avoir passé un examen devant les Députés ordinaires de la faculté…
- Il sera permis à tout Epicier reçu de vendre à tout poids toutes les drogues simples en substance, entières, hachées, coupées, râpées, concassées…mais ne pourra pas mêler les poudres de différentes substances.
- Il lui sera défendu de tenir confondues dans la même boutique les objets comestibles avec les drogues dangereuses par leur nature comme les poisons et les préparations de minéraux servant à la peinture… Au moins il sera contraint de tenir ces marchandises dans un endroit séparé… Il y aura un comptoir, des balances et autres instruments qui ne pourront servir qu’à la vente de ces sortes de marchandises.
- Il sera permis aux Epiciers d’acheter chez les Apothicaires de Paris les mêmes compositions galéniques et chimiques dont l’importation leur est permise… L’Apothicaire sera tenu de les sceller de son cachet que l’Epicier n’aura pas le droit de rompre…
1- Tableau des drogues simples permises aux Epiciers (extrait):
Du règne végétal : les racines, les champignons,…
Du règne minéral : les sels, les minéraux inflammables…
Du règne animal : les crapauds et grenouilles, les scorpions, les vipères, les cloportes, les yeux et les pattes d’écrevisse, les mâchoires de brochet, l’os du cœur de cerf, le sang de bouquetin, le fiel de taureau, le poumon du renard…
2- Préparations interdites aux Epiciers (extrait):
La lotion et coction de la térébenthine
La préparation philosophique de corne de cerf
Les fécules des plantes
3- Compositions que les Epiciers ne pourront vendre en débit (extrait):
Les sirops d’absinthe, de quinquina, de chou rouge
Les gelées de corne de cerf et de vipère
4- Préparations de chimie dont la confection et la vente sont permises aux Epiciers (extrait):
Les huiles essentielles de plantes
L’eau de mélisse, l’eau divine, les eaux odorantes de feuilles, tiges, fleurs, fruits, écorces, bois et racines
II – 25 avril 1777 : Déclaration du Roi portant règlement pour les professions de la pharmacie & de l’épicerie à Paris.
Nous avons considéré qu’étant une des branches de la médecine, la pharmacie exigeait des études et des connaissances approfondies… Nous avons eu pour but de prévenir le danger qui peut résulter du débit médicinal des compositions chimiques, galéniques ou pharmaceutiques entrant dans le corps humain confié à des Marchands qui ont été jusqu’à présent autorisés à en faire commerce sans être obligés d’en connaître les propriétés…
Nous avons jugé nécessaire de fixer entre les deux professions des limites qui nous ont paru devoir prévenir toutes contestations et opérer la sûreté dans le débit des médicaments…
- Les Maîtres en pharmacie…ne pourront à l’avenir, cumuler le commerce de l’épicerie : ils seront tenus de se renfermer dans la confection, préparation…de compositions médicinales.
- Les Epiciers continueront d’avoir le droit de faire le commerce en gros des drogues simples.
- Défendons aux Epiciers de fabriquer et vendre des sels, compositions ou préparations entrant dans le corps humain sous forme de médicaments…
III– Juin 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie présentée au Roi
…les limites des deux états ont de tout temps été établies :
- L’état de l’apothicaire réside dans les compositions médicinales.
- L’état de l’épicier droguiste consiste dans la vente de toutes les productions de la nature.
- …les pâtes et conserves de guimauve, de violette, d’angélique, de coing et autres qui sont le plus souvent de simples agréments sous le titre de bonbons, deviennent quelquefois des médicaments par l’ordonnance du médecin… Si les prohibitions subsistaient, les apothicaires pourraient contester aux épiciers leur état de confiseurs !
Plaise à Votre Majesté de défendre aux apothicaires de vendre des dragées, pastilles, chocolats, bonbons, sirops d’agrément, liqueur de table, parfums, eaux odorantes servant à la toilette.
IV– Août 1777 : Réponse du Collège de Pharmacie à la requête du Corps de l’Epicerie (extrait)
La déclaration ôte aux Epiciers environ 100 concurrents (produits) ; elle ne leur enlève aucune partie de leur commerce dont les branches sont à l’infini. Elle ne laisse aux pharmaciens que la vente et le débit de toutes les compositions et préparations médicinales… Les épiciers voudraient-ils leur enlever leur seul et unique avantage ?
V– Octobre 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie en réponse à la réplique des Apothicaires.
…Le corps de l’épicerie s’est trouvé dépouillé sans avoir été entendu.
Les apothicaires, par des motifs de jalousie, veulent faire croire au public que toutes les préparations vendues par les épiciers sont défectueuses. On ne les croira pas lorsqu’on saura qu’elles sont scrupuleusement visitées par Messieurs de la Faculté de Médecine avant d’être mises en vente.
Le public peut donc se tranquilliser sur la bonne qualité des médicaments que distribuent les épiciers. »
Le débat ne date donc pas d’aujourd’hui. Des écrits de cette nature, il y en a pour nourrir toute une bibliothèque. Et au rythme où va la polémique, on a comme l’impression qu’effectivement les corporations françaises ne sont pas près de sortir de leurs rivalités de comptoir !
Posté par M.E.L. le 1 juillet 2008 dans
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26 juin 2008
Alliance stratégique entre les Coopérateurs d’Alsace et les Centres E. Leclerc

Suite à l’annonce d’un partenariat Coop Alsace/E. Leclerc le 19 juin 2008, beaucoup de questions par mail ou par courrier auxquelles il me faudra répondre. Yves Zehr, Président du groupe Coop Alsace et moi-même nous expliquerons sur le contenu de l’alliance lors d’une conférence de presse qui se déroulera à Strasbourg le 1er juillet 2008.
Mais dès à présent, je précise :
1) Qui sont les Coopérateurs d’Alsace ?
Fondé en 1902, le groupe Union des Coopérateurs d’Alsace (UCA) est une société coopérative de consommation qui appartient à environ 150 000 sociétaires, principalement des familles de consommateurs. Elle fut créée dans le but d’acheter et de fabriquer des denrées alimentaires pour les revendre au prix le plus juste.
Aujourd’hui, c’est un réseau de 214 magasins de tailles variées, allant du commerce de proximité (Le Mutant, Point Coop) jusqu’à l’hypermarché (Rond Point).
L’UCA est le premier distributeur indépendant alsacien. Elle représente environ 17 % de part de marché dans la région avec un chiffre d’affaires consolidé de 819 millions d’euros (+ 3,9 %) en 2007.
2) Quelle est la motivation de l’UCA ?
Pour son Président, Yves Zehr, la nouvelle législation économique actuellement débattue au parlement nécessitait que les Coopérateurs d’Alsace « redeviennent manoeuvrants » en se donnant les moyens d’être plus performants sur les prix et l’approvisionnement.
La fin du contrat de filiation avec la centrale d’achat CORA, partenaire de l’UCA depuis vingt ans, a créé l’opportunité d’une recherche d’alliance avec un groupe de taille européenne et qui partageait les mêmes valeurs.
C’est à la suite de discussions avec plusieurs autres enseignes que l’UCA a sollicité un rapprochement avec E. Leclerc.
L’UCA était sur le point de signer avec Système U. Hansueli Loosli, Président de Coop Suisse et actionnaire de l’un des magasins des Coop d’Alsace (hypermarché de Saint-Louis), a convaincu Yves Zehr que l’alliance avec E. Leclerc était non seulement possible mais souhaitable.
3) Qu’apporte l’alliance aux partenaires ?
L’UCA va pouvoir bénéficier des conditions de négociation et d’achat, et de l’organisation logistique des Centres E. Leclerc, de son implication dans les réseaux internationaux via Coopernic, ou dans les pays d’implantation européens de E. Leclerc.
L’UCA et ses filiales auront accès à toutes les marchandises et services référencés ou fournis par toutes les structures collectives existantes du réseau E. Leclerc. Les magasins de Coop Alsace pourront donc accéder aux MDD, aux premiers prix, et aux conditions de référencement des grandes marques obtenues par le GALEC (Groupement d’Achat E. Leclerc).
Ce transfert de savoir-faire s’exprimera dans des domaines aussi variés que la politique de prix, les techniques promotionnelles et de fidélisation, le développement des concepts spécialisés.
De son côté, E. Leclerc bénéficiera d’une implantation régionale plus forte. Les quelques centres E. Leclerc établis en Alsace ne représentaient que 3,8 % de part de marché. L’alliance lui permet d’étendre son enseigne sur 7 hypermarchés Rond Point et une quarantaine de supermarchés qui prendront l’enseigne E. Leclerc Express.
4) N’y a-t-il pas risque de position dominante ?
Non. La situation nouvellement créée génère d’ailleurs une situation plus concurrentielle que la précédente, quand Coop Alsace était adossée au groupe Cora.
Après cette opération, l’alliance E. Leclerc/Coop Alsace représentera environ 23 % de part de marché. Les implantations sont très complémentaires.
Par ailleurs, et c’est très important, l’alliance respecte intégralement la liberté et les spécificités de chacun des deux groupements. Le partenariat exclut toute vente, tout transfert de propriété entre Coop Alsace et E. Leclerc. Chaque groupement continue de gérer de manière autonome ses ressources financières et humaines, son réseau et son expansion.
5) L’existence d’un réseau de petits magasins de proximité est-elle compatible avec l’enseigne E. Leclerc ?
Comme je l’ai dit, les hypers prendront l’enseigne E. Leclerc, les plus grands supermarchés celle de E. Leclerc Express. Mais l’accord bénéficiera aussi à tout le réseau des petits magasins de proximité caractéristiques de l’implantation urbaine des Coop d’Alsace. Seule, l’enseigne Le Mutant n’est pas concernée par le contenu de l’alliance (une dizaine de petits magasins). Elle bénéficie d’un accord d’approvisionnement par les Coop de Normandie.
De ce point de vue, l’accord est vraiment gagnant/gagnant. E. Leclerc va pouvoir tester de manière plus rationnelle le modèle économique de E. Leclerc Express autour d’une même logistique (ce que ne lui permet pas l’implantation actuelle trop dispersée dans l’hexagone). Et les petits magasins de proximité de Coop Alsace vont bénéficier des conditions d’achat d’hyper.
Posté par M.E.L. le 26 juin 2008 dans
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12 juin 2008
Class actions, délais de paiement, négociations tarifaires et urbanisme commercial : la loi LME échauffe les esprits
Plus d’un millier d’amendements ! Ca chauffe au Palais Bourbon. « Loi LME, Loi Michel-Edouard », disent les mauvaises langues. Pas la peine de rajouter à la polémique d’autant que pour discréditer le texte, les adversaires de la libre concurrence voudraient y lire une paternité que je ne revendique pas, même si nos campagnes en furent à l’origine, même si j’approuve l’esprit général et certaines dispositions. Faisons le point.
1) Les class actions :
Elles sont demandées par les organisations de consommateurs, UFC-Que choisir en tête. Au vu des dérives constatées aux Etats-Unis, on mesure le risque d’effets pervers (contentieux interminables, surenchère financière (racket ?) avec menace de médiatisation outrancière). Mais je partage l’avis de Luc Chatel. Il vaut mieux être proactif sur le sujet et œuvrer pour un dispositif intelligent, filtré par les associations agréées et suffisamment balisé pour en maîtriser l’exercice. Le gouvernement envisage de discuter la question d’ici la fin de l’année en mettant en perspective le dispositif des class actions dans l’ensemble du système de contrôle judiciaire. C’est une bonne initiative, n’en déplaise à la majorité des patrons réticents.
2) Les délais de paiement :
Je suis pour une réduction progressive au bénéfice des PME, fournisseurs de l’industrie, de la distribution, des collectivités locales et de l’Etat, tous secteurs d’activités confondus (produits et services). Elle offrira un horizon favorable à nos PME et à leurs banquiers. Il s’agit de re-transférer la charge de trésorerie de l’amont vers l’aval. Macroéconomiquement, ce changement peut se faire « à somme nulle ». Les libéraux s’offusqueront : « le délai de paiement est un élément du prix et doit pouvoir se négocier ». Soyons pragmatiques, les PME n’ont pas le rapport de force pour eux. L’intérêt de procéder par voie législative, c’est de limiter les discriminations entre formats et acteurs concurrents (la réduction des délais impacte indifféremment tous les comptes d’exploitation d’un même format. Tout le monde est à la même enseigne (sic)).
3) La négociabilité des tarifs :
Evidemment, je suis pour. Mon enseigne la réclame depuis toujours. Heureux de voir que, désormais, tous les distributeurs s’y rallient. Le retour à la négociabilité des tarifs, c’est le retour à la vérité des prix, c’est la vraie condition de suppression des marges arrière. Contrairement aux affirmations de l’ANIA et de l’ILEC, la répercutabilité des marges arrière (lois Dutreil et Chatel) ne suffit pas pour rendre vertueux un système qui maintient la surenchère sur les prestations de services et pousse, de ce fait, à la hausse des tarifs et des prix. (Comme me le rappelle souvent un adhérent de Lannion, mon métier c’est d’acheter et de vendre des produits, pas de louer mes linéaires !). Le droit des contrats stipule que chacun (fournisseur et distributeur) doit respecter ses obligations. C’est bien de le rappeler (amendement J.P. Charié). Mais attention ! Si on reconduit le système des tarifications de chaque prestation (revendication de l’ANIA), on maintient la fiction d’un marché de prestations déconnectées de la vente. On ne sortira jamais de la loi Galland.
4) L’urbanisme commercial :
Beaucoup d’études simplistes ou statistiquement inexactes ont été produites pour aboutir à ce constat de bon sens : les prix sont d’autant plus bas qu’il existe une saine concurrence dans chaque zone de chalandise. Et la garantie de cette concurrence, c’est la présence des enseignes les moins chères.
Le texte de loi, de ce point de vue, souffre d’une énorme contradiction. Il désigne du doigt le prix des grandes marques dans les hypers (opération Chatel à Strasbourg), mais ne libère la concurrence que pour les formats inférieurs à 1 000 m², c’est-à-dire principalement les hard-discounters qui ne vendent pratiquement pas de marques (200 références maxi chez Lidl, le mieux doté).
Dans cette affaire, le gouvernement fait le service minimum. Il réplique à la Commission de Bruxelles qui lui a enjoint d’intervenir pour faciliter l’implantation des HD. Mais ce faisant, la loi n’aura aucun impact sur les prix. Les HD vendent des produits pas chers. Mais les Carrefour et autres Casino ne craignent pas vraiment cette concurrence. Les HD se développent essentiellement en centre ville d’où ils tirent leur progression de part de marché. En revanche (et c’est ce qui explique la bronca des élus de petites villes), la libre implantation de HD menace directement le commerce de proximité et de centre ville. Jean-Pierre Raffarin me le confirmait récemment (lors d’un débat pour Le Figaro). Il habite Chasseneuil du Poitou : « 3 ou 4 HD supplémentaires à Poitiers ne modifieraient pas l’attractivité de cette ville et ne pèseraient pas beaucoup sur les prix. Mais un seul HD à Chasseneuil et c’en est fini du commerce de ma ville ! ».
Vu les contradictions et les limites du projet, j’approuve la proposition de Jean-Paul Charié. Il faudra revenir devant le Parlement pour faire sauter « ces effets de seuil » et réintégrer le système d’autorisation des hypers dans le droit général de l’urbanisme. De toute façon, à l’heure d’Internet, cette histoire de mètres carrés n’a plus de sens.
Je reviendrai prochainement sur ce sujet. En attendant, le débat, même sous ses aspects polémiques et brouillon, aura deux mérites. Il permettra de s’attaquer à l’inflation à la source, dès le décret d’application. Et sur les autres sujets, il aura fait « bouger les lignes ».
Posté par M.E.L. le 12 juin 2008 dans
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3 juin 2008
Crise de la pêche : le dialogue, c’est préférable !

La réunion qui s’est tenue, jeudi 29 mai, au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, a certainement frustré les représentants des artisans pêcheurs. Pas de mesure nouvelle, pas d’annonce fracassante sur la baisse du prix du gasoil ou une éventuelle exonération des charges sociales. Mais ces discussions, engagées à l’initiative des pouvoirs publics, ont eu deux mérites :
1) Rétablir le dialogue interprofessionnel ;
2) Dédouaner la distribution des accusations de marge trop élevée sur le poisson.
1) Le dialogue plutôt que le « baston »
En se livrant à de la casse, dans les rayons poissons comme sur les routes, les pêcheurs ont certes voulu dire « leur colère ». Pour autant, leur violence était inexcusable et complètement contre-productive.
Inexcusable (comme le sont tous les actes de banditisme) parce que la crise était prévisible, qu’elle était largement annoncée. Ca fait des années que la Commission Européenne et les pouvoirs publics ont tiré la sonnette d’alarme sur l’appauvrissement des ressources halieutiques, et qu’on parle de modernisation nécessaire des bateaux (moindre consommation d’énergie).
Bien sûr, les solutions ne sont pas évidentes. De là à s’en prendre aux autres acteurs de la filière (mareyeurs, importateurs, transporteurs ou distributeurs), il y a une réflexion qui aurait dû sauter aux yeux des pêcheurs : ce n’est pas en s’attaquant aux clients, aux acheteurs, grossistes ou détaillants qu’on leur donnera envie de vendre du poisson, surtout s’il doit devenir plus cher.
Ces exactions ont choqué nos poissonniers, souvent issus du même milieu, et probablement les mieux à même de promouvoir et de moderniser la filière.
Je voudrais d’ailleurs ajouter ceci : nos salariés ont été d’autant plus choqués qu’ils ont assisté à des pillages, des destructions alors que la police leur demandait de rester à l’écart, sans intervenir elle-même. Avec des journalistes qui, eux, caméra au poing, avaient seuls le droit de pénétrer à l’intérieur des entrepôts ou des poissonneries pour faire écho de ce triste spectacle au journal TV. Comme me l’a dit l’un d’entre eux : « Moi, si j’avais assisté à un casse dans les bureaux de TF1ou de FR3, je ne me serais pas permis de prendre des photos ou des films pour les revendre à une chaîne bien que cela eût été rentable. J’aurais appelé les flics ».
De toute façon, ces violences n’avaient pas d’objet, comme en témoigne l’analyse des comptes d’exploitation réalisée par l’OFIMER.
2) C’est le deuxième mérite du cycle de réunions lancé par Michel Barnier. L’OFIMER a procédé à l’analyse des comptes d’exploitation de toute la filière.
Les pêcheurs s’étonnaient de l’écart entre le prix payé au consommateur et leur propre rémunération à quai. Il leur a fallu se rendre à l’évidence. Mareyeurs, distributeurs ? « Si l’un d’entre eux faisait une marge extraordinaire, cela se saurait ! » a dit Michel Peltier, directeur de l’OFIMER. Convaincus ou pas, les pêcheurs devront affronter cette réalité : la désignation d’un bouc émissaire ou la focalisation sur la marge de l’un ou de l’autre des acteurs de cette filière n’offre pas de piste de réforme possible.
D’autres réunions vont avoir lieu. Il s’agit maintenant de reprendre l’offensive et de relancer le marché du poisson.
La filière pêche, du fait de la diminution des ressources, est menacée. C’est le problème numéro un. Il faut donc clairement poser la question des sources d’approvisionnement, de l’élevage et des produits de substitution (d’importation ?).
Il faut aussi une réflexion sur les conditions de mise en marché du poisson (création de labels et de marques pour fidéliser les consommateurs).
Un chantier énorme dont les principaux acteurs seront d’abord les poissonniers, principaux promoteurs du poisson. Voilà qui nécessite aussi qu’on les respecte, qu’ils travaillent à Rungis, en centre ville ou en grande surface.
C’est du bon sens, mais par les temps qui courent…
Posté par M.E.L. le 3 juin 2008 dans
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6 mai 2008
Loi LME : le forcing de l’ANIA
Mobilisées contre le projet de loi LME (Loi de Modernisation Economique) qui sera débattu au Parlement le 22 mai, 7 grandes fédérations professionnelles se sont, le 24 avril, érigées en rempart de l’industrie et de l’agriculture françaises. Sans complexe, sans pudeur, sans retenue, l’ANIA, maître d’œuvre de l’opération, décidait de s’abriter derrière le sort des « Petits » (CGPME, agriculteurs) menacés de faillite ou de délocalisation. Rétablir la négociabilité des tarifs reviendrait à « remettre les clés de nos entreprises aux mains de la grande distribution », assénait le grand maître de cérémonie, Jean-René Buisson, ancien de Danone, vice-président du MEDEF, président de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires).
JRB n’a jamais fait dans la dentelle. Avec lui, sur un plateau de TV, devant une commission parlementaire, ou même en face du Président Sarkozy, on est dans un film de Coppola. Avec gros plan sur les regards furibonds, la rougeur de peau sensée illustrer la colère, et le doigt pointé pour la détermination ! Les slogans jaillissent spontanément de sa bouche. Avec lui, on n’est jamais dans un cercle distingué d’économistes. Tout est dans le rapport de forces.
Dans son interview télévisée du 24 avril, le Président a coupé court à l’évocation de cette pression des grands industriels. Passablement irrité, il a renvoyé chaque corporation dos à dos. Il fera la négociabilité des tarifs, a-t-il assuré.
Mais JRB entend bien mener sa « blitz krieg » sur les parlementaires UMP, dont il sait que les députés ruraux sont sensibles à la cause des « Petits ». La loi Galland, c’était déjà cette fraction du RPR et de l’UDF qui l’avait votée ! Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob avaient su récupérer les angoisses de la France rurale et habiller cette loi anti-concurrentielle de plusieurs vertus supposées : protection des PME, aménagement du territoire, préservation de l’emploi que « tue le prix bas », etc. Il ne faut donc pas négliger l’impact du lobbying de l’ANIA sur les députés et les sénateurs.
A la lecture des documents émanant de l’ANIA, le rouleau compresseur, JRB, a mis le paquet ! Dans une note adressée aux associations adhérentes, il récapitule les arguments des industriels (nous y reviendrons dans une prochaine note) et les actions « que nous prévoyons d’engager jusqu’à l’adoption du texte par le Parlement ».
Je serais député, je n’aimerais pas trop être cité dans ce genre de document. Personne n’a jamais eu d’illusions sur l’autonomie de certains parlementaires. Les officines sont légion et très actives dans les sous-sols de l’Assemblée. Chaque corporation a ses relais, fait appel à des sociétés spécialisées et tient couvert de manière tout à fait transparente à la Maison de l’Amérique Latine, chez Ma Bourgogne et jusqu’à la table de Le Divellec, de l’autre côté de la place des Invalides.
Il n’empêche ! Il ne faut avoir peur de rien pour confirmer ces déjeuners « avec une vingtaine de députés très positifs et avec lesquels nous gardons un contact serré. Ces échanges nous ont permis d’identifier clairement les députés qui pourront soutenir nos différents amendements, en cours de finalisation. . »
Quels députés ? « Je tiens à votre disposition un fichier à jour avec la liste des députés et sénateurs rencontrés, afin de bien quadriller le dispositif et de n’oublier personne. »
JRB envisage de rameuter devant le Parlement : « Nous vous confirmons par ailleurs que le principe d’une manifestation publique est retenue, si les démarches entreprises actuellement n’aboutissent pas. » Attendons-nous à voir donc défiler la fine fleur des PME françaises, mobilisées par la CGPME, et les agriculteurs. Peut-être même y verra-t-on les représentants de quelques syndicats de salariés de l’industrie agroalimentaire (FGA CFDT) qui ont toujours défendu les intérêts patronaux dans ce débat sur la loi Galland.
Mais j’ai hâte de voir si, dans le cortège, les patrons de Nestlé, de Danone, de Lactalis, de Bonduelle ou des grandes entreprises agroalimentaires oseront s’afficher dans la cohorte des « Petits ». Je ne suis sûr que d’une chose : au milieu des slogans contre les prix bas, il n’y aura aucune pancarte pour afficher la hausse des profits de ces entreprises en 2007.
Posté par M.E.L. le 6 mai 2008 dans
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9 avril 2008
Prix des médicaments : le débat interdit !

© Le moniteur des pharmacies n° 2724 du 05/04/2008
Il suffit de lire les commentaires outranciers affichés sur ce blog depuis le week-end dernier : le débat sur le prix des médicaments, fussent-ils sans ordonnance et promis par le gouvernement à passer « devant le comptoir », est impossible. A l’image de cette caricature parue dans Le Moniteur des Pharmacies de cette semaine, la profession n’aurait d’autre argument que l’invective, le mépris : « T’es épicier, donc t’es un commerçant, donc t’es un voleur, donc touche pas à mes médicaments ! »
Je le dis tout net, je ne répondrai pas à cette vague d’opprobre. Je n’avais pas l’intention de partir en croisade contre les pharmaciens. Je les respecte et respecte leur métier. Je ne rentrerai pas dans une querelle corporatiste. Et pas plus, je ne me livrerai à une polémique inutile avec Roselyne Bachelot. (Si notre publicité est mensongère, qu’on la fasse cesser. Mais je rappelle que déjà le CSA a rectifié le BVP, et que le Juge des référés n’a pas eu à donner suite.)
De toute façon, à chaque fois c’est pareil. Tout le monde convient qu’il faut ouvrir l’industrie et le commerce français à la concurrence, que notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. Mais c’est toujours pour mieux cibler l’assiette du voisin. « Touche pas à mes stations-service, ma pharmacie, mon grand magasin, ma parfumerie, ma librairie… ».
Le marché des produits d’automédication et plus encore celui des produits de santé est en constante expansion. Il y a de place pour un réseau pluriel de distribution (y compris, demain, avec l'arrivée d'internet et des chaînes de pharmacies).
1) Les faits, rien que les faits
Je peux comprendre l’amertume d’une profession empêtrée dans de réelles difficultés (baisse de CA dans les zones rurales, accroissement des charges d’exploitation et de la paperasserie, difficulté de transmettre le patrimoine, impossibilité pour les jeunes d’amortir l’acquisition de fonds trop chèrement évalués, etc. !). Mais les faits sont là.
Ce n’est pas E. Leclerc qui a enjoint au gouvernement français d’ouvrir le secteur à la concurrence, c’est la Commission Européenne, depuis que des chaînes succursalistes de pharmacies (type Boots en GB) se sont vues interdire l’accès du territoire français.
Ce n’est pas E. Leclerc qui a décidé de dérembourser les produits d’automédication familiale, ce sont les derniers gouvernements, sans que d’ailleurs les pharmaciens n’y aient trouvé à redire.
Et ce n’est surtout pas à cause de E. Leclerc que ces produits, une fois déremboursés, ont augmenté de 36 % en moyenne (chiffre IMS) pour ceux de la vague de 2006 et de 30 % pour la dernière vague.
L’impact sur le pouvoir d’achat des Français est double : ce qui était remboursé devient payant ; et les prix étant dérégulés, la facture augmente. Voilà qui vient mal à propos plomber le budget des Français déjà mis à mal par l’augmentation du prix de l’énergie et des denrées alimentaires.
2) L’offre des parapharmacies E. Leclerc
Conscient que le dérapage des prix pourrait relancer le débat sur la politique même du déremboursement (sur son bien-fondé), le gouvernement a sollicité la profession pour souscrire un accord de modération. Le gouvernement imagine aussi que les consommateurs / patients seront enclins à comparer et à faire pression sur les étiquettes.
Qu’on me permette d’avoir des doutes sur le résultat. Dans tout secteur d’activités (fussent-elles hyper spécialisées), c’est la concurrence qui modère ou fait baisser les prix. Le maintien du numerus clausus ne se justifiera qu’à ce prix.
Partout en Europe, il existe plusieurs réseaux de distribution des produits d’automédication familiale. En Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, ces médicaments sans ordonnance sont vendus tantôt en libre-service (ce que je ne souhaite pas), tantôt sous le contrôle d’un pharmacien-conseil.
En Italie, la dérégulation du marché de la santé a été l’une des premières mesures du gouvernement Prodi (2006). Les parapharmacies E. Leclerc/Conad ont été pionnières. Aujourd’hui, le système est banalisé et les médicaments OTC sont commercialisés dans plusieurs enseignes de distribution, grands magasins et chaînes spécialisées.
En France, rien de tel. La profession a toujours défendu un modèle économique exclusif. Mais nous avons des parapharmacies dirigées par des diplômés. (Les laboratoires avaient exigé dès 1985 que nous commercialisions les produits de dermo-cosmétique et les compléments alimentaires sous le contrôle d’un docteur en pharmacie). Ces hommes et ces femmes ont fait les mêmes études que les officinaux. Ils ont la même expertise.
J’ai proposé que, dans un espace dédié de la parapharmacie, sous leur contrôle, et avec une prestation de conseils renforcée, ils puissent assurer la commercialisation des produits d’automédication familiale, avec une politique de prix conforme aux promesses de notre enseigne.
Ailleurs, en Europe, c’est possible. Ailleurs, en Europe, ça marche. Expliquez-moi pourquoi, en France, on mettrait en péril le système de santé en faisant de même ?
Je me doute bien qu’avec le poids des lobbies, ce n’est pas demain la veille…que le gouvernement français ouvrira ce marché pour autoriser notre initiative. Mais, il nous faut être prêts.
Le gouvernement s’engage-t-il à ce qu’il n’augmente pas le nombre de spécialités déremboursées ? Les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens s’engagent-ils à refaire baisser les prix qui ont flambé ? Si les réponses sont positives, il n’y a rien à craindre de notre initiative. Mais je ne crois pas avoir entendu ces engagements. En tout cas, nous voulons prendre date. Nous allons suivre l’évolution des prix.
Eric Woerth vient d’annoncer un nouveau plan d’économies sur le médicament (5 milliards d’euros) !
Plutôt que d’essayer de jeter le discrédit sur les 150 diplômés de pharmacie qui travaillent sous notre enseigne (« de vulgaires chefs de rayon », a-t-on dit), j’invite la profession à méditer sur le mot de Pierre Harmel, Président de l’UNPF pour l’Ile de France, dans Le Moniteur des Pharmacies (29/03/08) : « Le plus important (est) de baisser les prix de 15 à 30 % selon les catégories de médicaments…sinon, c’est du pain béni pour Leclerc ».
Tout le reste, c’est du buzz. Certains comprendront peut-être qu’à trop nous caricaturer et nous vilipender, on nous offre là, bien grande publicité. Le public (les patients, les consommateurs) n’est pas dupe. On peut vouloir tout lui raconter, tout occulter. Mais au final, c’est lui qui va devoir payer.
Posté par M.E.L. le 9 avril 2008 dans
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21 mars 2008
Système U et la réforme de la loi Galland

Je réponds, ici, à des commentaires d’internautes, notamment Augustin et André, concernant l’initiative publicitaire de Système U. Et aussi aux journalistes auxquels j’ai refusé de commenter cette initiative « à chaud » et dans un esprit polémique.
La réforme définitive de la loi Galland, promise par le Président de la République, vit ses derniers soubresauts (enfin, j’espère !). D’ores et déjà, cette perspective commence à produire ses effets concurrentiels. Pas encore en termes de baisses de prix sonnantes et trébuchantes ! Mais quelques enseignes ont manifestement compris que c’en était fini du confort « des prix de marché déterminés par les seuls fournisseurs » (grâce aux marges arrière).
Tout le monde aura remarqué qu’Intermarché a, depuis 6 mois, musclé sa politique de prix. Dans le comparateur « quiestlemoinscher.com » comme dans les enquêtes UFC-Que Choisir ou INC (rectifiée, depuis, par la DGCCRF), Intermarché est positionné à la deuxième place. Je me demandais comment allait réagir notre ancien allié, Système U.
1) Longtemps, j’ai pesté de voir mes amis U hésitants quant à la suppression complète ou à la réintégration des marges arrière. Jusqu’en juin 2007, Système U était très prudent et se contentait d’aligner sa position sur la plateforme négociée entre la FCD et l’Ilec.
Je me réjouis de ce que Serge Papin exprime, depuis lors, des positions plus tranchées (dans un sens libéral) et qu’il veuille les mettre en pratique à travers son propre groupe.
2) Dans sa dernière publicité, Système U propose une baisse de prix sur environ 100 articles. Pourquoi 100, en fait 111, et pourquoi pas 1 000 ? Et pourquoi seulement jusqu’à la fin avril ? Je le laisse répondre. Mais pour moi, malgré l’habillage très politique, cette opération est d’abord une promo, une bonne promo, dont vont profiter les clients de Système U.
Non, je n’arrive pas à lire dans cette initiative un repositionnement général des prix de l’enseigne U.
3) Je rappelle que les organismes chargés de relever les prix pour le site « quiestlemoinscher.com » donnaient Système U 4,2 % plus cher que nous (sur une base de 2 380 produits et des poussières). U avait donc des marges de baisse (sic) !!!
En baissant le prix d’une centaine d’articles, Système U fait un bout du chemin. Il contribue à raviver la concurrence et c’est bien ! Mais ce n’est tout de même pas la révolution. Pas de quoi faire paniquer l’ensemble de la profession.
4) Reste l’habillage politique du texte. (Je réponds, ici, spécifiquement à André). Système U dit vouloir anticiper la répercussion totale des marges arrière. Evidemment, c’est un contresens. Cette liberté est donnée à tous les distributeurs depuis le 2 janvier 2008 (loi Chatel). Système U ne fait qu’appliquer la loi. L’enjeu de la future bataille parlementaire, c’est la négociabilité des tarifs.
Tiens, pendant que j’écris ces lignes, j’aperçois, dans Le Parisien, la nouvelle pub des Mousquetaires : une pleine page, une accroche : « Voilà à quoi ressemblent les distributeurs qui prétendent être moins chers que nous ». La publicité est illustrée par un Pinocchio pris en flagrant délit de mensonge.
Je ne sais si ce Pinocchio c’est Serge Papin, ma pomme ou Jean-Charles Naouri, actuellement prolixe sur le sujet des prix. Vu le contexte, mes amis et néanmoins concurrents les Mousquetaires accepteront que je dise : avec cette nouvelle prise de parole, leur enseigne aussi a « eu du nez » puisque pour justifier leur performance prix, ce ne sont pas 100 articles qu’ils proposent à la baisse, mais leurs MDD maison.
Posté par M.E.L. le 21 mars 2008 dans
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12 mars 2008
Obésité infantile : plus de friandises sucrées pour enfants aux caisses

Je me suis attiré les foudres du Président de l’ANIA, Jean-René Buisson. Son association d’industriels « juge intolérable la décision prise par les Centres E. Leclerc, la semaine dernière, de retirer les confiseries sucrées pour enfants des présentoirs de caisses, d’ici le 1er juin ». Et l’ANIA m’a fait l’honneur d’un communiqué au vitriol, suspectant ma petite personne de vouloir en revenir « à l’économie administrée des magasins d’Etat » ?
1) De quoi parle-t-on ?
En septembre 2007, l’association de consommateurs UFC-Que choisir a lancé une campagne sur l’obésité infantile « Obésité : protégeons nos enfants ». Après avoir demandé aux parlementaires d’interdire la publicité TV pour les produits gras et sucrés au sein des programmes pour enfants, l’UFC interpellait toute la filière et sollicitait les distributeurs pour « juguler un marketing outrancier à l’égard des enfants, incitant à la surconsommation de produits sucrés ». L’association demandait le retrait des produits installés de manière trop tentatrice au devant des caisses.
Le gouvernement français et les autres gouvernements européens sont interpellés de la même manière. Ainsi, les Anglais ont interdit les publicités pour les aliments gras, sucrés et salés dans les programmes destinés au moins de 12 ans. Les Suédois, eux, ont totalement interdit les publicités pendant les émissions jeunesse.
Le Ministre français de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncé, le 4 février, une série de mesures dans un premier temps basées sur l’autodiscipline et le volontarisme des acteurs concernés. Avec une deadline fixée en juin pour apprécier les propositions et les résultats éventuels.
2) Les réponses des industriels et des distributeurs
Tout le monde convient de l’importance du fléau. 13 % des jeunes Français sont en surpoids, dont 7 % atteints d’obésité. Le mouvement ne fait que s’accélérer. Outre que l’obésité hypothèque l’espérance de vie des individus, elle préfigure une charge supplémentaire pour la collectivité.
Les industriels ont d’abord réagi viscéralement. « Consommés modérément, les produits sucrés ne sont pas dangereux. On n’est pas chez les Soviets. Les pouvoirs publics ne peuvent montrer du doigt et diaboliser le sucre ou tout autre produit festif à base de sucre tout simplement par qu’ils ont été surconsommés ». Ou alors disent-ils, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement : supprimons la vente d’alcool puisqu’il y a trop d’alcooliques, supprimons le rayon des crèmes desserts et des fromages pour que plus personne ne mange des produits trop gras.
Derrière ce débat qui prend des airs trop passionnés et caricaturaux, il y a bien sûr des lobbies qui cherchent à forcer le trait.
Je concède cependant que :
1) Industriels et distributeurs ont raison de dénoncer la tentation des pouvoirs publics de refiler la gestion des problèmes de santé au secteur privé alors qu’elle doit d’abord émaner de l’Etat (ne serait-ce que, justement, pour qu’elle ne soit pas dictée par des intérêts privés).
2) L’origine de l’obésité est multifactorielle. Si l’on veut s’attaquer à la source, il faut mettre en place un plan de prévention global : auprès des parents, à l’école, dans les médias. Bref, chacun doit agir à son niveau de responsabilité.
3) La position de mon enseigne
Nos cadres et nos adhérents ont eu le même réflexe que les autres professionnels. Pas question de se laisser refiler la gestion exclusive d’une problématique qui nous dépasse.
Mais le dossier de l’obésité infantile rejoint celui, plus global, de la nutrition, du « bien manger » dont nous sommes évidemment un acteur à part entière.
Le distributeur doit pouvoir garantir le libre choix, mais rien ne l’empêche à travers ses gammes, ses choix marketing et publicitaires, d’adapter son offre commerciale à une demande sociale dès lors qu’elle est incontestée. C’est même un gage de sa performance commerciale future.
J’ai engagé mon groupe depuis trois ans pour revoir à la hausse tous les critères qualitatifs, gustatifs et sanitaires de notre offre alimentaire. C’est un travail de longue haleine (probablement 3 ou 4 ans pour arriver à des résultats significatifs). Par exemple, tous nos produits à Marque Repère voient leur étiquetage reprécisé, leur lisibilité améliorée, et les recettes des produits sont retravaillées pour diminuer les taux de sucre, de sel et de gras. Des nutritionnistes sont mobilisés sur ce projet, et des instruments pédagogiques à l’égard des usagers ont été mis en place (http://www.e-leclerc.com/marquerepere/Nos-valeurs/Accueil.aspx).
C’est dans ce contexte que sans se référer à une quelconque morale anti-festive, nous avons décidé de recaser les produits concernés dans l’offre classique de l’hyper d’ici le 1er juin.
4) Etoffer l’action
Il y a certes un enjeu commercial (manque à gagner situé entre 5 et 10 millions d’euros par an). Mais si elle restait isolée, nos adversaires auraient beau jeu de qualifier cette action de publicitaire. Aussi ne faut-il pas s’arrêter là.
Dans les semaines qui viennent, mon enseigne va lancer la recherche de produits de substitution, plus diététiques. Les magasins recevront des PLV informatives et pédagogiques expliquant cette action aux clients.
Enfin, j’ai demandé à ce que l’enseigne s’engage plus fort encore sur des recommandations nutritionnelles et sur la valorisation des bons comportements alimentaires.
Voilà donc ce qui me vaut le courroux de quelques apparatchiks du lobby de la malbouffe. Je ne donnais pourtant de leçons à personne, je les appliquais à nous-mêmes. C’est le paradoxe de l’ANIA : cette fédération regroupe des industriels qui, depuis 5 ans, et avec succès, ont fait de la santé un argument de vente (Danone avec Actimel, ses alicaments, etc.). Curieux de voir que le discours sur le bien manger devient « démagogique » quand il émane du seul distributeur.
Posté par M.E.L. le 12 mars 2008 dans
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6 mars 2008
Publicité sur les prix : la législation est trop frileuse !
Tout le monde en convient : les prix les plus bas sont offerts dans les zones de chalandise les plus concurrencées. C’est ce constat qu’ont retenu les experts de la Commission Attali pour demander le démantèlement de la loi Raffarin, véritable créatrice de rentes de situation. Mais pour que les consommateurs puissent choisir entre enseignes de distribution, encore convient-il qu’ils aient accès à une information accessible et lisible sur les prix, préalablement à leur déplacement.
Les publicités dans la presse, dans les catalogues, et les relevés de prix effectués par les organisations de consommateurs peuvent les y aider.
Mais paradoxalement, la législation a limité cet exercice. Dans deux secteurs !
- A la télévision d’abord :
Les distributeurs ont accédé à la publicité télévisée depuis le 1er janvier 2007. Mais allez savoir pourquoi, ils n’ont pas le droit d’y parler de prix si ce n’est en termes génériques. Quel curieux paradoxe. En pleine période de retour de la hausse des prix, les distributeurs peuvent paraphraser le fameux sketch de Fernand Raynaud : « Elle est belle mon orange pas chère ». Mais ils ne peuvent pas en dire le prix.
De même, les industriels de la téléphonie peuvent racoler pour leur réseau (SFR, Orange, Bouygues, Virgin, etc.). Mais les distributeurs concurrents ne peuvent rivaliser dans le discours en faisant valoir la pertinence prix de leur offre.
J’ai donc écrit à Luc Chatel, hier, pour que, dans son projet de loi de modernisation de l’économie qui sera présenté au printemps aux parlementaires, figure l’autorisation d’effectuer des publicités de prix à la télévision.
Vous doutez de l’effet ? Allons donc. Imaginez E. Leclerc, Auchan ou Intermarché publiant leurs prix de carburants avant les départs en vacances… Laissez-moi vous dire que ça pèserait sacrément sur les prix du réseau !
- La publicité des fruits et légumes :
J’en ai déjà parlé sur ce blog. Feuilletez, dépouillez les catalogues des enseignes de la grande distribution, ou même des enseignes spécialisées. Vous y verrez de belles photos d’asperges, de salades, de carottes ou de bananes. Mais jamais, ou rarement, des prix indiqués. La législation, dans ce domaine, est parfaitement hypocrite. Oui, elle autorise la publicité de prix, mais à une seule condition : les distributeurs doivent, préalablement à leur publication, obtenir l’accord de l’interprofession agricole. Ces mêmes interprofessions qui se sont battues depuis dix ans pour que nous limitions les prix bas et les rabais censés faire chuter les cours sur les marchés de gros !!!
Je reconnais que les syndicats agricoles n’en font plus un casus belli. La FNSEA et la FNPL ne défendent plus cette position que du bout des lèvres. Mais le meilleur moyen de faire baisser le prix des fruits et légumes n’est-il pas d’inciter les commerçants à rivaliser sur ce sujet.
Le maintien de cette disposition produit, à mon sens, deux inconvénients :
a) Il n’incite pas les consommateurs à aller voir ailleurs. Ceux-ci, fidèles à leur hypermarché, y achètent des fruits et légumes presque en « clients captifs ». Pourquoi quitter leur magasin favori s’ils sont maintenus dans l’aveuglement des prix pratiqués par les concurrents.
b) Même les distributeurs, du coup, ne voient pas l’intérêt de faire la publicité sur ces produits. Une belle photo ne saurait constituer un bon argument de vente. Et alors que les pouvoirs publics incitent, dans le cadre du plan santé, à consommer des fruits et légumes, cette législation freine toute communication sur ce secteur, à contre-courant des réels besoins.
La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Cette liberté retrouvée sur la communication TV et les fruits et légumes pourrait constituer un élément positif d’une activation de la concurrence en France. J’espère avoir convaincu Luc Chatel.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 6 mars 2008 dans
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4 mars 2008
Le Sénateur Jean Arthuis et la tentation de la démagogie
Il n’y a pas plus vachard ni revanchard qu’un homme politique blessé par la certitude de ne plus pouvoir jouer un grand rôle de décideur, au sein d’un gouvernement par exemple. Les propos tenus par Jean Arthuis dans les médias, ces derniers jours, traduisent cette aigreur et, venant de sa part, c’est vraiment un sacré gâchis.
Je connais bien le sénateur Jean Arthuis. Il fut, dans sa vie professionnelle, commissaire aux comptes dans plusieurs de nos structures commerciales. Il fut par la suite un plutôt bon ministre de la consommation. Mais il s’est enfoncé, depuis une dizaine d’années, dans une attitude purement inquisitrice à l’égard de la grande distribution. Sans aucune nuance, ni finesse. C’est lui qui signa, du temps de Jacques Chirac, ce rapport parlementaire qui accusait la grande distribution d’être à l’origine des délocalisations et d’un surcroît d’importations (alors même que la France était exportatrice nette !!!). Dieu sait s’il nous a fallu ramer pour dénoncer ces contrevérités tant l’homme s’obstinait à vouloir briller en jouant de cette posture critique.
Jean Arthuis a trouvé un nouveau cheval de bataille. Il feint de découvrir les centrales d’achat établies depuis une dizaine d’années à Zurich ou à Genève. «…j’ai pointé du doigt les pratiques de cinq grandes enseignes nationales qui ont pour habitude de demander à leurs fournisseurs de verser une redevance soi-disant destinée à contribuer au développement international de leur groupe ».
L’accusation aurait été de faible portée si nous n’étions pas dans un contexte nauséabond d’affaires financières et fiscales (l’affaire UIMM, fraude fiscale au Lichtenstein). Jean Arthuis ne pouvait méconnaître ce contexte. Autant dire qu’en prenant le risque de cultiver l’amalgame, le sénateur jette sciemment l’opprobre sur notre secteur.
Je ne sais pas s’il vise une enseigne particulière. Il vaudrait mieux qu’il le dise. A contrario, son coup de sang n’est pas crédible.
Il n’est pas concevable qu’il fasse semblant de découvrir l’existence de ces centrales d’achat. Une dizaine d’entre elles (EMD, AMS, AGENOR…) exercent, depuis une vingtaine d’années en Europe, une activité d’achat, de référencement ou d’échange de savoir-faire. Elles couvrent le secteur des GMS mais aussi de la distribution spécialisée. Pratiquement toutes les grandes enseignes européennes, GSA ou GMS, intégrées, franchisées ou associatives, adhèrent à ces réseaux qui font l’objet périodiquement d’observations et de directives émanant de la Commission Européenne. Il n’y a pas en la matière de spécificité française.
Qu’en est-il pour notre enseigne ?
Longtemps, nous avons tâtonné. Nous avons adhéré quelques années au groupement EMD, aux côtés d’une trentaine d’autres enseignes. Sans réel intérêt, ni efficacité. Puis en 2004, nous avons créé, avec quatre autres enseignes de la distribution européenne, la coopérative « Coopernic ». L’objet social de cette société est complètement transparent : son activité a pour finalité d’améliorer la performance et la compétitivité des magasins de Colruyt (Belgique), Coop (Suisse), Conad (Italie), Rewe (Allemagne) et E. Leclerc. Cette performance concerne évidemment la surveillance des prix au niveau européen, mais aussi le développement en commun des gammes de produits répondant aux nouvelles demandes sociales (commerce équitable, développement durable, produits éthiques, etc.). Coopernic abrite beaucoup d’échanges bilatéraux (E. Leclerc/Coop sur le commerce équitable ; E. Leclerc/Conad sur les carburants ou la parapharmacie ; E. Leclerc/Rewe/Iki pour la promotion des marques régionales françaises dans l’Est de l’Europe). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur ce blog.
Qu’en est-il des accusations du perfide sénateur ?
a) « Cinq grandes enseignes demandent une redevance » ?
- Il ne s’agit pas d’enseignes, mais de plusieurs milliers de supermarchés, supérettes, hypermarchés ou magasins spécialisés répartis dans 18 pays du marché européen. Au sein de Coopernic, on compare les hausses de prix, on lance des appels d’offres, on traque les prix les plus bas.
- Coopernic ne touche pas de redevance. Quand les adhérents de la coopérative viennent y négocier avec les grands industriels une meilleure couverture européenne des ventes, un plan promotionnel lié à un investissement TV (par exemple) ou au lancement d’une innovation dans plusieurs pays en même temps, c’est pour en faire profiter ses membres nationaux. Les conditions d’achat ou de prestations sont directement répercutées aux adhérents de chaque pays.
b) « Les fournisseurs se voient obligés de verser une somme à une société basée en Suisse ». Des sommes qui échapperaient au fisc ?
- Coopernic est basée en Belgique et non en Suisse.
- Coopernic est installée à quelques centaines de mètres des services de concurrence de la Communauté Européenne. Sa constitution est connue de tous.
- C’est une coopérative dont les statuts se réfèrent spécifiquement à la nouvelle législation européenne favorisant le regroupement de commerçants indépendants. Elle est complètement transparente (aux sens financier et juridique) à l’égard de ses membres. La totalité de ses produits éventuels (elle n’a qu’un an d’existence) est reversée directement à ses coopérateurs.
- Coopernic n’a pas vocation à faire des profits. Elle ne garde rien, elle est financée par des appels de cotisations. En aucun cas, elle ne finance le développement international des enseignes.
- Tous les fournisseurs n’ont pas de stratégie ou de conditions européennes de vente. D’autres ne souhaitent pas profiter des prestations de Coopernic. Seules quelques dizaines de grandes sociétés ont conclu des accords avec la coopérative.
- Enfin, fiscalement, tous les produits de Coopernic sont soumis à la fiscalité des pays d’origine des adhérents. Dans le cas de la France, ils sont intégrés aux déclarations fiscales de chaque centre E. Leclerc.
Voilà. Normalement le sénateur Jean Arthuis devrait être rassuré. Malheureusement, je crains que ça ne fût pas sa réelle intention.
Posté par M.E.L. le 4 mars 2008 dans
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29 février 2008
Peter Brabeck (Nestlé) ne craint pas la hausse des prix

Peter Brabeck n’est pas un homme facile. Je parle de son caractère, de son tempérament. Je connais, je me suis frotté à lui lors d’une négociation récente. Mais la difficulté relationnelle n’exclut pas de saluer l’artiste professionnel. L’ancien alpiniste cède la barre du groupe Nestlé en ayant, cette année, franchi ses plus beaux sommets : 100 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires et plus de 10 milliards de bénéfice net.
Sur un plan purement commercial, c’est un exploit ! Chapeau : superbe manager, entreprise bien gérée, stratégie confirmée !
Mais s’agissant pour nous, Français, de rechercher quelques indications sur l’évolution des prix pratiqués par nos amis industriels, il faut regarder derrière la vitrine et lire les comptes puisqu’on nous les livre pour illustrer l’exploit.
En pleine crise du lait, Nestlé a su faire son beurre.
« La force de Nestlé », dit un analyste helvétique, « c’est l’anticipation. Nestlé n’attend pas pour répercuter les hausses ». C’est ce que P. Brabeck lui-même appelle « les mesures préventives pour contrer la hausse des matières premières ».
Comme son éternel rival, Danone, Nestlé n’a pas attendu pour répercuter la hausse du cours du lait. Résultat : « Les produits laitiers frais ont amélioré de manière significative leur rentabilité ». La marge de cette catégorie de produits a progressé de 90 points de base (source Agra Alimentation) et atteint 11,1 %.

Loin des profits réalisés sur les produits pharmaceutiques (33 %), mais supérieure aux marges sur les eaux en bouteilles et sur la confiserie. Pour un secteur en crise, ce n’est pas mal !
D’ici jeudi, François Fillon trouvera bien deux ou trois distributeurs à fustiger, histoire de dénoncer quelques dérapages de prix sur les produits laitiers.
Mais qu’on se rassure, 2008 s’annonce encore un très bon cru pour l’industrie de la transformation laitière.
Posté par M.E.L. le 29 février 2008 dans
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27 février 2008
Inflation : politiques et professionnels pratiquent la danse du scalp !

"La loi du scalp" par Salvé - Ed. Dupuis
Depuis dimanche dernier, le cours de l’hypocrisie a subi une spectaculaire envolée. Jamais le débat sur l’inflation ne nous avait offert un tel florilège de bêtises ou de défausses.
C’est l’Institut National de la Consommation qui a mis le feu aux poudres. Sacrée Marie-Jeanne Husset, elle rêvait de ce coup génial qui allait scotcher sur place son concurrent médiatique de l’UFC, Alain Bazot. Elle n’avait manqué aucun plateau TV depuis trois mois, concourait avec Robert Rochefort pour l’Oscar du meilleur expert ès concurrence. Et elle oeuvrait plutôt bien, renvoyant dos à dos industriels, distributeurs et politiques. La posture parfaite.
Dimanche, donc, avant la sortie en kiosque, tout ce que l’industrie, la distribution et la classe politique compte comme porte-voix s’est trouvé embringué dans une formidable course à l’échalote, et sommé, par des journalistes fébriles comme jamais, de s’expliquer sur ce retour de l’inflation, spectaculairement mais caricaturalement mise en scène par la publication de l’INC.
A ce moment-là du feuilleton, personne n’ayant épluché ladite étude, tout le monde fut bien obligé d’acquiescer, d’amplifier la plainte en la confirmant (l’étude confirmait l’opinion ! Un politique, ça ne contredit pas l’opinion).
Si le système médiatique ne s’était pas emballé, et si chacun avait pris le temps de lire l’opus de l’INC, tout cela eût pu être relativisé : relever les prix sur 5 ou 6 sites Internet non représentatifs des prix hypermarché de chaque enseigne, c’est quand même un peu de l’arnaque même si ce n’est pas « totale daube ».
Passons ! Cette prise de parole avait un mérite : émanant d’une institution publique, elle confirmait les observations déjà faites par les organisations de consommateurs. Et, excusez du peu, elle crédibilisait mes propres campagnes de communication dénonçant la flambée des tarifs des industriels pour 2008 et les limites de la réforme Chatel.
Ce qui est vraiment désolant dans cette affaire, ce n’est pas tant la légèreté de l’INC que l’agitation d’une classe politique réduite à des effets d’annonces plus hypocrites les unes que les autres : qu’on en juge.
Le premier coincé, ce fut Luc Chatel : quasi silencieux depuis les dernières publications de l’indice INSEE (inflation alimentaire de 4,2 % en janvier), il cherchait la parade. Lui et Christine Lagarde avaient imprudemment annoncé une baisse des prix de 3 % en janvier. Mais que dire quand le yaourt grimpe de 40 % ? Alors, il a osé cette pirouette et laissé entendre que finalement sa loi ne produirait d’effets qu’au 1er mars, ce qui est bien sûr une contre-vérité, la loi Chatel est applicable depuis le 2 janvier !!! Avec les résultats que l’on sait.
Yves Jego (de l’UMP) n’a pas fait non plus dans la dentelle. Il a recommandé au gouvernement « de sanctionner ceux qui profitent de l’occasion pour augmenter leurs profits » en saisissant le Conseil de la Concurrence. Ca ne mange pas de pain, c’est facile à dire, sauf que le Conseil de la Concurrence n’est pas compétent pour se saisir des dérives de prix quand il n’y a ni entente, ni abus de position dominante. Il n’y a pas de « délit de grosses marges » dans le droit français de la concurrence. Ou alors, vite qu’on nous le dise parce qu’il faudrait sanctionner Total, Nestlé, L’Oréal, Pernod pour les bénéfices fabuleux réalisés en 2007 !!!
Michel Barnier (Ministre de l’agriculture) a quasiment endossé, à la place de Jean-Michel Lemétayer, la fonction de Président de la FNSEA : « Je n’accepterai pas que l’on montre du doigt les agriculteurs dans ce problème… Ne cherchez pas la responsabilité chez des gens qui bossent… ». Allez, on en convient ! En moyenne, les agriculteurs ne sont pas ceux qui, dans ce retour de l’inflation, se sucrent le plus. Mais de là à dédouaner les gros céréaliers ou même les laitiers, il y a comme une contradiction. On ne peut pas à la fois dire que cette augmentation des cours est une aubaine pour nos agriculteurs et nier qu’une hausse de 80 % pour les céréaliers, ça ramène un peu de blé dans les chaumières et que 35 % sur le lait, ça met plus de beurre dans les épinards.
Il n’y a pas de petites économies pour François Copé (UMP). Lui qui est chargé de virer des chaînes publiques toute publicité commerciale qui aurait pu permettre d’animer la concurrence, il appelle le gouvernement à agir « dare-dare ». Il l’invite « à mettre en place des dispositifs de transparence et d’information qui permettent aux consommateurs de regarder, de comparer ». Pas à la télé, bien sûr. Eh bien, je l’invite à consulter « quiestlemoinscher.com » avec ses 546 000 relevés de prix effectués fin janvier (500 fois plus que dans l’étude de l’INC). En tout cas, je tiens là mon premier client pour ce site.
Le plus rigolo, c’est quand même Georges Sarre (PS). Nostalgique d’un dirigisme aux couleurs d’un Etat socialiste qui « s’opposerait à l’ultralibéralisme débridé » de Sarkozy, il réclame un blocage des prix. Mais c’est pour aussitôt dire que le « dogme européen interdit à l’Etat de prendre une telle mesure ».
Frédéric Lefebvre (UMP), lui, a remis au goût du jour une autre mesure qui traîne dans les cartons depuis vingt ans : le double étiquetage. Pourquoi pas. Avec le maintien des étiquettes en francs, celles qui mentionnent le prix au litre et au kilo, les infos promos, et bientôt les émissions CO² et la composition nutritive des produits…pas sûr que cela ne rajoute pas à la confusion. Mais rajouter un thermomètre, cela fera-t-il baisser les prix.
Une cinquantaine d’élus se sont ainsi exprimés, sans qu’un seul n’ait daigné revenir sur le fond du problème : le refus des parlementaires, lors du débat sur la loi Chatel, d’abroger définitivement la loi Galland et de libérer la négociation commerciale dont l’adoption a été reportée au printemps 2008.
Lors des débats parlementaires, j’avais eu l’occasion, aux côtés du directeur des achats d’Auchan, puis de celui d’Intermarché, d’annoncer le retour de l’inflation. Nous avions chiffré les augmentations tarifaires, dit notre incapacité de les compenser dans le système actuel. Mais les parlementaires, pour la plupart, avaient contesté la véracité de nos chiffres. Les ministres, eux, s’étaient laissés embobiner par les promesses de modération tarifaire des industriels au point d’annoncer naïvement une baisse des prix en janvier correspondant à un bonus de 600 euros par foyer.
Malgré nos campagnes de publicité qui citaient les hausses tarifaires des grandes marques, jamais démenties, c’est bien le gouvernement et les parlementaires qui ont décidé de surseoir à la réforme définitive de la loi Galland contre l’avis même du Président. Pour preuve, le recours à Madame Hagelsteen, chargée de préparer le dispositif printanier.
Alors, cette danse du scalp autour des distributeurs, quelle que soit leur part éventuelle de responsabilité, prend aujourd’hui des airs de chasse aux sorcières qui ne sent pas démocratiquement très bon.
On aurait voulu nous inciter à reprendre nos campagnes de communication qu’on ne s’y serait pas pris autrement.
Eh bien, oui, je le confirme : on va remettre le couvert. A bientôt donc…
Posté par M.E.L. le 27 février 2008 dans
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14 février 2008
L’information économique : c’est vraiment le service minimum
Je suis souvent intervenu, pour dénoncer la pauvreté de l’information économique dans les médias. Il y a bien quelques émissions remarquables sur BFM, Radio Classique etc. Et même sur les chaînes généralistes : « Rue des Entrepreneurs » sur France Inter par exemple, et « Capital » sur M6, désormais tenaillées entre le besoin de renouveler le genre et la recherche d’audience. Mais si l’on s’en tient aux JT, aux émissions diffusées aux heures de grande écoute, l’économie est le parent pauvre de l’information. Elle est trop souvent présentée sous des formes caricaturales, lapidaires ou idéologiquement biaisées. Le principe étant : quand cela va mal, on en parle, et quand cela va bien, « on n’est pas là pour servir la soupe aux entreprises ».
On peut comprendre les craintes des journalistes, de moins en moins formés aux choses de l’économie : les politiques, les syndicalistes, les entrepreneurs et même les ONG tentent d’instrumentaliser les données économiques à leurs fins partisanes. Tout le monde essaie de manipuler tout le monde. Mais faut-il que les médias eux-mêmes participent à cette désinformation. Au mieux, ils se retranchent derrière une paresse pédagogique, maquillée en forme de prudence. Plus facilement, ils adoptent le point de vue le plus racoleur.
Dans ce contexte, il n’y a rien d’étonnant à ce que nos concitoyens deviennent définitivement suspicieux à l’égard de tout indicateur, prévision ou information économique.
Pas plus tard qu’en fin de semaine dernière. Je discutais avec un rédac chef sur les bons résultats de l’économie française en matière d’emploi. 10% de chômeurs en moins, en un an, c’est vraiment un bon score ! Eh bien, cherchez dans les journaux : je ne parle pas des Echos ou de La Tribune. Non, je parle du Progrès, de Nice Matin, du Populaire ou des journaux « grand public ». L’affaire est bâclée, traitée comme une brève. Directement reprise de l’AFP. Très peu de commentaires.
On nous tartine des pages et des pages sur les risques de licenciement économique dans une usine Arcelor ou une usine Michelin. Légitime sur le plan social me direz-vous ! Certes ! Mais l’un n’empêche pas l’autre.
Ce rédac chef m’a rétorqué : « Les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne. Et puis, les gens ne croient plus aux statistiques officielles ».
- « Soit. Mais qu’est-ce qui empêche les journalistes de faire une investigation sur la réduction du chômage en France ? Un article ou une opinion qui émanerait de vous et non du politique ? ».
Il est resté sans voix, perplexe et sceptique. Je reprends alors un autre exemple : cela fait deux mois que j’ai fait le tour de toutes les émissions de radio pour parler de la réforme de la loi Galland. A cette occasion, j’ai annoncé plus de dix fois que mon groupe avait créé près de 6 000 emplois en 2 ans. Bien plus que les licenciements potentiels des usines précédemment citées. Eh bien, figurez-vous, pas une seule reprise de l’info, alors que mes autres propos, critiques il est vrai, ont été largement repris dans la presse.
Un climat de défiance de l’opinion à l’égard de la chose économique ? Allons donc, en matière culturelle, c’est l’offre qui fait la demande. C’est l’offre aujourd’hui qui fait défaut. Une offre de qualité, pédagogique, intéressante.
Je persiste donc : sur les questions qui les concernent directement (pouvoir d’achat, emploi, organisation du travail, produits et mode de consommation, etc.) nos concitoyens méritent plus de respect. L’information économique devrait devenir une priorité. Et puisque l’on parle d’une redéfinition des missions du service public, je me demande s’il ne s’agit pas là de son principal chantier ?
Posté par M.E.L. le 14 février 2008 dans
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12 février 2008
Carburants : L’UFC Que Choisir polémique sur l’augmentation des marges !

© Edward Hopper - Gas - 1940
Il y a une quinzaine de jours, l’UFC Que Choisir a interpellé Christine Lagarde sur le non-respect des accords de modération de prix des carburants signés à Bercy. L’association de consommateurs évoquait une augmentation des marges des stations-service de… 2 centimes !!!
Tout d’abord, s’agissant de marges brutes, j’ai trouvé l’observation complètement ridicule. Qu’est-ce donc qui justifiait cette sortie médiatique ? Règlement de compte entre l’UFC et Christine Lagarde ? Ou encore simple interpellation, histoire de faire parler de l’UFC ?
Toujours est-il que j’ai voulu en avoir le cœur net.
1. Les données présentées par UFC Que Choisir
L’UFC raisonne à partir de données publiées par l’UFIP sur son site institutionnel. Nous ne connaissons pas l’assiette de ces calculs. Mais sur la base d’une cotation « Platt’s » de la source UFIP, nous avons reconstitué les marges théoriques de distribution (toutes enseignes confondues) pour les mois de décembre 2007 et janvier 2008.
Le gazole représente environ 70 % des ventes. Le calcul de la marge brute donne 6.36 cents par litre en décembre et 7.07 cents en janvier. Soit un accroissement de marge de 0.71 centimes par litre… !
Pas de quoi fouetter un chat, d’autant que cette augmentation ne prend pas en compte l’évolution des frais de stockage, de passage en dépôt, ni les frais de transports entre le dépôt pétrolier et le point de vente.
2. L’évolution de la marge d’une station-service E. Leclerc
La plupart de nos stations-service sont implantées sur les parkings de nos hypermarchés, et partagent avec le magasin des frais d’investissement, de communication, de gardiennage et de gestion. Ce qui rend évidemment toujours un peu compliqué l’élaboration d’une comptabilité analytique dédiée aux seules stations-service.
Néanmoins, l’examen de ces comptes fait apparaître un résultat net annuel d’exploitation compris entre 0.2 et 0.5 % du chiffre d’affaires TTC (juin 2006 à juin 2007).
En novembre et en décembre une station E. Leclerc « prenait » en moyenne 0.012 euros par litre. Cette marge n’a pas évolué sensiblement depuis septembre 2007.
Difficile de faire moins cher, nous pouvons plus ou moins bien acheter, mais il n’y a pas beaucoup de « marge » de manoeuvre.
La commercialisation de carburants est nécessaire à l’attractivité de l’hyper. C’est un produit d’appel, c’est un service à la clientèle qui se déplace en voiture.
Avec d’aussi petites marges, tout le monde comprendra que notre enseigne ne se sent pas concernée par cette polémique.
Posté par M.E.L. le 12 février 2008 dans
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11 février 2008
« Netprix » : la revue Linéaires compare les prix des cybermarchés

© Linéaires - Février 2008
Je vous ai parlé, mardi, du dernier classement de prix de la revue Linéaires, accessible sur internet. La revue a pris une autre initiative intéressante. Elle a comparé les performances prix des enseignes du Net entre elles (Auchandirect, Telemarket, Ooshop, Houra). Et elle a comparé aussi leur niveau de prix avec celui des hypermarchés.
1) Au premier classement (Netprix), « Auchandirect » arrive en tête. Sans lauriers, sans agressivité commerciale, mais sans inquiéter la plupart des enseignes d’hypermarchés.
2) Dans l’ensemble, dit Florent Vacheret, le rédacteur en chef, « les quatre grands cybermarchés nationaux filent du mauvais coton. Les marchands du web affichent en moyenne des prix quasiment 20 % supérieurs aux magasins en dur ».
Les enseignes de cybermarché ne se préoccuperaient-elles pas du prix ?
- Les uns diront : qu’importe, les consommateurs ne sont pas les mêmes. A voir ! La clientèle compare les offres des uns ou des autres sur le Net ou sur prospectus et ne me semble pas aussi segmentée qu’on le dit.
- Les autres se poseront la question : jusqu’où faut-il débaptiser ces sites et les placer désormais sous la bannière unifiée d’un même groupe de distribution (Carrefour/Ooshop ?), au risque de rendre illisible la promesse prix de l’enseigne.
Il y a débat : Quelques adhérents, cycliquement, m’assaillent de leur lobbying pour que nous lancions un site marchand E. Leclerc sur le web. Nous sommes quasiment prêts. Mais s’agissant d’une enseigne dont la performance prix est leader, faut-il que nous prenions le risque d’altérer notre image tant que nous ne pouvons offrir les prix bas du marché sur le Net ?
L’indice « Netprix » de Linéaires confirme qu’il faut être prudent. Les cybercommerces sont notre avenir. Mais rien ne sert de se précipiter. Il ne faut pas courir après le chiffre d’affaires dans n’importe quelles conditions. Nous testons, avec succès un Express Drive à prix hyper (commande sur le Net, fourniture sur site). Nous irons sur le net marchand quand nous pourrons garantir que nous serons les moins chers, et sans trop d’écart avec nos hypers.
Posté par M.E.L. le 11 février 2008 dans
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6 février 2008
Pouvoir d’achat 2007 : positif (+2 % indicateur E. LECLERC-BIPE), mais moins qu’annoncé par l’INSEE (3,3 %)
Alors que Madame Lagarde reçoit Alain Quinet, rapporteur d’une Commission chargée de « plancher » sur les indices officiels, je fais mettre en ligne les derniers résultats de l’étude E. LECLERC-BIPE sur l’évolution du pouvoir d’achat effectif du consommateur français. Notre indicateur (mon-pouvoir-dachat.com) confirme une progression de 2 % pour 2007. C’est moins que ne l’annonçait l’INSEE (3,3 %). Mais c’est positif.
Cette performance suffira-t-elle a re-booster le moral des ménages, au plus bas niveau depuis douze ans ? Pas sûr, même si le gouvernement puisera dans ces chiffres quelque réconfort. La reprise de l’inflation constatée en novembre et décembre pourrait laminer les projections positives de 2008. Et la frustration des consommateurs reste légitimement marquée par 7 années de très faible progression du pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) : 1 % seulement en moyenne par an depuis l’an 2000 (indicateur E. LECLERC-BIPE).
1) L’indicateur E.LECLERC-BIPE (principe et méthode)
C’est au cours de l’année 2003 que j’ai engagé mon enseigne dans le débat public sur le pouvoir d’achat. Interpellé par les consommateurs sur l’augmentation des prix, et conscient que l’exploitation des indices officiels ne pouvait rassurer les Français sur l’évolution du pouvoir d’achat, j’ai confié au BIPE (groupe d’experts économiques indépendant) la mise en place d’un indicateur plus pertinent.
Il ne s’agissait pas de contester la probité des chiffres de l’INSEE. Simplement, nous semblait-il, les indicateurs macroéconomiques, construits pour la comptabilité nationale et les comparaisons internationales (OCDE), ne reflétaient pas la réalité vécue par les Français.
L’indicateur du pouvoir d’achat effectif des Français E. LECLERC-BIPE se différencie finalement par rapport aux indicateurs de l’INSEE par une prise en compte différente des charges contraintes des ménages et de l’évolution démographique.
Pour l’INSEE, le loyer, les charges de logement (électricité, gaz, eau…), les assurances obligatoires (logement, santé, auto), les remboursements de crédits et les abonnements de transports collectifs…sont des dépenses comme les autres. Dans notre conception du pouvoir d’achat effectif, ces dépenses ne sont pas arbitrables ou re-négociables. Elles participent de l’élévation du niveau de vie, mais leur financement affecte les achats courants.
Tout se passe comme si, en réalité, les consommateurs, après avoir mis de côté dans une enveloppe, les sommes affectées au paiement de l’impôt et des cotisations, remplissaient une deuxième enveloppe du montant de ces dépenses contraintes. Le pouvoir d’achat effectif, c’est donc « le pouvoir d’acheter avec ce qui reste ».
L’indicateur E.LECLERC-BIPE se différencie aussi de celui de l’INSEE par sa prise en compte de l’évolution démographique. L’indicateur de l’INSEE mesure le pouvoir d’achat des ménages, dans leur globalité, alors que l’indicateur E. LECLERC-BIPE tient compte du nombre d’individus par foyer, par unité de consommation.
Les résultats de nos analyses montrent que, depuis 2000, le pouvoir d’achat effectif n’a progressé que de 8 %, une évolution deux fois inférieure à celle annoncée par l’INSEE.
2) Les résultats publiés par l’INSEE pour 2007
On connaît les réserves des organisations de consommateurs sur le calcul de l’inflation mesurée par l’INSEE. Même si l’institution a bien enregistré une augmentation substantielle des prix en novembre et en décembre, l’INSEE retient, pour l’année 2007, une inflation moyenne de 1,5 %.
Fort de cette estimation, l’INSEE affirme que pour 2007, le pouvoir d’achat a assez fortement augmenté : 3,3 % en 2007 (après 2,4 % en 2006).
3) L’indicateur E. LECLERC-BIPE du pouvoir d’achat 2007
Comme nous l’avons dit, notre indicateur repose sur les relevés chiffrés récoltés par l’INSEE. En l’absence d’autre indicateur d’inflation (une commission planche sur ce sujet à l’AN, à la demande de Nicolas Sarkozy), notre travail consiste à reclasser les données nationales en tenant compte de la problématique des charges contraintes.
Celles-ci ont fortement augmenté en 2007 (en moyenne, 6, 2 %), principalement du fait de l’accroissement des remboursements de crédits (6,8 %) et de l’évolution des loyers (6,5 %).
Il en résulte une appréciation toujours positive, mais moins optimiste. L’indicateur E. LECLERC-BIPE constate une progression de 2 % du pouvoir d’achat effectif, et non 3,3 % (indicateur INSEE).
4) Pouvoir d’achat et moral des ménages
Cette estimation positive est-elle de nature à doper le moral des ménages ? La dernière enquête de l’INSEE (janvier 2008) a révélé combien celui-ci est au plus bas. Il n’a même jamais été aussi bas depuis 12 ans. Et ce n’est pas la reprise de l’inflation qui va les rassurer.
Le gouvernement n’a pas tort quand il fait valoir que la plupart des mesures du Plan pour améliorer le pouvoir d’achat « ont besoin d’un peu de temps » pour produire leurs effets. Les lois viennent à peine d’être votées et certains décrets peinent encore à être publiés. Ne rejoignons donc pas trop vite le camp des éternels Cassandre !
Pour autant, l’impatience des Français est légitime. La Commission Attali a ouvert des perspectives pour que le gouvernement étudie dès le printemps les possibilités d’une revalorisation directe des salaires, par transfert des cotisations sur l’impôt. Le SMIC, comme les allocations vieillesse, feront l’objet d’un coup de pouce.
Mais s’agissant de l’évolution des prix, je pense que nous avons suffisamment assez perdu de temps.
Le retour de l’inflation sur les biens de consommation courante n’est pas inéluctable. Il y a une sur-inflation française consécutive au maintien de la loi Galland qui pousse les industriels à augmenter les tarifs bien au-delà de la répercussion de la hausse des matières premières.
Plus tôt Nicolas Sarkozy nous libèrera du carcan de la loi Galland (suppression des marges arrière, négociabilité des tarifs), plus tôt nous pourrons alors attaquer l’inflation à la source.
Je l’affirme comme j’engage mon groupe : avec la suppression de cette loi, nous pourrons diviser les prévisions d’inflation (3,5 à 4 % au premier semestre) par deux d’ici la fin 2008.
Posté par M.E.L. le 6 février 2008 dans
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5 février 2008
Le mensuel « Linéaires » publie son classement prix des enseignes

Après « Que Choisir », la revue « Linéaires » publie, dans son édition de février, la dernière vague de relevés réalisés par ses journalistes.
Le classement « prix » :
Ce n’est pas une surprise. E. Leclerc reste premier, « intouchable. Et ce, pour la quatrième vague consécutive ». Intermarché continue de baisser ses prix et vient talonner notre enseigne, après avoir doublé Auchan (désormais 3ème).
L’enseigne Carrefour ne démérite pas. Elle affiche des indicateurs plutôt constants, mais elle « n’occupe encore qu’une décevante quatrième place. Clairement pas en phase avec ses revendications de leadership en prix sur ses sites… ».
L’écart continue à se creuser entre les premiers et les derniers (trois années d’inflation (au rythme actuel) entre E. Leclerc et Géant, cinq années entre E. Leclerc et Casino ; quant à Monoprix, il plane 15 points d’indice au-dessus de nous…).
Linéaires et les hausses :
Intéressant aussi, bien que partiel, ce relevé de prix effectué dans la région rennaise en janvier. La flambée atteint 3,6 % ! « Un camouflet pour le gouvernement…Un montant qui représente grosso modo autant que les baisses de prix progressives nées des accords Sarkozy (été 2004) et de la loi Dutreil (janvier 2006). »
Voilà qui conforte aussi les prévisions que j’avais opposées à Luc Chatel dernièrement. (Il pariait sur une baisse de prix de 3 % en janvier, quand je prévoyais 4 % de hausse).
Posté par M.E.L. le 5 février 2008 dans
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2 février 2008
Prix trop chers : 6 articles retirés de la vente !
Je lis le titre du Monde daté de samedi (02/02) : « Leclerc fait semblant de retirer La Vache qui Rit… ». Le journaliste a le droit d’être critique ou de relayer les arguments de nos adversaires. Pour autant, je confirme, une centaine d’articles sont sur la sellette : les hausses tarifaires pour 2008 proposées par les industriels nous semblent exagérées, sans rapport avec la hausse des matières premières. Date limite de décision : fin février puisque la loi a prévu que cette échéance devait servir de terme à la négociation commerciale.
En attendant, les 6 articles dont nous avions publié les hausses et annoncé le retrait, ne devraient plus être en rayon dans les centres E. Leclerc, en cette fin de semaine.
J’entends bien le bruit de fond qu’essaie de générer l’ILEC ou l’ANIA pour n’avoir pas à s’expliquer sur ces hausses tarifaires incongrues : « coup de pub de Leclerc, chantage à la négo, marques prises en otages, etc., etc. ».
Nos amis de l’industrie peuvent dire ce qu’ils veulent, mais si, dans deux mois, les consommateurs étaient venus constater l’inflation en magasins, ce sont bien nos enseignes qui auraient été tenues pour fautives de ces dérapages de prix. Notre publicité aura au moins eu un premier mérite : obliger les industriels à assumer publiquement leurs hausses tarifaires ! (Aucun d’entre eux n’a contesté la véracité des augmentations que nous avons publiées !)
En réalité, ils n’ont pas d’argument.
Analysant les conditions tarifaires de chaque fournisseur, nos acheteurs se sont aperçus que, selon les conditionnements, certains articles augmentaient de 50 à 100 % plus vite que les autres articles d’une même gamme.
Ils se sont posés légitimement la question : pourquoi le Pulco Citron Vert a-t-il un tarif en augmentation de 4 % et le Pulco Citron Jaune de 19 % ? Les variations de cours du citron n’expliquent pas ce dérapage, n’est-ce pas ? Une seule interprétation possible : l’industriel pousse le prix à la hausse dans le cadre d’une stratégie marketing de repositionnement de son produit.
Idem pour La Vache qui Rit. Le prix du lait a certes augmenté spectaculairement, mais ce n’est pas avec ce lait de consommation que l’on fabrique le fromage. Et de toute façon, comment expliquer qu’avec un même lait, La Vache qui Rit par 12 augmente de 20,63 % quand celle qui est conditionnée par 32 n’augmente que de 13,84 %, et par 16 de 14,39 % ?
Et l’Ajax Fête des fleurs me direz-vous : eh bien, la hausse de 19,72 % ne s’explique évidemment par la hausse de la matière plastique. Il s’agit d’un repositionnement à la hausse d’une gamme, alors que, chez le même fournisseur (Colgate Palmolive), l’Ajax Multi-usages n’augmente pratiquement pas.
Bref, nos acheteurs ne font rien d’autre que leur métier de commerçant. S’ils ne le faisaient pas, on les accuserait de profiter eux-mêmes de la hausse des prix. Ils ont certes pris le risque que se déverse sur notre enseigne l’opprobre de quelques fournisseurs ou de clients insatisfaits. Mais il fallait choisir. Nous avons décidé que la sur-inflation ne passerait pas par nous.
Nous voulons écrêter les hausses et re-sculpter nos gammes pour les rendre plus attractives.
Le hard-discount doit sa réputation de prix bas à la non-commercialisation de produits de grandes marques (en tout cas, pas de manière importante). Les industriels n’y ont rien trouvé à redire. Des centaines de supermarchés et même de petits hypermarchés, faute de place, ont limité leur gamme en ne proposant aux consommateurs que les articles à plus forte rotation. Ca ne choque personne.
Nous, nous conservons l’objectif de tout promouvoir en linéaires. Si après réflexion, nos fournisseurs décident de reporter ces hausses ou de les modérer, c’est avec plaisir que nous les réintroduirons en rayons et nous le ferons savoir. Je m’y engage.
Posté par M.E.L. le 2 février 2008 dans
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25 janvier 2008
Société Générale : arnaque ou manip ? Où est le loup ?

Ce n’est pas possible, ce n’est pas crédible ! Ou alors, c’est pire que grave.
N’en déplaise à Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France, qui, sur RTL ce matin, assurait que la Société Générale était plus saine aujourd’hui qu’hier ; n’en déplaise à Daniel Bouton, PDG de la Société Générale qui, dans sa conférence de presse, lundi, rejetait toute la responsabilité sur son trader.
Les 5 milliards d’euros perdus de la Société Générale remettent en cause tous les discours sécurisants que, de la Commission Bancaire aux guichets de quartier, l’on rabâche aux clients !
Tous ces ménages surendettés auxquels on oppose des règles de saine gestion. Toutes ces PME auxquelles on refuse des crédits pour ne pas avoir su mobiliser l’hypothèque des grands-mères, tout ce baratin sur les ratios Cooke, la sécurité des engagements, les comités de contrôle, les audits et les injonctions de la Commission Bancaire…tous ces argumentaires sont relégués au rang de mascarades, si l’on s’obstine, à la direction de la Société Générale, à faire passer des vessies pour des lanternes.
Moi, je n’ai rien contre cette banque. Les Centres E. Leclerc en sont clients. La Société Générale nous a souvent accompagnés sur des dossiers d’investissements lourds (mais jamais à risques). Donc je ne règle pas mes comptes (sans jeu de mots).
Mais tout de même ! Qu’on arrête de nous faire croire qu’un homme seul ait pu gérer des positions de 40 à 50 milliards, en solitude complète, sans rendre des comptes, sans limitation d’enveloppe. Et faire perdre à la Société Générale 5 milliards d’euros sans que, sur une année, personne n’ait été au courant ! Pas de comité de suivi, pas de contrôle d’opérations journalier, pas d’évaluation des positions ? Allons donc ! Foutaises !
Ou alors, c’est encore plus grave. C’est la révélation, sur la place publique, qu’une de nos plus vénérables institutions ne dispose d’aucune cellule de contrôle efficace de ses traders (on parle tout de même de plusieurs centaines de contrôleurs administratifs), qu’elle est incapable de suivre des opérations d’une telle importance, qu’elle est un danger public pour ses actionnaires, petits ou grands !
Pour l’explication donc, il faudra choisir : le bouc émissaire, ou la remise en cause générale du système !
A moins que…
A moins que ce ne soit l’un des représentants des actionnaires, entendu ce matin sur BFM, qui aurait raison. Il posait cette bonne question : tout cela et le caractère rocambolesque d’une découverte effectuée le samedi et révélée le lundi, jour de publication des comptes annuels, ne cacheraient-ils pas tout simplement l’irresponsabilité d’une direction qui, poussant le risque trop loin, n’a pas hésité à spéculer sur les sub-primes ou des marchés pourris, comme ces banques américaines dont on disait en France : pas nous, ça ne peut pas nous arriver. On chercherait aujourd’hui à nettoyer les positions sur le dos, bien large, du trader indélicat qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
En tout cas, le mal est fait ! C’est la confiance dans le système bancaire qui est ébranlée. Il suffisait d’entendre, ce matin, après les journaux de 8 heures, animateurs et journalistes inciter les auditeurs à cracher carrément dans la soupe. La radio a ses quarts d’heure d’émissions beaufs (vous savez, cette manière de demander à tout le monde ce qu’il pense de tout !). L’onde de choc va s’amplifier. Les professionnels et les institutionnels vont avoir bien du mal à rattraper le coup.
Dégâts assurés pour la Société Générale, pour l’ensemble des banques, et pour la confiance dans l’économie française.
On se serait bien passé de ce tintamarre rocambolesque et coûteux.
Posté par M.E.L. le 25 janvier 2008 dans
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23 janvier 2008
Niveau des prix dans la distribution : l’UFC-Que Choisir confirme

Le relevé de prix publié dans le mensuel « Que Choisir » (01/2008) confirme que :
1) « Les prix ont baissé entre septembre 2005 et septembre 2007 en moyenne de 2,6 % pour l’ensemble de la grande distribution (3,13 % pour les hypermarchés) ». La revue confirme que pratiquement toutes les enseignes ont baissé le prix des grandes marques depuis la réforme Dutreil.
2) « En moyenne nationale, Leclerc (est) l’enseigne qui a le plus baissé ses prix sur ces deux dernières années ».
3) Sur 106 produits de grandes marques, E. Leclerc est premier, décroché, devant un peloton : Hyper U, Intermarché, Auchan et Carrefour pratiquement au même niveau.
4) E. Leclerc est encore premier sur 155 produits de grandes marques et de marques de distributeurs, encore nettement décroché devant Auchan, Carrefour et Intermarché.
Ces relevés (qui ont été faits en septembre 2007) ne sont pas aussi exhaustifs que ceux qui sont effectués pour notre comparateur « quiestlemoinscher.com ». Ils ont la qualité incontestable d’avoir été réalisés par une ONG neutre. Ils confortent tous les relevés professionnels de ces deux dernières années, et même les relevés de prix récemment effectués par le journal « Linéaires ».
Je le dis à tous les cadres ou aux dirigeants de mon groupe. Il faut continuer en 2008. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par les lobbyistes adverses. Le débat, très technique sur les marges arrière, n’est pas toujours compris par les consommateurs qui renvoient dos à dos industriels et distributeurs. Notre combat pour l’abrogation de la loi Galland est juste. Nous ne lâcherons pas la pression.
Mais ce qui compte avant tout, c’est le niveau de nos prix. C’est ce leadership qui rend crédible nos idées. C’est parce que nous vendons moins cher que nous sommes écoutés…et c’est bien comme ça.
Posté par M.E.L. le 23 janvier 2008 dans
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16 janvier 2008
La pub qui dérange l’inflation

Le monde industriel est en émoi. Mes collègues des centres E. Leclerc ont décidé de retirer de la vente, dès le 1er février, des articles dont le taux d’inflation est très élevé, je dirais exorbitant.
Cela fait trois mois que j’annonce une reprise de l’inflation. Cela fait trois mois que j’essaie de convaincre les élus que la hausse des matières premières a bon dos et que les grandes marques profitent de la législation française pour faire de la gonflette tarifaire.
Nicolas Sarkozy a pris conscience du problème puisqu’il a annoncé qu’au printemps, le gouvernement demanderait aux députés de voter la négociabilité des tarifs. Mais les industriels de l’ANIA et de l’ILEC ont su y faire. Question lobbying, chapeau. Passant derrière eux dans les Commissions parlementaires, ni Jérôme Bédier (président de la FCD), ni Arnaud Mulliez (Auchan), ni moi-même n’avons été suffisamment pris au sérieux. Nous disions « les hausses tarifaires qui arrivent dans nos centrales d’achat sont de l’ordre de 8 % en moyenne, avec des bouffées atteignant quelquefois 20 % ». Les députés et les sénateurs ont cru que nous exagérions. Il faut dire que l’ILEC avait même réussi à convaincre Luc Chatel et certains Conseillers du Président que les industriels procèderaient à des « baisses techniques » de tarifs profitables aux consommateurs.
Pauvres ministres : sur la foi de cet engagement, ils avaient annoncé des baisses de 3 % (l’équivalent d’une remise de 600 euros par foyer). Mais voilà, il leur faut aujourd’hui déchanter et reconnaître que c’est de « hausses » qu’il faut parler.
Tous les jours, je fais un point avec l’équipe en charge de notre politique commerciale. Nos acheteurs sont unanimes. Il n’y a pas de fatalité d’inflation, en tout cas d’une inflation supérieure à 2 ou 2,5 %. C’est la loi Galland qui pousse à la surenchère. Et avant qu’elle ne soit définitivement réformée, pas mal d’industriels veulent rafler la dernière mise.
Notre stratégie s’appuie sur le constat suivant : si nous laissons passer ces hausses en l’état :
1) Ce sont les distributeurs qui seront accusés,
2) Les consommateurs bouderont les étals,
3) Et le rythme de la consommation en pâtira.
Comme nous ne pouvons toujours pas re-négocier les tarifs directement (par des remises sur facture), comme il n’est pas imaginable de compenser ces hausses par des rémunérations de coopération commerciale (comment les justifier ?), il ne reste qu’une solution, retirer de la vente les articles qui augmentent trop dans leur gamme. C’est le message que nous adressons dans notre publicité.
Peut-être se trouvera-t-il quelques industriels pour dire qu’au fond, une baisse tarifaire vaut mieux qu’une perte de marché.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 16 janvier 2008 dans
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11 décembre 2007
Réforme de la loi Galland : des ministres en flagrant délit de mensonge
J’ai apprécié les interventions de Nicolas Sarkozy devant les PME, ce week-end, et sa conviction réaffirmée qu’il faudra, au printemps, retravailler pour une réforme définitive de la loi Galland.
Je ne comprends toujours pas le timing « choisi ». En remettant à demain la suppression des marges arrière et la négociabilité des tarifs des industriels, le gouvernement se prive du volet le plus tangible de sa politique sur le pouvoir d’achat : la modération des prix.
La réforme Chatel qui sera votée dans quelques jours au Parlement ne permettra donc pas de s’attaquer à la source de l’inflation actuelle. Prétextant de la hausse des matières premières, les industriels ont en moyenne gonflé de 8 % leurs tarifs (avec des pointes dépassant 15 %). On comprend dès lors que même si les distributeurs pratiquaient des centaines d’opérations prix coûtant (unique effet positif de la réforme), cela ne suffira pas pour contrer le mouvement général de hausse des prix.
Dès lors, il faut être sacrément gonflé pour annoncer, comme le font tour à tour Christine Lagarde et Luc Chatel, « une baisse des prix dans la grande distribution de 600 euros par consommateur, consécutive à la réforme de la loi Galland ». C’est vraiment n’importe quoi. On se pince !
Personne n’a réagi à ces propos extravagants.
Je veux attirer ici l’attention de mes collègues de la distribution : ces propos (ces mensonges) vont sécréter une attente. Nous ne pourrons évidemment, quel que soit notre dynamisme, y satisfaire. Et il y a fort à parier qu’on cherche à nous mettre sur le dos (celui des distributeurs) l’inefficacité d’un texte que nous avons pourtant moult fois dénoncé. Avec des commentaires du style : « On a donné aux distributeurs la possibilité de baisser les prix, ils n’ont pas joué le jeu ! ».
La ficelle est trop grosse. A tous les commerçants de France, à tous les directeurs de magasin, quelles que soient les enseignes, je dis : « Démentez, démentez, à défaut, c’est vous qui serez accusés ! ».
Posté par M.E.L. le 11 décembre 2007 dans
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20 novembre 2007
Sucre en baisse, blé en hausse : qu’est-ce qui est vraiment durable ?

Le cours du lait et des céréales s’envole ? Tous les analystes qui nous annonçaient la fin du productivisme agricole au nom de la suffisance alimentaire…tournent leur veste. Voici qu’on justifie le retour à des politiques nationales par le risque d’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale.
Moi, ça m’a toujours épaté de voir l’aplomb avec lequel les analystes ou les conjoncturistes pouvaient affirmer, sans sourciller, ce genre de prévisions qui tiennent plus du calcul de probabilité ou de l’idéologie…que d’une rationalité étayée. Mon ami Bernard Maris, économiste iconoclaste, avait en son temps produit un petit ouvrage recensant toutes les erreurs de prévisions commises par les « meilleurs économistes ». Un petit jeu de massacre !
Comme pour corroborer cette critique jubilatoire, Libération publiait hier, sous la plume de Christian Losson, un intéressant petit article dans une rubrique judicieusement intitulée « Le capital décrypté ».
Christian Losson s’est penché sur l’évolution du prix du sucre. Il est aujourd’hui à la baisse (et sacrément), alors que de 2004 à 2006, il avait augmenté de 300 %, suscitant à l’époque les prévisions les plus alarmistes. Principal acteur de ce retournement ? L’Inde aurait doublé, en deux ans, sa production, dépassant le Brésil (premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes). C’est désormais le trop-plein et le marché se casse la figure.
L’observation ne fera pas la Une des grands journaux, trop focalisés aujourd’hui sur d’autres hausses spectaculaires, carburants ou céréales. Pourtant, elle devrait nous inciter à relativiser les commentaires souvent trop lapidaires.
Allez jeter un œil sur « Google ». Listez les facteurs qu’on suppose à l’origine de l’augmentation du prix du blé. Vous verrez qu’on attribue aux biocarburants un effet accélérateur. Comme si la demande avait été boostée dans des proportions aussi importantes, alors qu’en Europe et en Asie, les constructeurs n’y ont introduit que chichement les moteurs flexfuel. Osez dire que ça pourrait être un phénomène non durable et spéculatif, et vous passez pour un ignare. Il y a tellement de corporations qui ont intérêt à plaider pour une hausse durable des cours.
Pourtant, les fabricants de biocarburants s’approvisionnent aussi auprès de l’industrie sucrière (alcool de betterave). L’article de Libé met bien l’accent sur cette contradiction : quelles que soient les explications techniques, la demande de biocarburants n’a pas enrayé la baisse du cours du sucre. Etrange, non ?
Bon, ce que je veux dire ici c’est qu’il faut arrêter de gober n’importe quel discours alarmiste. Contrairement aux énergies fossiles, les produits agricoles constituent une offre renouvelable.
Une variation conjoncturelle d’un cours, ou même une variation de cycle ne doit pas conduire à des révisions stratégiques inconsidérées.
Posté par M.E.L. le 20 novembre 2007 dans
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19 novembre 2007
Class actions, tarifs hotlines : pourquoi exclure les services publics ?

Tel est pris qui croyait prendre.
Pour pas cher, le gouvernement s’offrait « la bonne mesure », celle qui a priori ne coûtait rien à l’Etat, s’agissant des prix sur le marché de la téléphonie. La gratuité des temps d’attente constituait l’exigence la plus immédiate des organisations de consommateurs. Une demande reprise par le Secrétaire d’Etat à la Consommation, Luc Chatel, dans le projet de loi débattu, la semaine dernière, en Commission Economique de l’Assemblée Nationale.
Il ne s’attendait pas à l’effet boomerang. Un député, probablement au courant du fait que les temps d’attente sont plus longs dans les services publics, a proposé que le principe de gratuité soit étendu à toutes les hotlines, y compris celles du service public.
Onéreux, bien sûr…mais imparable !
La leçon devra être méditée.
Au printemps, le gouvernement présentera un projet de loi de modernisation de l’économie, portant sur la réforme de la loi Raffarin, de la loi Galland (encore !) et incluant le projet d’instauration des class actions.
Dans l’idée de ses promoteurs, les class actions seraient limitées aux seuls services commerciaux du secteur privé. En clair : les industriels et les commerçants !
Mais il se trouvera bien un député ou un sénateur (au besoin, on lui soufflera !) pour proposer l’extension du recours aux class actions aux usagers des services publics (l’hôpital, par exemple, qui n’a toujours pas fait sa priorité de la lutte contre les maladies nosocomiales). Ou encore à l’éducation nationale dont le plan « amiante » reste très en retrait des exigences requises.
Oui, il ne faudrait tout de même pas que l’Etat se contente de jouer les Ponce Pilate en renvoyant dos à dos consommateurs et acteurs privés de l’économie alors qu’on sait le poids en France du service public.
Affaire à suivre donc…
Posté par M.E.L. le 19 novembre 2007 dans
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8 novembre 2007
Hausse des prix : les vraies raisons
Lundi dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots. Industriels et distributeurs ont compris que le Président, malgré un emploi du temps hyper chargé, continuait de maîtriser parfaitement le dossier, jusqu’à connaître les arguments des uns et des autres, quitte à se référer à nos excès pour justifier de son arbitrage. Impressionnant !
Du coup, son engagement pour obtenir des parlementaires le retour à la négociabilité des tarifs n’en a été que plus ferme. Regardant chacun dans les yeux, pour reconnaître les vieux guerriers des accords Sarkozy 2004, il martèle : « A toi, Jean-René (Buisson, président de l’ANIA), je dis : la négociabilité, je la veux, je la ferai, parce que c’est une ineptie de négocier sur les seules marges arrière et parce qu’on doit pouvoir négocier, en France, des tarifs comme on le fait ailleurs en Europe. » Et aussi : « Et à toi, Michel-Edouard, je dis : je m’engage à faire la négociabilité. Que je sache, je tiens mes engagements. Ce n’est pas la peine de continuer à me mettre la pression avec tes campagnes de publicité. »
Dont acte. Madame Hagelsteen va donc auditionner les acteurs économiques concernés pour en étudier la faisabilité et l’impact. Cette modification substantielle du titre IV (les recommandations de la Commission Attali conduisent à son abrogation) et ses effets ne concerneront pas seulement les rapports entre industries agro-alimentaires et grandes surfaces, mais l’ensemble de l’économie.
Durant cette réunion, les oreilles de nos amis industriels ont sifflé. Car le Président n’y est pas allé de main morte. Citant certaines des augmentations tarifaires que nous avions publiées et d’autres aussi, il a, avec un énervement contenu mais perceptible, fustigé ces hausses excessives « qui n’ont évidemment rien à voir avec l’augmentation des matières premières. Je vous le dis, à vous, amis industriels, ne me prenez pas pour un imbécile, arrêtez d’invoquer le cours du lait et des céréales à tout bout de champ. Je sais très bien ce que certaines hausses doivent à la perversité du système lui-même (gonflage des tarifs anticipant la négo des marges arrière) et je vois bien aussi que certains poussent le bouchon vraiment très loin. »
Et Nicolas Sarkozy de reprendre le discours si efficace en 2004 : « S’il faut, demain, que j’aille dans un JT balancer nominativement telle ou telle hausse, je le ferai, j’en suis capable, croyez-moi. Arrêtez ça, je ne suis pas né de la dernière pluie, arrêtez de raconter des salades. »
Le message sera-t-il entendu ?
En tout cas, mes équipes d’acheteurs sont mobilisées. Elles épluchent la composition des produits pour appréhender « la juste répercussion du coût des matières premières ». Pas question de baisser les marges pour masquer celles que d’autres engrangeraient.
On se rappelle ces aveux trop rapidement exprimés et contraints aujourd’hui au silence tactique. Ce fut d’abord le PDG de Bonduelle qui, annonçant sa volonté d’augmenter le dividende 2008 de 30 %, a révélé sa stratégie de hausse tarifaire. Le PDG de Lactalis a suivi le mouvement en annonçant, dans Les Echos, des hausses supérieures à 15 % et en les justifiant par la nécessité d’améliorer ses résultats en vue d’acquisitions prochaines. Et j’ai déjà cité, ici, les déclarations de Peter Brabeck (Nestlé) qui vont dans le même sens.
Repositionnement marketing, prise de marges, anticipation des hausses, toutes ces raisons sont venues se greffer sur l’argument des augmentations de cours. Mais qu’on me permette d’insister : c’est d’abord le dispositif même de la réforme Chatel qui y a contribué. Tout industriel est fondé à anticiper la continuité des négociations de coopération commerciale puisque la négociabilité des tarifs n’aura lieu qu’au printemps.
Commentant l’évolution du cours de bourse de Danone, Yves Marçais, stratégiste boursier chez Global Equities (AFP du 22/10), indique que l’industriel va pouvoir continuer à imposer ses prix et préserver ainsi ses marges. Et l’AFP de poursuivre : « Selon les investisseurs, cette disposition (réforme Chatel) empêche la grande distribution d’exercer une pression à la baisse des prix de gros, puisque la concurrence entre les enseignes ne joue pas dans ce domaine. »
Voilà l’analyse qui justifiait nos publicités et nos prises de parole.
Il reste à espérer que les députés, en décembre, laisseront une porte ouverte à la négociation et amenderont le texte, au moins pour que nous disposions (comme le dit Jérôme Bédier, FCD) de quelques outils juridiques supplémentaires pour compenser toutes ces hausses tarifaires…
…En attendant, bien sûr, la réforme définitive.
Posté par M.E.L. le 8 novembre 2007 dans
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5 novembre 2007
Hausse des prix : les matières premières ont bon dos !

Avez-vous fait ce constat : pas un patron de l’industrie sur les plateaux de télévision, alors que prolifèrent les émissions sur le pouvoir d’achat ! Pas de Franck Riboud, de Peter Brabeck pour venir plaider la justification des hausses tarifaires. Sur les plateaux de « Ripostes » ou de « C dans l’air », nos amis les industriels sont invisibles. Seuls, les distributeurs (Serge Papin, Jérôme Bédier ou moi-même) répondent aux sollicitations des experts (Robert Rochefort, Jacques Attali, Philippe Moatti) et des organisations de consommateurs.
Faut-il y voir les conséquences de ces mystérieux coups de téléphone de Luc Chatel à l’ANIA ou à l’ILEC ? Toujours est-il que les adhérents de ces associations ont bien reçu les consignes : « Arrêtez de participer à la dramatisation des hausses sinon on ne coupera pas à un amendement sur la négociabilité ! »
Et puis…c’est tellement plus facile de se planquer derrière les petits, en l’occurrence les agriculteurs.
1) Dans la presse ce week-end, un pavé publicitaire de la Fédération des Producteurs de Lait tente de disqualifier la campagne des Centres E. Leclerc. Avec une idée phare : la hausse des matières premières est nécessaire au monde agricole et doit être répercutée aux consommateurs. Mais qui dit le contraire s’agissant des denrées agricoles brutes ? Personne. Et la Fédération des Producteurs de Lait le sait bien. Aucun distributeur ne prétend faire obstacle à l’augmentation des matières premières.
Il n’en est pas de même s’agissant des produits transformés.
2) Je lis dans Le Figaro du 30/10/07 la réaction d’un porte-parole de Lactalis à notre pub sur le « Président » (celui qui est en hausse, le camembert). Il dit (je synthétise) : « Normal que ça monte : le lait bout, le camembert est fait à 98 % de lait, donc il augmente. » Tu parles ! A qui fera-t-on croire que les paysans toucheront les dividendes d’un camembert Président augmenté de 18 %. Personne ne conteste la part laitière dans la composition du fromage. Pour autant, le coût de la matière première ne doit pas excéder 30 % dans un produit qui a nécessité main-d’œuvre, immobilisations, affinage, transport et publicité.
3) La Coordination Rurale a fait ses calculs (communiqué du 21/10/2007) : « Les hausses annoncées par Lactalis et Danone sont largement exagérées. Le prix du lait ne représente en moyenne que 20 % du produit fini, voire beaucoup moins. La hausse actuelle du prix à la production ne représente que 1,4 %... C’est l’impact réel de la hausse du prix du lait sur le prix de revient des produits laitiers, bien loin des 10 ou 17 % annoncés par les industriels. » La Coordination n’exclut pas la répercussion d’autres hausses, mais pour le moins, ses affirmations remettent les pendules à l’heure.
4) En réalité, l’augmentation des matières premières a bon dos. Elle existe bien sûr, mais beaucoup d’industriels jouent l’effet d’aubaine. Nestlé vient indirectement de le reconnaître. Après avoir annoncé une hausse de 15,60 % de son eau « Aquarel », le groupe de Vevey a fait marche arrière. Il admet avoir cherché à repositionner l’image de son produit sur le segment de l’eau d’Evian, une démarche complètement marketing donc. Nestlé procède auprès de tous ses distributeurs à une proposition « d’aménagement technique »… (ce qui m’a amené à enlever la bouteille d’Aquarel dans nos publicités dénonçant les hausses).
5) Pas convaincu de la démonstration ? Il suffit pourtant de constater qu’à composants identiques, les hausses vont quelquefois du simple au triple, selon le poids marketing de la marque. Les œufs « Cocorette » augmentent de 5,30 % (seulement !) quand ceux de « Matines » augmentent de 18 % et ceux de « Lustucru » de plus de 25 % !!! Idem sur le marché des fromages à pâte molle où Bongrain n’augmente que de 13 % (« Cœur de Lion ») quand Lactalis (« Président ») dépasse les 18 %.
6) C’est le même écart qu’on retrouvera entre les grandes marques et les MDD. 4 points de hausse séparent la bière MDD du groupe Auchan de celle d’Heineken.
7) De toute façon, les récalcitrants à cet argumentaire resteront forcément sans voix pour tenter de trouver une explication à l’augmentation de produits d’entretien comme l’Ajax (19,72 %), ou même des boîtes 6 x 33 cl d’Orangina (15 %), du Tahiti Douche de Colgate (8,62 %) alors qu’il n’y a pas de hausse sur les produits de La Phocéenne (PME) qui distribue les marques « Le Petit Olivier » et « Senteurs Provençales ».
Non, décidément, il ne faut pas nous prendre pour des gogos. Les distributeurs sont fondés à demander de pouvoir négocier ces augmentations tarifaires. Et c’est pour le moins une drôle de réponse que de les renvoyer à une nouvelle négociation des marges arrière alors que tout le monde s’accorde à les dénoncer.
A suivre, demain…
Posté par M.E.L. le 5 novembre 2007 dans
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25 octobre 2007
Le pouvoir d’achat et les prix : qui a intérêt à faire échouer les promesses du Président ?

Depuis un mois, j’essaie d’alerter les plus hautes instances de l’Etat. L’inflation est de retour. Les tarifs sont en hausse de 8 % (en moyenne). Et tous les distributeurs, pour une fois, sont unanimes : même en baissant substantiellement leurs marges comme ils l’ont fait l’année dernière, les prix de l’alimentaire vont sacrément augmenter.
Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement est incompréhensible.
Cette hausse n’est pas inéluctable. La hausse des matières premières a bon dos. Comme le démontrent les évolutions contrastées en Europe, la plupart des industriels français ont fait de la gonflette tarifaire. Ils sont acquis à l’idée que Luc Chatel n’aura pas le courage de réformer définitivement la loi Galland. La négociation continuera à se porter sur les marges arrière alors qu’on aurait pu obliger industriels et distributeurs à négocier directement les prix, à faire apparaître les remises sur la facture du fournisseur…sans passer par l’artifice des facturations de services de coopération commerciale qui échoient aux commerçants. Ces fameuses factures tant décriées.
En fait, si Luc Chatel avait, dans son projet, autorisé la négociabilité des tarifs, les hausses auraient probablement pu être diminuées de moitié. Oui, j’affirme, de moitié !
Dans les ministères, on nous répond que la majorité UMP n’est pas prête à cette réforme. On nous dit que les Accoyer, Raffarin, Jacob s’y opposeront. On nous affirme que les lobbies industriel et agricole ont réussi à convaincre députés et sénateurs que les distributeurs « en ont encore sous le pied » et qu’en leur donnant la possibilité de répercuter ce qui reste de marges arrière, ça compensera les hausses tarifaires.
C’est n’importe quoi.
- Sous le pied des distributeurs, il n’y a plus grand-chose à gratter. La réforme Dutreil les avait déjà autorisés à répercuter leurs marges au dessus de 15 %. Les baisses ont eu lieu (3,5 %), Luc Chatel en convient. Sachant qu’un hyper a besoin de générer 25 % de marge brute, on est déjà en dessous du seuil de rentabilité. Les distributeurs profiteront de la réforme Chatel pour faire du prix coûtant sur certains articles, mais ils seront obligés de se rattraper en augmentant les prix d’autres rayons : produits frais, MDD, etc. D’ailleurs, c’est ce qui se passe en cette fin d’année (Cf. publication des indices Nielsen/Panel de Gestion).
- Surtout, il y a une difficulté juridique majeure. Luc Chatel dit en substance : vous pourrez toujours compenser les augmentations tarifaires en demandant plus de marges arrière réintégrables.
- Mais pour compenser une hausse de 15 % sur un produit qui génère déjà 30 % de marges arrière, il faudrait que le distributeur obtienne 15 points supplémentaires de marges arrière. Comment justifier économiquement cette opération ? Les têtes de gondole sont déjà toutes bien remplies…
- D’ailleurs, la DGCCRF poursuit les distributeurs au motif qu’ils facturent exagérément aux industriels des services (coopération commerciale) dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils deviennent artificiels et surcotés. Les députés eux-mêmes ont fini par y voir un racket !!!
Alors pourquoi Luc Chatel se propose t-il de maintenir le système ? En quoi la répercutabilité des marges arrière rend-elle le système vertueux ? Et pourquoi nous obliger à pratiquer ce que le ministre lui-même a dénoncé ?
Le comble : alors qu’il accroît l’insécurité juridique pour les distributeurs, le projet gouvernemental réserve les mesures de dépénalisation aux seules CGV des industriels. De qui se moque-t-on ?
Ce qui nous met en colère, ce n’est pas seulement ce mépris dans lequel on tient le distributeur (nous sommes habitués). C’est cette impression de gâchis.
- Le Président avait parlé de supprimer les marges arrière ? Le projet Chatel va les accroître sous prétexte qu’elles sont déductibles.
- Le Président souhaitait que cette réforme profite aux consommateurs et qu’elle génère des baisses de prix pour améliorer le pouvoir d’achat des Français. Or, c’est la réforme Chatel qui nourrit l’inflation tarifaire !!!
C’est à désespérer du politique.
Pour ma part, je ne désarmerai pas : il y aura bien quelqu’un dans la majorité UMP pour dire aux conseillers du Président qu’il serait dangereux d’aller aux municipales avec un mauvais bilan en termes de prix.
Posté par M.E.L. le 25 octobre 2007 dans
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15 octobre 2007
L’Ilec et la réforme de la loi Galland : les industriels font de la résistance
La publication des premiers travaux de la Commission Attali a au moins ce mérite. Les loups sortent du bois ! On approche de l’opération vérité.
Ah ! Il faut prendre le temps de le lire le communiqué de presse publié par l’Ilec, cette association qui regroupe tous les grands industriels des biens de consommation (Procter, Coca Cola, Nestlé, Danone, etc.). Un vrai morceau d’anthologie.
1) L’Ilec ne conteste plus la nécessité de permettre aux distributeurs de répercuter les marges arrière dans les prix. Vous me direz, c’est bien, c’est déjà un grand pas de fait. Oui, sauf que ça revient à faire compenser les hausses tarifaires des industriels par la baisse de marge des distributeurs. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé l’année dernière. Le système peut fonctionner, mais pas dans la durée.
2) Mais s’il est partisan de leur réintégration, l’Ilec est contre la suppression des marges arrière. Il veut, après avoir dénoncé cette pratique, maintenir l’obligation pour le commerçant de facturer ses services (têtes de gondole, catalogues, etc.). Au fond, ce n’est pas la loi qu’il estime perverse dans son principe, mais le comportement des distributeurs qu’il voudrait endiguer soit par une barémisation de la coopération commerciale, soit par une limitation.
3) Mais surtout, l’Ilec ne veut pas entendre parler de libre négociation des tarifs. Son argument choc : cela entraînerait la légalisation de la discrimination ! Non mais, je rêve…
Qu’y a-t-il de plus discriminatoire que les rémunérations de services facturés par les distributeurs. La coopération commerciale, c’est le siège de la discrimination légale. Ce que le fournisseur A donne à E. Leclerc, il n’a pas à le justifier face à Carrefour ou Auchan…et réciproquement ! Comme les contrats sont spécifiques à chaque enseigne, ils ne sont pas comparables. La discrimination, les adhérents de l’Ilec la pratiquent allègrement depuis 10 ans, et en toute légalité puisque, faut-il le rappeler, seul l’abus de discrimination est répréhensible.
C’est donc une sacrée hypocrisie que de s’opposer à la transparence et à la négociation tarifaire en invoquant un risque de discrimination ! Au moins, pourrait-on dire que de ce seul point de vue, la suppression des marges arrière ne changera pas la donne. La différence, c’est que les consommateurs n’en feront plus les frais.
Les entreprises de l’Ilec qui pratiquent la libre négociation des prix partout dans le monde, annoncent que sa réalisation en France provoquerait « la ruine annoncée de notre industrie, à commencer par celle d’un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l’agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c’est toute notre économie qui sera à la peine avec des répercussions désastreuses pour l’emploi, le niveau de vie, et en dernier ressort, la distribution elle-même. »
Oui, vous avez bien lu ! Voici les grands industriels, défenseurs de la veuve PME et des orphelins agriculteurs ! Ils vont encore une fois nous faire le coup de plaider le sort des « petites entreprises » alors que leur développement s’est construit à coups de rachats d’icelles, sans trop d’états d’âme.
Nos dames patronnesses de l’industrie auraient donc aujourd’hui des scrupules ? Je propose que les entreprises de l’Ilec appliquent à leurs fournisseurs PME la recette qu’elles attendent des distributeurs. Je propose que les Nestlé, Unilever, Danone et autres Pernod prennent « à leurs frais » la hausse des produits agricoles en s’engageant à réduire leurs propres marges pour l’année 2008. Comme ça, ils pourront même revendiquer d’avoir contribué au co-financement de la stabilité des prix !
Ami Desforges, toi qui présides aux destinées de cette institution, ne sens-tu point le ridicule de cette prise de position de l’Ilec ?
Posté par M.E.L. le 15 octobre 2007 dans
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8 octobre 2007
Fruits et légumes : pas de prix sur les pubs catalogues !

Je fais suite aux remarques concernant la faible activité promotionnelle dans le secteur des fruits et légumes (Cf mon précédent billet du 20/08/07). Beaucoup de consommateurs ont pu constater qu’il n’y avait pas, ou très peu, de publicité sur les fruits et légumes dans les journaux régionaux, et pratiquement jamais de prix sur les catalogues publiés par les enseignes.
J’en donne donc, ici, une explication succincte.
C’est un débat qui avive les relations agriculture/commerce depuis la fin des années 90.
Les syndicats agricoles (représentant des horticulteurs principalement) ont longtemps été hostiles à des publicités de prix dans les catalogues.
Il faut savoir que, compte tenu des délais de fabrication d’un catalogue, le délai entre la conclusion d’un prix…et la commercialisation du produit peut atteindre plusieurs semaines.
Dès lors, le risque existe qu’en période d’augmentation des cours, telle enseigne casse la tendance en proposant un prix très bas et empêche ses fournisseurs de profiter de la hausse.
En 2001, la loi NRE a donc imposé l’interdiction de toute publicité de prix hors lieu de vente, sauf accord de l’interprofession.
Et jusqu’en 2005, ce dispositif a été en vigueur, avec menace de procès à la clé, limitant ainsi les possibilités d’animer le marché.
Les résultats commerciaux furent catastrophiques. Les syndicats agricoles ont commencé à lâcher du lest. En février 2005, la publicité des fruits et légumes frais, hors point de vente, a été autorisée, notamment à la radio, mais toujours sous réserve de respecter les exigences suivantes :
. Accord préalable de l’interprofession sur le prix de vente proposé par le distributeur.
. Il faut que l’offre soit valable 5 jours maximum.
. Diffusion du catalogue 3 jours au plus avant le début de l’offre.
Pour nous, distributeurs, et même pour les producteurs les plus « push-vendeurs », c’était mission impossible, en tout cas, une opération sans intérêt.
1) Vous imaginez bien que nos acheteurs, mais aussi nos fournisseurs, n’ont pas envie de passer l’information à une interprofession où siègent leurs concurrents.
2) De plus, on estime que pour qu’une offre catalogue ne soit pas mensongère, il faut qu’elle soit valable au moins 10 jours, soit deux fois plus que les exigences syndicales. On n’allait pas ramasser les catalogues au bout de 5 jours !!!
Il faut bien reconnaître qu’actuellement, les syndicats et l’interprofession ont mis un peu d’eau dans leur vin. En clair, ils sont plus tolérants et font moins de fixation sur ce problème, surtout quand il s’agit d’écouler de la marchandise en surabondance comme en cette fin d’été.
Il n’en reste pas moins que ce type de réglementation produit des publicités dont on finit par se demander quel est l’intérêt, à l’instar de celle du groupe G20 (catalogue du 26/09 au 6/10). Elle consacre la moitié d’une page à la promotion des chou-fleur, laitue, tomate, poire et autre raisin… Elle ne comporte donc aucune indication de prix. Les consommateurs sont invités à aller en prendre connaissance dans les magasins.
C’est ainsi : la France réussit à classer quelques belles écoles de commerce dans le classement européen des meilleures institutions. Mais dans certains secteurs, on croit manifestement encore, comme dans le sketch célèbre de Fernand Raynaud (« Elles sont belles mes oranges pas chères »), que les consommateurs achètent aveuglément !
Posté par M.E.L. le 8 octobre 2007 dans
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28 septembre 2007
Foires aux Vins, c’est parti !

Pour le moment, la fréquentation reste poussive. Mais toutes les enseignes ont sorti de leur chai de superbes flacons. Nous allons en reparler ici, dès la semaine prochaine.
Je commence à répondre, dans cette note, aux étudiants d’une demi-douzaine d’ESC et d’IUT qui m’ont envoyé toute une série de questionnaires, histoire sans doute que je participe à la rédaction de leur mémoire de fin d’année. Eh, eh, pourquoi se gêner, quand l’info est gratuite.
Part de marché ?
E. Leclerc est toujours le numéro 1 de la vente de vins en France, aussi bien sur les vins rouges, vins blancs, rosés et les AOC, Vins de Table et Vins de Pays. Leader en volume (17,7 % de part de marché) et en valeur (16,7 % de part de marché), l’enseigne a vendu, en 2006, plus de 168 millions de litres de vin, soit 224 millions de bouteilles.
Que représentent les foires aux vins dans le CA ?
Les foires aux vins représentent 25 % du chiffre d’affaires annuel vins de l’enseigne. Des résultats commerciaux qui enregistrent une progression (+1,8 % en 2006), contrairement au marché qui reste frileux.
Innovation ou régression : les « Bag in Box » ?
La première fois qu’on m’en a parlé, je n’imaginais pas miser un picaillon dessus. J’ai perdu. Ce nouveau conditionnement rencontre un vif succès auprès des consommateurs qui le trouvent pratique et fiable. Il permet de conserver le vin au moins 3 semaines après ouverture. Le BIB représente déjà 11,2 % du chiffre d’affaires en valeur et 18 % en volume. Notre enseigne détient une part de marché de 20 % en valeur sur les ventes des Bag in Box.
La percée des vins rosés ?
Pour la première fois en France, il se vend plus de vin rosé que de vin blanc. Le marché des rosés dans notre enseigne a connu une croissance, en 2006, de + 8,2 % en volume et 8,3 % en valeur. A l’origine de cette tendance de fond, le souhait des consommateurs de privilégier des moments de dégustation déconnectés des repas. Mais surtout, la production s’est nettement améliorée : bravo les viticulteurs du Midi !
A suivre…
Posté par M.E.L. le 28 septembre 2007 dans
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25 septembre 2007
Hausse des tarifs : la suppression des marges arrière n’y suffira pas !
Des hausses de 4 à 12 %. Certaines atteignant même 20 %. Telles sont les demandes d’augmentations tarifaires qui parviennent à notre Groupement d’Achat. Ce sont des moyennes, avant négociations, avec possibilité d’étalement. Mais tout de même, c’est beaucoup. C’est trop.
J’affirme ceci :
1) La libre répercussion des marges arrière, telle qu’annoncée par le gouvernement, va permettre de temporiser. Les distributeurs « prendront sur leurs marges », volontairement dans certains cas, mais surtout contraints et forcés par le jeu de la concurrence. C’est là-dessus que compte le gouvernement.
2) Mais ça ne suffira pas pour contrer l’ampleur des hausses.
a) D’abord parce que les distributeurs les plus agressifs ont déjà baissé leurs marges (désormais à la limite du seuil de rentabilité). La baisse des prix en GMS dépasse 3 % depuis le 1er janvier 2005 (et 5,3 % chez EL). Rien que dans mon enseigne, les premières analyses de bilan font état d’une baisse de résultat avant impôt de 2,8 % à 2,2 %. Les comptes d’exploitation de nos concurrents les plus immédiats subissent une même évolution. C’est ce qui explique la légère remontée du prix des grandes marques, et même des MDD, au détriment desquelles s’effectue désormais la péréquation financière.
b) Les tarifs des fournisseurs ne sont toujours pas directement négociables. Pour compenser des hausses aussi importantes, la loi Dutreil continue d’obliger les distributeurs à négocier la rémunération de prestations de services (tête de gondole, présence dans catalogues, etc.) dont le montant pourra être répercuté en baisse de prix. Encore faut-il pouvoir justifier ces demandes. Quand les marges arrière atteignent déjà 35 et 40 %, comment expliquer qu’on demande 8 à 10 points supplémentaires aux fournisseurs. Ca n’a plus de sens et ça devient même légalement condamnable.
c) De toute façon, quel que soit le résultat des négociations, c’est le tarif du fournisseur qui fixe la limite du prix de vente (SRP). Si l’on veut que les prix n’augmentent pas trop (pas plus que les matières premières), il faut que le législateur autorise les distributeurs à négocier les tarifs, soit par des baisses directes de prix, soit par des remises ou des ristournes (liées à des objectifs commerciaux par exemple).
Cette demande n’a rien d’exorbitant. Partout en Europe et dans le monde, elle est une pratique courante. Les industriels eux-mêmes l’exigent de leurs propres fournisseurs de matières premières.
Il reste 2 semaines environ avant que Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, ne rende sa copie et que le gouvernement puisse présenter au parlement un projet de réforme de la loi Galland.
Hier, dans Les Echos, Luc Chatel admettait la possibilité de revenir sur la sacro-sainte intangibilité des tarifs (CGV). C’est une ouverture très positive.
On arrive à l’heure de vérité. Il faut sortir des rivalités corporatistes. Soit on ménage la chèvre et le chou, on ripoline, et l’architecture du système ne permettra pas de faire obstacle aux hausses tarifaires. Soit on réforme complètement, pour que le consommateur en profite durablement.
C’est mon choix, c’est mon combat.
Posté par M.E.L. le 25 septembre 2007 dans
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20 septembre 2007
Comparateur de prix : nouveaux relevés, même classement, mêmes écarts
Tant pis pour les mauvais joueurs et les grincheux, je remets le couvert !
Eh oui, malgré la pression des enseignes concurrentes pour faire échec à notre comparateur, mon groupe met en ligne la quatrième édition des résultats de son site « quiestlemoinscher.com ».
Plus de 500 000 prix relevés et comparés.
Voilà qui devrait clarifier les choses dans ce contexte cacophonique de surenchère publicitaire. A les en croire et sans qu’elles aient à le prouver, chaque enseigne prétend être la moins chère. Nous au moins, nous mettons les cartes sur la table. Et personne ne pourra plus prétendre que E. Leclerc joue petit bras, vu désormais le nombre et la périodicité des prix relevés.
1) Le contexte juridique
A plusieurs reprises, des enseignes concurrentes ont cherché à dénigrer cet outil y compris devant les tribunaux.
Le 29 mars 2007, le Tribunal de commerce de Paris a débouté Carrefour de toutes ses demandes. Cette enseigne a, dans un premier temps, fait appel en réclamant une procédure d’urgence. Devant l’impossibilité de Carrefour de conclure ses plaidoiries dans les délais, la Cour d’appel de Paris a fixé l’audience au 16 avril 2008.
En attendant les résultats de cette nouvelle procédure, mon groupe, se fondant sur la jurisprudence de la Cour européenne de justice (arrêt Lidl/ Colruyt du 19septembre 2006), continue la mise à jour régulière de son site et vient de faire procéder à de nouveaux relevés, selon une méthodologie garantie par le BIPE.
2) Les nouveaux résultats
Du 10 au 31 août 2007, 570 193 prix ont été relevés dans 339 magasins des 8 plus grandes enseignes de la grande distribution. Les comparaisons de prix entre enseignes ont porté sur les 2 389 produits de grande consommation les plus bataillés en terme de prix. En moyenne, E.Leclerc est moins chère de 2,8 % à 7,9 % par rapport aux enseignes concurrentes. Cet écart de prix représente l’équivalent de 18 mois à 4 années d’inflation.

L’analyse des prix relevés par catégorie renforce cette performance :
• E. Leclerc est l’enseigne la moins chère sur chacun des 7 rayons observés
• E.Leclerc est l’enseigne la moins chère pour 35 des 37 familles de produits analysés.
Ces résultats confirment la tendance observée par les panélistes professionnels. Dans sa dernière publication, le magazine Linéaires (Cf. ma note du11/09/07) confirme lui aussi la première place de E. Leclerc avec des écarts allant jusqu’à 15% avec l’enseigne Monoprix.
3) Amélioration du dispositif
A partir d’aujourd’hui, « quiestlemoinscher.com » propose une nouvelle fonctionnalité : l’historique des écarts de prix sur les 3 dernières périodes de relevés de prix. Ainsi, le consommateur se rend compte de l’évolution des écarts de prix entre les enseignes.
4) Communiquer et convaincre
A la veille de la réforme de la loi Galland annoncée par Nicolas Sarkozy et des perspectives de concurrence accrue, nos adhérents veulent réaffirmer l’importance d’un outil de comparaison des prix pour permettre durablement aux consommateurs de savoir vraiment quelle est l’enseigne la moins chère.
J’ai confié aux créatifs de Vincent Leclabart (agence Australie) la création d’un film TV qui sera diffusé, dès demain 21 septembre, sur les grandes chaînes. C’est un jeune réalisateur, Arno Salters (on continue de soutenir la culture), qui en est l’auteur.
Avec cette obstination et de tels investissements, j’espère que nos détracteurs commencent à comprendre qu’on ne va pas s’arrêter à un « one shot » et que nous allons faire de ce comparateur une vraie référence européenne en lui apportant toutes les améliorations et le rayonnement nécessaire.
Posté par M.E.L. le 20 septembre 2007 dans
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19 septembre 2007
Bernard Accoyer : un siphonneur de caddies ?

© Photo AFP
C’est passé inaperçu, et ça lui aura évité bien des diatribes ! C’était hier, dans Les Echos. Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée, répondait aux questions de la rédaction.
On sait l’offensive que plusieurs de ses collègues (Jean-Pierre Raffarin, Pierre Méhaignerie) ont menée contre l’idée de TVA sociale du gouvernement. Il était donc intéressant de l’entendre (de le lire). Je n’ai pas été déçu !
Que dit-il ?
Il dit :
« Il n’est plus possible que le financement de la protection sociale pèse quasi exclusivement sur le travail et la production ». Bien, très bien, nous ne disons pas autre chose.
« A titre personnel, je suis favorable à d’autres sources de financement ». Ah, ah, ça peut être intéressant.
« Nous devrions parler de contribution sociale sur la distribution ». Aie, aie, aie, qu’est-ce encore qui va nous arriver à nous, pauvres épiciers de France ! « Le réseau d’approvisionnement planétaire des grandes enseignes de distribution, qui se fournissent notamment au Bangladesh ou en Chine, leur donne suffisamment de marges pour absorber cette contribution sans augmenter leurs prix ».
Oui, vous avez bien lu. Il ne parle plus de TVA remboursable, il parle tout simplement d’un nouvel impôt qui serait prélevé sur les marges du commerce.
Bon, réfléchissons. Ne nous laissons pas emporter par une réaction purement corporatiste et étudions la chose dans l’intérêt général. Après tout, si tout le monde est logé « à la même enseigne » (joke de mots), la position relative de chaque groupe restera inchangée ! Donc, là n’est pas le problème. Ce qui me gêne, c’est le principe. Notre secteur est encore considéré comme une vache à lait.
Et ce qui me gêne encore plus, c’est que l’auteur de cette proposition farfelue n’en imagine pas l’impact sur les prix. Bernard Accoyer prétend s’opposer à la TVA sociale au motif qu’elle serait inflationniste. Mais comment peut-il penser que son nouvel impôt serait neutre sur les prix ?
Incompétence ? Simple coup de griffe revanchard à l’égard des distributeurs qui se sont battus contre la loi Galland votée sous son égide ? Ou parce qu’avec Nicolas Sarkozy, JP Raffarin et lui ont dû avaler les couleuvres de la réforme Dutreil ?
Toujours est-il qu’une telle proposition ne fera pas de Bernard Accoyer le premier économiste de France !
1) Appliqué au stade de la production ou de la distribution, un prélèvement fiscal sera forcément intégré dans les coûts de l’entreprise et répercuté dans les prix au consommateur !
2) L’idée que les distributeurs (H&M, Habitat, Fnac, ou autre Auchan) prennent cette ponction sur leurs marges participe soit d’une totale naïveté, soit d’un altruisme par procuration qu’on ne connaît pas dans la profession, ça je vous le dis !
3) 3) Plus sérieusement encore : un point de TVA représentant 6 milliards de ponction fiscale, pour augmenter la TVA de 5 points (chiffre cité par François Fillon), ce ne sont pas les marges des hypermarchés qu’il faudrait ponctionner, mais c'est carrément un pourcentage de leur chiffre d’affaires qu’il faudrait siphonner.
Siphonner? Oups, j’allais me laisser aller et ainsi qualifier une intervention qui aura au moins un mérite : nous empêcher de baisser la garde dans le futur débat parlementaire !
Sans rancune, M’sieur Accoyer !
Posté par M.E.L. le 19 septembre 2007 dans
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17 septembre 2007
Biocarburants : stop ou encore ?

Qui dit vrai sur l’intérêt écologique des biocarburants ? Comment expliquer un tel revirement : hier, tout le monde était pour, maintenant tout le monde « il est sceptique ». Que disent vraiment les experts et quel crédit accorder à telles ou telles études ?
J’ai engagé massivement mon groupe dans la distribution des biocarburants :
- En réponse à la pression des écologistes qui, depuis 10 ans, ont préconisé leur développement.
- A la demande des constructeurs qui souhaitaient pouvoir disposer d’un réseau suffisant pour approvisionner les nouveaux moteurs flex fuel progressivement mis sur le marché.
- Enfin, pour offrir un débouché aux coopératives agricoles (betteraviers, céréaliers) qui avaient investi sur le développement de ce futur « pétrole vert ».
Tout cela avec l’aval du parlement qui a, l’année dernière, voté une fiscalité incitative, pour booster le plan bioéthanol. Et sous le regard approbateur de la Commission Européenne soucieuse que la France atteigne, dans le cadre de ses engagements anti-CO², un pourcentage d’incorporation de biocarburants bien supérieur aux 5 % actuels.
Concrètement, ça donne :
- Super éthanol : sur 137 pompes ouvertes en France, E. Leclerc en a ouvert le plus (34) suivie de Carrefour, toutes deux devant Total (31 !). D’ici fin 2007, il y en aura 49 à notre enseigne, et 32 autres sont programmées sur 2008. Le gouvernement (Villepin) avait obtenu un engagement des distributeurs (charte de Matignon), nous tenons notre parole.
- Ethanol : E. Leclerc prévoit d’en incorporer en 2008 plus de 45 000 m3 dans 940 000 m3 de sans plomb 95. (Doublement versus 2007).
- E.M.H.V. : Siplec, notre société pétrolière, prévoit d’augmenter de 60 % les additivations d’esther commercialisé dans 3 400 000 m3 de gasoil. (La réglementation incite à passer d’une additivation maxi de 5 % à une additivation de 7 %.)
Nous étions donc sur une bonne pente, et certainement pas le plus mauvais élève de la classe.
Mais voilà ! Sur la foi de quelques études partielles publiées aux Etats-Unis, le balancier semble repartir dans l’autre sens. On nous dit désormais que le bilan écologique de cette nouvelle filière énergétique est catastrophique. On accuse les tenants de cette politique d’accélérer finalement les pénuries alimentaires, et à tout le moins, de participer au renchérissement des céréales destinées au Tiers-monde !
(Cette parenthèse un peu ironique : hier, les écologistes altermondialistes dénonçaient (à juste titre) les subventions européennes parce qu’elles tiraient le prix des exportations céréalières à la baisse et empêchaient l’émergence de marchés rémunérateurs dans les pays du Sud. Les mêmes nous disent aujourd’hui que les biocarburants font monter le prix des céréales qui deviennent trop chères pour les populations des mêmes pays : cherchez donc à comprendre cette contradiction !!!)
Bref, tout en admettant qu’il puisse y avoir débat sur l’ampleur des investissements à réaliser dans les biocarburants, toutes ces affirmations paraissent si excessives, si peu rationnelles et tellement peu étayées qu’on ne sait plus si les experts parlent au nom de la science ou de lobbyings particulièrement actifs.
En réponse à une étude récente de l’OCDE, « Biocarburants : les remèdes sont-ils pires que la maladie ? », le Ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a confirmé, la semaine dernière, l’intérêt de la « chimie verte » en parlant de focaliser l’investissement sur « les carburants bio de deuxième génération ». Et lors d’un dîner organisé au ministère avec les distributeurs, il temporisait en disant qu’au fond, tout ça est une question de proportion.
Peut-être...
Toujours est-il qu’en tant qu’investisseur-clé dans la distribution des carburants, il me semble normal et urgent que les pouvoirs publics et les organismes experts nous aident à clarifier ce débat : on continue ou on arrête ?
En France, personne ne conteste la qualité des recherches pilotées par l’ADEME. A quand une prise de position sur cet épineux dossier ?
Et toi, camarade Jean-Louis, que disent tes services ? Qu’en penses-tu ?
Posté par M.E.L. le 17 septembre 2007 dans
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14 septembre 2007
FNSEA / Distribution : Henri Loizeau invite au cessez-le-feu !

Je voudrais dire, sur ce blog, un grand merci à Henri Loizeau, directeur de la rédaction de LSA. Merci pour son appel à la raison (son édito du 13/09/07).
La polémique, je sais faire avec ! Certains diront que j’aime ça. Ce n’est pas vrai. Je n’aime pas ces rapports de force souvent artificiellement mis en scène dans le débat télévisé, pas plus que dans la vie. Le débat d’idées, oui. Les anathèmes, les tirs sous la ceinture, non !
Ras le bol donc des opérations « commandos » lancées du siège de la FNSEA contre les magasins de notre enseigne et ceux de nos concurrents. Certes, les éleveurs, la semaine dernière, n’étaient pas très nombreux (une quarantaine) et leur comportement ne fut pas, cette fois-ci, exagérément agressif. Mais pourquoi devrais-je tolérer, sans broncher, qu’on me désigne personnellement à la vindicte d’une population agricole désemparée par la réforme de la PAC.
C’est sur l’instigation d’agriculteurs du Finistère (fournisseurs et amis, mais oui !) que j’ai réagi aux propos délirants de Jean-Michel Lemétayer sur Europe 1 : «La France a plus besoin de son agriculture et de ses produits que de Michel-Edouard Leclerc et de ses magasins.» A Saint-Brieuc et à Rennes, j’étais montré du doigt, comme un ennemi public. Dans des tracts, dans les médias locaux et dans les magasins, on ne s’est pas privé de vouloir faire pression sur ma personne, officiellement « pour que MEL diminue ses marges », mais, dans les faits, pour que mes adhérents augmentent leurs prix.
C’est minable et contre-productif. Ce genre d’attitude ne peut qu’accroître ma détermination (je ne suis pas Breton pour rien !).
Bruyamment interpellé à Rennes à propos des hypermarchés, le Président de la République a montré son irritation d’être ainsi pris à partie. Il a refusé de rentrer dans cette opposition « industrie-commerce » : « Arrêtez de crier. Il y a trop de pagaille dans l’offre agricole, et la distribution est bien organisée… ». Et faisant allusion au projet de réforme de la loi Galland, il a confirmé sa volonté de traiter les produits agricoles de manière spécifique. Il a plaidé l’équilibre et non l’affrontement : « Face à la distribution, je ne vous laisserai pas seuls, mais je n’oublie pas que les Français ont aussi un problème de pouvoir d’achat ». (Le Figaro et Ouest France du 12/09/07).
Dans son éditorial, Henri Loizeau appelle la FNSEA à cesser la polémique : « Les rapports délicats du monde agricole et de la distribution méritent assurément mieux que l’anathème médiatique permanent qui semble tenir lieu de politique à la FNSEA. »
Un leader syndical peut avoir besoin de « chauffer ses troupes » à la veille de la visite d’un Président. Mais Jean-Michel Lemétayer ne doit pas oublier que les distributeurs sont d’abord des clients avant que d’être une source éventuelle de problèmes. Nous n’avons pas de conflit majeur à ce jour avec nos propres fournisseurs. Nous entrons dans une période de négociations. Nous avons besoin de sérénité et de respect réciproque pour trouver les bons compromis.
Et quel que soit le montant des hausses qui seront négociées, il s’agira pour nous, de toute façon, de les minimiser.
Qu’on nous laisse donc faire notre métier. Il faut que l’on comprenne, rue de la Baume, qu’il est de l’intérêt des agriculteurs de rassurer les consommateurs sur la justification de nos prix, de garder leur confiance.
Toute la cacophonie générée par les appels à la hausse produit les effets inverses.
Je propose donc qu’agriculteurs et distributeurs tiennent un discours commun pour rassurer les clients et leur dire qu’ensemble on fera tout pour que la revalorisation des produits agricoles ne lèse pas le « panier de la ménagère ». Voilà un discours qui serait socialement efficace.
Posté par M.E.L. le 14 septembre 2007 dans
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11 septembre 2007
Linéaires publie son comparateur et confirme les écarts entre enseignes
Cette note est particulièrement destinée aux étudiants, aux chefs d’entreprise et aux consommateurs qui n’ont pas forcément accès à l’une des trois grandes revues professionnelles de la distribution (Linéaires, LSA, Points de Vente), ainsi qu’aux différentes « lettres » qui fourmillent d’informations sur notre secteur.
La revue Linéaires suit, depuis 1999, le prix d’une centaine de références incontournables dans les rayons des hyper et supermarchés français. Comme ces relevés émanent d’une revue indépendante, personne n’en conteste la probité ni l’objectivité.
1) Le tableau ci-dessous corrobore les grandes tendances observées dans l’indice Opus (Nielsen/Panel de Gestion). Il donne du crédit au discours des distributeurs qui ne cessent d’affirmer que les prix ont baissé en hyper… Quelles observations ?
a) E. Leclerc reste l’enseigne la moins chère : « Le groupement d’indépendants a atteint l’indice 95,6…C’est le meilleur score jamais obtenu par une enseigne depuis la création de l’enquête Linéaires en 1999. »
b) Le peloton, mené par Auchan (avec Intermarché, Carrefour et Système U), est bien sur une tendance baissière depuis la fin 2005.
c) L’écart se creuse entre E. Leclerc et des enseignes comme Atac, Géant, Casino, et bien sûr Monoprix (près de 15 % d’écart).
2) Florent Vacheret, rédacteur en chef, insiste pour dire que, sans remettre en cause la performance de E. Leclerc, l’écart avec ses concurrents est moindre que celui affiché sur le site « quiestlemoinscher.com ».
C’est exact. Mais l’explication est simple. Linéaires visite 164 magasins (pour 12 enseignes) et relève les prix de 102 références alimentaires (dont 7 Premiers Prix). Mais ses relevés s’effectuent sur 6 mois !!!
Dans sa version actuelle, le comparateur E. Leclerc compare 2 327 articles de marques nationales exclusivement, dans 345 magasins de 8 grandes enseignes. Avec des prix relevés sur une dizaine de jours ouvrables.
Il est facile pour toutes les enseignes (même les plus chères) de bagarrer les prix de quelques dizaines d’articles (prix d’appel ou pas). Mais dès qu’on élargit l’observation à un panier plus large représentant 20 à 30 % de l’assortiment…les écarts se creusent.

Posté par M.E.L. le 11 septembre 2007 dans
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10 septembre 2007
La FNSEA et les prix : J.M. Lemétayer se trompe de cible
C’est demain à Rennes que Nicolas Sarkozy viendra expliquer sa politique devant les agriculteurs. Il confirmera sans aucun doute sa volonté de réformer la loi Galland et la suppression des marges arrière. Mais pour autant qu’il en recherche un effet bénéfique pour le consommateur, le Président a toujours dit qu’il fallait accompagner cette réforme d’une « réflexion spécifique sur l’agriculture ».
Les choses étant ainsi cadrées, comment interpréter le coup de gueule de Jean-Michel Lemétayer, patron de la FNSEA, sur Europe 1 ce matin.
Certes, il lui faut faire diversion. Si la loi Galland existe (et donc les marges arrière), c’est bien parce que la FNSEA l’a défendue. Comme les grands industriels et certains distributeurs, la FNSEA, depuis dix ans, fait pression sur le gouvernement pour limiter la concurrence par les prix.
J’ai participé à toutes les discussions de travail organisées au Parlement comme dans les ministères depuis 1996. Je peux témoigner que la FNSEA, jusqu’aux accords Sarkozy, plaidait pour que les discounters arrêtent de brader. Christian Jacob, ancien FNSEA, a été un ministre-clé du dispositif. On se rappellera son slogan : « Les prix bas tuent l’emploi ». Tout ce petit monde accusait la distribution de se « goinfrer de marges arrière », mais n’a jamais voulu remettre en cause le dispositif législatif.
Alors, puisque le Président a décidé de s’y attaquer, il faut bien quelques contorsions de langage et un bouc émissaire pour justifier le revirement du syndicat devant ses troupes.
A y regarder de près cependant, les propos de J.M. Lemétayer ont quelque chose de contradictoire. Puisqu’il dénonce les superprofits de la distribution, on aurait imaginé qu’il applaudisse des deux mains la suppression des marges arrière. Et puisqu’il s’agit de faire profiter les agriculteurs de la revalorisation des produits agricoles, on aurait pu imaginer qu’il s’en prenne principalement aux distributeurs les plus chers.
C’est tout le contraire qui se passe. Il a décidé de s’en prendre à ceux qui vendent moins cher (preuve si c’était nécessaire d’un double langage !).
Dans les Côtes d’Armor, les militants sont allés demander à un patron d’Intermarché d’arrêter ses promotions (opération « 2 000 prix moins chers chez ITM dans toute la France »). Et dans des tracts distribués par la FNSEA, mon groupe devient la bête noire.
Je n’irai pas plus loin dans cette polémique inutile. J’invite Jean-Michel Lemétayer à parcourir la dernière livraison du mensuel « Linéaires », journal reconnu pour son expertise dans le domaine alimentaire. Il y lira en pages 20 et 21 que sept années d’inflation séparent E. Leclerc de Monoprix, et qu’il y a, entre E. Leclerc, Intermarché, Auchan, et la queue de peloton, de 5 et 10 % d’écart en moyenne.
Je cite encore : « E. Leclerc reste intouchable au classement des discounters. Il décroche désormais de 15 % le dernier de la classe, Monoprix, dans un contexte clairement déflationniste pour les produits leaders de l’alimentaire ».
Si la FNSEA veut s’en prendre aux marges, qu’elle change de cible. Mais si elle veut que la revalorisation des produits agricoles n’effraie pas les consommateurs, qu’elle laisse faire leur métier aux distributeurs qui ont leur confiance.
Posté par M.E.L. le 10 septembre 2007 dans
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5 septembre 2007
Fruits et légumes, quelles marges chez E. Leclerc ?

Il se dit tout et n’importe quoi. Et plus c’est gros, plus ça passe, tel ce Sénateur (Mr Ferrand) qui, devant d’autres élus UMP cet été, n’hésitait pas à parler de marges de 600 % ( !!!).
Dans le contexte difficile d’une réforme de la PAC à laquelle on les a mal préparés, les problèmes commerciaux que rencontrent les agriculteurs en ce moment justifient qu’on arrête d’entretenir les mauvaises polémiques. J’appelle le syndicalisme agricole à ne pas renouer encore une fois avec les vieux démons qui consistent, comme chaque année depuis 30 ans, à désigner la distribution comme son bouc émissaire.
Souhaitant rectifier une série de déclarations vraiment mensongères sur les marges des hypers, je livre à ceux que cela intéresse les éléments du compte d’exploitation d’un rayon fruits et légumes d’un centre E. Leclerc de la région parisienne.
Le premier tableau présente le compte d’exploitation global du rayon fruits et légumes : on pourra constater que la marge commerciale est inférieure à 25 %. Charges déduites (21,4 %), le résultat courant avant impôts est de 2,95 %.
Bien sûr, entre ce type de magasin urbain et un magasin en province, il peut y avoir des écarts liés au coût de transport ou aux charges salariales. Il n’empêche, ce tableau est tout à fait représentatif des marges moyennes pratiquées sous notre enseigne.
Ensuite, je publie, ici, le détail du compte d’exploitation pour des produits très représentatifs. Il s’agit là de relevés journaliers. Le chef de rayon doit tenir compte de la variation des cours à chaque renouvellement de son approvisionnement. Il ne peut pas toujours en répercuter les hausses vu la pression de la concurrence. Et le jeu des alignements fait que les marges peuvent être positives ou négatives.
On retiendra de cette présentation qu’il peut parfois arriver que la marge commerciale journalière atteigne jusqu’à 40 % sur un article, mais c’est rare. Elle peut aussi, sur d’autres produits, être négative, jusqu’à moins 20 % (cas d’une augmentation de cours ne pouvant être répercutée). Quels que soient les cas de figure, la somme de ces variations se solde par une moyenne qui n’excède pratiquement jamais la marge de 25 % dans un centre E. Leclerc. Et le résultat courant avant impôts et participation oscille autour de 3 %.
C’est bien, c’est positif, ça rapporte de l’argent. Mais franchement, il n’y a pas de quoi crier au feu. Pourrait-on vendre moins cher encore ? Probablement. Mais on voit bien que vu le niveau de marge nette, les gains de productivité en magasin ne permettent pas de chute spectaculaire. C’est éventuellement en amont, dans la logistique qu’on peut encore trouver des gains de marge.
1) Compte d’exploitation fruits et légumes au 31/08/07

2) Décomposition du prix de vente consommateurs pour quelques catégories remarquables de fruits ou de légumes (août 2007)

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2007 dans
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1 septembre 2007
Nicolas Sarkozy s’invite à l’hypermarché (flashback)…

© Photographe de la Présidence de la République
1) Qui a décidé de cette visite et quand ?
C’est le Chef de Cabinet du Président qui, fin août, a directement pris contact avec moi. Il a exprimé le souhait de Nicolas Sarkozy de s’investir personnellement sur le dossier des prix. Dossier qui lui « tient à cœur ». C’est lui qui, Ministre des Finances, a entamé le processus de réforme de la loi Galland. Il veut poursuivre l'initiative et désigner plus clairement les bénéficiaires de cette rénovation : les consommateurs.
Je lui ai proposé une liste de magasins. En fonction des contraintes de timing et des enjeux de sécurité, l’Elysée a choisi l’hypermarché de Bois d’Arcy.
Mardi 28 août, Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, m’a confirmé sa présence et le déplacement. C’est finalement la veille que les cadres du magasin sont mis dans la confidence. La majorité des salariés ne découvriront le dispositif que le matin même.
2) Quel était l’objectif concret du déplacement ?
Tout au long de son parcours dans le magasin, Nicolas Sarkozy a répété : "Je veux visiter des rayons emblématiques du problème des prix (rentrée des classes, fruits et légumes, boucherie…). Je souhaite interroger des vendeurs sur la réalité des augmentations de prix en cours et les consommateurs sur leur perception des hausses."
Aux journalistes qui attendaient des annonces précises, il a rajouté :" J'ai décrit hier les grandes lignes de ma politique concernant le pouvoir d'achat. Je n'hésite pas à le dire : je veux aussi créer une image symbolique forte, en me rendant dans un hypermarché, au milieu des clients et du personnel. Pour montrer que j'aborde la question du pouvoir d’achat sous tous ses aspects y compris les salaires. Je veux des résultats tangibles pour les gens, pour leur vie quotidienne, et pas simplement favoriser la liberté des entreprises pour elles-mêmes. »

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3) Comment s’est déroulée la visite elle-même ?
Je ne vais pas, ici, jouer les Yasmina Reza. Je n’ai ni le recul par rapport à l’évènement, ni le talent ! Mais j’ai été très impressionné par son aptitude à écouter son auditoire, à s’approprier les sujets et à faire passer quelques messages bien sentis.
Le Président devait arriver à 9 heures. Il souhaitait parcourir l’hyper juste à l’ouverture du magasin pour éviter la cohue du vendredi et pouvoir passer du temps dans les rayons avec le personnel. (J’en profite pour le féliciter. L’accueil fut des plus chaleureux et le magasin était nickel chrome. Du travail de pro. Tout le monde a été bluffé ! Bravo !).

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A l’heure prévue, le Préfet, le Maire, le Député, le Sénateur attendaient sur le parking (eux-mêmes prévenus la veille au soir). Mais voilà ! Mobilisé sur un autre dossier, le Président est arrivé une demi-heure en retard alors que les consommateurs occupaient déjà les lieux en masse. C’est à partir de là que l’opération a pris un caractère involontaire de « bain de foule ».

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a) Les consommateurs
Enormément de monde. Dès son arrivée, j’ai senti un décalage. La foule s’est massée sur son passage. Lui avait l’air très préoccupé, sans cesse à l’écoute de son portable, pas tout de suite disponible. Et puis, très vite, la chaleur de l’accueil l’a interpellé. Incroyable comme les gens recherchaient son regard, son attention. Même les plus bougons étaient fascinés. Mal à l’aise, un type un peu goguenard lâche « On dirait un monarque venant au contact de ses sujets ! ». Assurément, la photo donne cette impression. Et pourtant, moi ce qui me fascine, ce n’est pas tant sa personne que le public. Il y a les applaudissements, tous ceux qui veulent être pris en photo avec lui et qui lui tendent leur téléphone. Mais il y a surtout une énorme attente, tout autant affective (oui, je dis bien affective) que politique.
Il voulait poser des questions. Elles arrivent spontanément à lui : « Allez-vous vraiment tenir vos promesses ? ». « Il faut que vous vous intéressiez aux prix, tout augmente ! ». « Ne vous laissez pas couper de nous… ».
Ils ne sont pas tous des beaux quartiers de Versailles, encore moins adhérents à l’UMP. Une partie de la clientèle vient de Trappes ou de Saint-Quentin. Prix, pouvoir d’achat, insécurité des quartiers, chômage à 50 ans, statut des handicapés à l’école ou dans l’entreprise…

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En une heure de traversée de l’hyper, tous les sujets de société sont brandis avec inquiétude, mais jamais méchamment. On lui tend une enveloppe, la femme pleure, il appelle son aide de camp, exige qu’on prenne les coordonnées… Plus loin, alors qu’on croit l’épisode passé, il glisse au Maire ou au Député (je ne sais plus) le nom de la cliente qu’il a retenu : « Tu t’occupes d’elle, c’est notre job ! ».
Dans la bousculade, les micros n’enregistrent pas tout ça. Il parle d’une voix claire, mais faible, comme pour montrer qu’il s’intéresse à chacun personnellement. « Non, je ne fais pas les courses. Ce serait mentir que de dire cela. Faut pas faire semblant, je n’en ai pas le temps. Mais c’est justement parce que je n’en ai pas l’occasion que je dois m’investir plus sur ces questions très concrètes… ».
« Je suis d’accord avec vous, on ne peut pas parler du pouvoir d’achat en se retranchant derrière l’indice INSEE ! »
Tout ça peut prendre un air bon enfant. Anecdote : un groupe de femmes n’hésitent pas à faire le tour des gondoles pour revenir se faire embrasser par lui. Il ne s’en apercevra qu’à la troisième tentative !
b) Avec les salariés
Durant son parcours, il aura pu parler avec une vingtaine de membres du personnel qu’il reconnaît à la blouse orange des femmes et au logo sur les cravates des hommes.

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A des hôtesses de caisse, il demande le salaire.
- « Je n’ose pas. Je gagne plus que les autres », dit l’une, « je suis adjointe ».
- « Pas de problème, dites-le moi à l’oreille ». Il la fixe dans les yeux, cherche ceux du directeur légèrement derrière lui puis reprend son dialogue. « Est-ce que vous bénéficiez de la participation ? Ca fait combien de mois ? »
- « Je touche sur 15 mois et demi ».
- « Etes-vous intéressée par des heures supplémentaires ? »
- « Non, elle préfère rester chez elle, elle a des enfants. » Mais une autre (jetant un regard malicieux à un responsable) sous-entend qu’elle en fait déjà pas mal !
Au rayon poisson, discussion de même type. Le chef de rayon connaît bien son métier. Coincé contre l’étal (extraordinaire de fraîcheur et de mise en scène), NS interroge le personnel sur l’origine des poissons, la présence de la « petite pêche côtière ».

© Photographe de la Présidence de la République
« Le pouvoir d’achat, c’est pas que pour les consommateurs, c’est pour vous aussi. J’ai été chez les patrons, mais je sais bien que le pouvoir d’achat, ce sont aussi les salaires. Alors, je libère les entreprises, j’essaie d’alléger le coût du travail, mais c’est aussi pour que les salaires en profitent. C’est la responsabilité des entreprises. J’y veillerai. »

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c) Lui
Incroyable comme il aime ce contact : si ça ne tenait qu’à lui, il resterait là toute la matinée. Les gens le lui rendent bien. A deux reprises, on lui fait dédicacer un pot de Nutella. A sa sortie, une femme se précipite avec un sac bretelles. Elle en sort trois pots de 1 kg. Elle le regarde malicieusement : « C’est pour vous, c’est pour Louis, profitez-en avant l’augmentation. » Un rappeur s’approche (aérien, fébrile, renifleur). La sécurité voudrait discrètement faire barrage. Lui, fonce et vient au contact. Son interlocuteur n’ose pas le regarder dans les yeux, mais lui souhaite finalement de réussir. Un père lui présente son fils avec un maillot de foot aux couleurs de l’équipe de France :
- « Comment s’appelle-t-il ? »
- « Zidane »
- « Il aura une belle carrière, mais faudra surveiller sa sortie… »
Pas facile de le canaliser. Les agents de sécurité ont décidé du parcours au mètre près et l’accompagnent en établissant un cordon parallèle à son avancée. On lui glisse « à droite, Monsieur le Président », mais il entrevoit le rayon DVD et tourne à gauche (je n’oserais pas dire qu’il s’agit d’une métaphore politique !). Il repère « Le Dernier roi d’Ecosse ». Il fait venir la vendeuse et lui décrit le scénario « C’est l’histoire d’un jeune médecin écossais chez Amin Dada… ». « Celui-là, je vais l’acheter. Et aussi « Blood Diamond » avec Leonardo di Caprio». Il se tourne vers moi « Tu sais, je n’ai plus l’occasion d’aller au cinéma, alors on regarde les DVD en famille ». Il fouille dans ses poches pour chercher de l’argent. « Si, si, j’insiste ». Panique à bord (on est à cent mètres des caisses, il faudrait pouvoir rebrousser chemin et de toutes façons, personne ne croira à sa spontanéité). « Ca va faire too much », glisse une voix derrière nous. Il insiste. « Je veux régler ». Le directeur du magasin arrive à se faufiler dans la foule et sauve la situation en promettant au Président de lui remettre les DVD après avoir enlevé les antivols !

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5) Qu’a-t-il dit plus spécifiquement sur la réforme de la loi Galland ?
A la sortie, nous sommes allés saluer le pharmacien, locataire de la galerie. NS en a profité pour dire qu’il allait s’attaquer à toutes les entraves à la concurrence, aux numerus clausus.

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Situation cocasse. Luc Chatel commence à évoquer le prix des médicaments de confort. Le pharmacien qui n'était pas prévenu ne semble pas trop « voir venir » mais commence à s'interroger sur ce qui va lui "tomber dessus". Mais ouf, le Président a déjà changé de sujet : « Ca fait 10 ans qu’on dit qu’il faut plus de taxis à Paris, faudrait peut-être commencer à planifier l’ouverture de ce marché... Il faut s’attaquer aux rentes, à toutes les rigidités. La Commission Attali doit tout balayer, j’essaierai de reprendre un maximum de propositions ».
Avant de repartir, NS a répondu à quelques questions de journalistes.
- D’abord, il a confirmé sa volonté de supprimer ce système des marges arrière, non plus progressivement comme on avait commencé à le faire avec la réforme Dutreil, mais totalement, dès le prochain projet de loi. L’ambiguïté reste dans la forme que prendra le dispositif : puisque tantôt il parle de « suppression totale des marges arrière », tantôt de « réintégration des marges arrière dans les prix »… Ce qui n’est pas la même chose.

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- Il a fixé le calendrier : accélération des consultations, remise du rapport de la Commission Attali fin septembre, dépôt du projet de loi tout de suite après… « Pour que la nouvelle loi soit applicable en 2008 ». Il a repris « Il faut que ce soit effectif pour la campagne de prix 2007/2008 ».
Alors qu’il rentre dans sa voiture, on lui demande le centième autographe. Il a besoin d’un support rigide pour écrire et ne remarque pas que je lui tends les DVD empaquetés. Il remonte la vitre et j’entends l’adhérent, Jean-Jacques Exmelin : « J’aurais vraiment été mal à l’aise d’avoir à les encaisser ».
Posté par M.E.L. le 1 septembre 2007 dans
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30 août 2007
Laurence Parisot, les entreprises et les consommateurs
Sans chercher à polémiquer, je veux rebondir, ici, sur l’entretien (intéressant) que Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, a réservé au journal Le Monde (daté du 30/08).
Sur l’essentiel du contenu, je suis en phase avec ses opinions : ne pas tout attendre de l’Etat, plaider la flexibilité du marché du travail, le droit à la négociation, l’intérêt de l’expérimentation d’une TVA sociale,etc.
Mais dans le débat qui oppose les partisans d’une « relance par l’offre » à ceux qui préconisent un « soutien de la demande », Laurence Parisot prend parti. Elle estime qu’en privilégiant systématiquement la « demande », plutôt que la compétitivité des entreprises, les politiques économiques antérieures ont contribué à plomber la performance de notre économie.
Elle dit : "Il faut cesser de raisonner à partir du consommateur » Et pour argument, LP rappelle que « entre 2000 et 2007, la consommation des ménages a progressé de 19 %, les importations de 57 %, mais la production n’a augmenté que de 8 %".
Elle avait déjà défendu cette position, il y a deux jours, sur BFM, en rappelant qu’il n’était pas illogique que les entreprises essaient d’augmenter leurs prix puisque « c’est en augmentant leurs marges qu’elles peuvent créer des emplois et investir ».
Dans le contexte actuel, je n’adhère pas à cette argumentation. Ou plus exactement, je me refuse à opposer ces deux discours.
1) Sur le fond, tant du point de vue de la théorie macroéconomique que de l’observation, LP a raison de dire que c’est l’investissement, l’innovation et la recherche qui permettent que la croissance reste durable. L’amélioration des conditions de production (fiscalité et coût du travail) est indispensable. Nos entreprises souffrent de réglementations et de ponctions financières tellement décalées par rapport aux enjeux de la mondialisation…qu’une réforme structurelle est, à tous niveaux, nécessaire.
2) Mais pour que les entreprises investissent, il faut qu’elles puissent en attendre une perspective d’augmentation de chiffre d’affaires.
Or, dans la conjoncture française, c’est la consommation qui tire la croissance (le peu de croissance !). C’est la demande des ménages qui constitue le moteur principal de notre économie.
3) Dès lors, quoiqu’en disent les entrepreneurs, la clé de la relance est entre les mains du consommateur. La question du pouvoir d’achat est la question centrale.
Depuis 3 ans, je ne cesse de le marteler. La consommation n’est pas l’horizon indépassable de la croissance économique, mais c’est ce qui marche encore le mieux en France.
Dès lors, je soutiens que :
a) Le Président a raison de vouloir s’attaquer aux rigidités qui empêchent les consommateurs de bénéficier d’une meilleure concurrence entre industriels et entre distributeurs. Oui, bravo, il faut réformer les lois Raffarin, les lois Galland, abolir les pratiques tarifaires qui s’apparentent à des ententes verticales (téléphonie mobile), à des ententes horizontales (tarification bancaire) et toutes ces réglementations qui limitent la capacité d’acheter moins cher.
b) Les distributeurs sont dans leur rôle quand ils déclarent la guerre aux entreprises qui, au-delà du coût réel de l’augmentation des matières premières, essaient de reconstituer des marges…sur le dos des consommateurs.
Quand j’entends Peter Brabeck, le président de Nestlé, dire qu’il a déjà anticipé les hausses pour couvrir l’éventuelle flambée des matières premières, mais aussi améliorer les bénéfices de ses actionnaires… Quand notre groupement d’achats reçoit des hausses tarifaires (2007/2008) de 6 à 10 % sur des laques, des shampooings ou des lessives incorporant peu de de matières premières… Et même quand j’entends les boulangers justifier une augmentation uniforme du prix du pain de 5 centimes d’euro au motif que 2 centimes couvriraient le surcoût des approvisionnements, mais 3 les augmentations de salaires et de charges…, je me dis qu’on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Il y a bien un lobby de l’offre qui pousse à la hausse des prix et des marges. Mais il n’y a pas d’inéluctabilité. Il faut simplement vouloir s’y opposer. C’est tout l’intérêt des réformes annoncées que de nous en donner les moyens.
Posté par M.E.L. le 30 août 2007 dans
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29 août 2007
Rentrée des classes : le prix de la fébrilité médiatique
J’étais, ce matin, en direct, interrogé par BFM. Question : « Pourquoi vous êtes-vous prêté à cette mascarade chez Darcos ? Pourquoi laisser le Ministre annoncer que vous allez vendre à prix coûtant alors que vous dites que c’est déjà le cas ? » (Je cite à peu près).
Bonne question, sauf que je peux aussi la retourner à l’envoyeur !
Dans la cour du Ministère de l’Education Nationale, avant la réunion, les journalistes dont celui de BFM, interpellaient chaque distributeur : « Qu’allez-vous faire face à la hausse des prix ? Qu’avez-vous à proposer au Ministre et aux associations de consommateurs ? ».
Donc, Mr BFM, si vous mettez la pression, on est bien obligé de trouver une réponse : OK ? Mais je conviens que toute cette opération mérite un petit décryptage.
- Xavier Darcos était-il dans son rôle pour interpeller ainsi les distributeurs ?
Bon, on peut discuter. Le Ministre le plus directement concerné, c’est Luc Chatel puisqu’il est en charge des problèmes de consommation. Mais après tout, pour une fois qu’un Ministre de l’Education s’intéresse aux préoccupations des parents d’élèves et pas seulement des états d’âme de la corporation, je ne vois pas pourquoi on s’en plaindrait !
Xavier Darcos dispose, via le réseau des profs dans les académies, d’un pouvoir de préconisation, ne serait-ce que pour orienter les recommandations d’achat vers les produits vraiment nécessaires (ce que les enseignants ne font pas toujours).
- quoi se sont engagés les distributeurs ?
Le Ministre a pris conscience que les 5 enseignes invitées à le rencontrer étaient certainement les moins chères sur le marché français. Chacun a sorti son catalogue, ses promotions et a plaidé l’agressivité de son offre.
Du coup, les collaborateurs de Xavier Darcos ont découvert que pratiquement tous les produits sur lesquels ils souhaitaient une action étaient déjà vendus à prix coûtant, et souvent même en baisse par rapport au prix de 2006.
Dans l’impossibilité d’annoncer des réductions supplémentaires (qui auraient entraîné des ventes à perte), les enseignes ont proposé ceci : les distributeurs déjà à prix coûtant s’engagent à poursuivre leurs promotions au-delà des dates de péremption de leur catalogue (jusqu’au 15 septembre) ; les autres, ceux qui sont plus chers, s’engageront sur ce même caddie de rentrée à baisser leurs prix jusqu’à garantir d’être à prix coûtant ou au même prix qu’en 2006.
- Quand ces dispositions rentreront-elles en application ?
Dès que nous en aurons circularisé l’engagement auprès de tous les magasins. Le temps d’imprimer les affiches et de reformater les rayons pour mettre en scène le « caddie Darcos »… Dès la fin de la semaine ou lundi au plus tard. - Cette opération est-elle trop tardive ?
Oui, évidemment, puisque pratiquement 60 % des ventes (en tout cas en province) ont déjà eu lieu. (Je rappelle que l’installation des rayons « rentrée des classes » démarre, dans certaines régions, dès juillet). - Faut-il accuser le Ministre de s’être réveillé trop tard et les distributeurs de jouer les hypocrites dans cette opération ?
Les distributeurs n’étaient pas demandeurs. Je m’en expliquerai plus bas. Mais le Ministre lui-même n’a fait que réagir à la polémique lancée par les publications de la Fédération des Familles de France. Publications qui ont donné lieu à des polémiques relatées dans la presse.
Fallait-il ne pas réagir ? Moi, je pense que oui ! Mais puisqu’il l’a fait, reconnaissons qu’il a réagi plutôt rapidement.
En revanche, pourquoi ne pose-t-on pas la même question aux organisations de consommateurs ? Fallait-il attendre la dernière quinzaine d’août pour interpeller Ministre et distributeurs ?
C’est là toute la limite de la crédibilité de leur démarche.
Nos catalogues sont imprimés et en circulation depuis très longtemps. Tous les prix sont transparents et largement comparables d’enseigne à enseigne depuis plus d’un mois. Pas besoin de confier à des statisticiens ou à des informaticiens un travail de comparaison qui est somme toute relativement facile.
Seulement voilà, dans cette affaire, chacun veut entretenir sa posture médiatique au risque, probablement, d’en perdre l’efficacité. Une chose est certaine : ce battage médiatique aura empêché les distributeurs de valoriser une offre qui avait toutes les raisons d’être considérée comme performante. - La distribution était-elle vraiment trop chère ?
Tout est toujours trop cher. Et la rentrée des classes, c’est cher. Les Français éprouvent de vraies difficultés en termes de pouvoir d’achat. Normal qu’ils s’expriment sur ce type de dépenses.
Mais j’affirme. Dans le contexte de hausses des matières premières qui poussent les industriels à augmenter considérablement leurs tarifs, la distribution a été extrêmement efficace dans ses négociations.
Je rappelle : augmentation du coût du papier de 14 % ! Augmentation des matières plastiques : 30 %. Et malgré cela, l’augmentation des prix de vente mesurée par Familles de France n’est que de 2,1 % !!! Jamais, dans mon groupe, je n’ai vu les acheteurs, prendre autant de risques pour acheter le papier par anticipation, bloquer l’augmentation des tarifs malgré les pressions des fournisseurs, rechercher des produits de substitution…
J’affirme encore : l’offre des centres E. Leclerc n’a pratiquement pas augmenté depuis 2006 (hormis les produits sous licence type cahiers Harry Potter, etc.). 60 % des articles sont même en baisse !
L’offre s’est élargie, elle est peut-être trop confuse. Le marketing agressif des produits à marque ou sous licence (forcément plus chers, très chers quelquefois) occulte peut-être les efforts considérables sur nos marques génériques (30 à 80 % moins chères !). Mais la réalité est là, le caddie français de la rentrée scolaire est le moins cher d’Europe !
Conclusion Il faut raison garder. L’année prochaine, il faudra s’y prendre autrement. J’invite les associations de consommateurs et le ministère à nous faire parvenir, dès maintenant, leurs préconisations pour la rentrée 2008. Car les achats sur ces marchés internationaux, c’est maintenant que ça démarre.
Ainsi, plutôt que de chercher à se marquer pour exister médiatiquement, associations et ministère nous aideront à préparer très en amont, et selon leur demande, une offre qu’on n’attendra pas qu’elle soit écoulée pour la critiquer.
Posté par M.E.L. le 29 août 2007 dans
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28 août 2007
Hausse des prix : avant la psychose, un état des lieux (1)
Je développerai, tout au long de ces quinze prochains jours, les arguments qui me font dire :
1) Qu’il n’y a pas de tension inflationniste majeure sur l’ensemble de la consommation des Français.
2) Qu’il existe bien des risques de hausses de prix suite à l’évolution du prix des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et aussi de certaines matières premières non alimentaires (énergie).
3) Mais pourvu que le gouvernement poursuive la réforme de la loi Galland et donne ainsi aux distributeurs les moyens de négocier les tarifs des fournisseurs, les prévisions d’inflation, pour l’année 2007 et même pour le premier semestre 2008, devraient rester inférieures à 2 % en hypermarché.
Avant de continuer d’en débattre, d’argumenter et de justifier, qu’on me permette de faire le point sur la période présente.
Il y a, aujourd’hui, beaucoup de confusion. Ce n’est pas parce que les fournisseurs annoncent des hausses de tarifs que celles-ci vont se répercuter systématiquement dans les prix.
- D’abord, parce que le coût des matières premières n’intervient pas toujours de manière importante dans le prix de vente d’un produit transformé.
- Ensuite, parce que depuis les accords Sarkozy (juin 2004) et les deux premières étapes de la réforme de la loi Galland, la concurrence joue positivement dans l’intérêt des consommateurs.
Cela se voit peu, mais c’est efficace.
Il faut bien se rendre compte que cela fait déjà 6 mois que les propositions tarifaires des industriels sont à la hausse (en épicerie : + 3,9 % depuis mars 2007).
Mais E. Leclerc a continué à baisser ses prix, plus vite que ses concurrents. Et l’impulsion déflationniste lancée par notre action commerciale entraîne les autres distributeurs dans un cycle de baisse durable, au moins jusqu’à la fin de l’année.



Posté par M.E.L. le 28 août 2007 dans
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20 août 2007
Vente directe à Paris de fruits et légumes : le marronnier de l’été
L’année dernière, c’était à la Tour Eiffel. Une vente « sauvage » de fruits et légumes, pour dénoncer les marges excessives de la grande distribution ! Un rituel !
Chaque année, c’est la même mise en scène orchestrée pour passer au JT de TF1 et offrir ainsi à la chaîne de Boulogne le moyen de combler l’absence de sujets autrement plus complexes en cette saison. Seule anicroche durant l’opération de l’été 2006 : des journalistes avaient osé fouiner dans les cageots. Nos beaux produits de terroir avaient été quelque peu mélangés avec des produits espagnols. Histoire, probablement, de gonfler les ventes et de profiter de l’aubaine…
Cette année, c’est à la Bastille. On nous avait annoncé une vente géante : 60 tonnes de fruits, montées en tête de gondole par le MODEF, soutenue par quelques élus communistes et des syndicalistes ruraux du Sud-Ouest, toujours pour protester contre les marges excessives de la grande distribution !
Cela fait 30 ans que je suis dans le métier. 30 ans qu’on nous ressert le même discours.
A y regarder de près, les prix n’avaient pourtant rien à envier à ceux d’un centre E. Leclerc (pourtant, on prétendait assurer, ici, une promotion exceptionnelle !). Et on a bien omis de raconter aux journalistes que les mêmes syndicats agricoles s’opposent, depuis 1997, à toute publicité de prix dans les journaux et à la radio sans leur accord (histoire d’empêcher justement que Leclerc et autres consorts puissent vendre moins cher et s’en prévaloir !).
A une certaine époque (dans les années 60), Alexis Gourvennec, le roi du chou-fleur et fondateur de l’une des plus grandes coopératives de l’Ouest, avait émis une idée géniale : « Si les agriculteurs veulent conserver leurs marges, il faut qu’ils maîtrisent toute la filière, de la transformation à la commercialisation ! ». Il avait alors suggéré la création de magasins verts (propriété des coopératives agricoles ou des agriculteurs) pour concurrencer les autres formes de distribution modernes.
L’idée n’a pas eu de suite, en tout cas pas sous cette forme. A écouter le MODEF, on se demande bien pourquoi, puisque selon ses affirmations, la grande distribution s’en met plein les poches sur les fruits et légumes.
Eh bien, puisque aucun argument rationnel ne sera efficace dans le contexte d’une telle exploitation médiatique, il reste aux distributeurs à lancer ce défi à leurs fournisseurs : « Créez donc vos propres réseaux de distribution, montrez-nous l’exemple, montrez-nous comment vous allez vendre moins cher et pas simplement le temps des promotions ! »
Chiche ?
Posté par M.E.L. le 20 août 2007 dans
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1 août 2007
Inflation, le retour ?
Je ne partage pas les propos alarmistes de ceux qui, analystes ou industriels, s’effraient actuellement du retour de l’inflation. Je n’en vois les prémices ni en France, ni en Europe. Et hormis les conséquences d’une crise financière potentielle (la bulle immobilière !) il n’y a vraiment aucune raison de vouloir affoler la populace, aucun facteur objectif qui puisse venir étayer un discours aussi excessif.
Précisons donc
1. Incontestablement, la forte croissance des économies chinoise, indienne et russe tire le marché des matières premières à la hausse. Le pétrole bien sûr, mais aussi le fer, le charbon, le nickel et tous leurs dérivés. Cette tendance, admirablement analysée par l’économiste P. Chalmain dans la revue Cyclope, s’inscrit dans une évolution de long terme.
2. Plus spectaculaire mais largement annoncé par les spécialistes, le déficit de certaines productions alimentaires fait aussi flamber certains prix : le lait, le beurre industriel, les céréales. Mais ce fait est essentiellement conjoncturel, dû à de mauvaises récoltes (la météo !).
3. Malgré ces données, qui font la une des journaux, je maintiens que ces hausses seront d’impact limité pour les consommateurs.
a) Tout d’abord, le coût de ces matières premières n’intervient que pour une part relativement faible du prix final des denrées proposées au consommateur. Si l’on excepte quelques produits consommés à l’état brut, (comme le lait de consommation courante, ou même la farine de cuisine), la valeur ajoutée apportée par le processus de transformation minimise largement l’effet haussier des matières premières. Même s’agissant du prix de la baguette de pain, il faut savoir qu’une hausse de 50% du prix du blé n’aurait qu’un effet de 5% sur ce produit. (et je défie certains boulangers parisiens qui vendent la baguette à 1.30 euros de justifier leur prix par le coût de la matière première !).
Pas de quoi donc rameuter le Raid ou le GIGN pour éteindre une prétendue flambée des prix.
b) Par ailleurs, le marché des produits manufacturés est extrêmement bagarré au niveau mondial. Entre les grandes marques internationales bien sûr. Mais aussi, du fait des importations réalisées par les distributeurs ou les transformateurs eux-mêmes. Ainsi, même si le marché mondial des matières premières est à la hausse, celui des produits manufacturés n’enregistre aucun processus identique.
De toutes ces considérations, il faut retenir la nécessité d’être vigilant, notamment à l’égard des professions non concurrencées (secteur des services domestiques notamment) mais pour le coup, même si je les trouve souvent timides, les projections de l’INSEE prévoyant un taux d’inflation ne dépassant pas 2 ou 2.2% en 2007 me semblent complètement fondées !
Posté par M.E.L. le 1 août 2007 dans
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4 juillet 2007
Electricité, gaz : une ouverture à la concurrence complexe, mais nécessaire à terme

Bon, disons-le tout de suite, tout le charabia qu’on nous a servi ces derniers jours sur l’ouverture à la concurrence des marchés de l’électricité et du gaz n’aura pas vraiment contribué à éclairer notre lanterne. Aussi, même si je trouve la position de l’UFC-Que Choisir excessive, je ne peux qu’inciter les consommateurs à la prudence. Malgré les engagements de Charles Beigbeder, le dynamique PDG de Poweo (« Je garantis d’être toujours les moins chers du marché » !!!), je ne vois pas ce qu’à court terme, les consommateurs ont à gagner. A terme, je conçois la nécessité de la réforme. Mais c’est une autre histoire.
1) A court terme, rien à gagner !
Je n’ai pas encore analysé toutes les possibilités d’offres alternatives. Mais à ce jour, elles me paraissent bien maigrichonnes.
La raison en est simple : les tarifs d’EDF sont aujourd’hui, en Europe, parmi les plus bas, du fait notamment des choix stratégiques opérés par les gouvernements français, du temps de sa nationalisation. L’hydraulique et le nucléaire s’avèrent extrêmement rentables et compétitifs.
Et puis, surtout, les tarifs actuels sont contractuellement garantis par l’Etat.
L’UFC-Que Choisir a raison de rappeler que tout changement devient irréversible. Alors avant de quitter la proie pour l’ombre, prenons le temps d’analyser les scénarios de nos consommations futures.
Après tout, les entreprises elles-mêmes qui étaient autorisées à modifier leur contrat ne l’ont fait qu’en minorité ! C’est tout simplement qu’en l’état du marché, comptables et stratèges n’ont pas vu plus d’intérêt que cela à se précipiter.
2) A long terme, cependant, je n’en doute pas, la réforme est nécessaire. Pour s’adapter à la concurrence européenne ! Et pour que, sur des critères d’écologie, d’économie d’énergie ou même de prix, les usagers puissent profiter de la recomposition d’une offre dont on sent bien qu’on est encore au début des restructurations.
Inéluctable la réforme ? Oui ! Nous ne pouvons pas prétendre aller conquérir les marchés voisins sans ouvrir le nôtre à la concurrence d’autres opérateurs européens.
Et dans cette nécessité, on voit bien que la garantie d’Etat accordée aux seules tarifications EDF ne saurait perdurer. Facile aujourd’hui de la revendiquer ! La position est intenable à terme puisqu’il s’agirait de faire bénéficier EDF d’une tarification discriminatoire à l’égard des autres opérateurs. Un peu comme la distribution du livret A réservée aux Caisses d’Epargne…objet du courroux de la Commission Européenne et des autres concurrents bancaires.
Et puis, il faut savoir regarder plus loin l’horizon :
- Tous les analystes le confirment : l’énergie va devenir de plus en plus chère.
- Si les différences tarifaires ne sont pas évidentes aujourd’hui, elles risquent, d’ici quelques années de devenir flagrantes. L’économiste, Daniel Cohen, le rappelle à qui veut bien l’entendre : « Les tarifs de l’électricité et du gaz sont alignés sur ceux du pétrole. Même moins chers, ils nous sont promis à la hausse. » Les consommateurs seront alors bien contents de pouvoir mettre en concurrence, comme sur le marché de la téléphonie, des opérateurs qui pourront les faire bénéficier des meilleures politiques tarifaires.
Oui, tout cela c’est pour demain. Pour l’heure, il n’y a pas d’urgence. Mais ne crachons pas pour autant sur la réforme.
Posté par M.E.L. le 4 juillet 2007 dans
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29 juin 2007
TVA sociale : il faudra en reparler…
Je réponds à Augustin et je poste, ici, l’extrait d’une interview parue dans La Tribune du 26/06/07.
Le projet de création d’une TVA sociale a créé la polémique entre les deux tours des élections législatives, l’opposition critiquant une mesure inflationniste qui aurait grevé le pouvoir d’achat des Français. Quelle est votre position en tant que grande enseigne de distribution ?
Je regrette beaucoup la confusion qui a entouré l’ouverture de ce débat. Elle a empêché la réflexion sur le principe lui-même. La TVA sociale, qui consiste à transférer la part patronale des cotisations sociales sur la TVA reste une bonne idée. Elle est moderne et intelligente. Cela fait des années que mon père et moi militons en sa faveur. Toutes les entreprises qui exportent sont demandeuses. Ce transfert de charge peut se faire sans augmentation de prix au consommateur et donc sans impact négatif sur le pouvoir d’achat. Mais c’est un dispositif complexe, et il aurait fallu prendre le temps de l’expliquer aux Français.
Comment pouvez-vous garantir que l’instauration de cette TVA sociale n’aurait pas d’effet sur les prix?
Comme dans la plupart des secteurs exposés à la concurrence mondiale (automobile, textile…), les prix des produits de consommation courante s’inscrivent aujourd’hui dans une tendance déflationniste. Elle va même s’accélérer grâce à la poursuite de la réforme de la loi Galland. Le point noir, c’est le secteur des services (réparation automobile, restauration). Pour être indolore, le dispositif doit s’accompagner d’engagements de la part des acteurs du secteur. On peut imaginer que les industriels et les distributeurs soient conviés à signer des accords de baisses de prix « Sarkozy 2 », comme ceux qui furent négociés en 2004. Ils ont fait leurs preuves puisque les prix en hyper ont évolué depuis deux fois moins vite que l’indice Insee.
Comment aurait-il fallu aborder ce dossier?
Je suis persuadé qu’à l’issue d’un dialogue tripartite entre l’Etat, les entreprises et les représentants des salariés, la réforme pouvait être bouclée. Mais la cacophonie d’avant le deuxième tour des législatives a focalisé l’attention exclusivement sur la hausse de la TVA. Résultat, aucune simulation de ses effets n’a eu le temps de sortir des ordinateurs. Dommage !
Le gouvernement n’a pourtant pas renoncé, il se donne juste un peu plus de temps pour aboutir.
Vu la majorité au Parlement, la réforme reste faisable. Mais c’est sacrément risqué, même si nous nous engageons à jouer le jeu. En agitant le spectre de la hausse des prix, on a déclenché un réflexe anxiogène chez les consommateurs. Cette affaire démontre à quel point nos dirigeants n’ont toujours pas mesuré l’importance qu’a pour les Français la préoccupation de leur pouvoir d’achat. Il ne suffit pas d’en faire un argument électoral. C’est aujourd’hui une question politique centrale. Les Français ont compris que l’ETAT-PROVIDENCE, c’est fini ! Chaque foyer sait qu’il lui faudra investir de ses propres deniers pour garantir l’éducation, la santé, les retraites, ce qui suppose de mieux maîtriser son pouvoir d’achat. « Travailler plus pour gagner plus », ce n’est pas seulement un slogan opposable à celui des 35 heures ; c’est une nécessité financière qu’impose la diminution prévisible des revenus de transferts sociaux (allocations, remboursement des médicaments, etc.).
Posté par M.E.L. le 29 juin 2007 dans
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22 juin 2007
TVA sociale : en parler, mais surtout ne pas en débattre ?
C’est vraiment une spécificité française : on ouvre un dossier et avant même que les arguments ne soient présentés, on polémique entre « experts », on assène des affirmations qu’aucune analyse ne viendra étayer ! On agite, selon le bord politique, des épouvantails ou des slogans populistes. Tant pis si le sujet est complexe ! Ca passe ou ça casse : ainsi de la TVA sociale, déjà plus ou moins passée à la trappe.
Et pourtant, il ne s’agissait, aux dires du Premier Ministre, que d’expérimenter. Au mieux, d’en analyser les scénarios. Avec cet engagement : on ne mettra en pratique la TVA sociale que si elle n’obère pas le pouvoir d’achat des Français !
Alors ? Faut-il que l’intelligence des Français soit ainsi prise en otage par des factieux qui, à gauche, n’ont pas compris qu’ils ont perdu les élections, et à droite, tel Jean-Pierre Raffarin qui nous prend pour des nases. Comme si on avait oublié qu’il soutînt, il y a seulement trois semaines, le « former » Président de l’UMP dont les promesses de réforme fiscale incluaient la TVA sociale !
De la mesure des risques comme des avantages commerciaux, le bon peuple n’aura le droit à aucun débat. Une honte, vous dis-je. Une démocratie française réduite aux slogans !
Et pourtant…
1) Sur le papier, la TVA sociale reste un scénario possible. Un scénario intéressant :
a) Intéressant du point de vue de l’emploi : les économistes ne sont certes pas unanimes sur l’impact du coût du travail dans le mécanisme des délocalisations. Mais les chefs d’entreprise, eux, savent qu’en abaissant de 20 % le coût du travail, on redonne des chances à l’industrie nationale du textile, du jouet, de l’automobile, des arsenaux, etc.
Quant aux politiques, notamment au PS, il faudrait qu’ils nous expliquent ce rejet trop rapide pour être honnête : ils ne peuvent à la fois réclamer le statut de zone franche, des possibilités de subventions pour faire venir les entreprises, et plaider que la réduction des coûts, pourtant moins onéreuse, est contreproductive !
b) Intéressant du point de vue du financement des dépenses sociales : tout le monde sait, de Dominique Strauss-Kahn (PS) à Jean Arthuis (UMP) qu’on ne peut faire porter à une part décroissante des entreprises françaises (celles qui créent des emplois) le financement des dépenses sociales. On peut discuter du transfert de charges vers la CSG ou la TVA. Mais qu’on en discute, bon Dieu !
2) Dans la pratique, la TVA sociale, c’est risqué politiquement et économiquement !
Absolument. Personne ne dit le contraire. L’opération est complexe. Et d’ailleurs, toutes les réformes susceptibles de bousculer les acquis sociaux font peser sur le gouvernement un risque considérable.
C’est pourquoi, il faut baliser l’exercice. L’impact de la TVA sociale doit être quantifié, justifié. La question à ce jour n’est pas de la mettre en œuvre, mais d’estimer sa faisabilité.
Des expériences (certes limitées) ont été réalisées au Danemark et en Allemagne. Sans inflation ! Sans trop d’effets pervers. J’ai eu beau relire mes dossiers de presse, je n’ai pas repéré de grand tollé syndical ou politique lorsque les gouvernements de ces pays ont procédé à leur réforme fiscale. Et en tout cas, aujourd’hui, ces querelles sont apaisées.
J’ai écouté le Président Sarkozy au JT de TF1, mercredi soir. J’ai trouvé sa détermination remarquable. Fi de l’audimat et de la popularité, il faut ouvrir le dossier de la TVA sociale, quitte à ne pas la mettre en œuvre si, d’aventure, l’opération n’est pas réalisable.
C’est maintenant ou jamais que de telles réformes peuvent être mises en chantier. Le gouvernement a deux ans devant lui ? Pourvu qu’il ne commette pas l’erreur des gouvernements chiraquiens. Top chrono, messieurs, et ayez de la tripe !
Posté par M.E.L. le 22 juin 2007 dans
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20 juin 2007
Hausse des loyers : une moyenne « ça trompe énormément »
Hier, j’ai été interpellé, dans l’avion, par un consommateur. Il me demandait mon avis sur la manière dont l’INSEE intègre l’évolution des loyers dans l’indice du coût de la vie. Et du coup, m’est revenue en mémoire la lettre d’un habitant de Nanterre, reçue début juin, dont je vous livre cet extrait :
…Pour l’INSEE, les Français consacrent tout juste 6 % de leurs revenus pour leur loyer. Cette interprétation ne peut que laisser perplexe la "moyenne" des locataires !
Les administrateurs de l’INSEE tiennent compte du fait qu’il y aurait 50 % de propriétaires dans notre pays. Ils raisonnent de manière aussi simpliste que dans l’exemple suivant :
« Monsieur Dupont trompe sa femme 6 fois par mois. Mr Durand, lui, ne trompe jamais sa femme. Si on applique les principes de l’INSEE, on fera dire aux statistiques que Mr Dupont et Mr Durand trompent chacun leur femme 3 fois par mois ! Ce qui est aberrant ! Pour le calcul de l’indice des loyers, l’INSEE fait pareil ».
Bien sûr, l’illustration donnée par ce consommateur caricature la méthodologie de l’INSEE. Car cette institution, bien évidemment, produit des analyses bien plus approfondies tenant compte des situations démographiques et des revenus sur une échelle très diversifiée.
Il n’empêche : ce dont nous parlent tout le temps politiques et médias, ce sont de moyennes. Et ce discours réducteur ne peut que heurter chaque Français qui ne se reconnaît pas dans ces moyennes.
Si l’on veut s’attaquer au problème de la perception, par les Français, de l’inflation ou de leur pouvoir d’achat, il est impératif de leur donner des repères plus en phase avec leur situation réelle.
C’est, s’agissant de l’indice des prix, ce que j’ai voulu faire en lançant le comparateur de prix que je m’engage à améliorer et à faire vivre en multipliant les publications.
C’est, s’agissant du pouvoir d’achat, ce que j’ai essayé de faire avec le site « mon-pouvoir-dachat.com » : un site qui permet à chaque foyer, dans le respect de l’anonymat, de comparer son pouvoir d’achat à ces fameux indices moyens dont la publication reste difficilement compréhensible pour beaucoup de gens.
A suivre…
Posté par M.E.L. le 20 juin 2007 dans
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14 juin 2007
Du bon usage des heures supplémentaires

Beaucoup de questions sur l’impact de la « détaxation » des heures supplémentaires sur l’emploi. J’aurai l’occasion de plancher sur le sujet plus en détail… Mais comme dans bien des articles de presse, on m’attribue des positions parfois très tranchées, je préfère, dès à présent, argumenter sur deux ou trois points.
1) Impact global sur l’emploi
A court terme, pas d’impact, je n’en vois pas. Je partage l’avis de la plupart des économistes qui se sont déjà exprimés sur ce sujet (Patrick Artus, notamment). Mais si l’on prend la peine de se « projeter » à 3, 4 ans et plus, le dispositif gouvernemental (intégré à un dispositif global d’abaissement du coût du travail) prend une tout autre dimension. Il rompt avec l’idéologie du partage du travail qui opposait emploi et pouvoir d’achat (« travailler moins, gagner moins pour que d’autres puissent travailler aussi »), et recrée une dynamique sur le marché du travail en revalorisant l’espérance d’un gain supplémentaire.
Depuis trop longtemps, la perspective d’augmentation du pouvoir d’achat était corrélée avec la capacité quasi exclusive de l’Etat de transférer, allouer, subventionner…sur fonds publics ! La mauvaise gestion des gouvernements précédents, la gabegie des 35 heures et l’appel exagéré à la contribution publique…ont tari les caisses de Bercy. Dans les corporations (agriculture, fonction publique), et même dans le syndicalisme le plus aguerri, on ne se fait plus d’illusions. Il ne suffit plus de descendre dans la rue ou de bloquer les transports publics pour faire cracher l’Etat qui se « referait » sur les riches, etc. L’opinion ne suit plus.
Chacun a compris, qu’au moins pour une part, il ne faudra compter que sur soi. Question santé ou retraite, l’Etat-providence, « ça paie plus » (comme disait Fernand Raynaud). Question pouvoir d’achat, ce n’est pas le partage du travail (les 35 heures) qui permet les augmentations de salaires. Alors autant chercher du revenu en travaillant plus. Bâtir une carrière ou un plan de rémunération, c’est le slogan d’une France qui, à défaut d’en avoir cultivé le goût, doit se remettre au travail !
Bien sûr, tout ça est trop rapidement dit. A lui seul, le dispositif sur les heures supplémentaires n’y suffira pas, il faut aussi poser la question du niveau des salaires. Mais il a un mérite. Sans toucher au montant du RMI, il recreuse l’écart avec les revenus de salariés au SMIC. Dans les secteurs où il y a pénurie de main-d’oeuvre (BTP, plomberie, maçonnerie, emplois de services, etc.), j’y vois une incitation supplémentaire à se remettre sur le marché du travail.
2) Les heures supplémentaires dans la distribution
On attribue à la Présidente du MEDEF, Laurence Parisot, un propos certifiant que les projets gouvernementaux vont requinquer l’emploi dans la distribution, notamment s’agissant du métier de caissière ! Sans la contredire complètement, je nuance le propos concernant les caissières, mais le confirme pour d’autres emplois pour lesquels il est aujourd’hui difficile de recruter, faute de main-d’œuvre disponible sur le marché.
a) D’abord, établissons bien ceci : un groupement de commerçants indépendants comme Leclerc embauche 1 500 à 3 000 salariés nets supplémentaires par an. Nos adhérents ne recrutent pas en fonction d’avantages fiscaux ou sociaux. Ils recrutent parce que nous avons une stratégie de développement. Nous allons, par exemple, créer au moins 2 000 emplois en 2007. Tout simplement parce que nous ouvrons 18 espaces culturels, 20 à 25 autres concepts spécialisés (sport, optique, parfumerie, etc.). Et aussi parce que nous agrandissons et modernisons des magasins. Bref, c’est la perspective de chiffre d’affaires qui détermine le taux de création d’emplois et leur niveau de qualification.
b) Dans ce plan de recrutement, la détaxation des heures supplémentaires nous intéresse, s’agissant, par exemple, des « métiers de bouche » (charcuterie, traiteur, boucherie, fruits et légumes, pâtisserie, poissonnerie), ou des ateliers auto (emploi de mécanicien, assistance technique, etc.). Sur ces marchés, la main-d’œuvre de qualité se fait de plus en plus rare. L’apprentissage est trop dévalorisé, tout autant que le travail manuel. L’augmentation des heures sup. ne se fera donc pas au détriment de l’emploi.
Prenons l’exemple d’un rayon boulangerie-pâtisserie qui emploie une dizaine de personnes dans un hyper. Ce rayon subit dans l’année 4 ou 5 pics d’activité (les bûches de Noël, la galette des rois, la fête des mères, etc.). On ne recrutera pas à temps plein une ou deux personnes supplémentaires pour couvrir ces pics de production. En revanche, le recours aux heures sup permettra d’augmenter l’offre, donc le CA. Et en corollaire, la rémunération des boulangers. Salariés et chef d’entreprise sont alors gagnants-gagnant.
c) Le cas des caissières est différent. Dans beaucoup de régions, ces métiers s’exercent à temps partiel et font l’objet d’un contrat d’annualisation. Dans la législation actuelle, l’accroissement des heures de travail se fait le plus souvent sous le régime des « heures complémentaires ». Le gouvernement semble ouvrir le nouveau dispositif à ce type de situation, mais je n’ai pas encore compris comment il s’insérera dans les contrats actuels (substitution ?). Toujours est-il que les demandes d’heures supplémentaires me semblent être moins importantes d’autant que juridiquement, elles ne peuvent excéder 10 % du temps travaillé (10 % d’un mi-temps !).
L’effet sur l’emploi sera forcément plus ambigu puisque, sur ce marché, l’offre de travail est plus abondante que dans les métiers techniques.
En conclusion, je suis favorable aux mesures gouvernementales concernant les heures supplémentaires. Mais j’insiste : je crois vraiment que c’est par l’abaissement général du coût du travail que dans les PME, et notamment dans le secteur des services, les chefs d’entreprise seront tentés de recruter plus abondamment. C’est vraiment dans ce sens qu’il nous faut aller. La TVA sociale ? Oui, bien sûr, mais pas à n’importe quelles conditions. On en reparle.
Posté par M.E.L. le 14 juin 2007 dans
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28 mai 2007
Cinéma : « Le Marché de la faim » par Erwin Wagenhofer

…Vu cette semaine « We Feed the World » (le Marché de la faim) d’Erwin Wagenhofer.
Sur un plan purement cinématographique, rien à voir avec le professionnalisme du film d’Al Gore, « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange). Ici, on cultive un côté brouillon, un scénario chancelant, une image peu exigeante, sans doute pour respecter un look « docu militant », à l’instar du film « Le Cauchemar de Darwin » (Cf. la note du 21/06/05).
Sur le fond, les questions sont pertinentes et certains arguments font mouche.
Dommage que le lecteur soit obligé de rester « sur sa faim » (sic). EW flingue les trusts de l’agrobusiness, charge les multinationales (ça ne mange pas de pain, re-sic !). On a le droit au recensement de toutes les critiques contre l’hyper productivisme industriel et les excès du libéralisme. Faute de tenter l’ébauche de quelques solutions, le film est finalement assez frustrant.
1) Le scandale de la faim !
On pourrait synthétiser comme suit l’argument du film :
a) « L’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’individus » (J. Ziegler). Tous les moyens existent pour nourrir les populations démunies. De ce fait, « tout enfant qui meurt actuellement de faim est en réalité assassiné ». La phrase peut choquer. Elle me semble juste : il y a bien aujourd’hui « non assistance à personnes en danger ».
b) Comment en est-on arrivé là ? Par la guerre, la guerre économique que se livrent les riches nations. Elles ont choisi de produire toujours plus et au-delà de leurs besoins nationaux. Pour vendre à l’extérieur, pour gagner des devises. (L’arme alimentaire !)
L’amélioration de la productivité, mais aussi la course aux subventions…ont contribué à faire baisser les prix sur les marchés mondiaux et jusque dans les pays sous-développés. Ce qui rend impossible, dit EW, l’éclosion d’une agriculture locale, vivrière, faute qu’elle soit suffisamment rémunératrice.
c) La thèse n’est pas nouvelle. C’est celle de la plupart des ONG. Elle trouve un écho favorable dans le mouvement altermondialiste (jusqu’à José Bové, en France). Mais paradoxalement aussi, auprès des libéraux pour qui les subventions américaines ou européennes altèrent le fonctionnement du libre marché.
2) Les dégâts sociaux et écologiques à l’échelle planétaire
Le film a le mérite de présenter une critique globale et de l’illustrer.
- Critique des dégâts sociaux issus de l’hyper spécialisation agricole : on voit notamment des fils d’agriculteurs qui ont quitté leur Maghreb ou leur Centrafrique. Ils viennent travailler pour des producteurs de tomates du Sud de l’Espagne. Situation d'autant plus paradoxale que pour un même salaire, ils pourraient exercer chez eux le même métier, avec le statut de propriétaire.
- Focus sur les conséquences écologiques de ces choix alimentaires, telle la destruction de la forêt primitive (ici amazonienne, mais le cas est patent aussi en Indonésie ou en Afrique) pour laisser place à des productions plus rentables (l’huile de palme, par exemple).
- Evocation, enfin, des problèmes de qualité et la perte du goût liés à des modes de production hyper industriels (de la culture sous serres et hors sol aux OGM !). (Mais là, pour le coup, le sujet n’a plus vraiment de lien avec la démonstration principale sur la faim dans le monde).
On peut chipoter sur certaines affirmations, mais l’analyse globale « tient la route ». En tout cas, les spectateurs sortent de ce film convaincus des perversités, et surtout de l’injustice du système de répartition de la nourriture dans le monde.
3) Les limites du film
Le problème avec ce genre de documentaire militant, c’est le manichéisme. C’est aussi une forme de manipulation qui joue avec l’émotion du spectateur. Et c’est au final la frustration d’avoir adhéré à une analyse sans que ne nous soit proposée aucune alt











