16 janvier 2008

La pub qui dérange l’inflation

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Le monde industriel est en émoi. Mes collègues des centres E. Leclerc ont décidé de retirer de la vente, dès le 1er février, des articles dont le taux d’inflation est très élevé, je dirais exorbitant.

Cela fait trois mois que j’annonce une reprise de l’inflation. Cela fait trois mois que j’essaie de convaincre les élus que la hausse des matières premières a bon dos et que les grandes marques profitent de la législation française pour faire de la gonflette tarifaire.

Nicolas Sarkozy a pris conscience du problème puisqu’il a annoncé qu’au printemps, le gouvernement demanderait aux députés de voter la négociabilité des tarifs. Mais les industriels de l’ANIA et de l’ILEC ont su y faire. Question lobbying, chapeau. Passant derrière eux dans les Commissions parlementaires, ni Jérôme Bédier (président de la FCD), ni Arnaud Mulliez (Auchan), ni moi-même n’avons été suffisamment pris au sérieux. Nous disions « les hausses tarifaires qui arrivent dans nos centrales d’achat sont de l’ordre de 8 % en moyenne, avec des bouffées atteignant quelquefois 20 % ». Les députés et les sénateurs ont cru que nous exagérions. Il faut dire que l’ILEC avait même réussi à convaincre Luc Chatel et certains Conseillers du Président que les industriels procèderaient à des « baisses techniques » de tarifs profitables aux consommateurs.

Pauvres ministres : sur la foi de cet engagement, ils avaient annoncé des baisses de 3 % (l’équivalent d’une remise de 600 euros par foyer). Mais voilà, il leur faut aujourd’hui déchanter et reconnaître que c’est de « hausses » qu’il faut parler.

Tous les jours, je fais un point avec l’équipe en charge de notre politique commerciale. Nos acheteurs sont unanimes. Il n’y a pas de fatalité d’inflation, en tout cas d’une inflation supérieure à 2 ou 2,5 %. C’est la loi Galland qui pousse à la surenchère. Et avant qu’elle ne soit définitivement réformée, pas mal d’industriels veulent rafler la dernière mise.

Notre stratégie s’appuie sur le constat suivant : si nous laissons passer ces hausses en l’état :

1) Ce sont les distributeurs qui seront accusés,
2) Les consommateurs bouderont les étals,
3) Et le rythme de la consommation en pâtira.

Comme nous ne pouvons toujours pas re-négocier les tarifs directement (par des remises sur facture), comme il n’est pas imaginable de compenser ces hausses par des rémunérations de coopération commerciale (comment les justifier ?), il ne reste qu’une solution, retirer de la vente les articles qui augmentent trop dans leur gamme. C’est le message que nous adressons dans notre publicité.

Peut-être se trouvera-t-il quelques industriels pour dire qu’au fond, une baisse tarifaire vaut mieux qu’une perte de marché.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 janvier 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Industrie , Loi Galland , Pouvoir d'achat
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15 octobre 2007

L’Ilec et la réforme de la loi Galland : les industriels font de la résistance

La publication des premiers travaux de la Commission Attali a au moins ce mérite. Les loups sortent du bois ! On approche de l’opération vérité.

Ah ! Il faut prendre le temps de le lire le communiqué de presse publié par l’Ilec, cette association qui regroupe tous les grands industriels des biens de consommation (Procter, Coca Cola, Nestlé, Danone, etc.). Un vrai morceau d’anthologie.

1) L’Ilec ne conteste plus la nécessité de permettre aux distributeurs de répercuter les marges arrière dans les prix. Vous me direz, c’est bien, c’est déjà un grand pas de fait. Oui, sauf que ça revient à faire compenser les hausses tarifaires des industriels par la baisse de marge des distributeurs. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé l’année dernière. Le système peut fonctionner, mais pas dans la durée.

2) Mais s’il est partisan de leur réintégration, l’Ilec est contre la suppression des marges arrière. Il veut, après avoir dénoncé cette pratique, maintenir l’obligation pour le commerçant de facturer ses services (têtes de gondole, catalogues, etc.). Au fond, ce n’est pas la loi qu’il estime perverse dans son principe, mais le comportement des distributeurs qu’il voudrait endiguer soit par une barémisation de la coopération commerciale, soit par une limitation.

3) Mais surtout, l’Ilec ne veut pas entendre parler de libre négociation des tarifs. Son argument choc : cela entraînerait la légalisation de la discrimination ! Non mais, je rêve…
Qu’y a-t-il de plus discriminatoire que les rémunérations de services facturés par les distributeurs. La coopération commerciale, c’est le siège de la discrimination légale. Ce que le fournisseur A donne à E. Leclerc, il n’a pas à le justifier face à Carrefour ou Auchan…et réciproquement ! Comme les contrats sont spécifiques à chaque enseigne, ils ne sont pas comparables. La discrimination, les adhérents de l’Ilec la pratiquent allègrement depuis 10 ans, et en toute légalité puisque, faut-il le rappeler, seul l’abus de discrimination est répréhensible.

C’est donc une sacrée hypocrisie que de s’opposer à la transparence et à la négociation tarifaire en invoquant un risque de discrimination ! Au moins, pourrait-on dire que de ce seul point de vue, la suppression des marges arrière ne changera pas la donne. La différence, c’est que les consommateurs n’en feront plus les frais.

Les entreprises de l’Ilec qui pratiquent la libre négociation des prix partout dans le monde, annoncent que sa réalisation en France provoquerait « la ruine annoncée de notre industrie, à commencer par celle d’un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l’agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c’est toute notre économie qui sera à la peine avec des répercussions désastreuses pour l’emploi, le niveau de vie, et en dernier ressort, la distribution elle-même. »

Oui, vous avez bien lu ! Voici les grands industriels, défenseurs de la veuve PME et des orphelins agriculteurs ! Ils vont encore une fois nous faire le coup de plaider le sort des « petites entreprises » alors que leur développement s’est construit à coups de rachats d’icelles, sans trop d’états d’âme.

Nos dames patronnesses de l’industrie auraient donc aujourd’hui des scrupules ? Je propose que les entreprises de l’Ilec appliquent à leurs fournisseurs PME la recette qu’elles attendent des distributeurs. Je propose que les Nestlé, Unilever, Danone et autres Pernod prennent « à leurs frais » la hausse des produits agricoles en s’engageant à réduire leurs propres marges pour l’année 2008. Comme ça, ils pourront même revendiquer d’avoir contribué au co-financement de la stabilité des prix !

Ami Desforges, toi qui présides aux destinées de cette institution, ne sens-tu point le ridicule de cette prise de position de l’Ilec ?


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 octobre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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25 septembre 2007

Hausse des tarifs : la suppression des marges arrière n’y suffira pas !

Des hausses de 4 à 12 %. Certaines atteignant même 20 %. Telles sont les demandes d’augmentations tarifaires qui parviennent à notre Groupement d’Achat. Ce sont des moyennes, avant négociations, avec possibilité d’étalement. Mais tout de même, c’est beaucoup. C’est trop.

J’affirme ceci :

1) La libre répercussion des marges arrière, telle qu’annoncée par le gouvernement, va permettre de temporiser. Les distributeurs « prendront sur leurs marges », volontairement dans certains cas, mais surtout contraints et forcés par le jeu de la concurrence. C’est là-dessus que compte le gouvernement.

2) Mais ça ne suffira pas pour contrer l’ampleur des hausses.

a) D’abord parce que les distributeurs les plus agressifs ont déjà baissé leurs marges (désormais à la limite du seuil de rentabilité). La baisse des prix en GMS dépasse 3 % depuis le 1er janvier 2005 (et 5,3 % chez EL). Rien que dans mon enseigne, les premières analyses de bilan font état d’une baisse de résultat avant impôt de 2,8 % à 2,2 %. Les comptes d’exploitation de nos concurrents les plus immédiats subissent une même évolution. C’est ce qui explique la légère remontée du prix des grandes marques, et même des MDD, au détriment desquelles s’effectue désormais la péréquation financière.

b) Les tarifs des fournisseurs ne sont toujours pas directement négociables. Pour compenser des hausses aussi importantes, la loi Dutreil continue d’obliger les distributeurs à négocier la rémunération de prestations de services (tête de gondole, présence dans catalogues, etc.) dont le montant pourra être répercuté en baisse de prix. Encore faut-il pouvoir justifier ces demandes. Quand les marges arrière atteignent déjà 35 et 40 %, comment expliquer qu’on demande 8 à 10 points supplémentaires aux fournisseurs. Ca n’a plus de sens et ça devient même légalement condamnable.

c) De toute façon, quel que soit le résultat des négociations, c’est le tarif du fournisseur qui fixe la limite du prix de vente (SRP). Si l’on veut que les prix n’augmentent pas trop (pas plus que les matières premières), il faut que le législateur autorise les distributeurs à négocier les tarifs, soit par des baisses directes de prix, soit par des remises ou des ristournes (liées à des objectifs commerciaux par exemple).

Cette demande n’a rien d’exorbitant. Partout en Europe et dans le monde, elle est une pratique courante. Les industriels eux-mêmes l’exigent de leurs propres fournisseurs de matières premières.

Il reste 2 semaines environ avant que Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, ne rende sa copie et que le gouvernement puisse présenter au parlement un projet de réforme de la loi Galland.

Hier, dans Les Echos, Luc Chatel admettait la possibilité de revenir sur la sacro-sainte intangibilité des tarifs (CGV). C’est une ouverture très positive.

On arrive à l’heure de vérité. Il faut sortir des rivalités corporatistes. Soit on ménage la chèvre et le chou, on ripoline, et l’architecture du système ne permettra pas de faire obstacle aux hausses tarifaires. Soit on réforme complètement, pour que le consommateur en profite durablement.

C’est mon choix, c’est mon combat.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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10 septembre 2007

La FNSEA et les prix : J.M. Lemétayer se trompe de cible

C’est demain à Rennes que Nicolas Sarkozy viendra expliquer sa politique devant les agriculteurs. Il confirmera sans aucun doute sa volonté de réformer la loi Galland et la suppression des marges arrière. Mais pour autant qu’il en recherche un effet bénéfique pour le consommateur, le Président a toujours dit qu’il fallait accompagner cette réforme d’une « réflexion spécifique sur l’agriculture ».

Les choses étant ainsi cadrées, comment interpréter le coup de gueule de Jean-Michel Lemétayer, patron de la FNSEA, sur Europe 1 ce matin.

Certes, il lui faut faire diversion. Si la loi Galland existe (et donc les marges arrière), c’est bien parce que la FNSEA l’a défendue. Comme les grands industriels et certains distributeurs, la FNSEA, depuis dix ans, fait pression sur le gouvernement pour limiter la concurrence par les prix.

J’ai participé à toutes les discussions de travail organisées au Parlement comme dans les ministères depuis 1996. Je peux témoigner que la FNSEA, jusqu’aux accords Sarkozy, plaidait pour que les discounters arrêtent de brader. Christian Jacob, ancien FNSEA, a été un ministre-clé du dispositif. On se rappellera son slogan : « Les prix bas tuent l’emploi ». Tout ce petit monde accusait la distribution de se « goinfrer de marges arrière », mais n’a jamais voulu remettre en cause le dispositif législatif.

Alors, puisque le Président a décidé de s’y attaquer, il faut bien quelques contorsions de langage et un bouc émissaire pour justifier le revirement du syndicat devant ses troupes.

A y regarder de près cependant, les propos de J.M. Lemétayer ont quelque chose de contradictoire. Puisqu’il dénonce les superprofits de la distribution, on aurait imaginé qu’il applaudisse des deux mains la suppression des marges arrière. Et puisqu’il s’agit de faire profiter les agriculteurs de la revalorisation des produits agricoles, on aurait pu imaginer qu’il s’en prenne principalement aux distributeurs les plus chers.

C’est tout le contraire qui se passe. Il a décidé de s’en prendre à ceux qui vendent moins cher (preuve si c’était nécessaire d’un double langage !).

Dans les Côtes d’Armor, les militants sont allés demander à un patron d’Intermarché d’arrêter ses promotions (opération « 2 000 prix moins chers chez ITM dans toute la France »). Et dans des tracts distribués par la FNSEA, mon groupe devient la bête noire.

Je n’irai pas plus loin dans cette polémique inutile. J’invite Jean-Michel Lemétayer à parcourir la dernière livraison du mensuel « Linéaires », journal reconnu pour son expertise dans le domaine alimentaire. Il y lira en pages 20 et 21 que sept années d’inflation séparent E. Leclerc de Monoprix, et qu’il y a, entre E. Leclerc, Intermarché, Auchan, et la queue de peloton, de 5 et 10 % d’écart en moyenne.
Je cite encore : « E. Leclerc reste intouchable au classement des discounters. Il décroche désormais de 15 % le dernier de la classe, Monoprix, dans un contexte clairement déflationniste pour les produits leaders de l’alimentaire ».

Si la FNSEA veut s’en prendre aux marges, qu’elle change de cible. Mais si elle veut que la revalorisation des produits agricoles n’effraie pas les consommateurs, qu’elle laisse faire leur métier aux distributeurs qui ont leur confiance.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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1 septembre 2007

Nicolas Sarkozy s’invite à l’hypermarché (flashback)…

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© Photographe de la Présidence de la République

1) Qui a décidé de cette visite et quand ?

C’est le Chef de Cabinet du Président qui, fin août, a directement pris contact avec moi. Il a exprimé le souhait de Nicolas Sarkozy de s’investir personnellement sur le dossier des prix. Dossier qui lui « tient à cœur ». C’est lui qui, Ministre des Finances, a entamé le processus de réforme de la loi Galland. Il veut poursuivre l'initiative et désigner plus clairement les bénéficiaires de cette rénovation : les consommateurs.

Je lui ai proposé une liste de magasins. En fonction des contraintes de timing et des enjeux de sécurité, l’Elysée a choisi l’hypermarché de Bois d’Arcy.

Mardi 28 août, Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, m’a confirmé sa présence et le déplacement. C’est finalement la veille que les cadres du magasin sont mis dans la confidence. La majorité des salariés ne découvriront le dispositif que le matin même.

2) Quel était l’objectif concret du déplacement ?

Tout au long de son parcours dans le magasin, Nicolas Sarkozy a répété : "Je veux visiter des rayons emblématiques du problème des prix (rentrée des classes, fruits et légumes, boucherie…). Je souhaite interroger des vendeurs sur la réalité des augmentations de prix en cours et les consommateurs sur leur perception des hausses."
Aux journalistes qui attendaient des annonces précises, il a rajouté :" J'ai décrit hier les grandes lignes de ma politique concernant le pouvoir d'achat. Je n'hésite pas à le dire : je veux aussi créer une image symbolique forte, en me rendant dans un hypermarché, au milieu des clients et du personnel. Pour montrer que j'aborde la question du pouvoir d’achat sous tous ses aspects y compris les salaires. Je veux des résultats tangibles pour les gens, pour leur vie quotidienne, et pas simplement favoriser la liberté des entreprises pour elles-mêmes. »

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© Photographe de la Présidence de la République

3) Comment s’est déroulée la visite elle-même ?

Je ne vais pas, ici, jouer les Yasmina Reza. Je n’ai ni le recul par rapport à l’évènement, ni le talent ! Mais j’ai été très impressionné par son aptitude à écouter son auditoire, à s’approprier les sujets et à faire passer quelques messages bien sentis.

Le Président devait arriver à 9 heures. Il souhaitait parcourir l’hyper juste à l’ouverture du magasin pour éviter la cohue du vendredi et pouvoir passer du temps dans les rayons avec le personnel. (J’en profite pour le féliciter. L’accueil fut des plus chaleureux et le magasin était nickel chrome. Du travail de pro. Tout le monde a été bluffé ! Bravo !).

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© Photographe de la Présidence de la République

A l’heure prévue, le Préfet, le Maire, le Député, le Sénateur attendaient sur le parking (eux-mêmes prévenus la veille au soir). Mais voilà ! Mobilisé sur un autre dossier, le Président est arrivé une demi-heure en retard alors que les consommateurs occupaient déjà les lieux en masse. C’est à partir de là que l’opération a pris un caractère involontaire de « bain de foule ».

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© Photographe de la Présidence de la République

a) Les consommateurs

Enormément de monde. Dès son arrivée, j’ai senti un décalage. La foule s’est massée sur son passage. Lui avait l’air très préoccupé, sans cesse à l’écoute de son portable, pas tout de suite disponible. Et puis, très vite, la chaleur de l’accueil l’a interpellé. Incroyable comme les gens recherchaient son regard, son attention. Même les plus bougons étaient fascinés. Mal à l’aise, un type un peu goguenard lâche « On dirait un monarque venant au contact de ses sujets ! ». Assurément, la photo donne cette impression. Et pourtant, moi ce qui me fascine, ce n’est pas tant sa personne que le public. Il y a les applaudissements, tous ceux qui veulent être pris en photo avec lui et qui lui tendent leur téléphone. Mais il y a surtout une énorme attente, tout autant affective (oui, je dis bien affective) que politique.

Il voulait poser des questions. Elles arrivent spontanément à lui : « Allez-vous vraiment tenir vos promesses ? ». « Il faut que vous vous intéressiez aux prix, tout augmente ! ». « Ne vous laissez pas couper de nous… ».

Ils ne sont pas tous des beaux quartiers de Versailles, encore moins adhérents à l’UMP. Une partie de la clientèle vient de Trappes ou de Saint-Quentin. Prix, pouvoir d’achat, insécurité des quartiers, chômage à 50 ans, statut des handicapés à l’école ou dans l’entreprise…

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© Photographe de la Présidence de la République

En une heure de traversée de l’hyper, tous les sujets de société sont brandis avec inquiétude, mais jamais méchamment. On lui tend une enveloppe, la femme pleure, il appelle son aide de camp, exige qu’on prenne les coordonnées… Plus loin, alors qu’on croit l’épisode passé, il glisse au Maire ou au Député (je ne sais plus) le nom de la cliente qu’il a retenu : « Tu t’occupes d’elle, c’est notre job ! ».

Dans la bousculade, les micros n’enregistrent pas tout ça. Il parle d’une voix claire, mais faible, comme pour montrer qu’il s’intéresse à chacun personnellement. « Non, je ne fais pas les courses. Ce serait mentir que de dire cela. Faut pas faire semblant, je n’en ai pas le temps. Mais c’est justement parce que je n’en ai pas l’occasion que je dois m’investir plus sur ces questions très concrètes… ».

« Je suis d’accord avec vous, on ne peut pas parler du pouvoir d’achat en se retranchant derrière l’indice INSEE ! »

Tout ça peut prendre un air bon enfant. Anecdote : un groupe de femmes n’hésitent pas à faire le tour des gondoles pour revenir se faire embrasser par lui. Il ne s’en apercevra qu’à la troisième tentative !

b) Avec les salariés

Durant son parcours, il aura pu parler avec une vingtaine de membres du personnel qu’il reconnaît à la blouse orange des femmes et au logo sur les cravates des hommes.

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© Photographe de la Présidence de la République

A des hôtesses de caisse, il demande le salaire.
- « Je n’ose pas. Je gagne plus que les autres », dit l’une, « je suis adjointe ».
- « Pas de problème, dites-le moi à l’oreille ». Il la fixe dans les yeux, cherche ceux du directeur légèrement derrière lui puis reprend son dialogue. « Est-ce que vous bénéficiez de la participation ? Ca fait combien de mois ? »
- « Je touche sur 15 mois et demi ».
- « Etes-vous intéressée par des heures supplémentaires ? »
- « Non, elle préfère rester chez elle, elle a des enfants. » Mais une autre (jetant un regard malicieux à un responsable) sous-entend qu’elle en fait déjà pas mal !

Au rayon poisson, discussion de même type. Le chef de rayon connaît bien son métier. Coincé contre l’étal (extraordinaire de fraîcheur et de mise en scène), NS interroge le personnel sur l’origine des poissons, la présence de la « petite pêche côtière ».

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© Photographe de la Présidence de la République

« Le pouvoir d’achat, c’est pas que pour les consommateurs, c’est pour vous aussi. J’ai été chez les patrons, mais je sais bien que le pouvoir d’achat, ce sont aussi les salaires. Alors, je libère les entreprises, j’essaie d’alléger le coût du travail, mais c’est aussi pour que les salaires en profitent. C’est la responsabilité des entreprises. J’y veillerai. »

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© Photographe de la Présidence de la République

c) Lui

Incroyable comme il aime ce contact : si ça ne tenait qu’à lui, il resterait là toute la matinée. Les gens le lui rendent bien. A deux reprises, on lui fait dédicacer un pot de Nutella. A sa sortie, une femme se précipite avec un sac bretelles. Elle en sort trois pots de 1 kg. Elle le regarde malicieusement : « C’est pour vous, c’est pour Louis, profitez-en avant l’augmentation. » Un rappeur s’approche (aérien, fébrile, renifleur). La sécurité voudrait discrètement faire barrage. Lui, fonce et vient au contact. Son interlocuteur n’ose pas le regarder dans les yeux, mais lui souhaite finalement de réussir. Un père lui présente son fils avec un maillot de foot aux couleurs de l’équipe de France :
- « Comment s’appelle-t-il ? »
- « Zidane »
- « Il aura une belle carrière, mais faudra surveiller sa sortie… »

Pas facile de le canaliser. Les agents de sécurité ont décidé du parcours au mètre près et l’accompagnent en établissant un cordon parallèle à son avancée. On lui glisse « à droite, Monsieur le Président », mais il entrevoit le rayon DVD et tourne à gauche (je n’oserais pas dire qu’il s’agit d’une métaphore politique !). Il repère « Le Dernier roi d’Ecosse ». Il fait venir la vendeuse et lui décrit le scénario « C’est l’histoire d’un jeune médecin écossais chez Amin Dada… ». « Celui-là, je vais l’acheter. Et aussi « Blood Diamond » avec Leonardo di Caprio». Il se tourne vers moi « Tu sais, je n’ai plus l’occasion d’aller au cinéma, alors on regarde les DVD en famille ». Il fouille dans ses poches pour chercher de l’argent. « Si, si, j’insiste ». Panique à bord (on est à cent mètres des caisses, il faudrait pouvoir rebrousser chemin et de toutes façons, personne ne croira à sa spontanéité). « Ca va faire too much », glisse une voix derrière nous. Il insiste. « Je veux régler ». Le directeur du magasin arrive à se faufiler dans la foule et sauve la situation en promettant au Président de lui remettre les DVD après avoir enlevé les antivols !

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5) Qu’a-t-il dit plus spécifiquement sur la réforme de la loi Galland ?

A la sortie, nous sommes allés saluer le pharmacien, locataire de la galerie. NS en a profité pour dire qu’il allait s’attaquer à toutes les entraves à la concurrence, aux numerus clausus.

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Situation cocasse. Luc Chatel commence à évoquer le prix des médicaments de confort. Le pharmacien qui n'était pas prévenu ne semble pas trop « voir venir » mais commence à s'interroger sur ce qui va lui "tomber dessus". Mais ouf, le Président a déjà changé de sujet : « Ca fait 10 ans qu’on dit qu’il faut plus de taxis à Paris, faudrait peut-être commencer à planifier l’ouverture de ce marché... Il faut s’attaquer aux rentes, à toutes les rigidités. La Commission Attali doit tout balayer, j’essaierai de reprendre un maximum de propositions ».

Avant de repartir, NS a répondu à quelques questions de journalistes.

- D’abord, il a confirmé sa volonté de supprimer ce système des marges arrière, non plus progressivement comme on avait commencé à le faire avec la réforme Dutreil, mais totalement, dès le prochain projet de loi. L’ambiguïté reste dans la forme que prendra le dispositif : puisque tantôt il parle de « suppression totale des marges arrière », tantôt de « réintégration des marges arrière dans les prix »… Ce qui n’est pas la même chose.

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- Il a fixé le calendrier : accélération des consultations, remise du rapport de la Commission Attali fin septembre, dépôt du projet de loi tout de suite après… « Pour que la nouvelle loi soit applicable en 2008 ». Il a repris « Il faut que ce soit effectif pour la campagne de prix 2007/2008 ».

Alors qu’il rentre dans sa voiture, on lui demande le centième autographe. Il a besoin d’un support rigide pour écrire et ne remarque pas que je lui tends les DVD empaquetés. Il remonte la vitre et j’entends l’adhérent, Jean-Jacques Exmelin : « J’aurais vraiment été mal à l’aise d’avoir à les encaisser ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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22 mai 2006

Prix dans la grande distribution : à quoi sert le comparateur « quiestlemoinscher.com » ?

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Les fidèles de ce blog, pros, journalistes ou internautes passionnés par les questions de consommation, auront donc bénéficié d’une sorte de teasing. Depuis plus d’un mois, je testais mes arguments, j’écoutais, vous écoutais. Et la semaine dernière, alors que mes collaborateurs m’assuraient être prêts, je décidais le lancement du premier site d’évaluation comparée des performances prix des enseignes françaises (univers GSA). Avec la ferme volonté de l’étoffer progressivement et d’en faire une référence durable.

1) Pourquoi un site d’évaluation des performances comparées des GSA ?

Dans tous les secteurs de la consommation, hors l’univers PGC, la concurrence s’effectue principalement sur les prix. Dans l’automobile, le transport, la location de voitures, les voyages, l’hôtellerie, le principe de formulation de l’offre est clair : une prestation, un prix ! Des rabais ? Oui, mais clairement en déduction d’un prix de référence facilement lisible et comparable. Tel n’est pas le cas de la surenchère à laquelle se livrent depuis plusieurs années les chaînes d’hypermarchés.

a) Dans l’univers PGC, la loi Galland a opacifié, depuis 5 ans, cette lecture directe du prix. A l’exception des pratiques dans l’univers HD, ou même des MDD, la concurrence inter enseignes s’est focalisée sur les promos, les bons d’achat, les gratuits. Normal ! La loi Galland empêchait chaque distributeur de se différencier substantiellement par les prix. C’était d’ailleurs là l’objectif plus ou moins avoué des industriels quand ils plaidaient le maintien du système : aligner tout le monde sur un prix de marché !

Dès lors, le consommateur a perdu ses repères : « Sur le fond de rayon, les hypers se ressemblent tous !».

Dans cette configuration, tout le marketing d’enseigne s’est focalisé sur l’activité promotionnelle. En partie, à notre initiative d’ailleurs avec l’invention du ticket E. Leclerc. Mais pour autant que ces formules de bons d’achat permettaient de « restituer » une partie de la marge arrière, le consommateur ne pouvait y trouver son compte qu’en zappant entre les catalogues.

b) La réforme Jacob/Dutreil va, dès ce printemps (les négos sont finies) permettre un regain d’offensive et différencier les prix. Encore plus l’année prochaine (progressivité de la déductibilité des marges arrière). Illusion, naïveté ? Non, avant la loi Galland, les écarts étaient bien supérieurs. Aucune raison que mes adhérents, passée une phase d’adaptation, ne puissent reprendre l’offensive.

2) Comment apprécier et mesurer les écarts de performance ?

Deux types d’indices sont actuellement sur le marché.

a) Des indices partiels. Celui de Que Choisir ou de certains journaux. (Cf. mes deux notes précédentes). Quel que soit leur intérêt, ils recouvrent trop peu d’articles pour être significatifs. Les professionnels ne peuvent s’appuyer sur ces publications (Que Choisir l’interdit) pour s’y référer dans leur communication. Leur impact jette le trouble plus qu’il n’informe.

b) Des indices professionnels. Ils sont confectionnés par des panélistes (Iri-Secodip, Panel International, GFK, etc.). Les consommateurs ne les connaissent pas. Ils portent sur 1 500 à 15 000 articles relevés. Personne ne conteste le sérieux de ces sociétés, ni leur méthodologie. C’est dans ce vivier que nous avons décidé de puiser pour comparer les performances de nos adhérents par rapport à leurs concurrents : un gisement de 200 000 produits relevés dans 2 013 magasins, soit un peu plus de 28 millions d’observations à chaque vague de relevé (pour le moment trimestrielle).

3) Quels critères de comparaison ?

C’est la question-clé. Celle qui établit la crédibilité de la démarche. Je synthétise :

a) Les produits relevés : A l’issue de la confrontation de toutes les détentions dans 17 enseignes, il ressort environ 3 500 articles comparables. Dans ce panier, on trouve la plupart des grandes marques nationales et internationales, des MDD et des 1ers Prix. Il est relativement représentatif des achats effectués par les consommateurs dans les hypers. Je dis « environ 3 500 articles » car les comparaisons s’effectuant par paire (Leclerc vs Inter, Leclerc vs Auchan, etc.), il peut s’avérer que seulement 3 300 ou au contraire jusqu’à 3 600 articles soient détenus en commun. Observation variable donc, mais significative et, en tout cas, nettement plus que les indices se contentant de relever 100 ou 150 articles !

b) Les sites : Nous ne sommes pas des tiers observateurs au milieu de la concurrence que se livrent les enseignes. Ce rôle, c’est celui des pouvoirs publics, des organisations de consommateurs ou des médias. Pour ma part et pour mes adhérents, il s’agit de « matcher » nos concurrents. Ce comparateur a d’abord pour but d’étalonner nos performances.

Evidemment, là où il n’y a pas de Leclerc, on ne dispose pas des moyens de comparaison de prix. Mais le maillage du réseau E. Leclerc permet de couvrir une bonne partie du territoire national. Le site établit donc une comparaison Leclerc vs ses concurrents au niveau national, au niveau régional et dans nos zones de chalandise. Ces zones ont été définies sur la base de la proximité (le premier critère de fréquentation d’un magasin), dans le respect de règles de calcul de zones isochrones (implantations accessibles en temps équivalent de transport).

c) Les scores : Ils sont exprimés en pourcentage d’écart par rapport à E. Leclerc : en plus ou en moins.

4) Quelques premiers commentaires

Le site est donc accessible depuis ce lundi 7h00.

a) Ce n’est pas un listing de prix : Impossible de mettre en ligne tous ces millions de relevés effectués par plus de 200 personnes. Il suffirait qu’un concurrent (ou un Leclerc) fasse varier un prix quelques minutes après publication, pour que l’info nécessite une actualisation…techniquement impossible à date. Le système est lourd, nous allons l’améliorer. En attendant, nous avons choisi d’exprimer des « écarts de panier » en pourcentage.

b) La « photo » présente un classement. Pas de volonté de dénigrement. D’ailleurs dans certaines villes (peu, heureusement), des centres E. Leclerc ne sont pas forcément leaders. Et même si, en général, ils le sont, il peut y avoir de faibles écarts avec les seconds. Il faut donc y regarder de près.

Et puis, cette publication entraînera des variations de prix dans toutes les enseignes. C’est donc bien dans la durée qu’il faudra apprécier les performances.

c) J’insiste aussi. Le relevé ne prend pas en compte l’activité promotionnelle (les prix sont relevés en rayon). Difficile, vu l’abondance, la fréquence et le caractère parfois éphémère des remises, rabais, bons d’achat différés, tickets…d’en tenir compte sur un site national. Il convient donc de prendre toutes les informations du comparateur pour ce qu’elles sont : une photo de la performance prix qui doit être complétée sur le plan local par l’appréciation des offres promotionnelles du moment. L’observation vaut pour les Leclerc comme pour les concurrents.

5) Evolution

Ce site, nous allons le faire vivre. Il va falloir tenir compte des critiques, des remarques. Inutile de vous dire que ça fuse de tous les côtés. Je m’engage à le rendre encore plus transparent, plus lisible, et d’y intégrer toutes les suggestions techniques que nous pourrions appréhender. C’est un investissement lourd, mais nous le voulons évolutif et durable.

J’entends le discours : « Leclerc fait sa pub ». Absolument ! J’assume. Je nous savais moins chers. Je veux le prouver. Si d’autres contestent, qu’ils attaquent, qu’ils étayent leurs arguments, qu’ils produisent leurs preuves.

Qu’ils baissent leurs prix aussi ! Cette obligation que nous nous sommes donnés « en interne » doit permettre de raviver la concurrence sur les prix. C’est évidemment mon objectif. S’il suscite d’autres initiatives, tant mieux !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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10 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ?

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Je ne veux pas transformer ce blog en espace promo pour mon enseigne. Mais suite à mon post du 05/05/06 (« Promos et baisses de prix : le couple infernal ! »), j’ai cru déceler dans certains commentaires un doute sur notre performance en matière de prix.

Eh bien, qu’on se rassure, et que nul n’en doute ! Nous avons toujours été les moins chers, même si, pendant quelques mois, l’écart entre enseignes s’est resserré, du fait notamment des baisses de prix réalisées chez Carrefour, puis Intermarché.

1/ Le comportement des enseignes

Je ne conteste pas la performance de mes concurrents. Et, je ne dis pas que sur tel ou tel article, voire sur quelques centaines d’articles, d’autres enseignes aient pu ponctuellement nous doubler. Sur ces trois derniers mois notamment, Carrefour a été très agressif, surtout dans la moitié Ouest de la France (en région parisienne, cela n’a pas trop bougé !). Les dirigeants de Carrefour n’ont pas fait mystère de vouloir reprendre « à tout prix » des parts de marché. Il se dit que José Luis Duran a donné à ses Directeurs consigne de s’aligner systématiquement sur E. Leclerc (ce qui, excusez du peu, est déjà la première confirmation de notre leadership).

Ce faisant, nos adhérents se sont trouvés dans l’impossibilité légale de suivre leur rival à la baisse, sur nombre d’articles, au moment où la DGCCRF débarquait au Siège et dans les magasins pour faire respecter la loi ! A 75 000 euros d’amende par infraction constatée, il y avait de quoi hésiter.
Intermarché a aussi sorti son artillerie. Les Mousquetaires, indignés par les silences de l’Administration (tout au moins son ambiguïté) n’ont pas pris d’autres précautions, et ont à leur tour surenchéri sur Carrefour. Et considérant qu’ils s’étaient fait avoir en respectant scrupuleusement la légalité, les dirigeants d’Auchan s’y sont mis aussi finalement.

2/ La mesure par les indices partiels

Au total, et si l’on s’en tient à un nombre assez limité d’articles, chacune des enseignes a pu se prévaloir d’être « le moins cher ». Pour faire passer ce discours, elles ont opportunément pu s’appuyer sur la publication d’indices partiels, celui de Linéaires ou de Que Choisir par exemple.

a/ Linéaires a publié mi janvier 2006 un classement corroborant le positionnement de Carrefour à la première place (indice 98,1) suivi de E. Leclerc, Système U et Géant (indice 99) puis Champion et Auchan (indice 99,2).

b/ Que Choisir, dans son numéro de février, a calculé à son tour la valeur du panier moyen dans la distribution, sur à peu près la même période (automne 2005). Dans son palmarès, c’est Auchan qui montait sur le podium, suivi d’Intermarché, puis de Carrefour, Géant et E. Leclerc.

En fait, si ces classements ne sont pas mensongers, ils ne sont pas du tout représentatifs.
L’indice de Linéaires a été établi à partir des prix de 102 produits seulement, relevés dans 179 magasins.
Le panier de référence de Que Choisir se compose de 109 articles seulement, quand bien même les prix sont relevés dans plus d’un millier de grandes surfaces.

Ces indicateurs ont aussi un autre défaut : ils focalisent l’attention sur la composition alimentaire des achats, quand on sait qu’ils représentent, certes un poste important, mais néanmoins décroissant dans les investissements des ménages.
Donc, avec ce type d’indice, Auchan a un jour la médaille, une autre fois, c’est Carrefour ou E. Leclerc, etc.

3/ L’évaluation exhaustive de la performance Prix

Aucun distributeur ne se risquerait à bâtir sa stratégie à partir de ces quelques données ponctuelles. C’est l’indice OPUS de Panel International, qui sert non seulement de référence, mais aussi d’outil d’analyse et de décision pour bon nombre d’enseignes. En tout cas, elles se servent d'indicateurs équivalents.

La Société du Groupe Nielsen, relève par vagues successives, les prix de 18 enseignes de distribution (Atac, Auchan, Carrefour, Cora, Champion, Maxi Coop, Casino, Match, Monoprix/Prisunic, Intermarché, Eco Marché, Système U, Franprix, Shopi, Géant, etc.) dans 3 400 magasins, ce qui permet d’établir une comparaison plus pertinente et reconnue des professionnels.

Je vous livre les deux derniers résultats de ces enquêtes :

a/ Classement effectué au 2ème semestre 2005

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b/ Relevé 1er trimestre 2006

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C’est sur la base de ces indicateurs que j’ai toujours affirmé que mon groupe était le moins cher.

Attention : ce classement est indiciel. Il exprime un rang et une moyenne. Cela n’exclut pas qu’ici ou là, un Leclerc puisse se faire damer le pion par un rival. Dans tout Groupe, il y a des fonceurs et des craintifs. Mais l’indice Opus le prouve, c’est la première catégorie qui est majoritaire dans notre enseigne.
On peut observer aussi que les écarts entre les 3 ou 4 premières enseignes sont limités. C’est encore un effet de « feu » la loi Galland qui ne permettait pas, jusqu’à fin 2005, de beaucoup se différencier. Mais, depuis le 1er avril, les négociations commerciales (version Jacob / Dutreil) permettent aux distributeurs de connaître leur nouveau seuil de revente à perte. De ce fait, il nous est possible de mieux faire.

Je confirme donc l’information publiée dans Linéaires, décidément bien informés (mai 2006). Nos adhérents cherchent à recreuser l’écart, en révisant encore à la baisse plusieurs centaines de prix. A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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3 avril 2006

« Moins cher ou remboursé », un slogan…qu’il faut savoir maîtriser !

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Nouveau président de Carrefour, Jean-Louis Duran serait-il en passe de gagner son pari ? C’est probablement trop tôt pour le dire. Qu’on me permette d’avoir néanmoins l’élégance de saluer, ici, le rebond d’activité enregistré ces derniers mois. Engagé dans un déclin dont elle semblait ne pas savoir sortir, l’enseigne Carrefour retrouve des couleurs… 0,6 % de part de marché dans les PGC, ce n’est pas rien, même si le groupe part de très bas ! Voilà, en tout cas, un résultat qui témoigne :

1) De l’effet positif de la réforme Galland pour laquelle ma propre enseigne a milité. Les distributeurs y trouvent des « marges » de concurrence.
2) De l’élasticité de la demande par rapport aux prix. Carrefour était trop chère. D. Bernard et JL Duran en avaient convenu : quand on baisse les prix, on regagne des parts de marché.

Evidemment, en réaction, les autres enseignes fourbissent leurs armes. Vous vous doutez bien que mon enseigne a programmé quelques répliques. Mais point n’est besoin de tirer toutes les cartouches en même temps, ni de s’aligner systématiquement sur une opération dont Carrefour va devoir elle-même sortir. Sauf à considérer que l’administration lui ait donné un blanc-seing (un passe-droit), elle devrait normalement, dans les jours qui viennent, remonter quelques centaines de prix pour ne plus risquer d'être en dessous du seuil de revente à perte. (La DGCCRF a fait savoir qu’à partir du 1er avril, elle redevenait gendarme).

Pour l’heure et pour conforter une image prix qu’il voudrait plus agressive, le groupe de JL Duran vient de lancer une nouvelle opération de communication : une ligne téléphonique d’alerte sur les prix, ouverte aux consommateurs, et un slogan hérité des campagnes de Darty, du style « Moins cher ou remboursé ».

Bien que spectaculaire, l’initiative n’est pas si risquée qu’il y paraît. La comparaison ne peut porter évidemment sur les marques de distributeur (qui sont exclusives de chaque enseigne). Elle ne peut pas non plus porter facilement sur les produits frais (on objectera les différences de qualité). Si j’en crois Eric Faindt (Ouest France du 31/03/06), directeur d’exploitation Carrefour pour le grand Ouest, le champ de la baisse n’intègrera pas non plus les prix promos : « Nous ne baisserons que s’ils sont aussi en promo chez nous ». L’obligation d’alignement ne portera finalement que sur le prix des grandes marques dont tous les professionnels savent qu’elles seront vendues à peu près partout à prix coûtant, au moins jusqu’en 2007.

Seulement voilà : si Carrefour était vraiment l’enseigne la moins chère, les consommateurs n’auraient aucune raison d’appeler le numéro d’alerte mis en place par le groupe. Or, que nous dit encore Eric Faindt dans cette interview : « Nous avons des centres serveurs à Saint-Etienne et Evry qui reçoivent déjà 10 000 appels au quotidien. Les effectifs ont été renforcés pour répondre aux demandes ».

Ah bon, les consommateurs auraient déjà repéré des milliers d’articles moins chers ailleurs ? Méchamment exploité par les concurrents, ce fait pourrait laisser penser que du slogan à la réalité, il y a encore des efforts à fournir…pour prétendre être l’enseigne la moins chère de France.

Pour ma part, et sous forme d’un clin d’œil confraternel, je dirais tout simplement que la communication autour de cette initiative n’est pas complètement rodée.

Sans rancune ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 avril 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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2 mars 2006

COOPERNIC, l’avenir de LUCIE, le partenariat avec Système U

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Je réponds à des questions et commentaires déposés sous ma note du 16 février, par BOYE WILLY, Erosoft, MICHEL, Chapoteau et quelques autres.

L’annonce de la création de COOPERNIC a suscité des interrogations sur l’avenir de la coopération E. Leclerc/Système U en France. D’autant qu’à l’origine, les deux enseignes partageaient le projet commun de fédérer d’autres indépendants européens. Jean-Claude Jaunait, former Président de Système U jusqu’à 2004, n’avait cessé de solliciter les adhérents de l’UGAL (Union des Groupements de Détaillants Indépendants de l’Europe) pour les convaincre de nous rejoindre. Et les adhérents de Système U nourrissaient, avec nos partenaires italiens du groupe CONAD, un même désir de partenariat. Ce n’est donc pas par défaut de projet, ni par démission, ni même désintérêt que Système U n’a pu faire partie du lancement de COOPERNIC. C’est l’attitude des pouvoirs publics français, et les risques inhérents à l’évolution de la politique nationale de concurrence qui ont rendu ce projet impossible.

Pour comprendre, un peu d’histoire :

1) Le partenariat E. Leclerc/Système U

L’union de coopératives LUCIE qui devait devenir le creuset de la collaboration entre les deux enseignes, a été fondée le 1er mars 1999. La vocation de LUCIE était de fournir à nos adhérents respectifs des prestations, des équipements et des moyens de gestion susceptibles d’améliorer leur performance. La coopérative a donc lancé des opérations économiques communes, dans des conditions paritaires pour les deux groupements (de coûts comme de résultats). De 1999 à aujourd’hui, ont été traités en commun l’approvisionnement en carburants, le référencement national des grandes marques PGC et les premiers prix alimentaires.

LUCIE n’a pas démérité. Au sein de la coopérative, nos adhérents ont même étendu le champ de leurs activités en construisant un référentiel commun de détention de gammes en optimisant les coûts logistiques de la distribution des produits premiers prix.

Preuve que ces synergies ont été bien exploitées et que nos adhérents y ont trouvé leur compte : les deux enseignes, depuis 1999, n’ont cessé d’accroître leurs parts de marché. Elles ont résisté au hard-discount et damer le pion à leurs collègues intégrés.

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2) La mauvaise volonté des pouvoirs publics

En plein débat sur la loi Galland, et sous la pression de certains groupes intégrés qui refusaient la réforme, les pouvoirs publics ont volontairement choisi d’ignorer la formidable opportunité que constituait l’émergence d’un grand réseau d’indépendants européens, piloté par nos deux enseignes françaises.

Dès le mois d’août 1999, le Ministre de l’Economie et des Finances jetait la suspicion sur LUCIE en saisissant le Conseil de la Concurrence, parallèlement à une action intentée contre Cora/Casino. Dominique Strauss-Kahn a eu beau me dire qu’il ne pouvait « pas faire autrement » que de porter les deux affaires devant le Conseil. Dans un cas, il s’agissait d’une concentration dont il pouvait être pertinent d’étudier les effets sur un même marché. Dans le cas de LUCIE, rien de tel puisque le statut coopératif de cet organisme lui conférait un cadre légal pré-établi. Je suspectais d’autant plus un mauvais coup que les pouvoirs publics français n’avaient rien trouvé à redire à la récente méga fusion Promodès-Carrefour, vite entérinée.

Inutile de vous dire que, comme cadeau de baptême, les pouvoirs publics pouvaient faire mieux. Comment voulez-vous que, dans ces conditions, nous puissions négocier avec les fournisseurs de manière efficace.

Lors du débat sur la nouvelle Loi de Régulation Economique (NRE), les pouvoirs publics ont tout fait pour limiter la capacité de négociation d’une coopérative comme la nôtre à la seule production de prestations commerciales communes…ce qui aurait eu pour effet de transformer notre partenariat en entente…

La loi Jacob/Dutreil a, de surcroît, rendu quasiment impossible la négociation des tarifs… LUCIE ne peut donc fonctionner de manière optimale…

3) La réaction de E. Leclerc et Système U

Dans ces conditions, Serge Papin (nouveau Président de Système U) et moi-même avons été obligés de prendre acte de l’évidente mauvaise volonté des pouvoirs publics à l’égard de nos projets. D’autant que nos deux groupes sont devenus les principales cibles des contentieux « très politiques » lancés à l’initiative du Ministère des Finances à notre égard (procès à Nantes et à Nanterre). De là à dire que les pouvoirs publics, comme dans l’affaire de l’attribution des stations d’autoroute, ont privilégié servir la cause des distributeurs intégrés…

Les adhérents de Système U et de E. Leclerc ont donc décidé d’un commun accord :

- de limiter les missions de LUCIE au partenariat économique inattaquable sur le plan juridique (carburants, logistique, etc…),
- de souscrire, chacun de son côté, à une alliance internationale : Système U ralliant EMD, E. Leclerc poursuivant seul son projet de fédérer, dans COOPERNIC, REWE Allemagne, CONAD Italie, COOP Suisse, COLRUYT Belgique.

4) Toute la messe n’est pas dite

Les adhérents E. Leclerc et Système U ont la ferme conviction de partager les mêmes valeurs, une même histoire, et poursuivent un même objectif : défendre la libre entreprise, leur indépendance, l’efficacité du lien coopératif, un projet consumériste ancré dans chacun de leur territoire d’implantation…

Parallèlement au maintien de certaines formes d’échanges, E. Leclerc et Système U ont décidé, dès 2005, de se rapprocher de leurs cousins d’Intermarché. Et avec eux…

- Nous avons rejoint la Fédération du Commerce Associé, FCA, (Cf. blog du 19/05/2005), au sein de laquelle, avec Système U et Intermarché, E. Leclerc va plus que jamais défendre le statut des distributeurs associatifs, la pertinence de leur mode d’organisation et de leur modèle économique. En rejoignant les enseignes spécialisées du Commerce Associé, nous pensons pouvoir faire école, aider d’autres commerçants à s’organiser, et à se positionner comme réseau alternatif au modèle boursier.

- Nous avons adhéré à la FCD avec le statut spécifique de membre associé. Nos trois enseignes d’indépendants travaillent de concert dans les Commissions « Social », « Formation », « Développement Durable » et « Sécurité Alimentaire ». Au sein d’une FCD qui devient de plus en plus une vraie interprofession, nos adhérents auront l’occasion de défendre leur vision, la confronter à celle du commerce intégré, et « peaufiner » leur lobbying.

Voilà donc pourquoi la création de COOPERNIC, avec d’autres distributeurs indépendants européens, n’empêchera pas les adhérents des réseaux E. Leclerc et Système U d’écrire quelques autres pages communes de l’histoire de la distribution française.

Et puis, qui sait si un jour…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 mars 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland
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20 février 2006

Procter, Danone, L’Oréal… Les industriels confirment et assument les hausses de tarif

Au moins les choses sont-elles claires désormais. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette négociation 2006 que d’avoir produit cet « effet vérité » : les industriels confirment leur volonté de hausse tarifaire… et cherchent maladroitement à l’assumer.

1. Flash back : c’est José Luis Duran (Carrefour) qui avait tiré le signal d’alarme (Le Monde du 6/12/2005). J’avais confirmé et cité nominativement, des grands noms de l’industrie (parfumerie, cosmétique, hygiène ou même agroalimentaire) cf. ma note du 8/12/2005.
Levée de bouclier ! Debout sur son perchoir, Jean-René Buisson de l’ANIA bottait en touche et se retournait vers les hypers : «On verra s’ils sont capables de baisser leurs marges pour faire baisser les prix ».

2. Les marges sont à la baisse, dans tous les groupes de distribution. Les enseignes ont largement anticipé la réforme de la loi Galland. Pour le public, ces baisses de prix, exprimées en euros, n’ont pas été spectaculaires, sauf dans les catalogues. Mais pour les distributeurs, il ne fait pas de doute qu’un seuil a été atteint, et le problème pour certaines enseignes sera de justifier un retour à la normal dans les prochains jours.
La DGCCRF a annoncé qu’il faudra remettre tout ça au carré du SRP (le 15 mars ?).

3. Dans ce contexte, les distributeurs n’allaient pas laisser leurs fournisseurs s’accaparer le bénéfice de la baisse, en tolérant des hausses tarifaires qui viendraient en gommer les effets. A défaut de pouvoir négocier les CGV, il était impératif d’engranger plus de coopération commerciale déductible ou de CPV (conditions particulières de vente) pour compenser les dérives tarifaires (c’est le seul mécanisme de baisse prévu par la loi).
Les industriels qui ont cru pouvoir « jouer les délais », en espérant que l’arbitre sifflerait la fin du match le 15 février, en sont pour leurs frais. La négo continue…(chez Leclerc, il reste à signer une quarantaine d’accords commerciaux sur environ 3000).

4. La fermeté a payé. Doublement !
D’abord, la plupart des industriels ont revu leurs prétentions à la baisse, business oblige. La moyenne des hausses (sur 95% des contrats) est de l’ordre de 2.5%. Avec, pour certaines gammes, il est vrai quelques pointes à 5% !
Mais surtout, Procter, Danone, L’Oréal ou Lever ont été obligés de se justifier publiquement. Et d’assumer les hausses qu’on allait nous imputer.

5. Déjà, dans le Figaro du 4/01/2006 Unilever annonçait une hausse moyenne de 4.5%. Interrogé dans le Fig Eco du 18/02/2006, d’autres grands industriels confirment. En forme de plaidoirie, ils revendiquent le droit d’augmenter leurs tarifs. Leurs arguments ne manquent pas de fondement. Ils ne manquent pas d’air non plus.
a) Pourquoi faudrait-il baisser les prix, dit Philippe Charrier, Procter, quand des produits chers se vendent aussi bien : « Notre antipelliculaire H&S est le numéro 2 des shampoings, pourtant c’est l’un des plus chers de sa catégorie ». Il a raison. Idem pour L’Oréal. Pour ces firmes, reines du marketing, il n’y a pas d’obligations techniques à repositionner leurs prix. Et dans l’absolu, ce n’est que la récompense d’un travail marketing exceptionnel, qu’il faut savoir saluer.
b) En droit commercial pur, ils ont aussi raison de revendiquer cette liberté. Je ne la leur conteste pas. (Ce que je contestais, c’est qu’ils ont cherché à limiter la liberté des distributeurs, en cautionnant une loi Galland qui donnait aux seuls fournisseurs la main mise sur les prix publics. Des prix qui grimpent depuis 5 ans).
c) Mais, ce qui était contestable, c’était leur refus d’assumer les hausses qu’ils imposaient aux distributeurs.
Depuis que les organisations de consommateurs se sont réveillées (après le passage à l’euro) et alors qu’elles stigmatisaient l’inflation des grandes marques, nous n’avons jamais entendu un seul fournisseur reconnaître sa responsabilité.

6. C’est maintenant chose faite. Contraints à se justifier, interpellés par R. Dutreil (qui rechausse pour l’occasion les bottes de N. Sarkozy), les industriels sortent les arguments du bois. Certains sont légitimes (répercussion de la hausse des matières premières, des coûts de transport etc…). D’autres laissent franchement perplexes, tels que
a) « Cette question brûlante concerne 6% de notre chiffre d’affaires » (Lindsay Owen-Jones, L’Oréal). Il est vrai que pour ces grands groupes, la France devient un débouché marginal. Il n’empêche : pourquoi les consommateurs français devraient-ils être plus ponctionnés que leurs homologues européens…
b) « Mon métier n’est pas de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs » (Franck Riboud, Danone). Les consommateurs français qui ont subi depuis 4 ans des hausses successives, pourraient à bon droit exiger de ne pas être considérés comme des vaches à lait. Ils apprécieront.

7. Ces déclarations imprudentes (Le Figaro du 18/02/06) viennent porter un éclairage nouveau sur les rapports industrie/commerce. Dénoncées par les seuls distributeurs, les hausses pouvaient apparaître comme un simple prétexte au durcissement de la négociation. Revendiquées par les industriels, elles justifient, le rôle essentiel de la distribution dans la politique française de concurrence. On ne pouvait pas donner plus de légitimité au métier d’acheteur.

Le législateur sera toujours fondé à intervenir pour réprimer des comportements déviants, excessifs, abusifs… Je n’ai jamais contesté cette nécessité. Mais 80% de ce qui est vendu en hyper est fourni, sur chaque segment de marché (PGC), par 3 ou 4 firmes en situation oligopolistique. Et capables d’imposer leurs marques et leurs tarifs.
Nos acheteurs n’ont plus de complexes à avoir. Les raffarinades, c’est fini. C’est notre rôle que de nous opposer à ces hausses de prix si crânement revendiquées.
Dans le respect des hommes et des projets d’entreprise, mais avec toute la pugnacité qu’exige la lutte pour préserver pouvoir d’achat et croissance.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 février 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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8 février 2006

Négos 2006 : L’Etat siffle la fin du match mais permet les prolongations

Dans tous les pays européens, la liberté du commerce est un principe constitutionnel. On peut tout négocier, sauf ce qui est interdit par la loi.

En France, le Code du commerce ne dit rien d’autre. Mais au fil du temps, les députés ont surenchéri pour imposer tellement de contraintes que, pour tous les professionnels, seul finalement « peut être négocié ce qui est expressément prévu par la loi ».

J’exagère ? A peine ! J’en veux pour preuve la petite passe d’armes médiatique entre Renaud Dutreil, la Direction de la Concurrence, Jean-René Buisson (Association Nationale des Industries Alimentaires), l’AFP et quelques distributeurs. Elle illustre à quel point les pouvoirs publics (politiques et administration) continuent, malgré la liberté rétablie par les Ordonnances de 1986, de s’immiscer dans les affaires commerciales…sans autre justification que de maintenir leur contrôle.

1) Rappel :

La réforme de la loi Galland, appliquée depuis le 1er janvier, stipule que « les contrats de coopération commerciale doivent être établis avant le 15 février ». Ne me demandez pas pourquoi ! C’est évidemment du délire. J’imagine que les députés pensaient que « le temps » jouait contre les industriels. De fait, ils en ont profité pour prendre leur temps, les distributeurs étant obligés de signer à la date butoir !

2) Lors de plusieurs réunions tenues dans les locaux de la DGCCRF (Direction de la Concurrence), tous les distributeurs ont plaidé pour que le gouvernement accepte, au moins pour cette année, d’être tolérant sur les délais. Les conditions générales de vente n’ont été envoyées qu’en janvier, ce qui laissait un temps très court pour la négo.

3) Officiellement, nos collègues de la FCD avaient demandé au Ministre du Commerce une prolongation d’un mois (jusqu’au 15 mars). Compréhensive, la DGCCRF avait transmis le message au ministère.

4) Interpellé hier matin par l’AFP, le Ministre a d’abord tenu des propos ambigus. Propos que l’AFP a interprétés comme une réponse négative à la demande de la FCD.

5) Du coup, « aux anges », Jean-René Buisson, toujours en tenue de combat, a acquiescé : « Il est mieux de ne pas déroger à une loi ».

Réaction outrée, énervée des distributeurs, toujours en attente d’une réponse officielle…alors que les carnets de rendez-vous, eux, restent programmés jusqu’à la mi-mars…

Et tous de s’interroger sur les intentions réelles du ministre, par ailleurs fort peu prolixe sur sa réforme.

6) Finalement, Renaud Dutreil a rectifié le tir…en deux temps :

a) Il a d’abord revêtu la toge de la légalité. « Seul, le Parlement peut modifier la loi… Il n’appartient pas aux ministres de la modifier et nous n’en avons pas le pouvoir ».

b) Mais nul n’est tenu à l’impossible. Magnanime, il ajoute : « Pouvons-nous appliquer avec pragmatisme et compréhension la loi ? La réponse est oui. Je le souhaite et j’ai donné ces instructions à la DGCCRF ».

Voilà désormais qui est plus clair. Nous allons donc pouvoir continuer à négocier. Pas de couperet le 15 février. Tant pis pour les quelques camarades industriels qui comptaient sur cette pression pour passer en force et imposer leurs hausses de prix.

7) De toute façon, on arrive au bout de la négociation. Le climat s’est amélioré. Tout le monde a compris qu’il faut sortir de cette affaire. La consommation est atone. Il faut se focaliser maintenant sur la vente.

Nos négociateurs ont réussi à juguler le plus gros des hausses. Il reste encore 10 à 15 % des accords (mais quelques gros) à conclure. Ne cédons pas aux impératifs de l’urgence. De toute façon, il vaut mieux ne pas signer d’accord que d’en conclure un mauvais.

D’autant que ces contrats déterminent un autre enjeu : ils permettent de calculer le nouveau seuil de revente à perte. A vouloir boucler trop vite la négo, le risque, ce serait d’obliger les distributeurs à remonter leurs prix…au nom de la loi !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 février 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland
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2 février 2006

Réforme Jacob/Dutreil : la question du référencement

Désolé pour les néophytes : la question que j’aborde aujourd’hui intéressera surtout les professionnels de la relation industrie-commerce, les étudiants en droit ou ceux qui font des études commerciales… Mais il se trouve qu’à l’occasion des négociations 2006, un échange croisé de courriers entre l’Association Nationale des Industriels de l’Agroalimentaire (ANIA), la DGCCRF, et notre groupement coopératif…a relancé une vieille polémique concernant les vertus et surtout la légalité des pratiques dites « de référencement ».

Derrière cette problématique, il y a évidemment toute la question de la tarification, du coût d’accès aux linéaires et de la qualification juridique de ces prestations qui sont actuellement en discussion.

Mais il s’agit aussi d’une question de fond : ce sont particulièrement les groupements associatifs, franchisés ou coopératifs, qui pratiquent le référencement. Dans ces réseaux, la fonction « référencement » est souvent dissociée de la fonction « achat » dont elle constitue un préalable.

Il n’aura échappé à aucun professionnel qu’en fin d’année, entre la publication de la loi Jacob et la sortie de la circulaire Dutreil, quelques « groupes de pression » ont tenté de remettre en cause la légalité de ces pratiques. Ce faisant, ils cherchaient à nous fragiliser en jetant le trouble sur la qualité de nos contrats.

J’ai donc dû réagir auprès des intéressés. Afin qu’aucun doute ne subsiste sur la qualité de nos positions juridiques, je publie ici un extrait des arguments développés auprès de nos interlocuteurs (industriels ou administration) concernant le principe du référencement.

1) Aucun industriel français, fournisseur des Centres E. Leclerc, ne conteste le rôle essentiel de notre groupement d’achat dans sa fonction de référencement. Tous ces fournisseurs, y compris les membres de l’ANIA, sont, depuis des années, co-signataires de nos accords. Ils n’en ont critiqué ni le principe, ni les prestations. A contrario, ils savent ce que leur coûterait une approche directe, mais dispersée, de tous les commerçants indépendants en France.

2) Aucune disposition législative n’a, dans notre pays, jamais cherché à contester le rôle des nombreuses centrales de référencement, quels que soient les secteurs d’activités.

a) Le Conseil de la Concurrence, dans une décision devenue célèbre (n° 94-D-60 du 13/12/94, « Pratiques relevées dans le secteur des lessives »), en a défini et validé les fonctions : « …Considérant qu’il est d’usage que les centrales d’achat de distributeurs indépendants procèdent au référencement de produits, ce qui consiste principalement à rechercher, puis à négocier, des offres de vente à des conditions avantageuses pour leurs adhérents,…que cette pratique…n’interdit pas en général aux distributeurs indépendants regroupés dans cette centrale d’offrir à la vente les produits référencés, mais leur permet de bénéficier des conditions négociées par la centrale pour la commercialisation des produits référencés, conditions auxquelles peuvent d’ailleurs se rajouter des avantages obtenus par les distributeurs eux-mêmes… ».

b) La loi NRE (15 mai 2001) ne remet pas en cause la jurisprudence précédente. Les contrats de référencement proposés aux fournisseurs, puis négociés par ceux-ci, et finalement conclus…sont conformes à la loi et le demeurent.

c) J’en veux pour preuve la lecture d’une décision du Conseil de la Concurrence postérieure à la loi, notifiée à notre groupement et à Système U (Affaire LUCIE n° 05-D-62 du 10 novembre 2005) : « Le libre choix de l’acheteur est un des ressorts majeurs de la concurrence et le principal moyen par lequel le commerce stimule, chez les producteurs, la productivité, l’amélioration de la qualité des produits et des services ainsi que l’abaissement du prix. En vertu de ce principe, la négociation des accords de référencement et des conditions commerciales dont ils sont assortis ou au contraire le refus de référencer, comme le déréférencement, ne constituent pas, en eux-mêmes, des pratiques anticoncurrentielles. La renégociation de ces accords n’est donc pas en soi illicite... ».

d) L’article L.442-6 du Code du commerce fixe des limites à ces pratiques en prohibant le versement d’avantages préalablement à toute commande. Notre groupement ne perçoit aucun avantage et ne fait signer aucun contrat de référencement offrant rémunération « préalablement à la passation de toute commande », ni « sans engagement de contrepartie pour le fournisseur ». Il ne perçoit de rémunération qu’une fois la vente effectuée dans les magasins et sur la base d’un chiffre d’affaires reconnu par l’industriel.

Voilà qui est, je le pense, clairement dit !

Je voudrais insister sur deux autres points :

- C’est à tort qu’on imaginerait que ce débat ne concerne que les GMS. Partout en Europe, et dans de nombreuses professions (hôtellerie, restauration, réseau de prestataires de services tels que pressing, pompes funèbres, etc…) et même dans de nombreuses administrations, il existe des groupements qui référencent fournisseurs et produits ! Idem pour les industriels qui organisent la sélection commune de leurs fournisseurs. Ceux qui croient pouvoir régler des comptes avec nous, sans autre effet que de cibler la grande distribution, doivent comprendre qu’ils se trompent de combat. Ou alors, il faudra qu’ils s’en expliquent avec les autres professionnels !

- De toute façon, nos adversaires doivent choisir leur camp. Si l’on « supprime » la fonction de référencement, alors il leur faudra admettre l’obligation pour les indépendants d’intégrer la fonction achat, ce qui ne fera qu’accroître le degré de concentration de la distribution.

On peut imaginer aussi que les industriels réembauchent un réseau de représentants pour aller négocier les prises de commandes, magasin par magasin, sans passer par une centrale de référencement. Cela coûterait moins cher que de passer par nos groupements ? Chiche ! Mais alors pourquoi les adversaires du « référencement » ne se proposent-ils pas d’en être les cobayes…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 février 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland
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10 janvier 2006

La réforme Jacob/Dutreil et la baisse des prix : premières salves…et expectative

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C’est l’an I de la réforme Jacob/Dutreil. Agitation maximale dans les états-majors commerciaux. La négo est difficile, les tensions bien réelles et les services juridiques ont bien du mal à mettre au pas les forces commerciales. Dans les états-majors, les financiers, eux, se grattent les tempes : ils annoncent un impact négatif sur les marges (pas tort), mais personne ne veut perdre trop de plumes. Dans son for intérieur, chaque dirigeant entend bien ne pas se laisser distancer. Les discours guerriers, de toute façon, sont mobilisateurs et font du bien à la culture maison. Mais tant que les contrats de référencement ne sont pas signés, pas facile de mettre toutes ses billes sur le carreau…

Pour l’heure, le politique se fait discret, l’industriel et l’acheteur sont à la peine. C’est le distributeur qui (pour le moment) régale. Et le consommateur qui profite.

1) « Le retour en grâce de la fonction commerciale »

Dans l’édito de sa « Tribune Grande Conso » (n° 20 – 01/06), Olivier Dauvers jubile. Il prend plaisir à compiler les prospectus publiés par les différentes enseignes. Ca castagne entre les pages et les écarts de prix sont légion.

Il faut dire (et c’est tout à l’honneur des dizaines d’hommes et de femmes qui dans toutes les enseignes y ont travaillé) que la construction de ces catalogues s’apparentait à une sorte de « mission impossible ». Compte tenu des délais d’impression, les prix ont été « calculés » par les uns et les autres, sans pouvoir connaître véritablement les capacités maximales de baisses négociées par chaque enseigne.

« Chapeau », donc, à tous nos collègues. Il n’y aura pas de ministre pour les féliciter. Faisons-nous mutuellement plaisir et saluons la performance de nos cadres respectifs.

2) Dutreil absent, Dutreil content…

Il n’aura échappé à personne que le Ministre du Commerce (alias celui de la conso ! ! !) ne s’est fendu d’aucun commentaire sur l’entrée en vigueur de sa réforme. Se sent-il mal à l’aise, après avoir annoncé une baisse de 5 % ? N’y croit-il plus ? Garde-t-il un goût amer de son dernier point presse (un tantinet bâclé, de l’avis des journalistes présents) ou faut-il voir, dans cette pudique retenue, l’illustration d’une posture plus finaude qui évite à Docteur Renaud de se fâcher avec d’autres ministres concurrents et permettra à Mister Renard d’engranger le bénéfice de la réforme quand viendra le temps de sauter un échelon politique (à Reims ou au gouvernement ?).

Toujours est-il qu’Emmanuelle Evina (Points de vente, 9/01/2006) a raison de rappeler que R.D. « a de quoi être satisfait ». Tout en continuant de menacer les distributeurs du bâton, il a lâché la meute, après avoir malicieusement joué du challenge Carrefour-Leclerc.

3) La politique des enseignes

C’est la première leçon de ce début d’année : il n’y a pas à proprement parler de grandes bagarres d’enseignes au niveau national. Pas encore.

Les rumeurs étaient pourtant fortes. Dans mon groupe, on s’attendait à ce que Carrefour ou Intermarché cogne plus fort. Sensibles à l’intox, refusant de jouer petit bras, nos acheteurs ont produit un joli effet de surprise en rajoutant des bons d’achat à des prix qui, finalement, creusent pas mal l’écart (on ne s’est fait aligner que sur 4 articles).

Comme nous, Intermarché a investi en publicité pour lancer son engagement national de blocage des prix. Mais il s’agit principalement de MDD. Difficile encore d’apprécier sa stratégie sur les grandes marques.

Idem pour Carrefour. Carrefour fait surtout bénéficier de son engagement les porteurs de carte de fidélité : Guy Yraeta (DG France) parle « des prix de 300 articles » qui auraient été revus à la baisse. Mais il précise que c’était déjà le cas fin…2005 (Le Parisien, 2/01/06). La nouveauté, c’est cette annonce « d’une remise de 5 % sur plus de 8 000 produits de la marque Carrefour ».

Géant a sacrément revu à la baisse les prix de ses MDD. Par rapport aux nôtres (Marque Repère), Auchan est en moyenne 8,5 % plus cher, Carrefour 9, 1 %, mais Géant n’est plus qu’à…3,5 %. L’enseigne de J.C. Naouri ne nous avait pas habitué à l’exploit.

Je ne crois pas à l’attentisme. Même si la prudence nous amène tous à attendre les résultats de la négociation commerciale pour travailler l’offre de marques nationales, les grandes manœuvres ont commencé.

4) Retour au local

En attendant, et mises à part les opérations promotionnelles nationales (catalogues et radio), le regain de concurrence se fait surtout sentir aux niveaux local et régional.

La rivalité oppose surtout des magasins du groupe Carrefour à nos adhérents. Alors que Carrefour était venu nous « chatouiller » dans un nombre limité de sites (principalement dans les villes de l’Ouest) en faisant exploser les SRP par anticipation, nos adhérents ont profité de la nouvelle législation pour tenter l’échappée. Ca chauffe fort en Normandie (Caen, Rouen, Le Havre). Le Leclerc de Plérin (Saint-Brieuc) taclait le Carrefour d’en face en le soumettant au supplice de la publicité comparative. C’est au tour de Carrefour Portet (l’un des plus grands de France) de défier nos adhérents toulousains.

Dans l’Est de la France, les Leclerc ont attaqué sur un millier d’articles, entraînant quelques jolies réactions de Cora ou d’Intermarché.

Certains Auchan (région parisienne) ne sont pas manchots non plus. Et Géant, sans doute inquiet du manque d’oxygène, balance quelques boulets brûlants.

Difficile, devant cette mosaïque d’initiatives dispersées d’évaluer l’impact des baisses réelles. Pierre Chartier, adhérent à Nantes (et, par ailleurs, responsable national de nos équipes d’achat), me fait parvenir toutes les semaines une « monographie » des baisses de prix en Loire-Atlantique. En cette première semaine de janvier, c’est près de 10 000 articles qui sont en baisse (toutes enseignes confondues) de 2 à 15 % versus juin 2005 ! (Mais, selon lui, quelques centaines de prix vont devoir être réévalués pour respecter le nouveau SRP).

Toutes ces manoeuvres ne semblent pas très spectaculaires. Mais ne sont-elles pas finalement la conséquence la plus logique de la réforme. Elle tend à rendre au commerce ses prérogatives. Le directeur de magasin retrouve sa liberté d’action locale. Le retour à la concurrence sera d’autant plus durable et crédible qu’il sera animé par les acteurs de terrain (responsables de leurs prix et de leurs marges) plutôt que par les directions financières d’enseignes.

Comme dit Olivier Dauvers, le commerce est de retour.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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22 décembre 2005

Réforme Jacob/Dutreil : Quelles baisses de prix en 2006 ?

Pas une interview qui ne commence par cette question ! La réponse n’est pas simple tant sont grands les facteurs d’incertitude. Entre les promesses faites par Renaud Dutreil (baisse de 5 % calculée sur une période qui prend effet avec les accords Sarkozy –juillet 2004) et les hausses tarifaires annoncées par les grands industriels, il y a, sans jeu de mots, une « marge ». Essayons d’y voir clair.

1) D’abord, c’est certain, il y aura bien des baisses de prix. Et cela, grâce à la réforme législative pour laquelle mon groupe a bataillé depuis deux ans. La réforme est complexe, la négociation difficile, les conditions d’application quelquefois périlleuses… Mais les textes autorisent bien la répercussion au consommateur d’une partie des fameuses marges arrière. La coopération commerciale supérieure à 20 % pourra être déduite du prix de vente public. Potentiellement, ça peut représenter des baisses de 10 à 15 % sur plusieurs centaines de produits de marque.

2) Dès début janvier, quasiment toutes les enseignes proposeront des baisses de cette ampleur sur les produits en catalogue ou en publicité. C’est inévitable. J’en mets ma main au feu.

Aucune enseigne d’hypers n’a envie de se faire damer le pion par une autre. Certaines ne sont pas convaincues des effets boosters d’une telle promotion. Mais toutes savent que si elles loupent « le passage de la ligne », elles perdront des plumes.

Chaque enseigne a donc peaufiné son catalogue de rentrée. Vu les nécessaires délais d’impression, les prix de ces centaines (voire de milliers) d’articles ont été « fabriqués » en septembre/octobre, alors que les négociations tarifaires 2006 n’avaient même pas commencé (on ne connaîtra définitivement les SRP de chaque article qu’en février…au mieux).

Difficile d’échapper à un numéro d’équilibriste. Elles ont procédé par anticipation. Les responsables commerciaux se sont basés sur les avantages déjà obtenus en 2005 (on n’imagine pas qu’ils pourraient baisser) et ont déduit des tarifs 2006 la portion supérieure à 20 %. Et pour être sûr de passer la rampe, on aura fait les arrondis par le bas. (J’en connais même qui ont rajouté « quelques oranges » des fois que la DGCCRF voudrait les mettre en prison, mais…chut, secret de fabrication. Pas la peine d’informer les concurrents).

Oui, je l’affirme, sans risque d’être démenti, tout ce qui fera l’objet de promotions ou de publications nationales, début janvier, sera proposé aux prix les plus bas du marché et avec des baisses au maximum du potentiel offert par la nouvelle loi.

3) Sur l’offre de fond, la situation sera très disparate selon les régions, et le montant des baisses (et quelquefois des hausses !) va dépendre des résultats de la négociation 2006.

a) Selon les régions :

Les enseignes d’hypers ont commencé à baisser leurs prix bien avant que d’en avoir été autorisées par la loi. Dans les villes de l’Ouest notamment : Le Mans, Laval, Nantes, Rouen, Niort, Poitiers, Orléans, etc… Cette situation résulte d’une passivité volontaire des pouvoirs publics à l’égard du franchissement des seuils de revente à perte.

Lors d’une réunion organisée par Renaud Dutreil (21/07/05), il avait été convenu que l’administration tolèrerait des franchissements de SRP - 2 % sur les catalogues de septembre/octobre. Mais, en aucun cas, pas au-delà de SRP - 5 sur le fond de rayon. Avec la complicité passive de l’administration (qui conteste…et qui invoque des délais de procédure trop longs pour être efficace, sic), Carrefour a lancé des opérations spectaculaires (dans un nombre limité de ses magasins) pour remédier à ses pertes de parts de marché.

Il s’en est suivi un alignement, voire même une surenchère des autres enseignes. A tel point qu’on trouve dans le grand Ouest (relevé effectué début décembre), 6 400 prix en dessous du SRP dont 3 500 entre SRP - 5 et SRP - 15 (et 400 articles entre
SRP - 15 et SRP - 25 ! ! !).

Dans ces villes de l’Ouest, et sur ces mêmes articles, il est exclu qu’il puisse y avoir de nouvelles baisses. Le risque même, c’est qu’il y ait des hausses si l’arbitre (la DGCCRF) décide qu’il lui faut revenir sur le stade et brandir les cartons rouges.

b) Selon les segments de marché :

Comme indiqué dans ma note du 8/12, pas mal d’industriels essayent de profiter de l’opportunité pour pousser quelques milliers d’articles à la hausse (et des hausses substantielles : de 4 à 12 %, notamment sur la parfumerie et les produits d’entretien). Le PVC 2006 sur ces articles dépendra donc du résultat de la négociation.

Pourrons-nous faire obstacle à ces hausses tarifaires, les différer ou les compenser (par des ristournes ou autres avantages commerciaux déductibles ! ! !). Difficile aujourd’hui de s’engager sur des chiffres. D’autant que l’administration ne fait rien pour crédibiliser les promesses de son ministre : dans l’unique souci d’asseoir sa tutelle, elle cherche à orienter la négociation vers des types de contrats qui rendent beaucoup plus risquée la négociation des distributeurs (j’en reparlerai ici).

En conclusion : des baisses, il y en aura dès janvier. Importantes ! Mais impossible encore de s’engager sur une moyenne chiffrée !

C’est d’ailleurs fort dommage. Les tergiversations, les critiques et les hésitations des professionnels, comme des politiques, avaient fait perdre leur force d’impact aux accords Sarkozy.

On se retrouve un peu aujourd’hui dans la même situation. Les pouvoirs publics ont voulu ménager la chèvre (les industriels) et les choux (les consommateurs).

Les journalistes iront dans les magasins chercher la matérialisation de baisses spectaculaires qui auront déjà eu lieu depuis plusieurs mois et qui ne seront donc plus visibles. Et les consommateurs risquent, dans ces conditions, d’être déçus… (alors que l’effort représente tout de même l’équivalent d’une demi-année d’augmentation de pouvoir d’achat ! ! !).

Docteur Renaud s’est emmêlé les pattes dans les filets tordus de Mister Renard. Pas sûr qu’il puisse apporter au crédit du gouvernement le bénéfice consumériste d’une réforme qui mériterait d’être mieux assumée.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 décembre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland
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8 décembre 2005

Réforme Jacob/Dutreil : Hausses des tarifs fournisseurs…contre baisses de prix ?

Cette note est forcément un peu technique. Mais les professionnels du secteur, et même des étudiants, m’ont demandé de continuer à faire le point sur l’application de la réforme Jacob/Dutreil. Je m’y plie volontiers. Désolé, donc, pour ceux que l’aridité du sujet rebute.

Intéressant papier de Stéphane Lauer dans Le Monde (06/12/05). José-Luis Duran, le successeur de Daniel Bernard à la tête de Carrefour, y insiste sur ce paradoxe : la réforme de la loi Galland devrait permettre de baisser les prix au 1er janvier. Mais ce mouvement pourrait être contrecarré par les hausses de tarifs que les fournisseurs envoient actuellement dans les centrales d’achat.

1) Les hausses de tarifs

D’abord, je confirme les chiffres de JLD.

a) JLD parle de hausses de 4 à 6 % en moyenne. Les adhérents en charge de notre groupement d’achats me communiquent, quant à eux, leurs estimations. Avant négos et si l’on s’en tient aux documents reçus, 33 % de nos achats seraient en hausse de 4 à 8 %, 40 % verraient leur prix augmenter entre 2 et 4 %.

b) Il faut cependant nuancer. Les perspectives de hausses dans l’alimentaire sont moins fortes. Idem pour le petit électroménager ou le textile évidemment. Mais il y a, ici ou là, des hausses sporadiques (dans les rayons fromage (pâte molle), des boissons gazeuses, des viandes surgelées ou de l’ultra-frais) qui sont étonnantes (jusqu’à 7 %), sans que ne nous soient proposées d’explications.

c) C’est principalement le secteur de l’hygiène, de la beauté et des cosmétiques qui tire les hausses (Procter, Unilever, Gillette, L’Oréal, etc…). Chez ces industriels, quelques marques afficheraient des prétentions de hausse jusqu’à 12 %.

d) Nous parlons ici des grandes marques nationales et internationales. Il y a bien quelques bonnes questions à poser à certaines grosses PME (dans la charcuterie, par exemple), mais c’est marginal.

2) Quelle négociation ?

Pour notre groupement, comme pour Carrefour ou, j’imagine, tout autre distributeur, il n’est pas question d’endosser ces hausses. On sent bien que certains industriels se sont dits : « Puisque la loi Jacob/Dutreil va permettre aux distributeurs de baisser leurs marges (en réincorporant de la marge arrière), autant en profiter pour faire passer quelques hausses. (6 % d’augmentation tarifaire ne se remarqueront pas si, par le jeu rétabli de la concurrence, les enseignes baissent leurs PVC de 10 %) ».

Mais ce n’est pas si simple !

a) D’abord, les distributeurs vont tenter de négocier certaines hausses. La marge de manœuvre est faible. D’autant que les industriels plaideront l’incapacité juridique de pratiquer des tarifs discriminatoires. Si la distribution ne fait pas unanimement front, la négo risque de se perdre dans les sables de 2006.

b) Les distributeurs peuvent essayer de remplacer les articles qui ont le plus augmenté par des produits MDD. Auchan et Casino ont annoncé le resserrement de leur offre grandes marques. Notre groupement a clairement fait savoir aux industriels que, pour nous, cette option resterait une alternative (faute d’obtenir des hausses de prix limitées). J’avais compris, compte tenu de propos antérieurs de JLD, que Carrefour avait décidé de jouer à fond le redéploiement de ses marques propres. Mais, dans les citations rapportées par Le Monde, il y aurait comme une marche arrière. A vérifier.

3) L’impact de la réforme et les difficultés nouvellement créées

Dans le contexte de la réforme Jacob/Dutreil, c’est moins la base tarifaire qui déterminera le niveau de prix public que le nouveau seuil de revente à perte (tarif moins avantages déductibles). Aussi, c’est l’établissement du nouveau SRP qui est l’enjeu de la négociation en cette fin 2005.

Mais cette négociation va être très difficile.

La loi offre expressément aux distributeurs la possibilité de négocier des conditions particulières de vente (CPV). (Répercutés dans les prix, ces avantages commerciaux pourraient permettre de contrecarrer les hausses).

Mais l’administration défend une conception très restrictive des CPV (que nous contestons). Paradoxalement, alors qu’elle souhaitait la diminution des marges arrière, son interprétation de la loi conduirait à refaire de la seule coopération commerciale l’enjeu de la négociation et le moyen de contrecarrer les hausses de tarifs.

L’exercice est très risqué…puisqu’il appartient aux seuls distributeurs d’en justifier le montant et la contrepartie.

Comment accepter l’augmentation de la coopération commerciale, et justifier de nouveaux services, alors qu’il ne s’agit pour le distributeur que de négocier un prix (de limiter l’augmentation tarifaire) ?

JLD a donc mille fois raison : la loi Jacob/Dutreil, malgré les nouvelles marges de manoeuvre, a laissé aux industriels le pouvoir de fixer unilatéralement leurs tarifs. La capacité pour les distributeurs d’en contrecarrer les hausses dépend, si l’on suit l’administration, de leur capacité à acquérir, mais à justifier plus de coopération commerciale ! ! !

Renaud Dutreil a publié, aujourd’hui, la circulaire d’interprétation attendue par tous les professionnels. Si j’ai un conseil à lui prodiguer, c’est de ne plus réitérer sa promesse d’une baisse de prix de 5 %. Quels que soient nos efforts (et nous ne serons pas manchots), il nous en conteste les moyens.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 décembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Loi Galland , Prix / Concurrence
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19 octobre 2005

Négociations 2006 : aucune visibilité à ce jour !

Le contenu de cette note apparaîtra évidemment trop technique pour qui n’est pas intéressé par la réforme de la loi Galland. Mais dans un contexte difficile pour les entreprises, la publication, en toute clarté, des informations (même polémiques) susceptibles d’aider les professionnels ne peut que contribuer à rationaliser des débats par ailleurs bien touffus.

I - Pouvoirs publics : une circulaire, attendue, en retard, et…imminente ?
Devant les difficultés éprouvées par les industriels et les distributeurs pour aborder, dans des termes concrets, la réforme Jacob/Dutreil, l’administration a promis la publication d’une circulaire.

(Vous avez bien lu. On a voté une loi en juin, après deux ans de polémiques et de débats. Elle est théoriquement applicable au 1er janvier. Mais le texte, issu de trop de compromis, contient des contradictions et suscite tellement d’interrogations qu’il faut, pour en décrypter les arcanes, édicter une circulaire supplémentaire ! ! !)
Celle-ci est actuellement chez le ministre. Sera-t-elle publiée cette semaine ? Pas sûr ! En tout cas, pas en l’état. Cela fait maintenant quinze jours qu’elle aurait dû être « en ligne ». Selon mes informations, les ministres (Thierry Breton et Renaud Dutreil) envisagent une énième consultation des professionnels… C’est dire !

II - Fournisseurs : expectative et…prudence de Sioux

La publication de cette circulaire ministérielle est très attendue. C’est ce qui explique qu’à ce jour, peu de fournisseurs ont encore fait parvenir aux distributeurs leurs « conditions générales de vente », base de toute négociation commerciale.

Lors d’un point presse, la semaine dernière, plusieurs journalistes étaient restés sceptiques lorsque j’avais indiqué que le Président de l’ANIA (qui regroupe les principales industries agroalimentaires) préconisait « d’attendre » avant de commencer à négocier avec la distribution.

Je publie donc, ici, quelques extraits d’une « circulaire » interne à l’ANIA destinée à tous les membres de sa commission industrie-commerce. Les recommandations sont les suivantes :

- CGV (Conditions Générales de Vente)
« Dans l’attente de la circulaire (ministérielle), il est certainement difficile de rédiger des CGV en raison des différences d’interprétation de la loi. Nous conseillons donc d’être très prudent dans cette démarche ».


- CPV (Conditions Particulières de Vente)
Théoriquement, la loi prévoit que les partenaires commerciaux puissent négocier des conditions différenciées.

« Il faut rester très prudent sur le fait d’accorder des CPV et garder en mémoire que si un autre client propose la même contrepartie, le fournisseur est obligé de consentir le même avantage au risque d’être poursuivi pour discrimination ». (Ce qui est un point de droit complètement contesté par les juristes des Centres E. Leclerc !).

- SRP (Seuil de Revente à Perte)
L’ANIA recommande presque de « se défiler » : « A partir du 1er janvier 2006, c’est aux clients qu’il revient de déterminer le seuil de revente à perte. Le fait de transmettre aux clients les éléments de calcul du seuil de revente à perte à compter de cette date, aurait pour conséquence d’engager la responsabilité du fournisseur au même titre que celle du distributeur. Si des éléments ont déjà été communiqués, rien n’empêche d’invoquer la difficulté de déterminer le calcul du SRP en attendant le texte d’interprétation, pour revenir sur ces éléments ».

Comme on le voit ici, recommandations ANIA et attitude des pouvoirs publics ne poussent vraiment pas les industriels à clarifier, auprès de leurs clients, leurs conditions de vente pour 2006.

III - E. Leclerc : nos axes de négociation

J’ai été interpellé, la semaine dernière, sur le contenu d’une lettre envoyée à tous les fournisseurs du groupe. Plutôt que de nourrir les fantasmes, j’en publie, ici, les principaux passages.

« Monsieur le Président,

Comme chaque année, industriels et distributeurs vont se retrouver pour négocier les conditions commerciales 2006… L’exercice s’annonce périlleux.…Voici néanmoins, rapidement résumé, le dispositif que nous mettons en place :

1) Pour peu que le concept retrouve (renforce !) son attractivité par les prix, l’hypermarché reste, pour nos adhérents, l’outil de distribution le plus performant.

Puisque la législation va nous donner quelque « marge » de manœuvre supplémentaire, nos hypermarchés continueront à faire la part belle aux marques industrielles. Nous en contestions le renchérissement. Mais nous pouvons confirmer l’existence d’un forte élasticité de la demande dès lors que ces marques bénéficient d’un niveau de prix plus réaliste, au regard du pouvoir d’achat de nos clients.

De ce fait, la place conférée à nos marques de distributeur (Eco + et Marque Repère) dépendra fortement de notre capacité à nous différencier et à convaincre les consommateurs de la pertinence du niveau de prix des grandes marques.

2) Le Galec (Groupement d’Achat E. Leclerc) va donc concentrer ses efforts sur la mission principale que lui confère l’enseigne : assurer à tous les coopérateurs les moyens de pratiquer les prix les plus bas du marché (baisse du SRP). Les accords 2006 devront être négociés et rédigés dans des termes qui leur permettent d’atteindre ces objectifs en respectant totalement le nouveau cadre légal.

La sécurité juridique sera notre priorité. Nous avons mandaté tous les négociateurs du groupe pour qu’ils limitent l’obtention d’avantages financiers qui contraindraient nos adhérents à souscrire à des engagements dont la réalisation pourrait être difficile à vérifier (par exemple, contrôle a posteriori de prestations de services type tête de gondole) et pour lesquels la charge de la preuve leur incomberait, à eux, et à eux seuls.

(Malgré les « ouvertures » prévues par la loi, l’administration veut nous contraindre (à tout prix) à signer des accords de coopération commerciale pour maintenir son pouvoir de contrôle sur le seul distributeur ! ! ! Contestations et recours en perspective si la circulaire nous y contraints !)

3) D’ores et déjà, nos collaborateurs signalent… des hausses tarifaires importantes !

En aucun cas, nous ne pourrons accepter que les effets positifs de notre stratégie agressive de prix soient contrecarrés par les hausses tarifaires qui viendraient les annuler. Il ne serait pas acceptable que nos fournisseurs compensent, à leur seul profit, les baisses de marges consenties par nos adhérents. »

Cette lettre est signée par Jean-Paul Marty, adhérent à Cahors et président du directoire, ainsi que par moi-même.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Loi Galland
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30 septembre 2005

La Loi Galland et le sexe des anges ! E. Leclerc et Système U à l’amende *

* Désolé pour les néophytes. Le sujet est très technique mais je ne veux pas me défiler quand tombe un tel "pavé dans le jardin de mon enseigne". Devoir de transparence oblige...

Ce pourrait n’être qu’un épisode supplémentaire du feuilleton qui, dans le cadre de la Loi Galland, oppose industriels et distributeurs sur les fameuses marges arrières. Mais l’acharnement de l’Administration contre les libellés de factures de E. Leclerc/Système U à Nantes est avant tout emblématique de l’incapacité des pouvoirs publics à laisser les acteurs économiques établir des rapports commerciaux, de gré à gré, hors tutelle de la « Congrégation de la Facturologie » !

De quoi s’agit-il ? D’un procès. Attenté par des fournisseurs, des clients, à l’égard des distributeurs ? Que nenni. Seule l’Administration joue les imprécateurs !
Y aurait-il eu plainte ? Quelqu’un a-t-il été lésé ? Négatif !

Cité à comparaître ou à témoigner, aucun fournisseur n’est venu plaider à charge contre les distributeurs. Comment en aurait-il pu être autrement puisqu’ils étaient tous co-signataires des contrats commerciaux dont les factures contestées n’étaient, après tout, que des documents comptables permettant le suivi des flux d’achats-ventes. C’est donc une position doctrinale, portant plus sur la forme que sur le fond, que soutenait l’Administration contre les deux enseignes.

Dans son réquisitoire, le procureur contestait le flou de certains libellés de factures, en rajoutait sur le côté « obscur » des prestations fournies. Là où il lui appartenait de faire la preuve d’un manquement au Droit, il enferrait les distributeurs dans une mauvaise querelle sémantique.
Pour les avocats de E. Leclerc, l’attitude de l’Administration frise l’acharnement canonique.

1- D’abord, la loi n’a jamais astreint quiconque à « décrire » sur une facture l’intégralité d’une prestation. Pas plus sur un ticket de caisse que sur la facture d’un horticulteur ou d’un maçon. La distribution est une activité qui exige l’émission de plusieurs centaines de millions de factures chaque année. Qu’il s’agisse de factures d’achats de produits ou de prestations de service (coopération commerciale), les dénominations sont toujours succinctes. Par facilité d’usage ! Tout le monde sait ce qu’est une TG (tête de gondole) sans avoir besoin de la décrire.

2- Vous aurez peut-être envie de me répliquer que derrière tout ça, l’Administration n’avait d’autres buts que de rechercher l’existence de la « fausse coopération commerciale » ? Et bien non, elle ne nous a pas attaqués sur ce terrain. Je le répète, on est ici en plein délire facturologique. Avec à la clef, la tentative de l’Administration de garder pour elle un levier de contrôle que la loi, jusqu’au 1er janvier du moins, lui a refusé.

Les centres E. Leclerc de l’ouest, qui sont pour notre enseigne les seuls concernés, vont faire appel.

Il faut savoir que dans cette affaire, la politique a joué un grand rôle. Rappelez-vous ! C’était au salon de l’agriculture l’année dernière, Hervé Gaymard et Christian Jacob se permettaient de commenter allègrement des PV de la DGCCRF que faisaient circuler la FNSEA… Ceux-là même qui nous valent condamnation à Nantes aujourd’hui !!!

Mais ne croyez pas que je veuille noyer le poisson. D’ailleurs, la jurisprudence plaide en notre faveur. Plusieurs dizaines d’affaires de ce type sont pendantes devant d’autres tribunaux ou ont déjà été jugées. Dans une affaire presque similaire, le Tribunal de Commerce de Bourges (13/04/04), quasiment confirmée en l’état par la Cour d’Appel du même lieu (28/10/04), avait fini par débouter le Ministre de l’Economie :

a- « Il n’appartient pas au Ministre de se substituer à des parties non lésées et par là même de venir perturber les relations contractuelles de nature commerciale du Centre E. Leclerc avec ses fournisseurs ».

b- « Il existe une seule obligation légale en matière de contrat de coopération commerciale… ces contrats doivent être faits en deux exemplaires… aucune loi n’impose que les contrats de coopération commerciale se conforment à des règles de rédaction pré-établies… peu importe le libellé de ces contrats, seule la réalité du service spécifique rendu compte. »

c-« Les factures se réfèrent à un contrat. La seule obligation légale est celle de la dénomination ‘des services rendus’ et non ‘la description des services rendus’. »

d- « L’imprécision ou même les erreurs dans les libellés des contrats ne sauraient constituer en soi la preuve que les services en cause n’ont pas été rendus. »

e- « Le Ministre à qui incombe la charge de la preuve’ n’établit pas que les services désignés sous ces locutions seraient dépourvus de contreparties réelles. »

Au final, et à bon droit, certains d’entre vous pourront se demander à quoi sert tout ce « ramdam ». Avouez que tout cela fait un peu « Tintin chez les Soviets ». Paradoxe... Ce sont les mêmes ministres, si tatillons sur le libellé des factures, qui nous poussent aujourd’hui à crever le seuil de revente à perte pour sortir de bons indices sur les produits de consommation ou les carburants. Tout cela est complètement décalé.

Les fournisseurs qui nous lisent ici comprendront mieux pourquoi, pour aborder les négociations commerciales 2006, nous avons décidé de sécuriser nos contrats commerciaux, en négociant cette année des ristournes (sur la facture du fournisseur) plutôt que de la coopération commerciale. On verra bien alors si l’Administration les poursuivra avec la même ténacité qu’elle nous manifeste.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 septembre 2005 dans Loi Galland
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7 septembre 2005

R. Dutreil : « Docteur Renaud, Mister Renard »

Personne ne peut reprocher à Renaud Dutreil, notre Ministre du commerce, de vouloir récupérer le combat pour les prix bas et s’attribuer le beau rôle. Après tout, chausser les bottes du capitaine Sarkozy, faire sien le diagnostic des dérapages de prix sur les grandes marques (il n’est jamais trop tard !), et prescrire, « à la Leclerc », une potion de prix bas, voilà qui est de bonne médecine alors que, dans notre pays, presque tous les pouvoirs d’achat sont grippés.

Mais en jouant les donneurs d’ordres et en imposant, dans l’opinion, un chiffrage de baisses présenté comme un impératif, Mister Renard révèle toutes les limites d’une réforme qui fait du Politique, non pas un arbitre, mais le pilote d’un système qu’il refuse toujours d’abolir.

- Hier, en effet, notre Ministre du commerce affichait sa satisfaction. Il recevait la presse et voulait faire le point sur la réforme votée cet été. De ses interventions, les journalistes sont restés tout sourire (on m’en a fait la relation avec délectation !).

Car enfin ! Voilà un ministre qui, l’année dernière encore, fustigeait la « tartufferie » de votre serviteur. Il l’accusait de se « goinfrer de marges arrière ». Et, à l’instar des autres membres du gouvernement, il rappelait que l’urgent, ce n’était pas les prix bas, mais l’emploi : « Les prix bas tuent l’emploi ».

Oubliant la polémique, voilà Docteur Renaud qui change de stétoscope. Et plus Leclerc que Leclerc, il confirme qu’il y a bien eu, ces dernières années, hausses abusives sur les grandes marques (tiens, tiens !). Et rappelle, a contrario, l’efficacité des accords Sarkozy à qui il attribue les baisses récentes de prix. (A l’approche des investitures, soignons l’image de celui qui les octroie ! ! !).

A ce stade, vous comprendrez que je boive du petit lait. Il est des combats dont les victoires se savourent sans modération. Et puis, je préfère R.D. dans ce rôle. Il correspond mieux à ses convictions (à celles qu'il exprime en privé). A l'occasion, il vient de démontrer qu'il a du sens politique...

- Mais en fixant, de manière péremptoire, un objectif de baisse de 5 %, Mister Renard témoigne qu’à Bercy ou rue de Lille, la réforme en cours n’a rien d’un retour à la liberté de concurrence. L’interventionnisme, même sous forme d’imprécation, reste la culture dominante. Pas sûr qu’industriels et distributeurs apprécient « la sortie » du Ministre.

a) Sur le fond, il est indéniable que la réforme offre des possibilités de baisses. C’est à mettre au crédit de Docteur Renaud. J’en profite pour dire que mes adhérents ne resteront pas manchots. Nous pensons très sincèrement que les indépendants vont pouvoir commencer à recreuser l’écart avec les concurrents cotés en bourse, dont les actionnaires peuvent craindre pour leurs dividendes.
b) Mais les conditions techniques et juridiques de la réforme votée au Parlement sont tellement foireuses que bien malin celui qui peut en prédire les effets. Oserais-je dire, ici, très vulgairement, que telle que se prépare la négociation 2006, ça va être un sacré bordel.

Je rappelle que la plupart des distributeurs avaient préconisé un système plutôt simple : liberté de négociation tarifaire ; et à partir du prix fournisseur (triple net, tout avantage déduit), application d’un coefficient multiplicateur dégressif qui permettait, sur deux ou trois ans, de basculer les marges arrière dans le prix de vente consommateur.

Le gouvernement n’a pas voulu déjuger Christian Jacob. Il a conçu une véritable usine à gaz. Le distributeur doit calculer, pour chaque article, l’enveloppe de coopération commerciale. Et il pourra en rebasculer au consommateur la partie supérieure à 20 % en 2006 et 15 % en 2007.

Le système est très complexe (je vous passe les détails). Il aboutit à une règle de trois : le distributeur peut baisser ses prix, mais c’est lui qui finance l’opération en pompant sur ses marges. L’Etat met la distribution sous total contrôle et déploie un arsenal répressif jamais vu en Europe pour atténuer (limiter) la concurrence. L’industriel, lui, reste maître de son tarif.

Laissez-moi affirmer, au risque d’apparaître goguenard, que s’il veut vraiment obtenir une baisse de 5 %, Mister Renard va devoir choisir son camp.

Dans le contexte d’insécurité juridique où il les a placés, il faudra qu’il soit un peu plus motivant dans son discours aux distributeurs qu’il sollicitait hier. Surtout, il lui faudra revenir sur cette question majeure : celle de la négociation des tarifs.

D’abord, parce qu’il n’est évidemment pas question que nos entreprises prennent, seules, à leur charge une baisse d’une telle ampleur (je rappelle qu’en moyenne le résultat net de nos hypers est de l’ordre de 2,8 % ! ! !).

Et puis surtout, nous n’avons pas l’intention d’accepter les hausses tarifaires qui nous sont actuellement communiquées par les fournisseurs (entre 3 et 7 % pour les prochains six mois). Du côté des industriels, la tentation est évidemment forte de pousser les prix puisque, vis-à-vis du public, la baisse des marges en distribution permettra d’en lisser ou d’en annuler les effets.

Oui, Docteur Renaud, le diagnostic est maintenant le bon. Mais le traitement (la réforme) n'est pas encore au point. Il va falloir compléter l’ordonnance si vous voulez éradiquer définitivement l'inflation. Vos "patients" n'en attendent pas moins de vous...

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 septembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Loi Galland , Prix / Concurrence
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22 juillet 2005

Baisse des prix : Les lauriers au ministre, les distributeurs à la caisse !

« En septembre, on pourra dire que le gouvernement a agi pour baisser les prix et nous devrions atteindre l’objectif de 5 % fixé initialement ». Pour tout observateur un peu attentionné, cette affirmation de Renaud Dutreil (LSA du 13/07) a de quoi susciter quelque interrogation.

1) La loi qui vient d’être votée au Parlement prévoit en effet la possibilité pour les distributeurs de déduire de leur prix de vente une partie de la marge arrière (quand elle est supérieure à 20 %). Vu la concurrence que vont se livrer les distributeurs, il y aura bien un important mouvement de baisse.

Mais la loi est explicite. La réforme ne doit intervenir qu’au 1er janvier 2006. Les députés ont même voté un amendement qui sanctionne les contrevenants qui voudraient s’exonérer de respecter le seuil de revente à perte d’ici là.

2) Comment, dès lors, Renaud Dutreil peut-il faire de telles promesses ? Tout simplement en reprenant à son compte la « tolérance » décrétée par Nicolas Sarkozy à la suite des accords du 17 juin 2004. On se souvient en effet qu’industriels et distributeurs s’étaient engagés à baisser leurs prix de 2 %. Devant les réticences des fabricants à revoir leurs tarifs, Leclerc et Intermarché avaient pris l’initiative de baisser plus substantiellement leurs prix, crevant ainsi le plancher du seuil de revente à perte légal. Les pouvoirs publics ne s’y étant pas opposés, la plupart des distributeurs ont suivi le mouvement.

3) Quelle ampleur donner à cette tolérance aujourd’hui, alors que les enseignes se livrent sur le terrain (notamment dans l’Ouest) une véritable guérilla. En réunissant, mercredi soir, tous les distributeurs, Renaud Dutreil entendait organiser sereinement cette nouvelle phase de transition qui couvrira la période de publication du décret (nouvelle loi) jusqu’au premier janvier (application).

D’emblée, le ministre a dit son opposition à une guerre des prix maximale ouvrant la voie aux récriminations (du Château ?), et plombant toute perspective de poursuivre l’œuvre réformatrice au 1er janvier 2007 (rapport d’étape). Il a reconnu (et s’est félicité) l’importance de la baisse obtenue après les accords du 17 juin. Il a constaté aussi les dépassements actuels par rapport à la zone de tolérance (SRP – 2 %) et a proposé qu’on s’en tienne à une fourchette « raisonnable » (étant bien entendu qu’on n’allait pas exiger de remonter les prix en septembre pour les rebaisser en janvier).

4) Le débat s’est focalisé sur une possibilité de rabais de - 2 % à - 5 % . A ce dernier chiffre, les distributeurs ont immédiatement réagi : dans l’impossibilité d’obtenir des fournisseurs une révision tarifaire, cette baisse serait évidemment à leur charge.
C’est donc dans un apparent consensus que, rue de Lille, on décida prudemment qu’on en resterait à la tolérance actuelle. Ceux qui cherchaient, comme nous, une directive pour fixer les prix des catalogues « rentrée des classes » dont l’impression avait été retardée jusqu’à cette fin de semaine, savaient donc, en partant, à quoi s’en tenir. Théoriquement, personne ne sera en dessous de SRP - 2. (Vu les gesticulations de certains de mes petits camarades concurrents, j’insiste sur le « théoriquement »).

5) Pour longtemps ? Pas si sûr. En écoutant s’exprimer leurs interlocuteurs, les distributeurs ne pouvaient pas être dupes. Maintenant que la loi est votée, le gouvernement a tout intérêt à récupérer la mise. Pourquoi chercherait-il à contrer telle ou telle enseigne qui, pour gagner des parts de marché, organiserait une petite surenchère à la baisse… Jusqu’à – 5 %, est-on dans le « raisonnable » ou le « déraisonnable » ? (Bien sûr, personne ne cautionnera, tout le monde il est légaliste ! ! !)

Et si un industriel ou un distributeur devait s’en plaindre, les pouvoirs publics n’auraient-ils pas la partie belle en renvoyant les professionnels dos à dos pour dénoncer le non-respect de la loi ?

6) Voilà les distributeurs momentanément pris au piège. N’est-ce d’ailleurs pas ce qui faisait rigoler Jean-René Buisson de l’ANIA (« On verra si les distributeurs qui ont réclamé la liberté des prix sauront financer les baisses sur leur marge »). A long terme, il se met le doigt dans l’œil s’il imagine que les enseignes ne se retourneront pas vers leurs grands fournisseurs pour renégocier les tarifs. J’inviterai évidemment mes adhérents à le faire. Mais d’ici janvier, il suffira qu’une enseigne attaque pour que les autres soient contraintes de suivre.

Mon groupe n’entend pas être le moins réactif (euphémisme). Mais la question est celle du risque juridique tout autant que du risque financier. Au sein de chaque enseigne, les services marketing se grattent la tête. Tout le monde lorgne les concurrents en doutant de leur intention. D’ici septembre, ce sera clean, mais après…

7) Dans son bureau, rue de Lille, R. Dutreil II a le sourire de sa revanche. Les distributeurs et le gouvernement précédent avaient boudé sa circulaire. Il a su, dès son retour aux affaires, habilement manœuvrer entre conservateurs et réformateurs. S’il n’a pas récupéré la mainmise sur la DGCCRF, il pourra se référer aux indicateurs de T. Breton (les chariots types) pour mesurer la baisse et en offrir le bénéfice au gouvernement. Une baisse qui ne sera pas loin d’atteindre, de toute façon, les 5 % en fin d’année ou en début d’année prochaine !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 juillet 2005 dans Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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11 juillet 2005

Loi Galland : Dernières chicanes avant le vote

A l’Assemblée, Renaud Dutreil a été punchy. Il faut le reconnaître, il s’est bien battu. Les députés ont été plus réformateurs que les sénateurs, en donnant aux distributeurs la possibilité de répercuter plus de marges arrière dans les prix. Ils ont même accepté que les conditions tarifaires des fournisseurs puissent être différenciées (négociées). Sur le terrain, les commerciaux se grattent la tempe pour comprendre comment tout cela va fonctionner. Le dispositif serait applicable au premier janvier 2006 (qu’est-ce qui se passe entre-temps ?). Un nouveau rendez-vous serait prévu fin 2007 pour programmer la disparition progressive de ce qui resterait de marges arrière.

L’édifice est donc lézardé. Les anathèmes anti-distribution continuent d’animer les débats. Matignon a toujours du mal à arbitrer entre la gestion clientéliste et l’impulsion consumériste. Mais à l’AN, on a fait un pas vers le retour à une forme de rationalité.

C’est pour beaucoup l’œuvre du député Luc-Marie Chatel. Cet ancien cadre de L’Oréal a le mérite, lui, de connaître ce dont il parle. Il a trouvé l’appui de Patrick Ollier, Président de la Commission des Affaires Economiques, et d’un groupe de réformateurs de l’UMP. Vu la culture anti-libérale de leurs collègues, ces quelques avancées législatives leur semblent autant de conquêtes révolutionnaires !

Pourtant, il y a du pain sur la planche. Le gouvernement a conservé tout le fatras disciplinaire et les sanctions pénales prévues dans le projet initial de Christian Jacob. Les députés ont juste admis qu’il n’était pas judicieux d’ouvrir un casier judiciaire à chaque fois qu’un chef de rayon, ou un directeur de magasin, se trompe sur les prix. (On ne pouvait quand même pas faire moins !). Ils ont aussi diminué d’office et réglementé les délais de paiement pour tous les produits de grande consommation. Je ne suis pas sûr que cette mesure rendra plus sexy l’achat des grandes marques françaises (la mesure n’est pas opposable aux produits importés). Il sera d’ailleurs intéressant d’observer si cette disposition sera applicable aux collectivités locales (écoles, hôpitaux, armée…) dont on sait qu’ils sont les plus mauvais payeurs de France.

A force de se focaliser sur les seules pratiques des hypermarchés, on finit par oublier que les textes qui sont actuellement en discussion visent à réformer le Code du Commerce en général. Les nouvelles dispositions seront applicables sur tous les types de marché et à toutes les formes de commerce, y compris aux relations que les administrations entretiennent avec le secteur privé. Je ne suis pas sûr que tous les députés l’aient bien compris. Notamment ceux qui souhaitent réglementer, voire interdire, la « pratique des enchères inversées » sur internet. Ca fantasme dur dans les rangs de l’AN. On a pour cible le modèle de quelques centrales d’achat, à la recherche des prix les plus bas sur les marchés internationaux. Mais nos députés oublient qu’il ne s’agit rien d’autre que d’un système d’appels d’offres électronique. Les premiers utilisateurs sont les services d’approvisionnement et d’achat des administrations. Ce sera intéressant d’entendre leur réaction…

De tout ceci, nous reparlerons prochainement. C’est mercredi que se réunira la Commission mixte paritaire (Sénat et AN). D’ici là, chacun va de son petit lobbying. Quel que soit le résultat des courses, il y a fort à parier, de toute façon, que nous serons quelques-uns à devoir répondre, cet été, aux convocations de la DGCCRF pour décider comment tout cela devra être mis en musique. L’année dernière, Monsieur Cerutti, qui en est le directeur, avait passé une partie de ses vacances à côtoyer agriculteurs, distributeurs et industriels dans les réunions organisées par Nicolas Sarkozy. J’espère qu’il a profité de la canicule du mois de juin pour faire trempette dans des eaux accueillantes, car, ce mois d’août risque, pour lui et ses équipes, d’être assez pollué. Je lui souhaite bon courage.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 juillet 2005 dans Loi Galland
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27 juin 2005

Loi Galland : le politique patauge, les entreprises s’impatientent

Un scoop. C’était dans Les Echos du vendredi 24 juin 2005. Antoine Boudet annonçait un plan média Industrie/Commerce pour faire avancer la réforme de la Loi Galland. Une initiative, parmi d’autres, débattue par les chefs d’entreprises français dans les couloirs du congrès mondial de la distribution à Budapest. Irritation, impatience : « les politiques se foutent de nous. Sur quelle base, allons-nous éditer nos tarifs en septembre ? Nous devons boucler l’impression de nos catalogues de rentrée des classes : comment devons-nous calculer nos prix ? Quelle loi sera applicable, etc… » Tout cela sous le regard compassionnel de nos homologues européens, tantôt inquiets, tantôt amusés, par la ringardise des débats français sur la politique de prix. Il faut dire qu’en quinze jours, le projet Jacob a été mis à toutes les sauces.

1- Les voies d’une réforme possible :

Le dimanche 12 juin 2005, Renaud Dutreil avait invité une trentaine d’acteurs majeurs de ce dossier (dirigeants de Procter, Ferrero, Coca-Cola, Nestlé, Auchan, Carrefour, Système U, Intermarché, etc ; les présidents d’association : ANIA, ILEC, FCD, des élus : Chatel, Cornu, et le rapporteur de la commission Canivet). Principaux points de convergence :
• Volonté de motiver tous les acteurs, en dépénalisant les relations industrie-commerce. Rejet des sanctions administratives. Répression des abus par le jeu de sanctions civiles peu dissuasives.
• Répercussions progressives aux consommateurs des marges arrières (sur trois ou quatre ans).
• Irréversibilité de la réforme.

Trois scénarios concerts de « retour à la normale » avaient été discutés.

1- Prolonger la Réforme Jacob en autorisant une répercussion plus grande des marges arrières dans les prix (20% la première année, 15 puis 10 …etc. les années suivantes - solution proposée par la DGCCRF).
2- Abaissement progressif du seuil de revente à perte (SRP) (coefficient minoratif à partir de la facture du fournisseur - proposition ANIA-ILEC).
3- Application d’un coefficient multiplicateur sur le prix d’achat net pour les produits faisant l’objet d’un contrat de coopération commerciale, et diminution progressive de ce coefficient (proposition Procter, L’Oréal, E. Leclerc, Auchan, Intermarché).

Sur ces trois scénarios, il y avait unanimité pour dire qu’ils créaient tous des effets pervers et qu’ils n’offraient pas de garanties juridiques absolues. Mais comme le disait lui-même R. Buisson (ANIA), « l’important, c’est que dans les trois scénarios, on va vers le triple net. »

Certes, R. Dutreil n’avait rien promis. Mais, on pouvait espérer avancer…

2- Le politique patauge dans son marais :

Le Premier Ministre avait donné le la, dans son discours de politique générale. Il avait laissé entendre que le seuil de revente à perte pouvait être modifié, afin que « le consommateur puisse bénéficier de baisses de prix significatives »…
T. Breton avait multiplié les contacts depuis sa nomination : « on a récupéré la DGCCRF ; on va être punchy sur la Loi Galland ; on ne peut pas en rester avec 20% de marges arrières ; le gouvernement doit pouvoir bénéficier de l’impact d’une réforme aboutie. Mes chariots-types doivent enregistrer les premières baisses. »
Dans la foulée, R. Dutreil rappelait qu’il était partisan de la « logique concurrentielle »… et promettait de « l’inattendu ».
En fait d’inattendu, ce fut une reculade. On savait le Sénat protectionniste. Mais face à G. Cornu qui proposait courageusement d’amender le texte, le Ministre a défendu le statu quo. La volte-face a surpris les professionnels. On a pensé à un repli tactique. L’explication est moins glorieuse : R. Dutreil a entendu des voix… L’Elysées ne veut rien lâcher.

3- Où cela nous mène-t-il ?

Nulle part !!!
Sur le terrain, on s’adapte. La consommation est morose. Il faut réagir, lancer des promos. Les distributeurs se sont tous (je dis bien tous) exonérés du respect des textes existants. Cela fait plusieurs mois que plus personne ne respecte le seuil de revente à perte. La DGCCRF verbalise, contrôle, multiplie la confection de dossiers « pour le cas où ». En même temps, les fonctionnaires en ont marre de jouer les gendarmes contre les prix bas. Ils déplorent ces atermoiements politiques.
A l’Assemblée, les députés s’apprêtent à débattre (à leur tour) de la Loi Jacob. Plus personne n’est sûr de rien. Devant l’ambiguïté de la position gouvernementale (à moins qu’il ne s’agisse que d’un double jeu), les réformateurs croient mordicus qu’ils restent encore une marge de manœuvre. (« C’est pas possible qu’on nous demande de cautionner des marges minimum de 20% !) Ils pensent qu’à l’UMP, N. Sarkozy, si impliqué l’année dernière, ne jouera pas les Ponce Pilate. Naïveté de leur part, ou dernière tentative de convaincre le château ?

La suite… la semaine prochaine. Le feuilleton continue…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 juin 2005 dans Loi Galland
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17 juin 2005

Loi Galland au Sénat : Renaud Dutreil, modéré, subit le siège !

Oui, je l’avoue, j’ai plaint Renaud Dutreil, le Ministre du Commerce, ainsi que Gérard Cornu, Président de la Commission des Affaires Economiques du Sénat. Vous connaissez mon combat contre la loi Galland. J’appréhendais les propos du ministre. Sur lui, rien à redire, mais les sénateurs, quel délire !

Il faut relire le compte rendu analytique officiel des séances des 13, 14 et 15 juin derniers.

1) Au départ, ça s’annonce bien ! R. Dutreil qui a hérité du « bébé Jacob », présente le texte de son prédécesseur comme « un dispositif transitoire de six mois, afin de procéder de façon progressive ». Plutôt que de prendre le risque d’affoler les jusqu’aux-boutistes, il prône « un retour à une négociation commerciale normale », une négociation qui se fixerait « avant tout sur le prix des produits et non sur les rémunérations annexes ». Il parle de rechercher « une modération des prix, qui n’est pas un facteur de déstabilisation, puisque nous écartons la réintégration brutale… ». Tout ça frappé au logo du bon sens et du pragmatisme.

Donc, on était plutôt bien parti, sur des bases rationnelles et factuelles, pour amender en douceur le texte de C. Jacob.

2) La suite des débats a donné lieu à des échanges complètement surréalistes, n’abordant jamais les sujets dans leur technicité, et se retranchant derrière des affirmations contradictoires et toute une logorrhée anti-prix bas et anti-distribution. Jugez-en.

a) Intervention de B. Dussaut (PS) : Son parti a dénoncé l’augmentation des prix en France depuis le passage à l’euro. Ca ne le gêne pas de dire « ce qui est en cause, ce n’est pas le prix à la consommation dans la grande distribution, mais le pouvoir d’achat global ». Comme si c’était incompatible.

b) M. Demessine (PC) ne s’embarrasse pas de nuances. Réclamant « la régulation des puissances d’argent, de la spéculation stérile… » et dénonçant dans le projet PME qu’on fasse des « travailleurs les esclaves des temps modernes », elle affirme (sans aucun doute, sans avoir consulté sa base) « la baisse des prix ne bénéficie jamais à long terme aux milieux les plus modestes » ! ! ! On apprend d’ailleurs de sa bouche que « les PME emploient près de 60 % de la population active ». (Si c’était vrai, fonction publique et PME seraient les seuls employeurs de France).

c) D. Raoul (PS) reconnaît qu’on sous-estime, en France, le taux d’inflation. Mais elle « n’est pas en soi néfaste tant que son taux reste raisonnable. En dévalorisant les dettes, elle favorise l’endettement, donc l’investissement, partant, les dépenses, la distribution des revenus, l’épargne ». Ce n’est pas la contradiction qui l’étouffe. Il affirme : « Baisser de 20 % le seuil de revente à perte risque fort de ne pas bénéficier au consommateur, non plus qu’au producteur ». (A qui alors, puisque c’est le distributeur qui baisse ses marges ?). Et s’il n’y a pas baisse de prix, pourquoi craindre « des déséquilibres néfastes au commerce de détail et à nos centres de bourg ».

d) J. Arthuis (UDF), est le plus virulent. Ancien ministre et ancien commissaire aux comptes des Centres E. Leclerc (mais oui !), il veut que les marges des commerçants baissent, mais pas les prix ! ! ! (facteurs de délocalisations, chômage, etc…).

3) Dans toutes ces interventions, l’intérêt des consommateurs n’a été défendu que par J. Blanc. Perplexe, mais flegmatique, R. Dutreil n’a pu que prendre acte des contradictions des sénateurs : « Peut-on dénoncer la dérive des marges arrière et refuser de les réincorporer dans les prix ».

G. Cornu, pourtant bien intentionné lui aussi, a dû manger son chapeau. En début de séance, il avait déclaré « Il m’est apparu, au gré de mes auditions que le mécanisme de définition du seuil de revente à perte…était inutilement complexe…(il) sera très difficile à mettre en œuvre et ne garantit pas la protection des intérêts des fournisseurs ou des consommateurs ». En fin de séance , le même : « J’ai décidé…de me rallier au texte du gouvernement même s’il n’est pas idéal ».

J’en tire deux leçons :

1) Deux années passées en concertation, discussions, commissions…pour arriver à un texte qu’on sait impraticable en l’état, et susceptible d’énormes effets pervers ! Des sénateurs qui se sont défoulés sur les marges des distributeurs et qui les légalisent à 20 %, un niveau qui servira de taux directeur dans tous les secteurs… Ca promet pour les débats à l’AN. A ce rythme, le droit français de la concurrence n’est pas prêt d’être aligné sur le droit européen.

2) Plus généralement, ces interventions sont très révélatrices de l’idéologie ambiante. Le discours des élus, tous partis confondus, diabolise la concurrence, la liberté des prix, entretient une phobie anti-libérale et se focalise sur des mesures protectionnistes nationales en contradiction avec les pratiques européennes. Avec le relais de tels représentants dans leur circonscription, le discours du « oui » aux européennes n’avait décidément aucune chance.

Je reviendrai prochainement sur l’évolution technique du projet de réforme ainsi que sur l’évolution des thèses et des stratégies depuis le dîner organisé par R. Dutreil, dimanche 19 juin.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 juin 2005 dans Loi Galland
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9 juin 2005

Réforme de la Loi Galland : Le cas du petit commerce

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En France, c’est une habitude. Pour se protéger des effets de la concurrence, « les gros » se planquent toujours derrière « les petits ». Pour défendre le monopole de la pharmacie (sur les cotons-tiges et les crèmes de beauté !), ce ne sont pas les labos qui ont plaidé, ni même les officines du XVIème. C’est la pharmacienne (de zone rurale !) qu’on a envoyée au JT de Jean-Pierre Pernaud pour verser une larme et illustrer la faiblesse des marges. Idem pour les pétroliers qui se sont honteusement servis des petits pompistes pour convaincre les élus des effets dévastateurs de la baisse des prix, ou les petits libraires, figures emblématiques du combat contre la méchante Fnac.

C’est le même scénario que nous jouent les grands magasins et les succursalistes (Monoprix, Casino, etc…) pour qu’on ne touche pas à la loi Galland. Après son voyage en Hollande, organisé par les RP de Casino, Christian Jacob, notre récent « ancien Ministre du Commerce », me parlait ainsi : « A Provins (il en est le maire, apprécié d’ailleurs !), j’ai un Leclerc et un Intermarché. Si je les laisse trop baisser les prix, ça va encore creuser l’écart avec le petit commerce du centre ville. Ils vont crever ».

L’argumentaire est habile. Il mélange réalisme sociologique et affectif. Mais il occulte le fait que la marge d’un commerçant (pompiste, libraire, etc…) dépend non seulement de ses prix de vente, mais aussi de ses conditions d’achat. Si les petits commerçants « ne peuvent pas suivre », c’est bien à cause de la discrimination dont ils sont victimes à l’achat. Obliger tous les hypers de France à garder leurs marges arrière, voilà un prix bien élevé qu’on fait supporter à tous les Français. L’argument ne tient plus quand, à moindres frais, il suffirait de s’en prendre aux prix de gros et à la relation de dépendance dans laquelle le grand commerce tient ses revendeurs.

Le mensuel « Linéaires », dans son édition de juin (numéro 204), livre une intéressante interview de Serge Méresse, avocat de plusieurs commerçants franchisés. Il rappelle, à juste titre, que le débat sur la loi Galland s’est focalisé sur la relation industrie-commerce, « sans se préoccuper des relations centrale/franchisé…Ceux-ci ne peuvent pas baisser leur prix au client final parce que les prix d’achat sont trop élevés et parce que la part de coopération commerciale leur revenant ne leur est pas reversée ».

Voilà qui devrait dédouaner un gouvernement dont le Premier Ministre vient de réaffirmer qu’il veut faire baisser les prix. Le petit commerce, ce sont des hommes et des familles qui méritent qu’on s’occupe de leurs problèmes. Mais ce sont essentiellement des marchands de fruits et légumes, des charcutiers-traiteurs, des bouchers… qui ne sont pas directement concernés par la vente des produits de grandes marques. Les autres (petits magasins et supérettes représentant moins de 5 % de part de marché) s’approvisionnent auprès de grossistes (Ripotot, Aldis, Disval, Cercle Vert) ou de franchiseurs (Casino, Promodès, etc…) qui ont les mêmes conditions d’achat que les hypers. Il dépend de Casino ou de Carrefour-Promodès que les petits magasins à leur enseigne (8 à Huit, Shopi, etc…) vendent moins cher… et arrêtent ainsi de polluer un débat qui prive tous les Français de la baisse des prix. Ce qu’Intermarché ou Système U arrivent à faire dans leurs petites surfaces est évidemment à leur portée.

Le législateur ne peut se laisser abuser à ce point. Ce n’est pas dans la mission de la loi que de permettre à ces succursalistes de s’engraisser sur le dos des Français ou de leurs franchisés.

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Luky Luke in "La belle province" Achdée, Gerra & Morris (Lucky Comics Ed.)

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 juin 2005 dans Loi Galland
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31 mai 2005

Loi Galland : Nouvel état des positions

Pendant que la République panse ses plaies et se cherche de nouveaux hérauts, la nécessité de réformer le Code du Commerce demeure. Le dossier est toujours pendant au Sénat. Quels que soient les aléas de la vie politique, tous les professionnels continuent d’y réfléchir, ne serait-ce que pour pouvoir élaborer les scénarios de leur politique tarifaire 2005/2006.

1) Christian Jacob : Théoriquement, jeudi 2 juin, je débats avec lui. Cette rencontre improbable a été astucieusement organisée par le directeur de la rédaction de LSA, Henri Loizeau. Je ne sais si le ministre maintiendra sa participation, remaniement oblige. Mais ça promet d’être assez tonique. Dans ses dernières positions, il adoptait un ton vraiment débonnaire : une combinaison de remarques sarcastiques et un flegme permettant d’anticiper tous les aléas. S’il est une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est la langue de bois. Devant le parterre des représentants du commerce associé (mon blog du 19 mai), il a rappelé que tout ministre qu’il était, il n’avait pas oublié cette bonne période où syndicaliste du CDJA, « il déménageait les magasins de Mel à coups de fourche ». On est évidemment très loin dans tout cela des préoccupations du secteur : pouvoir d’achat, panne de la conso, repositionnement des marques. Ce n’est apparemment pas son problème.

Avec l’entêtement qu’on lui connaît, il ne semble pas se préparer à une quelconque négociation (ouverture !). Tout son discours tient dans ce précepte : « les prix bas tuent l’emploi ». En oubliant que l’inverse est encore plus vrai : les prix trop élevés des marques nationales favorisent l’achat de produits importés. Au rendez-vous de la macroéconomie (consommation en panne, commerce extérieur déficitaire), ses propos clientélistes finiront par coûter très cher. Cette politique-là qui oppose consumérisme et défense des corporations, achève de planter le pays !

2) J’ai finalement rencontré le sénateur Cornu, jeudi dernier. Au vu de la technicité du dossier, il a compris qu’il fallait recevoir les « opérationnels » et pas simplement les « institutionnels » des fédérations. Décision intelligente. On me l’avait décrit comme un personnage peu enclin à se mobiliser sur ce dossier. Et surtout pas capable de remettre en cause les inepties du projet de loi. Erreur. L’homme est simple, quelque peu effacé, traduction d’une réelle humilité. Mais il écoute, il est très facile de discuter avec lui. J’ai trouvé son approche plutôt pragmatique (il rappelle qu’il fut opticien et qu’il connaît la fonction commerciale). Après quelques auditions (en rentrant dans la salle de commission, je croisais Arnaud Mulliez…), il s’est rallié à cette idée : « Ce n’est pas au législateur de fixer les prix, ni de s’immiscer dans la négociation ». Du coup, je le sens capable de quelques évolutions positives. Il n’en aura pas beaucoup le temps, ni les coudées franches. En revanche, il n’envisage pas de remettre en cause toute la batterie de sanctions pénales prévues dans le projet de loi : « Je peux faire avancer les choses, mais je n’ai pas tout à assumer ».

3) Thierry Breton, lui, semble vouloir aller plus loin. Je l’ai rencontré vendredi, avec son directeur de cabinet, Gilles Grapinet, et sa conseillère, Marion Zalay. Premier contact très positif. Jusqu’ici, il n’est pas intervenu sur cette partie du projet de loi « entreprises ». « A ma nomination, les partages de compétences étaient déjà faits : j’ai hérité du volet financier, fiscal (transmission et création d’entreprises), et Christian Jacob de la partie concurrence ». Néanmoins, il sent bien que la reprise de la consommation nécessite que l’on revisite le projet dans un sens plus mobilisateur (pour les entreprises) et profitable au gouvernement (à quoi bon tout ça s’il n’y a pas quelques baisses de prix à engranger). Ses services ont d’ailleurs mis au point un « panier type » pour mieux suivre l’évolution des dépenses en hyper.

Jamais, dans la discussion, il ne s’est laissé aller à une quelconque critique à l’égard de C. Jacob, de Raffarin ou de Chirac. Pas intéressé pour un sou par la critique politique du projet. On le sent, lui aussi, très pragmatique : pas d’encadrement administratif de la négo, normalisation du droit français par rapport au droit européen, pas de diatribe anti-distribution, recherche d’un consensus sur les conditions d’une réforme progressive. « L’idéal serait de faire émerger une plate-forme commune industrie-commerce pour lever toute suspicion sur une méthode qui ne profiterait qu’à une des parties ».

4) Justement, on s’y emploie. C’était déjà une suggestion de Patrick Ollier et de Luc Chatel à l’AN. Puisque Christian Jacob revendique le soutien des fédérations (dont la moitié n’est pas directement concernée par le sujet ! ! !), il faut que les grands opérationnels parlent ensemble. C’est déjà ce qu’avait tenté de faire Claude Guéant, le directeur de cabinet de Sarkozy quand il était à Bercy.

Donc, depuis deux semaines, au siège de la FCD et à l’Ilec, des groupes de travail ont rassemblé les dirigeants de Procter, Coca, Nestlé, Danone, etc…, d’un côté, et Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U, etc…, de l’autre. Avec pour objectif une proposition concrète concernant deux volets majeurs de la réforme. L’un, substituant aux sanctions pénales un dispositif de répression plus conforme aux enjeux (sanctions civiles ou administratives ?) ; l’autre, qui devrait permettre de fixer, d’un commun accord, la définition du prix d’achat net, à partir duquel on appliquerait, sur deux, trois ou quatre ans, un coefficient dégressif de marge pour tendre vers un régime normalisé.

A suivre, pour de nouvelles aventures…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 31 mai 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Loi Galland
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12 mai 2005

Loi Galland : Les conditions d’une bonne réforme

Ce matin à Paris, j’ai présenté à la presse économique les principales critiques émises par mon groupe à l’encontre du projet de réforme du Code du Commerce défendu par Christian Jacob. La Commission des Affaires Economiques du Sénat a commencé à instruire ce projet qui sera débattu le 6 juin. J’ai réitéré l’essentiel des arguments que vous avez pu lire en priorité sur ce blog et rappelé les conditions d’une bonne réforme.

a) Le projet Jacob est difficilement praticable, tellement c’est une usine à gaz. Il augmente l’insécurité juridique en renforçant le caractère pénal des sanctions, y compris sur des infractions à caractère purement formel.
b) Il ne crée pas les conditions de retour à la liberté des prix ou à la concurrence, comme partout ailleurs en Europe. La négociation est définitivement encadrée et sa pratique extrêmement limitée.
c) Enfin, il maintient le principe des marges arrière en instaurant une marge minimum garantie à hauteur de 20 % du prix de revente.

Ce qui me fait dire que cette réforme souffre des contradictions d’une politique gouvernementale qui prétend « lutter contre la vie chère », mais « limiter la concurrence par les prix ».

Mais refusant de jouer les intégristes du prix bas et les jusqu’au-boutistes, j’ai proposé cinq pistes pour améliorer le dispositif :

1) Les abus doivent être sanctionnés, mais chaque professionnel doit être suffisamment motivé pour prendre des risques, innover, et animer par des politiques de gammes et de prix différenciées, une consommation aujourd’hui bien morose. Cela passe par la dépénalisation des infractions recensées dans le texte Jacob.

2) Il faut donner aux entreprises une visibilité à long terme, leur permettant d’infléchir durablement leur stratégie commerciale (retour à la concurrence par les prix plutôt que par des bons d’achat, restructuration des gammes, répartition des budgets promotionnels). La culture de négociation doit être recentrée sur le produit et sur son prix. Pour atteindre cet objectif, la réforme doit être progressive, mais irréversible.

3) Le seuil de revente à perte doit être redéfini de manière stricte, le plus clairement possible, sans souci d’interprétation. La solution qui paraît la plus incontestable a été proposée par la Commission Ollier-Chatel. Les fournisseurs doivent inclure dans leurs factures tous les avantages financiers. Le seuil de revente à perte doit pouvoir être défini à partir de ce prix, ristournes, remises et coopération commerciale déduites (triple-net), affecté provisoirement d’un éventuel coefficient multiplicateur.
Pour les Centres E. Leclerc, ce coefficient de marge minimum doit permettre un accompagnement vers le retour à la liberté des prix et empêcher des prix dits de prédation. Il n’a pas vocation à durer.

4) Pour pouvoir compter sur une modification des comportements, cette marge minimum ne devrait pas excéder 10 %. Quels que soient les arbitrages sur ce sujet, c’est la dégressivité, année par année, de ce taux, qui assurera à cette réforme son efficacité.

5) Afin de mettre fin à toutes ces polémiques, les Centres E. Leclerc demandent instamment que soit rendu public l’avis du Conseil de la Concurrence sur le dispositif retenu.

Le gouvernement a tardé à prendre acte de l’existence d’une bulle inflationniste sur les grandes marques. Il a fallu notre intervention et nos campagnes de publicité. Désormais, les consommateurs attendent des baisses substantielles de prix.

Si le gouvernement s’entête à brider l’attractivité des hypermarchés, il va faire fausse route. Ne l’oublions pas, c’est la troisième fois qu’en huit ans, le législateur sera appelé à retravailler sur le Code du Commerce. Toutes ces modifications vont impacter l’ensemble des opérateurs économiques, y compris les sociétés de service et la vente à distance. Alors, essayons de faire du droit une matière durable.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 mai 2005 dans Loi Galland
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25 avril 2005

Loi Galland : Nouvelles du front

La semaine dernière, j’ai discuté avec les principaux intervenants dans le dossier de la réforme de la loi Galland. Impression générale : le projet est trop manichéen (il y a les méchants distributeurs et les gentils industriels), il n’introduit pas une vraie concurrence (ce qui rassure le plus grand nombre). Vu sa complexité, il ne faut pas en attendre de baisse substantielle de prix. Et de ce fait, on peut douter de son intérêt politique, y compris pour la majorité actuelle.

Etat des positions :

I - C’est paradoxalement chez les parlementaires que l’on rencontre le plus grand scepticisme. Pour eux, c’est d’abord le calendrier qui pose problème. Patrick Ollier (Président de la Commission Eco de l’AN) et Luc-Marie Chatel (anciennement missionné par Jacob sur le projet) m’ont confirmé le tempo.
Le gouvernement a demandé « l’urgence ». C’est le Sénat qui ouvrira la discussion, la première semaine de juin. Le Président de la Commission Eco du Sénat aura une semaine, dix jours au mieux, pour recueillir les dizaines d’amendements déjà annoncés, puis le texte partira à l’AN. Encore dix jours de débats. Vote définitif (normalement) fin juin et promulgation début juillet. C’est court, très court. Rien que sur ce constat, la plupart de mes interlocuteurs doutent d’un aboutissement (et en tout cas, d’obtenir un texte de qualité).

a) Conséquence d’arbitrage interne aux assemblées, c’est Gérard Cornu, sénateur UMP, Président de la Commission Eco du Sénat, qui va ouvrir le bal des discussions. Même s’il a fait partie de la Commission Ollier-Chatel en 2004, les sénateurs ne sont pas au fait des derniers développements du projet.

b) Le texte en l’état est très compliqué. Difficilement applicable. Beaucoup de chausse-trappes et d’effets pervers autour de la définition des marges arrière et du seuil de revente à perte. Question des sénateurs : jusqu’où peut-on amender un texte déjà mal rédigé ? Certains articles sont à réécrire. D’autres auraient mérité qu’on publie l’avis du Conseil de la Concurrence.

c) Dans la procédure d’urgence, il n’y a pas de navette. Donc, c’est l’AN qui aura le dernier mot. Mais là aussi, comment procéder. Les parlementaires doivent-ils assumer un texte dont l’articulation s’est bien trop éloignée du projet initial élaboré par les professionnels rassemblés à l’automne 2004 autour de Nicolas Sarkozy. Le nouveau patron de l’UMP (il me l’a confirmé) n’a pas l’intention de cautionner une mascarade anti-distributeurs.

II - Du côté des professionnels, c’est un euphémisme de dire qu’il n’y a pas unanimité.

a) Les industriels :
- L’ANIA (agroalimentaire) estime que l’économie globale du projet est positive. Satisfaction très appuyée pour le côté répressif du texte et le renforcement de sanctions pénales. (Sympa pour les clients ! On s’en souviendra !). Mais estime, comme nous, que le mécanisme de répercussion des marges arrière provoquera des effets pervers.
- La FEEF (qui regroupe les PME, fabricants de marques de distributeur) est contre le projet. En fait, cette fédération ne veut pas d’une réforme de la loi Galland. Ses adhérents ont peur que si le prix des grandes marques baisse, les distributeurs achètent moins de MDD.
- La CGPME (petites et moyennes entreprises) ne veut pas qu’on touche à la définition du seuil de revente à perte.

b) Les distributeurs :
- Les indépendants (Intermarché, Leclerc, Système U) veulent qu’on supprime complètement les marges arrière, et trouvent le volet répressif contre-productif.
- La FCD (Auchan, Carrefour, Casino) préfère au texte Jacob, le retour à un « tout sur facture » majoré d’un coefficient multiplicateur. Une sorte de marge minimum. Et partage avec les indépendants l’idée que la réforme doit être progressive mais irréversible.
Tous préfèrent le report du projet, dans les conditions actuelles de sa présentation par un gouvernement pusillanime, plutôt que d’aboutir à une mauvaise loi et de passer tout l’été dans les locaux de la DGCCRF pour que cette dernière, à son tour, publie des textes d’interprétation.

Je ne peux pas, dans cette note, rapporter exactement le propos de chacun. Ce serait piéger mes interlocuteurs et altérer nos relations futures. Je crois pouvoir dire, en toute sincérité, que même dans la majorité actuelle, les députés et les sénateurs doutent surtout du maintien au gouvernement, passé le 29 mai, de l’actuel Premier Ministre. De ce fait, disent-ils, « quel intérêt avons-nous à travailler sur un mauvais texte qui, loin de faire l’unanimité, ne clôturera pas les rivalités industrie-commerce, provoquera l’ire des distributeurs et, s’il n’y a pas de baisse des prix, n’aura aucun effet politique positif.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 avril 2005 dans Loi Galland
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6 avril 2005

Vendre des marques, un risque pour la grande distribution !

 D'accord avec Jérôme Bédier, le Président de la Fédération du Commerce et de la Distribution. Avec le projet gouvernemental (loi Galland), « la revente des produits de marque... deviendra un métier suspect, un métier à risques ». Le propos n'a rien d'excessif. Dans aucun autre pays européen, les pouvoirs publics n'ont développé avec autant d'acharnement un arsenal aussi répressif à l'égard des commerçants.

Dans le cadre de la législation actuelle, l'exercice quotidien du métier de distributeur s'apparente déjà à la traversée d'un champ de mines.
1) Il s'y génère des millions d'opérations (facturation achats/ventes, publicité, promotions), ce qui rend statistiquement inévitable un certain nombre d'erreurs ou d'irrégularités (il n'y a pas un juriste dans chaque magasin !).
2) La plupart des infractions sont passibles de sanctions pénales, assimilables à des délits graves, pouvant aller jusqu'à imposer des peines infamantes (casier judiciaire, interdiction d'exercice du métier, etc...).
3) Or, le droit pénal répond à des exigences strictes. La qualification de la peine est quasi automatique et aveugle. La défense est complexe.
1er exemple : la publicité mensongère. Si un produit annoncé dans un catalogue est indisponible en magasin du fait d'un retard de livraison dû au fournisseur, le commerçant est condamnable. Même s'il prouve que la commande a bien été confirmée dans les délais ! C'est comme ça. En droit pénal, il n'est pas possible de se justifier en invoquant la responsabilité d'autrui.
2ème exemple : la revente à perte. En France, c'est un seuil artificiel (qui ne tient pas compte des marges arrière). Un commerçant peut être condamné pour revente à perte si son prix est inférieur à celui qui figure sur la facture du fournisseur. Peu importe qu'il gagne de l'argent, et que cette facture ne reflète pas la réalité des conditions financières d'achat. Il encourra une amende de 75 000 euros, par produit vendu, et la peine peut être doublée en cas de récidive ! ! !
4) Autre caractéristique du droit français : il privilégie la forme (la qualité d'un document écrit) sur le fond (consentement des parties qui ont signé le contrat). Il suffit que la Direction de la Concurrence conteste l'énoncé d'un contrat pour que le distributeur soit inquiété et condamné. Une facture qui ne contient pas l'ensemble des mentions prévues par la loi est punissable d'une amende de 75 000 euros pour une personne physique et de 375 000 euros, pour une personne morale.

Le projet de loi Jacob renforce encore les sanctions pénales. Qu'on en juge par ces deux exemples aberrants :
a) En complète contradiction avec la liberté des contrats et les aléas du cycle des affaires, le texte prévoit une peine de 15 000 euros d'amende pour le distributeur si les contrats de coopération commerciale ne sont pas signés avant le 15 février de l'année en cours. Une manière de forcer la négociation ? Une manière d'interdire les contrats ou même d'autres propositions commerciales du distributeur à partir du 16 février ?
b) 15 000 euros d'amende encore si le distributeur n'a pas établi, le 31/01, un récapitulatif du montant total des services de coopération commerciale que chaque fournisseur aura réglé l'année précédente. Une demande des fournisseurs ? Bien sûr que non, ils savent ce qu'ils ont versé. Alors à quoi ça sert ? Au seul confort de l'administration qui disposera ainsi d'un tableau exhaustif pour faciliter ses contrôles.

Mais le fin du fin, c'est la possibilité pour l'administration, en imposant une transaction, de qualifier elle-même les irrégularités qu'elle aura constatées. Elle cumulera, contre tous les principes du droit moderne, la possibilité de rechercher les infractions et d'engager des poursuites, à sa guise, même en l'absence de plainte du fournisseur ; de définir le montant de la sanction. Face à un juge, on peut toujours essayer de plaider. Avec le principe de transaction, il n'y a plus de défense. Le commerçant casquera !
Et les industriels ? Dans la pratique, ils sont moins inquiétés par l'administration. Mais les organisations patronales (MEDEF) ne peuvent décemment pas plaider pour eux-mêmes une dépénalisation des infractions commerciales et vouloir ces sanctions pour les seuls distributeurs. Et comme le dit Jérôme Bédier, à force d'être considérées comme des délinquantes, « les enseignes finiront par vendre moins de marques ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 avril 2005 dans Loi Galland
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22 mars 2005

Les marges arrière sont de retour

Coucou, les revoilà. Depuis trois ans, tous les ministres en charge de l'économie avaient fini par dénoncer les « dérives des marges arrière » : « racket du distributeur » disait le Ministre Dutreil ou le Député Charié ; « blanchiment d'argent » osait Christian Jacob, actuel Ministre du commerce. On pouvait donc imaginer que le projet de réforme de la loi Galland (pudiquement rebaptisé « réforme du code du commerce ») allait faire la peau de ces marges arrière. Comment ? En suivant les recommandations d'une commission, installée par Christian Jacob lui-même et pilotée par deux députés UMP, Luc-Marie Chatel et Patrick Ollier. Que disent-ils ? Eh bien qu'il faudrait progressivement réintégrer ces marges dans les prix. Sans bousculer les papies du commerce (électorat oblige), sans prendre le risque de mettre le feu aux campagnes (la FNSEA veille), mais en permettant à Jean-Pierre Raffarin de tirer les bénéfices politiques de quelques baisses de prix (mais pas trop). Eh bien, c'est raté ! Non seulement, le projet que le gouvernement vient de soumettre à l'avis du Conseil d'Etat oblige les distributeurs à les maintenir à hauteur de 20 %, mais de la manière dont est rédigé le texte, tout est fait pour que le système s'emballe à nouveau et que les marges arrière prolifèrent. J'explique : à l'heure actuelle, un commerçant a deux types de recettes qui constituent sa marge. D'abord, il prend un bénéfice sur les produits qu'il vend (différence entre le prix de vente et le prix d'achat, toutes ristournes déduites). Il touche aussi des budgets payés par les fournisseurs pour des têtes de gondole, une publicité sur les catalogues, etc... Cette partie-là ne rentre pas dans la composition du prix. C'est ce qu'on appelle la marge arrière. Pour sa réforme, Christian Jacob a imaginé le système suivant : ne seront répercutables aux consommateurs que les budgets supérieurs à 20 % de la valeur du produit. Un distributeur a 25 % de marge arrière ! Il pourra baisser ses prix de 5 %. Il en a 19,5 % ! Il se les garde. Dès lors, on voit tout de suite l'effet pervers du dispositif. Pour vendre moins cher, un commerçant devra d'abord augmenter sa marge arrière, puis faire basculer dans son prix de vente la partie supérieure à 20 %. (Plus il aura de marge arrière, plus il pourra baisser ses prix). Le contraire donc du but recherché. Il y a quelques jours, François Baroin, député de l'Aube avec qui j'inaugurais un centre E. Leclerc, m'interrogeait sur le silence des autres distributeurs. Comment se fait-il qu'aucun distributeur n'ait réagi à ce projet gouvernemental à part Serge Papin (Système U) et moi-même ? Eh bien, nous en avons parlé entre nous. La réponse ? Nous n'arrivons toujours pas à imaginer que dans les Cabinets ministériels et jusque dans l'entourage du Premier Ministre, des techniciens aient pu pondre un texte aussi bizarre. Décidément, le débat au Parlement promet quelques belles surprises !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 mars 2005 dans Loi Galland
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10 février 2005

Réforme de la loi Galland et prix minimum

 Il y a deux camps : ceux qui veulent revenir à une liberté totale des prix (Leclerc et Intermarché) et ceux qui craignent la "surenchère à la baisse" et veulent que la loi oblige le distributeur à garder 5, 10 ou 20 % de sa marge. Coucou, les revoilà les marges arrière ! Je n'arrive pas à comprendre les arguments de ces derniers qui se recrutent autant chez les industriels que chez les distributeurs. La semaine dernière, j'en discutais avec le dynamique Hervé Parizot, PDG des jouets Mattel. Il me questionnait : "Vous réclamez la liberté totale. Intellectuellement, je peux comprendre votre raisonnement" (sic), "mais, vous conviendrez qu'il faudrait quand même garder une marge, non ?". A cela, je lui répondais : "Bien sûr, mais pourquoi faudrait-il que ce soit l'Etat ou la loi qui la fixe par avance, et uniformément pour tous les distributeurs ! Mieux, pourquoi donnerait-on aux fournisseurs le droit de fixer la marge minimum praticable chez Leclerc, Carrefour ou Auchan ?". Il réfléchit, chercha le contre-argument : "Si, par le jeu de la concurrence, vous ne gagnez pas assez d'argent, vous allez nous en réclamer, n'est-ce pas ?". Là-dessus, il a probablement raison. "Mais dites-moi, n'avez-vous pas le même problème ? N'êtes-vous pas tenté, vous aussi d'essayer d'acheter moins cher auprès de vos propres fournisseurs ? Pour autant, accepteriez-vous que l'Etat fixe vos propres marges ? Evidemment, non !". Alors, d'où tire-t-on que l'industriel serait libre de pratiquer les marges qu'il veut, que le distributeur pourrait vendre à prix coûtant ses fruits, ses légumes, sa viande, ses marques de distributeur et tous les produits importés. Mais lorsqu'il s'agirait de vendre des grandes marques internationales, il lui faudrait respecter une marge minimum ? Un peu spécieux, non !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 février 2005 dans Loi Galland
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10 janvier 2005

Réforme de la loi Galland

 La semaine dernière, distributeurs et industriels ont rompu leurs négociations pour déterminer les conditions d'une baisse de prix en 2005 ! Tout cela fait un peu « bouillie ». Les consommateurs n'y comprennent plus rien. L'idée d'un engagement de baisse collective de prix venait de Nicolas Sarkozy. Constatant la faiblesse générale de la consommation, il avait demandé aux principales enseignes de distribution et aux fabricants de faire un effort en baissant, une première fois, les prix en septembre 2004 (l'objectif était de moins 2 %. En fait, il a été de moins 1,8 % !) et en continuant la baisse au 1er janvier 2005. Les distributeurs voulaient continuer, mais les représentants des industriels n'ont pas voulu poursuivre le mouvement. C'est dommage. Certaines grandes entreprises avaient fait des efforts (toute la distribution va d'ailleurs les valoriser dans leurs rayons). Je ne vois pas pourquoi les consommateurs auraient pu accepter qu'on leur fasse passer des hausses pour des baisses ! La France n'est pas peuplée de gogos, que je sache ! Le gouvernement a compris la limite de l'exercice. Christian Jacob, le Ministre du Commerce, a annoncé une réforme de la loi Galland, cette loi qui limite la capacité des distributeurs à vendre moins cher. Je me battais pour cela. Si on réforme la loi, on pourra baisser les prix de manière beaucoup plus efficace et durable. Peut-être de 5 % ! La bataille va être dure : les lobbies sont à l'affût. Il y a tellement d'entreprises qui veulent protéger leurs rentes ! Personne ne peut préjuger encore des résultats du débat qui aura lieu au Parlement (la concurrence fait peur). En tout cas, il n'était pas normal que ce débat soit escamoté...

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 janvier 2005 dans Loi Galland , Prix / Concurrence
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