14 juin 2007

Du bon usage des heures supplémentaires

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Beaucoup de questions sur l’impact de la « détaxation » des heures supplémentaires sur l’emploi. J’aurai l’occasion de plancher sur le sujet plus en détail… Mais comme dans bien des articles de presse, on m’attribue des positions parfois très tranchées, je préfère, dès à présent, argumenter sur deux ou trois points.

1) Impact global sur l’emploi

A court terme, pas d’impact, je n’en vois pas. Je partage l’avis de la plupart des économistes qui se sont déjà exprimés sur ce sujet (Patrick Artus, notamment). Mais si l’on prend la peine de se « projeter » à 3, 4 ans et plus, le dispositif gouvernemental (intégré à un dispositif global d’abaissement du coût du travail) prend une tout autre dimension. Il rompt avec l’idéologie du partage du travail qui opposait emploi et pouvoir d’achat (« travailler moins, gagner moins pour que d’autres puissent travailler aussi »), et recrée une dynamique sur le marché du travail en revalorisant l’espérance d’un gain supplémentaire.

Depuis trop longtemps, la perspective d’augmentation du pouvoir d’achat était corrélée avec la capacité quasi exclusive de l’Etat de transférer, allouer, subventionner…sur fonds publics ! La mauvaise gestion des gouvernements précédents, la gabegie des 35 heures et l’appel exagéré à la contribution publique…ont tari les caisses de Bercy. Dans les corporations (agriculture, fonction publique), et même dans le syndicalisme le plus aguerri, on ne se fait plus d’illusions. Il ne suffit plus de descendre dans la rue ou de bloquer les transports publics pour faire cracher l’Etat qui se « referait » sur les riches, etc. L’opinion ne suit plus.

Chacun a compris, qu’au moins pour une part, il ne faudra compter que sur soi. Question santé ou retraite, l’Etat-providence, « ça paie plus » (comme disait Fernand Raynaud). Question pouvoir d’achat, ce n’est pas le partage du travail (les 35 heures) qui permet les augmentations de salaires. Alors autant chercher du revenu en travaillant plus. Bâtir une carrière ou un plan de rémunération, c’est le slogan d’une France qui, à défaut d’en avoir cultivé le goût, doit se remettre au travail !

Bien sûr, tout ça est trop rapidement dit. A lui seul, le dispositif sur les heures supplémentaires n’y suffira pas, il faut aussi poser la question du niveau des salaires. Mais il a un mérite. Sans toucher au montant du RMI, il recreuse l’écart avec les revenus de salariés au SMIC. Dans les secteurs où il y a pénurie de main-d’oeuvre (BTP, plomberie, maçonnerie, emplois de services, etc.), j’y vois une incitation supplémentaire à se remettre sur le marché du travail.

2) Les heures supplémentaires dans la distribution

On attribue à la Présidente du MEDEF, Laurence Parisot, un propos certifiant que les projets gouvernementaux vont requinquer l’emploi dans la distribution, notamment s’agissant du métier de caissière ! Sans la contredire complètement, je nuance le propos concernant les caissières, mais le confirme pour d’autres emplois pour lesquels il est aujourd’hui difficile de recruter, faute de main-d’œuvre disponible sur le marché.

a) D’abord, établissons bien ceci : un groupement de commerçants indépendants comme Leclerc embauche 1 500 à 3 000 salariés nets supplémentaires par an. Nos adhérents ne recrutent pas en fonction d’avantages fiscaux ou sociaux. Ils recrutent parce que nous avons une stratégie de développement. Nous allons, par exemple, créer au moins 2 000 emplois en 2007. Tout simplement parce que nous ouvrons 18 espaces culturels, 20 à 25 autres concepts spécialisés (sport, optique, parfumerie, etc.). Et aussi parce que nous agrandissons et modernisons des magasins. Bref, c’est la perspective de chiffre d’affaires qui détermine le taux de création d’emplois et leur niveau de qualification.

b) Dans ce plan de recrutement, la détaxation des heures supplémentaires nous intéresse, s’agissant, par exemple, des « métiers de bouche » (charcuterie, traiteur, boucherie, fruits et légumes, pâtisserie, poissonnerie), ou des ateliers auto (emploi de mécanicien, assistance technique, etc.). Sur ces marchés, la main-d’œuvre de qualité se fait de plus en plus rare. L’apprentissage est trop dévalorisé, tout autant que le travail manuel. L’augmentation des heures sup. ne se fera donc pas au détriment de l’emploi.

Prenons l’exemple d’un rayon boulangerie-pâtisserie qui emploie une dizaine de personnes dans un hyper. Ce rayon subit dans l’année 4 ou 5 pics d’activité (les bûches de Noël, la galette des rois, la fête des mères, etc.). On ne recrutera pas à temps plein une ou deux personnes supplémentaires pour couvrir ces pics de production. En revanche, le recours aux heures sup permettra d’augmenter l’offre, donc le CA. Et en corollaire, la rémunération des boulangers. Salariés et chef d’entreprise sont alors gagnants-gagnant.

c) Le cas des caissières est différent. Dans beaucoup de régions, ces métiers s’exercent à temps partiel et font l’objet d’un contrat d’annualisation. Dans la législation actuelle, l’accroissement des heures de travail se fait le plus souvent sous le régime des « heures complémentaires ». Le gouvernement semble ouvrir le nouveau dispositif à ce type de situation, mais je n’ai pas encore compris comment il s’insérera dans les contrats actuels (substitution ?). Toujours est-il que les demandes d’heures supplémentaires me semblent être moins importantes d’autant que juridiquement, elles ne peuvent excéder 10 % du temps travaillé (10 % d’un mi-temps !).

L’effet sur l’emploi sera forcément plus ambigu puisque, sur ce marché, l’offre de travail est plus abondante que dans les métiers techniques.

En conclusion, je suis favorable aux mesures gouvernementales concernant les heures supplémentaires. Mais j’insiste : je crois vraiment que c’est par l’abaissement général du coût du travail que dans les PME, et notamment dans le secteur des services, les chefs d’entreprise seront tentés de recruter plus abondamment. C’est vraiment dans ce sens qu’il nous faut aller. La TVA sociale ? Oui, bien sûr, mais pas à n’importe quelles conditions. On en reparle.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 juin 2007 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Management
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14 avril 2006

MEL, les adhérents E. Leclerc, comment ça fonctionne ? Réponse à un article du journal « L’Expansion »

Je réponds ici à CLEMENT qui, par deux fois (le 10 mars et le 12 avril), a sollicité mon avis sur une publication du mensuel L’Expansion (numéro de février). Et j’en profite pour rétablir quelques vérités…sans langue de bois.

L’article de L’Expansion


Ne prenons pas de gants : cet article est débile. Et comme je n’ose pas penser que la rédaction était mal intentionnée, j’attribue ce délire journalistique à la « jeunesse » d’un journaliste qui, voulant sans doute ne pas être « politiquement correct », a cédé à la mode du sarcasme et de la dérision. Mais en cherchant à démystifier mon rôle, il a complètement caricaturé le fonctionnement de mon groupe. Il en a fait, comme vous dites, « un village gaulois ». Du coup, le lecteur ne comprend pas à quoi est due sa performance commerciale. Si MEL n’est qu’un « communicant », si les adhérents ne sont que des notables, comment se fait-il que Leclerc ait pris la tête des hypermarchés français ? Les professionnels du secteur ont d’ailleurs été « sciés » de voir la légèreté avec laquelle cette revue, pourtant appréciée pour son sérieux, a traité de notre organisation. Jugez-en : aucun des adhérents qui, à mes côtés, dirigent le groupement, n’est cité, alors que d’autres se voient promus « barons » du système, ce dont ils se seraient bien passés. Pire, pas une référence à Edouard Leclerc lui-même, dans cet article, alors qu’au moment où le journaliste faisait son investigation, mon père assurait les fonctions de Président.

Rectifions donc.

Le Groupement, sa spécificité


Les Centres E. Leclerc n’appartiennent pas à ma famille. Ni Edouard Leclerc, ni Michel-Edouard Leclerc n’ont d’actions, ni même de stock-options. Mon père a créé l’enseigne, il a longtemps présidé le mouvement qui est organisé sous la forme d’une coopérative de commerçants indépendants.

Chacun des 500 adhérents est propriétaire de son magasin (certains en ont deux). Ils reçoivent le droit d’exploiter l’enseigne à condition de respecter un contrat. Le cahier des charges stipule des engagements de solidarité (cautionnement des nouveaux adhérents, mutualisation de certains coûts, participation à la vie collective, etc.). Il exige le respect d’une politique de prix.

La vie du groupement s’organise donc autour de deux pôles :

- Une association loi 1901 que je préside. C’est dans ce cadre qu’il m’appartient de « garder le temple », de défendre les valeurs et la crédibilité de l’enseigne, d’impulser ses actions et d’assurer sa communication.

- Des outils commerciaux, régionaux ou nationaux, organiquement rattachés au Groupement d’Achat, où viennent travailler, de toute la France, nos adhérents réunis en groupes de travail spécialisés. Un directoire constitué des adhérents de Cahors, Saintes, Olonne-sur-Mer et Bonneuil, y planifie les tâches collectives et coordonne toutes les fonctions opérationnelles.

Dans toutes ces structures, les décisions sont prises sur la base du principe : un homme/une voix. Pas de discrimination selon le chiffre d’affaires ou la taille du magasin.

Mon rôle


En même temps que les autres administrateurs de l’Association, je suis élu par l’Assemblée Générale des adhérents. Ils m’ont déjà renouvelé leur confiance quatre fois. Pour donner plus de cohérence aux décisions collectives, je préside un comité stratégique qui est un conseil d’administration élargi aux seize élus des coopératives régionales.

a)    C’est dans cette instance que sont prises toutes les décisions importantes de l’enseigne (commerciales, financières, développement). Ces décisions sont préparées par des groupes d’adhérents qui se spécialisent sur tel ou tel sujet. Mes collaborateurs, des juristes, des cabinets conseils éventuellement, les assistent.

Je réunis, tous les quinze jours, le comité stratégique. Comme dans une coopérative, une non décision équivaut à la paralysie, je recherche autant que possible un consensus (ce qui suppose de faire œuvre de beaucoup de pédagogie). A défaut d’obtenir un accord général, il m’appartient d’arbitrer.

b)    Ma force, c’est de ne jamais m’éloigner du terrain, d’être en relation directe avec l’opérationnel. Pour ne pas risquer d’être « un président sur orbite », j’ai gardé des fonctions commerciales dans le Groupement d’Achat (Galec), dans la société qui gère nos MDD (Scamark), dans la société pétrolière (dont la création fut d’ailleurs ma première contribution au Mouvement). Cette implication personnelle me permet de représenter ces sociétés auprès des Fédérations industrielles, de l’Administration, ou dans les négociations internationales (ce qui me vaut de présider Coopernic, Cf. ma note du 16/02/06).

Mes rapports avec les adhérents

L’article de L’Expansion titrait : « Chez Leclerc, MEL ne fait pas la loi, il doit rendre compte aux patrons des magasins ». Tu parles d’un scoop ! Eh oui, ami journaliste, quand José-Luis Duran (Carrefour) ou Jean-Charles Naouri (Casino) rendent compte à leurs actionnaires, MEL œuvre pour ses adhérents. Ca n’a quand même rien d’extraordinaire ! C’est le contraire qui eût été étonnant.

a)    Je connais tous les adhérents E. Leclerc, leur magasin, quelquefois leur famille et leurs cadres. Au fil du temps, j’ai noué dans ce groupe de solides amitiés. Aussi, l’une de mes forces, c’est de pouvoir m’appuyer sur un groupe très important d’adhérents leaders qui n’hésitent pas, avant qu’on en fasse une directive nationale, à tester des options commerciales, à prendre les premiers risques, à faire œuvre de pionniers, souvent sans espérance de profits immédiats. C’est grâce à eux qu’avant d’autres distributeurs, j’ai pu lancer mon enseigne dans la parapharmacie, le voyage, la bijouterie, etc.

b)    Mais la force d’une coopérative, c’est « quand tout le monde va au charbon ». Je défends ce mode d’organisation. Pour moi, le coopérateur n’est pas qu’un cotisant, encore moins un notable à entretenir. C’est pourquoi une grosse partie de ma tâche, c’est de fédérer tous ces hommes, les inciter à venir travailler dans des groupes spécialisés, en région, à Paris, à Bruxelles. Cette contribution permet de diminuer les coûts. C’est un condensé d’énergie et d’expertise. Et comme 95 % de nos adhérents mouillent leur chemise « pour les collègues », j’ai à cœur de faire en sorte que chacun d’entre eux devienne « propriétaire » des décisions prises dans son domaine de compétences.

c)    Quelle est ma part d’autonomie ? L’Expansion se risque à une réponse contradictoire. « MEL agit sur commande de ses adhérents », affirme le journal. Mais il n’hésite pourtant pas à parler de la grogne (« une contestation ») des adhérents mécontents de mes positions anti-loi Galland. Faudrait savoir !

C’est méconnaître notre mode de fonctionnement que d’imaginer un tel antagonisme. Qui peut croire que je peux tancer des ministres, fustiger publiquement une loi, et lancer plusieurs vagues de publicité corrosive…sans l’accord des adhérents qui les financent !

La répartition des rôles est pourtant claire :

-    Dans les magasins, sous condition de respecter le contrat d’enseigne, les adhérents sont les seuls décideurs (ce qui n’exclut pas la concertation entre collègues, ou même avec moi).
-    Concernant la politique d’enseigne, quels que soient les domaines d’initiative (commercial, communication, etc.) et leur origine (adhérent, cadre, moi-même), les décisions sont validées en conseil d’administration et en assemblée générale (une tous les mois et demi). C’est mon rôle exclusif que de tout mettre en musique (organisation interne, effets externes).

d)    Les adhérents n’attendent pas que je sois leur clone, ni même le meilleur d’entre eux en gestion ou en merchandising. Pas plus que Gérard Mulliez (Auchan) ou Philippe Houzé (Monoprix), je ne participe à toutes les négociations commerciales. Mais quand il le faut (et ça arrive souvent), j’interviens.

De leur président, les coopérateurs attendent qu’il soit visionnaire, fédérateur, qu’il donne les bonnes impulsions, qu’il produise « de bonnes ondes ». Tant mieux s’il est emblématique (médiatique). Génial, s’il est en plus accessible.

Je ne crois pas m’être trompé quand j’ai su éviter à mon groupe le coûteux investissement de la vente à domicile, des cybercentrales, etc. Pas plus, quand j’ai lancé mes amis dans l’expansion européenne, l’alliance avec Système U, puis Conad, et aujourd’hui dans Coopernic. Le groupe doit une bonne part de son développement à mon insistance à diversifier le non alimentaire, avec tous ces concepts spécialisés qui font notre différence.

Il ne m’a pas été facile de convaincre les adhérents de supprimer les sacs plastiques aux caisses. Mais ils n’ont pas mis trois ans, sur mon impulsion, à devenir les leaders français du commerce équitable.

En conclusion, je suis content qu’on ait évité à mon père cette mauvaise querelle. Il présidait le groupe jusqu’à l’année dernière. Je n’ai fait que chausser ses habits, après l’avoir assisté pendant quinze ans. Normal qu’à l’occasion de cette passation, quelques lobbies essaient de « mettre un coin » entre les adhérents et moi. Dommage que L’Expansion s’en soit fait l’instrument !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 avril 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Distribution , Economie , Management
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14 novembre 2005

L’apprentissage, oui ! Dès 14 ans ? Pas sous cette forme !

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La proposition de Dominique de Villepin d’abaisser à 14 ans l’âge d’intégration dans la filière d’apprentissage fait couler beaucoup d’encre.

Les cris effarouchés du corps enseignant, par leur outrance et ce qu’ils révèlent d’idéologie, étaient vraiment navrants…et sacrément hypocrites. En classant d’office l’apprentissage dans les systèmes d’éducation au rabais, les syndicats d’enseignants se révèlent être l’un des principaux obstacles culturels au développement d’une filière dont les performances éducatives ont permis à bien des jeunes d’accéder à des diplômes et des emplois.

Qu’on arrête de nous bassiner les oreilles avec ce satané « collège unique » ! Sa contre-performance a ouvert un boulevard aux écoles privées (la voie royale pour les élites) et aux meilleurs lycées publics (qui ne se cachent plus de pratiquer la sélection !).

1) L’apprentissage, comme le dit Henri Lachman, « est un moyen de donner aux jeunes une qualification, un savoir-être, un savoir-vivre, un sentiment d’utilité et une appartenance… ».
L’accroissement du nombre d’apprentis vers les formations les plus qualifiantes (et supérieures) illustre l’adaptation de ce type d’enseignement aux besoins économiques. Cette année, ils sont 73 000 à préparer un bac professionnel (sur 342 000 apprentis âgés de 16 à 25 ans), 27 500 préparent un BTS et 7 800 un DUT (diplôme universitaire de technologie).
Oui, de l’apprentissage, on peut sortir « par le haut », comme en témoignent aussi les 6 200 jeunes en formation apprenti-ingénieur (qui pourront bénéficier de passerelles avec un deuxième et troisième cycles universitaires).

2) Personnellement, je suis un pur produit de l’université, des cycles longs et généralistes. Mais je travaille au quotidien avec des hommes de terrain, souvent formés dans l’entreprise même ou en alternance. C’est en les côtoyant, en suivant l’évolution de leur carrière que je me suis fait une conviction très positive sur les filières d’apprentissage.
Près d’un tiers des directeurs de nos magasins a bénéficié de cette formation. Deux tiers des magasins de l’enseigne ont recours à des apprentis, principalement dans le secteur des « métiers de bouche » (poissonnerie, boulangerie, boucherie-charcuterie, restauration-traiteur), mais aussi dans l’esthétique et la parfumerie (pour notre concept « Une heure pour soi ») et dans les métiers techniques (brun-blanc, informatique, électronique grand public, centres auto…).
Dans plusieurs régions, nos adhérents financent des cycles de formation (à Reims, par exemple, où nous avons créé une école des « métiers de la vente » en partenariat avec l’ESC).

3) J’ai fait un rapide sondage auprès de nos adhérents pour savoir ce qu’ils pensaient de l’abaissement du seuil d’embauche à 14 ans.
(L’expression « embauche » peut vous paraître choquante à première vue. Pourtant, il en est bien ainsi. Les contrats d’apprentissage confèrent aux jeunes qui intègrent cette filière un statut de salarié…et non pas d’élève ! Ce qui, on le voit bien, pose déjà un premier problème : celui des droits, des protections juridiques, etc…).

Pour nos directeurs de magasin, accueillir des apprentis dès 14 ans n’est pas idéal. La plupart de nos apprentis sont d’ailleurs recrutés au-dessus de 18 ans. Les métiers sont quelquefois durs, avec des tâches de plus en plus complexes, nécessitant un niveau CAP et BEP (pour les produits techniques) et jusqu’au BTS (pour la vente, par exemple).

Si tous comprennent qu’il faut trouver une solution pour des jeunes en échec scolaire, nos adhérents partagent l’avis de leurs collègues de l’industrie ou de l’artisanat qui craignent une dévalorisation de l’apprentissage (déjà mal aimé des élites) en l’assimilant à un moyen de réinsertion pour cas difficiles.

4) Mais surtout, ils font valoir bon nombre d’objections pratiques qu’on ne saurait passer sous silence dans ce débat.
- A 14 ans, disent-ils, les jeunes sont encore en pleine croissance, pas toujours aptes à suivre les horaires d’entreprise (surtout dans les métiers de bouche).
- Les problèmes liés à la sécurité ne sont pas moindres (outils tranchants, manutention d’engins mécaniques ou électroniques).
- La cohabitation avec des adultes n’est pas évidente pour les uns comme pour les autres.
- Leur formation nécessitera des capacités de tutorat renforcées et des systèmes de contrôle très lourds qui font défaut à nombre d’entreprises, grandes ou petites.

Bref, s’il s’agit de créer une pré-préparation scolaire à l’apprentissage, pourquoi pas (mais on ne voit pas en quoi cette solution réglerait l’inadaptation au système scolaire !). Pour travailler dans l’entreprise, non…

5) A ces considérations, s’ajoutent des problèmes d’environnement dont, pudiquement, on ne parle jamais, tels que, par exemple, les distances à effectuer par les jeunes adolescents entre leur domicile, le lieu de travail et celui de leur scolarisation.
Quels parents peuvent, sans frémir, imaginer leurs enfants de 14 ans, en vélo, dans les matinées froides et noires de l’hiver…(car en province, messieurs-dames, il n’y a pas forcément de métro ou de bus pour relier le village ou la banlieue à l’entreprise qui aura souscrit un contrat d’apprentissage).

6) Au fond, ne se trompe-t-on pas de débat. On ne peut pas évacuer la critique du système scolaire en se contentant d’ouvrir un aiguillage vers l’apprentissage.

a) D’abord, parce que l’apprentissage devient lui-même de plus en plus exigeant. Pour préserver leurs chances, les jeunes doivent non seulement savoir lire, écrire et compter, mais aussi s’exprimer et penser à l’égal des jeunes des lycées. (C’est justement ce challenge, avec rémunération et statut à la clé, qui motive les jeunes apprentis).

b) Ce sont donc les conditions du passage du primaire au secondaire qu’il faut revoir. Je lisais dans Le Parisien (9/11/05) cette déclaration d’un prof : « Beaucoup (de mes élèves) ne savent pas vraiment lire en 5ème. C’est dur à dire, mais c’est la vérité… On les traîne jusqu’en 3ème parce que la loi nous y oblige. En fait, nous faisons plutôt redoubler ceux qui ont une petite chance de s’en sortir. Les autres passent, puis finissent par quitter l’école sans rien, à 16 ou 17 ans ».
La vérité est là, comme dans la réplique de cet autre prof : « En entreprise aussi, ils (les mêmes) se feront jeter ». L’honnêteté intellectuelle, comme la préservation de l’idéal républicain, mériterait qu’au lieu de lancer l’apprentissage à 14 ans, on se préoccupe d’abord de ne pas les laisser sortir du primaire sans le moindre bagage d’écriture et de langage qui leur fera défaut, quelle que soit la filière choisie.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 novembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Management
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2 mai 2005

Pentecôte au travail : « Maudit Monday »

« Cette affaire est un bâton merdeux. Elle a été mal engagée depuis le début. On avait pas besoin de ça à moins de quinze jours du référendum ».

Je ne sais pas si le propos est exactement rapporté. C’est le Canard Enchaîné qui l’attribue à Jacques Chirac. Je confirme, s’il fallait apporter un témoignage, que les entreprises se seraient bien passées d’une telle disposition.

Je suis harcelé par les journalistes. Il y a ceux qui veulent connaître ma position par rapport au principe de l’impôt de solidarité et aux dispositions prévues par la loi. Et puis, il y a ceux, plus nombreux, qui préparent déjà leur rubrique conso du week-end 14-15 mai. Ils veulent faire le recensement des services ouverts ce jour là. Donc, de la liste des magasins accessibles aux consommateurs.

Aux premiers, je ne fais que répéter : l’idée d’envoyer à la négociation syndicats et patrons, pour que dans chaque entreprise, on décide « librement » du jour travaillé, est une idée proprement délirante. Forcément, il ne peut en résulter qu’une hétérogénéité de décisions. Avec, comme résultat, un sacré « foutoir ». Imaginez les conséquences sur les familles françaises, dont un membre du couple travaille ce jour-là, et l’autre pas, dont les enfants sont scolarisés et d’autres non. Chaque famille, chaque salarié a des raisons de se plaindre et de se révolter.
Passons brièvement sur les arguments irrecevables des cathos (le lundi de Pentecôte n’a aucune raison d’être une fête religieuse. C’est la raison pour laquelle Mgr Lustiger avait proposé cette date). Laissons de côté aussi les arguments des conservateurs qui refusent par avance toute recherche de flexibilité sur les horaires de travail. Constatons que l’argument prétexte de la contribution de solidarité est culpabilisante pour les salariés (une journée de travail sans rémunération !) et stigmatisante pour les bénéficiaires (au vu des remous suscités par cette affaire). A mon avis, une loi générale, applicable à tous, eût mieux valu pour l’harmonie des familles, comme pour l’activité économique, qu’une floraison hétérogène de décisions disparates.

Aux seconds, je suis bien incapable de répondre d’une manière uniforme.

Tenez, pas plus tard que ce matin, j’animais une réunion avec une trentaine de nos adhérents provinciaux. L’un, normand, qui parle plus fort que les autres, chauffait l’assistance : « Moi je ferme. On a décidé ça avec les délégués du personnel. Je ne vais quand même pas faire venir 400 employés, un lundi, le plus faible jour de chiffre d’affaires de la semaine, sans savoir si j’aurais des clients. Je préfère ne pas ouvrir le magasin, les salariés seront intégralement payés. Comme s’ils travaillaient. Ils ne perdront rien, je m’y suis engagé. J’acquitterai les cotisations patronales du jour. Après tout, l’Etat en paiera la moitié, puisque ce sont des charges déductibles ! »

A côté de lui, un autre l’interpelle : «Et tes concurrents que font-ils ?»

Réponse : « L’un sera ouvert… Mais déjà, un syndicat de fonctionnaires et une association familiale menacent de venir faire le piquet de grève. L’autre enseigne n’a pas encore pris sa décision, à dix jours de la date fatidique ! »

Je fais le tour de mes ouailles et fais les comptes. La moitié ouvrira son magasin. Ces adhérents ont pris langue avec leurs concurrents pour faire de même. Un quart des magasins ne recevra les consommateurs que le lundi matin (ils ne croient pas à un chiffre d’affaires suffisant pour tenir toute la journée). Enfin, un quart sera fermé : certains ont négocié (avec les délégués du personnel) l’ouverture de leur hyper un autre jour (le 11 novembre ou encore le vendredi de Pâques en Alsace). Les autres procèdent comme mon adhérent normand.

Voilà l’état des lieux. Pas de quoi pavoiser sur le plan des principes. Beaucoup de sarcasmes et d’irritation dans l’air. Tout le monde aurait compris, quitte à être de sa poche, qu’on en fasse une mesure symbole pour assouplir le carcan des 35 heures. Personne, absolument personne, ne croit fondé l’argument de la cotisation de solidarité…
Je vous raconterai la suite des évènements le 17 mai.

PS : Ah oui, j’oubliais. Moi, je travaille le lundi 16. Et vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 mai 2005 dans Management
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1 janvier 2005

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 janvier 2005 dans Engagements , Management , Objectif qualité , Portraits / Rencontres (DD) , Portraits / Rencontres (Eco) , Pouvoir d'achat
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