13 février 2009

Le prix des pâtes et du riz en janvier

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Panique dans les états-majors de la distribution, mercredi et jeudi derniers. Alors que toutes les enseignes s’évertuent à annoncer des baisses de prix, voilà qu’une dépêche, commentant une étude Nielsen, déclare que pâtes et riz ont augmenté de 10 à 11 % en janvier. Des hausses d’autant plus incompréhensibles qu’on observe une baisse des matières premières agricoles depuis juin 2008.

Comme tous mes collègues, j’ai été interrogé par les journalistes et sommé de nous expliquer sur ces hausses. Eh bien, j’ai beau être crédité d’une bonne capacité de communication, j’en suis resté coi.

Pourquoi ? Tout simplement parce que les relevés de prix effectués par mes services disaient exactement le contraire.

Jugez-en vous-mêmes : sur la période qui va de novembre 2008 à janvier 2009, l’évolution des prix est la suivante :

- Prix de la farine « grandes marques » : - 15 %
- Prix de la farine MDD : - 14,9 %
- Prix des pâtes MDD : - 6,2 %
- Prix des pâtes « grandes marques » : - 6 %

Certes, le prix du riz a continué d’augmenter ces trois derniers mois (+ 4,7 %), mais les accords conclus avec les industriels font qu’il baissera de 11 % début mars.

Comment alors expliquer cette contradiction entre les données statistiques issues des magasins et les études attribuées à Nielsen ?

Réponse : ceux qui ont rédigé les dépêches ont mal lu l’étude Nielsen.

1) L’étude Nielsen ne portait pas sur les prix de janvier, mais sur l’inflation annuelle observée de janvier 2008 à janvier 2009. Nielsen n’a jamais dit que le riz et les pâtes avaient augmenté de 10 % en janvier.

2) Au contraire, s’exprimant dans LSA, Georges Ferronnière, Directeur Marketing de Nielsen, constate des baisses de prix en janvier : « Janvier 2009 confirme…le retournement amorcé fin 2008. L’inflation a ainsi perdu 2 points en deux mois sur l’exhaustif… ».

3) Et il enfonce le clou : «l’inflation à un an des pâtes n’est plus que de 11 %, alors qu’elle était encore de 16 % sur le mois précédent, et avait frôlé les 50 % sur les produits d’entrée de gamme au troisième trimestre 2008».

Bref, tout ça pour dire que la communication sur les prix n’est déjà pas facile. Elle est déjà suspecte quand elle émane du commerçant, alors, vous pensez bien, quand l’information est fausse, quand l’interprétation n’est pas bonne, ça devient mission impossible.

Malgré tout, je confirme et signe. La désinflation est engagée…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 février 2009 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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10 février 2009

Carburants : pas facile de suivre l’évolution des prix !

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Partout sur le Net, les consommateurs disent leur incompréhension : fin 2008, E. Leclerc, suivie des autres enseignes de distribution, annonçait que le prix à la pompe du supercarburant sans plomb 95 passait sous la barre de 1 euro. Or, aujourd’hui, malgré des variations du cours du brut plutôt sages, les derniers relevés sur le site «www.prix-carburants.gouv.fr » donnent un prix moyen TTC de 1,12 €.

La surprise des consommateurs est complètement justifiée. Explication ? Contrairement à une opinion trop répandue, les variations du prix de l’essence ne dépendent pas du seul cours du brut. En fait, il faut tenir compte :

- du cours du brut,
- des variations du dollar,
- de la disponibilité et des cours du produit raffiné.

Ces dernières semaines, il s’est produit un mouvement assez inhabituel de correction du prix, exprimé en dollar par tonne, du supercarburant SP 95. Entre le 23 décembre 2008 et le 5 février 2009, ce produit est passé de 296,25 dollars la tonne à 432,50 dollars la tonne, soit une augmentation de…46 %, alors que le cours du brut de référence « Brent » ne progressait que de 15,1 % et le gazole moteur, sur la même période, baissait, lui, de…0,6 % !

Mais à ces facteurs explicatifs, il faut en rajouter un autre : le poids des taxes.

Dans la configuration actuelle du marché, le prix du carburant, en sortie de raffinerie, ne pèse que pour environ 22 % de la variation de prix. Tout le reste, ce sont des taxes. C’est ce qui explique que la hausse de 46 % du produit lui-même ne se traduit que par une hausse de 9,9 % au stade du consommateur (et de même, quand le brut descend, le prix de l’essence ne baisse pas dans la même proportion…).

Des corrections de marché de cette ampleur sont très rares. Elles entraînent beaucoup de suspicion sur le marché et sur les marges des pompistes qui n’ont pratiquement pas varié depuis 4 ans.

Des internautes ont suggéré qu’on s’en explique sur des panneaux d’information dans les stations-service. L’idée est sympa, mais vous conviendrez que de telles explications ne sont vraiment pas faciles à communiquer aux clients !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 février 2009 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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15 janvier 2009

E. Leclerc en Corse, l’an I de la baisse des prix

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E. Leclerc en Corse ! Beaucoup n’y croyaient pas. Il faut dire que les prophètes de malheur étaient légion : « Ce ne sont pas les prix qui vont exploser, ce sont tes magasins qui vont sauter ». En prévision de l’implantation de notre enseigne, un tract signé d’un quidam se revendiquant du FLNC (mais c’est à la portée de n’importe quel crétin !) dénonçait « l’exploitation des consommateurs corses par les grandes chaînes continentales ». Super message d’accueil, d’autant que des syndicats de transporteurs, réunis en novembre dans un camping à la sortie de Corte, appelaient à la mobilisation puisque nous avions commencé à mettre un peu de concurrence dans les appels d’offres.

Depuis le 2 janvier, il y a 9 E. Leclerc en Corse. Sans que personne ne puisse invoquer « une quelconque mainmise de ces capitalistes français de la grande distribution » sur l’appareil local. Car ce sont bien des patrons corses, des Acquaviva de l’Ile Rousse, des Padrona d’Ajaccio, des Rossi de Porto-Vecchio qui portent désormais notre enseigne.

Ce sont eux qui ont fait la démarche. Ils exploitaient déjà des super et hypermarchés sous l’enseigne « Système U ». Accusés comme toutes les autres enseignes implantées en Corse (Carrefour, Casino) de pratiquer des prix beaucoup trop élevés, ils se sont remis en cause.

Je les ai reçus à Paris au printemps dernier. Leur démarche m’a plu. Les bonshommes sont hauts en couleur, mais têtus, déterminés, dynamiques, et terriblement attachants. Nous leur avons dit les conditions, les exigences, et notamment les objectifs de prix. Au début, ils ont vraiment hésité. Mais ils ont rencontré les adhérents des centres E. Leclerc du continent, ceux avec qui ils seraient susceptibles de travailler. A la Lecasud, la coopérative d’approvisionnement qui coordonne aussi le développement des Centres E. Leclerc en région PACA, on leur a ouvert tous les livres et les comptes. Ils ont comparé avec les conditions de Système U, avec celles des E. Leclerc « de France », et bâti des scénarios d’exploitation. Nous les avons convaincus. Ils se sont convaincus !

La Corse, jusqu’en cette fin 2008, était chère pour deux raisons essentielles :
- Un facteur objectif : les conditions de livraison sont plus élevées du fait de l’insularité. L’état subventionne, détaxe, pratique une TVA plus faible sur certains produits. Mais les avantages ne couvrent pas forcément les surcoûts et la péréquation n’opère pas toujours sur les mêmes produits.
- Et puis, il y a la raison essentielle : il n’y a pas en Corse de véritable culture de concurrence. Cela est dû à la tradition, au poids d’une histoire économique construite autour de fortes personnalités, devenues notables, liées entre elles et forcément dépendantes ! On connaît le triangle « esprit clanique, notabilisation, comportement corporatiste ». Des dizaines de rapports ont été écrits, depuis 30 ans, pour expliquer et dénoncer les prix élevés de l’essence, des produits agricoles, des produits importés… L’absence de concurrence donc !

La grande distribution, malgré une certaine diversité des enseignes, ne faisait pas exception. Pensez donc. Casino, lanterne rouge du classement des prix en France, faisait figure ici de leader. Par rapport à un indice moyen de prix fixé à 100 sur le continent, les « Casino » et « Système U » se baladaient allègrement entre 110 et 113. Du pur délire. Et, contrairement aux dires du quidam planqué derrière le logo FLNC, on chercherait en vain une enseigne « Pure Corse » pour faire mieux !!!

L’arrivée de E. Leclerc a changé la donne. Par contrat, nos nouveaux affiliés se sont engagés à ne pas dépasser l’indice 98 (ce qui correspond à une baisse des prix de 5 à 12 % lors du changement d’enseigne). Du coup, ce fut la ruée dans les magasins. Cent pour cent d’augmentation de chiffre d’affaires les trois premiers jours. Certes, il y eut quelques problèmes informatiques à Ajaccio et beaucoup de problèmes d’approvisionnement du fait de la paralysie des transports routiers pour cause de neige dans les Bouches du Rhône. Des ruptures donc. Mais si le panier moyen n’a pas encore augmenté substantiellement, la fréquentation a doublé. Et la tendance, cette deuxième semaine, persiste.

Les coups bas ne sont pas venus directement des enseignes concurrentes. Du moins en apparence. C’est le journal local de France 3 qui a soulevé le tollé. Figurez-vous que la rédaction a voulu vérifier si E. Leclerc tenait ses promesses. Elle a mené une investigation approfondie…sur 8 articles. Oui, vous avez bien lu, 8 articles, dont le JT, sans autre argument, a publié le classement de prix. Premier, Casino, deuxième, Carrefour, troisième seulement, E. Leclerc. Même pas peur, les mecs ! Sur le site Internet de France 3, les commentaires vont bon train, amusés ou irrités (Antoinette2A : « Il faut croire que tous les medias de corse sont à la botte de Mr Capia et des Géants Casino…même chez casino depuis quelques mois les prix ne cessent de baisser, on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait plutot ? » - cnat : « il ne l’ont pas fais plus tot car ils avaient le monopole…avant ils faisaient ce qu’ils voulaient, maintenant ils sont obligés de s’aligner… »

Qu’importe ces petites guerres picrocholines. Un petit « Netto » a aussi ouvert en ce début janvier (il n’y avait pas encore de hard-discount en Corse). La bataille est lancée, les prix vont baisser en Corse

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 janvier 2009 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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23 décembre 2008

Supercarburant sous la barre de 1 € !

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Joyeux Noël à tous ! Les actes valent mieux que les promesses… Les stations-service à l’enseigne E. Leclerc ont été les premières à faire passer le gasoil en dessous du seuil symbolique de 1 €. A partir d’aujourd’hui, et au rythme de l’épuisement des anciens stocks, toutes les stations baisseront le prix du SP 95 en dessous de 1 €.

Nous nous sommes engagés à répercuter dès que possible les baisses des matières premières. Pour le carburant, démonstration est donc faite.

Tout au long de 2009, nous agirons de même pour tous les produits dont les coûts d’approvisionnement ont baissé (produits à base de céréales, de lait, de matières plastiques, etc).

La déflation, c’est dur à vivre pour les entreprises, mais ça doit être aussi une aubaine pour les consommateurs dont le pouvoir d’achat avait été miné par six ans d’inflation. Place à la baisse donc.

A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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9 décembre 2008

Prix du lait (III) : les bases pour reconstruire…

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Donc, nous disions : Ni E. Leclerc, ni les autres distributeurs ne sont pour rien dans le dysfonctionnement des mécanismes actuels. Pas plus d’ailleurs que la loi LME.

Qui fixe les prix ?

Il faut ici le rappeler, même si tout cela est volontairement occulté par la profession : c’est sur injonction des autorités de la concurrence que la filière laitière est appelée à remettre à plat le mécanisme de détermination des prix jugé incompatible avec le droit de la concurrence !!!

Jusqu’à mi-2008, c’est l’interprofession qui fixait les prix d’achat du lait. Une interprofession qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle excluait les distributeurs. Ce sont les agriculteurs et les transformateurs qui, jusqu’à l’année dernière, en fonction des qualités et des produits, établissaient les barèmes de fixation des prix du lait.

E. Leclerc ne réclame aucunement d’en faire partie, malgré l’ostracisme et la discrimination qu’illustre cette situation. Et de toute façon, les autorités de la concurrence ont conclu que ce système s’apparentait à une entente prohibée. Il est incompatible avec un droit européen qui prône la libre concurrence. C’est donc un premier chantier que celui qui va consister à réorganiser les critères (collectifs ?) qui vont présider à la détermination des prix (a priori au stade de chaque entreprise).

La maîtrise des volumes :

Puisqu’on retourne vers un système de confrontation offre-demande, c’est bien la question des volumes qui est centrale plus que celle du prix qui est une résultante. Les secteurs de la transformation, de la distribution et de la restauration doivent incontestablement aider les agriculteurs en améliorant les dispositifs de prévisions de commandes et en contractualisant dans la durée leurs appels d’offres (pour les MDD ?). Mais nous ne le contestons pas, la profession doit s’organiser en amont pour maîtriser les volumes mis en marché.

Prix de vente au consommateur et marge du distributeur :

En revanche, faire procès au distributeur de « s’enrichir sur le dos du producteur laitier », c’est entretenir l’illusion « d’un meilleur partage des marges ». D’abord parce qu’elles ne sont pas excessives (sauf cas particuliers), ensuite parce qu’elles ont été sacrément comprimées, l’année dernière, pour que le consommateur ne subisse pas les effets de l’augmentation trop forte des tarifs.

De quelles marges parle-t-on ?

Je me réfère au même article de l’Huma (03/12/2008) : «quand le producteur récupère 28 centimes, le consommateur en paie 75 au minimum dans les grandes surfaces.» Oui, c’est vrai, sauf que :

1) Ce n’est pas le même lait. Le consommateur n’achète pas de lait de ferme avec sa mousse, sa crème et son onctuosité. Il trouve en rayon un lait (c’est selon) pasteurisé, écrémé, vitaminé, packagé et conditionné pour être conservé ou non…

2) Le distributeur lui-même n’achète pas son lait au paysan. Il l’achète à une coopérative, au tarif d’un transformateur (0,51 € et non pas 0,28 € payés au paysan) qui a pris sa marge pour couvrir les frais des opérations dont on vient de parler.

Prix de vente et marge du distributeur :

70 % des produits laitiers vendus par la GD sont des produits transformés et hypermarketés. Ils incorporent de moins en moins de matière première. La valeur ajoutée est considérable s’agissant des desserts lactés, des crèmes glacées, etc. La marge nette du distributeur sur ces produits est de 4 à 5 %, et pour des industriels comme Nestlé ou Danone 10 à 12 %. Plus le produit est transformé, moins le prix payé à l’agriculteur « pèse » dans le prix de vente consommateur. Et probablement y a-t-il sur ces gammes une discussion possible sur l’amélioration de la valorisation au producteur.

Mais sur les produits laitiers bruts, il faut arrêter de rêver. Le tableau ci-dessous, fourni par les Centres E. Leclerc du Sud-Ouest, témoigne que la « marge de négociation » est ridicule puisque la marge brute sur un lait 1er Prix est à peine suffisante en 2008 pour sortir un résultat net positif.

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J’ajoute, pour ceux qui l’ignorent encore, que les prix de vente indiqués ici sont ceux qui nous sont imposés par le syndicalisme agricole. Le magasin qui baisse son PVC avait jusqu’ici toutes les chances d’être dévalisé ou saccagé. Faites le tour des magasins de votre ville, vous verrez, tout le monde est, au centime près, au même prix.

Les distributeurs ont-ils profité de l’inflation ?

Puisque les prix d’achat du lait sont fixés par l’interprofession et les prix de vente sous contrôle de la FNSEA, il faut être sacrément culotté pour affirmer que les distributeurs auraient gonflé leurs marges, profitant de l’augmentation des cours en 2008.

Continuons donc à donner des chiffres concrets. Les évolutions de marge des E. Leclerc de Normandie, comme celles de leurs collègues du Sud-Ouest, témoignent qu’au contraire nous avons pris sur nos marges pour diminuer l’impact inflationniste des tarifs laitiers :

- L’augmentation des tarifs du lait Candia (brique 1 litre Viva Candia ½ écrémé) a été de 23,92 % (2008 vs 2007). L’augmentation au consommateur n’a été que de 10,39 %.

- Idem, l’augmentation du prix de la bouteille Candia (Viva TGV 1 litre ½ écrémé) de 26,73 % (tarif 3xnet) n’a été répercutée au consommateur que pour 9,20 %.

- Lactel entier UHT bouteille : augmentation du tarif de 13,59 % versus hausse du prix au consommateur de 11,46 %.

- Enfin, un lait 1er prix Lactel : tarif en hausse de 9,57 %, mais hausse consommateur « seulement de » 5,45 %.

Conclusion provisoire

Nous voulons sortir d’un contexte polémique. Nous ne réclamons pas des félicitations, mais, s’il vous plaît, laissons tomber l’opprobre et le dénigrement systématique. Aucun autre client européen de l’agriculture française ne paie plus cher que nous. Et pourtant nos prix consommateur sont moins chers. Plutôt que de vilipender notre modèle économique qui a la confiance des Français (+ 4 % de CA en 2008), nous proposons d’utiliser notre crédit pour travailler à la valorisation des produits, à la communication des signes de qualité, des labels, des marques de terroir…pour permettre aux agriculteurs d’échapper à la dictature des marchés des matières premières et à la volatilité des cours.

A suivre…


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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8 décembre 2008

Prix du lait (II) : vérités et mensonges…

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Photos Libres

Si l’on veut renouer le dialogue et œuvrer à la recherche de solutions durables, il faut certes en finir avec la violence, mais aussi accepter une part d’autocritique, et surtout travailler hors de tout mensonge et de toute intox. Commençons par rectifier :

«La faute à MEL» :

L’Humanité du 03/12/2008 titre : «Les laitiers victimes de la « loi Michel-Edouard». Un peu partout, les tracts de la FNSEA reprennent cette antienne. Pourquoi cette assimilation (loi LME : Loi Michel-Edouard) ? Tout simplement, parce que les opposants à la réforme de la loi Galland auraient voulu en limiter la portée et ramener l’affaire à la défense des intérêts de Michel-Edouard Leclerc et de ses compères de la distribution.

C’est trop d’honneur, messieurs. Certes, je revendique d’avoir engagé le combat contre la loi Galland (les Centres E. Leclerc étaient les seuls à s’opposer à cette loi). C’est bien nous qui avons alerté le Président et les consommateurs en investissant dans des campagnes de presse et d’affichage. Mais au final, c’est bien la majorité parlementaire qui a voté le projet présidentiel (dont le volet urbanisme commercial s’est limité à libéraliser le hard-discount au détriment des hypermarchés, y compris les nôtres !!!). Permettez donc que je n’assume pas complètement la paternité (sic).

«La faute à la LME ?»

De toute façon, en véhiculant cette thèse, la FNSEA se tire une balle dans le pied. Qu’est-ce que la loi LME, si ce n’est la suppression des marges arrière que la centrale syndicale semblait dénoncer.

Sauf à révéler un double discours (contre les marges arrière en apparence mais d’accord avec l’ANIA pour les maintenir), ceux qui attribuent leurs difficultés à la LME commettent un énorme contresens.

Cette loi ne concerne pas les agriculteurs. Même sous la loi Galland, il n’y avait presque pas de marges arrière sur les produits agricoles. Et indirectement, elle les favorise en ramenant de la transparence sur le marché des grandes marques agroalimentaires, en supprimant les remises opaques et artificielles dont les agriculteurs n’avaient jamais connaissance.

Dans le cas d’espèce, la réforme n’a aucun impact sur la détermination du prix du lait. Sinon, comment expliquer qu’en Allemagne, en Hollande, en Espagne ou en Italie, les cours du lait s’effondrent aussi alors que les négociations commerciales ne sont évidemment pas soumises (tout le monde en conviendra) à la législation française !

La baisse des cours :

Si les cours mondiaux du lait baissent, c’est d’abord pour une question de volume : «nous croulons sous les stocks, et il n’y a plus de marché à l’exportation pour les produits dérivés. Je pense à la Russie ou encore à la Chine, où la demande n’existe plus depuis le scandale du lait…» (Olivier Picot, président de l’Association des Transformateurs Laitiers, Le Monde du 5/12/2008).

Je n’arrête pas de le dire ici (Cf. ma note du 30/10/2008). Le marché mondial s’est retourné parce que les excédents atteignent des niveaux records (7 à 8 milliards de litres de lait). Jean-Michel Lemétayer, comme le former président de la FNSEA, Luc Guyau, s’est évertué à dire le contraire depuis un an. Du coup, anticipant un manque d’offre (et une aubaine en matière de prix), des agriculteurs de l’Ouest ont racheté des vaches en Pologne et en Ukraine, plaidé l’augmentation des quotas, et fait « pisser les vaches » pour bénéficier de la période de hausse. Dur retour à la réalité. C’était une bulle. Il faut maintenant se rendre à l’évidence : trop de lait (notamment sous forme de poudre), voilà l’ennemi.

Nouvelles règles:

La profession s’est prise à son propre piège. Hier, elle a justifié des demandes de hausses tarifaires de 12 à 30 % en se référant à la flambée des cours mondiaux. Aujourd’hui que les cours s’effondrent, elle voudrait changer de système de référence et ne pas avoir à baisser les prix. C’est incompréhensible pour le reste de la profession, mais surtout pour les consommateurs. « Le prix du carburant descend à la pompe parallèlement à celui du pétrole brut. Pourquoi pas celui du lait ou des céréales ? »

Personnellement, je n’ai aucun tabou. Je veux bien croire qu’il faille changer l’étalon du système de fixation des prix. Je ne suis pas expert, pas plus que nos acheteurs. Qu’on définisse donc une règle mais qu’on s’y tienne.

Nous ne cherchons pas être mauvais joueurs. L’important, c’est que nous puissions répondre aux attentes des consommateurs en leur tenant un discours de filière qui soit cohérent et crédible. A défaut, qu’on comprenne combien la situation sera pour nous intenable. Si les prix baissent en Allemagne (30 % chez Penny et Lidl) et pas dans nos magasins, il y a fort à craindre que les distributeurs seront accusés de ne pas avoir répercuté la baisse. Et combien vous pariez qu’il se trouverait des agriculteurs pour nous le reprocher !!!

A suivre, demain.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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7 décembre 2008

Prix du lait (I) : sortir de la violence

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Nouvelle réunion à Rennes, demain à 16 heures, autour du préfet de la région Bretagne. Participeront : les éleveurs, les transformateurs (coopératives ou secteur privé), la distribution. En fait, il s’agit avant tout, dans ce travail en commission, de déminer les conflits en faisant un peu de pédagogie. Ce n’est pas dans cette instance que se détermineront les nouvelles formules qui serviront de calcul au prix du lait. Le problème est technique, compliqué. La situation des éleveurs mérite qu’on s’y investisse. Et sur cet objectif, il est donc grand temps de balayer les fausses accusations qui ont alimenté les tensions dans la filière. L’occasion, ici, d’apporter quelques précisions sur les comportements qu’on attribue à mes adhérents ou à mes propres prises de position.

Violences inadmissibles :

A plusieurs reprises, j’ai dénoncé le marketing désastreux d’un syndicalisme paysan, incapable de faire son autocritique, toujours à la recherche d’un bouc émissaire facile : le distributeur. Les exactions commises, il y a quinze jours, auront causé 1 million d’euros de dégâts dans le seul Finistère. Elles ont provoqué la démobilisation complète des acheteurs et chefs de rayon de la distribution qui en ont ras-le-bol d’être pris pour cible.

Des salariés motivés :

Il faut comprendre que nos salariés sont aussi des fils ou des filles d’agriculteurs, et en tout cas, ils sont passionnés par leur métier. Plus que toute campagne collective de publicité ou les déclarations des hommes politiques, ce sont nos bouchers, nos charcutiers qui ont reconquis la confiance des consommateurs après la crise de la vache folle. Ce sont nos responsables de rayon fruits et légumes qui organisent la promotion des productions bio, rassurent les clients sur l’utilisation des pesticides ou des nitrates. Dans chaque magasin, nos acheteurs sont autonomes. Ils cherchent à privilégier l’offre locale, malgré les propositions alléchantes d’Italie ou d’Espagne (fruits et légumes), d’Allemagne ou des Pays-Bas (porcs et produits laitiers).

Quand le syndicalisme n’a d’autre mot d’ordre que de casser du chariot ou de dévaster les gondoles, il scie la branche sur laquelle sont assis les agriculteurs. Tout ça, finalement, pour passer au JT qui relayera complaisamment. Et l’on entendra le blues du petit producteur devant l’écran de fumée masquant l’enrichissement des céréaliers et des grandes sociétés agroalimentaires.

Hypocrisie :

Comment voulez-vous que, dans ces conditions, les réunions distribution-transformation-agriculture puissent aboutir à un quelconque partenariat. Si la FNSEA veut que les responsables de la distribution donnent un coup de main à la résolution des problèmes du secteur, qu’elle commence par respecter le travail de ses salariés, ce sera plus efficace.

Les leaders syndicaux qui se sont pointés à la Scarmor (Landerneau), jeudi 27 novembre, pour proposer crânement leur médiation et négocier la levée de siège, avaient un sacré culot. Ce sont les mêmes qui, la veille, dans une réunion à Saint-Ségal (Finistère), avaient chauffé la salle, désigné la cible, et dans une atmosphère franchement imbibée, poussé des agriculteurs à venir « bouffer du distributeur ». Voilà qui, aux yeux de nos salariés et de nos adhérents, outrés et très en colère, achève de discréditer une parole syndicale qui fait finalement obstacle à la résolution pratique des problèmes.

Car les problèmes sont réels. Nous ne le nions pas. Mieux, nous sommes prêts à mettre toute notre force de vente et notre crédibilité commerciale pour aider à la recherche de solutions.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 décembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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24 novembre 2008

Pub comparative : en France, c’est compliqué !

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Beaucoup de déplacements en ce moment ! J’ai beaucoup délaissé ce blog. C’est aussi parce qu’avec la crise qui s’annonce, il me faut organiser la riposte pour 2009. Vous verrez, notre enseigne ne sera pas à la traîne… Je réponds néanmoins rapidement aux interrogations exprimées ici, par André et Augustin, sur la publicité comparative (commentaires du 17/11/2008).

La publicité comparative est légale.

1) La législation européenne :

Les conditions de publicité sont clairement balisées : les comparaisons doivent porter sur des données objectives, vérifiables et les publicités ne sauraient contenir d’allégations dénigrantes à l’égard des concurrents.

Plusieurs distributeurs ont publié des comparateurs (notamment Tesco en Angleterre, Colruyt en Belgique). La jurisprudence est claire. Et au fil des pratiques comme des contestations, elle s’affine et laisse place à une interprétation suffisamment large pour animer la concurrence. Les organisations de consommateurs n’y trouvent rien à redire et soutiennent le principe.

2) En France, c’est moins simple :

Ce n’est pas tant une affaire de jurisprudence. Les occasions de saisir les tribunaux n’ont pas été légion puisque, de fait, peu d’acteurs s’autorisent cette forme de publicité.

Paradoxalement (je dis paradoxalement parce que c’est cette enseigne qui nous a attaqués la première lors du lancement de notre comparateur), c’est Carrefour qui a introduit la pratique de la publicité comparative en France dans le secteur de la grande conso. Et à l’époque, dans les années 70, les centres E. Leclerc de la région nantaise avaient alors contesté la qualité et le bien-fondé des comparaisons de prix. Comme quoi !!!

Dans les années 80, Pierre Bérégovoy et Véronique Neiertz avaient voulu modifier la législation française. Leur objectif était d’inciter « les gros », industriels ou distributeurs, à se comparer entre eux. Mais uniquement « les gros ». J’avais alors rué dans les brancards puisque le projet excluait du champ de la concurrence les commerçants déjà les plus chers (GSS, franchisés, distribution sélective, etc.).

J’avais lancé une campagne de publicité dévastatrice, co-signée Jacques Séguéla et Georges Wolinski, pour montrer l’aberration d’une telle limitation. Tous les professionnels cités dans nos pubs, de la boulangerie à la bijouterie en passant par les pompistes, avaient crié au scandale puisque E. Leclerc avait osé révéler leur indice de cherté.

3) Une ambiguïté cultivée par les pouvoirs publics :

Les pouvoirs publics ont toujours tergiversé. Jugez-en : les distributeurs n’ont toujours pas le droit d’afficher leur prix de carburant à la télévision, malgré un intérêt concurrentiel évident. Mais ils sont obligés (c’est un texte législatif) d’alimenter le site de Bercy qui publie sur Internet les prix des carburants de toutes les enseignes, y compris ceux des majors.

Les pouvoirs publics (les ministres à titre personnel) veulent tirer profit d’une médiatisation maîtrisée par eux sans que chaque acteur économique puisse faire valoir sa propre performance et en tirer avantage.

Avec le panier Darcos (quelques dizaines d’articles incontournables de la rentrée des classes) et celui de Luc Chatel (en projet), on est toujours dans la même épure.

Bref, en théorie, tout le monde pousse à la comparaison, la publicité comparative est autorisée, mais à condition que ça n’apparaisse pas vraiment comme de la publicité. C’est un sacré handicap culturel.

4) Les difficultés techniques :

En Angleterre, Tesco compare sans problème le prix des grandes marques chez ses concurrents, mais aussi les marques de distributeur entre elles et les premiers prix. Rien que de normal : après tout, quand un consommateur vient dans un magasin chercher du café, il raisonne bien en « unité de besoin » pour pouvoir tantôt choisir un café de marque ou plutôt choisir un café premier prix…selon ses goûts ou ses moyens.

En France, il a fallu la validation de la Cour d’appel de Paris pour établir la légalité de « quiestlemoinscher.com ». Mais, pour le moment, ça ne concerne que les produits de marques nationales parfaitement identiques. La plupart des industriels et des distributeurs se refusent jusqu’ici à aller plus loin, alors que la législation européenne autorise la comparaison de produits comparables, c’est-à-dire répondant aux mêmes besoins.

Qu’entend-on par comparables ? Ce sont des produits qui ne sont pas les clones les uns des autres, mais dont les variations dans la composition de l’article, de la présentation ou du packaging n’altèrent pas substantiellement la possibilité de rapprocher les prix et de choisir le moins cher. Bref, ce n’est pas parce qu’il y a deux olives de plus sur une pizza ou une tranche de chorizo en moins, que les produits, par ailleurs composés des mêmes ingrédients, ne répondraient pas au même besoin et ne seraient donc pas comparables.

La plupart des internautes qui m’ont interpellé ici depuis deux ans, ne comprennent pas que l’on exclue les MDD et les premiers prix du champ de la comparaison. Ils ont raison d’évoquer le problème.

La publicité que nous avons lancée très récemment sur les chaînes de télévision (comparaison des prix des flans) ose lever ce tabou. Elle repose sur une analyse technique comparative de produits qui répondent aux mêmes besoins. Je veux qu’on poursuive dans cette voie.

Dans la restauration, l’assurance, la banque, les prestations de services, jamais aucun « produit » n’est vraiment totalement identique. A quoi servira la publicité comparative si on limite ainsi la comparaison aux seuls produits « clonés ».

Mon combat, celui des Centres E. Leclerc, c’est d’obtenir, en France, une application large de la législation européenne. J’y arriverai.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 novembre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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30 octobre 2008

« Prix agricoles » : les spéculateurs dans la semoule !

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Qu’il s’agisse du marché intérieur ou des cours mondiaux, toutes les observations sont convergentes. Les prix agricoles dégringolent.

En un an (septembre 2008 vs septembre 2007), le cours du blé (et des céréales en général) a chuté de 40 %. Le prix du lait et du beurre plonge, selon les qualités, de 15 à 30 %. Le sucre redevient raisonnable, et même les oléagineux sont depuis deux mois à la baisse.

Les consommateurs peuvent se réjouir, les agriculteurs ont des raisons de s’inquiéter (sauf les éleveurs qui respirent un peu !).

Je laisse aux conjoncturistes le soin de disserter sur l’ampleur du phénomène. Mais ce retour de balancier nous interpelle autrement. Il pose une question de fond. Jusqu’à quel point le lobby agroalimentaire prend-il les consommateurs pour des imbéciles ? Jusqu’où l’opinion est-elle manipulable par la statistique ?

Il y a un an, en effet, tout le gratin de l’agroalimentaire expliquait l’envolée des prix par l’insuffisance d’une offre mondiale, incapable de satisfaire les besoins des pays émergents. Nous disions la météo 2007 coupable ! On nous rétorquait que nenni ! Les Chinois et les Africains, saturés de riz et de manioc, avaient découvert les vertus de nos céréales, les Indiens se mettaient à consommer du lait, les Russes boulottaient nos légumes !

Pour défendre cette analyse, notre FNSEA, par la bouche et l’écriture de Jean-Michel Lemétayer et Luc Guyau, annonçait une décennie de hausses incontournables : « Les Français doivent s’habituer à une offre alimentaire de plus en plus chère » disaient-ils, profitant, à l’occasion, de vilipender la PAC nouvelle et la fin des subventions agricoles.

Mieux : ce fut le procès quasi stalinien des agrocarburants. Les mêmes qui, deux ans auparavant, ne juraient que par l’apport énergétique des surfaces échappées à la jachère, fustigeaient, comme le PDG de Nestlé, le recours criminel aux agrocarburants (« criminel » parce que poussant à la hausse des aliments dans le Tiers Monde !).

Le parti des OGM en profita pour jouer sa partition. Le monde allait crever de faim si l’on ne développait pas cette alternative secourable !

La chute des cours agricoles, amorcée bien avant la crise financière, met à mal tout cet argumentaire. La météo a remis le curseur à sa place ; les récoltes canadiennes, américaines et bientôt australiennes vont permettre de rééquilibrer l’offre. Et nos laitiers n’ont qu’un objectif, empêcher Lactalis et autres Danone de fixer des prix en rapport avec les cours mondiaux.

En réalité, le discours de fond est probablement le bon. Comme pour l’énergie, l’inflation des prix alimentaires va de paire avec l’augmentation accrue des besoins dans les pays émergents. Mais un discours excessif, alimenté par les différents lobbies, conduit à une surdramatisation aveugle. Le retournement de la conjoncture devrait conforter la recherche sur les agrocarburants de la deuxième génération et éviter qu’on confonde analyse et précipitation.

En attendant la prochaine vraie mauvaise récolte, saluons la baisse et regardons comment elle va se répercuter dans les tarifs.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 octobre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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7 octobre 2008

Diviser l’inflation par 2, c’est possible !

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J’ai participé, avec d’autres de mes confrères et concurrents, à la journée organisée, jeudi dernier, par la revue professionnelle LSA, sur le thème « La nouvelle loi LME et la négociation commerciale ». Il s’agissait de répondre aux questions de la rédaction (Yves Puget et Jérôme Parigi), et le moins qu’on puisse dire, c’est que les interrogations ne manquaient pas car dans la période qui s’ouvre (et qui se terminera en février puisque c’est la loi qui nous l’impose), nous allons vivre une véritable révolution culturelle.

En prenant connaissance des courriers qui me sont depuis parvenus, il m’a semblé nécessaire de redire, ici, sous une forme peut-être plus cohérente, les éléments de stratégie qui vont animer les adhérents de notre enseigne dans les mois qui viennent.

1) Pour les collaborateurs et adhérents qui animent la politique commerciale des Centres E. Leclerc, le diagnostic ne fait aucun doute. Ce que l’on appelle « l’économie réelle » (par opposition à l’industrie financière) va être, en 2009, profondément impactée par la crise. Le crédit va se faire rare et plus cher. La production intérieure brute va continuer à reculer. Mais surtout, la consommation risque de perdre son rythme, déjà fragile, vu les perspectives de pouvoir d’achat.

Nos équipes travaillent à partir des indicateurs établis par le BIPE à qui nous confions, depuis 2004, l’élaboration d’un indice de pouvoir d’achat effectif des Français.

- Depuis l’an 2000, le pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) a progressé moitié moins vite que l’indicateur macroéconomique du pouvoir d’achat élaboré par l’INSEE.

- Pour 2008, le pouvoir d’achat effectif, selon l’indicateur BIPE/E. Leclerc, régressera de 1,3.

- Pour 2009, les prévisions sont plus négatives encore (moins 1,9).

Pour la première fois depuis longtemps, le revenu disponible des ménages va baisser pour deux années consécutives.

2) Cette situation est évidemment vécue avec anxiété par les ménages français. La tentation est forte d’accroître l’épargne liquide, mais aussi de restreindre le mode de vie en limitant la consommation. (Les foires aux vins, malgré leur attractivité, ont suscité un chiffre d’affaires bien moindre que les années précédentes (entre moins 12 et moins 20 % selon les enseignes).

3) En ligne de mire, les fauteurs présumés de l’inflation. Les études publiées par le CREDOC confirment une perte de confiance dans les grandes marques industrielles et les enquêtes d’IPSOS révèlent une dégradation de l’image des entreprises de consommation.

4) Avec les HD (dont Netto d’Intermarché), les Centres E. Leclerc, Système U continuent à prendre des parts de marché. Dans le monde des hypers, notre enseigne bénéficie d’un capital confiance inaltéré, fruit de notre politique de prix bas mais aussi de la lisibilité de notre engagement permanent pour le pouvoir d’achat.

Dès lors, cette situation nous confère une responsabilité. Non seulement, l’intérêt de nos entreprises (patrimoine, profitabilité, capacité de recrutement) exige que nous restions bien calés sur nos fondamentaux. Mais c’est aussi l’intérêt des industriels que de pouvoir s’appuyer sur le dynamisme de nos réseaux plutôt que d’essayer d’y faire passer des hausses de tarifs excessives.

5) Depuis « la rentrée », nous avons décidé de bloquer toutes les hausses tarifaires (5,7 % en moyenne) et d’inscrire la négociation commerciale dans une perspective draconienne : ramener l’inflation à 2 % en rythme annuel dans nos magasins dès le début 2009. Ce n’est pas encore une promesse, mais c’est notre objectif.

Chaque contrat sera négocié individuellement, pied à pied, dans le respect du nouveau cadre légal, mais en ouvrant tous les tiroirs de la négociation. (Je ne parle pas ici des PME, ni de l’agriculture, mais uniquement des marques nationales).

a) Les grandes marques ont invoqué, depuis 2 ans, la hausse des matières premières pour proposer des augmentations tarifaires importantes. Or, certains marchés se retournent : le beurre a baissé de 31 %, la poudre de lait de 35 % en moyenne, le blé (Eure-et-Loir) de 19 %, le maïs (Eure-et-Loir) 12 %, le sucre 2,6 % (août 2008 vs août 2007). Les consommateurs sont en droit d’attendre des baisses de prix effectives.

b) La loi Galland a été abolie. Plus besoin de faire de la gonflette tarifaire pour proposer, par la suite, des compensations sous forme de rémunération de coopération commerciale.

Donc parlons tarif et collons au marché : il faut des baisses directes.

6) Les résistances seront nombreuses. Certains arguments sont pertinents. Il est évident que nous devrons laisser passer des augmentations pour les entreprises qui s’approvisionnent sur des marchés toujours à la hausse (cacao, café, huiles). On va négocier les taux, chercher à étaler les hausses dans le temps. Mais pour rétablir la confiance sur les marques, il faut impérativement que baissent celles qui bénéficient de coûts d’approvisionnement plus faibles que l’année dernière.

7) Sous quelle forme ? Là est un autre débat.

Des industriels (Panzani, Danone), sous des formes diverses, proposent des réductions de prix à leur seule initiative ou des articles plus cheap, îlots de baisse dans un océan de hausses. D’autres préfèrent attendre, maintenir des hausses de précaution, quitte à proposer des compensations sous forme de promotions ou de rabais éphémères.

Les temps ont changé. Les consommateurs disent ne plus s’y retrouver dans le flot de suractivité promotionnelle et les révélations de 60 Millions de Consommateurs sur les bidouillages de packaging exigent qu’on revienne à une pratique plus transparente.

8) Alors, les promos, oui ! Elles sont nécessaires pour animer le marché. Mais d’abord le prix net, le prix lisible, le prix de référence. Voilà l’objectif.

La loi LME a supprimé les marges arrière. Elle ne rend plus nécessaire toutes ces constructions artificielles dont l’élaboration constituait le menu principal de la négociation commerciale.

Ce que veulent les consommateurs aujourd’hui, ce sont des offres claires. Il faut sortir du « tout promo », remettre de la performance dans les prix de fond de rayon quel que soit le niveau de gamme.

Voilà nos lignes directrices. Place aux actes, à suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 octobre 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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10 juillet 2008

Carburant : la RATP fait ses courses chez E. Leclerc

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Cette information est destinée à tous ceux qui s’intéressent au marché de l’énergie et à la capacité des grandes surfaces de capter des nouveaux marchés.

Siplec, la coopérative d’achat de carburants des Centres E. Leclerc, vient de remporter un important appel d’offres pour approvisionner le réseau de bus de la RATP.

Pierre Mongin, Président de la RATP, avait invité les principaux acteurs de la distribution pétrolière, le 11 mai 2007, au siège social de la RATP, quai de la Rapée.

Le Président de la Régie, dans un contexte de forte tension des marchés pétroliers, avait annoncé sa volonté d'élargir à de nouveaux acteurs l'appel d'offres d'approvisionnement en carburant de la flotte de la RATP pour une période de 2 ans.

Siplec, société pétrolière des Centres E. Leclerc, avait donc fait acte de candidature et répondu à un premier appel d’offres lancé le 27 juin 2007. Présélection, rounds de négociation, les équipes de Siplec (22 personnes encadrées par Patrick Rébuffie, Thierry Forien, Vincent Muller et Rémi Thomas) ont remporté le marché pour un approvisionnement exclusif sur la période décembre 2007/juin 2008. Durant ces 6 mois, les 4 200 bus de la Régie ont été fournis en gazole classique et en gazole B30 (30 % d'ester d'huile végétale), soit environ 44 500 m3 de gazole et 2 500 m3 de gazole B30.

Au terme de ce contrat, un nouvel appel d’offres a été lancé par la RATP. C’est encore Siplec qui l’a remporté pour livrer les 25 centres bus, en quantités équivalentes, pour une nouvelle période de 6 mois (22 juin 2008 au 21 décembre 2008).

Le contrat est d’abord un contrat de fourniture. Mais les techniciens de Siplec travaillent aussi en étroite collaboration avec la RATP dans le suivi technique du gazole B30. Ce produit est actuellement réservé aux flottes captives. Son avenir dépendra évidemment du sort réservé aux biocarburants dans la Communauté Européenne.

Je suis particulièrement fier de la mobilisation de nos équipes. Siplec est un peu mon bébé. Je l’ai créée, j’y ai fait mes armes, et c’est grâce à l’investissement de nos cadres que l’enseigne a gagné ses galons de crédibilité dans la bataille sur le prix des carburants. Non seulement cette coopérative est devenue le deuxième opérateur français sur le marché pétrolier, livrant les centres E. Leclerc et même une grande partie des magasins à l’enseigne « U », mais voilà qu’elle élargit sa clientèle. C’est évidemment une preuve de sa performance prix, mais c’est aussi une réponse à tous ceux qui s’interrogent sur les limites des capacités commerciales des hypermarchés en matière d’énergie.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 juillet 2008 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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1 juillet 2008

Pharmaciens contre épiciers : une querelle vieille de trois siècles !

Les plus anciens s’en souviendront : il y a 20 ans, les Centres E. Leclerc ont pris l’initiative de vendre des produits de dermocosmétique et de parapharmacie, déclenchant une polémique mémorable. Débats télévisés, harangues et publicités, procès jusque devant le Conseil de la Concurrence et la Cour de justice européenne. Tout cela pour finalement obtenir la libre commercialisation de cotons-tiges, crèmes solaires, préparations multivitaminées, préservatifs...

Notre dernière campagne sur le prix des médicaments non remboursés a provoqué un même prurit de colère de la part d’une corporation arc-boutée sur la défense de son monopole.

Vues de l’étranger, toutes ces polémiques sont décrites comme les avatars d’un corporatisme excessif, comme l’expression d’un protectionnisme complètement décalé vu les pratiques des autres pays européens. Les commentaires les plus acerbes n’hésitent pas à qualifier d’archaïque « une législation si peu ouverte à la concurrence et à la défense des usagers ».

Archaïque ? Si le terme est polémique, la réalité confirme que la querelle puise sa raison d’être dans une histoire qui remonte au moins à trois siècles. Une amie historienne, plongée dans la rédaction d’une thèse sur le marché du sel au XVIIIème siècle, m’a fait parvenir quelques vieux textes trouvés au Centre Historique des Archives de Paris.

I – « 16 juillet 1775 : Réflexions proposées par les Commissaires de la Faculté (de médecine) pour fixer les limites des deux états d’Apothicaires et d’Epiciers.

- Nul Epicier ne pourra…vendre et débiter aucune drogue simple servant à la médecine avant d’avoir passé un examen devant les Députés ordinaires de la faculté…

- Il sera permis à tout Epicier reçu de vendre à tout poids toutes les drogues simples en substance, entières, hachées, coupées, râpées, concassées…mais ne pourra pas mêler les poudres de différentes substances.

- Il lui sera défendu de tenir confondues dans la même boutique les objets comestibles avec les drogues dangereuses par leur nature comme les poisons et les préparations de minéraux servant à la peinture… Au moins il sera contraint de tenir ces marchandises dans un endroit séparé… Il y aura un comptoir, des balances et autres instruments qui ne pourront servir qu’à la vente de ces sortes de marchandises.

- Il sera permis aux Epiciers d’acheter chez les Apothicaires de Paris les mêmes compositions galéniques et chimiques dont l’importation leur est permise… L’Apothicaire sera tenu de les sceller de son cachet que l’Epicier n’aura pas le droit de rompre…

1- Tableau des drogues simples permises aux Epiciers (extrait):

Du règne végétal : les racines, les champignons,…

Du règne minéral : les sels, les minéraux inflammables…

Du règne animal : les crapauds et grenouilles, les scorpions, les vipères, les cloportes, les yeux et les pattes d’écrevisse, les mâchoires de brochet, l’os du cœur de cerf, le sang de bouquetin, le fiel de taureau, le poumon du renard…

2- Préparations interdites aux Epiciers (extrait):

La lotion et coction de la térébenthine
La préparation philosophique de corne de cerf
Les fécules des plantes

3- Compositions que les Epiciers ne pourront vendre en débit (extrait):

Les sirops d’absinthe, de quinquina, de chou rouge
Les gelées de corne de cerf et de vipère

4- Préparations de chimie dont la confection et la vente sont permises aux Epiciers (extrait):

Les huiles essentielles de plantes
L’eau de mélisse, l’eau divine, les eaux odorantes de feuilles, tiges, fleurs, fruits, écorces, bois et racines

II – 25 avril 1777 : Déclaration du Roi portant règlement pour les professions de la pharmacie & de l’épicerie à Paris.

Nous avons considéré qu’étant une des branches de la médecine, la pharmacie exigeait des études et des connaissances approfondies… Nous avons eu pour but de prévenir le danger qui peut résulter du débit médicinal des compositions chimiques, galéniques ou pharmaceutiques entrant dans le corps humain confié à des Marchands qui ont été jusqu’à présent autorisés à en faire commerce sans être obligés d’en connaître les propriétés…
Nous avons jugé nécessaire de fixer entre les deux professions des limites qui nous ont paru devoir prévenir toutes contestations et opérer la sûreté dans le débit des médicaments…

- Les Maîtres en pharmacie…ne pourront à l’avenir, cumuler le commerce de l’épicerie : ils seront tenus de se renfermer dans la confection, préparation…de compositions médicinales.

- Les Epiciers continueront d’avoir le droit de faire le commerce en gros des drogues simples.

- Défendons aux Epiciers de fabriquer et vendre des sels, compositions ou préparations entrant dans le corps humain sous forme de médicaments…

III– Juin 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie présentée au Roi

…les limites des deux états ont de tout temps été établies :

- L’état de l’apothicaire réside dans les compositions médicinales.

- L’état de l’épicier droguiste consiste dans la vente de toutes les productions de la nature.

- …les pâtes et conserves de guimauve, de violette, d’angélique, de coing et autres qui sont le plus souvent de simples agréments sous le titre de bonbons, deviennent quelquefois des médicaments par l’ordonnance du médecin… Si les prohibitions subsistaient, les apothicaires pourraient contester aux épiciers leur état de confiseurs !

Plaise à Votre Majesté de défendre aux apothicaires de vendre des dragées, pastilles, chocolats, bonbons, sirops d’agrément, liqueur de table, parfums, eaux odorantes servant à la toilette.

IV– Août 1777 : Réponse du Collège de Pharmacie à la requête du Corps de l’Epicerie (extrait)

La déclaration ôte aux Epiciers environ 100 concurrents (produits) ; elle ne leur enlève aucune partie de leur commerce dont les branches sont à l’infini. Elle ne laisse aux pharmaciens que la vente et le débit de toutes les compositions et préparations médicinales… Les épiciers voudraient-ils leur enlever leur seul et unique avantage ?

V– Octobre 1777 : Requête du Corps de l’Epicerie en réponse à la réplique des Apothicaires.

…Le corps de l’épicerie s’est trouvé dépouillé sans avoir été entendu.
Les apothicaires, par des motifs de jalousie, veulent faire croire au public que toutes les préparations vendues par les épiciers sont défectueuses. On ne les croira pas lorsqu’on saura qu’elles sont scrupuleusement visitées par Messieurs de la Faculté de Médecine avant d’être mises en vente.
Le public peut donc se tranquilliser sur la bonne qualité des médicaments que distribuent les épiciers. »

Le débat ne date donc pas d’aujourd’hui. Des écrits de cette nature, il y en a pour nourrir toute une bibliothèque. Et au rythme où va la polémique, on a comme l’impression qu’effectivement les corporations françaises ne sont pas près de sortir de leurs rivalités de comptoir !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 juillet 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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26 juin 2008

Alliance stratégique entre les Coopérateurs d’Alsace et les Centres E. Leclerc

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Suite à l’annonce d’un partenariat Coop Alsace/E. Leclerc le 19 juin 2008, beaucoup de questions par mail ou par courrier auxquelles il me faudra répondre. Yves Zehr, Président du groupe Coop Alsace et moi-même nous expliquerons sur le contenu de l’alliance lors d’une conférence de presse qui se déroulera à Strasbourg le 1er juillet 2008.

Mais dès à présent, je précise :

1) Qui sont les Coopérateurs d’Alsace ?

Fondé en 1902, le groupe Union des Coopérateurs d’Alsace (UCA) est une société coopérative de consommation qui appartient à environ 150 000 sociétaires, principalement des familles de consommateurs. Elle fut créée dans le but d’acheter et de fabriquer des denrées alimentaires pour les revendre au prix le plus juste.

Aujourd’hui, c’est un réseau de 214 magasins de tailles variées, allant du commerce de proximité (Le Mutant, Point Coop) jusqu’à l’hypermarché (Rond Point).

L’UCA est le premier distributeur indépendant alsacien. Elle représente environ 17 % de part de marché dans la région avec un chiffre d’affaires consolidé de 819 millions d’euros (+ 3,9 %) en 2007.

2) Quelle est la motivation de l’UCA ?

Pour son Président, Yves Zehr, la nouvelle législation économique actuellement débattue au parlement nécessitait que les Coopérateurs d’Alsace « redeviennent manoeuvrants » en se donnant les moyens d’être plus performants sur les prix et l’approvisionnement.

La fin du contrat de filiation avec la centrale d’achat CORA, partenaire de l’UCA depuis vingt ans, a créé l’opportunité d’une recherche d’alliance avec un groupe de taille européenne et qui partageait les mêmes valeurs.

C’est à la suite de discussions avec plusieurs autres enseignes que l’UCA a sollicité un rapprochement avec E. Leclerc.

L’UCA était sur le point de signer avec Système U. Hansueli Loosli, Président de Coop Suisse et actionnaire de l’un des magasins des Coop d’Alsace (hypermarché de Saint-Louis), a convaincu Yves Zehr que l’alliance avec E. Leclerc était non seulement possible mais souhaitable.

3) Qu’apporte l’alliance aux partenaires ?

L’UCA va pouvoir bénéficier des conditions de négociation et d’achat, et de l’organisation logistique des Centres E. Leclerc, de son implication dans les réseaux internationaux via Coopernic, ou dans les pays d’implantation européens de E. Leclerc.

L’UCA et ses filiales auront accès à toutes les marchandises et services référencés ou fournis par toutes les structures collectives existantes du réseau E. Leclerc. Les magasins de Coop Alsace pourront donc accéder aux MDD, aux premiers prix, et aux conditions de référencement des grandes marques obtenues par le GALEC (Groupement d’Achat E. Leclerc).

Ce transfert de savoir-faire s’exprimera dans des domaines aussi variés que la politique de prix, les techniques promotionnelles et de fidélisation, le développement des concepts spécialisés.

De son côté, E. Leclerc bénéficiera d’une implantation régionale plus forte. Les quelques centres E. Leclerc établis en Alsace ne représentaient que 3,8 % de part de marché. L’alliance lui permet d’étendre son enseigne sur 7 hypermarchés Rond Point et une quarantaine de supermarchés qui prendront l’enseigne E. Leclerc Express.

4) N’y a-t-il pas risque de position dominante ?

Non. La situation nouvellement créée génère d’ailleurs une situation plus concurrentielle que la précédente, quand Coop Alsace était adossée au groupe Cora.

Après cette opération, l’alliance E. Leclerc/Coop Alsace représentera environ 23 % de part de marché. Les implantations sont très complémentaires.

Par ailleurs, et c’est très important, l’alliance respecte intégralement la liberté et les spécificités de chacun des deux groupements. Le partenariat exclut toute vente, tout transfert de propriété entre Coop Alsace et E. Leclerc. Chaque groupement continue de gérer de manière autonome ses ressources financières et humaines, son réseau et son expansion.

5) L’existence d’un réseau de petits magasins de proximité est-elle compatible avec l’enseigne E. Leclerc ?

Comme je l’ai dit, les hypers prendront l’enseigne E. Leclerc, les plus grands supermarchés celle de E. Leclerc Express. Mais l’accord bénéficiera aussi à tout le réseau des petits magasins de proximité caractéristiques de l’implantation urbaine des Coop d’Alsace. Seule, l’enseigne Le Mutant n’est pas concernée par le contenu de l’alliance (une dizaine de petits magasins). Elle bénéficie d’un accord d’approvisionnement par les Coop de Normandie.

De ce point de vue, l’accord est vraiment gagnant/gagnant. E. Leclerc va pouvoir tester de manière plus rationnelle le modèle économique de E. Leclerc Express autour d’une même logistique (ce que ne lui permet pas l’implantation actuelle trop dispersée dans l’hexagone). Et les petits magasins de proximité de Coop Alsace vont bénéficier des conditions d’achat d’hyper.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 26 juin 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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12 juin 2008

Class actions, délais de paiement, négociations tarifaires et urbanisme commercial : la loi LME échauffe les esprits

Plus d’un millier d’amendements ! Ca chauffe au Palais Bourbon. « Loi LME, Loi Michel-Edouard », disent les mauvaises langues. Pas la peine de rajouter à la polémique d’autant que pour discréditer le texte, les adversaires de la libre concurrence voudraient y lire une paternité que je ne revendique pas, même si nos campagnes en furent à l’origine, même si j’approuve l’esprit général et certaines dispositions. Faisons le point.

1) Les class actions :

Elles sont demandées par les organisations de consommateurs, UFC-Que choisir en tête. Au vu des dérives constatées aux Etats-Unis, on mesure le risque d’effets pervers (contentieux interminables, surenchère financière (racket ?) avec menace de médiatisation outrancière). Mais je partage l’avis de Luc Chatel. Il vaut mieux être proactif sur le sujet et œuvrer pour un dispositif intelligent, filtré par les associations agréées et suffisamment balisé pour en maîtriser l’exercice. Le gouvernement envisage de discuter la question d’ici la fin de l’année en mettant en perspective le dispositif des class actions dans l’ensemble du système de contrôle judiciaire. C’est une bonne initiative, n’en déplaise à la majorité des patrons réticents.

2) Les délais de paiement :

Je suis pour une réduction progressive au bénéfice des PME, fournisseurs de l’industrie, de la distribution, des collectivités locales et de l’Etat, tous secteurs d’activités confondus (produits et services). Elle offrira un horizon favorable à nos PME et à leurs banquiers. Il s’agit de re-transférer la charge de trésorerie de l’amont vers l’aval. Macroéconomiquement, ce changement peut se faire « à somme nulle ». Les libéraux s’offusqueront : « le délai de paiement est un élément du prix et doit pouvoir se négocier ». Soyons pragmatiques, les PME n’ont pas le rapport de force pour eux. L’intérêt de procéder par voie législative, c’est de limiter les discriminations entre formats et acteurs concurrents (la réduction des délais impacte indifféremment tous les comptes d’exploitation d’un même format. Tout le monde est à la même enseigne (sic)).

3) La négociabilité des tarifs :

Evidemment, je suis pour. Mon enseigne la réclame depuis toujours. Heureux de voir que, désormais, tous les distributeurs s’y rallient. Le retour à la négociabilité des tarifs, c’est le retour à la vérité des prix, c’est la vraie condition de suppression des marges arrière. Contrairement aux affirmations de l’ANIA et de l’ILEC, la répercutabilité des marges arrière (lois Dutreil et Chatel) ne suffit pas pour rendre vertueux un système qui maintient la surenchère sur les prestations de services et pousse, de ce fait, à la hausse des tarifs et des prix. (Comme me le rappelle souvent un adhérent de Lannion, mon métier c’est d’acheter et de vendre des produits, pas de louer mes linéaires !). Le droit des contrats stipule que chacun (fournisseur et distributeur) doit respecter ses obligations. C’est bien de le rappeler (amendement J.P. Charié). Mais attention ! Si on reconduit le système des tarifications de chaque prestation (revendication de l’ANIA), on maintient la fiction d’un marché de prestations déconnectées de la vente. On ne sortira jamais de la loi Galland.

4) L’urbanisme commercial :

Beaucoup d’études simplistes ou statistiquement inexactes ont été produites pour aboutir à ce constat de bon sens : les prix sont d’autant plus bas qu’il existe une saine concurrence dans chaque zone de chalandise. Et la garantie de cette concurrence, c’est la présence des enseignes les moins chères.

Le texte de loi, de ce point de vue, souffre d’une énorme contradiction. Il désigne du doigt le prix des grandes marques dans les hypers (opération Chatel à Strasbourg), mais ne libère la concurrence que pour les formats inférieurs à 1 000 m², c’est-à-dire principalement les hard-discounters qui ne vendent pratiquement pas de marques (200 références maxi chez Lidl, le mieux doté).

Dans cette affaire, le gouvernement fait le service minimum. Il réplique à la Commission de Bruxelles qui lui a enjoint d’intervenir pour faciliter l’implantation des HD. Mais ce faisant, la loi n’aura aucun impact sur les prix. Les HD vendent des produits pas chers. Mais les Carrefour et autres Casino ne craignent pas vraiment cette concurrence. Les HD se développent essentiellement en centre ville d’où ils tirent leur progression de part de marché. En revanche (et c’est ce qui explique la bronca des élus de petites villes), la libre implantation de HD menace directement le commerce de proximité et de centre ville. Jean-Pierre Raffarin me le confirmait récemment (lors d’un débat pour Le Figaro). Il habite Chasseneuil du Poitou : « 3 ou 4 HD supplémentaires à Poitiers ne modifieraient pas l’attractivité de cette ville et ne pèseraient pas beaucoup sur les prix. Mais un seul HD à Chasseneuil et c’en est fini du commerce de ma ville ! ».

Vu les contradictions et les limites du projet, j’approuve la proposition de Jean-Paul Charié. Il faudra revenir devant le Parlement pour faire sauter « ces effets de seuil » et réintégrer le système d’autorisation des hypers dans le droit général de l’urbanisme. De toute façon, à l’heure d’Internet, cette histoire de mètres carrés n’a plus de sens.

Je reviendrai prochainement sur ce sujet. En attendant, le débat, même sous ses aspects polémiques et brouillon, aura deux mérites. Il permettra de s’attaquer à l’inflation à la source, dès le décret d’application. Et sur les autres sujets, il aura fait « bouger les lignes ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 juin 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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3 juin 2008

Crise de la pêche : le dialogue, c’est préférable !

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La réunion qui s’est tenue, jeudi 29 mai, au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, a certainement frustré les représentants des artisans pêcheurs. Pas de mesure nouvelle, pas d’annonce fracassante sur la baisse du prix du gasoil ou une éventuelle exonération des charges sociales. Mais ces discussions, engagées à l’initiative des pouvoirs publics, ont eu deux mérites :

1) Rétablir le dialogue interprofessionnel ;
2) Dédouaner la distribution des accusations de marge trop élevée sur le poisson.

1) Le dialogue plutôt que le « baston »

En se livrant à de la casse, dans les rayons poissons comme sur les routes, les pêcheurs ont certes voulu dire « leur colère ». Pour autant, leur violence était inexcusable et complètement contre-productive.

Inexcusable (comme le sont tous les actes de banditisme) parce que la crise était prévisible, qu’elle était largement annoncée. Ca fait des années que la Commission Européenne et les pouvoirs publics ont tiré la sonnette d’alarme sur l’appauvrissement des ressources halieutiques, et qu’on parle de modernisation nécessaire des bateaux (moindre consommation d’énergie).

Bien sûr, les solutions ne sont pas évidentes. De là à s’en prendre aux autres acteurs de la filière (mareyeurs, importateurs, transporteurs ou distributeurs), il y a une réflexion qui aurait dû sauter aux yeux des pêcheurs : ce n’est pas en s’attaquant aux clients, aux acheteurs, grossistes ou détaillants qu’on leur donnera envie de vendre du poisson, surtout s’il doit devenir plus cher.

Ces exactions ont choqué nos poissonniers, souvent issus du même milieu, et probablement les mieux à même de promouvoir et de moderniser la filière.

Je voudrais d’ailleurs ajouter ceci : nos salariés ont été d’autant plus choqués qu’ils ont assisté à des pillages, des destructions alors que la police leur demandait de rester à l’écart, sans intervenir elle-même. Avec des journalistes qui, eux, caméra au poing, avaient seuls le droit de pénétrer à l’intérieur des entrepôts ou des poissonneries pour faire écho de ce triste spectacle au journal TV. Comme me l’a dit l’un d’entre eux : « Moi, si j’avais assisté à un casse dans les bureaux de TF1ou de FR3, je ne me serais pas permis de prendre des photos ou des films pour les revendre à une chaîne bien que cela eût été rentable. J’aurais appelé les flics ».

De toute façon, ces violences n’avaient pas d’objet, comme en témoigne l’analyse des comptes d’exploitation réalisée par l’OFIMER.

2) C’est le deuxième mérite du cycle de réunions lancé par Michel Barnier. L’OFIMER a procédé à l’analyse des comptes d’exploitation de toute la filière.

Les pêcheurs s’étonnaient de l’écart entre le prix payé au consommateur et leur propre rémunération à quai. Il leur a fallu se rendre à l’évidence. Mareyeurs, distributeurs ? « Si l’un d’entre eux faisait une marge extraordinaire, cela se saurait ! » a dit Michel Peltier, directeur de l’OFIMER. Convaincus ou pas, les pêcheurs devront affronter cette réalité : la désignation d’un bouc émissaire ou la focalisation sur la marge de l’un ou de l’autre des acteurs de cette filière n’offre pas de piste de réforme possible.

D’autres réunions vont avoir lieu. Il s’agit maintenant de reprendre l’offensive et de relancer le marché du poisson.

La filière pêche, du fait de la diminution des ressources, est menacée. C’est le problème numéro un. Il faut donc clairement poser la question des sources d’approvisionnement, de l’élevage et des produits de substitution (d’importation ?).

Il faut aussi une réflexion sur les conditions de mise en marché du poisson (création de labels et de marques pour fidéliser les consommateurs).

Un chantier énorme dont les principaux acteurs seront d’abord les poissonniers, principaux promoteurs du poisson. Voilà qui nécessite aussi qu’on les respecte, qu’ils travaillent à Rungis, en centre ville ou en grande surface.

C’est du bon sens, mais par les temps qui courent…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 juin 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Pol.) , Consommation , Distribution , Economie , Politique , Prix / Concurrence
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6 mai 2008

Loi LME : le forcing de l’ANIA

Mobilisées contre le projet de loi LME (Loi de Modernisation Economique) qui sera débattu au Parlement le 22 mai, 7 grandes fédérations professionnelles se sont, le 24 avril, érigées en rempart de l’industrie et de l’agriculture françaises. Sans complexe, sans pudeur, sans retenue, l’ANIA, maître d’œuvre de l’opération, décidait de s’abriter derrière le sort des « Petits » (CGPME, agriculteurs) menacés de faillite ou de délocalisation. Rétablir la négociabilité des tarifs reviendrait à « remettre les clés de nos entreprises aux mains de la grande distribution », assénait le grand maître de cérémonie, Jean-René Buisson, ancien de Danone, vice-président du MEDEF, président de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires).

JRB n’a jamais fait dans la dentelle. Avec lui, sur un plateau de TV, devant une commission parlementaire, ou même en face du Président Sarkozy, on est dans un film de Coppola. Avec gros plan sur les regards furibonds, la rougeur de peau sensée illustrer la colère, et le doigt pointé pour la détermination ! Les slogans jaillissent spontanément de sa bouche. Avec lui, on n’est jamais dans un cercle distingué d’économistes. Tout est dans le rapport de forces.

Dans son interview télévisée du 24 avril, le Président a coupé court à l’évocation de cette pression des grands industriels. Passablement irrité, il a renvoyé chaque corporation dos à dos. Il fera la négociabilité des tarifs, a-t-il assuré.

Mais JRB entend bien mener sa « blitz krieg » sur les parlementaires UMP, dont il sait que les députés ruraux sont sensibles à la cause des « Petits ». La loi Galland, c’était déjà cette fraction du RPR et de l’UDF qui l’avait votée ! Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob avaient su récupérer les angoisses de la France rurale et habiller cette loi anti-concurrentielle de plusieurs vertus supposées : protection des PME, aménagement du territoire, préservation de l’emploi que « tue le prix bas », etc. Il ne faut donc pas négliger l’impact du lobbying de l’ANIA sur les députés et les sénateurs.

A la lecture des documents émanant de l’ANIA, le rouleau compresseur, JRB, a mis le paquet ! Dans une note adressée aux associations adhérentes, il récapitule les arguments des industriels (nous y reviendrons dans une prochaine note) et les actions « que nous prévoyons d’engager jusqu’à l’adoption du texte par le Parlement ».

Je serais député, je n’aimerais pas trop être cité dans ce genre de document. Personne n’a jamais eu d’illusions sur l’autonomie de certains parlementaires. Les officines sont légion et très actives dans les sous-sols de l’Assemblée. Chaque corporation a ses relais, fait appel à des sociétés spécialisées et tient couvert de manière tout à fait transparente à la Maison de l’Amérique Latine, chez Ma Bourgogne et jusqu’à la table de Le Divellec, de l’autre côté de la place des Invalides.

Il n’empêche ! Il ne faut avoir peur de rien pour confirmer ces déjeuners « avec une vingtaine de députés très positifs et avec lesquels nous gardons un contact serré. Ces échanges nous ont permis d’identifier clairement les députés qui pourront soutenir nos différents amendements, en cours de finalisation. . »

Quels députés ? « Je tiens à votre disposition un fichier à jour avec la liste des députés et sénateurs rencontrés, afin de bien quadriller le dispositif et de n’oublier personne. »

JRB envisage de rameuter devant le Parlement : « Nous vous confirmons par ailleurs que le principe d’une manifestation publique est retenue, si les démarches entreprises actuellement n’aboutissent pas. » Attendons-nous à voir donc défiler la fine fleur des PME françaises, mobilisées par la CGPME, et les agriculteurs. Peut-être même y verra-t-on les représentants de quelques syndicats de salariés de l’industrie agroalimentaire (FGA CFDT) qui ont toujours défendu les intérêts patronaux dans ce débat sur la loi Galland.

Mais j’ai hâte de voir si, dans le cortège, les patrons de Nestlé, de Danone, de Lactalis, de Bonduelle ou des grandes entreprises agroalimentaires oseront s’afficher dans la cohorte des « Petits ». Je ne suis sûr que d’une chose : au milieu des slogans contre les prix bas, il n’y aura aucune pancarte pour afficher la hausse des profits de ces entreprises en 2007.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 mai 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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9 avril 2008

Prix des médicaments : le débat interdit !

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© Le moniteur des pharmacies n° 2724 du 05/04/2008

Il suffit de lire les commentaires outranciers affichés sur ce blog depuis le week-end dernier : le débat sur le prix des médicaments, fussent-ils sans ordonnance et promis par le gouvernement à passer « devant le comptoir », est impossible. A l’image de cette caricature parue dans Le Moniteur des Pharmacies de cette semaine, la profession n’aurait d’autre argument que l’invective, le mépris : « T’es épicier, donc t’es un commerçant, donc t’es un voleur, donc touche pas à mes médicaments ! »

Je le dis tout net, je ne répondrai pas à cette vague d’opprobre. Je n’avais pas l’intention de partir en croisade contre les pharmaciens. Je les respecte et respecte leur métier. Je ne rentrerai pas dans une querelle corporatiste. Et pas plus, je ne me livrerai à une polémique inutile avec Roselyne Bachelot. (Si notre publicité est mensongère, qu’on la fasse cesser. Mais je rappelle que déjà le CSA a rectifié le BVP, et que le Juge des référés n’a pas eu à donner suite.)

De toute façon, à chaque fois c’est pareil. Tout le monde convient qu’il faut ouvrir l’industrie et le commerce français à la concurrence, que notre économie est paralysée par les rentes et les chasses gardées. Mais c’est toujours pour mieux cibler l’assiette du voisin. « Touche pas à mes stations-service, ma pharmacie, mon grand magasin, ma parfumerie, ma librairie… ».

Le marché des produits d’automédication et plus encore celui des produits de santé est en constante expansion. Il y a de place pour un réseau pluriel de distribution (y compris, demain, avec l'arrivée d'internet et des chaînes de pharmacies).

1) Les faits, rien que les faits

Je peux comprendre l’amertume d’une profession empêtrée dans de réelles difficultés (baisse de CA dans les zones rurales, accroissement des charges d’exploitation et de la paperasserie, difficulté de transmettre le patrimoine, impossibilité pour les jeunes d’amortir l’acquisition de fonds trop chèrement évalués, etc. !). Mais les faits sont là.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a enjoint au gouvernement français d’ouvrir le secteur à la concurrence, c’est la Commission Européenne, depuis que des chaînes succursalistes de pharmacies (type Boots en GB) se sont vues interdire l’accès du territoire français.

Ce n’est pas E. Leclerc qui a décidé de dérembourser les produits d’automédication familiale, ce sont les derniers gouvernements, sans que d’ailleurs les pharmaciens n’y aient trouvé à redire.

Et ce n’est surtout pas à cause de E. Leclerc que ces produits, une fois déremboursés, ont augmenté de 36 % en moyenne (chiffre IMS) pour ceux de la vague de 2006 et de 30 % pour la dernière vague.

L’impact sur le pouvoir d’achat des Français est double : ce qui était remboursé devient payant ; et les prix étant dérégulés, la facture augmente. Voilà qui vient mal à propos plomber le budget des Français déjà mis à mal par l’augmentation du prix de l’énergie et des denrées alimentaires.

2) L’offre des parapharmacies E. Leclerc

Conscient que le dérapage des prix pourrait relancer le débat sur la politique même du déremboursement (sur son bien-fondé), le gouvernement a sollicité la profession pour souscrire un accord de modération. Le gouvernement imagine aussi que les consommateurs / patients seront enclins à comparer et à faire pression sur les étiquettes.

Qu’on me permette d’avoir des doutes sur le résultat. Dans tout secteur d’activités (fussent-elles hyper spécialisées), c’est la concurrence qui modère ou fait baisser les prix. Le maintien du numerus clausus ne se justifiera qu’à ce prix.

Partout en Europe, il existe plusieurs réseaux de distribution des produits d’automédication familiale. En Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, ces médicaments sans ordonnance sont vendus tantôt en libre-service (ce que je ne souhaite pas), tantôt sous le contrôle d’un pharmacien-conseil.

En Italie, la dérégulation du marché de la santé a été l’une des premières mesures du gouvernement Prodi (2006). Les parapharmacies E. Leclerc/Conad ont été pionnières. Aujourd’hui, le système est banalisé et les médicaments OTC sont commercialisés dans plusieurs enseignes de distribution, grands magasins et chaînes spécialisées.

En France, rien de tel. La profession a toujours défendu un modèle économique exclusif. Mais nous avons des parapharmacies dirigées par des diplômés. (Les laboratoires avaient exigé dès 1985 que nous commercialisions les produits de dermo-cosmétique et les compléments alimentaires sous le contrôle d’un docteur en pharmacie). Ces hommes et ces femmes ont fait les mêmes études que les officinaux. Ils ont la même expertise.

J’ai proposé que, dans un espace dédié de la parapharmacie, sous leur contrôle, et avec une prestation de conseils renforcée, ils puissent assurer la commercialisation des produits d’automédication familiale, avec une politique de prix conforme aux promesses de notre enseigne.

Ailleurs, en Europe, c’est possible. Ailleurs, en Europe, ça marche. Expliquez-moi pourquoi, en France, on mettrait en péril le système de santé en faisant de même ?

Je me doute bien qu’avec le poids des lobbies, ce n’est pas demain la veille…que le gouvernement français ouvrira ce marché pour autoriser notre initiative. Mais, il nous faut être prêts.

Le gouvernement s’engage-t-il à ce qu’il n’augmente pas le nombre de spécialités déremboursées ? Les laboratoires, les grossistes et les pharmaciens s’engagent-ils à refaire baisser les prix qui ont flambé ? Si les réponses sont positives, il n’y a rien à craindre de notre initiative. Mais je ne crois pas avoir entendu ces engagements. En tout cas, nous voulons prendre date. Nous allons suivre l’évolution des prix.

Eric Woerth vient d’annoncer un nouveau plan d’économies sur le médicament (5 milliards d’euros) !

Plutôt que d’essayer de jeter le discrédit sur les 150 diplômés de pharmacie qui travaillent sous notre enseigne (« de vulgaires chefs de rayon », a-t-on dit), j’invite la profession à méditer sur le mot de Pierre Harmel, Président de l’UNPF pour l’Ile de France, dans Le Moniteur des Pharmacies (29/03/08) : « Le plus important (est) de baisser les prix de 15 à 30 % selon les catégories de médicaments…sinon, c’est du pain béni pour Leclerc ».

Tout le reste, c’est du buzz. Certains comprendront peut-être qu’à trop nous caricaturer et nous vilipender, on nous offre là, bien grande publicité. Le public (les patients, les consommateurs) n’est pas dupe. On peut vouloir tout lui raconter, tout occulter. Mais au final, c’est lui qui va devoir payer.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 avril 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence , Santé
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21 mars 2008

Système U et la réforme de la loi Galland

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Je réponds, ici, à des commentaires d’internautes, notamment Augustin et André, concernant l’initiative publicitaire de Système U. Et aussi aux journalistes auxquels j’ai refusé de commenter cette initiative « à chaud » et dans un esprit polémique.

La réforme définitive de la loi Galland, promise par le Président de la République, vit ses derniers soubresauts (enfin, j’espère !). D’ores et déjà, cette perspective commence à produire ses effets concurrentiels. Pas encore en termes de baisses de prix sonnantes et trébuchantes ! Mais quelques enseignes ont manifestement compris que c’en était fini du confort « des prix de marché déterminés par les seuls fournisseurs » (grâce aux marges arrière).

Tout le monde aura remarqué qu’Intermarché a, depuis 6 mois, musclé sa politique de prix. Dans le comparateur « quiestlemoinscher.com » comme dans les enquêtes UFC-Que Choisir ou INC (rectifiée, depuis, par la DGCCRF), Intermarché est positionné à la deuxième place. Je me demandais comment allait réagir notre ancien allié, Système U.

1) Longtemps, j’ai pesté de voir mes amis U hésitants quant à la suppression complète ou à la réintégration des marges arrière. Jusqu’en juin 2007, Système U était très prudent et se contentait d’aligner sa position sur la plateforme négociée entre la FCD et l’Ilec.

Je me réjouis de ce que Serge Papin exprime, depuis lors, des positions plus tranchées (dans un sens libéral) et qu’il veuille les mettre en pratique à travers son propre groupe.

2) Dans sa dernière publicité, Système U propose une baisse de prix sur environ 100 articles. Pourquoi 100, en fait 111, et pourquoi pas 1 000 ? Et pourquoi seulement jusqu’à la fin avril ? Je le laisse répondre. Mais pour moi, malgré l’habillage très politique, cette opération est d’abord une promo, une bonne promo, dont vont profiter les clients de Système U.

Non, je n’arrive pas à lire dans cette initiative un repositionnement général des prix de l’enseigne U.

3) Je rappelle que les organismes chargés de relever les prix pour le site « quiestlemoinscher.com » donnaient Système U 4,2 % plus cher que nous (sur une base de 2 380 produits et des poussières). U avait donc des marges de baisse (sic) !!!

En baissant le prix d’une centaine d’articles, Système U fait un bout du chemin. Il contribue à raviver la concurrence et c’est bien ! Mais ce n’est tout de même pas la révolution. Pas de quoi faire paniquer l’ensemble de la profession.

4) Reste l’habillage politique du texte. (Je réponds, ici, spécifiquement à André). Système U dit vouloir anticiper la répercussion totale des marges arrière. Evidemment, c’est un contresens. Cette liberté est donnée à tous les distributeurs depuis le 2 janvier 2008 (loi Chatel). Système U ne fait qu’appliquer la loi. L’enjeu de la future bataille parlementaire, c’est la négociabilité des tarifs.

Tiens, pendant que j’écris ces lignes, j’aperçois, dans Le Parisien, la nouvelle pub des Mousquetaires : une pleine page, une accroche : « Voilà à quoi ressemblent les distributeurs qui prétendent être moins chers que nous ». La publicité est illustrée par un Pinocchio pris en flagrant délit de mensonge.

Je ne sais si ce Pinocchio c’est Serge Papin, ma pomme ou Jean-Charles Naouri, actuellement prolixe sur le sujet des prix. Vu le contexte, mes amis et néanmoins concurrents les Mousquetaires accepteront que je dise : avec cette nouvelle prise de parole, leur enseigne aussi a « eu du nez » puisque pour justifier leur performance prix, ce ne sont pas 100 articles qu’ils proposent à la baisse, mais leurs MDD maison.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 mars 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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6 mars 2008

Publicité sur les prix : la législation est trop frileuse !

Tout le monde en convient : les prix les plus bas sont offerts dans les zones de chalandise les plus concurrencées. C’est ce constat qu’ont retenu les experts de la Commission Attali pour demander le démantèlement de la loi Raffarin, véritable créatrice de rentes de situation. Mais pour que les consommateurs puissent choisir entre enseignes de distribution, encore convient-il qu’ils aient accès à une information accessible et lisible sur les prix, préalablement à leur déplacement.
Les publicités dans la presse, dans les catalogues, et les relevés de prix effectués par les organisations de consommateurs peuvent les y aider.
Mais paradoxalement, la législation a limité cet exercice. Dans deux secteurs !

  1. A la télévision d’abord :
    Les distributeurs ont accédé à la publicité télévisée depuis le 1er janvier 2007. Mais allez savoir pourquoi, ils n’ont pas le droit d’y parler de prix si ce n’est en termes génériques. Quel curieux paradoxe. En pleine période de retour de la hausse des prix, les distributeurs peuvent paraphraser le fameux sketch de Fernand Raynaud : « Elle est belle mon orange pas chère ». Mais ils ne peuvent pas en dire le prix.
    De même, les industriels de la téléphonie peuvent racoler pour leur réseau (SFR, Orange, Bouygues, Virgin, etc.). Mais les distributeurs concurrents ne peuvent rivaliser dans le discours en faisant valoir la pertinence prix de leur offre.
    J’ai donc écrit à Luc Chatel, hier, pour que, dans son projet de loi de modernisation de l’économie qui sera présenté au printemps aux parlementaires, figure l’autorisation d’effectuer des publicités de prix à la télévision.
    Vous doutez de l’effet ? Allons donc. Imaginez E. Leclerc, Auchan ou Intermarché publiant leurs prix de carburants avant les départs en vacances… Laissez-moi vous dire que ça pèserait sacrément sur les prix du réseau !
  2. La publicité des fruits et légumes :
    J’en ai déjà parlé sur ce blog. Feuilletez, dépouillez les catalogues des enseignes de la grande distribution, ou même des enseignes spécialisées. Vous y verrez de belles photos d’asperges, de salades, de carottes ou de bananes. Mais jamais, ou rarement, des prix indiqués. La législation, dans ce domaine, est parfaitement hypocrite. Oui, elle autorise la publicité de prix, mais à une seule condition : les distributeurs doivent, préalablement à leur publication, obtenir l’accord de l’interprofession agricole. Ces mêmes interprofessions qui se sont battues depuis dix ans pour que nous limitions les prix bas et les rabais censés faire chuter les cours sur les marchés de gros !!!


Je reconnais que les syndicats agricoles n’en font plus un casus belli. La FNSEA et la FNPL ne défendent plus cette position que du bout des lèvres. Mais le meilleur moyen de faire baisser le prix des fruits et légumes n’est-il pas d’inciter les commerçants à rivaliser sur ce sujet.
Le maintien de cette disposition produit, à mon sens, deux inconvénients :
a) Il n’incite pas les consommateurs à aller voir ailleurs. Ceux-ci, fidèles à leur hypermarché, y achètent des fruits et légumes presque en « clients captifs ». Pourquoi quitter leur magasin favori s’ils sont maintenus dans l’aveuglement des prix pratiqués par les concurrents.
b) Même les distributeurs, du coup, ne voient pas l’intérêt de faire la publicité sur ces produits. Une belle photo ne saurait constituer un bon argument de vente. Et alors que les pouvoirs publics incitent, dans le cadre du plan santé, à consommer des fruits et légumes, cette législation freine toute communication sur ce secteur, à contre-courant des réels besoins.

La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Cette liberté retrouvée sur la communication TV et les fruits et légumes pourrait constituer un élément positif d’une activation de la concurrence en France. J’espère avoir convaincu Luc Chatel.
A suivre…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 mars 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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4 mars 2008

Le Sénateur Jean Arthuis et la tentation de la démagogie

Il n’y a pas plus vachard ni revanchard qu’un homme politique blessé par la certitude de ne plus pouvoir jouer un grand rôle de décideur, au sein d’un gouvernement par exemple. Les propos tenus par Jean Arthuis dans les médias, ces derniers jours, traduisent cette aigreur et, venant de sa part, c’est vraiment un sacré gâchis.
Je connais bien le sénateur Jean Arthuis. Il fut, dans sa vie professionnelle, commissaire aux comptes dans plusieurs de nos structures commerciales. Il fut par la suite un plutôt bon ministre de la consommation. Mais il s’est enfoncé, depuis une dizaine d’années, dans une attitude purement inquisitrice à l’égard de la grande distribution. Sans aucune nuance, ni finesse. C’est lui qui signa, du temps de Jacques Chirac, ce rapport parlementaire qui accusait la grande distribution d’être à l’origine des délocalisations et d’un surcroît d’importations (alors même que la France était exportatrice nette !!!). Dieu sait s’il nous a fallu ramer pour dénoncer ces contrevérités tant l’homme s’obstinait à vouloir briller en jouant de cette posture critique.
Jean Arthuis a trouvé un nouveau cheval de bataille. Il feint de découvrir les centrales d’achat établies depuis une dizaine d’années à Zurich ou à Genève. «…j’ai pointé du doigt les pratiques de cinq grandes enseignes nationales qui ont pour habitude de demander à leurs fournisseurs de verser une redevance soi-disant destinée à contribuer au développement international de leur groupe ».
L’accusation aurait été de faible portée si nous n’étions pas dans un contexte nauséabond d’affaires financières et fiscales (l’affaire UIMM, fraude fiscale au Lichtenstein). Jean Arthuis ne pouvait méconnaître ce contexte. Autant dire qu’en prenant le risque de cultiver l’amalgame, le sénateur jette sciemment l’opprobre sur notre secteur.
Je ne sais pas s’il vise une enseigne particulière. Il vaudrait mieux qu’il le dise. A contrario, son coup de sang n’est pas crédible.
Il n’est pas concevable qu’il fasse semblant de découvrir l’existence de ces centrales d’achat. Une dizaine d’entre elles (EMD, AMS, AGENOR…) exercent, depuis une vingtaine d’années en Europe, une activité d’achat, de référencement ou d’échange de savoir-faire. Elles couvrent le secteur des GMS mais aussi de la distribution spécialisée. Pratiquement toutes les grandes enseignes européennes, GSA ou GMS, intégrées, franchisées ou associatives, adhèrent à ces réseaux qui font l’objet périodiquement d’observations et de directives émanant de la Commission Européenne. Il n’y a pas en la matière de spécificité française.
Qu’en est-il pour notre enseigne ?
Longtemps, nous avons tâtonné. Nous avons adhéré quelques années au groupement EMD, aux côtés d’une trentaine d’autres enseignes. Sans réel intérêt, ni efficacité. Puis en 2004, nous avons créé, avec quatre autres enseignes de la distribution européenne, la coopérative « Coopernic ». L’objet social de cette société est complètement transparent : son activité a pour finalité d’améliorer la performance et la compétitivité des magasins de Colruyt (Belgique), Coop (Suisse), Conad (Italie), Rewe (Allemagne) et E. Leclerc. Cette performance concerne évidemment la surveillance des prix au niveau européen, mais aussi le développement en commun des gammes de produits répondant aux nouvelles demandes sociales (commerce équitable, développement durable, produits éthiques, etc.). Coopernic abrite beaucoup d’échanges bilatéraux (E. Leclerc/Coop sur le commerce équitable ; E. Leclerc/Conad sur les carburants ou la parapharmacie ; E. Leclerc/Rewe/Iki pour la promotion des marques régionales françaises dans l’Est de l’Europe). Je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur ce blog.
Qu’en est-il des accusations du perfide sénateur ?
a) « Cinq grandes enseignes demandent une redevance » ?


b) « Les fournisseurs se voient obligés de verser une somme à une société basée en Suisse ». Des sommes qui échapperaient au fisc ?

Voilà. Normalement le sénateur Jean Arthuis devrait être rassuré. Malheureusement, je crains que ça ne fût pas sa réelle intention.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 4 mars 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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29 février 2008

Peter Brabeck (Nestlé) ne craint pas la hausse des prix

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Peter Brabeck n’est pas un homme facile. Je parle de son caractère, de son tempérament. Je connais, je me suis frotté à lui lors d’une négociation récente. Mais la difficulté relationnelle n’exclut pas de saluer l’artiste professionnel. L’ancien alpiniste cède la barre du groupe Nestlé en ayant, cette année, franchi ses plus beaux sommets : 100 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires et plus de 10 milliards de bénéfice net.

Sur un plan purement commercial, c’est un exploit ! Chapeau : superbe manager, entreprise bien gérée, stratégie confirmée !

Mais s’agissant pour nous, Français, de rechercher quelques indications sur l’évolution des prix pratiqués par nos amis industriels, il faut regarder derrière la vitrine et lire les comptes puisqu’on nous les livre pour illustrer l’exploit.

En pleine crise du lait, Nestlé a su faire son beurre.

« La force de Nestlé », dit un analyste helvétique, « c’est l’anticipation. Nestlé n’attend pas pour répercuter les hausses ». C’est ce que P. Brabeck lui-même appelle « les mesures préventives pour contrer la hausse des matières premières ».

Comme son éternel rival, Danone, Nestlé n’a pas attendu pour répercuter la hausse du cours du lait. Résultat : « Les produits laitiers frais ont amélioré de manière significative leur rentabilité ». La marge de cette catégorie de produits a progressé de 90 points de base (source Agra Alimentation) et atteint 11,1 %.

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Loin des profits réalisés sur les produits pharmaceutiques (33 %), mais supérieure aux marges sur les eaux en bouteilles et sur la confiserie. Pour un secteur en crise, ce n’est pas mal !
D’ici jeudi, François Fillon trouvera bien deux ou trois distributeurs à fustiger, histoire de dénoncer quelques dérapages de prix sur les produits laitiers.
Mais qu’on se rassure, 2008 s’annonce encore un très bon cru pour l’industrie de la transformation laitière.


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 29 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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27 février 2008

Inflation : politiques et professionnels pratiquent la danse du scalp !

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"La loi du scalp" par Salvé - Ed. Dupuis

Depuis dimanche dernier, le cours de l’hypocrisie a subi une spectaculaire envolée. Jamais le débat sur l’inflation ne nous avait offert un tel florilège de bêtises ou de défausses.

C’est l’Institut National de la Consommation qui a mis le feu aux poudres. Sacrée Marie-Jeanne Husset, elle rêvait de ce coup génial qui allait scotcher sur place son concurrent médiatique de l’UFC, Alain Bazot. Elle n’avait manqué aucun plateau TV depuis trois mois, concourait avec Robert Rochefort pour l’Oscar du meilleur expert ès concurrence. Et elle oeuvrait plutôt bien, renvoyant dos à dos industriels, distributeurs et politiques. La posture parfaite.

Dimanche, donc, avant la sortie en kiosque, tout ce que l’industrie, la distribution et la classe politique compte comme porte-voix s’est trouvé embringué dans une formidable course à l’échalote, et sommé, par des journalistes fébriles comme jamais, de s’expliquer sur ce retour de l’inflation, spectaculairement mais caricaturalement mise en scène par la publication de l’INC.

A ce moment-là du feuilleton, personne n’ayant épluché ladite étude, tout le monde fut bien obligé d’acquiescer, d’amplifier la plainte en la confirmant (l’étude confirmait l’opinion ! Un politique, ça ne contredit pas l’opinion).

Si le système médiatique ne s’était pas emballé, et si chacun avait pris le temps de lire l’opus de l’INC, tout cela eût pu être relativisé : relever les prix sur 5 ou 6 sites Internet non représentatifs des prix hypermarché de chaque enseigne, c’est quand même un peu de l’arnaque même si ce n’est pas « totale daube ».

Passons ! Cette prise de parole avait un mérite : émanant d’une institution publique, elle confirmait les observations déjà faites par les organisations de consommateurs. Et, excusez du peu, elle crédibilisait mes propres campagnes de communication dénonçant la flambée des tarifs des industriels pour 2008 et les limites de la réforme Chatel.

Ce qui est vraiment désolant dans cette affaire, ce n’est pas tant la légèreté de l’INC que l’agitation d’une classe politique réduite à des effets d’annonces plus hypocrites les unes que les autres : qu’on en juge.

Le premier coincé, ce fut Luc Chatel : quasi silencieux depuis les dernières publications de l’indice INSEE (inflation alimentaire de 4,2 % en janvier), il cherchait la parade. Lui et Christine Lagarde avaient imprudemment annoncé une baisse des prix de 3 % en janvier. Mais que dire quand le yaourt grimpe de 40 % ? Alors, il a osé cette pirouette et laissé entendre que finalement sa loi ne produirait d’effets qu’au 1er mars, ce qui est bien sûr une contre-vérité, la loi Chatel est applicable depuis le 2 janvier !!! Avec les résultats que l’on sait.

Yves Jego (de l’UMP) n’a pas fait non plus dans la dentelle. Il a recommandé au gouvernement « de sanctionner ceux qui profitent de l’occasion pour augmenter leurs profits » en saisissant le Conseil de la Concurrence. Ca ne mange pas de pain, c’est facile à dire, sauf que le Conseil de la Concurrence n’est pas compétent pour se saisir des dérives de prix quand il n’y a ni entente, ni abus de position dominante. Il n’y a pas de « délit de grosses marges » dans le droit français de la concurrence. Ou alors, vite qu’on nous le dise parce qu’il faudrait sanctionner Total, Nestlé, L’Oréal, Pernod pour les bénéfices fabuleux réalisés en 2007 !!!

Michel Barnier (Ministre de l’agriculture) a quasiment endossé, à la place de Jean-Michel Lemétayer, la fonction de Président de la FNSEA : « Je n’accepterai pas que l’on montre du doigt les agriculteurs dans ce problème… Ne cherchez pas la responsabilité chez des gens qui bossent… ». Allez, on en convient ! En moyenne, les agriculteurs ne sont pas ceux qui, dans ce retour de l’inflation, se sucrent le plus. Mais de là à dédouaner les gros céréaliers ou même les laitiers, il y a comme une contradiction. On ne peut pas à la fois dire que cette augmentation des cours est une aubaine pour nos agriculteurs et nier qu’une hausse de 80 % pour les céréaliers, ça ramène un peu de blé dans les chaumières et que 35 % sur le lait, ça met plus de beurre dans les épinards.

Il n’y a pas de petites économies pour François Copé (UMP). Lui qui est chargé de virer des chaînes publiques toute publicité commerciale qui aurait pu permettre d’animer la concurrence, il appelle le gouvernement à agir « dare-dare ». Il l’invite « à mettre en place des dispositifs de transparence et d’information qui permettent aux consommateurs de regarder, de comparer ». Pas à la télé, bien sûr. Eh bien, je l’invite à consulter « quiestlemoinscher.com » avec ses 546 000 relevés de prix effectués fin janvier (500 fois plus que dans l’étude de l’INC). En tout cas, je tiens là mon premier client pour ce site.

Le plus rigolo, c’est quand même Georges Sarre (PS). Nostalgique d’un dirigisme aux couleurs d’un Etat socialiste qui « s’opposerait à l’ultralibéralisme débridé » de Sarkozy, il réclame un blocage des prix. Mais c’est pour aussitôt dire que le « dogme européen interdit à l’Etat de prendre une telle mesure ».

Frédéric Lefebvre (UMP), lui, a remis au goût du jour une autre mesure qui traîne dans les cartons depuis vingt ans : le double étiquetage. Pourquoi pas. Avec le maintien des étiquettes en francs, celles qui mentionnent le prix au litre et au kilo, les infos promos, et bientôt les émissions CO² et la composition nutritive des produits…pas sûr que cela ne rajoute pas à la confusion. Mais rajouter un thermomètre, cela fera-t-il baisser les prix.

Une cinquantaine d’élus se sont ainsi exprimés, sans qu’un seul n’ait daigné revenir sur le fond du problème : le refus des parlementaires, lors du débat sur la loi Chatel, d’abroger définitivement la loi Galland et de libérer la négociation commerciale dont l’adoption a été reportée au printemps 2008.

Lors des débats parlementaires, j’avais eu l’occasion, aux côtés du directeur des achats d’Auchan, puis de celui d’Intermarché, d’annoncer le retour de l’inflation. Nous avions chiffré les augmentations tarifaires, dit notre incapacité de les compenser dans le système actuel. Mais les parlementaires, pour la plupart, avaient contesté la véracité de nos chiffres. Les ministres, eux, s’étaient laissés embobiner par les promesses de modération tarifaire des industriels au point d’annoncer naïvement une baisse des prix en janvier correspondant à un bonus de 600 euros par foyer.

Malgré nos campagnes de publicité qui citaient les hausses tarifaires des grandes marques, jamais démenties, c’est bien le gouvernement et les parlementaires qui ont décidé de surseoir à la réforme définitive de la loi Galland contre l’avis même du Président. Pour preuve, le recours à Madame Hagelsteen, chargée de préparer le dispositif printanier.

Alors, cette danse du scalp autour des distributeurs, quelle que soit leur part éventuelle de responsabilité, prend aujourd’hui des airs de chasse aux sorcières qui ne sent pas démocratiquement très bon.

On aurait voulu nous inciter à reprendre nos campagnes de communication qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Eh bien, oui, je le confirme : on va remettre le couvert. A bientôt donc…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 février 2008 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Industrie , Prix / Concurrence
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12 février 2008

Carburants : L’UFC Que Choisir polémique sur l’augmentation des marges !

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© Edward Hopper - Gas - 1940

Il y a une quinzaine de jours, l’UFC Que Choisir a interpellé Christine Lagarde sur le non-respect des accords de modération de prix des carburants signés à Bercy. L’association de consommateurs évoquait une augmentation des marges des stations-service de… 2 centimes !!!

Tout d’abord, s’agissant de marges brutes, j’ai trouvé l’observation complètement ridicule. Qu’est-ce donc qui justifiait cette sortie médiatique ? Règlement de compte entre l’UFC et Christine Lagarde ? Ou encore simple interpellation, histoire de faire parler de l’UFC ?

Toujours est-il que j’ai voulu en avoir le cœur net.

1. Les données présentées par UFC Que Choisir
L’UFC raisonne à partir de données publiées par l’UFIP sur son site institutionnel. Nous ne connaissons pas l’assiette de ces calculs. Mais sur la base d’une cotation « Platt’s » de la source UFIP, nous avons reconstitué les marges théoriques de distribution (toutes enseignes confondues) pour les mois de décembre 2007 et janvier 2008.

Le gazole représente environ 70 % des ventes. Le calcul de la marge brute donne 6.36 cents par litre en décembre et 7.07 cents en janvier. Soit un accroissement de marge de 0.71 centimes par litre… !

Pas de quoi fouetter un chat, d’autant que cette augmentation ne prend pas en compte l’évolution des frais de stockage, de passage en dépôt, ni les frais de transports entre le dépôt pétrolier et le point de vente.

2. L’évolution de la marge d’une station-service E. Leclerc
La plupart de nos stations-service sont implantées sur les parkings de nos hypermarchés, et partagent avec le magasin des frais d’investissement, de communication, de gardiennage et de gestion. Ce qui rend évidemment toujours un peu compliqué l’élaboration d’une comptabilité analytique dédiée aux seules stations-service.
Néanmoins, l’examen de ces comptes fait apparaître un résultat net annuel d’exploitation compris entre 0.2 et 0.5 % du chiffre d’affaires TTC (juin 2006 à juin 2007).

En novembre et en décembre une station E. Leclerc « prenait » en moyenne 0.012 euros par litre. Cette marge n’a pas évolué sensiblement depuis septembre 2007.


Difficile de faire moins cher, nous pouvons plus ou moins bien acheter, mais il n’y a pas beaucoup de « marge » de manoeuvre.

La commercialisation de carburants est nécessaire à l’attractivité de l’hyper. C’est un produit d’appel, c’est un service à la clientèle qui se déplace en voiture.

Avec d’aussi petites marges, tout le monde comprendra que notre enseigne ne se sent pas concernée par cette polémique.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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11 février 2008

« Netprix » : la revue Linéaires compare les prix des cybermarchés

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© Linéaires - Février 2008

Je vous ai parlé, mardi, du dernier classement de prix de la revue Linéaires, accessible sur internet. La revue a pris une autre initiative intéressante. Elle a comparé les performances prix des enseignes du Net entre elles (Auchandirect, Telemarket, Ooshop, Houra). Et elle a comparé aussi leur niveau de prix avec celui des hypermarchés.

1) Au premier classement (Netprix), « Auchandirect » arrive en tête. Sans lauriers, sans agressivité commerciale, mais sans inquiéter la plupart des enseignes d’hypermarchés.

2) Dans l’ensemble, dit Florent Vacheret, le rédacteur en chef, « les quatre grands cybermarchés nationaux filent du mauvais coton. Les marchands du web affichent en moyenne des prix quasiment 20 % supérieurs aux magasins en dur ».

Les enseignes de cybermarché ne se préoccuperaient-elles pas du prix ?

- Les uns diront : qu’importe, les consommateurs ne sont pas les mêmes. A voir ! La clientèle compare les offres des uns ou des autres sur le Net ou sur prospectus et ne me semble pas aussi segmentée qu’on le dit.

- Les autres se poseront la question : jusqu’où faut-il débaptiser ces sites et les placer désormais sous la bannière unifiée d’un même groupe de distribution (Carrefour/Ooshop ?), au risque de rendre illisible la promesse prix de l’enseigne.

Il y a débat : Quelques adhérents, cycliquement, m’assaillent de leur lobbying pour que nous lancions un site marchand E. Leclerc sur le web. Nous sommes quasiment prêts. Mais s’agissant d’une enseigne dont la performance prix est leader, faut-il que nous prenions le risque d’altérer notre image tant que nous ne pouvons offrir les prix bas du marché sur le Net ?

L’indice « Netprix » de Linéaires confirme qu’il faut être prudent. Les cybercommerces sont notre avenir. Mais rien ne sert de se précipiter. Il ne faut pas courir après le chiffre d’affaires dans n’importe quelles conditions. Nous testons, avec succès un Express Drive à prix hyper (commande sur le Net, fourniture sur site). Nous irons sur le net marchand quand nous pourrons garantir que nous serons les moins chers, et sans trop d’écart avec nos hypers.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Nouvelles technologies , Prix / Concurrence
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6 février 2008

Pouvoir d’achat 2007 : positif (+2 % indicateur E. LECLERC-BIPE), mais moins qu’annoncé par l’INSEE (3,3 %)

Alors que Madame Lagarde reçoit Alain Quinet, rapporteur d’une Commission chargée de « plancher » sur les indices officiels, je fais mettre en ligne les derniers résultats de l’étude E. LECLERC-BIPE sur l’évolution du pouvoir d’achat effectif du consommateur français. Notre indicateur (mon-pouvoir-dachat.com) confirme une progression de 2 % pour 2007. C’est moins que ne l’annonçait l’INSEE (3,3 %). Mais c’est positif.

Cette performance suffira-t-elle a re-booster le moral des ménages, au plus bas niveau depuis douze ans ? Pas sûr, même si le gouvernement puisera dans ces chiffres quelque réconfort. La reprise de l’inflation constatée en novembre et décembre pourrait laminer les projections positives de 2008. Et la frustration des consommateurs reste légitimement marquée par 7 années de très faible progression du pouvoir d’achat effectif (hors dépenses contraintes) : 1 % seulement en moyenne par an depuis l’an 2000 (indicateur E. LECLERC-BIPE).

1) L’indicateur E.LECLERC-BIPE (principe et méthode)

C’est au cours de l’année 2003 que j’ai engagé mon enseigne dans le débat public sur le pouvoir d’achat. Interpellé par les consommateurs sur l’augmentation des prix, et conscient que l’exploitation des indices officiels ne pouvait rassurer les Français sur l’évolution du pouvoir d’achat, j’ai confié au BIPE (groupe d’experts économiques indépendant) la mise en place d’un indicateur plus pertinent.

Il ne s’agissait pas de contester la probité des chiffres de l’INSEE. Simplement, nous semblait-il, les indicateurs macroéconomiques, construits pour la comptabilité nationale et les comparaisons internationales (OCDE), ne reflétaient pas la réalité vécue par les Français.

L’indicateur du pouvoir d’achat effectif des Français E. LECLERC-BIPE se différencie finalement par rapport aux indicateurs de l’INSEE par une prise en compte différente des charges contraintes des ménages et de l’évolution démographique.

Pour l’INSEE, le loyer, les charges de logement (électricité, gaz, eau…), les assurances obligatoires (logement, santé, auto), les remboursements de crédits et les abonnements de transports collectifs…sont des dépenses comme les autres. Dans notre conception du pouvoir d’achat effectif, ces dépenses ne sont pas arbitrables ou re-négociables. Elles participent de l’élévation du niveau de vie, mais leur financement affecte les achats courants.


Tout se passe comme si, en réalité, les consommateurs, après avoir mis de côté dans une enveloppe, les sommes affectées au paiement de l’impôt et des cotisations, remplissaient une deuxième enveloppe du montant de ces dépenses contraintes. Le pouvoir d’achat effectif, c’est donc « le pouvoir d’acheter avec ce qui reste ».

L’indicateur E.LECLERC-BIPE se différencie aussi de celui de l’INSEE par sa prise en compte de l’évolution démographique. L’indicateur de l’INSEE mesure le pouvoir d’achat des ménages, dans leur globalité, alors que l’indicateur E. LECLERC-BIPE tient compte du nombre d’individus par foyer, par unité de consommation.

Les résultats de nos analyses montrent que, depuis 2000, le pouvoir d’achat effectif n’a progressé que de 8 %, une évolution deux fois inférieure à celle annoncée par l’INSEE.

2) Les résultats publiés par l’INSEE pour 2007

On connaît les réserves des organisations de consommateurs sur le calcul de l’inflation mesurée par l’INSEE. Même si l’institution a bien enregistré une augmentation substantielle des prix en novembre et en décembre, l’INSEE retient, pour l’année 2007, une inflation moyenne de 1,5 %.
Fort de cette estimation, l’INSEE affirme que pour 2007, le pouvoir d’achat a assez fortement augmenté : 3,3 % en 2007 (après 2,4 % en 2006).

3) L’indicateur E. LECLERC-BIPE du pouvoir d’achat 2007

Comme nous l’avons dit, notre indicateur repose sur les relevés chiffrés récoltés par l’INSEE. En l’absence d’autre indicateur d’inflation (une commission planche sur ce sujet à l’AN, à la demande de Nicolas Sarkozy), notre travail consiste à reclasser les données nationales en tenant compte de la problématique des charges contraintes.

Celles-ci ont fortement augmenté en 2007 (en moyenne, 6, 2 %), principalement du fait de l’accroissement des remboursements de crédits (6,8 %) et de l’évolution des loyers (6,5 %).

Il en résulte une appréciation toujours positive, mais moins optimiste. L’indicateur E. LECLERC-BIPE constate une progression de 2 % du pouvoir d’achat effectif, et non 3,3 % (indicateur INSEE).

4) Pouvoir d’achat et moral des ménages

Cette estimation positive est-elle de nature à doper le moral des ménages ? La dernière enquête de l’INSEE (janvier 2008) a révélé combien celui-ci est au plus bas. Il n’a même jamais été aussi bas depuis 12 ans. Et ce n’est pas la reprise de l’inflation qui va les rassurer.

Le gouvernement n’a pas tort quand il fait valoir que la plupart des mesures du Plan pour améliorer le pouvoir d’achat « ont besoin d’un peu de temps » pour produire leurs effets. Les lois viennent à peine d’être votées et certains décrets peinent encore à être publiés. Ne rejoignons donc pas trop vite le camp des éternels Cassandre !

Pour autant, l’impatience des Français est légitime. La Commission Attali a ouvert des perspectives pour que le gouvernement étudie dès le printemps les possibilités d’une revalorisation directe des salaires, par transfert des cotisations sur l’impôt. Le SMIC, comme les allocations vieillesse, feront l’objet d’un coup de pouce.

Mais s’agissant de l’évolution des prix, je pense que nous avons suffisamment assez perdu de temps.

Le retour de l’inflation sur les biens de consommation courante n’est pas inéluctable. Il y a une sur-inflation française consécutive au maintien de la loi Galland qui pousse les industriels à augmenter les tarifs bien au-delà de la répercussion de la hausse des matières premières.

Plus tôt Nicolas Sarkozy nous libèrera du carcan de la loi Galland (suppression des marges arrière, négociabilité des tarifs), plus tôt nous pourrons alors attaquer l’inflation à la source.

Je l’affirme comme j’engage mon groupe : avec la suppression de cette loi, nous pourrons diviser les prévisions d’inflation (3,5 à 4 % au premier semestre) par deux d’ici la fin 2008.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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5 février 2008

Le mensuel « Linéaires » publie son classement prix des enseignes

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Après « Que Choisir », la revue « Linéaires » publie, dans son édition de février, la dernière vague de relevés réalisés par ses journalistes.

Le classement « prix » :

Ce n’est pas une surprise. E. Leclerc reste premier, « intouchable. Et ce, pour la quatrième vague consécutive ». Intermarché continue de baisser ses prix et vient talonner notre enseigne, après avoir doublé Auchan (désormais 3ème).

L’enseigne Carrefour ne démérite pas. Elle affiche des indicateurs plutôt constants, mais elle « n’occupe encore qu’une décevante quatrième place. Clairement pas en phase avec ses revendications de leadership en prix sur ses sites… ».

L’écart continue à se creuser entre les premiers et les derniers (trois années d’inflation (au rythme actuel) entre E. Leclerc et Géant, cinq années entre E. Leclerc et Casino ; quant à Monoprix, il plane 15 points d’indice au-dessus de nous…).

Linéaires et les hausses :

Intéressant aussi, bien que partiel, ce relevé de prix effectué dans la région rennaise en janvier. La flambée atteint 3,6 % ! « Un camouflet pour le gouvernement…Un montant qui représente grosso modo autant que les baisses de prix progressives nées des accords Sarkozy (été 2004) et de la loi Dutreil (janvier 2006). »

Voilà qui conforte aussi les prévisions que j’avais opposées à Luc Chatel dernièrement. (Il pariait sur une baisse de prix de 3 % en janvier, quand je prévoyais 4 % de hausse).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 février 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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23 janvier 2008

Niveau des prix dans la distribution : l’UFC-Que Choisir confirme

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Le relevé de prix publié dans le mensuel « Que Choisir » (01/2008) confirme que :

1) « Les prix ont baissé entre septembre 2005 et septembre 2007 en moyenne de 2,6 % pour l’ensemble de la grande distribution (3,13 % pour les hypermarchés) ». La revue confirme que pratiquement toutes les enseignes ont baissé le prix des grandes marques depuis la réforme Dutreil.

2) « En moyenne nationale, Leclerc (est) l’enseigne qui a le plus baissé ses prix sur ces deux dernières années ».

3) Sur 106 produits de grandes marques, E. Leclerc est premier, décroché, devant un peloton : Hyper U, Intermarché, Auchan et Carrefour pratiquement au même niveau.

4) E. Leclerc est encore premier sur 155 produits de grandes marques et de marques de distributeurs, encore nettement décroché devant Auchan, Carrefour et Intermarché.

Ces relevés (qui ont été faits en septembre 2007) ne sont pas aussi exhaustifs que ceux qui sont effectués pour notre comparateur « quiestlemoinscher.com ». Ils ont la qualité incontestable d’avoir été réalisés par une ONG neutre. Ils confortent tous les relevés professionnels de ces deux dernières années, et même les relevés de prix récemment effectués par le journal « Linéaires ».

Je le dis à tous les cadres ou aux dirigeants de mon groupe. Il faut continuer en 2008. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par les lobbyistes adverses. Le débat, très technique sur les marges arrière, n’est pas toujours compris par les consommateurs qui renvoient dos à dos industriels et distributeurs. Notre combat pour l’abrogation de la loi Galland est juste. Nous ne lâcherons pas la pression.

Mais ce qui compte avant tout, c’est le niveau de nos prix. C’est ce leadership qui rend crédible nos idées. C’est parce que nous vendons moins cher que nous sommes écoutés…et c’est bien comme ça.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 janvier 2008 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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11 décembre 2007

Réforme de la loi Galland : des ministres en flagrant délit de mensonge

J’ai apprécié les interventions de Nicolas Sarkozy devant les PME, ce week-end, et sa conviction réaffirmée qu’il faudra, au printemps, retravailler pour une réforme définitive de la loi Galland.

Je ne comprends toujours pas le timing « choisi ». En remettant à demain la suppression des marges arrière et la négociabilité des tarifs des industriels, le gouvernement se prive du volet le plus tangible de sa politique sur le pouvoir d’achat : la modération des prix.

La réforme Chatel qui sera votée dans quelques jours au Parlement ne permettra donc pas de s’attaquer à la source de l’inflation actuelle. Prétextant de la hausse des matières premières, les industriels ont en moyenne gonflé de 8 % leurs tarifs (avec des pointes dépassant 15 %). On comprend dès lors que même si les distributeurs pratiquaient des centaines d’opérations prix coûtant (unique effet positif de la réforme), cela ne suffira pas pour contrer le mouvement général de hausse des prix.

Dès lors, il faut être sacrément gonflé pour annoncer, comme le font tour à tour Christine Lagarde et Luc Chatel, « une baisse des prix dans la grande distribution de 600 euros par consommateur, consécutive à la réforme de la loi Galland ». C’est vraiment n’importe quoi. On se pince !

Personne n’a réagi à ces propos extravagants.

Je veux attirer ici l’attention de mes collègues de la distribution : ces propos (ces mensonges) vont sécréter une attente. Nous ne pourrons évidemment, quel que soit notre dynamisme, y satisfaire. Et il y a fort à parier qu’on cherche à nous mettre sur le dos (celui des distributeurs) l’inefficacité d’un texte que nous avons pourtant moult fois dénoncé. Avec des commentaires du style : « On a donné aux distributeurs la possibilité de baisser les prix, ils n’ont pas joué le jeu ! ».

La ficelle est trop grosse. A tous les commerçants de France, à tous les directeurs de magasin, quelles que soient les enseignes, je dis : « Démentez, démentez, à défaut, c’est vous qui serez accusés ! ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 décembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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20 novembre 2007

Sucre en baisse, blé en hausse : qu’est-ce qui est vraiment durable ?

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Le cours du lait et des céréales s’envole ? Tous les analystes qui nous annonçaient la fin du productivisme agricole au nom de la suffisance alimentaire…tournent leur veste. Voici qu’on justifie le retour à des politiques nationales par le risque d’insécurité alimentaire à l’échelle mondiale.

Moi, ça m’a toujours épaté de voir l’aplomb avec lequel les analystes ou les conjoncturistes pouvaient affirmer, sans sourciller, ce genre de prévisions qui tiennent plus du calcul de probabilité ou de l’idéologie…que d’une rationalité étayée. Mon ami Bernard Maris, économiste iconoclaste, avait en son temps produit un petit ouvrage recensant toutes les erreurs de prévisions commises par les « meilleurs économistes ». Un petit jeu de massacre !

Comme pour corroborer cette critique jubilatoire, Libération publiait hier, sous la plume de Christian Losson, un intéressant petit article dans une rubrique judicieusement intitulée « Le capital décrypté ».

Christian Losson s’est penché sur l’évolution du prix du sucre. Il est aujourd’hui à la baisse (et sacrément), alors que de 2004 à 2006, il avait augmenté de 300 %, suscitant à l’époque les prévisions les plus alarmistes. Principal acteur de ce retournement ? L’Inde aurait doublé, en deux ans, sa production, dépassant le Brésil (premier producteur mondial avec 32 millions de tonnes). C’est désormais le trop-plein et le marché se casse la figure.

L’observation ne fera pas la Une des grands journaux, trop focalisés aujourd’hui sur d’autres hausses spectaculaires, carburants ou céréales. Pourtant, elle devrait nous inciter à relativiser les commentaires souvent trop lapidaires.

Allez jeter un œil sur « Google ». Listez les facteurs qu’on suppose à l’origine de l’augmentation du prix du blé. Vous verrez qu’on attribue aux biocarburants un effet accélérateur. Comme si la demande avait été boostée dans des proportions aussi importantes, alors qu’en Europe et en Asie, les constructeurs n’y ont introduit que chichement les moteurs flexfuel. Osez dire que ça pourrait être un phénomène non durable et spéculatif, et vous passez pour un ignare. Il y a tellement de corporations qui ont intérêt à plaider pour une hausse durable des cours.

Pourtant, les fabricants de biocarburants s’approvisionnent aussi auprès de l’industrie sucrière (alcool de betterave). L’article de Libé met bien l’accent sur cette contradiction : quelles que soient les explications techniques, la demande de biocarburants n’a pas enrayé la baisse du cours du sucre. Etrange, non ?

Bon, ce que je veux dire ici c’est qu’il faut arrêter de gober n’importe quel discours alarmiste. Contrairement aux énergies fossiles, les produits agricoles constituent une offre renouvelable.

Une variation conjoncturelle d’un cours, ou même une variation de cycle ne doit pas conduire à des révisions stratégiques inconsidérées.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 novembre 2007 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Développement durable , Economie , Prix / Concurrence
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19 novembre 2007

Class actions, tarifs hotlines : pourquoi exclure les services publics ?

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Tel est pris qui croyait prendre.

Pour pas cher, le gouvernement s’offrait « la bonne mesure », celle qui a priori ne coûtait rien à l’Etat, s’agissant des prix sur le marché de la téléphonie. La gratuité des temps d’attente constituait l’exigence la plus immédiate des organisations de consommateurs. Une demande reprise par le Secrétaire d’Etat à la Consommation, Luc Chatel, dans le projet de loi débattu, la semaine dernière, en Commission Economique de l’Assemblée Nationale.

Il ne s’attendait pas à l’effet boomerang. Un député, probablement au courant du fait que les temps d’attente sont plus longs dans les services publics, a proposé que le principe de gratuité soit étendu à toutes les hotlines, y compris celles du service public.

Onéreux, bien sûr…mais imparable !

La leçon devra être méditée.

Au printemps, le gouvernement présentera un projet de loi de modernisation de l’économie, portant sur la réforme de la loi Raffarin, de la loi Galland (encore !) et incluant le projet d’instauration des class actions.

Dans l’idée de ses promoteurs, les class actions seraient limitées aux seuls services commerciaux du secteur privé. En clair : les industriels et les commerçants !

Mais il se trouvera bien un député ou un sénateur (au besoin, on lui soufflera !) pour proposer l’extension du recours aux class actions aux usagers des services publics (l’hôpital, par exemple, qui n’a toujours pas fait sa priorité de la lutte contre les maladies nosocomiales). Ou encore à l’éducation nationale dont le plan « amiante » reste très en retrait des exigences requises.

Oui, il ne faudrait tout de même pas que l’Etat se contente de jouer les Ponce Pilate en renvoyant dos à dos consommateurs et acteurs privés de l’économie alors qu’on sait le poids en France du service public.

Affaire à suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 novembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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8 novembre 2007

Hausse des prix : les vraies raisons

Lundi dernier, à l’Elysée, Nicolas Sarkozy n’a pas mâché ses mots. Industriels et distributeurs ont compris que le Président, malgré un emploi du temps hyper chargé, continuait de maîtriser parfaitement le dossier, jusqu’à connaître les arguments des uns et des autres, quitte à se référer à nos excès pour justifier de son arbitrage. Impressionnant !

Du coup, son engagement pour obtenir des parlementaires le retour à la négociabilité des tarifs n’en a été que plus ferme. Regardant chacun dans les yeux, pour reconnaître les vieux guerriers des accords Sarkozy 2004, il martèle : « A toi, Jean-René (Buisson, président de l’ANIA), je dis : la négociabilité, je la veux, je la ferai, parce que c’est une ineptie de négocier sur les seules marges arrière et parce qu’on doit pouvoir négocier, en France, des tarifs comme on le fait ailleurs en Europe. » Et aussi : « Et à toi, Michel-Edouard, je dis : je m’engage à faire la négociabilité. Que je sache, je tiens mes engagements. Ce n’est pas la peine de continuer à me mettre la pression avec tes campagnes de publicité. »

Dont acte. Madame Hagelsteen va donc auditionner les acteurs économiques concernés pour en étudier la faisabilité et l’impact. Cette modification substantielle du titre IV (les recommandations de la Commission Attali conduisent à son abrogation) et ses effets ne concerneront pas seulement les rapports entre industries agro-alimentaires et grandes surfaces, mais l’ensemble de l’économie.

Durant cette réunion, les oreilles de nos amis industriels ont sifflé. Car le Président n’y est pas allé de main morte. Citant certaines des augmentations tarifaires que nous avions publiées et d’autres aussi, il a, avec un énervement contenu mais perceptible, fustigé ces hausses excessives « qui n’ont évidemment rien à voir avec l’augmentation des matières premières. Je vous le dis, à vous, amis industriels, ne me prenez pas pour un imbécile, arrêtez d’invoquer le cours du lait et des céréales à tout bout de champ. Je sais très bien ce que certaines hausses doivent à la perversité du système lui-même (gonflage des tarifs anticipant la négo des marges arrière) et je vois bien aussi que certains poussent le bouchon vraiment très loin. »

Et Nicolas Sarkozy de reprendre le discours si efficace en 2004 : « S’il faut, demain, que j’aille dans un JT balancer nominativement telle ou telle hausse, je le ferai, j’en suis capable, croyez-moi. Arrêtez ça, je ne suis pas né de la dernière pluie, arrêtez de raconter des salades. »

Le message sera-t-il entendu ?

En tout cas, mes équipes d’acheteurs sont mobilisées. Elles épluchent la composition des produits pour appréhender « la juste répercussion du coût des matières premières ». Pas question de baisser les marges pour masquer celles que d’autres engrangeraient.

On se rappelle ces aveux trop rapidement exprimés et contraints aujourd’hui au silence tactique. Ce fut d’abord le PDG de Bonduelle qui, annonçant sa volonté d’augmenter le dividende 2008 de 30 %, a révélé sa stratégie de hausse tarifaire. Le PDG de Lactalis a suivi le mouvement en annonçant, dans Les Echos, des hausses supérieures à 15 % et en les justifiant par la nécessité d’améliorer ses résultats en vue d’acquisitions prochaines. Et j’ai déjà cité, ici, les déclarations de Peter Brabeck (Nestlé) qui vont dans le même sens.

Repositionnement marketing, prise de marges, anticipation des hausses, toutes ces raisons sont venues se greffer sur l’argument des augmentations de cours. Mais qu’on me permette d’insister : c’est d’abord le dispositif même de la réforme Chatel qui y a contribué. Tout industriel est fondé à anticiper la continuité des négociations de coopération commerciale puisque la négociabilité des tarifs n’aura lieu qu’au printemps.

Commentant l’évolution du cours de bourse de Danone, Yves Marçais, stratégiste boursier chez Global Equities (AFP du 22/10), indique que l’industriel va pouvoir continuer à imposer ses prix et préserver ainsi ses marges. Et l’AFP de poursuivre : « Selon les investisseurs, cette disposition (réforme Chatel) empêche la grande distribution d’exercer une pression à la baisse des prix de gros, puisque la concurrence entre les enseignes ne joue pas dans ce domaine. »

Voilà l’analyse qui justifiait nos publicités et nos prises de parole.

Il reste à espérer que les députés, en décembre, laisseront une porte ouverte à la négociation et amenderont le texte, au moins pour que nous disposions (comme le dit Jérôme Bédier, FCD) de quelques outils juridiques supplémentaires pour compenser toutes ces hausses tarifaires…

…En attendant, bien sûr, la réforme définitive.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 novembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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5 novembre 2007

Hausse des prix : les matières premières ont bon dos !

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Avez-vous fait ce constat : pas un patron de l’industrie sur les plateaux de télévision, alors que prolifèrent les émissions sur le pouvoir d’achat ! Pas de Franck Riboud, de Peter Brabeck pour venir plaider la justification des hausses tarifaires. Sur les plateaux de « Ripostes » ou de « C dans l’air », nos amis les industriels sont invisibles. Seuls, les distributeurs (Serge Papin, Jérôme Bédier ou moi-même) répondent aux sollicitations des experts (Robert Rochefort, Jacques Attali, Philippe Moatti) et des organisations de consommateurs.
Faut-il y voir les conséquences de ces mystérieux coups de téléphone de Luc Chatel à l’ANIA ou à l’ILEC ? Toujours est-il que les adhérents de ces associations ont bien reçu les consignes : « Arrêtez de participer à la dramatisation des hausses sinon on ne coupera pas à un amendement sur la négociabilité ! »
Et puis…c’est tellement plus facile de se planquer derrière les petits, en l’occurrence les agriculteurs.

1) Dans la presse ce week-end, un pavé publicitaire de la Fédération des Producteurs de Lait tente de disqualifier la campagne des Centres E. Leclerc. Avec une idée phare : la hausse des matières premières est nécessaire au monde agricole et doit être répercutée aux consommateurs. Mais qui dit le contraire s’agissant des denrées agricoles brutes ? Personne. Et la Fédération des Producteurs de Lait le sait bien. Aucun distributeur ne prétend faire obstacle à l’augmentation des matières premières.
Il n’en est pas de même s’agissant des produits transformés.

2) Je lis dans Le Figaro du 30/10/07 la réaction d’un porte-parole de Lactalis à notre pub sur le « Président » (celui qui est en hausse, le camembert). Il dit (je synthétise) : « Normal que ça monte : le lait bout, le camembert est fait à 98 % de lait, donc il augmente. » Tu parles ! A qui fera-t-on croire que les paysans toucheront les dividendes d’un camembert Président augmenté de 18 %. Personne ne conteste la part laitière dans la composition du fromage. Pour autant, le coût de la matière première ne doit pas excéder 30 % dans un produit qui a nécessité main-d’œuvre, immobilisations, affinage, transport et publicité.

3) La Coordination Rurale a fait ses calculs (communiqué du 21/10/2007) : « Les hausses annoncées par Lactalis et Danone sont largement exagérées. Le prix du lait ne représente en moyenne que 20 % du produit fini, voire beaucoup moins. La hausse actuelle du prix à la production ne représente que 1,4 %... C’est l’impact réel de la hausse du prix du lait sur le prix de revient des produits laitiers, bien loin des 10 ou 17 % annoncés par les industriels. » La Coordination n’exclut pas la répercussion d’autres hausses, mais pour le moins, ses affirmations remettent les pendules à l’heure.

4) En réalité, l’augmentation des matières premières a bon dos. Elle existe bien sûr, mais beaucoup d’industriels jouent l’effet d’aubaine. Nestlé vient indirectement de le reconnaître. Après avoir annoncé une hausse de 15,60 % de son eau « Aquarel », le groupe de Vevey a fait marche arrière. Il admet avoir cherché à repositionner l’image de son produit sur le segment de l’eau d’Evian, une démarche complètement marketing donc. Nestlé procède auprès de tous ses distributeurs à une proposition « d’aménagement technique »… (ce qui m’a amené à enlever la bouteille d’Aquarel dans nos publicités dénonçant les hausses).

5) Pas convaincu de la démonstration ? Il suffit pourtant de constater qu’à composants identiques, les hausses vont quelquefois du simple au triple, selon le poids marketing de la marque. Les œufs « Cocorette » augmentent de 5,30 % (seulement !) quand ceux de « Matines » augmentent de 18 % et ceux de « Lustucru » de plus de 25 % !!! Idem sur le marché des fromages à pâte molle où Bongrain n’augmente que de 13 % (« Cœur de Lion ») quand Lactalis (« Président ») dépasse les 18 %.

6) C’est le même écart qu’on retrouvera entre les grandes marques et les MDD. 4 points de hausse séparent la bière MDD du groupe Auchan de celle d’Heineken.

7) De toute façon, les récalcitrants à cet argumentaire resteront forcément sans voix pour tenter de trouver une explication à l’augmentation de produits d’entretien comme l’Ajax (19,72 %), ou même des boîtes 6 x 33 cl d’Orangina (15 %), du Tahiti Douche de Colgate (8,62 %) alors qu’il n’y a pas de hausse sur les produits de La Phocéenne (PME) qui distribue les marques « Le Petit Olivier » et « Senteurs Provençales ».
Non, décidément, il ne faut pas nous prendre pour des gogos. Les distributeurs sont fondés à demander de pouvoir négocier ces augmentations tarifaires. Et c’est pour le moins une drôle de réponse que de les renvoyer à une nouvelle négociation des marges arrière alors que tout le monde s’accorde à les dénoncer.
A suivre, demain…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 novembre 2007 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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25 octobre 2007

Le pouvoir d’achat et les prix : qui a intérêt à faire échouer les promesses du Président ?

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Depuis un mois, j’essaie d’alerter les plus hautes instances de l’Etat. L’inflation est de retour. Les tarifs sont en hausse de 8 % (en moyenne). Et tous les distributeurs, pour une fois, sont unanimes : même en baissant substantiellement leurs marges comme ils l’ont fait l’année dernière, les prix de l’alimentaire vont sacrément augmenter.

Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement est incompréhensible.

Cette hausse n’est pas inéluctable. La hausse des matières premières a bon dos. Comme le démontrent les évolutions contrastées en Europe, la plupart des industriels français ont fait de la gonflette tarifaire. Ils sont acquis à l’idée que Luc Chatel n’aura pas le courage de réformer définitivement la loi Galland. La négociation continuera à se porter sur les marges arrière alors qu’on aurait pu obliger industriels et distributeurs à négocier directement les prix, à faire apparaître les remises sur la facture du fournisseur…sans passer par l’artifice des facturations de services de coopération commerciale qui échoient aux commerçants. Ces fameuses factures tant décriées.

En fait, si Luc Chatel avait, dans son projet, autorisé la négociabilité des tarifs, les hausses auraient probablement pu être diminuées de moitié. Oui, j’affirme, de moitié !

Dans les ministères, on nous répond que la majorité UMP n’est pas prête à cette réforme. On nous dit que les Accoyer, Raffarin, Jacob s’y opposeront. On nous affirme que les lobbies industriel et agricole ont réussi à convaincre députés et sénateurs que les distributeurs « en ont encore sous le pied » et qu’en leur donnant la possibilité de répercuter ce qui reste de marges arrière, ça compensera les hausses tarifaires.

C’est n’importe quoi.

- Sous le pied des distributeurs, il n’y a plus grand-chose à gratter. La réforme Dutreil les avait déjà autorisés à répercuter leurs marges au dessus de 15 %. Les baisses ont eu lieu (3,5 %), Luc Chatel en convient. Sachant qu’un hyper a besoin de générer 25 % de marge brute, on est déjà en dessous du seuil de rentabilité. Les distributeurs profiteront de la réforme Chatel pour faire du prix coûtant sur certains articles, mais ils seront obligés de se rattraper en augmentant les prix d’autres rayons : produits frais, MDD, etc. D’ailleurs, c’est ce qui se passe en cette fin d’année (Cf. publication des indices Nielsen/Panel de Gestion).

- Surtout, il y a une difficulté juridique majeure. Luc Chatel dit en substance : vous pourrez toujours compenser les augmentations tarifaires en demandant plus de marges arrière réintégrables.

- Mais pour compenser une hausse de 15 % sur un produit qui génère déjà 30 % de marges arrière, il faudrait que le distributeur obtienne 15 points supplémentaires de marges arrière. Comment justifier économiquement cette opération ? Les têtes de gondole sont déjà toutes bien remplies…

- D’ailleurs, la DGCCRF poursuit les distributeurs au motif qu’ils facturent exagérément aux industriels des services (coopération commerciale) dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’ils deviennent artificiels et surcotés. Les députés eux-mêmes ont fini par y voir un racket !!!

Alors pourquoi Luc Chatel se propose t-il de maintenir le système ? En quoi la répercutabilité des marges arrière rend-elle le système vertueux ? Et pourquoi nous obliger à pratiquer ce que le ministre lui-même a dénoncé ?
Le comble : alors qu’il accroît l’insécurité juridique pour les distributeurs, le projet gouvernemental réserve les mesures de dépénalisation aux seules CGV des industriels. De qui se moque-t-on ?

Ce qui nous met en colère, ce n’est pas seulement ce mépris dans lequel on tient le distributeur (nous sommes habitués). C’est cette impression de gâchis.

- Le Président avait parlé de supprimer les marges arrière ? Le projet Chatel va les accroître sous prétexte qu’elles sont déductibles.

- Le Président souhaitait que cette réforme profite aux consommateurs et qu’elle génère des baisses de prix pour améliorer le pouvoir d’achat des Français. Or, c’est la réforme Chatel qui nourrit l’inflation tarifaire !!!

C’est à désespérer du politique.

Pour ma part, je ne désarmerai pas : il y aura bien quelqu’un dans la majorité UMP pour dire aux conseillers du Président qu’il serait dangereux d’aller aux municipales avec un mauvais bilan en termes de prix.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 octobre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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15 octobre 2007

L’Ilec et la réforme de la loi Galland : les industriels font de la résistance

La publication des premiers travaux de la Commission Attali a au moins ce mérite. Les loups sortent du bois ! On approche de l’opération vérité.

Ah ! Il faut prendre le temps de le lire le communiqué de presse publié par l’Ilec, cette association qui regroupe tous les grands industriels des biens de consommation (Procter, Coca Cola, Nestlé, Danone, etc.). Un vrai morceau d’anthologie.

1) L’Ilec ne conteste plus la nécessité de permettre aux distributeurs de répercuter les marges arrière dans les prix. Vous me direz, c’est bien, c’est déjà un grand pas de fait. Oui, sauf que ça revient à faire compenser les hausses tarifaires des industriels par la baisse de marge des distributeurs. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé l’année dernière. Le système peut fonctionner, mais pas dans la durée.

2) Mais s’il est partisan de leur réintégration, l’Ilec est contre la suppression des marges arrière. Il veut, après avoir dénoncé cette pratique, maintenir l’obligation pour le commerçant de facturer ses services (têtes de gondole, catalogues, etc.). Au fond, ce n’est pas la loi qu’il estime perverse dans son principe, mais le comportement des distributeurs qu’il voudrait endiguer soit par une barémisation de la coopération commerciale, soit par une limitation.

3) Mais surtout, l’Ilec ne veut pas entendre parler de libre négociation des tarifs. Son argument choc : cela entraînerait la légalisation de la discrimination ! Non mais, je rêve…
Qu’y a-t-il de plus discriminatoire que les rémunérations de services facturés par les distributeurs. La coopération commerciale, c’est le siège de la discrimination légale. Ce que le fournisseur A donne à E. Leclerc, il n’a pas à le justifier face à Carrefour ou Auchan…et réciproquement ! Comme les contrats sont spécifiques à chaque enseigne, ils ne sont pas comparables. La discrimination, les adhérents de l’Ilec la pratiquent allègrement depuis 10 ans, et en toute légalité puisque, faut-il le rappeler, seul l’abus de discrimination est répréhensible.

C’est donc une sacrée hypocrisie que de s’opposer à la transparence et à la négociation tarifaire en invoquant un risque de discrimination ! Au moins, pourrait-on dire que de ce seul point de vue, la suppression des marges arrière ne changera pas la donne. La différence, c’est que les consommateurs n’en feront plus les frais.

Les entreprises de l’Ilec qui pratiquent la libre négociation des prix partout dans le monde, annoncent que sa réalisation en France provoquerait « la ruine annoncée de notre industrie, à commencer par celle d’un grand nombre de PME très actives dans le secteur de l’agroalimentaire, notre premier secteur manufacturier, c’est toute notre économie qui sera à la peine avec des répercussions désastreuses pour l’emploi, le niveau de vie, et en dernier ressort, la distribution elle-même. »

Oui, vous avez bien lu ! Voici les grands industriels, défenseurs de la veuve PME et des orphelins agriculteurs ! Ils vont encore une fois nous faire le coup de plaider le sort des « petites entreprises » alors que leur développement s’est construit à coups de rachats d’icelles, sans trop d’états d’âme.

Nos dames patronnesses de l’industrie auraient donc aujourd’hui des scrupules ? Je propose que les entreprises de l’Ilec appliquent à leurs fournisseurs PME la recette qu’elles attendent des distributeurs. Je propose que les Nestlé, Unilever, Danone et autres Pernod prennent « à leurs frais » la hausse des produits agricoles en s’engageant à réduire leurs propres marges pour l’année 2008. Comme ça, ils pourront même revendiquer d’avoir contribué au co-financement de la stabilité des prix !

Ami Desforges, toi qui présides aux destinées de cette institution, ne sens-tu point le ridicule de cette prise de position de l’Ilec ?


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 octobre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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8 octobre 2007

Fruits et légumes : pas de prix sur les pubs catalogues !

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Je fais suite aux remarques concernant la faible activité promotionnelle dans le secteur des fruits et légumes (Cf mon précédent billet du 20/08/07). Beaucoup de consommateurs ont pu constater qu’il n’y avait pas, ou très peu, de publicité sur les fruits et légumes dans les journaux régionaux, et pratiquement jamais de prix sur les catalogues publiés par les enseignes.
J’en donne donc, ici, une explication succincte.

C’est un débat qui avive les relations agriculture/commerce depuis la fin des années 90.
Les syndicats agricoles (représentant des horticulteurs principalement) ont longtemps été hostiles à des publicités de prix dans les catalogues.

Il faut savoir que, compte tenu des délais de fabrication d’un catalogue, le délai entre la conclusion d’un prix…et la commercialisation du produit peut atteindre plusieurs semaines.

Dès lors, le risque existe qu’en période d’augmentation des cours, telle enseigne casse la tendance en proposant un prix très bas et empêche ses fournisseurs de profiter de la hausse.

En 2001, la loi NRE a donc imposé l’interdiction de toute publicité de prix hors lieu de vente, sauf accord de l’interprofession.

Et jusqu’en 2005, ce dispositif a été en vigueur, avec menace de procès à la clé, limitant ainsi les possibilités d’animer le marché.

Les résultats commerciaux furent catastrophiques. Les syndicats agricoles ont commencé à lâcher du lest. En février 2005, la publicité des fruits et légumes frais, hors point de vente, a été autorisée, notamment à la radio, mais toujours sous réserve de respecter les exigences suivantes :
. Accord préalable de l’interprofession sur le prix de vente proposé par le distributeur.
. Il faut que l’offre soit valable 5 jours maximum.
. Diffusion du catalogue 3 jours au plus avant le début de l’offre.

Pour nous, distributeurs, et même pour les producteurs les plus « push-vendeurs », c’était mission impossible, en tout cas, une opération sans intérêt.
1) Vous imaginez bien que nos acheteurs, mais aussi nos fournisseurs, n’ont pas envie de passer l’information à une interprofession où siègent leurs concurrents.
2) De plus, on estime que pour qu’une offre catalogue ne soit pas mensongère, il faut qu’elle soit valable au moins 10 jours, soit deux fois plus que les exigences syndicales. On n’allait pas ramasser les catalogues au bout de 5 jours !!!

Il faut bien reconnaître qu’actuellement, les syndicats et l’interprofession ont mis un peu d’eau dans leur vin. En clair, ils sont plus tolérants et font moins de fixation sur ce problème, surtout quand il s’agit d’écouler de la marchandise en surabondance comme en cette fin d’été.

Il n’en reste pas moins que ce type de réglementation produit des publicités dont on finit par se demander quel est l’intérêt, à l’instar de celle du groupe G20 (catalogue du 26/09 au 6/10). Elle consacre la moitié d’une page à la promotion des chou-fleur, laitue, tomate, poire et autre raisin… Elle ne comporte donc aucune indication de prix. Les consommateurs sont invités à aller en prendre connaissance dans les magasins.

C’est ainsi : la France réussit à classer quelques belles écoles de commerce dans le classement européen des meilleures institutions. Mais dans certains secteurs, on croit manifestement encore, comme dans le sketch célèbre de Fernand Raynaud (« Elles sont belles mes oranges pas chères »), que les consommateurs achètent aveuglément !

Michel-Edouard Leclerc

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25 septembre 2007

Hausse des tarifs : la suppression des marges arrière n’y suffira pas !

Des hausses de 4 à 12 %. Certaines atteignant même 20 %. Telles sont les demandes d’augmentations tarifaires qui parviennent à notre Groupement d’Achat. Ce sont des moyennes, avant négociations, avec possibilité d’étalement. Mais tout de même, c’est beaucoup. C’est trop.

J’affirme ceci :

1) La libre répercussion des marges arrière, telle qu’annoncée par le gouvernement, va permettre de temporiser. Les distributeurs « prendront sur leurs marges », volontairement dans certains cas, mais surtout contraints et forcés par le jeu de la concurrence. C’est là-dessus que compte le gouvernement.

2) Mais ça ne suffira pas pour contrer l’ampleur des hausses.

a) D’abord parce que les distributeurs les plus agressifs ont déjà baissé leurs marges (désormais à la limite du seuil de rentabilité). La baisse des prix en GMS dépasse 3 % depuis le 1er janvier 2005 (et 5,3 % chez EL). Rien que dans mon enseigne, les premières analyses de bilan font état d’une baisse de résultat avant impôt de 2,8 % à 2,2 %. Les comptes d’exploitation de nos concurrents les plus immédiats subissent une même évolution. C’est ce qui explique la légère remontée du prix des grandes marques, et même des MDD, au détriment desquelles s’effectue désormais la péréquation financière.

b) Les tarifs des fournisseurs ne sont toujours pas directement négociables. Pour compenser des hausses aussi importantes, la loi Dutreil continue d’obliger les distributeurs à négocier la rémunération de prestations de services (tête de gondole, présence dans catalogues, etc.) dont le montant pourra être répercuté en baisse de prix. Encore faut-il pouvoir justifier ces demandes. Quand les marges arrière atteignent déjà 35 et 40 %, comment expliquer qu’on demande 8 à 10 points supplémentaires aux fournisseurs. Ca n’a plus de sens et ça devient même légalement condamnable.

c) De toute façon, quel que soit le résultat des négociations, c’est le tarif du fournisseur qui fixe la limite du prix de vente (SRP). Si l’on veut que les prix n’augmentent pas trop (pas plus que les matières premières), il faut que le législateur autorise les distributeurs à négocier les tarifs, soit par des baisses directes de prix, soit par des remises ou des ristournes (liées à des objectifs commerciaux par exemple).

Cette demande n’a rien d’exorbitant. Partout en Europe et dans le monde, elle est une pratique courante. Les industriels eux-mêmes l’exigent de leurs propres fournisseurs de matières premières.

Il reste 2 semaines environ avant que Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, ne rende sa copie et que le gouvernement puisse présenter au parlement un projet de réforme de la loi Galland.

Hier, dans Les Echos, Luc Chatel admettait la possibilité de revenir sur la sacro-sainte intangibilité des tarifs (CGV). C’est une ouverture très positive.

On arrive à l’heure de vérité. Il faut sortir des rivalités corporatistes. Soit on ménage la chèvre et le chou, on ripoline, et l’architecture du système ne permettra pas de faire obstacle aux hausses tarifaires. Soit on réforme complètement, pour que le consommateur en profite durablement.

C’est mon choix, c’est mon combat.

Michel-Edouard Leclerc

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11 septembre 2007

Linéaires publie son comparateur et confirme les écarts entre enseignes

Cette note est particulièrement destinée aux étudiants, aux chefs d’entreprise et aux consommateurs qui n’ont pas forcément accès à l’une des trois grandes revues professionnelles de la distribution (Linéaires, LSA, Points de Vente), ainsi qu’aux différentes « lettres » qui fourmillent d’informations sur notre secteur.

La revue Linéaires suit, depuis 1999, le prix d’une centaine de références incontournables dans les rayons des hyper et supermarchés français. Comme ces relevés émanent d’une revue indépendante, personne n’en conteste la probité ni l’objectivité.

1) Le tableau ci-dessous corrobore les grandes tendances observées dans l’indice Opus (Nielsen/Panel de Gestion). Il donne du crédit au discours des distributeurs qui ne cessent d’affirmer que les prix ont baissé en hyper… Quelles observations ?

a) E. Leclerc reste l’enseigne la moins chère : « Le groupement d’indépendants a atteint l’indice 95,6…C’est le meilleur score jamais obtenu par une enseigne depuis la création de l’enquête Linéaires en 1999. »

b) Le peloton, mené par Auchan (avec Intermarché, Carrefour et Système U), est bien sur une tendance baissière depuis la fin 2005.

c) L’écart se creuse entre E. Leclerc et des enseignes comme Atac, Géant, Casino, et bien sûr Monoprix (près de 15 % d’écart).

2) Florent Vacheret, rédacteur en chef, insiste pour dire que, sans remettre en cause la performance de E. Leclerc, l’écart avec ses concurrents est moindre que celui affiché sur le site « quiestlemoinscher.com ».

C’est exact. Mais l’explication est simple. Linéaires visite 164 magasins (pour 12 enseignes) et relève les prix de 102 références alimentaires (dont 7 Premiers Prix). Mais ses relevés s’effectuent sur 6 mois !!!

Dans sa version actuelle, le comparateur E. Leclerc compare 2 327 articles de marques nationales exclusivement, dans 345 magasins de 8 grandes enseignes. Avec des prix relevés sur une dizaine de jours ouvrables.

Il est facile pour toutes les enseignes (même les plus chères) de bagarrer les prix de quelques dizaines d’articles (prix d’appel ou pas). Mais dès qu’on élargit l’observation à un panier plus large représentant 20 à 30 % de l’assortiment…les écarts se creusent.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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10 septembre 2007

La FNSEA et les prix : J.M. Lemétayer se trompe de cible

C’est demain à Rennes que Nicolas Sarkozy viendra expliquer sa politique devant les agriculteurs. Il confirmera sans aucun doute sa volonté de réformer la loi Galland et la suppression des marges arrière. Mais pour autant qu’il en recherche un effet bénéfique pour le consommateur, le Président a toujours dit qu’il fallait accompagner cette réforme d’une « réflexion spécifique sur l’agriculture ».

Les choses étant ainsi cadrées, comment interpréter le coup de gueule de Jean-Michel Lemétayer, patron de la FNSEA, sur Europe 1 ce matin.

Certes, il lui faut faire diversion. Si la loi Galland existe (et donc les marges arrière), c’est bien parce que la FNSEA l’a défendue. Comme les grands industriels et certains distributeurs, la FNSEA, depuis dix ans, fait pression sur le gouvernement pour limiter la concurrence par les prix.

J’ai participé à toutes les discussions de travail organisées au Parlement comme dans les ministères depuis 1996. Je peux témoigner que la FNSEA, jusqu’aux accords Sarkozy, plaidait pour que les discounters arrêtent de brader. Christian Jacob, ancien FNSEA, a été un ministre-clé du dispositif. On se rappellera son slogan : « Les prix bas tuent l’emploi ». Tout ce petit monde accusait la distribution de se « goinfrer de marges arrière », mais n’a jamais voulu remettre en cause le dispositif législatif.

Alors, puisque le Président a décidé de s’y attaquer, il faut bien quelques contorsions de langage et un bouc émissaire pour justifier le revirement du syndicat devant ses troupes.

A y regarder de près cependant, les propos de J.M. Lemétayer ont quelque chose de contradictoire. Puisqu’il dénonce les superprofits de la distribution, on aurait imaginé qu’il applaudisse des deux mains la suppression des marges arrière. Et puisqu’il s’agit de faire profiter les agriculteurs de la revalorisation des produits agricoles, on aurait pu imaginer qu’il s’en prenne principalement aux distributeurs les plus chers.

C’est tout le contraire qui se passe. Il a décidé de s’en prendre à ceux qui vendent moins cher (preuve si c’était nécessaire d’un double langage !).

Dans les Côtes d’Armor, les militants sont allés demander à un patron d’Intermarché d’arrêter ses promotions (opération « 2 000 prix moins chers chez ITM dans toute la France »). Et dans des tracts distribués par la FNSEA, mon groupe devient la bête noire.

Je n’irai pas plus loin dans cette polémique inutile. J’invite Jean-Michel Lemétayer à parcourir la dernière livraison du mensuel « Linéaires », journal reconnu pour son expertise dans le domaine alimentaire. Il y lira en pages 20 et 21 que sept années d’inflation séparent E. Leclerc de Monoprix, et qu’il y a, entre E. Leclerc, Intermarché, Auchan, et la queue de peloton, de 5 et 10 % d’écart en moyenne.
Je cite encore : « E. Leclerc reste intouchable au classement des discounters. Il décroche désormais de 15 % le dernier de la classe, Monoprix, dans un contexte clairement déflationniste pour les produits leaders de l’alimentaire ».

Si la FNSEA veut s’en prendre aux marges, qu’elle change de cible. Mais si elle veut que la revalorisation des produits agricoles n’effraie pas les consommateurs, qu’elle laisse faire leur métier aux distributeurs qui ont leur confiance.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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1 septembre 2007

Nicolas Sarkozy s’invite à l’hypermarché (flashback)…

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© Photographe de la Présidence de la République

1) Qui a décidé de cette visite et quand ?

C’est le Chef de Cabinet du Président qui, fin août, a directement pris contact avec moi. Il a exprimé le souhait de Nicolas Sarkozy de s’investir personnellement sur le dossier des prix. Dossier qui lui « tient à cœur ». C’est lui qui, Ministre des Finances, a entamé le processus de réforme de la loi Galland. Il veut poursuivre l'initiative et désigner plus clairement les bénéficiaires de cette rénovation : les consommateurs.

Je lui ai proposé une liste de magasins. En fonction des contraintes de timing et des enjeux de sécurité, l’Elysée a choisi l’hypermarché de Bois d’Arcy.

Mardi 28 août, Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation, m’a confirmé sa présence et le déplacement. C’est finalement la veille que les cadres du magasin sont mis dans la confidence. La majorité des salariés ne découvriront le dispositif que le matin même.

2) Quel était l’objectif concret du déplacement ?

Tout au long de son parcours dans le magasin, Nicolas Sarkozy a répété : "Je veux visiter des rayons emblématiques du problème des prix (rentrée des classes, fruits et légumes, boucherie…). Je souhaite interroger des vendeurs sur la réalité des augmentations de prix en cours et les consommateurs sur leur perception des hausses."
Aux journalistes qui attendaient des annonces précises, il a rajouté :" J'ai décrit hier les grandes lignes de ma politique concernant le pouvoir d'achat. Je n'hésite pas à le dire : je veux aussi créer une image symbolique forte, en me rendant dans un hypermarché, au milieu des clients et du personnel. Pour montrer que j'aborde la question du pouvoir d’achat sous tous ses aspects y compris les salaires. Je veux des résultats tangibles pour les gens, pour leur vie quotidienne, et pas simplement favoriser la liberté des entreprises pour elles-mêmes. »

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3) Comment s’est déroulée la visite elle-même ?

Je ne vais pas, ici, jouer les Yasmina Reza. Je n’ai ni le recul par rapport à l’évènement, ni le talent ! Mais j’ai été très impressionné par son aptitude à écouter son auditoire, à s’approprier les sujets et à faire passer quelques messages bien sentis.

Le Président devait arriver à 9 heures. Il souhaitait parcourir l’hyper juste à l’ouverture du magasin pour éviter la cohue du vendredi et pouvoir passer du temps dans les rayons avec le personnel. (J’en profite pour le féliciter. L’accueil fut des plus chaleureux et le magasin était nickel chrome. Du travail de pro. Tout le monde a été bluffé ! Bravo !).

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© Photographe de la Présidence de la République

A l’heure prévue, le Préfet, le Maire, le Député, le Sénateur attendaient sur le parking (eux-mêmes prévenus la veille au soir). Mais voilà ! Mobilisé sur un autre dossier, le Président est arrivé une demi-heure en retard alors que les consommateurs occupaient déjà les lieux en masse. C’est à partir de là que l’opération a pris un caractère involontaire de « bain de foule ».

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© Photographe de la Présidence de la République

a) Les consommateurs

Enormément de monde. Dès son arrivée, j’ai senti un décalage. La foule s’est massée sur son passage. Lui avait l’air très préoccupé, sans cesse à l’écoute de son portable, pas tout de suite disponible. Et puis, très vite, la chaleur de l’accueil l’a interpellé. Incroyable comme les gens recherchaient son regard, son attention. Même les plus bougons étaient fascinés. Mal à l’aise, un type un peu goguenard lâche « On dirait un monarque venant au contact de ses sujets ! ». Assurément, la photo donne cette impression. Et pourtant, moi ce qui me fascine, ce n’est pas tant sa personne que le public. Il y a les applaudissements, tous ceux qui veulent être pris en photo avec lui et qui lui tendent leur téléphone. Mais il y a surtout une énorme attente, tout autant affective (oui, je dis bien affective) que politique.

Il voulait poser des questions. Elles arrivent spontanément à lui : « Allez-vous vraiment tenir vos promesses ? ». « Il faut que vous vous intéressiez aux prix, tout augmente ! ». « Ne vous laissez pas couper de nous… ».

Ils ne sont pas tous des beaux quartiers de Versailles, encore moins adhérents à l’UMP. Une partie de la clientèle vient de Trappes ou de Saint-Quentin. Prix, pouvoir d’achat, insécurité des quartiers, chômage à 50 ans, statut des handicapés à l’école ou dans l’entreprise…

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© Photographe de la Présidence de la République

En une heure de traversée de l’hyper, tous les sujets de société sont brandis avec inquiétude, mais jamais méchamment. On lui tend une enveloppe, la femme pleure, il appelle son aide de camp, exige qu’on prenne les coordonnées… Plus loin, alors qu’on croit l’épisode passé, il glisse au Maire ou au Député (je ne sais plus) le nom de la cliente qu’il a retenu : « Tu t’occupes d’elle, c’est notre job ! ».

Dans la bousculade, les micros n’enregistrent pas tout ça. Il parle d’une voix claire, mais faible, comme pour montrer qu’il s’intéresse à chacun personnellement. « Non, je ne fais pas les courses. Ce serait mentir que de dire cela. Faut pas faire semblant, je n’en ai pas le temps. Mais c’est justement parce que je n’en ai pas l’occasion que je dois m’investir plus sur ces questions très concrètes… ».

« Je suis d’accord avec vous, on ne peut pas parler du pouvoir d’achat en se retranchant derrière l’indice INSEE ! »

Tout ça peut prendre un air bon enfant. Anecdote : un groupe de femmes n’hésitent pas à faire le tour des gondoles pour revenir se faire embrasser par lui. Il ne s’en apercevra qu’à la troisième tentative !

b) Avec les salariés

Durant son parcours, il aura pu parler avec une vingtaine de membres du personnel qu’il reconnaît à la blouse orange des femmes et au logo sur les cravates des hommes.

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© Photographe de la Présidence de la République

A des hôtesses de caisse, il demande le salaire.
- « Je n’ose pas. Je gagne plus que les autres », dit l’une, « je suis adjointe ».
- « Pas de problème, dites-le moi à l’oreille ». Il la fixe dans les yeux, cherche ceux du directeur légèrement derrière lui puis reprend son dialogue. « Est-ce que vous bénéficiez de la participation ? Ca fait combien de mois ? »
- « Je touche sur 15 mois et demi ».
- « Etes-vous intéressée par des heures supplémentaires ? »
- « Non, elle préfère rester chez elle, elle a des enfants. » Mais une autre (jetant un regard malicieux à un responsable) sous-entend qu’elle en fait déjà pas mal !

Au rayon poisson, discussion de même type. Le chef de rayon connaît bien son métier. Coincé contre l’étal (extraordinaire de fraîcheur et de mise en scène), NS interroge le personnel sur l’origine des poissons, la présence de la « petite pêche côtière ».

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© Photographe de la Présidence de la République

« Le pouvoir d’achat, c’est pas que pour les consommateurs, c’est pour vous aussi. J’ai été chez les patrons, mais je sais bien que le pouvoir d’achat, ce sont aussi les salaires. Alors, je libère les entreprises, j’essaie d’alléger le coût du travail, mais c’est aussi pour que les salaires en profitent. C’est la responsabilité des entreprises. J’y veillerai. »

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© Photographe de la Présidence de la République

c) Lui

Incroyable comme il aime ce contact : si ça ne tenait qu’à lui, il resterait là toute la matinée. Les gens le lui rendent bien. A deux reprises, on lui fait dédicacer un pot de Nutella. A sa sortie, une femme se précipite avec un sac bretelles. Elle en sort trois pots de 1 kg. Elle le regarde malicieusement : « C’est pour vous, c’est pour Louis, profitez-en avant l’augmentation. » Un rappeur s’approche (aérien, fébrile, renifleur). La sécurité voudrait discrètement faire barrage. Lui, fonce et vient au contact. Son interlocuteur n’ose pas le regarder dans les yeux, mais lui souhaite finalement de réussir. Un père lui présente son fils avec un maillot de foot aux couleurs de l’équipe de France :
- « Comment s’appelle-t-il ? »
- « Zidane »
- « Il aura une belle carrière, mais faudra surveiller sa sortie… »

Pas facile de le canaliser. Les agents de sécurité ont décidé du parcours au mètre près et l’accompagnent en établissant un cordon parallèle à son avancée. On lui glisse « à droite, Monsieur le Président », mais il entrevoit le rayon DVD et tourne à gauche (je n’oserais pas dire qu’il s’agit d’une métaphore politique !). Il repère « Le Dernier roi d’Ecosse ». Il fait venir la vendeuse et lui décrit le scénario « C’est l’histoire d’un jeune médecin écossais chez Amin Dada… ». « Celui-là, je vais l’acheter. Et aussi « Blood Diamond » avec Leonardo di Caprio». Il se tourne vers moi « Tu sais, je n’ai plus l’occasion d’aller au cinéma, alors on regarde les DVD en famille ». Il fouille dans ses poches pour chercher de l’argent. « Si, si, j’insiste ». Panique à bord (on est à cent mètres des caisses, il faudrait pouvoir rebrousser chemin et de toutes façons, personne ne croira à sa spontanéité). « Ca va faire too much », glisse une voix derrière nous. Il insiste. « Je veux régler ». Le directeur du magasin arrive à se faufiler dans la foule et sauve la situation en promettant au Président de lui remettre les DVD après avoir enlevé les antivols !

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5) Qu’a-t-il dit plus spécifiquement sur la réforme de la loi Galland ?

A la sortie, nous sommes allés saluer le pharmacien, locataire de la galerie. NS en a profité pour dire qu’il allait s’attaquer à toutes les entraves à la concurrence, aux numerus clausus.

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© Photographe de la Présidence de la République

Situation cocasse. Luc Chatel commence à évoquer le prix des médicaments de confort. Le pharmacien qui n'était pas prévenu ne semble pas trop « voir venir » mais commence à s'interroger sur ce qui va lui "tomber dessus". Mais ouf, le Président a déjà changé de sujet : « Ca fait 10 ans qu’on dit qu’il faut plus de taxis à Paris, faudrait peut-être commencer à planifier l’ouverture de ce marché... Il faut s’attaquer aux rentes, à toutes les rigidités. La Commission Attali doit tout balayer, j’essaierai de reprendre un maximum de propositions ».

Avant de repartir, NS a répondu à quelques questions de journalistes.

- D’abord, il a confirmé sa volonté de supprimer ce système des marges arrière, non plus progressivement comme on avait commencé à le faire avec la réforme Dutreil, mais totalement, dès le prochain projet de loi. L’ambiguïté reste dans la forme que prendra le dispositif : puisque tantôt il parle de « suppression totale des marges arrière », tantôt de « réintégration des marges arrière dans les prix »… Ce qui n’est pas la même chose.

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- Il a fixé le calendrier : accélération des consultations, remise du rapport de la Commission Attali fin septembre, dépôt du projet de loi tout de suite après… « Pour que la nouvelle loi soit applicable en 2008 ». Il a repris « Il faut que ce soit effectif pour la campagne de prix 2007/2008 ».

Alors qu’il rentre dans sa voiture, on lui demande le centième autographe. Il a besoin d’un support rigide pour écrire et ne remarque pas que je lui tends les DVD empaquetés. Il remonte la vitre et j’entends l’adhérent, Jean-Jacques Exmelin : « J’aurais vraiment été mal à l’aise d’avoir à les encaisser ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 septembre 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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29 août 2007

Rentrée des classes : le prix de la fébrilité médiatique

J’étais, ce matin, en direct, interrogé par BFM. Question : « Pourquoi vous êtes-vous prêté à cette mascarade chez Darcos ? Pourquoi laisser le Ministre annoncer que vous allez vendre à prix coûtant alors que vous dites que c’est déjà le cas ? » (Je cite à peu près).

Bonne question, sauf que je peux aussi la retourner à l’envoyeur !

Dans la cour du Ministère de l’Education Nationale, avant la réunion, les journalistes dont celui de BFM, interpellaient chaque distributeur : « Qu’allez-vous faire face à la hausse des prix ? Qu’avez-vous à proposer au Ministre et aux associations de consommateurs ? ».

Donc, Mr BFM, si vous mettez la pression, on est bien obligé de trouver une réponse : OK ? Mais je conviens que toute cette opération mérite un petit décryptage.

  1. Xavier Darcos était-il dans son rôle pour interpeller ainsi les distributeurs ?

    Bon, on peut discuter. Le Ministre le plus directement concerné, c’est Luc Chatel puisqu’il est en charge des problèmes de consommation. Mais après tout, pour une fois qu’un Ministre de l’Education s’intéresse aux préoccupations des parents d’élèves et pas seulement des états d’âme de la corporation, je ne vois pas pourquoi on s’en plaindrait !

    Xavier Darcos dispose, via le réseau des profs dans les académies, d’un pouvoir de préconisation, ne serait-ce que pour orienter les recommandations d’achat vers les produits vraiment nécessaires (ce que les enseignants ne font pas toujours).

  2. quoi se sont engagés les distributeurs ?
    Le Ministre a pris conscience que les 5 enseignes invitées à le rencontrer étaient certainement les moins chères sur le marché français. Chacun a sorti son catalogue, ses promotions et a plaidé l’agressivité de son offre.

    Du coup, les collaborateurs de Xavier Darcos ont découvert que pratiquement tous les produits sur lesquels ils souhaitaient une action étaient déjà vendus à prix coûtant, et souvent même en baisse par rapport au prix de 2006.

    Dans l’impossibilité d’annoncer des réductions supplémentaires (qui auraient entraîné des ventes à perte), les enseignes ont proposé ceci : les distributeurs déjà à prix coûtant s’engagent à poursuivre leurs promotions au-delà des dates de péremption de leur catalogue (jusqu’au 15 septembre) ; les autres, ceux qui sont plus chers, s’engageront sur ce même caddie de rentrée à baisser leurs prix jusqu’à garantir d’être à prix coûtant ou au même prix qu’en 2006.

  3. Quand ces dispositions rentreront-elles en application ?
    Dès que nous en aurons circularisé l’engagement auprès de tous les magasins. Le temps d’imprimer les affiches et de reformater les rayons pour mettre en scène le « caddie Darcos »… Dès la fin de la semaine ou lundi au plus tard.

  4. Cette opération est-elle trop tardive ?
    Oui, évidemment, puisque pratiquement 60 % des ventes (en tout cas en province) ont déjà eu lieu. (Je rappelle que l’installation des rayons « rentrée des classes » démarre, dans certaines régions, dès juillet).

  5. Faut-il accuser le Ministre de s’être réveillé trop tard et les distributeurs de jouer les hypocrites dans cette opération ?
    Les distributeurs n’étaient pas demandeurs. Je m’en expliquerai plus bas. Mais le Ministre lui-même n’a fait que réagir à la polémique lancée par les publications de la Fédération des Familles de France. Publications qui ont donné lieu à des polémiques relatées dans la presse.

    Fallait-il ne pas réagir ? Moi, je pense que oui ! Mais puisqu’il l’a fait, reconnaissons qu’il a réagi plutôt rapidement.

    En revanche, pourquoi ne pose-t-on pas la même question aux organisations de consommateurs ? Fallait-il attendre la dernière quinzaine d’août pour interpeller Ministre et distributeurs ?

    C’est là toute la limite de la crédibilité de leur démarche.

    Nos catalogues sont imprimés et en circulation depuis très longtemps. Tous les prix sont transparents et largement comparables d’enseigne à enseigne depuis plus d’un mois. Pas besoin de confier à des statisticiens ou à des informaticiens un travail de comparaison qui est somme toute relativement facile.

    Seulement voilà, dans cette affaire, chacun veut entretenir sa posture médiatique au risque, probablement, d’en perdre l’efficacité. Une chose est certaine : ce battage médiatique aura empêché les distributeurs de valoriser une offre qui avait toutes les raisons d’être considérée comme performante.

  6. La distribution était-elle vraiment trop chère ?
    Tout est toujours trop cher. Et la rentrée des classes, c’est cher. Les Français éprouvent de vraies difficultés en termes de pouvoir d’achat. Normal qu’ils s’expriment sur ce type de dépenses.

    Mais j’affirme. Dans le contexte de hausses des matières premières qui poussent les industriels à augmenter considérablement leurs tarifs, la distribution a été extrêmement efficace dans ses négociations.

    Je rappelle : augmentation du coût du papier de 14 % ! Augmentation des matières plastiques : 30 %. Et malgré cela, l’augmentation des prix de vente mesurée par Familles de France n’est que de 2,1 % !!! Jamais, dans mon groupe, je n’ai vu les acheteurs, prendre autant de risques pour acheter le papier par anticipation, bloquer l’augmentation des tarifs malgré les pressions des fournisseurs, rechercher des produits de substitution…

    J’affirme encore : l’offre des centres E. Leclerc n’a pratiquement pas augmenté depuis 2006 (hormis les produits sous licence type cahiers Harry Potter, etc.). 60 % des articles sont même en baisse !

    L’offre s’est élargie, elle est peut-être trop confuse. Le marketing agressif des produits à marque ou sous licence (forcément plus chers, très chers quelquefois) occulte peut-être les efforts considérables sur nos marques génériques (30 à 80 % moins chères !). Mais la réalité est là, le caddie français de la rentrée scolaire est le moins cher d’Europe !

Conclusion Il faut raison garder. L’année prochaine, il faudra s’y prendre autrement. J’invite les associations de consommateurs et le ministère à nous faire parvenir, dès maintenant, leurs préconisations pour la rentrée 2008. Car les achats sur ces marchés internationaux, c’est maintenant que ça démarre.

Ainsi, plutôt que de chercher à se marquer pour exister médiatiquement, associations et ministère nous aideront à préparer très en amont, et selon leur demande, une offre qu’on n’attendra pas qu’elle soit écoulée pour la critiquer.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 29 août 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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28 août 2007

Hausse des prix : avant la psychose, un état des lieux (1)

Je développerai, tout au long de ces quinze prochains jours, les arguments qui me font dire :
1) Qu’il n’y a pas de tension inflationniste majeure sur l’ensemble de la consommation des Français.
2) Qu’il existe bien des risques de hausses de prix suite à l’évolution du prix des matières premières agricoles sur les marchés mondiaux et aussi de certaines matières premières non alimentaires (énergie).
3) Mais pourvu que le gouvernement poursuive la réforme de la loi Galland et donne ainsi aux distributeurs les moyens de négocier les tarifs des fournisseurs, les prévisions d’inflation, pour l’année 2007 et même pour le premier semestre 2008, devraient rester inférieures à 2 % en hypermarché.

Avant de continuer d’en débattre, d’argumenter et de justifier, qu’on me permette de faire le point sur la période présente.


Il y a, aujourd’hui, beaucoup de confusion. Ce n’est pas parce que les fournisseurs annoncent des hausses de tarifs que celles-ci vont se répercuter systématiquement dans les prix.

- D’abord, parce que le coût des matières premières n’intervient pas toujours de manière importante dans le prix de vente d’un produit transformé.
- Ensuite, parce que depuis les accords Sarkozy (juin 2004) et les deux premières étapes de la réforme de la loi Galland, la concurrence joue positivement dans l’intérêt des consommateurs.

Cela se voit peu, mais c’est efficace.

Il faut bien se rendre compte que cela fait déjà 6 mois que les propositions tarifaires des industriels sont à la hausse (en épicerie : + 3,9 % depuis mars 2007).

Mais E. Leclerc a continué à baisser ses prix, plus vite que ses concurrents. Et l’impulsion déflationniste lancée par notre action commerciale entraîne les autres distributeurs dans un cycle de baisse durable, au moins jusqu’à la fin de l’année.







Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 août 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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20 août 2007

Vente directe à Paris de fruits et légumes : le marronnier de l’été

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L’année dernière, c’était à la Tour Eiffel. Une vente « sauvage » de fruits et légumes, pour dénoncer les marges excessives de la grande distribution ! Un rituel !

Chaque année, c’est la même mise en scène orchestrée pour passer au JT de TF1 et offrir ainsi à la chaîne de Boulogne le moyen de combler l’absence de sujets autrement plus complexes en cette saison. Seule anicroche durant l’opération de l’été 2006 : des journalistes avaient osé fouiner dans les cageots. Nos beaux produits de terroir avaient été quelque peu mélangés avec des produits espagnols. Histoire, probablement, de gonfler les ventes et de profiter de l’aubaine…

Cette année, c’est à la Bastille. On nous avait annoncé une vente géante : 60 tonnes de fruits, montées en tête de gondole par le MODEF, soutenue par quelques élus communistes et des syndicalistes ruraux du Sud-Ouest, toujours pour protester contre les marges excessives de la grande distribution !

Cela fait 30 ans que je suis dans le métier. 30 ans qu’on nous ressert le même discours.

A y regarder de près, les prix n’avaient pourtant rien à envier à ceux d’un centre E. Leclerc (pourtant, on prétendait assurer, ici, une promotion exceptionnelle !). Et on a bien omis de raconter aux journalistes que les mêmes syndicats agricoles s’opposent, depuis 1997, à toute publicité de prix dans les journaux et à la radio sans leur accord (histoire d’empêcher justement que Leclerc et autres consorts puissent vendre moins cher et s’en prévaloir !).

A une certaine époque (dans les années 60), Alexis Gourvennec, le roi du chou-fleur et fondateur de l’une des plus grandes coopératives de l’Ouest, avait émis une idée géniale : « Si les agriculteurs veulent conserver leurs marges, il faut qu’ils maîtrisent toute la filière, de la transformation à la commercialisation ! ». Il avait alors suggéré la création de magasins verts (propriété des coopératives agricoles ou des agriculteurs) pour concurrencer les autres formes de distribution modernes.

L’idée n’a pas eu de suite, en tout cas pas sous cette forme. A écouter le MODEF, on se demande bien pourquoi, puisque selon ses affirmations, la grande distribution s’en met plein les poches sur les fruits et légumes.


Eh bien, puisque aucun argument rationnel ne sera efficace dans le contexte d’une telle exploitation médiatique, il reste aux distributeurs à lancer ce défi à leurs fournisseurs : « Créez donc vos propres réseaux de distribution, montrez-nous l’exemple, montrez-nous comment vous allez vendre moins cher et pas simplement le temps des promotions ! »

Chiche ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 août 2007 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Communication , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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13 avril 2007

La guerre des prix entraîne-t-elle une « destruction de valeur »

A la lecture d’articles récents, la réponse à cette question dépend de « qui fait baisser les prix ». J’explique.

- En début d’année 2006, José Luis Duran prenait l’initiative de baisser ses prix. Leclerc était désignée comme cible (il avait l’élégance de le reconnaître). A l’époque, on pouvait lire dans tous les commentaires qu’il s’agissait d’un « repositionnement stratégique de la politique de prix ». Et l’affaire était plutôt bien appréciée, même du côté des sociétés de bourse, puisqu’on adhérait à la perspective d’une augmentation de la part de marché, reprise à Leclerc.

- Nous avons évidemment réagi, repris le leadership sur le prix des grandes marques (nous ne l’avions jamais perdu sur les indices exhaustifs). Et en ce début d’année, c’est notre enseigne qui creusait l’écart.

- Mais Carrefour vient de publier son chiffre pour le 1er trimestre 2007. C’est à son tour de patiner. Les hypers sont en hausse de 0,9 % et les supers de 2,2 % (hors carburant). Et là, que lit-on : « Carrefour souffre dans un contexte de guerre des prix entre les différentes enseignes, une guerre de prix qui, finalement, est destructrice de valeur ».

Incroyable : quand Carrefour (et, dans une certaine mesure, Géant Casino) prend l’initiative de baisser ses prix, c’est un « repositionnement stratégique ». Quand E. Leclerc fait de même et oblige ses concurrents à s’aligner, c’est de la « destruction de valeur ». Tiens donc !

Cette notion de « destruction de valeur » me laisse perplexe. De quelle valeur parle-t-on ? Et pour qui y a-t-il destruction ?

1) S’agit-il du point de vue des seules entreprises ? Constatons que l’impact est loin d’être homogène. Si l’on assimile la perte de valeur à la « diminution de la marge brute » (concept défendu par Philippe Baroukh, Directeur Général d’Auchan France, dans LSA du 5/04/07), force est de reconnaître que tous les distributeurs ne sont pas à la même enseigne (sic). Celui qui avait déjà une politique de prix bas détruit peu de marge quand, effectivement, le groupe qui se baladait à 5 ou 6 points d’indice du premier doit beaucoup plus investir. En clair, c’est sûr que si Monoprix et Casino veulent suivre Leclerc, ça leur coûte plus cher qu’à Leclerc !!! Et ce n’est pas Leclerc qui s’en plaindra (joke, et, j’espère, sans rancune).

Toujours s’agissant des entreprises, il faut encore nuancer. Philippe Baroukh a raison de dire que « ce n’est pas parce que le jus d’orange est 3 % moins cher que vous allez augmenter votre consommation de 10 % !». Encore que cela dépende des produits. Mais si mon groupe augmente sa part de marché en volume, plus que proportionnellement à son investissement, et sécrète une recette marginale supplémentaire, en quoi détruit-il de la valeur ? Et à terme, que devient la pertinence du concept si nos adhérents augmentent par cette action la valeur de leur fonds de commerce. (Mais cette notion de long terme, de valorisation des marques et des fonds de commerce, ne rentre peut-être pas en ligne de compte (sic) pour les gestionnaires de la cote, alors que pour nous, indépendants, ces notions sont fondamentales).

De toute façon, et a contrario, il ne suffit pas de vendre cher pour prétendre créer de la valeur (comme dans l’industrie du luxe ou le marché de l’art), il faut encore qu’il y ait un public et des acheteurs pour lesquels le niveau de prix ne fait pas obstacle. Ce n’est pas le cas du marché de la grande distribution.

Bref, ce que je veux dire, c’est que cette notion purement comptable et utilisée négativement –la destruction de valeur- mérite d’être affinée avant que d’être agitée comme repoussoir (comme drapeau blanc ?).

2) S’agissant des consommateurs (qui nous font vivre, rappelons-le quand même), le concept n’est absolument plus pertinent.

Car de quoi s’agit-il aujourd’hui, si ce n’est, avec la réforme Dutreil, d’obtenir la restitution au client d’une partie de la marge que le législateur avait gelée chez le distributeur.

Allons, messieurs, la France n’aime ni les libéraux, ni le libéralisme. Mais vu les problèmes de pouvoir d’achat, qui va oser prétendre qu'après 5 ans de hausse des prix, un surcroît de concurrence menace la valeur de nos entreprises. Qui va oser dire qu’une baisse de 2 % des prix des grandes marques, forcément compensée par ailleurs, menace la création de valeur en France.

La concurrence menace l’économie des rentiers, des positions acquises, des enseignes fatiguées. Mais elle est un vecteur de croissance du chiffre d’affaires pour les challengers les plus dynamiques. Elle renforce la satisfaction des ménages.

Et ça, ce n’est pas de la création de valeur ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 avril 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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12 avril 2007

La guerre des prix : cris et chuchotements

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En lisant le dernier LSA, j’ai failli m’étouffer d’indignation. J’avais été interrogé par Olivier Bitoun sur l’effectivité de la guerre des prix entre enseignes, depuis le début de l’année. Il avait lu ma note précédente sur ce blog, je ne pouvais que confirmer. C’est alors qu’il me posa la question de savoir jusqu’où les grandes marques pouvaient continuer de baisser.

J’ai répondu : « Sur ces articles-là, on ne peut pas aller plus loin juridiquement et financièrement ». Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’on arrive au nouveau SRP (seuil de revente à perte) autorisé par la réforme Dutreil. Un seuil qui permet de répercuter dans les prix la marge arrière du distributeur, au-delà de 15 %. Point barre, l’explication n’était rien d’autre que technique.

Or, voilà qu’à partir de cette phrase, et sous forme interrogative, on laisserait entendre que je voudrais lever le pied : « Est-ce un SOS que le président des centres E. Leclerc lance sous la pression de ses adhérents qui s’inquiètent de la fonte de leurs marges avec l’arrivée du printemps ? L’appel au cessez-le-feu a été entendu. Carrefour qui vient d’accueillir Bernard Arnault… ».

Non, mais, ça va pas ! Je veux bien croire que la presse reste sensible au venin que distillent, depuis des années, mes concurrents sur une hypothétique division des adhérents au sein du mouvement ! Mais de là à transformer une interrogation en réalité objective, il y a une manip qui appelle de ma part un démenti.

(Pour ceux qui sont passionnés par la guerre psychologique, ou pour ceux qui douteraient de son existence, je cite le responsable de Carrefour dans l’article précité de LSA. Il explique le choix des magasins qui baissent leurs prix dans cette enseigne : « Nous ciblons en priorité les centres E. Leclerc où l’adhérent a acheté son magasin récemment, car ils sont plus fragiles financièrement ». Pipeau, monsieur ! Intox ! C’est à Nantes, à Toulouse, en Bretagne et en Normandie que Carrefour baisse le plus ses prix…tout simplement parce que les Leclerc y sont particulièrement actifs. CQFD.)

Donc, je rappelle pour ceux qui prendraient leurs fantasmes pour des réalités : dans mon groupe, quand nous partons en formation de combat, même avec des préconisations nationales, ce sont les adhérents, et eux seuls, qui calculent les prix et choisissent l’étendue de l’offre promotionnée.

Comme tous leurs collègues de la distribution, ils ont l’œil rivé sur les compteurs. Sans arrêt, il leur faut arbitrer entre l’investissement prix et l’effet retour sur les marges ou la part de marché.

Mais pour l’heure, pas d’états d’âme. Laissez-moi vous faire part de ce scoop : du fait de notre bon positionnement prix, au mois de mars, le chiffre d’affaires a augmenté de 7,5 % (hors carburant). Soit une progression de 5,59 % (HC) au 1er trimestre.

Encore cette dernière remarque.

Mes adhérents et moi-même sommes sollicités par les autres distributeurs pour étudier les suites à donner à la réforme Dutreil. Pas de problème pour participer à une réflexion collective. Nous répondrons présents.

Mais si tous nos collègues agitent par avance le spectre d’un péril financier dès lors que l’on constate une baisse des prix des grandes marques de 1 à 2 % sur quelques mois, de quel crédit disposerons-nous dans l’opinion et vis-à-vis des parlementaires quand nous émettrons le souhait d’aller plus loin dans la liberté des prix.

Bon, ne pas tout confondre ! Après 10 ans de loi Galland, de prix de vente quasi indifférenciés et fixés à partir des seules CGV industrielles, il nous faut réapprendre le métier de commerçant. Sûr que ce n’est pas facile. Sûr qu’il faut savoir être prudent, mais aussi saisir les opportunités offertes par la réforme.

A chacun donc sa politique de prix.

Dans cette occurrence, je me félicite de n’être pas coté en bourse. Tous ces chuchotements témoignent que, décidément, communication financière et communication grand public ne font pas bon ménage !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 avril 2007 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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20 mars 2007

Loi Dutreil : les prix, comment ils vont… ?

Comment ne pas être étonné par le silence du gouvernement. Muet comme une carpe, incapable de valoriser son bilan en termes d’inflation ! Renaud Dutreil chantonne de temps en temps un petit air en forme de satisfecit. Mais Villepin et Breton restent finalement aphones dans cette lutte contre la vie chère. A croire, décidément, qu’ils n’ont toujours pas digéré d’avoir été obligés de réformer la loi Galland suite à nos campagnes de pub et par l’entremise des accords Sarkozy.

1) C’est pourtant le chariot type de Thierry Breton qui fait thermomètre

Gadget ? Assurément ! 135 articles seulement composent le panier. Mais, pourquoi faire la fine bouche. C’est tout autant que dans l’indice de l’UFC-Que Choisir. Et 7 organisations de consommateurs ont fini par cautionner « ce chariot ».

Alors, pourquoi bouder le plaisir : les prix n’y ont augmenté que de 0,7 % en deux ans (contre 2,7 % pour les prix à la conso). Ma foi, c’est toujours ça qu’on ne reprochera pas aux hypermarchés.

2) L’évolution générale des prix à la conso (ACNielsen)

Toujours mesurée sur la durée, l’inflation devient carrément négative si l’on en croit l’indicateur ACNielsen-Panel International. D’avril 2004 à Janvier 2007, l’indice « exhaustif » baisse de 0,16 %. Les grandes marques y chutent le plus (- 2,23 %). Du jamais vu depuis les accords Sarkozy. Du quasi spectaculaire quand on sait que ces relevés se font « hors promotions ».

Encore une fois, ce sont les hypers qui se font les champions de la lutte contre la vie chère avec une baisse de 3,1 %.
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Source : LSA - n° 1987 - 1er mars 2007

3) L’inflation mesurée par l’INSEE

Même démo : l’indice INSEE, bien qu’il intègre de nombreux autres produits que ceux qui sont vendus en hyper, témoigne d’un niveau d’inflation extrêmement bas : plus 1 % sur un an, taux jamais vu depuis novembre 1999. La France rejoint, grâce à la réforme Dutreil, le peloton de tête des pays européens les moins inflationnistes.

4) Pour l’INSEE, la baisse continue en ce début 2007

Bon, d’accord ! Ne nous faisons pas d’illusion. Le mouvement n’a pas vocation à se poursuivre indéfiniment. Les distributeurs devront bien être obligés de répercuter quelques hausses tarifaires industrielles.

N’empêche, moins 0,3 % dans les hypermarchés, c’est du pouvoir d’achat en plus.

On dira ce qu’on voudra, la réforme Dutreil, ça marche ! C’est compliqué, c’est risqué, difficile à négocier, mais ça marche !

Certains (mauvais coucheurs) avaient vivement critiqué les accords Sarkozy, et douté de l’efficacité d’une réforme de la loi Galland. Pour nous, E. Leclerc, qui avions mené ce combat, longtemps en solitaires, c’est une belle satisfaction.

Et puisque le législateur a prévu la possibilité de poursuivre la réforme en la menant à son terme (liberté des prix !!!), j’aurai à cœur de continuer à marteler : la liberté des prix, c’est bon pour le consommateur.

Passons à l’étape suivante.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 mars 2007 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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13 février 2007

La Fnac ne fait plus de réduction systématique sur les livres ! E. Leclerc maintient les rabais

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Alors là, pour le coup, je révise l’opinion que j’avais exprimée le 7 novembre 2006 sur ce blog (Cf. ma note).

A l’époque, conforté d’ailleurs par des propos personnels de François-Henri Pinault et de Denis Olivennes, je m’opposais au simplisme d’un diagnostic selon lequel le modèle économique de la Fnac était devenu caduc. Je développais des arguments selon lesquels, quel qu’en soit le propriétaire ou l’acquéreur, la Fnac restait (avec 3,5 % de résultat net) la plus belle entreprise de diffusion culturelle en Europe. Je persistais à lui reconnaître une « vraie différence » dans le discours et la pratique consumériste par rapport aux autres acteurs du secteur (Virgin, Extrapole, les GMS et la plupart des librairies). Mais voilà…

Depuis le 5 février 2007, la Fnac a mis fin à la réduction automatique de 5 % sur le prix des livres !

Pour les jeunots, je rappelle que la loi Lang (du nom de l’ancien Ministre de la Culture) autorise les éditeurs à fixer un prix unique de leurs livres. Tous les diffuseurs doivent respecter ce prix légal, dans la limite de 5 % de rabais autorisé. A l’époque de son vote (1981), les Centres E. Leclerc avaient exprimé leur opposition, estimant que les éditeurs ne pouvaient à la fois vanter les mérites du livre de poche et nier l’impact d’un prix élevé sur l’achat de livres pour des lecteurs à faible pouvoir d’achat. Mais c’est surtout la Fnac qui, par la voix d’André Essel et de ses successeurs, avait dit son courroux et le refus d’être désignée comme un ennemi de la diffusion culturelle…parce qu’elle essayait de rendre le livre plus accessible…

Les entreprises savent manifestement faire fi de la mémoire populaire. En supprimant l’automaticité du rabais sur les livres, la Fnac rentre dans le rang. Fini l’agitateur ! La Fnac passe du camp des militants de la culture (démocratisation de l’accès à la culture pour tous) aux lois du marketing nourries de préoccupations financières.

1) Les motivations de la Fnac

Hier, c’était potentiellement les 15 millions de clients de la Fnac qui pouvaient bénéficier de la réduction légale de 5 %. Désormais, seuls les 1,8 millions d’adhérents (porteurs de la carte Fnac) et les acheteurs sur fnac.com pourront en bénéficier. La motivation de l’équipe dirigeante est double :

- Il s’agit pour la Fnac de créer un avantage prix réservé aux clients porteurs de cartes payantes (12 euros pour une carte de 1 an, 30 euros pour 3 ans).

- Il s’agit aussi (surtout !) d’obtenir un gain de 6 à 10 millions d’euros, soit 1 à 2 % de marge additionnelle sur le livre. Comme le livre représente à peu près 13 % du CA, la suppression de l’automaticité de la réduction concourra à l’amélioration de 0,1 à 0,2 point de la marge d’exploitation totale de la Fnac.

2) Où trouver désormais les livres neufs moins chers ?

C’est la question que posait Hélène Colau dans Le Monde du 9 février 2007.

- Eh bien, sur Internet, puisque fnac.com continuera à appliquer la réduction autorisée par la loi Lang. Idem sur des sites comme amazon.com ou alapage.com. Ou même sur des sites qui fédèrent des libraires indépendants tels que abebooks.com. Mais attention, il faut sur certains de ces sites, ou à l’occasion de certains achats, tenir compte des frais de port, quelquefois offerts à partir d’un certain montant, mais souvent payants.

- Certaines librairies indépendantes (pas toujours d’ailleurs les plus grosses) continuent à systématiser le rabais de 5 %, à partir de la souscription d’une carte de fidélité gratuite. Mais souvent, ce rabais n’intervient qu’à partir d’un minimum d’achats, ou en présentant une carte d’étudiant ou d’enseignant.

3) Quelle politique pour les espaces culturels E. Leclerc ?

Vous vous en doutez bien. C’est le moment où jamais d’affirmer la continuité de l’engagement de notre enseigne.

- Comme la Fnac, les espaces culturels ont choisi de développer une offre multimédia beaucoup plus importante. D’ici 5 ans, nous comptons bien devenir le 4ème ou 5ème réseau de diffusion de ces produits. Mais à l’inverse du mouvement de la Fnac, nous développons résolument le secteur du livre en lui consacrant plus de place dans nos librairies, en étoffant l’assortiment (jusqu’à 70 000 titres dans certains espaces culturele) et en travaillant avec les maisons d’édition pour donner encore plus de visibilité au livre.

- Mais surtout, nous maintenons l’automaticité du rabais de 5 % à l’ensemble des acheteurs. Nous incitons les lecteurs à souscrire à une carte de fidélité, mais elle est gratuite. Pas de barrage financier, pas de ségrégation de clientèle.

Oui, je le confirme, dans les Espaces Culturels, c’est « - 5 % pour tout le monde et sur tous les livres. Et la carte de fidélité est gratuite ! »

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 février 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Economie , Livres , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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9 février 2007

Pub comparative : quiestlemoinscher.com s’enrichit d’une 3ème version

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Je l’avais promis. Notre enseigne poursuit l’optimisation de son site de comparaison de prix. Elle a lancé, le 8 février 2007, la 3ème version de « quiestlemoinscher.com ».

L’objectif est de comparer toujours plus de références : le site met en ligne 670 000 prix comparés.

« quiestlemoinscher.com » propose aussi au consommateur une nouvelle fonctionnalité interactive : le panier, qui permet de constituer sa propre liste de courses, et ainsi de personnaliser la comparaison.

Les résultats ? E.Leclerc, toujours 1er, creuse l’écart avec l’ensemble de ses concurrents.

1) Avec 670 000 prix relevés, « quiestlemoinscher.com » est désormais le premier comparateur européen de prix des produits de grande consommation

Du 8 au 17 janvier, 670 000 relevés de prix ont été effectués par Pole Communication, société d’études spécialisée :
- Une comparaison des 8 plus grandes enseignes nationales de grande distribution (hypermarchés ou supermarchés de plus de 1 200 m2).
- Un échantillon de 383 magasins visités (France entière) soit 12,3 % des 3 104 magasins appartenant à cet univers, respectant la méthode des quotas. Les critères de quotas choisis restent les mêmes (taille et situation géographique des magasins). Et pour préserver un effet de surprise, les magasins visités sont différents de la dernière vague de relevés.
- 2 327 produits de grandes marques nationales strictement comparables appartenant à 37 familles de produits dans 7 rayons différents.

2) En janvier, E.Leclerc creuse les écarts de prix avec tous ses concurrents

L’enseigne confirme sa performance prix. Elle est moins chère que ses principaux concurrents de 3.8 % (Carrefour) à 11.7% (Cora) (soit 2 à 5 années d’inflation d’écart).

Cette performance globale se vérifie à tous les niveaux de comparaison : E.Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons et pour 36 des 37 familles de produits.

3) Innovation : Chaque consommateur peut comparer son panier : une nouvelle fonctionnalité interactive qui permet de personnaliser la comparaison
Au-delà de la comparaison au niveau national du prix moyen d’un même produit dans 8 enseignes de grande distribution, le « panier » offre une innovation majeure. Il permet au consommateur de constituer son propre panier à partir des produits le plus souvent achetés (parmi les 2 327 produits étudiés), et de comparer le prix de ce panier entre 2 enseignes de son choix, au niveau national, pour déterminer l’enseigne la plus compétitive.

4) Pub télé : la démonstration par la preuve

Pour la première fois en France, un comparateur de prix des produits de grande consommation fait son apparition à la télévision. Depuis le 8 février et pendant trois semaines, un film de publicité sera diffusé sur les principales chaînes hertziennes et du câble/satellite afin de développer la notoriété et la fréquentation de « quiestlemoinscher.com ». Ce film, qui dénonce la surenchère publicitaire pour l’obtention du titre d’enseigne la moins chère, annonce la fin des affirmations sans fondement. « Désormais, avant de clamer partout qu’on est le moins cher, il faudra le prouver. Quiestlemoinscher.com ».

Bon, vous l’aurez compris, ça va râler un max dans quelques enseignes. Carrefour et certains magasins du groupe Auchan (Atac) avaient attaqué devant les tribunaux les première et deuxième versions du site. Fi des intimidations. Je suis persuadé que notre initiative aura le mérite de relancer la concurrence par les prix. Le procès ou la baisse, ne faut-il pas choisir.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 9 février 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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17 novembre 2006

Publicité comparative : Je relance le site « quiestlemoinscher.com »

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On ne bâillonne pas Leclerc. Foi d’épicier, foi de Breton, têtus que nous sommes ! J’avais promis la réouverture du site « quiestlemoinscher.com », fermé suite à l’action d’un concurrent qui avait saisi le juge des référés. J’en avais promis la réouverture. C’est chose faite depuis ce matin, 7 heures.

Tant pis pour ceux qui imaginaient que l’initiative relevait d’une stratégie de coup publicitaire sans lendemain. La mise en ligne d’un comparateur de prix, dans le seul cadre qui nous est autorisé en France (la publicité comparative) répond à un double souci tactique.

a) La réforme de la loi Galland sur les prix va permettre à chaque enseigne de diversifier plus encore sa politique commerciale. En autorisant la répercussion des marges arrière supérieures à 15 %, elle autorise des baisses de prix enfin substantielles et justifie qu’on s’intéresse autant aux prix qu’aux promotions. Encore faut-il pouvoir faire apparaître les performances prix, les comparer, et permettre aux consommateurs de se faire une opinion.

b) C’est le moment qu’ont choisi les nouveaux adhérents de notre groupement, ceux de la troisième génération (et oui, déjà !), qui veulent renforcer l’agressivité de notre politique de prix et renouer ainsi avec l’esprit pionnier des fondateurs. Ils m’ont demandé de valoriser leur action, et à travers la publication permanente d’un comparateur de références, j’ai pensé qu’il y avait là une manière d’étalonner notre propre performance par rapport à nos concurrents.

L’enjeu : briser la loi du silence sur les prix pour redonner des repères aux consommateurs.

Vu la violence des critiques émises dès la publication de notre premier comparateur, j’ai pensé qu’il ne servait à rien de s’obstiner dans la voie juridique : trop de temps, d’énergie et d’arguties…qui nous auraient amenés, quelle que soit l’évolution du dossier, à ne reprendre le combat que trop tardivement. A contrario, j’ai pensé qu’il valait mieux faire du judo, prendre à bras le corps toutes ces critiques contradictoires (Cf. mes notes des 24/05, 2/06 et 12/06/06) et reconstruire un comparateur en procédant par étape. Chacune d’elles recherchant validation tant auprès du public que des tribunaux éventuellement.

Pour garantir l’objectivité et la fiabilité des résultats, l’enseigne a travaillé avec le BIPE, société d’études et de conseils indépendante, chargée de certifier la méthodologie et le traitement des données.

Celles-ci existent sur le marché. Elles sont construites par des panélistes réputés qui les revendent à toutes les enseignes de distribution. Pour réaliser une comparaison de prix, il ne nous a malheureusement pas été possible de passer par leur intermédiation.

E. Leclerc a lancé un appel d’offres dès le mois de juillet 2006 auprès des principales sociétés prestataires françaises spécialisées. Mais sous la pression des autres grands distributeurs, les sociétés consultées ont, toutes, donné des réponses qui aboutissaient à une quasi impossibilité de mise en oeuvre.

Il s’avérait donc qu’en France, il était pratiquement impossible de réaliser un comparateur de prix entre enseignes d’hypermarchés !

J’ai donc décidé de me tourner vers des sociétés opérant ailleurs en Europe. Et c’est ainsi que nous avons sélectionné une société portugaise, Pole Communication, travaillant déjà avec d’autres chaînes d’hypermarchés de la péninsule ibérique. Elle a délégué, en France, quelques 300 personnes qui ont été chargées de relever les prix de 1 536 produits de marques nationales dans 355 magasins de 8 enseignes de la grande distribution française.

Les relevés de prix

C’est le BIPE qui a choisi la liste des articles de grandes marques nationales qu’il leur fallait relever. Ce sont des articles strictement identiques (et pas seulement « comparables »). Ils ont été classés en 36 familles de produits dans 7 rayons déterminés. Ces produits sont les plus détenus en magasins : ils correspondent aux produits les plus couramment achetés par les consommateurs. C’est aussi le BIPE qui a choisi l’échantillonnage de 355 magasins, soit 11 % des 3 104 magasins appartenant à l’univers de la grande distribution en référence. Cet étalonnage a été effectué selon la méthode des quotas, en tenant compte de 5 tailles de magasin différentes et de leur situation géographique en France décomposée en 9 zones.

Du 2 au 18 octobre 2006, 414 469 relevés de prix ont été ainsi effectués.

Le cadre méthodologique

Le premier comparateur s’approchait, à mon avis, d’un objectif idéal : il était très exhaustif du point de vue du nombre d’enseignes, du nombre d’articles (marques nationales et marques de distributeurs) et la représentativité de l’échantillonnage permettait à la fois une comparaison locale et une comparaison nationale des prix.

Comme tout ceci nous a été contesté, nous avons décidé de « détricoter » tout cela et de reconstruire un comparateur dont l’arborescence pourra progressivement être complétée.

- Des prix comparables ? Oui, nous n’avons retenu que les produits de grandes marques nationales rigoureusement identiques d’un magasin à l’autre (exit la critique selon laquelle les prix des MDD ne sont pas comparables).

- Représentativité des prix ? Les 1 536 articles dont les prix sont relevés sont détenus en moyenne, à des taux de 96 à 99 %, par tous les magasins relevés. Les marques nationales représentent 73,6 % (en valeur) des achats des ménages.

- Représentativité des magasins ? L’échantillon des magasins visités est, selon le BIPE, représentatif de la structure nationale de chaque enseigne. L’accroissement de l’échantillon ne changerait pratiquement rien aux données fournies par ce premier test.

- Objectivité de la méthode ? Le BIPE s’est chargé de contrôler la rigueur dans la collecte et le traitement des données, l’égalité de traitement entre les enseignes et l’indépendance des prestataires en charge des relevés de prix et du calcul des comparaisons.

- Significativité des résultats ? C’est un élément essentiel qui établit la crédibilité d’une publicité comparative : pour ce faire, le comparateur indique systématiquement le nombre de magasins et le nombre de produits à partir desquels s’effectue chaque comparaison entre enseignes. Lorsqu’un produit est présent dans moins de 30 magasins d’une même enseigne, l’écart de prix n’est pas calculé car jugé statistiquement non significatif.

Les résultats

Les écarts entre enseignes sont exprimés en pourcentage. Sur la période de relevés, E. Leclerc est (qu’on me permette de le dire) moins cher que ses principaux concurrents dans une fourchette qui va de 1,6 à 5,5 %. C’est un écart qui représente 1 à 3 années d’inflation en France. Un écart d’autant plus appréciable que, théoriquement, sur ces produits de grandes marques, on admet (trop communément) que toutes les enseignes sont pratiquement aux mêmes prix. La preuve que non ! (Inutile de dire que si on avait introduit les marques de distributeurs dans cette comparaison, l’écart aurait été encore bien plus favorable à notre enseigne).

L’analyse détaillée des prix renforce cette performance. E. Leclerc est la moins chère des enseignes pour 32 des 36 familles de produits. E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur 248 des 252 comparaisons d’enseignes réalisées sur les 36 familles de produits.

Enfin, E. Leclerc est la moins chère des enseignes sur chacun des 7 rayons.

Je les entends déjà, mes gentils concurrents ! Après avoir tenté de déglinguer le premier comparateur, parce qu’il était trop exhaustif, comparait des magasins de taille différente ou des marques de distributeurs…voilà qu’ils disent maintenant que celui-ci n’est pas assez exhaustif, et ne couvre qu’un échantillon de ce que vend un hyper.

Peu m’importe finalement toutes ces critiques contradictoires.

D’abord, je m’y engage, toutes les remarques pertinentes qui seront faites par les uns et les autres, seront prises en compte et permettront d’améliorer le fonctionnement du site.

De toute façon, j’ai bien l’intention de faire de ce comparateur un support durable et crédible pour fournir la preuve des performances vers lesquelles je pousse mes adhérents.

La mise en ligne, ce matin, de ce comparateur n’est qu’une nouvelle étape. J’envisage d’étoffer ce site, mais aussi d’entreprendre d’autres déclinaisons. A bon entendeur…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 novembre 2006 dans Consommation , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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15 septembre 2006

La réforme Dutreil, les prix, les enseignes et les parts de marché : Premier bilan

Je réponds, dans cette note, à Augustin et aux analystes qui, sollicités par différents médias, m’ont interpellé sur ma boîte mail professionnelle.

La réforme de la loi Galland permet la répercussion progressive des « marges arrière » dans les prix. Depuis le 1er janvier 2006, les distributeurs peuvent limiter cette marge à 20 %. A quatre mois d’une nouvelle étape (1er janvier 2007) qui leur permettra de descendre ce seuil à 15 %, il est désormais possible de mesurer les effets du nouveau dispositif.

1) Les rapports industrie-commerce :

La réforme effrayait plus d’un professionnel. Objectivement, la réforme n’a laissé personne au tapis. Aucune enseigne dans la distribution n’évoque de difficultés majeures. (Et pourtant, on se rappellera les propos d’une société succursaliste cotée, influente auprès de Christian Jacob, qui multipliait les arguments les plus alarmistes en agitant le spectre du chômage causé par la guerre des prix aux Pays-Bas !!!). Les industriels, eux aussi très mobilisés, ont rengainé leurs armes. Les PME, craintives quant à l’évolution des MDD dont elles assurent une grande part de la fourniture, semblent désormais rassurées.

2) La négociation 2006/2007 :

Evidemment, les choses vont se durcir dans quelques semaines. Mais finalement, comme chaque année…

Avec cette nuance : en cette période de reprise de la consommation, les distributeurs rappelleront à leurs fournisseurs que la baisse de prix, depuis janvier, a été quasiment financée par les seules enseignes. On parlera évidemment « partage des fruits de la croissance » !!!

3) L’inflation

La plupart des panélistes ont chiffré l’impact positif de la réforme sur l’évolution des prix. L’INSEE vient de confirmer (14/09) la bonne tenue des prix dans les hypers. Ce fait est encore contesté par une ou deux organisations de consommateurs et, par exemple aussi, la rédaction « d’Alternatives Economiques » qui publie : « Les prix dans la grande distribution évoluent de nouveau quasiment au même rythme qu’ailleurs » (n° 250, septembre 2006).

Eh bien, non. L’INSEE établit que sur l’ensemble des produits de consommation, les étiquettes ont augmenté de 0,2 % en août. Mais la hausse n’a été que de 0,1 % dans les hypers et supers. Et sur un an, la hausse moyenne constatée dans les GMS n’est que de 1,1 %...contre 1,9 % pour l’ensemble de l’économie.

Les opposants à la réforme devront l’admettre : depuis la signature des accords Sarkozy, les clients des hypermarchés ont fait l’économie, sur leurs achats, au moins d’une année d’inflation !

4) Les enseignes :

La réforme Dutreil a relancé la concurrence entre les enseignes en leur permettant de se différencier. A 30 % de taux de marge arrière moyen, les prix dans les hypers avaient tendance, hier, à s’aligner sur le SRP. A 20 %, aujourd’hui, et demain à 15 % (c’est-à-dire bien en dessous de la marge moyenne d’exploitation d’un hyper), chaque enseigne ou chaque magasin est amené à choisir les gammes sur lesquelles il va faire porter son effort.

En ce mois de septembre, les différences ne sont pas vraiment perceptibles s’agissant de l’offre promotionnelle (tout le monde y va de ses 3 pour 2, de ses bons d’achat et des mêmes thématiques radio !). Mais sur le front des prix, chaque enseigne essaye de se démarquer, qui sur l’alimentaire, qui sur les produits techniques, etc.

Carrefour a légitimement récolté ses investissements depuis novembre 2005. Les Mousquetaires se sont, eux aussi, remis en ordre de bataille. Ils reviennent très vite et de très loin. E. Leclerc (Cf. ma note du 2/05/06) qui a fait l’erreur (nous l’avons reconnu ici) d’avoir diminué trop tôt l’offre ticket pour en reporter le financement sur la baisse directe des prix, a cédé le pas, le premier trimestre, faute que cette politique ait été suffisamment perçue par les clients. Mais depuis fin juin-début juillet, l’activité est très soutenue, et l’enseigne a terminé le mois d’août avec la plus forte progression de part de marché des hypers (0,2 point, Flash Panel).

5) Le hard-discount :

Les panélistes confirment désormais nos prévisions : la part de marché des HD plafonne. La formule voit son positionnement prix contesté par le regain d’agressivité des hypers qui, à l’instar de notre enseigne avec Eco +, multiplie les offres 1ers prix. La réforme Dutreil redonne maintenant une possibilité aux hypers de redevenir plus attractifs sur les grandes marques. Du coup, le taux de pénétration de la plupart des enseignes de HD est en régression. La formule ne recrute plus, malgré la multiplication des ouvertures ces trois dernières années (pour la plupart non soumises à CDEC). A surface constante, la croissance est même fortement négative !

J’avais dit que, sans la réforme, nos adhérents souhaitaient multiplier une formule HD, « E. Leclerc Express ». Plusieurs dizaines de magasins ont déjà été programmés, mais c’est désormais l’hyper qui redevient notre priorité.

6) Part de marché : la guerre des indices :

S’il est normal que la communication de Jose Luis Duran ou d’Intermarché cherche à valoriser leur performance respective (j’aurais fait de même), il faut néanmoins savoir nuancer l’interprétation des données brutes publiées récemment pas les panélistes dans un contexte de forte attente du côté du CAC 40.

Les méthodologies diffèrent.

a) Les évaluations des PDM établies à partir des panels-distributeurs divergent de celles qui sont établies à partir de panels-consommateurs.

Exemple : PDM E. Leclerc (PGC + FLS), de janvier à juin 2006 :

ACNielsen Panel-distributeurs - 0,3
ACNielsen Panel-consommateurs - 0,8

b) Entre deux panélistes, et à partir de panels-consommateurs, même écart :

TNS Secodip (Consoscan) - 0,3
ACNielsen (Homescan) - 0,8

J’ai fait interroger les panélistes pour avoir une explication. Mais il faut à mon sens se focaliser sur la tendance plutôt que de s’arrêter sur des résultats de courte période, très liés au calendrier promotionnel de chaque enseigne.

7) Valeur et volumes

L’autre nuance sur laquelle je voudrais insister, c’est que la plupart de ces indices sont calculés en valeur.

Le Panel de Gestion a chiffré la baisse des prix dans l’enseigne (premier semestre) à 2,4 % sur les articles dits « majeurs » (4 à 6 000 articles). Cette baisse de prix a évidemment contribué à déflater le chiffre d’affaires des produits correspondants. La baisse de PDM de E. Leclerc s’explique, au moins ces trois derniers mois, par la répercussion mécanique de ce changement de base. A contrario, la hausse actuelle en est fortement minorée. Mon groupe, dont la part de marché sur un an était, malgré la baisse de ce dernier semestre, restée stable (+ 0,1, Référenseigne), est en train de reprendre des parts de marché.

De ce fait, l’enseigne estime être bien calée sur ses fondamentaux retrouvés.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 15 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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5 septembre 2006

Les prix dans la distribution : bons indices globaux, bonne performance d’enseigne

Les Français sont toujours fâchés avec l’inflation. Et l’indice INSEE ne les satisfait pas. Normal : depuis le passage à l’euro, pas facile d’avoir des bons repères. L’appréciation du renchérissement des achats dépend tout autant du niveau de pouvoir d’achat que de la perception des variations de prix spécifiques mais très emblématiques et mémorisables (ticket de métro, carburant, loyer…).

L’analyse objective des relevés de prix dans les magasins dédouane la grande distribution, et notre enseigne en particulier, de l’accusation traditionnelle selon laquelle c’est aux hypers qu’on doit la dérive des étiquettes.

1) Depuis plusieurs années, réunis au sein d’une association internationale ECR (Efficient Consumer Response), des industriels et des distributeurs élaborent un indice (Infoscan alimentaire) qui analyse l’évolution des articles de marque dans les hypers et supers.

La dernière livraison de cet indice (août) permet de constater :

a) L’effet positif des accords Sarkozy (juillet 2004) avec une baisse de 1,74 % constatée au 1er janvier 2005 versus six mois avant.

b) La prolongation d’un effet Sarkozy jusqu’au 1er janvier 2006, date d’application de la réforme Dutreil.

c) L’effet bénéfique de la réforme Dutreil au 1er juillet 2006. Malgré l’inflation générale, les prix restent à un niveau plus bas que celui constaté en juin 2004.

Déflation du prix de la demande depuis juin 2004

img_blog_050906_graph_00.jpg

Incontestablement, il y a eu des hausses dans les hypers. Mais la réforme de la loi Galland a tempéré les effets des hausses de tarif des fournisseurs en permettant aux distributeurs de répercuter une partie des marges arrière et en réactivant la concurrence entre enseignes sur les prix, ce qui n’était pas possible précédemment.

2) Panel International poursuit, lui aussi, la publication (destinée aux professionnels) de ses indices Opus sur les produits majeurs (grandes marques) et sur un panier exhaustif portant sur plusieurs milliers d’articles (tous rayons confondus). Le tableau ci-dessous confirme :

a) La baisse tendancielle des prix sur les grandes marques, tous magasins hypers et supers confondus.

b) Et excusez du cocorico, la baisse plus spectaculaire encore des magasins à notre enseigne.

img_blog_050906_graph_01.jpg

Si l’on rentre dans le détail de ces relevés, on s’aperçoit que dans presque tous les rayons PGC, les prix ont été sages (évolution de juin 2005 à juin 2006 en pourcentage)

Produits majeurs (presque 5 000 articles)

img_blog_050906_graph_02.jpg

3) Repris par le mensuel « Capital » qui titrait, en septembre, sur la guerre des prix dans la grande distribution, l’indice du mensuel « Linéaires » confirme que la réforme Dutreil commence à produire ses effets en permettant aux enseignes d’adopter des stratégies différenciées.

Bien sûr, l’indice de Linéaires est un indice très partiel qui porte sur un nombre limité d’articles. Mais lorsque j’avais lancé la première version de notre comparateur de prix « quiestlemoinscher.com », on m’avait objecté la performance de Carrefour dans cet indice. Il m’est donc agréable de faire remarquer que :

a) Leclerc, dans cette nouvelle version, est l’enseigne qui a le plus baissé ses prix (2,8 %) au premier semestre ;

b) Leclerc est bien sûr l’enseigne la moins chère.

c) Les écarts de prix entre enseignes se sont creusés : 9,45 % entre Leclerc et Casino et 12 % entre Leclerc et Monoprix.

Lors du lancement de notre comparateur, nos concurrents avaient objecté que nous ne fournissions pas la liste des produits relevés. Malicieusement, je me permets aussi de faire remarquer que Linéaires ne publie pas non plus sa liste. Ce sur quoi insiste élégamment Florent Vacheret, son rédacteur en chef !!!

J’insiste, si ces indices dédouanent la grande distribution, et au premier chef notre enseigne, de toute responsabilité dans les dérapages de prix observés en cette rentrée dans d’autres secteurs (énergie, transports, produits techniques notamment), ils n’enlèveront pas aux consommateurs l’idée que « tout augmente ». D’abord parce que c’est vrai, même si c’est dans une mesure variable. Mais surtout, parce que cette perception renvoie plus globalement à celle du pouvoir d’achat, prosaïquement défini comme « le pouvoir de dépenser avec ce qu’on a ». Et de ce point de vue, il y a beaucoup à dire sur l’optimisme caricatural dont ont fait preuve récemment les pouvoirs publics, et dans une certaine mesure, les médias.

On en reparle très rapidement.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 septembre 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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12 juin 2006

« quiestlemoinscher.com » : comparateur et publicité comparative ?

Le sujet n’intéresse pas tous les internautes, mais beaucoup me posent des questions, ici ou par mail. Désolé donc pour ceux que le sujet fatigue. Si je ne leur répondais pas, vu l’actualité de mon enseigne, j’aurais l’impression de commettre un délit de fuite. Donc…

Suite au lancement, puis à la fermeture du premier comparateur de cette importance en France, je relève cette question, très fréquemment exprimée : « Pourquoi ne pas confier vos relevés de prix à un comparateur indépendant qui les mettrait en ligne. Pourquoi les enseignes de la grande distribution ne permettraient-elles pas à une association de consommateurs ou aux pouvoirs publics d’effectuer plus objectivement ces comparaisons ? ».

Je réponds bien volontiers à cette demande et j’y réponds avec un a priori favorable, non sans avoir, à cette occasion, insisté sur une confusion qui conduit les consommateurs à raisonner « site comparateur » alors qu’il s’agit de « publicité comparative ».

1) Un site comparateur neutre ?

Je ne demande que cela. En droit comme dans les faits, rien ne me paraît faire obstacle à une initiative de ce type. C’est d’ailleurs ce que fait modestement l’UFC-Que Choisir. La limite de l’exercice est cependant évidente. Pour être crédible, un tel site devrait disposer de moyens financiers et informatiques bien supérieurs.

Rien n’empêche non plus les pouvoirs publics de s’y atteler. La DGCCRF dispose d’un réseau de vérificateurs et de techniciens compétents.

Ces deux types « d’observateurs » ont l’avantage d’offrir une certaine garantie d’objectivité. Pour autant, toutes les questions qui nous ont été posées la semaine dernière, resteraient pertinentes. Ces « comparateurs » ne pourraient s’exonérer d’une méthodologie et d’une recherche de représentativité dont la mise en œuvre passe aussi par des choix subjectifs, des partis pris et des compromis. Si l’on veut éviter une instrumentalisation politique, par exemple, telle que l’influence d’un syndicat (association de consommateurs) ou du gouvernement (la DGCCRF est un outil dans ses mains !), il faudra bien justifier d’exigences éthiques et professionnelles qui, dans les sites actuels, font totalement défaut. Ni le site de Que Choisir, ni celui du Ministère des Finances ne publient leur méthodologie, leur liste de prix, ni un échantillon représentatif d’un quelconque panier ou d’une offre spécifiée.

Il y a aussi les comparateurs privés, type « kelkoo.com », « meilleurtaux.com », etc. Pourquoi pas ? Ils ont des moyens financiers (la pub des annonceurs). Reste que les infos émanant des comparateurs privés sont souvent « façonnées » par les fournisseurs eux-mêmes, sans que le public ne sache réellement s’il s’agit d’un « référencement payant » ou d’une préconisation objective et non rémunérée.

Bref, je suis plutôt d’accord avec ceux qui souhaitent que ce genre d’infos soient proposées par les associations de consommateurs. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas, ou alors dans des formats trop limités. Voilà pourquoi je me suis intéressé à passer par les voies offertes par la législation sur la pub comparative.

2) L’intérêt et les limites de la pub comparative

Puisque E. Leclerc n’est pas un simple observateur objectif et qu’il ne peut « nourrir un comparateur neutre », toute tentative de prouver sa performance passe par le seul cadre possible, la pub comparative.

C’est un cadre très restrictif. La législation est européenne, mais en France, les tribunaux restent campés sur des interprétations très strictes (trop) qui, de fait, empêchent cette forme de communication de se développer. C’est d’ailleurs sur cette base que nous avons dû fermer le site. Nous en reparlerons.

Mais si j’insiste sur ce point, c’est pour rappeler que si elle se doit d’être loyale et vérifiable, une publicité comparative n’a pas à être neutre. Sinon ce ne serait pas une publicité.

Quand, dans ses essais comparatifs, la Fnac faisait valoir les avantages des produits dont elle s’assurait l’exclusivité de la vente, elle ne pipait aucunement les dés. Elle faisait de la pub, tout en véhiculant une information qu’elle estimait objective et intéressante. Idem pour les pétroliers quand ils vantent les vertus comparées de leurs carburants additivés versus les carburants normalisés. Les pétroliers ont choisi eux-mêmes le terrain de leur comparaison, la qualité du produit, plutôt que les prix (ce qui serait à leur désavantage).

La directive européenne 84/450 a procédé à une harmonisation des conditions d’utilisation de la publicité comparative dans les états membres. La Cour de Justice européenne précise que « le choix du nombre de comparaisons auxquelles l’annonceur souhaite procéder entre les produits qu’il offre et ceux qu’offrent ses concurrents relève de l’exercice de sa liberté économique » ((arrêt PippigAugenoptik du 8/04/2003). Le fait de choisir un angle spécifique de comparaison n’est pas illicite, ni répréhensible.

Je conclus donc : Oui, l’idéal serait l’existence d’un site comparateur neutre, balayant l’offre la plus large possible. Je n’empêche personne de s’y atteler. Je veux bien y contribuer.

En attendant cette initiative, et en l’absence de celle-ci, je ne fais que revendiquer le droit d’effectuer une publicité comparative de prix. Qu’on m’oppose le rempart d’une éthique et d’une méthodologie, oui ! Qu’on m’oppose des conditions qui rendent l’exercice techniquement ou difficilement réalisable, c’est de l’hypocrisie.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 juin 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Communication , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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24 mai 2006

« quiestlemoinscher.com » : ça jase dans le métier…non sans contradiction !

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Je répondrai, en début de semaine prochaine, à toutes les critiques et suggestions qui ont été émises concernant le site « quiestlemoinscher.com ». Une telle initiative ne peut que susciter débat, voire polémique. Je n’en attendais pas moins.

Mais avant de me mettre au vert pour ce pont de l’Ascension (j’aurai l’œil et le bon rivé sur notre blog), je voudrais, avec un brin d’humour, interpeller deux de mes interlocuteurs.

Normal que des concurrents disent leur irritation et cherchent la parade ! J’en aurais fait autant et ne sous-estime pas leur capacité à réagir !

Si les dirigeants d’Intermarché ont plutôt pris la chose avec fair-play, les commentaires ont été plus acerbes du côté des enseignes Carrefour et Champion. Je ne doute pas que, sur le terrain, leur réaction sera terrible ! Mais l’argument émis par Monsieur Yraeta, Directeur France, aurait pu être plus pertinent. Comme nous l’a fait remarquer l’un des internautes (camille, 23/05/06), comment peut-on se référer à l’indice « Linéaires » qui compare 149 articles pour affirmer être le moins cher…et reprocher à E. Leclerc de ne relever que…3 500 articles.

Je n’ai jamais prétendu que notre indice correspondait exactement au « panier de la ménagère ». Il n’existe aucun observatoire actuellement capable de fournir ces données comparées. Pour l’heure, notre comparateur est bien celui qui, sur le marché, s’en approche le plus. Et toujours est-il qu’il est bien plus représentatif que les indices partiels (Que Choisir, Linéaires) qui ont servi de supports aux affirmations des enseignes.

J’en profite aussi pour retourner le compliment à la rédaction du mensuel « Linéaires ». Dans sa lettre lineaires.com (23/05/2006), Benoît Merlaud définit «quiestlemoinscher.com » comme un site plein de partis pris !

Parmi les critiques que j’y relève, il y a des choses justes. Il nous faudra y répondre. Mais quand même, il ne faudrait pas prendre les enfants de Landerneau pour des canards sauvages.

- Je veux bien qu’on discute de la pondération du « panier » retenu dans l’indice (j’ai fourni dans mes notes précédentes des classements sur les marques nationales ou sur l’exhaustif qui nous placent toujours en tête).

Mais si notre comparateur souffre de possibles améliorations, qu’on me permette de rappeler qu’il constitue un progrès significatif par rapport à l’indice Linéaires qui ne fait référence à aucune méthodologie : ni du point de vue de la représentativité, ni de la pondération, ni de la fréquence (une fois par an !). C’était une bonne initiative, d’ailleurs stimulante…mais tout de même, reconnaissez-le, amis de Linéaires, sans « aucune comparaison » avec la représentativité de notre outil, fût-il améliorable !!!

- J’imagine que Que Choisir, comme Linéaires, aura à cœur de vouloir « démonter » la méthodologie de « quiestlemoinscher.com ». Même remarque. L’indice Que Choisir est utile, il nous booste, même s’il nous donne des boutons parfois. Mais s’il vous plaît, évitons la défense des prés carrés.


J’aimerais insister sur ce point capital : si l’on persiste à opposer des indices partiels à la volonté d’effectuer des comparaisons plus exhaustives, et si l’on continue de faire croire à la pertinence d’un relevé de 150 articles, savez-vous ce qu’il adviendra ? Il suffira aux enseignes de « massacrer » un nombre très limité de prix pour rendre plus jolie la « photo » des performances maison. Et ceux qui dénonçaient les pratiques de « l’îlot de pertes dans l’océan de profits » prendraient alors la responsabilité de produire ce même effet déjà trop souvent attribué à la grande distribution !!!!

A suivre donc...

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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22 mai 2006

Prix dans la grande distribution : à quoi sert le comparateur « quiestlemoinscher.com » ?

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Les fidèles de ce blog, pros, journalistes ou internautes passionnés par les questions de consommation, auront donc bénéficié d’une sorte de teasing. Depuis plus d’un mois, je testais mes arguments, j’écoutais, vous écoutais. Et la semaine dernière, alors que mes collaborateurs m’assuraient être prêts, je décidais le lancement du premier site d’évaluation comparée des performances prix des enseignes françaises (univers GSA). Avec la ferme volonté de l’étoffer progressivement et d’en faire une référence durable.

1) Pourquoi un site d’évaluation des performances comparées des GSA ?

Dans tous les secteurs de la consommation, hors l’univers PGC, la concurrence s’effectue principalement sur les prix. Dans l’automobile, le transport, la location de voitures, les voyages, l’hôtellerie, le principe de formulation de l’offre est clair : une prestation, un prix ! Des rabais ? Oui, mais clairement en déduction d’un prix de référence facilement lisible et comparable. Tel n’est pas le cas de la surenchère à laquelle se livrent depuis plusieurs années les chaînes d’hypermarchés.

a) Dans l’univers PGC, la loi Galland a opacifié, depuis 5 ans, cette lecture directe du prix. A l’exception des pratiques dans l’univers HD, ou même des MDD, la concurrence inter enseignes s’est focalisée sur les promos, les bons d’achat, les gratuits. Normal ! La loi Galland empêchait chaque distributeur de se différencier substantiellement par les prix. C’était d’ailleurs là l’objectif plus ou moins avoué des industriels quand ils plaidaient le maintien du système : aligner tout le monde sur un prix de marché !

Dès lors, le consommateur a perdu ses repères : « Sur le fond de rayon, les hypers se ressemblent tous !».

Dans cette configuration, tout le marketing d’enseigne s’est focalisé sur l’activité promotionnelle. En partie, à notre initiative d’ailleurs avec l’invention du ticket E. Leclerc. Mais pour autant que ces formules de bons d’achat permettaient de « restituer » une partie de la marge arrière, le consommateur ne pouvait y trouver son compte qu’en zappant entre les catalogues.

b) La réforme Jacob/Dutreil va, dès ce printemps (les négos sont finies) permettre un regain d’offensive et différencier les prix. Encore plus l’année prochaine (progressivité de la déductibilité des marges arrière). Illusion, naïveté ? Non, avant la loi Galland, les écarts étaient bien supérieurs. Aucune raison que mes adhérents, passée une phase d’adaptation, ne puissent reprendre l’offensive.

2) Comment apprécier et mesurer les écarts de performance ?

Deux types d’indices sont actuellement sur le marché.

a) Des indices partiels. Celui de Que Choisir ou de certains journaux. (Cf. mes deux notes précédentes). Quel que soit leur intérêt, ils recouvrent trop peu d’articles pour être significatifs. Les professionnels ne peuvent s’appuyer sur ces publications (Que Choisir l’interdit) pour s’y référer dans leur communication. Leur impact jette le trouble plus qu’il n’informe.

b) Des indices professionnels. Ils sont confectionnés par des panélistes (Iri-Secodip, Panel International, GFK, etc.). Les consommateurs ne les connaissent pas. Ils portent sur 1 500 à 15 000 articles relevés. Personne ne conteste le sérieux de ces sociétés, ni leur méthodologie. C’est dans ce vivier que nous avons décidé de puiser pour comparer les performances de nos adhérents par rapport à leurs concurrents : un gisement de 200 000 produits relevés dans 2 013 magasins, soit un peu plus de 28 millions d’observations à chaque vague de relevé (pour le moment trimestrielle).

3) Quels critères de comparaison ?

C’est la question-clé. Celle qui établit la crédibilité de la démarche. Je synthétise :

a) Les produits relevés : A l’issue de la confrontation de toutes les détentions dans 17 enseignes, il ressort environ 3 500 articles comparables. Dans ce panier, on trouve la plupart des grandes marques nationales et internationales, des MDD et des 1ers Prix. Il est relativement représentatif des achats effectués par les consommateurs dans les hypers. Je dis « environ 3 500 articles » car les comparaisons s’effectuant par paire (Leclerc vs Inter, Leclerc vs Auchan, etc.), il peut s’avérer que seulement 3 300 ou au contraire jusqu’à 3 600 articles soient détenus en commun. Observation variable donc, mais significative et, en tout cas, nettement plus que les indices se contentant de relever 100 ou 150 articles !

b) Les sites : Nous ne sommes pas des tiers observateurs au milieu de la concurrence que se livrent les enseignes. Ce rôle, c’est celui des pouvoirs publics, des organisations de consommateurs ou des médias. Pour ma part et pour mes adhérents, il s’agit de « matcher » nos concurrents. Ce comparateur a d’abord pour but d’étalonner nos performances.

Evidemment, là où il n’y a pas de Leclerc, on ne dispose pas des moyens de comparaison de prix. Mais le maillage du réseau E. Leclerc permet de couvrir une bonne partie du territoire national. Le site établit donc une comparaison Leclerc vs ses concurrents au niveau national, au niveau régional et dans nos zones de chalandise. Ces zones ont été définies sur la base de la proximité (le premier critère de fréquentation d’un magasin), dans le respect de règles de calcul de zones isochrones (implantations accessibles en temps équivalent de transport).

c) Les scores : Ils sont exprimés en pourcentage d’écart par rapport à E. Leclerc : en plus ou en moins.

4) Quelques premiers commentaires

Le site est donc accessible depuis ce lundi 7h00.

a) Ce n’est pas un listing de prix : Impossible de mettre en ligne tous ces millions de relevés effectués par plus de 200 personnes. Il suffirait qu’un concurrent (ou un Leclerc) fasse varier un prix quelques minutes après publication, pour que l’info nécessite une actualisation…techniquement impossible à date. Le système est lourd, nous allons l’améliorer. En attendant, nous avons choisi d’exprimer des « écarts de panier » en pourcentage.

b) La « photo » présente un classement. Pas de volonté de dénigrement. D’ailleurs dans certaines villes (peu, heureusement), des centres E. Leclerc ne sont pas forcément leaders. Et même si, en général, ils le sont, il peut y avoir de faibles écarts avec les seconds. Il faut donc y regarder de près.

Et puis, cette publication entraînera des variations de prix dans toutes les enseignes. C’est donc bien dans la durée qu’il faudra apprécier les performances.

c) J’insiste aussi. Le relevé ne prend pas en compte l’activité promotionnelle (les prix sont relevés en rayon). Difficile, vu l’abondance, la fréquence et le caractère parfois éphémère des remises, rabais, bons d’achat différés, tickets…d’en tenir compte sur un site national. Il convient donc de prendre toutes les informations du comparateur pour ce qu’elles sont : une photo de la performance prix qui doit être complétée sur le plan local par l’appréciation des offres promotionnelles du moment. L’observation vaut pour les Leclerc comme pour les concurrents.

5) Evolution

Ce site, nous allons le faire vivre. Il va falloir tenir compte des critiques, des remarques. Inutile de vous dire que ça fuse de tous les côtés. Je m’engage à le rendre encore plus transparent, plus lisible, et d’y intégrer toutes les suggestions techniques que nous pourrions appréhender. C’est un investissement lourd, mais nous le voulons évolutif et durable.

J’entends le discours : « Leclerc fait sa pub ». Absolument ! J’assume. Je nous savais moins chers. Je veux le prouver. Si d’autres contestent, qu’ils attaquent, qu’ils étayent leurs arguments, qu’ils produisent leurs preuves.

Qu’ils baissent leurs prix aussi ! Cette obligation que nous nous sommes donnés « en interne » doit permettre de raviver la concurrence sur les prix. C’est évidemment mon objectif. S’il suscite d’autres initiatives, tant mieux !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Loi Galland , Prix / Concurrence
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16 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : la question des indices

Je poursuis ma réflexion sur la performance affichée des enseignes en matière de prix. Je continue de plaider pour des comparaisons qui portent sur des paniers d’achat réalistes, suffisamment exhaustifs, représentatifs de la consommation des ménages, et non pas pour des indices limités à quelques articles.

Sous ma note du 10 mai, « Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ? », j’ai répondu à Erosoft , sur l’impossibilité d’afficher nominativement chaque enseigne dans le classement effectué par le Panel de Gestion.

Je réponds maintenant à Clément. Ce dernier laisse entendre qu’au fond, ce qui compte ce n’est peut-être pas la performance totale d’une enseigne, mais sa capacité à être moins chère sur « le cœur » de ce qui constitue nos achats quotidiens.

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La société Panel de Gestion à laquelle je faisais référence dans ma note précédente, publie effectivement un indicateur intermédiaire entre ce qu’on peut appeler une liste de « prix d’appel » (100 à 500 articles) et la liste de tous les articles comparables (jusqu’à 15 000 articles). C’est le tableau que j’ai affiché ci-dessus. Panel International classe les enseignes selon leur performance prix sur un groupe d’articles dits « majeurs » (1 500 articles de grande marque principalement).

Cet indice a l’avantage d’être plus « compact » et en apparence plus proche des préoccupations consommateurs. Il n’en reste pas moins insatisfaisant. Il ne reflète pas, même s’il s’en approche, le panier des achats mensuels des foyers français. Par exemple : il n’intègre pas les marques de distributeurs, ni les premiers prix. Je travaille d’ailleurs à la confection d’un indicateur encore plus représentatif. Wait and see…

Mais voyons donc ce qu’il a dans le ventre cet indice majeur du Panel.

On peut constater que notre enseigne est toujours en tête, même si les écarts sont très resserrés entre les quatre premières enseignes. Cela n’a rien d’étonnant puisque les produits de cette liste sont parmi les plus « bagarrés » et souvent vendus en limite légale de seuil de revente à perte.


Ce premier relevé portait sur 3 400 magasins (17 enseignes) en ce début d’année 2006. Panel vient de nous faire parvenir sa dernière enquête du mois d’avril. Je vous livre les résultats. Notre enseigne est toujours première et recommence à creuser l’écart.

Explication : Au premier trimestre, alors que nos concurrents essayaient (avec un certain succès) de reprendre des parts de marché, nos adhérents étaient doublement pénalisés :

- D’abord, j’avais fait passer des consignes très légalistes. Non par souci de moralité. Mais tout simplement parce que notre enseigne était suffisamment dans le collimateur d’une administration omniprésente pour qu’on prenne des risques excessifs en matière pénale.
- Et le risque était d’autant plus grand que nous avions pris le parti de prendre notre temps pour conclure les négociations commerciales annuelles. Nos adhérents ne disposaient pas d’une connaissance complète des conditions d’achat, ni du seuil de revente à perte.

Fin mars, c’était chose faite.

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L’enseigne est maintenant sur les rails. Les adhérents disposent des armes pour se battre. Il faudra probablement attendre encore quelques semaines pour que la perception de la performance recrée un trafic supplémentaire. Mais avec une bonne campagne de publicité (prix bas + ticket), « ça devrait le faire » !


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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10 mai 2006

Les prix dans la grande distribution : qui est vraiment le moins cher ?

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Je ne veux pas transformer ce blog en espace promo pour mon enseigne. Mais suite à mon post du 05/05/06 (« Promos et baisses de prix : le couple infernal ! »), j’ai cru déceler dans certains commentaires un doute sur notre performance en matière de prix.

Eh bien, qu’on se rassure, et que nul n’en doute ! Nous avons toujours été les moins chers, même si, pendant quelques mois, l’écart entre enseignes s’est resserré, du fait notamment des baisses de prix réalisées chez Carrefour, puis Intermarché.

1/ Le comportement des enseignes

Je ne conteste pas la performance de mes concurrents. Et, je ne dis pas que sur tel ou tel article, voire sur quelques centaines d’articles, d’autres enseignes aient pu ponctuellement nous doubler. Sur ces trois derniers mois notamment, Carrefour a été très agressif, surtout dans la moitié Ouest de la France (en région parisienne, cela n’a pas trop bougé !). Les dirigeants de Carrefour n’ont pas fait mystère de vouloir reprendre « à tout prix » des parts de marché. Il se dit que José Luis Duran a donné à ses Directeurs consigne de s’aligner systématiquement sur E. Leclerc (ce qui, excusez du peu, est déjà la première confirmation de notre leadership).

Ce faisant, nos adhérents se sont trouvés dans l’impossibilité légale de suivre leur rival à la baisse, sur nombre d’articles, au moment où la DGCCRF débarquait au Siège et dans les magasins pour faire respecter la loi ! A 75 000 euros d’amende par infraction constatée, il y avait de quoi hésiter.
Intermarché a aussi sorti son artillerie. Les Mousquetaires, indignés par les silences de l’Administration (tout au moins son ambiguïté) n’ont pas pris d’autres précautions, et ont à leur tour surenchéri sur Carrefour. Et considérant qu’ils s’étaient fait avoir en respectant scrupuleusement la légalité, les dirigeants d’Auchan s’y sont mis aussi finalement.

2/ La mesure par les indices partiels

Au total, et si l’on s’en tient à un nombre assez limité d’articles, chacune des enseignes a pu se prévaloir d’être « le moins cher ». Pour faire passer ce discours, elles ont opportunément pu s’appuyer sur la publication d’indices partiels, celui de Linéaires ou de Que Choisir par exemple.

a/ Linéaires a publié mi janvier 2006 un classement corroborant le positionnement de Carrefour à la première place (indice 98,1) suivi de E. Leclerc, Système U et Géant (indice 99) puis Champion et Auchan (indice 99,2).

b/ Que Choisir, dans son numéro de février, a calculé à son tour la valeur du panier moyen dans la distribution, sur à peu près la même période (automne 2005). Dans son palmarès, c’est Auchan qui montait sur le podium, suivi d’Intermarché, puis de Carrefour, Géant et E. Leclerc.

En fait, si ces classements ne sont pas mensongers, ils ne sont pas du tout représentatifs.
L’indice de Linéaires a été établi à partir des prix de 102 produits seulement, relevés dans 179 magasins.
Le panier de référence de Que Choisir se compose de 109 articles seulement, quand bien même les prix sont relevés dans plus d’un millier de grandes surfaces.

Ces indicateurs ont aussi un autre défaut : ils focalisent l’attention sur la composition alimentaire des achats, quand on sait qu’ils représentent, certes un poste important, mais néanmoins décroissant dans les investissements des ménages.
Donc, avec ce type d’indice, Auchan a un jour la médaille, une autre fois, c’est Carrefour ou E. Leclerc, etc.

3/ L’évaluation exhaustive de la performance Prix

Aucun distributeur ne se risquerait à bâtir sa stratégie à partir de ces quelques données ponctuelles. C’est l’indice OPUS de Panel International, qui sert non seulement de référence, mais aussi d’outil d’analyse et de décision pour bon nombre d’enseignes. En tout cas, elles se servent d'indicateurs équivalents.

La Société du Groupe Nielsen, relève par vagues successives, les prix de 18 enseignes de distribution (Atac, Auchan, Carrefour, Cora, Champion, Maxi Coop, Casino, Match, Monoprix/Prisunic, Intermarché, Eco Marché, Système U, Franprix, Shopi, Géant, etc.) dans 3 400 magasins, ce qui permet d’établir une comparaison plus pertinente et reconnue des professionnels.

Je vous livre les deux derniers résultats de ces enquêtes :

a/ Classement effectué au 2ème semestre 2005

img_blog_100605_tableau01.jpg

b/ Relevé 1er trimestre 2006

img_blog_100506_tableau02.jpg

C’est sur la base de ces indicateurs que j’ai toujours affirmé que mon groupe était le moins cher.

Attention : ce classement est indiciel. Il exprime un rang et une moyenne. Cela n’exclut pas qu’ici ou là, un Leclerc puisse se faire damer le pion par un rival. Dans tout Groupe, il y a des fonceurs et des craintifs. Mais l’indice Opus le prouve, c’est la première catégorie qui est majoritaire dans notre enseigne.
On peut observer aussi que les écarts entre les 3 ou 4 premières enseignes sont limités. C’est encore un effet de « feu » la loi Galland qui ne permettait pas, jusqu’à fin 2005, de beaucoup se différencier. Mais, depuis le 1er avril, les négociations commerciales (version Jacob / Dutreil) permettent aux distributeurs de connaître leur nouveau seuil de revente à perte. De ce fait, il nous est possible de mieux faire.

Je confirme donc l’information publiée dans Linéaires, décidément bien informés (mai 2006). Nos adhérents cherchent à recreuser l’écart, en révisant encore à la baisse plusieurs centaines de prix. A suivre donc…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 10 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Consommation , Distribution , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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2 mai 2006

Promos et baisses de prix : le couple infernal !

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Emmanuelle Evina, rédac chef de Points de Vente, titrait son édito du 20/03 : « Fidélisation obligée ». Se situant elle-même dans la catégorie des consommateurs zappeurs, E.E. n’hésitait pas à rappeler ce principe : « Lorsque les clients non porteurs de carte d’enseigne se sentent brimés, à coup sûr, ils ne reviennent pas. » L’expérience très récente que viennent de vivre nos adhérents, nécessiterait de compléter le diagnostic : « Lorsque les clients porteurs de carte estiment percevoir moins d’avantages (tickets), ils vont aussi voir ailleurs ».

1) Le problème soulevé par E.E. concerne toutes les enseignes, obligées à la fois de discriminer positivement les porteurs de carte et d’offrir néanmoins des avantages aux « non porteurs » pour pouvoir recruter les consommateurs encore étrangers au dispositif de fidélisation.

Les centres E. Leclerc avaient, il y a 4 ans, trouvé la parade en faisant en sorte que tous les consommateurs puissent être titulaires d’une carte. Et pour cela : minimiser les contraintes de souscription, insister sur la gratuité de la carte, éviter toute confusion avec les cartes de paiement, ne pas forcer la main des consommateurs pour souscrire ces dernières, et donner une visibilité maximale à l’avantage carte. De fait, la carte E. Leclerc est devenue un portefeuille engrangeant les bénéfices cumulés des bons d’achat émis dans chaque magasin. Fonction restreinte, certes, quasi unique, mais très lisible.

Le pari fut gagnant. Plus de 8 millions de cartes émises, meilleur taux de fidélité (30 %). Pour les Centres E. Leclerc, le tandem carte-bon d’achat était le ticket gagnant. Et cette politique permettait à l’enseigne, bridée sur le prix des grandes marques à cause de la loi Galland, d’installer durablement sa différence.

2) A l’approche du 1er janvier, les Centres E. Leclerc ont considéré que la réforme Jacob/Dutreil permettait aux distributeurs de baisser plus substantiellement leurs prix. Dans cette optique, ils ont transféré une part importante des avantages « ticket » dans une politique de prix qu’ils voulaient plus agressive. Mais cette politique a souffert d’un manque de visibilité et a suscité la frustration des porteurs de carte dont le montant des bons d’achat ne s’accumulait plus dans la même proportion que l’année dernière en pied de ticket de caisse.

Puristes, peut-être un peu trop confiants (manifestement trop confiants !), nous étions persuadés que « everyday low prices » était d’intérêt supérieur à « moins 5 % sur moins cher, tu meurs ». Le scepticisme d’une frange de la clientèle, celle qui avait été fidélisée par la politique de ticket, a contrecarré ce projet.

En fait, nous avons commis deux erreurs.

- Une mauvaise coordination : la baisse de prix avait été anticipée dès octobre/novembre. Elle était donc supposée acquise pour les consommateurs. Lorsque fin janvier, nos clients ont constaté l’insuffisance de tickets, l’argument du transfert de marge ne pouvait plus opérer.
- A cela s’est ajouté un déficit de pédagogie, pas d’information consommateurs suffisante.

Erreurs, donc, signalées ici par plusieurs internautes. Erreurs relevées aussi par Olivier Dauvers dans sa Tribune Conso n° 28 du mois d’avril, et commentées dans le dernier LSA. Et, je le confirme, erreurs d’autant plus faciles à reconnaître que nous avons tout de suite imaginé les mesures correctives.

Nous avons très vite réagi, reprogrammé de nombreuses opérations promotionnelles telles que celles qui sont actuellement en cours. Le ticket est bien de retour chez E. Leclerc. Mais vu l’inertie, l’impact différé de toute nouvelle communication, ces trois mois de flottement auront malheureusement coûté quelques dixièmes de point de part de marché à l’enseigne.

Comme d’habitude sur ce blog, disons-le sans langue de bois : c’est cher payé pour avoir oublié que, dans le commerce, c’est comme en amour : « la fidélité exige la constance dans le prix bas, mais se nourrit aussi d’une multitude de petits cadeaux ». Il sera intéressant de voir comment les autres enseignes vont, à leur tour, gérer ce défi : financer la fidélisation et baisser les marges pour nous suivre dans la baisse des prix. Les observateurs auront certainement remarqué que sur ce front, l’enseigne est sacrément en train de reprendre la main !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 mai 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Prix / Concurrence
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3 avril 2006

« Moins cher ou remboursé », un slogan…qu’il faut savoir maîtriser !

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Nouveau président de Carrefour, Jean-Louis Duran serait-il en passe de gagner son pari ? C’est probablement trop tôt pour le dire. Qu’on me permette d’avoir néanmoins l’élégance de saluer, ici, le rebond d’activité enregistré ces derniers mois. Engagé dans un déclin dont elle semblait ne pas savoir sortir, l’enseigne Carrefour retrouve des couleurs… 0,6 % de part de marché dans les PGC, ce n’est pas rien, même si le groupe part de très bas ! Voilà, en tout cas, un résultat qui témoigne :

1) De l’effet positif de la réforme Galland pour laquelle ma propre enseigne a milité. Les distributeurs y trouvent des « marges » de concurrence.
2) De l’élasticité de la demande par rapport aux prix. Carrefour était trop chère. D. Bernard et JL Duran en avaient convenu : quand on baisse les prix, on regagne des parts de marché.

Evidemment, en réaction, les autres enseignes fourbissent leurs armes. Vous vous doutez bien que mon enseigne a programmé quelques répliques. Mais point n’est besoin de tirer toutes les cartouches en même temps, ni de s’aligner systématiquement sur une opération dont Carrefour va devoir elle-même sortir. Sauf à considérer que l’administration lui ait donné un blanc-seing (un passe-droit), elle devrait normalement, dans les jours qui viennent, remonter quelques centaines de prix pour ne plus risquer d'être en dessous du seuil de revente à perte. (La DGCCRF a fait savoir qu’à partir du 1er avril, elle redevenait gendarme).

Pour l’heure et pour conforter une image prix qu’il voudrait plus agressive, le groupe de JL Duran vient de lancer une nouvelle opération de communication : une ligne téléphonique d’alerte sur les prix, ouverte aux consommateurs, et un slogan hérité des campagnes de Darty, du style « Moins cher ou remboursé ».

Bien que spectaculaire, l’initiative n’est pas si risquée qu’il y paraît. La comparaison ne peut porter évidemment sur les marques de distributeur (qui sont exclusives de chaque enseigne). Elle ne peut pas non plus porter facilement sur les produits frais (on objectera les différences de qualité). Si j’en crois Eric Faindt (Ouest France du 31/03/06), directeur d’exploitation Carrefour pour le grand Ouest, le champ de la baisse n’intègrera pas non plus les prix promos : « Nous ne baisserons que s’ils sont aussi en promo chez nous ». L’obligation d’alignement ne portera finalement que sur le prix des grandes marques dont tous les professionnels savent qu’elles seront vendues à peu près partout à prix coûtant, au moins jusqu’en 2007.

Seulement voilà : si Carrefour était vraiment l’enseigne la moins chère, les consommateurs n’auraient aucune raison d’appeler le numéro d’alerte mis en place par le groupe. Or, que nous dit encore Eric Faindt dans cette interview : « Nous avons des centres serveurs à Saint-Etienne et Evry qui reçoivent déjà 10 000 appels au quotidien. Les effectifs ont été renforcés pour répondre aux demandes ».

Ah bon, les consommateurs auraient déjà repéré des milliers d’articles moins chers ailleurs ? Méchamment exploité par les concurrents, ce fait pourrait laisser penser que du slogan à la réalité, il y a encore des efforts à fournir…pour prétendre être l’enseigne la moins chère de France.

Pour ma part, et sous forme d’un clin d’œil confraternel, je dirais tout simplement que la communication autour de cette initiative n’est pas complètement rodée.

Sans rancune ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 avril 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Loi Galland , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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27 mars 2006

La fusion Suez-GDF et la hausse des tarifs : A qui profite le monopole ?

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Plateforme gazière off-shore © afg

L’affaire du CPE est une aubaine pour Gaz de France. C’est presque en catimini que T. Breton s’apprête à autoriser la scandaleuse augmentation du prix du gaz, sans que celle-ci n’ait réellement fait l’objet d’un débat contradictoire, sans qu’aucun argument pertinent n’ait été formulé pour en justifier l’ampleur.

La hausse va venir ponctionner le pouvoir d’achat de nombreux Français. Elle intervient dans un climat de consommation morose. (On imagine que le gaz ne fait pas partie du panier de produits dont Bercy s’obstine à limiter l’évolution de l’indice !!!).

Que Choisir et quelques députés s’en sont émus. Il faut dire qu’avec une hausse annoncée de 16 % (un test, un ballon d’essai pour mieux donner l’impression qu’on va arbitrer ?), les usagers pouvaient s’offusquer. Mais même en fragmentant et en différant des hausses de 5 à 8 %, T. Breton me donne l’impression de cautionner une belle arnaque.

1) La hausse se justifie-t-elle ?

GDF s’abrite derrière le renchérissement de ses approvisionnements et du lien contractuel entre prix du gaz et prix du pétrole. La Commission chargée de « revisiter » le mécanisme de répercussion automatique des prix a proposé un compromis assez fumeux. Mais GDF qui a déjà augmenté ses tarifs de 10 % l’année dernière, a réalisé un bénéfice « historique » de 1,7 milliard en 2005 ! Où se situe l’urgence ?

2) Qui va profiter de la hausse ?

Vous me direz : « c’est l’Etat » (donc les finances publiques) qui profitera de cette manne supplémentaire…et non les fonds de pension qui opèrent, en prédateurs, dans les coursives du CAC 40. L’Etat possède 70 % de GDF.

Sauf que…la fusion GDF-Suez va ramener la part de l’Etat aux alentours de 35 %. En permettant l’augmentation des recettes de GDF, l’Etat valorise, certes, sa part de fonds de commerce, mais il dote aussi la mariée d’un pactole prélevé dans la poche des Français. Je trouve l’opération extrêmement choquante !

3) A quoi servent les monopoles ?

Les Français n’ont pas la possibilité (comme sur le marché pétrolier) de faire jouer la concurrence. GDF (et l’Etat actionnaire) profite donc aujourd’hui de ce monopole. Mais si, demain, la rente profite à des actionnaires privés, qu’est-ce qui justifie encore ces pratiques et ce mode de détermination des prix ? Les consommateurs n’y ont rien à gagner.

Dans un billet courageux et fort bien torché. (Le Nouvel Economiste, 23/03/06), Henri de Bodinat décrit cette augmentation comme « un transfert massif de valeur, contraire à l’intérêt général de milliers d’entreprises et de millions de particuliers »…vers un monopole, « qu’au nom du patriotisme économique », on va élargir à des actionnaires privés majoritaires.

Posée en ces termes, (et non plus en des termes purement idéologiques comme on le fait au PC), la question de la privatisation « rampante » de GDF est une question qui doit intéresser tous les usagers !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 mars 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Energies , Prix / Concurrence
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16 mars 2006

Carburants : Quel différentiel de prix entre une station normale et une station autoroutière, y compris E. Leclerc ? Justifications !

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Je réponds à l’une des trois questions posées par Augustin, sous ma note du 18/01/2006. J’aurai l’occasion, dans un autre commentaire, de compléter l’info, notamment sur la question des différentiels de prix entre hypers d’une même enseigne. Et aussi sur la crédibilité des indices de prix carburants tels que publiés par le Ministère des Finances.

Je me suis battu pour que mon enseigne puisse implanter des stations-service sur autoroute parce qu’il n’y avait pratiquement pas de concurrence malgré la diversité des opérateurs. Il suffisait d’observer les prix affichés aux entrées d’autoroute pour constater un effet quasi général d’alignement…sur le prix le plus élevé. L’arrivée de E. Leclerc et de Carrefour a commencé à changer la donne. Les stations de nos enseignes sont les moins chères.

Il n’empêche ! Par-delà la question des bénéfices, il y a des raisons objectives qui expliquent qu’on ne peut pas descendre en dessous d’un certain prix sur autoroute, et qu’on ne peut pas atteindre la performance des hypers. Les raisons sont directement et uniquement liées aux conditions d’exploitation sur ce type de réseau.

1) Les éléments de surcoût

a) Les investissements

Une station autoroutière (je prends pour référence les stations que nous avons récemment ouvertes) représente une investissement moyen de 5 millions d’euros (10 pistes). Une station équivalente installée sur le parking d’un hyper coûte environ 750 000 euros. Voilà une différence de taille.

Sur autoroute, le cahier des charges auquel doit souscrire tout compétiteur pour prétendre participer à un appel d’offres, exige, la plupart du temps, qu’on investisse dans des bâtiments, annexes à la station, d’environ 1 000 à 1 500 m², dont 200 à 300 m² de boutiques…Ces infrastructures ne viennent évidemment pas modérer les coûts de construction.

Enfin, il faut savoir que cet investissement est cédé gratuitement à la société d’autoroute à l’issue des 15 ans de concession.

b) Surcoûts liés à l’exploitation

Les coûts d’exploitation liés aux contraintes autoroutières sont également plus élevés qu’en hyper. Je cite pour exemple :

- L’ouverture 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. L’effectif salarial réel est six fois supérieur à l’effectif visible (6 salariés pour garantir la permanence d’un seul poste). Les coûts horaires moyens sont supérieurs à la moyenne du fait de l’étendue des plages et des périodes d’ouverture.

- L’interdiction de tout arrêt d’activité nécessite la mise en place de structures (télé-maintenance, vigiles) et l’organisation de prestations coûteuses (astreintes nuits, week-ends et jours fériés).

- Les redevances demandées par les sociétés d’autoroutes, en contrepartie de la mise à disposition de la plate-forme, des voiries, parkings, et bretelles d’accès… sont, pour partie, proportionnelles au volume des ventes. (Moins je vends cher, plus je vends, plus ça coûte… !).

c) Le coût des services supplémentaires

Une station autoroutière E. Leclerc comme celle de l’aire de Garonne (ma note du 18 janvier) offre évidemment des services qu’on ne retrouve pas dans une station d’hyper.

- Sanitaires : 11 toilettes hommes, 11 toilettes femmes, 2 coins bébés avec toilettes adaptées, espace routiers avec lavabos privatifs et 3 douches…

- Moyens de communication : 2 cabines téléphoniques, 2 cabines internet, installations Hotspot WI FI gratuites,

- Espace jeux enfants, espace repos et télévision, ...etc.

Gadget ? Que nenni ! L’an dernier, la station autoroutière E. Leclerc de Niort a distribué (gratuitement) deux fois plus de volume d’eau (sanitaires, nettoyage) qu’elle n’a vendu de carburant ! Evidemment, ça coûte.

d) Rappelons que contrairement aux stations d’autoroute, les stations commerciales partagent avec les hypers une partie du foncier (parking et accès) et des charges d’exploitation (surveillance, maintenance…). Ce qui leur permet de vendre encore moins cher.

Enfin, même si l’on ne peut plus parler de prix d’appel (le carburant représente 10 à 15 % du chiffre d’affaires d’un super ou d’un hyper), la station classique profite de l’attractivité (campagnes promos, fidélisation) des hypers.


2) Le positionnement prix et les écarts

a) Lorsque nous ouvrons une station autoroutière, les écarts constatés se situent aux alentours de 10 à 15 centimes d’euro par litre avec les majors. Après une période variant d’une semaine à deux mois, les stations directement voisines du tronçon réagissent en se rapprochant fortement de nos prix. Ils se stabilisent alors entre 0,1 et 3 centimes d’euro.

b) Même moins chère, la station E. Leclerc d’autoroute n’en restera pas moins 6 à 8 centimes plus chère que l’hyper E. Leclerc le plus proche pour les raisons qu’on vient d’énoncer.

Je donne cet exemple : le 18/01/06, quelques jours après l’ouverture de notre station de l’aire sur Garonne, on observait les prix suivants :

img_blog_160306_tab_01.jpg

Pour prouver que l’exemple n’est pas atypique, voici un tableau illustrant les différentiels de prix observés nationalement entre E. Leclerc hyper, E. Leclerc autoroute et Total autoroute (source DGCCRF/Siplec) :

img_blog_160306_tab_02.jpg

c) Les prix boutiques

Les écarts de prix des produits boutiques vont de 30 % à 200 % (hormis bien sûr la comparaison avec Carrefour sur autoroute !).

Pour exemple, dans le même environnement concurrentiel de l’aire Garonne, le 18/01/06, on a :

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J’espère avoir été assez clair dans cette explication. Les chiffres cités ici évoluent évidemment de semaine en semaine. Je ne les cite que pour leurs vertus pédagogiques. Mais quels que soient les épisodes, le feuilleton reste celui-là.

Ai-je été suffisamment précis dans ma réponse, Augustin ? Monsieur Desmarets aurait-il été, selon vous, plus loquace ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 16 mars 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Consommation , Distribution , Economie , Energies , Pouvoir d'achat , Prix / Concurrence
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20 février 2006

Procter, Danone, L’Oréal… Les industriels confirment et assument les hausses de tarif

Au moins les choses sont-elles claires désormais. Et ce n’est pas le moindre mérite de cette négociation 2006 que d’avoir produit cet « effet vérité » : les industriels confirment leur volonté de hausse tarifaire… et cherchent maladroitement à l’assumer.

1. Flash back : c’est José Luis Duran (Carrefour) qui avait tiré le signal d’alarme (Le Monde du 6/12/2005). J’avais confirmé et cité nominativement, des grands noms de l’industrie (parfumerie, cosmétique, hygiène ou même agroalimentaire) cf. ma note du 8/12/2005.
Levée de bouclier ! Debout sur son perchoir, Jean-René Buisson de l’ANIA bottait en touche et se retournait vers les hypers : «On verra s’ils sont capables de baisser leurs marges pour faire baisser les prix ».

2. Les marges sont à la baisse, dans tous les groupes de distribution. Les enseignes ont largement anticipé la réforme de la loi Galland. Pour le public, ces baisses de prix, exprimées en euros, n’ont pas été spectaculaires, sauf dans les catalogues. Mais pour les distributeurs, il ne fait pas de doute qu’un seuil a été atteint, et le problème pour certaines enseignes sera de justifier un retour à la normal dans les prochains jours.
La DGCCRF a annoncé qu’il faudra remettre tout ça au carré du SRP (le 15 mars ?).

3. Dans ce contexte, les distributeurs n’allaient pas laisser leurs fournisseurs s’accaparer le bénéfice de la baisse, en tolérant des hausses tarifaires qui viendraient en gommer les effets. A défaut de pouvoir négocier les CGV, il était impératif d’engranger plus de coopération commerciale déductible ou de CPV (conditions particulières de vente) pour compenser les dérives tarifaires (c’est le seul mécanisme de baisse prévu par la loi).
Les industriels qui ont cru pouvoir « jouer les délais », en espérant que l’arbitre sifflerait la fin du match le 15 février, en sont pour leurs frais. La négo continue…(chez Leclerc, il reste à signer une quarantaine d’accords commerciaux sur environ 3000).

4. La fermeté a payé. Doublement !
D’abord, la plupart des industriels ont revu leurs prétentions à la baisse, business oblige. La moyenne des hausses (sur 95% des contrats) est de l’ordre de 2.5%. Avec, pour certaines gammes, il est vrai quelques pointes à 5% !
Mais surtout, Procter, Danone, L’Oréal ou Lever ont été obligés de se justifier publiquement. Et d’assumer les hausses qu’on allait nous imputer.

5. Déjà, dans le Figaro du 4/01/2006 Unilever annonçait une hausse moyenne de 4.5%. Interrogé dans le Fig Eco du 18/02/2006, d’autres grands industriels confirment. En forme de plaidoirie, ils revendiquent le droit d’augmenter leurs tarifs. Leurs arguments ne manquent pas de fondement. Ils ne manquent pas d’air non plus.
a) Pourquoi faudrait-il baisser les prix, dit Philippe Charrier, Procter, quand des produits chers se vendent aussi bien : « Notre antipelliculaire H&S est le numéro 2 des shampoings, pourtant c’est l’un des plus chers de sa catégorie ». Il a raison. Idem pour L’Oréal. Pour ces firmes, reines du marketing, il n’y a pas d’obligations techniques à repositionner leurs prix. Et dans l’absolu, ce n’est que la récompense d’un travail marketing exceptionnel, qu’il faut savoir saluer.
b) En droit commercial pur, ils ont aussi raison de revendiquer cette liberté. Je ne la leur conteste pas. (Ce que je contestais, c’est qu’ils ont cherché à limiter la liberté des distributeurs, en cautionnant une loi Galland qui donnait aux seuls fournisseurs la main mise sur les prix publics. Des prix qui grimpent depuis 5 ans).
c) Mais, ce qui était contestable, c’était leur refus d’assumer les hausses qu’ils imposaient aux distributeurs.
Depuis que les organisations de consommateurs se sont réveillées (après le passage à l’euro) et alors qu’elles stigmatisaient l’inflation des grandes marques, nous n’avons jamais entendu un seul fournisseur reconnaître sa responsabilité.

6. C’est maintenant chose faite. Contraints à se justifier, interpellés par R. Dutreil (qui rechausse pour l’occasion les bottes de N. Sarkozy), les industriels sortent les arguments du bois. Certains sont légitimes (répercussion de la hausse des matières premières, des coûts de transport etc…). D’autres laissent franchement perplexes, tels que
a) « Cette question brûlante concerne 6% de notre chiffre d’affaires » (Lindsay Owen-Jones, L’Oréal). Il est vrai que pour ces grands groupes, la France devient un débouché marginal. Il n’empêche : pourquoi les consommateurs français devraient-ils être plus ponctionnés que leurs homologues européens…
b) « Mon métier n’est pas de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs » (Franck Riboud, Danone). Les consommateurs français qui ont subi depuis 4 ans des hausses successives, pourraient à bon droit exiger de ne pas être considérés comme des vaches à lait. Ils apprécieront.

7. Ces déclarations imprudentes (Le Figaro du 18/02/06) viennent porter un éclairage nouveau sur les rapports industrie/commerce. Dénoncées par les seuls distributeurs, les hausses pouvaient apparaître comme un simple prétexte au durcissement de la négociation. Revendiquées par les industriels, elles justifient, le rôle essentiel de la distribution dans la politique française de concurrence. On ne pouvait pas donner plus de légitimité au métier d’acheteur.

Le législateur sera toujours fondé à intervenir pour réprimer des comportements déviants, excessifs, abusifs… Je n’ai jamais contesté cette nécessité. Mais 80% de ce qui est vendu en hyper est fourni, sur chaque segment de marché (PGC), par 3 ou 4 firmes en situation oligopolistique. Et capables d’imposer leurs marques et leurs tarifs.
Nos acheteurs n’ont plus de complexes à avoir. Les raffarinades, c’est fini. C’est notre rôle que de nous opposer à ces hausses de prix si crânement revendiquées.
Dans le respect des hommes et des projets d’entreprise, mais avec toute la pugnacité qu’exige la lutte pour préserver pouvoir d’achat et croissance.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 février 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Economie , Loi Galland ,