31 août 2005
Journal du 21 au 31 août 2005 (fragments)
En parcourant la presse, et en écoutant les médias… quelques remarques à la pelle.

Photo : J. Cohen / NZP
1) Politique : Le PS a clôturé ses Universités d’été. Quelle mauvaise comédie. C’est fou, ce que les éléphants peuvent être tristes, confinés dans leur zoo.
Qu’on ait reçu ce pitoyable spectacle depuis la plage ensoleillée ou en parcourant le journal dans le métro, on reste interloqué par tant d’irresponsabilité. Aucune volonté programmatique, pas l’ombre des prémisses d’un projet pour le pays, aucune référence concrète aux problèmes de fond que rencontre la société française (mutation du travail, mondialisation et délocalisations, déclassement de nos universités, politique d’immigration, stagnation de l’Europe, crise du modèle énergétique, etc, etc…). Jack Lang (aux Grandes Gueules sur RMC) n’aura trompé personne en affirmant que le débat de fond a eu lieu dans les ateliers (vachement discrets, les ateliers) et en soulignant que la presse s’est « focalisée sur les querelles de chefs » (n’empêche…c’est à cette occasion que lui-même a annoncé sa participation « irréversible » à la course aux présidentielles…).
En tout cas, Villepin a du bol. La droite échange, à guichet fermé, avec son unique poil à gratter : François Bayrou. Et la contestation populaire ne peut compter sur aucun relais susceptible de fournir les bataillons d’un gouvernement alternatif.
Au final, deux voies s’offrent au PS. Par deux voix exprimées. Celle de Michel Rocard, décidément inusable, qui du Nouvel Observateur au Figaro, stigmatise les nostalgiques du trotskisme et du léninisme, pour qu’ils aillent rejoindre le musée Grévin ; il préconise la création d’un vrai parti social-démocrate qui, enfin, aurait accepté les règles de l’économie de marché et de la mondialisation. Celle de Julien Dray aussi, qui à l’inverse, propose le rassemblement du PS en assénant ces trois vérités :
1) La présidentielle rend fous les hommes politiques. 2) Depuis vingt ans, à chaque étape, chacun a cru que les autres étaient devenus insupportables (ce qui n’a pas empêché que…tout le monde a été avec tout le monde). 3) La force va toujours à la force. Pour gagner, la gauche doit être unie.
Le problème pour le PS, c’est que s’il faut être uni pour gagner les élections, il faut encore le rester pour pouvoir gouverner. Et vu les divergences…c’est pas gagné !
2) Société : Une femme à la tête du MEDEF. On va écouter avec intérêt son intervention aux Universités d’été patronales. Mais pour gâcher le plaisir, le « British Journal of Psychology » vient de publier une étude menée sur 24 000 étudiants. Elle révèle que les hommes ont en moyenne 5 points de QI supplémentaires par rapport aux femmes.
Je n’ai lu qu’un résumé de cette étude. C’est à mourir de rire. On y apprend que les différences sont génétiques. Le cerveau de l’homme est 10 % plus gros que celui d’une femme, ce qui lui donnerait une plus grande puissance cérébrale. Voilà qui expliquerait la supériorité magistrale des hommes sur la liste des « Nobel » ou des grands maîtres aux échecs. Sans rire, nos scientifiques estiment que les hommes sont « plus efficaces pour les tâches très complexes ».
Moi, je ne donne pas cher du QI de nos scientifiques. A nier le poids des contraintes culturelles, à focaliser la recherche sur les seuls critères biologiques (à supposer qu’ils soient pertinents), on reconduit la gente féminine vers les fourneaux et la vaisselle. On se demande s’il fallait vraiment mobiliser 24 000 étudiants pour obtenir un tel constat.
3) Culture : Passionnante interview du grand cinéaste italien Dino Risi, dans Le Monde du 23/08.
On y lit des choses très drôles sur ses querelles (je t’aime, moi non plus) avec Vittorio Gassman. Des aphorismes du genre : « L’humanité est stupide, il faut l’être soi-même un peu pour la comprendre ». Et cette révélation : « Jusqu’à 30 ans, je n’avais pas de chance avec les filles. Mais dès que j’ai fait des films, celles-ci sont venues vers moi. »
Moi aussi, un jour, je veux faire du cinéma…
4) Société : Chaque jour, courageusement, des ONG et des associations humanitaires témoignent des ravages de la drogue dans le monde. Chaque année, dans les instances internationales, politiques et fonctionnaires stigmatisent les pays producteurs. Et comme tout au long de cet été, la guerre contre les « narcos » nous vaut de beaux commentaires sur les prises spectaculaires, en mer ou dans les aéroports, arrestations à la clé.
Ce qui m’épate, c’est le décalage entre l’activisme médiatique et policier et la croissance constante du marché de la drogue. C’est aussi l’hypocrisie de cette « real politic » qui se retranche derrière les conséquences sociales ou géopolitiques, quand on dispose pourtant de tous les moyens d’éradiquer le mal. (Je réagis à deux infos parues dans Ouest France, cette semaine…)
Ainsi de ce qui se passe en Afghanistan. Les soldats US, anglais et français y ont pris pied. Certes, la situation est confuse dans certaines régions. Mais militaires et ONG sillonnent le pays. Alors, quand l’ONU publie les stats des surfaces d’opium cultivées (103 000 ha ! ! !), on ne comprend pas pourquoi personne n’ait songé à les napalmiser.
Idem pour la Colombie. Alors qu’au Congrès, courageusement, des élus US proposent de lancer sur les cultures un papillon mangeur de feuilles ou un champignon dévastateur, le débat s’enlise et se focalise sur les seules questions écologiques (d’ailleurs discutables). Tant pis pour les priorités et les conséquences sur la vie des drogués ! ! !
Tant que la lutte contre la drogue ne sera pas associée à un plan de développement économique permettant la reconversion des fermiers de la drogue et tant qu’on ne quittera pas le terrain de l’imprécation, la drogue continuera de tuer.
Posté par M.E.L. le 31 août 2005 dans
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29 juillet 2005
Vous, moi, le blog et la période estivale
Vous êtes plus de 18 000, chaque mois, à venir zapper sur ce blog. Eh bien, je vous le dis tout cru, cette statistique me remplit d’allégresse… Je n’imaginais pas une telle audience.
Oserais-je vous dire, chers amis, que je suis content de nous. De moi ? Oui, parce que j’ai réussi à maintenir une certaine constance dans la production des notes. Tous mes collaborateurs et amis m’attendaient au tournant. Eh bien, ils s’étaient trompés. Je prends beaucoup de plaisir à ces rendez-vous quasi quotidiens. Je ne m’en sens pas esclave. Même si, je le reconnais, je prends un peu de retard pour répondre à vos commentaires (mais je réponds toujours, je crois). Et vous ? C’est pareil ! Tous les journalistes qui sont venus voir ce blog gratifient vos commentaires d’une excellente notation : qualité des échanges et de la rédaction. Ils sont d’autant plus étonnés que nous abordons, contrairement à d’autres blogs, des sujets qui pouvaient apparaître trop sérieux.
Bref, si nous continuons comme ça, en fin d’année, je pourrai vous inviter à sabrer le chouchen (non, je ne vous infligerai pas ce liquoreux breuvage que, dans nos Cornouailles, on inflige aux touristes, mais un bon Breiz Cola produit en Finistère !) avec petits fours et Kouign-aman…
Vous l’aurez compris. Les vacances approchent… Je me lâche… Pendant les trois prochaines semaines, je vais me mettre un peu au vert. Vous avez toute latitude, bien sûr, de continuer à nous proposer les commentaires qu’il vous plaira de rédiger. Mais moi, ne m’en veuillez pas, je retiendrai la plume.
Attention : je plie les gaules, mais ne romps point. Précisons peut-être les termes de mon contrat : trois ou quatre notes maxi la semaine, et réponses à vos interventions tous les trois ou quatre jours. Ok ?
Je reste connecté. Je ne saurais me détendre sans les sarcasmes de Pierre, l’ironie d’Erosoft, les synthèses de Babylone (au fait, t’es où ? Tu es tombé amoureux ?), et les lettres exotiques de Florence Jean depuis son île Maurice… Et vous Sébastien, il me semble que ça commence à faire un bon bout de temps que vous êtes parti traverser nos provinces. Faudrait voir à ne pas trop abuser !
Bon, sérieux ! Mon job m’oblige, de toute façon, à rester en France. Entre randonnées sur les sentiers périgourdins, descentes en canoë-kayak, agapes entre amis et remontée des abers bretons (je renvoie au dictionnaire tous les incultes), je reste connecté à la vie du groupe. Mes collaborateurs vont partir aussi. Devoir de vigilance, je reste disponible.
C’est le lot des chefs (bof !). Une petite épidémie de listéria, des agriculteurs en colère qui manifesteraient, un concurrent qui voudrait organiser un coup de Trafalgar pour piquer un magasin ici, organiser une méga promo là, il me faut pouvoir regagner la capitale, ventre à terre. Personne n’est indispensable. Mais s’il y a crise, conflit, ou difficulté majeure, je n’imagine pas déléguer le sale boulot alors que je continuerais de jouer les panneaux solaires au bord d’une piscine.
J’emporte avec moi quelques livres (une bio de Jim Morrison, des albums de Frank Miller, quelques romans suggérés par nos libraires…), des disques, mon portable. J’achèterai les journaux. Veille active…mais je prendrai mon temps.
Je vous souhaite aussi de bonnes vacances, si vous avez, comme moi, la chance de pouvoir en profiter. Kenavo !

Posté par M.E.L. le 29 juillet 2005 dans
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25 juillet 2005
Lance Armstrong : Le statut de l’icône
Je ne suis pas un adepte de la petite reine, encore moins du vélo à la TV. Enfant, je jouais au Tour de France sur les plages du Nord-Finistère. Les cyclistes de plomb qui arboraient déjà les marques des sponsors, avançaient au gré de la trajectoire des billes sur le sable mouillé… Mais depuis, je n’ai retenu des circuits que le nom de quelques héros victorieux ou malheureux : Louison Bobet, Poulidor, Anquetil, Merckx, Hinault. Il ne faudrait pas m’en demander plus sur ce sport…
Ce week-end, cependant, j’avoue : j’ai été fasciné. Sept victoires dans le Tour pour Lance Armstrong, quel exploit ! Et quel athlète ! Son ascension a été fulgurante. Survivant du cancer, il me fascine par sa détermination, sa méthode, sa constance dans l’effort. Ca force le respect.
Mais déjà, voilà que se délient les mauvaises langues. Puisqu’il ne sera plus en selle l’année prochaine, tirons donc sur le futur retraité. Les bouteilles de champagne ne sont pas encore éclusées qu’il est la cible de deux types de salves.
Il y a d’abord les revanchards. A défaut de preuve, la rumeur fera l’affaire : un soupçon de dopage. « Jamais pris, intouchable, protégé par les autorités américaines… », que n’a-t-on entendu déjà. Je ne suis pas naïf, le milieu cycliste n’est pas tout blanc. Mais réduire la performance à l’adjuvant chimique, voilà qui est méprisant. Pour lui, mais aussi pour les autres, sur le podium. Oublierait-on que les seconds et les troisièmes ne sont qu’à quelques minutes du premier ! ! !
Les adversaires tirent donc en dessous de la ceinture quand bien même le cancer y fut déjà cruel, ravageur et possiblement meurtrier. Armstrong ira au procès comme il a gagné le Tour, sans passion apparente, avec méthode.
Justement ! C’est sur le registre de l’affectif que d’autres entendent lui porter l’estocade : « inhumain, manque d’émotion, froideur texane » ! Et c’est vrai qu’à l’image d’un Bjorn Borg ou d’un Schumacher, il ne peut masquer sa distance. Dans le peloton, on ne se prive pas de relayer : « Je ne partirais pas en vacances avec lui » (Didier Rous) ; « Je n’ai pas d’affection pour lui » (Da Cruz)… La solitude des coureurs de fond perdure jusque sur les podiums. Il n’est que d’écouter la colère de l’écrivain Philippe Delerm (Fig Mag 23/07) : « Il mouline implacablement… et cette mécanique trop parfaite nous ennuie. Ses tapes dans le dos ont un petit air condescendant. Son regard reste dur… ».
Comprendre, décrypter, mettre en relation ses qualités et défauts supposés avec la tactique du héros, voilà qui me passionne et interpelle tout homme d’action.
Bruyneel, le manager de Discovery Channel, son équipe, balaye évidemment toutes les suspicions et les rancoeurs : « Ca atteint un point où cela ne nous touche plus ». Mais quand on creuse les propos, si nombreux dans les journaux, on trouve quelques clés… La pression, le stress forcent le rythme : « C’est une sacrée angoisse parce que tout le monde a les yeux posés sur vous… Deuxième, ça devient une défaite… Ce n’est pas facile quand tout le monde, les adversaires, les équipes, certains journalistes n’ont qu’un seul objectif en tête, qu’il perde » (Re Bruyneel).
En le voyant franchir la ligne, je me demandais encore ce qui pouvait motiver cet homme, chaleureux envers les siens, mesuré dans ses relations sociales. L’argent, la notoriété, le plaisir. Tout cela, probablement, et il s’en cache à peine. Mais ce côté méticuleux, hyper professionnel ! C’est encore Da Cruz qui résume : « Il a agi comme un chef d’entreprise. Il a fédéré une équipe autour de lui et gère son parcours impeccablement ». Ce que souligne aussi son entraîneur : « Il est différent par sa force mentale, sa capacité à se préparer pour les objectifs qu’il a choisis, à ne rien laisser au hasard ».
Alors, c’est vrai. Loin des facéties d’un Mac Enroe, de la gentillesse d’un Nastase, ou des mondanités de Tiger Woods, Armstrong « bûcheronne ». Gagner est son contrat. Du coup, il impose les exigences de cet investissement professionnel au Tour de France. Les nostalgiques s’en offusquent, ont des regrets. Mais n’était-ce déjà pas la marque d’un Bernard Hinault ou d’Indurain ? Et faut-il être à ce point aveugle, comme Philippe Delerm, pour fermer les yeux devant les caravanes publicitaires, la surenchère d’argent qui a transformé le Tour en un spectacle coûteux, en une tribune commerciale ? N’est-ce pas une sacrée hypocrisie que d’attribuer au seul L.A. cette dérive vers la « marchandisation » ?
En fouillant encore dans les interviews (il ne faisait vraiment pas beau ce week-end), on pouvait lire ces quelques phrases de L.A., pudique tout autant qu’explicite : « Je voulais, malgré leur jeune âge, que mes enfants comprennent ce que je fais pour vivre… Je voulais courir en jaune pour eux, pour que la dernière image qu’ils gardent de leur père en tant que sportif soit celle d’un champion » (Le Parisien 2-4/07).
Faut-il chercher plus loin une autre explication : « Lorsqu’ils guérissent, ces hommes sont transformés par cette terrible lutte, ils deviennent des combattants de la vie, ils prennent leur revanche sur ce corps qui les a trahis trop jeunes…Ils le soumettent, le dominent, le connaissent. Ils ont la rage, la rage de vaincre et celle de vivre » : c’est l’analyse du professeur Bernard Debré (Le Point 21/07).
Cela voudrait-il dire qu’hors le malheur, la possibilité d’une telle performance ne sera jamais donnée à un être sain ?
P.S. : Je signale une jolie BD « L’aigle sans orteils », Lax, chez Dupuis (collection Air Libre). La formidable et touchante aventure sportive d’un des pionniers du Tour, qui devrait plaire à Philippe Delerm. Mais cette histoire émouvante est-elle si éloignée de celle de L.A. ?

Posté par M.E.L. le 25 juillet 2005 dans
Portraits / Rencontres (Soc.)
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1 juillet 2005
Pêle-M.E.L. – Journal du 27 au 30 juin 2005 (fragments)

1) Politique : Crise de régime : Passionnant dossier consacré à la crise politique par l’hebdo « Les Inrockuptibles » (numéro 499). On rappelle que c’est Jean-Louis Debré qui, le premier, début mai, a parlé de « crise de régime ». Balladur, ce même mois, a acquiescé : « Le moment est venu de modifier nos institutions ». Il y a eu cette phrase de Bayrou : « Comme il n’y a pas d’équilibre des pouvoirs, ce sont les jeux de cour qui prennent le dessus ». A gauche, Montebourg, Emmanuelli ou Strauss-Kahn ont relayé le débat… Alors que la pratique institutionnelle s’apparente à une sorte de monarchie constitutionnelle (le gaullisme, sans la flamme), il n’est pas inintéressant d’observer que le débat est ici relayé et argumenté par un hebdomadaire culturel. Signe qu’avant toute discussion sur la refonte des institutions, c’est le projet de société qu’il faut définir et sur lequel il faut rassembler.
2) Racisme 1: Je ne connaissais que sa voix. Du rythme, une forme de reggae, rien de transcendant. Depuis que j’ai lu les interviews de Capleton, ça m’a coupé le sifflet. Dans ses chansons, il lui est arrivé d’ânonner : « Les sodomites et les PD, je leur tire dessus…Capleton brûle les folles…Ce feu s’applique aussi aux lesbiennes ». Des défenseurs des droits homo (donc des droits de l’Homme aussi !), l’ont sommé de s’excuser. Il a promis, juré. Mais avez-vous lu, comme moi, l’explication de sa rétractation (Libé, 20/06). Navrant ! Il assume, il a bien prononcé ces paroles, « mais je les chante en patois jamaïquain…Je n’ai rien contre les gays…Nous nous adressions aux pédophiles. Les hommes ont droit de vivre leur destinée, mais quand le jugement viendra, il sera impartial ( ! ! !) ». Voilà donc le couperet remis à plus tard. Capleton, avec cette forme d’excuse en bandoulière, va pouvoir se produire dans quelques salles (sauf le Zénith qui a annulé ses concerts). Mais ne croyez pas que l’annulation de la fatwa vaut bénédiction de son auteur. A la question : « Condamnez-vous l’homosexualité », il répond « Ces gens se condamnent eux-mêmes ». Quand on vous dit que la musique adoucit les mœurs !
3) Racisme 2 : Contrairement à beaucoup de penseurs de l’après-68, engagés dans la « déconstruction » des systèmes philosophiques et politiques (sources présumées de tous les totalitarismes), Edgar Morin est un philosophe positiviste. Il continue de faire vivre l’esprit des Lumières. J’aime son travail, une œuvre gigantesque qui donne à réfléchir, mais guide aussi l’action. Un humaniste ! Un homme engagé sur l’Europe, l’impact des technologies sur nos sociétés, sur les rapports Nord-Sud.
Le 2 juin dernier, avec Danielle Sallenave et Sami Naïr, il a co-signé un libre opinion publié dans Le Monde, « Israël - Palestine : le cancer ». Et il a commis une phrase comme celle-ci : « Les juifs, qui furent victimes d’un ordre impitoyable, imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens ». Il y avait, dans ce texte, un appel passionné au réveil de la conscience judaïque. Mais la comparaison n’a pas plu. La Cour d’Appel a condamné notre philosophe pour diffamation raciale.
A deux encablures, un autre tribunal : il jugeait une affaire plaidée par le président de l’Association des commerçants du marché des puces du XVIIIème arrondissement à Paris. Lui, aussi, s’était senti méprisé. Il s’appelle David Chekroun. Un camelot l’a qualifié de « Enculé de ta race ». Eh bien, le tribunal n’y a pas vu motif à diffamation. Le jugement (23 juin) considère ces mots « comme d’autres insultes de la même veine, désormais devenues courantes, sinon communes, telles que « ta race », « fils de ta race » ou « putain de ta race ». Le tribunal poursuit : « L’expression poursuivie ne stigmatise pas l’origine particulière ou identitaire réelle ou supposée de l’autre et le renvoie à la race imaginaire de tous ceux que le locuteur entend, à cet instant, distinguer de lui… ».
Deux jugements. L’un s’appuie sur une interprétation extrémiste de la notion de diffamation, pour aboutir finalement à une sorte de censure politique alors qu’aucun épithète infamant n’a été prononcé. L’autre, malgré l’insulte, retient la banalisation des propos racistes. Décidément, il n’y a pas que les justiciables dans ce pays qui ont perdu leurs repères…
4) Vacances : Elles arrivent. La Bretagne s’apprête à accueillir les touristes. Tout le pays est à l’unisson. Même la presse locale qui consacre des pages entières à la propreté des côtes, aux capacités hôtelières, aux programmations des festivals, et aux prévisions météo ! ! !
Le Télégramme n’est pas en reste. Il a consacré tout un dossier au mal de mer. On y apprend des choses fort intéressantes. Le vieux loup de mer que je suis a pensé aux ignares que vous êtes question « chaloupe et bordée ». Je relaye avec plaisir deux infos proposées par le journal.
a) Parlons sémantique d’abord. Comment rester digne à l’heure de la « gerbe », réclamer le passage, justifier qu’on quitte son poste et qu’on marche sur le sandwich des autres en vue d’empoigner l’inaccessible bastingage. Le Télégramme propose qu’au lieu de dire votre envie de vomir (risque d’effet de contagion), vous eussiez l’élégance de parler de : débagouler, flaquer, aller au renard, lâcher une fusée, faire un Raoul, compter ses chemises, mettre le cœur sur le carreau… Déjà, rien que de rechercher les mots, on gagne les 3 ou 4 secondes fatales.
b) Pour combattre le mal de mer (un conseil qui s’adresse à vous, bloggeurs urbains), il faut lutter contre les 5 F : la fatigue, le froid, la faim (le débat reste ouvert si on la combat à coups de pâté ou de rillettes), la frousse et…la foif ! ! ! Aux dires des « pêchous », le coup de rouge au premier symptôme, ça aide à passer la lame. Attention : les médecins contestent. Mais, ils conviennent que passé « le rendu du quatre heures », ça soulage et ça aide à retrouver sa dignité.
5) Politique : Pour le moment, ils ne nous ont pas encore donné le mal de mer. Ils se tiennent tranquilles. Ils agissent chacun dans leur sphère, sans qu’en apparence, on sente vraiment les tensions dans le couple. Sarko et Villepin, à défaut de faire la paire, tirent chacun leur attelage. L’un de vous m’a fait parvenir cette affiche de « La Grande Vadrouille » remasterisée. Je ne sais pas qui en a les droits d’auteur. Je vous en fais profiter. Comme on ne va pas beaucoup se marrer pendant les deux prochaines années, profitons-en !

Posté par M.E.L. le 1 juillet 2005 dans
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24 juin 2005
Journal du 15 au 25 juin 2005 (fragments)
Mon métier, le monde qui nous entoure… Tous les jours, je prends quelques notes. Pour moi, pour nourrir mes réflexions, mes discussions avec les collaborateurs, et mes interventions dans la vie associative…
1) Otages : Liesse, concert de joie et conférence de presse : à la Une des magazines, le beau regard de Florence Aubenas. Inconnue du public avant la prise d’otages, elle en devient l’icône. Qui ne s’est pas senti concerné, touché, ému. « Notre société, qu’on stigmatise pour son égoïsme…est capable d’élans de compassion et d’identification au malheur des autres. L’individualisation des mœurs rend possible cette identification. C’est la face positive de l’individualisme… ». G. Lipovetsky, sociologue (Elle, 20/06).
Assurément, notre peuple a du ressort et entretient une forme d’espérance. Les Français sont désenchantés à l’égard de la politique. Mais pour peu qu’une cause passionnante ou un projet collectif leur soit proposé (qui permettrait d’exprimer leur solidarité et leur sensibilité), ils savent se manifester et réagir.
2) Bretagne : Réunion de travail dans les Côtes d’Armor. Premier bassin de production porcine en France. Nous y avons implanté quatre unités de production agroalimentaires. En roulant de Rennes vers Collinée, je découvre, sous le soleil (mais oui !) des routes bien entretenues, des villages attrayants, des jardins ou des maisons où il fait bon vivre. Il y a vingt ans, quand le département s’appelait « Côtes du Nord », une forme de précarité agricole et salariale constituait le ferment d’une gauche régionaliste et révolutionnaire. Les élus d’aujourd’hui (PC ou PS façon Fabius) sont leurs héritiers. Ils ont appelé à voter « non » au référendum. De tous les départements bretons, seul, celui-ci a levé l’étendard de la contestation. Pourtant, dans les villages que je traverse (Saint-Onen-la-Chapelle (35), Vildé-Guingalan , Saint-Jacut-du-Mené, Collinée (22) et Saint-Léry (56)), le taux de chômage est tombé en dessous de 8 %. Et, tous les professionnels de la région (agroalimentaire !) savent ce qu’ils auraient à perdre d’une remise en cause de la PAC. Comment expliquer ?
3) Libéralisme : A quelques kilomètres de là, le convoi de Sarkozy s’arrête à Vitré. Bain de foule et discussions avec les salariés de la SVA (abattoir travaillant avec Intermarché). Ca fuse dans tous les sens. On parle délocalisations, écarts de salaires, modèle social : « Je suis pour le libre échange et la concurrence, mais une concurrence loyale : j’ouvre, tu ouvres. Tu fermes, je ferme… ». Même les plus acerbes à l’égard du maire de Neuilly en convenaient : Sarko à l’OMC ou à la Commission Européenne, ça déménagerait !
4) Jean-Marc Ayrault : L’activisme des chefs de l’UMP ne l’impressionne pas. Mais le député PS de Loire-Atlantique devrait faire attention dans son langage à ne pas désespérer Landerneau. Pour lui, la politique de Chirac « relève plus du calcul d’épicier que d’une vision de chef d’état ». Attends un peu, mon bonhomme, qu’on débatte devant témoins et tu verras ce que vaut le regard de « l’épicier » sur l’organisation de l’état…
5) Délocalisations : La campagne référendaire a été propice aux surenchères démagogiques. Jamais, on n’avait autant parlé de risques de délocalisations. Avec comme boucs émissaires, les pays de l’Est, principalement. Or, l’INSEE vient de publier les chiffres des transferts d’investissements et d’emplois. Sur 13 500 postes délocalisés chaque année, de 1995 à 2004, ce sont l’Espagne (16 %), l’Italie (15 %) et l’Allemagne (14 %) qui ont capté les emplois partis de France. Ce sont nos vieux voisins, nos partenaires fondateurs, et non pas nos amis polonais… C’eût été une bonne idée de publier ces statistiques pendant le débat.
6) Italie, justement : J’étais dans les Abruzzes, la semaine dernière, pour inaugurer trois magasins. Dans la Botte, nous sommes alliés avec la coopérative Conad, numéro deux en Italie. Leurs magasins prennent l’enseigne E. Leclerc en devenant hypers… Superbe décor que ces montagnes avec vue directe sur la mer. Villages accrochés en haut des pics, vallée instable du fait de l’activité tellurique, vieilles églises et forteresses, vestiges de la route des croisades… Je discute avec mon hôte, le responsable de la coopérative. Nous parlons des rigidités françaises, mais aussi de l’individualisme de nos concitoyens. Quoi, un Italien qui me dit ça ! A un moment, sa voiture franchit la ligne jaune (qui est blanche, là-bas). Je lui fais la leçon. Il s’amuse : « Une ligne blanche, ici, c’est franchissement interdit. Mais deux lignes parallèles, alors ça, oui, ça veut dire que c’est vraiment interdit ! ». Comment voulez-vous lutter à armes inégales !
Posté par M.E.L. le 24 juin 2005 dans
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13 juin 2005
Journal du 2 au 9 juin 2005 (fragments)
1) Pauvreté : Le gouvernement vient d’autoriser la location de ce qu’on appelait impudiquement « les chambres de bonnes » dont la surface est inférieure à 9 m² ! Oui, vous avez bien entendu. Cela se passe en France. Cela fait vingt ans qu’au…pipeau, les gouvernements successifs nous jouent la farandole des « logements sociaux ». Combien de fois ne leur a-t-on pas dit que la lutte contre la pauvreté et le droit au logement étaient une priorité politique. Personne n’était dupe : chaque hiver nous valait une interpellation d’Emmaüs ou de l’Abbé Pierre… De là à arriver à cette mesure, voilà qui peut surprendre.
Quelle que soit l’hypocrisie dans laquelle nous vivions (les chambres de bonnes se louaient sous le manteau), et quelle que soit l’urgence, cette décision gouvernementale sonne comme un aveu… Des miettes en bout de table pour le pauvre Lazare : voilà qui ne va pas arranger l’image de notre modèle social à l’étranger !

M.E. Leclerc et l'Abbé Pierre (11 février 1985) : cela fait 20 ans que tous les gouvernements lui tiennent les mêmes promesses...
2) Europe : A force de donner des leçons aux autres, il faudra bien accepter de se regarder en face. J’ai bien aimé l’éditorial courageux d’Alain Genestar (Paris Match 9/06/05). Sévère avec un chef de l’Etat qui s’est « fait élire sur la promesse de réduire la fracture sociale ». (On en voit les résultats !). Sévère avec « le non de gauche » et ses positions sur l’immigration. « Quand la Pologne s’est ouverte à l’Europe, la France y a installé son argent, ses banques et ouvert en grand ses carnets de commandes (j’ajouterai « et ses hypermarchés ! »). En échange, un plombier polonais a osé frapper à notre porte pour réparer les lavabos. Et une partie de la gauche…a crié au scandale, au dumping social… Une fraction de la gauche a rejoint les thèses de la préférence nationale prônées par l’extrême droite ». Quelle dérive pour une gauche qui se disait morale. Avec quels arguments s’opposera-t-elle aux quotas d’immigration par métier préconisés par Sarko ?
3) Communication : Cette campagne référendaire a montré combien l’expression politique était devenue dépendante des médias. Quelle erreur, finalement, d’avoir supprimé la communication politique par voie d’affiches, ou dans les journaux. Les problèmes de financement pouvaient être résolus (comment fait-on dans les autres pays ?). Résultat, comme le dit Jean-Marc Lech (Ipsos), « les stratégies se résument à aller sur TF1 pour parler aux pauvres, sur France 2 pour toucher les gens de gauche et sur France 3 pour s’adresser aux régions. Aucun pays développé n’a ce degré zéro de la communication politique ». Est-ce un hasard si, finalement, la plupart des échanges d’arguments se sont faits sur Internet ?
4) Politique : Deux jours après sa nomination, la toute nouvelle Ministre Déléguée au Commerce Extérieur, Christine Lagarde se lâchait sur Europe 1 et recommandait « la réforme du Code du Travail pour lutter contre le chômage ». Il paraît qu’elle a failli se faire virer illico presto. Elle a eu le droit à un oral de rattrapage pour expliquer que son point de vue était personnel (sic) et pas « celui du gouvernement ».
Un jour, peut-être, on comprendra que la grandeur d’un homme politique, comme celle d’un chef d’entreprise, n’est pas de s’entourer de béni-oui-oui, ni de godillots. C’est justement cette conception monarchique et centralisée du pouvoir qui pose problème. Tactiquement, elle empêche « de ratisser large », en profitant de la diversité des expressions ministérielles. Plus fondamentalement, elle n’autorise plus ni ballon d’essai, ni expérience, ni prise de risque. Pour lutter contre « la pensée uniforme », il faut commencer par accepter ses différences !
5) Emploi : Le Monde titre sur cet engagement de Villepin devant le Parlement : « Je m’engage à donner une activité à chacun ». Ce n’est pas un peu présomptueux tout ça ?
6) Etranger : Lu dans Le Monde du 9/06/05 : « Les Izvestia passent sous contrôle de l’Etat russe ». Avec tout ce qu’on peut lire dans la presse française sur l’évolution politique en Russie, je ne suis pas sûr que les Français avaient pu, une seule seconde, imaginer que les Izvestia aient pu être privatisées ! Voilà donc une nouvelle qui ne surprend personne.
7) Politique : Nicolas Sarkozy a déjà révélé qu’il quitterait le gouvernement avant la fin 2006. Toute la classe politique fait des paris sur le jour qui verra l’explosion du couple Sarko-Villepin. Je l’invite à lire la rubrique que tient quotidiennement Le Parisien sur les problèmes juridiques des Français : « Sachez que la séparation de corps ne dissout pas le mariage, mais le devoir de cohabitation. Chacun des deux époux séparés conserve donc ses droits dans la succession de l’autre… ». Ca va être grandiose !
Posté par M.E.L. le 13 juin 2005 dans
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24 mai 2005
Journal du 19 au 24 mai 2005
1) Lundi de Pentecôte : Le feuilleton continue, tout aussi dérisoire. Le groupe Total a appliqué la loi, les syndicats se sont crispés : grève de 5 jours. Raffarin a cru devoir s’en mêler, ce jeudi (les raffineries sont bloquées, menace de pénurie à quelques jours du référendum ! ! !). Il stigmatise l’absence de dialogue social (laissant entendre qu’avec de si gros profits, Total a les moyens de payer). Résultat : la direction se sent lâchée, elle cède. Les salariés seront indemnisés et bénéficieront d’un jour de RTT supplémentaire. Après ce qui s’est passé à la SNCF, c’est encore un camouflet pour le Premier Ministre qui, décidément, dans cette affaire, a perdu tout le crédit qui lui restait.
2) Défense du livre : Le Syndicat National de l’Edition s’irrite : le journal Le Monde a lancé, ce week-end, une opération commerciale en vendant, pas cher, des livres d’art en kiosque. Voilà, dit le SNE, qui va « altérer l’image du livre, détourner les lecteurs des librairies, et fragiliser leur réseau ». Il est vrai qu’avec un essai sur Matisse à 4,45 €, Le Monde tape fort. Pourtant, on devrait se réjouir. Les ventes de livres ont chuté de 2 % depuis le début de l’année. Idem pour la fréquentation des librairies. Une jolie promo, ça n’a jamais tué le marché !
3) Europe/Référendum : Ce week-end, les partisans du « non » se sont exprimés partout, dans les journaux et les meetings. J’ai pris le temps de peser chaque argument. On ne peut qu’être confondu devant certaines affirmations. Fabius, bien sûr, pour moi, a perdu sa superbe. (Au moment du passage à l’euro, il voulait être premier sur la photo chez Carrefour ou Leclerc, pour dire son soutien à Maastricht !). Que penser aussi du vice-président d’Attac France (François Dufour) : « Cette constitution nous passe les menottes et éteint la démocratie. Au lieu de cela, l’Europe devrait…lier la libre circulation…au respect des critères sociaux... C’est ainsi que l’on a tiré l’Espagne et le Portugal vers le haut… ». Et bien alors ! Pourquoi voter « non » à des textes qui instaurent ces critères. Ce qui a été valable pour l’Espagne et le Portugal ne le serait plus pour la Pologne ou la Roumanie ?
4) Europe/Référendum : Je vous invite à lire, dans l’hebdo Marianne (21/05), les 5 pages « événement » intitulées : « La position de Marianne, c’est oui ou c’est non ? ». 5 pages pour ne pas prendre position. Le oui ? « Un oui réservé ou contraint, minimaliste et réaliste, était possible…Le oui emphatique et illusionniste des Jack Lang et autre Cohn-Bendit, totalement fallacieux, a largement contribué à paralyser le débat…Il nous est impossible de recommander un vote oui ».
Suit une série d’arguments contre le oui, parmi lesquels celui-ci : « Comme dans la constitution soviétique (sic), le régime économique capitaliste libéral est institutionnalisé, ce qui déroge au principe de libre choix des électeurs… ».
Il reste alors à Marianne à prendre position pour le non : « Le non est effectivement censeur. C’est sa « positivité » qui pose problème…Nous ne saurions nous prononcer ni en faveur d’un non hors sujet, ni en faveur d’un « non de mouvement » à la dynamique tout à fait aléatoire ». Quel jargon ! Que de contorsions pour ne pas prendre position.
Personnellement, j’ai toujours respecté les choix partisans et passionnés. Mais tout ça sent le clientélisme. De la part d’une rédaction qui ne cesse de donner des leçons à toute la classe politique et aux décideurs économiques, on pouvait attendre mieux que cette danse du ventre impudique.
5) Europe/Référendum : Mon ami Michel Le Bris, écrivain et directeur du Festival Etonnants Voyageurs, n’a pas d’état d’âme pour dire oui (Ouest France 20/05). S’il mesure son enthousiasme, cet ancien co-fondateur de « La cause du peuple », rappelle, en contrepoint à l’édito de Marianne, que « l’expérience de l’Europe « de l’Est » est pour nous capitale,…elle vient de s’arracher à la barbarie communiste et ne comprend pas qu’en France, on dise « espoir » ce qui fut son cauchemar à elle ».
Contre une gauche du non jamais sortie de sa culture anti-capitaliste, il rappelle qu’il n’y a pas d’autre modèle d’organisation que le libéralisme ou l’économie sociale de marché (la concurrence plus la régulation par le pouvoir politique), ce qu’amorce la Constitution. « En votant « oui » le 29 mai, je vote aussi pour l’espoir d’une gauche encore possible. Contre les chimères meurtrières ».
Posté par M.E.L. le 24 mai 2005 dans
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10 mai 2005
Journal des 6, 7, 8, 9 et 10 mai 2005
1) Loi Galland :
J’organise un point presse la semaine prochaine pour commenter le projet de réforme de la loi Galland. Pour l’heure, ce vendredi, je suis installé à la terrasse d’un café de Saint-Malo et j’essaye de structurer mon argumentaire critique. Il faudra aussi formaliser une contre-proposition susceptible de nourrir d’éventuels amendements. Beaucoup de mes collègues et concurrents rejoignent désormais nos analyses. Nous nous sommes rencontrés ou téléphonés ces derniers jours. Pour eux, ce texte n’est même pas amendable. Il faut tout faire pour le torpiller. Si sur le fond, je partage leur avis, je ne crois pas que l’on puisse rester passif et compter sur un éventuel départ de Jean-Pierre Raffarin au lendemain du 29 mai. D’ailleurs, le Sénateur Gérard Cornu (UMP) a commencé à instruire le dossier avant les débats qui auront lieu début juin à la commission des affaires économiques. Il faut donc assurer la plaidoirie. Monsieur Cornu m’a fait savoir qu’il ne recevrait pas les présidents des enseignes. Il s’en tiendra aux remarques des fédérations et des représentants institutionnels. Drôle de manière d’aborder les aspects concrets du sujet. Problème d’emploi du temps, dit-il ! Soit ! Voilà en tout cas qui me dédouane. Il ne faudra pas venir me reprocher mes prises de parole publiques.
2) Marges arrière :
Fleury Michon est une très belle entreprise de charcuterie, leader sur son marché. Il y a six mois, pour relayer Christian Jacob qui dénonçait les marges arrière, ses dirigeants s’inquiétaient publiquement d’une baisse prévisible des résultats du fait des pressions exorbitantes de la distribution. De fait, les marges arrière dans ce secteur dépassent 50 %. Mais alors que je feuillette, entre deux bolées de cidre, quelques numéros récents de revues spécialisées dans le secteur agroalimentaire, je tombe sur la publication de ses derniers résultats. Fleury Michon a enregistré, pour l’exercice 2004, une hausse de profits de 10,86 % pour un accroissement de chiffre d’affaires de 4,7 %. Super ! On comprend pourquoi derrière Christian Jacob, le lobby agro ne veut plus supprimer les marges arrière !
3) Europe :
De retour de week-end, je trouve dans ma boîte aux lettres le texte officiel du traité constitutionnel soumis à notre approbation. Imprimé comme ça, c’est vrai que le torchon est un vrai repoussoir. Je comprends que, dans beaucoup de foyers, le texte va aller illico dans la poubelle, sans possibilité de recyclage. Quel manque de professionnalisme. Quel mépris pour nos concitoyens… Au fait, je vous avais dit qu’à la demande de Matignon, mon groupe avait accepté de distribuer plusieurs centaines de milliers de constitutions dans les magasins. Eh bien, ça ne pourra pas se faire. La passation de marché n’aurait pas été confirmée à temps par le Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes. Et l’imprimeur (qui confirme) ne pourra pas nous les livrer. C’est fou ce qu’on est mobilisé « en haut lieu ».
4) OGM :
Il y a quinze jours, une mission parlementaire émettait soixante propositions pour encadrer les essais et l’utilisation des OGM. Elles devaient faire l’objet d’un projet de loi débattu en juin. Refusant d’adhérer aux harangues anti-OGM, les députés déclaraient qu’il ne fallait pas « baisser la garde ». Ils demandaient une pause sur les autorisations de mises en culture en 2005 et réclamaient que les essais « se fassent dans des conditions plus strictes qu’elles ne le sont actuellement ». Une manière intelligente de répondre aux inquiétudes sans vraiment changer de cap. Eh bien non. C’était trop intelligent pour le Ministre de l’Agriculture. Il a autorisé onze nouveaux essais pilotés par les sociétés PIONEER GENETIQUE, MERISTEME et BIOGEMMA. Ne pas suivre les demandes, pourtant mesurées, des parlementaires, n’est-ce pas donner un argument de poids aux commandos de faucheurs qui font de leur combat un acte politique tout autant que sanitaire ?
Posté par M.E.L. le 10 mai 2005 dans
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6 mai 2005
Journal des 1er, 2, 3, 4 et 5 mai 2005
Management : L’Usine Nouvelle cette semaine mentionne une étude de deux psychologues anglais sur la « santé mentale » des managers. L’intitulé de leur enquête n’étant pas neutre (« les psychopathes qui nous gouvernent »), on ne s’étonnera pas du résultat : les dirigeants sont atteints de trois des dix principaux troubles de la personnalité développés par les clients des hôpitaux psychiatriques : la tendance histrionique, caractérisée par l’égocentrisme et la manipulation, la tendance narcissique (besoin d’être admiré) et la tendance obsessionnelle compulsive (entêtement, tendance dictatoriale).
Un tantinet fanfaron, je fais circuler cet article au sein du bureau… et guette les réactions. J’attendais des dénégations, même polies. Le silence général et les sourires sarcastiques de mes collaborateurs… m’énervent.
Loi Galland : Parfois, vous vous pincez. Vous vous dites, un député ne peut pas penser des choses comme ça. Et encore moins l’écrire… Et bien si. Le député Jean-Paul Charier (UMP) s’échine à vouloir imposer ses idées dans le débat (cela fait vingt ans qu’il rêve de devenir Ministre du Commerce !). Difficile pourtant de suivre le fil de sa pensée tant l’homme est versatile et opportuniste. A forcer le trait, il finit par s’emmêler les pinceaux. Témoin cette contribution, qu’il fait circuler dans les milieux professionnels : « le devoir du législateur n’est pas d’accepter qu’un gros client puisse systématiquement acheter moins cher… plus un client est important, plus il fait prendre des risques aux fournisseurs et, à l’extrême, ce serait une justification d’augmentation des prix. » Avec de tels raisonnements, on ne sait s’il faut conseiller à Jean-Paul Charier de rester en politique. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne fera aucune carrière dans le commercial.
Emploi : Selon un sondage publié par TNS, 63% des français préfèreraient une amélioration des rémunérations plutôt qu’une réduction du temps de travail. 56% pensent qu’on ne travaille pas assez en France. Je propose qu’on abandonne le référendum sur le traité européen et qu’on soumette l’abrogation des 35 heures aux suffrages des français !
Politique : Dans Libération mercredi, ce titre qui attribue à Jacques Chirac cette phrase sur la victoire potentielle du non : « Je ne sais pas si ce serait un échec pour moi… ». Nous, on sait.
Pentecôte solidarité : Interrogé par Le Parisien, Bernard Acoyer, Président du groupe UMP, s’obstine : « Le PS refuse de comprendre, la solidarité ne peut être financée que par le travail ». Un conseil : si la Droite en a marre d’apparaître comme le parti du capital et des patrons, et si un jour (on ne sait jamais) elle recherche le vote des salariés, il faudra penser à revoir le discours…
Posté par M.E.L. le 6 mai 2005 dans
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22 avril 2005
Journal des 18, 19, 20, 21, 22 avril 2005
1) Politique :
Je cherche un titre de jeu vidéo. Vous savez, ces jeux extrêmement violents, avec des gros « splash » rouges sang quand la balle doum-doum pénètre la chair et broie les os ! Genre maxi-gore, pour rigoler. Tout ça pour illustrer les cruels jeux du cirque auxquels se livrent nos hommes politiques. Lundi, c’est Villepin qui tire au bazooka sur Raffarin : « Le 29 mai, c’est sûr, tu dégages ! ». Il enfonce encore un poignard dans le dos : « C’est Djack qui me l’a dit ». Le délit de lèse-majesté est confirmé à Sarko, en déplacement aux Sables d’Olonne. Avec la moue d’un Juda plein de compassion, il téléphone à Raff : « Tu as vu, Jean-Pierre, le mal qu’ils te font ! ». Le coup de téléphone est public, bien sûr, pour accréditer le rapprochement avec ce Premier Ministre qui a déjà des airs de sacrifié. Et Sarko de flinguer à son tour la « perte de sang froid de Monsieur Galouzeau de Villepin que nous avions déjà connue en 1997 chez l’initiateur de la dissolution ». Mardi, gros plan sur les visages, au petit déjeuner d’une réunion interministérielle. Les croissants restent sur la table. Villepin bredouille et se justifie. Raffarin profite du froid silence qui s’ensuit : « Répète un peu pour voir ». C’est Clint Eastwood et Charles Bronson, avec des airs de Groucho Marx. Ca finit sur RTL par une reprise en main du chef : « C’était un dérapage, j’ai rétabli l’ordre des choses ». Génial ! J’adore les bons scénarios. Dommage que ces grosses productions « hollyséennes » drainent le public hors des petites salles indépendantes où l’on donne cette timide production française : « Rêve d’Europe ».
2) Communication :
Mercredi, dans les kiosques à journaux, deux « Unes » se font face et se narguent : celle du Figaro entièrement consacrée au sacre de Benoît XVI (aucune allusion à une autre actualité) ; et celle de Paris Match : gros plan sur les traits tirés du visage de Caroline, minée par la mort du prince. Deux choix rédactionnels, deux politiques marketing qui disent clairement leur cible. Qu’en pensent les lecteurs ainsi catalogués, catégorisés, étiquetés. Le clientélisme n’est plus l’apanage des politiques. Et de l’économie marchande, les médias ont manifestement retenu toutes les recettes jusqu’à sombrer dans la caricature et le ridicule.
3) Politique :
L’affaire Destrade a trouvé son dénouement : l’ancien député PS des Pyrénées-Atlantiques a été condamné, jeudi, dans une affaire de trafic d’influence. 17 chefs d’entreprise et patrons de la grande distribution ont été aussi condamnés. Le tribunal n’a pas pu établir de lien entre ces versements et le financement occulte d’un parti politique. Ce volet de l’affaire a fait l’objet d’un non-lieu global en août 2004. On retiendra donc que tous ces chefs d’entreprise ont versé cet argent sans autre motif que de faire plaisir à un homme politique. Normal !
4) Société :
Le feuilleton du Lundi de Pentecôte fournit, chaque jour, sa part de gags. Tandis que Matignon confirme sa décision de mettre les Français au travail, la direction de la SNCF décide, ce vendredi, que le Lundi de Pentecôte sera finalement férié. (Tiens, le service public est indépendant ?).
Les cheminots travailleront 1 minute et 43 secondes de plus chaque jour pour compenser. Je ne sais pas quel modèle social la France veut défendre dans le concert européen. Mais pour qui lit la presse étrangère, ce feuilleton rocambolesque achève vraiment de nous discréditer.
Posté par M.E.L. le 22 avril 2005 dans
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18 avril 2005
Journal des 15, 16 et 17 avril 2005
1) Agriculteurs en colère : Ce vendredi 15/04, 50 militants du MODEF (mouvement paysan proche du PC) ont déboulé au siège de Carrefour à Paris. L’objet de leur courroux ? Les marges arrière ! « Il est anormal que la nouvelle loi Jacob autorise toujours les marges arrière », martèle Xavier Compain, dirigeant du syndicat. Plutôt curieux comme réaction ! Car si telle est sa motivation, pourquoi s’en prendre à un distributeur ? La logique n’eût-elle pas voulue qu’il s’adresse à son ancien camarade de la FNSEA, Christian Jacob, devenu ministre et géniteur de la réforme contestée ? A moins bien sûr que tout cela ne se fasse en connivence !
2) Europe : Hubert Nyssen, romancier et fondateur de la maison d’édition Actes Sud, a confié, samedi, son journal de bord hebdomadaire aux lecteurs de Libé. Ce grand monsieur de l’édition française fustige avec talent le principe du référendum (« Une invitation faite aux humeurs, aux règlements de comptes, aux désaveux, aux rancunes, aux frustrations »). Je retiens cet argument : « Si en 1981, on avait soumis la question de l’abolition de la peine de mort au référendum, le « non » l’eût emporté et la France eût traîné longtemps encore ce boulet honteux dont Robert Badinter l’a délivrée par son plaidoyer devant le Parlement ». Quand un sujet est trop passionnel, ce n’est pas mépriser le peuple que de le solliciter via ses représentants et dans des enceintes qui siéent mieux à des débats complexes.
3) Référendum, toujours : Les Centres E. Leclerc ont accepté de diffuser 750 000 exemplaires d’un numéro spécial du journal « l’Hémicycle » reprenant tous les termes du projet constitutionnel. Ce n’est pas la première fois que nous participons à des opérations pédagogiques. Pour le passage à l’euro, nous avions beaucoup investi en mettant notamment en circulation, plusieurs mois avant la date fatidique, deux millions de fac-similés euros. Cette fois-ci, c’est le SIG, le Service d’Information du Gouvernement, qui nous a sollicités. Même si le document reste peu lisible, je me félicite que Matignon soit passé au-dessus de nos querelles sur la loi Galland. Nous avons un réseau, une notoriété, une popularité, l’enjeu mérite qu’on collabore… Mais pour autant, était-ce bien nécessaire (et si peu reconnaissant) de faire croire que notre implication n’avait d’autre motivation que d’empêcher Casino (co-diffuseur) d’en revendiquer l’exclusivité. J’aurais pensé mieux des services du gouvernement ! ! !
4) Culture : L’installation de la fondation François Pinault à Boulogne paraît compromise. Le financier aurait bouclé ce week-end l’acquisition du Palais Grassi à Venise. Il ne fait plus mystère de vouloir y exposer une partie au moins de ses collections.
On pensera ce que l’on veut du bonhomme. Je le connais peu, malgré ses origines bretonnes. Mais tous les spécialistes en conviennent : il a constitué une collection inestimable d’art contemporain. Une des plus importantes dans le monde. Il « ne demandait pas le tapis rouge ». Il a dépensé 20 millions d’euros en études et honoraires pour un projet de 150 millions. Cinq ans après la signature d’une première convention avec la ville de Boulogne, les imbroglios administratifs, politiques et fonciers semblent avoir eu raison de sa patience. C’est probablement Venise, puis Berlin qui abriteront ses collections. Encore une leçon à méditer : quand la France se recroqueville et s’enlise dans ses querelles de clocher, l’Europe offre de nouveaux territoires à qui veut avancer !
Posté par M.E.L. le 18 avril 2005 dans
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11 avril 2005
Journal des 8 et 9 avril 2005
1)Le Pape et la laïque :
Vendredi, dans la presse et sur les ondes, des grincheux, jusque dans le PS, s’offusquent de voir le drapeau français en berne : « L’Etat n’a pas à rendre hommage au Pape ». Réponse obligée dans les ministères : « Il s’agit de saluer le chef d’état du Vatican » (vachement courageuse, la prise de position !). Mais pourquoi cet air pincé ? Qui donc a fait la fine bouche quand le Pape plaidait la cause des otages français au Liban ou en Irak. La république ne saurait-elle saluer le tombeur du communisme, ne serait-ce que pour la Pologne qu’elle accueille dans l’Europe ? L’Egypte et Cuba décrètent trois jours de deuil national, Clinton et Bush se déplacent, et avec eux les représentants de toutes les grandes nations. Même la Chine autorise, pour une fois, les chrétiens à se rassembler… C’est fou ce qu’en France, on aime jouer petits bras ! Au fait, est-ce que vous vous souvenez de la messe de funérailles de François Mitterrand : avez-vous imaginé, un seul instant, qu’un évêque eût pu refuser de saluer la mémoire et l’âme d’un républicain laïque qui, pourtant, en 1981, mit le feu aux écoles catholiques. Echange de bons procédés !
2)Gratuit ou payant :
Ce vendredi, Libé fait le point sur l’info en ligne, et confirme nos analyses (blog du 31/03/05). Aux USA comme en France, quelques journaux continuent à pratiquer la gratuité (« libé.fr » et « lefigaro.fr »), mais le modèle dominant installe la mixité : produits d’appel gratuits (infos du jour, service à la carte) et fond de rayon payant (archives, recherches documentaires). Même sur « lemonde.fr », « on ne trouve plus en accès gratuit qu’une sélection restreinte d’articles du journal papier ». Après que leur rédaction (service culturel) ait longtemps milité pour la gratuité sur internet (musique, films)… « plus question d’offrir sur le net ce que l’on fait payer chez les marchands de journaux » (Jean Hornain, Le Parisien). « Si on brade le numérique, on brade le papier » (Le Monde). L’avenir du net est bien dans l’abonnement payant.
3)Musique en ligne :
Jean-Louis Murat, lui, ne parle pas la langue de bois pour justifier la tarification de la musique. Aux artistes qui ont signé l’appel du Nouvel Obs opposé à la chasse aux pirates, il lance : « Inconsciemment, ils se disent : ma musique est tellement nulle qu’elle devrait être gratuite ». Evidemment, ça fait un peu raccourci, mais ça a le mérite d’être clair.
4)Europe, référendum :
Ce samedi, dans un Leclerc de la banli







