8 juillet 2005
Londres : Le podium, la guerre, la démocratie

Hier matin, très tôt, j’avais posté sur le blog une note sur la victoire de Londres (organisation des jeux olympiques). Après, il y a eu cette boucherie. Les barbares ont frappé.
J’ai tout effacé. J’ai écrit des phrases au couteau, pleines de colère et de haine… Et puis, j’ai vu, comme vous, les visages des Londoniens. La douleur… Toute expression guerrière finalement contenue… Dignité !
Sur la bande FM, un commentateur francophone décryptait le message des Londoniens aux terroristes : « On ne se laissera pas déstabiliser. Notre population est très critique sur l’engagement en Irak. Mais nous ferons bloc pour défendre notre liberté ».
Reprenant mes notes d’hier, je relis cette intervention de Tony Blair, répétée avec plusieurs variantes, avant qu’il ne s’envole de Singapour pour rejoindre le G-8 en Ecosse. Il justifiait ainsi le choix du CIO.
« Londres est une ville multiraciale, des races qui se côtoient et vivent ensemble. Londres est une ville multireligieuse…Chacun peut vivre sa religion dans la tolérance et la liberté d’expression. Londres est une ville cosmopolite, ouverte aux jeunes, aux étudiants et aux professionnels du monde entier. Londres est une vieille ville qui ne craint pas la modernité ».
En haut du podium pour les jeux olympiques, ces propos revêtaient un sens tout particulier. Ils expliquaient l’écart d’image entre Londres et Paris, ou plutôt entre l’Angleterre et la France (car les équipes parisiennes de Bertrand Delanoë défendaient finalement assez bien cet idéal, ce qu’on ne saurait dire du pays tout entier).
Mais après les attentats, ces phrases prennent toute leur force politique. C’est à cette vision de la démocratie que s’en prennent les fascistes. Nous devons faire cause commune.
Exprimer notre émotion est une nécessité qu’il nous faut partager. Tous nos amis anglais me le disent. Ils en ont besoin. Mais plus encore, c’est ce fonds commun de valeurs qu’il nous appartient de développer, y compris en tenant compte de la diversité de nos opinions (l’Irak, l’Europe).
Tragique, l’histoire donne l’opportunité à nos peuples de re-formaliser ensemble, et sur des objectifs clairs, les textes fondamentaux (constitution) qui pourraient être à la fois nos objectifs et le drapeau à défendre.
Posté par M.E.L. le 8 juillet 2005 dans
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30 juin 2005
Subventions, crédits d’impôts, baisses de charges : pour quelle contrepartie ?
Vu l’état des finances publiques, la question cruciale pourrait être celle-ci : jusqu’à quel point l’Etat doit-il accorder des aides financières sans pouvoir exiger, en retour, le respect d’engagements (maintien d’un investissement sur le sol national) ou des contreparties (augmentation du nombre d’emplois). Par deux fois, ces quinze derniers jours, la question a été posée. Il s’agissait bien sûr de répondre à des problèmes spécifiques. Mais je me disais qu’au fond, ce sont les illustrations d’un problème plus général qui mériteraient d’être plus amplement débattues.
1) Ce fut d’abord la « sortie » de Gérard Larcher, Ministre du Travail, à l’égard des restaurateurs.
G. Larcher n’est pas un homme à tenir sa langue dans sa poche. Recevant les analyses de la Commission Nationale de la Négociation Collective, il a poussé sa gueulante. Dans 74 branches (employant plus de 8 millions de salariés), les négociations salariales auraient évolué correctement : « De premiers résultats significatifs ont été obtenus, même s’ils ne sont pas suffisants ». Diagnostic qui n’est pas corroboré pour la branche des hôtels, cafés, restaurants.
Tous ces professionnels « ont bénéficié, d’une manière ou d’une autre, d’un soutien exceptionnel de l’Etat pour conforter leur politique d’emploi ces derniers mois. Il n’est pas acceptable que ces efforts soient préemptés sans contrepartie pour les salariés ». Malgré la charge, les restaurateurs sont restés de marbre. Ils maintiennent. Ils augmenteront salaires et emplois quand ils auront obtenu la réduction de la TVA.
Voilà donc l’Etat piégé. En attendant les décisions de Bruxelles, il a accordé des facilités financières (ravages du clientélisme avant le référendum !). Voilà –un comble- les restaurateurs exonérés de toute obligation et en position de force. Les syndicats sont légitimement choqués.
2) Autre illustration de ce débat, lancée cette fois-ci par Nicolas Sarkozy. On connaît son analyse sur la crise du modèle social français. Il souhaite « faire le tri entre ce qui est un acquis social et ce qui n’est que le produit d’une habitude, d’une lâcheté, d’un oubli ». Et propose, dans la foulée, que les minima sociaux ne soient accordés qu’en « contrepartie d’une activité ». Il fait référence évidemment au modèle danois ou au système anglais de dégressivité des aides après qu’un chômeur ait refusé les premières propositions d’emploi.
Ces deux exemples abordent la question de l’utilisation des fonds publics sous des aspects différents. Personnellement, je ferais une distinction entre le traitement social du chômage et la subvention à une catégorie professionnelle (restaurants, commerçants, agriculteurs, etc…).
- Dans le premier cas, l’aide publique est l’aboutissement d’un système de répartition ou de transfert social, pour lequel nous avons cotisé ou payé l’impôt. Elle est la conséquence d’un contrat avec la nation. Les exigences réclamées par l’Etat aux bénéficiaires découlent avant tout d’une obligation de probité (contre les profiteurs du système) et d’efficacité.
- Dans le deuxième cas, il y a affectation particulière du budget de l’Etat. Certes, via le débat parlementaire, la nation est supposée avoir approuvé les dépenses. Mais de même que l’Etat se soumet à l’obligation de contrôle, ne conviendrait-il pas que les professionnels justifient, eux aussi, du bon usage de la subvention.
Alors que plus personne ne conteste la nécessité de réorganiser les finances publiques, il est étonnant que cette question n’ait pas suscité plus d’intérêt. Partagez-vous cet avis ?
Posté par M.E.L. le 30 juin 2005 dans
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6 juin 2005
Contre la tentation poujadiste
La France subit les conséquences d’une grave crise morale et politique. Vu le nombre de Français qui ont voté non au référendum, les leaders des partis institutionnels ne peuvent décemment pas fuir le débat en se retranchant derrière la dénonciation du caractère hétéroclite de l’opposition à la Constitution. Ils auraient tort de s’obstiner à mépriser la force des revendications, encore plus à assimiler le vote de nos concitoyens à une bouffée de peur xénophobe (épouvantail turc, concurrence du plombier polonais, délocalisations, etc…).
De la même façon, on est en droit d’attendre des Fabius, Mélenchon, Emmanuelli, etc…, ou même de Marie-George Buffet et de Philippe de Villiers, qu’ils assument leurs responsabilités et les conséquences d’un vote pour lequel ils ont milité. Ils ne sont certes pas au pouvoir. Mais qu’il s’agisse de l’Europe, ou de la politique nationale, il y a obligation de clarifier les positions et de nourrir les plateformes alternatives dont ils se revendiquaient.
A la lecture des journaux depuis une semaine, force est de constater qu’on en est loin. Après l’euphorie sur les plateaux de télévision, le contenu politique (ne parlons même pas d’économie) s’est concentré sur cet ersatz : la dénonciation des élites et de leurs privilèges, et la coupure des décideurs d’avec la France d’en bas.
Le réflexe était tentant. D’autant qu’il révèle une part de vérité (indemnité de Daniel Bernard, appartement de Gaymard, corruption marchés publics Ile-de-France, etc…). Qui d’entre nous, frustré ou déçu, n’a pas envie de régler son compte à ce système monarchique, et dont les quelques avancées démocratiques sont sans arrêt confisquées par des castes dans les administrations centrales ou dans les entreprises. Nous vivons effectivement, comme le dit Strauss-Kahn, une vraie crise de régime, et plus encore que la constitution européenne, ce sont nos institutions qu’il faut revisiter. Nous en reparlerons ici.
Pour autant, le procès permanent fait aux élites finit par tenir lieu de contre-projet politique. Trop facile à mon goût. Cette posture est bâtie sur un mensonge et entretient un ferment poujadiste qui freine toute velléité de réforme.
1) Il faut lire les propos délirants de Jean-François Kahn dans son dernier éditorial de Marianne (1/06) : « Les dirigeants de la FNSEA ont choisi le oui, les paysans ont voté non. Michel-Edouard Leclerc…a préconisé le oui : les caissières et les petits commerçants ont tiré le non. Le MEDEF s’est prononcé pour le oui : la moitié des patrons de PME ont dit non. Les vingt PDG les mieux payés du CAC 40…pour le oui : leurs ouvriers ont massivement plébiscité pour le non ». En somme, que vous soyez riche ou que vous soyez pauvre…
Avec des raisonnements aussi simplistes, voilà le rédac chef de Charlie Hebdo, le Président d’Emmaüs, Martin Hirsch, et tous les leaders de la Confédération des Syndicats Européens (ils ont appelé à voter oui) désignés comme ennemis de classe par JFK (remarquez, l’exercice lui est facile, sa rédaction n’a pas elle-même eu le courage de prendre position) ! ! !
2) Les analyses politiques publiées ce week-end infirment cette caricature. Sur l’échelle des catégories sociales, le recul du oui par rapport à Maastricht touche l’ensemble des Français, y compris les cadres, les professions libérales et les diplômés de l’enseignement supérieur. Sur la carte géographique, la Bretagne et l’Alsace, dans toutes leurs composantes (y compris populaires), ont voté oui. Et si l’on regarde l’électorat politique, sur les 55 % du non, 25 à 27,5 % viennent de l’électorat traditionnel de la gauche et, l’autre moitié, de la droite. C’est faire fi de la diversité et de la richesse des argumentaires que d’entretenir l’explication réductrice d’un « non » venu de la seule France d’en bas (Cf. Dominique Reynié – JDD 05/06).
3) Là où cela devient dangereux, c’est quand une signature aussi médiatique que JFK cautionne, avec un tel discours, l’idée que la France « légale » ne représente plus qu’une minorité de la France réelle. Un paradoxe quand on sait que plusieurs des leaders du non n’ont pas été capables de se faire réélire au Parlement. Et ça dérape carrément quand François Darras, rédacteur en chef de Marianne, se soulage : « …s’il fallait réellement couper d’urgence quelques têtes pour calmer la hargne populaire, ce sont pratiquement l’ensemble des hauts responsables du pays, ceux de la gauche installés comme ceux de la droite installés, ceux de la sphère économique et financière et singulièrement les hauts responsables des médias qu’il faudrait sacrifier ». Robespierre, le retour !
4) C’est typiquement français : la critique des notables devient le thème central dont sont friandes les élites elles-mêmes quand elles passent du côté de l’opposition. Il est, à cet égard, symptomatique de voir combien le discours poujadiste (anti-parlementaire et anti-élitiste), autrefois apanage de la droite, s’installe dans le discours de la gauche.
Sur son blog, Sébastien rappelle combien nos élites, justement, auraient eu à gagner à ne pas céder en permanence à la pression populaire. Raymond Barre ne dit rien d’autre (Fig Mag du 05/06) quand il dénonce la couardise des décideurs politiques face au poids des corporatismes toujours prompts à descendre dans la rue pour bloquer le pays et piller le budget de l’Etat. C’est moins d’élitisme que souffre la France que de clientélisme. Pour que notre pays sorte de sa torpeur, nous avons besoin d’hommes publics et de décideurs qui s’engagent, des personnalités fortes qui prennent des risques, qui disent haut et fort leurs projets…et qu’on en débatte.
Dans l’histoire, le populisme n’a jamais produit que la montée des extrêmes et son corollaire : la régression sociale et intellectuelle.
Posté par M.E.L. le 6 juin 2005 dans
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3 juin 2005
Remaniement : Les derniers des Mohicans
Difficile de comprendre, impossible d’y croire, encore moins d’y adhérer ! Le Président de la République avait parlé d’impulsion nouvelle. On pensait alors à une rupture, un virage, un coup de booster. Mais le premier message après la claque, c’est celui de la continuité : les discours, les intonations, les hommes, les habitudes…rien n’a changé. Comment peut-on être aussi autiste !
1) Comprendre ! Oui, qu’est-ce donc qu’en haut lieu, on a compris de ce mouvement de contestation qui parcourt la société française. Une rébellion sourde, qui a fait fi de l’avenir de notre Europe. Un sentiment de frustration, d’aigreur et de colère, au point que l’on a vu, dans l’électorat traditionnel de droite et de gauche, des Français parmi les moins extrémistes mêler sans complexe leur vote négatif à ceux de Le Pen ou de Besancenot !
La réplique du Président traduit l’isolement psychologique des chefs de la majorité. On reste dans le même film que celui auquel participait Jacques Chirac lors de sa rencontre télévisée avec les jeunes. « Je ne vous comprends pas…Vous ne me comprenez pas…Je voudrais vous faire comprendre ». Le divorce intellectuel, et oserais-je dire affectif, entre le chef de l’état et la nation n’a jamais été aussi criant. Pas étonnant que ce matin, à peine un Français sur quatre lui accordait sa confiance.
Il ne s’agit évidemment pas de bâtir de fausses promesses, ni d’inventer des recettes miracles. Mais alors qu’on évoquait la réussite des modèles danois ou anglais et qu’on attendait un « Blair » français, le Président verrouille les hommes et les discours, tel un monarque aux abois.
2) Y croire ? Je n’ai rien contre Dominique de Villepin. Je ne veux pas tomber dans le travers si fréquent qui consiste à flinguer une personnalité à partir de la seule image qu’il a souvent donnée de lui-même dans d’autres circonstances. Qu’il soit « flamboyant » ne me gêne pas. J’avais d’ailleurs aimé et adhéré à son intervention à l’ONU. Pompidou aussi fut poète, Mitterrand écrivit des livres dont le style n’a pas toujours eu la verve du « Cri de la gargouille ».
Idem pour Sarko dont l’énergie et la capacité d’entraînement sont incontestées. Mais qui peut croire en la longévité du tandem Sarkozy-Villepin. Qui peut croire en cet improbable attelage de deux hommes ambitieux qui n’ont jamais fait mystère de leur détestation réciproque. On pourrait ironiser et prendre bien du plaisir à suivre leurs démêlés si la perspective de leur étripage n’avait pour autre conséquence que de plomber la vie politique du pays jusqu’aux présidentielles. Deux ans encore avant de pouvoir concrètement changer la donne (les présidentielles). Deux ans de perdus pour le pays. Quelle poisse !
3) Y adhérer ? Le Président a écrit la feuille de route. Objectif, l’emploi ! Comme si ce n’était pas le leitmotiv de tous les Premiers Ministres précédents. Avec un tel taux de chômage, la France a-t-elle d’autre choix ?
Sur ce sujet, comme le disait Sarko, « on a tout essayé, sauf ce que l’on n’a pas osé ». Puisqu’il faut changer les recettes et lever les tabous, on attendait, à Matignon, un homme capable de susciter l’adhésion populaire ou de trouver les mots pour qu’une majorité des Français accepte qu’on s’attaque aux barrières qui nuisent à l’embauche. On aurait pensé, dans les rangs de la majorité, à Sarkozy lui-même ou encore à Jean-Louis Borloo. Ils ont de la « rondeur » et une indéniable capacité pédagogique. Ils n’ont pas peur d’aller dialoguer dans les usines, ni de parcourir les chantiers. Wanted : des hommes capables de déminer l’opposition caricaturale entre libéralisme et politique sociale, qui freine toute velléité de réforme et de modernisation. Chirac ne l’a pas vu de cet œil.
L’échéancier de ce gouvernement est très court. (D’autant qu’il a limité lui-même son délai de grâce à 100 jours : quelle erreur !). Ce qui compte, ce n’est pas tant la qualité des hommes (on leur en reconnaît) que leur capacité à convaincre rapidement. Tout se joue dans la perception qu’ont les Français de leurs élites. Ce n’est pas cet incroyable jeu de chaises musicales qui nous convaincra. Quelle occasion gâchée, encore une fois.
Quels que soient les avantages administratifs ou financiers, les chefs d’entreprise n’embaucheront que s’ils croient à l’effet mobilisateur d’une nouvelle politique. Idem pour les ménages dont le moral est au plus bas. Qui va augmenter ses achats, qui va investir dans un immeuble ou dans une voiture sans perspective d’augmentation du pouvoir d’achat à court terme ?
Je ne veux pas jouer les Cassandre. Mais moi, ce matin, comme beaucoup de Français, je n’arrive pas à y croire ! Je me dis que, décidément, on est mal gouverné.
Posté par M.E.L. le 3 juin 2005 dans
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15 avril 2005
Chirac, la Constitution Européenne, le référendum…et le peuple
Hier soir, comme beaucoup de Français sans doute, j’étais devant mon poste de TV. Tout de suite, un certain malaise. L’émission était manifestement mal préparée. Dès le départ, on sentait que le courant ne passerait pas entre le Président et les jeunes qui ont été sélectionnés. Mis à part Fogiel, les médiateurs n’ont pas apporté de valeur ajoutée. Jusqu’à notre PPDA national qui, à la limite du bâillement, n’eut pratiquement pas à intervenir. Pour qui s’intéresse à l’avenir de l’Europe, cette émission fut vraiment frustrante.
En vrac, quelques réflexions rapidement jetées sur le papier :
1) Une jeune femme interpelle Chirac sur le risque d’une dérive plébiscitaire : risque d’un vote sanction et rejet de la politique gouvernementale ! Elle ose (bravo) rappeler, avec l’efficacité de toute sa candeur, la responsabilité du Président dans l’échec éventuel de cette consultation.
Car le référendum, c’est son choix. Raison de politique intérieure ? Sincère volonté d’associer le peuple à l’histoire de l’Europe ? Qu’importe la motivation, c’est lui qui a voulu cette initiative écartée par les Italiens et les Allemands.
Et c’est encore lui qui a choisi ce type d’émission TV : seul, face aux jeunes, face au peuple, en évitant un débat avec des journalistes, des experts ou des opposants. Hier soir, le Président s’est enfermé dans son propre piège. Pouvait-il vraiment être lui-même convaincu de la pertinence de la voie référendaire quand il incitait les jeunes (et à travers eux les Français) à lire les 850 pages du traité afin d’entraîner leur adhésion. Ca ne faisait pas sérieux. Et le maintien de cette position devant un parterre qui avouait sa totale ignorance des choses institutionnelles…avait quelque chose de pathétique.
2) La pièce était d’autant plus dramatique que, manifestement, le Président n’avait pas suffisamment préparé son intervention. A l’aise, mais redondant quand il insistait sur quelques généralités du type « l’union fait la force », son propos était complètement en décalage avec les questions concrètes des jeunes. Mis à part le sujet sur l’agriculture où il a répondu avec précision, conviction et expertise, il n’a pas su répondre de manière suffisamment tangible sur le plan juridique comme sur le plan économique.
3) Quel est le message que, finalement, l’on retient ? Une espèce de leitmotiv : « Je ne vous comprends pas », « Vous ne comprenez pas !». Quel aveu, quel dommage ! Assurément, il avait raison de répondre à certaines questions : « Ca ne concerne pas la Constitution, ce n’est pas le sujet ». Oui, mais voilà, en l’état de l’information des Français, et vu les arguments développés par les partisans du « non », ces questions-là se sont installées dans le débat. Elles nourrissent l’angoisse de nombreux Français. Avant de dégager en touche ou d’exprimer son irritation, l’héritier du gaullisme aurait dû dire : « Je vous comprends. J’assume une partie des non-réponses dans le cadre de la politique intérieure. Nous vivons une période difficile de notre histoire économique. J’en suis conscient, je fais pression sur le gouvernement…etc… Et nous allons utiliser les avancées de la Constitution pour enrichir le projet européen, comme je l’ai fait avec un certain succès pour les agriculteurs ou la directive B… ». A défaut de convaincre ses opposants, il aurait rassemblé les Français qui l’aiment au combat, quand il est punchy et conquérant. Hier, il était sur la défensive.
4) Mais comment faire aimer l’Europe après l’avoir tant décriée ? Le Président s’est pris là encore dans le piège que se sont fabriqués la plupart des hommes politiques français. Si nos concitoyens sont aussi ignares sur nos institutions comme sur l’histoire de l’Europe, et s’ils tiennent l’U.E. responsable de leurs malheurs, c’est bien parce que tous les gouvernements successifs n’ont eu d’autre antienne que de fustiger les « technocrates de la Commission » : lois sur la pêche, la chasse, délocalisations, bas salaires… La faute à Bruxelles ! A force d’avoir cumulé les images négatives d’une Europe-contrainte, il est pratiquement impossible, le temps d’une campagne référendaire, et encore plus, d’une émission télévisée, de remonter la pente.
5) Alors, il reste au Président cet exercice franchement démagogique : il fustige l’Europe libérale, à l’anglo-saxonne, pourtant à l’origine des records d’exportations et de l’accroissement du niveau de vie des Français. Il revêt finalement un habit de gauche en invoquant un projet humaniste et la défense d’un modèle social dont il refuse de dire qu’il n’est plus exemplaire.
Hier soir, le camp du « non » devait se frotter les mains. Dommage que la télévision ne nous ait pas retransmis le happening du Zénith qui rassemblait Marie-George Buffet, José Bové et Olivier Besancenot. On y parlait coupure d’EDF chez Bolkestein, on invitait les postiers à faire de même, on rappelait aux paysans que dans l’histoire, c’est la France qui donnait le signal des jacqueries. Cinq petites minutes de ces élucubrations au JT, ça aurait permis, juste après la prestation manquée du Président, de remettre le curseur à sa place. Dommage !
Posté par M.E.L. le 15 avril 2005 dans
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3 mars 2005
Affaire Gaymard : la morale mais pas les bonnes leçons
Il y avait de la belle assurance et de très nobles tirades, la semaine dernière, dans les éditos de la presse française. Ah, l'affaire Gaymard : quelle aubaine pour les moralistes et tout ce que la France compte de capacité d'indignation. Le diagnostic était unanime : le ministre ne pouvait que démissionner. Le JDD a confirmé dimanche : l'opinion s'est dite choquée à 65%.
Avec le recul, je vous avoue, tous ces discours, qu'ils émanent des « relais d'opinion » ou « des représentants du peuple », me font froid dans le dos. Jamais depuis l'histoire de l'appartement de Juppé, je n'avais ressenti autant d'hypocrisies, de jalousies, et de frustrations.
Pour commencer, disons comme tout le monde : les Gaymard ont fauté, par prétention, par mépris « du qu'en-dira-t-on » et par arrogance. Et ils ont refauté par omission, puis par naïveté. Au final, beaucoup de bêtises ! Mais, puisque la faute était avouée (elle n'était malgré tout ni d'origine criminelle, ni directement nuisible à autrui !), pourquoi cette surenchère, pourquoi ce déchaînement : « les chiens ont été lâchés » disait François Mitterrand à propos de feu Bérégovoy.
Dominique Strauss-Kahn, qui lors de l'émission « 100 minutes pour convaincre » enfonça si bien Gaymard, avait-il oublié qu'il fut lui aussi jusqu'à l'année dernière, inquiété pour prestation fictive ? Et Alain Carignon, sur le plateau de France 2, était-il le meilleur donneur de leçons ?
J'ai adoré l'ironie du grand chef Le Devillec, samedi dernier, dans France Soir ! Il citait joyeusement tous les noms des hommes politiques, fidèles de son restaurant à 200 ? le déjeuner, parmi lesquels ceux qui clouaient au sol le couple Gaymard pour son goût dispendieux !!! Au fait, sur quelle cassette ces « frais de bouche » ? Il fallait aussi entendre les autres présidentiables (Bayrou, Hollande, Sarkozy, de Villepin). Chacun faisait la soupe à la grimace... mais au fond...
Le public ne s'y est pas trompé. Tout cela sent le comportement de caste. Et d'ici à ce qu'on entende dans la rue « tous pourris », il n'y a qu'un pas. Plutôt que ce jeu dévastateur de dominos empoisonnés, il eut été préférable de s'appesantir et de remédier aux dysfonctionnements d'une administration, qui sans contrepouvoir, ni esprit critique, a bel et bien proposé cet appartement au ministre. Des institutions qui n'ont pas su mettre en place des procédures d'agrément pour les dépenses d'intendance, et des contrôleurs qui, sans attendre les sempiternels rapports de la Cour des Comptes, puissent émettre des avis (comptables, experts comptables, juristes) qu'on sollicite pourtant dans n'importe quelle entreprise. (il n'y a pas que les politiques qui peuvent disjoncter)
Sachant par ailleurs que tous les élus de la majorité comme de l'opposition, peinent à justifier auprès du public leur rémunération, leurs cumuls de fonction, et la délimitation de leur responsabilité pénale (affaire du sang contaminé, de la vache folle...), on aurait pu se passer de ces moues dégoûtées, de ces commentaires acérés. Pourquoi avoir poussé le bouchon jusqu'à permettre à l'incontournable Bernard Tapie, remis en selle, de faire dans VSD le procès de toute la classe politique. Un comble, non ?
Posté par M.E.L. le 3 mars 2005 dans
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9 février 2005
35 heures, mauvais acteurs
Le débat sur les 35 heures, ces deux dernières semaines, est l'illustration de cette société bloquée, décrite sur ce site par quelques-uns d'entre vous. C'est aussi l'occasion d'en "remettre une couche" sur le double langage de nos hommes politiques. Evidemment, je ne voudrais pas nourrir tout sentiment anti-parlementariste. Le poujadisme, ce n'est pas ma tasse de thé. Encore faut-il qu'ils ne donnent pas des fers pour se faire battre. Avez-vous vu la discussion parlementaire ? Les élus de gauche qui se revendiquent les plus modernes (Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Jean-Marie Le Guen...) ont surenchéri pour défendre l'intangibilité de la loi sur les 35 heures. Alors qu'ils n'ont eu de cesse, au PS comme dans les rencontres privées, de se démarquer, voire de démolir, la construction rigoriste de Martine Aubry, les voilà arc-boutés pour refuser tout assouplissement. Au départ, j'étais personnellement contre cette loi. Mais mon groupe, comme la plupart des enseignes de distribution, a appliqué très tôt les dispositions qui nous ont permis de la mettre en place (Loi Robien, loi Aubry), avant même d'y être contraints ! Force est de reconnaître aujourd'hui que cette loi, tant s'en faut, n'a pas transformé la France en créatrice d'emplois. Nous avons le deuxième taux de chômage le plus élevé en Europe. Effet pervers : en pesant sur les salaires, elle obère le pouvoir d'achat des salariés. L'idée d'assouplir la loi n'est donc pas si idiote que ça. Partout, dans tous nos magasins, de jeunes couples sortis de l'école, voudraient pouvoir augmenter leur pouvoir d'achat ou accélérer leur plan de carrière en travaillant plus, quitte à faire des heures supplémentaires. Pourquoi s'opposer à ce libre choix qui ne remet pas en cause le statut de celui qui veut rester à 35 heures. L'idéologie, toujours l'idéologie !
Posté par M.E.L. le 9 février 2005 dans
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20 janvier 2005
Vie politique
Lu cette itw d'Alain Madelin dans Les Echos (17/01) : "la classe politique cherche, par tous les moyens, à prolonger son excès de pouvoir sur la société. La crise de l'Etat providence et les contraintes financières limitent sa prétention à faire le bien par la dépense publique. Elle cherche aujourd'hui inconsciemment à prolonger son excès de pouvoir par l'insécurité du monde et le besoin de protection des Français. Il existe aujourd'hui une étrange connivence entre les fabricants de peur de tous horizons et les marchands de sécurité que deviennent les hommes politiques. Et il n'existe, hélas, pas de freins au pouvoir de réglementer et au débordement des lois spectacle." A mon sens, on ne peut pas vraiment dire que la classe politique agisse uniquement de sa propre initiative. Oui, il existe un réflexe corporatiste chez nos élus, notamment quand il s'agit de défendre leur statut. Mais, dans la plupart des cas, l'intervention politique est précédée d'une demande d'un groupe socioprofessionnel ou de citoyens. On ne peut pas généraliser et parler ainsi "d'excès de pouvoir". En revanche, là où Madelin a raison, c'est quand il insiste sur la priorité donnée par les élus aux revendications des catégories qui ont "peur". La demande protectionniste trouve toujours une réponse politique (agriculture, industrie, petit commerce, etc...), alors que la décision législative est toujours en retard d'un texte quand il s'agit de modernité et d'ouverture (génie génétique, loi sur responsabilités informatiques, modernisation de la PAC, gestion prévisionnelle des systèmes de santé, adaptation du système éducatif, etc...). C'est dans ce contexte qu'on peut parler de société bloquée. Pour qui veut réformer, l'urgence est bien de casser cette dialectique infernale désormais institutionnalisée.
Posté par M.E.L. le 20 janvier 2005 dans
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12 janvier 2005
Politique / Handicap
POLITIQUE : C'est le temps des soldes. En ce moment, ça rase gratis : annonce d'une croissance à 2,4 % pour 2005, chômage en baisse, moins 20 % sur les impôts d'ici deux ans. Et on vous emballe tout ça en affirmant, main sur le coeur, que la politique « ça ne se résume pas à des effets d'annonce » ! Pas un Français pour croire une telle farce. Le plus pathétique, c'est que les annonceurs ne font même pas semblant d'y croire. De son Béarn natal, François Bayrou a fait ce commentaire très juste : « En politique, le désespoir naît aussi du fait qu'ils sont désespérants ! ». HANDICAP : J'avais rencontré Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d'Etat aux Personnes Handicapées, lors de l'inauguration de « La vitrine des CAT » à Paris, près du Châtelet. Elle m'a demandé de participer à un club de réflexion sur l'insertion des handicapés. Sa thèse : la démission parentale et l'éclatement des familles, l'isolement des handicapés, et surtout les discriminations à l'embauche génèrent une intervention croissante de l'Etat : 13 milliards d'euro au budget, près de 30 milliards si on compte les aides indirectes de toutes sortes. Evidemment, la progression des dépenses devient ingérable. Elle envisage d'augmenter les sanctions (1 500 fois le SMIC pour les entreprises qui refusent d'embaucher un handicapé). Elle souhaite surtout que les managers changent de mentalité, à l'instar des entreprises d'Europe du Nord. Et pour cela, il faudrait, selon elle, que les entreprises comprennent que l'embauche d'un handicapé peut être aussi un atout économique (motivation, baisse de charges, bonne image pour l'opinion ou les salariés, ...etc.). Cette manière de réfléchir m'a d'abord choqué. Le regard sur le handicap peut-il être façonné par l'intérêt économique plutôt que par la générosité, l'émotion, le volontarisme. La réponse mérite que l'on phosphore un peu : si l'on veut que l'effort soit durable, on ne peut pas compter sur la seule implication de quelques personnes motivées. L'entreprise doit aussi y trouver son intérêt. Pour y réfléchir, elle a créé un club (j'en serai) réunissant des chefs d'entreprise volontaires (les présidents de La Poste, Procter, SFR/CEGETEL, Air France, ...etc.) et quelques experts (Agence de Notation Sociale, spécialiste des organisations sociales, chercheurs). La question centrale : comment montrer qu'il peut y avoir un lien entre les initiatives, les expériences dans le recrutement des handicapés et la performance (« affectio societatis », cohérence et fédération des équipes, ...etc.) de l'entreprise. Ceux qui veulent bien nous aider à enrichir notre copie collective sont les bienvenus...
Posté par M.E.L. le 12 janvier 2005 dans
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