> Envoyer à un(e) ami(e)
   > Imprimer




annuaire commerce,et,economie gratuit

3 juin 2008

Crise de la pêche : le dialogue, c’est préférable !

im_blog_030608_poisson.jpg

La réunion qui s’est tenue, jeudi 29 mai, au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche, a certainement frustré les représentants des artisans pêcheurs. Pas de mesure nouvelle, pas d’annonce fracassante sur la baisse du prix du gasoil ou une éventuelle exonération des charges sociales. Mais ces discussions, engagées à l’initiative des pouvoirs publics, ont eu deux mérites :

1) Rétablir le dialogue interprofessionnel ;
2) Dédouaner la distribution des accusations de marge trop élevée sur le poisson.

1) Le dialogue plutôt que le « baston »

En se livrant à de la casse, dans les rayons poissons comme sur les routes, les pêcheurs ont certes voulu dire « leur colère ». Pour autant, leur violence était inexcusable et complètement contre-productive.

Inexcusable (comme le sont tous les actes de banditisme) parce que la crise était prévisible, qu’elle était largement annoncée. Ca fait des années que la Commission Européenne et les pouvoirs publics ont tiré la sonnette d’alarme sur l’appauvrissement des ressources halieutiques, et qu’on parle de modernisation nécessaire des bateaux (moindre consommation d’énergie).

Bien sûr, les solutions ne sont pas évidentes. De là à s’en prendre aux autres acteurs de la filière (mareyeurs, importateurs, transporteurs ou distributeurs), il y a une réflexion qui aurait dû sauter aux yeux des pêcheurs : ce n’est pas en s’attaquant aux clients, aux acheteurs, grossistes ou détaillants qu’on leur donnera envie de vendre du poisson, surtout s’il doit devenir plus cher.

Ces exactions ont choqué nos poissonniers, souvent issus du même milieu, et probablement les mieux à même de promouvoir et de moderniser la filière.

Je voudrais d’ailleurs ajouter ceci : nos salariés ont été d’autant plus choqués qu’ils ont assisté à des pillages, des destructions alors que la police leur demandait de rester à l’écart, sans intervenir elle-même. Avec des journalistes qui, eux, caméra au poing, avaient seuls le droit de pénétrer à l’intérieur des entrepôts ou des poissonneries pour faire écho de ce triste spectacle au journal TV. Comme me l’a dit l’un d’entre eux : « Moi, si j’avais assisté à un casse dans les bureaux de TF1ou de FR3, je ne me serais pas permis de prendre des photos ou des films pour les revendre à une chaîne bien que cela eût été rentable. J’aurais appelé les flics ».

De toute façon, ces violences n’avaient pas d’objet, comme en témoigne l’analyse des comptes d’exploitation réalisée par l’OFIMER.

2) C’est le deuxième mérite du cycle de réunions lancé par Michel Barnier. L’OFIMER a procédé à l’analyse des comptes d’exploitation de toute la filière.

Les pêcheurs s’étonnaient de l’écart entre le prix payé au consommateur et leur propre rémunération à quai. Il leur a fallu se rendre à l’évidence. Mareyeurs, distributeurs ? « Si l’un d’entre eux faisait une marge extraordinaire, cela se saurait ! » a dit Michel Peltier, directeur de l’OFIMER. Convaincus ou pas, les pêcheurs devront affronter cette réalité : la désignation d’un bouc émissaire ou la focalisation sur la marge de l’un ou de l’autre des acteurs de cette filière n’offre pas de piste de réforme possible.

D’autres réunions vont avoir lieu. Il s’agit maintenant de reprendre l’offensive et de relancer le marché du poisson.

La filière pêche, du fait de la diminution des ressources, est menacée. C’est le problème numéro un. Il faut donc clairement poser la question des sources d’approvisionnement, de l’élevage et des produits de substitution (d’importation ?).

Il faut aussi une réflexion sur les conditions de mise en marché du poisson (création de labels et de marques pour fidéliser les consommateurs).

Un chantier énorme dont les principaux acteurs seront d’abord les poissonniers, principaux promoteurs du poisson. Voilà qui nécessite aussi qu’on les respecte, qu’ils travaillent à Rungis, en centre ville ou en grande surface.

C’est du bon sens, mais par les temps qui courent…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 3 juin 2008 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Pol.) , Consommation , Distribution , Economie , Politique , Prix / Concurrence
Lien permanent | > Commentaires : 21
> Donnez votre avis

27 mars 2008

Un « Edouard Leclerc » peut en cacher un autre !

img_blog_270308_bulletin_vo.jpg

Edouard Leclerc en campagne ! Ce n’est pas un gag. Ce n’est pas non plus une contrefaçon. Et encore moins un clone. Mais on a beau s’être habitué à voir son nom affiché sur tous les murs de France, ça fait un petit choc de le retrouver sur un bulletin de vote … d’un candidat du Parti Communiste Français.
C’est un ami qui me l’a fait parvenir. Il avoue avoir quelque peu hésité, « des fois qu’en contrepartie du vote, il pourrait accumuler des tickets E. Leclerc ou tout autre rabais ».

Bon, plus sérieusement, il s’agit tout simplement d’un homonyme.

Je suis allé sur « Google ». Edouard Leclerc était candidat du Parti Communiste Français à Gournay-en-Bray. Il n’a pas été élu. Il avait pourtant une tête bien sympa. Et apparemment, il ne manquait pas de convictions.

Allez ! Les Edouard Leclerc ne sont pas légion. Saluons avec élégance ce très lointain…cousin normand.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 mars 2008 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 25
> Donnez votre avis

8 février 2008

Rapport Attali : une 317ème proposition ? Chiche !

img_blog_attali_080208.jpg

Anodine mais amusante réflexion de Philippe Mabille dans La Tribune du 8/02 : « Pourquoi Jacques Attali a-t-il arrêté son bras à 316 mesures précisément, et pas 300 » (chiffre repris pour la couverture du livre). Pourquoi pas un autre nombre ?

Il s’aventure : « clin d’œil aux 613 mitzvot (commandements) qui…furent donnés par Dieu à Moïse et fondent la Torah » ?

La tradition juive a toujours entretenu le mystère des nombres et pas seulement chez les Cabalistes.
J’ai donc posé la question, ce matin, à J. Attali et j’attends la réponse.

Mais je me risquerais bien à une autre explication. Il y aurait bien eu l’opportunité d’intégrer une 317ème mesure dans le rapport. C’est l’abrogation de la loi Lang.

A part libraires et éditeurs, les lecteurs connaissent de moins en moins cette loi (1981) qui interdit de pratiquer des rabais sur les livres. C’est typiquement une mesure corporatiste. La Fnac, puis E. Leclerc, s’étaient battus contre cette mesure qui faisait partie des « déjà » 101 propositions de Mitterrand. Les tribunaux nous avaient re-toqués au grand soulagement de la profession arc-boutée à l’époque, comme les taximen aujourd’hui.

Je n’arrive pas à croire que « le tombeur » des professions protégées ait incidemment oublié cette affaire.

Il y a quelques jours, je débattais sur Radio Classique, avec Denis Jeambar et Eric Le Boucher (rédacteur en chef au Monde et membre de la Commission Attali). Ironiquement, je lui ai demandé l’origine de cet oubli. Il avait l’air sincèrement interloqué : « Tiens, oui, personne n’a abordé le sujet en commission ».

Soit, mais de la part de J. Attali, esprit si universel, j’ai du mal à le croire.

Il m’est venu cette idée, cette impression, ce début de soupçon, que, peut-être…il valait mieux qu’il en soit ainsi pour que le rapport soit diffusé ! Vous imaginez les cris d’orfraie des libraires si notre homme était revenu sur le sujet. Quant à Bernard Fixot, nul doute qu’il aurait dû mettre le livre au pilon.
Bon ! Les méchantes langues trouveront là argument : « Il vaut mieux s’attaquer au corporatisme des autres professions plutôt que de s’en prendre au sien ».

Dans le doute, je lui donnerais le bon Dieu sans confession. Mais à une seule condition : qu’il nous dise son avis sur cette législation…à cent lieues des recommandations de la Commission Attali.

P.S. de dernière minute : Jacques Attali vient de me répondre, la Commission et lui-même sont favorables au maintien de la loi Lang.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 février 2008 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 54
> Donnez votre avis

4 février 2008

Législatives à Chartres : l’homme politique accuse l’épicier de sa défaite

img_blog_chartes_def_040208.jpg
© Nouvelle République du Centre (27/01/2008)

La semaine dernière, déboulant dans un couloir de l’Assemblée Nationale, je me suis fait interpeller par un Jean-François Copé autoritaire et en colère : « Ton type (l’adhérent E. Leclerc –NDLR-) à Chartres a un comportement inadmissible. C’est scandaleux. Tu n’as pas le droit de laisser faire ça. C’est anti-citoyen, anticonstitutionnel, antidémocratique. Leclerc va avoir sur le dos les députés de l’UMP qui sont très en colère contre ton groupe. »

Passé la surprise, j’ai, sans surenchérir sur le ton, remis les choses au point avec JFC. Je le connais depuis longtemps. Il a toujours été cordial et bien plus mesuré. Mais je ne pouvais pas laisser passer de telles allégations sans taper quelque peu, moi aussi, sur la table.

De quoi s’agit-il ? De l’affrontement de deux hommes : l’un, Jean-Pierre Gorges, maire de Chartres, ex-candidat UMP aux législatives, battu ce week-end ; et Olivier Ducatel, adhérent E. Leclerc à Luisant, qui exploite un magasin trop petit, coincé entre plusieurs zones d’habitations.

Olivier Ducatel travaille depuis une dizaine d’années sur un projet de transfert-agrandissement dans une zone commerciale au sud de Chartres. Son projet rencontre très peu d’opposition sur le plan local tant il répond à une nécessité économique et urbaine.

Le projet, soutenu par les deux maires socialistes (de Luisant, ville d’implantation, et de Barjouville, ville d’accueil), était en bonne voie lorsque le nouveau maire de Chartres a voulu y mettre le holà.

Jean-Pierre Gorges (que je ne connais pas et contre lequel je n’ai aucun autre grief) a sciemment décidé de sacrifier le projet commercial de notre adhérent (qui émarge aussi à l’UMP !) pour essayer de racoler les voix des commerçants de Chartres. Après avoir appuyé des projets concurrents (Carrefour et Casino), il a fait modifier in extremis le SCOT (schéma d’aménagement urbain) pour empêcher notre adhérent d’obtenir son autorisation d’urbanisme.

Malgré la médiation d’élus ou de chefs d’entreprise locaux, et même d’Hervé Novelli, Ministre de l’Industrie, Jean-Pierre Gorges n’a été réceptif à aucune contre-proposition. Il s’est enferré dans une politique agressive à l’égard d’Olivier Ducatel en comptant bien récupérer quelques voix supplémentaires auprès des administrés des Chambres des Métiers et de Commerce.

Les rapports entre les deux hommes se sont évidement envenimés. Et, par moment, disons-le, ces deux-là nous ont joué Pepone et Don Camillo (sauf qu’ils sont du même parti) en plus burlesque !

Toujours est-il que le maire de Chartres n’a jamais lésiné sur les moyens et sur les diatribes, allant jusqu’à souhaiter la radiation de notre adhérent de notre enseigne et son départ de la ville.

Alors, que voulez-vous. Notre épicier ne s’est pas laissé faire (normal, il a été à bonne école !), il a fustigé JPG et mobilisé par tract ses consommateurs et tout son environnement social. Au point que 12 000 clients ( !!!) ont signé une pétition soutenant sa démarche.

J’ai découvert, dans cette affaire, à quel point le corporatisme n’était pas l’apanage des seuls épiciers, agriculteurs ou pharmaciens. Non, à cette occasion, la classe politique (dans le cas d’espèce, les élus de l’UMP) sait faire bloc en maniant hypocrisie, cynisme, et arrogance.

Qu’auraient voulu Jean-Pierre Gorges et Michèle Alliot-Marie, Xavier Bertrand ou Jean-François Copé, appelés en renfort la dernière semaine des législatives ? Ils auraient voulu que notre adhérent accepte de perdre ses droits, mette en péril son projet d’entreprise et se sacrifie dans le seul but de devenir le bouc émissaire du maire de Chartres à l’égard des petits commerçants ? Sans aucune promesse, sans aucune solution alternative (re-modifier le SCOT, par exemple ?). Non, mais pour qui nous prennent ces gens-là. Comment ont-ils pu croire qu’en m’interpellant, j’allais être de connivence et radier notre adhérent !

Jean-Pierre Gorges a été battu. Largement (45 % contre 55 % à la candidate socialiste, Françoise Vallet). Il bougonne : « Dans cette campagne, il y a eu l’intervention d’une grande surface qui a appelé à voter contre moi. Je pourrais dire à tous ceux qui ont voté pour moi de boycotter ce magasin. Il y a eu un déni de démocratie. » (4/02/08) Chiche !

Il réfléchit : il envisage de déposer un recours en annulation des élections parce que « Françoise Vallet a participé à une manifestation des salariés de la grande surface devant la mairie de Chartres » et qu’elle s’est rendue au centre E. Leclerc avec Ségolène Royal. Son collègue, le sénateur Gérard Cornu, l’approuve : « La problématique Leclerc a été déterminante. Je pense qu’il y aura un recours. Ce n’est pas possible de continuer dans de telles conditions. Aujourd’hui, c’est Leclerc, mais demain, ce pourra être un autre hypermarché qui attaquera un candidat en déployant de grands moyens. On ne peut supporter une telle ingérence dans les campagnes électorales. Il faut arrêter ça pour défendre la démocratie. »

Le discours de Jean-Pierre Gorges sera-t-il entendu à l’Elysée ? J’en doute : Nicolas Sarkozy lui rappellera que bien avant la visite de Ségolène Royal chez Leclerc à Luisant, lui-même a usé de ce tremplin pour annoncer la réforme de la loi Galland et sa politique du pouvoir d’achat.

Mais s’il continue ainsi à se défausser, Jean-Pierre Gorges pourrait bien connaître quelques retours de bâton. Lundi, il s’en prenait à E. Leclerc. Mais alors qu’on lui objectait qu’un tract, même virulent, ne saurait expliquer l’importance de sa défaite, c’est à Nicolas Sarkozy lui-même qu’il a adressé ses reproches : à l’impact de son mode de vie, à son impopularité nouvelle et aux frustrations des Français sur le pouvoir d’achat.

Décidément, il n’aura rien compris.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 4 février 2008 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 24
> Donnez votre avis

24 janvier 2008

Rapport Attali : qui a intérêt à caricaturer le débat ?

img_blog_240108_attali.jpg

316 propositions. 240 pages d’une densité impressionnante. Des dizaines de contributions expertes, venant d’hommes de gauche ou de droite, et de personnalités européennes rarement consultées sur des sujets aussi concrets et engageants ! Voilà qui méritait certainement mieux que l’indécente et scandaleuse présentation qu’en a faite le JT de 20 heures sur France 2, hier soir.

Jacques Attali, présent sur le plateau, en est resté médusé, tout autant que nous, spectateurs. Et il a certainement fallu qu’il aille rechercher tout au fond de lui un gisement de patience et de calme avant de dire, posément, son indignation, et de balancer, stoïquement mais fermement, quelques claques à la rédaction. Je n’aurais pas aimé être à la place de David Pujadas.

Il faut arrêter ces mauvais scénarios à la française, ceux qui autorisent désormais les médias à distribuer bons et mauvais points, à qualifier ou disqualifier avant même que d’avoir nourri l’information de leurs clients. Comment peut-il y avoir débat dans ces conditions.

J’ai lu, hier soir, une bonne partie du rapport. Et j’ai essayé d’apprécier son contenu à la lumière des deux ou trois qualificatifs qui ont circulé dans toute la presse avant même sa publication…histoire d’apprécier comment tout cela a été catalogué.

1) Le rapport Attali serait ultralibéral :

Incontestablement, la commission veut s’attaquer à toutes sortes de rentes, de situations. Elle propose des dispositifs de dérégulation : retour à la liberté des prix (j’approuve, sauf la levée de l’interdiction de revente à perte), d’implantation des commerces, des hôtels et des cinémas, et ouverture de professions à numerus clausus.

Mais dans le même temps, la commission propose des mesures d’accompagnement (rachat des plaques de taxi, réduction des délais de paiement aux PME, renforcement du pouvoir des autorités de concurrence), des mesures qui ne se réfèrent évidemment pas à la théorie de la « main invisible » chère aux partisans du laisser-faire.

Certes, de nombreuses mesures préconisées, s’agissant de la recherche ou de l’innovation, tentent de rapprocher les entreprises privées de l’université et des centres de recherche. Mais pour autant, cette politique tient plus du volontarisme politique, du projet de « civilisation » que de l’asservissement aux seuls critères des marchés.

Mauvais procès donc que d’affubler d’une étiquette libérale (en forme de repoussoir) un rapport qui aborde aussi bien l’aménagement du territoire, la revalorisation du salaire direct, le transfert des cotisations sociales sur l’impôt, la création par la puissance publique de technopoles et d’écopoles…

2) Les mesures ne seraient pas financées ?

C’est justement le contraire. On peut discuter des méthodes, on peut discuter des moyens, on peut rester incrédule. Mais là encore, c’est un mauvais procès. Toutes les propositions sont étudiées dans leur interaction par rapport à leur effet sur la création de richesses ou sur les besoins de financement.

3) Ce groupe d’experts menacerait la légitimité du Parlement ?

Holà, déjà des grands mots ! Mr Accoyer ne connaît décidément pas la « mesure » !
S’il a effectivement souhaité l’application de l’ensemble de ses recommandations (il y croit, c’est normal, non ?), Attali n’a jamais prétendu imposer une république d’experts ou de technocrates. Ce sont des arguments de beaufs qu’on lui oppose ! En réalité, il insiste, comme tous les autres membres de la commission, sur la nécessaire cohérence entre l’application des mesures de dérégulation et des mesures de contrôle ou d’accompagnement.

En tant que tel, le rapport Attali constitue d’abord une formidable boîte à outils. Avec une vision globale (vis-à-vis de la mondialisation, de l’impact des technologies sur les rapports sociaux…) qui décoiffe et qui surprend les penseurs recroquevillés sur les seuls paramètres d’une France nostalgique de sa grandeur passée… Le gouvernement, tout autant que l’opposition, y a librement accès. Personne ne peut douter justement que cette matière première, intelligemment présentée, puisse et doive nourrir le débat public.

Fi donc du cynisme médiatique, des procès personnels (on aime ou on n’aime pas Jacques Attali ou ce qu’il représente, and so what ?) !

Moi, en tout cas, ce qui me plaît, c’est que les membres de la commission aient osé écrire qu’il serait bon que nos gosses parlent anglais couramment dès la sixième, qu’on supprime l’empilement des strates administratives qui plombent le budget de l’Etat et nos impôts. Des citoyens qui, dans leur diversité, ont osé rêver de la fierté retrouvée de notre pays pour faire la course en tête, en tout cas dans le Top Ten des nations qui tentent de maîtriser le destin de leur population.

C’est aussi ça la marque d’une grande démocratie.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 24 janvier 2008 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique , Portraits / Rencontres (Pol.)
Lien permanent | > Commentaires : 19
> Donnez votre avis

21 janvier 2008

Audimat : Sarko « bling-bling » rattrapé par « la théorie des marqueurs »

Nicolas Sarkozy était pourtant l’un des meilleurs propagandistes de « la théorie des marqueurs ». Il vient de se faire piéger faute de l’avoir respectée.

Lors de sa prise de pouvoir à l’UMP, puis dans le parcours qui devait l’amener aux présidentielles, il avait élaboré cette stratégie de communication : le monde est hyper médiatisé ; il y a du bruit et de l’action partout ; pour être audible, il faut produire son propre son, en permanence, quitte à saturer l’offre. Seule condition de cette frénésie médiatique : laisser à chaque fois un « marqueur », un mot, une phrase, une attitude, qui soit symbolique ou partie signifiante d’un puzzle que le public n’aura pas de mal à assembler et à reconstituer.

Tous les spécialistes de communication n’étaient pas d’accord là-dessus : risque de brouillard médiatique, disaient-ils, danger de saturation ou de lassitude ! Nombre d’experts conseillaient aux communicants (hommes politiques ou chefs d’entreprise) de se « choisir un profil stable, un message principal et de s’y tenir ».

En occupant en permanence le terrain, Nicolas Sarkozy a donné un sacré coup de vieux aux recommandations trop prudentes de ces gens-là. Il a réussi à la fois à paralyser l’adversaire (le PS) et à s’imposer par les qualités de chef qu’il a ainsi mises en scène : énergie, volonté, maîtrise des dossiers, etc.

Mais voilà, pour qu’une telle stratégie réussisse, il faut choisir « les bons marqueurs » et s’assurer, en permanence, que pour le spectateur (on est dans la Société du spectacle selon Guy Debord), le parcours soit lisible et cohérent.

Sur cet objectif, le Président n’est momentanément plus audible. Il a lui-même brouillé l’écoute. Il avait su habilement tisser une relation de confiance auprès d’une grande majorité de Français en reprenant leurs attentes à son compte. Mais le « bling-bling » et le côté « people » ont tout effacé. A un artiste, on pardonne les frasques et les fastes. C’est sans conséquences. Mais d’un gestionnaire de l’Etat, ça la fout mal ! Et puis aussi, il y a cette apparente désinvolture : « le Président du pouvoir d’achat », celui qui venait dans nos magasins pour parler des prix et des petits salaires ne devait pas répondre d’une manière aussi cavalière aux questions sur le pouvoir d’achat (questions qu’il avait lui-même relayées et attisées).

En période de croissance, on pouvait, après tout, comprendre qu’il cherche à forcer le trait pour plaider la réhabilitation de l’argent, le droit au plaisir, la transparence des modes de vie, l’ambition matérielle… Mais quand l’économie reste en panne et que les chômeurs sont encore légion, il ne faut pas se tromper de « marqueur ». Sinon, le public finit par ne lire dans le comportement présidentiel qu’une indifférence, voire une provocation de nouveau riche, sur le modèle tant récrié en Italie de l’attitude berlusconienne.

Pas étonnant que ce soit Fillon, le pudique, le discret, le bon serviteur de l’Etat…qui rafle la mise. Par défaut plus que par son investissement personnel ? Pas sûr, et n’en déplaise à ceux qui persistent à ne voir en lui qu’un monsieur « nobody ». Non, les marqueurs de la communication de Fillon sont les bons.

Patrick Devedjian (Secrétaire Général de l’UMP) s’obstine à ne voir dans la baisse des sondages présidentiels que l’effet pervers du retour à la transparence revendiquée par Sarko sur sa vie privée : « Les gens ne retiennent que les images du luxe. C’est plus facile et plus amusant de regarder les photographies d’un couple heureux que l’argumentaire juridique et austère de la réforme du contrat de travail ». Il persiste : « C’est mieux d’être un Président bling-bling qu’un candidat plan-plan ».

Le « pourtant tout aussi sarkoziste » Dominique Paillé, son secrétaire adjoint, a une analyse plus juste : « Fillon est en train de gagner…Il n’a pas changé de voie, il est toujours sur le même ligne de demander des efforts, mais en étant capable d’en fournir lui-même. Il rassure, il correspond à ce que les Français attendent de l’exécutif. »

La leçon est essentielle, elle vaut tout autant pour l’homme politique que pour le chef d’entreprise. Il faut savoir choisir « les bons marqueurs » et s’y tenir. (Les exemples de dérapage ne manquent pas : Jean-Marie Messier, Bernard Tapie, Jacky Setton, etc.).

Et s’agissant du Président, il est impératif que son entourage se ressaisisse et ose lui conseiller de vivre son bonheur en privé (il en a le droit) pour redevenir l’interlocuteur des attentes des Français.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 janvier 2008 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 15
> Donnez votre avis

30 août 2007

Laurence Parisot, les entreprises et les consommateurs

Sans chercher à polémiquer, je veux rebondir, ici, sur l’entretien (intéressant) que Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, a réservé au journal Le Monde (daté du 30/08).

Sur l’essentiel du contenu, je suis en phase avec ses opinions : ne pas tout attendre de l’Etat, plaider la flexibilité du marché du travail, le droit à la négociation, l’intérêt de l’expérimentation d’une TVA sociale,etc.

Mais dans le débat qui oppose les partisans d’une « relance par l’offre » à ceux qui préconisent un « soutien de la demande », Laurence Parisot prend parti. Elle estime qu’en privilégiant systématiquement la « demande », plutôt que la compétitivité des entreprises, les politiques économiques antérieures ont contribué à plomber la performance de notre économie.

Elle dit : "Il faut cesser de raisonner à partir du consommateur » Et pour argument, LP rappelle que « entre 2000 et 2007, la consommation des ménages a progressé de 19 %, les importations de 57 %, mais la production n’a augmenté que de 8 %".

Elle avait déjà défendu cette position, il y a deux jours, sur BFM, en rappelant qu’il n’était pas illogique que les entreprises essaient d’augmenter leurs prix puisque « c’est en augmentant leurs marges qu’elles peuvent créer des emplois et investir ».

Dans le contexte actuel, je n’adhère pas à cette argumentation. Ou plus exactement, je me refuse à opposer ces deux discours.

1) Sur le fond, tant du point de vue de la théorie macroéconomique que de l’observation, LP a raison de dire que c’est l’investissement, l’innovation et la recherche qui permettent que la croissance reste durable. L’amélioration des conditions de production (fiscalité et coût du travail) est indispensable. Nos entreprises souffrent de réglementations et de ponctions financières tellement décalées par rapport aux enjeux de la mondialisation…qu’une réforme structurelle est, à tous niveaux, nécessaire.

2) Mais pour que les entreprises investissent, il faut qu’elles puissent en attendre une perspective d’augmentation de chiffre d’affaires.

Or, dans la conjoncture française, c’est la consommation qui tire la croissance (le peu de croissance !). C’est la demande des ménages qui constitue le moteur principal de notre économie.

3) Dès lors, quoiqu’en disent les entrepreneurs, la clé de la relance est entre les mains du consommateur. La question du pouvoir d’achat est la question centrale.

Depuis 3 ans, je ne cesse de le marteler. La consommation n’est pas l’horizon indépassable de la croissance économique, mais c’est ce qui marche encore le mieux en France.

Dès lors, je soutiens que :

a) Le Président a raison de vouloir s’attaquer aux rigidités qui empêchent les consommateurs de bénéficier d’une meilleure concurrence entre industriels et entre distributeurs. Oui, bravo, il faut réformer les lois Raffarin, les lois Galland, abolir les pratiques tarifaires qui s’apparentent à des ententes verticales (téléphonie mobile), à des ententes horizontales (tarification bancaire) et toutes ces réglementations qui limitent la capacité d’acheter moins cher.

b) Les distributeurs sont dans leur rôle quand ils déclarent la guerre aux entreprises qui, au-delà du coût réel de l’augmentation des matières premières, essaient de reconstituer des marges…sur le dos des consommateurs.

Quand j’entends Peter Brabeck, le président de Nestlé, dire qu’il a déjà anticipé les hausses pour couvrir l’éventuelle flambée des matières premières, mais aussi améliorer les bénéfices de ses actionnaires… Quand notre groupement d’achats reçoit des hausses tarifaires (2007/2008) de 6 à 10 % sur des laques, des shampooings ou des lessives incorporant peu de de matières premières… Et même quand j’entends les boulangers justifier une augmentation uniforme du prix du pain de 5 centimes d’euro au motif que 2 centimes couvriraient le surcoût des approvisionnements, mais 3 les augmentations de salaires et de charges…, je me dis qu’on veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Il y a bien un lobby de l’offre qui pousse à la hausse des prix et des marges. Mais il n’y a pas d’inéluctabilité. Il faut simplement vouloir s’y opposer. C’est tout l’intérêt des réformes annoncées que de nous en donner les moyens.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 août 2007 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Consommation , Economie , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 10
> Donnez votre avis

12 août 2007

L’Amérique empêtrée ! Français et Européens devraient-ils se réjouir en cette hypothèse ?

Libération consacre sa une et cinq pages au déclin supposé de l’influence américaine : « hyper puissance empêtrée, l’Amérique regarde sa bannière s’étioler ». Beau travail de rédaction, un dossier en apparence bien traité, avec quelques synthèses pertinentes. Mais tout cela, observé à la loupe, laisse tout de même perplexe.

Première observation
Même si le journal justifie cette cover, en le rattachant à sa thématique d’été « nouvelles tendances », l’argument ne trompe personne. C’est bien la présence de notre président aux USA qui rend l’article « opportun ». Et le journal, sans en avoir l’air, inscrit son argumentaire dans le courant des critiques émis par le PS selon lequel, l’américanophilie de Sarkozy est une erreur, voire une faute (Pierre Moscovici).
Personnellement, j’adhère à l’idée que Sarko en fait trop dans le côté Kennedy people. Mais tout de même ! Pouvait-on en rester à l’ère du coq gaulois, d’un Villepin ou d’un Chevènement porteur d’un étendard d’arrogance et de mépris ! L’heure est au dialogue avec notre allié. Qui s’en plaindra ? Dialoguer nécessairement avec Bush, puisque c’est lui le président ! Avec l’Amérique médiatique ou politique qui ne s’y est pas trompée et reconnaît là une sympathique et nécessaire occasion de se remettre au travail ensemble (il suffit pour s’en convaincre de lire les journaux US ! Ils sont quasi unanimes).
Et puis, pourquoi faudrait-il laisser les Poutine, les Blair, les présidents indiens ou palestiniens s’afficher avec le président américain, en étant les seuls à pratiquer la chaise vide. Ce que fait Sarkozy n’est pas mauvais pour notre image, notre retour sur la scène internationale.

Deuxième observation
Quand elle ne sert que de prétexte, l’analyse finalement devient partiale.
On connaît la propension des intellectuels français à bouder systématiquement tout ce qui vient des USA et à caricaturer la politique de ce pays (bah, ils nous le rendent bien !).
On reconnaît que leur politique étrangère a subi de sévères déboires, en Irak, en Afghanistan peut-être aussi.
On voit bien aussi que relevant la tête, la Russie, la Chine et l’Inde réclament leur part du gâteau et imposent leur présence sur la scène internationale.
Et c’est trop facile de dire, sans avoir à le justifier, que les peuples du monde n’ont jamais autant manifesté leur antiaméricanisme qu’aujourd’hui…

Il ne faut pas être fin observateur pour constater que
1. Militairement, malgré le bourbier irakien, l’armée US reste de loin, de très loin, la première armée du monde, la seule à pouvoir couvrir le globe de sa capacité d’intervention.C’est elle qui nous transporte et sécurise nos troupes en Afrique et au Proche-Orient, et jusqu’au cœur de l’Europe (ex Yougoslavie !!!).
2. Commercialement, les USA exportent admirablement leur technologie (accord récent en Inde et en Chine sur le nucléaire) en dégageant de très fortes valeurs ajoutées, donnant totalement le change aux Européens et aux Japonais.
3. Au Maghreb, en Afrique, au Moyen-Orient et dans l’est de l’Europe, tout autant qu’en Asie du sud-est, c’est la technologie et l’efficacité de l’économie américaine qui fascinent et qu’on sollicite ! Si crispation russe il y a, c’est bien la cause de l’influence supposée des USA en Pologne, en Ukraine, en Géorgie et dans les Etats Baltes.

Je ne parle évidemment pas non plus du secteur culturel : cinéma, littérature, TV. On aime ou on n’aime pas, mais question influence, jamais les productions américaines ne se sont autant imposées dans le monde !

Troisième observation
Alors, passe qu’on veuille se faire plaisir ou qu’on jouisse d’une pseudo déroute de nos alliés. La question importante est la suivante : A qui profite cet hypothétique déclin ? Et subsidiairement, l’Europe y trouve-t-elle son compte ?
Et bien justement, de l’Europe, il n’est pas question une seule fois dans les cinq pages de Libération. On cherchera en vain une seule référence sur le terrain militaire commercial ou culturel, qui démontre en quoi l’Europe a fait mieux !
Et oui, c’est là tout le problème. Tout occupée à critiquer son allié, l’Europe, Français en tête, cherche inconsciemment des raisons de ne pas se regarder en face. J’en veux pour preuve ce commentaire acerbe, aussi caricatural que faux-cul, qui amène le journaliste à faire la moue sur la faible performance de la croissance américaine : « Le chômage US est au plus haut depuis janvier ».
Tu parles ! 4.6% de chômeurs. Nous, avec nos 10%, on a toutes les raisons de se focaliser sur la paille dans l’œil du grand cousin.
Décidément, l’analyse géopolitique ne fait pas bon ménage avec les états d’âme.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 août 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 3
> Donnez votre avis

2 juillet 2007

Etre ou paraître : Juppé, Wauquiez et la maquilleuse

Retour de week-end : Alors que la presse nationale titre sur les risques d’attentats londoniens, le journal Sud-Ouest consacre sa Une à Alain Juppé.

C’est ce décalage qui attire mon regard. Il faut dire que Sud Ouest a fait très fort. Outre, la référence au maire de Bordeaux, la Une est consacrée à la Félibrée, une fête du terroir, grand rendez-vous de l’Occitanie périgourdine. Je sais que la mode est à la « proximité », mais de là à omettre une accroche sur une actualité nationale ou mondiale pourtant très riche, voilà qui détonne !

Donc, je plonge avec avidité dans les quasi trois pages consacrées à Alain Juppé. Eh bien, m’en croirez-vous, je ne fus pas déçu.

1) Alain Juppé :

Passionnante interview. Sans langue de bois, le maire de Bordeaux y est confronté à quelques lecteurs du journal. Humain plus qu’humain, il revient sur sa défaite.

L’analyse est sans détour, sans emphase, sans faux-semblant. S’il « n’a pas l’angoisse du vide », il dit n’avoir toujours pas digéré : « Là, cela m’a fait un choc. Cela a été très dur à vivre, ce qui peut expliquer certaines réactions un peu vives que j’ai eues parce que j’ai trouvé ça très violent. Je ne sais pas si j’ai vraiment digéré parce que le processus de digestion est très long. Mais…la vie continue, je vais faire mon boulot. »

Question : Pourquoi avoir risqué de perdre votre ministère ? La mairie pouvait vous suffire ?
« C’est par le souci d’avoir un soutien populaire. C’est peut-être à relier aussi, psychanalitiquement, à ce qui m’est arrivé en 2004. Je voulais avoir la certitude que le peuple me redonnait sa confiance… La leçon que j’ai tirée de cet échec, c’est qu’à l’avenir, je ne me mettrai pas en situation de cumul. »

Le plus profond de cette interview n’est peut-être pas dans cet aveu, empreint d’humilité. Non, le plus intéressant, c’est cette analyse livrée tout aussi simplement, mais qui en dit long sur le conflit qui habite chaque homme politique médiatisé : être ou paraître ?

Un lecteur : « J’ai lu que vous aviez changé. Est-ce que votre voyage au Québec vous a amené à voir, cette fois, les choses différemment ? »
AJ : « J’ai dit que j’avais changé parce qu’on ne cesse de me le demander, mais je ne suis pas sûr d’avoir changé. On est comme on est. On a un patrimoine génétique, une hérédité, une éducation, une personnalité et, sauf exception, on n’est pas totalement différent de ce qu’on est à ses origines. Je suis un affectif primaire. En tout cas, quand je vois certains portraits qui sont faits de moi, j’ai trouvé la réponse : ce n’est pas moi. Je suis arrivé à me coller une image qui n’est pas moi. »

Il faut se rendre à l’évidence : l’homme politique n’est pas un acteur.

2) Laurent Wauquiez : J’étais à côté de lui sur le plateau de Laurent Ruquier, samedi soir. Dynamique, le jeune porte-parole de Matignon. Souriant, pas si confiant que ça, mais plein d’enthousiasme, de ressources.

Face aux insinuations d’Eric Zemmour et Eric Naulleau, il se justifiait : « Non, je ne suis pas un nouveau Juppé. J’ai de l’admiration pour cet homme, mais je ne lui ressemble pas. Les diplômes ? La tête d’œuf ? La réussite rapide ? Et bien, oui, et alors… ». Pour un peu, il aurait dit : « J’ai pas fait exprès ». Son sourire permanent, son aisance ? Sa belle gueule ? Ah ça, il lui en fallait du courage à Laurent Wauquiez pour avoir à se justifier de tout cela, face à des procureurs qui finissaient à ne voir en lui que le stéréotype d’une société qui formate, qui moule, qui clone…ses représentants politiques.

J’étais assis à côté de Vincent Elbaz, acteur, et malgré tout pas franchement à l’aise dans cette palinodie. Je l’entendais, lui, l’homme du cinéma, du théâtre, des grands et des petits rôles, marmonner : « C’est quand même dingue de devoir justifier ce que l’on est, au risque de devoir en paraître un autre. Et pourquoi, pour plaire, faudrait-il avoir l’air médiocre ! »

3) La maquilleuse : C’est elle qui donne la réponse, en fin d’émission (5 heures d’enregistrement pour 3 heures retenues !!!). « Tout le monde veut être aimé, tout le monde veut séduire, pas seulement l’homme politique. Oui, il faut du rimmel, poudrer les taches, gommer les aspérités. Mais il faut que tout cela reste léger. Il vaut mieux rester soi-même, y compris avec ses défauts. On ne peut pas plaire à tout le monde (sic). A trop forcer le maquillage, la personnalité disparaît sous le fard. Et sous les spots, à la longue, on perd son éclat. »

Etre ou paraître ? La question interpelle Wauquiez comme elle a déstabilisé Juppé. Mais la leçon de la maquilleuse peut nous éviter bien des déboires. Ca ne sert décidément à rien d’imaginer que « Je » puisse être durablement un autre.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 2 juillet 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique , Pêle-M.E.L
Lien permanent | > Commentaires : 13
> Donnez votre avis

7 mai 2007

Présidentielle : Pour une victoire généreuse

Dans le train, ce matin, sur la ligne Bordeaux/Paris.

Il y a d’abord, dans la voiture bar, un groupe de jeunes, des étudiants. Ils « montent » sur Poitiers, la colère rentrée. Comme d’autres, à la Bastille hier soir, ils ne digèrent pas le résultat des élections. Certains, encore groggy, restent complètement imbibés des slogans, tout droit sortis du journal Marianne : « On vient d’élire un Bush, les Français sont vraiment cons. Il va falloir entrer en résistance. »

Incroyable les ravages que peuvent provoquer les anathèmes de campagne et surtout l’emprise de cette idéologie (mais en est-ce une ?) qui conduit, plus d’un siècle après la deuxième Internationale Socialiste, à imaginer qu’on puisse gouverner pour le peuple…sans le peuple !

Car enfin, c’est bien le peuple qui a tranché comme jamais.

1) La légitimité du nouveau Président est totale.

- La participation au scrutin a été considérable : il est l’un des Présidents élu par le plus de Français depuis la 5ème République.

- Après quel parcours ! Et quelles embûches ! Oui, ce succès, il ne le doit qu’à lui-même. Longtemps discrédité dans son propre camp (et pas simplement par la chiraquie qui le faisait passer pour fou), il a subi la diabolisation de ses adversaires. « Faire 53 % » avec autant d’ennemis annoncés, c’est exceptionnel et ça témoigne d’une énorme volonté (d’autres diraient « ambition ») et d’une extraordinaire capacité d’adaptation. Chapeau !

- D’autant que Nicolas Sarkozy a pris d’énormes risques en affichant, sans ambiguïté, d’où il parlait : d’une droite rénovée, certes, mais de la droite, avec ses valeurs et ses propositions concrètes ! C’est donc en connaissance de cause que les Français lui ont donné une majorité confortable. Le mandat n’en est que moins contestable.

2) C’est d’ailleurs de la gauche que, finalement, provient le meilleur compliment.

De Fabius, ce matin, qui brutalement, sans aucune forme de précaution, assène aux électeurs et aux militants interloqués cet argument en forme de coup de massue : « Ce que Sarkozy a fait avec la droite, c’est ce qu’il nous reste à faire avec la gauche !!! ». Clarté des propositions, cohérence de la plateforme politique, modernité et ouverture sur le monde…

Et hier soir, même s’ils parlaient d’une autre rive, Kouchner ou Strauss-Kahn ne disaient rien d’autre en appelant à la re-fondation culturelle de la gauche : « On ne va tout de même pas discuter encore avec une direction du PCF qui attend son grand soir avec ses 1,5 %, ni avec cette extrême gauche nihiliste qui s’oppose par principe et par avance à toute réforme. »

Eh oui, au PS, il y a du boulot en perspective. Entre l’alliance avec l’extrême gauche et la tentation centriste, il va bien falloir trancher. Et tout le monde a compris que ça va sacrément saigner entre les éléphants.

3) Le nouveau Président a donc le champ libre et il va falloir faire très vite. Pour autant, et s’il veut être vraiment le Président de tous les Français, Nicolas Sarkozy ne devra pas oublier que :

a) Il n’est majoritaire qu’auprès d’une population âgée de plus de 50 ans. La jeunesse ne s’est pas reconnue en lui, en tout cas pas la majorité des jeunes !

b) Son score a été largement minoritaire à la fois chez les employés (44 %) et les ouvriers (41 %). Beau score, on est d’accord, vu qu’il parlait de la droite. Mais un score qui ne comblera pas toutes les espérances salariales, loin de là !

c) D’ailleurs, le monde salarial est resté, dans l’ensemble, très méfiant. 64 % des salariés (secteurs public et privé) ont accordé leurs voix à Ségolène malgré le caractère fumeux de son programme.

Je n’ai aucun doute. Nicolas Sarkozy va mettre toute son énergie à relancer la machine économique et donner du contenu à la vie politique française et européenne. Son discours, hier soir, à la salle Gaveau, était riche et difficilement attaquable (excellent même, si vous me le permettez).

Mais dans le contexte qu’on vient de décrire, il me paraît vraiment important qu’il nomme au gouvernement les hommes et les femmes les plus à même de crédibiliser les avancées sociales dont Ségolène Royal a suscité, malgré elle, l’espérance : Fillon, Barnier ? Sans doute, mais Borloo surtout ! Et s’il pouvait plus encore intégrer dans l’équipe un Kouchner, ce serait génial !

La droite a trouvé un héraut qui l’a décomplexée ! Mais peut-être aussi que la France, déçue par une gauche finalement passéiste, n’a pas envie que la droite ne soit que la droite. Et qu’elle a entendu les promesses d’une plus grande solidarité. Chacun des trois camps (Bayrou compris) n’a-t-il pas proposé, fût-ce un peu naïvement, de rétablir le mot « fraternité » sur les frontons de la République ? C’est en tout cas en ce sens que j’ai compris la phrase de Sarkozy à la Concorde, devant les militants : « La victoire doit être généreuse ».

Je dis bravo. Je dis, je l’espère.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 mai 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 28
> Donnez votre avis

30 avril 2007

Présidentielles : La saine colère de F.R. Hutin, PDG de Ouest France

Il a raison, François-Régis. Ras-le-bol des polémiques de ruisseau, des défausses sur l’essentiel ! Et que dire encore de ce troublant pas de deux Bayrou-Royal ? Ségolène s’engage-t-elle par exemple à appliquer le programme économique de François Bayrou, si éloigné de celui qu’elle a « vendu » aux électeurs de gauche ? Non, décidément, trop de questions restent sans réponses. Les citoyens que nous sommes ont le droit d’attendre de ce deuxième tour des engagements plus précis.

Je voudrais relayer ici l’excellent éditorial de F.R. Hutin paru dans Ouest France du 28 avril (l’une des deux bibles, pour tout Breton de Paris, avec Le Télégramme). J’adhère, j’applaudis...

« Ce qui compte, dans la semaine capitale qui s’ouvre, c’est d’analyser la situation du pays et, en regard, de comparer les programmes des deux candidats en lice et d’apprécier leurs propositions.

Il ne s’agit pas de nous laisser infantiliser. Il ne s’agit pas d’accroître nos peurs, de décrire nos malheurs ou nos difficultés par le menu pour mieux faire preuve ensuite de compassion. La question est de regarder les réalités en face et nous tenons à dire notre espoir que les questions de politiques étrangère et économique seront davantage étudiées qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent.

[…] L’Europe nous paraît le moyen, le passage obligé pour faire face au mieux. L’Europe devrait venir au centre des réflexions et des déclarations des candidats. Se pose aussi, bien sûr, le problème de notre défense, celle de la France, mais aussi celle de l’Europe. On voit bien l’obligation où nous sommes d’y réfléchir au moment où se précise le projet d’implantation des missiles américains en Pologne qui provoque l’irritation et les menaces de la Russie. Et que dire de la poudrière au Moyen-Orient ?

/…/ C’est aussi la dette faramineuse qui écrase notre pays qu’il faut juguler immédiatement. Les candidats doivent nous dire avec netteté comment ils orienteront l’action de leur gouvernement pour y parvenir. De même, dans les relations sociales, comment restaurer un véritable dialogue où les relents idéologiques dépassés seront remplacés par la volonté commune d’aboutir à de meilleures performances économiques et sociales ?

L’élection en cours est une nouvelle donne qui se propose à nous, un nouveau départ et, souhaitons-le, un renouveau. Tout cela est bien plus important que les petites querelles ou les combines mesquines. »

Voilà, toute notre attente est là. Espérons que le 2 mai au soir (puisque c’est le seul débat qu’on nous promet, dingue, n’est-il pas !!!), nous aurons des réponses. C’est ça la démocratie, Madame Royal, ce n’est pas simplement le dialogue, c’est la qualité du contenu qui compte.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 30 avril 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 19
> Donnez votre avis

27 avril 2007

Sarkozy, Royal, Bayrou…l’air de la campagne

Pas mal de CO² sur le Landerneau politique depuis dimanche. Sans qu’on puisse parler de pollution maximale, il y a comme l’entretien volontaire d’un brouillard qui rend difficilement visible le projet central (sic) des formations politiques en lice.

Pour ma part, avide qu’on en vienne au débat de fond (à ce qui rassemble ou à ce qui divise !), je fais ces quelques constats (et je réponds en même temps aux commentaires postés sous le précédent billet politique).

1) Sarkozy : oui, je confirme, son discours (et sa position), dimanche soir, était le plus audible. Bien sûr, il y avait de la démagogie, du marketing politique (Cf. les commentaires d’argentine, de Lolo), mais qui en est dupe ? Et si c’est de la tactique, constatons qu’elle est efficace puisqu’elle trouble le jeu de la politique adverse (dont je rappelle que Ségolène s’apprêtait à tenir le même langage). Merci donc, Sacha, d’avoir précisé mon propos. Je ne prenais pas parti sur chaque élément de contenu, mais sur l’intelligence tactique du discours sarkozien. Pour moi, c’est un constat.

2) Ceci étant posé, on comprend bien l’intérêt pour Ségolène Royal de focaliser l’attention des médias sur sa relation avec Bayrou. Elle concentre toute son énergie sur l’organisation future de ce que pourrait être un PS détaché de son extrême gauche et recentré sur une plateforme social-démocrate, fort de l’apport d’une partie de l’UDF.

(Personnellement, j’aspire à cette reconstruction d’un parti social-démocrate à l’allemande, regroupant les héritiers des générations Rocard et Delors (Strauss-Kahn, Kouchner, etc.) et les centristes que représente la tendance Bayrou.)

Mais si tout cela a du sens pour demain (les législatives, en juin, déjà), ça n’en a pas pour aujourd’hui.

a) Parce que l’électorat d’extrême gauche, qui s’est vite mobilisé pour Ségolène Royal, ne pourra que se sentir cocu dans cette affaire. Or, Ségolène a besoin des 7 % de voix de l’extrême gauche pour gagner.

b) Parce qu’au sein même du PS, certains éléphants, Fabius en tête, n’ont aucune raison d’imaginer qu’ils y auront leur place… Ils chercheront forcément à faire capoter le projet.

3) Mais surtout, ce débat (les alliances) dans le débat (l’avenir de la société française) n’offre aucune lisibilité pour les électeurs, vu l’inexistence d’une plateforme politique qui dirait sur quelles bases et pour quel Devenir une telle alliance serait nécessaire.

En l’état, ces manœuvres ne seront interprétées que comme des ralliements d’opportunité, des combinaisons d’appareils, des magouilles ou même des trahisons.

4) La leçon vaut d’ailleurs pour la droite. Avez-vous lu le coup de gueule de l’écrivain, Dan Franck, dans Libé (26/04). A bon droit, il éructe contre la trahison d’Eric Besson, passé du PS à l’UMP : « Ce sont les électeurs que vous offensez, ceux qui vous ont choisi…que ces manières dégoûtent et surtout effrayent… ». L’électorat PS doit le haïr, mais je ne vois pas non plus en quoi ce type de ralliement, plutôt minable, conforte l’électorat UMP.

Si les citoyens ont voté en masse, ce n’est pas pour plébisciter ce genre de pratique, mais pour que la France bouge sur ses principaux chantiers.

Oui, le débat des personnalités passionne, mais tous les sondages le montrent, les Français en ont marre de l’inertie. Ils ont voté utile, et pour la première fois, sans trop de référence idéologique (les petits partis « anti-tout » en ont fait les frais). Ils veulent du fond, du contenu !

Dans ce contexte, réduire l’offre socialiste à, d’un côté, une main tendue à Bayrou, et, de l’autre, un slogan limité à « tout, sauf Sarkozy », n’est pas à la hauteur de l’ambition française.

5) Je prédis que la diabolisation de Sarkozy va produire l’effet inverse. La caricature, telle que celle qui fut publiée dans Marianne la semaine dernière, ne convaincra personne. Transformer le candidat de l’UMP en un Bush néo-conservateur, nationaliste et limite facho…ne peut que susciter de l’empathie pour un homme politique qui, justement, n’en avait pas jusqu’ici suscitée. Il lui suffira de dire, d’un air triste qu’on lui connaît à l’occasion : « Pourquoi tant de haine ». Et ça marche !

6) Donc, place au débat de fond. Il y urgence. Le PS ne peut s’y soustraire. Sur la politique européenne (Renoue-t-on avec les USA ou pas et sur quelles bases, s’immisce-t-on au Proche-Orient, reste-t-on en Afrique et pour faire quoi ? Que dit-on à l’OMC, etc) ; sur l’Europe (on prend la tête de quels projets, avec qui ?) ; sur l’économie (Quelle place pour le service public ? Quels rôles pour l’impôt (sanction, redistribution, incitation) ? Le rôle de la loi ou du contrat dans la relation sociale, etc. ; sur la culture (la loi sur internet et les droits d’auteur, le financement par l’état, les régions ou le privé ? Le statut de la langue ? La place du Spectacle Vivant ? ) ; sur l’éducation (quelle place pour l’université, sélection ou pas à l’école et à partir de quel niveau) etc.

Bon, il reste douze petits jours pour départager les candidats. Il serait grand temps de débarrasser l’atmosphère de toutes ces scories politiciennes pour aborder les vrais sujets.

Personnellement, je suis encore sur ma faim. Et vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 avril 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 29
> Donnez votre avis

23 avril 2007

Affrontement gauche/droite ? Mais si chacun pêche au centre, que deviennent les clivages ?

Hier soir, à l’heure des premières estimations, sur nos écrans TV… A les voir, à entendre les candidats, Sarko grand vainqueur de ce premier round leur avait piqué leur discours. Il y avait tout dans le sien. Le credo sécuritaire du candidat UMP, en version plus cool, mais aussi l’ouverture au centre. Il a tiré le premier, les autres ont eu bien du mal à se démarquer.

Ségolène d’abord. Beau score. Elle n’a pas démérité, loin de là. Elle s’est imposée aux militants, elle s’est révélée charismatique, énergique, perso mais déterminée. Elle a fait preuve d’intelligence tactique. Au final, elle s’est offert le luxe de faire oublier la piteuse performance de Jospin en 2002. Et aussi les propos désobligeants des éléphants à son égard. Hormis l’incontournable et omniprésent Jack Lang, ils se sont réfugiés dans un silence pesant.

Mais avez-vous vu Ségolène lire son texte ? Si maladroite ; sans conviction aucune, l’air emprunté. La raison ? Elle a été prise de court par le discours de Sarkozy. Elle s'apprêtait à aborder les mêmes thèmes. Il aura fallu près de trois quarts d’heure à ses conseillers pour réécrire le texte de son intervention.

Malgré cela, la similitude saute aux yeux : la République fraternelle, l’affirmation des préoccupations sociales (le clin d’œil aux ouvriers, aux handicapés, aux « anciens »), l’engagement de protéger le peuple contre les effets négatifs de la mondialisation (les délocalisations). Les mêmes propos que ceux de Sarko. Les socialistes attendaient le candidat de l'UMP ancré à droite. Mais il avait choisi d’ouvrir au centre.

Le piège rend désormais l’exercice compliqué pour Ségolène. Pour se démarquer, elle doit gauchir son propos, au risque de faire fuir l’électorat social-démocrate qui avait suivi le gentil Bayrou.

Le Pen, lui, en a perdu sa superbe. Pourtant passé maître dans l’exploitation des défaites (« la faute aux médias, à l’establisment… »), il en était, lui aussi, tout chiffonné.

Le FN, deux fois violé ! Sarko leur a d’abord fait le coup du « baiser de l’araignée ». Et puis, comme Mitterrand avec le PC en 1981, il s’est transformé en mante religieuse en digérant une grande partie des électeurs de Le Pen.

Sa fille, Marine, avait beau dire que les idées de Le Pen avaient imprégné toutes les thématiques de cette campagne, au final, qu’en restera-t-il dans cette opposition entre chrétiens et socio-démocrates pour récupérer les idées centristes ?

Sarkozy a fait un coup de maître. Quoi qu’on pense de l’homme, son discours, hier soir, était de la belle ouvrage (signé Henri Guaino ?).

Il y avait de la hauteur (« Mes respects, Madame Royal »), de la projection (« I have a dream to-day »), de l’émotion, de la rondeur (y compris dans des gestuelles qu’on ne lui connaissait pas). Bref, de quoi susciter de l’empathie. Toutes les catégories sociales ont été courtisées par le candidat. Une intervention très radsoc (mais version nouvelle cuisine) qui fera date et dont je préconise l’enseignement dans les cours de marketing : « …protection mais pas protectionnisme, nation mais pas nationalisme, diversité mais pas communautarisme… ». Ni Edgar Faure, ni (mais oui !) François Mitterrand ne renieraient l’exploit littéraire. Même Giscard, près de son épée académique, a dû ressentir un petit coup de blues.

On verra bien comment tout cela sera transformé ! Mais incontestablement, à ce stade, Sarkozy prend une longueur d’avance dans la pêche aux électeurs qu’avait séduits Bayrou.

C’était ça le problème de Bayrou. Sur le fond des idées, il ne fut pas le moins intéressant. Qui ne se reconnaîtrait pas dans sa vision d’une République aux institutions rénovées, plus démocratique, plus « société civile ». Une sorte de social-démocratie débarrassée des scories de l’après-68, des vieux relents marxistes et idéologiques ! Personnellement, j’y étais très sensible.

Mais son handicap, c’est l’incapacité d’agir faute de majorité. Après dix années d’immobilisme, les Français veulent que ça bouge et c’est pourquoi ils ont privilégié le vote utile.

Bayrou peut-il encore peser sur son propre électorat, en créant un nouveau parti ou en négociant un espace auprès de l’un ou l’autre des candidats. Je n’y crois pas. Peut-être à long terme… Mais pour l’heure, j’imagine plutôt une cannibalisation de son discours au profit des deux candidats en lice, avec, comme je le disais, une longueur d’avance pour Sarkozy.

A titre posthume (je parle de la fin de ce round), Bayrou aura eu raison contre ceux qui postulent à raviver l’éternel clivage gauche/droite. Mais ce sera au détriment de son propre courant, faute de l’avoir organisé autrement.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 23 avril 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 30
> Donnez votre avis

5 mars 2007

Présidentielles : l’Europe, enfin !

img_blog_070306_europe.jpg
© Communauté européenne

Eh bien, il en aura fallu du temps. Depuis bientôt quatre mois que les candidats se sont pleinement lancés dans la course à la présidence, on désespérait de les entendre sur l’Europe : leur vision, leur plan d’action. Comme si, s’agissant des grands domaines qui échoient à la fonction présidentielle (sécurité, politique étrangère, accords internationaux), la nouvelle donne médiatique exigeait qu’on esquive ces sujets !

J’ai aimé la mise au point de Laurent Cohen-Tanugi (Le Monde, 2/03).

Mieux qu’un coup de gueule ou qu’un rappel à l’ordre, il explique la nécessité d’un repositionnement de la campagne sur les obligations constitutionnelles qui incomberont au candidat.

1) « Le Président de la République a-t-il principalement vocation à répondre aux problèmes sociaux et aspirations diverses des Français, ou est-ce là d’abord le rôle du gouvernement et du Parlement ? »

Aux yeux de Laurent Cohen-Tanugi, la bonne réponse est dans le second membre de la phrase. Certes, il fallait bien renouer avec le peuple, se faire entendre, et une fois trouvée la bonne fréquence d’écoute, préparer l’opinion aux réformes et à l’expression des éventuelles ambitions nouvelles. Mais s’il se limite à une démocratie d’opinion, l’exercice de la fonction présidentielle reste « autiste » versus ce qui se passe dans les autres pays du monde, et « anachronique » au regard des chamboulements géopolitiques qui exigent de nos institutions qu’elles fassent preuve d’audace et d’initiatives.

2) LCT met en garde : « La démocratie directe nous a mis en vacance d’Europe… La démocratie participative, tout aussi éloignée de l’intérêt général, n’est pas près de nous y faire rentrer ».

La démocratie ne saurait se réduire à suivre l’opinion, ni à tenter de la séduire.

Pour nous représenter, il est temps que sur des sujets, même aussi peu populaires, les candidats fassent preuve « de compétence, de convictions, de vision et de courage politique ». Ils commencent à aborder le thème de l’Europe et de la défense. Tant mieux…

« A supposer même que les Français ne s’intéressent plus à leur sécurité ou au rayonnement de la France en Europe et dans le monde, celui ou celle qu’ils éliront en mai…devra en faire sa responsabilité première » (LCT).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 5 mars 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 40
> Donnez votre avis

20 février 2007

Drucker, Schonberg et Duhamel : L’amour et la transparence desservent-ils l’honnêteté journalistique ?

img_blog_210207_journaliste.jpg

C’est la question que pose implicitement Dominique Wolton, fin explorateur et critique impénitent de la société médiatique.

Je partage sa réponse : « Il y a quelque chose de pudibond à penser qu’un journaliste fait mieux son travail si personne ne connaît ses opinions. » (Le Parisien, 17/02). Je rajouterais cette question : « Masquer ses opinions, n’est-ce pas la plus hypocrite des manipulations ».

1) Il y a d’abord eu le cas, scandaleux, de la mise sous cloche de Béatrice Schonberg du fait de son mariage avec un ministre en exercice, Jean-Louis Borloo ; puis celui de Marie Drucker dont les paparazzi s’apprêtaient à révéler qu’elle était « pote » avec François Baroin.

Punies d’être « femmes de »…ou encore parce qu’on les soupçonnerait d’être « incapables de distinguer leur vie privée de leur métier de journaliste » ? Ridicule !

Ou alors, c’est faire l’aveu de leur incompétence et il ne faut plus les embaucher du tout !

On peut comprendre qu’elles ne puissent interviewer leur conjoint (encore que le spectacle pût être charmant, télégéniquement parlant : « Dis-moi, chéri, quand vas-tu offrir un statut aux intermittents du spectacle qui te filment en ce moment… ? »). Qu’on leur interdise un plateau politique, c’est tout simplement de la lâcheté (éviter toute critique, ne pas avoir à assumer, à se justifier, à défendre la probité de ses salariés…).

2) La marginalisation d’Alain Duhamel a beau être élégamment expliquée (« c’est d’un commun accord… »), elle pue l’hypocrisie la plus pénible à entendre. Outre qu’il s’est fait piéger sur le Net, en croyant participer à une réunion privée, personne en France ne doute de son engagement du côté de la démocratie chrétienne.

On se rappelle qu’il avait « omis » de parler de Ségolène Royal dans son dernier ouvrage sur les prétendants à l’Elysée. Pas un pékin de gauche n’imagine que ce bon garçon, estampillé Sciences Po classics, puisse voter Buffet, Bové ou Le Pen. L’homme a signé tellement d’éditoriaux et de commentaires, de Libé à France 2, que ses opinions peuvent être connues de tous, y compris des candidats qui perdent ainsi un rare intervieweur qui les respecte et les aime.

En témoigne la réaction peinée, quasi affectueuse, de François Hollande ou de José Bové.

3) Qui donc a mis cette idée dans la tête des PDG des chaînes TV « qu’un journaliste doit être neutre ». N’y a-t-il pas confusion entre la neutralité nécessaire à l’animation des débats et celle, irréaliste, des journalistes eux-mêmes.

Que tous les journalistes politiques, « neutres de France », lèvent la main ! Certainement pas vous, les Jean-François Kahn, Serge July, Jean-Pierre Elkabbach, PPDA ! On ne vous croirait pas. Et d’ailleurs, on ne vous le demande pas.

Alors, va-t-on exclure les journalistes de l’Huma quand il s’agira d’interroger Marie-George Buffet. Ou mettre sur la touche Nicolas Beytout, rédacteur en chef du Figaro, face à Nicolas Sarkozy. Et va-t-on interdire d’antenne tous les rédacteurs de journaux qui, de Libération à La Croix ou à Charlie Hebdo, ont justement choisi…de pratiquer un journalisme d’opinion, voire d’engagement ?

Pour tout vous dire, je trouve qu’en ce moment, la jurisprudence du « politiquement correct » nous conduit vers une sorte de « dictature larvaire du principe de précaution » qu’un Wells ou un Huxley n’aurait pu imaginer.

Entendre un directeur de rédaction dire « qu’il ne faut pas donner prise à une opinion qui soupçonnerait une collusion (du fait du lien avec un frère, autre Duhamel, en poste sur la chaîne)…c’est vraiment ne pas avoir d’estime de soi, ni de son métier. Quant à avoir des couilles… Qui veut-on leurrer avec ce genre de défausse. Hier soir, n’était-ce point le sieur Ambiel, ancien conseiller com de Jean-Pierre Raffarin qui mettait en scène le grand oral de Ségolène sur TF1 ? Insoupçonnable, lui aussi ?

C’est mépriser le peuple que de le flatter ainsi dans sa grégarité et son voyeurisme. C’est se mépriser, oui, en révélant cette incapacité à défendre à la fois la probité et l’engagement, la passion et le professionnalisme !

Personnellement, je trouve moins hypocrite, et surtout plus intéressant (plus objectif aussi) de savoir « d’où parle le camarade journaliste ». Je ne crois pas à la neutralité de gens compétents. C’est antinomique.

A l’heure où tous les médias audiovisuels exhortent à mettre en spectacle l’émotion plus que le raisonnement, n’est-il pas nécessaire, pour la démocratie, que nos propres jugements puissent être confrontés à ceux d’hommes, engagés, qui s’expriment avec pertinence, pédagogie et enthousiasme ? Personnellement, ce serait mon choix !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 20 février 2007 dans Actualités / Débats (Pol.) , Politique
Lien permanent | > Commentaires : 17
> Donnez votre avis