1 avril 2006
Microcrédit et solidarité : des femmes indiennes multiplient les « groupes d’entraide »
On dit que c’est au Bangladesh qu’est né « le microcrédit ». L’initiative en reviendrait à Muhammad Yunus qui créa, dès 1983, la Grameen Bank pour faciliter les prêts aux familles les plus démunies. Mais c’est en Inde que ce marché « prolifère »… Les banques, les ONG, les associations caritatives, humanitaires ou tout simplement familiales, contribuent à l’essor de cette forme de financement. Tantôt, c’est un groupe de femmes qui peut bénéficier d’un emprunt à court terme pour acheter des machines à coudre et lancer une mini collection de vêtements. Tantôt, c’est une petite société de transport, nouvellement créée par des jeunes, et que parraine une association d’entreprises, pour livrer des colis. Etc.
A Tirupur, la présidente de l’ICCW (Cf. ma note du 29/03/06) nous a entretenus d’une autre forme de mutualisation financière, le « Women Self Help Group ».
Chaque semaine, des femmes décident d’épargner une petite partie de leur salaire. Elles dotent progressivement un fonds commun d’épargne. L’objectif est multiple :
- Pouvoir prêter à l’une d’elles des petites sommes pour couvrir une dépense exceptionnelle (frais de mariage, achat d’une machine à laver, etc.) sans passer par d’onéreux usuriers.
- Investir ensemble dans des petites activités génératrices de revenus : atelier de couture, de céramique, organisation de l’accueil saisonnier des touristes…
- Compléter les capacités d’emprunts bancaires de l’une d’elles, etc.
L’ICCW parraine ou organise 250 groupes d’entraide de ce type.
La démarche est très constructive. Elle a un effet positif sur le renforcement des liens sociaux dans la ville ou les quartiers. Elle suppose une démarche volontariste de chacune des femmes adhérentes, une certaine abnégation et un grand effort de solidarité.
Mais surtout, cette mutualisation financière constitue une formidable opportunité pédagogique. Elle participe de la lutte contre l’illettrisme, sert de modèle éducatif à des adultes et les initie à la gestion budgétaire, à l’économie.
P.S. : Dans l’avion qui me ramène sur Paris, je découvre dans « Le Nouvel Observateur » (30/03/06) un article assez complet sur le sujet : « Quand les pauvres intéressent les banquiers ». Patrick Fauconnier rappelle l’explosion de ces formules de financement en France même. Je découvre à l’occasion qu’il existe une « semaine du microcrédit » lancée par la pionnière française, Maria Nowak, présidente de « l’Association pour le Droit à l’Initiative économique » (Adie). Patrick Fauconnier conseille aussi la lecture de « Portraits de microentrepreneurs » préfacé par Jacques Attali (créateur de PlaNet Finance) et Muhammad Yunus (Editeur Le Cherche Midi).
Posté par M.E.L. le 1 avril 2006 dans
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31 mars 2006
Labels équitables : rien n’est parfait…et c’est normal !
Après les chaleurs sèches du Tamil Nadu, c’est à Koshi (Kerala), dans l’ancien comptoir portugais de Cochin, que nous retrouvons Tristan Leconte, le dynamique fondateur d’Alter Eco.
Sur les bords de l’estuaire, verre à la main, il est prolifique, insatiable pour commenter les vertus du fair trade (commerce équitable). Il y consacre toute son énergie. Les dirigeants d’une coopérative voisine en restent pantois. Ils ne comprennent manifestement pas tous les savants raisonnements que TL exprime dans un anglais très business et saccadé, mais ils savent leurs intérêts bien représentés par cet ambassadeur boulimique et sympathique de la cause des petits producteurs.
En France, les débats sur le commerce équitable passionnent partisans ou détracteurs du projet français de normalisation. On y fustige assez facilement les grandes entreprises qui veulent développer leurs propres marques équitables (industriels ou GMS). On disserte sur ce qui pourrait vraiment être autorisé à porter le label. On en dénonce les dérives : « Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on en oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé » ; « Malongo fait aussi du non équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing » ; « La GMS vend de l’équitable, mais ses propres pratiques commerciales ne le sont pas », etc. Sous-jacente à ces propos, on sent poindre une certaine méfiance pour l’extension du label Max Havelaar à des filières qui ne seraient pas reconnues comme des « pure players ».
Idéologie contre principe d’efficacité ? Même si elles sont parfois byzantines, ces querelles ont quelques raisons d’être. Le marché se développe et attire des opportunistes. Mais pour Tristan Leconte, ces débats traduisent aussi la nostalgie de quelques idéologues, qui ont tendance à idéaliser le concept, au risque d’oublier les aspirations concrètes des producteurs du Sud. Eux ont besoin que les marchés se développent !
Justement, aujourd’hui, TL est très en colère. Il fait très chaud, 36 ou 37 ° avec un fort taux d’humidité, et ça n’apaisera certainement pas son courroux. L’émission TV « Capital » diffusera, ce dimanche, un reportage sur le commerce équitable. TL s’est plié aux exigences de l’équipe de Guy Lagache. Il a ouvert ses comptes et celui des producteurs brésiliens vers qui il a guidé l’équipe de Capital. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’un journaliste, lors d’une halte chez la grand-mère d’un des coopérateurs, a repéré (et filmé) une piscine (un bassin de béton !). Ah, ah ! N’est-ce pas la preuve que le sur-prix payé par les consommateurs en achetant un label Max Havelaar…ne finance pas forcément des infrastructures sociales ou éducatives…
Ecoeurement de TL : 54 heures de film pour arriver à une mise en scène qui va installer tant de scepticisme ! « C’est dégueulasse pour ces producteurs. Comme si on devait remettre en cause chaque système au moindre grain de sable… ».
Il fulmine et tente, par téléphone, d’enrayer cette dérive médiatique, décidément un peu systématique chez Capital.
TL veut en profiter pour convaincre mes collaborateurs et les journalistes qui m’accompagnent de l’intérêt d’une démarche progressive, forcément chaotique et difficile.
La démonstration, c’est à deux heures de Cochin (embouteillages compris) qu’il veut la faire. Quittant les villes, pénétrant un somptueux paysage de rizières et de forêt tropicale (arbres à caoutchouc), il nous transporte à Nadukkara. Une coopérative, N. Agro Processing Company, tente de regrouper les fermiers de 21 « panchayats » pour y produire des mangues, des bananes et surtout des ananas qu’elle vend frais ou transformés en concentré de jus.
Ici, et contrairement à de nombreuses coopératives labellisées Max Havelaar, ce ne sont manifestement pas les producteurs qui ont choisi, eux-mêmes, leur destin. C’est grâce à l’alliance de l’état du Kerala (premier gouvernement communiste de la planète à avoir été démocratiquement élu !!!), de la municipalité de Muvattupazha et d’experts de la Commission Européenne…que le projet a vu le jour.
Ces fermiers sont très pauvres, cultivent 0,7 acre en moyenne, vivent chichement. Quelques cultures complémentaires (gousses de vanille, noix de coco), des vaches, des poulets…
Alter Eco est leur premier client « fair trade ». D’Alter Eco, ils perçoivent 54 % de revenus en plus. Soit pour la coopérative, une somme supplémentaire de 9 000 euros en 2005.
Si l’on était tatillon, les critères drastiques qui prévalent à l’obtention du fabuleux label « Max Havelaar » ne devraient pas s’appliquer encore à ce projet.
- La coop ne commercialise que 12 % de sa production en « équitable ». Pour vivre, elle conditionne des jus de fruits de marque pour le marché indien.
- Dans l’usine (immense et qui tourne à moins de 20 % de ses capacités), les audits font apparaître bien des manquements au cahier des charges (sécurité, sanitaires, information des salariés). A Tirupur, je disais que partout étaient affichées les chartes éthiques des grandes marques. Ici, pas une pub pour le commerce équitable ! Pour le coup, on peut s’interroger sur la sincérité et le degré de l’engagement…
- Surtout, on voit bien que le projet est piloté essentiellement par un directeur technique, avec l’appui de quelques experts fournis par l’état. C’est d’ailleurs l’état qui nomme le président de la coopérative, le premier des producteurs n’étant que vice-président. Théoriquement, ce sont les producteurs qui devraient diriger cette entité. Interpellés par TL, aucun d’entre eux n’est capable de citer le chiffre d’affaires 2005, ni d’aligner le moindre chiffre sur les réinvestissements sociaux.
Oui, tout cela fait un peu « bricolo ». Mais peut-on imaginer autre scénario quand on sait le niveau de pauvreté, d’illettrisme, et d’isolement des habitants de ces zones rurales.
Tristan Leconte n’en démord pas (et il est diablement convaincant). Le commerce équitable, ce n’est pas un intégrisme dont les règles auraient été fixées par des Occidentaux. C’est une démarche progressive qui nécessite de notre part compréhension, patience et entraide.
Le message est d’ailleurs clairement passé. Le directeur désigne un bâtiment en construction. C’est le futur centre de formation pour les agriculteurs. Il est situé de l’autre côté de la route, hors les murs de la coopérative… Une initiative très concrète, mais aussi toute symbolique puisqu’elle se veut ouverte à tous, et pas simplement aux adhérents de la coop.
Posté par M.E.L. le 31 mars 2006 dans
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29 mars 2006
La scolarisation plutôt que le travail des enfants : les convictions d’une grande dame indienne
Tirupur, état du Tamil Nadu. Je suis parti depuis deux jours en Inde du Sud. Pas facile de répondre à vos commentaires, ni de réagir aux soubresauts de la vie politique française. Avec la distance, je mesure l’importance des évènements, mais ils ne me parviennent, ici, qu’à travers la loupe déformante de BBC News et de CNN (pas de TV5, ni même de médias francophones dans cette région, malgré l’intérêt du boom économique).
Ici, la France ne pèse pas vraiment 1,7 % des investissements. La visite de G. Bush a éclipsé, dans les médias économiques, le passage de J. Chirac. Dans les salles de classe, il y a, comme en France, des cartes de la planète. L’Inde y est représentée au centre, très imposante, avec, à sa droite, la Chine, les dragons asiatiques jusqu’au Japon. A gauche, après l’obsédant Moyen-Orient, la France apparaît comme l’Alaska de nos propres cartes, une terre anonyme qui fuirait le monde vers des confins incertains.
Comme me le répétait encore récemment Monsieur Dominique Girard, ambassadeur de France à Delhi, tout est « à faire (économie, culture) si l’on veut jouer ici ne serait-ce qu’un second rôle ».
J’y suis venu pour m’enquérir de l’avancement de projets sociaux dont nous sommes partenaires :
- La côte Est du Tamil Nadu a été salement ravagée par le tsunami. Avec « La Voix De l’Enfant » et des ONG locales, notre enseigne a co-financé des programmes de reconstruction (Cf. mes notes des 28/06 et 18/11/05).
- Dans la vaste région de Tirupur, nous sommes engagés dans un partenariat éducatif : équipement d’écoles publiques, construction d’un complexe scolaire (du cours préparatoire à la terminale).
Hier donc, les habitants de Karur (14 000 habitants) nous ont offert une superbe fête : fleurs, discours, prêtre, plantation d’arbres, danses… Les quelques collaborateurs, journalistes et cadres d’ONG qui étaient présents, n’en revenaient pas. Mais paraît-il, c’est incontournable. C’est une tradition d’accueil. Et c’est aussi, comme le dit Madame Damodaram, « une manière de faire comprendre que toutes ces réalisations ne tombent pas du ciel ».
Andal Damodaran est une petite femme, mais c’est une grande dame. Elle a la cinquantaine naissante, elle est élégante dans son sari, le regard est franc, le sourire est assez rare, mais complice. Elle fait partie de ces Indiennes passionnées, souvent de haute caste, qui s’engagent dans l’humanitaire. Elle préside l’ICCW, l’ONG qui pilote, ici, notre projet.
L’ICCW (Indian Council for Child Welfare) se préoccupe des problèmes de nutrition et de l’exploitation des enfants. L’association gère des centres d’appel, des résidences pour enfants abandonnés, des centres pédagogiques et sanitaires dans toute l’Inde. Sa présidente considère que la scolarisation des enfants est une priorité nationale.
Les écoles ne manquent pas. Le Tamil Nadu (62 millions d’habitants) en compte 32 000 et 6 000 collèges. Mais 90 % du budget de l’Etat sert à la construction et à l’acquisition des bâtiments, ainsi qu’au salaire des professeurs. Les équipements, eux, laissent à désirer. Souvent, il n’y a pas de tables pour écrire, pas de cahiers, encore moins d’ordinateurs (pourtant nous ne sommes ici qu’à 400 km de Bangalore, la Silicon Valley indienne !). Quelquefois, pas de sanitaires : les jeunes filles fuient, vers l’âge de 12 ans, cette précarité (les parents, en tout cas, s’en servent de prétexte pour extraire leurs enfants).
Pertes en ligne :
Si 96 % des enfants du TN sont scolarisés dès le cours préparatoire, leur nombre décroît avec la classe d’âge supérieur. En première, il n’en reste que 30 %. Démotivés (70 élèves par classe !), sans possibilité de soutien scolaire à la maison (les parents sont souvent illettrés), les élèves quittent l’école vers 12-13 ans. La plupart du temps, pour travailler chez des artisans, à la ferme, dans des petits restaurants ou dans des familles plus riches, comme domestiques.
Les castes, une barrière ?
Pas en tant que telle, répond A. Damodaran. Les écoles publiques sont gratuites, dans la langue des états, accessibles à tous. Illustration : l’Inde a même élu un intouchable à sa tête ! C’est plutôt le niveau de revenus qui est discriminant (notamment pour les castes inférieures), car la scolarisation longue des enfants est un manque à gagner.
C’est l’argument principal des parents. Ils considèrent que l’enseignement est trop académique, pas adapté au marché de l’emploi. L’enseignement, au collège, est pour certains « un luxe » quand il faudrait, dès 14 ans, accéder à une formation utile, professionnelle…
L’action de CASI :
Pour contrer ces comportements, une dizaine d’industriels ont créé le « Corporate Alliance for Social Initiatives ». Certains sont mus par des pensées religieuses. D’autres, moins philanthropiques, considèrent qu’il est bon, pour la productivité de leur entreprise, de pouvoir accéder à une future main-d’œuvre plus qualifiée. Plusieurs sont nos fournisseurs. Nous avons accepté leur demande de partenariat à condition qu’ils se soumettent au contrôle de l’ONG.
Le programme d’action :
Outre, l’école de Karur (qui comprendra un CP, un collège, un centre de formation aux métiers du textile), l’investissement porte sur cinq autres établissements. Des écoles publiques, en zone rurale et à Tirupur (5 000 élèves au total). Il s’agit de créer de nouvelles salles de classe, de les équiper, de payer d’autres professeurs, de construire des réfectoires, des infirmeries, etc. (Quelquefois, les problèmes sont dramatiquement « terre à terre ». Dans une école de 300 élèves, les enfants ne disposant d’aucun sanitaire, doivent traverser une route dangereuse et rejoindre un champ peuplé de serpents !).
A la fin de la (très longue) cérémonie d’inauguration, Madame Damodaran m’a pris le bras. S’exprimant dans un anglais qui abuse des « dentales », elle a insisté : « c’est bien de faire des audits sociaux dans les entreprises, ça ne peut qu’améliorer le sort des employés. Mais si l’on n’éduque pas leurs enfants, on restera longtemps dans le sous-développement ».
Posté par M.E.L. le 29 mars 2006 dans
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21 mars 2006
CPE : Sortir du blocage, vite !

© Weck / 1D-photo
Vue de l’étranger, l’agitation française ne fait même plus sourire. Quelles que soient les appréciations de nos partenaires chefs d’entreprise ou de nos interlocuteurs politiques, l’affaire du CPE révèle une France si caricaturale que même les journalistes de la perfide Albion n’ont jamais osé en brosser le trait. Rendons-nous compte : il y a seulement quelques mois, nous donnions des leçons aux autres Européens pour dénoncer l’absence de projet social…et revendiquer le nôtre : le modèle social français !!! Quelle prétention !
Le courage est une vertu. On veut bien en créditer Villepin. Mais combien de capitaines courageux ont, par orgueil ou par aveuglement, précipité leur vaisseau sur des récifs. Il a voulu passer en force, sans même pouvoir compter sur des alliés. Voilà qu’il donne un os à la gauche, toutes composantes réunies. S’il retire son projet, il fait perdre son camp. Et probablement aussi toute capacité de réforme du droit social d’ici 2008. S’il s’arc-boute, encore conviendrait-il qu’on puisse sereinement amender le projet, qu’on reste sur le terrain de l’emploi et qu’on évite la surenchère politique.
Ca n’en prend pas le chemin. Forts des points déjà marqués dans l’opinion, les syndicats pourraient tout à fait accepter d’amender le CPE. Mais l’occasion est trop bonne pour prendre la revanche du CNE, remotiver les troupes, et recruter chez les jeunes ! Ils réclament, comme les étudiants, le préalable du retrait du CPE. Mais à supposer qu’ils l’obtiennent, en quoi la donne sociale aura-t-elle concrètement avancé !
Il n’y a pas de proposition alternative. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans les incontournables interviews des leaders syndicaux, politiques ou étudiants ! C’est vite fait. Que du bâclé !
La CGT parle vaseusement d’une « pré-scolarité financée par l’Etat pour les jeunes chômeurs sans qualification ». La CFDT plaide pour un « revenu d’autonomie ». Quant au PS, il n’a toujours pas tiré un trait sur la méthode Aubry. Voilà généreusement qu’il prône « une rémunération minimale garantie » pour nos jeunes, dans le cadre d’un processus d’insertion des plus flous !
Tout dans le traitement social ! Rien, malgré les contributions de DSK ou de Rocard, pour améliorer la fluidité du marché du travail ou revaloriser la politique contractuelle. Ah ! Ils peuvent tous se revendiquer du modèle danois ou de l’expérience de Tony Blair ! C’est bien pour l’image. Mais dès qu’il faut redevenir concret…coucou, les vieux démons !
Le comble, c’est l’attitude des présidents d’université.
Pétochards, incapables de faire respecter le droit dans leur propre université, voilà qu’ils s’avisent de donner des leçons !
Le CNE, comme le CPE, avait pour vocation d’œuvrer pour les jeunes non qualifiés, dont 40 % sont au chômage. Que viennent, ici, revendiquer les diplômés (Sciences Po en grève, quel luxe !) et les universitaires qui n’ont, par ailleurs, jamais manifesté la moindre solidarité à l’égard des filières d’apprentissage.
Et puis, surtout, comme le dit F.X. Pietri dans son éditorial de La Tribune, c’est quand même un comble de voir tout le haut de gamme de l’Education Nationale se joindre au mouvement de contestation, eux qui « avec l’éducation nationale tout entière, ont une large part de responsabilité dans le malaise (actuel). C’est d’abord parce que l’école, qu’elle soit primaire, secondaire ou supérieure, ne prépare pas les jeunes à leur entrée dans la vie active qu’ils butent à sa porte ».
Il serait temps qu’on arrête cette partie de poker menteur.
S’il s’agit de lutter contre le chômage, il faut savoir affronter les problèmes de manière pragmatique et sans tabou.
1) Le gouvernement ne peut pas dire être prêt au dialogue et, en même temps, se retrancher derrière la prétendue impossibilité « de remettre en cause un texte qui a été voté démocratiquement et souverainement par l’Assemblée Nationale ».
2) Le patronat doit parler franc : j’écoutais, samedi matin, sur RTL, Denis Gautier-Sauvagnac, Président de l’UIMM (MEDEF), interrogé par Jean-Michel Aphatie. Il disait en substance : « Il n’y a pas de précarité nouvelle, on ne pourra licencier à la tête du client, le droit du travail s’applique ». Mais quand le journaliste demande pourquoi alors on n’inscrit pas dans le contrat cette forme d’obligation qu’impose le droit général, DGS s’exclame : « Ah, non, ça enlèverait tout l’intérêt du CPE ! ».
J’ai beau être chef d’entreprise, militer pour la simplicité et la fluidité du droit du travail, cette réponse me choque. Elle jette le doute sur les intentions.
3) Le CPE peut être amendé. Comme l’ont dit plusieurs députés, rien n’empêche d’améliorer le dispositif. Même Monsieur Balladur propose qu’on précise les conditions de licenciement.
4) Il faut arrêter de faire du CPE un remède miracle. Il est probablement utile dans les PME ou pour faciliter l’embauche des jeunes les moins qualifiés. Mais un groupe comme le mien ne créera pas plus d’emplois avec le CPE. Denis Olivennes, PDG de la Fnac, qui répondait comme moi aux journalistes dans les stands du salon du livre, pense exactement la même chose.
Et puis le CPE ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est par pure gloriole que Villepin en a fait une mesure emblématique de la lutte contre le chômage. Foutaise. On ne fera pas, même avec le CPE, l’économie d’un traitement de choc : baisse des charges, diminution du train de vie de l’Etat et du ponctionnement de la sphère privée vers la fonction publique, remise en cause du système éducatif, etc.
Les jeunes n’ont rien à gagner au pourrissement de la situation. Et ce serait sacrément irresponsable, de la part de l’opposition, que de sacrifier l’avenir de nos jeunes à ce rapport de forces qui ne produira rien de concret. (François Hollande est-il crédible quand il demande de différer l’application du CPE à 2007 ? Alors qu’on sera en pleine période électorale ?).
Sauf à rêver (ou à rechercher) un avancement du calendrier électoral, il est urgent de sortir des tranchées dans lesquelles chacun s’est enterré.
Posté par M.E.L. le 21 mars 2006 dans
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17 mars 2006
Pandémie, canicule : La grande distribution incontournable ? Plus que vous ne l’imaginiez !

© Adieu, un film d'Arnaud des Pallières
L’un de mes adhérents de la région parisienne a glissé sur mon bureau, une lettre à entête d’un « service interministériel de défense et de protection civile ». Elle est signée du directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise.
J’ai d’abord cru à un gag. Imaginez votre réaction en tombant sur le paragraphe suivant : « Dans le cadre de la rédaction du Plan de Gestion des Décès Massifs, mes services recensent des entrepôts susceptibles d’accueillir des corps avant mise en bière. C’est pourquoi je vous remercie de bien vouloir m’indiquer la surface de votre entrepôt de froid positif qu’il vous serait possible de réserver à cet effet, ainsi que la température utilisée dans celui-ci. »
Nous voilà transportés dans l’univers de Blade Runner, ou mieux encore des « Immortels » d’Enki Bilal. Frisson garanti.
Je me concentre un peu, relis la lettre. Elle est bien adressée au directeur de l’un de nos 16 entrepôts régionaux.
Quoi, que lis-je, m’interpellais-je ? Nous aurait-on menti en haut lieu. La pandémie (grippe aviaire) serait-elle à nos portes, fatale, telle la Grande Faucheuse en massiv-attack?
Point du tout. L’investigation à laquelle se livre ce service interministériel répond à une tout autre préoccupation :
« Suite à la canicule de l’été 2003, un groupe de travail a été mis en place afin d’étudier l’organisation des pouvoirs publics face aux situations de décès massifs.
Un rapport édité en mars 2004, fait apparaître des solutions susceptibles d’optimiser la procédure de gestion des décès massifs. » ...etc.
Oui, vous avez bien lu. Officiellement, la grande distribution serait donc, le cas échéant, requise pour stocker les dépouilles de tous les aïeuls, morts d’un mauvais coup de chaleur…abandonnés par une progéniture égoïstement installée dans le confort des CPE et du téléchargement gratuit…
Auchan, Carrefour et les autres Monop pourraient se féliciter de la reconnaissance tardive, discrète, mais ainsi officialisée de leur indispensable intermédiation. Certains de mes collaborateurs, qui ont lu Reiser et goûté aux facéties de Vuillemin (auteurs insolents d’Albin Michel), voient dans cette demande administrative l’opportunité de proposer une nouvelle diversification commerciale pour l’enseigne : plutôt que de stocker des macchabées (j’ai déjà un oncle qui officie dans les pompes funèbres, tout en parasitant l’enseigne), pourquoi ne pas transformer nos entrepôts frigorifiques en nurseries estivales du troisième âge. Surtout, que la bière, elle, est stockée tout contre… Bof !
Plus sérieusement ! Cette missive nous transporte crûment dans une réalité dramatique que les deux dernières générations de Français n’ont pas eu à connaître, et dans une hypothèse que le risque de pandémie nous oblige malheureusement à anticiper.
Mais s’il s’agit vraiment ??? d’anticiper la canicule, ne serait-il pas plus utile de faire le recensement des bâtiments qui, abritant des personnes âgées, ne sont pas dotés d’un système d’air conditionné. Et, incidemment, de prévoir qu’on leur porte, cet été, une petite bière…bien fraîche. Qu’en pensez-vous ?
Posté par M.E.L. le 17 mars 2006 dans
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14 mars 2006
CPE : Et l’emploi dans tout ça ?

Hypocrisie, erreur tactique, instrumentalisation et manipulation : l’affaire du CPE tourne à la farce politique. Comment ne pas renvoyer dos à dos syndicats et politiques dans cette affaire, dont on ne voit pas comment elle pourrait favoriser dans notre pays le retour aux valeurs d’effort, de travail. Et réconcilier la jeunesse et l’entreprise.
1) Beaucoup de professionnels en conviennent. La bonne solution eût été d’unifier les contrats de travail : supprimer les CDD, généraliser le CDI, quitte à rallonger la durée de la période d’essai, mettre plus de souplesse dans les conditions de résiliation du contrat, et introduire une échelle de progressivité dans les contreparties financières en cas de licenciement.
2) Les syndicats n’ont jamais voulu de cette réforme. « On ne touche pas au droit du travail ». Malgré la centaine d’études dénonçant les rigidités du marché du travail, les mêmes syndicats n’ont que rarement fait des propositions alternatives.
3) D. de Villepin a voulu contourner la difficulté. On ne peut décemment lui reprocher la tentative. C’était même courageux. Il a donc conçu le CNE. Le packaging était présentable et socialement acceptable. Les éventuels utilisateurs (artisans et très petites entreprises) n’ont rien de repoussoirs. Et qui peut nier l’ampleur du chômage qui touche les jeunes sans qualification et les travailleurs manuels.
Le risque était d’ailleurs marginal. Croyez-vous vraiment que nos intellectuels, nos cadres, nos familles bourgeoises allaient se mobiliser contre le CNE alors que leurs enfants n’étaient pas particulièrement visés par cette réforme ?
4) Conforté par cette sorte de résignation populaire, Villepin a cru qu’il pouvait généraliser le processus en instaurant le CPE. Erreur.
..Parce que, dans ce cas, on changeait de clientèle. Tous les jeunes se sont sentis concernés. Du « sans qualification » au « diplômé d’IUT ». Du « banlieusard » qui se sent déjà méprisé, au « jeune bobo » à qui l’on a fait découvrir la notion de précarité.
De plus, la com de Matignon a créé le flou. Au lieu de mettre en avant des critères d’innovation, d’adaptation au marché et de garantir nos jeunes contre les abus d’une pratique trop paternaliste, les promoteurs du projet n’ont eu d’autre argument que d’opposer…la précarité du CPE à celle du chômage !!! « C’est ça ou rien », le CPE ou le chômage. Quel mauvais discours, effets pervers assurés. Même les titulaires actuels d’un CDI se sont sentis menacés, considérant qu’il y avait risque de substitution.
5) Mais pour qui veut s’attaquer vraiment au chômage des jeunes, rien n’était encore, ces deux dernières semaines, vraiment irréparable.
Là encore, tous les juristes confirment. Il y a, dans la jurisprudence française et dans les principes généraux du droit du travail (OIT), l’arsenal des textes qui permettaient de pallier aux critiques du CPE. Le ramener dans le giron d’un vrai CDI ; créer l’obligation de motiver le licenciement, s’appuyer sur les notions d’abus de droit pour réprimer toute tentative de discrimination ou de rupture illégale de contrat, mieux indemniser, etc...
6) Trop tard.
A la tête des jeunes, pourtant jusqu’ici relativement peu mobilisés, les avant-gardes patentées de la contestation ont pris les rênes des AG et rêvent d’en découdre.
Aubaine pour les syndicats. Hier, incapables de mobiliser massivement contre le CNE, ils se raccrochent au mouvement étudiant et réclament désormais la suppression du CPE.
Aubaine aussi pour le PS. Pour ne pas laisser à Fabius le gauchissement du discours, Ségolène fait surenchère d'opportunisme : la Présidente de la région Poitou-Charentes annonce, en toute illégalité, qu'elle n'accordera pas d'aide aux entreprises utilisant CPE ou CNE. François Hollande approuve, passant outre au vote parlementaire !!!
En face, pour avoir trop joué perso, Villepin n’arrive pas à rassembler la droite. Les ministres Borloo, Breton et Sarkozy ne veulent pas jouer les seconds couteaux.
Mais pire encore, pour avoir rameuter un MEDEF qui n’était pourtant pas demandeur, voilà le CPE affublé des seuls intérêts patronaux. Qui, dans le peuple, en voudrait encore ?
Finis donc, n’en déplaise à Villepin, les débats techniques et les raccommodages. La faute tactique est impardonnable. A l’UMP, on prie pour que le Constitutionnel casse le dispositif et offre ainsi au gouvernement une obligation de retrait qui priverait les syndicats du rapport de force.
Quel gâchis. Comment voulez-vous après ça qu’on revienne sur l’ouvrage. Qui osera, d’ici 2007 (les présidentielles), s’attaquer, d’une manière ou d’une autre, aux rigidités du marché du travail.
Piètre consolation, il restera le marché de l’intérim qui n’a curieusement jamais mobilisé la gauche contre lui, malgré ses CDD, malgré ses aléas…
Chômez, jeunesse, chômez en paix, nos futurs candidats pensent bien à vous et vous donnent rendez-vous…en 2008 ?
Posté par M.E.L. le 14 mars 2006 dans
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6 février 2006
Caricatures et droit d’expression : L’humour plus fort que le mépris

Ce week-end, dans la presse, une photo d’un supermarché égyptien : « Dear clients, we express solidarity with islamic and egyptian community. Carrefour don’t carry Danish products ». L’occasion pour quelques journalistes d’obtenir la réaction d’un autre distributeur, face aux appels au boycott.
Dans un premier temps, j’ai réagi comme tous ces hommes politiques, ces écrivains, ces dessinateurs : pas question de se laisser impressionner. Ne cédons pas à la censure, défendons la liberté d’expression ! Et puis, j’ai pris un peu de recul, j’ai regardé les caricatures litigieuses, observé les dégâts, essayé de faire la part des choses.
1) Tout d’abord, le franchisé Carrefour du Caire a probablement pris la bonne initiative. Facile de faire le beau dans une Europe sécurisée. Mais en regardant les images de violence retransmises par les télés, la défense de ces caricatures mérite-t-elle qu’on mette en péril des vies ? Non, je ne le crois pas. En tout cas, si ce commerçant avait été sous mon enseigne, je reconnais que je n’aurais pas su lui objecter quoi que ce soit.
2) L’enjeu, d’ailleurs, peut-il être cantonné à une défense de principe : celle de la liberté d’expression ? Elle n’est pas menacée (pas vraiment) en Occident. S’il s’agit de faire école du côté de chez les mollahs, l’initiative ne me semble pas efficace. Devant l’outrance, la gratuité de l’attaque, et ce qui immanquablement est vécu comme une provocation, le plaidoyer pour le droit d’expression n’aboutira qu’à un résultat : renforcer la conviction des peuples blessés que l’Occident est définitivement pourri, sans hiérarchie de valeurs, méprisant à l’égard du sacré.
Car enfin, que cherchent nos caricaturistes ? Veulent-ils s’en prendre au terrorisme, aux intégristes, aux liens qui les unissent ? Soit ! Mais qui veut-on convaincre. Nous, les Européens ? C’est fait ! Les peuples sous domination fondamentaliste ? Mais leurs dictateurs n’attendent que cette provocation pour retourner le boulet. Sûr que dans leurs mosquées, des fanatiques auront su souffler sur les braises : « Ils ne respectent rien, ni les femmes, ni Dieu, ni la religion… ».
Justement : le JDD, ce dimanche, publiait un intéressant témoignage de Guy Coq, philosophe chrétien. « Assimiler le prophète à un poseur de bombe, par-delà l’insulte, est une faute énorme quand, précisément, l’enjeu du débat avec les extrémistes consiste à montrer qu’ils sont finalement infidèles au prophète ! ». Coq, à juste titre, pourfend l’amalgame : « Le message politique envoyé aux croyants de l’islam, par certains dessins, est politiquement et moralement néfaste ». J’adhère à ce diagnostic.
Certes, Cabu, l’excellent et horripilant Cabu, avait raison vendredi, dans Libé : « On doit pouvoir critiquer toutes les religions, il n’y a pas de délit de blasphème… ». Mais l’erreur, c’est de ne pas comprendre à quel point la question religieuse est aujourd’hui politique. Le philosophe Marcel Gauchet (Le Figaro, 3/02/06) pose naïvement la question : « Qui, parmi les catholiques, aurait l’idée de mettre en scène un tel esclandre planétaire ? ». Personne, évidemment, encore que…rappelez-vous le scandale suscité par la publication de l’affiche (honteuse, elle aussi, à cause de l’amalgame avec la croix gammée) du film « Amen » de Costa-Gavras. Mais si une telle affaire ne susciterait jamais un tel tollé chez les chrétiens, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas autant de théocratie se réclamant du Saint-Siège.
En terre d’islam, justement, beaucoup de régimes réactionnaires, voire des dictatures, assoient leur pouvoir sur la crédulité des fidèles dont il est facile de manipuler l’indignation.
Toute la presse a raison de douter de la sincérité des indignations dans les chancelleries, dans les mosquées, et même dans les rues de ces pays. Mais c’est être sourd aussi de ne pas entendre la détresse sincère de nos musulmans européens qui disent, dans les courriers des lecteurs de Libé, sur les sites internet ou dans les radios, combien ils se sentent eux-mêmes blessés par l’inconscience de ces artistes, planqués derrière les protections juridiques occidentales, loin des théâtres sanglants de la confrontation.
Franchement, ce qui a manqué à nos caricaturistes, c’est de la perspicacité, mais c’est surtout de l’humour. Pétillon, lui, en a. J’ai lu, ce week-end, « L’affaire du voile » publiée par Albin Michel. Dans cette histoire, les fondamentalistes en prennent plein les dents. Mais c’est raconté avec beaucoup de chaleur, d’affection même, et la dérision est si imparable qu’elle ne laisse place à aucun contre argumentaire.
A ce jour, Pétillon n’a pas subi de fatwa. Le Recteur de la mosquée de Paris lui a décerné un brevet d’humour, sans autre mise en garde. (Il est vrai aussi que la BD de Pétillon, contrairement aux caricatures danoises, n’a pas fait l’objet d’une diffusion mal intentionnée, aux sorties des écoles coraniques, à Damas ou à Djakarta !).
A ce jour, personne n’a osé demander le boycott du dessinateur breton. Preuve que son attitude est bien plus efficace. « Dieu est humour » dit Libé, ce matin, qui signe un joli portrait dudit Sieur. Assurément. Et quand on écoute toute la nouvelle génération d’acteurs comiques issus du Maghreb, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils savent cogner sur les barbus et autres fanatiques, Dieu est sacrément tolérant…quand on lui permet de se marrer aussi.
Posté par M.E.L. le 6 février 2006 dans
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17 janvier 2006
Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles
J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…
Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).
Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :
1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).
2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.
3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.
a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.
b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».
c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).
4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.
Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :
a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.
c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).
Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :
1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.
2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).
3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).
Bon, voilà encore un bon plan de travail…
Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans
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19 décembre 2005
Rugby en berne : Jacques Fouroux rejoint les Dieux du stade

Lors de l’inauguration de notre usine à Laqueuille, le 17 octobre 2005 » (Photo J. Bibard)
Deux opérations chirurgicales, quelques excès culinaires, une petite dose d’inimitiés qu’il avait su d’ailleurs attiser, et surtout une passion effrénée pour le ballon ovale…ont eu raison de la santé de Jacques Fouroux.
« Le petit caporal » était un habitué du siège parisien des Centres E. Leclerc. De Toulouse, il arrivait tôt le matin. Il prenait plaisir à « papoter » avec les hôtesses d’accueil. Je l’ai vu signer en riant un autographe pour lequel un chauffeur de taxi l’avait poursuivi jusque dans le hall. Fréquemment, nous partagions un petit café juste avant qu’il rentre dans la mêlée de la négociation commerciale. Et oui, Jacques Fouroux avait, dans sa vie, revêtu plusieurs casquettes. Dont celle de représentant de commerce « multicartes ».
Mais avant d’être un professionnel de la relation publique, c’est évidemment le rugby qui l’a fait entrer dans le cœur des Français. Mercredi prochain, dans la cathédrale d’Auch, ils seront des milliers, je n’en doute pas, à venir lui rendre hommage.
Demi de mêlée, il a connu sa première sélection en 1972 et cet engagement a été réitéré 27 fois. En 1977, ce petit bonhomme au profil napoléonien a mené l’équipe de France au deuxième Grand Chelem de son histoire. Mais c’est en tant qu’entraîneur qu’il remportera 6 tournois dans les années 80 et conduira les Bleus jusqu’en finale de la coupe du monde.
Très lié d’amitié avec des adhérents E. Leclerc du Sud-Ouest (de Montauban, Toulouse, Tarbes, Lourdes, notamment), mais aussi d’Orléans et de Franconville, il a tout fait pour nous convaincre de sponsoriser ce sport. Et quand ce n’était pas avec Laurent Spanghero (devenu, lui, fournisseur de cassoulet), c’est à ses côtés, depuis les gradins, que j’ai eu le bonheur de suivre quelques matchs notoires.
Tous les journaux (dont L’Equipe qui, ce matin, lui consacre 3 pages) ne tariront pas d’éloges sur la personnalité fantasque, mais généreuse, de ce mousquetaire. Mais la réalité ne fut pas toujours rose pour lui, notamment ces dix dernières années.
Du temps de son action sportive et de sa gloire, le rugby ne nourrissait pas ses hommes. Pas de patrimoine accumulé, comme ont pu en constituer nombre de footballeurs, repus de somptueux contrats publicitaires. Comme d’autres confrères rugbymen, il a dû trouver un métier tout en gardant le pied (et le cœur) sur les stades.
Alors, Jacques Fouroux a revêtu les habits d’un agent multicartes. Avec des fortunes diverses, au gré de la solidité de ses employeurs, mais aussi de ses emportements et d’une disponibilité toute relative. Nos adhérents l’ont connu vendeur de foie gras, de champagne et de Clairette de Die. Plus récemment, il représentait les intérêts d’un grand groupe allemand, Freiburger, l’un des leaders mondiaux de la pizza.
Homme pressé, jugé quelquefois autoritaire, il a bousculé quelques mandarins et piétiné des plates-bandes. Du coup, il s’est fermé des portes à la Fédération. De club en club, son itinéraire récent (Grenoble, Toulon, Italie) devenait son chemin de Damas. Pourtant, personne ne doute aujourd’hui qu’il voulait servir la collectivité du sport.
Entre matchs et casse-croûtes, il avait su nouer avec nous des rapports amicaux. Il venait aux inaugurations de magasin (et dernièrement à celle de notre usine d’eau de source à Laqueuille). Il savait ne rien demander, alors que, peut-être, il aurait dû. On le savait toujours disponible pour tel ou tel président de club ou pour servir d’intermédiaire à un joueur dont il glissait le CV : « Des fois que tu pourrais faire quelque chose pour lui ».
Passionné (avec les excès de ses passions), il aura passé trop de temps à donner des coups de main aux autres plutôt que de s’assurer une solide carrière. C’est probablement cet éparpillement qui aura eu raison de son grand cœur.
Au nom de tous les collègues qui, dans mon groupe, ont apprécié son amitié, et de la part d’une enseigne devenue, grâce à lui, l’un des premiers sponsors des clubs de rugby, je voudrais, ici, dire tout le bien qu’on pensait du bonhomme et souhaiter à sa famille de surmonter cette épreuve avec courage.
Posté par M.E.L. le 19 décembre 2005 dans
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14 décembre 2005
Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes
Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).
Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.
L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.
Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :
- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.
C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.
J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :
1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.
2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.
3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).
4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.
Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.
C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.
Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).
L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.
Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans
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