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1 avril 2006

Microcrédit et solidarité : des femmes indiennes multiplient les « groupes d’entraide »

On dit que c’est au Bangladesh qu’est né « le microcrédit ». L’initiative en reviendrait à Muhammad Yunus qui créa, dès 1983, la Grameen Bank pour faciliter les prêts aux familles les plus démunies. Mais c’est en Inde que ce marché « prolifère »… Les banques, les ONG, les associations caritatives, humanitaires ou tout simplement familiales, contribuent à l’essor de cette forme de financement. Tantôt, c’est un groupe de femmes qui peut bénéficier d’un emprunt à court terme pour acheter des machines à coudre et lancer une mini collection de vêtements. Tantôt, c’est une petite société de transport, nouvellement créée par des jeunes, et que parraine une association d’entreprises, pour livrer des colis. Etc.

A Tirupur, la présidente de l’ICCW (Cf. ma note du 29/03/06) nous a entretenus d’une autre forme de mutualisation financière, le « Women Self Help Group ».

Chaque semaine, des femmes décident d’épargner une petite partie de leur salaire. Elles dotent progressivement un fonds commun d’épargne. L’objectif est multiple :

- Pouvoir prêter à l’une d’elles des petites sommes pour couvrir une dépense exceptionnelle (frais de mariage, achat d’une machine à laver, etc.) sans passer par d’onéreux usuriers.
- Investir ensemble dans des petites activités génératrices de revenus : atelier de couture, de céramique, organisation de l’accueil saisonnier des touristes…
- Compléter les capacités d’emprunts bancaires de l’une d’elles, etc.

L’ICCW parraine ou organise 250 groupes d’entraide de ce type.

La démarche est très constructive. Elle a un effet positif sur le renforcement des liens sociaux dans la ville ou les quartiers. Elle suppose une démarche volontariste de chacune des femmes adhérentes, une certaine abnégation et un grand effort de solidarité.

Mais surtout, cette mutualisation financière constitue une formidable opportunité pédagogique. Elle participe de la lutte contre l’illettrisme, sert de modèle éducatif à des adultes et les initie à la gestion budgétaire, à l’économie.

P.S. : Dans l’avion qui me ramène sur Paris, je découvre dans « Le Nouvel Observateur » (30/03/06) un article assez complet sur le sujet : « Quand les pauvres intéressent les banquiers ». Patrick Fauconnier rappelle l’explosion de ces formules de financement en France même. Je découvre à l’occasion qu’il existe une « semaine du microcrédit » lancée par la pionnière française, Maria Nowak, présidente de « l’Association pour le Droit à l’Initiative économique » (Adie). Patrick Fauconnier conseille aussi la lecture de « Portraits de microentrepreneurs » préfacé par Jacques Attali (créateur de PlaNet Finance) et Muhammad Yunus (Editeur Le Cherche Midi).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 1 avril 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable , Economie , Engagements , Portraits / Rencontres (DD) , Société
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31 mars 2006

Labels équitables : rien n’est parfait…et c’est normal !

Après les chaleurs sèches du Tamil Nadu, c’est à Koshi (Kerala), dans l’ancien comptoir portugais de Cochin, que nous retrouvons Tristan Leconte, le dynamique fondateur d’Alter Eco.

Sur les bords de l’estuaire, verre à la main, il est prolifique, insatiable pour commenter les vertus du fair trade (commerce équitable). Il y consacre toute son énergie. Les dirigeants d’une coopérative voisine en restent pantois. Ils ne comprennent manifestement pas tous les savants raisonnements que TL exprime dans un anglais très business et saccadé, mais ils savent leurs intérêts bien représentés par cet ambassadeur boulimique et sympathique de la cause des petits producteurs.

En France, les débats sur le commerce équitable passionnent partisans ou détracteurs du projet français de normalisation. On y fustige assez facilement les grandes entreprises qui veulent développer leurs propres marques équitables (industriels ou GMS). On disserte sur ce qui pourrait vraiment être autorisé à porter le label. On en dénonce les dérives : « Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on en oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé » ; « Malongo fait aussi du non équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing » ; « La GMS vend de l’équitable, mais ses propres pratiques commerciales ne le sont pas », etc. Sous-jacente à ces propos, on sent poindre une certaine méfiance pour l’extension du label Max Havelaar à des filières qui ne seraient pas reconnues comme des « pure players ».

Idéologie contre principe d’efficacité ? Même si elles sont parfois byzantines, ces querelles ont quelques raisons d’être. Le marché se développe et attire des opportunistes. Mais pour Tristan Leconte, ces débats traduisent aussi la nostalgie de quelques idéologues, qui ont tendance à idéaliser le concept, au risque d’oublier les aspirations concrètes des producteurs du Sud. Eux ont besoin que les marchés se développent !

Justement, aujourd’hui, TL est très en colère. Il fait très chaud, 36 ou 37 ° avec un fort taux d’humidité, et ça n’apaisera certainement pas son courroux. L’émission TV « Capital » diffusera, ce dimanche, un reportage sur le commerce équitable. TL s’est plié aux exigences de l’équipe de Guy Lagache. Il a ouvert ses comptes et celui des producteurs brésiliens vers qui il a guidé l’équipe de Capital. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’un journaliste, lors d’une halte chez la grand-mère d’un des coopérateurs, a repéré (et filmé) une piscine (un bassin de béton !). Ah, ah ! N’est-ce pas la preuve que le sur-prix payé par les consommateurs en achetant un label Max Havelaar…ne finance pas forcément des infrastructures sociales ou éducatives…

Ecoeurement de TL : 54 heures de film pour arriver à une mise en scène qui va installer tant de scepticisme ! « C’est dégueulasse pour ces producteurs. Comme si on devait remettre en cause chaque système au moindre grain de sable… ».

Il fulmine et tente, par téléphone, d’enrayer cette dérive médiatique, décidément un peu systématique chez Capital.
TL veut en profiter pour convaincre mes collaborateurs et les journalistes qui m’accompagnent de l’intérêt d’une démarche progressive, forcément chaotique et difficile.

La démonstration, c’est à deux heures de Cochin (embouteillages compris) qu’il veut la faire. Quittant les villes, pénétrant un somptueux paysage de rizières et de forêt tropicale (arbres à caoutchouc), il nous transporte à Nadukkara. Une coopérative, N. Agro Processing Company, tente de regrouper les fermiers de 21 « panchayats » pour y produire des mangues, des bananes et surtout des ananas qu’elle vend frais ou transformés en concentré de jus.

Ici, et contrairement à de nombreuses coopératives labellisées Max Havelaar, ce ne sont manifestement pas les producteurs qui ont choisi, eux-mêmes, leur destin. C’est grâce à l’alliance de l’état du Kerala (premier gouvernement communiste de la planète à avoir été démocratiquement élu !!!), de la municipalité de Muvattupazha et d’experts de la Commission Européenne…que le projet a vu le jour.

Ces fermiers sont très pauvres, cultivent 0,7 acre en moyenne, vivent chichement. Quelques cultures complémentaires (gousses de vanille, noix de coco), des vaches, des poulets…

Alter Eco est leur premier client « fair trade ». D’Alter Eco, ils perçoivent 54 % de revenus en plus. Soit pour la coopérative, une somme supplémentaire de 9 000 euros en 2005.

Si l’on était tatillon, les critères drastiques qui prévalent à l’obtention du fabuleux label « Max Havelaar » ne devraient pas s’appliquer encore à ce projet.

- La coop ne commercialise que 12 % de sa production en « équitable ». Pour vivre, elle conditionne des jus de fruits de marque pour le marché indien.
- Dans l’usine (immense et qui tourne à moins de 20 % de ses capacités), les audits font apparaître bien des manquements au cahier des charges (sécurité, sanitaires, information des salariés). A Tirupur, je disais que partout étaient affichées les chartes éthiques des grandes marques. Ici, pas une pub pour le commerce équitable ! Pour le coup, on peut s’interroger sur la sincérité et le degré de l’engagement…
- Surtout, on voit bien que le projet est piloté essentiellement par un directeur technique, avec l’appui de quelques experts fournis par l’état. C’est d’ailleurs l’état qui nomme le président de la coopérative, le premier des producteurs n’étant que vice-président. Théoriquement, ce sont les producteurs qui devraient diriger cette entité. Interpellés par TL, aucun d’entre eux n’est capable de citer le chiffre d’affaires 2005, ni d’aligner le moindre chiffre sur les réinvestissements sociaux.

Oui, tout cela fait un peu « bricolo ». Mais peut-on imaginer autre scénario quand on sait le niveau de pauvreté, d’illettrisme, et d’isolement des habitants de ces zones rurales.

Tristan Leconte n’en démord pas (et il est diablement convaincant). Le commerce équitable, ce n’est pas un intégrisme dont les règles auraient été fixées par des Occidentaux. C’est une démarche progressive qui nécessite de notre part compréhension, patience et entraide.

Le message est d’ailleurs clairement passé. Le directeur désigne un bâtiment en construction. C’est le futur centre de formation pour les agriculteurs. Il est situé de l’autre côté de la route, hors les murs de la coopérative… Une initiative très concrète, mais aussi toute symbolique puisqu’elle se veut ouverte à tous, et pas simplement aux adhérents de la coop.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 31 mars 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Commerce équitable , Développement durable , Engagements , Société
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29 mars 2006

La scolarisation plutôt que le travail des enfants : les convictions d’une grande dame indienne

Tirupur, état du Tamil Nadu. Je suis parti depuis deux jours en Inde du Sud. Pas facile de répondre à vos commentaires, ni de réagir aux soubresauts de la vie politique française. Avec la distance, je mesure l’importance des évènements, mais ils ne me parviennent, ici, qu’à travers la loupe déformante de BBC News et de CNN (pas de TV5, ni même de médias francophones dans cette région, malgré l’intérêt du boom économique).

Ici, la France ne pèse pas vraiment 1,7 % des investissements. La visite de G. Bush a éclipsé, dans les médias économiques, le passage de J. Chirac. Dans les salles de classe, il y a, comme en France, des cartes de la planète. L’Inde y est représentée au centre, très imposante, avec, à sa droite, la Chine, les dragons asiatiques jusqu’au Japon. A gauche, après l’obsédant Moyen-Orient, la France apparaît comme l’Alaska de nos propres cartes, une terre anonyme qui fuirait le monde vers des confins incertains.

Comme me le répétait encore récemment Monsieur Dominique Girard, ambassadeur de France à Delhi, tout est « à faire (économie, culture) si l’on veut jouer ici ne serait-ce qu’un second rôle ».

J’y suis venu pour m’enquérir de l’avancement de projets sociaux dont nous sommes partenaires :

- La côte Est du Tamil Nadu a été salement ravagée par le tsunami. Avec « La Voix De l’Enfant » et des ONG locales, notre enseigne a co-financé des programmes de reconstruction (Cf. mes notes des 28/06 et 18/11/05).

- Dans la vaste région de Tirupur, nous sommes engagés dans un partenariat éducatif : équipement d’écoles publiques, construction d’un complexe scolaire (du cours préparatoire à la terminale).

Hier donc, les habitants de Karur (14 000 habitants) nous ont offert une superbe fête : fleurs, discours, prêtre, plantation d’arbres, danses… Les quelques collaborateurs, journalistes et cadres d’ONG qui étaient présents, n’en revenaient pas. Mais paraît-il, c’est incontournable. C’est une tradition d’accueil. Et c’est aussi, comme le dit Madame Damodaram, « une manière de faire comprendre que toutes ces réalisations ne tombent pas du ciel ».

Andal Damodaran est une petite femme, mais c’est une grande dame. Elle a la cinquantaine naissante, elle est élégante dans son sari, le regard est franc, le sourire est assez rare, mais complice. Elle fait partie de ces Indiennes passionnées, souvent de haute caste, qui s’engagent dans l’humanitaire. Elle préside l’ICCW, l’ONG qui pilote, ici, notre projet.

L’ICCW (Indian Council for Child Welfare) se préoccupe des problèmes de nutrition et de l’exploitation des enfants. L’association gère des centres d’appel, des résidences pour enfants abandonnés, des centres pédagogiques et sanitaires dans toute l’Inde. Sa présidente considère que la scolarisation des enfants est une priorité nationale.

Les écoles ne manquent pas. Le Tamil Nadu (62 millions d’habitants) en compte 32 000 et 6 000 collèges. Mais 90 % du budget de l’Etat sert à la construction et à l’acquisition des bâtiments, ainsi qu’au salaire des professeurs. Les équipements, eux, laissent à désirer. Souvent, il n’y a pas de tables pour écrire, pas de cahiers, encore moins d’ordinateurs (pourtant nous ne sommes ici qu’à 400 km de Bangalore, la Silicon Valley indienne !). Quelquefois, pas de sanitaires : les jeunes filles fuient, vers l’âge de 12 ans, cette précarité (les parents, en tout cas, s’en servent de prétexte pour extraire leurs enfants).

Pertes en ligne :
Si 96 % des enfants du TN sont scolarisés dès le cours préparatoire, leur nombre décroît avec la classe d’âge supérieur. En première, il n’en reste que 30 %. Démotivés (70 élèves par classe !), sans possibilité de soutien scolaire à la maison (les parents sont souvent illettrés), les élèves quittent l’école vers 12-13 ans. La plupart du temps, pour travailler chez des artisans, à la ferme, dans des petits restaurants ou dans des familles plus riches, comme domestiques.

Les castes, une barrière ?
Pas en tant que telle, répond A. Damodaran. Les écoles publiques sont gratuites, dans la langue des états, accessibles à tous. Illustration : l’Inde a même élu un intouchable à sa tête ! C’est plutôt le niveau de revenus qui est discriminant (notamment pour les castes inférieures), car la scolarisation longue des enfants est un manque à gagner.

C’est l’argument principal des parents. Ils considèrent que l’enseignement est trop académique, pas adapté au marché de l’emploi. L’enseignement, au collège, est pour certains « un luxe » quand il faudrait, dès 14 ans, accéder à une formation utile, professionnelle…

L’action de CASI :
Pour contrer ces comportements, une dizaine d’industriels ont créé le « Corporate Alliance for Social Initiatives ». Certains sont mus par des pensées religieuses. D’autres, moins philanthropiques, considèrent qu’il est bon, pour la productivité de leur entreprise, de pouvoir accéder à une future main-d’œuvre plus qualifiée. Plusieurs sont nos fournisseurs. Nous avons accepté leur demande de partenariat à condition qu’ils se soumettent au contrôle de l’ONG.

Le programme d’action :
Outre, l’école de Karur (qui comprendra un CP, un collège, un centre de formation aux métiers du textile), l’investissement porte sur cinq autres établissements. Des écoles publiques, en zone rurale et à Tirupur (5 000 élèves au total). Il s’agit de créer de nouvelles salles de classe, de les équiper, de payer d’autres professeurs, de construire des réfectoires, des infirmeries, etc. (Quelquefois, les problèmes sont dramatiquement « terre à terre ». Dans une école de 300 élèves, les enfants ne disposant d’aucun sanitaire, doivent traverser une route dangereuse et rejoindre un champ peuplé de serpents !).

A la fin de la (très longue) cérémonie d’inauguration, Madame Damodaran m’a pris le bras. S’exprimant dans un anglais qui abuse des « dentales », elle a insisté : « c’est bien de faire des audits sociaux dans les entreprises, ça ne peut qu’améliorer le sort des employés. Mais si l’on n’éduque pas leurs enfants, on restera longtemps dans le sous-développement ».

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 29 mars 2006 dans Actualités / Débats (DD) , Développement durable , Engagements , Société
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21 mars 2006

CPE : Sortir du blocage, vite !

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© Weck / 1D-photo

Vue de l’étranger, l’agitation française ne fait même plus sourire. Quelles que soient les appréciations de nos partenaires chefs d’entreprise ou de nos interlocuteurs politiques, l’affaire du CPE révèle une France si caricaturale que même les journalistes de la perfide Albion n’ont jamais osé en brosser le trait. Rendons-nous compte : il y a seulement quelques mois, nous donnions des leçons aux autres Européens pour dénoncer l’absence de projet social…et revendiquer le nôtre : le modèle social français !!! Quelle prétention !

Le courage est une vertu. On veut bien en créditer Villepin. Mais combien de capitaines courageux ont, par orgueil ou par aveuglement, précipité leur vaisseau sur des récifs. Il a voulu passer en force, sans même pouvoir compter sur des alliés. Voilà qu’il donne un os à la gauche, toutes composantes réunies. S’il retire son projet, il fait perdre son camp. Et probablement aussi toute capacité de réforme du droit social d’ici 2008. S’il s’arc-boute, encore conviendrait-il qu’on puisse sereinement amender le projet, qu’on reste sur le terrain de l’emploi et qu’on évite la surenchère politique.

Ca n’en prend pas le chemin. Forts des points déjà marqués dans l’opinion, les syndicats pourraient tout à fait accepter d’amender le CPE. Mais l’occasion est trop bonne pour prendre la revanche du CNE, remotiver les troupes, et recruter chez les jeunes ! Ils réclament, comme les étudiants, le préalable du retrait du CPE. Mais à supposer qu’ils l’obtiennent, en quoi la donne sociale aura-t-elle concrètement avancé !

Il n’y a pas de proposition alternative. Pour s’en convaincre, il suffit de plonger dans les incontournables interviews des leaders syndicaux, politiques ou étudiants ! C’est vite fait. Que du bâclé !

La CGT parle vaseusement d’une « pré-scolarité financée par l’Etat pour les jeunes chômeurs sans qualification ». La CFDT plaide pour un « revenu d’autonomie ». Quant au PS, il n’a toujours pas tiré un trait sur la méthode Aubry. Voilà généreusement qu’il prône « une rémunération minimale garantie » pour nos jeunes, dans le cadre d’un processus d’insertion des plus flous !

Tout dans le traitement social ! Rien, malgré les contributions de DSK ou de Rocard, pour améliorer la fluidité du marché du travail ou revaloriser la politique contractuelle. Ah ! Ils peuvent tous se revendiquer du modèle danois ou de l’expérience de Tony Blair ! C’est bien pour l’image. Mais dès qu’il faut redevenir concret…coucou, les vieux démons !

Le comble, c’est l’attitude des présidents d’université.

Pétochards, incapables de faire respecter le droit dans leur propre université, voilà qu’ils s’avisent de donner des leçons !

Le CNE, comme le CPE, avait pour vocation d’œuvrer pour les jeunes non qualifiés, dont 40 % sont au chômage. Que viennent, ici, revendiquer les diplômés (Sciences Po en grève, quel luxe !) et les universitaires qui n’ont, par ailleurs, jamais manifesté la moindre solidarité à l’égard des filières d’apprentissage.

Et puis, surtout, comme le dit F.X. Pietri dans son éditorial de La Tribune, c’est quand même un comble de voir tout le haut de gamme de l’Education Nationale se joindre au mouvement de contestation, eux qui « avec l’éducation nationale tout entière, ont une large part de responsabilité dans le malaise (actuel). C’est d’abord parce que l’école, qu’elle soit primaire, secondaire ou supérieure, ne prépare pas les jeunes à leur entrée dans la vie active qu’ils butent à sa porte ».

Il serait temps qu’on arrête cette partie de poker menteur.

S’il s’agit de lutter contre le chômage, il faut savoir affronter les problèmes de manière pragmatique et sans tabou.

1) Le gouvernement ne peut pas dire être prêt au dialogue et, en même temps, se retrancher derrière la prétendue impossibilité « de remettre en cause un texte qui a été voté démocratiquement et souverainement par l’Assemblée Nationale ».

2) Le patronat doit parler franc : j’écoutais, samedi matin, sur RTL, Denis Gautier-Sauvagnac, Président de l’UIMM (MEDEF), interrogé par Jean-Michel Aphatie. Il disait en substance : « Il n’y a pas de précarité nouvelle, on ne pourra licencier à la tête du client, le droit du travail s’applique ». Mais quand le journaliste demande pourquoi alors on n’inscrit pas dans le contrat cette forme d’obligation qu’impose le droit général, DGS s’exclame : « Ah, non, ça enlèverait tout l’intérêt du CPE ! ».

J’ai beau être chef d’entreprise, militer pour la simplicité et la fluidité du droit du travail, cette réponse me choque. Elle jette le doute sur les intentions.

3) Le CPE peut être amendé. Comme l’ont dit plusieurs députés, rien n’empêche d’améliorer le dispositif. Même Monsieur Balladur propose qu’on précise les conditions de licenciement.

4) Il faut arrêter de faire du CPE un remède miracle. Il est probablement utile dans les PME ou pour faciliter l’embauche des jeunes les moins qualifiés. Mais un groupe comme le mien ne créera pas plus d’emplois avec le CPE. Denis Olivennes, PDG de la Fnac, qui répondait comme moi aux journalistes dans les stands du salon du livre, pense exactement la même chose.

Et puis le CPE ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. C’est par pure gloriole que Villepin en a fait une mesure emblématique de la lutte contre le chômage. Foutaise. On ne fera pas, même avec le CPE, l’économie d’un traitement de choc : baisse des charges, diminution du train de vie de l’Etat et du ponctionnement de la sphère privée vers la fonction publique, remise en cause du système éducatif, etc.

Les jeunes n’ont rien à gagner au pourrissement de la situation. Et ce serait sacrément irresponsable, de la part de l’opposition, que de sacrifier l’avenir de nos jeunes à ce rapport de forces qui ne produira rien de concret. (François Hollande est-il crédible quand il demande de différer l’application du CPE à 2007 ? Alors qu’on sera en pleine période électorale ?).

Sauf à rêver (ou à rechercher) un avancement du calendrier électoral, il est urgent de sortir des tranchées dans lesquelles chacun s’est enterré.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 21 mars 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Economie , Politique , Société
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17 mars 2006

Pandémie, canicule : La grande distribution incontournable ? Plus que vous ne l’imaginiez !

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© Adieu, un film d'Arnaud des Pallières

L’un de mes adhérents de la région parisienne a glissé sur mon bureau, une lettre à entête d’un « service interministériel de défense et de protection civile ». Elle est signée du directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise.

J’ai d’abord cru à un gag. Imaginez votre réaction en tombant sur le paragraphe suivant : « Dans le cadre de la rédaction du Plan de Gestion des Décès Massifs, mes services recensent des entrepôts susceptibles d’accueillir des corps avant mise en bière. C’est pourquoi je vous remercie de bien vouloir m’indiquer la surface de votre entrepôt de froid positif qu’il vous serait possible de réserver à cet effet, ainsi que la température utilisée dans celui-ci. »

Nous voilà transportés dans l’univers de Blade Runner, ou mieux encore des « Immortels » d’Enki Bilal. Frisson garanti.

Je me concentre un peu, relis la lettre. Elle est bien adressée au directeur de l’un de nos 16 entrepôts régionaux.

Quoi, que lis-je, m’interpellais-je ? Nous aurait-on menti en haut lieu. La pandémie (grippe aviaire) serait-elle à nos portes, fatale, telle la Grande Faucheuse en massiv-attack?

Point du tout. L’investigation à laquelle se livre ce service interministériel répond à une tout autre préoccupation :
« Suite à la canicule de l’été 2003, un groupe de travail a été mis en place afin d’étudier l’organisation des pouvoirs publics face aux situations de décès massifs.
Un rapport édité en mars 2004, fait apparaître des solutions susceptibles d’optimiser la procédure de gestion des décès massifs. »
...etc.

Oui, vous avez bien lu. Officiellement, la grande distribution serait donc, le cas échéant, requise pour stocker les dépouilles de tous les aïeuls, morts d’un mauvais coup de chaleur…abandonnés par une progéniture égoïstement installée dans le confort des CPE et du téléchargement gratuit…

Auchan, Carrefour et les autres Monop pourraient se féliciter de la reconnaissance tardive, discrète, mais ainsi officialisée de leur indispensable intermédiation. Certains de mes collaborateurs, qui ont lu Reiser et goûté aux facéties de Vuillemin (auteurs insolents d’Albin Michel), voient dans cette demande administrative l’opportunité de proposer une nouvelle diversification commerciale pour l’enseigne : plutôt que de stocker des macchabées (j’ai déjà un oncle qui officie dans les pompes funèbres, tout en parasitant l’enseigne), pourquoi ne pas transformer nos entrepôts frigorifiques en nurseries estivales du troisième âge. Surtout, que la bière, elle, est stockée tout contre… Bof !

Plus sérieusement ! Cette missive nous transporte crûment dans une réalité dramatique que les deux dernières générations de Français n’ont pas eu à connaître, et dans une hypothèse que le risque de pandémie nous oblige malheureusement à anticiper.

Mais s’il s’agit vraiment ??? d’anticiper la canicule, ne serait-il pas plus utile de faire le recensement des bâtiments qui, abritant des personnes âgées, ne sont pas dotés d’un système d’air conditionné. Et, incidemment, de prévoir qu’on leur porte, cet été, une petite bière…bien fraîche. Qu’en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 mars 2006 dans Actualités / Débats (Distrib.) , Distribution , Pêle-M.E.L , Société
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14 mars 2006

CPE : Et l’emploi dans tout ça ?

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Hypocrisie, erreur tactique, instrumentalisation et manipulation : l’affaire du CPE tourne à la farce politique. Comment ne pas renvoyer dos à dos syndicats et politiques dans cette affaire, dont on ne voit pas comment elle pourrait favoriser dans notre pays le retour aux valeurs d’effort, de travail. Et réconcilier la jeunesse et l’entreprise.

1) Beaucoup de professionnels en conviennent. La bonne solution eût été d’unifier les contrats de travail : supprimer les CDD, généraliser le CDI, quitte à rallonger la durée de la période d’essai, mettre plus de souplesse dans les conditions de résiliation du contrat, et introduire une échelle de progressivité dans les contreparties financières en cas de licenciement.

2) Les syndicats n’ont jamais voulu de cette réforme. « On ne touche pas au droit du travail ». Malgré la centaine d’études dénonçant les rigidités du marché du travail, les mêmes syndicats n’ont que rarement fait des propositions alternatives.

3) D. de Villepin a voulu contourner la difficulté. On ne peut décemment lui reprocher la tentative. C’était même courageux. Il a donc conçu le CNE. Le packaging était présentable et socialement acceptable. Les éventuels utilisateurs (artisans et très petites entreprises) n’ont rien de repoussoirs. Et qui peut nier l’ampleur du chômage qui touche les jeunes sans qualification et les travailleurs manuels.

Le risque était d’ailleurs marginal. Croyez-vous vraiment que nos intellectuels, nos cadres, nos familles bourgeoises allaient se mobiliser contre le CNE alors que leurs enfants n’étaient pas particulièrement visés par cette réforme ?

4) Conforté par cette sorte de résignation populaire, Villepin a cru qu’il pouvait généraliser le processus en instaurant le CPE. Erreur.

..Parce que, dans ce cas, on changeait de clientèle. Tous les jeunes se sont sentis concernés. Du « sans qualification » au « diplômé d’IUT ». Du « banlieusard » qui se sent déjà méprisé, au « jeune bobo » à qui l’on a fait découvrir la notion de précarité.

De plus, la com de Matignon a créé le flou. Au lieu de mettre en avant des critères d’innovation, d’adaptation au marché et de garantir nos jeunes contre les abus d’une pratique trop paternaliste, les promoteurs du projet n’ont eu d’autre argument que d’opposer…la précarité du CPE à celle du chômage !!! « C’est ça ou rien », le CPE ou le chômage. Quel mauvais discours, effets pervers assurés. Même les titulaires actuels d’un CDI se sont sentis menacés, considérant qu’il y avait risque de substitution.

5) Mais pour qui veut s’attaquer vraiment au chômage des jeunes, rien n’était encore, ces deux dernières semaines, vraiment irréparable.

Là encore, tous les juristes confirment. Il y a, dans la jurisprudence française et dans les principes généraux du droit du travail (OIT), l’arsenal des textes qui permettaient de pallier aux critiques du CPE. Le ramener dans le giron d’un vrai CDI ; créer l’obligation de motiver le licenciement, s’appuyer sur les notions d’abus de droit pour réprimer toute tentative de discrimination ou de rupture illégale de contrat, mieux indemniser, etc...

6) Trop tard.

A la tête des jeunes, pourtant jusqu’ici relativement peu mobilisés, les avant-gardes patentées de la contestation ont pris les rênes des AG et rêvent d’en découdre.

Aubaine pour les syndicats. Hier, incapables de mobiliser massivement contre le CNE, ils se raccrochent au mouvement étudiant et réclament désormais la suppression du CPE.

Aubaine aussi pour le PS. Pour ne pas laisser à Fabius le gauchissement du discours, Ségolène fait surenchère d'opportunisme : la Présidente de la région Poitou-Charentes annonce, en toute illégalité, qu'elle n'accordera pas d'aide aux entreprises utilisant CPE ou CNE. François Hollande approuve, passant outre au vote parlementaire !!!

En face, pour avoir trop joué perso, Villepin n’arrive pas à rassembler la droite. Les ministres Borloo, Breton et Sarkozy ne veulent pas jouer les seconds couteaux.

Mais pire encore, pour avoir rameuter un MEDEF qui n’était pourtant pas demandeur, voilà le CPE affublé des seuls intérêts patronaux. Qui, dans le peuple, en voudrait encore ?

Finis donc, n’en déplaise à Villepin, les débats techniques et les raccommodages. La faute tactique est impardonnable. A l’UMP, on prie pour que le Constitutionnel casse le dispositif et offre ainsi au gouvernement une obligation de retrait qui priverait les syndicats du rapport de force.

Quel gâchis. Comment voulez-vous après ça qu’on revienne sur l’ouvrage. Qui osera, d’ici 2007 (les présidentielles), s’attaquer, d’une manière ou d’une autre, aux rigidités du marché du travail.

Piètre consolation, il restera le marché de l’intérim qui n’a curieusement jamais mobilisé la gauche contre lui, malgré ses CDD, malgré ses aléas…

Chômez, jeunesse, chômez en paix, nos futurs candidats pensent bien à vous et vous donnent rendez-vous…en 2008 ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 mars 2006 dans Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Economie , Politique , Société
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6 février 2006

Caricatures et droit d’expression : L’humour plus fort que le mépris

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Ce week-end, dans la presse, une photo d’un supermarché égyptien : « Dear clients, we express solidarity with islamic and egyptian community. Carrefour don’t carry Danish products ». L’occasion pour quelques journalistes d’obtenir la réaction d’un autre distributeur, face aux appels au boycott.

Dans un premier temps, j’ai réagi comme tous ces hommes politiques, ces écrivains, ces dessinateurs : pas question de se laisser impressionner. Ne cédons pas à la censure, défendons la liberté d’expression ! Et puis, j’ai pris un peu de recul, j’ai regardé les caricatures litigieuses, observé les dégâts, essayé de faire la part des choses.

1) Tout d’abord, le franchisé Carrefour du Caire a probablement pris la bonne initiative. Facile de faire le beau dans une Europe sécurisée. Mais en regardant les images de violence retransmises par les télés, la défense de ces caricatures mérite-t-elle qu’on mette en péril des vies ? Non, je ne le crois pas. En tout cas, si ce commerçant avait été sous mon enseigne, je reconnais que je n’aurais pas su lui objecter quoi que ce soit.

2) L’enjeu, d’ailleurs, peut-il être cantonné à une défense de principe : celle de la liberté d’expression ? Elle n’est pas menacée (pas vraiment) en Occident. S’il s’agit de faire école du côté de chez les mollahs, l’initiative ne me semble pas efficace. Devant l’outrance, la gratuité de l’attaque, et ce qui immanquablement est vécu comme une provocation, le plaidoyer pour le droit d’expression n’aboutira qu’à un résultat : renforcer la conviction des peuples blessés que l’Occident est définitivement pourri, sans hiérarchie de valeurs, méprisant à l’égard du sacré.

Car enfin, que cherchent nos caricaturistes ? Veulent-ils s’en prendre au terrorisme, aux intégristes, aux liens qui les unissent ? Soit ! Mais qui veut-on convaincre. Nous, les Européens ? C’est fait ! Les peuples sous domination fondamentaliste ? Mais leurs dictateurs n’attendent que cette provocation pour retourner le boulet. Sûr que dans leurs mosquées, des fanatiques auront su souffler sur les braises : « Ils ne respectent rien, ni les femmes, ni Dieu, ni la religion… ».

Justement : le JDD, ce dimanche, publiait un intéressant témoignage de Guy Coq, philosophe chrétien. « Assimiler le prophète à un poseur de bombe, par-delà l’insulte, est une faute énorme quand, précisément, l’enjeu du débat avec les extrémistes consiste à montrer qu’ils sont finalement infidèles au prophète ! ». Coq, à juste titre, pourfend l’amalgame : « Le message politique envoyé aux croyants de l’islam, par certains dessins, est politiquement et moralement néfaste ». J’adhère à ce diagnostic.

Certes, Cabu, l’excellent et horripilant Cabu, avait raison vendredi, dans Libé : « On doit pouvoir critiquer toutes les religions, il n’y a pas de délit de blasphème… ». Mais l’erreur, c’est de ne pas comprendre à quel point la question religieuse est aujourd’hui politique. Le philosophe Marcel Gauchet (Le Figaro, 3/02/06) pose naïvement la question : « Qui, parmi les catholiques, aurait l’idée de mettre en scène un tel esclandre planétaire ? ». Personne, évidemment, encore que…rappelez-vous le scandale suscité par la publication de l’affiche (honteuse, elle aussi, à cause de l’amalgame avec la croix gammée) du film « Amen » de Costa-Gavras. Mais si une telle affaire ne susciterait jamais un tel tollé chez les chrétiens, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas autant de théocratie se réclamant du Saint-Siège.

En terre d’islam, justement, beaucoup de régimes réactionnaires, voire des dictatures, assoient leur pouvoir sur la crédulité des fidèles dont il est facile de manipuler l’indignation.

Toute la presse a raison de douter de la sincérité des indignations dans les chancelleries, dans les mosquées, et même dans les rues de ces pays. Mais c’est être sourd aussi de ne pas entendre la détresse sincère de nos musulmans européens qui disent, dans les courriers des lecteurs de Libé, sur les sites internet ou dans les radios, combien ils se sentent eux-mêmes blessés par l’inconscience de ces artistes, planqués derrière les protections juridiques occidentales, loin des théâtres sanglants de la confrontation.

Franchement, ce qui a manqué à nos caricaturistes, c’est de la perspicacité, mais c’est surtout de l’humour. Pétillon, lui, en a. J’ai lu, ce week-end, « L’affaire du voile » publiée par Albin Michel. Dans cette histoire, les fondamentalistes en prennent plein les dents. Mais c’est raconté avec beaucoup de chaleur, d’affection même, et la dérision est si imparable qu’elle ne laisse place à aucun contre argumentaire.

A ce jour, Pétillon n’a pas subi de fatwa. Le Recteur de la mosquée de Paris lui a décerné un brevet d’humour, sans autre mise en garde. (Il est vrai aussi que la BD de Pétillon, contrairement aux caricatures danoises, n’a pas fait l’objet d’une diffusion mal intentionnée, aux sorties des écoles coraniques, à Damas ou à Djakarta !).

A ce jour, personne n’a osé demander le boycott du dessinateur breton. Preuve que son attitude est bien plus efficace. « Dieu est humour » dit Libé, ce matin, qui signe un joli portrait dudit Sieur. Assurément. Et quand on écoute toute la nouvelle génération d’acteurs comiques issus du Maghreb, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils savent cogner sur les barbus et autres fanatiques, Dieu est sacrément tolérant…quand on lui permet de se marrer aussi.


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 février 2006 dans Actualités / Débats (Pol.) , Arts graphiques , Libertés , Société
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17 janvier 2006

Pouvoir d’achat et choix alimentaires : les enjeux sociaux des normes nutritionnelles

J’ai engagé mon groupe dans le secteur de la santé. Beaucoup de projets confidentiels encore, mais une stratégie globale matérialisée par des aspects commerciaux (diversification dans la parapharmacie, la parfumerie, l’optique, etc…), des actions de mécénat (Ligue contre le cancer, UNAPEI), une politique d’information sur les packagings des MDD, le lancement d’un premier site de diagnostic nutritionnel…

Depuis trois ans, j’ai fait plancher plusieurs collaborateurs et consultants extérieurs sur ces sujets, estimant que la préoccupation santé (bien-être, hygiène, comportement sanitaire et principe de précaution, etc…) allait guider toute la consommation alimentaire, mais probablement aussi l’achat d’une bonne partie des produits de consommation courante (entretien, cosmétiques, textile, etc…).

Parmi ces sujets, la nutrition ! La semaine dernière, j’écoutais les interventions de deux spécialistes auditionnés par mes collaborateurs : le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste (hôpital Necker), et Jean-François Boisvieux, professeur en santé publique (hôpital de la Pitié-Salpêtrière). L’un des premiers problèmes, c’est le lien entre le mode nutritionnel et le revenu des consommateurs. J’explique :

1) Les pouvoirs publics ont lancé un Plan National Nutrition Santé (PNNS) ambitieux, sous forme de recommandations diverses. Mais sa mise en œuvre pratique se heurte à des problèmes de prix : les produits conseillés sont souvent jugés chers… Alors que les populations à bas revenus sont celles qui en ont le plus besoin.
Exemple : on compte 17 % d’obèses dans les foyers dont les revenus sont inférieurs à 900 €/mois contre 8,1 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 5 300 €/mois (Groupe parlementaire JM Le Guen, mai 2004).

2) Les mesures correctives (produits de qualité…moins chers) sont d’autant plus nécessaires que « les ménages défavorisés consacrent une part de leur budget plus forte à l’alimentation (22 % pour les ménages en dessous du seuil de pauvreté contre 18 % en moyenne) », INRA « sciences sociales », 12/05.

3) Les chercheurs de l’INRA posent la bonne question : « Est-il possible de se procurer, avec un très petit budget, une alimentation optimale sur le plan nutritionnel ? ». Sans être négative, la réponse n’est franchement pas satisfaisante.

a) Les personnes en situation de précarité consacrent l’équivalent moyen de 2,5 €/jour à leur alimentation. Pour respecter l’ensemble des apports nutritionnels conseillés, il leur faudrait un budget minimum de 3,2 €/jour.

b) Avec cette maigre dépense, l’apport nutritionnel ne serait cependant optimal qu’en consommant des légumes secs, des céréales complètes, des poissons en conserve, des abats et oléagineux…« pas nécessairement attractifs sur le plan gustatif ».

c) Enfin, pour être atteint, cet objectif suppose que chaque individu soit informé de la composition et de l’apport énergique et vitaminique de chaque produit (ce qui n’est évidemment pas le cas).

4) Plus globalement, la nutritionniste Laurence Plumey rappelle que même pour les catégories moyennes de revenus, les aliments recommandés pour une alimentation équilibrée, tels les fruits et légumes, viandes maigres ou poissons, sont les sources d’énergie les plus onéreuses.

Très significatif son diagramme de consommation de fruits et légumes en fonction du revenu !

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5) Je retiens des études de l’INRA et des travaux effectués par nos consultants :

a) La faiblesse d’un budget pousse à la sélection d’aliments sucrés et gras, riches en énergie.

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b) La structure actuelle des prix alimentaires ne favorise pas le suivi des recommandations PNNS.

c) Dans nos magasins, comme dans les gammes de nos fournisseurs, aucun système d’information global et cohérent ne favorise la pratique du « bien manger » (sauf à l’unité, par boîtage, mais pas de quoi bâtir un menu « complet »).

Qu’en conclure, du point de vue des actions correctrices ? Je distingue trois priorités :

1) A cahier des charges/qualité incompressible, maintien d’une gamme permanente à bas prix dans les produits frais.

2) Refonte des assortiments MDD, et valorisation des apports nutritionnels non gras et non sucrés (ce travail sur la composition du produit se fera progressivement, mais à un rythme soutenu).

3) Mise en place d’un système d’information par produit (apport nutritif à la portion), du packaging à la PLV, avec des actions pédagogiques relais (publi-rédactionnel, site internet…).

Bon, voilà encore un bon plan de travail…

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 janvier 2006 dans Actualités / Débats (Conso.) , Actualités / Débats (Distrib.) , Actualités / Débats (Eco) , Agriculture , Consommation , Distribution , Economie , Objectif qualité , Société
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19 décembre 2005

Rugby en berne : Jacques Fouroux rejoint les Dieux du stade

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Lors de l’inauguration de notre usine à Laqueuille, le 17 octobre 2005 » (Photo J. Bibard)

Deux opérations chirurgicales, quelques excès culinaires, une petite dose d’inimitiés qu’il avait su d’ailleurs attiser, et surtout une passion effrénée pour le ballon ovale…ont eu raison de la santé de Jacques Fouroux.

« Le petit caporal » était un habitué du siège parisien des Centres E. Leclerc. De Toulouse, il arrivait tôt le matin. Il prenait plaisir à « papoter » avec les hôtesses d’accueil. Je l’ai vu signer en riant un autographe pour lequel un chauffeur de taxi l’avait poursuivi jusque dans le hall. Fréquemment, nous partagions un petit café juste avant qu’il rentre dans la mêlée de la négociation commerciale. Et oui, Jacques Fouroux avait, dans sa vie, revêtu plusieurs casquettes. Dont celle de représentant de commerce « multicartes ».

Mais avant d’être un professionnel de la relation publique, c’est évidemment le rugby qui l’a fait entrer dans le cœur des Français. Mercredi prochain, dans la cathédrale d’Auch, ils seront des milliers, je n’en doute pas, à venir lui rendre hommage.

Demi de mêlée, il a connu sa première sélection en 1972 et cet engagement a été réitéré 27 fois. En 1977, ce petit bonhomme au profil napoléonien a mené l’équipe de France au deuxième Grand Chelem de son histoire. Mais c’est en tant qu’entraîneur qu’il remportera 6 tournois dans les années 80 et conduira les Bleus jusqu’en finale de la coupe du monde.

Très lié d’amitié avec des adhérents E. Leclerc du Sud-Ouest (de Montauban, Toulouse, Tarbes, Lourdes, notamment), mais aussi d’Orléans et de Franconville, il a tout fait pour nous convaincre de sponsoriser ce sport. Et quand ce n’était pas avec Laurent Spanghero (devenu, lui, fournisseur de cassoulet), c’est à ses côtés, depuis les gradins, que j’ai eu le bonheur de suivre quelques matchs notoires.

Tous les journaux (dont L’Equipe qui, ce matin, lui consacre 3 pages) ne tariront pas d’éloges sur la personnalité fantasque, mais généreuse, de ce mousquetaire. Mais la réalité ne fut pas toujours rose pour lui, notamment ces dix dernières années.

Du temps de son action sportive et de sa gloire, le rugby ne nourrissait pas ses hommes. Pas de patrimoine accumulé, comme ont pu en constituer nombre de footballeurs, repus de somptueux contrats publicitaires. Comme d’autres confrères rugbymen, il a dû trouver un métier tout en gardant le pied (et le cœur) sur les stades.

Alors, Jacques Fouroux a revêtu les habits d’un agent multicartes. Avec des fortunes diverses, au gré de la solidité de ses employeurs, mais aussi de ses emportements et d’une disponibilité toute relative. Nos adhérents l’ont connu vendeur de foie gras, de champagne et de Clairette de Die. Plus récemment, il représentait les intérêts d’un grand groupe allemand, Freiburger, l’un des leaders mondiaux de la pizza.

Homme pressé, jugé quelquefois autoritaire, il a bousculé quelques mandarins et piétiné des plates-bandes. Du coup, il s’est fermé des portes à la Fédération. De club en club, son itinéraire récent (Grenoble, Toulon, Italie) devenait son chemin de Damas. Pourtant, personne ne doute aujourd’hui qu’il voulait servir la collectivité du sport.

Entre matchs et casse-croûtes, il avait su nouer avec nous des rapports amicaux. Il venait aux inaugurations de magasin (et dernièrement à celle de notre usine d’eau de source à Laqueuille). Il savait ne rien demander, alors que, peut-être, il aurait dû. On le savait toujours disponible pour tel ou tel président de club ou pour servir d’intermédiaire à un joueur dont il glissait le CV : « Des fois que tu pourrais faire quelque chose pour lui ».

Passionné (avec les excès de ses passions), il aura passé trop de temps à donner des coups de main aux autres plutôt que de s’assurer une solide carrière. C’est probablement cet éparpillement qui aura eu raison de son grand cœur.

Au nom de tous les collègues qui, dans mon groupe, ont apprécié son amitié, et de la part d’une enseigne devenue, grâce à lui, l’un des premiers sponsors des clubs de rugby, je voudrais, ici, dire tout le bien qu’on pensait du bonhomme et souhaiter à sa famille de surmonter cette épreuve avec courage.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 décembre 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Société
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14 décembre 2005

Handicap : Les CAT (travail protégé) cherchent des commandes

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Le « grand public » connaît encore assez peu les Centres d’Aide par le Travail (CAT). Pourtant, il en existe 1 400 en France. Ils occupent 96 000 handicapés, principalement des handicapés mentaux (94 %).

Quand on parle handicap, tout le monde se dit volontiers solidaire. Mais dès qu’on parle « chiffres », l’ampleur de la tâche impressionne. On dénombre 3,5 millions d’handicapés, dont 700 000 affectés par un handicap mental.

L’intégration des handicapés physiques dans l’entreprise fait l’objet d’une mobilisation nationale. On en connaît les réticences, les obstacles. Le handicap mental multiplie les problèmes (difficulté de conceptualisation, de communication, de prise de décision). Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain permanent, adapté à l’état de chaque personne.

Les CAT sont des établissements médico-sociaux qui poursuivent deux objectifs :

- Un soutien au développement des capacités de travail dans un cadre professionnel (artisanat, jardinage, conditionnement, traiteur, etc…).
- Des activités extra-professionnelles (activités sportives, loisirs…) qui permettent d’acquérir une plus grande autonomie et une meilleure insertion sociale.

C’est en visitant plusieurs d’entre eux (dont l’un tout proche du siège de notre groupement) que j’ai pu mesurer l’importance de leur rôle. Et l’on ne dira jamais assez toute la patience, le dévouement, la générosité de ces hommes et femmes (tuteurs, éducateurs, assistants médicaux…) qui consacrent leur vie à cet indispensable accompagnement psychologique et physique.

J’avais été terriblement choqué, il y a deux ans, par le livre pamphlet de Pascal Gobry, « L’enquête interdite ». Cet ouvrage mettait gravement en cause la probité des gestionnaires des CAT, et poussait le trait jusqu’à accuser les CAT d’être un nouvel avatar de l’esclavagisme. L’UNAPEI (association qui fédère des associations de parents et d’handicapés mentaux) avait heureusement fait procès au pseudo reporter et pu rétablir cette vérité, et notamment :

1) En vertu du caractère médico-social des CAT, les travailleurs handicapés n’ont pas le statut de salarié. Ils ne sont donc jamais menacés de licenciement.

2) Ils perçoivent une garantie de ressources allant de 70 % à 110 % du SMIC.

3) Les handicapés ne sont soumis à aucune obligation de production précise (ni, encore moins, à un quelconque « rendement »).

4) Les CAT sont dirigés principalement par des associations familiales qui, souvent, y ont placé leurs propres enfants ou parents proches.

Finalement, la meilleure démonstration de l’utilité des CAT, c’est (hélas) la forte demande encore insatisfaite. 50 000 handicapés sont en attente, selon l’UNAPEI.

C’est la raison de son offensive actuelle à l’égard des entreprises. L’UNAPEI vient de créer un portail pour faire connaître les activités et la production des CAT. A Paris, on peut avoir une idée de ces activités en allant à la boutique des CAT. Et aussi au sympathique marché de Noël, place Saint-Sulpice. Je recommande d’ailleurs les excellents foies gras et quelques jolis flacons de Bordeaux produits par des CAT du Sud-Ouest.

Outre la qualité de ces productions, l’UNAPEI rappelle aux entreprises d’au moins 20 salariés qu’elles doivent légalement employer 6 % d’handicapés. (Le recours à des CAT permet une exonération de 50 % de cette obligation d’emploi !).

L’argument économique est pertinent. Mais avec quelques-uns de mes adhérents et collaborateurs impliqués dans un partenariat avec l’UNAPEI et les CAT, je voudrais surtout ici témoigner de leur indispensable contribution à l’insertion de personnes qui, sans ces initiatives, continueraient à vivre dans l’isolement de leur handicap.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 décembre 2005 dans Actualités / Débats (DD) , Actualités / Débats (Eco) , Développement durable , Economie , Handicap , Société
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13 décembre 2005

Terrorisme, grippe aviaire : Quelle responsabilité (état/entreprises) dans les plans anti-crise ?

La sécurité (biens et personnes) constitue une mission essentielle de l’Etat (défense militaire et police intérieure). Avec l’extension du « principe de précaution » et l’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité, les entreprises ont été amenées à créer des dispositifs internes de contrôle et d’intervention. Elles ont ainsi contribué à l’essor d’un véritable marché privé de la sécurité (vigilance, vidéo-surveillance, etc…).

L’Etat, serré aux entournures budgétaires, a pu y trouver son compte. Mais cette « délégation de sécurité » s’apparente, à mon goût, à une démission. Outre les questions concernant la garantie des droits civiques, elle pose d’évidents problèmes de discrimination : face aux émeutes, le gérant d’un café ou d’un magasin de motos n’a pas les moyens d’acheter les services d’une société de protection à laquelle fait appel l’industriel ou la chaîne d’hypermarchés !

Cette démission de l’Etat en matière de responsabilité et de gestion des moyens sécuritaires m’est apparue de manière encore plus flagrante lors de réunions récentes sur la gestion de la pandémie aviaire et le risque d’attentats terroristes.

1) La gestion des moyens et le principe « utilisateurs-payeurs »

Le plan de « pandémie aviaire » prévoit, dans un de ses scénarios les plus noirs, un confinement de la population à domicile. Les grandes enseignes (dont la nôtre) seraient, dans ce cas, requises pour approvisionner les personnes prioritaires (hôpitaux…) et la population en denrées de première nécessité.

Concrètement, cela suppose de la part de nos entreprises :
- La constitution d’un stock préalable de produits et une logistique dédiée.
- La mobilisation de plusieurs milliers de salariés.
- Leur équipement en masques FFP2 (durée d’utilisation 3 heures).

Evidemment, aucune des entreprises sollicitées ne rechignerait à jouer ce rôle. Lors des réunions de planification (qui rassemblent nos propres cadres et des fonctionnaires de différents ministères (défense, finances, santé…)), personne ne remet en cause la nécessité (l’obligation) d’agir de la sorte.

Mais curieusement, et alors qu’ils prennent en charge le stockage des vaccins, des antiviraux et de nombreux matériels, les pouvoirs publics exigent des professionnels jugés « stratégiques » d’équiper leur personnel (déjà réquisitionné) à leurs frais. Ainsi que d’assurer le maintien d’un stock prévisionnel permanent de masques et de provisions…

Le problème n’est pas essentiellement d’ordre financier, même s’il est important (pour notre enseigne, le plan requiert 12 millions de masques). De toute façon, si on est un jour dans ce scénario, les questions financières ne seront certainement pas nos préoccupations premières ! ! !

Mais il y a là une question de principe. En exigeant des sociétés privées une obligation de moyens, l’Etat ne se soustrait-il pas à sa responsabilité. Est-il normal qu’en temps de crise, il transfère ainsi la responsabilité de la sécurité du personnel réquisitionné sur les seuls employeurs ?

2) La privatisation de l’anti-terrorisme ?

C’est plus discrètement, et sans que l’affaire n’ait provoqué le moindre remous dans les médias, que le gouvernement a réformé plusieurs dispositions du « Code de la Défense ». Le nouveau texte, adopté fin novembre par l’A.N., précise les conditions de protection des « sites à risques » (centrales nucléaires, installations classées Seveso…) ou encore des sites très fréquentés par le public.

Que lit-on dans ce dispositif ? Oh, surprise ! « Les entreprises concernées seront tenues de coopérer, à leurs frais, à la protection desdits établissements,…contre toute menace à caractère terroriste ! ». Précédemment, les entreprises, comme EDF ou AREVA, avaient l’obligation de tenir compte des risques de sabotage dans leurs projets de construction. Normal ! Mais « la prévention du risque terroriste » est un concept beaucoup plus large, et nécessite bien d’autres moyens de contrôle des personnes.

Discuté dans le cadre d’un récent colloque (organisé par le Haut Comité Français de la Défense Civile), le nouveau texte a tout de suite été interprété, par les entreprises, comme une nouvelle démission de l’Etat.

J’ai moyennement apprécié la boutade du Préfet Boubé (secrétariat général de la Défense nationale) s’adressant à mon homonyme, Jacques Leclerc de Carrefour : « Si vous refusez d’ouvrir les sacs de vos clients, ce n’est pas l’Etat qui va vous embêter, mais la justice pour défaut de vigilance… ». A chaque plan Vigipirate, nous procédons de la sorte. Mais on en connaît les risques et les polémiques (discrimination, « délit de gueule », absence de protection juridique, etc…).

Mais plus sérieusement, jusqu’où peut-on (et faut-il) exiger de sociétés comme Suez par exemple, qu’elles fassent surveiller, par des agents de sécurité privés, tout son réseau d’adduction, de pompage et de stockage d’eau potable en France ?

Oui, je sais, certaines firmes pratiquent déjà cette forme de contrôle (Aéroports de Paris, compagnies de transport), mais a-t-on réfléchi au nombre de personnes qu’il faudrait recruter pour atteindre un objectif « zéro risque » (et quid des assermentations, des formations, des critères de sélection, etc…). A quand les officines paramilitaires ? Et, s’il y avait défaillance de ce personnel, en cas d’attentat par exemple, qui serait tenu pour responsable ? L’employeur privé, la société de vigiles ou l’Etat qui aura économisé l’emploi de la force publique.

J’ai bien aimé la remarque ironique de la Directrice de la Sécurité d’EDF : « Que l’entreprise participe au financement des moyens, pourquoi pas, mais elle ne pourra contenir un commando kamikaze en attendant que l’Etat arrive en mobylette… » (AFP, 30/11/05).

Conclusion :

Je ne voudrais pas être rabat-joie. Je trouve très positif le dialogue actuel entre l’Etat et les entreprises sur les questions de sécurité. Mais au risque de voir nos impôts adaptés à des besoins accrus par l’augmentation des menaces, l’Etat, me semble-t-il, doit rester le gestionnaire exclusif de ce domaine.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 décembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Economie , Libertés , Politique , Société
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11 novembre 2005

Sida en Chine : Pierre Haski analyse « Le sang du silence » (Grasset)

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C’est un livre-réquisitoire : Pierre Haski (correspondant de Libération à Pékin) y décrit l’exploitation commerciale du sang des pauvres, les effets de l’ignorance et du cynisme administratif, le déni de responsabilité (de la part des scientifiques comme des politiques), le refus d’assistance à des milliers de personnes atteintes du sida. C’est la vision terrifiante d’un monde plongé dans l’obscurantisme le plus total (l’idéologie communiste, son puritanisme, ses pratiques quasi-moyenâgeuses… Alors que la Chine revendique son entrée dans le camp des « Modernes ».)

Mais ce livre est aussi un pavé lancé dans la vitrine du Grand Bazar diplomatique où complaisance et intérêts économiques limitent la pression efficace des ONG et de quelques belles figures de la résistance civile.

Au début des années 1990, la Province du Hénan (90 millions d’habitants) confie à quatre sociétés commerciales un vaste programme de collecte de sang. Entre 1993 et 1996, dit P. Haski, quelques six cents stations médicalisées font des prélèvements à répétition (4 euros pour 400 cm3 de sang). Hygiène rudimentaire, mélange des produits et réinjections aux paysans de résidus du plasma collecté.

Le sida fait son apparition dès 1994. Des médecins s’inquiètent, tirent les sonnettes d’alarme. Les autorités tergiversent. Ignorantes au départ, elles se mettent vite des œillères (pas de sida en Chine. C’est une maladie de la dépravation occidentale !). La pandémie se développe…100 000, 300 000 victimes ? Personne ne sait encore.

P. Haski décrypte le silence des autorités et leurs négligences. Edifiant ! Interpellées par des médecins, les autorités nationales finissent par réclamer l’arrêt des prélèvements… Mais ceux de la Province de Hénan continuent.. !!!

Le reporter de Libé ne se contente pas d’accuser le système chinois. C’est le mérite de ce livre que de prolonger l’investigation jusqu’au comportement des Institutions internationales, et des grandes Puissances.

Alors que celles-ci avaient obtenu des Chinois un début de transparence pour lancer la lutte contre l’épidémie du SRAS, elles furent bien plus complaisantes (en tout cas, moins pressantes) dans cette affaire de sida.

C’est, nous dit P. Haski, parce que cette épidémie restait nationale. « Le SRAS, parti de Chine, avait gagné plusieurs pays étrangers dont le Canada, Singapour, le Vietnam… La tentative de mensonge sur les foyers découverts à Pékin a eu un impact important à l’étranger, et risquait d’entamer la crédibilité du gouvernement chinois, de nuire à sa capacité à attirer les investissements étrangers… Dans le cas du sida dans le Hénan, il n’y a pas d’enjeu international, et encore moins d’enjeu économique s’agissant de certains des paysans les plus pauvres du pays !! (www.arcat-santé.org).

Réquisitoire donc, mais aussi plaidoyer pour l’action.

• Hommage d’abord à ces Chinois qui, pour dénoncer le massacre, ont affronté censure, révocation et régression.
• Reconnaissance du rôle très positif des ONG, comme relais et démultiplicateur de ces forces de résistance.

Alors qu’émerge « un embryon de société civile, non seulement dans l’action contre le sida, mais (aussi) l’environnement, la justice, les expropriations immobilières, le droit des consommateurs … On n’a pas le droit de sacrifier (les victimes) » sous prétexte que le gouvernement adopte désormais une meilleure attitude ailleurs (SRAS).

…J’ai lu ce livre, hier, lors d’un aller et retour au Portugal. J’avais tout entier l’esprit encore envahi par les préoccupations de la semaine dernière (intoxication alimentaire), et alors que j’embarquais avec moi toute une doc sur la grippe aviaire. Certains pourraient dire qu’en me plongeant dans la lecture du livre d’Haski, j’étais franchement maso.
Erreur ! J’ai trouvé ce reportage édifiant, mais terriblement salutaire. Il pose clairement le problème de la sécurité sanitaire en terme politique. Il interpelle la responsabilité morale de chacun, mais montre clairement les limites d’un système qui ne dispose d’aucun contrepouvoir.

Personne ne conteste (enfin presque) l’insuffisance des seules « forces du marché » pour construire une politique de santé. Tout le monde convient de l’importance d’une législation (et de l’Etat) dans ce domaine.

Mais, il ne sert à rien de se référer à des valeurs ou à des lois si les institutions ne veulent pas ou sont incapables de les appliquer. Dans cet exemple, le devoir d’ingérence (ONG ou institutions internationales) devient capital tant pour sauver les vies chinoises (sida) que les nôtres (SRAS).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 novembre 2005 dans Libertés , Livres , Société
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28 octobre 2005

Corentin Douguet remporte la transat 6.50 !

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Corentin Douguet

J’en étais sûr. Evidemment, il y avait la part d’aléas : la météo, un problème technique. Mais il y avait chez lui tant d’énergie, tant d’enthousiasme, tant de volonté… concentration sur ce projet.

Et surtout, il y avait cette préparation. Physique et intellectuelle (pour le bonhomme) ; tests, réglages (pour le bateau). Rien n’a été laissé au hasard. Mêmes les compétitions précédentes (cf ma note du 22/09/05) ont servi de préliminaires.

J’envie le grand marin qui se révèle dans l’exploit. Je salue la performance et l’expertise. Et je me dis qu’avec, en plus, de l’humour, de la gentillesse et de la générosité, la victoire de C. Douguet est la métaphore de l’esprit entrepreneurial.

Ce n’est pas moi qui l’ai repéré en premier. C’est notre adhérent de Nantes, Pierre Chartier, lui-même excellent régatier… et chef d’entreprise (il dirige deux hypers dans une zone extrêmement bagarrée, et truste lui-même, les premières places sur le podium français des magasins les moins chers…). Mais, je ne suis pas peu fier que Corentin Douguet m’ait choisi pour parrainer son bateau (il avait déjà bouclé ses budgets, je précise).

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© DR - 2005
Aussi, quand tôt hier matin, Loïc Bauduin a sonné sur mon portable endormi, le passage de la ligne, j’ai éprouvé une immense joie (au passage, signalons que Loïc Bauduin, DG de Défimer, l’écurie qui héberge Corentin, avait déjà placé en tête de l’édition 2003, un autre poulain remarquable, Armel Tripon - un Nantais… comme il se doit…).

Corentin a bouclé la transat en abaissant le record de plus de quatre jours ! Alors que dans notre pays, on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure, saluons ici l’exploit.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 octobre 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Société
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27 octobre 2005

Le député Yves Bur : contre le tabac dans les lieux publics ! Pourquoi pas ?

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Yves Bur remet le couvert. Le député UMP du Bas-Rhin tiendra colloque sur « Les méfaits du tabac », ce 2 novembre, à l’Assemblée Nationale (il en est l’un des Vice-Présidents). Il veut obtenir l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics.

Intéressante figure de la vie politique que cet Alsacien, docteur en chirurgie dentaire, qui (tout comme son homologue parisien du PS, Jean-Marie Le Guen) a fait de la politique de santé l’objectif de son combat social.

Dans son fief, il œuvre pour la communauté urbaine de Strasbourg (élu président depuis 2001). A l’AN, il préside le groupe d’étude sur le médicament et les produits de santé. C’est lui qui « rapporte », pour la commission des finances, sur le financement de la sécu ! Et c’est encore lui qui dirigeait les récents débats sur le financement de l’assurance maladie.

Après avoir lu ma note du 8/08, YB m’a adressé un courrier expliquant sa démarche. Les ventes de cigarettes reprennent depuis le mois de mai. « Si ces données confirment l’importance de l’effet prix sur les achats de tabac, elles montrent néanmoins qu’il ne faut pas limiter la lutte contre le tabagisme à une seule politique fiscale… Il me paraît nécessaire de franchir une nouvelle étape…(pour) décourager l’entrée dans le tabagisme, favoriser les politiques de sevrage et lutter contre la présence de la cigarette dans la société ».

Je ne pourrai participer au colloque auquel il m’invite. Mais j’aimerais confirmer ici mon soutien à ce combat. Moins d’ailleurs sous la forme d’une lutte (qui oppose fumeurs et non-fumeurs), mais d’une pédagogie dont je peux témoigner, en tant que chef d’entreprise, qu’elle peut être efficace.

Je rappelais, dans ma note du 8/08, que notre comité d’entreprise ne s’est pas opposé à l’interdiction de fumer dans les locaux du siège des Centres E. Leclerc. Plus généralement, les fumeurs ont toujours respecté, sans rechigner, l’interdiction de fumer dans les magasins, qu’il s’agisse d’épiceries ou d’hypermarchés.

Ce que ne supportent pas les fumeurs, c’est la mise au ban, la lutte ouverte, et tout traitement ostensiblement discriminatoire.

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Evidemment, YB voit large. Pour lui, s’il faut mettre des formes, l’enjeu nécessite de faire feu de tout bois.

1) Diagnostic :

Dans son courrier, YB insiste : entre 1950 et 2000, 60 millions de morts dus aux méfaits du tabac dans le monde. « Une personne meurt du tabac toutes les huit secondes ». En France, c’est 66 000 victimes par an (1 décès sur 9).

Le droit individuel des fumeurs ? YB parle de celui des non-fumeurs ! « L’agence de protection environnementale US a classé le tabagisme passif comme produit cancérigène pour l’homme au même titre que les fibres d’amiante ».

Le Bureau International du Travail (BIT), idem. « Le tabagisme passif expose les salariés non-fumeurs aux mêmes risques cancérigènes que les fumeurs ».

2) Les moyens :

Face à ce qu’il qualifie de fléau, YB rappelle que le dispositif de lutte (loi Evin de 1991, plan cancer de 2003) a porté des fruits (- 1,8 million de fumeurs en France de 1999 à 2004).

Mais comme le souligne aussi Laurent Calixte (Challenges n° 8 du 20/10/05) : « Depuis que le gouvernement s’est engagé à ne plus augmenter le prix du tabac jusqu’en 2008, les ventes repartent à la hausse ». Et attention ! La baisse des ventes « ne signifie pas forcément baisse de la consommation… Les ventes frontalières et de contrebande peuvent relativiser l’efficacité de cette mesure… Le nombre de fumeurs baisse beaucoup moins vite que celui des achats officiels de tabac »…

3) La proposition :

YB va probablement faire grincer quelques dents. En demandant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics, il confine les fumeurs dans leur espace privé, mais il les prive aussi d’espace ! ! !

Par contre, la mesure étant générale, elle prive les propriétaires de bars et de restaurants d’y voir une mesure ségrégationniste (ils ne sont pas seuls visés).

YB ne méconnaît pas le caractère convivial des bars et des restaurants. Mais il ne croit pas à une vraie cohabitation. Ou plutôt, il constate l’impossibilité matérielle de cloisonner réellement les espaces fumeurs et non fumeurs. Et encore plus d’isoler et de protéger les salariés dans les lieux commerciaux.

Il s’appuie enfin sur les exemples étrangers. L’Irlande où, comme écrit Le Parisien (24/10) « pour s’en griller une, il faut sortir dehors », sinon c’est 3 000 euros d’amende, par cigarette, pour le gérant. La Norvège où « la seule chose qu’on fume c’est le saumon » ; la Suède et l’Italie, elles, autorisent le cloisonnement (mais seules 4 % des salles sont équipées).

YB va s’appuyer sur ces expériences pour faire avancer la législation. Reste un problème. Un vrai. Qu’il ne convient pas de traiter par l’hypocrisie. Ce sont les buralistes qui mettent le doigt sur la tartufferie. « Comment voulez-vous qu’un buraliste interdise au client de fumer des cigarettes quand il prend son café au comptoir, alors même qu’il peut lui en vendre » (Le Parisien, 24/10).

Ce buraliste aurait dû dire : « …qu’il peut lui vendre un produit cancérigène fabriqué sous monopole et responsabilité d’Etat ! ! ! ». Ce n’est pas le moindre paradoxe de la politique française de santé.

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Libertés , Société
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17 octobre 2005

Emploi des seniors : un CDD à faire évoluer

L’âge constitue le premier facteur de discrimination sur le marché du travail. 63 % des hommes de 55 ans et plus sont au chômage. Pour la catégorie 55-59 ans, les USA en ont 14 % de moins, les Japonais 18 %. La situation est insupportable pour ces seniors (certains l’expriment fortement ici). De surcroît, leur démobilisation constitue une énorme perte de compétences pour notre économie.

Depuis dix ans, la société française tient un discours contradictoire : « Place aux jeunes » ont dit les militants des 35 heures et de la retraite obligatoire à 60 ans. Comme si le travail des uns était prédateur de celui des autres. Comme si le travail n’était pas « une richesse en soi ». Le discours patronal était paradoxalement en phase avec l’idéologie Aubry : « Les seniors coûtent trop cher ». Dans certains secteurs (informatique, technologies, marketing…), c’est dès 50 ans qu’on vous vante les mérites de la pré-retraite ! La division du travail au seul profit de la jeune génération, voilà qui aurait dû faire scandale.

Finalement, plusieurs députés s’en sont émus, à droite comme à gauche.

C’est pour remédier au licenciement des seniors qu’avait été créée la « contribution Delalande ». Elle instaurait une pénalité d’un à six mois de salaire pour l’entreprise qui licencie un salarié de 50 ans et plus. (Avec l’effet pervers qu’on imagine : le surcoût devient évidemment un frein à l’embauche des mêmes seniors !).

Le nouveau projet de CDD senior ne résoudra pas tous les problèmes. Il marque une rupture avec l’idéologie passée. Il constitue un pas intéressant puisqu’il donne un joli coup de canif dans les rigidités françaises. Même symbolique, il ouvre de réelles perspectives d’emplois (probablement plus que le « contrat de mission » proposé par le Medef).

Le CDD senior ? Un CDD (12 mois) renouvelable trois fois ou plus (durée maxi 4 ans), réservé aux plus de 55 ans (deux fois plus long qu’un CDD classique !). Outre l’embauche, le système permettra aussi d’acquérir des points supplémentaires pour accéder à une retraite à taux plein.

Bien sûr, on objectera qu’il ne s’agit que d’un CDD. C’est vrai. Dans l’absolu, c’est même assez choquant. Un CDD, passé 55 ans, ça ressemble à une signalétique d’alerte : « Au-delà de ce contrat, votre ticket n’est plus valable ! ».

Mais il faut voir dans cette mesure « un premier pas ». L’accueil des syndicats présage d’autres évolutions (comme le cumul emploi-retraite, dans une certaine proportion des revenus !).

J’étais (je reste) plus sceptique sur le CNE (Contrat Nouvelle Embauche). Non pas du point de vue des effets sur l’emploi. Mais sur la précarité créée (arbitraire des conditions d’interruption du contrat). Sur le CDD senior, je n’ai pas cette réserve. C’est une avancée sociale. Il faut continuer dans cette voie (sur le fond et sur la méthode). Vu le taux de chômage dans notre pays, je ne comprends pas qu’on puisse encore considérer comme taboue toute évolution du Code du Travail.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 17 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Société
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12 août 2005

Les Anglais revitalisent les villages périgourdins

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Dans ce gros bourg (1 500 hab.) près duquel je farniente et randonne, les commerces semblent abandonnés : juste quelques mouvements de chalands autour de la pharmacie, sur le parking de l’Ecomarché, devant la poste et au bistrot (qui s’appelle bien sûr, « Café des Sports »).
Mais le jour du marché, c’est la grande foule. Des dizaines de marchands forains posent leurs tréteaux dans la grande rue, interdite à la circulation. Les badauds accourent par centaines. Sur les étals, gallinacés en tous genres (canards, poulets, oies), pigeons et lapins, vivants, rôtis ou confits…Et puis des fringues, des gâteaux, du miel bio, du pain « à l’ancienne ».

Particularité : on y parle volontiers anglais, hollandais, allemand, belge (version wallonne ou flamande). Les rescapés du patois local, qui d’habitude illustrent la résistance culturelle « aux modes parisiennes », sont débordés, noyés et perdus dans cet univers cosmopolite.
C’est que, depuis 10 ans, la Dordogne a vu sa population grandir et se régénérer, avec l’apport migratoire de 6 000 Anglais, 1 600 Hollandais et un bon millier d’amoureux des « moules-frites ». Même les Allemands lorgnent par ici.

Au début, ils étaient cadres, retraités de la fonction publique ou anciens expatriés, à la recherche d’un Sud abordable, accueillant et ensoleillé. Désormais, avec la liaison Londres-Bergerac (Ryanair) et celle de Southampton (Flybe Air) beaucoup font le transport pour y vivre vraiment, une vie de « rurbain », d’agriculteur ou d’artisan. Ils achètent des maisons abandonnées, retapent le toit des granges, remontent le mur des fermes.
Les gens du coin ont des avis mitigés : « ils font monter le prix du foncier, ils restent entre eux, sont culturellement fermés… ne dépensent pas. Ils n’achètent rien dans nos magasins».
Ouais ! Quelle mauvaise foi ! Les commerçants, qui ne veulent pas se remettre en cause, repeindre leur devanture, et baisser leur prix ont une explication qu’ils servent sans sourciller : « Les Hollandais viennent en voiture, le coffre bourré de victuailles… ». Va pour les touristes saisonniers ! Mais quid des autres … ?
Les Leclerc et autres Intermarché de la région confirment, eux, le formidable apport de clientèle. Et les centaines de chalands polyglottes, le jour du marché, confirment qu’ils se déplacent volontiers pour faire « des affaires ».

La vérité, c’est que l’Anglais, par sa présence, nous renvoie, en miroir, l’image de notre inertie. Depuis 30 ans, dans ces régions, les élites (plutôt de gauche ici) ont entretenu une culture d’assistanat, voire de mendicité à l’égard de l’Etat, de la Région ou de l’Europe. Par un discours toujours vindicatif, elles ont fait fuir les investisseurs, tandis que les industriels d’après-guerre (textile, chaussure, porcelaine, coutellerie) n’ont pas modernisé leurs entreprises. La bourgeoisie a acheté pour ses enfants, des maisons à Royan, à Bordeaux, à Saint-Jean-de-Luz. Et les agriculteurs n’ont pas, comme en Bretagne, profité des taux super bonifiés des années 70-80, pour maintenir leur outil de travail…
Bref, du gâchis, … qui explique au moins pour partie cette désertification…

Les Anglais, aujourd’hui, font revivre les villages. Ils plantent des fleurs, des arbres, sauvent le patrimoine. Le prix de l’immobilier augmente, mais n’est-ce pas tout bonus pour les « locaux ». Ils animent une sympathique vie associative, dynamisent le territoire, et recréent un marché de l’emploi (artisanat, marché de la construction…).

Au fond, ce qui gène les habitants d’ici, c’est la leçon que nous administrent ces immigrants. Ils nous bottent les fesses. Ils montrent que la désertification n’est pas inéluctable, et que la vie économique et culturelle ne dépend pas que des subsides de l’Etat.

P.S. : Je réponds par cette note, (du moins en partie) à la question de Georges d’Abjat (ma note du 8/08) qui habite justement, à 10 km de ce bourg dont je viens de parler. A Abjat, on a su tirer profit de cet apport démographique et on fait tout pour l’accueillir en investissant dans le centre bourg pour le rendre encore plus chaleureux et plus accueillant.

Amitiés à tous. Bonne fin de vacances.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 août 2005 dans Europe , Société
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25 juillet 2005

Lance Armstrong : Le statut de l’icône

Je ne suis pas un adepte de la petite reine, encore moins du vélo à la TV. Enfant, je jouais au Tour de France sur les plages du Nord-Finistère. Les cyclistes de plomb qui arboraient déjà les marques des sponsors, avançaient au gré de la trajectoire des billes sur le sable mouillé… Mais depuis, je n’ai retenu des circuits que le nom de quelques héros victorieux ou malheureux : Louison Bobet, Poulidor, Anquetil, Merckx, Hinault. Il ne faudrait pas m’en demander plus sur ce sport…

Ce week-end, cependant, j’avoue : j’ai été fasciné. Sept victoires dans le Tour pour Lance Armstrong, quel exploit ! Et quel athlète ! Son ascension a été fulgurante. Survivant du cancer, il me fascine par sa détermination, sa méthode, sa constance dans l’effort. Ca force le respect.

Mais déjà, voilà que se délient les mauvaises langues. Puisqu’il ne sera plus en selle l’année prochaine, tirons donc sur le futur retraité. Les bouteilles de champagne ne sont pas encore éclusées qu’il est la cible de deux types de salves.

Il y a d’abord les revanchards. A défaut de preuve, la rumeur fera l’affaire : un soupçon de dopage. « Jamais pris, intouchable, protégé par les autorités américaines… », que n’a-t-on entendu déjà. Je ne suis pas naïf, le milieu cycliste n’est pas tout blanc. Mais réduire la performance à l’adjuvant chimique, voilà qui est méprisant. Pour lui, mais aussi pour les autres, sur le podium. Oublierait-on que les seconds et les troisièmes ne sont qu’à quelques minutes du premier ! ! !

Les adversaires tirent donc en dessous de la ceinture quand bien même le cancer y fut déjà cruel, ravageur et possiblement meurtrier. Armstrong ira au procès comme il a gagné le Tour, sans passion apparente, avec méthode.

Justement ! C’est sur le registre de l’affectif que d’autres entendent lui porter l’estocade : « inhumain, manque d’émotion, froideur texane » ! Et c’est vrai qu’à l’image d’un Bjorn Borg ou d’un Schumacher, il ne peut masquer sa distance. Dans le peloton, on ne se prive pas de relayer : « Je ne partirais pas en vacances avec lui » (Didier Rous) ; « Je n’ai pas d’affection pour lui » (Da Cruz)… La solitude des coureurs de fond perdure jusque sur les podiums. Il n’est que d’écouter la colère de l’écrivain Philippe Delerm (Fig Mag 23/07) : « Il mouline implacablement… et cette mécanique trop parfaite nous ennuie. Ses tapes dans le dos ont un petit air condescendant. Son regard reste dur… ».

Comprendre, décrypter, mettre en relation ses qualités et défauts supposés avec la tactique du héros, voilà qui me passionne et interpelle tout homme d’action.

Bruyneel, le manager de Discovery Channel, son équipe, balaye évidemment toutes les suspicions et les rancoeurs : « Ca atteint un point où cela ne nous touche plus ». Mais quand on creuse les propos, si nombreux dans les journaux, on trouve quelques clés… La pression, le stress forcent le rythme : « C’est une sacrée angoisse parce que tout le monde a les yeux posés sur vous… Deuxième, ça devient une défaite… Ce n’est pas facile quand tout le monde, les adversaires, les équipes, certains journalistes n’ont qu’un seul objectif en tête, qu’il perde » (Re Bruyneel).

En le voyant franchir la ligne, je me demandais encore ce qui pouvait motiver cet homme, chaleureux envers les siens, mesuré dans ses relations sociales. L’argent, la notoriété, le plaisir. Tout cela, probablement, et il s’en cache à peine. Mais ce côté méticuleux, hyper professionnel ! C’est encore Da Cruz qui résume : « Il a agi comme un chef d’entreprise. Il a fédéré une équipe autour de lui et gère son parcours impeccablement ». Ce que souligne aussi son entraîneur : « Il est différent par sa force mentale, sa capacité à se préparer pour les objectifs qu’il a choisis, à ne rien laisser au hasard ».

Alors, c’est vrai. Loin des facéties d’un Mac Enroe, de la gentillesse d’un Nastase, ou des mondanités de Tiger Woods, Armstrong « bûcheronne ». Gagner est son contrat. Du coup, il impose les exigences de cet investissement professionnel au Tour de France. Les nostalgiques s’en offusquent, ont des regrets. Mais n’était-ce déjà pas la marque d’un Bernard Hinault ou d’Indurain ? Et faut-il être à ce point aveugle, comme Philippe Delerm, pour fermer les yeux devant les caravanes publicitaires, la surenchère d’argent qui a transformé le Tour en un spectacle coûteux, en une tribune commerciale ? N’est-ce pas une sacrée hypocrisie que d’attribuer au seul L.A. cette dérive vers la « marchandisation » ?

En fouillant encore dans les interviews (il ne faisait vraiment pas beau ce week-end), on pouvait lire ces quelques phrases de L.A., pudique tout autant qu’explicite : « Je voulais, malgré leur jeune âge, que mes enfants comprennent ce que je fais pour vivre… Je voulais courir en jaune pour eux, pour que la dernière image qu’ils gardent de leur père en tant que sportif soit celle d’un champion » (Le Parisien 2-4/07).

Faut-il chercher plus loin une autre explication : « Lorsqu’ils guérissent, ces hommes sont transformés par cette terrible lutte, ils deviennent des combattants de la vie, ils prennent leur revanche sur ce corps qui les a trahis trop jeunes…Ils le soumettent, le dominent, le connaissent. Ils ont la rage, la rage de vaincre et celle de vivre » : c’est l’analyse du professeur Bernard Debré (Le Point 21/07).

Cela voudrait-il dire qu’hors le malheur, la possibilité d’une telle performance ne sera jamais donnée à un être sain ?


P.S. : Je signale une jolie BD « L’aigle sans orteils », Lax, chez Dupuis (collection Air Libre). La formidable et touchante aventure sportive d’un des pionniers du Tour, qui devrait plaire à Philippe Delerm. Mais cette histoire émouvante est-elle si éloignée de celle de L.A. ?

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 juillet 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Pêle-M.E.L , Société
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27 février 2005

Musique en ligne, riposte au piratage

 Mercredi dernier, j'étais invité à une réunion organisée par Nicolas Seydoux (PDG de Gaumont). Objet : "Comment répondre aux attentes des jeunes internautes, sans tomber dans le tout répressif à l'égard des music hackers".

Il y avait là un beau panel de distributeurs de disques et de DVD (Denis Olivennes, FNAC), du cinéma (Olivier Courson, Canal+), et des représentants des auteurs, des producteurs, etc...
Chacun a fait son autocritique, ses propositions, et envoyé quelques scud sur le Nouvel Observateur et son initiative pour la musique gratuite, etc... Evidemment, j'ai émis toutes les critiques à l'égard des majors du disque que nous avons eu l'occasion de développer ici sur ce blog. Les principales mesures sont d'abord à prendre dans les entreprises elles-mêmes (marketing, élargissement de l'offre, baisse des prix...). Mais tous, nous avons convenu que parmi les dizaines de mesures à prendre, il importait d'engager la responsabilité des fournisseurs d'accès à Internet qui sont finalement les seuls bénéficiaires du piratage. Ce sont eux qui, en contrepartie d'un téléchargement gratuit, reçoivent publicité et rétribution. Or, ils ont la capacité de détecter le piratage professionnel, et de déconnecter ceux qui s'y livrent. (ils le font bien, même s'il faut parfois l'imposer par des actions de justice, quand il s'agit de sites pédophiles ou nazis !!!).

Ensemble nous avons décidé que sur la base de ce constat unanime, les pouvoirs publics devaient agir sans délai pour obtenir des fournisseurs d'accès un engagement total dans cette affaire. J'envisage de signer avec Denis Olivennes de la FNAC, une demande en ce sens !
Qu'en pensez-vous ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 février 2005 dans Actualités / Débats (Arts) , Musique , Nouvelles technologies , Société
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7 février 2005

Du baston pour les music hackers

 Ca y est, c'est parti, les majors attaquent. Pour l'exemple, pour faire peur. Tel est le mot d'ordre, l'unique discours, sur un air de répression qu'entonnent de concert toutes les maisons de disques. Avec à leur tête Pascal Nègre, le PDG d'Universal, qui a décidé d'en découdre. Leurs cibles ? Les voleurs de droit, les pirates en ligne, les siphonneurs de sons qui font bombance de musiques gratuites, sans être même passés à la caisse, sans vouloir s'acquitter de l'octroi. Sur le fond, personne ne peut sérieusement contester que le piratage, et surtout, la commercialisation de musiques préalablement téléchargées, constitue une formidable perte de chiffre d'affaires pour l'industrie musicale. Mais l'action policière serait crédible si leurs auteurs s'en prenaient vraiment aux trafiquants professionnels. Par facilité, voilà que l'on envoie la maréchaussée chez quelques jeunes contrefacteurs, qu'on médiatise leur procès à des fins pédagogiques. Cela me laisse franchement perplexe. Le téléchargement de la musique n'en est qu'à ses balbutiements. En France, près de cinq millions de français, jeunes pour la plupart, sont en train de se constituer une bibliothèque de CD en s'échangeant, sur les sites peer to peer, des fichiers pouvant atteindre des centaines de titres. Que des opérateurs ramassent à cette occasion une importante manne publicitaire, que d'autres en profitent pour réaliser des éditions pirates, voilà qui justifie le procès. La cause serait certainement plus crédible si les majors mobilisaient leurs propres auteurs. Rien de plus efficace qu'un Laurent Pagny, un Calogero, Axelle Red ou Sardou, expliquant à leurs fans combien l'avenir de leur métier est lié à ce changement de comportement. A contrario, le défaut d'engagement des chanteurs eux-mêmes (par laxisme, indifférence, ou peur de leur propre public) a quelque chose de profondément choquant pour toute une jeunesse nourrie des slogans sur la gratuité d'Internet.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 7 février 2005 dans Consommation , Musique , Nouvelles technologies , Société
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12 janvier 2005

Politique / Handicap

 POLITIQUE : C'est le temps des soldes. En ce moment, ça rase gratis : annonce d'une croissance à 2,4 % pour 2005, chômage en baisse, moins 20 % sur les impôts d'ici deux ans. Et on vous emballe tout ça en affirmant, main sur le coeur, que la politique « ça ne se résume pas à des effets d'annonce » ! Pas un Français pour croire une telle farce. Le plus pathétique, c'est que les annonceurs ne font même pas semblant d'y croire. De son Béarn natal, François Bayrou a fait ce commentaire très juste : « En politique, le désespoir naît aussi du fait qu'ils sont désespérants ! ». HANDICAP : J'avais rencontré Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d'Etat aux Personnes Handicapées, lors de l'inauguration de « La vitrine des CAT » à Paris, près du Châtelet. Elle m'a demandé de participer à un club de réflexion sur l'insertion des handicapés. Sa thèse : la démission parentale et l'éclatement des familles, l'isolement des handicapés, et surtout les discriminations à l'embauche génèrent une intervention croissante de l'Etat : 13 milliards d'euro au budget, près de 30 milliards si on compte les aides indirectes de toutes sortes. Evidemment, la progression des dépenses devient ingérable. Elle envisage d'augmenter les sanctions (1 500 fois le SMIC pour les entreprises qui refusent d'embaucher un handicapé). Elle souhaite surtout que les managers changent de mentalité, à l'instar des entreprises d'Europe du Nord. Et pour cela, il faudrait, selon elle, que les entreprises comprennent que l'embauche d'un handicapé peut être aussi un atout économique (motivation, baisse de charges, bonne image pour l'opinion ou les salariés, ...etc.). Cette manière de réfléchir m'a d'abord choqué. Le regard sur le handicap peut-il être façonné par l'intérêt économique plutôt que par la générosité, l'émotion, le volontarisme. La réponse mérite que l'on phosphore un peu : si l'on veut que l'effort soit durable, on ne peut pas compter sur la seule implication de quelques personnes motivées. L'entreprise doit aussi y trouver son intérêt. Pour y réfléchir, elle a créé un club (j'en serai) réunissant des chefs d'entreprise volontaires (les présidents de La Poste, Procter, SFR/CEGETEL, Air France, ...etc.) et quelques experts (Agence de Notation Sociale, spécialiste des organisations sociales, chercheurs). La question centrale : comment montrer qu'il peut y avoir un lien entre les initiatives, les expériences dans le recrutement des handicapés et la performance (« affectio societatis », cohérence et fédération des équipes, ...etc.) de l'entreprise. Ceux qui veulent bien nous aider à enrichir notre copie collective sont les bienvenus...

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 12 janvier 2005 dans Actualités / Débats (Pol.) , Engagements , Handicap , Société
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