8 août 2005
Tabac : le droit des non-fumeurs
Environs de Brantôme… L’anticyclone reste stationnaire, la chaleur est supportable, la lumière est belle sur la Dordogne. Les neurones ne sont pas trop sollicités. L’actualité vient de temps en temps réveiller la torpeur estivale. Par opportunité, par rapprochement, par ricochet…
Ainsi, ces vieux séchoirs à tabac dont l’architecture locale est friande. Il n’est pas une vieille ferme, une belle masure de calcaire blond, qui ne possède un auvent où l’on faisait, depuis le XVième siècle, sécher les feuilles chichement comptées (une à une) et contrôlées par une administration très tatillonne. Le Bergeracois a depuis une dizaine d’années subit la baisse des ventes de cigarettes. Et, ça s’accélère. Fin mai, les ventes nationales 2005 étaient en régression de 32% par rapport à mai 2002.
Dans les cafés de la région, les débats sur la politique anti-tabac ont une résonance toute particulière. On passe très vite sur l’aspect sanitaire du problème. On focalise sur les aspects financiers et l’emploi, quitte à s’abriter derrière la sacro-sainte défense des libertés individuelles.
C’est Yves Bur, député UMP alsacien, qui a allumé le pétard. Toute la presse, ici, en parle. Il a confirmé vouloir déposer un projet de loi visant « à interdire le tabagisme dans les lieux publics confinés ». C'est-à-dire, café-bars, restaurants, dancing…
C’est le même député qui a pourfendu les distributeurs de confiseries et de sodas dans les écoles. Avec succès !
Les opposants ont beau jeu de dénoncer l’hypocrisie de l’Etat. J’entends le bistrotier asséner derrière moi, en martelant le zinc du comptoir avec fureur « le gouvernement (sic) a le monopole du tabac. S’il veut l’interdire, qu’il l’assume. Et qu’il vienne le dire aux producteurs de la région. En plus, il prélève quatre euros sur chaque paquet. Quel double langage. »
Voilà qui est vrai ! Il faudra bien un jour, mettre les pieds dans le plat. Et pourquoi pas à l’occasion du débat parlementaire annoncé par Yves Bur. Je me sens prêt à m’engager pour cette cause là.
J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec le Professeur Pujol, Président de la Ligue Contre le Cancer dont mon groupe est partenaire. Les méfaits du tabac sont catastrophiques. Pour ceux qui fument. Pour ceux qui respirent malgré eux la fumée des autres. Le « tabagisme passif environnemental » (puisque ainsi on le nomme) suscite bronchite, asthme, otite et sinusite chez les enfants. Il aggrave les insuffisances respiratoires, les risques de maladies coronariennes, sans parler des effets cancérigènes… chez l’adulte.
Faut-il lancer la chasse aux fumeurs ! Comme dans certains établissements américains ou canadiens ? Non, pas, la pédagogie fait son œuvre, comme le prouve les chiffres cités plus haut. Et la conviction est meilleure conseillère que la prohibition.
Mais en écoutant les arguments des uns et des autres, il faut se rendre à cette évidence. Fumer est un droit, ne pas fumer aussi !
Dans la plupart des bistrots (comme celui où je suis actuellement), il est illusoire de prétendre séparer fumeurs et non-fumeurs. C’est de la mauvaise foi ! L’espace est trop ténu. On y respire un même air.
D’ailleurs, le problème se pose dans les immeubles d’habitation, les hôtels ou les bureaux.
Au siège de mon groupe, nous avions eu ce problème. Des espaces non-fumeurs ?
Avec la climatisation et les systèmes de ventilation, l’air circule, et la nicotine avec (il suffit de regarder l’état des filtres !). C’est pourquoi, j’avais décidé : tous nos locaux sont non-fumeurs. Le Comité d’entreprise n’y a rien trouvé à redire, pas plus que les fumeurs pourtant contraints à s’exiler dehors.
Tout ceci pour dire qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des décisions tranchées.
Je soutiens la proposition d’Yves Bur. Sans polémique, sans diabolisation ! Invitons les fumeurs à ne pas partager leurs effluves, et protégeons la volonté des non-fumeurs d’en être dispensés.
Et pour l’économie locale, préférons la culture de la fraise et des truffes. On y excelle ici dans le Bergeracois. Et je suis sûr, c’est plus rentable à long terme.
Posté par M.E.L. le 8 août 2005 dans
Libertés
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26 juillet 2005
Economie et sécurité : Le cas du transport aérien
Après ce nouveau massacre, Charm el-Cheikh panse ses plaies. Le terrorisme se cherche de nouvelles cibles et les démocraties renforcent leur solidarité (à force de l’annoncer, après chaque attentat, on se demande pourquoi elle n’est pas déjà maximale !).
Mais Charm el-Cheikh, c’est aussi, de triste mémoire (Janvier 2004) une catastrophe aérienne. D’autres vies violemment fauchées, et une polémique sur la sécurité des avions charters. Alors que s’organise et s’amplifie le grand ballet aérien des chassés-croisés des vacanciers, je suis évidemment sur le qui-vive et observe, avec une certaine fébrilité, la trop lente avancée du programme national et européen mis en place au début de l’année dernière.
Mon groupe n’est pas en première ligne comme le sont FRAM, ou le Club Med. Leclerc Voyages est devenu un acteur majeur dans le domaine des vacances. Mais nous commercialisons essentiellement des offres de voyages construites par les tours opérateurs (les précédents, mais aussi Kuoni, Jet Tours, Marmara, etc…). Nous sommes principalement des revendeurs de produits de tourisme (griffés ou non). Mais la question de la sécurité de nos 500 000 clients ne peut me laisser indifférent.
Justement. Après l’accident de Charm el-Cheikh, les pouvoirs publics français et la Commission Européenne avaient fait de grandes déclarations. Le Point (21/04/05) rappelle qu’un label « pavillon bleu » (décerné aux compagnies jugées les plus sûres) devrait voir le jour le 1er janvier 2006 (pourquoi si tard !), mais qu’on ne connaîtra pas la liste noire des compagnies aériennes à proscrire. « Au sein même de l’UE, une compagnie pourra être interdite par certains membres et pas par d’autres. » Comment, dès lors, les vacanciers pourront-ils faire leur choix ? A quoi cela sert-il alors de faire figurer sur le billet le nom de la compagnie charter s’il ne correspond à aucune information précise.
Il ne faut pas tomber dans la psychose. Si l’on veut garantir la qualité du transport aérien, il ne faut pas laisser s’entretenir la suspicion, ni la rumeur. Mais il faut éliminer les points noirs.
1- Le transport aérien reste un moyen sûr de se déplacer. Le nombre d’accidents y est proportionnellement inférieur aux autres modes de transport. C’est une réalité.
2- Toutes les compagnies aériennes déclarent ne jamais lésiner sur la sécurité et les contrôles. Mais beaucoup ont des difficultés financières. Elles cherchent à réduire les coûts. Tout le monde est tenté de faire le lien entre la diminution du personnel et la réduction de la vigilance, d’autant que les syndicats de pilotes tirent souvent (réflexe corporatiste ?) la sonnette d’alarme.
3- Les tours opérateurs et même les compagnies recourent de plus en plus aux prestations de compagnies charters. Certaines sont filiales de grands groupes aériens. La notoriété de leur logo offre une certaine garantie. Beaucoup ont des rapports exclusifs (Star avec le Club Med). A priori, les TO européens ne travaillent pas avec les nouvelles compagnies qui ont émergé en Afrique, en Russie, dans les pays arabes, ou sont installées dans les régions offshore.
4- Mais sur certaines destinations comme l’Egypte, et à certaines saisons, les TO français n’ont pas la clientèle suffisante pour affréter eux-mêmes un charter. Ils passent alors par des « consolidateurs » qui regroupent les demandes, affrètent et leur réallouent des « blocs-sièges ». C’est à ce stade qu’on rencontre le plus de problèmes dans le choix des prestataires.
J’étais, ce matin, en longue discussion avec nos cadres chargés du référencement des tours opérateurs proposés dans nos 145 agences. Leur préoccupation, c’est de ne travailler qu’avec des TO renommés qui, eux-mêmes, s’engagent sur la qualité des charters utilisés. Nous avons décidé de ne pas affréter en direct (sauf dans le cadre de déplacements internes au groupe, mais dans ce cas, avec des charters français)… Avec le risque d’apparaître conservateur, voire trop classique dans notre offre, puisque ainsi nous nous refusons de faire des « coups » à des prix encore plus canon.
Mais on voit bien la limite de toute démarche, même bien intentionnée, si au niveau des pouvoirs publics, le contrôle de la sécurité n’est pas optimal.
En France, ce rôle échoit à la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC). Tous les pilotes, les constructeurs et les compagnies attestent du sérieux de cette administration, voire de son caractère tatillon. Mais les agents de la DGAC eux-mêmes attestent de l’étendue du chantier et pestent ouvertement contre certains états, trop négligents dans l’exercice de leurs propres obligations de contrôles nationaux.
Dans le JDD du 24/07, la DGAC affiche la satisfaction d’avoir effectué 1 636 contrôles l’an dernier sur les appareils de compagnies étrangères. Mais les bras vous tombent quand on vous présente ce bilan comme une performance…puisque réalisés avec seulement 25 agents spécialisés dans ces inspections !!! 25 agents, c’est le nombre de techniciens d’une grosse concession Renaud ou Mercedes. Cela paraît tellement disproportionné par rapport à la technicité des audits et à leur ampleur…qu’on continue forcément à se poser des questions.
Il est normal que l’Etat exige des opérateurs économiques le respect de toutes les normes sanitaires et qu’en la matière, il soit intraitable. Mais la priorité, c’est de donner aux administrations les moyens d’agir. Et dans le cas d’espèce, ça ne me semble pas être vraiment le cas.
Posté par M.E.L. le 26 juillet 2005 dans
Actualités / Débats (Conso.)
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14 juin 2005
Antisémitisme : Les saints doivent être exemplaires !
Le peuple juif « a la soif de l’or, il a le Christ pour ennemi. Laissé libre et doué d’un grand talent pour la spéculation, il a conquis notre or et il nous tient asservis. Il tient la presse et fait l’opinion. Il remplit nos grandes écoles publiques et vise à s’emparer de l’administration et de la magistrature. C’est une conquête…déjà bien avancée…Nous sommes esclaves…L’alarme est donnée…Il faudra bien qu’une solution vienne… ».
Exprimés par un leader du FN, un Faurisson ou un de ces fêlés qui barbouillent les cimetières, ces propos vaudraient à leur auteur procès immédiat, mobilisation du MRAP, brocards sous la plume d’un BHL en colère.
Or, c’est un abbé, le père Dehon, qui a parlé ainsi. Ou plutôt, qui affirmait ses convictions, en 1898, dans son « Catéchisme social ». Un prêtre que sa congrégation et ses admirateurs proposent aujourd’hui de béatifier, avec comme soutien d’honorables historiens et théologiens. Ses propos sont choquants, la procédure déplacée et les arguments en défense le sont encore plus.
1) D’abord, je vous explique pourquoi ce sujet m’interpelle personnellement. J’ai passé toute mon adolescence dans une école où, dans chaque classe, dans chaque couloir, était suspendue une photo du père Dehon. Comme mon père, je suis un pur produit de cette fabrique : « Les Prêtres du Sacré-Cœur ». A 12 ans, je rêvais d’être missionnaire, de planter la Sainte-Croix à l’orée des villages des peuples barbares, de prêcher aux foules incultes un évangile de fraternité et d’espoir. Et j’avais, pour tout bagage spirituel, la référence à ces vies mythiques des saints (Saint Vincent de Paul, Don Bosco, Dominique Savio) dont j’étais admiratif de l’action et de la générosité.
J’ai mûri, changé d’avis en cours de route, mais je reste extrêmement reconnaissant aux bons pères pour leur dévouement et la force de leur engagement. Le père Dehon, c’était dans l’enseignement de nos maîtres, un grand réformateur qui avait œuvré pour faire évoluer toute la doctrine sociale de l’Eglise. Un progressiste en quelque sorte. Et sa congrégation a eu un très grand rayonnement (Paray-le-Monial).
Aussi à la lecture de ses textes qu’on nous avait cachés et que l’on fait semblant de découvrir aujourd’hui, j’ai un peu l’impression d’avoir été trompé.
2) Mais ce sont les arguments de ses défenseurs qui me révoltent. Ils disent, en substance : « Le propos est banal pour l’époque » ; « L’abbé était sur la corde raide sans avoir théologiquement versé dans le racisme » ( !) (L’historien Paul Airiau). Un autre biographe rappelle toute « part d’ombre qui existe chez tout saint » et que celle-ci, chez Dehon, « n’est pas structurante de sa pensée ». Sa judéophobie « n’était pas raciale, mais religieuse ». Tous affirment que cet antisémitisme était relativement « fréquent et banal dans les milieux intellectuels de cette fin du XIXème ».
C’est justement cette volonté de banalisation qui est choquante. Elle n’est pas acceptable en elle-même. Elle est révoltante si on veut bien considérer l’initiative qui vise à faire du père Dehon un modèle, une référence, une icône du catholicisme. Avec la béatification, ce n’est pas l’histoire qu’on justifie, c’est le futur qu’on imprime, qu’on façonne, pour l’édification morale des jeunes générations.
3) De nos jours, le culte des saints ne fait plus recette. Ces béatifications à la chaîne ont même une petite connotation kitsch qui enlève beaucoup de signification à ces pratiques cultuelles, de l’avis même de fervents catholiques. (S’il fallait revisiter la vie des saints statufiés dans nos églises, et les passer au tamis critique de la morale, il y aurait des hécatombes !). Mais la poursuite (ou non) de ce procès en béatification constituera un signe fort de l’Eglise.
Sous la pression d’attaques qui visaient son court passé dans les jeunesses hitlériennes, mais surtout animé d’une même volonté que son prédécesseur, Benoît XVI poursuit une politique d’ouverture avec les autres confessions. Il recevait, la semaine dernière, les représentants de la communauté juive internationale (le rabbin Israël Singer, USA, et Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial). Devant eux, il a insisté : « La mémoire du passé reste pour les deux communautés un impératif moral ».
C’est un objectif que nous devons partager. C’est un impératif qui s’oppose à la banalisation de l’antisémitisme, même remis dans son contexte historique. Une manière de dire qu’il ne faut ni réécrire, ni embellir l’histoire. Malgré ses positions, le père Dehon mérite certainement notre admiration pour une partie de son œuvre. A vouloir idéaliser sa personne, en toute connaissance de sa judéophobie, ce ne serait certainement pas le meilleur moyen de signifier notre volonté de réconciliation.
Posté par M.E.L. le 14 juin 2005 dans
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8 avril 2005
Sécurité et liberté : jusqu’où…la transmission des données ?
Emoi au pays de Jean-Jacques Rousseau et de Voltaire ! Depuis le mois dernier, tous les chefs d’entreprises suisses avec lesquels je discute (nous avons un bureau à Zurich chargé de comparer les prix des grandes marques en Europe), ne parlent que de cela. Le gouvernement fédéral a cédé aux exigences des autorités douanières américaines. Le numéro de carte de crédit des voyageurs suisses leur sera systématiquement transmis à première demande. La mesure perturbe évidemment tous ces esprits habitués au confort feutré du secret bancaire. Elle jette le trouble dans les associations préoccupées de la défense des droits des citoyens.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’administration US multiplie les mesures sécuritaires (rétablissement des visas, prélèvement d’empreinte des deux index, et depuis septembre, photo de l’iris oculaire au moyen d’un nouvel appareillage électronique). Voilà déjà de quoi stresser nos amis de la Confédération. Les demandes d'informations sur les voyageurs ont aussi été revues à la hausse. La plupart restent usuelles (nom, adresse, numéro de téléphone, date du voyage). D’autres sont légitimes du point de vue de la sécurité (siège occupé dans l’avion). D’autres encore sont plus contestables (communication de l’adresse électronique et surtout du numéro de la carte de crédit).
Initialement, les USA exigeaient d’avoir un accès direct et automatique au fichier clients des compagnies aériennes. Comme leurs homologues européens, les transporteurs suisses ont eu le bon goût de refuser, mais ont accepté le principe de transmission de ces données dès la demande des services américains.
Tout le monde peut comprendre que la lutte antiterroriste exige que soient revus à la hausse les dispositifs de sécurité. Mais jusqu’où faut-il mettre en carte nos concitoyens ? Sans être obsédé par l’idée de manipulation, jusqu’où peut-on faire confiance aux institutions qui revendiquent cette immixtion constante dans la vie privée. On connaît la faculté qu’ont les pirates de l’informatique de pénétrer toutes sortes de banques de données parmi les plus protégées. Qu’est-ce qui nous garantit que l’on ne passera pas de la caution terroriste à la gestion d’une opposition politique par une administration d’Etat ou peut-être même par des groupes d’individus mal intentionnés. Les droits les plus élémentaires ne sont-ils pas encore bafoués dans nos démocraties (écoutes téléphoniques, détentions arbitraires, etc…) ? Bref, qui va garantir « la bonne fin de ces contrôles » ?
La question des procédures mérite d’être d’autant posée que les autorités américaines, depuis quelques semaines, viennent à considérer désormais comme suspect tout paiement en liquide d’un billet de transport. (Peut-on être un « délinquant » par avance ?)
P.S. : Signalons cette contribution intéressante au débat sur le référendum constitutionnel : si le gouvernement suisse, qui ne fait pas partie de l’U.E., a pu limiter les dégâts et obtenir des concessions, c’est parce que la Commission Européenne s’est opposée aux prélèvements automatiques d’informations, et qu’ainsi nos voisins transalpins ont pu bénéficier de cette négociation. Comme quoi la Commission fait aussi du bon boulot !
Posté par M.E.L. le 8 avril 2005 dans
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