6 février 2006

Caricatures et droit d’expression : L’humour plus fort que le mépris

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Ce week-end, dans la presse, une photo d’un supermarché égyptien : « Dear clients, we express solidarity with islamic and egyptian community. Carrefour don’t carry Danish products ». L’occasion pour quelques journalistes d’obtenir la réaction d’un autre distributeur, face aux appels au boycott.

Dans un premier temps, j’ai réagi comme tous ces hommes politiques, ces écrivains, ces dessinateurs : pas question de se laisser impressionner. Ne cédons pas à la censure, défendons la liberté d’expression ! Et puis, j’ai pris un peu de recul, j’ai regardé les caricatures litigieuses, observé les dégâts, essayé de faire la part des choses.

1) Tout d’abord, le franchisé Carrefour du Caire a probablement pris la bonne initiative. Facile de faire le beau dans une Europe sécurisée. Mais en regardant les images de violence retransmises par les télés, la défense de ces caricatures mérite-t-elle qu’on mette en péril des vies ? Non, je ne le crois pas. En tout cas, si ce commerçant avait été sous mon enseigne, je reconnais que je n’aurais pas su lui objecter quoi que ce soit.

2) L’enjeu, d’ailleurs, peut-il être cantonné à une défense de principe : celle de la liberté d’expression ? Elle n’est pas menacée (pas vraiment) en Occident. S’il s’agit de faire école du côté de chez les mollahs, l’initiative ne me semble pas efficace. Devant l’outrance, la gratuité de l’attaque, et ce qui immanquablement est vécu comme une provocation, le plaidoyer pour le droit d’expression n’aboutira qu’à un résultat : renforcer la conviction des peuples blessés que l’Occident est définitivement pourri, sans hiérarchie de valeurs, méprisant à l’égard du sacré.

Car enfin, que cherchent nos caricaturistes ? Veulent-ils s’en prendre au terrorisme, aux intégristes, aux liens qui les unissent ? Soit ! Mais qui veut-on convaincre. Nous, les Européens ? C’est fait ! Les peuples sous domination fondamentaliste ? Mais leurs dictateurs n’attendent que cette provocation pour retourner le boulet. Sûr que dans leurs mosquées, des fanatiques auront su souffler sur les braises : « Ils ne respectent rien, ni les femmes, ni Dieu, ni la religion… ».

Justement : le JDD, ce dimanche, publiait un intéressant témoignage de Guy Coq, philosophe chrétien. « Assimiler le prophète à un poseur de bombe, par-delà l’insulte, est une faute énorme quand, précisément, l’enjeu du débat avec les extrémistes consiste à montrer qu’ils sont finalement infidèles au prophète ! ». Coq, à juste titre, pourfend l’amalgame : « Le message politique envoyé aux croyants de l’islam, par certains dessins, est politiquement et moralement néfaste ». J’adhère à ce diagnostic.

Certes, Cabu, l’excellent et horripilant Cabu, avait raison vendredi, dans Libé : « On doit pouvoir critiquer toutes les religions, il n’y a pas de délit de blasphème… ». Mais l’erreur, c’est de ne pas comprendre à quel point la question religieuse est aujourd’hui politique. Le philosophe Marcel Gauchet (Le Figaro, 3/02/06) pose naïvement la question : « Qui, parmi les catholiques, aurait l’idée de mettre en scène un tel esclandre planétaire ? ». Personne, évidemment, encore que…rappelez-vous le scandale suscité par la publication de l’affiche (honteuse, elle aussi, à cause de l’amalgame avec la croix gammée) du film « Amen » de Costa-Gavras. Mais si une telle affaire ne susciterait jamais un tel tollé chez les chrétiens, c’est tout simplement parce qu’il n’existe pas autant de théocratie se réclamant du Saint-Siège.

En terre d’islam, justement, beaucoup de régimes réactionnaires, voire des dictatures, assoient leur pouvoir sur la crédulité des fidèles dont il est facile de manipuler l’indignation.

Toute la presse a raison de douter de la sincérité des indignations dans les chancelleries, dans les mosquées, et même dans les rues de ces pays. Mais c’est être sourd aussi de ne pas entendre la détresse sincère de nos musulmans européens qui disent, dans les courriers des lecteurs de Libé, sur les sites internet ou dans les radios, combien ils se sentent eux-mêmes blessés par l’inconscience de ces artistes, planqués derrière les protections juridiques occidentales, loin des théâtres sanglants de la confrontation.

Franchement, ce qui a manqué à nos caricaturistes, c’est de la perspicacité, mais c’est surtout de l’humour. Pétillon, lui, en a. J’ai lu, ce week-end, « L’affaire du voile » publiée par Albin Michel. Dans cette histoire, les fondamentalistes en prennent plein les dents. Mais c’est raconté avec beaucoup de chaleur, d’affection même, et la dérision est si imparable qu’elle ne laisse place à aucun contre argumentaire.

A ce jour, Pétillon n’a pas subi de fatwa. Le Recteur de la mosquée de Paris lui a décerné un brevet d’humour, sans autre mise en garde. (Il est vrai aussi que la BD de Pétillon, contrairement aux caricatures danoises, n’a pas fait l’objet d’une diffusion mal intentionnée, aux sorties des écoles coraniques, à Damas ou à Djakarta !).

A ce jour, personne n’a osé demander le boycott du dessinateur breton. Preuve que son attitude est bien plus efficace. « Dieu est humour » dit Libé, ce matin, qui signe un joli portrait dudit Sieur. Assurément. Et quand on écoute toute la nouvelle génération d’acteurs comiques issus du Maghreb, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils savent cogner sur les barbus et autres fanatiques, Dieu est sacrément tolérant…quand on lui permet de se marrer aussi.


Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 6 février 2006 dans Actualités / Débats (Pol.) , Arts graphiques , Libertés , Société
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13 décembre 2005

Terrorisme, grippe aviaire : Quelle responsabilité (état/entreprises) dans les plans anti-crise ?

La sécurité (biens et personnes) constitue une mission essentielle de l’Etat (défense militaire et police intérieure). Avec l’extension du « principe de précaution » et l’évolution de la jurisprudence en matière de responsabilité, les entreprises ont été amenées à créer des dispositifs internes de contrôle et d’intervention. Elles ont ainsi contribué à l’essor d’un véritable marché privé de la sécurité (vigilance, vidéo-surveillance, etc…).

L’Etat, serré aux entournures budgétaires, a pu y trouver son compte. Mais cette « délégation de sécurité » s’apparente, à mon goût, à une démission. Outre les questions concernant la garantie des droits civiques, elle pose d’évidents problèmes de discrimination : face aux émeutes, le gérant d’un café ou d’un magasin de motos n’a pas les moyens d’acheter les services d’une société de protection à laquelle fait appel l’industriel ou la chaîne d’hypermarchés !

Cette démission de l’Etat en matière de responsabilité et de gestion des moyens sécuritaires m’est apparue de manière encore plus flagrante lors de réunions récentes sur la gestion de la pandémie aviaire et le risque d’attentats terroristes.

1) La gestion des moyens et le principe « utilisateurs-payeurs »

Le plan de « pandémie aviaire » prévoit, dans un de ses scénarios les plus noirs, un confinement de la population à domicile. Les grandes enseignes (dont la nôtre) seraient, dans ce cas, requises pour approvisionner les personnes prioritaires (hôpitaux…) et la population en denrées de première nécessité.

Concrètement, cela suppose de la part de nos entreprises :
- La constitution d’un stock préalable de produits et une logistique dédiée.
- La mobilisation de plusieurs milliers de salariés.
- Leur équipement en masques FFP2 (durée d’utilisation 3 heures).

Evidemment, aucune des entreprises sollicitées ne rechignerait à jouer ce rôle. Lors des réunions de planification (qui rassemblent nos propres cadres et des fonctionnaires de différents ministères (défense, finances, santé…)), personne ne remet en cause la nécessité (l’obligation) d’agir de la sorte.

Mais curieusement, et alors qu’ils prennent en charge le stockage des vaccins, des antiviraux et de nombreux matériels, les pouvoirs publics exigent des professionnels jugés « stratégiques » d’équiper leur personnel (déjà réquisitionné) à leurs frais. Ainsi que d’assurer le maintien d’un stock prévisionnel permanent de masques et de provisions…

Le problème n’est pas essentiellement d’ordre financier, même s’il est important (pour notre enseigne, le plan requiert 12 millions de masques). De toute façon, si on est un jour dans ce scénario, les questions financières ne seront certainement pas nos préoccupations premières ! ! !

Mais il y a là une question de principe. En exigeant des sociétés privées une obligation de moyens, l’Etat ne se soustrait-il pas à sa responsabilité. Est-il normal qu’en temps de crise, il transfère ainsi la responsabilité de la sécurité du personnel réquisitionné sur les seuls employeurs ?

2) La privatisation de l’anti-terrorisme ?

C’est plus discrètement, et sans que l’affaire n’ait provoqué le moindre remous dans les médias, que le gouvernement a réformé plusieurs dispositions du « Code de la Défense ». Le nouveau texte, adopté fin novembre par l’A.N., précise les conditions de protection des « sites à risques » (centrales nucléaires, installations classées Seveso…) ou encore des sites très fréquentés par le public.

Que lit-on dans ce dispositif ? Oh, surprise ! « Les entreprises concernées seront tenues de coopérer, à leurs frais, à la protection desdits établissements,…contre toute menace à caractère terroriste ! ». Précédemment, les entreprises, comme EDF ou AREVA, avaient l’obligation de tenir compte des risques de sabotage dans leurs projets de construction. Normal ! Mais « la prévention du risque terroriste » est un concept beaucoup plus large, et nécessite bien d’autres moyens de contrôle des personnes.

Discuté dans le cadre d’un récent colloque (organisé par le Haut Comité Français de la Défense Civile), le nouveau texte a tout de suite été interprété, par les entreprises, comme une nouvelle démission de l’Etat.

J’ai moyennement apprécié la boutade du Préfet Boubé (secrétariat général de la Défense nationale) s’adressant à mon homonyme, Jacques Leclerc de Carrefour : « Si vous refusez d’ouvrir les sacs de vos clients, ce n’est pas l’Etat qui va vous embêter, mais la justice pour défaut de vigilance… ». A chaque plan Vigipirate, nous procédons de la sorte. Mais on en connaît les risques et les polémiques (discrimination, « délit de gueule », absence de protection juridique, etc…).

Mais plus sérieusement, jusqu’où peut-on (et faut-il) exiger de sociétés comme Suez par exemple, qu’elles fassent surveiller, par des agents de sécurité privés, tout son réseau d’adduction, de pompage et de stockage d’eau potable en France ?

Oui, je sais, certaines firmes pratiquent déjà cette forme de contrôle (Aéroports de Paris, compagnies de transport), mais a-t-on réfléchi au nombre de personnes qu’il faudrait recruter pour atteindre un objectif « zéro risque » (et quid des assermentations, des formations, des critères de sélection, etc…). A quand les officines paramilitaires ? Et, s’il y avait défaillance de ce personnel, en cas d’attentat par exemple, qui serait tenu pour responsable ? L’employeur privé, la société de vigiles ou l’Etat qui aura économisé l’emploi de la force publique.

J’ai bien aimé la remarque ironique de la Directrice de la Sécurité d’EDF : « Que l’entreprise participe au financement des moyens, pourquoi pas, mais elle ne pourra contenir un commando kamikaze en attendant que l’Etat arrive en mobylette… » (AFP, 30/11/05).

Conclusion :

Je ne voudrais pas être rabat-joie. Je trouve très positif le dialogue actuel entre l’Etat et les entreprises sur les questions de sécurité. Mais au risque de voir nos impôts adaptés à des besoins accrus par l’augmentation des menaces, l’Etat, me semble-t-il, doit rester le gestionnaire exclusif de ce domaine.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 13 décembre 2005 dans Actualités / Débats (Eco) , Actualités / Débats (Pol.) , Economie , Libertés , Politique , Société
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11 novembre 2005

Sida en Chine : Pierre Haski analyse « Le sang du silence » (Grasset)

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C’est un livre-réquisitoire : Pierre Haski (correspondant de Libération à Pékin) y décrit l’exploitation commerciale du sang des pauvres, les effets de l’ignorance et du cynisme administratif, le déni de responsabilité (de la part des scientifiques comme des politiques), le refus d’assistance à des milliers de personnes atteintes du sida. C’est la vision terrifiante d’un monde plongé dans l’obscurantisme le plus total (l’idéologie communiste, son puritanisme, ses pratiques quasi-moyenâgeuses… Alors que la Chine revendique son entrée dans le camp des « Modernes ».)

Mais ce livre est aussi un pavé lancé dans la vitrine du Grand Bazar diplomatique où complaisance et intérêts économiques limitent la pression efficace des ONG et de quelques belles figures de la résistance civile.

Au début des années 1990, la Province du Hénan (90 millions d’habitants) confie à quatre sociétés commerciales un vaste programme de collecte de sang. Entre 1993 et 1996, dit P. Haski, quelques six cents stations médicalisées font des prélèvements à répétition (4 euros pour 400 cm3 de sang). Hygiène rudimentaire, mélange des produits et réinjections aux paysans de résidus du plasma collecté.

Le sida fait son apparition dès 1994. Des médecins s’inquiètent, tirent les sonnettes d’alarme. Les autorités tergiversent. Ignorantes au départ, elles se mettent vite des œillères (pas de sida en Chine. C’est une maladie de la dépravation occidentale !). La pandémie se développe…100 000, 300 000 victimes ? Personne ne sait encore.

P. Haski décrypte le silence des autorités et leurs négligences. Edifiant ! Interpellées par des médecins, les autorités nationales finissent par réclamer l’arrêt des prélèvements… Mais ceux de la Province de Hénan continuent.. !!!

Le reporter de Libé ne se contente pas d’accuser le système chinois. C’est le mérite de ce livre que de prolonger l’investigation jusqu’au comportement des Institutions internationales, et des grandes Puissances.

Alors que celles-ci avaient obtenu des Chinois un début de transparence pour lancer la lutte contre l’épidémie du SRAS, elles furent bien plus complaisantes (en tout cas, moins pressantes) dans cette affaire de sida.

C’est, nous dit P. Haski, parce que cette épidémie restait nationale. « Le SRAS, parti de Chine, avait gagné plusieurs pays étrangers dont le Canada, Singapour, le Vietnam… La tentative de mensonge sur les foyers découverts à Pékin a eu un impact important à l’étranger, et risquait d’entamer la crédibilité du gouvernement chinois, de nuire à sa capacité à attirer les investissements étrangers… Dans le cas du sida dans le Hénan, il n’y a pas d’enjeu international, et encore moins d’enjeu économique s’agissant de certains des paysans les plus pauvres du pays !! (www.arcat-santé.org).

Réquisitoire donc, mais aussi plaidoyer pour l’action.

• Hommage d’abord à ces Chinois qui, pour dénoncer le massacre, ont affronté censure, révocation et régression.
• Reconnaissance du rôle très positif des ONG, comme relais et démultiplicateur de ces forces de résistance.

Alors qu’émerge « un embryon de société civile, non seulement dans l’action contre le sida, mais (aussi) l’environnement, la justice, les expropriations immobilières, le droit des consommateurs … On n’a pas le droit de sacrifier (les victimes) » sous prétexte que le gouvernement adopte désormais une meilleure attitude ailleurs (SRAS).

…J’ai lu ce livre, hier, lors d’un aller et retour au Portugal. J’avais tout entier l’esprit encore envahi par les préoccupations de la semaine dernière (intoxication alimentaire), et alors que j’embarquais avec moi toute une doc sur la grippe aviaire. Certains pourraient dire qu’en me plongeant dans la lecture du livre d’Haski, j’étais franchement maso.
Erreur ! J’ai trouvé ce reportage édifiant, mais terriblement salutaire. Il pose clairement le problème de la sécurité sanitaire en terme politique. Il interpelle la responsabilité morale de chacun, mais montre clairement les limites d’un système qui ne dispose d’aucun contrepouvoir.

Personne ne conteste (enfin presque) l’insuffisance des seules « forces du marché » pour construire une politique de santé. Tout le monde convient de l’importance d’une législation (et de l’Etat) dans ce domaine.

Mais, il ne sert à rien de se référer à des valeurs ou à des lois si les institutions ne veulent pas ou sont incapables de les appliquer. Dans cet exemple, le devoir d’ingérence (ONG ou institutions internationales) devient capital tant pour sauver les vies chinoises (sida) que les nôtres (SRAS).

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 11 novembre 2005 dans Libertés , Livres , Société
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27 octobre 2005

Le député Yves Bur : contre le tabac dans les lieux publics ! Pourquoi pas ?

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Yves Bur remet le couvert. Le député UMP du Bas-Rhin tiendra colloque sur « Les méfaits du tabac », ce 2 novembre, à l’Assemblée Nationale (il en est l’un des Vice-Présidents). Il veut obtenir l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics.

Intéressante figure de la vie politique que cet Alsacien, docteur en chirurgie dentaire, qui (tout comme son homologue parisien du PS, Jean-Marie Le Guen) a fait de la politique de santé l’objectif de son combat social.

Dans son fief, il œuvre pour la communauté urbaine de Strasbourg (élu président depuis 2001). A l’AN, il préside le groupe d’étude sur le médicament et les produits de santé. C’est lui qui « rapporte », pour la commission des finances, sur le financement de la sécu ! Et c’est encore lui qui dirigeait les récents débats sur le financement de l’assurance maladie.

Après avoir lu ma note du 8/08, YB m’a adressé un courrier expliquant sa démarche. Les ventes de cigarettes reprennent depuis le mois de mai. « Si ces données confirment l’importance de l’effet prix sur les achats de tabac, elles montrent néanmoins qu’il ne faut pas limiter la lutte contre le tabagisme à une seule politique fiscale… Il me paraît nécessaire de franchir une nouvelle étape…(pour) décourager l’entrée dans le tabagisme, favoriser les politiques de sevrage et lutter contre la présence de la cigarette dans la société ».

Je ne pourrai participer au colloque auquel il m’invite. Mais j’aimerais confirmer ici mon soutien à ce combat. Moins d’ailleurs sous la forme d’une lutte (qui oppose fumeurs et non-fumeurs), mais d’une pédagogie dont je peux témoigner, en tant que chef d’entreprise, qu’elle peut être efficace.

Je rappelais, dans ma note du 8/08, que notre comité d’entreprise ne s’est pas opposé à l’interdiction de fumer dans les locaux du siège des Centres E. Leclerc. Plus généralement, les fumeurs ont toujours respecté, sans rechigner, l’interdiction de fumer dans les magasins, qu’il s’agisse d’épiceries ou d’hypermarchés.

Ce que ne supportent pas les fumeurs, c’est la mise au ban, la lutte ouverte, et tout traitement ostensiblement discriminatoire.

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Evidemment, YB voit large. Pour lui, s’il faut mettre des formes, l’enjeu nécessite de faire feu de tout bois.

1) Diagnostic :

Dans son courrier, YB insiste : entre 1950 et 2000, 60 millions de morts dus aux méfaits du tabac dans le monde. « Une personne meurt du tabac toutes les huit secondes ». En France, c’est 66 000 victimes par an (1 décès sur 9).

Le droit individuel des fumeurs ? YB parle de celui des non-fumeurs ! « L’agence de protection environnementale US a classé le tabagisme passif comme produit cancérigène pour l’homme au même titre que les fibres d’amiante ».

Le Bureau International du Travail (BIT), idem. « Le tabagisme passif expose les salariés non-fumeurs aux mêmes risques cancérigènes que les fumeurs ».

2) Les moyens :

Face à ce qu’il qualifie de fléau, YB rappelle que le dispositif de lutte (loi Evin de 1991, plan cancer de 2003) a porté des fruits (- 1,8 million de fumeurs en France de 1999 à 2004).

Mais comme le souligne aussi Laurent Calixte (Challenges n° 8 du 20/10/05) : « Depuis que le gouvernement s’est engagé à ne plus augmenter le prix du tabac jusqu’en 2008, les ventes repartent à la hausse ». Et attention ! La baisse des ventes « ne signifie pas forcément baisse de la consommation… Les ventes frontalières et de contrebande peuvent relativiser l’efficacité de cette mesure… Le nombre de fumeurs baisse beaucoup moins vite que celui des achats officiels de tabac »…

3) La proposition :

YB va probablement faire grincer quelques dents. En demandant l’interdiction totale de fumer dans les lieux publics, il confine les fumeurs dans leur espace privé, mais il les prive aussi d’espace ! ! !

Par contre, la mesure étant générale, elle prive les propriétaires de bars et de restaurants d’y voir une mesure ségrégationniste (ils ne sont pas seuls visés).

YB ne méconnaît pas le caractère convivial des bars et des restaurants. Mais il ne croit pas à une vraie cohabitation. Ou plutôt, il constate l’impossibilité matérielle de cloisonner réellement les espaces fumeurs et non fumeurs. Et encore plus d’isoler et de protéger les salariés dans les lieux commerciaux.

Il s’appuie enfin sur les exemples étrangers. L’Irlande où, comme écrit Le Parisien (24/10) « pour s’en griller une, il faut sortir dehors », sinon c’est 3 000 euros d’amende, par cigarette, pour le gérant. La Norvège où « la seule chose qu’on fume c’est le saumon » ; la Suède et l’Italie, elles, autorisent le cloisonnement (mais seules 4 % des salles sont équipées).

YB va s’appuyer sur ces expériences pour faire avancer la législation. Reste un problème. Un vrai. Qu’il ne convient pas de traiter par l’hypocrisie. Ce sont les buralistes qui mettent le doigt sur la tartufferie. « Comment voulez-vous qu’un buraliste interdise au client de fumer des cigarettes quand il prend son café au comptoir, alors même qu’il peut lui en vendre » (Le Parisien, 24/10).

Ce buraliste aurait dû dire : « …qu’il peut lui vendre un produit cancérigène fabriqué sous monopole et responsabilité d’Etat ! ! ! ». Ce n’est pas le moindre paradoxe de la politique française de santé.

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© "Le chat a encore frappé" - Ph. Geluck - Casterman 2005

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 27 octobre 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Consommation , Libertés , Société
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8 août 2005

Tabac : le droit des non-fumeurs

Environs de Brantôme… L’anticyclone reste stationnaire, la chaleur est supportable, la lumière est belle sur la Dordogne. Les neurones ne sont pas trop sollicités. L’actualité vient de temps en temps réveiller la torpeur estivale. Par opportunité, par rapprochement, par ricochet…

Ainsi, ces vieux séchoirs à tabac dont l’architecture locale est friande. Il n’est pas une vieille ferme, une belle masure de calcaire blond, qui ne possède un auvent où l’on faisait, depuis le XVième siècle, sécher les feuilles chichement comptées (une à une) et contrôlées par une administration très tatillonne. Le Bergeracois a depuis une dizaine d’années subit la baisse des ventes de cigarettes. Et, ça s’accélère. Fin mai, les ventes nationales 2005 étaient en régression de 32% par rapport à mai 2002.

Dans les cafés de la région, les débats sur la politique anti-tabac ont une résonance toute particulière. On passe très vite sur l’aspect sanitaire du problème. On focalise sur les aspects financiers et l’emploi, quitte à s’abriter derrière la sacro-sainte défense des libertés individuelles.

C’est Yves Bur, député UMP alsacien, qui a allumé le pétard. Toute la presse, ici, en parle. Il a confirmé vouloir déposer un projet de loi visant « à interdire le tabagisme dans les lieux publics confinés ». C'est-à-dire, café-bars, restaurants, dancing…
C’est le même député qui a pourfendu les distributeurs de confiseries et de sodas dans les écoles. Avec succès !
Les opposants ont beau jeu de dénoncer l’hypocrisie de l’Etat. J’entends le bistrotier asséner derrière moi, en martelant le zinc du comptoir avec fureur « le gouvernement (sic) a le monopole du tabac. S’il veut l’interdire, qu’il l’assume. Et qu’il vienne le dire aux producteurs de la région. En plus, il prélève quatre euros sur chaque paquet. Quel double langage. »

Voilà qui est vrai ! Il faudra bien un jour, mettre les pieds dans le plat. Et pourquoi pas à l’occasion du débat parlementaire annoncé par Yves Bur. Je me sens prêt à m’engager pour cette cause là.

J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec le Professeur Pujol, Président de la Ligue Contre le Cancer dont mon groupe est partenaire. Les méfaits du tabac sont catastrophiques. Pour ceux qui fument. Pour ceux qui respirent malgré eux la fumée des autres. Le « tabagisme passif environnemental » (puisque ainsi on le nomme) suscite bronchite, asthme, otite et sinusite chez les enfants. Il aggrave les insuffisances respiratoires, les risques de maladies coronariennes, sans parler des effets cancérigènes… chez l’adulte.
Faut-il lancer la chasse aux fumeurs ! Comme dans certains établissements américains ou canadiens ? Non, pas, la pédagogie fait son œuvre, comme le prouve les chiffres cités plus haut. Et la conviction est meilleure conseillère que la prohibition.
Mais en écoutant les arguments des uns et des autres, il faut se rendre à cette évidence. Fumer est un droit, ne pas fumer aussi !

Dans la plupart des bistrots (comme celui où je suis actuellement), il est illusoire de prétendre séparer fumeurs et non-fumeurs. C’est de la mauvaise foi ! L’espace est trop ténu. On y respire un même air.
D’ailleurs, le problème se pose dans les immeubles d’habitation, les hôtels ou les bureaux.

Au siège de mon groupe, nous avions eu ce problème. Des espaces non-fumeurs ?
Avec la climatisation et les systèmes de ventilation, l’air circule, et la nicotine avec (il suffit de regarder l’état des filtres !). C’est pourquoi, j’avais décidé : tous nos locaux sont non-fumeurs. Le Comité d’entreprise n’y a rien trouvé à redire, pas plus que les fumeurs pourtant contraints à s’exiler dehors.
Tout ceci pour dire qu’il ne faut pas avoir peur de prendre des décisions tranchées.

Je soutiens la proposition d’Yves Bur. Sans polémique, sans diabolisation ! Invitons les fumeurs à ne pas partager leurs effluves, et protégeons la volonté des non-fumeurs d’en être dispensés.
Et pour l’économie locale, préférons la culture de la fraise et des truffes. On y excelle ici dans le Bergeracois. Et je suis sûr, c’est plus rentable à long terme.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 août 2005 dans Libertés
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26 juillet 2005

Economie et sécurité : Le cas du transport aérien

Après ce nouveau massacre, Charm el-Cheikh panse ses plaies. Le terrorisme se cherche de nouvelles cibles et les démocraties renforcent leur solidarité (à force de l’annoncer, après chaque attentat, on se demande pourquoi elle n’est pas déjà maximale !).

Mais Charm el-Cheikh, c’est aussi, de triste mémoire (Janvier 2004) une catastrophe aérienne. D’autres vies violemment fauchées, et une polémique sur la sécurité des avions charters. Alors que s’organise et s’amplifie le grand ballet aérien des chassés-croisés des vacanciers, je suis évidemment sur le qui-vive et observe, avec une certaine fébrilité, la trop lente avancée du programme national et européen mis en place au début de l’année dernière.

Mon groupe n’est pas en première ligne comme le sont FRAM, ou le Club Med. Leclerc Voyages est devenu un acteur majeur dans le domaine des vacances. Mais nous commercialisons essentiellement des offres de voyages construites par les tours opérateurs (les précédents, mais aussi Kuoni, Jet Tours, Marmara, etc…). Nous sommes principalement des revendeurs de produits de tourisme (griffés ou non). Mais la question de la sécurité de nos 500 000 clients ne peut me laisser indifférent.

Justement. Après l’accident de Charm el-Cheikh, les pouvoirs publics français et la Commission Européenne avaient fait de grandes déclarations. Le Point (21/04/05) rappelle qu’un label « pavillon bleu » (décerné aux compagnies jugées les plus sûres) devrait voir le jour le 1er janvier 2006 (pourquoi si tard !), mais qu’on ne connaîtra pas la liste noire des compagnies aériennes à proscrire. « Au sein même de l’UE, une compagnie pourra être interdite par certains membres et pas par d’autres. » Comment, dès lors, les vacanciers pourront-ils faire leur choix ? A quoi cela sert-il alors de faire figurer sur le billet le nom de la compagnie charter s’il ne correspond à aucune information précise.

Il ne faut pas tomber dans la psychose. Si l’on veut garantir la qualité du transport aérien, il ne faut pas laisser s’entretenir la suspicion, ni la rumeur. Mais il faut éliminer les points noirs.

1- Le transport aérien reste un moyen sûr de se déplacer. Le nombre d’accidents y est proportionnellement inférieur aux autres modes de transport. C’est une réalité.

2- Toutes les compagnies aériennes déclarent ne jamais lésiner sur la sécurité et les contrôles. Mais beaucoup ont des difficultés financières. Elles cherchent à réduire les coûts. Tout le monde est tenté de faire le lien entre la diminution du personnel et la réduction de la vigilance, d’autant que les syndicats de pilotes tirent souvent (réflexe corporatiste ?) la sonnette d’alarme.

3- Les tours opérateurs et même les compagnies recourent de plus en plus aux prestations de compagnies charters. Certaines sont filiales de grands groupes aériens. La notoriété de leur logo offre une certaine garantie. Beaucoup ont des rapports exclusifs (Star avec le Club Med). A priori, les TO européens ne travaillent pas avec les nouvelles compagnies qui ont émergé en Afrique, en Russie, dans les pays arabes, ou sont installées dans les régions offshore.

4- Mais sur certaines destinations comme l’Egypte, et à certaines saisons, les TO français n’ont pas la clientèle suffisante pour affréter eux-mêmes un charter. Ils passent alors par des « consolidateurs » qui regroupent les demandes, affrètent et leur réallouent des « blocs-sièges ». C’est à ce stade qu’on rencontre le plus de problèmes dans le choix des prestataires.

J’étais, ce matin, en longue discussion avec nos cadres chargés du référencement des tours opérateurs proposés dans nos 145 agences. Leur préoccupation, c’est de ne travailler qu’avec des TO renommés qui, eux-mêmes, s’engagent sur la qualité des charters utilisés. Nous avons décidé de ne pas affréter en direct (sauf dans le cadre de déplacements internes au groupe, mais dans ce cas, avec des charters français)… Avec le risque d’apparaître conservateur, voire trop classique dans notre offre, puisque ainsi nous nous refusons de faire des « coups » à des prix encore plus canon.

Mais on voit bien la limite de toute démarche, même bien intentionnée, si au niveau des pouvoirs publics, le contrôle de la sécurité n’est pas optimal.

En France, ce rôle échoit à la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC). Tous les pilotes, les constructeurs et les compagnies attestent du sérieux de cette administration, voire de son caractère tatillon. Mais les agents de la DGAC eux-mêmes attestent de l’étendue du chantier et pestent ouvertement contre certains états, trop négligents dans l’exercice de leurs propres obligations de contrôles nationaux.

Dans le JDD du 24/07, la DGAC affiche la satisfaction d’avoir effectué 1 636 contrôles l’an dernier sur les appareils de compagnies étrangères. Mais les bras vous tombent quand on vous présente ce bilan comme une performance…puisque réalisés avec seulement 25 agents spécialisés dans ces inspections !!! 25 agents, c’est le nombre de techniciens d’une grosse concession Renaud ou Mercedes. Cela paraît tellement disproportionné par rapport à la technicité des audits et à leur ampleur…qu’on continue forcément à se poser des questions.

Il est normal que l’Etat exige des opérateurs économiques le respect de toutes les normes sanitaires et qu’en la matière, il soit intraitable. Mais la priorité, c’est de donner aux administrations les moyens d’agir. Et dans le cas d’espèce, ça ne me semble pas être vraiment le cas.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 26 juillet 2005 dans Actualités / Débats (Conso.) , Libertés
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14 juin 2005

Antisémitisme : Les saints doivent être exemplaires !

Le peuple juif « a la soif de l’or, il a le Christ pour ennemi. Laissé libre et doué d’un grand talent pour la spéculation, il a conquis notre or et il nous tient asservis. Il tient la presse et fait l’opinion. Il remplit nos grandes écoles publiques et vise à s’emparer de l’administration et de la magistrature. C’est une conquête…déjà bien avancée…Nous sommes esclaves…L’alarme est donnée…Il faudra bien qu’une solution vienne… ».
Exprimés par un leader du FN, un Faurisson ou un de ces fêlés qui barbouillent les cimetières, ces propos vaudraient à leur auteur procès immédiat, mobilisation du MRAP, brocards sous la plume d’un BHL en colère.

Or, c’est un abbé, le père Dehon, qui a parlé ainsi. Ou plutôt, qui affirmait ses convictions, en 1898, dans son « Catéchisme social ». Un prêtre que sa congrégation et ses admirateurs proposent aujourd’hui de béatifier, avec comme soutien d’honorables historiens et théologiens. Ses propos sont choquants, la procédure déplacée et les arguments en défense le sont encore plus.

1) D’abord, je vous explique pourquoi ce sujet m’interpelle personnellement. J’ai passé toute mon adolescence dans une école où, dans chaque classe, dans chaque couloir, était suspendue une photo du père Dehon. Comme mon père, je suis un pur produit de cette fabrique : « Les Prêtres du Sacré-Cœur ». A 12 ans, je rêvais d’être missionnaire, de planter la Sainte-Croix à l’orée des villages des peuples barbares, de prêcher aux foules incultes un évangile de fraternité et d’espoir. Et j’avais, pour tout bagage spirituel, la référence à ces vies mythiques des saints (Saint Vincent de Paul, Don Bosco, Dominique Savio) dont j’étais admiratif de l’action et de la générosité.

J’ai mûri, changé d’avis en cours de route, mais je reste extrêmement reconnaissant aux bons pères pour leur dévouement et la force de leur engagement. Le père Dehon, c’était dans l’enseignement de nos maîtres, un grand réformateur qui avait œuvré pour faire évoluer toute la doctrine sociale de l’Eglise. Un progressiste en quelque sorte. Et sa congrégation a eu un très grand rayonnement (Paray-le-Monial).

Aussi à la lecture de ses textes qu’on nous avait cachés et que l’on fait semblant de découvrir aujourd’hui, j’ai un peu l’impression d’avoir été trompé.

2) Mais ce sont les arguments de ses défenseurs qui me révoltent. Ils disent, en substance : « Le propos est banal pour l’époque » ; « L’abbé était sur la corde raide sans avoir théologiquement versé dans le racisme » ( !) (L’historien Paul Airiau). Un autre biographe rappelle toute « part d’ombre qui existe chez tout saint » et que celle-ci, chez Dehon, « n’est pas structurante de sa pensée ». Sa judéophobie « n’était pas raciale, mais religieuse ». Tous affirment que cet antisémitisme était relativement « fréquent et banal dans les milieux intellectuels de cette fin du XIXème ».

C’est justement cette volonté de banalisation qui est choquante. Elle n’est pas acceptable en elle-même. Elle est révoltante si on veut bien considérer l’initiative qui vise à faire du père Dehon un modèle, une référence, une icône du catholicisme. Avec la béatification, ce n’est pas l’histoire qu’on justifie, c’est le futur qu’on imprime, qu’on façonne, pour l’édification morale des jeunes générations.

3) De nos jours, le culte des saints ne fait plus recette. Ces béatifications à la chaîne ont même une petite connotation kitsch qui enlève beaucoup de signification à ces pratiques cultuelles, de l’avis même de fervents catholiques. (S’il fallait revisiter la vie des saints statufiés dans nos églises, et les passer au tamis critique de la morale, il y aurait des hécatombes !). Mais la poursuite (ou non) de ce procès en béatification constituera un signe fort de l’Eglise.

Sous la pression d’attaques qui visaient son court passé dans les jeunesses hitlériennes, mais surtout animé d’une même volonté que son prédécesseur, Benoît XVI poursuit une politique d’ouverture avec les autres confessions. Il recevait, la semaine dernière, les représentants de la communauté juive internationale (le rabbin Israël Singer, USA, et Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial). Devant eux, il a insisté : « La mémoire du passé reste pour les deux communautés un impératif moral ».

C’est un objectif que nous devons partager. C’est un impératif qui s’oppose à la banalisation de l’antisémitisme, même remis dans son contexte historique. Une manière de dire qu’il ne faut ni réécrire, ni embellir l’histoire. Malgré ses positions, le père Dehon mérite certainement notre admiration pour une partie de son œuvre. A vouloir idéaliser sa personne, en toute connaissance de sa judéophobie, ce ne serait certainement pas le meilleur moyen de signifier notre volonté de réconciliation.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 juin 2005 dans Libertés
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8 avril 2005

Sécurité et liberté : jusqu’où…la transmission des données ?

Emoi au pays de Jean-Jacques Rousseau et de Voltaire ! Depuis le mois dernier, tous les chefs d’entreprises suisses avec lesquels je discute (nous avons un bureau à Zurich chargé de comparer les prix des grandes marques en Europe), ne parlent que de cela. Le gouvernement fédéral a cédé aux exigences des autorités douanières américaines. Le numéro de carte de crédit des voyageurs suisses leur sera systématiquement transmis à première demande. La mesure perturbe évidemment tous ces esprits habitués au confort feutré du secret bancaire. Elle jette le trouble dans les associations préoccupées de la défense des droits des citoyens.
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’administration US multiplie les mesures sécuritaires (rétablissement des visas, prélèvement d’empreinte des deux index, et depuis septembre, photo de l’iris oculaire au moyen d’un nouvel appareillage électronique). Voilà déjà de quoi stresser nos amis de la Confédération. Les demandes d'informations sur les voyageurs ont aussi été revues à la hausse. La plupart restent usuelles (nom, adresse, numéro de téléphone, date du voyage). D’autres sont légitimes du point de vue de la sécurité (siège occupé dans l’avion). D’autres encore sont plus contestables (communication de l’adresse électronique et surtout du numéro de la carte de crédit).
Initialement, les USA exigeaient d’avoir un accès direct et automatique au fichier clients des compagnies aériennes. Comme leurs homologues européens, les transporteurs suisses ont eu le bon goût de refuser, mais ont accepté le principe de transmission de ces données dès la demande des services américains.
Tout le monde peut comprendre que la lutte antiterroriste exige que soient revus à la hausse les dispositifs de sécurité. Mais jusqu’où faut-il mettre en carte nos concitoyens ? Sans être obsédé par l’idée de manipulation, jusqu’où peut-on faire confiance aux institutions qui revendiquent cette immixtion constante dans la vie privée. On connaît la faculté qu’ont les pirates de l’informatique de pénétrer toutes sortes de banques de données parmi les plus protégées. Qu’est-ce qui nous garantit que l’on ne passera pas de la caution terroriste à la gestion d’une opposition politique par une administration d’Etat ou peut-être même par des groupes d’individus mal intentionnés. Les droits les plus élémentaires ne sont-ils pas encore bafoués dans nos démocraties (écoutes téléphoniques, détentions arbitraires, etc…) ? Bref, qui va garantir « la bonne fin de ces contrôles » ?
La question des procédures mérite d’être d’autant posée que les autorités américaines, depuis quelques semaines, viennent à considérer désormais comme suspect tout paiement en liquide d’un billet de transport. (Peut-on être un « délinquant » par avance ?)

P.S. : Signalons cette contribution intéressante au débat sur le référendum constitutionnel : si le gouvernement suisse, qui ne fait pas partie de l’U.E., a pu limiter les dégâts et obtenir des concessions, c’est parce que la Commission Européenne s’est opposée aux prélèvements automatiques d’informations, et qu’ainsi nos voisins transalpins ont pu bénéficier de cette négociation. Comme quoi la Commission fait aussi du bon boulot !

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 8 avril 2005 dans Libertés
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