19 décembre 2005

Rugby en berne : Jacques Fouroux rejoint les Dieux du stade

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Lors de l’inauguration de notre usine à Laqueuille, le 17 octobre 2005 » (Photo J. Bibard)

Deux opérations chirurgicales, quelques excès culinaires, une petite dose d’inimitiés qu’il avait su d’ailleurs attiser, et surtout une passion effrénée pour le ballon ovale…ont eu raison de la santé de Jacques Fouroux.

« Le petit caporal » était un habitué du siège parisien des Centres E. Leclerc. De Toulouse, il arrivait tôt le matin. Il prenait plaisir à « papoter » avec les hôtesses d’accueil. Je l’ai vu signer en riant un autographe pour lequel un chauffeur de taxi l’avait poursuivi jusque dans le hall. Fréquemment, nous partagions un petit café juste avant qu’il rentre dans la mêlée de la négociation commerciale. Et oui, Jacques Fouroux avait, dans sa vie, revêtu plusieurs casquettes. Dont celle de représentant de commerce « multicartes ».

Mais avant d’être un professionnel de la relation publique, c’est évidemment le rugby qui l’a fait entrer dans le cœur des Français. Mercredi prochain, dans la cathédrale d’Auch, ils seront des milliers, je n’en doute pas, à venir lui rendre hommage.

Demi de mêlée, il a connu sa première sélection en 1972 et cet engagement a été réitéré 27 fois. En 1977, ce petit bonhomme au profil napoléonien a mené l’équipe de France au deuxième Grand Chelem de son histoire. Mais c’est en tant qu’entraîneur qu’il remportera 6 tournois dans les années 80 et conduira les Bleus jusqu’en finale de la coupe du monde.

Très lié d’amitié avec des adhérents E. Leclerc du Sud-Ouest (de Montauban, Toulouse, Tarbes, Lourdes, notamment), mais aussi d’Orléans et de Franconville, il a tout fait pour nous convaincre de sponsoriser ce sport. Et quand ce n’était pas avec Laurent Spanghero (devenu, lui, fournisseur de cassoulet), c’est à ses côtés, depuis les gradins, que j’ai eu le bonheur de suivre quelques matchs notoires.

Tous les journaux (dont L’Equipe qui, ce matin, lui consacre 3 pages) ne tariront pas d’éloges sur la personnalité fantasque, mais généreuse, de ce mousquetaire. Mais la réalité ne fut pas toujours rose pour lui, notamment ces dix dernières années.

Du temps de son action sportive et de sa gloire, le rugby ne nourrissait pas ses hommes. Pas de patrimoine accumulé, comme ont pu en constituer nombre de footballeurs, repus de somptueux contrats publicitaires. Comme d’autres confrères rugbymen, il a dû trouver un métier tout en gardant le pied (et le cœur) sur les stades.

Alors, Jacques Fouroux a revêtu les habits d’un agent multicartes. Avec des fortunes diverses, au gré de la solidité de ses employeurs, mais aussi de ses emportements et d’une disponibilité toute relative. Nos adhérents l’ont connu vendeur de foie gras, de champagne et de Clairette de Die. Plus récemment, il représentait les intérêts d’un grand groupe allemand, Freiburger, l’un des leaders mondiaux de la pizza.

Homme pressé, jugé quelquefois autoritaire, il a bousculé quelques mandarins et piétiné des plates-bandes. Du coup, il s’est fermé des portes à la Fédération. De club en club, son itinéraire récent (Grenoble, Toulon, Italie) devenait son chemin de Damas. Pourtant, personne ne doute aujourd’hui qu’il voulait servir la collectivité du sport.

Entre matchs et casse-croûtes, il avait su nouer avec nous des rapports amicaux. Il venait aux inaugurations de magasin (et dernièrement à celle de notre usine d’eau de source à Laqueuille). Il savait ne rien demander, alors que, peut-être, il aurait dû. On le savait toujours disponible pour tel ou tel président de club ou pour servir d’intermédiaire à un joueur dont il glissait le CV : « Des fois que tu pourrais faire quelque chose pour lui ».

Passionné (avec les excès de ses passions), il aura passé trop de temps à donner des coups de main aux autres plutôt que de s’assurer une solide carrière. C’est probablement cet éparpillement qui aura eu raison de son grand cœur.

Au nom de tous les collègues qui, dans mon groupe, ont apprécié son amitié, et de la part d’une enseigne devenue, grâce à lui, l’un des premiers sponsors des clubs de rugby, je voudrais, ici, dire tout le bien qu’on pensait du bonhomme et souhaiter à sa famille de surmonter cette épreuve avec courage.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 19 décembre 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Société
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28 octobre 2005

Corentin Douguet remporte la transat 6.50 !

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Corentin Douguet

J’en étais sûr. Evidemment, il y avait la part d’aléas : la météo, un problème technique. Mais il y avait chez lui tant d’énergie, tant d’enthousiasme, tant de volonté… concentration sur ce projet.

Et surtout, il y avait cette préparation. Physique et intellectuelle (pour le bonhomme) ; tests, réglages (pour le bateau). Rien n’a été laissé au hasard. Mêmes les compétitions précédentes (cf ma note du 22/09/05) ont servi de préliminaires.

J’envie le grand marin qui se révèle dans l’exploit. Je salue la performance et l’expertise. Et je me dis qu’avec, en plus, de l’humour, de la gentillesse et de la générosité, la victoire de C. Douguet est la métaphore de l’esprit entrepreneurial.

Ce n’est pas moi qui l’ai repéré en premier. C’est notre adhérent de Nantes, Pierre Chartier, lui-même excellent régatier… et chef d’entreprise (il dirige deux hypers dans une zone extrêmement bagarrée, et truste lui-même, les premières places sur le podium français des magasins les moins chers…). Mais, je ne suis pas peu fier que Corentin Douguet m’ait choisi pour parrainer son bateau (il avait déjà bouclé ses budgets, je précise).

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© DR - 2005
Aussi, quand tôt hier matin, Loïc Bauduin a sonné sur mon portable endormi, le passage de la ligne, j’ai éprouvé une immense joie (au passage, signalons que Loïc Bauduin, DG de Défimer, l’écurie qui héberge Corentin, avait déjà placé en tête de l’édition 2003, un autre poulain remarquable, Armel Tripon - un Nantais… comme il se doit…).

Corentin a bouclé la transat en abaissant le record de plus de quatre jours ! Alors que dans notre pays, on ne parle jamais des trains qui arrivent à l’heure, saluons ici l’exploit.

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 28 octobre 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Société
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22 septembre 2005

Voile : Corentin Douguet chez les pros

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Je le lui avais promis. Il m’attendait sur les pontons de La Rochelle, champagne à la main, pour baptiser son bateau. Il avait peur que je lui fasse faux bond, vu la pression de Thierry Breton pour que j’assiste à la table ronde sur le pétrole. Mais je n’ai qu’une parole. Et j’avais vraiment envie de faire plaisir à ce jeune champion, prêt à en découdre pour affronter l’Atlantique dans la transat 6.50 qui a pris le départ dimanche dernier.

Vous ne pouvez pas imaginer combien Corentin Douguet est un type hyper sympathique. Je ne le connaissais que par ses exploits. A 31 ans, ce Nantais, aujourd’hui établi à La Rochelle, cumule un joli palmarès. 1er du National 6.50 en 2002 (avec A. Tripon, un autre surdoué) et 7ème du National Figaro. Il confirme son talent en 2003, dans le Tour de France à la Voile, en skippant « Ville de Douarnenez » (2ème amateur). En 2004, il est vainqueur de la Select 6.50, et finit 4ème à la Mini Fastnet. Et depuis, c’est « la totale ». Il aligne les premières places dans le Mini-Pavois, le Mini Fastnet, et la Transgascogne 2005.

Pour ceux qui ne connaissent pas la voile, imaginez tout simplement le bagage psychologique et l’énergie qu’il faut rassembler pour traverser Manche et mer d’Irlande dans une baignoire en plastique avec, pour toute nourriture, des pâtes lyophilisées et, comme sèche-linge, une bonne claque de vent entre deux averses ! ! !

Ce qui m’intéresse, chez ce diable d’homme, c’est sa vitalité…et son sens extraordinaire de l’organisation. Certes, il a de l’atavisme : arrière petit-fils et petit-fils d’officiers de la « marchande », il est lui-même titulaire de ce diplôme, acquis en deux ans d’études à l’Ecole Nationale de la Marine Marchande de Nantes. Mais surtout, il sait ne pas vivre sa passion en gardant pour lui ses émotions. Il partage, se crée des liens d’amitié avec des voileux, avec d’autres « fêlés du bastingage ». Pas étonnant que dans le tour de table pour constituer son budget, tous ses amis nantais ont répondu « présents ». Dont Pierre Chartier, patron de deux centres E. Leclerc à Nantes, lui-même adepte du cabotage et de la régate, à qui je dois de lui avoir été présenté.

A partir de ce réseau, Corentin a tout organisé. Il a créé une association (EURL) pour baliser financièrement et administrativement son parcours dans la vie professionnelle. Pour faire la course en tête, il lui fallait un bateau techniquement au top (sorti de chantier, avec mât en carbone, un 6.50 coûte 150 000 euros !). Pour payer les traites, s’offrir chichement un mini smig, participer à cinq ou six courses dans l’année, il fallait un budget de 100 000 euros. Serré, mais jouable ! Il travaille beaucoup lui-même sur son engin.

La recherche des sponsors, c’est « L’enfer du Nord » pour tous les marins. Les marques de voiles, de vêtements, de lunettes ou de matériels, ne rechignent jamais à apposer leur logo sur un bateau techniquement au point. Corentin a reçu le soutien de Bermudes (qui teste sur lui la qualité de ses cirés), Boero (résistance des peintures et antifoulings), Cébé, nke (pour un « solitaire », la qualité d’un pilote automatique et la fiabilité de l’électronique sont des atouts essentiels). Mais tout ça ne suffit pas. Il faut aussi des sous, trébuchants ou en billets ! C’est là qu’il est fort, très fort, puisqu’il a réussi à décrocher le sponsoring de deux enseignes (la nôtre et Bouygues Telecom) alors qu’on ne voit pas souvent nos logos sur les pontons.

Comment s’y est-il pris ? C’est là qu’il est bluffant. Malgré mon engouement pour la voile, et mes quelques qualités de chaloupeur, l’enseigne est réputée pour ne pas investir dans la voile au niveau national. Comme le dit mon père : « Qui veut bien gérer, n’entretient pas ses maîtresses ! ». L’adage est d’autant plus sage que, connu de tous les marins, il permet de répondre par avance et par la négative aux dizaines de prétendants qui, chaque jour, sollicitent la générosité de Philippe Séligmann, mon collaborateur chargé de la com. (Une seule entorse : dans la course autour du monde, et alors qu’il « roulait » sous les couleurs de l’enseigne Euromarché, Eric Tabarly mangeait du « Leclerc », mais sans avoir le droit d’en parler). C’est donc à partir de tout un réseau d’amitiés qui, de Pierre Chartier (Nantes pour Leclerc) à Nicolaï (pour Bouygues), a permis de rassembler une cinquantaine de contributeurs, fiers d’être à ses côtés pour le départ.

Oui, j’étais très fier d’être à La Rochelle, vendredi soir, dans une ambiance euphorique pour aider à la promotion de ce « jeune talent ». Pour l’anecdote et rajouter au côté chaleureux de cette équipée, sachez que, dans le peloton, un joli petit bout de femme lui « court après » : Marine Chombart de Lauwe skippe DCF. Elle est sur un bateau de série, mais entend bien ne pas le laisser prendre trop de large d’ici Puerto Calero (seule étape aux Canaries) et compte lui « remettre la main dessus » à Salvador de Bahia (Brésil), ligne d’arrivée de la Transat. Cette future championne est sa compagne dans la vie. C’est pas un beau scénario, ça ?

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 22 septembre 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.)
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25 juillet 2005

Lance Armstrong : Le statut de l’icône

Je ne suis pas un adepte de la petite reine, encore moins du vélo à la TV. Enfant, je jouais au Tour de France sur les plages du Nord-Finistère. Les cyclistes de plomb qui arboraient déjà les marques des sponsors, avançaient au gré de la trajectoire des billes sur le sable mouillé… Mais depuis, je n’ai retenu des circuits que le nom de quelques héros victorieux ou malheureux : Louison Bobet, Poulidor, Anquetil, Merckx, Hinault. Il ne faudrait pas m’en demander plus sur ce sport…

Ce week-end, cependant, j’avoue : j’ai été fasciné. Sept victoires dans le Tour pour Lance Armstrong, quel exploit ! Et quel athlète ! Son ascension a été fulgurante. Survivant du cancer, il me fascine par sa détermination, sa méthode, sa constance dans l’effort. Ca force le respect.

Mais déjà, voilà que se délient les mauvaises langues. Puisqu’il ne sera plus en selle l’année prochaine, tirons donc sur le futur retraité. Les bouteilles de champagne ne sont pas encore éclusées qu’il est la cible de deux types de salves.

Il y a d’abord les revanchards. A défaut de preuve, la rumeur fera l’affaire : un soupçon de dopage. « Jamais pris, intouchable, protégé par les autorités américaines… », que n’a-t-on entendu déjà. Je ne suis pas naïf, le milieu cycliste n’est pas tout blanc. Mais réduire la performance à l’adjuvant chimique, voilà qui est méprisant. Pour lui, mais aussi pour les autres, sur le podium. Oublierait-on que les seconds et les troisièmes ne sont qu’à quelques minutes du premier ! ! !

Les adversaires tirent donc en dessous de la ceinture quand bien même le cancer y fut déjà cruel, ravageur et possiblement meurtrier. Armstrong ira au procès comme il a gagné le Tour, sans passion apparente, avec méthode.

Justement ! C’est sur le registre de l’affectif que d’autres entendent lui porter l’estocade : « inhumain, manque d’émotion, froideur texane » ! Et c’est vrai qu’à l’image d’un Bjorn Borg ou d’un Schumacher, il ne peut masquer sa distance. Dans le peloton, on ne se prive pas de relayer : « Je ne partirais pas en vacances avec lui » (Didier Rous) ; « Je n’ai pas d’affection pour lui » (Da Cruz)… La solitude des coureurs de fond perdure jusque sur les podiums. Il n’est que d’écouter la colère de l’écrivain Philippe Delerm (Fig Mag 23/07) : « Il mouline implacablement… et cette mécanique trop parfaite nous ennuie. Ses tapes dans le dos ont un petit air condescendant. Son regard reste dur… ».

Comprendre, décrypter, mettre en relation ses qualités et défauts supposés avec la tactique du héros, voilà qui me passionne et interpelle tout homme d’action.

Bruyneel, le manager de Discovery Channel, son équipe, balaye évidemment toutes les suspicions et les rancoeurs : « Ca atteint un point où cela ne nous touche plus ». Mais quand on creuse les propos, si nombreux dans les journaux, on trouve quelques clés… La pression, le stress forcent le rythme : « C’est une sacrée angoisse parce que tout le monde a les yeux posés sur vous… Deuxième, ça devient une défaite… Ce n’est pas facile quand tout le monde, les adversaires, les équipes, certains journalistes n’ont qu’un seul objectif en tête, qu’il perde » (Re Bruyneel).

En le voyant franchir la ligne, je me demandais encore ce qui pouvait motiver cet homme, chaleureux envers les siens, mesuré dans ses relations sociales. L’argent, la notoriété, le plaisir. Tout cela, probablement, et il s’en cache à peine. Mais ce côté méticuleux, hyper professionnel ! C’est encore Da Cruz qui résume : « Il a agi comme un chef d’entreprise. Il a fédéré une équipe autour de lui et gère son parcours impeccablement ». Ce que souligne aussi son entraîneur : « Il est différent par sa force mentale, sa capacité à se préparer pour les objectifs qu’il a choisis, à ne rien laisser au hasard ».

Alors, c’est vrai. Loin des facéties d’un Mac Enroe, de la gentillesse d’un Nastase, ou des mondanités de Tiger Woods, Armstrong « bûcheronne ». Gagner est son contrat. Du coup, il impose les exigences de cet investissement professionnel au Tour de France. Les nostalgiques s’en offusquent, ont des regrets. Mais n’était-ce déjà pas la marque d’un Bernard Hinault ou d’Indurain ? Et faut-il être à ce point aveugle, comme Philippe Delerm, pour fermer les yeux devant les caravanes publicitaires, la surenchère d’argent qui a transformé le Tour en un spectacle coûteux, en une tribune commerciale ? N’est-ce pas une sacrée hypocrisie que d’attribuer au seul L.A. cette dérive vers la « marchandisation » ?

En fouillant encore dans les interviews (il ne faisait vraiment pas beau ce week-end), on pouvait lire ces quelques phrases de L.A., pudique tout autant qu’explicite : « Je voulais, malgré leur jeune âge, que mes enfants comprennent ce que je fais pour vivre… Je voulais courir en jaune pour eux, pour que la dernière image qu’ils gardent de leur père en tant que sportif soit celle d’un champion » (Le Parisien 2-4/07).

Faut-il chercher plus loin une autre explication : « Lorsqu’ils guérissent, ces hommes sont transformés par cette terrible lutte, ils deviennent des combattants de la vie, ils prennent leur revanche sur ce corps qui les a trahis trop jeunes…Ils le soumettent, le dominent, le connaissent. Ils ont la rage, la rage de vaincre et celle de vivre » : c’est l’analyse du professeur Bernard Debré (Le Point 21/07).

Cela voudrait-il dire qu’hors le malheur, la possibilité d’une telle performance ne sera jamais donnée à un être sain ?


P.S. : Je signale une jolie BD « L’aigle sans orteils », Lax, chez Dupuis (collection Air Libre). La formidable et touchante aventure sportive d’un des pionniers du Tour, qui devrait plaire à Philippe Delerm. Mais cette histoire émouvante est-elle si éloignée de celle de L.A. ?

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Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 25 juillet 2005 dans Portraits / Rencontres (Soc.) , Pêle-M.E.L , Société
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14 février 2005

Portraits, rencontres - Laurent Gaudé

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 Laurent Gaudé a l'air heureux. Le soleil va se coucher bientôt, nous sommes quelques amis voyageurs partis à la découverte de la vieille ville historique de Ségou (Mali). Elle était la capitale éphémère du royaume de Biton (XVIIIème siècle). On palabre avec le chef du village, dignement enfoncé dans son trône de skaï et d'aluminium. Le groupe s'éparpille dans les ruelles, disparaît derrière les murs ocres, la vieille mosquée, le mausolée..., et débouche sur les rives du fleuve Niger. L'auteur de "La mort du roi Tsongor" (Actes Sud) est au paradis. Cet éternel étudiant de 32 ans n'est jamais venu en Afrique. Avec le charme de ces faux naïfs qui ont su "creuser leur sujet", il s'explique : "Je travaille à partir de photos, de souvenirs. Comme ici, je glane des ambiances, je pioche, je rêve et je m'approprie". Depuis qu'il a eu le Goncourt pour "Le soleil des Scorta" (Actes Sud), on ne lui parle que de ses romans. Lui, rappelle sa passion du théâtre (il a écrit 8 pièces), les exigences d'une écriture distanciée (d'autres jouent le rôle). C'est pour le théâtre qu'il s'est intéressé aux décors qui lentement balisent le monde de toute épopée. Alors, ici, forcément, il est rattrapé par le mythe ("La légende de Ségou"), par l'exotisme, par "la geste" d'une des grandes nations d'Afrique. Attention : pour Laurent, l'écriture n'est pas un refuge. Hier, devant un parterre d'élèves, il s'est fait pédagogue. Au Mali, lire est un luxe. Pas simplement parce que c'est cher, mais parce que dans ce pays qui privilégie la tradition orale, les élèves doivent ranger les cahiers pour laisser place à la vie familiale. Sous des réverbères, des bénévoles ont quelquefois construit de petites tables en béton (pour qu'on ne les vole pas). Les enfants, tard le soir, viennent y faire leurs devoirs et s'extraire de cette pression sociale qui sacrifierait la formation de ces rejetons. Alors, il faut témoigner, convaincre. A côté de lui, Fatou Diome parle d'écrire "pour soi". Laurent, lui, n'hésite pas à parler d'ambition, d'aventure littéraire, devant tous ces jeunes pour qui l'écriture est certes un passeport pour le marché de l'emploi, mais surtout une clé pour s'échapper de l'emprise des pratiques coutumières.

Michel-Edouard Leclerc

Posté par M.E.L. le 14 février 2005 dans Livres , Livres , Portraits / Rencontres (Soc.)
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