Robert Badinter a mille fois raison. Si l'on ne veut pas que l'identité européenne se dilue dans le mouvement de la Mondialisation, il faut commencer par renforcer les fondements de la construction (la Constitution), élaborer le cahier des charges des occupants (droits et devoirs !) et apprendre à cohabiter à 25. Ce qui ne sera déjà pas facile. Poursuivre l'élargissement à l'Ukraine, la Turquie ou tout autre pays méditerranéen, ne peut qu'affaiblir la voix de l'Europe.
Récemment encore, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin invoquait le risque de perte d'emplois consécutif au retour à une " guerre de prix ". On ne peut évidemment balayer l'argument d'un simple effet de manches. Il y a un seuil en dessous duquel les prix ne rémunèrent plus les producteurs, et font fuir les investisseurs. Mais, s'il s'agit d'analyser la situation française, personne ne réclame qu'on s'étripe. Il s'agit simplement de revenir à une concurrence normale, et de laisser les distributeurs répercuter leur marge aux consommateurs. A contrario, des prix trop élevés ne freinent-ils pas la consommation ? Et s'il n'y a pas de perspective de chiffre d'affaires, les entreprises ne vont-elles pas alors pratiquer des licenciements ? Pour ma part, je fais ce constat : la France est le pays dans lequel le prix des grandes marques est 10 à 15 % plus cher qu'ailleurs en Europe. Et en même temps, nous avons l'un des taux de chômage le plus élevé. A qui va-t-on faire croire qu'en baissant les prix, on va empirer la situation !
Sur le principe, j'étais contre le vote référendaire. Mais puisque référendum il y a… au moins ne faut-il pas louper le coche. La France a été moteur de l'idée européenne. L'Europe s'est toujours construite en marche. Si l'on veut continuer à peser sur le cours de l'histoire, il faut être du camp des bâtisseurs. C'est dans cette configuration-là que l'on pourra exiger une renégociation, une amélioration du traité, et non en s'abstenant ou en participant à l'entreprise de démolition.