J'ai la chance, par mon métier, de rencontrer souvent des auteurs de BD : lors d'un festival, d'une dédicace ou chez eux, dans leur atelier. Au gré des rencontres, j'ai glané quelques
verbatims
que je vous laisse le soin de découvrir...
Après trente ans de pratique, nous, dessinateurs, en sommes encore à chercher le papier mythique, la meilleure plume, les plus belles couleurs…
Je suis toujours gêné par le cadre de la bande dessinée, c'est une espèce de cadran qui m'empêche de m'exprimer.
Quand je reçois le scénario, il est déjà découpé. Je fais des petits croquis au crayon pour organiser mon propre découpage. Je place en gros des textes et je prévois des cases plus ou moins grandes en fonction de leur longueur. L'étape suivante consiste à faire des croquis pour chaque case sur le papier libre. Je suis toujours gêné par le cadre de la bande dessinée qui m'empêche de m'exprimer! Donc je supprime ce cadre. Je réalise mon dessin tel que je le vois, mis en scène. Ensuite, je le réinsère dans un cadre que j'ai déjà prévu. Je visualise le tout pour architecturer l'ensemble. Enfin, je reporte ces dessins sur du papier aquarelle pour les encrer à l'encre de Chine et les colorier.
La bande dessinée en tandem, ce sont avant tout des discussions, des échanges, des repérages. Avoir des goûts communs, des infinités importantes, être en osmose sont pour moi des critères indispensables.
A chaque fois qu'on débute une histoire, on devient un peu metteur en scène, un peu documentaliste et un peu comédien.
On raconte toujours mieux ce qu'on a rêvé que ce qu'on a vécu.
Dessineriez-nous pour l'Humanité, comme Wolinski ? - Oui, s'ils me le demandaient, à condition qu'ils me laissent libre de dessiner ce que je veux. Et pour le Front National ? -Non,hors de question. Dans ce domaine, on ne peut pas transiger. Pour Minute non plus d'ailleurs. Je préfèrerais changer de métier ! Je travaille pour des jourmaux qui sont tantôt de droite, tantôt de gauche, cela ne me gêne pas, à partir du moment où il reste un vieux fond d'humanisme à peu près acceptable.
Je suis très admiratif d'un Loisel qui mêle un univers enfantin à la vraie sensualité d'un dessinateur.
Je ne milite pas activement mais j'ai des convictions affirmées. Je ne m'en cache pas. Je n'en fais pas de propagande pour autant. Quand je parle de la société, quand je décris la vie quotidienne, je m'adosse sur ces convictions pour aborder le scénario. Je mets en avant des valeurs d'humanité et non pas de strictes convictions politiques, même si elles sont intimement liées.
Le collaborateur idéal est quelqu'un qui ne se sent pas dépendant de l'autre.
La bande dessinée est le parent pauvre de la critique littéraire. Pourtant, derrière chaque album, derrière chaque illustration d'un roman, il y a un homme, une femme dont l'oeuvre enrichit notre imaginaire.
"J'ai eu envie de partager ma passion pour la BD. Poussé à l'action par Jodorowsky, j'ai écrit un livre sur le 9ème Art. Cet ouvrage d'entretiens se propose de partager le plaisir de la découverte."