CULTURE BD

Didier Tarquin

Img_blog_160405 La région d’Aix-en-Provence est une véritable pépinière d’artistes qui se consacrent à la BD ou au dessin animé. Ils sont plus d’une trentaine à travailler pour plusieurs maisons d’édition. Et c’est au cœur de la ville universitaire que le scénariste Scotch Arleston et l’éditeur Mourad Boudjellal ont posé les bureaux de Lanfeust. Cette revue fait évidemment la promotion des produits-maison (Mourad est le fondateur de la société d’édition « Soleil »). Elle fonctionne aussi comme un vivier de jeunes talents qu’elle abrite dans ses locaux, en résidence occasionnelle. Pourtant, c’est à La Rotonde, brasserie branchée de cette capitale régionale que Didier Tarquin a « élu atelier ». Malin, un tantinet voyeur, il s’y est fait réservé le meilleur emplacement : vue sur l’une des plus belles places de la ville, animée par le passage nonchalant des badauds sous les platanes. Vue sur l’intérieur : plus chaude encore, quand sur le velours rouge des canapés, s’exposent les jambes des jeunes étudiantes que la ville abrite par milliers (50 000 nous dit-il avec gourmandise !). Tarquin, c’est pour beaucoup de lecteurs, le démiurge d’un monde appelé « Troy ». Le succès d’édition est colossal (5 millions d’albums vendus). De quoi assurer au dessinateur et à son scénariste favori (Scotch Arleston) de confortables revenus. Autant dire qu’outre l’amitié, la nécessité les a en quelque sorte « paxés ». Leur « fabrique » ne chôme pas. Si l’on trouve peu de produits déclinés (statuette, gadget, projet de film), les albums se succèdent jusqu’à paraître deux fois par an, donnant consistance et densité à des personnages rabelaisiens : Cixi, séductrice et chipie en diable (ici croquée pour vous par son créateur) ; C’ian, discrète amoureuse ; Hebus, un troll domestiqué et rigolard ; et Nicolède, magicien et sage parmi les sages. Didier Tarquin est un modeste. Il n’hésite pas à dire que son dessin est imparfait, ce qui n’est pas totalement faux, mais il l’assume. Notre auteur répugne à embellir : si une case est un peu faible, on passe. Ce qui compte, c’est la lecture du mouvement. Didier dessine à l’instinct, sans trop de pré-cadrage. Il est vrai qu’il dispose d’un sacré moteur : les scénarios de Scotch Arleston racontent des histoires qui n’ont certes pas la densité des tragédies de Sophocle ou de Shakespeare, mais tout cela est bien ficelé et sert de prétexte à de multiples scènes savoureuses. L’occasion de déniaiser Lanfeust, le héros-malgré-lui, en but (on le plaindrait !) à la passion que lui portent des femmes guerrières, résolues mais coquines, avec des fesses appétissantes, des tenues chipées dans la garde-robe des costumiers de Mad Max. Et surtout des jambes délibérément longues, interminables (celles de Braise, la rousse incendiaire, ou de Bridjeth, la contorsionniste), comme celles que découvrent les minijupes de La Rotonde. Il a un formidable appétit d’images, notre Tarquin. Savez-vous qu’il visionne jusqu’à deux films par jour (tous les genres). Spielberg est son maître qui rend, dit-il, accessible le mythe. Il faut l’entendre raconter le scénario d’ET et décrire cet épisode : les gosses vont dans la maison du jardin chercher râteaux, parapluies et casseroles pour créer une station d’émission capable de communiquer avec le vaisseau des extraterrestres : « Ce bric-à-brac à la Géo Trouve Tout, c’est cent fois plus crédible qu’un montage sophistiqué bâti par des ingénieurs de la NASA ». Oui, Didier est un grand gosse, il s’abreuve d’émotions, se repaît de couleurs, s’imprègne du tempo de la pellicule cinématographique avant de se lancer sur le papier. Et de s’y consumer. Pas étonnant, dès lors, qu’il manifeste ce manque d’assurance, caractéristique des auteurs prolifiques qui ne prennent pas le temps de se raconter tant ils sont rivés à leur table à dessin. Le monde de Tarquin n’en est qu’à son Bing Bang. Tant mieux pour les éditions Soleil car l’imaginaire de notre espiègle n’est pas prêt de se tarir.

21 Commentaires

Wouaaaaa !!!!
On en veut d’autres et de tous les auteurs
Plus sérieusement
Le marché du livre a progressé l’année dernière de 3%
Deux observations relevées dans le Nouvel Obs. :
- La BD a vu sa production de titres doubler passant de 1286 à 2549 entre 2000 et 2004
Comment analysez-vous cette explosion ?
- La BD n’est lue que par 42% de femmes alors qu’elles sont plus « branchées » par les romans policiers (59%) les livres politiques, religieux, économiques (52%)
Comment analyser ce constat ?
Comment expliquer aussi que la BD est un monde de dessinateurs et pas de dessinatrices alors que les femmes ont pénétré les métiers du visuel (photo, cinéma, peinture…) ?
Réponse à Babylone (19/04/2005)
Je vois que Monsieur est connaisseur et apprécie les belles carrosseries !
L’accroissement du nombre de titres témoigne certes de la vitalité de ce secteur de l’édition. Mais cette explosion de l’offre est contre-productive. Tous les auteurs n’arrivent pas à trouver place dans les linéaires des bonnes librairies. Le temps d’exposition des ouvrages est trop faible. Je plaide pour « un tri plus sélectif » de la part des maisons d’édition.
Mais il en va de la bande dessinée comme des parutions en littérature. Chaque éditeur a peur de passer à côté d’un Zep, d’un Tarquin, comme d’un Da Vinci Code. Alors, chacun y va de sa boulimie d’expérimentation en espérant tirer le jackpot : un auteur dont les albums, à l’instar d’un Uderzo, dépasseraient le million d’exemplaires vendus.
Concernant les femmes : c’est vrai qu’elles sont moins nombreuses que les hommes à lire ou à acheter de la BD. Il faut dire que pendant plusieurs décennies, ce sont les journaux pour adolescents masculins qui véhiculaient les plus belles signatures du 9ème Art. Et nombre de sociologues expliquaient par la génétique et la psychologie, la plus grande aptitude des femmes à imaginer une histoire à partir d’un texte, quand il faut pour les hommes mieux dessiner les désirs ! Peut-être tout cela est-il vrai… Les choses changent. Le public féminin est désormais plus acquis aux nouvelles techniques et scénarios de la bande dessinée. Et toute une génération « d’auteuses » (pour paraphraser la géniale Florence Cestac) se lance à l’assaut des claviers et des bulles, comme en témoigne leur participation croissante au Festival d’Angoulême. Les hommes n’ont qu’à bien se tenir.
personnellement, mais pas a analyser je ne represente pas "les femmes", il est vrai que je prefere avoir du texte et m'imaginer le "decor", ou avoir le dessin et imaginer le sens...
c'est pas que j'aime pas la bd, du tout, mais je prefere souvent un bon livre,
ou alors j'aime la bd tres minimale ou tout reste a imaginer.
Bonjour,
désolé de passer par cette rubrique, mais je n'ai pas trouvé d'autres endroits pour poster cette question.
je me présente, Ronan. Avec une équipe de passionnés nous animons un site aidant à la promotion de la bande dessinée, www.sceneario.com . Nous proposons des chroniques sur les albums, mais également des interviews d'auteurs, d'éditeurs, des carnets de croquis etc... Bref, on essaye de faire connaitre et partager cette passion avec le maximum de personne.
Nous avons pensé que ce serait sympathique d'avoir une interview d'une personne ayant un rôle important dans la distribution, qui plus est fan de bd, d'avoir votre avis sur le marché actuel etc...
Cela tiendrait en quelques questions.

Vous remerciant par avance de l'intérêt que vous porterez à notre demande.

Cordialement,
Ronan
co-webmaster sceneario.com
Re Ronan (06/07/05)
Pas de problème Ronan. Voulez-vous que nous procédions ici à cet échange en listant sur ce blog les questions que vous voulez me poser, ou préférez-vous me les envoyer pour que vous puissiez en insérer les réponses sur votre site ? C’est comme il vous plaira. Voici mon adresse :
ACDLec, 52 rue Camille Desmoulins, 92451 Issy les Moulineaux.
Re Bonjour,
et merci pour cette réponse rapide.
Je propose de faire cela par l'intermédiaire de votre Blog. Ce sera plus facile et plus rapide pour tout le monde je pense.
Je reprendrai ensuite l'intégralité des réponses pour les mettre en ligne sur Sceneario.com.
Mais si vous pensez que cela va prendre trop de place dans ce sujet, nous pouvons éventuellement faire autrement.

Voici déjà quelques questions à la volée :

- Votre passion pour la BD date de votre enfance. Quels sont les personnages qui vous ont marqué le plus ?

- Est-ce que vous êtes plutôt un lecteur acharné ? Combien de BDs lisez vous en moyenne par an ?

- Quelles sont vos séries préférées ?

- Comment choisissez vous vos albums ? Sur conseil ? En fonction des prix qu'elles recoivent ? Ou plutot au feeling dans les bacs des librairies ?

- quels sont les derniers albums que vous avez lu ?

Votre métier

- vous êtes à la fois passionné de BD, grand patron, et grand distributeur.
Vous voyez de ce fait les deux faces de la médaille du monde de la BD, à savoir les auteurs qui galèrent et qui n'arrivent pas à vivre de leur passion, et les albums qui se vendent à des tarifs effrayant peut être les non-passionnés.
Que pensez vous de la répartition actuelle des revenus de la BD, entre la part des distributeurs, des éditeurs et le salaire des auteurs ?

- Vous cotoyez beaucoup d'auteurs, que pensent-ils de la grande distribution pour vendre des BDs ? Voient-ils cela comme l'assurance de meilleurs revenus ?

- Intervenez vous parfois directement pour mettre en avant telle ou telle bd dans vos magasins ?

- Est-ce que vous vendez systématiquement les Bds primées à Angoulème, même si celles-ci ne sont pas toujours les plus rentables ?

- Vous dites dans une interview que l'on peut être un jeune auteur ou un petit éditeur et être distribué dans vos magasins ? Je pense que ca va en intéresser beaucoup. Comment faut-il s'y prendre ? Qui contacter ?

- Que pensez vous du marché actuel de la BD ? Est-ce que le nombre toujours croissant de titres qui paraissent sur le marché est une bonne chose selon vous ?

- Vous êtes l'un des principaux sponsor, avec votre entreprise du festival d'Angoulême. J'ai cru même comprendre que vous l'aviez sauvé. D'un point de vue purement personnel, qu'est ce que ca vous apporte d'aider cette manifestation ?

- Vous êtes un peu le grand mécène de cet art. Pensez-vous qu'aujourd'hui la BD a droit à une véritable reconnaissance dans le monde de la culture ?

Voilà, d'autres questions suivront peut être en fonction de vos réponses.
D'avance, merci beaucoup de vos réponses qui croyez moi vont intéresser énormément de passionnés, mais également d'auteurs et d'éditeurs...
Ronan
Re à Ronan (11/07/05)
Vu le nombre des questions et l’importance des réponses, je pense que nous pourrions faire ça par téléphone. Pouvez-vous contacter mon secrétariat pour que nous mettions ça au point à la fin août.
Pour l'avoir déjà fait, l'interview par téléphone n'est pas toujours la plus facile. Surtout qu'elle demande des moyens d'enregistrements, et beaucoup de temps de retranscription.
Cela serait plus aisé de faire cela par mail, ou par site interposé, surtout que ca vous laisserait tout le temps de répondre.
Mais si vraiment cela vous pose un problème, ou puis-je trouver les coordonnées de votre secrétariat ?
Une question plus qu'un commentaire :
A vos yeux, seuls comptent les professionnels "aguerris" du monde de la BD (Tarquin, Vance...), ou bien êtes-vous également friand de la production BD de jeunes "bédéastes" amateurs ?
Merci de votre réponse !
Re Anne Naunime (27/07/05)
J’aime évidemment toutes les bonnes BD. Je poursuis cette série de portraits sur le blog, en anticipation d’un second livre d’entretiens que j’envisage de publier en 2006. Vous y ferez j’espère quelques belles découvertes ! Mais à mes yeux, chère Anne, la jeune création mérite d’être soutenue. C’est ce que je fais à Angoulême avec les expositions et les prix récompensant les jeunes auteurs. Ou encore avec le prix Bodoï/E. Leclerc qui récompense un premier album. J’aurai d’ailleurs l’occasion à la rentrée prochaine de vous présenter, dans les pages de mon site que je consacre à la BD, quelques figures notoires de cette nouvelle génération d’artistes.
Re Ronan (27/07/05)
Le mieux serait que vous appeliez l’administrateur de ce site au 01 46 62 51 23, il vous communiquera mon mail.
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j'avais entendu beaucoup de bien de vous mr Leclerc par quelques amis dessinateurs
c'est vrai
bravo
Bonjour MEL,
j'ai cru entendre hier à la radio que le festival de la BD d'augoulème souhaitait changer de sponsor. A moins que les finances du festival ne les y oblige, je trouve ça un peu lourd. Quoi qu'il advienne félicitations pour les avoir boosté pendant tant d'années.
kenavo

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