Charte de l'alimentation : et maintenant ?
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Charte de l'alimentation : et maintenant ?

Je serai cet après-midi au ministère de l'Agriculture avec les fédérations de l'agroalimentaire, les producteurs et les distributeurs.

Nous signerons la "Charte d'engagement des Etats généraux de l'Alimentation".

Cette Charte est un engagement moral. Certains feront semblant de s'étonner du délai de signature par E.Leclerc. Mauvais procès ! Nous n'avons jamais été associés aux discussions et le texte ne nous a été présenté que mardi dernier, dans sa version numéro 28, et nous n'avons mis que 48h pour transmettre nos amendements. Malgré ces curieuses manières, nous jouerons le jeu.

C'est de la part d'E.Leclerc un acte symbolique et positif qui montre notre volonté de poursuivre le dialogue dans les Etats généraux de l'alimentation (EGA).

Deux raisons expliquent notre signature de cette Charte :

  1. Que ce soit les dispositions sur la prise en compte des coûts de production, la création de mécanismes du type "tunnels de prix" ou le soutien à la revalorisation d'une offre alimentaire devenue plus qualitative… tout cela ne nous pose aucun problème. Et pour cause, nous portons ces propositions depuis un moment, que ce soit via les engagements "E.Leclerc 2020" ou plus récemment via notre adresse au monde agricole dans le cadre des EGA.
  2. Le point de crispation (l'augmentation du seuil de revente à perte) a été éludé pour permettre le consensus. Tout comme les associations de consommateurs ou certains autres acteurs économiques, nous continuons de penser que cette réforme n'est pas une bonne idée et qu'elle générera entre 5 et 15 points de hausse des prix. La Charte renvoie la responsabilité de cette mesure au législateur, et c'est bien ce qui la rend signable par E.Leclerc, comme par d'autres qui se sont eux aussi prononcés contre la hausse du SRP (FEEF, Intermarché…).

La question de l'encadrement des promotions est aussi un sujet de débat. Nous n'y sommes pas opposés, mais nous continuerons là aussi à mettre en garde le législateur sur des bonnes intentions qui peuvent se révéler contre-productives pour certains producteurs eux-mêmes qui s'en servent pour écouler des stocks.

Et maintenant ?

La Charte n'est pas la loi. S'il veut aller vers du concret, le législateur va devoir s'atteler en 2018 à être plus précis que le texte signé aujourd'hui. Car des questions essentielles demeurent et ce qu'une Charte peut accepter, une loi ne peut l'envisager :

  1. 70% des fournisseurs de l'alimentaire sont des grandes sociétés nationales et multinationales. Comment concrètement feront-elles "redescendre" vers les producteurs de lait ou de porc, les améliorations tarifaires qu'elles auront obtenues alors mêmes qu'elles ne s'approvisionnent pas uniquement en France ? Comment se fera le tri, et qui contrôlera ?
  2. Le segment des produits alimentaires étant très vaste, comment l'éventuelle sur-rémunération sur du café, du chocolat, de l'eau minérale ou du Coca-Cola pourra-t-elle "ruisseler" jusqu'aux paysans français, qui ne sont pas impliqués dans ces productions ?

C'est sans doute à ces questions que pensait le Président de la République à Rungis quand il exigeait que les interprofessions et les filières s'organisent pour assurer le "juste retour" aux producteurs. Normalement, ces dernières rendront leur copie le 10 décembre. On verra donc ce qu'elles nous préparent.

Nous participerons aussi pleinement au débat qui va désormais se poursuivre avec le législateur sur les modalités pratiques du texte de loi en préparation. Le diable est parfois dans les détails, alors nous demeurerons vigilants jusqu'au bout !

1 Commentaires

Cher Mel, votre point est très éclairant!
Vous jouez le jeu de l'engagement en précisant sa portée, vous renvoyez au législateur la nécessité de prendre le relais ET vous maintenez votre vigilance sur le dossier.
Inutile de vous dire mais ça va encore mieux en le disant que je compte sur vous sur ce dernier point : pas question de se laisser enrhumer par des hausses délirantes sur tout le caddie.
A vous lire
Douglas

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