ÉCONOMIE Développement durable

Cancer et pesticides : stop à l'hypocrisie !

Des résidus de glyphosate dans les urines des 30 personnes testées : tels sont les alarmants résultats de l'analyse menée par l'ONG Générations Futures, publiés la semaine dernière. Le glyphosate, c'est cette molécule chimique qu'on retrouve dans les herbicides les plus couramment utilisés au monde et qui serait, selon les scientifiques internationaux, un cancérigène probable et qui en tous cas suscite des doutes.

 

On pourrait ne voir dans l'initiative de Générations Futures qu'un épisode d'agit prop, s'agissant de tests appliqués à des people (sourire à la performance de l'ancienne Ministre de l'Ecologie Delphine Batho dont les urines ont restitué le plus fort taux de glyphosate). Mais s'agissant d'un risque mortel, les esprits sceptiques devront l'admettre : le test effectué par Générations Futures corrobore les résultats de la plupart des autres tests effectués au niveau européen. Pourtant, les produits qui en contiennent sont toujours autorisés à la vente.

L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a adopté une position opposée à celle du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), rattaché à l'OMS. Motif : elle ne dispose pas de preuve scientifique suffisante pour classer cette molécule comme néfaste pour la santé humaine - elle reconnait néanmoins le risque d'effets néfastes à long terme sur l'environnement).

 

Des connivences experts - industrie chimique ?

 

Chaque semaine, s'agissant de problèmes sanitaires ou d'environnement, on nous bassine qu'il faut appliquer le principe de précaution. Le ministère français de la Santé a lancé une course contre la montre pour imposer un affichage nutritionnel qui met en garde contre le gras, le sucré et le salé...mais fait l'impasse sur les résidus de pesticides. On nage en pleine hypocrisie : on est même en droit, comme Stéphane Fourcart dans le Monde le 21 mars 2017, de soupçonner les experts de connivence avec l'industrie chimique.

Alors, que faire ?

A la suite d'interpellations des ONG (Greenpeace pour ma part), j'ai engagé le mouvement Leclerc dans un processus de réduction de 50% des pesticides d'ici 2020. Mes collègues concurrents ne vont évidemment pas rester sur le côté. Les industriels, contrairement à une idée reçue, sont prêts à travailler sur le sujet. Mais, quand ils se retournent vers les producteurs, on leur objecte soit l’absence de solutions alternatives, soit que les comportements sont légaux et respectent les normes. Pire, quand un industriel et un agriculteur s’adjoignent les conseils d’un scientifique, ce dernier est d’emblée considéré comme à leur solde. Comment faire ?!

 

Traitons l’impact des pesticides comme un risque de catastrophe naturelle ou d’épidémie

 

Il faut lever le doute ! Qu'on multiplie les tests, les analyses, bref qu'on se donne les moyens, comme s'il s'agissait d'anticiper une catastrophe naturelle ou une épidémie. 

Je propose que tous les membres de la Commission européenne et du ministère de la Santé aillent volontairement pisser dans les éprouvettes de Générations Futures. On verra alors à partir de quel taux de glysophates les mandarins diront "non, pas moi!" et, motivés, seront pressés de passer à l'action !

8 Commentaires

Medecin des Hôpitaux et Expert en réparation juridique du dommage corporel je viens de finaliser un mémoire sur ce sujet et en particulier "pourquoi certaines attente liées au glyphosate sont indemnisées par les mutuelles agricoles et d'autres atteintes toutes aussi graves et mortelles ne le sont pas .
J'ai intégré un cabinet d'avocats spécialisés en victimologie ( Victimes du Bataclan , et autres actes de terrorisme intéressant des Francais à l'étranger , militaires exposés à différents risques ) Dans notre Groupe se trouve aussi un toxicologue
Nous nous penchons actuellement sur les risques des génériques et des biosimilaires
Nous restons à la disposition de toute evaluation de dossier médical et juridique

Dr Alain Wajman ( awajmanconsulting@free.fr)
Oui, c'est exactement cela qu'il faut faire! "Tester" les politiques pour les faire réagir, enfin ; puisque leur nombril seraient menacés. Il n'y a plus que cela.
Bonjour MEL, je suis effaré parce que je lis sous votre plume.
Ici et là, au gré d'une émission à la télé on expose tel ou tel agriculteur dont la maladie semble avoir un lien direct avec la proximité prolongée avec des produits chimiques. On pense à toutes les maladies professionnelles et on se dit aussitôt "pas moi, pas nous"!
Et bien si?!?!
Ca va fait flipper votre truc, et j'espère vraiment que les tocards de la Commission (la grosse) vont se remuer avec un autant de vivacité que sur les sujets clés du type "diamètre des bananes"!!!
Merci beaucoup pour votre éclairage.
Duck
Mettre en avant les risques du glyphosphate pour relativiser la nécessité d un étiquetage nutritionnel, voilà bien une approche originale que je n approuve pas du tt.
Le centre de recherche à mis en avant le risque plus élevé de cancer en cas de consommation de charcuterie... Que faites vous?
Bref, au lieu d encourager l émotion, il faut mieux soutenir la science.
Bonjour Anne, merci de votre commentaire.

Nous nous sommes mal compris je pense. Si je doutais de l'utilité de l'étiquetage nutritionnel, je ne demanderais pas qu'il intègre la mention de la présence de résidus de pesticides ! Et si j'encourageais l'émotion au détriment de la science, je ne proposerais que les urines des membres de la Commission et du ministère de la Santé soient testées...par des scientifiques ;-).

Bref, nous sommes alignés dans ce combat en faveur d'une meilleure qualité sanitaire des produits alimentaires, unissons nos forces ! A bientôt, MEL
J'apprécie votre esprit de dialogue et votre lucidité sur le sujet. J'espère que vous serez force d'entraînement des acteurs publics et privés de l'alimentaire. Bravo. Continuez. Un jour, nos enfants vous remercieront.
Plus de pesticides d'ici à 2020. Est-ce si difficile que cela à obtenir ?
Demandez aux agriculteurs qui ont entretenu pendant des dizaines d'années leurs exploitations à grands renforts de pesticides (autorisés, dont ils ignoraient la nocivité) ! C'est très difficile pour eux, oui, de passer au 0 pesticides en un clin d'oeil - 2020, c'est demain dans la vie d'une exploitation agricole.

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