ÉCONOMIE Energie

Pétrole : Pour préparer l’alternative, avons-nous besoin de scénarios catastrophes ?

 A prophétiser la catastrophe, à souffler sur les trompettes de l’apocalypse, Yves Cochet (l’un des représentants des Verts) et Eric Laurent, sulfureux journaliste, un brin mystificateur, jouaient les « Savonarol », hier soir, sur La Cinq. Je participais à un débat organisé par l’excellent Serge Moatti (« Ripostes »). Avec son air patelin, notre candide interpellait ses invités : Roselyne Bachelot (UMP), Jean-Marie Chevalier (économiste), Jean-Louis Schilansky (Union Française des Industries Pétrolières -UFIP), les deux intervenants précédemment cités et moi-même. Thème de l’émission : « Pétrole : la flambée jusqu’où ? ». Eric Laurent et Yves Cochet viennent chacun d’écrire un livre. Dans « La face cachée du pétrole » (Ed. Plon), Eric Laurent conteste l’importance des réserves pétrolières telles que comptabilisées par les pays producteurs et les majors. S’appuyant sur les filouteries de l’ancien PDG de la Shell, il est on ne peut plus affirmatif : « Il n’y a plus de pétrole à découvrir, il n’y en a plus que pour une dizaine d’années, et encore ! ». Perspective alarmante sur laquelle surfe aussi Yves Cochet (« Pétrole apocalypse », Ed. Fayard), pour qui l’enfer se déchaînera d’ici « une trentaine de mois ». Convaincus, inspirés, quasi « habités » par leurs imprécations, tous deux n’émettent, ni n’acceptent aucune nuance, aucune critique. Et pour le représentant des Verts, l’imminence de la catastrophe fonde carrément un propos messianique qui tient lieu de légitimité pour préconiser un changement de comportement quasi calviniste : abaissement obligatoire des vitesses de circulation à 30 km/heure en ville, interdiction de produire des voitures au-delà d’une certaine puissance (exit la 607 Peugeot ou la Safrane)… On se demande d’ailleurs, tant on sent poindre « la thèse de la décroissance », qui du peuple ou du « visionnaire », cette nouvelle politique servira les intérêts. L’embêtant avec de telles outrances, c’est qu’il n’y a plus de débat possible. D’accord avec YC ou EL pour ne pas prendre pour argent comptant les chiffres annoncés par les pays de l’OPEP. Les propriétaires de la rente pétrolière, privés ou publics, ont intérêt à survaloriser leurs actifs. Quelle que soit son ampleur, la marge d’incertitude autorise-t-elle nos auteurs à se passer d’une analyse plus rationnelle des données économiques existantes ? Allons ! La dénonciation ne peut, à elle seule, tenir lieu d’argument. D’ailleurs, ces gens-là se contredisent. Eric Laurent a passé une bonne partie du temps de l’émission à défendre sa thèse : « Nous sommes rentrés dans une guerre pour les ressources énergétiques ». (Comme si c’était un scoop, alors que tous nos manuels d’histoire décrivent la géopolitique, depuis la guerre 14-18, comme une course au contrôle des matières premières !!!). Sa thèse : les deux Bush, présidents US, ont fait la guerre à l’Irak pour s’assurer du contrôle des réserves moyen-orientales. Les USA se frottent aujourd’hui à l’Iran pour servir le même objectif… Soit ! Mais pourquoi alors, cher Eric Laurent, se donnent-ils tant de mal, risquent-ils tant de morts et y consacrent-ils autant d’argent si vraiment il n’y a plus rien à forer !!! Contradiction, vous dis-je. L’obscurantisme a ses zélateurs. La peur fait vendre et il y a un public qui aime ça. Mais, pour moi, ce catastrophisme n’est en rien créateur, ni même stimulant. (Rappelons l’inertie qui suivit la publication, dans les années 70, des rapports de même type (Club de Rome, Rand Corporation). La réalité et les perspectives rationnellement établies nous proposent des scénarios suffisamment noirs pour que nous soyons obligés d’agir et de sortir de notre torpeur. Les termes d’un diagnostic raisonnable sont les suivants : quels que soient les modes d’évaluation, le stock d’énergies fossiles va progressivement s’épuiser. a) Les réserves Selon le BP Statiscal Review of World Energy 2005, les réserves prouvées de pétrole, de gaz et de charbon restent encore suffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins mondiaux croissants dans un avenir immédiatement prévisible. img_blog_240406_tab_01 b) Facteurs minorants Ces chiffres sont établis à partir d’une projection de l’offre et de la demande, telles que constatées ces quatre ou cinq dernières années. L’accélération de la demande doit nous inciter à moins d’optimisme. - La multiplication des incidents politiques limite l’accessibilité à certaines réserves : la flambée actuelle des cours est largement due à l’incertitude en Iran, aux crises internes (Venezuela, Koweït), à la rébellion au Nigeria… Les perturbations créées par ces conflits géopolitiques rendent, tour à tour, indisponibles 10 % (en moyenne) de la production mondiale. - L’augmentation de la demande de brut (1,8 % par an) s’accélère. Elle est due à une croissance très soutenue en Inde (7,3 %), en Chine (9,5 %), en Russie (6 %) et même aux USA (3,4 %). - L’offre est moins flexible. La disponibilité et l’accès aux réserves dépendent non seulement de la bonne volonté des états propriétaires de la rente, mais aussi des investissements à réaliser. Or, le secteur souffre d’un sous-investissement cumulé depuis quatre ou cinq ans. La mise en exploitation de nouveaux gisements exige des délais. C’est ce qui explique, en partie, la crise actuelle. Depuis le début de l’année, l’offre ne suit pas la demande. img_blog_240406_tableau c) Facteurs majorants Avec l’augmentation des prix, de nombreux investissements deviennent rentables. En 2006, toutes majors confondues, c’est 120 milliards de dollars qui vont être investis, 20 milliards de plus qu’en 2005, 50 milliards de plus qu’en 2001. Le nombre de forages va augmenter de 17 %, de nouvelles technologies deviennent rentables pour exploiter des bruts extra lourds (Venezuela, Canada), ou pour gazéifier le charbon, etc. De ce fait, n’en déplaise à Eric Laurent, ces investissements vont permettre de majorer les réserves exploitables. En conclusion, il n’est pas déraisonnable de dire que nous avons bien 15 à 20 années devant nous. C’est peu, au regard de ce que l’histoire révèle de nos capacités d’adaptation. Mais c’est gérable, pour mettre en place des politiques énergétiques alternatives…à condition, bien sûr, de sortir de notre inertie actuelle et de vouloir faire feu de tout bois. Et sur cette question, il faudra bien lever aussi quelques contradictions. J’écoutais avec intérêt les arguments d’Yves Cochet qui faisait la fine bouche sur les carburants d’origine agricole : « qui supposent une agriculture productiviste ». Oui, mais peut-on plaider pour un après-pétrole, militer contre le nucléaire (75 % de l’électricité en France !) et refuser l’exploitation industrielle de la biomasse, des biocarburants… Quand l’idéologie discrédite par avance toute alternative, je me méfie. Malgré la qualité des personnes, la sympathie que j’éprouve pour les Verts, je sens poindre une forme d’intégrisme. Nous savons tous que l’écologie politique a permis à nos anciens Trotskistes ou Maoïstes de se recycler dans l’altermondialisme. Mais il ne faudrait tout de même pas qu’une forme de messianisme écologique serve de légitimation à un pouvoir coercitif instaurant finalement cette forme d’ascétisme collectif qu’autrefois le modèle communiste entendait imposer. Attention au nouvel ordre moral !

61 Commentaires

Dans l'impossibilité de transmettre une réclamation auprés du magasin de Vitry.
Dans votre publicité vous indiquez" a votre service" Voici la réponse du personnel alors que j'indiquais l'absence d'affichage des prix des pommes de terre:Allez aux bornes!
Quant au responsable du secteur" Il viendra quant il aura le temps. Quand à l'acceuil
alors la totale irresponsabilité.SERVICE ?????
Re Huet (18/05/2006)
Veinard. J’adorerais faire ce tour du monde. Comme vous le savez peut-être, j’adore la voile. J’espère que vous ferez un beau voyage.
En lisant entre les lignes, j’imagine que vous me sollicitiez pour un sponsoring. Ce n’est pas possible au niveau national. Mais si vous avez un ancrage territorial, si vous êtes dans une association qui entretient des rapports avec une ville où il y a un centre E. Leclerc bien implanté, vous pouvez éventuellement le solliciter.
Re Matter (18/05/2006)
Je fais parvenir votre texte au directeur du centre E. Leclerc de Freyming-Merlebach.
Je m’étais expliqué sur la diminution de l’émission du nombre de tickets en ce début d’année. Normalement, ils devraient être de retour, d’une manière croissante.
Attention : ne vous laissez quand même pas séduire par les seules promos. Une réduction de 10% à partir d’un prix de 110€, c’est moins intéressant qu’un prix net de 90€ !
Mais j’imagine que vous savez tout cela…
Re thorgal (12/05/2006)
Sur le fond, et malgré quelques excès, je vous donne complètement raison. Le productivisme a ses limites. L’idéologie du court-termisme conduit à un gaspillage formidable et ne laisse aucune chance au développement des pays les plus pauvres.
C’est tout l’intérêt du concept de développement durable.
La question que vous soulevez, c’est celle de la compatibilité entre les objectifs des entreprises, et l’intérêt collectif. Personnellement, je dirais que s’ils ne s’opposent pas toujours, ils faut les inciter à se rapprocher. Et pour cela, il faut une volonté politique forte : au niveau national comme au niveau international. C’est ce projet (cette organisation) qui fait défaut aujourd’hui. C’est pourtant par l’élévation des contraintes juridiques (protection des personnes, de l’environnement, etc) ou par la fiscalité (financement des énergies alternatives) que les entreprises finissent par intégrer dans leurs comptes d’exploitation une grande part des contraintes liées au développement durable.
Alors je dirais ceci : ce n’est pas tant vers les entreprises que vous devez diriger votre courroux… que vers le déficit d’initiatives politiques.
Prenez l’exemple du principe pollueur-payeur. Quand le législateur oblige industriels ou distributeurs à récupérer leurs déchets ou à financer des filières de recyclage, ces contraintes sont certes répercutées dans les prix. Mais elles sont intégrées comme une donnée du marché. Et quand le politique refuse de l’appliquer à certaines catégories (l’agriculture productiviste par exemple), le système perdure : Cf. les problèmes des épandages de lisier en Bretagne. Est-ce que vous êtes d’accord avec cela ?
Bonjour MEL,
je me permets de prendre la parole car au journal de France 2 du 15juin, qui proposait un sujet sur les Bio-Ethanol, vous avez fait une intervention stigmatisant le Lobby de la filière pétrole. Ce lobby existe c'est une évidence. Xbee est une biotechnologie innovante améliorante pour les carburants. Trois ans d'études et d'expérimentations nous ont permis de mettre en évidence son intérêt en terme de consommation et d'émissions polluantes. Que nous ayons du mal à nous faire entendre du lobby pétrolier ne nous surprend pas, on ne peut pas leur demander d'avoir envie de vendre moins, mais que nous ne puissions pas trouver d'audience auprès d'un distributeur indépendant dont l'étendard demeure la défense du consommateur nous surprens davantage. Le pétrole serait-il un produit pas comme les autres, même pour votre enseigne.
Merci de me permettre de dissiper ce trouble.
Continuez à vous battre pour la liberté du commerce.
Bien cordialement
Pascal Lecointre
Cher monsieur,
ne sachant comment vous joindre au plus vite, j'utilise votre blog pour vous contacter.
Je souhaiterais vous présenter un important projet d'investissement dans la bio-énergie et le bio-carburant.
Ce projet d'ampleur devrait sans nul doute pouvoir intéresser un investisseur, particulièrement s'il est dans la grande distribution.
Je reste à votre entière disposition pour vous l'exposer.
Cordialement.
Salut,
Toutes les matières premières, suite aux problèmes pétroliers augmentent. Le Flex est fabriqué à partir de canne à sucre alors le sucre est en train de flamber au Brésil!
Tchao M.E.L.
Bonjour,
Que penseriez vous d'un concept qui mettrait le piéton sur un engin lui conférant un plus grand rayon d'action sans consommer d'énergie fossile, au moins en ville ?
Bonjour,
L'Energie, et son acolyte direct, le CO², sont à la mode.
CARREFOUR lance des "étiquetages écologiques".
Plutôt que de perdre le client dans une jungle de critères incohérents entre eux (emballage éco ou pas, plastique ou cartons, transport lointain ou de proximité, recyclé ou non recyclable, ....) , et compte tenu de l'extraordinaire visibilité médiatique donnée au CO², pourquoi ne pas légiférer sur le sujet en imposant que tout produit ou service mentionne la quantité de CO² consommée pour fournir le service ou fabriquer et distribuer un produit.
Par exemple:
- Yaourt blanc nature : 25gr de CO² (indication en plus des Mat. Gr. , Lipides, Glucides, Colorants, ...)
- Yaourt sucré aux figues: 63 gr de CO²
- Une Pizza à la maison: 450 gr CO²
- 1 AR Martinique en Avion: 1500 kg de CO²
- 100 km en voiture: en Twingo 9kg de CO², en Espace, 20kg de cO²
- Achat Twingo: 800 kg CO²
- Achat Mercedes SEL 600: 2500 kg de CO²
- ....
- x gr/h sur les compteurs de gaz ou de d'électricité.
Cette mention pourrait être obligatoire, en gras (idem cigarettes) ou moins gras (idem alcool) sur tous les emballages et publicité de services et produits.
Cela permettrai de sortir d'un discours quasi militant et "d'imposer" le CO² comme une évidence au quotidien, à laquelle on ne peut plus échapper.
C'est aussi moins intrusif que les incessants reportages, communiqués, informations sur le sujet du réchauffement de la planète, et sans doute aussi persuasif à la longue, même si la manière est moins élégante que des films aux images spectaculaires (ours blancs noyés, glaciers fondus, ...).
C'est une manière de faire rentrer le CO² dans les discussions et préoccupations de tous les jours, qui devrait aboutir à une concurrence entre industriel pour produire à "moins de CO²", au travers d'une sensibilisation de masse.
Bien sûr, il y aurait une longue période d'ajustement pendant laquelle chacun expliquerait pourquoi sa manière de calculer le CO² attaché à un produit est la bonne.
Mais ces discussions contradictoires participeraient pour beaucoup à la sensibilisation "de masse". Quelque soit le résultat final, à l'issue de cette phase de "mise au point", tout un chacun serait sensibilisé :
- à quoi correspond le CO²
- aux les produits à "haut CO²" et les produits à "bas CO²"
- aux choix effectués quotidiennement par rapport à cette échelle de valeur CO² (qui n'existe pas aujourd'hui)
Dans un deuxième temps, cela peut aussi permettre, éventuellement, de surtaxer tous les produits étant déclarés comme étant plus énergivores.
Cette démarche me parait plus claire et simple à appréhender plutôt que chacun ne lance son propre label d'étiquetage énergétique.
Frédéric
Je travaille à la cité des sciences sur une exposition concernant la banane et la canne à sucre. Je cherche des emballages fabriqués à partir de la canne et vois sur votre site que vous en utilisez dans vos magasins. Pouvez-vous me confirmer cette information ?
D'avance, merci de votre réponse
Chantal Dutilleul
pourquoi vou parlez tant???????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

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