Bio pas cher
ÉCONOMIE Enjeux de la distribution

Le bio et le "bio plus"

Je soutiens la proposition d’un label "bio plus", "bio engagé", proposé par la Fédération Nationale des Agriculteurs Bio. 

C'est une réponse intéressante aux inquiétudes ressenties chez les pionniers du bio, par le formidable développement du marché et les risques d’une banalisation. 

J’y vois une possibilité de différenciation et un vecteur de qualité. Si les circuits pionniers veulent préserver leur réseau pour ajouter plus de valeur à leur engagement (équitable, social, écologique), je n’ai pas d’opposition de principe et je pense, avec la FNAB que la réglementation européenne - nouvellement harmonisée - ne peut s’opposer à la création de ce label augmenté. 

Cependant une telle initiative ne doit pas, pour autant, contribuer à dévaloriser le bio "commun" ! Ce serait un mauvais coup porté à une urgence écologique et nutritionnelle, à la nécessaire transition vers une agriculture plus vertueuse et à la crédibilité des certifications bio elles-mêmes ! 

Je m’explique et j’illustre : je lis dans les Echos cette semaine : "les GMS étant dans une démarche moins militante que les magasins spécialisés, la filière bio pourrait perdre ses fondements originels comme les circuits courts, la faible empreinte carbone, l’encrage social et la répartition équilibrée de la valeur produite". 

D’un journal qui faisait récemment sa Une sur l’achat par Danone d’un géant du bio aux USA, on reste sans voix. 

Selon ce raisonnement, Nestlé, Danone, investiraient dans le bio : rien à redire. Que les GMS y investissent, et cela dénaturerait la qualité du bio ? On marche sur la tête.

C’est le paradoxe français, entretenu par certains producteurs. Les consommateurs somment les distributeurs de booster le bio. On répond ok, et paf, nous devenons aussitôt suspects de falsifier le label et de ne pas vendre du "vrai bio". C’est débile. 

1. A l’origine de tout cela, il y a cette satanée idéologie très catho-coupable selon laquelle seul "small is beautiful".

Petits, les producteurs ou les détaillants sont estimables, surtout s’ils ne gagnent pas de sous ! Grands, profitables ? Et distributeurs de surcroit ? Beurk ! 

Pourtant, c’est parce que nos exploitations bio sont trop atomisées, trop disséminées au milieu d’une agriculture industrialisée que la France peine à sécuriser ses labels et à répondre suffisamment à l’augmentation de la demande... avec le risque d’être vite concurrencée par l’import. 

Le bio c’est bon ? C’est plus sain ? Alors, il faut qu’il soit accessible en nombre, en qualité et en prix ! Il faut que l’on s’y mette tous.

En France, le bio a été lancé par des organisations militantes. Puis, Bernard Tapie a racheté La Vie Claire (eh oui) ! On a oublié que le marché s’est démocratisé grâce à des GMS, comme les Monoprix de Philippe Houzé, puis les Carrefour avec ses "boules bio" et ses premières filières (eh oui aussi) ! ?

Aujourd’hui, Biocoop - le leader - a l’organisation d’une grande surface, et ce sont Leclerc et Carrefour qui le challengent sur le marché du bio. Le "mass market" fait peur aux pionniers ? Je le comprends .Mais on ne peut vouloir défendre le bio et limiter sa diffusion aux seuls happy-few ! 

2. Si la réglementation n’est pas assez exigeante, revoyons-la à la hausse !

Les centres E. Leclerc respecteront, je m’y engage, une réglementation encore plus exigeante. Donc, pas la peine d’ouvrir de fausses polémiques, on est pour. 

Et à respect identique d’un même cahier des charges, arrêtons d’opposer le bon bio de Danone ou de Bjorg à celui d’Auchan ou de Leclerc qui serait d’autant plus suspect qu’il serait vendu à un prix plus abordable ! 

3. Pour préserver leur spécificité, les agriculteurs bio de la FNAB proposent donc un label plus, un bio équitable qui serait réservé à certains circuits.

Je n’ai rien contre. Que des hommes se revendiquent d’une qualité et d’un engagement supérieurs, ni les consommateurs, ni les concurrents ne peuvent trouver matière à y redire. L’important c’est que les consommateurs trouvent du bon bio partout et à un prix accessible.

6 Commentaires

Mais on ne peut vouloir défendre le bio et limiter sa diffusion aux seuls happy-few !

Je pense que cette phrase résume bien l'idée... il ne faut surtout pas mélanger les plébéiens et les patriciens ! (dans l'esprit de certains...)

Je me souviens il y a quelques temps d'un super qui avait fait l'acquisition de bêtes à viandes de "compétition" et les avait vendues à des tarifs équivalent à ceux d'une boucherie de centre ville (forcément la qualité se paie). Certains, bien en mal de critiquer la qualité du produit, en était à dénigrer la qualité de la découpe de la viande... : snobisme quand tu nous tiens !
Tout à fait d'accord avec votre analyse. Taper sur les grandes surfaces qui vendent du bio ne sert à rien. Tant que le mouvement est dans le bon sens, celui de mieux manger et à des prix accessibles à tous, il faut soutenir les initiatives en ce sens.
Il est bon de pouvoir distinguer les poires bio d'Argentine et celles du producteur local...
Bonjour Mel, je ne suis pas certain de bien comprendre!?! Le bio plus viendrait spécifier un "circuit"? De quel circuit parle-t-on? Pour moi le bio porte sur le produit! Non?
Si un produit est plus bio c'est qu'il obéit à d'autres normes, plus contraignantes, qui le rendent encore plus sain pour le consommateur, non? Sinon je m'y perds. Et là je suis un peu perdu et je vous remercie pour votre éclairage.
AC
Ce serait bien que le bio ne devienne pas aussi compliqué à déchiffrer que le non bio qui oblige à être quasi chimiste...et avoir de bons yeux pour déchiffrer les compositions d'emballages et s'assurer que l'on ne s'empoisonne pas.
Honnêtement, on a l'impression d'être au PS ou chez les écolos tellement ça devient le b...
Débrouillez-vous pour faire en sorte que ce soit clair pour les consommateurs! Et ça, généralement vous savez plutôt bien faire... :-))))...
Bon we
Bjr. Bretonne à 50 %, de Brest même ! J'aime vivre en Bretagne. Nous avons d'ailleurs choisi de revenir habiter dans un patelin breton de 5500 hab, avec sa verdure, sa météo modérée, sa vie à dimension humaine, avec nos trois enfants. Où il y a un Leclerc de taille moyenne, très pratique à proximité. Je me demande si les agriculteurs locaux, sont approchés par le magasin ? Et comment ? Si un endroit comme des halles ne pourrait pas être mis à disposition, pour appuyer le marché du samedi matin, où, l'hiver les intempéries empêchent un marché aussi dense qu'aux autres saisons, où les gens se rencontrent et achètent + local. Notre commune a pour l'instant d'autres priorités et pas d'argent à investir dans ce chantier. De plus, j'ai mal quand je vois la concurrence déloyale de produits très locaux, entre le marché et le supermarché. Il y a bcp d'associations diverses ici, ce qui maintien une vie d'échanges et d'entraide. Une "association" entre le marché et le supermarché peut-il être envisageable ?
Qu'est ce que serait "ce BIO plus..."??? Ma société, origine de Suisse, cultive LA BIO, élève LA BIO au delà d'un cahier des charges pseudo technique, plus ou moins vertueux. Je milite pour LA BIO qui s'engage et qui recrute pour les marchés de masse: les cahiers des charges ont permis de franchir des paliers techniques, dès aujourd'hui les technologies nouvelles nous permettent de produire de manière écologique et intensive sans déroger aux obligations réglementaires de l'AB. Et de valider ainsi des modèles économiques qui permettent de développer LA BIO pour la consommation de masse, tout en préservant les ressources renouvelables et en s'appuyant sur les piliers du développement durable. Pas de "Happy few" donc, mais une alimentation fraîche, loyale et sécurisée sur les rayons FL de la grande distribution, généraliste ou spécialisée, accessible au plus grand nombre. Et sans déroger à l'origine des produits, sans s'affranchir de l'identité du producteur et sans confondre proximité et territoire. BIO et Durable, bien des PME françaises s'y emploient. Expliquons cela ensemble à tous les consommateurs: le cobranding serait peut-être la clef!? (Je m'égare, c'est sans doute mon côté Suisse..., voir COOP Suisse, si jamais).

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