J'ai flashé Portraits

Claire Wendling

A deux pas des bulles du Champ de Mars, l'effervescence du festival n'atteint pas la maison de Claire Wendling : pluie glacée, rue déserte, calcaire usé et moussu, volets grisâtres rabattus. Dans la pénombre de son atelier, au premier étage, Claire est assise, timide, angoissée, jambes en tailleur sur un vieux siège devant l'ordinateur. Elle ne repousse pas l'insistante mèche noire qui occulte la moitié de son visage bien pâle.

L'auteur déjà mythique des 'Lumières d'Amalou' (Delcourt) se protège des éclats du monde... et de ses semblables. Elle leur préfère, dit-elle, son propre bestiaire. Ainsi cette sorte de silure gris, dix ans d'âge, qui repose somnolent dans l'eau noire et glauquissime d'un aquarium-catafalque. 'Je suis sa maman !'. Tendre sourire décoché à son compagnon, graphiste. Elle commente aussi, prolixe (accent de Carcassonne), les croquis d'une animalerie somptueuse, parfois drôle, quelquefois effrayante, dessinée pour la Warner Bros (Excalibur), le scénariste de ses mondes fantastiques (Gibelin) ou ce carnet de croquis 'Iguana Bay' (Le Cycliste). Son travail sur les humains peut être terriblement gai, proche de l'univers des dessins animés les plus loufoques. Mais son dessin est aussi noir, comme ces nus de femmes ou ces pastels sensuels, quelquefois torturés, dont on ressent la douleur sourde : illustrations pour un livre de Pierre Louÿs, le tome 3 'd'Aphrodite' (Humano), ou ce collector 'Drawers' (Le Cycliste). Etonnant contraste. Hier soir, une autre femme de la même génération, Marjane Satrapi empochait avec délices, la reconnaissance et les honneurs attribués à une dessinatrice énergique, dont l'histoire est faite d'exil, de compagnonnage, et de revendications générationnelles. Claire Wendling, elle, va se rendre à l'inauguration d'une exposition qui lui est consacrée. Un officiel évoquera, sincèrement admiratif, l'héritage d'Egon Schiele ou de Félicien Rops. Elle, nerveuse, pieds rentrés, écoutera (sans écouter !) cet hommage dont elle a repoussé par avance la suffisance. Emouvante femme ! La magie d'Angoulême, c'est de pouvoir rencontrer une artiste aussi étonnante !

2 Commentaires

Claire...
Ah Claire. Quel talent. Mais quel caractère aussi. J'ai la chance de la connaître depuis un certain temps, de travailler avec elle aussi, et c'est chaque fois un coup de pied au derrière des certitudes. Aller plus loin, ne pas se satisfaire, être exigeant avec soi-même comme avec les autres. Et ne pas toujours passer sur les défauts du monde. Claire nous a laissé voir son travail, elle nous a confié le temps de quelques jours plus de 15 ans de créations. Le génial inventaire de ses dessins. Gardés par deux chats, quelques poissons, dans une jolie maison qui lui ressemble. Simplement.
On ne la voit pas assez, mais quel talent, quel dessin solide...

Laisser un commentaire

Cette adresse n'apparaîtra pas à la publication
Image CAPTCHA
Entrez les caractères figurant dans le code anti-spam ci-dessus.