J'ai flashé Portraits

Eric Stalner (et Richard Bohringer en guest star)

Stalner est un pseudo. Il faudrait même dire un pseudo collectif. Car ils sont deux dessinateurs, deux frères unis dans un curieux attelage. Jean-Marc et Eric sont passionnés d'histoire. Une histoire qui serait intemporelle, peuplée de légendes et d'univers parallèles.

Mais aussi d'obsessions familiales : leur grand-mère ne prétendait-elle pas qu'à tous deux, ils étaient la réincarnation de ses propres frères morts sur les champs de bataille de la première guerre ! Ils ont commencé leur carrière de dessinateur en échouant, chacun leur tour, au concours d'entrée de l'école des Beaux-Arts de Paris. Echec largement surmonté par 18 ans de collaboration prestigieuse : 'Les Poux' (Glénat), et les grandes sagas : 'Fabien M.', 'Malheig' (Dargaud), puis 'Le Fer et le Feu' (collection Caractère, Glénat). Depuis 1998, Eric dessine en solo. Un type hyper talentueux, probablement l'un des personnages les plus attachants de la bande dessinée. Sympathique, chaleureux, cultivé, voilà un auteur qui est bien dans sa peau. Aucun complexe, aucun faux-semblant dans cette revendication de bien-être provincial. Il habite près de Cahors, cultive l'amitié et les relations familiales. Parmi tous les auteurs que j'ai eu le bonheur de rencontrer, il est un de ceux (très rares) qui sait exprimer son admiration et son respect pour ses pairs. Tout est sincère dans les propos passionnés et empreints de dévotion qu'il nous tenait la semaine dernière en parlant du dessin de Bilal ou de la technique de Giraud-Moebius. Oui, il y a quelques jours, Eric est monté à Paris pour participer au Salon du livre, à la porte de Versailles. S'il cultive volontiers un look casanier, il ne rechigne pas, contrairement à d'autres dessinateurs, à pratiquer l'exercice de la dédicace. C'est même un moment privilégié, il soigne ses croquis (pas plus de quatre dessins par heure) pour la grande joie de ses fans. Avec Chantal-Marie Wahl, ma collaboratrice et complice dans cette action de promotion pour le 9ème Art, il a trouvé le temps de nourrir un entretien passionnant dont vous aurez un jour la primeur. Mais alors qu'avec pudeur, il nous parle de ses allures de pasteur protestant, de ses pérégrinations antérieures vers le bouddhisme, un Richard Bohringer tout feu, tout flamme, passe devant nous, dans ce grand salon de l'hôtel Lutétia. Je connais un peu Richard pour avoir passé quelques heures avec lui dans les rues de Montauban. Il y préparait un concert dans le cadre du festival « Alors Chante ». J'ai retrouvé la gouaille de l'acteur, mais aussi sa générosité et sa sensibilité d'écrivain écorché, lors d'une récente émission de télévision. C'est donc en connivence et le regard plein de malice, qu'inspiré, il interpelle notre petit groupe. En quelques minutes, c'est une tornade, un vent de folie, sur fond de dénonciation des grands de ce monde, insensibles à la détresse des populations les plus pauvres d'Afrique. Il éructe contre une société qui ne se mobilise qu'au coup de sifflet des médias. Il justifie le silence sur le nombre de victimes en mimant, dégoûté, les frasques sexuelles d'une jet set partousant avec les jeunes prostituées de Phuket : balayée par le tsunami vengeur... Il est arrivé, Richard, dans une large expiration, et il est reparti, laissant derrière lui des effluves aux senteurs de révolte et d'injustice. Difficile et laborieuse replongée en apnée pour retrouver, quelques minutes après, l'univers calme et serein de Stalner. Plus tard, dans un jardin public, Eric se prêtera au jeu des photos. Lui qui adore les femmes, et particulièrement les femmes enceintes, est aux anges. A cette heure de la journée, elles bourgeonnent et s'épanouissent sur les bancs, au soleil. Image de la création, de la prolificité et de la générosité. Elle lui sied bien. A 46 ans, il a déjà produit plus de quarante albums. Après 'Blues 46' (Dargaud), en collaboration avec le scénariste Laurent Moenard, il s'apprête à publier 'Ange Marie' dans la sublime collection Air Libre (Dupuis) avec le scénariste Aude Ettori (qu'il n'a pourtant jamais rencontrée). Décidément, il ne faut pas se fier au look de cet homme tranquille. S'il partage les mêmes indignations que notre ami Richard, c'est dans son oeuvre et dans les combats de ses héros qu'il faut les rechercher. Telle est sa différence.

4 Commentaires

Les artistes ont une sensibilité particulière et posent sur le monde un regard différent. Entraînés par le quotidien, nous sommes souvent embourbés dans la réalité pour tenter de comprendre le monde qui nous entoure.
Le regard différent des artistes, nous permet l'espace d'un instant, de nous échapper de notre rationalité coutumière, ils apportent soit directement, soit à travers leur oeuvre une fraîcheur, un ton nouveau, salutaire à nos réflexions.
Toutes les équipes devraient intégrer des âmes d'artistes au milieu des âmes rationnelles et chacun de nous doit cultiver son âme d'artiste.
Réponse à Jean-Marc Bondon (09/04/2005)
Oui, j’aime bien ce que vous dites. Les artistes ont une sensibilité particulière. Personnellement, je me ressource facilement en me plongeant dans un bon livre de littérature, une bande dessinée, en allant voir un film. L’air y est plus tonifiant, les espaces plus grands et les couleurs plus chatoyantes. Les acteurs économiques ou politiques devraient lever plus souvent le nez de leur guidon. Même pour traiter les problèmes les plus concrets sur le terrain. Il s’agit de cultiver « l’inspiration ». Et comme beaucoup de nos concitoyens, je constate que notre pays a quelque peu tari, ces derniers temps, ses sources d’imagination.
Beau tableau... Nous sommes indignés par l'ampleur du dégât humain, du manque de solidarité sauf quand les médias appellent... S'ils appellent, c'est qu'ils ont eux aussi leur propre intérêt. Alors oui c'est bien d'aider en Asie du Sud-Est, mais qui aide-t-on vraiment ? Qui reconstruit et quoi et avec quel fric ? Pourquoi laisser agoniser l'Afrique ? Le pouvoir du pognon au-delà de l'amour de l'humain. Le pognon appelle le pognon au détriment même des valeurs humaines... Alors que nous sommes tous de passage, dans le même espace temps,et nos enfants eux aussi se verront de loin sans même s'unir contre cela... Vraiment,est-ce que cela peut durer ?

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