J'ai flashé Portraits

Philippe Francq, actionnaire majoritaire et heureux de « Largo Winch Ltd. »

« Pas de problème : pour venir chez moi, tu peux atterrir sur la piste de Nizas. Elle est assez longue, mais en herbe. Si tu viens en hélico, tu peux te poser devant la maison ». Il me prendrait pour son héros, Largo Winch, qu’il ne s’exprimerait pas autrement. Van Hamme, son scénariste et ami, lui a tout appris du monde de la finance, du pétrole ou du business de la drogue, mais il ne connaît manifestement pas encore à quel point un discounter se doit d’être économe dans ses moyens de déplacement. Bon, j’exagère, il m’arrive aussi parfois de louer ce genre d’engin.

Mais je ne me rendais pas compte à quel point il existait un mimétisme entre les passions de Philippe Francq pour les sports mécaniques (ski nautique, moto, hélicoptère) et celles de son héros principal, Largo. J’avais lu l’important dossier que lui a consacré la revue DBD (novembre 2002). Frédéric Bosser, rédacteur et éditeur, l’avait campé en « père de famille calme et posé ». Pas faux du tout. L’homme que je rencontrai, lundi dernier, au-dessus du vieux port de Marseille, ne s’est pas « pris la tête » malgré les centaines de milliers d’albums qui ont fait sa renommée. Pudique, un brin timide, il a, l’âge en moins et les muscles en plus, le débit lent et le pas tranquille de William Vance. Comme quoi, les dessinateurs de tous ces héros bien agités (Bob Morane, XIII, Largo…) en sont souvent les antithèses. Intéressante, cette discussion. Il achève les dernières planches du tome XIV (en pré-publication actuellement dans le mensuel Capital). Avec Jean Van Hamme, il programme un voyage de repérage à Hong-Kong où se dérouleront les aventures des tomes XV et XVI, sur fond de crise de l’acier. A la différence d’une série comme XIII, qui traîne en longueur, Largo Winch renoue avec la tradition du feuilleton et de ses épisodes complets. Deux albums de 46 pages maximum pour couvrir l’ensemble de chaque scénario. Chaque histoire aborde un thème principal (une OPA hostile, l’immixtion des réseaux de la drogue dans la finance internationale, la bataille pour l’accès aux réserves pétrolières, etc…). Sans véritablement vouloir être pédago, Van Hamme et Francq veulent rester crédibles. Réalistes, pas naturalistes pour un sou, sans excès de sensiblerie, ni d’engagement politique partisan, ils limitent volontairement leurs décors : on ne descend pas dans les usines, on ne parcourt pas les chaînes de production ou les guichets d’agence, on s’en tient à l’univers des managers de premier rang…au bureau, dans l’avion, sur les lieux de villégiature ou de prospection. Fantasmes d’auteurs ? Pas vraiment : Van Hamme, avant d’être scénariste, était cadre de haut niveau dans les services marketing d’une multinationale. Et de l’aveu de Francq, le personnage de Largo Winch cumule les images de quelques héros de papier, mais aussi celle plus concrète d’un Richard Bronson, le patron de Virgin. Sur le plan technique, notre dessinateur ne nie pas l’influence d’Herman, et encore moins celle d’un Cosey. Tout simplement, sans ego excessif, il reconnaît être très attentif aux recommandations de son scénariste. Il lui voue une vraie reconnaissance…et une certaine méfiance pour de possibles emportements. Il m’a raconté le sort que ce dernier a fait subir à William Vance. Mécontent de la représentation d’une somptueuse créature au physique trop avantageux (il trouvait les cheveux trop abondants), il tenta de convaincre William. Peine perdue. Mais dans les scénarios suivants, il obligea le dessinateur à lui raser la tête ! Pour le moment, à l’abri de ces petites mesquineries, Philippe commence à lever le pied. Il ne prend pas de vraies vacances, mais revêt, aux heures creuses, la panoplie du maçon pour arranger sa maison, près de Montpellier, et réhabiliter de vieilles granges. Il aimerait pouvoir dessiner une histoire d’amour tragique. Il insiste sur le nécessaire caractère dramatique de la tension amoureuse. Sa jolie femme, en face de lui, fronce les sourcils, légèrement ironique. Elle connaît son homme. Professionnellement, ils travaillent séparément : elle a illustré, pour les éditions Milan, deux superbes albums pour enfants (« Le Guide des apprenties princesses », idem « des apprenties sorcières », en attendant celui « des starlettes » (décembre 2005)). Mais elle semble partager avec lui beaucoup de passions. Lui, a beaucoup aimé au cinéma « Le Patient anglais » et « Sur la route de Madison ». Il n’a pas encore trouvé son scénariste. Si l’aventure vous tente…succès assuré pour l’heureux gagnant ! P.S. : Je signale que BFB Editions, 4 rue Dante, 75005 Paris, ont réalisé un numéro spécial de la revue DBD (entretiens et bibliographie) fort complet et bien illustré.

9 Commentaires

Je tiens à vous dire Monsieur combien j'ai été agréablement surpris d'apprendre votre extrême intérêt pour le monde de la bande dessinée. Je vous croise sur ce chemin presque par accident, mais quel heureux accident.
Je ne suis qu'une très jeune débutant dessinateur de 35 ans, je retrouve au travers de vos mots la passion. Et ça c'est un plaisir sans commune mesure.
Bien cordialement, et à vous lire encore,
ian dairin
Re Ian dairin (3 août 2005)
Bienvenu à bord sur ce blog, Ian, reprenons langue, début septembre, et parlons ensemble ici de ce que vous faites.
Bonjour.
Tous ces portraits sont bien sympathiques.Merci.
Est il possible de poster des images sur votre blog?
Je souhaite partager quelques echanges epistolaires avec Jean Marc lelong et Francois Craenhals en rapport avec leurs visions sur l'etat de notre monde.
Cordialement,
Ralph de Butler
Re-Ralph de Butler (23/08/2005)
Désolé, Ralph, ce blog, pour le moment, ne peut pas recevoir des images postées. C’est un parti pris pour ne pas charger les pages avec « le poids » des images et augmenter les temps d'affichage, en cas de fortes sollicitations.
Et puis, il me faut faire attention. Ce site monte très rapidement en puissance. C’est très tentant pour des offres publicitaires de venir s’insérer entre nous, pour profiter de l’audience.
Enfin, comme je ne censure rien (si ce n’est d’éventuels propos racistes ou diffamatoires à l’égard d’autrui), je veux éviter les spams pornographiques ou violents. Depuis son existence, ce site a d’ailleurs été la cible de quelques agressions…
J’ai peut-être eu tort de choisir une option technique trop restreinte. Tout cela pourra évoluer.
En attendant, si vous le voulez, vous pouvez envoyer vos photos à : contact.mel@e-leclerc.com, avec vos commentaires. Et je peux essayer de les publier, ici, sous votre signature.
Cher M.E.L.
merci de m'accueillir à votre bord capt'ain...
Je reviens de vacances normandes (eh oui, j'y vis, mais depuis seulement 5 ans et cette campagne du Pays d'Auge m'est toujours aussi agréable à découvrir).
L'idée que nous parlions de ce que je fais, lorsque j'ai laissé mon commentaire ici, était loin de moi... mes parutions sont loin d'être nombreuses, plutôt confidentielles, voire même parfois accompagnatrices de disparition d'un mensuel. (J'espère néanmoins toujours que mes planches n'en sont pas la cause, je plaisante bien sur).
Disons donc que mon travail actuel porte sur une série de strips qui n'a pas encore trouvé sa place... je guette donc toujours l'éditeur ou la proposition (je suis ouvert à tout projet) honnêtes, et par dessus tout j'y crois !
J'ai pu rêver sous la plume d'autres et je tente maintenant à mon tour tout simplement de faire rêver, rire, divertir ou parler de choses plus sérieuses au travers de mes réalisations...
J'ai simplement reconnu chez vous la passion. Sur le web, mais aussi par vos Itinéraires.
Cela m'a fait bien plaisir, la passion étant une denrée rare.
Nous pouvons si vous le souhaitez parler plus avant de tout cela... je serai ravi, non, plutôt honoré, de vous montrer une ou deux planches.
A vous lire.
ian Dairin
Re- ian dairin (07/09/2005)
Avec plaisir, ian. Voulez-vous nous faire découvrir quelques planches, à travers le système mis en place sur le site, à la rubrique « Premières planches ». A défaut, envoyez-moi des photocopies. De toute façon, parlons-en, ici, à St Malo (je passerai à « Quai des bulles ») ou à Angoulême, au FIBD. Bon courage.
Re- M.E.L (08/09/2005)
J'accepte avec joie votre invitation d'utiliser votre rubrique Premières planches.
Ah, Saint-Malo, ma Ville natale...
je me souviens des premiers Quai des Bulles quand ce n'était pas encore Quai des Bulles...
Promis, si je retourne sur mon rocher au moment du festival, je vous fais signe.
Bon, je saute sur mon scanner et tente la rubrique Premières planches.
Cher M.EL.
Je ne sais même pas si vous lirez ce commentaire, tant cet article remonte à loin.
Mais n'ayant pas l'occasion de vous croiser, je tenais à vous remercier.
Nous nous étions croisé le jour où vous avez fait cettte interview de Philippe Francq. A l'époque je préparais un film sur la fabrication d'un épisode de Largo Winch.
Aujourd'hui le travaille est en train de s'achever...
Nous sommes allé à Hong Kong, et grâce à vous nous avions eu un bateau et l'autorisation d'aller dans le port de containers. Ce petit voyage dans le port a donné naissance à une scène qui fait partie du film.
Merci beaucoup.
Bien à vous
Yves Legrain Crist
Les Aventures de la super idée

C'est le titre d'une des dernières planches que l'on peut lire sur le blog du perspicace James@ottoprod, mettant en scène Menu, Trondheim et Sfar (ci-dessus), et qui nous dévoile la recette d'un succès qui dure depuis 15 ans ! Simple et ...

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