J'ai flashé Portraits

William Vance, l’homme tranquille

« L’homme tranquille », vous connaissez. John Wayne, héros mythique de nos westerns, dans le rôle d’un ours solitaire dégagé de toutes mondanités. Eh bien, j’en connais une autre version. Un Belge qui a quitté le « moules-frites » pour vivre, depuis trente ans, le parfait amour avec une belle Espagnole : William Vance, de son vrai nom William Van Cutsen. Après quelques pérégrinations du côté de Valladolid, il a planté son tipi non loin des falaises de Santander.

Et comme mon enseigne lorgne la zone de chalandise pour s’y implanter, j’ai décidé de faire le crochet ! Ne riez pas : il a pris « une journée de congé » pour pouvoir dignement me recevoir. (On peut exercer en « libéral » et se donner des contraintes de salarié !). Il avait annoncé « le fils » pour venir me chercher. Et c’est « le père » qui rapplique. Il est énervé, s’excuse du retard, et avec l’inimitable accent flamand, s’emporte : « Une bonne femme (prononcez « baune ») est rentrée dans mon fils ». On ne saura rien de l’état de la voiture ! …Nous voilà partis vers une zone pavillonnaire, à quatre cents mètres de la ville, le dos à la mer ! ! ! C’est qu’il est fier de son « chalet », William : « Certes, on ne voit pas la mer, mais on la sent…juste derrière la colline… ». Faut voir ! Son atelier occupe tout le deuxième étage. C’est clair, spacieux, convivial. Plusieurs tables à dessin, dont celle qu’occupe son épouse « pour le travail sur la couleur ». Une abondante documentation dans la bibliothèque (documents sur les bateaux du XIXème, livres sur ses peintres préférés (il aime les naturalistes américains), sur l’architecture espagnole du XIIème siècle…). Il y a puisé les décors de Ramiro, de Bruce J. Hawker, et même…de XIII. 70 ans. Une vitalité intacte. De l’humour, mais méticuleux. Rien de bohème dans son univers. Tout est rangé (les planches, les livres, la cuisine et la salle à manger…). Etonnant quand on connaît le rythme auquel vivent ses héros. Cet homme est un stakhanoviste du dessin. Qu’on en juge. Près de 80 albums. Sa vie est complètement rythmée par le travail. « Je suis belge en semaine, je ne me laisse pas distraire. Mais le week-end, je deviens espagnol. Je lève le pied. Je vais au cinéma tous les samedis soir. Il y a un truc (prononcez « tluc ») que je ne fais pas. Depuis trente ans, je m’astreins à manger aux heures belges et non pas à quinze heures comme ici. Mais je m’en fous, je ne dérange personne ». Puisqu’on parle fruits de mer, le voilà qui nous emmène six kilomètres plus loin, dans cette Hosteria (Boo de Pielagos) qui a servi de modèle à la bâtisse coloniale du premier album de XIII (la maison des Oxborne). Rappelez-vous aussi les rivages de cette élégante rivière du Maine qui se jette dans l’océan, vers Nantucket ? Mais c’est ici, en contrebas, sur les rives du Pas qu’il a puisé son inspiration. Tout comme, au loin, ces impressionnants Pics d’Europe, transposés sur d’autres mers plus hostiles, et sur lesquels viendra se fracasser le vaisseau d’Hawker. C’est comme ça qu’il procède, il amasse des images, prend des photos, les extrait de leur époque ou de leur contexte, et recompose son propre univers. Son dessin ? Il l’a peaufiné tout seul, du temps où il travaillait pour Tintin, mais surtout pour Femmes d’Aujourd’hui (version belge). Il aime à se définir « self-made-man ». Quelques grands noms du pinceau et du crayon l’ont inspiré : Robert Baterman, Franck Mac Carthy, Rockwell… Et bien sûr aussi Foley qui travailla avec lui sur Bruce J. Hawker. Mais ce père tranquille cultive ce paradoxe : « Une bonne BD est une BD où il y a de l’action » ne cesse-t-il d’asséner à ses interlocuteurs. De fait, ses héros sont remuants. Howard Flynn, Bruno Brazil, Bob Morane, et ceux que nous avons déjà cités. Il a aussi donné un coup de main à Eddy Paape pour quelques couvertures de Luc Orient, et s’est amusé à reprendre deux albums de Marshal Blueberry, autorisation expresse de son ami Jean Giraud, alias Moebius. Le scénariste Van Hamme l’a autorisé à poursuivre seul la série XIII chez Dargaud, après le prochain tome. Personnellement, je trouve que cette histoire traîne en longueur. On ne sait vraiment plus qui est qui et qui fait quoi dans cette aventure. Mais il m’a confirmé qu’il allait se remettre sur un nouveau Bruce J. Hawker. Tant mieux. A mon avis, c’est sur ce type de dessin qu’il est le meilleur. Je partage avec lui une passion commune pour les bateaux. C’est un bon sujet de conversation entre nous. Même s’il me faut un peu de temps pour le convaincre qu’un « trois-mâts barque » ne peut remonter au vent de la manière dont il s’obstine, dans une ou deux cases, à le faire naviguer… J’ai passé avec William quelques heures délicieuses. J’aurai l’occasion de développer cet entretien dans le tome 2 d’Itinéraires dans l’Univers de la Bande Dessinée (Flammarion 2006). Mais j’avais très envie de vous faire partager la sympathie que j’éprouve pour ce sacré bonhomme. 

11 Commentaires

Quelle hypocrisie MEL ! Vous hurlez depuis des années sur le fait qu' une loi scelerate vous empêche de répercuter les conditions extraordinaires que vos équipes d ' acheteurs négocient, et dés que ce verrous saute, vous recommencez à vous inqiéter pour les marges de vos magasins et vous demandez aux fournisseurs de "passer à la caisse ". Mais il n' y avait qu' une poignée de gros naifs pour croire le contraire.
Re Nicolas (24/0/05)
Je n’ai pas dû être assez explicite, ou peut-être n’avez-vous pas compris. Avec mon groupe, j’ai toujours milité pour la liberté des prix, et donc pour la réforme de la loi Galland. Elle est maintenant en route et je m’en félicite.
Mais l’hypocrisie n’est pas dans mon camp. Les pouvoirs publics ont décidé que la nouvelle loi ne serait applicable qu’au 1er janvier prochain. En 2006, nous pourrons ainsi négocier à la baisse nos tarifs fournisseurs et répercuter nos marges arrière. Ce sont les pouvoirs publics qui ont, dans le projet de loi, refusé de nous donner les moyens d’appliquer la réforme dès le mois de septembre prochain.
En incitant les distributeurs à passer la ligne jaune, en instaurant une zone de tolérance en dessous du seuil de revente à perte, les pouvoirs publics contreviennent à leurs propres exigences, nous incitent à baisser nos marges, mais sans possibilité de les gérer rationnellement. D’où le ton ironique de mon papier.
Désolé, si vous avez cru comprendre que j’allais me planquer maintenant que la réforme est amorcée.
Joséphine BAKER et Gisèle PINEAU, écrivain, à l’honneur du salon du livre de Courdimanche.
La Mairie de Courdimanche (Val d’Oise) organisera les 8 et 9 octobre 2005 son 2ème salon du livre autour du personnage de Joséphine Baker, artiste de music hall, en raison des valeurs qu’elle a incarnée à travers son action humanitaire dont la protection de l’enfance, son militantisme en faveur des droits civils, la lutte contre toutes les formes de discriminations, …
Elle aurait pu fêter son centenaire au cours de l’année 2006. Aussi la ville de Courdimanche souhaite lui rendre hommage en avant première des diverses manifestations qui se dérouleront dans de nombreuses villes au cours de l’année 2006
Pour témoigner de l’œuvre et de l’action de ce personnage de nombreuses personnalités animeront ce salon, dont l'écrivain Gisèle PINEAU qui présentera son dernier roman "Fleur de barbarie" (Edition Mercure de France - 6 octobre 2005).
Ce roman, à travers le parcours d’une femme en lutte contre l’injustice et les atrocités du monde, fait référence à la vie de Joséphine Baker.
Le biographe Emmanuel Bonini lui a consacré un livre, et lui voue un véritable culte depuis son plus jeune âge.
Albert de Smet, grand journaliste, vice-président des artistes et des écrivains de Notre Dame de Montmartre, vous séduira par la parfaite connaissance de la vie de cette grande dame.
Elizabeth Moundo, écrivain mais aussi dirigeante à l’UNESCO, participera à cette manifestation.
Sans compter toutes les personnes qui apporteront leurs témoignages sur la vie de Joséphine Baker, mais également sur l’action humanitaire entreprise par elle et poursuivie aujourd’hui en France et dans le Monde.
Débats-rencontres avec les écrivains et invités, concours de nouvelles, stands d’éditeurs, salon de lectures, … animeront ce week-end du 2ème salon du Livre de Courdimanche
Je reste à votre disposition pour de plus amples informations sur cette manifestation qui aura une ampleur bien particulière sur la ville de Courdimanche
Henri ERAMBERT
Directeur Général des Services de Courdimanche
01 34 46 72 28
courriel : directiongenerale@ville-courdimanche.fr
Autre contact :
Anne-Marie BECRET, Responsable de Communication (01 34 46 72 02)
courriel : communication@ville-courdimanche.fr
XIII où le coté néfaste du succès
Au delà du fait que je ne suis pas un grand fan du trait de Vance (mais il dessine de toute manière 10 000 fois mieux que moi qui suis incapable de tenir un crayon), la série XIII m'a déçue depuis un bout de temps déjà.
Si j'avais été accroché par les trois premiers albums, la suite m'a juste fatigué. Je ne sais pas si vous avez abordé avec Vance le processus créatif de la série avec Van Hamme mais, vu de l'extérieur, il me semble qu'à un point ils n'ont pas voulu tuer la poule aux oeufs d'or et qu'en conséquence, il l'ont pérennisée au détriment (peut être) du rythme initialement imprimé.
Je trouve qu'au bout d'un moment les mutltiples rebondissements qui visent à créer une histoire du héro avant son amnésie sont artificielle. Il eut mieux valu clore le chapitre de son amnésie et repartir sur une base complètement neuve.
J'ai l'impression que tel était initialement le projet mais qu'ils l'ont modifié afin de garder leur lectorat en haleine. Personellement je trouve cette démarche un chouilla artificielle. Mais peut être ai-je tord ?
Re a2lbd (26/07/05)
Non, à mon avis, vous n’avez pas tort. Nos auteurs tirent sur le fil du succès, au risque de discréditer la série.
Re ERAMBERT Henri (25/07/05)
J’ai gardé ici cette annonce, mais les internautes ne souhaitent pas que sur ce blog s’additionnent des publicités ou des annonces qui, vous en conviendrez, finissent pas avoir un caractère très impersonnel.
Ceci dit, je vous souhaite bonne chance. Transmettez mes amitiés à Gisèle Pineau. Bien à vous.
Bonsoir,
auriez vous l'amabilité de me contacter au: 06.81.47.37.10 concernat article sur votre site, me concernant merci....
bien à vous.
Albert de smet
Journalite/ vice Président de l'amicale des Artistes
et des Ecrivains de Notre Dame de Montmartre
Bonjour,
Je suis l'éditeur des éditions du Léopard Masqué, "quand ce qui prête à rire donne à penser", seule édition française à prendre le concept de la littérature humoristique à bras le corps. Fors d'une quinzaine de titres en un an, puisés chez des auteurs contemporains à la plume fantaisiste et drôle, c'est à l'homme d'originalité et de défis que je m'adresse...
Notre public grossit de jour en jour car le combat du Léopard Masqué est simple : Chasser la morosité, fuir la sinistrose, donner de l'énergie et du bonheur dans la lecture, redonner un peu de noblesse à ce parent pauvre de la littérature. Descendre celle-ci du piédestal où certains cuistres du système s'ingénient à la placer!La rendre vivante et iconoclaste, folle et imaginative!
Qui aidera cette initiative culturelle à mieux s'exposer ?
Vous, Mel, peut-être...
www.leoparmasque.com
Bonjour,
Je suis l'éditeur des éditions du Léopard Masqué, "quand ce qui prête à rire donne à penser", seule édition française à prendre le concept de la littérature humoristique à bras le corps. Fors d'une quinzaine de titres en un an, puisés chez des auteurs contemporains à la plume fantaisiste et drôle, c'est à l'homme d'originalité et de défis que je m'adresse...
Notre public grossit de jour en jour car le combat du Léopard Masqué est simple : Chasser la morosité, fuir la sinistrose, donner de l'énergie et du bonheur dans la lecture, redonner un peu de noblesse à ce parent pauvre de la littérature. Descendre celle-ci du piédestal où certains cuistres du système s'ingénient à la placer!La rendre vivante et iconoclaste, folle et imaginative!
Qui aidera cette initiative culturelle à mieux s'exposer ?
Vous, Mel, peut-être...
www.leoparmasque.com
Re Erick Mogis (08/09/05)
Bravo et bon courage. Si je peux être utile, pourquoi pas. Vous connaissez notre système de distribution : hypermarché et espace culturel. Si vous avez des projets ou des initiatives dont vous voulez que nous discutions, n’hésitez pas à m’écrire (ACDLec, 52 rue Camille Desmoulins, 92451 Issy-les-Moulineaux). N’oubliez pas néanmoins que l’idéal, en tout cas pour les hypermarchés, est de passer par un diffuseur…
Fans de William Vance je suis Mais pas seulement pour sa contribution à XIII ! On parle beaucoup moins des aventures de Bruce J Hawker, qui nous transportent si bien dans l'univers de la mer et des bonne vielles histoires de cambuse !! Frédéric Bosser et Daniel Maghen sont souvents cités sur ce blog. Et il est vrai qu'ils contribuent de façon significative à la promotion du 7ème art (Expo Vance à venir d'ailleurs chez D. Maghen à l'occasion du prochain XIII http://www.danielmaghen.com). Mais je voudrai rendre ici hommage à d'autres; moins souvent cités et qui ont réalisé un merveilleux Dossier / Entretien sur l'oeuvre de William Vance : il s'agit du fanzine SAPRISTI ! En attendant, si vous voulez rigoler un peu, RDV sur http://complots.blogspirit.com. On y parle de BD bien sur, mais vous n'êtes pas au bour de vos surprises !

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