SOCIÉTÉ Europe

Brexit : pour qui sonne le glas ?

Je n'ai jamais caché mon profond attachement à la construction européenne – malgré toutes ses imperfections et ses incohérences.

 

Le projet européen a fondé mon engagement politique dès les années 1970 et je ne m'en suis jamais écarté.

 

En tant que citoyen comme en tant que chef d'entreprise, c'est navré que j'assiste au spectacle qui se joue depuis hier car le vote britannique est bien un coup de tonnerre dans cet idéal européen, certes essoufflé.

Le choc

La victoire du "Leave" est nette et sans appel. Elle a fait mentir ceux qui pensaient que la forte mobilisation (72%) ou le lâche assassinat de la députée travailliste Jo Cox allaient pousser dans la dernière ligne droite le peuple britannique vers le sursaut européen.

Il n'en a rien été. Boris Johnson parade ce matin et s'imagine déjà succéder à Cameron. Après tout, ce serait assez logique qu'il ait à gérer les affaires d'un pays qu'il a poussé si près du précipice.

Le signal ?

Evidemment, le vote britannique (anglais surtout…), c'est le "Grand soir" des europhobes dans tous les pays du continent. La messe est dite et les populistes de tout poil y voient la validation de leurs stratégies nationalistes et électoralistes : Pays-Bas, France, Hongrie, Grèce... on entend déjà les voix de leurs leaders s'élever pour demander un référendum "à la britannique".

Malaise

Comment de ne pas ressentir un certain malaise en rejouant le film de ce référendum, où ce sont principalement des arguments à forte connotation xénophobe qui ont servi de socle à la campagne des pro-Brexit ?

Le débat ne s'est pas fait réellement sur le fond, mais souvent dans la caricature. Comme toujours dans un référendum, il y a une prime aux démagogues qui abusent des arguments simplistes et de la théorie du complot pour emporter le scrutin. Ça n'a pas manqué.

Cameron a pris un risque énorme en déclenchant ce référendum au pire moment : vague migratoire importante, instabilité géopolitique rarement égalée, terrorisme, situation économique fragile au niveau mondial. Pour sûr, il restera dans l'histoire, mais pas pour de bonnes raisons !

To be or not to be

Les Anglais ont donc deux ans pour préparer leur sortie. Il est important que nos chefs d'Etats et de gouvernements ne commencent pas à fabriquer une usine à gaz permettant au Royaume-Uni de sortir de l'UE tout en y restant.

Les choses doivent être claires. Il faut trouver les formes de la séparation, mais il ne faut pas être naïf.

Certes, les Britanniques ont toujours eu "un pied dedans et un pied dehors", mais malgré toutes les concessions accordées jusque-là  (à mon avis déjà beaucoup trop…), ils restaient partie prenante d'un projet collectif.

Le destin britannique s'est noué dans les urnes hier. Dont acte. L'Europe ne doit pas en pâtir davantage.

Dans l'histoire contemporaine, on compte sur les doigts de la main ces cas où des pays ont quitté une organisation internationale à laquelle ils appartenaient. Ce n'est donc pas une affaire à prendre à la légère.

Si les Européens hésitent ou tremblent, ce sera alors l'hallali, et un signal donné que finalement, on peut saccager un édifice collectif si difficilement bâti à cause de quelques prurits nationalistes, voire xénophobes.

Ceux qui croient encore en l'idéal européen doivent se ressaisir et comprendre que la moindre faiblesse avec le Royaume-Uni dans cet événement politico-tragique scellerait pour de bon la fin de l'Europe.

Conséquences internes ?

Reste à savoir demain ce que ce Brexit apportera au Royaume-Uni, et surtout à l'Angleterre.

Alors que la planète n'a jamais été aussi petite, que les flux n'ont jamais été aussi libéralisés et que la compétitivité des "vieux pays" (dont fait partie le Royaume-Uni) n'a jamais autant été mise à mal, je ne suis pas sûr que le pari de l'indépendance soit le meilleur calcul.

Et puis que fera l'Ecosse, dont la population a clairement voté pour le maintien dans l'UE ? Elle pourrait être tentée de relancer ses propres initiatives séparatistes, et au final quitter l'Union Jack pour mieux retrouver l'Union européenne…

Coopération renforcée

Passé le choc et l'émotion, les leaders européens (à commencer par le couple franco-allemand) sont plus que jamais attendus au tournant.

Halte à la médiocrité des petits calculs égoïstes, au manque de courage, d'audace et de vision de long terme. C'est l'heure où doivent se révéler les nouveaux Schuman,  Spaak, de Gasperi, Adenauer, Monnet…

Il est temps de "reprendre la main", de se lancer réellement dans des initiatives de coopération renforcée sur l'harmonisation fiscale, sociale, environnementale. Il est urgent aussi de simplifier le fonctionnement de l'Europe et de lui redonner le lustre démocratique qu'elle a perdu, étouffée par une bureaucratie omnipotente.

Le Brexit doit créer le sursaut pour plus d'Europe et pour plus de Politique (avec un "P"). Pas l'inverse.

3 Commentaires

Salut Mel!
Le Commonwealth quitte le Marché commun. La crise des ménages est la raison de ce changement d'orientation. Il faut que les moyens financiers redescendent jusqu'aux ménages partout en Europe pour qu' une politique commune voit le jour pour dessiner un monde meilleur. Les anglais ont sanctionné l'Europe désignée comme responsable de leurs difficultés quotidiennes. Demain en France ce sera peut être la même chose. L'effondrement du commerce en centre ville, les mésaventures des vendeurs de vêtements, vos centres commerciaux neufs qui voient les boutiques des galeries marchandes avec des rideaux baissés démontre que le système économique est actuellement défaillant, sans vous parler du succès des Restaurants du Coeur qui ne se dément pas. Replacer le ménage dans les préoccupations européennes est la démarche qui sauvera les grandes idées. Un toit, un travail, une dignité pour tous et ça repare!
Bonjour !

Ce BREXIT est important et logique, depuis longtemps le malaise européen prend plus de place que la véritable construction EUROPEENNE. le MACHIN révèle le plus grave danger au fur et à mesure des années, et la capacité des NATIONS à s'organiser, défendre ses valeurs et ses libertés évidement ses territoires et évolutions permet aussi une évolution adaptée pragmatique et efficace dans ou hors de l'Europe avec ou sans l'Europe. Le Choix anglais permet aussi un renouveau et une continuité compatible et productive et sereine et ne nuit ni à la PAIX, ni à la prospérité, je continuerais d'ailleurs de prendre des produits anglais dans les rayons E.LECLERC ! Le CHOIX anglais ! Il faut impérativement adapter l'évolution aux attentes des entités et intérêts, citoyens mais aussi entreprises comme la votre MEL, avec ses impératifs obligations contraintes pour véritablement valoriser et produire une société moderne civilisée productive, de projets et respectueuse de tous sur le plan Politique, Moral, de mœurs, sociétal, professionnel et personnel et de croyance en DIEU ou non, adaptée aux réalités mondiales et universelles.
De quoi s'investir dans la GMS durable ! L'EUROPE doit perdurer ... !
Bonne continuation !
Quelle déception à la lecture de ce billet...moi qui apprécie quasiment chacun de vos billets, je suis navré de constater que vous tombez vous même dans la caricature, Mel !

Déjà, en expliquant que parce que vous êtes "europhile", ce Brexit est pour vous une erreur... Moi, si je suis "europhile", c 'est avant tout parce que cela devrait profiter à ma vie, et à mon pays...et pour la France, le Brexit est une excellente nouvelle!

D'abord parce qu'il va, en tout cas on peut l'espérer, faire bouger l'establishment en place, les forçant à reconsidérer leurs missions, à se recentrer sur ce que l' Europe doit faire.

Ensuite, parce la France tirera davantage de bénéfices de cette sortie, économiquement, qu'il n 'y aura de désavantages.

Enfin, parce que on est en 2016, croire que les étudiants ne pourront plus aller en Angleterre, entre autres fadaises lues ici ou là, est juste idiot... Qui à du mal à visiter, étudier, travailler avec la suisse ( par exemple) aujourd'hui ?

Enfin, parce que votre jugement est simplement condescendant, et injurieux pour 52% des votants, notamment en pointant du doigt cette fameuse, et bien utile au débatteur, "xénophobie"...tellement minoritaire!

Je me souviens qu'on sortait au moment du traité de Maastricht les mêmes arguments...pourtant, il suffit de réécouter ou de revoir les débats de cette époque pour voir qui était les menteurs...

Un Français, qui à habité 2 ans en Angleterre... oui à l'europe, mais pas à n'importe quel prix !

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